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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Face &#224; la convergence des crises, le d&#233;fi de faire avancer les travailleur&#183;es et les peuples</title>
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		<dc:date>2023-12-19T07:08:54Z</dc:date>
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		<dc:creator>Ana Cristina Carvalhaes</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-12-19</dc:subject>
		<dc:subject>Le Monde</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le si&#232;ge et le massacre en cours contre les Palestinien&#183;nes de Gaza, men&#233;s par l'&#201;tat isra&#233;lien avec le soutien ouvert des &#201;tats-Unis et le silence complice des autres puissances imp&#233;rialistes occidentales, s'ajoutent &#224; la guerre de Poutine contre l'Ukraine pour prouver l'instabilit&#233; et la violence brutale qui caract&#233;risent le nouveau sc&#233;nario g&#233;opolitique mondial. La multiplication des guerres et l'aggravation des tensions entre et au sein des &#201;tats ne sont qu'un des signes de la nouvelle (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH73/capture_d_e_cran_le_2023-12-19_a_08_41.00-0f4e6.png?1781060409' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='73' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le si&#232;ge et le massacre en cours contre les Palestinien&#183;nes de Gaza, men&#233;s par l'&#201;tat isra&#233;lien avec le soutien ouvert des &#201;tats-Unis et le silence complice des autres puissances imp&#233;rialistes occidentales, s'ajoutent &#224; la guerre de Poutine contre l'Ukraine pour prouver l'instabilit&#233; et la violence brutale qui caract&#233;risent le nouveau sc&#233;nario g&#233;opolitique mondial. La multiplication des guerres et l'aggravation des tensions entre et au sein des &#201;tats ne sont qu'un des signes de la nouvelle p&#233;riode historique de convergence des crises, qui a d&#233;but&#233; avec la crise de 2008.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Quatri&#232;me internationale&lt;br class='autobr' /&gt;
13 d&#233;cembre 2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Ana Cristina Carvalhaes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte suivant n'est pas un travail personnel mais le r&#233;sultat de discussions que nous avons eues ces derniers mois entre les membres du Comit&#233; international de la IVe Internationale. Nous constatons une situation d'internationalisation sans pr&#233;c&#233;dent des grandes questions qui se posent &#224; l'humanit&#233;. La crise du capitalisme a pris une nouvelle ampleur depuis le krach de 2008 et la r&#233;cession qui a suivi, mais surtout avec la pand&#233;mie de Covid. La crise capitaliste est clairement devenue multidimensionnelle. Il y a une convergence, une articulation entre la crise environnementale &#8211; qui produit depuis quelques ann&#233;es des ph&#233;nom&#232;nes climatiques de plus en plus extr&#234;mes, dont les r&#233;centes vagues de chaleur excessive &#8211; et la phase de stagnation &#233;conomique durable, avec l'intensification de la lutte pour l'h&#233;g&#233;monie dans le syst&#232;me inter&#233;tatique entre les &#201;tats-Unis et la Chine, avec les avanc&#233;es de l'autoritarisme et du n&#233;ofascisme, avec la r&#233;sistance des peuples et des travailleurs et la multiplication des guerres dans le monde (Palestine, Ukraine, Soudan, R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo et Myanmar).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette articulation montre que nous sommes entr&#233;&#183;es dans un nouveau moment de l'histoire du capitalisme. Une p&#233;riode qualitativement diff&#233;rente de celle que nous avons v&#233;cue depuis la mise en place de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale &#224; la fin des ann&#233;es 1980 et beaucoup plus conflictuelle du point de vue de la lutte des classes que celle qui s'&#233;tait ouverte avec l'effondrement de l'Union sovi&#233;tique et des r&#233;gimes bureaucratiques d'Europe de l'Est. Comme nous le disions en mars 2021, &#171; &lt;i&gt; la pand&#233;mie aggrave la crise multidimensionnelle du syst&#232;me capitaliste et ouvre un moment d'imbrication de ph&#233;nom&#232;nes anciens qui s'&#233;taient d&#233;velopp&#233;s de mani&#232;re relativement autonome et qui, avec la pand&#233;mie, convergent de mani&#232;re explosive : [&#8230;] Il s'agit de processus qui se manifestent et interagissent entre eux, modifiant l'ordre mondial h&#233;rit&#233; des ann&#233;es 1990 avec la fin du bloc de l'Europe de l'Est, l'implosion de l'URSS et la restauration capitaliste tant dans cette partie du monde qu'en Chine &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La toile de fond et le point de rencontre de toutes les facettes de cette crise multidimensionnelle, c'est la crise &#233;cologique, caus&#233;e par deux si&#232;cles d'accumulation capitaliste pr&#233;datrice. L'escalade de la crise climatique et environnementale frappe durement l'humanit&#233; et la vie sur la plan&#232;te : le climat s'emballe, la biodiversit&#233; dispara&#238;t, on est face &#224; la pollution, &#224; des contaminations et &#224; des pand&#233;mies. L'&#233;conomie mondialis&#233;e, bas&#233;e sur la combustion d'&#233;nergies fossiles et la consommation croissante de viande et d'aliments ultra-transform&#233;s, produit rapidement un climat qui r&#233;duira les limites dans lesquelles l'humanit&#233; peut vivre sur la plan&#232;te. La fonte des p&#244;les et des glaciers acc&#233;l&#232;re la mont&#233;e des eaux et la crise de l'eau. L'agro-industrie, l'exploitation mini&#232;re et l'extraction d'hydrocarbures progressent (non sans r&#233;sistance) sur les for&#234;ts tropicales, pourtant essentielles au maintien des syst&#232;mes climatiques et de la biodiversit&#233; de la plan&#232;te. Les effets de la crise climatique continueront &#224; se manifester violemment, d&#233;truisant les infrastructures, les syst&#232;mes agricoles, les moyens de subsistance et provoquant des d&#233;placements massifs de populations. Rien de tout cela ne se produira sans une exacerbation des conflits sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette situation a-t-elle des pr&#233;c&#233;dents ? C'est un d&#233;bat collat&#233;ral mais tr&#232;s anim&#233; parmi les historiens. Bien s&#251;r, ce qui se rapproche le plus de ce que nous vivons aujourd'hui, c'est la convergence des crises qui a eu lieu au d&#233;but du 20e si&#232;cle &#8211; celle qui a abouti &#224; &#171; l'&#226;ge des catastrophes &#187;, comme l'a nomm&#233; Hobsbawm (1914-1946), et &#224; deux guerres mondiales sanglantes. Il y a au moins deux tr&#232;s grandes diff&#233;rences avec cette situation : premi&#232;rement, nous sommes aujourd'hui face &#224; la crise &#233;cologique. Le syst&#232;me a cr&#233;&#233; les conditions d'une compl&#232;te transformation, r&#233;gressive, de la vie de l'humanit&#233; et de toutes les formes de vie. La seconde, non moins cruciale, est que les changements, de plus en plus rapides, se combinent avec le maintien d'un &#233;l&#233;ment de la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente : l'absence d'une alternative au capitalisme qui soit cr&#233;dible aux yeux des masses, l'absence d'une force ou d'un ensemble de forces anticapitalistes dirigeant des r&#233;volutions &#233;conomiques et sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas qu'il n'y ait pas de luttes et de r&#233;sistances. Au contraire. Ce si&#232;cle a connu au moins deux grandes vagues de luttes d&#233;mocratiques et anti-n&#233;olib&#233;rales, dont ont fait partie le mouvement des femmes, un mouvement renouvel&#233;, et le mouvement antiraciste qui a d&#233;but&#233; aux &#201;tats-Unis. Cependant, ces grandes luttes ont &#233;t&#233; confront&#233;es, d'un point de vue objectif, non seulement au capitalisme n&#233;olib&#233;ral et &#224; ses gouvernements, mais aussi aux dilemmes de la r&#233;organisation structurelle du monde du travail &#8211; la classe ouvri&#232;re industrielle a perdu de son poids social dans une grande partie de l'Occident ; les opprim&#233;&#183;es, les jeunes et les nouveaux secteurs de travailleur.es pr&#233;caires ne sont pas encore organis&#233;s de mani&#232;re permanente et ont en g&#233;n&#233;ral des difficult&#233;s &#224; s'unir avec le mouvement syndical. Cette situation s'accompagne d'une r&#233;gression de la conscience des opprim&#233;&#183;es et des exploit&#233;&#183;es, affect&#233;e par les reconfigurations g&#233;ographiques, technologiques et structurelles et par l'hyper-individualisme n&#233;olib&#233;ral. &#192; cela s'ajoute l'extr&#234;me fragmentation de la gauche socialiste, pour constituer une situation o&#249; les luttes sont plus difficiles et o&#249; les r&#233;sultats en termes de conscientisation et d'organisation politique sont plus rares.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La combinaison des crises les amplifie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Caract&#233;riser la crise capitaliste comme multidimensionnelle signifie qu'il ne s'agit pas d'une simple somme de crises, mais d'une combinaison dialectiquement articul&#233;e, dans laquelle chaque sph&#232;re a un impact sur l'autre et est impact&#233;e par les autres. En ce qui concerne la relation entre l'&#233;conomique-social et l'&#233;cologique, les pays imp&#233;rialistes centraux de l'Ouest et de l'Est (du moins du point de vue d'une partie non suicidaire des bourgeoisies centrales) ont le d&#233;fi tr&#232;s difficile de mettre en &#339;uvre une transition &#233;nerg&#233;tique qui minimiserait les effets du changement climatique &#224; un moment o&#249; la tendance &#224; l'acc&#233;l&#233;ration de la baisse du taux de profit s'accentue. Le lien entre la guerre en Ukraine (avant l'explosion du conflit en Palestine) et la stagnation &#233;conomique a aggrav&#233; la situation alimentaire critique des plus pauvres dans le monde, avec plus de 250 millions de personnes suppl&#233;mentaires souffrant de la faim en dix ans (2014-2023). Le flux de personnes d&#233;plac&#233;es par les guerres, le changement climatique, la crise alimentaire et la propagation des r&#233;gimes r&#233;pressifs augmente, en particulier dans les pays du Sud, bien que les m&#233;dias accordent plus d'importance aux d&#233;placements forc&#233;s Sud-Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les perspectives d&#233;sastreuses dans les domaines environnemental et &#233;conomique, depuis au moins 2016, ont sans aucun doute jou&#233; un r&#244;le important en poussant une partie des fractions bourgeoises dans diff&#233;rents pays &#224; se d&#233;tacher du projet des d&#233;mocraties formelles comme meilleur moyen de mettre en &#339;uvre les pr&#233;ceptes n&#233;olib&#233;raux. Des secteurs de plus en plus importants de la bourgeoisie adoptent des alternatives autoritaires au sein des d&#233;mocraties lib&#233;rales, ce qui a conduit au renforcement des mouvements fondamentalistes de droite et des gouvernements d'extr&#234;me droite (Trump, Modi, Bolsonaro), ainsi qu'&#224; l'&#233;tablissement de liens entre les partisans de ces forces &#224; l'&#233;chelle internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expansion d'une sociabilit&#233; n&#233;olib&#233;rale hyper-individualiste qui, combin&#233;e &#224; l'utilisation par la droite des r&#233;seaux sociaux et peut-&#234;tre maintenant de l'IA, favorise encore plus la d&#233;politisation, la fragmentation des classes et le conservatisme. Les technologies num&#233;riques contribuent &#233;galement &#224; approfondir la subordination-client&#233;lisation de la petite et moyenne paysannerie, voire leur r&#233;duction massive, alors qu'elles sont les principales productrices d'aliments dans le monde. D'autre part, le n&#233;olib&#233;ralisme, en continuant &#224; attaquer violemment ce qui reste des &#201;tats-providence, en imposant la surexploitation des travailleuses et travailleurs de l'industrie et des services, et surtout des soignant&#183;es, jette les femmes, en particulier les travailleuses, dans le dilemme de survivre (mal) ou de se battre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec les plans d'aust&#233;rit&#233; le syst&#232;me s'attaque brutalement aux services sociaux qu'il avait cr&#233;&#233;s dans le pass&#233; : il les supprime compl&#232;tement ou, lorsque des b&#233;n&#233;fices peuvent &#234;tre r&#233;alis&#233;s, les donne au secteur priv&#233;. De cette mani&#232;re, le n&#233;olib&#233;ralisme maintient les femmes dans la main-d'&#339;uvre formelle (dans le Nord) ou moins formelle, plus informelle (dans le Sud), r&#233;duisant encore les salaires et les revenus de celles qui &#171; travaillent &#224; l'ext&#233;rieur &#187; ou fournissent des services, tout en accablant les femmes actives dans leur ensemble avec les t&#226;ches de soins aux enfants, aux personnes &#226;g&#233;es, aux malades, aux personnes diff&#233;rentes &#8211; le travail que l'&#201;tat-providence couvrait autrefois, lorsqu'il existait. Les r&#233;seaux de reproduction sociale &#233;tant en crise, davantage dans les pays n&#233;ocoloniaux que dans les m&#233;tropoles, la soci&#233;t&#233; n&#233;olib&#233;rale &#171; domestifie &#187; (rend domestique &#224; nouveau) et racialise (confie aux femmes non blanches, noires, indig&#232;nes, immigr&#233;es) les t&#226;ches de soins, mais n'assume pas la responsabilit&#233; de la reproduction sociale dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue g&#233;o&#233;conomique, dispositifs num&#233;riques et algorithmes permettent au capitalisme n&#233;olib&#233;ral d'aujourd'hui et &#224; son syst&#232;me inter&#233;tatique d'exploiter de nouvelles forces productives (plateformes num&#233;riques), de nouveaux types de relations sociales de production (ub&#233;risation) et la marchandisation de diverses relations sociales . Dans le m&#234;me temps, le centre de gravit&#233; de l'accumulation mondiale de capital s'est d&#233;plac&#233; au 21e si&#232;cle de l'Atlantique Nord (Europe-&#201;tats-Unis) vers le Pacifique (&#201;tats-Unis, en particulier la Silicon Valley, l'Asie de l'Est et du Sud-Est). Ce n'est pas seulement la Chine qui est d&#233;cisive, mais toute la r&#233;gion, du Japon et de la Cor&#233;e &#224; l'Australie et &#224; l'Inde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur le plan politique, le grand ennemi&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nouvelles extr&#234;mes droites, sous diff&#233;rentes versions, progressent en Europe &#8211; en France elles pourraient arriver au gouvernement &#8211;, en Am&#233;rique latine, o&#249; elles viennent de conqu&#233;rir la Casa Rosada (Argentine), apr&#232;s le coup d'&#201;tat de Dima Boluarte au P&#233;rou, en 2022, et aux &#201;tats-Unis, o&#249; Trump pourrait revenir &#224; la Maison Blanche. Elles sont de v&#233;ritables menaces en Asie, avec le fils du dictateur Marcos aux Philippines et le x&#233;nophobe anti-musulman Narendra Modi en Inde. Dans cette crise politique de longue dur&#233;e, le m&#233;contentement touche de plein fouet non seulement la droite &#171; traditionnelle &#187; ou plus &#171; cosmopolite &#187; (au sens de n&#233;olib&#233;rale &#171; progressiste &#187;, comme le dit Nancy Fraser), comme aux &#201;tats-Unis, en Italie, en Inde (Parti du Congr&#232;s) et aux Philippines, mais aussi les social-d&#233;mocraties et les &#171; progressismes &#187; qui ont cog&#233;r&#233; les &#201;tats n&#233;olib&#233;raux des derni&#232;res d&#233;cennies &#8211; cf. les victoires de Duterte en 2016 contre une coalition de droite et de Bolsonaro contre le PT en 2018, ainsi que la r&#233;cente d&#233;faite du p&#233;ronisme et la mont&#233;e de Vox en Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2008, et de mani&#232;re plus marqu&#233;e depuis le Brexit et la victoire de Trump en 2016, les mouvements et partis d'extr&#234;me droite se sont renforc&#233;s et multipli&#233;s avec des victoires &#233;lectorales &#224; l'int&#233;rieur des syst&#232;mes politiques. Ils se pr&#233;sentent comme contre-syst&#233;miques, bien qu'extr&#234;mement n&#233;olib&#233;raux, conservateurs, nationalistes, x&#233;nophobes, racistes, misogynes, antif&#233;ministes, anti-droits LGBTQIA+, transphobes, et inspir&#233;s ou massivement soutenus par le fondamentalisme religieux, de type chr&#233;tien n&#233;o-pentec&#244;tiste en Am&#233;rique latine et aux &#201;tats-Unis, et hindouiste en Inde. Contrairement aux fascismes d'il y a cent ans, ils r&#233;pandent le n&#233;gationnisme scientifique, la n&#233;gation de la science dans la compr&#233;hension du changement climatique &#8211; parce qu'ils ont besoin de nier la r&#233;alit&#233; tragique pour pr&#233;senter un quelconque espoir &#8211; et dans l'orientation de la prise en charge collective des populations face aux pand&#233;mies et aux &#233;pid&#233;mies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e de cette constellation de n&#233;o ou post-fascismes est principalement le r&#233;sultat d'au moins deux d&#233;cennies de crise des d&#233;mocraties n&#233;olib&#233;rales et de leurs institutions. Ces r&#233;gimes n&#233;olib&#233;raux ont &#233;t&#233; responsables &#8211; et sont per&#231;us comme tels par les populations &#8211; de l'accroissement des in&#233;galit&#233;s, de la paup&#233;risation, de la corruption, de la violence et de l'absence de perspectives pour les jeunes. Ils se sont r&#233;v&#233;l&#233;s incapables de r&#233;pondre de mani&#232;re satisfaisante aux aspirations des peuples et des travailleurs. La racine profonde de la nouvelle extr&#234;me droite est donc le d&#233;sespoir des secteurs sociaux appauvris face &#224; l'aggravation de la crise, la d&#233;sint&#233;gration du tissu social impos&#233;e par le n&#233;olib&#233;ralisme &#8211; dans lequel le fondamentalisme religieux se d&#233;veloppe &#8211; combin&#233;e aux &#233;checs des &#171; alternatives &#187; repr&#233;sent&#233;es par le social-lib&#233;ralisme et le &#171; progressisme &#187;. En cons&#233;quence, des fractions de la bourgeoisie sont apparues et se sont d&#233;velopp&#233;es dans le monde entier, qui soutiennent le n&#233;ofascisme en tant que solution politico-id&#233;ologique capable de mettre fin &#224; des r&#233;gimes, de contr&#244;ler les mouvements de masse d'une main de fer, d'imposer des ajustements brutaux et des d&#233;possessions afin de r&#233;cup&#233;rer les taux de profit. L'exemple le plus notable de cette division est la polarisation aux &#201;tats-Unis entre le trumpisme (qui a pris d'assaut le Parti r&#233;publicain) et le Parti d&#233;mocrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement et conjointement, on assiste au renforcement d'une tendance : th&#233;ocraties meurtri&#232;res et v&#233;ritables califats au Moyen-Orient, dictatures en Asie centrale, n&#233;ofascisme oligarchique-imp&#233;rial de Poutine en Russie, tandis que le Parti communiste chinois sous Xi Jing Ping &#233;tend la r&#233;pression. Cette combinaison constitue une menace historique pour les libert&#233;s civiles et les acquis d&#233;mocratiques partout dans le monde, parmi lesquels les r&#233;volutionnaires, sans abaisser notre critique des limites des d&#233;mocraties bourgeoises formelles, valorisent tout particuli&#232;rement le droit des exploit&#233;s et des opprim&#233;s &#224; lutter et &#224; s'organiser pour lutter. Dans ce contexte d&#233;favorable &#224; celleux d'en bas, la soi-disant gauche nostalgique du stalinisme qui d&#233;fend Poutine et le mod&#232;le chinois ou Maduro et Ortega comme alternatives au syst&#232;me imp&#233;rial, collabore &#224; l'affaiblissement et &#224; l'usurpation de ces libert&#233;s, cr&#233;ant un obstacle de plus &#224; la lutte pour une d&#233;mocratie r&#233;elle et socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La crise &#233;conomique et sociale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous vivons toujours sous l'impact de la grande crise financi&#232;re de 2008, qui a ouvert une nouvelle grande d&#233;pression (au sens de Michael Roberts), comme celle des ann&#233;es 1873-90 et surtout comme celle de 1929-1933. Pour la plupart des analystes de gauche, nous vivons une crise de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale. D'abord parce que ce mode de fonctionnement capitaliste n'est plus capable, comme par le pass&#233;, de garantir la croissance et les taux de profit qu'il a connus &#224; la fin des ann&#233;es 1980 et 1990. Ensuite parce que la polarisation g&#233;opolitique, aggrav&#233;e par l'invasion de l'Ukraine, par la progression des nationalismes et maintenant par le massacre de Gaza par Isra&#235;l, &#233;branle les cha&#238;nes de valeur super-internationalis&#233;es (citons la cha&#238;ne &#233;nerg&#233;tique Europe-Russie et la production mondiale de puces, cible de la fureur am&#233;ricaine pour emp&#234;cher le leadership chinois dans les t&#233;l&#233;communications et l'intelligence artificielle). Avec la pand&#233;mie de Covid, puis l'invasion russe de l'Ukraine et ses cons&#233;quences, ainsi que la rivalit&#233; accrue entre les &#201;tats-Unis et la Chine, les cha&#238;nes de production mondiales, d&#233;j&#224; &#233;branl&#233;es, sont en train d'&#234;tre remodel&#233;es. Cependant, aucune de ces difficult&#233;s n'emp&#234;che les gouvernements imp&#233;rialistes n&#233;olib&#233;raux et leurs subordonn&#233;s de poursuivre leurs ajustements et leurs attaques vicieuses contre les salaires et les budgets sociaux, ainsi que la marchandisation de l'agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la croissance d&#233;risoire enregistr&#233;e apr&#232;s 2008, l'&#233;conomie n&#233;olib&#233;rale lutte contre sa propre crise en fuyant vers l'avant, &#224; travers la concentration continue du capital, la financiarisation, l'endettement public et priv&#233;, la num&#233;risation &#8211; qui conf&#232;re de plus en plus de pouvoir aux grandes soci&#233;t&#233;s transnationales en g&#233;n&#233;ral et aux grandes entreprises technologiques en particulier. La combinaison de la stagnation en Occident, de l'inflation croissante (aggrav&#233;e par la guerre en Ukraine) et de la mise en &#339;uvre des m&#234;mes politiques n&#233;olib&#233;rales ne fait qu'exacerber les in&#233;galit&#233;s sociales, r&#233;gionales, raciales et de genre entre les pays et &#224; l'int&#233;rieur de ceux-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reprise des &#233;changes &#233;conomiques internationaux et l'importante offre de cr&#233;dit pour soutenir la reprise des activit&#233;s apr&#232;s la pand&#233;mie de Covid ont cr&#233;&#233; une augmentation soudaine de la demande, une sp&#233;culation sur l'&#233;nergie et les mati&#232;res premi&#232;res et un niveau d'inflation inconnu depuis des d&#233;cennies, une situation aggrav&#233;e &#224; tous &#233;gards par l'impact &#233;conomique des guerres sur les cha&#238;nes de production et de distribution mondialis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La forte hausse de l'inflation est exacerb&#233;e par une spirale d'augmentation des marges b&#233;n&#233;ficiaires et des prix, et non par une spirale d'augmentation des salaires et des prix, contrairement &#224; ce que pr&#233;tendent la BCE et la Fed en particulier. La Fed, la BCE et d'autres banques centrales ont augment&#233; les taux d'int&#233;r&#234;t, avec le risque d'une r&#233;cession mondiale en 2023, et en affectant les syst&#232;mes financiers moins r&#233;glement&#233;s tels que ceux des &#201;tats-Unis et de la Suisse. La recherche effr&#233;n&#233;e de la protection contre la crise (ou du maintien des profits) encourage la sp&#233;culation financi&#232;re et menace en permanence le syst&#232;me avec la vague de faillites de 2008 qui a touch&#233; non seulement les banques mais aussi de grandes entreprises industrielles comme General Motors, Ford, General Electrics, ou de grandes soci&#233;t&#233;s immobili&#232;res. Outre son caract&#232;re r&#233;cessif &#8211; qui &#233;branle le niveau de vie des masses laborieuses &#8211; la hausse des taux d'int&#233;r&#234;t accro&#238;t les dettes souveraines et priv&#233;es, cr&#233;ant les conditions de nouvelles crises de d&#233;faut r&#233;gionales, voire mondiales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ordre g&#233;opolitique en reconfiguration&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; chaos g&#233;opolitique &#187; dont nous parlions il y a quelques ann&#233;es s'est aggrav&#233;, d'une part, et, d'autre part, il donne lieu &#224; ce que l'&#233;conomiste marxiste Claudio Katz appelle une crise du syst&#232;me imp&#233;rial, c'est-&#224;-dire un affaiblissement de la puissance h&#233;g&#233;monique accompagn&#233; de l'affirmation de nouveaux imp&#233;rialismes, tels que le chinois et le russe. Il s'agit d'une reconfiguration en cours dans un contexte mondial d'immense instabilit&#233;, sans que rien ne soit consolid&#233;, de sorte que toute affirmation cat&#233;gorique est aujourd'hui un pari sur l'hypoth&#232;se la plus probable. En tout &#233;tat de cause, l'unipolarit&#233; du bloc sous leadership am&#233;ricain n'existe plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les faits montrent qu'avec le renforcement du g&#233;ant asiatique dans les domaines &#233;conomique, technologique et militaire, nous vivons, &#224; tout le moins, un conflit inter-imp&#233;rialiste bas&#233; sur la rivalit&#233; entre l'ancien syst&#232;me imp&#233;rial &#8211; le bloc am&#233;ricain avec les imp&#233;rialismes europ&#233;ens, la province canadienne, le Japon, la Cor&#233;e du Sud, l'Australie &#8211; et le bloc qui est en train de se construire autour de la Chine. Le bloc chinois en expansion et offensif inclut la Russie (malgr&#233; ses int&#233;r&#234;ts particuliers et ses contradictions avec P&#233;kin), la Cor&#233;e du Nord, de nombreuses r&#233;publiques d'Asie centrale, se fait de nouveaux amis parmi les califats du Moyen-Orient (Arabie saoudite, Qatar, Bahre&#239;n, Iran) et tente de transformer les BRICS en une alliance contre les imp&#233;rialismes occidentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature du &#171; grand bond &#187; chinois des 30 derni&#232;res ann&#233;es est capitaliste. H&#233;ritier d'une grande r&#233;volution sociale et d'un tournant restaurateur &#224; partir des ann&#233;es 1980, indispensable &#224; la refonte n&#233;olib&#233;rale du monde (men&#233;e en partenariat avec les &#201;tats-Unis et leurs alli&#233;s), l'imp&#233;rialisme chinois pr&#233;sente des caract&#233;ristiques particuli&#232;res, comme tous les imp&#233;rialismes. Il repose sur un capitalisme &#233;tatique planifi&#233;, centralis&#233; dans le PCC et les forces arm&#233;es chinoises, avec des politiques d&#233;veloppementalistes classiques, o&#249; de nombreuses grandes entreprises sont des joint-ventures entre des entreprises appartenant &#224; l'&#201;tat ou contr&#244;l&#233;es par l'&#201;tat et des entreprises priv&#233;es. Son imp&#233;rialisme est encore, bien s&#251;r, en construction, mais il est tr&#232;s avanc&#233; dans cette construction. Au cours des dix derni&#232;res ann&#233;es, la Chine a fait un bond en avant dans l'exportation de capitaux et est devenue le pays qui d&#233;pose et enregistre le plus de brevets au monde. Au cours des deux derni&#232;res ann&#233;es seulement, la Chine est devenue davantage un exportateur qu'un importateur de capitaux, en mettant l'accent sur ses participations dans des soci&#233;t&#233;s &#233;nerg&#233;tiques, mini&#232;res et d'infrastructure dans les pays n&#233;ocoloniaux (Asie du Sud-Est et Asie centrale, Afrique et Am&#233;rique latine). Elle investit de plus en plus dans l'armement et franchit avec v&#233;h&#233;mence la ligne &#8211; Ta&#239;wan et la mer du Sud &#8211; que ses rivaux et les &#201;tats plus faibles ne doivent pas franchir. Elle n'a pas encore envahi ou colonis&#233; &#171; un autre pays &#187; sur le mod&#232;le europ&#233;en ou am&#233;ricain, bien que sa politique &#224; l'&#233;gard du Tibet et du Xijiang (et des petits territoires historiquement en litige avec l'Inde et le Bhoutan) soit essentiellement imp&#233;rialiste et colonialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Russie d'aujourd'hui, en revanche, est l'&#201;tat r&#233;sultant de la grande destruction des fondations de ce qu'&#233;tait l'Union sovi&#233;tique et de la restauration chaotique et non centralis&#233;e qui y a eu lieu, bas&#233;e sur la prise de contr&#244;le d'anciennes et de nouvelles entreprises par des bureaucrates devenus oligarques. Poutine et son groupe, issu des secteurs des anciens services d'espionnage et de r&#233;pression, ont con&#231;u au d&#233;but du si&#232;cle le projet de recentraliser le capitalisme russe, en utilisant les relations bonapartistes entre oligarques et une version 21e si&#232;cle de la vieille id&#233;ologie nationale-imp&#233;rialiste de la Grande Russie, transform&#233;e en principal instrument pour r&#233;affirmer le capitalisme russe dans la concurrence imp&#233;rialiste et pour accro&#238;tre qualitativement la r&#233;pression des peuples de la F&#233;d&#233;ration &#8211; y compris le peuple russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce nouveau contexte que nous devons comprendre l'invasion russe de l'Ukraine, la guerre qui dure depuis presque deux ans maintenant, et l'offensive isra&#233;lo-am&#233;ricaine contre Gaza. La guerre en Ukraine pourrait durer encore longtemps, sans qu'aucune force arm&#233;e ne l'emporte sur l'autre, d'autant que les Etats-Unis ont eu bien plus int&#233;r&#234;t, en octobre 2023, &#224; garantir par une aide militaire et financi&#232;re le massacre palestinien que la guerre d&#233;fensive du gouvernement et du peuple ukrainiens pour leur autod&#233;termination. Les &#201;tats-Unis sont &#224; l'offensive avec Isra&#235;l en Palestine, leur bloc reste actif sur le th&#233;&#226;tre des op&#233;rations en Europe de l'Est, tout en se pr&#233;parant &#224; l'&#233;ventualit&#233; de conflits en Asie (Ta&#239;wan, mer de Chine) et en Oc&#233;anie. Avec une Chine en difficult&#233; &#233;conomique, un Poutine renforc&#233; pour l'instant et un r&#233;gime am&#233;ricain en grave crise &#8211; avec la possibilit&#233; d'un retour de Trump &#224; la Maison Blanche &#8211; le sc&#233;nario du syst&#232;me capitaliste inter&#233;tatique est celui de conflits croissants, de tensions et d'incertitudes tout aussi grandes pour les travailleurs et les peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce nouveau (d&#233;s)ordre imp&#233;rialiste n'a pas seulement entra&#238;n&#233; des guerres en Ukraine et en Palestine. Nous assistons &#224; la multiplication des situations de guerre dans le monde entier, comme en Syrie, au Y&#233;men, au Soudan et dans la partie orientale de la R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo, sans parler des guerres civiles &#233;videntes ou d&#233;guis&#233;es, comme la guerre civile au Myanmar, premier exemple de celles &#224; venir, et la guerre permanente des &#201;tats latino-am&#233;ricains contre les organisations criminelles, et de ces derni&#232;res contre les masses, comme au Mexique et au Br&#233;sil. Cette situation conflictuelle progresse dans la g&#233;o&#233;conomie et la g&#233;opolitique de l'Afrique, o&#249; la Russie rivalise &#233;conomiquement et militairement avec la France et les &#201;tats-Unis, notamment dans les anciennes colonies francophones d'Afrique de l'Ouest. De son c&#244;t&#233;, la Chine continue d'essayer d'accro&#238;tre son influence &#233;conomique dans toutes les parties du continent africain. Ce nouveau d&#233;sordre menace de multiplier les conflits inter-imp&#233;rialistes et de relancer la course au nucl&#233;aire, rendant le monde plus instable, plus violent et plus dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mergence de rivaux n'enl&#232;ve rien &#224; la nature des &#201;tats-Unis en tant que pays le plus riche et le plus puissant militairement, dont la bourgeoisie est la plus convaincue de sa &#171; mission historique &#187; de dominer la plan&#232;te &#224; tout prix, et donc de faire la guerre pour poursuivre son h&#233;g&#233;monie. Le fait est que si les &#201;tats-Unis sont imbattables en mati&#232;re de coercition, ils ont un s&#233;rieux probl&#232;me : une h&#233;g&#233;monie imp&#233;rialiste (comme toutes les h&#233;g&#233;monies) ne peut &#234;tre maintenue que si elle convainc &#233;galement ses alli&#233;s et son opinion publique int&#233;rieure. L'Oncle Sam est en effet celui qui a le dernier mot dans la &#171; collectivit&#233; &#187; imp&#233;rialiste encore h&#233;g&#233;monique, mais il a de tr&#232;s graves probl&#232;mes qui n'existaient pas dans la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente : son &#233;lite &#233;conomique et politique est divis&#233;e comme jamais auparavant sur le projet de domination int&#233;rieure (une soci&#233;t&#233; et un r&#233;gime d&#233;mocratique bourgeois en crise ouverte depuis que le Tea Party et Trump ont pris le contr&#244;le du Parti r&#233;publicain de l'int&#233;rieur) et est oblig&#233;e de faire face au g&#226;chis de d&#233;faire les cha&#238;nes de valeur qui ont profond&#233;ment li&#233; l'&#233;conomie des &#201;tats-Unis &#224; celle de la Chine au cours des 40 derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception est devenue plus &#233;vidente depuis l'ascension de Trump aux &#201;tats-Unis et a &#233;t&#233; consolid&#233;e par la posture de la Chine dans la guerre en Ukraine. (Certains experts font remonter les origines de la rivalit&#233; actuelle &#224; 1991-2000, avec l'h&#233;g&#233;monisme unipolaire des &#201;tats-Unis. Cela vaut la peine d'&#234;tre lu et d&#233;battu). ) S'il est essentiel de caract&#233;riser ce qui change dans le bloc des puissances et des anciennes puissances, cette refonte a de profondes implications pour la p&#233;riph&#233;rie et la semi-p&#233;riph&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La place de la guerre en Ukraine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'invasion de l'Ukraine par l'arm&#233;e de Poutine a acc&#233;l&#233;r&#233; le remodelage du monde g&#233;opolitique. Avec l'escalade des tensions en Asie de l'Est &#224; propos de Ta&#239;wan et de la mer de Chine m&#233;ridionale, le risque de guerres directes entre les principales puissances imp&#233;riales s'est accru. Il existe un risque d'escalade nucl&#233;aire, m&#234;me si ce n'est pas le sc&#233;nario le plus probable. Le &#171; nouvel ordre &#187; en construction, qui comporte d&#233;j&#224; la menace de conflits inter-imp&#233;rialistes plus nombreux et d'une reprise de la course nucl&#233;aire, rend le monde plus conflictuel et plus dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'invasion russe, atroce et injustifi&#233;e, de l'Ukraine d&#233;cid&#233;e par Poutine le 24 f&#233;vrier 2022 et la guerre qu'elle a provoqu&#233;e ont d&#233;j&#224; fait plus de 250 000 morts (50 000 dans l'arm&#233;e russe) et pr&#232;s de 100 000 civils ukrainiens. La Russie continue de bombarder les zones civiles et d'attaquer les chemins de fer, les routes, les usines et les entrep&#244;ts, ce qui a d&#233;truit les infrastructures ukrainiennes. Des millions d'Ukrainiens ont &#233;t&#233; contraints de fuir le pays, laissant des familles et des communaut&#233;s bris&#233;es. Elles et ils sont devenus des r&#233;fugi&#233;s, ce qui, selon les pays d'accueil, peut signifier sans statut permanent, sans logement, sans travail ou sans revenu, et faisant peser une lourde charge sur les pays voisins dont les populations se sont mobilis&#233;es pour apporter un soutien mat&#233;riel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous d&#233;fendons le droit du peuple ukrainien &#224; d&#233;terminer son propre avenir dans son propre int&#233;r&#234;t et dans le respect des droits de toutes les minorit&#233;s ; son droit &#224; d&#233;terminer cet avenir ind&#233;pendamment des int&#233;r&#234;ts de l'oligarchie ou du r&#233;gime capitaliste n&#233;olib&#233;ral actuel, des conditions du FMI ou de l'UE, avec l'annulation totale de sa dette ; et le droit de tous les r&#233;fugi&#233;&#183;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;s et personnes d&#233;plac&#233;es de retourner chez eux en toute s&#233;curit&#233; et dans le respect de leurs droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule solution durable &#224; cette guerre passe par la fin des bombardements des populations civiles et &lt;i&gt;des infrastructures de l'&#233;nergie&lt;/i&gt;, ainsi que le retrait complet des troupes russes. Toute n&#233;gociation doit &#234;tre publique devant le peuple ukrainien. Nous luttons pour le d&#233;mant&#232;lement de tous les blocs militaires &#8211; OTAN, OTSC, AUKUS &#8211; et nous continuons &#233;galement &#224; lutter pour le d&#233;sarmement mondial, en particulier en ce qui concerne les armes nucl&#233;aires et chimiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Russie et en Bi&#233;lorussie, celleux qui s'opposent &#224; la guerre imp&#233;rialiste de Poutine sont criminalis&#233;s. En Russie, les d&#233;serteurs de l'arm&#233;e et celleux qui osent protester ouvertement sont s&#233;v&#232;rement r&#233;prim&#233;s. Des centaines de milliers de personnes ont &#233;galement &#233;t&#233; contraintes de fuir la Russie, souvent sans statut de r&#233;fugi&#233; et en subissant les effets des mesures destin&#233;es &#224; punir les partisans du r&#233;gime russe. Elles aussi m&#233;ritent toute notre solidarit&#233;, et nous appelons &#224; la&lt;i&gt; fin de toute r&#233;pression des opposants russes &#224; la guerre et, si n&#233;cessaire, leur accueil dans le pays de leur choix.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Coups d'&#201;tat r&#233;cents en Afrique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;cents coups d'&#201;tat militaires dans les anciennes colonies fran&#231;aises d'Afrique (Mali, Burkina Faso et Niger) sont un indicateur de la profonde crise sociale et politique que traverse cette r&#233;gion, fragilis&#233;e par la mont&#233;e en puissance des actions militaires des groupes terroristes islamistes, renforc&#233;s par la d&#233;faite de Kadhafi en Libye et l'intervention des puissances occidentales. Dans ces trois pays, les militaires qui ont pris le pouvoir, sans rencontrer de r&#233;sistance dans un contexte de crise de r&#233;gime, ont profit&#233; du discr&#233;dit total des institutions politiques et du rejet g&#233;n&#233;ralis&#233; de la pr&#233;sence imp&#233;rialiste fran&#231;aise au sein de la population, notamment parmi les jeunes du Sahel. Ce rejet de la France imp&#233;rialiste par la population s'est &#233;galement exprim&#233; tr&#232;s clairement au S&#233;n&#233;gal lors des mouvements sociaux de 2021. Dans le cas du coup d'&#201;tat militaire au Gabon, qui fait partie de l'Afrique centrale et qui est &#233;galement une ancienne colonie fran&#231;aise, ce qui est d&#233;cisif, c'est la crise du r&#233;gime, car dans ce pays il n'y a pas de rejet de la France comme dans ses voisins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout &#233;tat de cause, les militaires qui sont arriv&#233;s au pouvoir n'offrent pas de v&#233;ritable alternative aux politiques imp&#233;rialistes et au mod&#232;le n&#233;olib&#233;ral, tout comme les islamistes qui sont arriv&#233;s au pouvoir par le biais des &#233;lections en Tunisie et en &#201;gypte apr&#232;s le printemps arabe. Aucun d'entre eux ne se prononce m&#234;me sur la question de l'anti-imp&#233;rialisme &#8211; si puissant sur le continent dans les ann&#233;es 1960 et 1970 &#8211; et sur la n&#233;cessit&#233; d'une unit&#233; africaine radicalement diff&#233;rente de la pr&#233;tendue unit&#233; repr&#233;sent&#233;e par l'UA et son orientation d'int&#233;gration dans la mondialisation n&#233;olib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que Quatri&#232;me Internationale, nous rejetons le discours imp&#233;rialiste occidental qui, sous pr&#233;texte de r&#233;tablir l'ordre constitutionnel dans ces pays, veut soutenir une intervention militaire pour pr&#233;server ses int&#233;r&#234;ts. Nous soutenons la demande de retrait des troupes militaires fran&#231;aises de toute la r&#233;gion, &#224; commencer par le Niger. Nous exigeons la fermeture de la base militaire am&#233;ricaine d'Agadez au Niger et le d&#233;part des troupes du groupe Wagner. Nous soutenons tous les efforts pour r&#233;cup&#233;rer la souverainet&#233; politique et &#233;conomique des peuples, dans le sens d'un mouvement nouveau et anti-syst&#233;mique pour l'unit&#233; des pays et des peuples d'Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ceux qui sont au bas de l'&#233;chelle r&#233;agissent par des mobilisations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la crise de 2008, les mobilisations de masse ont repris partout dans le monde. Printemps arabe, Occupy Wall Street, Plaza del Sol &#224; Madrid, Taksim &#224; Istanbul, juin 2013 au Br&#233;sil, Nuit Debout et Gilets jaunes en France, mobilisations &#224; Buenos Aires, Hong Kong, Santiago et Bangkok. Cette premi&#232;re vague a &#233;t&#233; suivie d'une deuxi&#232;me vague de soul&#232;vements et d'explosions entre 2018 et 2019, interrompue par la pand&#233;mie : la r&#233;bellion antiraciste aux &#201;tats-Unis et au Royaume-Uni, avec la mort de George Floyd, les mobilisations de femmes dans de nombreuses parties du monde, y compris la lutte h&#233;ro&#239;que des femmes en Iran, les r&#233;voltes contre les r&#233;gimes autocratiques comme en Bi&#233;lorussie (2020), une mobilisation de masse des paysans indiens qui a triomph&#233; en 2021. L'ann&#233;e 2019 a vu des manifestations, des gr&#232;ves ou des tentatives de renversement de gouvernements dans plus d'une centaine de pays &#8211; dans plus d'un pays sur trois, les soul&#232;vements ont conduit au d&#233;part du chef d'&#201;tat ou de gouvernement (Soudan, Alg&#233;rie, Bolivie, Liban), &#224; un remaniement minist&#233;riel (Irak, Guin&#233;e, Chili) ou encore &#224; l'abandon des r&#233;formes qui firent &#233;clore les mobilisations (France, Hong Kong, Indon&#233;sie, &#201;quateur, Albanie, Honduras) (&#233;tude du site d'information fran&#231;ais &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt;, 24/11/2019, &lt;a href=&#034;https://www.me&#8230;&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.me&#8230;&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut souligner, au lendemain de la pand&#233;mie, les trois mois de r&#233;sistance en France contre la r&#233;forme des retraites de Macron et le soul&#232;vement des travailleurs, des &#233;tudiants et de la population en Chine qui a contribu&#233; &#224; mettre en &#233;chec la politique du PCC &#171; Z&#233;ro Covid &#187;. Aux &#201;tats-Unis, le processus de syndicalisation et de lutte se poursuit dans les nouvelles branches de production (Starbuck's, Amazon, UPS), avec l'&#233;mergence de nouveaux processus anti-bureaucratiques de base, avec des gr&#232;ves de travailleurs dans l'&#233;ducation, les soins de sant&#233; et, en 2022/2023, les grandes gr&#232;ves des sc&#233;naristes et des acteurs d'Hollywood, ainsi que la gr&#232;ve historique et jusqu'&#224; pr&#233;sent victorieuse des travailleurs des trois grandes entreprises automobiles du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re au sens large, qui se pr&#233;pare aujourd'hui aux impacts de l'intelligence artificielle (et qui r&#233;siste, comme le montre la gr&#232;ve des sc&#233;naristes et des acteurs am&#233;ricains), est toujours vivante et nombreuse, bien que restructur&#233;e, r&#233;prim&#233;e, moins consciente et organis&#233;e qu'au si&#232;cle dernier. Les grands complexes industriels survivent en Chine et s'&#233;tendent en Asie du Sud-Est. Les paysans d'Afrique, d'Asie du Sud (Inde et Pakistan) et d'Am&#233;rique latine r&#233;sistent courageusement &#224; l'invasion de l'agro-industrie imp&#233;rialiste. Les peuples autochtones, qui repr&#233;sentent 10 % de la population mondiale, r&#233;sistent &#224; l'avanc&#233;e du capital sur leurs territoires et d&#233;fendent les biens communs indispensables &#224; toute l'humanit&#233;. La d&#233;faite du Printemps arabe et la trag&#233;die syrienne retardent la r&#233;silience des peuples du Proche et du Moyen-Orient ; malgr&#233; cela, nous avons assist&#233; au soul&#232;vement h&#233;ro&#239;que des femmes et des filles d'Iran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Am&#233;rique latine, les explosions sociales et les luttes &#8211; qui ont combin&#233; les revendications d&#233;mocratiques et &#233;conomiques &#8211; sont canalis&#233;es dans les &#233;lections des gouvernements dits &#171; progressistes &#187; de la deuxi&#232;me vague, avec toutes les diff&#233;rences qui existent entre les gouvernements de Lula, Amlo, Petro et Boric. Notre politique g&#233;n&#233;rale ne doit pas &#234;tre une opposition frontale et sectaire &#224; ces gouvernements, mais une politique de revendication et de mobilisation (y compris vers de meilleurs moyens de combattre l'extr&#234;me droite), tout en maintenant l'ind&#233;pendance des mouvements et des partis dans lesquels nous agissons avec toutes leurs contradictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleur.es r&#233;sistent toujours au capital et luttent pour leurs conditions de vie, bien que sous de nouvelles formes d'organisation du travail et de nouvelles mani&#232;res de s'organiser pour lutter, et donc avec plus de difficult&#233;s que pendant les ann&#233;es &#171; glorieuses &#187; de l'&#201;tat-providence du 20e si&#232;cle. L'enjeu est de travailler plus que jamais, dans chaque pays, dans chaque p&#233;riph&#233;rie urbaine, sur chaque lieu de travail, dans chaque occupation et chaque gr&#232;ve, dans chaque nouveau syndicat de base, dans chaque nouvelle cat&#233;gorie et chaque nouveau mouvement populaire de r&#233;sistance &#224; l'ordre, en s'unissant les un&#183;es aux autres pour des revendications communes, en cr&#233;ant et en renfor&#231;ant l'auto-organisation et la politisation anticapitaliste des revendications, en vue de la reconstruction d'une conscience des exploit&#233;s et des opprim&#233;s contre le capitalisme et de leur ind&#233;pendance de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Afrique subsaharienne il y a, d'une part, les mouvements dits citoyens (Le Balai citoyen, Y en a marre !, Lucha, etc.) qui semblent chercher un nouvel &#233;lan et, d'autre part, les manifestations populaires, y compris celles de l'opposition politique, auxquelles les r&#233;gimes r&#233;pondent aussi par une r&#233;pression f&#233;roce (S&#233;n&#233;gal, Swatini/ex-Swaziland, Zimbabwe, etc.). En g&#233;n&#233;ral, l'ancrage &#224; gauche ou &#171; progressiste &#187; (anti-n&#233;olib&#233;ral) n'est pas &#233;vident, sans parler d'une perspective anticapitaliste (&#233;voqu&#233;e par les camarades alg&#233;riens lors du Hirak).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des exigences centrales pour une nouvelle &#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte g&#233;n&#233;ral, la situation des classes laborieuses, des exploit&#233;&#183;es et des opprim&#233;&#183;es met en avant diff&#233;rentes revendications qui combinent les domaines &#233;conomiques, f&#233;ministes et antiracistes avec les questions socio-environnementales et d&#233;mocratiques en g&#233;n&#233;ral &#8211; contre les r&#233;gimes autoritaires, le n&#233;ofascisme et tous les imp&#233;rialismes. Les politiques unitaires de gauche (fronts uniques) et m&#234;me l'unit&#233; transitoire avec les secteurs moyens ou bourgeois contre le fascisme (fronts larges) constituent une partie importante de notre r&#233;pertoire en ces temps, mais jamais en n&#233;gociant ou en acceptant la perte de notre ind&#233;pendance politique ou celle des mouvements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les besoins fondamentaux, les droits fondamentaux doivent &#234;tre satisfaits pour tous les humains, avec des soins de sant&#233; gratuits, un logement et un travail dignes et des salaires et pensions d&#233;centes, ainsi que l'acc&#232;s &#224; l'eau. Une grande partie de l'humanit&#233; dispose de moins en moins de ces avantages en raison de la privatisation de la terre et des moyens de production pour les profits capitalistes, des politiques d'aust&#233;rit&#233; et du changement climatique aux cons&#233;quences catastrophiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons lutter contre les gouvernements autoritaires et pour les droits d&#233;mocratiques, pour le droit g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233; aux soins, contre la discrimination dont les femmes sont victimes, emp&#234;ch&#233;es de disposer de leur propre corps et de leur propre vie, pour le droit &#224; l'avortement, pour l'&#233;galit&#233; des salaires et des revenus, contre le racisme structurel qui discrimine les Noirs, les peuples indig&#232;nes et les autres ethnies racialis&#233;es, et contre l'homophobie et la transphobie qui s'attaquent &#224; la communaut&#233; LGBTQI dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces luttes doivent s'unir pour vaincre les nouveaux fascismes, pour renverser les r&#233;gimes d'exploitation et d'oppression, pour mener la lutte contre le capitalisme. Toutes ces t&#226;ches, au milieu des guerres, des catastrophes climatiques et des menaces d'ajustement, induisent la n&#233;cessit&#233; d'un nouvel internationalisme, un internationalisme militant des peuples d'en bas. Alors que de nombreux mouvements sociaux et mobilisations explosent aujourd'hui, il faut reconstruire des liens et des initiatives internationalistes &#8211; comme celles des travailleur&#183;es portuaires de toute l'Europe boycottant Isra&#235;l &#8211;, des campagnes qui rassemblent la gauche et les mouvements sociaux, avec des &#233;changes qui permettent de d&#233;fendre des revendications communes, de faciliter des victoires et des avanc&#233;es capables de retourner la situation en faveur des majorit&#233;s sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;21 novembre 2023&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ana Cristina Carvalhaes est journaliste, militante du PSOL (Br&#233;sil) et membre du Bureau ex&#233;cutif de la Quatri&#232;me Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>Br&#233;sil : &#171; Pour un PSOL ind&#233;pendant &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Bresil-Pour-un-PSOL-independant</link>
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		<dc:date>2023-12-19T06:49:53Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ana Cristina Carvalhaes</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-12-19</dc:subject>
		<dc:subject>Br&#233;sil</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique du Sud</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 20 octobre 2022, Lula da Silva a &#233;t&#233; &#233;lu pr&#233;sident de la R&#233;publique du Br&#233;sil pour la troisi&#232;me fois, battant d'une courte t&#234;te le candidat d'extr&#234;me droite Jair Bolsonaro. Cette victoire du large front d&#233;mocratique autour de Lula, ainsi que la campagne qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233;e, suscite de grands d&#233;bats au sein du Parti Socialisme et Libert&#233; (PSOL). Ana Cristina Carvalhaes nous parle de la situation au Br&#233;sil, du gouvernement Lula 3.0, et de sa vision des d&#233;bats et du congr&#232;s du PSOL, qui s'est (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2023-12-19-+" rel="tag"&gt;Edition du 2023-12-19&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Bresil-+" rel="tag"&gt;Br&#233;sil&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Amerique-du-Sud-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique du Sud&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH72/59650355-89c9-4261-ac33-dbe4b566a263-df476.jpg?1781060409' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='72' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 20 octobre 2022, Lula da Silva a &#233;t&#233; &#233;lu pr&#233;sident de la R&#233;publique du Br&#233;sil pour la troisi&#232;me fois, battant d'une courte t&#234;te le candidat d'extr&#234;me droite Jair Bolsonaro. Cette victoire du large front d&#233;mocratique autour de Lula, ainsi que la campagne qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233;e, suscite de grands d&#233;bats au sein du Parti Socialisme et Libert&#233; (PSOL). Ana Cristina Carvalhaes nous parle de la situation au Br&#233;sil, du gouvernement Lula 3.0, et de sa vision des d&#233;bats et du congr&#232;s du PSOL, qui s'est d&#233;roul&#233; du 29 septembre au 1er octobre 2023.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Quatri&#232;me internationale&lt;br class='autobr' /&gt;
12 d&#233;cembre 2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretien avec Ana Cristina Carvalhaes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Antoine Larrache : Comment vois-tu la situation politique et le gouvernement actuel ?&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ana Cristina Carvalhaes : Lula est arriv&#233; au pouvoir dans un contexte politique compl&#232;tement diff&#233;rent des trois premiers gouvernements du PT. Il est arriv&#233; au pouvoir dans un pays o&#249; l'extr&#234;me droite est tr&#232;s pr&#233;sente, apr&#232;s quatre ans de passage de Bolsonaro au Palace du Planalto. Les partisans de Bolsonaro gouvernent certains des &#201;tats les plus importants du pays (S&#227;o Paulo, Rio de Janeiro, Minas Gerais) et disposent du plus grand groupe parlementaire &#224; la Chambre des d&#233;put&#233;s. : aujourd'hui, l'extr&#234;me droite a conquis un poids de masse. Elle a &#233;t&#233; au pouvoir avec Bolsonaro, elle gouverne certains des &#201;tats les plus importants du pays, poss&#232;de la majorit&#233; au parlement, c'est dire &#224; quel point elle constitue une menace. D&#232;s avant la campagne &#233;lectorale, Lula n'a jamais voulu chercher la victoire avec une coalition de gauche &#8211; ce qui est compr&#233;hensible d'un point de vue &#233;lectoral, compte tenu de la menace fascite &#8211; ni &#224; parier sur la mobilisation populaire. Lula et le PT ont choisi de rechercher la victoire sur la base d'une alliance la plus large possible, &#224; la fois &#224; gauche, avec le PCdoB et le PSOL (1) et surtout &#224; droite. Cela a conduit &#224; l'&#233;lection de Geraldo Alckmin (ancien dirigeant du PSDB) au poste de vice-pr&#233;sident, et &#224; l'inclusion dans le &#171; front large &#187; de partis bourgeois dits de centre-gauche, ainsi que de partis plus explicitement de droite. Lula n'a jamais &#233;t&#233; pr&#234;t &#224; chercher la victoire avec une coalition de gauche, ni &#224; parier sur la mobilisation populaire. Au second tour, la coalition s'est &#233;largie &#224; des partis encore plus &#224; droite. Une partie de la bourgeoisie avait d&#233;j&#224; explicitement soutenu Lula au premier tour, et une partie beaucoup plus importante l'a soutenu au second tour. Le secteur bourgeois qui a soutenu Bolsonaro avec le plus d'ardeur au second tour &#233;tait celui des propri&#233;taires terriens, mais aussi une grande partie de la petite bourgeoisie propri&#233;taire dans les villes. Cette tactique a permis &#224; Lula de remporter une courte victoire au second tour. Ce fut une victoire d&#233;mocratique difficile et importante, qui a emp&#234;ch&#233; l'avanc&#233;e du n&#233;o ou du post-fascisme au Br&#233;sil, et le PSOL a particip&#233; &#224; juste titre &#224; ce processus en votant pour Lula-Alckmin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Antoine Larrache : Il s'agit donc d'un gouvernement de conciliation des classes, n'est-ce pas ? Comment g&#233;rez-vous cette contradiction entre la gauche et la droite en son sein ?&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ana Cristina Carvalhaes : Le gouvernement a adopt&#233; des mesures d&#233;mocratiques pour faire face aux destructions caus&#233;es par les quatre ann&#233;es de pouvoir de Bolsonaro. Il a ordonn&#233; une &#233;norme mobilisation de ressources pour sauver les Yanomami (2) de la famine et de la maladie lorsqu'ils ont &#233;t&#233; attaqu&#233;s, dans leur r&#233;serve, par l'exploitation mini&#232;re ill&#233;gale, &#224; laquelle le dirigeant fasciste avait donn&#233; carte blanche, de sorte qu'un g&#233;nocide &#233;tait en cours. Il enqu&#234;te &#233;galement sur les responsables de la tentative de coup d'&#201;tat du 8 janvier 2023. Il a recr&#233;&#233; des minist&#232;res, cr&#233;&#233; le minist&#232;re des peuples indig&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, il a des engagements solides envers les grandes entreprises et la stabilit&#233; du r&#233;gime : il a une politique &#233;conomique nettement n&#233;olib&#233;rale, une politique environnementale de &#171; capitalisme vert &#187;, il ne cherche pas &#224; mobiliser contre la droite, s'appuyant sur la Cour supr&#234;me et la police pour l'affronter. Ce n'est pas un &#171; gouvernement contestataire &#187;. Ses neuf premiers mois ne sont pas un &#171; succ&#232;s &#187; en faveur des travailleurs et du peuple car, sur le plan &#233;conomique, la nouvelle r&#232;gle fiscale n&#233;goci&#233;e avec le Congr&#232;s est un plan d'ajustement n&#233;olib&#233;ral classique qui r&#233;duit les ressources des programmes dans l'&#233;ducation, de la sant&#233;, la recherche scientifique et les droits humains, ainsi que les investissements n&#233;cessaires pour faire fonctionner l'&#233;conomie &#8211; le tout pour et d'investissement afin d'atteindre un improbable d&#233;ficit z&#233;ro d'ici 2024. Sur le plan environnemental, Lula a prononc&#233; un discours &#224; l'ONU pour d&#233;fendre l'Amazonie, tout en &#171; laissant &#187; ses ministres de droite et l'industrie fossile faire campagne pour l'exploration p&#233;troli&#232;re &#224; l'embouchure de l'Amazone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement pr&#233;sente toutes les contradictions et incoh&#233;rences insolubles impos&#233;es par son caract&#232;re de conciliation de classe. Ce n'est pas une situation dans laquelle une politique d'opposition de gauche au gouvernement, comme le PSOL l'a fait correctement au cours de ses 12 premi&#232;res ann&#233;es d'existence, est pertinente. Mais plus que jamais, il est n&#233;cessaire que le parti soit ind&#233;pendant, qu'il soutienne ce qui est positif, qu'il combatte les mesures du gouvernement contre les int&#233;r&#234;ts populaires et qu'il soit pr&#234;t &#224; faire face &#224; de nouvelles attaques (comme il y en aura certainement sur l'environnement et l'&#233;conomie populaire), qu'il maintienne son profil autonome et qu'il pr&#233;sente ses diff&#233;rences programmatiques avec l'action du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Antoine Larrache : Quelle est la situation de l'extr&#234;me droite ?&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ana Cristina Carvalhaes : La menace persiste, l&#8216;extr&#234;me droite gouverne des &#201;tats importants et pourrait revenir au pouvoir en cas de d&#233;ception &#224; l'&#233;gard du gouvernement de Lula. Il faut distinguer plusieurs niveaux : il y a Bolsonaro lui-m&#234;me, sa famille et son groupe politique le plus proche, et un secteur beaucoup plus large de personnes qui votent pour l'extr&#234;me droite, quelque chose comme 20 &#224; 25 % des &#233;lecteurs. Le bolsonarisme a &#233;t&#233; consid&#233;rablement affaibli par la tentative, ou simulacre de coup d'&#201;tat du 8 janvier, parce que les secteurs bourgeois ont d&#251; s'y opposer. Cette tentative fait l'objet d'une enqu&#234;te judiciaire et le chef de l'arm&#233;e de l'air de l'&#233;poque est impliqu&#233;. Il a donc &#233;t&#233; fortement fragilis&#233; par ces affaires judiciaires et les enqu&#234;tes pour corruption &#8211; en particulier le fait qu'il se soit appropri&#233; des bijoux offerts par des cheikhs du Golfe. Les officiers militaires qui ont gouvern&#233; avec lui ont &#233;galement &#233;t&#233; associ&#233;s &#224; des scandales de d&#233;tournement de fonds, de mauvaise gestion des ressources pendant la pand&#233;mie et maintenant m&#234;me de d&#233;tournement d'armes au profit d'organisations criminelles. Cela ne signifie nullement qu'ils ont &#233;t&#233; vaincus, mais la confiance des masses dans les forces arm&#233;es s'est effondr&#233;e. La Cour supr&#234;me, qui s'est prononc&#233;e en faveur de l'annulation des proc&#232;s donne raison &#224; Lula, et Lula lui-m&#234;me sont en train de d&#233;manteler &#171; par le haut &#187; l'appareil cr&#233;&#233; par Bolsanoro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la bourgeoisie compte sur Lula pour remettre de l'ordre dans la soci&#233;t&#233;. Le grand probl&#232;me est que cet accord signifie que le PT ne mobilisera pas les travailleur&#183;es. Et c'est un point tr&#232;s important, car c'est pr&#233;cis&#233;ment le PT qui les dirige, puisqu'il a retrouv&#233; son influence de masse au cours des huit derni&#232;res ann&#233;es o&#249; il &#233;tait dans l'opposition. Je pense que les choses vont empirer en 2024. Les mesures d'aust&#233;rit&#233; du plan d'&#171; ajustement fiscal &#187; deviendront plus &#233;videntes : le gouvernement propose un budget national &#233;quilibr&#233; pour 2024, ce qui aura d'&#233;normes cons&#233;quences, car il devra r&#233;duire les budgets de l'&#233;ducation, de la sant&#233; et d'autres domaines. Je pense que la col&#232;re va monter contre ces choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Antoine Larrache : Avec Bolsonaro &#233;cart&#233; du pouvoir pour un temps, n'y a-t-il pas un risque de voir se d&#233;velopper un v&#233;ritable mouvement fasciste ?&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ana Cristina Carvalhaes : Dans le sens d'une nouvelle tentative de coup d'&#201;tat ? Je ne pense pas, &#224; court terme. Le bolsonarisme est toujours tr&#232;s vivant, il a une grande influence au parlement, il a l'intention de gagner 1 500 mairies, sur un peu plus de 5 000 dans le pays, l'ann&#233;e prochaine. En d'autres termes, tout se joue au sein des institutions. Tout peut arriver au Br&#233;sil, mais leur probl&#232;me est que Bolsonaro est in&#233;ligible, parce que la Cour supr&#234;me l'a rendu in&#233;ligible, et son mouvement discute ouvertement de qui sera le candidat &#224; la prochaine &#233;lection pr&#233;sidentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, je n'exclus pas la possibilit&#233; qu'&#224; un autre moment, en cas de crise nationale et institutionnelle profonde, il y ait une nouvelle tentative de coup d'&#201;tat. Il ne faut pas oublier un autre &#233;l&#233;ment constitutif de la droite au Br&#233;sil : l'&#233;vang&#233;lisme chr&#233;tien n&#233;o-pentec&#244;tiste. Au sein des classes populaires, ce courant a fait d'&#233;normes progr&#232;s. Aujourd'hui, il repr&#233;sente la majorit&#233; de la population br&#233;silienne et, en termes d'influence religieuse, il d&#233;passe le catholicisme et le protestantisme historiques. Dans les favelas, ces fondamentalistes sont les plus influents d'un point de vue id&#233;ologique. Ils ont une contradiction : ils ont moins de contr&#244;le sur le vote des femmes, beaucoup de femmes &#233;vang&#233;listes ont vot&#233; pour Lula.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise mondiale rendra &#233;galement les choses plus difficiles pour Lula. C'est le grand probl&#232;me des gouvernements dits progressistes de cette deuxi&#232;me vague. La premi&#232;re vague a b&#233;n&#233;fici&#233; d'un contexte merveilleux, avec le boom des mati&#232;res premi&#232;res, mais cette deuxi&#232;me vague est confront&#233;e &#224; une situation &#233;conomique mondiale tr&#232;s difficile. La Chine continue de cro&#238;tre et, dans de nombreux pays d'Am&#233;rique latine, elle est devenue le premier ou le deuxi&#232;me partenaire commercial, tandis que le Br&#233;sil approfondit ses liens avec les BRICS. Je ne pense pas que la Chine va sauver le Br&#233;sil ou d'autres pays d'Am&#233;rique latine. Je pense que les prochaines ann&#233;es apporteront de nombreux d&#233;fis au gouvernement et qu'il y aura des luttes. Il est in&#233;vitable qu'il y ait des luttes parce que le pays est tr&#232;s in&#233;galitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Antoine Larrache : Quelles sont les relations actuelles entre le gouvernement et les mouvements sociaux ?&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ana Cristina Carvalhaes : Les mouvements de masse au Br&#233;sil sont dirig&#233;s par le PT, directement ou par l'interm&#233;diaire de gens qui en sont tr&#232;s proches. Il y a quelques contre-exemples, comme le syndicat des professeurs d'universit&#233; qui est dirig&#233; par des gens de gauche, ou les liens que Boulos entretient avec des mouvements sociaux. Mais ce sont des ph&#233;nom&#232;nes isol&#233;s. La grande diff&#233;rence avec ce qui s'est pass&#233; sous les pr&#233;c&#233;dents gouvernements du PT est que les dirigeants des mouvements de masse craignent l'extr&#234;me droite et donc se freinent d'eux-m&#234;mes. Les enseignants du secteur public f&#233;d&#233;ral sont tr&#232;s en col&#232;re contre les plans du gouvernement. Mais ils disent : &#171; qu'est-ce qu'on peut faire ? On ne va pas faire gr&#232;ve et affaiblir Lula ! &#187;. Il y a des gr&#232;ves mais au niveau des &#201;tats. Et la semaine derni&#232;re par exemple, il y a eu deux jours de gr&#232;ve dans le m&#233;tro de Sao Paulo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aura peut-&#234;tre un ph&#233;nom&#232;ne de distanciation vis-&#224;-vis du pouvoir mais ce serait alors un second cycle de ce type. Parce que le premier a eu lieu lors des premiers gouvernements du PT, qui ont dur&#233; treize ans. Il n'y a pas vraiment eu de lune de miel : apr&#232;s quelques crises dans diff&#233;rents secteurs, il y a eu un choc de rupture avec ce qui faisait la base de l'existence du PT. Ce choc a &#233;t&#233; provoqu&#233; par la r&#233;forme des retraites de 2003, lors duquel une grande partie des fonctionnaires des &#201;tats et de l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral, ainsi que les fonctionnaires pauvres, ont rompu avec lui. Puis les relations ont continu&#233; &#224; se d&#233;grader, principalement avec Dilma. Au d&#233;but de la crise de 2008, ils ont r&#233;ussi &#224; en contenir les effets mais &#224; partir de 2012-13 ils n'y sont plus parvenus et le processus de discr&#233;dit du gouvernement s'est accentu&#233;. Ce processus a fait cro&#238;tre le PSOL, de fa&#231;on limit&#233;e mais r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Antoine Larrache : Peux-tu d&#233;crire les enjeux principaux du congr&#232;s du PSOL ?&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ana Cristina Carvalhaes : Le PSOL a tenu une grande assembl&#233;e de la direction &#233;largie juste apr&#232;s l'&#233;lection de Lula. &#192; cette assembl&#233;e, il y a eu un premier choc entre le courant majoritaire du parti, qui souhaite une relation encore plus &#233;troite avec le gouvernement, et la minorit&#233; qui veut garantir l'ind&#233;pendance du PSOL par rapport &#224; celui-ci. La minorit&#233; a pr&#233;sent&#233; une motion qui affirme le refus du PSOL de participer au gouvernement Lula. Les deux courants principaux qui forment la majorit&#233;, celui de Guilherme Boulos (Revoluc&#227;o Solid&#225;ria) et celui du pr&#233;c&#233;dent pr&#233;sident du Parti (Primavera) ne voulaient pas d'une telle d&#233;claration qui les aurait mis en grande difficult&#233; alors que le gouvernement n'&#233;tait m&#234;me pas encore mis en place. Ils ont donc travaill&#233; &#224; une motion plus unitaire en faisant des concessions, notamment vis-&#224;-vis de l'aile gauche du bloc majoritaire, dont font partie des camarades de la IVe Internationale. Ce courant, appel&#233; Semente, reste alli&#233; &#224; la majorit&#233; avec trois arguments fondamentaux : premi&#232;rement il faut l'unit&#233;, y compris avec le PT, face au danger fasciste &#8211; ce qui est juste ; deuxi&#232;mement le secteur minoritaire du parti veut une politique d'opposition au gouvernement &#8211; ce qui est faux ; et troisi&#232;mement la tactique n&#233;cessaire dans la p&#233;riode pour surmonter le&lt;i&gt; petismo&lt;/i&gt; (p&#233;tisme, le soutien au projet politique historique du PT) est de miser sur la figure de Guilherme Boulos. Pour tenter d'influencer la majorit&#233;, Semente a r&#233;ussi &#224; obtenir une r&#233;solution majoritaire refusant de participer au gouvernement. C'est alors que le MES (3) et d'autres secteurs du bloc minoritaire du parti ont accept&#233; de voter en faveur de la r&#233;solution majoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, cette d&#233;claration d'intention est ambig&#252;e : elle indique que le PSOL ne va pas participer au gouvernement, ne va pas y envoyer des membres en tant que repr&#233;sentant&#183;es du PSOL, mais elle laisse des portes ouvertes &#224; la participation de certains de ses membres en leur nom propre. Une exception &#233;tait d&#233;j&#224; accept&#233;e par toutes les composantes du PSOL, celle de la participation au gouvernement de la dirigeante de l'Association des Peuples indig&#232;nes du Br&#233;sil, Sonia Guajajara, car c'&#233;tait une demande explicite des peuples indig&#232;nes. Mais quand le gouvernement s'est form&#233;, un autre membre du PSOL y est entr&#233;, un repr&#233;sentant du Mouvement des travailleurs sans toit (MSTT). Ce dernier est li&#233; &#224; Boulos. De plus, par la volont&#233; de Boulos, il a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; que le groupe des d&#233;put&#233;&#183;es du PSOL ferait partie du groupe parlementaire du gouvernement. Le pr&#233;sident du groupe est membre du PT et le vice-pr&#233;sident membre du PSOL. L'ambigu&#239;t&#233; de la r&#233;solution de d&#233;cembre avait pour fonction de permettre ces choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Antoine Larrache : Et comment ce conflit sur la participation au gouvernement s'est-il refl&#233;t&#233; dans le Congr&#232;s du PSOL ?&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ana Cristina Carvalhaes : Dans la tradition du PSOL depuis sa cr&#233;ation (2005), un congr&#232;s est organis&#233; tous les deux ans. Il y a eu une interruption avec la pand&#233;mie &#8211; une longue interruption &#8211; m&#234;me si on a tenu un congr&#232;s virtuel. Celui-ci &#233;tait donc le premier congr&#232;s avec pr&#233;sence physique depuis 2017. L'objectif principal de ce congr&#232;s, pour la direction, &#233;tait d'obtenir l'accord pour la participation au gouvernement. Un autre objectif, qui n'&#233;tait pas avou&#233;, &#233;tait de se d&#233;barrasser de tou&#183;tes ceux et celles qui y sont oppos&#233;s. Pour bien comprendre les dynamiques, il faut comprendre, sans trop personnaliser, que Boulos est issu du mouvement social, du MSTT plus pr&#233;cis&#233;ment, qui est un mouvement d'une grande valeur. Boulos s'appuie sur celui-ci et cela lui conf&#232;re un poids important. Mais il a toujours voulu rejoindre un parti sans courant, sans opposition (4) . Ce n'est pas ce que voulaient ceux qui l'ont fait entrer dans le parti, mais il a toujours &#233;t&#233; comme &#231;a, et ce n'est ni nouveau ni diffamatoire. C'est un leader important qui se situe &#224; la gauche du PT, mais qui est plus proche du PT que de la tradition du PSOL. Il souhaite sans &#233;quivoque faire partie d'un gouvernement dirig&#233; par le PT. Quant &#224; l'autre grand groupe majoritaire, Primavera, il dirige la mairie de Bel&#233;m dans la r&#233;gion amazonienne et s'inscrit dans la tradition politique des Fronts populaires des ann&#233;es 1930.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les congr&#232;s du PSOL se d&#233;roulent selon un processus qui dure trois mois, avec des assembl&#233;es de quartiers, dans les grandes villes, des assembl&#233;es de districts qui &#233;lisent des d&#233;l&#233;gu&#233;&#183;es au niveau de l'&#201;tat, de la province, et ces d&#233;l&#233;gu&#233;&#183;es &#233;lisent les d&#233;l&#233;gu&#233;&#183;es pour le congr&#232;s f&#233;d&#233;ral. Dans tout ce processus, on discute des positions politiques. Lors du congr&#232;s, un sujet important &#233;tait un changement dans le fonctionnement de la direction. Au sein du bloc d'opposition, dont je fais partie, nous savions que notre poids allait diminuer dans ce congr&#232;s, en raison de l'int&#233;gration du groupe de Boulos depuis le congr&#232;s de 2017. Mais on esp&#233;rait avoir au moins assez de votes pour peser sur ce qui en sortirait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la fondation du PSOL, qui regroupe un grand nombre de groupes, il existe une tradition de construire sa stabilit&#233; autour de pactes, des accords larges de fonctionnement. Chez nous, le pacte historique avait &#233;t&#233; &#233;tabli entre Primavera et le MES. Le premier tenait la direction et les postes principaux, l'autre tenait la tr&#233;sorerie, m&#234;me s'il ne tient pas les cordons de la bourse seul, car deux signatures &#233;taient requises pour toutes les d&#233;penses. C'&#233;tait selon moi un bon pacte parce qu'il &#233;tait fond&#233; sur les r&#233;sultats des congr&#232;s et permettait au parti de fonctionner. La direction autour de Boulos a voulu remettre en cause le pacte constitutif du PSOL dans un contexte o&#249; les partis sont tr&#232;s riches : la Fondation est un organe de propagande et d'&#233;ducation populaire qui, de par la loi, dispose de 20 % du budget du parti. Comme le pr&#233;sident de la Fondation contr&#244;le 20 % du budget du Parti, ce poste est de fait strat&#233;gique et s'impose comme le troisi&#232;me dans la hi&#233;rarchie du Parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la veille du congr&#232;s, la majorit&#233; a inform&#233; tout le monde que la Fondation ne ferait plus partie des postes de direction distribu&#233;s sur une base proportionnelle, mais que sa direction serait nomm&#233;e directement par la liste victorieuse. Il s'agissait d'un coup d'&#201;tat visant &#224; garantir que l'opposition non seulement perdrait le Congr&#232;s, mais serait &#233;galement compl&#232;tement exclue de la direction centrale. Pour l'essentiel, le seul secteur de la majorit&#233; qui s'est oppos&#233; &#224; cette man&#339;uvre a &#233;t&#233; Insurgencia, de Semente. Cela a provoqu&#233; un grand malaise au sein du bloc majoritaire, qui a &#233;t&#233; contraint de retirer la proposition. En fin de compte, la pr&#233;sidence de la Fondation reste parmi les postes de direction &#233;lus lors du congr&#232;s et restera donc, dans la pratique, &#224; un&#183;e membre du MES.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Antoine Larrache : Peux-tu expliquer les raisons plus profondes de ces conflits ?&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ana Cristina Carvalhaes : Je pense qu'il y a deux questions fondamentales combin&#233;es. Premi&#232;rement, la relation du parti avec le gouvernement, qui s'exprime par une tentative d'&#233;craser ceux qui s'opposent &#224; la participation. Face &#224; cette situation politique, la direction du PSOL affirme que nous sommes dans une &#171; p&#233;riode de front unique &#187;, que ce gouvernement est le n&#244;tre, qu'il faut &#234;tre avec lui et que ceux qui ne sont pas avec lui vont finir &#224; la poubelle de l'histoire. Concr&#232;tement, les d&#233;put&#233;&#183;es du PSOL se sont divis&#233;s sur le vote du plan d'ajustement : 7 ont vot&#233; en sa faveur et 3 ont vot&#233; contre (les deux d&#233;put&#233;&#183;es du MES et un d&#233;put&#233; ind&#233;pendant). L'argument de Boulos, qui est le chef du groupe parlementaire, est qu'il faut toujours soutenir le gouvernement parce que l'extr&#234;me droite pourrait profiter de ses difficult&#233;s. Et, au congr&#232;s, le discours de Boulos a &#233;t&#233; le m&#234;me : dans une assembl&#233;e, &#224; propos des cuisines populaires que son mouvement avait cr&#233;&#233;es pendant la pand&#233;mie et qui aujourd'hui sont financ&#233;es par l'&#201;tat, il a d&#233;clar&#233; que ces cuisines &#233;taient &#171; bien plus socialistes que tous les discours de l'extr&#234;me gauche qui vont finir &#224; la poubelle de l'histoire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me probl&#232;me est que le PSOL s'est enrichi, de sorte que prendre le contr&#244;le total de la machine et de l'appareil du parti devient une question de vie ou de mort pour la majorit&#233;. Dans le contexte de la droitisation de la soci&#233;t&#233; et de tous les scandales de corruption de la p&#233;riode de 2014-15, une nouvelle loi a accord&#233; des fonds tr&#232;s importants aux partis politiques. Cela change beaucoup de choses. Par exemple, le PSOL a re&#231;u un fonds &#233;lectoral de 99 millions de reals (20 millions de dollars) en 2022, contre seulement l'&#233;quivalent de 590 000 dollars lors de la campagne pr&#233;sidentielle de Plinio en 2010 &#8211; &#224; quoi il faut ajouter le fonds permanent du parti de 774 000 dollars par mois (9,3 millions de dollars par an). C'est une montagne de fric. Cela change les rapports internes. (5)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Antoine Larrache : Au final, comment selon toi le PSOL se d&#233;finira-t-il par rapport au gouvernement ?&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ana Cristina Carvalhaes : En fait, la victoire du bloc majoritaire actuel au Congr&#232;s est d&#233;j&#224; une d&#233;finition claire : la politique de ce bloc pr&#233;vaudra, c'est-&#224;-dire un soutien ouvert au gouvernement et une participation, si possible. Le probl&#232;me est qu'&#224; l'heure actuelle, il n'y a pas la moindre possibilit&#233; que Lula ouvre un espace plus important au PSOL, parce que, sous la pression de la droite au Congr&#232;s, il ne fait que limoger des ministres progressistes afin de donner plus de positions &#224; la droite au sein du minist&#232;re. La situation actuelle convient aux dirigeants du PSOL, car ils peuvent &#224; la fois soutenir le gouvernement et pr&#233;tendre &#224; l'autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc le congr&#232;s a &#233;t&#233; tr&#232;s conflictuel. Il y a une difficult&#233; importante pour nous car les camarades de la IV sont s&#233;par&#233;&#183;es en deux, avec des points de vue tr&#232;s diff&#233;rents sur la direction du PSOL. La situation interne entre la majorit&#233; du PSOL et la minorit&#233; est tr&#232;s tendue, tr&#232;s conflictuelle, et je crois que les choses vont se renforcer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut bien maintenir la perspective d'un PSOL ind&#233;pendant, car cette ind&#233;pendance sera capitale &#224; moyen terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Texte publi&#233; dans Inprecor n&#176;174 (novembre 2023) et revu le 28 novembre 2023.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. PCdoB est le Parti communiste du Br&#233;sil. &#192; l'origine une scission pro-Cuba du Parti communiste, il a pris son autonomie et s'est rapproch&#233; du PT. Le PSOL a &#233;t&#233; fond&#233; en 2004, apr&#232;s l'expulsion de parlementaires, notamment &#224; la suite de leur vote contre la r&#233;forme des retraites et leur entr&#233;e en dissidence dans le PT au pouvoir. Le PSDB, Parti social-d&#233;mocrate du Br&#233;sil, a &#233;t&#233; fond&#233; en 1988 comme partisan de la &#171; troisi&#232;me voie &#187; lib&#233;rale repr&#233;sent&#233;e par Tony Blair, Bill Clinton et Gerhard Schr&#246;der. Il a &#233;t&#233; pendant de nombreuses ann&#233;es le principal parti de la droite br&#233;silienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Les Yanomami constituent le plus grand peuple vivant de fa&#231;on relativement isol&#233;e en Am&#233;rique du Sud. Ils vivent dans la for&#234;t tropicale et les montagnes situ&#233;es au nord du Br&#233;sil et au sud du Venezuela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Le Movimento Esquerda Socialist (mouvement de la gauche socialiste) est organisation sympathisante de la IVe Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Guilherme Boulos est entr&#233; au PSOL en 2018 en tant que pr&#233;-candidat &#224; la pr&#233;sidence de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. On peut ajouter aussi le fait que le PSOL est pass&#233; de 41 000 &#224; 226 000 membres entre 2010 et 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
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