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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Grande-Bretagne. Les femmes et la gr&#232;ve des mineurs de 1984-1985</title>
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		<dc:date>2024-01-30T11:51:57Z</dc:date>
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		<dc:creator>Kelly Rogers</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2024-01-30</dc:subject>
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&lt;p&gt;En Grande-Bretagne, la gr&#232;ve des mineurs de 1984-1985 [sous le gouvernement de Margaret Thatcher initi&#233; en mai 1979] est un moment riche d'enseignements et d'histoires &#224; la fois tragiques et stimulantes. L'un de ces aspects r&#233;side dans le formidable parcours des femmes du bassin minier. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de A l'Encontre 24 janvier 2024 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Kelly Rogers &lt;br class='autobr' /&gt;
Le mouvement de soutien des femmes du bassin minier s'est mis en branle quelques semaines seulement apr&#232;s le d&#233;but de la gr&#232;ve, le 6 mars 1984. Des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH101/shefieldwapc-1024x687-5e865.jpg?1706615531' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='101' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En Grande-Bretagne, la gr&#232;ve des mineurs de 1984-1985 [sous le gouvernement de Margaret Thatcher initi&#233; en mai 1979] est un moment riche d'enseignements et d'histoires &#224; la fois tragiques et stimulantes. L'un de ces aspects r&#233;side dans le formidable parcours des femmes du bassin minier.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de A l'Encontre&lt;br class='autobr' /&gt;
24 janvier 2024&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Kelly Rogers&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement de soutien des femmes du bassin minier s'est mis en branle quelques semaines seulement apr&#232;s le d&#233;but de la gr&#232;ve, le 6 mars 1984. Des groupes d'appui ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s dans chaque bassin minier par des femmes de la r&#233;gion, principalement des &#233;pouses, des s&#339;urs et des filles de mineurs. Elles soutiendront la gr&#232;ve pendant 12 longs mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La classe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans&lt;i&gt; Never the Same Again&lt;/i&gt;, publi&#233; en 1987 (The Women's Press Ltd), Jean Stead [journaliste ayant jou&#233; un r&#244;le important dans la configuration de &lt;i&gt;The Guardian&lt;/i&gt; depuis les ann&#233;es 1960, disparue en 2016] &#233;voque les valeurs traditionnelles des communaut&#233;s mini&#232;res. Bien qu'il ne soit pas inhabituel que les femmes travaillent, le nombre de femmes ayant un emploi salari&#233; est plus faible dans les r&#233;gions mini&#232;res qu'ailleurs. Il est g&#233;n&#233;ralement attendu des femmes qu'elles s'occupent des enfants et des t&#226;ches m&#233;nag&#232;res. Jean Stead &#233;crit : &#171; Au plus profond d'elles-m&#234;mes, elles ont toujours su qu'elles &#233;taient exploit&#233;es, mais elles savaient qu'au moins leur exploitation &#233;tait parall&#232;le &#224; celle des hommes avec lesquels elles partageaient leur vie. C'est pourquoi les femmes de mineurs ne d&#233;versent pas, dans l'ensemble, leur amertume du pass&#233; sur les mineurs. Elles se plaignent des pr&#233;jug&#233;s de leurs maris, mais elles s'efforcent de les changer, tout en s'occupant des enfants et en pr&#233;parant les repas pour la fin du service. &#187; Ce qu'elle veut dire, c'est que ce nouveau mouvement n'&#233;tait pas &#171; f&#233;ministe &#187; au sens habituel du terme. Certes, les hommes font partie du probl&#232;me, mais leur situation est aussi le produit de l'exploitation de leur classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait important pour les femmes du bassin minier de prouver qu'elles &#233;taient derri&#232;re leurs hommes. La plupart d'entre elles ne cherchaient pas &#224; bouleverser l'ordre des sexes et &#233;taient heureuses de coordonner le soutien dans les coulisses, en fournissant de la nourriture aux gr&#233;vistes et &#224; leurs familles. Au fil du temps, de nombreuses femmes se sont de plus en plus impliqu&#233;es dans les dimensions plus politiques de la gr&#232;ve : organisation de rassemblements, entretiens avec la presse et piquets de gr&#232;ve. Mais l&#224; encore, une politique normative de genre se met en place : les femmes se pr&#233;sentent aux piquets de gr&#232;ve avec des banderoles et des pancartes pour soutenir les &#171; vrais hommes &#187; en gr&#232;ve et condamner les briseurs de gr&#232;ve (&#171; scabs &#187; &#8211; les &#171; jaunes &#187;) qui, selon elles, ont renonc&#233; &#224; leur masculinit&#233; en franchissant les piquets de gr&#232;ve. Quel triste &#233;tat de fait, disaient-elles, que ces hommes aient besoin de femmes pour les remettre &#224; leur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soutien &#224; la gr&#232;ve n'&#233;tait pas unanime. De nombreuses femmes s'inqui&#232;tent du prix &#224; payer pour leur famille suite &#224; la gr&#232;ve. La gr&#232;ve fait suite &#224; plusieurs mois d'interdiction des heures suppl&#233;mentaires d&#233;cid&#233;e par le NUM (National Union of Mineworkers), et de nombreux m&#233;nages ont d&#233;j&#224; du mal &#224; joindre les deux bouts. L'antipathie &#224; l'&#233;gard d'Arthur Scargill [dirigeant du NUM depuis 1982, jusqu'en 2002] &#233;tait donc tr&#232;s r&#233;pandue parmi les femmes de mineurs. Mais une forte culture solidaire pr&#233;valait dans les communaut&#233;s mini&#232;res et, quelle que soit l'opinion de chacun et chacune sur la gr&#232;ve, il &#233;tait inconcevable pour la plupart des gens de rompre un piquet de gr&#232;ve. De nombreuses femmes du bassin minier &#233;taient issues de familles de mineurs et leur loyaut&#233; envers le syndicat &#233;tait profonde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les femmes politiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leur nouveau livre &lt;i&gt;Women and the Miners' Strike 1984-1985&lt;/i&gt; (Oxford University Press, octobre 2023) Florence Sutcliffe-Braithwaite et Natalie Thomlinson notent que des femmes ayant une exp&#233;rience politique ont dirig&#233; les groupes de soutien des femmes dans de nombreux endroits. Dans certaines r&#233;gions, comme &#224; Chesterfield dans le Derbyshire, les regroupements de solidarit&#233; sont n&#233;s des r&#233;seaux politiques existants. Betty Heathfield, membre du Parti communiste de Grande-Bretagne (CPGB) et &#233;pouse de Peter Heathfield, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du NUM, y a cr&#233;&#233; un groupe qui a soutenu Tony Benn [personnalit&#233; repr&#233;sentant la gauche du Labour et fortement anti-imp&#233;lialiste] lors de l'&#233;lection partielle de Chesterfield en f&#233;vrier 1984 [il sera r&#233;&#233;lu r&#233;guli&#232;rement dans cette circonscription jusqu'en 2001]. Quelques semaines plus tard, il &#233;tait tout &#224; fait naturel que le m&#234;me collectif se r&#233;unisse pour soutenir la gr&#232;ve des mineurs. Les femmes actives dans la campagne pour le d&#233;sarmement nucl&#233;aire ou les syndicalistes ont &#233;galement pris l'initiative.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_44831 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L364xH550/2bea94ee9836abe6-b449b07d-b6a39.jpg?1717213421' width='364' height='550' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les femmes de Barnsley, la ville natale d'Arthur Scargill, ont &#233;t&#233; parmi les premi&#232;res &#224; s'organiser. En mai, elles ont organis&#233; une marche nationale des femmes &#224; travers la ville, qui s'est termin&#233;e par un rassemblement au Barnsley Civic Hall. Contre toute attente, plus de 10 000 femmes s'y sont rendues. Jean Miller, militante politique au sein du groupe de soutien de Barnsley, a d&#233;crit cette journ&#233;e : &#171; Ce fut vraiment l'exp&#233;rience la plus passionnante de ma vie. L'atmosph&#232;re &#233;tait formidable. Il y avait tellement de femmes qu'on avait l'impression que le sol allait s'effondrer. &#187; Maureen Douglas, du Doncaster Miners' Support Committee, a pris la parole depuis la tribune : &#171; Le r&#244;le traditionnel des femmes a &#233;t&#233; s&#233;rieusement &#233;branl&#233; au cours des huit derni&#232;res semaines&#8230; C'est une nouvelle exp&#233;rience &#8211; nous avons d&#251; repartir de z&#233;ro et cr&#233;er nos propres organisations. C'est intimidant, mais cela a &#233;t&#233; fait. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette journ&#233;e a marqu&#233; un tournant dans le mouvement. A partir de ce jour, les groupes de femmes construisent un r&#233;seau national et s'organisent ensemble. C'est le rassemblement de Barnsley qui a inspir&#233; la cr&#233;ation de l'association National Women Against Pit Closures [contre la fermeture des puits], officiellement inaugur&#233;e trois mois plus tard, en ao&#251;t 1984.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nourriture et fonds&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes ont d&#251; surmonter d'importants obstacles pour mettre sur pied leurs collectifs de soutien. A South Kirby, dans le Yorkshire, elles ont utilis&#233; une tente sans eau courante pour pr&#233;parer 570 repas par jour. Malgr&#233; ces difficult&#233;s, elles ont r&#233;ussi &#224; coordonner des cuisines et des colis alimentaires &#224; une &#233;chelle colossale. Le groupe de soutien de Swansea, Neath et Dulais Valleys au Pays de Galles confectionnait environ 400 colis alimentaires par semaine en mai 1984, 900 par semaine en juillet et plus de 1000 &#224; la fin du mois de d&#233;cembre. A Hatfield, dans le Yorkshire, le groupe de soutien servait 300 d&#238;ners par jour au centre d'aide sociale des mineurs en juin ; en novembre, il pr&#233;parait 500 repas par jour et envoyait 700 colis alimentaires chaque semaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les groupes de soutien collectaient &#233;galement des fonds, &#224; la fois pour financer leurs activit&#233;s et pour alimenter le fonds de lutte du syndicat. De nombreuses femmes ont d&#251; quitter leur village pour voyager &#224; travers le pays et &#224; l'&#233;tranger afin de prendre la parole lors de r&#233;unions et de rassemblements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre juillet 1984 et septembre 1985, le National Women Against Pit Closures a collect&#233; plus de 710 000 livres sterling (pr&#232;s de 3 millions de livres sterling en monnaie actuelle &#8211; soit 3,5 millions d'euros). A Londres, environ 40 000 livres par mois ont &#233;t&#233; collect&#233;es par l'interm&#233;diaire du comit&#233; de soutien officiel du NUM de Londres. Ce chiffre ne tient pas compte des innombrables efforts de collecte de fonds au niveau local. Des fonds ont &#233;galement &#233;t&#233; collect&#233;s par le biais d'un programme de jumelage, dans le cadre duquel des groupes de soutien ext&#233;rieurs aux communaut&#233;s mini&#232;res, des sections syndicales ou des groupes politiques &#171; adoptaient une mine &#187;. Women's Fightback a lanc&#233; un appel aux groupes Fightback locaux et aux sections f&#233;minines du Parti travailliste pour qu'ils agissent de la sorte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les prises de parole&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les groupes de soutien de femmes ont commenc&#233; &#224; attirer l'attention de la presse, ils ont souvent &#233;t&#233; d&#233;crits comme traditionnels et ordinaires. En fait, il s'agissait d'un r&#233;cit convaincant : une femme au foyer opprim&#233;e devenue militante. Cela a pu agacer certaines des femmes du bassin minier, qui &#233;taient, dans l'ensemble, &#233;duqu&#233;es, &#233;loquentes et tr&#232;s capables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, un tr&#232;s grand nombre de t&#233;moignages montrent &#224; quel point la gr&#232;ve a &#233;t&#233; un facteur de transformation au plan personnel, en particulier lorsqu'il s'agissait de prendre la parole en public. Les femmes se sont lanc&#233;es dans des exercices collectifs, discutant de politique et d&#233;battant des questions syndicales. Elles y sont parvenues avec une telle efficacit&#233; que nombre de leurs maris ont &#233;t&#233; surpris lorsqu'elles sont mont&#233;es &#224; la tribune. Doreen Hamber, de Blidworth dans le Nottinghamshire, a parl&#233; de son exp&#233;rience : &#171; Je me suis vraiment lanc&#233;e et je me suis laiss&#233;e emporter. Ils n'arr&#234;taient pas de pousser des notes devant moi qui disaient &#8216;tais-toi maintenant', &#8216;tais-toi maintenant', mais je n'ai m&#234;me pas regard&#233; les notes ; j'&#233;tais juste emport&#233;e. Lorsque j'ai termin&#233; et que je suis descendue de sc&#232;ne, mon mari s'est approch&#233; de moi et m'a embrass&#233;e. Il m'a dit : &#8220;Ce discours &#233;tait fantastique.&#8221; Il &#233;tait stup&#233;fait que je puisse me tenir debout et parler de politique. Toutes ces choses que j'ai apprises, il a fallu qu'il assiste &#224; une r&#233;union pour m'&#233;couter parler et se rendre compte que j'avais progress&#233; en huit mois. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les piquets de gr&#232;ve&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains gr&#233;vistes &#233;taient r&#233;ticents &#224; l'id&#233;e d'un piquet de gr&#232;ve tenu par des femmes. Outre qu'ils craignaient pour leur s&#233;curit&#233;, certains pensaient que les femmes aggraveraient les tensions entre les gr&#233;vistes et la police. Mais de nombreuses femmes &#233;taient d&#233;termin&#233;es &#224; manifester leur soutien de la mani&#232;re la plus directe possible, en se tenant aux c&#244;t&#233;s de leurs hommes sur le piquet de gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans certains cas, les femmes ont commenc&#233; &#224; participer au piquet de gr&#232;ve presque par accident. Dans une interview r&#233;alis&#233;e pour &lt;i&gt;Women's Fightback&lt;/i&gt;, Sheila Jow, de Thurnscoe dans le Yorkshire, a d&#233;crit une de ces occasions en avril 1984. Un groupe de femmes s'&#233;tait rendu &#224; Ollerton, dans le Nottinghamshire, pour parler aux &#233;pouses des mineurs qui brisaient la gr&#232;ve. Elles voulaient convaincre les femmes, qui, pensaient-elles, pourraient ensuite persuader les hommes, que la gr&#232;ve n'&#233;tait pas aussi difficile qu'il n'y paraissait &#224; premi&#232;re vue. Sur place, elles rencontrent &#233;galement les &#233;pouses des mineurs en gr&#232;ve, qui mettent en place une cuisine et demandent de l'aide. Ils retournent donc &#224; Thurnscoe, rassemblent quelques bras suppl&#233;mentaires et, quelques jours plus tard, reprennent le chemin d'Ollerton. Lorsqu'elles ont atteint la p&#233;riph&#233;rie du Nottinghamshire, elles ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;es par la police, qui a bloqu&#233; leur bus et menac&#233; de les arr&#234;ter. Sheila Jow raconte : &#171; Nous avons d&#233;cid&#233; que si la police allait nous traiter comme des piquets de gr&#232;ve volants, nous pourrions tout aussi bien &#234;tre des piquets de gr&#232;ve volants&#8230; Nous avons donc march&#233; jusqu'&#224; la mine de Harworth, &#224; trois miles de l&#224;. &#187; Le piquet de gr&#232;ve ne comptait que quelques gr&#233;vistes, qui ont &#233;t&#233; ravis d'&#234;tre rejoints par plus de 35 femmes de Thurnscoe, escort&#233;es par un cordon de plus d'une centaine de policiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les groupes de soutien de femmes organisent &#233;galement des piquets de gr&#232;ve r&#233;serv&#233;s aux femmes. Dans la soir&#233;e du 11 octobre, 150 femmes ont dress&#233; un piquet de gr&#232;ve devant la mine de Florence, dans les West Midlands. L'action a rassembl&#233; des femmes de toute la r&#233;gion, qui avaient d&#233;cid&#233; de choisir cette mine en raison du nombre plus &#233;lev&#233; que d'habitude de briseurs de gr&#232;ve. Jill Mountford, qui &#233;crivait &#224; l'&#233;poque pour Women's Fightback, a d&#233;clar&#233; : &#171; Il a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; que toute la soir&#233;e serait plac&#233;e sous le signe de la f&#234;te&#8230; La joie a commenc&#233; d&#232;s que les femmes sont arriv&#233;es aux portes. Leurs chants, leurs danses et leurs moqueries incessants ont g&#233;n&#233;r&#233; de l'&#233;nergie, de la confiance et de la solidarit&#233;. &#187; Ce soir-l&#224;, elles ont r&#233;ussi &#224; refouler trois briseurs de gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les piquets de gr&#232;ve f&#233;minins ont &#233;t&#233; trait&#233;s de mani&#232;re extr&#234;mement violente par la police. Elles ont &#233;t&#233; tra&#238;n&#233;es, bouscul&#233;es et frapp&#233;es. Elles ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;es et harcel&#233;es pendant leur d&#233;tention. Aggie Currie a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;e apr&#232;s avoir tenu un piquet de gr&#232;ve dans le Nottinghamshire : &#171; Ils vous frappent, ils s'en foutent que vous soyez un homme ou une femme. &#187; La photo d&#233;sormais c&#233;l&#232;bre de Lesley Boulton, membre de Women Against Pit Closures (WAPC) de Sheffield, attaqu&#233;e par un policier &#224; cheval arm&#233; d'une matraque lors de la bataille d'Orgreave en juin 1984, en est peut-&#234;tre la meilleure illustration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;National Women Against Pit Closures&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conf&#233;rence inaugurale de la NWAPC (National Women Against Pit Closures) s'est tenue en juillet 1984 &#224; Barnsley. Une cinquantaine de femmes issues des diff&#233;rents collectifs de soutien y assistent. Un &#171; cercle restreint &#187; s'est r&#233;uni avec Arthur Scargill et Peter Heathfield avant la conf&#233;rence pour discuter de l'orientation de l'organisation. Les dirigeants du NUM tenaient &#224; s'assurer que les &#171; anti-Scargill &#187; de la faction eurocommuniste du CPGB (Scargill &#233;tait proche de l'aile stalinienne du parti) ne seraient pas en mesure d'occuper des postes d'influence. Cette division durera toute la dur&#233;e de la gr&#232;ve, Scargill tenant l'organisation en laisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; scargillistes &#187; tenaient &#224; limiter l'adh&#233;sion des femmes de mineurs afin de minimiser l'influence politique ext&#233;rieure. D'autres souhaitent construire un mouvement qui s'appuie sur la force des syndicalistes, des socialistes et des f&#233;ministes qui s'engagent &#224; aider. Lors de la conf&#233;rence de novembre &#224; Chesterfield, seules trois d&#233;l&#233;gu&#233;es n'&#233;taient pas des femmes de mineurs. Deux d'entre elles, Ella Egan et Ida Hackett, toutes deux eurocommunistes, plaident en faveur de &#171; liens avec le mouvement pacifiste et les organisations f&#233;minines progressistes &#187;. Elles esp&#233;raient que la construction d'un &#171; front populaire &#187; suivant ces orientations soutiendrait la gr&#232;ve, tout en remodelant la politique de la classe ouvri&#232;re pour qu'elle soit plus inclusive des mouvements f&#233;ministes et autres mouvements sociaux. Betty Heathfield s'y opposa, d&#233;fendant la ligne de Scargill : la seule priorit&#233; du NWAPC &#233;tait de soutenir les strat&#233;gies du NUM. Heathfield et les autres partisans de Scargill remportent le d&#233;bat, mais les tensions se poursuivent dans de nombreux groupes locaux. Dans certains cas, comme &#224; Barnsley, les collectifs de soutien se divisent sur des questions comme celles-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Greenham Common&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le f&#233;minisme &#233;tait parfois un sujet controvers&#233; dans les villages de mineurs. Une femme, interview&#233;e juste apr&#232;s la gr&#232;ve par Betty Heathfield, associe le f&#233;minisme &#224; l'anti-famille : &#171; Nous avons rencontr&#233; beaucoup de f&#233;ministes et nous avons &#233;t&#233; insult&#233;es par beaucoup de f&#233;ministes. Non pas qu'ils aient voulu nous insulter, mais nous voulons toujours &#234;tre des femmes mari&#233;es. Nous voulons toujours aimer nos maris. Aimer nos enfants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, des liens importants ont &#233;t&#233; &#233;tablis avec le mouvement des femmes au sens large. Au cours de l'&#233;t&#233; 1984, des cars ont &#233;t&#233; lou&#233;s pour emmener les femmes du camp de Greenham Common &lt;strong&gt;[1] &lt;/strong&gt; aux piquets de gr&#232;ve du Pays de Galles et du Nottinghamshire. Jean Stead d&#233;crit ces visites : &#171; Elles arrivaient aux centres de soutien de mani&#232;re inattendue et impulsive, comme elles le faisaient pour la plupart des choses. Un groupe apparaissait soudainement dans un collectif d'entraide de mineurs&#8230; sentant la fum&#233;e de bois. Elles commen&#231;aient alors &#224; parler. Soucieuses de ne pas s'immiscer dans le monde extr&#234;mement priv&#233; des communaut&#233;s mini&#232;res, elles &#233;taient n&#233;anmoins d&#233;termin&#233;es &#224; apporter leur aide si elles le pouvaient. &#187; Les femmes de Greenham ont cr&#233;&#233; leur propre badge &#8211; &#171; A Greenham ou sur le piquet de gr&#232;ve &#187; &#8211; et ont pass&#233; le reste de l'&#233;t&#233; &#224; tenir des piquets de gr&#232;ve aux c&#244;t&#233;s des mineurs et de leurs familles. Les femmes des communaut&#233;s mini&#232;res visitent Greenham Common en retour, et des liens de solidarit&#233; et d'amiti&#233; se tissent entre les deux &#171; camps &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il existe de profonds d&#233;saccords politiques. Greenham &#233;tait un camp pacifiste et les femmes ont discut&#233; avec les mineurs, appelant &#224; la non-violence sur les piquets de gr&#232;ve &#8211; une position qui a &#233;t&#233; accueillie avec incompr&#233;hension. Les mineurs &#233;taient confront&#233;s &#224; des batailles quotidiennes avec la police. La non-violence n'&#233;tait pas une option. Dans quelques cas, les femmes de Greenham ont convaincu les mineurs d'organiser des sit-in de protestation, mais ces exp&#233;riences se sont r&#233;v&#233;l&#233;es d&#233;sastreuses. Lynn Clegg d&#233;crit une tentative de sit-in &#224; Hatfield, dans le Yorkshire, en ao&#251;t 1984 : &#171; Les gars ont &#233;t&#233; battus &#224; mort&#8230; [Ils] n'ont m&#234;me pas eu l'occasion de comprendre ou de se lever. Les policiers sont intervenus avec des matraques, frappant tout le monde et un gar&#231;on a &#233;t&#233; plac&#233; en soins intensifs. C'est le pire jour que nous ayons connu &#224; Hatfield. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_44832 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/photo_no_2-10.jpg?44832/48230b91938698bcbbe701f937fc817d276d819f2b2bd7f56788dee127c2a7d1&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH756/48230b91938698bc-7543fd2c-bf9dd.jpg?1717544239' width='500' height='756' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Briseurs de gr&#232;ve&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le Nottinghamshire, plus de 27 000 mineurs brisent la gr&#232;ve. Ce fut la bataille d&#233;cisive du conflit : mineurs contre mineurs. Pendant toute la dur&#233;e de la gr&#232;ve, des mineurs venus d'ailleurs se d&#233;pla&#231;aient pour tenir le piquet de gr&#232;ve dans les mines du Nottinghamshire. Des milliers de policiers hautement entra&#238;n&#233;s et semi-militaris&#233;s ont &#233;t&#233; envoy&#233;s pour terroriser ces &#171; piquets volants &#187; et les gr&#233;vistes locaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui ont fait gr&#232;ve, et les femmes qui les ont soutenus, ont eu du mal &#224; s'en sortir. Les femmes du Nottinghamshire sont oblig&#233;es d'occuper des centres d'aide sociale afin de remettre leurs cuisines en &#233;tat de marche. A la mine de charbon de Clipstone, un groupe de femmes a pris possession d'un centre de jeunesse appartenant au National Coal Board [soci&#233;t&#233; g&#233;rant l'industrie charbonni&#232;re, cr&#233;&#233;e en 1946]. Elsie Lowe, l'une des responsables de l'occupation, d&#233;crit la situation de l'&#233;poque : &#171; Les gens commen&#231;aient &#224; avoir faim. Nous savions qu'un millier de personnes n'avaient litt&#233;ralement rien &#224; manger&#8230; Nous savions que nous devions faire quelque chose. &#187; Apr&#232;s six nuits d'occupation, les administrateurs ont accept&#233; de leur donner un peu d'espace et ils se sont install&#233;s dans le St John's Ambulance centre, o&#249; il n'y avait qu'un vieux four sale. &#171; La premi&#232;re chose que nous avons faite a &#233;t&#233; de nettoyer cette cuisine ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans certains anciens villages miniers, les divisions se font encore cruellement sentir. Dans le Nottinghamshire, les gr&#233;vistes ont d&#251; faire face &#224; une violence extraordinaire de la part de la police, qui avait plac&#233; les villages en &#233;tat de si&#232;ge. Les voitures de police sillonnent les rues jour et nuit, les agents frappent les piquets de gr&#232;ve au hasard et p&#233;n&#232;trent de force dans les maisons des mineurs gr&#233;vistes pour les arr&#234;ter. John Lowe, le mari d'Elsie Lowe, a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; alors qu'il &#233;tait assis sur l'herbe devant sa mine : &#171; Six policiers se sont jet&#233;s sur moi en m&#234;me temps, mais j'ai &#233;t&#233; accus&#233; d'avoir frapp&#233; deux policiers et d'avoir caus&#233; des l&#233;sions corporelles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un groupe de femmes du Nottinghamshire s'est rendu &#224; la marche des femmes &#224; Barnsley en mai 1984. Elles racontent s'&#234;tre senties coupables au d&#233;but : &#171; Les gens semblaient penser que nous &#233;tions toutes des briseurs de gr&#232;ve, ils ne se rendaient pas compte du nombre de gr&#233;vistes dans le comt&#233;. &#187; Mais tr&#232;s vite, elles ont &#233;t&#233; acclam&#233;es comme des h&#233;ros et plac&#233;es en bonne place au milieu du cort&#232;ge. Elles ont fi&#232;rement travers&#233; Barnsley en chantant &#8220;Notts are here ! Les Notts sont l&#224; !&#8221; &#187; C'&#233;tait une r&#233;compense bienvenue pour les sacrifices et les &#233;preuves qu'elles avaient endur&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le NUM&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juin 1984, Jean McCrindle, du WAPC de Sheffield, &#233;crivit au &lt;i&gt;Sunday Times &lt;/i&gt; pour demander que les femmes des groupes de soutien puissent adh&#233;rer au NUM en tant que membres associ&#233;s. Le NUM du Yorkshire et le syndicat dans son ensemble &#233;taient majoritairement oppos&#233;s &#224; cette id&#233;e, mais le d&#233;bat s'av&#233;ra important. M&#234;me lorsqu'il s'agit de g&#233;rer les cuisines, les femmes sont souvent emp&#234;ch&#233;es par le syndicat. A Hetton, dans le comt&#233; de Durham, les femmes ont insist&#233; pour qu'une r&#233;union soit organis&#233;e afin de convenir des activit&#233;s du collectif. C'&#233;tait une exp&#233;rience humiliante : &#171; Les femmes devaient s'asseoir dans les escaliers, attendant que les hommes d&#233;cident de leur donner la permission de les servir dans les soupes populaires. &#187; A Woolley Edge, pr&#232;s de Barnsley, Betty Crook a v&#233;cu une exp&#233;rience similaire. Dans l'interview qu'elle a accord&#233;e pour&lt;i&gt; Women and the Miners' Strike &lt;/i&gt; (Les femmes et la gr&#232;ve des mineurs), elle se souvient qu'elle a d&#251; recourir &#224; la force pour obtenir ce qu'elle voulait : &#171; J'ai &#233;t&#233; convoqu&#233;e &#224; une r&#233;union pour l'aide sociale aux mineurs avec des syndicalistes, et il a tout d'abord &#233;t&#233; dit que nous n'&#233;tions pas capables d'assurer la soupe populaire. J'ai r&#233;pondu : &#8220;Bien s&#251;r que si&#8221;. On nous a r&#233;pondu : &#8220;Vous ne savez pas comment la faire&#8221;. J'ai r&#233;pondu : &#8220;Nous le pouvons&#8221;. On m'a dit : &#8220;Vous n'avez pas de couverts ni de vaisselle&#8221;. J'ai r&#233;pondu : &#8220;Nous avons tout ce qu'il faut&#8221;. On me r&#233;pond : &#8220;Vous ne pouvez pas assurer une soupe populaire&#8221;. J'ai r&#233;pondu : &#8220;&#231;a va se faire&#8220;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut se demander pourquoi les sections locales du NUM agissent de la sorte. Dans certains cas, il s'agissait de sexisme pur et simple : les membres de ces sections estimaient que les femmes devaient rester &#224; la maison et ne pas se m&#234;ler des affaires syndicales. Mais les femmes ont &#233;galement &#233;branl&#233; le syndicat. Jean Stead &#233;crit : &#171; Les femmes ont remarqu&#233; qu'elles &#233;taient elles-m&#234;mes plus rapides &#224; d&#233;marrer des projets, &#224; les mener &#224; bien, &#224; avoir des id&#233;es et &#224; les mettre en pratique&#8230; Les hommes &#233;taient plus lents et plus conservateurs, moins inspir&#233;s. C'est pourquoi ils ont eu peur de laisser les femmes s'approcher du syndicat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines femmes membres du NUM travaillaient dans des cantines de puits de mine, comme femmes de m&#233;nage ou comme employ&#233;es de bureau. Pour ces femmes, s'impliquer dans le syndicat &#233;tait souvent difficile. Jean Stead raconte l'histoire d'Alfreda Williamson, une employ&#233;e de cantine, &#226;g&#233;e de 18 ans, en gr&#232;ve. Chaque matin, &#224; 4 heures, elle pr&#233;parait le th&#233; dans la salle de repos avant de rejoindre le piquet de gr&#232;ve aux portes de la mine de Murton, &#224; Durham. Plus tard, elle retournait &#224; la cantine pour pr&#233;parer le th&#233;, avant de faire la vaisselle. &#171; Nous travaillions beaucoup plus dur que les hommes, et je l'ai dit &#224; certains d'entre eux lorsqu'ils venaient se plaindre &#187;, raconte-t-elle. Elle a demand&#233; &#224; rejoindre les autres gr&#233;vistes dans le bus NUM pour se rendre au piquet de gr&#232;ve et &#224; &#234;tre autoris&#233;e &#224; faire le th&#233;, mais le syndicat n'a pas accept&#233;. Malgr&#233; cela, elle s'est battue pour convaincre les autres employ&#233;es des cantines du NUM de soutenir la gr&#232;ve, une bataille qu'elle a souvent perdue : &#171; Dans leur propre esprit, celles qui ont repris le travail l'ont fait parce que le syndicat ne s'est jamais souci&#233; d'elles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fin de la gr&#232;ve&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conf&#233;rence qui d&#233;cide de mettre fin &#224; la gr&#232;ve a lieu le 3 mars 1985. Un vote serr&#233; &#8211; 98 d&#233;l&#233;gu&#233;s contre 91 &#8211; renvoie les mineurs au travail apr&#232;s des heures de d&#233;bats tendus. Les retomb&#233;es sont am&#232;res. 10 000 mineurs ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s pendant la gr&#232;ve et des centaines ont &#233;t&#233; emprisonn&#233;s. Plus d'un millier d'entre eux ont &#233;t&#233; licenci&#233;s. Plusieurs cars de mineurs &#233;cossais licenci&#233;s rencontrent les d&#233;l&#233;gu&#233;s lorsqu'ils quittent le Congress House. L'un d'eux s'est &#233;cri&#233;, alors que Scargill confirmait les r&#233;sultats : &#171; Nous vous avons donn&#233; nos c&#339;urs, nous vous avons donn&#233; notre sang, nous vous avons tout donn&#233; et vous nous vendez&#8230; Vous &#234;tes goudronn&#233;s et plum&#233;s avec le reste des b&#226;tards galeux. &#187; Il se met alors &#224; pleurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes &#233;taient tout aussi d&#233;vast&#233;es. Au d&#233;but de la gr&#232;ve, Sheila Jow s'&#233;tait adress&#233;e &#224; &lt;i&gt;Women's Fightback&lt;/i&gt; et avait d&#233;clar&#233; : &#171; Nous mangerons de l'herbe avant de repartir. Il faut se battre jusqu'au bout. &#187; Ce propos a &#233;t&#233; r&#233;p&#233;t&#233; des milliers de fois lors de r&#233;unions et de rassemblements dans tout le pays. Dans sa r&#233;trospective de 1987, Jean Stead &#233;crit : &#171; Presque toutes les femmes &#233;taient oppos&#233;es &#224; ce que les mineurs reprennent le travail. Elles n'avaient pas subi toute une ann&#233;e de privations et de difficult&#233;s pour c&#233;der &#224; ce moment-l&#224;&#8230; Mais, en fin de compte, elles n'avaient pas le droit de vote et n'avaient pas vraiment voix au chapitre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mineurs reprennent le travail sous les banni&#232;res des syndicats. Dans de nombreux endroits, les groupes de soutien de femmes ont pris leur place au front.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une semaine apr&#232;s le vote fatal, Ian McGregor, pr&#233;sident du National Coal Board, d&#233;clare : &#171; Les gens d&#233;couvrent maintenant le prix de l'insubordination et de l'insurrection. Et nous allons faire en sorte qu'ils s'en souviennent ! &#187; Des milliers d'emplois ont &#233;t&#233; perdus au cours des premiers mois qui ont suivi la fin de la gr&#232;ve. En 1991, il ne restait plus que 15 mines sur 174 000 et 160 000 emplois avaient &#233;t&#233; perdus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation des familles de mineurs est d&#233;sastreuse : les dettes se sont accumul&#233;es pendant la dur&#233;e de la gr&#232;ve et il faut maintenant payer les factures, les loyers et les hypoth&#232;ques qui avaient &#233;t&#233; gel&#233;s. Les collectifs de femmes ont continu&#233; &#224; fonctionner dans certains endroits pendant encore deux ans pour les aider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Se souvenir de la gr&#232;ve&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1985, l'association North Yorkshire WAPC a publi&#233; une brochure intitul&#233;e &lt;i&gt;Strike 84-5&lt;/i&gt;. Dans l'avant-propos, on peut lire : &#171; Dans les bassins miniers, il y a une nouvelle g&#233;n&#233;ration de femmes qui n'ont que l'&#226;ge de la gr&#232;ve et qui ont gagn&#233; l'admiration des gens dans le monde entier. Elles se sont battues non pas derri&#232;re leurs hommes, mais c&#244;te &#224; c&#244;te avec eux. Lorsque l'on &#233;crira l'histoire de la gr&#232;ve, tout le monde sera d'accord pour dire que les femmes sont magnifiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela reproduit un r&#233;cit habituel et assez condescendant : avant la gr&#232;ve, les femmes de mineurs &#233;taient arri&#233;r&#233;es et simples, mais elles ont &#233;t&#233; transform&#233;es par la gr&#232;ve. Ce r&#233;cit passe sous silence les innombrables activistes des communaut&#233;s mini&#232;res qui ont construit le mouvement de soutien &#224; partir de la base, ainsi que les syndicalistes, les socialistes et les f&#233;ministes qui ont partag&#233; leurs connaissances et ont pass&#233; un an &#224; construire l'effort de solidarit&#233; peut-&#234;tre le plus impressionnant que le pays ait jamais connu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est vrai que les femmes ne se sont pas content&#233;es de &#171; soutenir leurs hommes &#187;. Elles sont devenues les leaders de la gr&#232;ve. De nombreux membres du NUM voulaient s'assurer que les femmes restent des auxiliaires du syndicat, fournissant de la nourriture et des fonds mais restant &#224; l'&#233;cart de la politique. En fin de compte, nombre d'entre elles sont devenues les d&#233;cideurs dans leur foyer, veillant &#224; ce que leurs hommes respectent la ligne de conduite. Elles ont parcouru le pays et voyag&#233; &#224; l'&#233;tranger pour prendre la parole lors de r&#233;unions et de rassemblements. Elles ont men&#233; leurs propres batailles politiques pour d&#233;cider des strat&#233;gies de leur mouvement. Sans leurs efforts, les mineurs n'auraient jamais pu faire gr&#232;ve aussi longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lignes de la guerre des classes ont &#233;t&#233; mises &#224; nu par la gr&#232;ve des mineurs. Le gouvernement de Thatcher a entrepris de d&#233;truire l'une des industries les mieux organis&#233;es du pays et, en r&#233;ussissant, a ouvert la voie &#224; la soci&#233;t&#233; d&#233;r&#233;glement&#233;e, caract&#233;ris&#233;e par une in&#233;galit&#233; galopante, dans laquelle nous vivons aujourd'hui. Quarante ans plus tard, il est plus important que jamais de regarder en arri&#232;re et de tirer les le&#231;ons de cette ann&#233;e d&#233;cisive. Mais nous pouvons aussi nous inspirer des histoires de courage, de solidarit&#233; et de fiert&#233; qui jalonnent la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la gr&#232;ve a &#233;t&#233; annul&#233;e, Marlene Thompson, femme de mineur et militante, a &#233;crit un po&#232;me pour marquer ce jour : &#171; La t&#234;te haute, nous continuerons &#224; lutter &#8211; Mais un briseur de gr&#232;ve reste un briseur de gr&#232;ve jusqu'&#224; ce qu'il meure. &#187; (Article publi&#233; sur le site &lt;i&gt;Worker's Liberty&lt;/i&gt;, le 17 janvier 2024 ; traduction r&#233;daction &lt;i&gt;A l'Encontre&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[1]&lt;/strong&gt; Le Camp de femmes pour la paix &#224; Greenham Common &#233;tait un campement de protestation pacifiste contre l'installation de missiles nucl&#233;aires sur la base Royal Air Force de Greenham Common, dans le Berkshire, l'un des plus anciens comt&#233;s d'Angleterre o&#249; se trouve le ch&#226;teau de Windsor. (R&#233;d.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
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