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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Le grand jeu indien au Moyen-Orient : un &#233;quilibre d&#233;licat</title>
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		<dc:date>2024-06-04T06:20:08Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Atharva Kadam</dc:creator>


		<dc:subject>Asie/Proche-Orient</dc:subject>
		<dc:subject>Inde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2024-06-04</dc:subject>

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&lt;p&gt;Depuis 2001, l'Inde conna&#238;t une transformation de ses liens diplomatiques avec l'Asie de l'Ouest. Ils ne sont plus uniquement guid&#233;s par le pur int&#233;r&#234;t comme autrefois. Aujourd'hui, New Delhi a l'occasion d'accro&#238;tre son influence au-del&#224; du sous-continent indien. Les &#201;tats du Golfe, eux aussi, reconnaissent l'importance &#233;conomique d'un pays en plein essor, et surtout le potentiel d'investissements dans son march&#233; de l'&#233;nergie. Mais cette amiti&#233; est menac&#233;e par des crises sanglantes dans la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH83/capture_d_e_cran_le_2024-06-03_a_13.12_09-195e3.png?1785073140' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='83' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis 2001, l'Inde conna&#238;t une transformation de ses liens diplomatiques avec l'Asie de l'Ouest. Ils ne sont plus uniquement guid&#233;s par le pur int&#233;r&#234;t comme autrefois. Aujourd'hui, New Delhi a l'occasion d'accro&#238;tre son influence au-del&#224; du sous-continent indien. Les &#201;tats du Golfe, eux aussi, reconnaissent l'importance &#233;conomique d'un pays en plein essor, et surtout le potentiel d'investissements dans son march&#233; de l'&#233;nergie. Mais cette amiti&#233; est menac&#233;e par des crises sanglantes dans la r&#233;gion. Le conflit isra&#233;lo-palestinien et les sanctions am&#233;ricaines sur le p&#233;trole iranien repr&#233;sentent un double d&#233;fi pour l'Inde. De plus, la passe d'armes r&#233;cente entre Isra&#235;l et l'Iran a cr&#233;&#233; une situation difficile pour New Delhi : onze matelots indiens sont encore coinc&#233;s depuis un mois sur un navire consid&#233;r&#233; comme ayant des liens avec Isra&#235;l, et pris d'assaut par des commandos iraniens.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://asialyst.com/fr/2024/06/01/grand-jeu-inde-moyen-orient-equilibre-delicat/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Asialyst&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 14 avril dernier, une troupe des Gardiens de la r&#233;volution islamique est descendu sur un cargo dans le d&#233;troit d'Ormuz. Pris en otage &#224; quelques kilom&#232;tres de la c&#244;te &#233;mirienne, ce navire, le MSC Aries, avait pour destination Bombay. Il est associ&#233; au Zodiac Group (ZG), un conglom&#233;rat appartenant partiellement &#224; un milliardaire Isra&#233;lien. Selon MSC, la firme suisse qui g&#232;re les vaisseaux pour ZG, l'&#233;quipe de l'Aries comprenait 25 matelots, dont 17 Indiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;tournement fut un choc pour le gouvernement indien. Le ministre des Affaires &#233;trang&#232;res, Dr Subrahmanyam Jaishankar, t&#233;l&#233;phonait le lendemain &#224; son homologue iranien Amir-Abdollahian, et d'apr&#232;s le rapport publi&#233; par son minist&#232;re, le chef de la diplomatie de T&#233;h&#233;ran lui assurait que les autorit&#233;s indiennes pourraient rencontrer les matelots. Apr&#232;s intervention de l'ambassade d'Inde en Iran, un des membres de l'&#233;quipage a pu &#233;changer avec sa famille. Ce qui lui a permis d'apprendre que l'Aries &#233;tait ancr&#233; pr&#232;s du port de Bandar Abbas, situ&#233; sur la rive iranienne du d&#233;troit. &#192; la suite d'intenses n&#233;gociations, six Indiens ont &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;s et, &#224; en croire les autorit&#233;s indiennes, les autres le seront aussi apr&#232;s avoir rempli &#171; leurs obligations contractuelles &#187;. Par ailleurs, tandis que le gouvernement indien essayait de rapatrier ses matelots, il n&#233;gociait depuis longtemps avec l'Iran l'acc&#232;s au port de Chabahar, situ&#233; 400 km au Sud-Est. Le 13 mai, l'Inde signait un contrat avec l'Iran pour la gestion du terminal portuaire pour une p&#233;riode de dix ans. L'objectif : contourner la pr&#233;sence chinoise dans le port pakistanais de Gwadar et parvenir en Asie centrale via l'Afghanistan. Un accord sign&#233; en d&#233;pit de l'opposition des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple iranien t&#233;moigne de la complexit&#233; des ambitions de la diplomatie indienne au Moyen-Orient. Certes, la strat&#233;gie d&#233;sormais fameuse du &#171; multi-alignement &#187; est toujours indispensable pour l'Inde, m&#234;me quand il s'agit de son voisinage imm&#233;diat de l'Asie de l'Ouest. Que ce soit sa position nuanc&#233;e sur la question isra&#233;lo-palestinienne, ou entre les &#201;tats arabes du Golfe et l'Iran, New Delhi reste neutre. Mais cela ne veut aucunement dire que l'Inde est inerte : elle entretient simultan&#233;ment des liens &#233;conomiques importants dans cette r&#233;gion, et se vante des relations positives avec presque tous ses acteurs &#233;tatiques majeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une pr&#233;sence indienne historique dans la p&#233;ninsule arabique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Arabie et l'Inde n'ont jamais rompu leurs liens depuis des si&#232;cles. Durant la colonisation, les Britanniques &#233;tablirent leur autorit&#233; sur le golfe Persique, contr&#244;lant les routes maritimes vers les Indes. Apr&#232;s son accession &#224; l'ind&#233;pendance, l'Inde n'a pas voulu prolonger l'h&#233;g&#233;monie exerc&#233;e par la Grande-Bretagne et s'est concentr&#233;e sur ses liens commerciaux avec la r&#233;gion. Le Pakistan a bien tent&#233; de rallier les &#201;tats arabes sur la question du Cachemire, mais New Delhi a su maintenir des liens g&#233;n&#233;ralement chaleureux avec ces derniers jusqu'aux ann&#233;es 1950. La polarisation de l'Asie pendant la Guerre froide a eu un r&#233;sultat assez important pendant la d&#233;cennie suivante. L'Inde de Nehru, la&#239;que et socialiste, se rapprochait des r&#233;publiques arabes comme l'&#201;gypte, la Syrie et l'Irak, ainsi que de l'URSS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, le Pakistan se dirigeait vers les &#201;tats-Unis, ayant acquit les faveurs des &#201;tats arabes du Golfe. Des faveurs amplifi&#233;es par la solidarit&#233; islamique suite &#224; la d&#233;faite de l'&#201;gypte contre Isra&#235;l en 1967, aux attentats contre la mosqu&#233;e Al-Aqsa en 1969 et &#224; la mort de Nasser en 1970. La cr&#233;ation de l'Organisation de la coop&#233;ration islamique (OCI) en 1971 b&#233;tonnait le rapprochement entre Islamabad et Riyad en particulier : le Pakistan entra&#238;nait les forces militaires de l'Arabie saoudite, et &#224; la suite de la r&#233;volution iranienne, des soldats pakistanais furent d&#233;ploy&#233;s aux fronti&#232;res saoudiennes avec la Jordanie, l'Irak et le Y&#233;men. Tout au long des ann&#233;es 1970 et 80, l'Inde a lutt&#233; contre l'influence croissante d'Islamabad dans ces pays &#8211; en vain. Durant les chocs p&#233;troliers, l'Inde n'en est pas moins devenue &#224; la fois le fournisseur principal d'ouvriers pour alimenter les gigantesques programmes de d&#233;veloppement dans les &#201;tats arabes, et le grand importateur de leur p&#233;trole. La guerre en Afghanistan a encore &#233;loign&#233; les deux r&#233;gions &#8212; les &#201;tats arabes, avec le Pakistan et les &#201;tats-Unis, encourageaient un djihad contre l'URSS. L'Inde, en revanche, reconnaissait le gouvernement soutenu par l'URSS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 1990 marquent une nouvelle &#232;re dans la diplomatie indienne. Apr&#232;s l'effondrement de l'URSS, l'Inde prend conscience de la n&#233;cessit&#233; de trouver de nouveaux partenaires dans la r&#233;gion. Ce qui n'acc&#233;l&#232;re pas, dans un premier temps, le processus avec les pays arabes. De nombreuses r&#233;solutions de l'OCI sur le Cachemire et la chute de la mosqu&#233;e Babri &#8211; souvent propos&#233;es par le Pakistan &#8211; continuent d'embarrasser le gouvernement indien. Cependant, au fil du temps, l'Inde arr&#234;te de contredire ces r&#233;solutions, et abandonne tout effort s&#233;rieux de rapprochement avec l'OCI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut attendre 2001 pour qu'un pas important dans les relations indo-arabes soit accompli. Jaswant Singh, alors ministre indien des Affaires &#233;trang&#232;res, se d&#233;place &#224; Riyad, pour la premi&#232;re visite d'un responsable politique indien en Arabie saoudite. Le royaume qualifie alors la dispute indo-pakistanaise sur le Cachemire de &#171; bilat&#233;rale &#187;, donnant satisfaction &#224; New Delhi qui souhaitait &#233;viter la m&#233;diation d'un pays tiers. Puis, apr&#232;s les attentats du 11 septembre 2001 aux &#201;tats-Unis la m&#234;me ann&#233;e, les pays du Conseil de coop&#233;ration du Golfe (CCG) adoptent le programme &#171; Look East &#187; qui comprend un engagement strat&#233;gique fort avec l'Inde. Ce qui inclut un &#171; d&#233;couplage &#187; avec le Pakistan, &#244;tant un obstacle majeur dans le d&#233;veloppement des relations avec Riyad. Avec le nouveau si&#232;cle, les liens se renforcent &#224; travers la mer d'Arabie. Le roi Abdallah visite l'Inde en 2006, unepremi&#232;re pour un souverain saoudien depuis 1955. En 2015, Narendra Modi devient le premier dirigeant indien en trente ans &#224; mettre un pied sur la terre &#233;mirienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 2001, c'est net : les pays du Golfe changent d'approche avec l'Inde. Leur point de vue n'est plus id&#233;ologique mais de plus en plus pragmatique, m&#234;me apr&#232;s l'arriv&#233;e au pouvoir du BJP &#224; New Delhi. Paradoxalement, ce pragmatisme est r&#233;ciproque : le gouvernement nationaliste hindou, lui aussi, se concentre sur les &#201;tats arabes. Au risque de &#171; contredire sa politique domestique de polarisation religieuse &#187;, selon un expert. R&#233;sultats frappants : l'abrogation de l'autonomie du Cachemire en 2019 ne suscite aucune critique officielle de la part des gouvernements du Golfe et le Premier ministre Indien re&#231;oit de nombreuses d&#233;corations. De m&#234;me, l'inauguration r&#233;cente du premier temple hindou &#224; Abu Dhabi t&#233;moigne de l'ouverture des &#201;mirats &#224; cet &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Coop&#233;ration &#233;nerg&#233;tique et s&#233;curitaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puissance mondiale &#233;mergente, l'Inde a de grands besoins &#233;nerg&#233;tiques. Aujourd'hui le troisi&#232;me plus grand importateur de p&#233;trole au monde, elle occupera le premier rang d'ici 2035 : ses importations valaient 119 milliards de dollars en 2021-22. Les ressources p&#233;troli&#232;res de l'Inde ne suffisent pas &#224; nourrir son &#233;conomie et notamment son industrie d'exportation des produits p&#233;troliers raffin&#233;s. Une grande partie de besoins en or noir du pays (presque 85 %) est import&#233;e. Vu sa proximit&#233; g&#233;ographique avec les pays du CCG, ils sont depuis toujours ses fournisseurs pr&#233;f&#233;r&#233;s, surtout l'Irak, les &#201;mirats et l'Arabie saoudite. Malgr&#233; l'onde de choc de la guerre russo-ukrainienne en 2022, et le basculement en faveur du p&#233;trole russe, la proportion des pays de l'OPEP reste &#224; pr&#232;s de 50 % en 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De leur c&#244;t&#233;, les pays du CCG anticipent le d&#233;clin des int&#233;r&#234;ts am&#233;ricains dans la r&#233;gion, et essaient de courtiser les grandes puissances r&#233;gionales comme l'Inde et la Chine. Certes, elles ne pourront jamais remplacer les &#201;tats-Unis, mais une relation favorable pourrait garantir une sorte de s&#233;curit&#233; &#233;conomique &#224; long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Inde et les pays du Golfe se rejoignent aussi sur la coop&#233;ration s&#233;curitaire. La D&#233;claration de Riyad (2010) et le Comprehensive Strategic Partnership Agreement (2017) sign&#233; avec les &#201;mirats forment le socle de cette entente. New Delhi a &#233;galement sign&#233; de nombreux accords avec le Sultanat d'Oman et le Qatar, lui autorisant une forte pr&#233;sence militaire dans ces pays. Quant au terrorisme, l'Inde a d&#251; r&#233;&#233;valuer sa politique s&#233;curitaire suite aux attentats de Bombay le 28 novembre 2008, orchestr&#233;es par des groupes pakistanais. New Delhi s'est mis alors &#224; s&#233;curiser sa c&#244;te occidentale et &#224; isoler le Pakistan sur le sujet du terrorisme. Les pays du Golfe, &#224; leur tour, sont menac&#233;s par des organisations comme Daesh et Al-Qa&#239;da. Les deux r&#233;gions s'entendent donc assez ais&#233;ment sur le combat contre le terrorisme transnational et le radicalisme islamiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question des ouvriers expatri&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#232;s de 9 millions des Indiens expatri&#233;s r&#233;sident dans les &#201;tats du CCG. La diaspora indienne est sans doute la plus grande de la r&#233;gion. La plupart de ces Indiens sont ouvriers, souvent issus du sud du pays, en particulier du Kerala. M&#234;me si l'immigration indienne dans les pays arabes s'est banalis&#233;e, ces immigr&#233;s doivent affronter de nombreuses difficult&#233;s. Celles-ci sont notamment li&#233;es au syst&#232;me &#171; kafala &#187; d'embauche, assez r&#233;pandu dans les &#201;tats arabes et qui permet l'exploitation des ouvriers &#233;trangers. D&#232;s leur arriv&#233;e, les travailleurs se voient priv&#233;s de leurs passeports, et oblig&#233;s de travailler dans des conditions inhumaines sans aucune r&#233;mun&#233;ration proportionn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette situation tranche avec l'autre composante de la diaspora indienne : les Indiens &#224; col blanc, souvent riches, qui m&#232;nent une vie tout &#224; fait heureuse compar&#233;e &#224; leurs compatriotes ouvriers. La protection des immigr&#233;s &#224; l'&#233;tranger demeure un d&#233;fi majeur pour la diplomatie indienne, particuli&#232;rement quand il s'agit du Moyen-Orient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Isra&#235;l-Palestine : New Delhi sur la corde raide&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La Palestine appartient aux Arabes de la m&#234;me mani&#232;re que l'Angleterre appartient aux Anglais et la France aux Fran&#231;ais &#187;, avait d&#233;clar&#233; le Mahatma Gandhi en 1938. Cette solidarit&#233; anticoloniale combin&#233;e au rejet d'une religion comme seule base de l'identit&#233; nationale pouss&#232;rent New Dehli &#224; s'opposer &#224; la partition de la Palestine en 1947. En 1974, l'Inde est devenue le premier pays non arabe &#224; reconna&#238;tre l'Organisation de lib&#233;ration de la Palestine (OLP) comme seul repr&#233;sentant du peuple palestinien, et elle compte parmi les premi&#232;res nations &#224; reconna&#238;tre l'&#201;tat de Palestine en 1988. En outre, elle soutient la revendication palestinienne de devenir un &#201;tat membre des Nations Unies : elle a vot&#233; pour son obtention du statut d'&#201;tat non observateur en 2012. Le 10 mai 2024, New Delhi votait en faveur de la r&#233;solution reconnaissant l'&#233;ligibilit&#233; de la Palestine comme &#201;tat membre des Nations Unies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre-temps, l'Inde a reconnu l'&#201;tat d'Isra&#235;l deux ans apr&#232;s sa cr&#233;ation en 1948, mais sans instaurer de relations diplomatiques avec Tel Aviv jusqu'&#224; 1992. La volont&#233; de ne pas m&#233;contenter la minorit&#233; musulmane du pays, la d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard du p&#233;trole arabe, et surtout la politique de non-alignement ont longtemps retard&#233; la normalisation des relations avec l'&#201;tat h&#233;breu. Mais la fin de la Guerre froide et les accords d'Oslo en 1993 ont finalement permis cette normalisation, et les deux pays ont ouvert leurs ambassades respectives &#224; New Delhi et &#224; Tel Aviv. Aujourd'hui, le gouvernement indien, qui a reconnu les deux pays, soutient la solution &#224; deux &#201;tats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s son ind&#233;pendance, l'Inde avait soutenu la cause palestinienne, quel que soit le gouvernement au pouvoir. Par exemple, le pays, sous Vajpayee, premier membre du BJP &#224; devenir chef du gouvernement indien, a vot&#233; pour une r&#233;solution de l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de l'ONU exprimant les inqui&#233;tudes sur la violation des droits du peuple palestinien par Isra&#235;l. En 2006, sous le gouvernement du Parti du Congr&#232;s, l'Inde rejoignait les autres pays non align&#233;s en critiquant les actions militaires isra&#233;liennes contre les Palestiniens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut noter qu'en tant qu'&#201;tat post-colonial, le pays se dresse strictement contre l'interventionnisme, sauf quand il s'agit d'apartheid ou de colonialisme. D'o&#249; sa position sur le r&#233;gime d'apartheid en Afrique du Sud et sur la cause palestinienne. Pourtant, apr&#232;s 2015, le soutien indien &#224; cette derni&#232;re devient de plus en plus &#233;quivoque. L'Inde d'aujourd'hui tente de distinguer sa politique isra&#233;lienne du conflit isra&#233;lo-palestinien, et d'&#233;viter de mentionner le colonialisme dans ses relations avec Tel Aviv. Exemple &#233;difiant de cet &#233;quilibre d&#233;licat : la visite de Narendra Modi en Palestine en 2018, qui suivait celle de Netanyahu &#224; New Delhi quelques semaines avant. Le Premier ministre indien souligne son soutien au d&#233;veloppement de la Palestine. Mais cette promesse p&#226;lit devant la grande coop&#233;ration indo-isra&#233;lienne des derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Coop&#233;ration indo-isra&#233;lienne florissante&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1992, les relations indo-isra&#233;liennes sont en plein boom, en d&#233;pit du soutien indien &#224; la cause palestinienne. La convergence est la plus marqu&#233;e sur le contre-terrorisme et la collaboration en mati&#232;re de d&#233;fense. En 2003, le Premier ministre indien Atal Bihari Vajpayee invitait son homologue isra&#233;lien &#224; New Delhi, symbolie du d&#233;gel entre les deux pays. Deux motivations principales alimentent l'enthousiasme indien pour maintenir des relations positives avec Isra&#235;l : l'autonomie de sa production d'&#233;quipements militaires et le besoin d'un puissant partenaire strat&#233;gique dans la r&#233;gion apr&#232;s la fin de l'URSS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, Isra&#235;l compta parmi les pays minoritaires qui n'ont pas condamn&#233; les tests nucl&#233;aires indiens de 1998. L'&#201;tat h&#233;breu a m&#234;me fourni quelques drones &#224; l'arm&#233;e de l'air indienne pendant la guerre indo-pakistanaise de 1999 &#224; Kargil. Narendra Modi fut le premier dirigeant Indien &#224; visiter Isra&#235;l en 2017, sans se rendre cette fois &#224; Ramallah. Pour Isra&#235;l, l'Inde est un client incontournable : les importations indiennes d'&#233;quipements militaires dans les dix derni&#232;res ann&#233;es valent 2,9 milliards de dollars, y compris les radars, les drones et surtout les syst&#232;mes de surveillance. Le gouvernement indien a m&#234;me &#233;t&#233; accus&#233; en 2021 d'avoir utilis&#233; le projet P&#233;gasus, une application d'espionnage isra&#233;lienne, sur de nombreux ministres, d&#233;put&#233;s et journalistes &#8211; majoritairement issus de l'opposition. Le gouvernement d&#233;ment ces accusations, et la Cour supr&#234;me n'a pas pu &#233;tablir d&#233;finitivement leur v&#233;racit&#233;. Par ailleurs, des bombes isra&#233;liennes SPICE 2000 ont &#233;t&#233; employ&#233;es pendant les frappes chirurgicales contre les groupes terroristes pakistanais &#224; Balakot en 2019. En juin 2020, alors que l'Inde et la Chine s'affrontaient dans le Ladakh, New Delhi achetait des drones et des missiles guid&#233;s antichar isra&#233;liens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, il faut toujours rappeler que la proximit&#233; indo-isra&#233;lienne ne se traduit pas par une volte-face indienne sur la question isra&#233;lo-palestinienne. Particuli&#232;rement apr&#232;s les attentats du 7 octobre 2023, l'Inde reste vigilante pour ne pas s'aligner avec Tel Aviv.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s le 7 octobre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les partisans du Congr&#232;s sont discrets quand il s'agit de la relation indo-isra&#233;lienne, ceux du BJP sont plus francs. Le 7 octobre, Modi exprimait son soutien &#224; son homologue isra&#233;lien Netanyahu, quelques heures apr&#232;s les attaques. Le regard indien sur cet incident est marqu&#233; par le contre-terrorisme. Quand l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de l'ONU propose une tr&#234;ve humanitaire fin octobre, l'Inde s'abstient, citant l'absence des mots &#171; Hamas &#187; et &#171; otages &#187; dans la r&#233;solution. Dans les r&#233;solutions suivantes, New Delhi insiste sur la condamnation explicite des attentats du 7 octobre, et la lib&#233;ration des otages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre-temps, le minist&#232;re des Affaires &#233;trang&#232;res apporte son soutien &#224; une r&#233;solution pacifique du conflit, fond&#233;e sur la doctrine des deux &#201;tats, et insiste sur l'aide humanitaire. En r&#233;alit&#233;, il est clair que l'Inde conna&#238;t un dilemme corn&#233;lien entre la cause palestinienne et les pr&#233;cieux liens militaires avec les Isra&#233;liens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avec l'Iran, une relation sous le signe de l'ambivalence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fils reliant l'Inde &#224; l'Iran remontent &#224; des si&#232;cles. La lingua franca des royaumes m&#233;di&#233;vaux dans le nord de l'Inde &#8211; les sultanats de Delhi, l'empire moghol &#8211; fut le persan. La communaut&#233; zoroastrienne sur la c&#244;te occidentale, elle aussi, a de profondes racines persanes pr&#233;islamiques. De nombreuses langues indo-aryennes contiennent toujours des mots ou des influences grammaticales du persan. Cela dit, les relations entre l'Union indienne et la R&#233;publique islamique d'Iran sont tr&#232;s complexes. En tant que nation islamique chiite, l'int&#233;r&#234;t principal de T&#233;h&#233;ran en Inde est surtout sa population chiite &#8212; dont le pays h&#233;berge la troisi&#232;me plus grande communaut&#233; au monde. Deuxi&#232;mement, la proximit&#233; de l'Afghanistan rend la stabilit&#233; &#224; Kaboul &#233;galement importante dans les relations diplomatiques entre l'Iran et l'Inde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, pour New Delhi, T&#233;h&#233;ran pourrait ouvrir des portes vers l'Asie centrale et la mer Caspienne. Ce m&#234;me couloir indo-persique (et la pr&#233;sence russe) fut tr&#232;s anxiog&#232;ne pour les Britanniques pendant la p&#233;riode dite du &#171; Grand Jeu &#187; dans la r&#233;gion. Finalement, l'Iran est extr&#234;mement riche en hydrocarbures, avec les plus grandes r&#233;serves de gaz naturel au monde et le neuvi&#232;me rang mondial dans l'exportation du p&#233;trole. Ce qui attire &#233;videmment l'Inde avec ses besoins &#233;nerg&#233;tiques toujours plus importants. Inversement, l'Iran voit dans le march&#233; indien un moyen d'&#233;chapper &#224; l'isolement s&#233;v&#232;re impos&#233; &#224; son &#233;conomie. Mais en d&#233;pit de ces int&#233;r&#234;ts convergents, les relations indo-iraniennes n'ont pas &#233;volu&#233; de la mani&#232;re escompt&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la suite de la r&#233;volution iranienne de 1979 et de la chute du chah, il y avait l'espoir d'un rapprochement entre les deux pays. Auparavant, malgr&#233; de premiers liens commerciaux li&#233;s au p&#233;trole iranien, le chah faisait partie du camp occidental pendant la Guerre froide. Pourtant, m&#234;me apr&#232;s le changement de r&#233;gime, l'am&#233;lioration pr&#233;vue n'a pu avoir lieu &#224; cause de la guerre entre Iran-Irak, l'Inde n'ayant pas voulu prendre position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'invasion sovi&#233;tique de l'Afghanistan en 1979 a encore entrav&#233; la r&#233;conciliation indo-iranienne. Au d&#233;part, New Delhi et T&#233;h&#233;ran soutenaient deux camps adverses : l'Iran soutenait Ahmad Shah Massoud, alors que l'Inde reconnaissait le gouvernement de Babrak Karmal, soutenu par l'URSS. Pourtant, &#224; la suite du retrait des Sovi&#233;tiques une d&#233;cennie plus tard, les deux pays se trouv&#232;rent un ennemi commun : les Talibans. L'antagonisme partag&#233; envers ce dernier, et le soutien pour l'Alliance du Nord, ont favoris&#233; un rapprochement pendant les ann&#233;es 1990. Les relations indo-iraniennes ont atteint un sommet lors des accords du Corridor international de transport entre le Nord et le Sud (INSTC) sign&#233;s entre l'Inde, l'Iran et la Russie en 2000, et la D&#233;claration de Delhi en 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau si&#232;cle fut aussi marqu&#233; par de fortes tensions entre l'Iran et les &#201;tats-Unis. Des sanctions s&#233;v&#232;res ont oblig&#233; T&#233;h&#233;ran &#224; nationaliser son &#233;conomie p&#233;troli&#232;re. L'Inde, pour sa part, a continu&#233; d'acheter du p&#233;trole iranien, devenant son principal client. Mais comme l'Inde se rapprochait en m&#234;me temps des &#201;tats-Unis, ses relations avec l'Iran ont commenc&#233; &#224; s'effilocher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les n&#233;gociations des accords nucl&#233;aires civils indo-am&#233;ricains de 2005, les &#201;tats-Unis ont soulign&#233; que la proximit&#233; entre l'Inde et T&#233;h&#233;ran pourrait gravement compromettre l'arrangement. L'ann&#233;e suivante, l'Inde votait contre l'Iran &#224; l'AIEA pour sa non-conformit&#233; aux obligations du trait&#233; sur la non-prolif&#233;ration des armes nucl&#233;aires (TNP) &#8212; ce qui marqua le nadir des relations indo-iraniennes. De plus, apr&#232;s les rapports accusant l'Iran d'avoir d&#233;velopp&#233; des armes nucl&#233;aires en 2011-12, les sanctions am&#233;ricaines et europ&#233;ennes sur le p&#233;trole iranien se sont intensifi&#233;es. L'Inde, sous pression am&#233;ricaine, a r&#233;duit ses achats p&#233;troliers iraniens, sous le seuil de 15% de ses importations globales. Il n'emp&#234;che, le pays reste l'un des importants clients de T&#233;h&#233;ran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le port iranien de Chabahar et les contraintes de la g&#233;opolitique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Inde s'int&#233;resse aussi au port de Chabahar (ou Tchabahar) sur la c&#244;te iranienne, donnant sur le golfe d'Oman. Chabahar se situe &#224; 72 kilom&#232;tres du port pakistanais de Gwadar, construit avec le soutien chinois. Cette proximit&#233; est vue par l'Inde comme un moyen de percer un blocus sino-pakistanais, et de pousser son influence au-del&#224; de l'Asie m&#233;ridionale. Il constitue un v&#233;hicule maritime pour acc&#233;der aux march&#233;s de l'Asie centrale et l'Afghanistan via l'Iran, en contournant le Pakistan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors d'une visite de Modi &#224; T&#233;h&#233;ran en 2016, des accords formalisant le contrat entre quelques firmes indiennes et les autorit&#233;s portuaires de Chabahar ont &#233;t&#233; sign&#233;s. Un arrangement entre l'Iran, l'Inde et l'Afghanistan fut mis en place pour un corridor de transport trilat&#233;ral via Chabahar. Celui-ci concerne en particulier l'acheminement du bl&#233; indien vers l'Afghanistan. Autre d&#233;veloppement majeur plus r&#233;cent : la signature le 13 mai dernier d'un contrat autorisant l'Inde &#224; d&#233;velopper et exploiter un terminal portuaire &#224; Chabahar pendant dix ans. L'accord a provoqu&#233; de fortes r&#233;actions de Washington.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La menace de sanctions am&#233;ricaines repr&#233;sente l'obstacle num&#233;ro un face aux desseins indiens en Iran. Apr&#232;s le retrait am&#233;ricain des accords JCPOA, l'Inde a encore r&#233;duit ses importations iraniennes pour amadouer les &#201;tats-Unis. Mais en avril 2019, l'administration Trump a d&#233;clar&#233; que tous les pays devaient imm&#233;diatement et obligatoirement interrompre leurs importations iraniennes. Par cons&#233;quent, depuis 2019, l'Inde n'importe plus de p&#233;trole iranien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la situation pourrait &#233;voluer en raison des changements intervenus dans le commerce mondial du p&#233;trole apr&#232;s 2022 combin&#233;e &#224; l'int&#233;gration de l'Iran dans les BRICS en 2023. Lors de la visite du chef de la diplomatie indienne &#224; T&#233;h&#233;ran en janvier 2024, Jaishankar a rappel&#233; &#224; son homologue iranien l'engagement de New Delhi en faveur de l'INSTC et du d&#233;veloppement du port de Chabahar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Inde a progressivement diversifi&#233; ses relations avec le Moyen-Orient. &#192; partir de 2001 notamment, un pragmatisme partag&#233; a guid&#233; l'essor des relations avec les &#201;tats du Golfe, les liens d&#233;passant les limites traditionnelles du commerce p&#233;trolier pour s'&#233;tendre &#224; la s&#233;curit&#233; et &#224; la lutte contre le terrorisme. Au Moyen-Orient, malgr&#233; la vision inchang&#233;e de l'Inde en faveur d'une solution &#224; deux &#201;tats dans le conflit isra&#233;lo-palestinien, sa proximit&#233; avec Isra&#235;l s'est fortement d&#233;velopp&#233;e au cours des trois derni&#232;res d&#233;cennies. Isra&#235;l et les &#201;tats du Golfe sont conscients du vaste march&#233; indien et souhaitent donc nouer des liens strat&#233;giques avec New Delhi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, les relations de l'Inde avec l'Iran ont &#233;t&#233; plut&#244;t ambivalentes. Les sanctions am&#233;ricaines contre le p&#233;trole iranien et la proximit&#233; de l'Inde avec Isra&#235;l emp&#234;chent des relations franches entre T&#233;h&#233;ran et New Delhi. L'enjeu aux yeux de l'Inde dans un Moyen-Orient toujours plus tendu, sera d'utiliser au mieux sa capacit&#233; unique &#224; traiter avec toutes les parties de mani&#232;re ind&#233;pendante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Atharva Kadam&lt;/p&gt;
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