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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Pr&#233;face de Silyane Larcher au livre de Philomena Essed : Comprendre le racisme au quotidien</title>
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		<dc:creator>Suzanne Larcher</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2024-06-18</dc:subject>
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		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>

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&lt;p&gt;Madeline est directrice du d&#233;partement juridique de la filiale fran&#231;aise d'une multinationale japonaise1. Pr&#232;s d'une vingtaine de personnes, secr&#233;taires, analystes financiers et avocat&#183;es, travaillent sous ses ordres. &#192; l'exception du personnel de s&#233;curit&#233; et de m&#233;nage, elle est la seule salari&#233;e noire de l'entreprise. Les personnes qui l'ont embauch&#233;e sont &#233;tasuniennes et japonaises. Ses employeurs sont tr&#232;s satisfaits de ses comp&#233;tences et de son travail. Pourtant lorsqu'elle se d&#233;place en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L107xH150/comprendre_le_racisme-05fb1.png?1782230859' class='spip_logo spip_logo_right' width='107' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Madeline est directrice du d&#233;partement juridique de la filiale fran&#231;aise d'une multinationale japonaise1. Pr&#232;s d'une vingtaine de personnes, secr&#233;taires, analystes financiers et avocat&#183;es, travaillent sous ses ordres. &#192; l'exception du personnel de s&#233;curit&#233; et de m&#233;nage, elle est la seule salari&#233;e noire de l'entreprise. Les personnes qui l'ont embauch&#233;e sont &#233;tasuniennes et japonaises. Ses employeurs sont tr&#232;s satisfaits de ses comp&#233;tences et de son travail. Pourtant lorsqu'elle se d&#233;place en Suisse ou au Luxembourg pour repr&#233;senter le groupe afin d'&#233;tablir de gros contrats, elle rencontre toujours des r&#233;actions spontan&#233;es, souvent contenues, parfois explicites, d'&#233;tonnement. Elle n'est jamais celle &#224; laquelle client&#183;es ou collaborateur&#183;trices s'attendaient a priori. Ce qui dans ce monde tr&#232;s socialement privil&#233;gi&#233; peut occasionner quelques quiproquos. Les contr&#244;leurs de train inspectent m&#233;thodiquement ses papiers d'identit&#233; lorsqu'elle voyage en classe business. Un matin o&#249; elle se rendait plus t&#244;t qu'&#224; l'accoutum&#233;e au bureau, habill&#233;e en leggings et en baskets afin de profiter de la salle de sport du dernier &#233;tage de l'immeuble de l'entreprise, l'un des gardiens l'intercepte avant qu'elle ne monte dans l'ascenseur. Il craignait une intrusion inopportune dans les lieux. Pourtant, elle avait utilis&#233; son badge pour entrer&#8230; Comme ses revenus confortables le lui autorisent, il lui arrive de se rendre dans des boutiques de luxe de l'avenue Montaigne &#224; Paris pour faire du shopping. Elle est tr&#232;s souvent suivie de pr&#232;s par les vigiles qui anticipent un possible vol ou alors les vendeuses s'adressent spontan&#233;ment &#224; elle en anglais, persuad&#233;es qu'elle est Africaine-Am&#233;ricaine. Pourtant, Madeline est d'origine guadeloup&#233;enne, donc Fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maman d'une petite Ana de 10 ans, elle re&#231;oit aussi les plaintes de sa fille qui s'est vue &#233;cart&#233;e d'un concours tr&#232;s s&#233;lectif de danse classique en raison de ses courbes, jug&#233;es trop &#171; g&#233;n&#233;reuses pour une fillette de son &#226;ge &#187;, et de sa coiffure, tenue pour non conforme aux exigences de la sc&#233;nographie d'un prestigieux ballet ; sans parler de ces moments d'amusements o&#249; les petits camarades d'Ana lui intiment, dans des jeux de r&#244;les, d'occuper la position de servante &#171; pour rigoler &#187;, entra&#238;nant chez cette derni&#232;re incompr&#233;hension et d&#233;solation. Ces situations saturent la vie quotidienne de cette Fran&#231;aise cadre sup&#233;rieure racialis&#233;e comme noire dans ses activit&#233;s les plus ordinaires, qu'elles soient professionnelles, familiales ou de loisir. Leur accumulation et leur caract&#232;re routinier d&#233;crivent ce que Philomena Essed qualifie de &#171; racisme quotidien &#187;, objet du pr&#233;sent livre, qui d&#233;finit aussi ce que c'est d'&#234;tre &#171; racis&#233;&#183;e &#187;, terme issu de la sociologie fran&#231;aise entr&#233; au dictionnaire de la langue fran&#231;aise en 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un contexte fran&#231;ais o&#249; les notions d'&#171; intersectionnalit&#233; &#187; et de &#171; racisme syst&#233;mique &#187; se banalisent dans le vocabulaire politique courant, autant qu'elles font l'objet de controverses politiques et universitaires, il faut se r&#233;jouir que les lectrices et lecteurs fran&#231;ais&#183;es et francophones puissent d&#233;couvrir le travail pionner de Philomena Essed. Rendu d&#233;sormais accessible par une remarquable traduction de Damien Trawal&#233; et Patricia Bass, sous le titre &lt;i&gt;Comprendre le racisme quotidien&lt;/i&gt;. L'&#233;tude que l'on va lire ici a une histoire et une post&#233;rit&#233; particuli&#232;res &#224; l'&#233;tranger d'abord, mais aussi en France dans une certaine mesure. J'y reviendrai. Pour comprendre le caract&#232;re en son temps pionnier de la recherche dont ce livre est tir&#233;, il faut n&#233;anmoins dire quelques mots du contexte dans lequel elle a vu le jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sociologue n&#233;e aux Pays-Bas de parents de la classe moyenne sup&#233;rieure, originaires du Suriname (ou Guyane Hollandaise), Philomena Essed a pass&#233; sa vie entre cette ex-colonie2n&#233;erlandaise d'Am&#233;rique du Sud o&#249; elle a grandi, les Pays-Bas o&#249; elle arrive avec sa famille &#224; l'&#226;ge de 14 ans, et les &#201;tats-Unis o&#249; elle r&#233;side depuis plus de vingt ans3. Dans ces circulations transatlantiques, le racisme et l'analyse critique de la race, les engagements f&#233;ministes et en faveur de la justice sociale, ont &#233;t&#233; indissociablement au c&#339;ur de ses pr&#233;occupations politiques, sociales et scientifiques. C'est comme &#233;tudiante en anthropologie sociale, &#224; la fronti&#232;re entre monde immigr&#233; &#8211; condition qui ne fut pas vraiment la sienne, mais d&#233;finissait plut&#244;t celle de ses parents et de son entourage &#8211; et monde intellectuel n&#233;erlandais, c'est-&#224;-dire national et bourgeois, qu'elle s'est int&#233;ress&#233;e &#224; la question raciale, et plus singuli&#232;rement &#224; l'exp&#233;rience v&#233;cue du racisme aux Pays-Bas. Bas&#233; sur une enqu&#234;te qualitative par entretiens approfondis et non-directifs conduits &#224; la fin des ann&#233;es 1980 aupr&#232;s de 55 femmes afro-descendantes dipl&#244;m&#233;es du sup&#233;rieur, r&#233;parties entre les Pays-Bas et les &#201;tats-Unis (la Californie),&lt;i&gt;Comprendre le{} racisme quotidien&lt;/i&gt; est devenu un classique de la sociologie du racisme et des &#233;tudes de genre outre-Atlantique en raison de son approche novatrice du racisme et des dynamiques de racialisation. Apr&#232;s une pr&#233;c&#233;dente recherche men&#233;e &#224; une plus petite &#233;chelle aupr&#232;s de femmes migrantes de milieux sociaux vari&#233;s, originaires du Suriname vivant aux Pays-Bas, Philomena Essed a &#233;tendu son exploration de l'exp&#233;rience v&#233;cue du racisme aupr&#232;s de femmes de m&#234;me origine migratoire, mais de classes moyennes sup&#233;rieures, et aupr&#232;s de femmes Africaines-Am&#233;ricaines, &#233;galement de classes moyennes sup&#233;rieures. En s'inscrivant au croisement de la psychologie sociale, de la sociologie et de l'analyse de discours, ce travail venait bousculer les approches dominantes du racisme et des relations entre groupes racialis&#233;s qui se concentraient le plus souvent soit sur l'&#233;tude des pr&#233;jug&#233;s et des croyances raciales, soit sur l'&#233;tude des manifestations institutionnelles du racisme, notamment sous le prisme de l'approche par les discriminations et les politiques publiques. Autre &#233;l&#233;ment majeur du d&#233;but des ann&#233;es 1990, Philomena Essed venait d&#233;fier le consensus politico-moral, ancr&#233; dans l'opinion majoritaire n&#233;erlandaise, qui affirmait que les Pays-Bas &#233;taient &#8211; en d&#233;pit d'une histoire coloniale qui embrassait la traite esclavagiste atlantique et la colonisation de l'Afrique du Sud ! &#8211; un pays de traditions culturelles pluralistes peu touch&#233; par le racisme, alors identifi&#233; &#224; une r&#233;alit&#233; historique des &#201;tats-Unis. Le choix de comparer, au niveau de la recherche doctorale dont sera plus tard tir&#233; ce livre, l'exp&#233;rience v&#233;cue de femmes afro-descendantes dipl&#244;m&#233;es des Pays-Bas et des &#201;tats-Unis ne doit rien au hasard. Il s'agissait pour la jeune chercheuse, d'une part de contourner l'id&#233;e admise que le racisme relevait d'une id&#233;ologie du rejet ou de la haine peu pr&#233;sente parmi les &#233;lites occidentales cultiv&#233;es, dites &#233;clair&#233;es et progressistes, et d'autre part, de contester l'autre id&#233;e de sens commun selon laquelle le racisme se traduirait essentiellement par des discriminations, c'est-&#224;-dire l'in&#233;gal acc&#232;s &#224; des droits et &#224; des opportunit&#233;s (logement, travail, acc&#232;s &#224; la sant&#233;, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En se penchant prioritairement sur des femmes noires et m&#233;tisses de classe moyenne sup&#233;rieure, souvent universitaires, la sociologue s'est de surcro&#238;t donn&#233; les moyens d'abstraire l'interpr&#233;tation de l'exp&#233;rience de la racisation de logiques d'inf&#233;riorisation d'embl&#233;e d&#233;termin&#233;es par les conditions socio-&#233;conomiques de vie des personnes qu'elle a interrog&#233;es. De mani&#232;re tr&#232;s heuristique, cette strat&#233;gie m&#233;thodologique vient opposer un d&#233;menti &#224; la th&#232;se, tr&#232;s en vogue en France &#8211; o&#249; la recherche s'est longtemps concentr&#233;e sur le v&#233;cu des travailleuses et travailleurs issu&#183;es de l'immigration postcoloniale, surrepr&#233;sent&#233;&#183;es dans les classes populaires &#8211;, qui assimile les logiques de racialisation &#224; des m&#233;canismes symboliques, parmi d'autres, de mise &#224; l'&#233;cart des classes subalternes. Ainsi, l&#224; o&#249; d'aucuns voudraient voir des logiques de race dans la production des discriminations et des in&#233;galit&#233;s sociales se trouverait en v&#233;rit&#233; une reconfiguration de la lutte des classes4. &#192; l'instar de l'exp&#233;rience de Madeline pr&#233;sent&#233;e en ouverture de ce texte, les r&#233;sultats des travaux de Philomena Essed nous enseignent que les classes sup&#233;rieures dipl&#244;m&#233;es non-blanches n'&#233;chappent pas &#224; des logiques de racialisation, de minorisation, de contr&#244;le, de mise &#224; l'&#233;cart et de subalternisation, donnant toute son &#233;paisseur, sa multi-dimensionnalit&#233; et son h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; au &#171; racisme quotidien &#187;. Enfin, focaliser l'analyse sur les femmes a pour autre vertu heuristique d'inscrire la compr&#233;hension du racisme de facto dans sa relation coextensive avec le genre. Sans que Philomena Essed forge le concept &#224; peu pr&#232;s contemporain d'&#171; intersectionnalit&#233; &#187; &#8211; que l'on doit &#224; Kimberl&#233; Crenshaw (1989) &#8211;, elle th&#233;orise toutefois l'imbrication du genre et de la race dans les rapports sociaux de pouvoir qu'elle qualifie de &#171; racisme genr&#233; &#187; (gendered racism). Il faut en effet souligner la dimension v&#233;ritablement imbriqu&#233;e, indissociable, de l'identit&#233; genr&#233;e et de l'assignation raciale dans l'approche du racisme men&#233;e ici, tant une r&#233;ception devenue courante de l'intersectionnalit&#233; en France tend &#224; laisser croire que l'analyse intersectionnelle consisterait en l'analyse d'une concat&#233;nation ou combinatoire de segments sociaux (classe, race, genre, &#226;ge, etc.) juxtapos&#233;s dont l'&#233;lucidation permettrait de rendre compte de la domination sociale5. Il n'y a donc pas d'un c&#244;t&#233; le racisme et de l'autre, le sexisme que les chercheur&#183;euses devraient se donner pour t&#226;che de d&#233;m&#234;ler. Au contraire, l'autrice consid&#232;re qu'il est analytiquement difficile &#8211; sinon impossible &#8211; de distinguer dans l'exp&#233;rience de la racisation les aspects qui rel&#232;veraient strictement de l'assignation raciale et &#224; l'oppos&#233;, ceux qui ne rel&#232;veraient que de l'oppression sexiste. Ainsi, uniment race et genre proc&#232;dent ensemble des modalit&#233;s par lesquelles la racisation, dans un contexte sp&#233;cifique, inscrit un sujet social identifi&#233; &#224; un groupe essentialis&#233; dans une place, un r&#244;le ou une fonction fantasm&#233;e et g&#233;n&#233;ralement &#224; la fois subalterne et genr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les limites de sa socialisation d'&#233;tudiante f&#233;ministe qui ont confront&#233; Philomena Essed &#224; ses premi&#232;res interrogations touchant sp&#233;cifiquement au racisme. Cette pr&#233;cision est importante. Car depuis cette position singuli&#232;re, la conscience des points aveugles du &#171; nous &#187; rassembleur du mouvement f&#233;ministe n&#233;erlandais a conduit la jeune chercheuse, au d&#233;but des ann&#233;es 1980, &#224; interroger l'exp&#233;rience des femmes afro-surinamaises des classes populaires et moyennes parmi lesquelles elle gravitait. On aurait pu croire que l'analyse f&#233;ministe aurait conduit &#224; l'analyse antiraciste. Tout autre chose s'est pourtant jou&#233; dans cette position &#224; la fois politique et &#233;pist&#233;mique ou &#171; positionnalit&#233; &#187; (positionality) selon le terme anglophone, condition d'un regard sp&#233;cifique et d'&#233;mergence d'une question sur le monde social. L'isolement exp&#233;rientiel, donc intellectuel, parmi des f&#233;ministes aveugles &#224; l'ampleur de l'exp&#233;rience du racisme et des discriminations dans la vie des femmes surinamaises a impos&#233; l'investigation du racisme en tant que tel, autrement dit &#224; investir l'invisible pour un regard ou &#171; point de vue &#187; majoritaire. La construction de l'objet de recherche a ainsi soigneusement d&#233;coul&#233; de la rencontre intime avec l'h&#233;g&#233;monie des luttes politiques progressistes aveugles &#224; la race et les discours de d&#233;ni quant aux formes diverses d'expression du racisme dans le tissu social lui-m&#234;me. Indissociable de sa socialisation r&#233;guli&#232;re avec des immigr&#233;&#183;es du Suriname de classes sociales vari&#233;es et de sa propre exp&#233;rience en tant qu'afro-descendante et militante f&#233;ministe, la d&#233;marche de Philomena Essed, qu'il faut donc comprendre comme une v&#233;ritable entreprise de d&#233;voilement, s'est fond&#233;e sur une hypoth&#232;se forte : le racisme traverse l'ordre social et impr&#232;gne, &#224; divers degr&#233;s et de mani&#232;re diff&#233;renci&#233;e, la vie sociale des personnes noires ou non-blanches plus largement. Et pour d&#233;montrer qu'il n'est pas une &#171; affaire &#233;tasunienne &#187;, il fallait appr&#233;cier l'exp&#233;rience de femmes noires et m&#233;tisses des Pays-Bas &#224; l'aune de celle de femmes Africaines-Am&#233;ricaines et ainsi donner &#224; lire ce qu'elles ont en partage, mais aussi de distinct, dans leur confrontation ordinaire &#224; la racisation. Paru initialement en anglais chez un &#233;diteur &#233;tasunien distribu&#233; en Grande-Bretagne et en Inde car l'autrice avait d&#233;lib&#233;r&#233;ment fait le choix de ne pas &#233;crire sa th&#232;se en n&#233;erlandais, Understanding Everyday Racism, a d'abord fait l'objet d'un accueil controvers&#233; aux Pays-Bas tout en &#233;tant lou&#233; aux &#201;tats-Unis pour son inventivit&#233; m&#233;thodologique, en m&#234;me temps que pour son originalit&#233; et son audace compte tenu de l'approche comparative in&#233;dite qu'il proposait. Venant enrichir les approches courantes de la race et du racisme, il s'est aujourd'hui impos&#233; dans bien des bibliographies de sociologie du racisme et d'&#233;tudes de genre de par le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduit en fran&#231;ais plus de trente ans apr&#232;s sa publication &#224; l'attention d'un lectorat francophone, les analyses de Philomena Essed font &#233;trangement &#233;cho &#224; des d&#233;bats fran&#231;ais incessants. On trouvera en effet de nombreux traits communs entre ce qu'elle d&#233;crit de la soci&#233;t&#233; n&#233;erlandaise du tournant des ann&#233;es 1980-1990 et la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise d'aujourd'hui, plus de vingt ans apr&#232;s le d&#233;but du 21e si&#232;cle. Pourtant, sans doute en raison de sa forte dimension m&#233;thodologique qui peut lui donner une apparence aride, en France l'ouvrage est rest&#233; connu essentiellement des sp&#233;cialistes sans qu'il n'ait &#233;t&#233; jug&#233; utile d'envisager sa traduction, donc de lui offrir une vie au-del&#224; des milieux scientifiques. On le trouve ainsi r&#233;guli&#232;rement cit&#233; dans les travaux de sociologie des discriminations6, entre l'interpr&#233;tation du racisme comme &#233;preuve morale et comme v&#233;cu des &#171; micro-agressions &#187;, terme du registre psycho-&#233;motionnel qui n'appara&#238;t pas sous la plume de Philomena Essed7. Il fait partie de l'attirail m&#233;thodologique de nombreuses th&#232;ses de sociologie consacr&#233;es &#224; la race et aux discriminations racistes. Mais cette connaissance ancienne de l'ouvrage ne semble pas avoir entra&#238;n&#233; de prise au s&#233;rieux des r&#233;sultats de la recherche ni de discussion large de ses enjeux pour la conceptualisation m&#234;me de l'objet &#171; racisme &#187; dans un pays comme la France8. Certes, le mot m&#234;me de &#171; racisme &#187; se r&#233;v&#232;le ductile d&#232;s lors qu'il d&#233;signe aussi bien une id&#233;ologie ou une doctrine, g&#233;n&#233;ralement assimil&#233;e aux th&#233;ories pseudo-scientifiques du 19e si&#232;cle, que l'hostilit&#233; &#224; l'&#233;gard d'un ou plusieurs membres d'un groupe situ&#233; au bas d'une hi&#233;rarchie entre groupes humains en cela constitu&#233;s en races. Cette hostilit&#233; elle-m&#234;me fond&#233;e sur la croyance dans la sup&#233;riorit&#233; d'une &#171; race &#187; par rapport &#224; d'autres se trouve par exemple cristallis&#233;e dans des pratiques institutionalis&#233;es (en particulier juridiques), telles qu'on peut l'observer dans la s&#233;gr&#233;gation du Sud des &#201;tats-Unis ou dans l'apartheid de l'Afrique du Sud, mais aussi dans la mise en &#339;uvre du code de l'Indig&#233;nat dans les colonies fran&#231;aises ou m&#234;me dans la division de couleur entre libres et esclaves qui r&#233;git les soci&#233;t&#233;s de plantation des Am&#233;riques (Cara&#239;be, Am&#233;riques du Sud et du Nord).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le fond, la notion de &#171; racisme quotidien &#187; th&#233;oris&#233;e par Philomena Essed perturbe un consensus d'ordre psychologique, en m&#234;me temps qu'un dogme moral &#8211; fruit de l'&#233;thos des d&#233;mocraties dites &#171; modernes &#187; &#8211;, en vertu duquel le racisme serait une r&#233;alit&#233; du pass&#233; et ses r&#233;surgences, la pure expression de l'attachement anachronique &#224; de &#171; vieilles id&#233;es &#187; antimodernes, &#224; des &#171; passions tristes &#187; dont les groupes minoritaires construits en bouc-&#233;missaires seraient les cibles privil&#233;gi&#233;es. Ce mot de &#171; racisme &#187; serait donc bien malvenu dans une r&#233;publique qui fonde son pacte social sur le lien civique entre des individus abstraits, toutes et tous membres d'une m&#234;me communaut&#233; d'&#233;gaux. Pour peu qu'on veuille lire Comprendre le racisme quotidien autrement que comme un ouvrage offrant un protocole d'enqu&#234;te &#224; des chercheur&#183;euses, que l'on consente encore &#224; se d&#233;partir des d&#233;finitions &#233;troites &#8211; et rassurantes &#8211; du racisme pour mieux le sociologiser, on se rendra vite compte que la d&#233;monstration confronte &#224; l'id&#233;e d&#233;rangeante que le racisme est une r&#233;alit&#233; pr&#233;gnante du pr&#233;sent, qu'il est mobile, voire ubiquitaire. C'est sans doute l'une des difficult&#233;s th&#233;oriques et &#233;pist&#233;mologiques de l'analyse : si le racisme est partout, c'est qu'il n'est peut-&#234;tre nulle part apr&#232;s tout ! Or l'int&#233;r&#234;t de l'ouvrage, qui explique sa post&#233;rit&#233;, est d'offrir l'appareillage th&#233;orique permettant d'identifier et d'analyser, donc de comprendre, les manifestations contemporaines du racisme dans des d&#233;mocraties h&#233;t&#233;rog&#232;nes ou pluriethniques en raison des legs sociaux de l'esclavage et des migrations venues des anciennes colonies. Le racisme quotidien n'est pas ici celui de l'insulte, du trait d'humour sans &#233;quivoque ou de l'agression raciste susceptible de faire l'objet d'un d&#233;p&#244;t de plainte, ni celui de l'interpellation polici&#232;re fond&#233;e sur le d&#233;lit de faci&#232;s, ni m&#234;me celui du militantisme politique ou m&#233;diatique de groupuscules d'extr&#234;me droite inquiets du &#171; grand remplacement &#187;. La contemporan&#233;it&#233; du racisme que d&#233;crit Essed s'inscrit dans l'&#233;toffe m&#234;me du social, dans la banalit&#233; du quotidien, et &#224; ce titre se caract&#233;rise, non par son &#233;clat ni son bruit, mais bel et bien par son invisibilit&#233;, par son caract&#232;re microscopique. Ni racisme id&#233;ologico-politique ni racisme institutionnel stricto sensu, le racisme quotidien &#171; est l'int&#233;gration du racisme dans des situations quotidiennes par le biais de pratiques (cognitives et comportementales [&#8230;]) qui activent des relations de pouvoir sous-jacentes9 &#187;. D&#233;fini de la sorte, il est un racisme actif ou en acte, processuel et relationnel, produit dans les relations sociales elles-m&#234;mes, celles-ci impliquant des rapports de pouvoir entre individus appartenant &#224; des groupes minoritaires et majoritaires. Plus encore, pr&#233;cise la sociologue, &#171; le racisme quotidien n'existe pas au singulier, mais seulement au pluriel, en tant que complexe de pratiques et de situations cumulatives et li&#233;es les unes aux autres10 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre restitue en une analyse longuement d&#233;taill&#233;e l'exp&#233;rience de Rosa N., afro-surinamaise, m&#233;decin g&#233;riatre en &#233;tablissement hospitalier, pr&#233;sent&#233;e en cas id&#233;al-typique de la r&#233;alit&#233; h&#233;t&#233;rog&#232;ne du &#171; racisme quotidien &#187;. &#171; L'histoire de Rosa N., explique Essed, ne rapporte pas d'id&#233;ologies racistes ou de mouvements racistes ou fascistes organis&#233;s. Elle relate simplement ses exp&#233;riences quotidiennes dans des situations de routine impliquant des personnes &#8220;normales&#8221;11. &#187; Il ne s'agit pas pour l'autrice de restituer le v&#233;cu au sens simplement &#233;motionnel ou moral des personnes enqu&#234;t&#233;es dont Rosa N., mais bel et bien de reconstituer de l'int&#233;rieur, c'est-&#224;-dire &#224; partir de leur perspective (donc de leur point de vue et de leur position sociale), le savoir exp&#233;rientiel qu'elles &#233;laborent &#224; titre personnel et par interconnaissance &#224; propos de situations accumul&#233;es, r&#233;p&#233;t&#233;es dans la vie de tous les jours et contextualis&#233;es rendant compte du maillage socio-racial qui les enserre et dessine les contours de ce racisme sp&#233;cifique qu'est le racisme quotidien. Les d&#233;tails et &#233;l&#233;ments de contexte rapport&#233;s par Rosa N. permettent &#224; la sociologue de resituer l'enqu&#234;t&#233;e dans une structure relationnelle et institutionnelle plus large qui la d&#233;passe et sans laquelle il ne serait pas possible de comprendre les enjeux et la nature de son exp&#233;rience sociale. Ainsi, pr&#233;cise Essed :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En raison de sa profession, un nombre proportionnellement &#233;lev&#233; de membres du groupe dominant auxquels elle est confront&#233;e dans ses interactions quotidiennes appartiennent &#224; l'&#171; &#233;lite &#187; n&#233;erlandaise &#233;duqu&#233;e. Les relations entre Rosa N. et les membres du groupe dominant sont racialis&#233;es parce qu'elles sont structur&#233;es par les stratifications plus larges de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me sens, l'exp&#233;rience de Madeline &#233;voqu&#233;e pr&#233;c&#233;demment n'est pas r&#233;ductible &#224; sa seule interaction, prise isol&#233;ment, avec l'agent de s&#233;curit&#233; de l'immeuble de son entreprise par exemple, ni encore &#224; l'&#233;tonnement de la vendeuse qui d&#233;couvre qu'elle n'est pas Africaine-Am&#233;ricaine. Elle ne peut &#234;tre comprise qu'au regard de la position de Madeline dont l'identit&#233; de femme, noire, en outre isol&#233;e dans son milieu social et professionnel &#233;litiste, la singularise par rapport &#224; la norme d&#233;finie par le groupe majoritaire, implicitement blanche. Le racisme quotidien dans la vie de Madeline ne se comprend qu'&#224; l'aune de cette accumulation routini&#232;re de circonstances qui l'inscrivent &#224; c&#244;t&#233; de la place qu'elle occupe socialement et qui ce faisant, d&#233;finissent la place &#224; laquelle elle est a priori attendue, sa place, suppos&#233;ment &#171; naturelle &#187; et g&#233;n&#233;ralement inf&#233;rieure &#224; celle du groupe majoritaire &#8211; ceci pouvant arriver par exemple, m&#234;me quand le vigile dans l'immeuble ou le contr&#244;leur est une personne noire comme elle, car il n'appartient pas &#224; la norme de majorit&#233;. On comprend par-l&#224;, et Philomena Essed y insiste plusieurs fois dans le livre, que le racisme quotidien n'est pas un ph&#233;nom&#232;ne individuel ni psychologique, simple affaire de pr&#233;jug&#233;s ou d'hostilit&#233; &#224; l'&#233;gard d'un&#183;e autre, ni m&#234;me un ph&#233;nom&#232;ne &#233;troitement institutionnel, mais bel et bien un processus fluide et relationnel qui traverse les interactions sociales, celles-ci &#233;tant sous-tendues par des dynamiques de pouvoir et des hi&#233;rarchies sociales historiquement construites. En effet, Rosa N. et Madeline ne correspondent pas &#224; l'id&#233;e pr&#233;con&#231;ue, tenue pour &#233;vidente, au pr&#233;jug&#233; donc, de l'expert dans un cas et de la femme fortun&#233;e, dans l'autre. Parce qu'elles ne sont pas &#224; leur place pr&#233;sum&#233;e, elles sont rappel&#233;es &#224; l'ordre racial par des tiers (sup&#233;rieurs hi&#233;rarchiques, coll&#232;gues, interlocuteurs ordinaires) sous la forme, selon Essed, de la marginalisation, de la &#171; probl&#233;matisation &#187; (le fait par exemple que leur pr&#233;sence soit remise en cause ou tenue pour incongrue ou qu'elles soient encore sous-estim&#233;es) et de la neutralisation (containment). Pour le dire autrement, leur pr&#233;sence &#171; d&#233;tonne &#187; dans des milieux sociaux dont la hi&#233;rarchie n'est pas seulement socio-&#233;conomique, mais aussi, on le voit &#224; travers ces interactions, en derni&#232;re instance racialis&#233;e (et genr&#233;e).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force du travail de Philomena Essed fut de saisir, sans doute avec plus de finesse que ne le permet la notion englobante de &#171; racisme syst&#233;mique &#187;, les intrications entre micro-interactions et macrostructures dans le cours ordinaire de la quotidiennet&#233; et de les analyser dans leur interd&#233;pendance. En d&#233;construisant les modalit&#233;s de formation de la connaissance interne du racisme par les personnes qui le vivent au quotidien &#8211; des femmes afro-descendantes &#8211;, le livre montre de mani&#232;re d&#233;taill&#233;e que les routines de pens&#233;e (cognitions) qui associent m&#233;caniquement et r&#233;guli&#232;rement une couleur de peau, un genre, des traits ou ph&#233;notypes, &#224; des comportements, des places ou fonctions sociales, et qui sont elles-m&#234;mes indissociables de pratiques sociales exerc&#233;es par des acteurs tant individuels qu'institutionnels, sont enracin&#233;es dans des repr&#233;sentations sociales dominantes h&#233;rit&#233;es. Ces routines de pens&#233;es, mani&#232;res ordinaires de voir le monde et d'interagir avec lui, font en effet peser sur des corps des attentes sociales sp&#233;cifiques d&#233;termin&#233;es par des pr&#233;jug&#233;s historiques. Il en d&#233;coule que dans des soci&#233;t&#233;s fa&#231;onn&#233;es, m&#234;me &#224; des degr&#233;s divers, par l'histoire coloniale, l'ordre social se pr&#233;sente n&#233;cessairement comme un ordre racial. Toute la t&#226;che de la recherche est alors d'aider &#224; discerner l'ampleur de ces effets d'h&#233;ritage dans les repr&#233;sentations sociales et surtout leur part agissante dans les relations sociales, n&#233;cessairement inscrites dans des situations sociales sp&#233;cifiques et contextualis&#233;es. De mani&#232;re plus cruciale et au-del&#224; du monde universitaire, dans un pays o&#249; l'id&#233;al universaliste se confond en pratique avec le d&#233;ni du caract&#232;re racial de l'ordre social ou avec le tabou de la race comme rapport social, on peut faire le pari que l'ouvrage de Philomena Essed offrira &#224; ses lectrices et lecteurs fran&#231;ais&#183;es, les outils intellectuels pour dessiller les yeux et d&#233;crypter les ressorts cach&#233;s de la domination raciale dans leur quotidien comme dans celui de leur entourage. S'il n'est pas possible de combattre le racisme quotidien sans interroger le caract&#232;re d'&#233;vidence des valeurs h&#233;g&#233;moniques de l'ordre social, une telle entreprise r&#233;clame au moins de recouvrer la vue sur l'ordinaire des relations sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Silyane Larcher&lt;br class='autobr' /&gt;
Charg&#233;e de recherche au CNRS en sciences politiques et professeure associ&#233;e en &#201;tudes de genre et des sexualit&#233;s &#224; l'universit&#233; Northwestern (&#201;tats-Unis).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philomena Essed : Comprendre le racisme au quotidien&lt;br class='autobr' /&gt;
Edition &#233;tablie par Damien Trawal&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduit de l'anglais par Damien Trawal&#233; et Patricia Bass&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.syllepse.net/comprendre-le-racisme-quotidien-_r_22_i_1072.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.syllepse.net/comprendre-le-racisme-quotidien-_r_22_i_1072.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Nd&#201;. Madeline est ici le pr&#233;nom fictif d'une connaissance proche qui existe r&#233;ellement et dont j'ai toutefois modifi&#233; quelques caract&#233;risations pour prot&#233;ger l'anonymat. Cette situation ordinaire permet d'introduire le sujet de l'ouvrage ici donn&#233; &#224; lire, mais aussi les effets tr&#232;s concrets de socialisation des femmes universitaires afrodescendantes, &#233;galement objet du texte d'Essed.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Le territoire devient largement autonome en 1954, puis officiellement ind&#233;pendant en 1975.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Pour en savoir plus sur le parcours biographique et intellectuel de l'autrice, voir Philomena Essed et Silyane Larcher, &#171; Conversation avec Philomena Essed &#187;, Raisons politiques : revue de th&#233;orie politique, n&#176;&#8239;89, f&#233;vrier, 2023, p.&#8239;77-95.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Ce probl&#232;me fut au c&#339;ur de la controverse qui opposa G&#233;rard Noiriel, historien de l'immigration, et &#201;ric Fassin, sociologue du genre, sur la pertinence du recours &#224; la cat&#233;gorie analytique de race et &#224; l'usage de l'intersectionnalit&#233; dans la sociologie fran&#231;aise. Voir Abdellali Hajjat et Silyane Larcher (dir.), &#171; Intersectionnalit&#233; &#187;, Mouvements, 2019, &lt;a href=&#034;https://mouvements.info/intersectionnalite/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://mouvements.info/intersectionnalite/&lt;/a&gt;. Voir aussi Sarah Mazouz, Race, Paris, Anamosa, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Pour une analyse plus d&#233;taill&#233;e de cette r&#233;ception on lira avec profit Ev&#233;lia Mayenga, &#171; Les traductions fran&#231;aises de l'intersectionnalit&#233; : race, mondes acad&#233;miques et profits intellectuels &#187;, Marronnages : les questions raciales au crible des sciences sociales, n&#176;&#8239;2 (1), &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.5281/zenodo.10246750&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.5281/zenodo.10246750&lt;/a&gt;. Contre l'appauvrissement de l'intersectionnalit&#233; dans ses usages et circulations, voir, par Jennifer, Nash, une des figures montantes du f&#233;minisme noir &#233;tatsunien, R&#233;inventer le f&#233;minisme noir : au-del&#224; de l'intersectionnalit&#233;, Nantes, Ald&#233;ia, 2022. Voir &#233;galement Jules Falquet, Imbrication : femmes, race et classe dans les mouvements sociaux, Vulaines-sur-Seine, Le Croquant, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Voir Didier, Fassin, &#171; Nommer, interpr&#233;ter : le sens commun de la question raciale &#187;, dans Didier Fassin et &#201;ric, Fassin (dir.), De la question sociale &#224; la question raciale ? Repr&#233;senter la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, Paris, La D&#233;couverte, p.&#8239;35 ; Fran&#231;ois Dubet et col., Pourquoi moi ? L'exp&#233;rience des discriminations, Paris, Le Seuil, 2013, p.&#8239;11 ; Julien Talpin et col., L'&#233;preuve de la discrimination : enqu&#234;te dans les quartiers populaires, Paris, Alpha, 2023, p.&#8239;29. Sur les microagressions, terme forg&#233; en 1970 par un psychologue africain-am&#233;ricain, voir plus largement Derald Wing Sue, Microagressions in Everyday Life. Race, Gender and Sexual Orientation, New York, Wiley Press, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Un article r&#233;cent souligne cette m&#233;sinterpr&#233;tation de la recherche consistant &#224; assimiler le &#171; racisme quotidien &#187; aux &#171; micro-agressions &#187;, deux concepts pourtant distincts, les secondes ne constituant qu'une dimension du premier. Voir Dounia Bourabain et Pieter-Paul Verhaeghe, &#171; Everyday Racism in Social Science Research. A Systematic Revie &#187;, Du Bois Review. Social Science Research on Race, n&#176;&#8239;18-2, 2021, p.&#8239;221-250.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Chose que saisit tr&#232;s bien la sociologue africaine-am&#233;ricaine Trica Keaton dans un ouvrage r&#233;cent, explicitement inspir&#233; des travaux de Philomena Essed. Voir Trica Keaton, #You Know You're Black in France When : The Fact of Everyday Antiblackness, Cambridge, MIT Press, 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Philomena Essed, Understanding Everyday Racism. An Interdisciplinary Theory, Newbury Park, Sage, 1991, p.&#8239;50.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Ibid., p.&#8239;147.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Ibid., p.&#8239;164.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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