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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Argentine. &#171; Le gouvernement de Milei contre le consensus de Nunca M&#225;s &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Argentine-Le-gouvernement-de-Milei-contre-le-consensus-de-Nunca-Mas</link>
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		<dc:date>2024-09-03T06:49:43Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Luciana Bertoia</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2024-09-03</dc:subject>
		<dc:subject>Argentine</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pour le pr&#233;sident argentin Javier Milei, les forces arm&#233;es de son pays ont fait l'objet d'une campagne de discr&#233;dit au cours des derni&#232;res d&#233;cennies. C'est ce qu'il a d&#233;clar&#233; le vendredi 16 ao&#251;t, alors qu'il pr&#233;sidait ce que l'on appelle dans les milieux militaires le &#171; d&#238;ner de la camaraderie &#187;. La phrase du pr&#233;sident contenait un verdict : une grande partie de ce qui a &#233;t&#233; dit depuis le r&#233;tablissement de la d&#233;mocratie en 1983 jusqu'&#224; aujourd'hui est fausse. Or, depuis cette ann&#233;e-l&#224;, il a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Amerique-centrale-et-du-sud-1696-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L140xH150/nunca_mas-253e6.png?1781091300' class='spip_logo spip_logo_right' width='140' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour le pr&#233;sident argentin Javier Milei, les forces arm&#233;es de son pays ont fait l'objet d'une campagne de discr&#233;dit au cours des derni&#232;res d&#233;cennies. C'est ce qu'il a d&#233;clar&#233; le vendredi 16 ao&#251;t, alors qu'il pr&#233;sidait ce que l'on appelle dans les milieux militaires le &#171; d&#238;ner de la camaraderie &#187;. La phrase du pr&#233;sident contenait un verdict : une grande partie de ce qui a &#233;t&#233; dit depuis le r&#233;tablissement de la d&#233;mocratie en 1983 jusqu'&#224; aujourd'hui est fausse. Or, depuis cette ann&#233;e-l&#224;, il a &#233;t&#233; prouv&#233; que les forces arm&#233;es avaient mis en &#339;uvre un plan syst&#233;matique de disparition, de torture et de meurtre en recourant &#224; plus de 700 centres de d&#233;tention clandestins.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;26 ao&#251;t 2024 | tir&#233; du site alecontre.org&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://alencontre.org/ameriques/amelat/argentine/argentine-le-gouvernement-de-milei-contre-le-consensus-de-nunca-mas.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://alencontre.org/ameriques/amelat/argentine/argentine-le-gouvernement-de-milei-contre-le-consensus-de-nunca-mas.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Argentine a c&#233;l&#233;br&#233; ses 40 ans de d&#233;mocratie dans le cadre de l'arriv&#233;e &#224; la Casa Rosada d'un gouvernement [Milei est entr&#233; en fonction le 10 d&#233;cembre 2023] qui a remis en cause le consensus construit au cours des quatre derni&#232;res d&#233;cennies : il nie les crimes contre l'humanit&#233;, d&#233;savoue les organisations de d&#233;fense des droits de l'homme et montre des signes d'empathie &#224; l'&#233;gard des auteurs de ces crimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'examen de ce qui s'est pass&#233; pendant les ann&#233;es de terrorisme d'Etat n'est en effet pas l'une des questions qui emp&#234;chent Milei de dormir, car il est absorb&#233; par les discussions &#233;conomiques et par la construction de sa figure en tant que leader de l'extr&#234;me droite internationale. Ce r&#233;examen renvoie plut&#244;t &#224; la th&#233;matique autour de laquelle sa vice-pr&#233;sidente, Victoria Villarruel, a construit sa carri&#232;re. Fille et petite-fille d'officiers militaires, Victorial Villarruel &#8211; aujourd'hui assez &#233;loign&#233;e politiquement de Milei &#8211; est active depuis plus de 20 ans dans des organisations qui d&#233;fendent l'action des militaires au cours des ann&#233;es 1970. Elle d&#233;veloppe un argument structur&#233; autour de la d&#233;fense d'une &#171; m&#233;moire compl&#232;te &#187; de cette p&#233;riode. Elle a particip&#233; aux manifestations r&#233;clamant la lib&#233;ration des criminels de la derni&#232;re dictature (1976-1983) et a fait partie d'une strat&#233;gie visant &#224; faire &#233;chouer les proc&#232;s qui ont &#233;t&#233; rouverts en 2006, apr&#232;s que la Cour supr&#234;me de justice a d&#233;clar&#233; inconstitutionnelles les lois qui les emp&#234;chaient d'&#234;tre jug&#233;s. Depuis lors, elle exige que les survivants des organisations politico-militaires de gauche soient jug&#233;s comme s'ils portaient la m&#234;me responsabilit&#233; que ceux qui ont mis en &#339;uvre le syst&#232;me concentrationnaire dans le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les profonds changements politiques, les proc&#232;s pour les crimes commis pendant la derni&#232;re dictature n'ont pas cess&#233;. Selon le Bureau du procureur pour les crimes contre l'humanit&#233;, 13 proc&#232;s sont en cours. Il y a 1187 condamnations pour ces crimes. 642 personnes sont en d&#233;tention : 134 d'entre elles dans des prisons ordinaires et les autres en r&#233;sidence surveill&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res semaines, une photo a choqu&#233; le pays. Elle a &#233;t&#233; prise le 11 juillet par six d&#233;put&#233;s de La Libertad Avanza, le parti de Milei, les montrant aux c&#244;t&#233;s d'un groupe d'agents de la r&#233;pression, cela dans la prison d'Ezeiza, situ&#233;e dans la province de Buenos Aires. Tous ces militaires sont en prison apr&#232;s que leur participation active &#224; des crimes contre l'humanit&#233; a &#233;t&#233; prouv&#233;e. La photo montre Alfredo Astiz, une figure embl&#233;matique du terrorisme d'Etat. Pendant la derni&#232;re dictature militaire, Astiz &#233;tait un jeune marin en poste &#224; l'Escuela de Mec&#225;nica de la Armada (ESMA), &#233;cole transform&#233;e pendant la dictature en un camp de concentration o&#249; sont pass&#233;s 5000 hommes et femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alfredo Astiz a infiltr&#233; le mouvement des droits de l'homme naissant. Il s'y est pr&#233;sent&#233; comme le fr&#232;re d'une personne disparue. Il va gagner la confiance des premi&#232;res M&#232;res de la Place de Mai. Il propose &#224; leur fondatrice, Azucena Villaflor de De Vincenti, de l'accompagner &#224; son domicile. Entre le 8 et le 10 d&#233;cembre 1977, il r&#233;alise son coup de ma&#238;tre : il identifie 12 personnes qui seront enlev&#233;es, tortur&#233;es et jet&#233;es vivantes dans l'oc&#233;an Atlantique. Parmi elles se trouvent trois membres des M&#232;res de la Place de Mai &#8211; Villaflor de De Vincenti, Esther Ballestrino de Careaga et Mar&#237;a Eugenia Ponce de Bianco &#8211; ainsi que les religieuses fran&#231;aises Alice Domon et L&#233;onie Duquet. Alfredo Astiz ne s'est jamais repenti de ses crimes. La justice argentine l'a condamn&#233; &#224; deux reprises &#224; la prison &#224; vie. Cette peine s'ajoute &#224; celle prononc&#233;e par contumace en France. Apr&#232;s 1983, il a os&#233; d&#233;clarer qu'il &#233;tait le mieux &#224; m&#234;me de tuer un journaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la rencontre avec les auteurs de ces crimes, cinq des six d&#233;put&#233;&#183;e&#183;s du parti au pouvoir ont particip&#233; &#224; la r&#233;daction d'un communiqu&#233; pour demander que les d&#233;tenus soient renvoy&#233;s chez eux et que leur cas soit r&#233;examin&#233;. Ce communiqu&#233; n'a pas &#233;t&#233; rendu public en raison du d&#233;saveu suscit&#233; par la visite et suite &#224; la d&#233;cision du gouvernement d'att&#233;nuer la controverse. Les organisations de d&#233;fense des droits de l'homme exigent que cet &#233;pisode fasse l'objet d'une enqu&#234;te et que les &#233;lus qui d&#233;fendent les auteurs d'enl&#232;vements, de tortures et de disparitions soient radi&#233;s [de leur poste parlementaire en se r&#233;f&#233;rant &#224; l'art. 66 de la Constitution]. Deux d&#233;put&#233;es qui ont particip&#233; &#224; la visite &#8211; les plus jeunes de la d&#233;l&#233;gation &#8211; ont exprim&#233; leurs regrets et d&#233;clar&#233; qu'elles ne savaient pas qui &#233;taient ceux qu'elles allaient voir. L'une d'entre elles [Lourdes Arrieta, &#233;lue de Libertad Avanza, dans la circonscription de Mendosa] a port&#233; l'affaire [en publiant des chats sur WhatsApp] devant les tribunaux, o&#249; elle a indiqu&#233; qu'elle aurait &#233;galement eu des contacts avec un pr&#234;tre &#8211; expuls&#233; par la suite de son dioc&#232;se &#8211;, un ancien juge et des avocats de la d&#233;fense de personnes condamn&#233;es pour crimes contre l'humanit&#233;. Ces derniers &#233;laboraient diff&#233;rentes strat&#233;gies pour lib&#233;rer les d&#233;tenus et mettre fin au processus de jugement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La visite des d&#233;put&#233;&#183;e&#183;s n'est pas un &#233;v&#233;nement isol&#233;. D'autres visites officielles ont eu lieu dans des prisons. Le minist&#232;re de la D&#233;fense a envoy&#233; deux hauts fonctionnaires dans l'unit&#233; p&#233;nitentiaire de Campo de Mayo, la principale garnison militaire du pays. Ils y ont pris connaissance des demandes des d&#233;tenus, dont le principal objectif est d'obtenir leur libert&#233;. Le minist&#232;re de la S&#233;curit&#233;, charg&#233; des prisons, est dirig&#233; par Patricia Bullrich, la candidate &#224; la pr&#233;sidence qui est arriv&#233;e troisi&#232;me aux &#233;lections primaires et qui a ensuite rejoint le gouvernement de Milei au m&#234;me poste que celui qu'elle occupait sous Mauricio Macri (2015-2019). Pendant la campagne &#233;lectorale, l'un de ses principaux conseillers et actuel chef de cabinet avait publi&#233; dans le journal La Naci&#243;n que les &#233;quipes de Bullrich travaillaient sur une &#171; solution &#187; pour qu'aucune personne de plus de 70 ans ne soit d&#233;tenue pour des crimes commis pendant la dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'instant, on ne sait pas en quoi consiste cette initiative, mais la ministre a publiquement plaid&#233; en faveur de l'assignation &#224; r&#233;sidence [et non de la prison]. Le ministre de la Justice, Mariano C&#250;neo Libarona [ind&#233;pendant, affili&#233; &#224; La Libertad Avanza], qui a d&#233;clar&#233; que la justice s'&#233;tait transform&#233;e en vengeance, a fait la m&#234;me d&#233;claration. Jusqu'&#224; quelques jours avant son entr&#233;e en fonction, C&#250;neo Libarona avait &#233;t&#233; l'avocat d'Enrique Barre, accus&#233; d'&#234;tre le commandant en second du &#171; Pozo de Banfield &#187;, un camp de concentration situ&#233; au sud du Grand Buenos Aires, qui servait de base au Plan Condor &#8211; la coordination r&#233;pressive entre les dictatures de la r&#233;gion [de 1975 &#224; 1983] &#8211;, de maternit&#233; clandestine [pour les enfants enlev&#233;s de prisonni&#232;res] et de lieu d'h&#233;bergement pour les jeunes lyc&#233;ens [s&#233;par&#233;s des parents r&#233;prim&#233;s].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'occasion du 48e anniversaire du dernier coup d'Etat, la ministre de la S&#233;curit&#233; a pris la d&#233;cision de supprimer les primes offertes par le gouvernement &#224; ceux qui pourraient fournir des informations permettant de capturer une vingtaine de fugitifs accus&#233;s de crimes contre l'humanit&#233;. L'explication officielle &#233;tait que le minist&#232;re pr&#233;f&#233;rait allouer ces ressources &#224; la lutte contre le trafic de drogue.&lt;br class='autobr' /&gt;
La v&#233;rit&#233; en &#233;tat de si&#232;ge&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pr&#232;s de neuf mois, le gouvernement de Milei a pris deux mesures qui peuvent &#234;tre qualifi&#233;es d'attaques contre le processus de Memoria, Verdad y Justicia : c'est-&#224;-dire le d&#233;mant&#232;lement de la Commission nationale pour le droit &#224; l'identit&#233; (CoNaDI) et l'&#233;limination de la politique de recherche d'archives pour contribuer aux enqu&#234;tes sur les crimes commis pendant la derni&#232;re dictature. La CoNaDI a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e en 1992, sous le gouvernement de Carlos Menem, &#224; la demande de Abuelas de Plaza de Mayo, l'organisation de d&#233;fense des droits de l'homme qui recherche depuis 1977 les enfants vol&#233;s pendant les ann&#233;es de terrorisme d'Etat. La cr&#233;ation de la CoNaDI visait &#224; r&#233;pondre &#224; l'engagement pris par l'Etat argentin lors de la signature de la Convention relative aux droits de l'enfant, qui reconnaissait le droit &#224; l'identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fonction principale de la CoNaDI est de prendre les cas qui seront examin&#233;s devant la Banque Nationale de Donn&#233;es G&#233;n&#233;tiques (BNDG) afin de d&#233;terminer s'il s'agit d'enfants de personnes disparues. En 2001, les fonctions de la CoNaDI ont &#233;t&#233; ratifi&#233;es par une loi. Trois ans plus tard, le pr&#233;sident N&#233;stor Kirchner [mai 2003-d&#233;cembre 2007] a sign&#233; un d&#233;cret cr&#233;ant une unit&#233; sp&#233;ciale d'enqu&#234;te (UEI) au sein de la CoNaDI et l'autorisant &#224; acc&#233;der &#224; toutes les archives d&#233;tenues par l'Etat afin de retrouver les b&#233;b&#233;s disparus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Abuelas de Plaza de Mayo ont permis de r&#233;tablir 133 identit&#233;s depuis sa cr&#233;ation. Selon les estimations de l'organisation, 500 enfants ont &#233;t&#233; vol&#233;s pendant les ann&#233;es de terrorisme d'Etat. Tout au long des deux derni&#232;res d&#233;cennies, la CoNaDI a re&#231;u des plaintes de la part des Abuelas de Plaza de Mayo, de particuliers et de personnes ayant des doutes sur leurs origines. Elle a men&#233; des enqu&#234;tes pour d&#233;terminer s'il existait un cas possible d'appropriation ; elle a transmis 90% des cas de test qui sont arriv&#233;s &#224; la BNDG et a fait des soumissions formelles au minist&#232;re public ou &#224; l'appareil judiciaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'a soulign&#233; le procureur Pablo Parenti, charg&#233; d'enqu&#234;ter sur les cas d'enl&#232;vement d'enfants dans le contexte du terrorisme d'Etat, la CoNaDI n'a jamais &#233;t&#233; remise en cause par les juges, les procureurs ou les d&#233;fenseurs officiels. Mais en mai de cette ann&#233;e, le minist&#232;re de la S&#233;curit&#233; a annonc&#233; qu'il ne r&#233;pondrait plus aux demandes de la CoNaDI parce qu'il ne voulait pas contribuer &#224; la &#171; pers&#233;cution &#187; du personnel des forces de s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En retirant l'unit&#233; sp&#233;ciale d'enqu&#234;te (UEI) de la CoNaDI, le gouvernement Milei a fait valoir que le pouvoir ex&#233;cutif n'&#233;tait pas habilit&#233; &#224; mener des enqu&#234;tes et que cette responsabilit&#233; incombait au minist&#232;re public. L'histoire semble contredire cette affirmation : cinq jours apr&#232;s le retour &#224; la d&#233;mocratie, le pr&#233;sident de l'&#233;poque, Ra&#250;l Alfons&#237;n, a sign&#233; le d&#233;cret 187/1983, cr&#233;ant la Commission nationale sur la disparition des personnes (Conadep), qui a enqu&#234;t&#233; sur les cas des personnes enlev&#233;es dans les camps de concentration de la dictature. Le rapport de la Conadep, intitul&#233; Nunca M&#225;s (Jamais plus) [dont une premi&#232;re version a &#233;t&#233; publi&#233;e en 1984], a jet&#233; les bases de la d&#233;mocratie argentine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fabi&#225;n Salvioli, ancien rapporteur sp&#233;cial des Nations unies pour la Promoci&#243;n de la Verdad, la Justicia, la Reparaci&#243;n y las Garant&#237;as de No Repetici&#243;n, explique qu'il est erron&#233; d'affirmer [comme Milei] que le pouvoir ex&#233;cutif ne peut pas mener d'enqu&#234;tes. Le juge Alejandro Slokar, coordinateur de la Commission des crimes contre l'humanit&#233; qui op&#232;re au sein de la Chambre f&#233;d&#233;rale de cassation &#8211; la plus haute juridiction p&#233;nale du pays &#8211; soutient qu'en fait, le pouvoir ex&#233;cutif est l'acteur oblig&#233;, devant les instances internationales, de rendre compte de la mani&#232;re dont l'Etat argentin remplit ses engagements en mati&#232;re d'&#233;tablissement de la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Grands-m&#232;res de la Place de Mai ont exig&#233; que ce qui a pris des d&#233;cennies &#224; construire ne soit pas effac&#233; d'un trait de plume. Certains de ses membres &#8211; pour la plupart des petits-enfants dont l'identit&#233; a &#233;t&#233; r&#233;tablie au cours des derni&#232;res d&#233;cennies &#8211; ont d&#233;nonc&#233; une man&#339;uvre visant &#224; favoriser l'impunit&#233; des coupables. &#171; C'est &#224; la demande des coupables &#187;, affirme Victoria Montenegro [membre du Frente de Todos], fille de disparus, &#171; adopt&#233;e &#187; par un colonel de l'arm&#233;e et actuellement pr&#233;sidente de la Commission des droits de l'homme de l'Assembl&#233;e l&#233;gislative de la ville de Buenos Aires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;mant&#232;lement de la CoNaDI a un pr&#233;c&#233;dent direct : en mars dernier, le ministre de la D&#233;fense, Luis Petri [membre de la coalition Juntos por el Cambio], a d&#233;mantel&#233; les &#233;quipes charg&#233;es de collecter et d'analyser les archives d&#233;tenues par les forces arm&#233;es. Il s'agit de documents bureaucratiques &#8211; dossiers, rapports quotidiens, registres de diff&#233;rentes unit&#233;s militaires &#8211; gr&#226;ce auxquels il &#233;tait possible d'identifier les personnes ayant agi dans certains lieux de d&#233;tention. Les &#233;quipes ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es en 2010, apr&#232;s que la pr&#233;sidente de l'&#233;poque, Cristina Fern&#225;ndez de Kirchner [d&#233;cembre 2007-d&#233;cembre 2015], a d&#233;classifi&#233; des informations des forces arm&#233;es concernant la p&#233;riode 1976-1983. Les proc&#232;s contre l'humanit&#233; &#233;taient alors &#224; leur apog&#233;e. Les experts du minist&#232;re de la D&#233;fense ont contribu&#233; &#224; plus de 180 affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les seules mises en question faites &#224; ces &#233;quipes l'ont &#233;t&#233; par des personnes se trouvant sur le banc des accus&#233;s, qui n'&#233;taient pas int&#233;ress&#233;es par les preuves les visant. Leurs contributions ont &#233;t&#233; soulign&#233;es par 36 procureurs, qui ont demand&#233; au ministre de revenir sur sa d&#233;cision. Dans diff&#233;rentes d&#233;cisions, le pouvoir judiciaire a appr&#233;ci&#233; ces contributions. Cependant, pendant le mandat de Milei, le minist&#232;re de la D&#233;fense a soutenu que les civils avaient effectu&#233; des recherches dans les dossiers dans le cadre d'une strat&#233;gie de &#171; maccarthysme &#187; contre les forces arm&#233;es et que ses membres fonctionnaient comme un &#171; groupe para-judiciaire &#187;. Dans cette affaire, il a &#233;galement &#233;t&#233; soutenu que le pouvoir ex&#233;cutif ne devrait pas mener d'enqu&#234;tes, ce pouvoir appartenant au minist&#232;re public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 mai, trois rapporteurs sp&#233;ciaux des Nations unies ont fait part de leur inqui&#233;tude au gouvernement argentin, l'exhortant &#224; pr&#233;server les archives des forces arm&#233;es et &#224; emp&#234;cher tout acte de n&#233;gationnisme ou de r&#233;visionnisme. &#171; Nous rappelons que le droit international des droits de l'homme &#233;tablit l'obligation pour l'Etat argentin d'enqu&#234;ter sur les violations graves des droits de l'homme et de les punir, d'&#233;tablir la v&#233;rit&#233; sur les circonstances dans lesquelles ces violations ont eu lieu et, dans le cas des disparitions forc&#233;es, sur le sort des personnes disparues et le lieu o&#249; elles se trouvent, de pr&#233;server la m&#233;moire historique, les archives et les preuves de ces violations, et d'emp&#234;cher l'&#233;mergence de th&#232;ses r&#233;visionnistes, relativistes et n&#233;gationnistes &#224; leur sujet. Nous rappelons &#224; notre tour que le non-respect de ces obligations par les entit&#233;s et autorit&#233;s &#233;tatiques comp&#233;tentes est en mesure d'engager la responsabilit&#233; de l'Etat argentin &#187;, ont d&#233;clar&#233; Bernard Duhaime (rapporteur sp&#233;cial sur la promotion de la v&#233;rit&#233;, de la justice, de la r&#233;paration et des garanties de non-r&#233;p&#233;tition), Aua Bald&#233; (pr&#233;sident-rapporteur du groupe de travail sur les disparitions forc&#233;es ou involontaires) et Morris Tidball Binz (rapporteur sur les ex&#233;cutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des r&#233;actions en Argentine ont &#233;galement eu lieu. La Chambre de cassation a recommand&#233; &#224; tous les tribunaux charg&#233;s de juger les crimes de la dictature de pr&#233;server les archives et les lieux o&#249; les crimes ont &#233;t&#233; commis. Beaucoup de ces espaces sont devenus des lieux de m&#233;moire &#8211; qui sont soumis aux politiques d'aust&#233;rit&#233; du gouvernement Milei, avec le licenciement d'un grand nombre de leurs employ&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence &#224; la Casa Rosada d'un gouvernement qui ne compatit pas avec les victimes de la dictature soul&#232;ve la question de savoir combien d'attaques le Processus de v&#233;rit&#233; et de justice peut tol&#233;rer, si une fois de plus les citoyens descendront dans la rue pour exiger le jugement et la punition des coupables, et si cela ne portera pas atteinte au consensus d&#233;mocratique qui a pr&#233;valu pendant quatre d&#233;cennies. L'administration Milei est pr&#234;te &#224; redorer publiquement les forces en uniforme et &#224; leur donner de nouvelles fonctions : elle l'a d&#233;j&#224; fait savoir en pr&#233;sentant un projet de loi visant &#224; impliquer les forces arm&#233;es dans des t&#226;ches de s&#233;curit&#233; int&#233;rieure, ce qui leur est interdit apr&#232;s l'exp&#233;rience criminelle de la derni&#232;re dictature. Dans le m&#234;me temps, elle cherche &#224; affaiblir les organismes publics id&#233;ologiquement transversaux qui ont soutenu le &#171; plus jamais &#231;a &#187; prononc&#233; par le procureur Julio C&#233;sar Strassera lors du proc&#232;s intitul&#233; Jucio a las Juntas [1], qui s'est d&#233;roul&#233; du 22 avril au 9 d&#233;cembre 1985. (Article publi&#233; par Nueva Sociedad, ao&#251;t 2024 ; traduction r&#233;daction A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;[1] Parmi les jug&#233;s se trouvaient, entre autres, Jorge Rafael Videla, Orlando Ramon Agosti, Emilio Eduardo Massera, Eduardo Viola et Leopoldo Fortunato Galtieri. (R&#233;d.)&lt;/p&gt;
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