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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Des &#201;tats-Unis au Nigeria, la fabrique d'un &#171; g&#233;nocide des chr&#233;tiens &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Des-Etats-Unis-au-Nigeria-la-fabrique-d-un-genocide-des-chretiens-68101</link>
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		<dc:date>2025-11-04T06:25:48Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marc-Antoine P&#233;rouse de Montclos</dc:creator>


		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
		<dc:subject>Nig&#233;ria</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2025-11-04</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, des responsables politiques chr&#233;tiens, en particulier &#233;vang&#233;liques, affirment que les croyants au Nigeria seraient victimes de violences, voire de &#171; g&#233;nocide &#187;. Le politiste Marc-Antoine P&#233;rouse de Monclos, sp&#233;cialiste des violences en Afrique, questionne la m&#233;thodologie scientifique des &#233;tudes sur lesquelles se basent ces d&#233;nonciations et les biais des promoteurs de ces th&#232;ses. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; d'Afrique XXI. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mars 2025 : &#224; la suite d'auditions sur les pers&#233;cutions contre les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Afrique-" rel="directory"&gt;Afrique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Afrique-208-+" rel="tag"&gt;Afrique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Nigeria-+" rel="tag"&gt;Nig&#233;ria&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2025-11-04-+" rel="tag"&gt;Edition du 2025-11-04&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH92/capture_d_e_cran_le_2025-11-03_a_14.09_13-d903f.png?1781052045' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='92' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, des responsables politiques chr&#233;tiens, en particulier &#233;vang&#233;liques, affirment que les croyants au Nigeria seraient victimes de violences, voire de &#171; g&#233;nocide &#187;. Le politiste Marc-Antoine P&#233;rouse de Monclos, sp&#233;cialiste des violences en Afrique, questionne la m&#233;thodologie scientifique des &#233;tudes sur lesquelles se basent ces d&#233;nonciations et les biais des promoteurs de ces th&#232;ses.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/Des-Etats-Unis-au-Nigeria-la-fabrique-d-un-genocide-des-chretiens&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Afrique XXI&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mars 2025 : &#224; la suite d'auditions sur les pers&#233;cutions contre les chr&#233;tiens, des membres du Congr&#232;s des &#201;tats-Unis demandent au pr&#233;sident Donald Trump de mettre en place des sanctions contre le Nigeria. Ils accusent les autorit&#233;s d'Abuja de ne pas suffisamment veiller au respect de la libert&#233; de religion dans un pays r&#233;guli&#232;rement pr&#233;sent&#233; comme un cas d'&#233;cole du choc des civilisations sur une ligne de fracture opposant un Nord &#171; musulman &#187; et sah&#233;lien &#224; un Sud &#171; chr&#233;tien &#187; et tropical. Alors que le pr&#233;sident Bola Tinubu est lui-m&#234;me musulman, les n&#233;oconservateurs &#233;tats-uniens en tiennent pour preuve le nombre de chr&#233;tiens tu&#233;s par des groupes djihadistes ou des milices peules. &#192; en croire certains, le g&#233;ant de la r&#233;gion enregistrerait, en effet, plus de conflits religieux que tous les autres pays d'Afrique r&#233;unis (1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ind&#233;niablement, le Nigeria conna&#238;t des niveaux &#233;lev&#233;s de violence. Depuis la guerre de s&#233;cession du &lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/Au-Nigeria-la-guerre-du-Biafra-tue-presque-autant-que-Boko-Haram&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Biafra&lt;/a&gt; en 1967-1970, les accusations de g&#233;nocide y sont fr&#233;quentes. Elles ont aliment&#233; les conflits des ann&#233;es 1990 puis 2000, du soul&#232;vement des Ogonis contre l'exploitation p&#233;troli&#232;re dans le delta du Niger, sur la c&#244;te atlantique au sud, jusqu'aux confrontations entre migrants et autochtones dans la Middle Belt, &#224; l'interface entre les aires de cultures islamique et chr&#233;tienne. Ainsi, le sultan de Sokoto, Muhammad Sa'ad Abubakar, et des chefs traditionnels peuls du Nord ont, &#224; plusieurs reprises, d&#233;nonc&#233; un pr&#233;tendu g&#233;nocide des musulmans install&#233;s &#224; Jos, chef-lieu administratif et symbolique de l'&#201;tat du Plateau, dans la ceinture centrale du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De leur c&#244;t&#233;, des lobbies chr&#233;tiens ont accus&#233; les migrants haoussas et peuls de massacrer les minorit&#233;s autochtones de la r&#233;gion avec la complicit&#233; de l'arm&#233;e. Musulman peul originaire de l'&#201;tat septentrional du Katsina, le pr&#233;sident au pouvoir de 2015 &#224; 2023, Muhammadu Buhari, a notamment &#233;t&#233; soup&#231;onn&#233; par les &#201;glises pentec&#244;tistes les plus extr&#233;mistes d'avoir couvert, voire coordonn&#233; une campagne de pers&#233;cutions contre les chr&#233;tiens de la Middle Belt (2). Ces assertions ont parfois &#233;t&#233; relay&#233;es en Europe et aux &#201;tats-Unis par des groupes de la mouvance &#233;vang&#233;lique, des parlementaires de droite ou des essayistes tels que Bernard-Henri L&#233;vy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Privil&#233;giant la m&#233;diation, l'&#201;glise catholique du Nigeria a, quant &#224; elle, pris soin de se tenir &#224; l'&#233;cart des all&#233;gations les plus farfelues. En 2014, elle a suspendu sa participation &#224; la Christian Association of Nigeria (CAN) pour se dissocier des d&#233;clarations belliqueuses de son pr&#233;sident pentec&#244;tiste, Ayo Oritsejafor. En 2019, une ONG &#233;tats-unienne, Jubilee Campaign, a approch&#233; la Cour p&#233;nale internationale &#224; La Haye afin de d&#233;poser une plainte contre les djihadistes de Boko Haram pour g&#233;nocide. Dans un rapport intitul&#233; &#171; The Genocide is Loading &#187; (qui n'a pas &#233;t&#233; mis en ligne), l'organisation soutenait que 4 194 chr&#233;tiens avaient &#233;t&#233; tu&#233;s au Nigeria entre 2014 et 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des accusations qui ne sont pas nouvelles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela n'est pas compl&#232;tement nouveau. &#192; l'&#233;poque de la s&#233;cession biafraise, d&#233;j&#224;, les rebelles avaient donn&#233; une tournure religieuse &#224; leur combat et cherch&#233; &#224; gagner le soutien des pays occidentaux en se pr&#233;sentant comme les cibles d'un g&#233;nocide perp&#233;tr&#233; par les Haoussas et par les Peuls musulmans du Nord contre les Ibos chr&#233;tiens du Sud-Est (3). Les insurg&#233;s avaient avanc&#233; le chiffre de 1 &#224; 2 millions de morts, essentiellement du fait d'un blocus militaire qui avait provoqu&#233; une effroyable famine mais qui n'avait pas d&#233;bouch&#233; sur l'&#233;limination des survivants apr&#232;s la victoire des &#171; f&#233;d&#233;raux &#187;, en 1970. Une fois d&#233;faits et &#233;cart&#233;s du pouvoir, les Ibo avaient continu&#233; de se dire victimes d'un g&#233;nocide silencieux afin de d&#233;noncer leur marginalisation politique et &#233;conomique. L'un d'eux, Herbert Ekwe-Ekwe, soutenait ainsi dans Biafra Revisited (African Renaissance, 2007) qu'ils auraient compt&#233; pr&#232;s de 18 000 personnes des 20 000 assassin&#233;es par les forces de s&#233;curit&#233; nig&#233;rianes entre 1999 et 2006, cela sans indiquer ni sources ni mode de calcul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, les accusations et contre-accusations de g&#233;nocide continuent de s'appuyer sur des assertions inv&#233;rifiables. Du c&#244;t&#233; chr&#233;tien, elles se focalisent non seulement sur les affrontements dans l'&#201;tat du Plateau, mais aussi sur le &lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/Dans-le-nord-ouest-du-Nigeria-le-fleau-des-bandits-sans-nom&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;banditisme peul&lt;/a&gt; dans le Nord-Ouest et sur les insurrections djihadistes dans le Nord-Est qui les prennent souvent pour cible, m&#234;me si la tr&#232;s grande majorit&#233; des victimes des factions de la mouvance Boko Haram est musulmane. Sans citer de sources, des repr&#233;sentants de la Christian Association of Nigeria (CAN) ont ainsi pr&#233;tendu que des Peuls &#171; radicalis&#233;s &#187; avaient assassin&#233; quelque 6 000 chr&#233;tiens de la Middle Belt pendant les six premiers mois de l'ann&#233;e 2018 (4). Au cours de la m&#234;me p&#233;riode, une obscure ONG ibo d'Onitsha, International Society for Civil Liberties &amp; the Rule of Law (Intersociety), avan&#231;ait, pour sa part, que 2 400 fermiers chr&#233;tiens avaient &#233;t&#233; tu&#233;s par des &#233;leveurs et des &#171; extr&#233;mistes &#187; peuls, dans un article publi&#233; par le Christian Post.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chercheurs nig&#233;rians eux-m&#234;mes n'ont pas forc&#233;ment &#233;t&#233; plus regardants lorsqu'ils ont mobilis&#233; des chiffres &#171; sortis de leur chapeau &#187; dans un pays o&#249; il n'existe ni donn&#233;es polici&#232;res ni statistiques officielles &#224; propos des homicides. Selon l'un d'eux, Charles Abiodun Alao, auteur de l'article &#171; Islamic radicalisation and violence in Nigeria &#187; publi&#233; par Routledge en 2013, la &#171; radicalisation de l'islam &#187; aurait ainsi caus&#233; la mort de 50 000 personnes entre 1980 et 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les chiffres arbitraires d'Open Doors&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En g&#233;n&#233;ral, les organisations &#233;vang&#233;liques des pays occidentaux veillent, certes, &#224; citer des sources lorsqu'elles recourent &#224; des arguments quantitatifs pour d&#233;montrer l'ampleur de tueries &#224; caract&#232;re g&#233;nocidaire. Mais leurs r&#233;f&#233;rences sont hautement discutables sur le plan scientifique. Citons, par exemple, Christian Solidarity Worldwide (CSW), un lobby britannique men&#233; par une figure du parti conservateur anoblie par le gouvernement de Margaret Thatcher, ou bien encore le Global Terrorism Index et World Watch Monitor : le premier est un think tank australien qui a la particularit&#233; de d&#233;signer l'ensemble des &#233;leveurs peuls &#171; militants &#187; comme un groupe terroriste ; le second, un collectif qui d&#233;fend les droits des chr&#233;tiens dans le monde. Les distorsions statistiques sont parfois flagrantes. Dans un rapport publi&#233; en 2019, une ONG protestante, Open Doors, estimait ainsi que le Nigeria &#233;tait le pays o&#249; l'on tuait le plus grand nombre de chr&#233;tiens dans le monde, avec 3 731 morts recens&#233;s en 2018 (5). Par la suite, le classement ne devait gu&#232;re varier, avec quelque 3 100 meurtres sur un total de pr&#232;s de 4 500 &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire en 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, il n'est pas &#233;vident que toutes les victimes comptabilis&#233;es par Open Doors aient &#233;t&#233; cibl&#233;es en raison de leur confession. Dans son rapport pour l'ann&#233;e 2024, l'ONG admettait que des bergers peuls tuaient des chr&#233;tiens &#171; pour les emp&#234;cher d'&#233;lever du b&#233;tail &#187;, donc dans le cadre de rivalit&#233;s relevant d'une comp&#233;tition &#233;conomique plus que de disputes d'ordre religieux.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_53498 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH312/d956fe5b2e3afc30-f8f0475e-a24ee.png?1781052045' width='500' height='312' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 2017, des discussions entam&#233;es par l'auteur de cet article avec les documentalistes d'Open Doors avaient par ailleurs r&#233;v&#233;l&#233; une forte inclination &#224; interpr&#233;ter tendancieusement des statistiques tir&#233;es d'une base de donn&#233;es, NigeriaWatch, qui comptabilise les morts violentes et qui est actualis&#233;e par des chercheurs de l'universit&#233; d'Ibadan. Pour appuyer son propos, l'ONG avait en effet appliqu&#233; un taux uniforme de 30 % de chr&#233;tiens dans le Nord &#224; dominante musulmane du pays. Cette proportion &#233;tait pour le moins arbitraire, sachant qu'il n'existe plus de donn&#233;es publiques et officielles sur les affiliations confessionnelles de la population depuis le recensement de 1963. En extrapolant, l'ONG n'en avait pas moins estim&#233; que 30 % des personnes tu&#233;es dans les douze &#201;tats du nord de la f&#233;d&#233;ration nig&#233;riane devaient forc&#233;ment &#234;tre chr&#233;tiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mieux encore, Open Doors a consid&#233;r&#233; qu'une bonne partie de ces victimes &#233;taient mortes en raison de leurs croyances, alors m&#234;me qu'elles avaient tout aussi bien pu succomber du fait d'attaques li&#233;es &#224; des crimes de droit commun : pour leur portefeuille et non pour leur foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des victimes forc&#233;ment chr&#233;tiennes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ind&#233;niablement, il existe des discriminations et des pers&#233;cutions antichr&#233;tiennes dans le nord du Nigeria. &#192; l'occasion, il arrive aussi que des chr&#233;tiens soient tu&#233;s en raison de leur confession, notamment lors d'attaques men&#233;es contre des lieux de culte par des djihadistes de la mouvance &lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/Pourquoi-on-ne-devrait-plus-parler-de-Boko-Haram&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Boko Haram&lt;/a&gt;, par des gangs de criminels ou, tr&#232;s rarement, par des membres d'&#201;glises rivales. Mais il importe de ne pas exag&#233;rer l'ampleur d&#233;mographique de ces incidents et de les remettre en perspective dans un pays, le plus peupl&#233; du continent, qui compte plus de 200 millions d'habitants. D'apr&#232;s les donn&#233;es de NigeriaWatch, les victimes de violences impliquant au moins une organisation religieuse repr&#233;sentent, en r&#233;alit&#233;, une part infime des homicides, tandis que les confrontations interconfessionnelles restent exceptionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan m&#233;thodologique, les all&#233;gations d'un comit&#233; du nom d'International Committee On Nigeria (ICON) se r&#233;v&#232;lent &#234;tre tout aussi fragiles. Dans un rapport publi&#233; aux &#201;tats-Unis en 2020, celui-ci d&#233;nonce le g&#233;nocide des chr&#233;tiens par les djihadistes de Boko Haram. &#192; l'en croire, le groupe aurait tu&#233; 27 000 civils depuis 2009, davantage que l'&#201;tat islamique en Irak et en Syrie. Les sources cit&#233;es proviennent tout &#224; la fois du Armed Conflict Location &amp; Event Data Project (ACLED), un projet d'agr&#233;gation de donn&#233;es sur les conflits arm&#233;s, du Nigeria Security Tracker (NST), une initiative d'un ancien diplomate &#233;tats-unien autrefois en poste &#224; Lagos, et de Study of Terrorism and Responses to Terrorism (START), une &#233;manation du minist&#232;re &#233;tats-unien de l'Int&#233;rieur. Elles sont pr&#233;tendument v&#233;rifi&#233;es et recoup&#233;es par des enqu&#234;tes de terrain men&#233;es par un r&#233;seau de militants chr&#233;tiens au Nigeria (6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La liste des incidents fournie en annexe par ICON ne couvre cependant qu'une p&#233;riode de deux mois, de d&#233;cembre 2019 &#224; janvier 2020. Elle comporte beaucoup de pages blanches et pr&#233;sente de nombreux probl&#232;mes. D'abord, il y a parfois des doublons : un m&#234;me &#233;v&#233;nement est r&#233;pertori&#233; plusieurs fois quand il est rapport&#233; par des sources diff&#233;rentes, journalistiques ou polici&#232;res. De plus, les additions ne correspondent pas toujours aux chiffres annonc&#233;s, tandis que certains incidents sont mentionn&#233;s dans le texte mais pas dans le r&#233;pertoire en annexe. Surtout, le comit&#233; ICON reconna&#238;t lui-m&#234;me qu'il est &#171; tr&#232;s difficile, voire impossible, de conna&#238;tre exactement le nombre de personnes tu&#233;es ou d&#233;plac&#233;es par Boko Haram et les milices peules &#187; depuis 2009 (7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme pour Open Doors, les arguments pr&#233;sent&#233;s en vue de prouver math&#233;matiquement l'existence d'un g&#233;nocide ne sont pas non plus convaincants. Les 27 000 victimes de Boko Haram sont qualifi&#233;es de civiles mais rien ne dit qu'elles sont chr&#233;tiennes. De plus, ICON m&#233;lange dans son d&#233;compte les attaques l&#233;tales des groupes djihadistes et celles des bandits peuls, quitte &#224; y inclure les d&#233;c&#232;s r&#233;sultant de conflits fonciers entre des communaut&#233;s qui ne s'affrontent pas pour des raisons religieuses, m&#234;me si elles sont parfois de confessions diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donald Trump invit&#233; dans le d&#233;bat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partisans de la th&#232;se d'un g&#233;nocide religieux r&#233;v&#232;lent ainsi de s&#233;rieuses lacunes sur le plan scientifique. Soucieux de d&#233;fendre leur argumentaire, ils prennent d'abord bien soin de ne pas citer de sources susceptibles de contredire leurs assertions. Quant &#224; ceux dont les bases de donn&#233;es s'appuient sur des articles de presse, ils ne cherchent pas non plus &#224; analyser les sensibilit&#233;s politiques et les biais confessionnels de journalistes nig&#233;rians surtout concentr&#233;s dans les villes du Sud et qui, pour des raisons historiques et d'h&#233;ritage colonial, comprennent essentiellement des chr&#233;tiens au vu des d&#233;ficiences d'acc&#232;s &#224; une &#233;ducation moderne pour les musulmans du Nord. L'absence de questionnement sur la qualit&#233;, la fiabilit&#233; et la coh&#233;rence des sources utilis&#233;es est tout &#224; fait significative &#224; cet &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En t&#233;moigne le rapport publi&#233; en 2024 par l'Observatoire de la libert&#233; religieuse en Afrique, (Observatory of Religious Freedom in Africa, ORFA). Celui-ci est int&#233;ressant &#224; plus d'un titre car il a, entre autres, servi &#224; alimenter l'argumentaire des parlementaires &#233;tats-unien qui, en mars 2025, ont accus&#233; le Nigeria de laisser faire la pers&#233;cution des chr&#233;tiens et demand&#233; au pr&#233;sident Donald Trump de mettre en place des sanctions contre le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A priori, l'&#233;tude de l'ORFA semble de bien meilleure facture que les habituelles incartades des organisations de plaidoyer pentec&#244;tistes (8). Pour d&#233;montrer que les chr&#233;tiens sont davantage vis&#233;s que les musulmans, elle fournit ainsi d'impressionnantes listes de tableaux statistiques en annexe. Supervis&#233;e par un politiste de l'universit&#233; du Costa Rica, elle dit ne pas vouloir prendre parti, pr&#233;tend s'en tenir &#224; la collecte des faits et n'&#233;voque pas l'existence d'un g&#233;nocide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un m&#233;li-m&#233;lo de sources et de donn&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa m&#233;thodologie ne pose pas moins probl&#232;me. En effet, elle se base sur des sources tr&#232;s diff&#233;rentes : des r&#233;seaux sociaux, des partenaires locaux au Nigeria, des rapports d'ONG, des articles de presse, ACLED et le NST. Mais on ne sait pas comment, concr&#232;tement, l'ORFA proc&#232;de pour fusionner, pond&#233;rer et appr&#233;cier la fiabilit&#233; des donn&#233;es recueillies &#224; partir de capteurs aussi h&#233;t&#233;rog&#232;nes. En outre, les sources ne sont pas coh&#233;rentes pendant toute la p&#233;riode consid&#233;r&#233;e dans l'&#233;tude, d'octobre 2019 &#224; septembre 2023. L'ORFA a ainsi commenc&#233; &#224; &#233;largir son corpus en octobre 2021 et &#224; int&#233;grer les donn&#233;es d'ACLED en octobre 2022, cela tout en renon&#231;ant &#224; employer celles du NST, interrompues depuis juillet 2023. Or ces discontinuit&#233;s constituent autant de distorsions susceptibles de fausser les r&#233;sultats. Dans son rapport, l'ORFA reconna&#238;t d'ailleurs que la proportion de victimes dont l'affiliation religieuse n'a pas pu &#234;tre d&#233;termin&#233;e &#233;tait beaucoup plus &#233;lev&#233;e en 2020 et en 2021, avant que l'organisation d&#233;cide d'&#233;largir et d'affiner son corpus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; d&#233;faut d'enqu&#234;te de terrain dans un pays d&#233;pourvu d'&#233;tat civil, on peut &#233;galement se demander comment l'Observatoire distingue les civils des combattants et les chr&#233;tiens des musulmans. Sur ce dernier point, les r&#233;dacteurs du rapport de 2024 disent avoir recoup&#233; leurs informations avec des partenaires locaux qui ne peuvent pas &#234;tre nomm&#233;s, &#171; pour des raisons de s&#233;curit&#233; &#187;, mais qui sont tr&#232;s vraisemblablement des militants chr&#233;tiens, sachant que l'ORFA &#233;mane en r&#233;alit&#233; d'une fondation hollandaise &#233;tablie en 2010 et financ&#233;e par des &#201;glises &#233;vang&#233;liques d'Am&#233;rique latine, Platform for Social Transformation. Sous pr&#233;texte de respecter leur anonymat, l'Observatoire d&#233;roge ainsi &#224; un principe de base de la science, &#224; savoir la possibilit&#233; de v&#233;rifier, de tester et de trianguler les sources utilis&#233;es, les faits collect&#233;s et les r&#233;sultats obtenus. Seuls les chiffres sont rendus publics, avec 16 769 chr&#233;tiens tu&#233;s sur un total de 30 880 civils morts en quatre ans, dont 6 235 musulmans et 7 722 victimes non identifi&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, selon les donn&#233;es de l'ORFA, les musulmans seraient davantage vis&#233;s que les chr&#233;tiens dans certaines communes du nord-ouest du Nigeria. Dans une d&#233;marche scientifique, il aurait &#233;t&#233; int&#233;ressant de se demander pourquoi, m&#234;me si la g&#233;ographie des tueries et celle des enl&#232;vements ne se recoupent pas parfaitement. Il n'aurait pas &#233;t&#233; inutile non plus d'affiner l'analyse en s'interrogeant davantage sur la composition religieuse des diverses r&#233;gions touch&#233;es par des violences. Mais l'ORFA ne cherche gu&#232;re &#224; s'aventurer sur ce terrain et, l&#224; encore, la m&#233;thodologie utilis&#233;e ne manque pas de surprendre. En effet, les r&#233;dacteurs anonymes du rapport de 2024 appliquent dans chaque &#201;tat du pays des taux de musulmans et de chr&#233;tiens invariables d'une ann&#233;e sur l'autre. Aucune source n'est cit&#233;e pour expliquer la provenance de ces chiffres pour le moins myst&#233;rieux dans un pays d&#233;pourvu, depuis plus de soixante ans, de statistiques publiques &#224; propos de la ventilation confessionnelle de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des cat&#233;gorisations embrouill&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les approximations ne s'arr&#234;tent pas l&#224;. Les r&#233;dacteurs de l'ORFA soutiennent que les chr&#233;tiens du Nigeria sont essentiellement tu&#233;s par des bergers peuls et des mouvements terroristes autres que Boko Haram et l'&#201;tat islamique en Afrique de l'Ouest. Cette cat&#233;gorie des &#171; autres terroristes &#187; ne manque pas d'intriguer. D'apr&#232;s la note m&#233;thodologique de l'ORFA, il s'agit de divers groupes qui n'ont pas pu &#234;tre identifi&#233;s, qui seraient tr&#232;s d&#233;centralis&#233;s et qui comprendraient aussi des bandits engag&#233;s dans des milices ethniques aux c&#244;t&#233;s des bergers peuls. Les lignes de distinction paraissent d'autant plus embrouill&#233;es que, dans le m&#234;me temps, les pasteurs peuls sont &#233;galement assimil&#233;s &#224; un groupe &#171; terroriste &#187;, &#171; le plus meurtrier &#187; d'entre tous, selon le rapport d'ORFA d&#233;j&#224; cit&#233;. &#192; suivre ce raisonnement, il n'y aurait pas de bandits au Nigeria, seulement des &#171; terroristes &#187; : un narratif qui r&#233;v&#232;le bien les apories d'un Observatoire d&#233;cid&#233;ment peu au fait de la prudence de la communaut&#233; acad&#233;mique quant &#224; l'emploi tous azimuts d'un qualificatif disqualifiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Open Doors et le comit&#233; ICON, l'ORFA peine ainsi &#224; d&#233;montrer que les chr&#233;tiens sont tu&#233;s en raison de leur croyance. Les deux t&#233;moignages anonymes cit&#233;s &#224; l'appui de ses dires mettent, certes, en &#233;vidence des discriminations d'ordre religieux. Dans certains cas, les otages musulmans qui pouvaient r&#233;citer des sourates du Coran afin de prouver leur foi ont effectivement &#233;t&#233; rel&#226;ch&#233;s sans payer de ran&#231;on, tandis que les chr&#233;tiens &#233;taient brutalis&#233;s, ex&#233;cut&#233;s pour les hommes ou viol&#233;s pour les femmes. Mais dans d'autres cas, c'est l'inverse. Des captifs musulmans aux mains des djihadistes de la mouvance Boko Haram ont &#233;t&#233; tu&#233;s ou recrut&#233;s de force pour commettre des attentats-suicides, tandis que les chr&#233;tiens &#233;taient &#233;pargn&#233;s parce que leurs ravisseurs avaient l'espoir d'en tirer un bon prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, on peut s'interroger sur la port&#233;e des deux t&#233;moignages cit&#233;s par l'ORFA &#224; l'&#233;chelle d'un pays aussi gigantesque que le Nigeria. Les approximations et les biais m&#233;thodologiques des partisans de la th&#232;se du g&#233;nocide desservent, en r&#233;alit&#233;, la cause des chr&#233;tiens. Sur le fond, il n'y a pas besoin d'exag&#233;rer l'ampleur des drames humains pour s'inqui&#233;ter de violences end&#233;miques et de discriminations qui tiennent bien autant &#224; des questions d'appartenance confessionnelle que de statut social, dans le cadre d'un syst&#232;me politique qui accorde une forte pr&#233;f&#233;rence r&#233;gionale aux autochtones de chacun des trente-six &#201;tats du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour garantir son s&#233;rieux, une analyse pond&#233;r&#233;e et scientifique des pers&#233;cutions &#224; caract&#232;re religieux devrait ainsi s'int&#233;resser aussi aux musulmans qui, dans le sud du Nigeria, sont d&#233;sign&#233;s &#224; la vindicte populaire et parfois lynch&#233;s parce qu'ils font figure d'&#233;trangers facilement identifiables par leur habillement et leurs scarifications tribales. Les causes des violences sont fort complexes. Au-del&#224; des disputes macabres sur le nombre de victimes, le probl&#232;me est d'abord de nature politique. Qu'il s'agisse du sort des chr&#233;tiens ou de celui des musulmans, les r&#233;cits sur un g&#233;nocide &#171; religieux &#187; doivent en cons&#233;quence &#234;tre compris sur un registre profane. Les pol&#233;miques dont le Nigeria fait aujourd'hui l'objet m&#233;riteraient certainement, &#224; cet &#233;gard, de tirer les le&#231;ons des controverses qui ont autrefois pu attiser les tensions &#224; propos de la guerre du Biafra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- Charles Abiodun Alao, &#171; Islamic radicalisation and violence in Nigeria &#187;, in Militancy and Violence in West Africa : Religion, Politics and Radicalisation, Routledge, p. 42, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- International Committee on Nigeria, &#171; Nigeria's Silent Slaughter : Genocide in Nigeria and the Implications for the International Community &#187;, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- Num&#233;ro sp&#233;cial du Journal of Genocide Research, vol. 16, n&#176; 2-3, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4- Rev Bewarang, Dr. Soja, &#171; Statement by church leaders in Plateau State &#187;, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5- Marc-Antoine P&#233;rouse de Montclos, &#171; Les pers&#233;cutions antichr&#233;tiennes en Afrique, un sujet sensible &#187;, The Conversation, 2019. &#192; &lt;a href=&#034;https://theconversation.com/les-persecutions-antichretiennes-en-afrique-un-sujet-sensible-110293&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;lire ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6- International Committee on Nigeria et International Organisation for Peace Building and Social Justice, &#171; Nigeria's Silent Slaughter : Genocide in Nigeria and the Implications for the International Community &#187;, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7- International Committee On Nigeria et International Organisation for Peace Building and Social Justice, &#171; Nigeria's Silent Slaughter : Genocide in Nigeria and the Implications for the International Community &#187;, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8- ORFA, &#171; Countering the myth of religious indifference in Nigerian terror (10/2019&#8211;9/2023) &#187;, 2024.&lt;/p&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>Des &#201;tats-Unis au Nigeria, la fabrique d'un &#171; g&#233;nocide des chr&#233;tiens &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Des-Etats-Unis-au-Nigeria-la-fabrique-d-un-genocide-des-chretiens</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Des-Etats-Unis-au-Nigeria-la-fabrique-d-un-genocide-des-chretiens</guid>
		<dc:date>2025-04-22T06:48:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marc-Antoine P&#233;rouse de Montclos</dc:creator>


		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
		<dc:subject>Nig&#233;ria</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2025-04-22</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, des responsables politiques chr&#233;tiens, en particulier &#233;vang&#233;liques, affirment que les croyants au Nigeria seraient victimes de violences, voire de &#171; g&#233;nocide &#187;. Le politiste Marc-Antoine P&#233;rouse de Monclos, sp&#233;cialiste des violences en Afrique, questionne la m&#233;thodologie scientifique des &#233;tudes sur lesquelles se basent ces d&#233;nonciations et les biais des promoteurs de ces th&#232;ses. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; d'Afrique XXI. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mars 2025 : &#224; la suite d'auditions sur les pers&#233;cutions contre les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Afrique-" rel="directory"&gt;Afrique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Afrique-208-+" rel="tag"&gt;Afrique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Nigeria-+" rel="tag"&gt;Nig&#233;ria&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Etats-Unis-44-+" rel="tag"&gt;&#201;tats-Unis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2025-04-22-+" rel="tag"&gt;Edition du 2025-04-22&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/capture_d_e_cran_le_2025-04-21_a_19.05_25-12c44.png?1781052045' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, des responsables politiques chr&#233;tiens, en particulier &#233;vang&#233;liques, affirment que les croyants au Nigeria seraient victimes de violences, voire de &#171; g&#233;nocide &#187;. Le politiste Marc-Antoine P&#233;rouse de Monclos, sp&#233;cialiste des violences en Afrique, questionne la m&#233;thodologie scientifique des &#233;tudes sur lesquelles se basent ces d&#233;nonciations et les biais des promoteurs de ces th&#232;ses.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/Des-Etats-Unis-au-Nigeria-la-fabrique-d-un-genocide-des-chretiens&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Afrique XXI&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mars 2025 : &#224; la suite d'auditions sur les pers&#233;cutions contre les chr&#233;tiens, des membres du Congr&#232;s des &#201;tats-Unis demandent au pr&#233;sident Donald Trump de mettre en place des sanctions contre le Nigeria. Ils accusent les autorit&#233;s d'Abuja de ne pas suffisamment veiller au respect de la libert&#233; de religion dans un pays r&#233;guli&#232;rement pr&#233;sent&#233; comme un cas d'&#233;cole du choc des civilisations sur une ligne de fracture opposant un Nord &#171; musulman &#187; et sah&#233;lien &#224; un Sud &#171; chr&#233;tien &#187; et tropical. Alors que le pr&#233;sident Bola Tinubu est lui-m&#234;me musulman, les n&#233;oconservateurs &#233;tats-uniens en tiennent pour preuve le nombre de chr&#233;tiens tu&#233;s par des groupes djihadistes ou des milices peules. &#192; en croire certains, le g&#233;ant de la r&#233;gion enregistrerait, en effet, plus de conflits religieux que tous les autres pays d'Afrique r&#233;unis (1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ind&#233;niablement, le Nigeria conna&#238;t des niveaux &#233;lev&#233;s de violence. Depuis la guerre de s&#233;cession du &lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/Au-Nigeria-la-guerre-du-Biafra-tue-presque-autant-que-Boko-Haram&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Biafra&lt;/a&gt; en 1967-1970, les accusations de g&#233;nocide y sont fr&#233;quentes. Elles ont aliment&#233; les conflits des ann&#233;es 1990 puis 2000, du soul&#232;vement des Ogonis contre l'exploitation p&#233;troli&#232;re dans le delta du Niger, sur la c&#244;te atlantique au sud, jusqu'aux confrontations entre migrants et autochtones dans la Middle Belt, &#224; l'interface entre les aires de cultures islamique et chr&#233;tienne. Ainsi, le sultan de Sokoto, Muhammad Sa'ad Abubakar, et des chefs traditionnels peuls du Nord ont, &#224; plusieurs reprises, d&#233;nonc&#233; un pr&#233;tendu g&#233;nocide des musulmans install&#233;s &#224; Jos, chef-lieu administratif et symbolique de l'&#201;tat du Plateau, dans la ceinture centrale du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De leur c&#244;t&#233;, des lobbies chr&#233;tiens ont accus&#233; les migrants haoussas et peuls de massacrer les minorit&#233;s autochtones de la r&#233;gion avec la complicit&#233; de l'arm&#233;e. Musulman peul originaire de l'&#201;tat septentrional du Katsina, le pr&#233;sident au pouvoir de 2015 &#224; 2023, Muhammadu Buhari, a notamment &#233;t&#233; soup&#231;onn&#233; par les &#201;glises pentec&#244;tistes les plus extr&#233;mistes d'avoir couvert, voire coordonn&#233; une campagne de pers&#233;cutions contre les chr&#233;tiens de la Middle Belt (2). Ces assertions ont parfois &#233;t&#233; relay&#233;es en Europe et aux &#201;tats-Unis par des groupes de la mouvance &#233;vang&#233;lique, des parlementaires de droite ou des essayistes tels que Bernard-Henri L&#233;vy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Privil&#233;giant la m&#233;diation, l'&#201;glise catholique du Nigeria a, quant &#224; elle, pris soin de se tenir &#224; l'&#233;cart des all&#233;gations les plus farfelues. En 2014, elle a suspendu sa participation &#224; la Christian Association of Nigeria (CAN) pour se dissocier des d&#233;clarations belliqueuses de son pr&#233;sident pentec&#244;tiste, Ayo Oritsejafor. En 2019, une ONG &#233;tats-unienne, Jubilee Campaign, a approch&#233; la Cour p&#233;nale internationale &#224; La Haye afin de d&#233;poser une plainte contre les djihadistes de Boko Haram pour g&#233;nocide. Dans un rapport intitul&#233; &#171; The Genocide is Loading &#187; (qui n'a pas &#233;t&#233; mis en ligne), l'organisation soutenait que 4 194 chr&#233;tiens avaient &#233;t&#233; tu&#233;s au Nigeria entre 2014 et 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des accusations qui ne sont pas nouvelles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela n'est pas compl&#232;tement nouveau. &#192; l'&#233;poque de la s&#233;cession biafraise, d&#233;j&#224;, les rebelles avaient donn&#233; une tournure religieuse &#224; leur combat et cherch&#233; &#224; gagner le soutien des pays occidentaux en se pr&#233;sentant comme les cibles d'un g&#233;nocide perp&#233;tr&#233; par les Haoussas et par les Peuls musulmans du Nord contre les Ibos chr&#233;tiens du Sud-Est (3). Les insurg&#233;s avaient avanc&#233; le chiffre de 1 &#224; 2 millions de morts, essentiellement du fait d'un blocus militaire qui avait provoqu&#233; une effroyable famine mais qui n'avait pas d&#233;bouch&#233; sur l'&#233;limination des survivants apr&#232;s la victoire des &#171; f&#233;d&#233;raux &#187;, en 1970. Une fois d&#233;faits et &#233;cart&#233;s du pouvoir, les Ibo avaient continu&#233; de se dire victimes d'un g&#233;nocide silencieux afin de d&#233;noncer leur marginalisation politique et &#233;conomique. L'un d'eux, Herbert Ekwe-Ekwe, soutenait ainsi dans Biafra Revisited (African Renaissance, 2007) qu'ils auraient compt&#233; pr&#232;s de 18 000 personnes des 20 000 assassin&#233;es par les forces de s&#233;curit&#233; nig&#233;rianes entre 1999 et 2006, cela sans indiquer ni sources ni mode de calcul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, les accusations et contre-accusations de g&#233;nocide continuent de s'appuyer sur des assertions inv&#233;rifiables. Du c&#244;t&#233; chr&#233;tien, elles se focalisent non seulement sur les affrontements dans l'&#201;tat du Plateau, mais aussi sur le &lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/Dans-le-nord-ouest-du-Nigeria-le-fleau-des-bandits-sans-nom&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;banditisme peul&lt;/a&gt; dans le Nord-Ouest et sur les insurrections djihadistes dans le Nord-Est qui les prennent souvent pour cible, m&#234;me si la tr&#232;s grande majorit&#233; des victimes des factions de la mouvance Boko Haram est musulmane. Sans citer de sources, des repr&#233;sentants de la Christian Association of Nigeria (CAN) ont ainsi pr&#233;tendu que des Peuls &#171; radicalis&#233;s &#187; avaient assassin&#233; quelque 6 000 chr&#233;tiens de la Middle Belt pendant les six premiers mois de l'ann&#233;e 2018 (4). Au cours de la m&#234;me p&#233;riode, une obscure ONG ibo d'Onitsha, International Society for Civil Liberties &amp; the Rule of Law (Intersociety), avan&#231;ait, pour sa part, que 2 400 fermiers chr&#233;tiens avaient &#233;t&#233; tu&#233;s par des &#233;leveurs et des &#171; extr&#233;mistes &#187; peuls, dans un article publi&#233; par le Christian Post.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chercheurs nig&#233;rians eux-m&#234;mes n'ont pas forc&#233;ment &#233;t&#233; plus regardants lorsqu'ils ont mobilis&#233; des chiffres &#171; sortis de leur chapeau &#187; dans un pays o&#249; il n'existe ni donn&#233;es polici&#232;res ni statistiques officielles &#224; propos des homicides. Selon l'un d'eux, Charles Abiodun Alao, auteur de l'article &#171; Islamic radicalisation and violence in Nigeria &#187; publi&#233; par Routledge en 2013, la &#171; radicalisation de l'islam &#187; aurait ainsi caus&#233; la mort de 50 000 personnes entre 1980 et 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les chiffres arbitraires d'Open Doors&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En g&#233;n&#233;ral, les organisations &#233;vang&#233;liques des pays occidentaux veillent, certes, &#224; citer des sources lorsqu'elles recourent &#224; des arguments quantitatifs pour d&#233;montrer l'ampleur de tueries &#224; caract&#232;re g&#233;nocidaire. Mais leurs r&#233;f&#233;rences sont hautement discutables sur le plan scientifique. Citons, par exemple, Christian Solidarity Worldwide (CSW), un lobby britannique men&#233; par une figure du parti conservateur anoblie par le gouvernement de Margaret Thatcher, ou bien encore le Global Terrorism Index et World Watch Monitor : le premier est un think tank australien qui a la particularit&#233; de d&#233;signer l'ensemble des &#233;leveurs peuls &#171; militants &#187; comme un groupe terroriste ; le second, un collectif qui d&#233;fend les droits des chr&#233;tiens dans le monde. Les distorsions statistiques sont parfois flagrantes. Dans un rapport publi&#233; en 2019, une ONG protestante, Open Doors, estimait ainsi que le Nigeria &#233;tait le pays o&#249; l'on tuait le plus grand nombre de chr&#233;tiens dans le monde, avec 3 731 morts recens&#233;s en 2018 (5). Par la suite, le classement ne devait gu&#232;re varier, avec quelque 3 100 meurtres sur un total de pr&#232;s de 4 500 &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire en 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, il n'est pas &#233;vident que toutes les victimes comptabilis&#233;es par Open Doors aient &#233;t&#233; cibl&#233;es en raison de leur confession. Dans son rapport pour l'ann&#233;e 2024, l'ONG admettait que des bergers peuls tuaient des chr&#233;tiens &#171; pour les emp&#234;cher d'&#233;lever du b&#233;tail &#187;, donc dans le cadre de rivalit&#233;s relevant d'une comp&#233;tition &#233;conomique plus que de disputes d'ordre religieux.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_50894 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH311/43180f7c6ffae0f8-a2109dd0-226c2.png?1781052045' width='500' height='311' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 2017, des discussions entam&#233;es par l'auteur de cet article avec les documentalistes d'Open Doors avaient par ailleurs r&#233;v&#233;l&#233; une forte inclination &#224; interpr&#233;ter tendancieusement des statistiques tir&#233;es d'une base de donn&#233;es, NigeriaWatch, qui comptabilise les morts violentes et qui est actualis&#233;e par des chercheurs de l'universit&#233; d'Ibadan. Pour appuyer son propos, l'ONG avait en effet appliqu&#233; un taux uniforme de 30 % de chr&#233;tiens dans le Nord &#224; dominante musulmane du pays. Cette proportion &#233;tait pour le moins arbitraire, sachant qu'il n'existe plus de donn&#233;es publiques et officielles sur les affiliations confessionnelles de la population depuis le recensement de 1963. En extrapolant, l'ONG n'en avait pas moins estim&#233; que 30 % des personnes tu&#233;es dans les douze &#201;tats du nord de la f&#233;d&#233;ration nig&#233;riane devaient forc&#233;ment &#234;tre chr&#233;tiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mieux encore, Open Doors a consid&#233;r&#233; qu'une bonne partie de ces victimes &#233;taient mortes en raison de leurs croyances, alors m&#234;me qu'elles avaient tout aussi bien pu succomber du fait d'attaques li&#233;es &#224; des crimes de droit commun : pour leur portefeuille et non pour leur foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des victimes forc&#233;ment chr&#233;tiennes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ind&#233;niablement, il existe des discriminations et des pers&#233;cutions antichr&#233;tiennes dans le nord du Nigeria. &#192; l'occasion, il arrive aussi que des chr&#233;tiens soient tu&#233;s en raison de leur confession, notamment lors d'attaques men&#233;es contre des lieux de culte par des djihadistes de la mouvance &lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/Pourquoi-on-ne-devrait-plus-parler-de-Boko-Haram&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Boko Haram&lt;/a&gt;, par des gangs de criminels ou, tr&#232;s rarement, par des membres d'&#201;glises rivales. Mais il importe de ne pas exag&#233;rer l'ampleur d&#233;mographique de ces incidents et de les remettre en perspective dans un pays, le plus peupl&#233; du continent, qui compte plus de 200 millions d'habitants. D'apr&#232;s les donn&#233;es de NigeriaWatch, les victimes de violences impliquant au moins une organisation religieuse repr&#233;sentent, en r&#233;alit&#233;, une part infime des homicides, tandis que les confrontations interconfessionnelles restent exceptionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan m&#233;thodologique, les all&#233;gations d'un comit&#233; du nom d'International Committee On Nigeria (ICON) se r&#233;v&#232;lent &#234;tre tout aussi fragiles. Dans un rapport publi&#233; aux &#201;tats-Unis en 2020, celui-ci d&#233;nonce le g&#233;nocide des chr&#233;tiens par les djihadistes de Boko Haram. &#192; l'en croire, le groupe aurait tu&#233; 27 000 civils depuis 2009, davantage que l'&#201;tat islamique en Irak et en Syrie. Les sources cit&#233;es proviennent tout &#224; la fois du Armed Conflict Location &amp; Event Data Project (ACLED), un projet d'agr&#233;gation de donn&#233;es sur les conflits arm&#233;s, du Nigeria Security Tracker (NST), une initiative d'un ancien diplomate &#233;tats-unien autrefois en poste &#224; Lagos, et de Study of Terrorism and Responses to Terrorism (START), une &#233;manation du minist&#232;re &#233;tats-unien de l'Int&#233;rieur. Elles sont pr&#233;tendument v&#233;rifi&#233;es et recoup&#233;es par des enqu&#234;tes de terrain men&#233;es par un r&#233;seau de militants chr&#233;tiens au Nigeria (6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La liste des incidents fournie en annexe par ICON ne couvre cependant qu'une p&#233;riode de deux mois, de d&#233;cembre 2019 &#224; janvier 2020. Elle comporte beaucoup de pages blanches et pr&#233;sente de nombreux probl&#232;mes. D'abord, il y a parfois des doublons : un m&#234;me &#233;v&#233;nement est r&#233;pertori&#233; plusieurs fois quand il est rapport&#233; par des sources diff&#233;rentes, journalistiques ou polici&#232;res. De plus, les additions ne correspondent pas toujours aux chiffres annonc&#233;s, tandis que certains incidents sont mentionn&#233;s dans le texte mais pas dans le r&#233;pertoire en annexe. Surtout, le comit&#233; ICON reconna&#238;t lui-m&#234;me qu'il est &#171; tr&#232;s difficile, voire impossible, de conna&#238;tre exactement le nombre de personnes tu&#233;es ou d&#233;plac&#233;es par Boko Haram et les milices peules &#187; depuis 2009 (7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme pour Open Doors, les arguments pr&#233;sent&#233;s en vue de prouver math&#233;matiquement l'existence d'un g&#233;nocide ne sont pas non plus convaincants. Les 27 000 victimes de Boko Haram sont qualifi&#233;es de civiles mais rien ne dit qu'elles sont chr&#233;tiennes. De plus, ICON m&#233;lange dans son d&#233;compte les attaques l&#233;tales des groupes djihadistes et celles des bandits peuls, quitte &#224; y inclure les d&#233;c&#232;s r&#233;sultant de conflits fonciers entre des communaut&#233;s qui ne s'affrontent pas pour des raisons religieuses, m&#234;me si elles sont parfois de confessions diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donald Trump invit&#233; dans le d&#233;bat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partisans de la th&#232;se d'un g&#233;nocide religieux r&#233;v&#232;lent ainsi de s&#233;rieuses lacunes sur le plan scientifique. Soucieux de d&#233;fendre leur argumentaire, ils prennent d'abord bien soin de ne pas citer de sources susceptibles de contredire leurs assertions. Quant &#224; ceux dont les bases de donn&#233;es s'appuient sur des articles de presse, ils ne cherchent pas non plus &#224; analyser les sensibilit&#233;s politiques et les biais confessionnels de journalistes nig&#233;rians surtout concentr&#233;s dans les villes du Sud et qui, pour des raisons historiques et d'h&#233;ritage colonial, comprennent essentiellement des chr&#233;tiens au vu des d&#233;ficiences d'acc&#232;s &#224; une &#233;ducation moderne pour les musulmans du Nord. L'absence de questionnement sur la qualit&#233;, la fiabilit&#233; et la coh&#233;rence des sources utilis&#233;es est tout &#224; fait significative &#224; cet &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En t&#233;moigne le rapport publi&#233; en 2024 par l'Observatoire de la libert&#233; religieuse en Afrique, (Observatory of Religious Freedom in Africa, ORFA). Celui-ci est int&#233;ressant &#224; plus d'un titre car il a, entre autres, servi &#224; alimenter l'argumentaire des parlementaires &#233;tats-unien qui, en mars 2025, ont accus&#233; le Nigeria de laisser faire la pers&#233;cution des chr&#233;tiens et demand&#233; au pr&#233;sident Donald Trump de mettre en place des sanctions contre le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A priori, l'&#233;tude de l'ORFA semble de bien meilleure facture que les habituelles incartades des organisations de plaidoyer pentec&#244;tistes (8). Pour d&#233;montrer que les chr&#233;tiens sont davantage vis&#233;s que les musulmans, elle fournit ainsi d'impressionnantes listes de tableaux statistiques en annexe. Supervis&#233;e par un politiste de l'universit&#233; du Costa Rica, elle dit ne pas vouloir prendre parti, pr&#233;tend s'en tenir &#224; la collecte des faits et n'&#233;voque pas l'existence d'un g&#233;nocide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un m&#233;li-m&#233;lo de sources et de donn&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa m&#233;thodologie ne pose pas moins probl&#232;me. En effet, elle se base sur des sources tr&#232;s diff&#233;rentes : des r&#233;seaux sociaux, des partenaires locaux au Nigeria, des rapports d'ONG, des articles de presse, ACLED et le NST. Mais on ne sait pas comment, concr&#232;tement, l'ORFA proc&#232;de pour fusionner, pond&#233;rer et appr&#233;cier la fiabilit&#233; des donn&#233;es recueillies &#224; partir de capteurs aussi h&#233;t&#233;rog&#232;nes. En outre, les sources ne sont pas coh&#233;rentes pendant toute la p&#233;riode consid&#233;r&#233;e dans l'&#233;tude, d'octobre 2019 &#224; septembre 2023. L'ORFA a ainsi commenc&#233; &#224; &#233;largir son corpus en octobre 2021 et &#224; int&#233;grer les donn&#233;es d'ACLED en octobre 2022, cela tout en renon&#231;ant &#224; employer celles du NST, interrompues depuis juillet 2023. Or ces discontinuit&#233;s constituent autant de distorsions susceptibles de fausser les r&#233;sultats. Dans son rapport, l'ORFA reconna&#238;t d'ailleurs que la proportion de victimes dont l'affiliation religieuse n'a pas pu &#234;tre d&#233;termin&#233;e &#233;tait beaucoup plus &#233;lev&#233;e en 2020 et en 2021, avant que l'organisation d&#233;cide d'&#233;largir et d'affiner son corpus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; d&#233;faut d'enqu&#234;te de terrain dans un pays d&#233;pourvu d'&#233;tat civil, on peut &#233;galement se demander comment l'Observatoire distingue les civils des combattants et les chr&#233;tiens des musulmans. Sur ce dernier point, les r&#233;dacteurs du rapport de 2024 disent avoir recoup&#233; leurs informations avec des partenaires locaux qui ne peuvent pas &#234;tre nomm&#233;s, &#171; pour des raisons de s&#233;curit&#233; &#187;, mais qui sont tr&#232;s vraisemblablement des militants chr&#233;tiens, sachant que l'ORFA &#233;mane en r&#233;alit&#233; d'une fondation hollandaise &#233;tablie en 2010 et financ&#233;e par des &#201;glises &#233;vang&#233;liques d'Am&#233;rique latine, Platform for Social Transformation. Sous pr&#233;texte de respecter leur anonymat, l'Observatoire d&#233;roge ainsi &#224; un principe de base de la science, &#224; savoir la possibilit&#233; de v&#233;rifier, de tester et de trianguler les sources utilis&#233;es, les faits collect&#233;s et les r&#233;sultats obtenus. Seuls les chiffres sont rendus publics, avec 16 769 chr&#233;tiens tu&#233;s sur un total de 30 880 civils morts en quatre ans, dont 6 235 musulmans et 7 722 victimes non identifi&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, selon les donn&#233;es de l'ORFA, les musulmans seraient davantage vis&#233;s que les chr&#233;tiens dans certaines communes du nord-ouest du Nigeria. Dans une d&#233;marche scientifique, il aurait &#233;t&#233; int&#233;ressant de se demander pourquoi, m&#234;me si la g&#233;ographie des tueries et celle des enl&#232;vements ne se recoupent pas parfaitement. Il n'aurait pas &#233;t&#233; inutile non plus d'affiner l'analyse en s'interrogeant davantage sur la composition religieuse des diverses r&#233;gions touch&#233;es par des violences. Mais l'ORFA ne cherche gu&#232;re &#224; s'aventurer sur ce terrain et, l&#224; encore, la m&#233;thodologie utilis&#233;e ne manque pas de surprendre. En effet, les r&#233;dacteurs anonymes du rapport de 2024 appliquent dans chaque &#201;tat du pays des taux de musulmans et de chr&#233;tiens invariables d'une ann&#233;e sur l'autre. Aucune source n'est cit&#233;e pour expliquer la provenance de ces chiffres pour le moins myst&#233;rieux dans un pays d&#233;pourvu, depuis plus de soixante ans, de statistiques publiques &#224; propos de la ventilation confessionnelle de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des cat&#233;gorisations embrouill&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les approximations ne s'arr&#234;tent pas l&#224;. Les r&#233;dacteurs de l'ORFA soutiennent que les chr&#233;tiens du Nigeria sont essentiellement tu&#233;s par des bergers peuls et des mouvements terroristes autres que Boko Haram et l'&#201;tat islamique en Afrique de l'Ouest. Cette cat&#233;gorie des &#171; autres terroristes &#187; ne manque pas d'intriguer. D'apr&#232;s la note m&#233;thodologique de l'ORFA, il s'agit de divers groupes qui n'ont pas pu &#234;tre identifi&#233;s, qui seraient tr&#232;s d&#233;centralis&#233;s et qui comprendraient aussi des bandits engag&#233;s dans des milices ethniques aux c&#244;t&#233;s des bergers peuls. Les lignes de distinction paraissent d'autant plus embrouill&#233;es que, dans le m&#234;me temps, les pasteurs peuls sont &#233;galement assimil&#233;s &#224; un groupe &#171; terroriste &#187;, &#171; le plus meurtrier &#187; d'entre tous, selon le rapport d'ORFA d&#233;j&#224; cit&#233;. &#192; suivre ce raisonnement, il n'y aurait pas de bandits au Nigeria, seulement des &#171; terroristes &#187; : un narratif qui r&#233;v&#232;le bien les apories d'un Observatoire d&#233;cid&#233;ment peu au fait de la prudence de la communaut&#233; acad&#233;mique quant &#224; l'emploi tous azimuts d'un qualificatif disqualifiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Open Doors et le comit&#233; ICON, l'ORFA peine ainsi &#224; d&#233;montrer que les chr&#233;tiens sont tu&#233;s en raison de leur croyance. Les deux t&#233;moignages anonymes cit&#233;s &#224; l'appui de ses dires mettent, certes, en &#233;vidence des discriminations d'ordre religieux. Dans certains cas, les otages musulmans qui pouvaient r&#233;citer des sourates du Coran afin de prouver leur foi ont effectivement &#233;t&#233; rel&#226;ch&#233;s sans payer de ran&#231;on, tandis que les chr&#233;tiens &#233;taient brutalis&#233;s, ex&#233;cut&#233;s pour les hommes ou viol&#233;s pour les femmes. Mais dans d'autres cas, c'est l'inverse. Des captifs musulmans aux mains des djihadistes de la mouvance Boko Haram ont &#233;t&#233; tu&#233;s ou recrut&#233;s de force pour commettre des attentats-suicides, tandis que les chr&#233;tiens &#233;taient &#233;pargn&#233;s parce que leurs ravisseurs avaient l'espoir d'en tirer un bon prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, on peut s'interroger sur la port&#233;e des deux t&#233;moignages cit&#233;s par l'ORFA &#224; l'&#233;chelle d'un pays aussi gigantesque que le Nigeria. Les approximations et les biais m&#233;thodologiques des partisans de la th&#232;se du g&#233;nocide desservent, en r&#233;alit&#233;, la cause des chr&#233;tiens. Sur le fond, il n'y a pas besoin d'exag&#233;rer l'ampleur des drames humains pour s'inqui&#233;ter de violences end&#233;miques et de discriminations qui tiennent bien autant &#224; des questions d'appartenance confessionnelle que de statut social, dans le cadre d'un syst&#232;me politique qui accorde une forte pr&#233;f&#233;rence r&#233;gionale aux autochtones de chacun des trente-six &#201;tats du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour garantir son s&#233;rieux, une analyse pond&#233;r&#233;e et scientifique des pers&#233;cutions &#224; caract&#232;re religieux devrait ainsi s'int&#233;resser aussi aux musulmans qui, dans le sud du Nigeria, sont d&#233;sign&#233;s &#224; la vindicte populaire et parfois lynch&#233;s parce qu'ils font figure d'&#233;trangers facilement identifiables par leur habillement et leurs scarifications tribales. Les causes des violences sont fort complexes. Au-del&#224; des disputes macabres sur le nombre de victimes, le probl&#232;me est d'abord de nature politique. Qu'il s'agisse du sort des chr&#233;tiens ou de celui des musulmans, les r&#233;cits sur un g&#233;nocide &#171; religieux &#187; doivent en cons&#233;quence &#234;tre compris sur un registre profane. Les pol&#233;miques dont le Nigeria fait aujourd'hui l'objet m&#233;riteraient certainement, &#224; cet &#233;gard, de tirer les le&#231;ons des controverses qui ont autrefois pu attiser les tensions &#224; propos de la guerre du Biafra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- Charles Abiodun Alao, &#171; Islamic radicalisation and violence in Nigeria &#187;, in Militancy and Violence in West Africa : Religion, Politics and Radicalisation, Routledge, p. 42, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- International Committee on Nigeria, &#171; Nigeria's Silent Slaughter : Genocide in Nigeria and the Implications for the International Community &#187;, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- Num&#233;ro sp&#233;cial du Journal of Genocide Research, vol. 16, n&#176; 2-3, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4- Rev Bewarang, Dr. Soja, &#171; Statement by church leaders in Plateau State &#187;, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5- Marc-Antoine P&#233;rouse de Montclos, &#171; Les pers&#233;cutions antichr&#233;tiennes en Afrique, un sujet sensible &#187;, The Conversation, 2019. &lt;a href=&#034;https://theconversation.com/les-persecutions-antichretiennes-en-afrique-un-sujet-sensible-110293&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#192; lire ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6- International Committee on Nigeria et International Organisation for Peace Building and Social Justice, &#171; Nigeria's Silent Slaughter : Genocide in Nigeria and the Implications for the International Community &#187;, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7- International Committee On Nigeria et International Organisation for Peace Building and Social Justice, &#171; Nigeria's Silent Slaughter : Genocide in Nigeria and the Implications for the International Community &#187;, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8- ORFA, &#171; Countering the myth of religious indifference in Nigerian terror (10/2019&#8211;9/2023) &#187;, 2024.&lt;/p&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>De Serval &#224; Barkhane : le bilan confisqu&#233; de dix ans d'interventions militaires au Sahel</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/De-Serval-a-Barkhane-le-bilan-confisque-de-dix-ans-d-interventions-militaires</link>
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		<dc:date>2024-10-15T06:59:43Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gr&#233;gory Daho, Marc-Antoine P&#233;rouse de Montclos</dc:creator>


		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>S&#233;n&#233;gal</dc:subject>
		<dc:subject>Gabon</dc:subject>
		<dc:subject>C&#244;te D'Ivoire</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2024-10-15</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La France a annonc&#233; en juin 2024 l'all&#232;gement du dispositif de pr&#233;-positionnement de ses arm&#233;es en Afrique subsaharienne : les effectifs seront r&#233;duits &#224; environ 300 hommes au Tchad et une centaine dans chacune des bases existant au Gabon, au S&#233;n&#233;gal et en C&#244;te d'Ivoire. &#192; sa mani&#232;re, cette d&#233;cision ent&#233;rine l'&#233;chec de dix ans d'interventions militaires au Sahel. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; d'Afrique en lutte. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le bilan complet et officiel des op&#233;rations Serval et Barkhane reste n&#233;anmoins &#224; dresser. Cette (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Senegal-+" rel="tag"&gt;S&#233;n&#233;gal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Gabon-+" rel="tag"&gt;Gabon&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH86/capture_d_e_cran_le_2024-10-14_a_19.23_11-57665.png?1781052045' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='86' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La France a annonc&#233; en juin 2024 l'all&#232;gement du dispositif de pr&#233;-positionnement de ses arm&#233;es en Afrique subsaharienne : les effectifs seront r&#233;duits &#224; environ 300 hommes au Tchad et une centaine dans chacune des bases existant au Gabon, au S&#233;n&#233;gal et en C&#244;te d'Ivoire. &#192; sa mani&#232;re, cette d&#233;cision ent&#233;rine l'&#233;chec de dix ans d'interventions militaires au Sahel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://www.afriquesenlutte.org/afrique-de-l-ouest/mali/article/de-serval-a-barkhane-le-bilan-confisque-de-dix-ans-d-interventions-militaires&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Afrique en lutte&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bilan complet et officiel des op&#233;rations Serval et Barkhane reste n&#233;anmoins &#224; dresser. Cette question a nourri les d&#233;bats d'un colloque qui a &#233;t&#233; organis&#233; en avril par l'Institut Pour la Paix &#224; l'Universit&#233; Paris 1 Panth&#233;on-Sorbonne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le d&#233;ni de l'&#233;chec&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chec de l'op&#233;ration Barkhane est incontestable si l'on en juge par l'activit&#233; des groupes djihadistes au Sahel et l'arriv&#233;e au pouvoir de putschistes au Niger, au Mali et au Burkina Faso.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, les autorit&#233;s gouvernementales, militaires et parlementaires refusent cependant de le reconna&#238;tre. Dans une interview accord&#233;e au Point le 23 ao&#251;t 2023, Emmanuel Macron proclamait ainsi le &#171; succ&#232;s &#187; des interventions militaires fran&#231;aises au Sahel :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; Si l'on prend de la hauteur, la France a eu raison de s'engager au c&#244;t&#233; d'&#201;tats africains pour lutter contre le terrorisme&#8230; Si nous ne nous &#233;tions pas engag&#233;s, avec les op&#233;rations Serval puis Barkhane, il n'y aurait, sans doute, plus de Mali, plus de Burkina Faso, je ne suis m&#234;me pas s&#251;r qu'il y aurait encore le Niger &#187;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours plus t&#244;t, le 7 ao&#251;t 2023, le ministre des Arm&#233;es S&#233;bastien Lecornu r&#233;futait &#233;galement l'id&#233;e d'un &#233;chec de Barkhane, estimant que &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=RVCBcN2SXdM&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; c'est une faute de dire cela &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du fait de leur devoir de r&#233;serve, les militaires fran&#231;ais ont &#233;t&#233; moins prolixes &#224; ce sujet. La plupart de ceux qui se sont exprim&#233;s en public n'en ont pas moins conclu &#224; un &#171; bilan globalement positif &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les op&#233;rations Serval puis Barkhane, soutenait par exemple l'un d'entre eux, ont rempli la mission qui leur &#233;tait fix&#233;e &#187;. Au Mali, en 2013, les soldats fran&#231;ais auraient &#233;vit&#233; que les djihadistes du nord s'emparent de la capitale Bamako, et ils auraient ensuite permis aux casques bleus des Nations unies de se d&#233;ployer &#224; l'int&#233;rieur du pays, m&#234;me si les troupes de Serval n'&#233;taient en fait pas pr&#233;sentes dans les r&#233;gions du centre qui allaient devenir un haut lieu de l'activit&#233; des groupes insurrectionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me ceux qui s'essayent &#224; l'auto-critique ne d&#233;passent pas les enseignements d&#233;j&#224; soulign&#233;s &#224; propos de l'usage de la force en Afghanistan (exc&#232;s d'optimisme et d&#233;faut d'anticipation de l'apr&#232;s-crise, m&#233;connaissance des r&#233;alit&#233;s locales et d&#233;faut de coordination avec les secteurs diplomatiques et humanitaires, etc.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'absence de critiques du Parlement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis Paris, les parlementaires, quant &#224; eux, ont &#233;t&#233; fort peu critiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'il s'agisse de la plus grosse intervention outre-mer de l'arm&#233;e fran&#231;aise depuis la guerre d'Alg&#233;rie, les op&#233;rations Serval puis Barkhane n'ont fait l'objet que de deux rapports l&#233;nifiants, publi&#233;s en 2013 et en 2021, qui visaient surtout &#224; accorder un quitus &#224; l'&#201;lys&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[D&#233;j&#224; plus de 120 000 abonnements aux newsletters The Conversation. Et vous ? Abonnez-vous aujourd'hui pour mieux comprendre les grands enjeux du monde.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe d'un engagement militaire dans la lutte contre le terrorisme au Sahel n'a jamais &#233;t&#233; remis en cause, contrairement aux conclusions de la commission pr&#233;sid&#233;e par l'historien Vincent Duclert, qui a point&#233; la &#171; faillite de l'analyse &#187; et &#171; l'aveuglement &#187; des d&#233;cideurs &#224; l'origine de l'op&#233;ration Turquoise pendant le g&#233;nocide rwandais de 1994.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a finalement fallu attendre jusqu'en 2023 pour qu'un rapport admette timidement &#171; l'&#233;chec de la lutte contre le terrorisme au Sahel &#187;. Encore ce constat &#233;tait-il aussit&#244;t temp&#233;r&#233; par l'affirmation que les responsabilit&#233;s &#233;taient aussi celles &#171; des dirigeants africains eux-m&#234;mes &#187;. Le contraste n'en est que plus saisissant avec les parlementaires britanniques qui ne se sont pas priv&#233;s d'&#233;pingler les gouvernements de Tony Blair puis David Cameron pour avoir entra&#238;n&#233; leur pays dans des guerres inutiles et dispendieuses en Irak en 2003 puis en Libye en 2011 sur la base de &#171; postulats erron&#233;s &#187; et d'une &#171; compr&#233;hension incompl&#232;te de la situation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, malgr&#233; la r&#233;forme de 2008, qui leur permet de se prononcer sur une intervention militaire lorsqu'elle se prolonge au-del&#224; de quatre mois, les d&#233;put&#233;s n'ont jamais mis fin &#224; une op&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22 avril 2013, lorsqu'ils ont d&#251; se prononcer sur l'autorisation de prolongation de l'intervention fran&#231;aise au Mali, sur les 342 suffrages exprim&#233;s, aucun vote &#171; contre &#187; n'a &#233;t&#233; enregistr&#233;. Aucun groupe parlementaire n'a exprim&#233; d'opposition de fond. Les arguments s&#233;curitaires (il faut, ou plut&#244;t il fallait, intervenir pour soutenir un &#171; &#201;tat failli &#187;, et faire face &#224; une situation d'instabilit&#233; politique engendrant un risque de propagation) font autant consensus que les arguments id&#233;ologiques (responsabilit&#233;, morale ou historique, de la France ; cr&#233;dibilit&#233; sur la sc&#232;ne internationale ; maintien du rang). Les r&#233;ticences, sur la forme, du Groupe de la gauche d&#233;mocratique et r&#233;publicaine (GDR), se sont traduites par l'abstention lors du scrutin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il encore une fois le rappeler ? Aucun des groupes que l'arm&#233;e fran&#231;aise a combattus au Sahel n'a jamais commis d'attentats outre-mer. Du point de vue de l'int&#233;r&#234;t national et de la lutte contre le terrorisme, les op&#233;rations Serval et Barkhane relevaient donc d'une guerre pr&#233;ventive, quitte &#224; exacerber le ressentiment des insurg&#233;s et leur envie de se venger par des attaques sur le sol m&#233;tropolitain. En 2013, le caract&#232;re global de la menace djihadiste avait &#233;t&#233; tr&#232;s manifestement exag&#233;r&#233;. Plus de dix ans apr&#232;s, il convient en cons&#233;quence de remettre en perspective les d&#233;clarations triomphales de l'&#201;lys&#233;e selon lesquelles les troupes de Serval puis de Barkhane auraient &#171; emp&#234;ch&#233; la cr&#233;ation de califats &#224; quelques milliers de kilom&#232;tres de nos fronti&#232;res &#187;, fait &#171; reculer les groupes terroristes au Sahel &#187;, sauv&#233; &#171; des milliers de vies sur place &#187; et prot&#233;g&#233; les Fran&#231;ais &#171; des menaces d'attentats sur [leur] sol &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les raisons d'un d&#233;ni de r&#233;alit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu de chefs d'&#201;tat reconnaissent publiquement leurs erreurs strat&#233;giques. La France ne fait pas exception. D'autres raisons expliquent cependant le d&#233;ni de r&#233;alit&#233; de l'ex&#233;cutif et de son entourage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, le continent africain demeure la derni&#232;re terre d'&#233;lection et d'exaltation de ce qu'il reste d'une puissance moyenne. La grandeur et les obligations historiques de la France vis-&#224;-vis de ses anciennes colonies sont donc invoqu&#233;es pour contrer les analyses par trop d&#233;faitistes d'intellectuels parfois soup&#231;onn&#233;s de sympathies &#171; islamo-gauchistes &#187;, voire d'indulgence pour les terroristes. L'argument fatal est qu'apr&#232;s tout, les autres ont fait pire. Ainsi, ces op&#233;rations ont &#233;t&#233; beaucoup moins on&#233;reuses et mortif&#232;res pour les civils que les interventions militaires des &#201;tats-Unis en Afghanistan. Le retrait des troupes fran&#231;aises du Sahel a beau avoir &#233;t&#233; humiliant, il n'a en rien &#233;t&#233; comparable &#224; la d&#233;b&#226;cle de l'arm&#233;e am&#233;ricaine &#224; Kaboul lorsque les talibans ont repris le pouvoir en 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moins frontaux dans leur d&#233;ni, les officiers sup&#233;rieurs continuent quant &#224; eux d'insister sur le bilan positif des premiers mois de l'op&#233;ration Serval, v&#233;ritable vitrine d'un art fran&#231;ais de faire la guerre. Elle a notamment t&#233;moign&#233; des m&#233;rites d'une cha&#238;ne d&#233;cisionnelle courte, des avantages d'un pr&#233;-positionnement des troupes en Afrique et d'une grande agilit&#233; logistique pour surprendre et devancer l'ennemi dans des temps tr&#232;s courts gr&#226;ce &#224; la mise en place d'un pont a&#233;rien articul&#233; &#224; des moyens a&#233;roterrestres. Selon la formule consacr&#233;e par les chefs de Serval et Barkhane, l'arm&#233;e fran&#231;aise aurait ainsi remport&#233; de francs &#171; succ&#232;s tactiques &#187; et elle ne serait pas responsable de l'absence de vision politico-strat&#233;gique &#224; long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduction brutale : &#224; d&#233;faut de vaincre les organisations djihadistes au Sahel, les arm&#233;es auraient au moins r&#233;ussi &#224; ex&#233;cuter leurs principaux dirigeants. Les contradictions du recours aux assassinats cibl&#233;s sont pourtant point&#233;es par la doctrine fran&#231;aise de la contre-insurrection &#233;dict&#233;e en 2013, qui souligne que les strat&#233;gies d'attrition sont contreproductives car &#171; la base populaire dont disposent les insurg&#233;s leur fournit un r&#233;servoir de ressources humaines quasi in&#233;puisable &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, on peut se demander pourquoi l'&#233;tat-major a d&#233;cid&#233; d'engager tant de forces terrestres alors que 80 % des pertes inflig&#233;es aux djihadistes ont &#233;t&#233; le r&#233;sultat d'attaques men&#233;es par avion, par h&#233;licopt&#232;re ou par drone. En r&#233;alit&#233;, il s'agissait d'un combat sans fin et d'une guerre ingagnable face &#224; un ennemi insaisissable et invisible. Pour reprendre une expression souvent utilis&#233;e par les Am&#233;ricains en Afghanistan, les militaires fran&#231;ais n'ont fait que &#171; tondre la pelouse &#187; en attendant que la &#171; chienlit &#187; repousse, toujours plus fournie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan strat&#233;gique, l'arm&#233;e tricolore aurait pourtant pu se retirer dignement de la zone au moment de l'&#233;lection du pr&#233;sident malien Ibrahim Boubacar Ke&#239;ta en 2013, ou bien encore apr&#232;s l'&#233;limination des chefs djihadistes Abdelmalek Droukdel en 2020 puis Adnan Abou Walid al-Saharaoui en 2021. Au lieu de cela, l'&#201;lys&#233;e s'est ent&#234;t&#233; jusqu'au bout et a d&#251; se r&#233;soudre &#224; des d&#233;parts pr&#233;cipit&#233;s, sous la contrainte et &#224; la demande expresse de putschistes de plus en plus hostiles aux interf&#233;rences de l'ancienne puissance coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La faute des autres&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est plus facile de mettre la perte d'influence de la France au Sahel sur le compte de la propagande russe ou salafiste. Les autorit&#233;s ne manquent pas non plus de souligner les d&#233;faillances des partenaires europ&#233;ens, qui n'ont pas voulu accompagner les op&#233;rations Serval puis Barkhane &#224; la hauteur des moyens demand&#233;s. Enfin et surtout, elles insistent &#224; pr&#233;sent sur l'incurie des gouvernements de la zone, un argument qui, r&#233;trospectivement, semble d'autant plus curieux que la faiblesse des &#201;tats sah&#233;liens avait justement &#233;t&#233; invoqu&#233;e pour justifier le d&#233;clenchement de l'op&#233;ration Serval.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; savoir dans quelle mesure l'&#233;chec de Barkhane va constituer une rupture, quoi qu'il en soit par ailleurs des r&#233;cits de l'&#201;lys&#233;e sur le &#171; succ&#232;s &#187; de ses engagements dans la lutte contre le terrorisme au Sahel. Le gouvernement dit maintenant vouloir all&#233;ger son dispositif militaire au sud du Sahara. Mais la r&#233;duction des effectifs de l'arm&#233;e fran&#231;aise sur le continent est une tendance lourde. Au moment des ind&#233;pendances, d&#233;j&#224;, ils &#233;taient pass&#233;s de 60 000 hommes en 1960 &#224; moins de 7 000 en 1965, certes en grande partie du fait que les personnels africains avaient &#233;t&#233; int&#233;gr&#233;s dans les jeunes arm&#233;es nationales. Plus de soixante apr&#232;s, les militaires fran&#231;ais sont toujours pr&#233;sents en Afrique et ne semblent pas pr&#234;ts &#224; renoncer au principe de bases permanentes qui doivent leur permettre de continuer &#224; s'entra&#238;ner et de rester aguerris apr&#232;s leur d&#233;part de l'Afghanistan puis du Mali, du Burkina Faso et du Niger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons &#224; cela que le fiasco de l'op&#233;ration Turquoise au moment du g&#233;nocide rwandais de 1994 n'a nullement emp&#234;ch&#233; le montage de l'op&#233;ration Barkhane vingt ans plus tard. Aujourd'hui, rien ne d&#233;montre que l'&#201;lys&#233;e ait r&#233;ellement tir&#233; les le&#231;ons de ses &#233;checs si l'on en juge par la poursuite des coop&#233;rations militaires avec le Gabon, le B&#233;nin, la C&#244;te d'Ivoire et le S&#233;n&#233;gal, tous d'anciennes colonies. Le mot de la fin, &#224; cet &#233;gard, revient certainement &#224; ce g&#233;n&#233;ral qui, r&#233;cemment encore, vantait les m&#233;rites des formations propos&#233;es par l'arm&#233;e fran&#231;aise, &#171; comme nous l'avons fait &#224; Barkhane &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#233;gory Daho, Ma&#238;tre de Conf&#233;rences en science politique, Universit&#233; Paris 1 Panth&#233;on-Sorbonne et Marc-Antoine P&#233;rouse de Montclos, directeur de recherches, Institut de recherche pour le d&#233;veloppement (IRD)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article est republi&#233; &#224; partir de The Conversation sous licence Creative Commons.&lt;/p&gt;
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