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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Milei et le cosplay : populisme et pop culture &#224; l'&#232;re des libertariens</title>
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		<dc:date>2025-04-08T08:44:47Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ariana Saenz Espinoza, Zacharie Petit</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2025-04-08</dc:subject>
		<dc:subject>Argentine</dc:subject>
		<dc:subject>Arts culture et soci&#233;t&#233;</dc:subject>

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&lt;p&gt;Nul besoin de comparer Javier Milei au Joker : en 2019, il se d&#233;guise en &#171; G&#233;n&#233;ral Ancap &#187;, super-vilain ic&#244;ne de l'anarcho-capitalisme. Cette mascarade est embl&#233;matique de la r&#233;appropriation par les extr&#234;mes droites populistes de la pop culture et de la culture geek. Loin d'&#234;tre une simple farce communicationnelle, ces pratiques instaurent un nouveau r&#233;cit politique : celui de la super-violence autoritaire aux mains des ennemis de l'&#201;tat de droit. &lt;br class='autobr' /&gt; 4 avril 2025 | tir&#233; d'AOC media HTTPS (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Argentine-+" rel="tag"&gt;Argentine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Arts-culture-et-societe-+" rel="tag"&gt;Arts culture et soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH123/eneral_ancap-d9451.png?1781290025' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='123' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nul besoin de comparer Javier Milei au Joker : en 2019, il se d&#233;guise en &#171; G&#233;n&#233;ral Ancap &#187;, super-vilain ic&#244;ne de l'anarcho-capitalisme. Cette mascarade est embl&#233;matique de la r&#233;appropriation par les extr&#234;mes droites populistes de la pop culture et de la culture geek. Loin d'&#234;tre une simple farce communicationnelle, ces pratiques instaurent un nouveau r&#233;cit politique : celui de la super-violence autoritaire aux mains des ennemis de l'&#201;tat de droit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;4 avril 2025 | tir&#233; d'AOC media&lt;br class='autobr' /&gt;
HTTPS ://AOC.MEDIA/OPINION/2025/04/03/MILEI-ET-LE-COSPLAY-POPULISME-ET-POP-CULTURE-A-LERE-DES-LIBERTARIENS/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	&#171; Je suis le G&#233;n&#233;ral Ancap. Je viens de Liberland, une terre n&#233;e du principe d'appropriation originelle de l'homme. Un territoire de sept kilom&#232;tres carr&#233;s entre la Croatie et la Serbie. Un pays sans imp&#244;t, o&#249; l'on d&#233;fend les libert&#233;s individuelles, o&#249; l'on croit en l'individu, et o&#249; il n'y a pas de place pour ces fils de pute de collectivistes qui veulent nous pourrir la vie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Cette harangue ne sort pas de la bouche d'un proph&#232;te belliqueux &#233;chapp&#233; d'une bande dessin&#233;e futuriste, d'un antagoniste de manga hargneux ou d'un personnage &#233;pique de jeu vid&#233;o r&#233;actionnaire. Le G&#233;n&#233;ral Ancap fait sa premi&#232;re apparition publique en 2019, lors d'une Comic Con &#224; Buenos Aires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Javier Milei y surgit sous les traits d'un personnage tout droit sorti d'un nanar : masqu&#233;, moul&#233; dans une combinaison bon march&#233; noire et jaune, les couleurs du drapeau libertarien, le torse frapp&#233; d'un sceau super-h&#233;ro&#239;que. Dans sa main, un sceptre dor&#233; en plastique, improbable croisement entre un trident mystique et un symbole alchimique. Le cosplay est cheap, le super-h&#233;ros in&#233;dit : Ancap est un outsider &#171; anarcho-capitaliste &#187;, arm&#233; d'une tron&#231;onneuse et coiff&#233; comme Wolverine, venu lib&#233;rer la soci&#233;t&#233; de ses cha&#238;nes &#233;tatiques et instaurer le r&#232;gne libertarien &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quarante-quatre ans avant le G&#233;n&#233;ral Ancap, un justicier mondialement c&#233;l&#232;bre faisait irruption dans la fiction politique latino-am&#233;ricaine, cette fois transform&#233;, dans l'imaginaire de Julio Cort&#225;zar, en h&#233;ros socialiste face au n&#233;ocapitalisme. En janvier 1975, apr&#232;s sa participation au Tribunal Russell II[1], l'&#233;crivain en exil publie Fant&#244;mas contre les vampires des multinationales[2], une attaque parodique contre l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain et ses multinationales complices des dictatures latino-am&#233;ricaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cort&#225;zar y place Fant&#244;mas aux c&#244;t&#233;s de Susan Sontag, Gabriel Garc&#237;a M&#225;rquez, Octavio Paz et Alberto Moravia, intellectuels solidaires du h&#233;ros masqu&#233;. S&#233;rigraphies de r&#233;pression, logos de multinationales, armes &#224; feu, le texte se nourrit de collages : un t&#233;l&#233;gramme d&#233;voilant l'intention des &#201;tats-Unis de renverser Salvador Allende, des documents montrant les profits des compagnies implant&#233;es sur le continent apr&#232;s le coup d'&#201;tat de Pinochet. Un photomontage surr&#233;aliste, inspir&#233; du Chien andalou et des illustrations de romans populaires ponctuent ce r&#233;cit, qui fut censur&#233; en Argentine mais vendu par dizaines de milliers au Mexique, et dont les recettes &#233;tait int&#233;gralement revers&#233;es au Tribunal Russell.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Javier Milei est le produit d'une m&#234;me histoire politique jalonn&#233;e d'&#233;pisodes macabres, entre s&#233;rie Z, dystopie horrifique et terreur, &#224; l'image de ces manifestants &#233;vang&#233;listes anti-IVG qui, la m&#234;me ann&#233;e que l'apparition du G&#233;n&#233;ral Ancap, arpentaient Buenos Aires en brandissant des f&#339;tus g&#233;ants en papier m&#226;ch&#233; et de grands crucifix d'o&#249; pendaient des poupons &#233;clabouss&#233;s de rouge fa&#231;on sauce tomate &#8212; un sinistre &#233;cho aux 500 b&#233;b&#233;s vol&#233;s sous la dictature, &#171; sauv&#233;s &#187; de la menace communiste qui, selon la junte, gangr&#233;nait la soci&#233;t&#233; argentine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; subversifs &#187; d'hier sont les wokes d'aujourd'hui : &#171; Tremblez, gauchistes fils de pute, nous irons vous chercher jusqu'au dernier recoin de la plan&#232;te en d&#233;fense de la libert&#233; &#187;, avertissait sur X, au lendemain de l'investiture de Trump, ce cosplayer sid&#233;rant adepte du clonage et des cryptomonnaies &#8211; hybride d'un g&#233;n&#233;ral fascisant, d'un &#233;conomiste libertarien et d'un super-h&#233;ros de foire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;From pop'ular culture to pop'ulist culture&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La pop a quelque chose de sauvage et de prolif&#233;rant. Elle n'est peut-&#234;tre pas une d&#233;mocratie &#187;, &#233;crit Richard M&#232;meteau dans Pop culture &#8212; R&#233;flexions sur les industries du r&#234;ve et l'invention des identit&#233;s (La D&#233;couverte, 2014). Il rappelle que, dans le Oxford English Dictionary, la premi&#232;re occurrence du mot pop a servi &#224; qualifier &#171; une chanson p&#233;tillante et entra&#238;nante &#187;. Est pop ce qui p&#233;tille, ce qui surgit (to pop up) &#8211; explosion irr&#233;sistible qui d&#233;borde tous les cadres. Le terme de pop culture d&#233;signe une cat&#233;gorie vaste et composite : on y retrouve Beyonc&#233;, Spider-Man, le &#171; quoicoubeh &#187;, le Nutella, Fortnite&#8230; Ce terme parapluie regroupe volontiers, souvent de mani&#232;re simplifi&#233;e, des objets, des personnalit&#233;s ou des pratiques massivement produits, partag&#233;s, diffus&#233;s et r&#233;f&#233;renc&#233;s de fa&#231;on mim&#233;tique et m&#233;m&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que certains de ces &#233;l&#233;ments aient leurs sp&#233;cialistes, ils sont g&#233;n&#233;ralement per&#231;us comme accessibles au plus grand nombre. La pop culture incarne une forme d'opposition &#224; la culture &#233;litiste, tout en &#233;tant aussi financ&#233;e par elle. Par sa capacit&#233; &#224; s'emparer de tout sujet ou objet, sans aucune limite, elle devient un ph&#233;nom&#232;ne omnipr&#233;sent, capable de canaliser l'engagement et l'attention collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les populistes d'outre-atlantique qui l'ont le mieux compris, avant d'inspirer la nouvelle g&#233;n&#233;ration de populistes des droites europ&#233;ennes. En t&#233;moigne l'&#233;volution d'Elon Musk avec son DOGE[3], r&#233;f&#233;rence aux memes mettant en sc&#232;ne un shiba inu, chien japonais embl&#233;matique, dont la gloire est n&#233;e sur Reddit et 4chan (dog devenant &#171; doge &#187;). Ses appels du pied &#224; l'alt-right[4] (par l'utilisation du meme Pepe the Frog), ses vell&#233;it&#233;s de s'afficher en gamer (en se ridiculisant), et son omnipr&#233;sence sur feu Twitter sont autant de signalements ostensiblement affich&#233;s d'une appartenance pr&#233;tendue &#224; cette culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elon Musk, lors de la Conservative Political Action Conference (CPAC), a bien qualifi&#233; cette strat&#233;gie : il s'agit de &#171; devenir un meme &#187;, de s'ins&#233;rer et de se cristalliser dans l'esprit populaire comme signe, signifiant et objet. Lors du m&#234;me rassemblement, Steve Bannon a pouss&#233; la logique un cran plus loin : il a adress&#233; &#224; la foule un salut autrefois banni, double imitation nazie et muskesque, ent&#233;rin&#233; par un &#171; amen &#187;. Trump lui-m&#234;me est un art&#233;fact pop culturel : animateur TV, personnage de catch WWE, il s'est plus r&#233;cemment illustr&#233;, dans la derni&#232;re ligne droite de la pr&#233;sidentielle, en employ&#233; de McDonalds, ou encore comme danseur sur l'hymne YMCA ; ses mimiques ont &#233;t&#233; reprises partout dans le pays de l'oncle Sam. En France, ces strat&#233;gies sont copi&#233;es par l'extr&#234;me droite, comme lorsque Jordan Bardella se met en sc&#232;ne sur TikTok ou que sont diffus&#233;es ses performances de jadis sur Call Of Duty.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Post-satire, ridicule et outrance font &#233;cran &#224; la violence des aspirations de l'alt-right et des libertariens. Une strat&#233;gie insidieuse &#233;merge : jouer de la saturation m&#233;diatique et d'un nouvel ethos, en s'immiscant dans les codes et les espaces populaires pour contraster avec une &#233;lite conspu&#233;e et d&#233;connect&#233;e &#8211; &#171; la caste &#187;, dirait Javier Milei &#8212; jusqu'&#224; se confondre avec l'objet esth&#233;tique plaisant, et, enfin, s'en emparer. Se pr&#233;tendant contre-culturel, ce mouvement en est en r&#233;alit&#233; l'oppos&#233; : il d&#233;tourne le &#171; pop &#187; de pop culture &#224; son profit, le red&#233;finit et l'instrumentalise comme un levier de pouvoir populiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En Argentine, le cosplay d&#233;tourn&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Argentine, cette strat&#233;gie trouve un terrain fertile dans la pratique du cosplay, investie par Milei et ses partisans. Derri&#232;re l'esth&#233;tique fantasque du mil&#233;isme se profile une figure d&#233;sormais bien connue des Argentins : Lilia Lemoine, cosplayeuse, influenceuse antif&#233;ministe et complotiste antivax, aujourd'hui parlementaire sous la banni&#232;re de La Libertad Avanza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Particuli&#232;rement populaire dans le paysage geek, le cosplay repose sur l'incarnation presque tot&#233;mique d'un personnage, dans un acte d'expression libre. Changer de genre, d'origine ethnique ou de corpulence n'y surprend personne : cette plasticit&#233; fait du cosplay un espace de diversit&#233; et d'inclusivit&#233;, largement investi par la communaut&#233; queer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La militante antiavortement Lilia Lemoine choisit pour elle des personnages qui, justement, sont au panth&#233;on des ic&#244;nes pop culturelles f&#233;ministes et qui ont fait figure d'avant-garde des luttes de lib&#233;ration. L'exemple le plus marquant est sans doute celui de Ciri, issue de l'univers de The Witcher, une saga o&#249; la question du droit des femmes &#224; disposer de leur corps se heurte aux pressions politiques et au regard objectifiant. Dans cet univers pro-choice, les cultures qui interdisent l'avortement sont qualifi&#233;es de barbares, et les sorci&#232;res, figures de pouvoir politique et mystique, &#233;chappent aux injonctions reproductives et redistribuent le pouvoir. La costumi&#232;re du &#171; G&#233;n&#233;ral Ancap &#187; d&#233;tourne ces personnages pour les inscrire dans une logique de fan service adress&#233; &#224; un public masculin, dans un registre qui oscille entre soft porn et fantasme geek, en bikini, &#233;p&#233;e &#224; la main. Cette tension entre empowerment et male gaze, inh&#233;rente au cosplay, prend ici un tour nettement politique : la charge subversive de ces figures est neutralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du super-h&#233;ros comme nouvel homme fort et salvateur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Symbole absolu de la culture geek pris pour r&#233;f&#233;rence par Musk, Milei et plus rarement par Trump, le super-h&#233;ros est le personnage totem. Complexe et pourtant ultra-identifiable, h&#233;ritier du chevalier et du demi-dieu mythologique, il incarne la pulsion de la salvation : &#234;tre sauveur ou &#234;tre sauv&#233; au sein d'une communaut&#233; en p&#233;ril. Cette figure, le plus souvent masculine, est un catalyseur en temps de crise. Ce fut par exemple le cas du c&#233;l&#232;bre Captain America, cr&#233;&#233; par Jack Kirby et Joe Simon, deux juifs ashk&#233;nazes, dont la fonction premi&#232;re &#233;tait de combattre le nazisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la m&#234;me &#233;curie, Marvel, les X-Men op&#232;rent comme une repr&#233;sentation de la diversit&#233; des &#201;tats-Unis en tant que terre d'immigration et un soutien au mouvement des droits civiques, le Professeur Xavier incarnant une figure inspir&#233;e de Martin Luther King, tandis que Magn&#233;to est souvent compar&#233; &#224; Malcolm X. Plus tard, le groupe de super-h&#233;ros mutants sera interpr&#233;t&#233; comme une all&#233;gorie du coming out et de l'oppression des communaut&#233;s LGBTQ. Dernier exemple en date, T'Challa, alias Black Panther, cr&#233;ation de Stan Lee, avant m&#234;me la naissance du groupe activiste du m&#234;me nom, incarne un renversement des r&#233;cits de s&#233;gr&#233;gation et d'&#233;mancipation : il est un roi technologique, capable de rivaliser avec les plus puissants h&#233;ros. Dans l'univers Marvel, ni lui ni ses anc&#234;tres n'ont connu l'esclavage et le Wakanda demeure l'un des plus grands bastions de r&#233;sistance &#224; l'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le super-h&#233;ros s'inscrit toujours dans l'urgence et dans l'action, bien qu'il puisse mener en parall&#232;le une vie rang&#233;e. Il est le d&#233;tenteur d'un pouvoir, le gardien d'un ordre. Il poss&#232;de donc, comme l'a montr&#233; Alan Moore dans Watchmen, un potentiel fascisant immense. Le super-h&#233;ros se place au-dessus des lois, au-dessus de l'opinion, dans un mouvement fondamentalement antid&#233;mocratique. Il fait souvent la loi plus qu'il ne la respecte. M&#234;me Superman, le plus pur d'entre eux, a ses versions alternatives o&#249; il devient un tyran. Comme le conceptualise Alan Moore, le super-h&#233;ros nous maintient dans un &#233;tat d'infantilisation, nourrissant l'instinct de d&#233;l&#233;guer notre protection &#224; une figure toute-puissante et providentielle, quitte &#224; l&#233;gitimer la force comme mode de gouvernance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le retour du geek&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce magma de r&#233;f&#233;rences, on peut noter l'usage distinctif d'une culture populaire. Elle ne rev&#234;t que peu de sens si ce n'est de cr&#233;er un &#233;cart d&#233;monstratif avec la culture bourgeoise. Indiscutablement, ce sont les r&#233;f&#233;rences geeks qui jouent ce r&#244;le. Dense r&#233;seau de sous-cultures, jadis houspill&#233;es et &#224; pr&#233;sent h&#233;g&#233;moniques, tant par leurs adh&#233;rents que par leur pr&#233;sence dans les r&#233;f&#233;rences communes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui le box-office est tenu par les super-h&#233;ros, le jeu vid&#233;o est l'industrie culturelle la plus profitable, et les tout-puissants du num&#233;rique sont des geeks. La culture geek va de pair avec le capitalisme, par ses produits d&#233;riv&#233;s et ses espaces de consommation, mais aussi avec l'&#232;re num&#233;rique, car tout repose sur le partage entre fans facilit&#233; par Internet &#8211; les forums ayant &#233;t&#233; le ground zero de notre communication moderne, le fruit de cette envie d&#233;vorante de partage et d&#233;bat autour de la fiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les geeks ne sont plus domin&#233;s ou minoritaires. Ils se per&#231;oivent ainsi, comme minoris&#233;s, du fait du m&#233;pris non r&#233;sorb&#233; toujours r&#233;serv&#233; aux sous-cultures. On retrouve l&#224;, &#224; l'instar des chr&#233;tiens aux &#201;tats-Unis, un complexe de pers&#233;cution, une posture victimaire adopt&#233;e par certains groupes dominants. Une frange r&#233;actionnaire du monde geek, lorsqu'elle se m&#234;le aux id&#233;es fascistes, en fait un levier de revanche, dans une pens&#233;e-ressentiment o&#249; tout peut &#234;tre utilis&#233; pour contrer l'hypoth&#232;se woke.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le faux drapeau super-h&#233;ros pop et l'offensive libertarienne, une exploitation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;tourner les r&#233;f&#233;rences pop en se les appropriant : une habitude de l'extr&#234;me droite, dans un m&#233;lange de m&#233;connaissance et d'instrumentalisation. Le Seigneur des Anneaux y est consid&#233;r&#233; depuis des ann&#233;es comme une &#339;uvre de ralliement. La pilule rouge de Matrix est devenue un nom de code masculiniste, symbole d'un contre-&#233;veil anti-woke, alors que la t&#233;tralogie des s&#339;urs Wachowski est, entre autres choses, une all&#233;gorie de la transition de genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Incarner un h&#233;ros, devenir un artefact culturel, se m&#233;mifier, c'est, pour cette nouvelle extr&#234;me droite, acqu&#233;rir une forme de transitivit&#233; de la puissance de ces images. &#171; La raison a beau crier &#187;, comme le soulignait Pascal, mais l'image, elle, s'impose par la sid&#233;ration qu'elle provoque. C'est ce qui permet &#224; Elon Musk, malgr&#233; son profil de geek m&#233;diocre, de se construire une aura en pr&#233;tendant &#234;tre grand joueur d'Elden Ring ou de Path of Exile. L'adh&#233;sion repose moins sur les faits que sur la familiarit&#233; de l'image : un geek reconnu, un pair. Peu importe aussi que la figure du g&#233;n&#233;ral soit connot&#233;e n&#233;gativement, tant dans la culture argentine que dans la pop culture, o&#249; seuls les super-vilains portent ce titre (le G&#233;n&#233;ral Zod contre Superman, le G&#233;n&#233;ral Ross contre Hulk). L'esth&#233;tique prime sur la signification : le G&#233;n&#233;ral Ancap touche au cool, cette cat&#233;gorie esth&#233;tique dominante, qui repose sur le d&#233;tachement et l'effortless. Les politiciens d'extr&#234;me droite s'emparent ainsi de la culture geek pour y injecter leur propre mythologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lilia Lemoine en Ciri et enWonder Woman, Javier Milei transformant sa tron&#231;onneuse (une version mal&#233;fique du Mj&#246;llnir de Thor, symbole de vertu r&#233;serv&#233; aux seuls dignes de le manier) : autant de d&#233;tournements qui brouillent les rep&#232;res. La tron&#231;onneuse DOGE, offerte par Milei &#224; Musk &#224; la CPAC, est le point culminant de cette logique, une passation symbolique o&#249; l'objet, vid&#233; de son sens premier, devient un &#233;tendard. Ce d&#233;tournement ne s'arr&#234;te pas &#224; l'iconographie. Il s'&#233;tend aux r&#233;cits politiques eux-m&#234;mes. Du libertarianisme &#224; la conqu&#234;te de Mars &#8211; hypoth&#233;tiquement rendue habitable en prenant le contr&#244;le de l'arsenal nucl&#233;aire pour bombarder ses p&#244;les &#8211;, on retrouve les m&#234;mes motifs de domination et de toute-puissance. Ironiquement, ces projets dystopiques r&#233;sonnent avec ceux des antagonistes des univers de fiction que ces figures politiques pr&#233;tendent incarner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un nouveau contrat &#233;thique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Liberland g&#233;ant, bien au-del&#224; du micro-&#201;tat vant&#233; par Milei, surgit comme un monde cyberpunk sous l'impulsion de l'alt-right libertarienne et n&#233;o-lib&#233;rale. Ce courant dominant de la science-fiction contemporaine (Matrix, Ghost in the Shell, Blade Runner, Total Recall) d&#233;peint des futurs o&#249; l'industrie et le capitalisme &#233;crasent l'humanit&#233; et pr&#233;cipitent sa disparition. Dans ces espaces, le lien avec la machine est, de gr&#233; ou de force, t&#233;nu, que ce soit par le rapport entre humain et IA, ou par des mutilations volontaires transhumanistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec leurs nouveaux costumes flamboyants et parodiques, les figures de l'extr&#234;me droite libertarienne pr&#244;nent la fin du contrat social avec une d&#233;sinhibition totale, sans filtre. &#192; l'aune d'un nouvel ordre techno-f&#233;odal o&#249; la pr&#233;dation est la norme, notre destin collectif exige l'&#233;tablissement d'un nouveau contrat &#233;thique &#8211; seul rempart contre la fusion politique super-violente de l'horrible et du merveilleux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Zacharie Petit&lt;br class='autobr' /&gt;
PHILOSOPHE, DOCTORANT &#192; L'UNIVERSIT&#201; PARIS 1 PANTH&#201;ON-SORBONNE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ariana Saenz Espinoza&lt;br class='autobr' /&gt;
JOURNALISTE&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
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