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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>L'&#232;re des pr&#233;dateurs. Les enjeux de l'intervention imp&#233;rialiste de Trump au Venezuela</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/L-ere-des-predateurs-Les-enjeux-de-l-intervention-imperialiste-de-Trump-au</link>
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		<dc:date>2026-03-17T10:19:21Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Antoine Larrache, Franck Gaudichaud</dc:creator>


		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2026-03-17</dc:subject>
		<dc:subject>V&#233;n&#233;zuela</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'attaque contre le Venezuela de d&#233;but janvier et l'enl&#232;vement de Nicol&#225;s Maduro et de Cilia Flores s'inscrivent dans la nouvelle strat&#233;gie imp&#233;riale des &#201;tats-Unis. Dans le contexte d'une r&#233;organisation du monde et des rapports de forces inter-imp&#233;rialistes, cette strat&#233;gie agressive passe notamment par un renforcement de la pression &#233;conomique et de l'interventionnisme militaire direct envers l'Am&#233;rique latine. &lt;br class='autobr' /&gt; 11 mars 2026 tir&#233; du site du cadtm | Photo : Adri&#225;n Mart&#237;nez, Wikimedia (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Amerique-centrale-et-du-sud-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2026-03-17-+" rel="tag"&gt;Edition du 2026-03-17&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Venezuela-+" rel="tag"&gt;V&#233;n&#233;zuela&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH90/resistancia_contre_trump-06722.png?1773742763' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='90' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'attaque contre le Venezuela de d&#233;but janvier et l'enl&#232;vement de Nicol&#225;s Maduro et de Cilia Flores s'inscrivent dans la nouvelle strat&#233;gie imp&#233;riale des &#201;tats-Unis. Dans le contexte d'une r&#233;organisation du monde et des rapports de forces inter-imp&#233;rialistes, cette strat&#233;gie agressive passe notamment par un renforcement de la pression &#233;conomique et de l'interventionnisme militaire direct envers l'Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;11 mars 2026 tir&#233; du site du cadtm | Photo : Adri&#225;n Mart&#237;nez, Wikimedia Commons, CC, &lt;a href=&#034;https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Primera_Manifestaci%C3%B3n_Anti_-_Trump_%2832393209236%29.jpg&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Primera_Manifestaci%C3%B3n_Anti_-_Trump_%2832393209236%29.jpg&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/L-ere-des-predateurs-Les-enjeux-de-l-intervention-imperialiste-de-Trump-au&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cadtm.org/L-ere-des-predateurs-Les-enjeux-de-l-intervention-imperialiste-de-Trump-au&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que s'est-il pass&#233; lors de l'enl&#232;vement de Maduro et de sa compagne ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Franck Gaudichaud &lt;/strong&gt; : Pas mal d'&#233;l&#233;ments et de d&#233;tails nous sont encore inconnus, m&#234;me plus d'un mois apr&#232;s, mais nous sommes &#233;videmment face &#224; une agression imp&#233;rialiste de grande envergure et, litt&#233;ralement, &#224; un coup d'&#201;tat, qui se sont d&#233;roul&#233;s dans la nuit du 2 au 3 janvier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Venezuela a &#233;t&#233; bombard&#233; avec un d&#233;ploiement militaire in&#233;dit (avec plus de 150 avions et h&#233;licopt&#232;res en parall&#232;le). C'est la premi&#232;re fois qu'un pays d'Am&#233;rique du Sud est bombard&#233; de la sorte (on a toutes et tous en m&#233;moire les derni&#232;res interventions dans l'espace Cara&#239;be et en Am&#233;rique centrale, contre le g&#233;n&#233;ral Noriega au Panama, en 1989 ou encore l'invasion de la Grenade en 1983, pr&#233;c&#233;d&#233;e de l'arrestation puis l'ex&#233;cution du Premier ministre Maurice Bishop).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sence militaire US &#233;tait massive dans l'espace Cara&#239;bes depuis plusieurs mois, se traduisant y compris par la pr&#233;sence du plus grand porte-avion au monde, le Gerald Ford et de toute une armada, tout cela au pr&#233;texte de la lutte contre le narcotrafic et signifiant plusieurs ex&#233;cutions extrajudiciaires et le bombardement d'embarcations. La possibilit&#233; d'une intervention s'est finalement confirm&#233;e. Il y a eu d&#233;barquement au sol de forces sp&#233;ciales le temps de l'intervention et destruction de plusieurs points n&#233;vralgiques et de d&#233;fense du Venezuela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absence quasi totale de d&#233;fense organis&#233;e et centralis&#233;e, notamment antia&#233;rienne, des Forces arm&#233;es nationales bolivariennes (FANB) a permis de capturer en un temps record et de s&#233;questrer le pr&#233;sident en exercice Nicol&#225;s Maduro et sa compagne, la d&#233;put&#233;e Cilia Flores, qui ont donc &#233;t&#233; &#171; extrait&#183;es &#187; et d&#233;port&#233;&#183;es aux &#201;tats-Unis. Ils ont &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;s &#224; un juge &#224; New York avec des charges fantaisistes, dont celles d'&#234;tre &#224; la t&#234;te d'un &#171; Narco-&#201;tat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette op&#233;ration militaire, qui viole la souverainet&#233; du Venezuela et &#8211; bien s&#251;r&#8211; toutes les lois internationales (qui sont le dernier des soucis de Trump), inaugure une tentative brutale de recolonisation du pays et, peut-&#234;tre m&#234;me, la mise en place d'un protectorat sur le moyen terme, si on l'en croit les premi&#232;res annonces de la Maison Blanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre de la longue crise du capitalisme, du d&#233;clin de l'h&#233;g&#233;monie mondiale des &#201;tats-Unis et de la r&#233;organisation violente du syst&#232;me inter-imp&#233;rialiste, Trump a pour objectif de discipliner tout &#171; l'h&#233;misph&#232;re &#187; sous sa coupe, gr&#226;ce &#224; l'utilisation ou la menace tous azimuts du plus grand arsenal militaro-industriel que l'humanit&#233; n'ait jamais construit. Il s'agit, &#233;galement et plus directement, de reprendre le contr&#244;le du Venezuela bolivarien et de pr&#233;parer le saccage colonial de l'immense r&#233;serve de p&#233;trole lourd du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Selon tes informations, quelle est l'attitude de l'appareil d'&#201;tat et des couches dirigeantes au Venezuela suite &#224; cette op&#233;ration ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Franck Gaudichaud&lt;/strong&gt; : C'est encore en voie de r&#233;organisation. Ce qu'on constate clairement &#8211; et que confirment nos contacts sur place &#8211;, c'est que suite &#224; la s&#233;questration du pr&#233;sident et de sa compagne, il y a bien continuit&#233; de l'appareil d'&#201;tat maduriste, qui est incarn&#233; aujourd'hui par la figure de la pr&#233;sidente int&#233;rimaire Delcy Rodr&#237;guez. Aussi bien les directions militaires que civiles, les hautes strates de la bureaucratie, les dirigeants du PSUV (Partido Socialista Unido de Venezuela) et les diff&#233;rentes factions de la bourgeoisie affairiste bolivarienne semblent faire bloc&#8230; pour l'instant. Bien s&#251;r, ce qui est d&#233;terminant ici est et sera l'attitude de l'arm&#233;e, pilier du mouvement national civico-militaire bolivarien et aussi du contr&#244;le politique de Maduro, particuli&#232;rement depuis les crises de 2014 et de 2017-2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit pour l'instant aux c&#244;t&#233;s de Delcy Rodr&#237;guez les principaux dirigeants de ce qu'&#233;tait le madurisme au pouvoir depuis le d&#233;c&#232;s de Hugo Ch&#225;vez, en 2013. &#192; commencer par Diosdado Cabello, qui est l'homme fort du r&#233;gime, puisqu'il tient la police, a des liens tr&#232;s forts avec l'arm&#233;e et aussi jusque-l&#224; avec la Chine ; le ministre de la D&#233;fense et chef d'&#201;tat-major, l'ind&#233;boulonnable Vladimir Padrino L&#243;pez qui affiche son soutien (il n'a pas &#233;t&#233; limog&#233; malgr&#233; la d&#233;route de janvier) ; et le fr&#232;re de la pr&#233;sidente, Jorge Rodr&#237;guez, l'un des hommes cl&#233;s du chavisme, puis du madurisme, aujourd'hui pr&#233;sident de l'Assembl&#233;e nationale. Au sein des gauches critiques mais aussi chavistes (jusque chez des ministres en poste), chez de nombreux analystes, il y a d&#233;bat sur jusqu'&#224; quel point un secteur ou tout du moins certains membres du r&#233;gime auraient pu &#171; l&#226;cher &#187; Maduro en amont ; savoir s'il y a eu des &#171; trahisons &#187; ou des d&#233;fections dans l'entourage proche de Maduro, face &#224; la pression maximale exerc&#233;e par les &#201;tats-Unis (et aux r&#233;compenses promises), et suite aux &#233;checs r&#233;p&#233;t&#233;s des n&#233;gociations avec Trump d&#233;j&#224; men&#233;es par le pr&#233;sident d&#233;sormais incarc&#233;r&#233; aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout une partie de la bureaucratie en place, et particuli&#232;rement les hauts dignitaires militaires, ont des int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques &#224; sauver dans l'extraction p&#233;troli&#232;re et mini&#232;re, et leur impunit&#233; &#224; n&#233;gocier en cas de changement de r&#233;gime&#8230; Mais avec quelle marge de man&#339;uvre pourront-ils peser aujourd'hui (surtout en l'absence d'un vaste mouvement de r&#233;sistance populaire et autonome national) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait est qu'il n'y a pas eu de capacit&#233; de r&#233;action imm&#233;diate, politico-militaire, face &#224; une agression du Pentagone, si ce n'est attendue en tout cas possible, et malgr&#233; des forces arm&#233;es suppos&#233;ment en alerte permanente. Plusieurs milliards de dollars ont &#233;t&#233; investis avec du mat&#233;riel russe et chinois, notamment pour prot&#233;ger Caracas et l'espace a&#233;rien, avec une d&#233;fense anti-a&#233;rienne et des radars sophistiqu&#233;s, au cours des derni&#232;res ann&#233;es. Tout semble avoir &#233;t&#233; neutralis&#233; en amont, peut-&#234;tre y compris &#224; l'aide d'armes &#233;lectro-magn&#233;tiques et sans aucun doute par un patient travail d'espionnage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc de nombreuses inconnues de ce point de vue, mais il n'y a eu aucun mouvement de d&#233;fense nationale coordonn&#233;. Cela signifie-t-il certaines complicit&#233;s actives ou passives internes &#224; une &#233;chelle limit&#233;e, une perte de contr&#244;le de la chaine de commandement, une passivit&#233; strat&#233;gique assum&#233;e de l'&#201;tat-Major en l'attente d'une r&#233;organisation du pouvoir ? Les d&#233;bats vont bon train &#224; Miraflores, et les rumeurs et fake news sont aussi aliment&#233;es avec fr&#233;n&#233;sie par les services de Washington pour garder la main. Ceux et celles qui ont pay&#233; le prix fort de cette d&#233;b&#226;cle sont plus de 110 personnes (civiles et militaires), dont les membres de la garde personnelle de Maduro et particuli&#232;rement 32 agents cubain&#183;es assassin&#233;&#183;es dans l'affrontement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la position de Delcy Rodr&#237;guez, au plan interne, elle a tout d'abord confirm&#233; le renforcement de l'&#201;tat d'exception (on semble donc loin d'une perspective &#171; d'ouverture &#187;), puis elle vient de soutenir une large loi d'amnistie dite de &#171; coexistence d&#233;mocratique &#187; couvrant la p&#233;riode 1999-2025, qui permettrait &#8211; si elle est approuv&#233;e par le parlement &#8211; la lib&#233;ration &#8211; sous conditions &#8211; de plusieurs centaines de prisonnier&#183;es politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce projet de loi confirme d'ailleurs officiellement l'existence de prisonnier&#183;es d'opinion au Venezuela (d&#233;tenus pour comisi&#243;n de delitos pol&#237;ticos ou &#171; critique de fonctionnaires &#187;) ; rappelons que cette loi ne concerne pas les assassinats ou les violences aggrav&#233;es, notamment commises par l'extr&#234;me-droite, ni m&#234;me la corruption (ce qui est plut&#244;t positif). Ce projet d'amnistie est aussi le produit de l'intense mobilisation de plusieurs collectifs de familles de d&#233;tenu&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus globalement, les Rodriguez semblent n&#233;anmoins confirmer ce que Trump et Marco Rubio ont fi&#232;rement annonc&#233;, dans leur conf&#233;rence de presse, d&#232;s apr&#232;s l'agression : ils seraient dispos&#233;s &#224; la mise en place d'une nouvelle &#232;re de &#171; coop&#233;ration &#187; avec les &#201;tats-Unis, notamment pour faciliter la &#171; reconstruction &#187; de l'industrie p&#233;troli&#232;re sous tutelle imp&#233;rialiste. Les marges de man&#339;uvres sont certes limit&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sidente a n&#233;anmoins r&#233;p&#233;t&#233; qu'il s'agit de sauver la souverainet&#233; du pays, elle demande officiellement la lib&#233;ration imm&#233;diate de Maduro et Flores, et prend des accents anti-imp&#233;rialistes dans ses discours &#224; la TV. Le patron de la CIA, John Ratcliffe a pourtant &#233;t&#233; re&#231;u &#224; Caracas et m&#234;me m&#233;daill&#233; ! Et Trump a annonc&#233; qu'il annulait toute nouvelle attaque car &#171; les &#201;tats-Unis et le Venezuela travaillent d&#233;sormais bien ensemble &#187;&#8230; L'accueil enthousiaste et souriant par la pr&#233;sidente int&#233;rimaire du ministre du p&#233;trole des &#201;tats-Unis en ce d&#233;but f&#233;vrier, pour planifier la nouvelle donne imp&#233;riale, a fait r&#233;agir avec consternation de nombreux v&#233;n&#233;zu&#233;liens et v&#233;n&#233;zu&#233;liennes attach&#233;s &#224; la souverainet&#233; de leur pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jusqu'&#224; quel point pourra s'organiser un &#171; madurisme sans Maduro &#187;, sous pression de l'imp&#233;rialisme et en collaborant avec Trump ? Pourquoi n'y a-t-il pas eu de mobilisations importantes des bases chavistes et populaires ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Franck Gaudichaud&lt;/strong&gt; : L'option que l'on pensait &#234;tre celle de Trump &#233;tait celle d'un regime change [changement de r&#233;gime] en pla&#231;ant sur le &#171; tr&#244;ne &#187; l'opposition ultraconservatrice n&#233;olib&#233;rale et pro-&#201;tats-Unis incarn&#233;e par Maria Corina Machado et le candidat pr&#233;sidentiel de 2024 Edmundo Gonzalez, battu suite &#224; une fraude &#233;lectorale. Mais Machado a &#233;t&#233; humili&#233;e publiquement et mise de c&#244;t&#233; par Trump, pour l'instant en tout cas. Et ce n'est pas le cadeau de sa m&#233;daille de prix Nobel de la paix &#224; l'autocrate des &#201;tats-Unis qui y changera grand-chose !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pari de Trump est donc clairement de s'appuyer sur l'appareil d'&#201;tat et le madurisme, en faisant le calcul qu'ils tiennent le pays, constatant qu'ils conservent le soutien essentiel de l'arm&#233;e et aussi des bases sociales r&#233;elles (bien qu'amoindries) : le chavisme populaire dont il convient d'essayer de canaliser les possibles r&#233;sistances. Ceci en exer&#231;ant en parall&#232;le une menace et une contrainte politico-militaire et &#233;conomique consid&#233;rables. Les calculs de Washington sont que Corina Machado et Edmundo Gonz&#225;lez ne seraient pas capables de r&#233;organiser brutalement le pays, &#224; court terme, sans un appui direct de l'imp&#233;rialisme, y compris avec des troupes au sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un sc&#233;nario &#224; l'irakienne est inenvisageable pour Trump et serait trop couteux, y compris au plan domestique, alors que sa base MAGA est tr&#232;s critique, que la situation aux &#201;tats-Unis est sous tension, avec des luttes tr&#232;s importantes en cours (contre ICE notamment) et que les &#233;lections de mi-mandat arrivent bient&#244;t (en novembre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est quand m&#234;me assez surprenant que l'appareil d'&#201;tat et la &#171; bolibourgeoisie &#187; soient capables d'un tel bouleversement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Franck Gaudichaud&lt;/strong&gt; : Tout le monde est dans l'expectative, le gouvernement int&#233;rimaire v&#233;n&#233;zu&#233;lien en place, comme je l'ai dit, souffle le chaud et le froid, y compris par rapport &#224; sa propre population. Mais la chute est violente, notamment pour celles et ceux qui pensaient possible une r&#233;sistance nationale anti-imp&#233;rialiste massive, aliment&#233;e par des ann&#233;es de &#171; R&#233;volution bolivarienne &#187;. C'est la peur et l'incertitude qui dominent &#224; ce stade et s'il y a eu bien eu des manifestations de soutien pour la lib&#233;ration de Maduro, avec quelques dizaines de milliers de personnes, elles sont rest&#233;es relativement timides et bien peu spontan&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas si surprenant d'ailleurs. D'une part, face &#224; l'immense asym&#233;trie militaire et &#224; la pression politique maximale exerc&#233;e par l'imp&#233;rialisme US, dans un contexte r&#233;gional &#8211; de plus &#8211; adverse. Mais aussi parce qu'on assiste, depuis bien plus d'une d&#233;cennie, &#224; un d&#233;litement autoritaire, &#224; un effondrement politique, &#224; la destruction &#233;conomique du pays de Ch&#225;vez et de ce qu'avait pu incarner, dans les ann&#233;es 2000, le processus bolivarien et son impulsion national-populaire progressiste, &#171; c&#233;sariste redistributrice &#187; et anti-imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le madurisme a approfondi les points les plus probl&#233;matiques du chavisme et consolid&#233; une caste bolibourgeoise au pouvoir, nouvelle oligarchie, qui a accumul&#233; par la d&#233;possession et par la corruption les devises issues de l'extraction p&#233;troli&#232;re et mini&#232;re, et certains actifs de l'&#201;tat. Apr&#232;s avoir r&#233;prim&#233; les manifestations (souvent violentes) et les secteurs de l'opposition conservatrice pro-imp&#233;rialiste, ferm&#233; un temps le parlement &#233;lu, et concentr&#233; les pouvoirs autour de l'ex&#233;cutif, Maduro a fait de m&#234;me pour l'opposition de gauche, contre d'anciens alli&#233;s d'hier (le PCV [Parti communiste v&#233;n&#233;zu&#233;lien] notamment), emprisonn&#233; des syndicalistes ou des ex-dirigeant&#183;es et ministres chavistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation interne aggrav&#233;e et m&#234;me d&#233;cupl&#233;e par des ann&#233;es de blocus des &#201;tats-Unis et des milliers de sanctions iniques, a provoqu&#233; l'exil de 8 millions de V&#233;n&#233;zu&#233;lien&#183;nes (sur 28 millions d'habitant&#183;es !). M&#234;me si dans les derni&#232;res ann&#233;es, on assiste &#224; une lente et continue r&#233;cup&#233;ration macro&#233;conomique, d'ailleurs incarn&#233;e par la gestion tr&#232;s pragmatique de Delcy Rodr&#237;guez, notamment charg&#233;e de l'extraction du p&#233;trole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, comme le d&#233;noncent plusieurs syndicats v&#233;n&#233;zu&#233;liens, la politique &#233;conomique et les droits du travail sous Maduro ressemblent davantage &#224; une dystopie n&#233;olib&#233;rale, &#224; une destruction de tous les droits fondamentaux et &#224; une fuite en avant extractiviste aux cons&#233;quences &#233;cologiques catastrophiques, qu'&#224; du &#171; socialisme du XXIe si&#232;cle &#187;&#8230; Un large front syndical avait m&#234;me pr&#233;vu de mener des gr&#232;ves et mobilisations pour la mi-janvier, projet contrecarr&#233; par Trump et sa folie guerri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette situation, l'absence des conditions de possibilit&#233; d'une r&#233;sistance anti-imp&#233;rialiste large, pluri-partisane, avec une base populaire mobilis&#233;e derri&#232;re un gouvernement national l&#233;gitime est criante. Et l'administration Trump en a parfaitement conscience. Nous ne sommes pas du tout en avril 2002 quand Hugo Ch&#225;vez subissait un coup d'&#201;tat, soutenu par la CIA et le patronat local, et fut &#171; sauv&#233; &#187; par les &#171; barrios &#187;, par une mobilisation populaire tr&#232;s forte, tandis que les militaires montraient leur disposition &#224; rejeter ce coup d'&#201;tat pro-imp&#233;rial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y a-t-il n&#233;anmoins des pans de l'appareil civico-militaire encore ancr&#233;s dans cette perspective nationale-populaire et pr&#234;ts &#224; r&#233;sister &#224; la nouvelle tutelle coloniale ? Le chavisme populaire, les gauches critiques, les syndicats et les mouvements sociaux sont consid&#233;rablement affaiblis, certains d&#233;moralis&#233;s et d'autres coopt&#233;s. Se maintient pourtant une m&#233;moire du chavisme des origines et, &#231;&#224; et l&#224;, des exp&#233;riences collectives communautaires communales toujours debout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble n&#233;anmoins qu'une partie non n&#233;gligeable de la population, avec beaucoup de r&#233;signation, pense que cette nouvelle crise pourrait peut-&#234;tre desserrer l'&#233;trangement du pays et que l'arriv&#233;e des capitaux &#233;tatsuniens pourrait amener un rebond &#233;conomique, voire un retour des millions d'exil&#233;&#183;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Va-t-on assister &#224; la mise en place d'une sorte de cogestion forc&#233;e entre le capitalisme fossile yankee et la bolibourgeoisie ? Et au plan politique, &#224; une collaboration &#171; pro-imp&#233;riale &#187; de la part du gouvernement pour &#8211; essayer de &#8211; sauver ses int&#233;r&#234;ts et, pour d'autre part, continuer &#224; diriger le pays dans ce contexte de quasi protectorat ? Il n'est pas pour l'instant question de transition, voire d'&#233;lections, &#224; court terme. Mais elle est d&#233;j&#224; envisag&#233;e par tous &#224; moyen terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;action nationaliste du pouvoir est-elle envisageable ? En tout cas, la nouvelle loi sur les hydrocarbures d&#233;fendue par Rodriguez comme une avanc&#233;e (sic) et qui vient d'&#234;tre approuv&#233;e, approfondit fortement la lib&#233;ralisation que Maduro avait d&#233;but&#233;e ces derniers mois. Elle remet en cause radicalement la souverainet&#233; de l'Etat sur la ressource, ainsi que les orientations de la constitution bolivarienne de 1999 au profit des multinationales &#233;tatsuniennes. C'est un recul historique ! Les Etats-Unis vont d&#233;cider de l'extraction. Ils ont annonc&#233; qu'ils commenceraient par confisquer &#224; leur profit 50 millions de barils et qu'une partie des futurs dividendes de l'exploitation p&#233;troli&#232;re seraient plac&#233;s au Qatar et restitu&#233;s au compte-goutte pour faire fonctionner les services publics v&#233;n&#233;zu&#233;liens, selon leur bon vouloir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, la nouvelle loi sur les hydrocarbures qui vient d'&#234;tre approuv&#233;e approfondit fortement ce que Maduro avait d&#233;but&#233; ces derniers mois et elle remet en cause radicalement la souverainet&#233; de l'&#201;tat sur la ressource ainsi que les orientations de la constitution bolivarienne de 1999, au profit des multinationales &#233;tatsuniennes. C'est un recul historique ! Quelles seront, dans ces conditions, les capacit&#233;s de r&#233;organisation autonome des classes populaires pour rejeter &#224; la fois la tutelle de Trump et exiger la d&#233;mocratisation r&#233;elle du pays, dans ce nouveau contexte d'oppression coloniale, apr&#232;s des ann&#233;es d'immense pr&#233;carit&#233; mat&#233;rielle et de d&#233;rives autoritaires ? C'est une question clef.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trump expliquait qu'il voulait r&#233;cup&#233;rer ce qui avait &#233;t&#233; soi-disant vol&#233; aux &#201;tats-Unis en termes de ressources p&#233;troli&#232;res.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Franck Gaudichaud &lt;/strong&gt; : Le satrape &#233;tatsunien annonce sans p&#233;riphrases le saccage auquel il veut se livrer et la reprise du contr&#244;le du pays. Historiquement, depuis la d&#233;couverte du p&#233;trole et les premiers puits en 1914, et surtout au moment de l'&#226;ge d'or de l'extraction dans les ann&#233;es 60 sous la coupe des multinationales yankees, celles-ci ont pu b&#233;n&#233;ficier &#224; plein de l'extraction p&#233;troli&#232;re, avec des taux de profit gigantesques, d&#233;mesur&#233;s, beaucoup plus par exemple qu'en Arabie saoudite ou au Moyen-Orient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci est dans l'esprit de l'oligarchie au pouvoir aux &#201;tats-Unis, et il y a une volont&#233; de revenir &#224; ce type d'accumulation &#171; sauvage &#187; par d&#233;possession. Quand Trump dit qu'ils ont &#233;t&#233; &#171; &#233;cart&#233;s &#187;, on pourrait penser qu'il parle de la nationalisation de 1976 par la social-d&#233;mocratie v&#233;n&#233;zu&#233;lienne (sous Carlos Andr&#233;s P&#233;rez), mais en fait il se r&#233;f&#232;re plus directement &#224; 2007 quand Ch&#225;vez a r&#233;organis&#233; des entreprises mixtes au profit de PDVSA, et nationalis&#233; une grande partie de l'extraction dans la frange p&#233;trolif&#232;re de l'Or&#233;noque, l&#224; o&#249; se situe la principale r&#233;serve actuellement, avec peut-&#234;tre 300 milliards de barils ! C'est la premi&#232;re r&#233;serve prouv&#233;e &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire, mais d'un bitume extra-lourd, tr&#232;s couteux &#224; raffiner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que voudrait le milliardaire Trump, c'est que cette r&#233;serve repasse dans les mailles des filets d'Exxon, de Chevron et des grands groupes &#233;tatsuniens, et aussi pouvoir dicter le prix du brut mondial (le Venezuela est un acteur central de l'OPEP). Ce n'est pas si facile en r&#233;alit&#233;, dans un contexte o&#249; pour l'instant 80 % des exportations vont vers la Chine, et o&#249; l'&#233;tat de d&#233;labrement tr&#232;s avanc&#233; des infrastructures p&#232;se sur les capacit&#233;s d'extraction (avec tout de m&#234;me 800 000 barils/jour actuellement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, il y a des gros investissements &#224; faire, certains parlent de 60 milliards de dollars, voire de 100 milliards de dollars sur plusieurs ann&#233;es &#224; injecter pour le capital nord-am&#233;ricain. Rien n'est jou&#233; car il faudrait r&#233;ussir &#224; garantir pour ces capitalistes sur une longue dur&#233;e que la maitrise sociale et politique du pays sera stable et que la Chine sera effectivement &#233;cart&#233;e ou au moins marginalis&#233;e. C'est vraiment une perspective de recolonisation qui pourrait se mettre en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, si l'axe &#233;nerg&#233;tique, p&#233;trolier, saute aux yeux&#8211; dans son discours, Trump dit que &#171; l'argent sort du sol au Venezuela &#187; &#8211; il faut analyser l'aspect g&#233;ostrat&#233;gique qui, &#224; mon sens, est essentiel et qui, d'ailleurs, est exprim&#233; avec brutalit&#233; par Marco Rubio : discipliner toute la r&#233;gion, menacer l'Am&#233;rique du Sud. Avec en ligne de mire, le Br&#233;sil, qui a encore une capacit&#233; de relative autonomie g&#233;ostrat&#233;gique. Et en m&#234;me temps, r&#233;aligner l'espace des Cara&#239;bes et surtout faire tomber Cuba (l'obsession du clan de Miami de Marco Rubio) comme un &#171; fruit m&#251;r &#187; plut&#244;t que par une intervention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cuba qui perd son alli&#233; essentiel &#224; Caracas et son approvisionnement en p&#233;trole, alors que l'&#233;conomie de l'ile est exsangue, dans une situation encore pire que durant la &#171; p&#233;riode sp&#233;ciale en temps de paix &#187; du d&#233;but des ann&#233;es 1990. L'ile est tr&#232;s clairement menac&#233;e aujourd'hui, cela serait une nouvelle d&#233;faite majeure pour la souverainet&#233; latino-am&#233;ricaine. Et de menacer au passage la Colombie et le Mexique, qui sont tous les deux encore gouvern&#233;s par des gouvernements progressistes et avec une certaine capacit&#233; d'autonomie relative dans l'&#233;chiquier r&#233;gional (les &#233;lections sont proches en Colombie et la pression sera forte).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les documents de la &#171; Nouvelle strat&#233;gie de s&#233;curit&#233; nationale &#187; (NSSS) de la Maison Blanche, publi&#233;s en d&#233;cembre dernier, confirment une volont&#233; de bouleverser les relations internationales et m&#234;me de &#171; fascisation &#187; croissante de l'ordre mondial. &#201;ric Toussaint vient d'y consacrer une &#233;tude d&#233;taill&#233;e [1]. On rentre &#224; nouveau dans l'&#232;re des &#201;tats pr&#233;dateurs, du gangst&#233;risme imp&#233;rialiste (qui certes n'a jamais disparu) o&#249; seule la force brute compte : l'Am&#233;rique latine est leur arri&#232;re-cour, tandis que Poutine peut plus ou moins faire ce qu'il veut &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne (la bourgeoisie europ&#233;enne est m&#233;pris&#233;e pour sa faiblesse, sa pusillanimit&#233; et sa division), y compris en Ukraine, tandis que la Chine incarne le v&#233;ritable l'ennemi &#171; syst&#233;mique &#187; : un Empire du milieu &#224; affaiblir dans la r&#233;gion latino-am&#233;ricaine et &#224; contenir en Asie du Sud Est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'administration Trump est en train de red&#233;couper le monde pour faire face au d&#233;clin de son Empire autrefois h&#233;g&#233;monique. Cette nouvelle phase des relations internationales &#224; l'&#232;re du quatri&#232;me &#226;ge du capitalisme et des grands basculements climatiques et &#233;cologiques est plus dangereuse que jamais ; c'est celle de la remilitarisation des relations inter-&#233;tatiques et de conflits guerriers &#224; des &#233;chelles continentales. Gilbert Achcar d&#233;crit une &#171; nouvelle guerre froide &#187; [2], bloc contre bloc, mais celle-ci est de plus en plus peupl&#233;e de conflits ouverts, &#171; chauds &#187; et de violence coloniale, &#224; commencer par le g&#233;nocide &#224; Gaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment vois-tu le processus de cette recolonisation en Am&#233;rique latine, sachant que la Chine est actuellement le premier partenaire commercial de l'Am&#233;rique latine ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Franck Gaudichaud&lt;/strong&gt; : On voit les cons&#233;quences de ce que nous appelons, depuis quelques temps, la &#171; polycrise &#187; du syst&#232;me capitaliste et inter-imp&#233;rialiste. Les grandes puissances n'ont pas r&#233;ellement r&#233;cup&#233;r&#233; de la crise depuis 2008 et nous sommes plus largement dans une onde longue de &#171; stagnation s&#233;culaire &#187;, avec une r&#233;organisation en cours des cha&#238;nes de valeur, et marqu&#233;e par l'hyperconcentration du capital au plan mondial [3]. Dans cette phase, la premi&#232;re puissance actuelle &#8211; les &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique &#8211; en d&#233;clin veut r&#233;cup&#233;rer violemment de l'espace, des ressources, des march&#233;s et de la capacit&#233; de projection g&#233;ostrat&#233;gique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, revenir aux &#233;crits de Lenine, Rosa Luxemburg, d'Ernest Mandel ou de Samir Amin sur l'imp&#233;rialisme est tr&#232;s int&#233;ressant, sans les lire comme une &#171; v&#233;rit&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e &#187; bien s&#251;r ; m&#234;me chose pour les riches d&#233;bats sur les rapports centre-p&#233;riph&#233;rie, la th&#233;orie du d&#233;veloppement in&#233;gal et combin&#233; ou encore celle de la d&#233;pendance dans les ann&#233;es 70 [4]. Les auteurs&#183;trices qui pensaient que l'&#232;re de l'imp&#233;rialisme &#233;tait plus ou moins finie, ou encore qu'on allait voir &#233;merger un &#171; super-imp&#233;rialisme &#187; des multinationales, trans-&#233;tatique qui gouvernerait le monde, se sont lourdement tromp&#233;s : ce qui se confirme est bien un syst&#232;me inter-imp&#233;rialiste fortement hi&#233;rarchis&#233; et concurrent, appuy&#233; avant tout sur des &#201;tats nationaux forts et sur des puissances militaires nationales. Les multinationales les accompagnent dans le processus, tout comme le capital financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, l'id&#233;e de la &#171; s&#233;curit&#233; h&#233;misph&#233;rique &#187; et de la doctrine de la s&#233;curit&#233; nationale, qui est au c&#339;ur de la pens&#233;e strat&#233;gique &#233;tatsunienne pour l'Am&#233;rique latine, se r&#233;affirme de mani&#232;re ultraviolente. La doctrine Monroe, comme corolaire de la pr&#233;sidence Roosevelt et de la politique de la canonni&#232;re est revisit&#233;e par l'administration de Donald Trump avec fracas et violence en doctrine &#171; Donroe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon cette vision du monde, le probl&#232;me est d&#233;sormais la concurrence de la Chine sur tous les plans, notamment celui de la technologie, des infrastructures (y compris celle des Big tech et les infrastructures mon&#233;taires) et de la puissance g&#233;opolitique (m&#234;me si ce n'est pas encore le cas au niveau militaire). Le travail de Benjamin B&#252;rbaumer est &#233;clairant &#224; ce propos : le d&#233;veloppement capitaliste de la Chine depuis les ann&#233;es 90 met en p&#233;ril directement la mondialisation sous h&#233;g&#233;monie &#233;tatsunienne et celle du dollar, tel qu'elle s'est construite au cours de la seconde moiti&#233; du 20e si&#232;cle [5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Chine est en train de d&#233;passer au plan commercial et &#233;conomique les &#201;tats-Unis dans la r&#233;gion latino-am&#233;ricaine : elle est le premier partenaire commercial du Br&#233;sil, du P&#233;rou ou du Chili et de l'ensemble de l'Am&#233;rique du Sud. Cette dynamique semble presque inalt&#233;rable. M&#234;me le Mexique, qui est pourtant compl&#232;tement int&#233;gr&#233; au r&#233;seau et aux cha&#238;nes de valeur &#233;tats-uniennes (via un accord de libre-&#233;change notamment), a pour deuxi&#232;me partenaire commercial la Chine, avec des entreprises directement install&#233;es par l'Empire du milieu &#224; la fronti&#232;re avec les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trump l'a dit et le r&#233;p&#232;te : il n'&#233;tait plus possible que la Chine contr&#244;le les ports pacifiques et atlantiques aux entr&#233;es du canal de Panama, et il a r&#233;ussi &#224; modifier la situation &#224; coup de pression politique et de millions de dollars : Panama est de nouveau un canal totalement sous banni&#232;re &#233;toil&#233;e. Ses outils sont les multiples bases &#233;tats-uniennes, le d&#233;ploiement de la quatri&#232;me flotte [6], le contr&#244;le tr&#232;s serr&#233; au plan militaire, informationnel et toujours &#233;conomique, alors que la Chine n'a pas de v&#233;ritables moyens militaires dans la r&#233;gion (&#224; ce stade).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation avec la Colombie est &#224; ce propos central, puisque jusque-l&#224;, ce pays &#233;tait la cl&#233; de la g&#233;ostrat&#233;gie militaire pour la r&#233;gion sud-am&#233;ricaine, via le &#171; plan Colombie &#187; et au pr&#233;texte de la lutte contre les gu&#233;rillas et les &#171; narcos &#187;. Ceci tandis que l'espace centre-am&#233;ricain et des Cara&#239;bes est consid&#233;r&#233; comme plus ais&#233;ment maitrisable (bien que Cuba continue &#224; y r&#233;sister). Cela explique les conflits diplomatiques assez durs de Trump avec le pr&#233;sident Petro, m&#234;me si des n&#233;gociations sont en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;sultats de cette bataille de titans sont incertains &#8211; m&#234;me dans l'Argentine de Javier Milei, la Chine reste centrale dans les &#233;changes commerciaux. Il y a donc des aspects g&#233;opolitiques et id&#233;ologiques : Trump veut renforcer les &#171; siens &#187;, les extr&#234;me-droites r&#233;gionales, les Milei, les Bolsonaro, les Kast&#8230;, et pratique l'interventionnisme &#233;lectoral, comme il l'a fait lors des &#233;lections de mi-mandat en Argentine. Il y est aussi parvenu avec succ&#232;s au Honduras tout r&#233;cemment, et il va continuer &#224; s'appuyer sur Kast, le pinochetiste nouvellement &#233;lu au Chili, sur le milliardaire conservateur Noboa en &#201;quateur, sur la droite conservatrice lib&#233;rale en Bolivie, et mettre la pression sur les gouvernements, m&#234;me tr&#232;s mod&#233;r&#233;s, comme celui de Lula au Br&#233;sil, pour dire : &#171; si vous nous r&#233;sistez, vous serez consid&#233;r&#233;s comme des ennemis, et si vous &#234;tes des ennemis, on vous applique des droits de douane compl&#232;tement in&#233;dits de 40 ou 50 %, ou carr&#233;ment nous vous menacerons militairement, comme on a su le faire au Venezuela &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;ploiement de force, qui est aussi celui en cours contre le Groenland, montre que les &#201;tats-Unis sont de moins en moins un &#171; h&#233;g&#233;mon &#187; capable de projeter de la force mais aussi du soft power, de l'adh&#233;sion et du consensus : ils repr&#233;sentent d&#233;sormais la domination brute centr&#233;e sur les rapports de forces politico-militaires et les oukases commerciaux, avec en toile de fond la menace de destruction &#233;conomique ou coloniale contre les &#171; non-align&#233;s &#187;, Europe et alli&#233;s de l'OTAN y compris si besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#199;a doit &#234;tre tr&#232;s complexe de modifier les cha&#238;nes de valeurs et l'organisation internationale du travail, donc cela va n&#233;cessiter des gouvernements extr&#234;mement r&#233;pressifs. M&#234;me au Venezuela, &#231;a risque d'&#234;tre tr&#232;s vite contradictoire avec ce que Trump ou d'autres vont pouvoir pr&#233;senter comme une suppos&#233;e ouverture d&#233;mocratique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Franck Gaudichaud&lt;/strong&gt; : Exactement. Il est int&#233;ressant de noter les d&#233;clarations r&#233;centes de figures repr&#233;sentant le capitalisme fossile &#233;tatsunien et les grandes majors de l'exploitation des hydrocarbures, qui faisaient part de leurs doutes et r&#233;ticences sur l'investissement consid&#233;rable que repr&#233;senterait la &#171; reconqu&#234;te &#187; du p&#233;trole au Venezuela &#224; leur profit, et le peu de garanties sur l'avenir qu'ils auraient sans une stabilisation politique toujours difficile (sinon par la mise en place d'un protectorat r&#233;pressif et couteux). Trump a d&#251; les recevoir et leur r&#233;it&#233;rer son engagement &#224; leurs c&#244;t&#233;s. En retour, les dirigeants chinois ont faire part de leur rejet de l'agression contre leur alli&#233; v&#233;n&#233;zu&#233;lien, mais ils devront reconnaitre que c'est un coup dur qu'ils viennent de recevoir, alors que leur mat&#233;riel militaire sur place s'est av&#233;r&#233; inefficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'envoy&#233; sp&#233;cial de Xi Jinping pour l'Am&#233;rique latine avait longuement rencontr&#233; Maduro &#224; Caracas quelques heures &#224; peine avant le raid de Trump&#8230; N&#233;anmoins, ils ont &#233;mis de nouveaux documents strat&#233;giques renouvelant leur rejet de l'imp&#233;rialisme US, leur disposition &#224; la coop&#233;ration &#171; amicale &#187; et au transfert de technologies avec les pays latino-am&#233;ricains, &#224; rebours de l'attitude guerri&#232;re des &#201;tats-Unis. La Chine a bien compris la menace et elle a un talon d'Achille : sa d&#233;pendance &#233;nerg&#233;tique (le pays ach&#232;te &#224; l'&#233;tranger 70 % de ses besoins p&#233;troliers). Les dirigeants chinois vont chercher &#224; consolider leur influence en Am&#233;rique latine, au nom du respect mutuel, malgr&#233; le revers v&#233;n&#233;zu&#233;lien, sans entrer en confrontation directe avec Trump dans l'h&#233;misph&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils affichent un discours &#171; gagnant-gagnant &#187; ; pourtant la relation Chine/Am&#233;rique latine reste compl&#232;tement asym&#233;trique : ils veulent toujours plus de mati&#232;res premi&#232;res, de min&#233;raux, de terres arables, d'agro-industrie. Ils annoncent vouloir atteindre leur objectif des 700 milliards de dollars d'investissement dans la r&#233;gion d'ici 2035. Le m&#233;gaport de Chancay qui vient d'&#234;tre inaugur&#233; est leur fleuron dans la r&#233;gion pour les &#171; routes de la soie &#187;. N&#233;anmoins, le ralentissement &#233;conomique affecte &#233;galement la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si le Parti communiste chinois s'inscrit dans le discours sur le multilat&#233;ralisme, la construction des BRICS et du &#171; Sud Global &#187;, nombreux sont les militant&#183;es qui ont bien conscience que le capitalisme vorace du g&#233;ant asiatique ne saurait incarner une perspective alternative r&#233;elle en termes d'&#233;mancipation, de d&#233;veloppement et, m&#234;me, en termes diplomatiques d'ailleurs. On l'a vu avec leur silence face aux massacres &#224; Gaza, voire leur soutien &#224; Netanyahou de mani&#232;re directe ou indirecte. Ils d&#233;fendent un autre ordre global, certes, mais qui ne sera pas forc&#233;ment celui de lib&#233;ration des peuples du Sud [7].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;gion latino-am&#233;ricaine se trouve au contact de deux plaques tectoniques en lutte : un imp&#233;rialisme dominant, violent et en crise et une h&#233;g&#233;monie imp&#233;riale globale potentiellement en devenir &#224; l'&#233;chelle du si&#232;cle. &#192; ce stade, les &#201;tats-Unis d&#233;pensent plus de 36 % de l'ensemble des d&#233;penses militaires de la plan&#232;te. C'est consid&#233;rable. 250 000 militaires &#233;tatsunien&#183;nes sont d&#233;ploy&#233;&#183;es autour du monde, alors qu'il y a quelques centaines de militaires Chinois et peut-&#234;tre 30 &#224; 35 000 Russes&#8230; Trump veut s'appuyer sur cette &#233;norme puissance militaro-industrielle pour essayer de recomposer la place des &#201;tats-Unis comme acteur global global player toujours intouchable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que tu as des &#233;l&#233;ments sur les r&#233;sistances &#224; cette offensive en Am&#233;rique latine ? Ainsi que l'attitude des gouvernements dits &#171; progressistes &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Franck Gaudichaud&lt;/strong&gt; : Concernant les gouvernements progressistes ou de centre-gauche, ils d&#233;noncent l'agression contre le Venezuela, l'enl&#232;vement du Pr&#233;sident Maduro, la rupture de l'ordre international, la violation de souverainet&#233; d'un pays voisin. Aussi bien Lula, Claudia Sheinbaum au Mexique, Boric au Chili et Gustavo Petro de mani&#232;re plus claire encore en Colombie, ce qui ne veut pas dire d'ailleurs une adh&#233;sion au r&#233;gime Maduro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lula est intervenu essentiellement au plan diplomatique et de mani&#232;re assez timor&#233;e : il a r&#233;clam&#233; une r&#233;union urgente de l'ONU, comme espace l&#233;gitime de r&#232;glement des conflits internationaux, essay&#233; de mobiliser l'Organisation des &#201;tats am&#233;ricains &#233;galement, mais il montre en m&#234;me temps une certaine impuissance, et a redit que selon lui, la lib&#233;ration de Maduro n'&#233;tait pas la priorit&#233; (marquant &#224; nouveau ses distances avec Caracas). Alors que dans les ann&#233;es 2000, les gouvernements nationaux-populaires avaient une capacit&#233; forte de coop&#233;ration et de mise en commun, avec l'UNASUR, la CELAC et m&#234;me l'ALBA [8] pour essayer de peser sur la sc&#232;ne internationale, on est plut&#244;t face de nouveau &#224; la fragmentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne parle plus des projets de Banque du Sud, voire d'une monnaie commune alternative . Aujourd'hui, l'id&#233;al de la Patria grande (la grande Patrie latino-am&#233;ricaine de Jos&#233; Mart&#237;) est en recul, les nationalismes et les extr&#234;mes droites ont le vent en poupe, l'effondrement de l'exp&#233;rience bolivarienne p&#232;se sur toute la r&#233;gion, Cuba est asphyxi&#233;e et en danger, le Mouvement au socialisme (MAS) bolivien s'entred&#233;chire, l'exp&#233;rience Boric laisse la place &#224; Kast, etc. Les gouvernements progressistes en place (Br&#233;sil, Colombie, Mexique, Uruguay) paraissent relativement isol&#233;s, m&#234;me si Petro et davantage encore Claudia Sheimbaum ont su consolider une base sociale pluriclassiste et &#233;lectorale solide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le facteur d&#233;cisif dans un tel contexte sont et seront les r&#233;sistances &#171; par en bas &#187;, les luttes de classes et populaires, f&#233;ministes, paysannes, autochtones, ind&#233;pendamment de la position des gouvernements, pour l'auto-d&#233;termination et la souverainet&#233; nationale. Une mani&#232;re d'avoir plus de poids sur la sc&#232;ne r&#233;gionale et face &#224; Trump, y compris pour les gauches au pouvoir, serait de s'appuyer sur une population mobilis&#233;e, revendiquant l'horizon historique anti-imp&#233;rialiste qui est encore tr&#232;s pr&#233;sent dans les imaginaires et valeurs collectives d'une partie des latino-am&#233;ricain&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, au Br&#233;sil ou chez Boric au Chili, la politique progressiste a plut&#244;t &#233;t&#233; de d&#233;sactiver les luttes et les acteurs mobilis&#233;s. Sans parler d'ailleurs du Venezuela. Le gouvernement Maduro a coopt&#233; et/ou r&#233;prim&#233; les r&#233;sistances, et ce qu'il n'a pas fait directement, l'effondrement &#233;conomique et les sanctions s'en sont charg&#233;s. Il reste des &#171; communes &#187; et certaines exp&#233;riences d'auto-organisation courageuses, &#224; soutenir, mais fragiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci ne veut pas dire qu'il n'y a pas en ce moment m&#234;me des mobilisations et des r&#233;sistances multiples. Le continent de Sandino et des zapatistes reste parsem&#233; de luttes. Au Br&#233;sil c'est tr&#232;s clair, on l'a vu dans la derni&#232;re p&#233;riode et le Mouvement des sans terre (MST) reste puissant, malgr&#233; ces d&#233;bats internes quant &#224; la relation avec le lulisme. En &#201;quateur aussi face &#224; Noboa, avec les grandes mobilisations de la CONAIE, la Conf&#233;d&#233;ration des nations indig&#232;nes d'&#201;quateur, des syndicats urbains, des collectifs &#233;cologiques, qui ont r&#233;ussi &#224; infliger une d&#233;faite politique cuisante au gouvernement lors du r&#233;f&#233;rendum de novembre 2025, rejetant le projet de nouvelle base militaire yankee et la r&#233;forme autoritaire de la Constitution. Donc dans plusieurs pays, &#231;a bouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait parler de la puissance des mouvements f&#233;ministes, autochtones et d&#233;coloniaux : c'est par exemple un espoir au Chili pour affronter Kast et ses mesures de r&#233;gression sociale, raciste et patriarcale. Mais il n'y a pas actuellement de mobilisations &#224; une &#233;chelle continentale, comme il y a pu en avoir par le pass&#233;, par exemple pour affronter le projet de l'ALCA [9], d&#233;fait en 2005. Un point d'appui qui pourrait &#234;tre vraiment fondamental ce sont les mobilisations de plus en plus massives en cours dans le c&#339;ur des &#201;tats-Unis, le mouvement &#171; No King &#187;, les luttes contre les violences polici&#232;res et la police fasciste de l'immigration (ICE), la victoire de Mamdani &#224; New York, la recomposition de la gauche contre l'establishment D&#233;mocrate&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sinon, il faut bien reconnaitre qu'il a un flux montant n&#233;o-conservateur, voire r&#233;actionnaire, sur de nombreux plans dans la plupart des pays, qui p&#232;se lourdement. La violence aussi envahit le quotidien et les m&#233;dias, celle des cartels et du narcotrafic, celle de l'&#201;tat ou des paramilitaires ou celle li&#233;e aux migrations forc&#233;es. C'est le cas au Chili, que je connais de pr&#232;s. Il est imp&#233;ratif pour nous de bien comprendre ce qui a conduit ce pays d'un grand soul&#232;vement populaire en 2019 (lourdement r&#233;prim&#233;) &#224; la victoire massive du n&#233;o-pinochetisme de Jos&#233; Antonio Kast en 2025 : c'est fondamental, selon moi, car c'est une d&#233;faite majeure pour toutes les gauches sociales et politiques dans un pays embl&#233;matique du n&#233;olib&#233;ralisme mondial [10].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous traversons un moment o&#249; les n&#233;ofascismes et les extr&#234;mes droites conservatrices peuvent apparaitre comme une &#171; alternative &#187; aux yeux d'une partie significative des classes populaires. O&#249; les gauches sont d&#233;cr&#233;dibilis&#233;es ou ont perdu le contact avec les couches populaires au profit des &#201;glises &#233;vang&#233;liques conservatrices. O&#249; les gauches anticapitalistes restent faibles, sectaires ou peu cr&#233;dibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, de notre point de vue, les extr&#234;mes-droites sont une &#171; alternative &#187; ultra-r&#233;gressive au service du capital, de la destruction de l'environnement, du patriarcat, de la domination brutale des oligarchies, du technof&#233;odalisme, etc. Et aussi au service de l'imp&#233;rialisme US dans les Am&#233;riques. Ainsi, Kast s'est f&#233;licit&#233; bruyamment de la s&#233;questration de Maduro et de Cilia Flores. C'est la m&#234;me chose du c&#244;t&#233; de Noboa qui a publi&#233; des tweets affirmant que l'attaque &#233;tait une excellente nouvelle pour l'Am&#233;rique latine. L'extr&#234;me droite br&#233;silienne pense la m&#234;me chose. Ce sont des &#171; laquais &#187; de Trump.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les &#233;lections vont avoir lieu au Br&#233;sil, en Colombie et au P&#233;rou dans quelques mois. En Colombie, il y a un risque r&#233;el de voir un retour de la droite. Qu'en sera-t-il au Br&#233;sil, avec une gauche institutionnelle toujours d&#233;pendante de la figure d'un Lula vieillissant (80 ans) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles pistes donnerais-tu comme programme transitoire anti-imp&#233;rialiste mondial ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Franck Gaudichaud&lt;/strong&gt; : C'est tr&#232;s (trop) ambitieux !, car je ne saurai r&#233;pondre seul &#224; une telle question, qui, de plus, devrait &#234;tre d&#233;clin&#233;e selon des conditions locales, nationales, puis globales sur la base des &#233;laborations collectives des populations concern&#233;es. Ce qu'on peut dire ais&#233;ment, c'est que ce n'est certainement pas dans ce contexte de militarisation, d'offensives imp&#233;riales, de guerres, de g&#233;nocide de Gaza, d'invasion du Venezuela, de soumissions g&#233;n&#233;ralis&#233;es des peuples &#224; des gouvernements autoritaires, de r&#233;pression de masse comme en Iran, de fascisation qu'on va trouver l'issue&#8230; Donc comme le disait l'ami Daniel Bensa&#239;d, il faut d&#233;j&#224; commencer par dire &#171; non ! &#187; et r&#233;sister &#224; l'air du temps, surtout quand le fond de l'air est brun [11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte actuel latino-am&#233;ricain, ce que les gauches militantes et radicales cherchent &#224; construire, c'est d&#233;j&#224; une r&#233;sistance anti-imp&#233;rialiste la plus large et la plus unitaire possible &#224; une &#233;chelle continentale, en soutien au Venezuela et pour se d&#233;fendre d&#232;s maintenant face &#224; de nouvelles interventions sur le continent. &#192; ce stade, comme nous le disent les compa&#241;erxs sur place, la mobilisation continentale reste tr&#232;s en de&#231;&#224; de l'urgence du moment. Ils et elles exigent d&#233;j&#224; le retrait imm&#233;diat de l'immense armada que les &#201;tats-Unis maintiennent depuis des mois dans les Cara&#239;bes et la lib&#233;ration imm&#233;diate de Nicol&#225;s Maduro et de Cilia Flores, selon le principe clair que c'est au peuple v&#233;n&#233;zu&#233;lien, et seulement lui, de d&#233;cider qui le gouverne [12].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays du &#171; Sud &#187;, cela n&#233;cessite la cr&#233;ation de fronts unis larges pour rejeter les atteintes &#224; la souverainet&#233;, &#224; l'autod&#233;termination. Mais de tels fronts de r&#233;sistance, ouverts, ne devraient aucunement sacrifier, en m&#234;me temps, la construction de gauches combatives, ind&#233;pendantes des bourgeoisies nationales, de toute forme de bonapartisme et de progressismes gouvernementaux chancelants qui ont montr&#233; toutes leurs contradictions depuis 25 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela veut dire aussi un d&#233;bat clair avec les nombreux courants &#171; campistes &#187; latino-am&#233;ricains, comme au plan international : la &#171; g&#233;opolitique &#187; ne saurait conduire &#224; mettre sous le tapis la lutte contre les autoritarismes (quels qu'ils soient) et la n&#233;cessaire d&#233;fense inconditionnelle des peuples en lutte contre des imp&#233;rialismes autres que celui de Trump (&#224; commencer par la Russie). Dans les pays du &#171; Nord global &#187;, l'urgence est la construction d'une solidarit&#233; internationaliste active et concr&#232;te. C'est ce que nous avons commenc&#233;, encore timidement, &#224; mettre en place en France autour du Venezuela et qui commence &#224; &#234;tre pens&#233; &#224; nouveau pour Cuba.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un internationalisme qui aura aussi comme t&#226;che de d&#233;noncer l'hypocrisie et la responsabilit&#233; de nos propres gouvernements dans le d&#233;sordre du monde et leur soumission &#224; Trump : Gaza est venu le rappeler douloureusement et, sur le Venezuela, la position scandaleuse du gouvernement Macron &#233;galement. &#192; court terme, en mars 2026, la conf&#233;rence antifasciste de Porto Alegre pourrait &#234;tre un point d'appui &#224; valoriser [13].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On esp&#232;re qu'elle saura &#234;tre transform&#233;e aussi en conf&#233;rence internationale anti-imp&#233;rialiste pour essayer de regrouper autour d'objectifs communs, sans sectarismes, des forces politiques mais aussi sociales, qui ne sont pas d'accord sur tout, le PT, le PSOL, la CUT br&#233;silienne, des secteurs des gauches radicales de tout le continent, la Via Campesina, les forces syndicales et f&#233;ministes, des mouvements sociaux d'un peu partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant les alternatives concr&#232;tes, on devrait essayer de mettre en avant la consigne de &#171; guerre &#224; la guerre imp&#233;rialiste &#187;, contre la militarisation folle en cours, tout en soutenant celles et ceux qui m&#232;nent courageusement, les armes &#224; la main, des r&#233;sistances de lib&#233;ration, notamment en Ukraine, en Palestine ou dans le Kurdistan. Au-del&#224; de cet aspect &#171; d&#233;fensif &#187;, cela signifie penser collectivement et &#171; en positif &#187;, la construction d'alternatives d&#233;mocratiques dans un contexte d'effondrement climatique, de la biosph&#232;re, de la biodiversit&#233;, et donc penser un programme de transition postcapitaliste et postproductiviste, soit une perspective &#224; la fois &#233;cosocialiste et de la d&#233;croissance choisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;croissance &#233;videmment dans les pays riches, mais &#171; juste &#187;, diff&#233;renci&#233;e selon des crit&#232;res intersectionnels (de classe, de genre, de race) et aussi d&#233;croissance pour les oligarchies des pays du Sud. Avec une reconstruction des services publics, une redistribution radicale des richesses, la planification &#233;cologique &#224; plusieurs &#233;chelles (du local au global) bas&#233;es sur la d&#233;lib&#233;ration, le communalisme, l'auto-organisation et le contr&#244;le d&#233;mocratique. Une perspective qui pose la question de l'exploitation et des oppressions qui traversent nos soci&#233;t&#233;s et nous traversent comme individus (racistes, sexistes, validistes, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela, on ne saurait le &#171; proclamer &#187; de mani&#232;re abstraite, comme un mantra. Comment co-construire des programmes et des mesures transitoires tr&#232;s concr&#232;tes qui s'inscrivent dans une strat&#233;gie plus g&#233;n&#233;rale sur la base de d&#233;lib&#233;rations larges ? De quelles histoires pass&#233;es nous inspirer et tirer des le&#231;ons ? Comment les gauches peuvent-t-elles &#224; nouveau &#171; enchanter le monde &#187;, parler aux &#171; affects &#187; de millions de personnes, forger un bloc historique qui pose la question du pouvoir et de sa conqu&#234;te, sans se renier, ni verser dans le dogmatisme ? Commen&#231;ons d&#233;j&#224; par &#233;viter les r&#233;ponses toutes faites, le 20e si&#232;cle et ses horreurs sont toujours l&#224;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le sait, il n'y aura pas d'&#233;mancipation, s'il n'y a pas une &#233;mancipation du travail ; la reconstruction des droits des travailleurs&#183;euses (salari&#233;&#183;es comme pr&#233;caires) pourrait &#234;tre une premi&#232;re boussole. Ayons aussi des &#171; antennes &#187;, &#224; l'&#233;coute des utopies et exp&#233;riences pratiques. Par exemple, l'Am&#233;rique latine est la terre du zapatisme, de plusieurs processus r&#233;volutionnaires, et ces mouvements d&#233;battent depuis une vingtaine d'ann&#233;es des chemins pour construire une soci&#233;t&#233; du &#171; bien-vivre &#187;, qui s'appuie sur une r&#233;interpr&#233;tation de certaines revendications et pratiques communautaires des peuples autochtones. M&#234;me chose sur les droits des femmes et toutes les revendications f&#233;ministes contre le patriarcat [14].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a vu &#224; quel point le mouvement f&#233;ministe chilien &#233;tait capable d'avoir une vision transversale et radicale pour r&#233;pondre &#224; la &#171; pr&#233;carisation de la vie &#187;, pour affronter le n&#233;olib&#233;ralisme, favoriser l'accueil digne des migrant&#183;es, d&#233;fendre les droits des peuples autochtones. Il faut donc partir de l&#224; pour penser les transitions, les d&#233;cliner pays par pays, mais aussi par la reconstruction de solidarit&#233;s r&#233;gionales et internationales. Face au capital mondialis&#233;, il est indispensable de penser aussi &#224; ce niveau-l&#224;. Ceci sans c&#233;der aux sir&#232;nes du &#171; patriotisme &#187; d'une partie de la gauche, y compris d&#233;coloniale, en assumant qu'il faut effectivement &#171; r&#234;ver &#187; &#224; nouveau, r&#233;inventer nos puissances collectives, aider &#224; coconstruire les souverainet&#233;s populaires &#224; plusieurs &#233;chelles (dont l'&#233;chelle nationale, c'est certain) [15].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pensons que la situation est surd&#233;termin&#233;e par la catastrophe (d&#233;j&#224; en cours) du bouleversement climatique et qu'il faut tout repenser sur cette base si nous voulons &#233;viter un v&#233;ritable cataclysme. Le fameux &#171; programme de transition &#187; (propos&#233; d&#232;s 1938 par Trotsky) doit ainsi &#234;tre repens&#233; de fond en comble. C'est dans cette perspective que la Quatri&#232;me internationale a vers&#233; au d&#233;bat, en plusieurs langues, le Manifeste pour une r&#233;volution &#233;cosocialiste &#8211; Rompre avec la croissance capitaliste, fruit d'une &#233;laboration collective internationale de plusieurs ann&#233;es [16]. Les d&#233;fis sont colossaux : il est urgent de &#171; tirer le frein d'urgence &#187;, pour reprendre la belle formule de Walter Benjamin. Cependant l'ampleur des enjeux ne doit pas nous paralyser. Comme l'&#233;crit Daniel Tanuro, &#171; il est trop tard pour &#234;tre pessimistes &#187; [17]. Trump, Netanyahu, Macron, Poutine et leur monde sont capables du pire, sentons-nous capables de penser le meilleur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet entretien a &#233;t&#233; men&#233; par Antoine Larrache pour la revue Inprecor (&lt;a href=&#034;https://inprecor.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://inprecor.fr&lt;/a&gt;), et actualis&#233; pour Contretemps Web.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : Contretemps&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Notes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;[1] &#171; &#201;tats-Unis : comprendre la &#171; nouvelle doctrine de s&#233;curit&#233; nationale &#187; et ses implications &#187;, Contretemps web, 16 janvier 2026.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] La nouvelle guerre froide, Gilbert Achcar, janvier 2024, &#201;ditions du Croquant. Lire aussi &#171; Aux origines de la nouvelle guerre froide. Entretien avec Gilbert Achcar &#187;, Contretemps web, 29 avril 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Diogo Machado, Francisco Lou&#231;&#227;, &#171; Nouvelles et anciennes oligarchies &#8211; Les transformations du r&#233;gime d'accumulation du capital &#187;, Contretemps Web, 13 janvier 2026.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Samir Amin, Le d&#233;veloppement in&#233;gal, &#201;d. de Minuit, 1973 et Ernest Mandel, Le troisi&#232;me &#226;ge du capitalisme, &#201;dition 10/18, 1976. Pour une synth&#232;se des d&#233;bats sur l'imp&#233;rialisme, voir Benjamin B&#252;rbaumer, Le Souverain et le March&#233;. Th&#233;ories contemporaines de l'imp&#233;rialisme, Ed. Amsterdam, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Benjamin B&#252;rbaumer, Chine/&#201;tats-Unis, le capitalisme contre la mondialisation, La D&#233;couverte, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] La quatri&#232;me flotte de la marine militaire &#233;tatsunienne a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e en 1943 pour faire face aux sous-marins allemands dans l'oc&#233;an atlantique, puis dissoute en 1950. Elle a &#233;t&#233; reconstitu&#233;e en 2008 pour veiller sur les c&#244;tes latino-am&#233;ricaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] &#201;ric Toussaint, &#171; Pourquoi les BRICS n'agissent pas contre le g&#233;nocide en cours &#224; Gaza &#187;, Contretemps web, 6 octobre 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Les &#201;tats-Unis sont membres de l'OEA, mais pas de l'Union des nations sud-am&#233;ricaines (UNASUR), de la Communaut&#233; d'&#201;tats latino-am&#233;ricains et cara&#239;bes (CELAC) et de l'Alliance bolivarienne pour les Am&#233;riques (ALBA).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Zone de libre-&#233;change des Am&#233;riques (ZLEA ou ALCA selon la langue).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Karina Nohales, Pablo Abufom Silva, &#171; Kast : la &#8220;voie d&#233;mocratique&#8221; vers le pinochetisme &#187;, Contretemp Web, 15 d&#233;cembre 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Daniel Bensaid, Les irr&#233;ductibles. Th&#233;or&#232;mes de la r&#233;sistance &#224; l'air du temps, Textuel, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Lire la d&#233;marche initi&#233;e par des militant&#183;es latino-Am&#233;ricains &#171; Arr&#234;ter l'offensive n&#233;ocoloniale de Trump au Venezuela et en Am&#233;rique latine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Du 26 au 29 mars. Les informations, programme et inscriptions sont sur le site : &lt;a href=&#034;https://antifas2026.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://antifas2026.org&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Veronica Gago, La puissance f&#233;ministe ou le d&#233;sir de tout changer, Ed. Divergences, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Collectif, &#171; R&#234;ver en mat&#233;rialistes internationalistes &#187;, Contretemps web, 10 mars 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Manifeste pour une r&#233;volution &#233;cosocialiste &#8211; Rompre avec la croissance capitaliste est disponible dans diverses langues sur le site de la IVe Internationale, et &#233;dit&#233; par La Br&#232;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Daniel Tanuro, Trop tard pour &#234;tre pessimistes ! &#201;cosocialisme ou effondrement, Textuel, 2020.&lt;/p&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>Les enjeux de l'intervention imp&#233;rialiste de Trump au Venezuela</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Les-enjeux-de-l-intervention-imperialiste-de-Trump-au-Venezuela</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Les-enjeux-de-l-intervention-imperialiste-de-Trump-au-Venezuela</guid>
		<dc:date>2026-03-03T11:50:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Franck Gaudichaud</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2026-03-03</dc:subject>
		<dc:subject>V&#233;n&#233;zuela</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'attaque contre le Venezuela de d&#233;but janvier et l'enl&#232;vement de Nicol&#225;s Maduro et de Cilia Flores s'inscrivent dans la nouvelle strat&#233;gie imp&#233;riale des &#201;tats-Unis. Dans le contexte d'une r&#233;organisation du monde et des rapports de forces inter-imp&#233;rialistes, cette strat&#233;gie agressive passe notamment par un renforcement de la pression &#233;conomique et de l'interventionnisme militaire direct envers l'Am&#233;rique latine. &lt;br class='autobr' /&gt; 23 f&#233;vrier 2026 | tir&#233; du site de contretemps.eu (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2026-03-03-+" rel="tag"&gt;Edition du 2026-03-03&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Venezuela-+" rel="tag"&gt;V&#233;n&#233;zuela&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Amerique-centrale-et-du-sud-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH118/guerre_contre_le_venezuela-9b140.png?1772538676' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='118' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'attaque contre le Venezuela de d&#233;but janvier et l'enl&#232;vement de Nicol&#225;s Maduro et de Cilia Flores s'inscrivent dans la nouvelle strat&#233;gie imp&#233;riale des &#201;tats-Unis. Dans le contexte d'une r&#233;organisation du monde et des rapports de forces inter-imp&#233;rialistes, cette strat&#233;gie agressive passe notamment par un renforcement de la pression &#233;conomique et de l'interventionnisme militaire direct envers l'Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;23 f&#233;vrier 2026 | tir&#233; du site de contretemps.eu&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/lere-des-predateurs-les-enjeux-de-lintervention-imperialiste-de-trump-au-venezuela/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/lere-des-predateurs-les-enjeux-de-lintervention-imperialiste-de-trump-au-venezuela/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que s'est-il pass&#233; lors de l'enl&#232;vement de Maduro et de sa compagne ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Franck Gaudichaud&lt;/strong&gt; : Pas mal d'&#233;l&#233;ments et de d&#233;tails nous sont encore inconnus, m&#234;me plus d'un mois apr&#232;s, mais nous sommes &#233;videmment face &#224; une agression imp&#233;rialiste de grande envergure et, litt&#233;ralement, &#224; un coup d'&#201;tat, qui se sont d&#233;roul&#233;s dans la nuit du 2 au 3 janvier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Venezuela a &#233;t&#233; bombard&#233; avec un d&#233;ploiement militaire in&#233;dit (avec plus de 150 avions et h&#233;licopt&#232;res en parall&#232;le). C'est la premi&#232;re fois qu'un pays d'Am&#233;rique du Sud est bombard&#233; de la sorte (on a toutes et tous en m&#233;moire les derni&#232;res interventions dans l'espace Cara&#239;be et en Am&#233;rique centrale, contre le g&#233;n&#233;ral Noriega au Panama, en 1989 ou encore l'invasion de la Grenade en 1983, pr&#233;c&#233;d&#233;e de l'arrestation puis l'ex&#233;cution du Premier ministre Maurice Bishop).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sence militaire US &#233;tait massive dans l'espace Cara&#239;bes depuis plusieurs mois, se traduisant y compris par la pr&#233;sence du plus grand porte-avion au monde, le Gerald Ford et de toute une armada, tout cela au pr&#233;texte de la lutte contre le narcotrafic et signifiant plusieurs ex&#233;cutions extrajudiciaires et le bombardement d'embarcations. La possibilit&#233; d'une intervention s'est finalement confirm&#233;e. Il y a eu d&#233;barquement au sol de forces sp&#233;ciales le temps de l'intervention et destruction de plusieurs points n&#233;vralgiques et de d&#233;fense du Venezuela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absence quasi totale de d&#233;fense organis&#233;e et centralis&#233;e, notamment antia&#233;rienne, des Forces arm&#233;es nationales bolivariennes (FANB) a permis de capturer en un temps record et de s&#233;questrer le pr&#233;sident en exercice Nicol&#225;s Maduro et sa compagne, la d&#233;put&#233;e Cilia Flores, qui ont donc &#233;t&#233; &#171; extrait&#183;es &#187; et d&#233;port&#233;&#183;es aux &#201;tats-Unis. Ils ont &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;s &#224; un juge &#224; New York avec des charges fantaisistes, dont celles d'&#234;tre &#224; la t&#234;te d'un &#171; Narco-&#201;tat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette op&#233;ration militaire, qui viole la souverainet&#233; du Venezuela et &#8211; bien s&#251;r&#8211; toutes les lois internationales (qui sont le dernier des soucis de Trump), inaugure une tentative brutale de recolonisation du pays et, peut-&#234;tre m&#234;me, la mise en place d'un protectorat sur le moyen terme, si on l'en croit les premi&#232;res annonces de la Maison Blanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre de la longue crise du capitalisme, du d&#233;clin de l'h&#233;g&#233;monie mondiale des &#201;tats-Unis et de la r&#233;organisation violente du syst&#232;me inter-imp&#233;rialiste, Trump a pour objectif de discipliner tout &#171; l'h&#233;misph&#232;re &#187; sous sa coupe, gr&#226;ce &#224; l'utilisation ou la menace tous azimuts du plus grand arsenal militaro-industriel que l'humanit&#233; n'ait jamais construit. Il s'agit, &#233;galement et plus directement, de reprendre le contr&#244;le du Venezuela bolivarien et de pr&#233;parer le saccage colonial de l'immense r&#233;serve de p&#233;trole lourd du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Selon tes informations, quelle est l'attitude de l'appareil d'&#201;tat et des couches dirigeantes au Venezuela suite &#224; cette op&#233;ration ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Franck Gaudichaud&lt;/strong&gt; : C'est encore en voie de r&#233;organisation. Ce qu'on constate clairement &#8211; et que confirment nos contacts sur place &#8211;, c'est que suite &#224; la s&#233;questration du pr&#233;sident et de sa compagne, il y a bien continuit&#233; de l'appareil d'&#201;tat maduriste, qui est incarn&#233; aujourd'hui par la figure de la pr&#233;sidente int&#233;rimaire Delcy Rodr&#237;guez. Aussi bien les directions militaires que civiles, les hautes strates de la bureaucratie, les dirigeants du PSUV (Partido Socialista Unido de Venezuela) et les diff&#233;rentes factions de la bourgeoisie affairiste bolivarienne semblent faire bloc&#8230; pour l'instant. Bien s&#251;r, ce qui est d&#233;terminant ici est et sera l'attitude de l'arm&#233;e, pilier du mouvement national civico-militaire bolivarien et aussi du contr&#244;le politique de Maduro, particuli&#232;rement depuis les crises de 2014 et de 2017-2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit pour l'instant aux c&#244;t&#233;s de Delcy Rodr&#237;guez les principaux dirigeants de ce qu'&#233;tait le madurisme au pouvoir depuis le d&#233;c&#232;s de Hugo Ch&#225;vez, en 2013. &#192; commencer par Diosdado Cabello, qui est l'homme fort du r&#233;gime, puisqu'il tient la police, a des liens tr&#232;s forts avec l'arm&#233;e et aussi jusque-l&#224; avec la Chine ; le ministre de la D&#233;fense et chef d'&#201;tat-major, l'ind&#233;boulonnable Vladimir Padrino L&#243;pez qui affiche son soutien (il n'a pas &#233;t&#233; limog&#233; malgr&#233; la d&#233;route de janvier) ; et le fr&#232;re de la pr&#233;sidente, Jorge Rodr&#237;guez, l'un des hommes cl&#233;s du chavisme, puis du madurisme, aujourd'hui pr&#233;sident de l'Assembl&#233;e nationale. Au sein des gauches critiques mais aussi chavistes (jusque chez des ministres en poste), chez de nombreux analystes, il y a d&#233;bat sur jusqu'&#224; quel point un secteur ou tout du moins certains membres du r&#233;gime auraient pu &#171; l&#226;cher &#187; Maduro en amont ; savoir s'il y a eu des &#171; trahisons &#187; ou des d&#233;fections dans l'entourage proche de Maduro, face &#224; la pression maximale exerc&#233;e par les &#201;tats-Unis (et aux r&#233;compenses promises), et suite aux &#233;checs r&#233;p&#233;t&#233;s des n&#233;gociations avec Trump d&#233;j&#224; men&#233;es par le pr&#233;sident d&#233;sormais incarc&#233;r&#233; aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout une partie de la bureaucratie en place, et particuli&#232;rement les hauts dignitaires militaires, ont des int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques &#224; sauver dans l'extraction p&#233;troli&#232;re et mini&#232;re, et leur impunit&#233; &#224; n&#233;gocier en cas de changement de r&#233;gime&#8230; Mais avec quelle marge de man&#339;uvre pourront-ils peser aujourd'hui (surtout en l'absence d'un vaste mouvement de r&#233;sistance populaire et autonome national) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait est qu'il n'y a pas eu de capacit&#233; de r&#233;action imm&#233;diate, politico-militaire, face &#224; une agression du Pentagone, si ce n'est attendue en tout cas possible, et malgr&#233; des forces arm&#233;es suppos&#233;ment en alerte permanente. Plusieurs milliards de dollars ont &#233;t&#233; investis avec du mat&#233;riel russe et chinois, notamment pour prot&#233;ger Caracas et l'espace a&#233;rien, avec une d&#233;fense anti-a&#233;rienne et des radars sophistiqu&#233;s, au cours des derni&#232;res ann&#233;es. Tout semble avoir &#233;t&#233; neutralis&#233; en amont, peut-&#234;tre y compris &#224; l'aide d'armes &#233;lectro-magn&#233;tiques et sans aucun doute par un patient travail d'espionnage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc de nombreuses inconnues de ce point de vue, mais il n'y a eu aucun mouvement de d&#233;fense nationale coordonn&#233;. Cela signifie-t-il certaines complicit&#233;s actives ou passives internes &#224; une &#233;chelle limit&#233;e, une perte de contr&#244;le de la chaine de commandement, une passivit&#233; strat&#233;gique assum&#233;e de l'&#201;tat-Major en l'attente d'une r&#233;organisation du pouvoir ? Les d&#233;bats vont bon train &#224; Miraflores, et les rumeurs et fake news sont aussi aliment&#233;es avec fr&#233;n&#233;sie par les services de Washington pour garder la main. Ceux et celles qui ont pay&#233; le prix fort de cette d&#233;b&#226;cle sont plus de 110 personnes (civiles et militaires), dont les membres de la garde personnelle de Maduro et particuli&#232;rement 32 agents cubain&#183;es assassin&#233;&#183;es dans l'affrontement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la position de Delcy Rodr&#237;guez, au plan interne, elle a tout d'abord confirm&#233; le renforcement de l'&#201;tat d'exception (on semble donc loin d'une perspective &#171; d'ouverture &#187;), puis elle vient de soutenir une large loi d'amnistie dite de &#171; coexistence d&#233;mocratique &#187; couvrant la p&#233;riode 1999-2025, qui permettrait &#8211; si elle est approuv&#233;e par le parlement &#8211; la lib&#233;ration &#8211; sous conditions &#8211; de plusieurs centaines de prisonnier&#183;es politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce projet de loi confirme d'ailleurs officiellement l'existence de prisonnier&#183;es d'opinion au Venezuela (d&#233;tenus pour comisi&#243;n de delitos pol&#237;ticos ou &#171; critique de fonctionnaires &#187;) ; rappelons que cette loi ne concerne pas les assassinats ou les violences aggrav&#233;es, notamment commises par l'extr&#234;me-droite, ni m&#234;me la corruption (ce qui est plut&#244;t positif). Ce projet d'amnistie est aussi le produit de l'intense mobilisation de plusieurs collectifs de familles de d&#233;tenu&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus globalement, les Rodriguez semblent n&#233;anmoins confirmer ce que Trump et Marco Rubio ont fi&#232;rement annonc&#233;, dans leur conf&#233;rence de presse, d&#232;s apr&#232;s l'agression : ils seraient dispos&#233;s &#224; la mise en place d'une nouvelle &#232;re de &#171; coop&#233;ration &#187; avec les &#201;tats-Unis, notamment pour faciliter la &#171; reconstruction &#187; de l'industrie p&#233;troli&#232;re sous tutelle imp&#233;rialiste. Les marges de man&#339;uvres sont certes limit&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sidente a n&#233;anmoins r&#233;p&#233;t&#233; qu'il s'agit de sauver la souverainet&#233; du pays, elle demande officiellement la lib&#233;ration imm&#233;diate de Maduro et Flores, et prend des accents anti-imp&#233;rialistes dans ses discours &#224; la TV. Le patron de la CIA, John Ratcliffe a pourtant &#233;t&#233; re&#231;u &#224; Caracas et m&#234;me m&#233;daill&#233; ! Et Trump a annonc&#233; qu'il annulait toute nouvelle attaque car &#171; les &#201;tats-Unis et le Venezuela travaillent d&#233;sormais bien ensemble &#187;&#8230; L'accueil enthousiaste et souriant par la pr&#233;sidente int&#233;rimaire du ministre du p&#233;trole des &#201;tats-Unis en ce d&#233;but f&#233;vrier, pour planifier la nouvelle donne imp&#233;riale, a fait r&#233;agir avec consternation de nombreux v&#233;n&#233;zu&#233;liens et v&#233;n&#233;zu&#233;liennes attach&#233;s &#224; la souverainet&#233; de leur pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jusqu'&#224; quel point pourra s'organiser un &#171; madurisme sans Maduro &#187;, sous pression de l'imp&#233;rialisme et en collaborant avec Trump ? Pourquoi n'y a-t-il pas eu de mobilisations importantes des bases chavistes et populaires ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Franck Gaudichaud&lt;/strong&gt; : L'option que l'on pensait &#234;tre celle de Trump &#233;tait celle d'un regime change [changement de r&#233;gime] en pla&#231;ant sur le &#171; tr&#244;ne &#187; l'opposition ultraconservatrice n&#233;olib&#233;rale et pro-&#201;tats-Unis incarn&#233;e par Maria Corina Machado et le candidat pr&#233;sidentiel de 2024 Edmundo Gonzalez, battu suite &#224; une fraude &#233;lectorale. Mais Machado a &#233;t&#233; humili&#233;e publiquement et mise de c&#244;t&#233; par Trump, pour l'instant en tout cas. Et ce n'est pas le cadeau de sa m&#233;daille de prix Nobel de la paix &#224; l'autocrate des &#201;tats-Unis qui y changera grand-chose !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pari de Trump est donc clairement de s'appuyer sur l'appareil d'&#201;tat et le madurisme, en faisant le calcul qu'ils tiennent le pays, constatant qu'ils conservent le soutien essentiel de l'arm&#233;e et aussi des bases sociales r&#233;elles (bien qu'amoindries) : le chavisme populaire dont il convient d'essayer de canaliser les possibles r&#233;sistances. Ceci en exer&#231;ant en parall&#232;le une menace et une contrainte politico-militaire et &#233;conomique consid&#233;rables. Les calculs de Washington sont que Corina Machado et Edmundo Gonz&#225;lez ne seraient pas capables de r&#233;organiser brutalement le pays, &#224; court terme, sans un appui direct de l'imp&#233;rialisme, y compris avec des troupes au sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un sc&#233;nario &#224; l'irakienne est inenvisageable pour Trump et serait trop couteux, y compris au plan domestique, alors que sa base MAGA est tr&#232;s critique, que la situation aux &#201;tats-Unis est sous tension, avec des luttes tr&#232;s importantes en cours (contre ICE notamment) et que les &#233;lections de mi-mandat arrivent bient&#244;t (en novembre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est quand m&#234;me assez surprenant que l'appareil d'&#201;tat et la &#171; bolibourgeoisie &#187; soient capables d'un tel bouleversement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Franck Gaudichaud&lt;/strong&gt; : Tout le monde est dans l'expectative, le gouvernement int&#233;rimaire v&#233;n&#233;zu&#233;lien en place, comme je l'ai dit, souffle le chaud et le froid, y compris par rapport &#224; sa propre population. Mais la chute est violente, notamment pour celles et ceux qui pensaient possible une r&#233;sistance nationale anti-imp&#233;rialiste massive, aliment&#233;e par des ann&#233;es de &#171; R&#233;volution bolivarienne &#187;. C'est la peur et l'incertitude qui dominent &#224; ce stade et s'il y a eu bien eu des manifestations de soutien pour la lib&#233;ration de Maduro, avec quelques dizaines de milliers de personnes, elles sont rest&#233;es relativement timides et bien peu spontan&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas si surprenant d'ailleurs. D'une part, face &#224; l'immense asym&#233;trie militaire et &#224; la pression politique maximale exerc&#233;e par l'imp&#233;rialisme US, dans un contexte r&#233;gional &#8211; de plus &#8211; adverse. Mais aussi parce qu'on assiste, depuis bien plus d'une d&#233;cennie, &#224; un d&#233;litement autoritaire, &#224; un effondrement politique, &#224; la destruction &#233;conomique du pays de Ch&#225;vez et de ce qu'avait pu incarner, dans les ann&#233;es 2000, le processus bolivarien et son impulsion national-populaire progressiste, &#171; c&#233;sariste redistributrice &#187; et anti-imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le madurisme a approfondi les points les plus probl&#233;matiques du chavisme et consolid&#233; une caste bolibourgeoise au pouvoir, nouvelle oligarchie, qui a accumul&#233; par la d&#233;possession et par la corruption les devises issues de l'extraction p&#233;troli&#232;re et mini&#232;re, et certains actifs de l'&#201;tat. Apr&#232;s avoir r&#233;prim&#233; les manifestations (souvent violentes) et les secteurs de l'opposition conservatrice pro-imp&#233;rialiste, ferm&#233; un temps le parlement &#233;lu, et concentr&#233; les pouvoirs autour de l'ex&#233;cutif, Maduro a fait de m&#234;me pour l'opposition de gauche, contre d'anciens alli&#233;s d'hier (le PCV [Parti communiste v&#233;n&#233;zu&#233;lien] notamment), emprisonn&#233; des syndicalistes ou des ex-dirigeant&#183;es et ministres chavistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation interne aggrav&#233;e et m&#234;me d&#233;cupl&#233;e par des ann&#233;es de blocus des &#201;tats-Unis et des milliers de sanctions iniques, a provoqu&#233; l'exil de 8 millions de V&#233;n&#233;zu&#233;lien&#183;nes (sur 28 millions d'habitant&#183;es !). M&#234;me si dans les derni&#232;res ann&#233;es, on assiste &#224; une lente et continue r&#233;cup&#233;ration macro&#233;conomique, d'ailleurs incarn&#233;e par la gestion tr&#232;s pragmatique de Delcy Rodr&#237;guez, notamment charg&#233;e de l'extraction du p&#233;trole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, comme le d&#233;noncent plusieurs syndicats v&#233;n&#233;zu&#233;liens, la politique &#233;conomique et les droits du travail sous Maduro ressemblent davantage &#224; une dystopie n&#233;olib&#233;rale, &#224; une destruction de tous les droits fondamentaux et &#224; une fuite en avant extractiviste aux cons&#233;quences &#233;cologiques catastrophiques, qu'&#224; du &#171; socialisme du XXI&#232;me si&#232;cle &#187;&#8230; Un large front syndical avait m&#234;me pr&#233;vu de mener des gr&#232;ves et mobilisations pour la mi-janvier, projet contrecarr&#233; par Trump et sa folie guerri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette situation, l'absence des conditions de possibilit&#233; d'une r&#233;sistance anti-imp&#233;rialiste large, pluri-partisane, avec une base populaire mobilis&#233;e derri&#232;re un gouvernement national l&#233;gitime est criante. Et l'administration Trump en a parfaitement conscience. Nous ne sommes pas du tout en avril 2002 quand Hugo Ch&#225;vez subissait un coup d'&#201;tat, soutenu par la CIA et le patronat local, et fut &#171; sauv&#233; &#187; par les &#171; barrios &#187;, par une mobilisation populaire tr&#232;s forte, tandis que les militaires montraient leur disposition &#224; rejeter ce coup d'&#201;tat pro-imp&#233;rial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y a-t-il n&#233;anmoins des pans de l'appareil civico-militaire encore ancr&#233;s dans cette perspective nationale-populaire et pr&#234;ts &#224; r&#233;sister &#224; la nouvelle tutelle coloniale ? Le chavisme populaire, les gauches critiques, les syndicats et les mouvements sociaux sont consid&#233;rablement affaiblis, certains d&#233;moralis&#233;s et d'autres coopt&#233;s. Se maintient pourtant une m&#233;moire du chavisme des origines et, &#231;&#224; et l&#224;, des exp&#233;riences collectives communautaires communales toujours debout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble n&#233;anmoins qu'une partie non n&#233;gligeable de la population, avec beaucoup de r&#233;signation, pense que cette nouvelle crise pourrait peut-&#234;tre desserrer l'&#233;trangement du pays et que l'arriv&#233;e des capitaux &#233;tatsuniens pourrait amener un rebond &#233;conomique, voire un retour des millions d'exil&#233;&#183;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Va-t-on assister &#224; la mise en place d'une sorte de cogestion forc&#233;e entre le capitalisme fossile yankee et la bolibourgeoisie ? Et au plan politique, &#224; une collaboration &#171; pro-imp&#233;riale &#187; de la part du gouvernement pour &#8211; essayer de &#8211; sauver ses int&#233;r&#234;ts et, pour d'autre part, continuer &#224; diriger le pays dans ce contexte de quasi protectorat ? Il n'est pas pour l'instant question de transition, voire d'&#233;lections, &#224; court terme. Mais elle est d&#233;j&#224; envisag&#233;e par tous &#224; moyen terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;action nationaliste du pouvoir est-elle envisageable ? En tout cas, la nouvelle loi sur les hydrocarbures d&#233;fendue par Rodriguez comme une avanc&#233;e (sic) et qui vient d'&#234;tre approuv&#233;e, approfondit fortement la lib&#233;ralisation que Maduro avait d&#233;but&#233;e ces derniers mois. Elle remet en cause radicalement la souverainet&#233; de l'Etat sur la ressource, ainsi que les orientations de la constitution bolivarienne de 1999 au profit des multinationales &#233;tatsuniennes. C'est un recul historique ! Les Etats-Unis vont d&#233;cider de l'extraction. Ils ont annonc&#233; qu'ils commenceraient par confisquer &#224; leur profit 50 millions de barils et qu'une partie des futurs dividendes de l'exploitation p&#233;troli&#232;re seraient plac&#233;s au Qatar et restitu&#233;s au compte-goutte pour faire fonctionner les services publics v&#233;n&#233;zu&#233;liens, selon leur bon vouloir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, la nouvelle loi sur les hydrocarbures qui vient d'&#234;tre approuv&#233;e approfondit fortement ce que Maduro avait d&#233;but&#233; ces derniers mois et elle remet en cause radicalement la souverainet&#233; de l'&#201;tat sur la ressource ainsi que les orientations de la constitution bolivarienne de 1999, au profit des multinationales &#233;tatsuniennes. C'est un recul historique ! Quelles seront, dans ces conditions, les capacit&#233;s de r&#233;organisation autonome des classes populaires pour rejeter &#224; la fois la tutelle de Trump et exiger la d&#233;mocratisation r&#233;elle du pays, dans ce nouveau contexte d'oppression coloniale, apr&#232;s des ann&#233;es d'immense pr&#233;carit&#233; mat&#233;rielle et de d&#233;rives autoritaires ? C'est une question clef.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trump expliquait qu'il voulait r&#233;cup&#233;rer ce qui avait &#233;t&#233; soi-disant vol&#233; aux &#201;tats-Unis en termes de ressources p&#233;troli&#232;res.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Franck Gaudichaud &lt;/strong&gt; : Le satrape &#233;tatsunien annonce sans p&#233;riphrases le saccage auquel il veut se livrer et la reprise du contr&#244;le du pays. Historiquement, depuis la d&#233;couverte du p&#233;trole et les premiers puits en 1914, et surtout au moment de l'&#226;ge d'or de l'extraction dans les ann&#233;es 60 sous la coupe des multinationales yankees, celles-ci ont pu b&#233;n&#233;ficier &#224; plein de l'extraction p&#233;troli&#232;re, avec des taux de profit gigantesques, d&#233;mesur&#233;s, beaucoup plus par exemple qu'en Arabie saoudite ou au Moyen-Orient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci est dans l'esprit de l'oligarchie au pouvoir aux &#201;tats-Unis, et il y a une volont&#233; de revenir &#224; ce type d'accumulation &#171; sauvage &#187; par d&#233;possession. Quand Trump dit qu'ils ont &#233;t&#233; &#171; &#233;cart&#233;s &#187;, on pourrait penser qu'il parle de la nationalisation de 1976 par la social-d&#233;mocratie v&#233;n&#233;zu&#233;lienne (sous Carlos Andr&#233;s P&#233;rez), mais en fait il se r&#233;f&#232;re plus directement &#224; 2007 quand Ch&#225;vez a r&#233;organis&#233; des entreprises mixtes au profit de PDVSA, et nationalis&#233; une grande partie de l'extraction dans la frange p&#233;trolif&#232;re de l'Or&#233;noque, l&#224; o&#249; se situe la principale r&#233;serve actuellement, avec peut-&#234;tre 300 milliards de barils ! C'est la premi&#232;re r&#233;serve prouv&#233;e &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire, mais d'un bitume extra-lourd, tr&#232;s couteux &#224; raffiner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que voudrait le milliardaire Trump, c'est que cette r&#233;serve repasse dans les mailles des filets d'Exxon, de Chevron et des grands groupes &#233;tatsuniens, et aussi pouvoir dicter le prix du brut mondial (le Venezuela est un acteur central de l'OPEP). Ce n'est pas si facile en r&#233;alit&#233;, dans un contexte o&#249; pour l'instant 80 % des exportations vont vers la Chine, et o&#249; l'&#233;tat de d&#233;labrement tr&#232;s avanc&#233; des infrastructures p&#232;se sur les capacit&#233;s d'extraction (avec tout de m&#234;me 800 000 barils/jour actuellement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, il y a des gros investissements &#224; faire, certains parlent de 60 milliards de dollars, voire de 100 milliards de dollars sur plusieurs ann&#233;es &#224; injecter pour le capital nord-am&#233;ricain. Rien n'est jou&#233; car il faudrait r&#233;ussir &#224; garantir pour ces capitalistes sur une longue dur&#233;e que la maitrise sociale et politique du pays sera stable et que la Chine sera effectivement &#233;cart&#233;e ou au moins marginalis&#233;e. C'est vraiment une perspective de recolonisation qui pourrait se mettre en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, si l'axe &#233;nerg&#233;tique, p&#233;trolier, saute aux yeux&#8211; dans son discours, Trump dit que &#171; l'argent sort du sol au Venezuela &#187; &#8211; il faut analyser l'aspect g&#233;ostrat&#233;gique qui, &#224; mon sens, est essentiel et qui, d'ailleurs, est exprim&#233; avec brutalit&#233; par Marco Rubio : discipliner toute la r&#233;gion, menacer l'Am&#233;rique du Sud. Avec en ligne de mire, le Br&#233;sil, qui a encore une capacit&#233; de relative autonomie g&#233;ostrat&#233;gique. Et en m&#234;me temps, r&#233;aligner l'espace des Cara&#239;bes et surtout faire tomber Cuba (l'obsession du clan de Miami de Marco Rubio) comme un &#171; fruit m&#251;r &#187; plut&#244;t que par une intervention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cuba qui perd son alli&#233; essentiel &#224; Caracas et son approvisionnement en p&#233;trole, alors que l'&#233;conomie de l'ile est exsangue, dans une situation encore pire que durant la &#171; p&#233;riode sp&#233;ciale en temps de paix &#187; du d&#233;but des ann&#233;es 1990. L'ile est tr&#232;s clairement menac&#233;e aujourd'hui, cela serait une nouvelle d&#233;faite majeure pour la souverainet&#233; latino-am&#233;ricaine. Et de menacer au passage la Colombie et le Mexique, qui sont tous les deux encore gouvern&#233;s par des gouvernements progressistes et avec une certaine capacit&#233; d'autonomie relative dans l'&#233;chiquier r&#233;gional (les &#233;lections sont proches en Colombie et la pression sera forte).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les documents de la &#171; Nouvelle strat&#233;gie de s&#233;curit&#233; nationale &#187; (NSSS) de la Maison Blanche, publi&#233;s en d&#233;cembre dernier, confirment une volont&#233; de bouleverser les relations internationales et m&#234;me de &#171; fascisation &#187; croissante de l'ordre mondial. &#201;ric Toussaint vient d'y consacrer une &#233;tude d&#233;taill&#233;e[1]. On rentre &#224; nouveau dans l'&#232;re des &#201;tats pr&#233;dateurs, du gangst&#233;risme imp&#233;rialiste (qui certes n'a jamais disparu) o&#249; seule la force brute compte : l'Am&#233;rique latine est leur arri&#232;re-cour, tandis que Poutine peut plus ou moins faire ce qu'il veut &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne (la bourgeoisie europ&#233;enne est m&#233;pris&#233;e pour sa faiblesse, sa pusillanimit&#233; et sa division), y compris en Ukraine, tandis que la Chine incarne le v&#233;ritable l'ennemi &#171; syst&#233;mique &#187; : un Empire du milieu &#224; affaiblir dans la r&#233;gion latino-am&#233;ricaine et &#224; contenir en Asie du Sud Est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'administration Trump est en train de red&#233;couper le monde pour faire face au d&#233;clin de son Empire autrefois h&#233;g&#233;monique. Cette nouvelle phase des relations internationales &#224; l'&#232;re du quatri&#232;me &#226;ge du capitalisme et des grands basculements climatiques et &#233;cologiques est plus dangereuse que jamais ; c'est celle de la remilitarisation des relations inter-&#233;tatiques et de conflits guerriers &#224; des &#233;chelles continentales. Gilbert Achcar d&#233;crit une &#171; nouvelle guerre froide &#187;[2], bloc contre bloc, mais celle-ci est de plus en plus peupl&#233;e de conflits ouverts, &#171; chauds &#187; et de violence coloniale, &#224; commencer par le g&#233;nocide &#224; Gaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment vois-tu le processus de cette recolonisation en Am&#233;rique latine, sachant que la Chine est actuellement le premier partenaire commercial de l'Am&#233;rique latine ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Franck Gaudichaud&lt;/strong&gt; : On voit les cons&#233;quences de ce que nous appelons, depuis quelques temps, la &#171; polycrise &#187; du syst&#232;me capitaliste et inter-imp&#233;rialiste. Les grandes puissances n'ont pas r&#233;ellement r&#233;cup&#233;r&#233; de la crise depuis 2008 et nous sommes plus largement dans une onde longue de &#171; stagnation s&#233;culaire &#187;, avec une r&#233;organisation en cours des cha&#238;nes de valeur, et marqu&#233;e par l'hyperconcentration du capital au plan mondial[3]. Dans cette phase, la premi&#232;re puissance actuelle &#8211; les &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique &#8211; en d&#233;clin veut r&#233;cup&#233;rer violemment de l'espace, des ressources, des march&#233;s et de la capacit&#233; de projection g&#233;ostrat&#233;gique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, revenir aux &#233;crits de Lenine, Rosa Luxemburg, d'Ernest Mandel ou de Samir Amin sur l'imp&#233;rialisme est tr&#232;s int&#233;ressant, sans les lire comme une &#171; v&#233;rit&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e &#187; bien s&#251;r ; m&#234;me chose pour les riches d&#233;bats sur les rapports centre-p&#233;riph&#233;rie, la th&#233;orie du d&#233;veloppement in&#233;gal et combin&#233; ou encore celle de la d&#233;pendance dans les ann&#233;es 70[4]. Les auteurs&#183;trices qui pensaient que l'&#232;re de l'imp&#233;rialisme &#233;tait plus ou moins finie, ou encore qu'on allait voir &#233;merger un &#171; super-imp&#233;rialisme &#187; des multinationales, trans-&#233;tatique qui gouvernerait le monde, se sont lourdement tromp&#233;s : ce qui se confirme est bien un syst&#232;me inter-imp&#233;rialiste fortement hi&#233;rarchis&#233; et concurrent, appuy&#233; avant tout sur des &#201;tats nationaux forts et sur des puissances militaires nationales. Les multinationales les accompagnent dans le processus, tout comme le capital financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, l'id&#233;e de la &#171; s&#233;curit&#233; h&#233;misph&#233;rique &#187; et de la doctrine de la s&#233;curit&#233; nationale, qui est au c&#339;ur de la pens&#233;e strat&#233;gique &#233;tatsunienne pour l'Am&#233;rique latine, se r&#233;affirme de mani&#232;re ultraviolente. La doctrine Monroe, comme corolaire de la pr&#233;sidence Roosevelt et de la politique de la canonni&#232;re est revisit&#233;e par l'administration de Donald Trump avec fracas et violence en doctrine &#171; Donroe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon cette vision du monde, le probl&#232;me est d&#233;sormais la concurrence de la Chine sur tous les plans, notamment celui de la technologie, des infrastructures (y compris celle des Big tech et les infrastructures mon&#233;taires) et de la puissance g&#233;opolitique (m&#234;me si ce n'est pas encore le cas au niveau militaire). Le travail de Benjamin B&#252;rbaumer est &#233;clairant &#224; ce propos : le d&#233;veloppement capitaliste de la Chine depuis les ann&#233;es 90 met en p&#233;ril directement la mondialisation sous h&#233;g&#233;monie &#233;tatsunienne et celle du dollar, tel qu'elle s'est construite au cours de la seconde moiti&#233; du 20e si&#232;cle[5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Chine est en train de d&#233;passer au plan commercial et &#233;conomique les &#201;tats-Unis dans la r&#233;gion latino-am&#233;ricaine : elle est le premier partenaire commercial du Br&#233;sil, du P&#233;rou ou du Chili et de l'ensemble de l'Am&#233;rique du Sud. Cette dynamique semble presque inalt&#233;rable. M&#234;me le Mexique, qui est pourtant compl&#232;tement int&#233;gr&#233; au r&#233;seau et aux cha&#238;nes de valeur &#233;tats-uniennes (via un accord de libre-&#233;change notamment), a pour deuxi&#232;me partenaire commercial la Chine, avec des entreprises directement install&#233;es par l'Empire du milieu &#224; la fronti&#232;re avec les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trump l'a dit et le r&#233;p&#232;te : il n'&#233;tait plus possible que la Chine contr&#244;le les ports pacifiques et atlantiques aux entr&#233;es du canal de Panama, et il a r&#233;ussi &#224; modifier la situation &#224; coup de pression politique et de millions de dollars : Panama est de nouveau un canal totalement sous banni&#232;re &#233;toil&#233;e. Ses outils sont les multiples bases &#233;tats-uniennes, le d&#233;ploiement de la quatri&#232;me flotte[6], le contr&#244;le tr&#232;s serr&#233; au plan militaire, informationnel et toujours &#233;conomique, alors que la Chine n'a pas de v&#233;ritables moyens militaires dans la r&#233;gion (&#224; ce stade).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation avec la Colombie est &#224; ce propos central, puisque jusque-l&#224;, ce pays &#233;tait la cl&#233; de la g&#233;ostrat&#233;gie militaire pour la r&#233;gion sud-am&#233;ricaine, via le &#171; plan Colombie &#187; et au pr&#233;texte de la lutte contre les gu&#233;rillas et les &#171; narcos &#187;. Ceci tandis que l'espace centre-am&#233;ricain et des Cara&#239;bes est consid&#233;r&#233; comme plus ais&#233;ment maitrisable (bien que Cuba continue &#224; y r&#233;sister). Cela explique les conflits diplomatiques assez durs de Trump avec le pr&#233;sident Petro, m&#234;me si des n&#233;gociations sont en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;sultats de cette bataille de titans sont incertains &#8211; m&#234;me dans l'Argentine de Javier Milei, la Chine reste centrale dans les &#233;changes commerciaux. Il y a donc des aspects g&#233;opolitiques et id&#233;ologiques : Trump veut renforcer les &#171; siens &#187;, les extr&#234;me-droites r&#233;gionales, les Milei, les Bolsonaro, les Kast&#8230;, et pratique l'interventionnisme &#233;lectoral, comme il l'a fait lors des &#233;lections de mi-mandat en Argentine. Il y est aussi parvenu avec succ&#232;s au Honduras tout r&#233;cemment, et il va continuer &#224; s'appuyer sur Kast, le pinochetiste nouvellement &#233;lu au Chili, sur le milliardaire conservateur Noboa en &#201;quateur, sur la droite conservatrice lib&#233;rale en Bolivie, et mettre la pression sur les gouvernements, m&#234;me tr&#232;s mod&#233;r&#233;s, comme celui de Lula au Br&#233;sil, pour dire : &#171; si vous nous r&#233;sistez, vous serez consid&#233;r&#233;s comme des ennemis, et si vous &#234;tes des ennemis, on vous applique des droits de douane compl&#232;tement in&#233;dits de 40 ou 50 %, ou carr&#233;ment nous vous menacerons militairement, comme on a su le faire au Venezuela &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;ploiement de force, qui est aussi celui en cours contre le Groenland, montre que les &#201;tats-Unis sont de moins en moins un &#171; h&#233;g&#233;mon &#187; capable de projeter de la force mais aussi du soft power, de l'adh&#233;sion et du consensus : ils repr&#233;sentent d&#233;sormais la domination brute centr&#233;e sur les rapports de forces politico-militaires et les oukases commerciaux, avec en toile de fond la menace de destruction &#233;conomique ou coloniale contre les &#171; non-align&#233;s &#187;, Europe et alli&#233;s de l'OTAN y compris si besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#199;a doit &#234;tre tr&#232;s complexe de modifier les cha&#238;nes de valeurs et l'organisation internationale du travail, donc cela va n&#233;cessiter des gouvernements extr&#234;mement r&#233;pressifs. M&#234;me au Venezuela, &#231;a risque d'&#234;tre tr&#232;s vite contradictoire avec ce que Trump ou d'autres vont pouvoir pr&#233;senter comme une suppos&#233;e ouverture d&#233;mocratique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Franck Gaudichaud&lt;/strong&gt; : Exactement. Il est int&#233;ressant de noter les d&#233;clarations r&#233;centes de figures repr&#233;sentant le capitalisme fossile &#233;tatsunien et les grandes majors de l'exploitation des hydrocarbures, qui faisaient part de leurs doutes et r&#233;ticences sur l'investissement consid&#233;rable que repr&#233;senterait la &#171; reconqu&#234;te &#187; du p&#233;trole au Venezuela &#224; leur profit, et le peu de garanties sur l'avenir qu'ils auraient sans une stabilisation politique toujours difficile (sinon par la mise en place d'un protectorat r&#233;pressif et couteux). Trump a d&#251; les recevoir et leur r&#233;it&#233;rer son engagement &#224; leurs c&#244;t&#233;s. En retour, les dirigeants chinois ont faire part de leur rejet de l'agression contre leur alli&#233; v&#233;n&#233;zu&#233;lien, mais ils devront reconnaitre que c'est un coup dur qu'ils viennent de recevoir, alors que leur mat&#233;riel militaire sur place s'est av&#233;r&#233; inefficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'envoy&#233; sp&#233;cial de Xi Jinping pour l'Am&#233;rique latine avait longuement rencontr&#233; Maduro &#224; Caracas quelques heures &#224; peine avant le raid de Trump&#8230; N&#233;anmoins, ils ont &#233;mis de nouveaux documents strat&#233;giques renouvelant leur rejet de l'imp&#233;rialisme US, leur disposition &#224; la coop&#233;ration &#171; amicale &#187; et au transfert de technologies avec les pays latino-am&#233;ricains, &#224; rebours de l'attitude guerri&#232;re des &#201;tats-Unis. La Chine a bien compris la menace et elle a un talon d'Achille : sa d&#233;pendance &#233;nerg&#233;tique (le pays ach&#232;te &#224; l'&#233;tranger 70 % de ses besoins p&#233;troliers). Les dirigeants chinois vont chercher &#224; consolider leur influence en Am&#233;rique latine, au nom du respect mutuel, malgr&#233; le revers v&#233;n&#233;zu&#233;lien, sans entrer en confrontation directe avec Trump dans l'h&#233;misph&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils affichent un discours &#171; gagnant-gagnant &#187; ; pourtant la relation Chine/Am&#233;rique latine reste compl&#232;tement asym&#233;trique : ils veulent toujours plus de mati&#232;res premi&#232;res, de min&#233;raux, de terres arables, d'agro-industrie. Ils annoncent vouloir atteindre leur objectif des 700 milliards de dollars d'investissement dans la r&#233;gion d'ici 2035. Le m&#233;gaport de Chancay qui vient d'&#234;tre inaugur&#233; est leur fleuron dans la r&#233;gion pour les &#171; routes de la soie &#187;. N&#233;anmoins, le ralentissement &#233;conomique affecte &#233;galement la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si le Parti communiste chinois s'inscrit dans le discours sur le multilat&#233;ralisme, la construction des BRICS et du &#171; Sud Global &#187;, nombreux sont les militant&#183;es qui ont bien conscience que le capitalisme vorace du g&#233;ant asiatique ne saurait incarner une perspective alternative r&#233;elle en termes d'&#233;mancipation, de d&#233;veloppement et, m&#234;me, en termes diplomatiques d'ailleurs. On l'a vu avec leur silence face aux massacres &#224; Gaza, voire leur soutien &#224; Netanyahou de mani&#232;re directe ou indirecte. Ils d&#233;fendent un autre ordre global, certes, mais qui ne sera pas forc&#233;ment celui de lib&#233;ration des peuples du Sud[7].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;gion latino-am&#233;ricaine se trouve au contact de deux plaques tectoniques en lutte : un imp&#233;rialisme dominant, violent et en crise et une h&#233;g&#233;monie imp&#233;riale globale potentiellement en devenir &#224; l'&#233;chelle du si&#232;cle. &#192; ce stade, les &#201;tats-Unis d&#233;pensent plus de 36 % de l'ensemble des d&#233;penses militaires de la plan&#232;te. C'est consid&#233;rable. 250 000 militaires &#233;tatsunien&#183;nes sont d&#233;ploy&#233;&#183;es autour du monde, alors qu'il y a quelques centaines de militaires Chinois et peut-&#234;tre 30 &#224; 35 000 Russes&#8230; Trump veut s'appuyer sur cette &#233;norme puissance militaro-industrielle pour essayer de recomposer la place des &#201;tats-Unis comme acteur global global player toujours intouchable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que tu as des &#233;l&#233;ments sur les r&#233;sistances &#224; cette offensive en Am&#233;rique latine ? Ainsi que l'attitude des gouvernements dits &#171; progressistes &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Franck Gaudichaud &lt;/strong&gt; : Concernant les gouvernements progressistes ou de centre-gauche, ils d&#233;noncent l'agression contre le Venezuela, l'enl&#232;vement du Pr&#233;sident Maduro, la rupture de l'ordre international, la violation de souverainet&#233; d'un pays voisin. Aussi bien Lula, Claudia Sheinbaum au Mexique, Boric au Chili et Gustavo Petro de mani&#232;re plus claire encore en Colombie, ce qui ne veut pas dire d'ailleurs une adh&#233;sion au r&#233;gime Maduro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lula est intervenu essentiellement au plan diplomatique et de mani&#232;re assez timor&#233;e : il a r&#233;clam&#233; une r&#233;union urgente de l'ONU, comme espace l&#233;gitime de r&#232;glement des conflits internationaux, essay&#233; de mobiliser l'Organisation des &#201;tats am&#233;ricains &#233;galement, mais il montre en m&#234;me temps une certaine impuissance, et a redit que selon lui, la lib&#233;ration de Maduro n'&#233;tait pas la priorit&#233; (marquant &#224; nouveau ses distances avec Caracas). Alors que dans les ann&#233;es 2000, les gouvernements nationaux-populaires avaient une capacit&#233; forte de coop&#233;ration et de mise en commun, avec l'UNASUR, la CELAC et m&#234;me l'ALBA[8] pour essayer de peser sur la sc&#232;ne internationale, on est plut&#244;t face de nouveau &#224; la fragmentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne parle plus des projets de Banque du Sud, voire d'une monnaie commune alternative . Aujourd'hui, l'id&#233;al de la Patria grande (la grande Patrie latino-am&#233;ricaine de Jos&#233; Mart&#237;) est en recul, les nationalismes et les extr&#234;mes droites ont le vent en poupe, l'effondrement de l'exp&#233;rience bolivarienne p&#232;se sur toute la r&#233;gion, Cuba est asphyxi&#233;e et en danger, le Mouvement au socialisme (MAS) bolivien s'entred&#233;chire, l'exp&#233;rience Boric laisse la place &#224; Kast, etc. Les gouvernements progressistes en place (Br&#233;sil, Colombie, Mexique, Uruguay) paraissent relativement isol&#233;s, m&#234;me si Petro et davantage encore Claudia Sheimbaum ont su consolider une base sociale pluriclassiste et &#233;lectorale solide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le facteur d&#233;cisif dans un tel contexte sont et seront les r&#233;sistances &#171; par en bas &#187;, les luttes de classes et populaires, f&#233;ministes, paysannes, autochtones, ind&#233;pendamment de la position des gouvernements, pour l'auto-d&#233;termination et la souverainet&#233; nationale. Une mani&#232;re d'avoir plus de poids sur la sc&#232;ne r&#233;gionale et face &#224; Trump, y compris pour les gauches au pouvoir, serait de s'appuyer sur une population mobilis&#233;e, revendiquant l'horizon historique anti-imp&#233;rialiste qui est encore tr&#232;s pr&#233;sent dans les imaginaires et valeurs collectives d'une partie des latino-am&#233;ricain&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, au Br&#233;sil ou chez Boric au Chili, la politique progressiste a plut&#244;t &#233;t&#233; de d&#233;sactiver les luttes et les acteurs mobilis&#233;s. Sans parler d'ailleurs du Venezuela. Le gouvernement Maduro a coopt&#233; et/ou r&#233;prim&#233; les r&#233;sistances, et ce qu'il n'a pas fait directement, l'effondrement &#233;conomique et les sanctions s'en sont charg&#233;s. Il reste des &#171; communes &#187; et certaines exp&#233;riences d'auto-organisation courageuses, &#224; soutenir, mais fragiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci ne veut pas dire qu'il n'y a pas en ce moment m&#234;me des mobilisations et des r&#233;sistances multiples. Le continent de Sandino et des zapatistes reste parsem&#233; de luttes. Au Br&#233;sil c'est tr&#232;s clair, on l'a vu dans la derni&#232;re p&#233;riode et le Mouvement des sans terre (MST) reste puissant, malgr&#233; ces d&#233;bats internes quant &#224; la relation avec le lulisme. En &#201;quateur aussi face &#224; Noboa, avec les grandes mobilisations de la CONAIE, la Conf&#233;d&#233;ration des nations indig&#232;nes d'&#201;quateur, des syndicats urbains, des collectifs &#233;cologiques, qui ont r&#233;ussi &#224; infliger une d&#233;faite politique cuisante au gouvernement lors du r&#233;f&#233;rendum de novembre 2025, rejetant le projet de nouvelle base militaire yankee et la r&#233;forme autoritaire de la Constitution. Donc dans plusieurs pays, &#231;a bouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait parler de la puissance des mouvements f&#233;ministes, autochtones et d&#233;coloniaux : c'est par exemple un espoir au Chili pour affronter Kast et ses mesures de r&#233;gression sociale, raciste et patriarcale. Mais il n'y a pas actuellement de mobilisations &#224; une &#233;chelle continentale, comme il y a pu en avoir par le pass&#233;, par exemple pour affronter le projet de l'ALCA[9], d&#233;fait en 2005. Un point d'appui qui pourrait &#234;tre vraiment fondamental ce sont les mobilisations de plus en plus massives en cours dans le c&#339;ur des &#201;tats-Unis, le mouvement &#171; No King &#187;, les luttes contre les violences polici&#232;res et la police fasciste de l'immigration (ICE), la victoire de Mamdani &#224; New York, la recomposition de la gauche contre l'establishment D&#233;mocrate&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sinon, il faut bien reconnaitre qu'il a un flux montant n&#233;o-conservateur, voire r&#233;actionnaire, sur de nombreux plans dans la plupart des pays, qui p&#232;se lourdement. La violence aussi envahit le quotidien et les m&#233;dias, celle des cartels et du narcotrafic, celle de l'&#201;tat ou des paramilitaires ou celle li&#233;e aux migrations forc&#233;es. C'est le cas au Chili, que je connais de pr&#232;s. Il est imp&#233;ratif pour nous de bien comprendre ce qui a conduit ce pays d'un grand soul&#232;vement populaire en 2019 (lourdement r&#233;prim&#233;) &#224; la victoire massive du n&#233;o-pinochetisme de Jos&#233; Antonio Kast en 2025 : c'est fondamental, selon moi, car c'est une d&#233;faite majeure pour toutes les gauches sociales et politiques dans un pays embl&#233;matique du n&#233;olib&#233;ralisme mondial[10].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous traversons un moment o&#249; les n&#233;ofascismes et les extr&#234;mes droites conservatrices peuvent apparaitre comme une &#171; alternative &#187; aux yeux d'une partie significative des classes populaires. O&#249; les gauches sont d&#233;cr&#233;dibilis&#233;es ou ont perdu le contact avec les couches populaires au profit des &#201;glises &#233;vang&#233;liques conservatrices. O&#249; les gauches anticapitalistes restent faibles, sectaires ou peu cr&#233;dibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, de notre point de vue, les extr&#234;mes-droites sont une &#171; alternative &#187; ultra-r&#233;gressive au service du capital, de la destruction de l'environnement, du patriarcat, de la domination brutale des oligarchies, du technof&#233;odalisme, etc. Et aussi au service de l'imp&#233;rialisme US dans les Am&#233;riques. Ainsi, Kast s'est f&#233;licit&#233; bruyamment de la s&#233;questration de Maduro et de Cilia Flores. C'est la m&#234;me chose du c&#244;t&#233; de Noboa qui a publi&#233; des tweets affirmant que l'attaque &#233;tait une excellente nouvelle pour l'Am&#233;rique latine. L'extr&#234;me droite br&#233;silienne pense la m&#234;me chose. Ce sont des &#171; laquais &#187; de Trump.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les &#233;lections vont avoir lieu au Br&#233;sil, en Colombie et au P&#233;rou dans quelques mois. En Colombie, il y a un risque r&#233;el de voir un retour de la droite. Qu'en sera-t-il au Br&#233;sil, avec une gauche institutionnelle toujours d&#233;pendante de la figure d'un Lula vieillissant (80 ans) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles pistes donnerais-tu comme programme transitoire anti-imp&#233;rialiste mondial ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Franck Gaudichaud &lt;/strong&gt; : C'est tr&#232;s (trop) ambitieux !, car je ne saurai r&#233;pondre seul &#224; une telle question, qui, de plus, devrait &#234;tre d&#233;clin&#233;e selon des conditions locales, nationales, puis globales sur la base des &#233;laborations collectives des populations concern&#233;es. Ce qu'on peut dire ais&#233;ment, c'est que ce n'est certainement pas dans ce contexte de militarisation, d'offensives imp&#233;riales, de guerres, de g&#233;nocide de Gaza, d'invasion du Venezuela, de soumissions g&#233;n&#233;ralis&#233;es des peuples &#224; des gouvernements autoritaires, de r&#233;pression de masse comme en Iran, de fascisation qu'on va trouver l'issue&#8230; Donc comme le disait l'ami Daniel Bensa&#239;d, il faut d&#233;j&#224; commencer par dire &#171; non ! &#187; et r&#233;sister &#224; l'air du temps, surtout quand le fond de l'air est brun[11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte actuel latino-am&#233;ricain, ce que les gauches militantes et radicales cherchent &#224; construire, c'est d&#233;j&#224; une r&#233;sistance anti-imp&#233;rialiste la plus large et la plus unitaire possible &#224; une &#233;chelle continentale, en soutien au Venezuela et pour se d&#233;fendre d&#232;s maintenant face &#224; de nouvelles interventions sur le continent. &#192; ce stade, comme nous le disent les compa&#241;erxs sur place, la mobilisation continentale reste tr&#232;s en de&#231;&#224; de l'urgence du moment. Ils et elles exigent d&#233;j&#224; le retrait imm&#233;diat de l'immense armada que les &#201;tats-Unis maintiennent depuis des mois dans les Cara&#239;bes et la lib&#233;ration imm&#233;diate de Nicol&#225;s Maduro et de Cilia Flores, selon le principe clair que c'est au peuple v&#233;n&#233;zu&#233;lien, et seulement lui, de d&#233;cider qui le gouverne[12].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays du &#171; Sud &#187;, cela n&#233;cessite la cr&#233;ation de fronts unis larges pour rejeter les atteintes &#224; la souverainet&#233;, &#224; l'autod&#233;termination. Mais de tels fronts de r&#233;sistance, ouverts, ne devraient aucunement sacrifier, en m&#234;me temps, la construction de gauches combatives, ind&#233;pendantes des bourgeoisies nationales, de toute forme de bonapartisme et de progressismes gouvernementaux chancelants qui ont montr&#233; toutes leurs contradictions depuis 25 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela veut dire aussi un d&#233;bat clair avec les nombreux courants &#171; campistes &#187; latino-am&#233;ricains, comme au plan international : la &#171; g&#233;opolitique &#187; ne saurait conduire &#224; mettre sous le tapis la lutte contre les autoritarismes (quels qu'ils soient) et la n&#233;cessaire d&#233;fense inconditionnelle des peuples en lutte contre des imp&#233;rialismes autres que celui de Trump (&#224; commencer par la Russie). Dans les pays du &#171; Nord global &#187;, l'urgence est la construction d'une solidarit&#233; internationaliste active et concr&#232;te. C'est ce que nous avons commenc&#233;, encore timidement, &#224; mettre en place en France autour du Venezuela et qui commence &#224; &#234;tre pens&#233; &#224; nouveau pour Cuba.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un internationalisme qui aura aussi comme t&#226;che de d&#233;noncer l'hypocrisie et la responsabilit&#233; de nos propres gouvernements dans le d&#233;sordre du monde et leur soumission &#224; Trump : Gaza est venu le rappeler douloureusement et, sur le Venezuela, la position scandaleuse du gouvernement Macron &#233;galement. &#192; court terme, en mars 2026, la conf&#233;rence antifasciste de Porto Alegre pourrait &#234;tre un point d'appui &#224; valoriser[13].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On esp&#232;re qu'elle saura &#234;tre transform&#233;e aussi en conf&#233;rence internationale anti-imp&#233;rialiste pour essayer de regrouper autour d'objectifs communs, sans sectarismes, des forces politiques mais aussi sociales, qui ne sont pas d'accord sur tout, le PT, le PSOL, la CUT br&#233;silienne, des secteurs des gauches radicales de tout le continent, la Via Campesina, les forces syndicales et f&#233;ministes, des mouvements sociaux d'un peu partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant les alternatives concr&#232;tes, on devrait essayer de mettre en avant la consigne de &#171; guerre &#224; la guerre imp&#233;rialiste &#187;, contre la militarisation folle en cours, tout en soutenant celles et ceux qui m&#232;nent courageusement, les armes &#224; la main, des r&#233;sistances de lib&#233;ration, notamment en Ukraine, en Palestine ou dans le Kurdistan. Au-del&#224; de cet aspect &#171; d&#233;fensif &#187;, cela signifie penser collectivement et &#171; en positif &#187;, la construction d'alternatives d&#233;mocratiques dans un contexte d'effondrement climatique, de la biosph&#232;re, de la biodiversit&#233;, et donc penser un programme de transition postcapitaliste et postproductiviste, soit une perspective &#224; la fois &#233;cosocialiste et de la d&#233;croissance choisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;croissance &#233;videmment dans les pays riches, mais &#171; juste &#187;, diff&#233;renci&#233;e selon des crit&#232;res intersectionnels (de classe, de genre, de race) et aussi d&#233;croissance pour les oligarchies des pays du Sud. Avec une reconstruction des services publics, une redistribution radicale des richesses, la planification &#233;cologique &#224; plusieurs &#233;chelles (du local au global) bas&#233;es sur la d&#233;lib&#233;ration, le communalisme, l'auto-organisation et le contr&#244;le d&#233;mocratique. Une perspective qui pose la question de l'exploitation et des oppressions qui traversent nos soci&#233;t&#233;s et nous traversent comme individus (racistes, sexistes, validistes, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela, on ne saurait le &#171; proclamer &#187; de mani&#232;re abstraite, comme un mantra. Comment co-construire des programmes et des mesures transitoires tr&#232;s concr&#232;tes qui s'inscrivent dans une strat&#233;gie plus g&#233;n&#233;rale sur la base de d&#233;lib&#233;rations larges ? De quelles histoires pass&#233;es nous inspirer et tirer des le&#231;ons ? Comment les gauches peuvent-t-elles &#224; nouveau &#171; enchanter le monde &#187;, parler aux &#171; affects &#187; de millions de personnes, forger un bloc historique qui pose la question du pouvoir et de sa conqu&#234;te, sans se renier, ni verser dans le dogmatisme ? Commen&#231;ons d&#233;j&#224; par &#233;viter les r&#233;ponses toutes faites, le 20e si&#232;cle et ses horreurs sont toujours l&#224;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le sait, il n'y aura pas d'&#233;mancipation, s'il n'y a pas une &#233;mancipation du travail ; la reconstruction des droits des travailleurs&#183;euses (salari&#233;&#183;es comme pr&#233;caires) pourrait &#234;tre une premi&#232;re boussole. Ayons aussi des &#171; antennes &#187;, &#224; l'&#233;coute des utopies et exp&#233;riences pratiques. Par exemple, l'Am&#233;rique latine est la terre du zapatisme, de plusieurs processus r&#233;volutionnaires, et ces mouvements d&#233;battent depuis une vingtaine d'ann&#233;es des chemins pour construire une soci&#233;t&#233; du &#171; bien-vivre &#187;, qui s'appuie sur une r&#233;interpr&#233;tation de certaines revendications et pratiques communautaires des peuples autochtones. M&#234;me chose sur les droits des femmes et toutes les revendications f&#233;ministes contre le patriarcat[14].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a vu &#224; quel point le mouvement f&#233;ministe chilien &#233;tait capable d'avoir une vision transversale et radicale pour r&#233;pondre &#224; la &#171; pr&#233;carisation de la vie &#187;, pour affronter le n&#233;olib&#233;ralisme, favoriser l'accueil digne des migrant&#183;es, d&#233;fendre les droits des peuples autochtones. Il faut donc partir de l&#224; pour penser les transitions, les d&#233;cliner pays par pays, mais aussi par la reconstruction de solidarit&#233;s r&#233;gionales et internationales. Face au capital mondialis&#233;, il est indispensable de penser aussi &#224; ce niveau-l&#224;. Ceci sans c&#233;der aux sir&#232;nes du &#171; patriotisme &#187; d'une partie de la gauche, y compris d&#233;coloniale, en assumant qu'il faut effectivement &#171; r&#234;ver &#187; &#224; nouveau, r&#233;inventer nos puissances collectives, aider &#224; coconstruire les souverainet&#233;s populaires &#224; plusieurs &#233;chelles (dont l'&#233;chelle nationale, c'est certain)[15].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pensons que la situation est surd&#233;termin&#233;e par la catastrophe (d&#233;j&#224; en cours) du bouleversement climatique et qu'il faut tout repenser sur cette base si nous voulons &#233;viter un v&#233;ritable cataclysme. Le fameux &#171; programme de transition &#187; (propos&#233; d&#232;s 1938 par Trotsky) doit ainsi &#234;tre repens&#233; de fond en comble. C'est dans cette perspective que la Quatri&#232;me internationale a vers&#233; au d&#233;bat, en plusieurs langues, le Manifeste pour une r&#233;volution &#233;cosocialiste &#8211; Rompre avec la croissance capitaliste, fruit d'une &#233;laboration collective internationale de plusieurs ann&#233;es[16]. Les d&#233;fis sont colossaux : il est urgent de &#171; tirer le frein d'urgence &#187;, pour reprendre la belle formule de Walter Benjamin. Cependant l'ampleur des enjeux ne doit pas nous paralyser. Comme l'&#233;crit Daniel Tanuro, &#171; il est trop tard pour &#234;tre pessimistes &#187;[17]. Trump, Netanyahu, Macron, Poutine et leur monde sont capables du pire, sentons-nous capables de penser le meilleur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet entretien a &#233;t&#233; men&#233; par Antoine Larrache pour la revue Inprecor (&lt;a href=&#034;https://inprecor.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://inprecor.fr&lt;/a&gt;), et actualis&#233; pour Contretemps Web.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Notes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;[1] &#171; &#201;tats-Unis : comprendre la &#171; nouvelle doctrine de s&#233;curit&#233; nationale &#187; et ses implications &#187;, Contretemps web, 16 janvier 2026.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] La nouvelle guerre froide, Gilbert Achcar, janvier 2024, &#201;ditions du Croquant. Lire aussi &#171; Aux origines de la nouvelle guerre froide. Entretien avec Gilbert Achcar &#187;, Contretemps web, 29 avril 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Diogo Machado, Francisco Lou&#231;&#227;, &#171; Nouvelles et anciennes oligarchies &#8211; Les transformations du r&#233;gime d'accumulation du capital &#187;, Contretemps Web, 13 janvier 2026.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Samir Amin, Le d&#233;veloppement in&#233;gal, &#201;d. de Minuit, 1973 et Ernest Mandel, Le troisi&#232;me &#226;ge du capitalisme, &#201;dition 10/18, 1976. Pour une synth&#232;se des d&#233;bats sur l'imp&#233;rialisme, voir Benjamin B&#252;rbaumer, Le Souverain et le March&#233;. Th&#233;ories contemporaines de l'imp&#233;rialisme, Ed. Amsterdam, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Benjamin B&#252;rbaumer, Chine/&#201;tats-Unis, le capitalisme contre la mondialisation, La D&#233;couverte, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] La quatri&#232;me flotte de la marine militaire &#233;tatsunienne a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e en 1943 pour faire face aux sous-marins allemands dans l'oc&#233;an atlantique, puis dissoute en 1950. Elle a &#233;t&#233; reconstitu&#233;e en 2008 pour veiller sur les c&#244;tes latino-am&#233;ricaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] &#201;ric Toussaint, &#171; Pourquoi les BRICS n'agissent pas contre le g&#233;nocide en cours &#224; Gaza &#187;, Contretemps web, 6 octobre 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Les &#201;tats-Unis sont membres de l'OEA, mais pas de l'Union des nations sud-am&#233;ricaines (UNASUR), de la Communaut&#233; d'&#201;tats latino-am&#233;ricains et cara&#239;bes (CELAC) et de l'Alliance bolivarienne pour les Am&#233;riques (ALBA).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Zone de libre-&#233;change des Am&#233;riques (ZLEA ou ALCA selon la langue).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Karina Nohales, Pablo Abufom Silva, &#171; Kast : la &#8220;voie d&#233;mocratique&#8221; vers le pinochetisme &#187;, Contretemp Web, 15 d&#233;cembre 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Daniel Bensaid, Les irr&#233;ductibles. Th&#233;or&#232;mes de la r&#233;sistance &#224; l'air du temps, Textuel, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Lire la d&#233;marche initi&#233;e par des militant&#183;es latino-Am&#233;ricains &#171; Arr&#234;ter l'offensive n&#233;ocoloniale de Trump au Venezuela et en Am&#233;rique latine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Du 26 au 29 mars. Les informations, programme et inscriptions sont sur le site : &lt;a href=&#034;https://antifas2026.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://antifas2026.org&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Veronica Gago, La puissance f&#233;ministe ou le d&#233;sir de tout changer, Ed. Divergences, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Collectif, &#171; R&#234;ver en mat&#233;rialistes internationalistes &#187;, Contretemps web, 10 mars 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Manifeste pour une r&#233;volution &#233;cosocialiste &#8211; Rompre avec la croissance capitaliste est disponible dans diverses langues sur le site de la IVe Internationale, et &#233;dit&#233; par La Br&#232;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Daniel Tanuro, Trop tard pour &#234;tre pessimistes ! &#201;cosocialisme ou effondrement, Textuel, 2020&lt;/p&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les enjeux de l'intervention imp&#233;rialiste au Venezuela</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Les-enjeux-de-l-intervention-imperialiste-au-Venezuela</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Les-enjeux-de-l-intervention-imperialiste-au-Venezuela</guid>
		<dc:date>2026-02-17T11:19:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Franck Gaudichaud</dc:creator>


		<dc:subject>V&#233;n&#233;zuela</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2026-02-17</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'attaque et l'enl&#232;vement de Maduro s'inscrivent dans la nouvelle strat&#233;gie des &#201;tats-Unis pour la r&#233;organisation du monde. Cette strat&#233;gie passe notamment par un renforcement de la pression imp&#233;rialiste sur l'Am&#233;rique latine. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Inprecor 741 - f&#233;vrier 2026 11 f&#233;vrier 2026 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Frank Gaudichaud &lt;br class='autobr' /&gt;
Vladimir Padrino Lopez, Delcy Rodriguez et l'ambassadeur russe Sergey M&#233;lik-Bagdasarov, mai 2025. Juan Barreto/AFP via Getty/images &lt;br class='autobr' /&gt;
Que s'est-il pass&#233; lors de l'enl&#232;vement de Maduro ? (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Venezuela-+" rel="tag"&gt;V&#233;n&#233;zuela&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Etats-Unis-231-+" rel="tag"&gt;&#201;tats-Unis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Amerique-centrale-et-du-sud-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2026-02-17-+" rel="tag"&gt;Edition du 2026-02-17&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH97/1500-973-max-fd669.jpg?1771327306' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='97' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'attaque et l'enl&#232;vement de Maduro s'inscrivent dans la nouvelle strat&#233;gie des &#201;tats-Unis pour la r&#233;organisation du monde. Cette strat&#233;gie passe notamment par un renforcement de la pression imp&#233;rialiste sur l'Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Inprecor 741 - f&#233;vrier 2026&lt;br class='autobr' /&gt;
11 f&#233;vrier 2026&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Frank Gaudichaud&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vladimir Padrino Lopez, Delcy Rodriguez et l'ambassadeur russe Sergey M&#233;lik-Bagdasarov, mai 2025. Juan Barreto/AFP via Getty/images&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que s'est-il pass&#233; lors de l'enl&#232;vement de Maduro ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas mal d'&#233;l&#233;ments et de d&#233;tails nous sont encore inconnus, mais nous sommes face &#224; une agression imp&#233;rialiste de grande envergure et, litt&#233;ralement, &#224; un coup d'&#201;tat, qui se sont d&#233;roul&#233;s dans la nuit du 2 au 3 janvier. Le Venezuela a &#233;t&#233; bombard&#233; avec un d&#233;ploiement militaire in&#233;dit (avec plus de 150 avions et h&#233;licopt&#232;res). C'est la premi&#232;re fois qu'un pays d'Am&#233;rique du Sud est bombard&#233; de la sorte (rappelons l'intervention contre Noriega, au Panama, en 1989, ou l'invasion de la Grenade en 1983, avec l'arrestation puis l'ex&#233;cution du Premier ministre Maurice Bishop).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence militaire US &#233;tait massive dans l'espace Cara&#239;bes depuis plusieurs mois, avec notamment la pr&#233;sence du plus grand porte-avions au monde, le Gerald-Ford, tout cela au pr&#233;texte de la lutte contre le narcotrafic. La possibilit&#233; d'une intervention s'est finalement confirm&#233;e. Il y a eu d&#233;barquement au sol de forces sp&#233;ciales le temps de l'intervention et de la destruction de plusieurs points n&#233;vralgiques et de d&#233;fense. L'absence quasi totale de d&#233;fense organis&#233;e, notamment antia&#233;rienne, des Forces arm&#233;es nationales bolivariennes (FANB) a permis en un temps record de capturer et de s&#233;questrer le pr&#233;sident Maduro et sa compagne, la d&#233;put&#233;e Cilia Flores, qui ont donc &#233;t&#233; &#171; extrait&#183;es &#187; et d&#233;port&#233;&#183;es aux &#201;tats-Unis. Ils ont m&#234;me &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;s &#224; un juge &#224; New York avec des charges fantaisistes, dont celle d'&#234;tre &#224; la t&#234;te d'un &#171; Narco-&#201;tat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette op&#233;ration militaire, qui viole la souverainet&#233; du Venezuela et &#8211; &#233;videmment &#8211; toutes les lois internationales (qui sont le dernier des soucis de Trump), inaugure une tentative brutale de recolonisation du pays et, peut-&#234;tre m&#234;me, la mise en place d'un protectorat sur le moyen terme, si on l'en croit les premi&#232;res annonces de la Maison Blanche. Dans le cadre de la longue crise du capitalisme, du d&#233;clin de l'h&#233;g&#233;monie mondiale des &#201;tats-Unis et de la r&#233;organisation violente du syst&#232;me inter-imp&#233;rialiste, Trump a pour objectif de discipliner tout &#171; l'h&#233;misph&#232;re &#187; sous sa coupe, gr&#226;ce au plus grand arsenal militaro-industriel que l'humanit&#233; ait jamais construit. Il s'agit, &#233;galement et plus directement, de reprendre le contr&#244;le du Venezuela bolivarien et de pr&#233;parer le saccage colonial de l'immense r&#233;serve de p&#233;trole lourd du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Selon tes informations, quelle est l'attitude de l'appareil d'&#201;tat et des couches dominantes au Venezuela par rapport &#224; cette op&#233;ration ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore en voie de r&#233;organisation. Ce qu'on constate &#8211; et que confirment nos contacts sur place &#8211;, c'est que suite &#224; la s&#233;questration du pr&#233;sident, il y a bien une continuit&#233; de l'appareil d'&#201;tat maduriste, qui est incarn&#233; aujourd'hui par la figure de la pr&#233;sidente int&#233;rimaire Delcy Rodr&#237;guez. Aussi bien les directions militaires que civiles, les hautes strates de la bureaucratie et les diff&#233;rentes factions de la bourgeoisie affairiste bolivarienne semblent faire bloc&#8230; pour l'instant. Bien s&#251;r, l'attitude de l'arm&#233;e, pilier du contr&#244;le politique de Maduro, particuli&#232;rement depuis les crises de 2017-2019, est d&#233;terminante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit pour l'instant aux c&#244;t&#233;s de Delcy Rodr&#237;guez les principaux&#183;les dirigeant&#183;es de ce qu'&#233;tait le madurisme au pouvoir depuis 2013. &#192; commencer par Diosdado Cabello, qui est l'homme fort du r&#233;gime, puisqu'il tient la police et a des liens tr&#232;s forts avec l'arm&#233;e et avec la Chine. L'ind&#233;boulonnable ministre de la D&#233;fense et chef d'&#233;tat-major, Vladimir Padrino L&#243;pez affiche &#233;galement son soutien, comme le fr&#232;re de la pr&#233;sidente, Jorge Rodr&#237;guez, l'un des hommes cl&#233;s du chavisme, puis du madurisme, aujourd'hui pr&#233;sident de l'Assembl&#233;e nationale. Il y a n&#233;anmoins des doutes sur jusqu'&#224; quel point un secteur du r&#233;gime aurait l&#226;ch&#233; Maduro en amont et &#171; pact&#233; &#187; la transition en cours, face &#224; la pression maximale exerc&#233;e par les &#201;tats-Unis et aux &#233;checs r&#233;p&#233;t&#233;s des n&#233;gociations avec Trump. Toute une partie de la bureaucratie en place, et particuli&#232;rement les hauts dignitaires militaires, cherche &#224; sauver ses int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques dans l'extraction p&#233;troli&#232;re et mini&#232;re et son impunit&#233;&#8230; Mais avec quelle marge de man&#339;uvre aujourd'hui ? Et en l'absence d'un vaste mouvement de r&#233;sistance nationale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait est qu'il n'y a pas eu de capacit&#233; de r&#233;action face &#224; une agression, pourtant attendue dans le monde entier et avec des forces arm&#233;es suppos&#233;ment en alerte permanente. Plusieurs milliards de dollars ont &#233;t&#233; investis dans du mat&#233;riel russe et chinois, notamment pour prot&#233;ger Caracas et l'espace a&#233;rien, avec une d&#233;fense antia&#233;rienne et des radars sophistiqu&#233;s, au cours des derni&#232;res ann&#233;es. Tout semble avoir &#233;t&#233; neutralis&#233; en amont. Il y a donc de nombreuses inconnues de ce point de vue, mais il n'y a eu aucun ordre de d&#233;fense. Ce silence signifie-t-il des complicit&#233;s actives ou passives internes, une perte de contr&#244;le totale de la chaine de commandement, une passivit&#233; strat&#233;gique assum&#233;e de l'&#233;tat-major dans l'attente d'une r&#233;organisation du pouvoir sans Maduro ? Les d&#233;bats et les rumeurs vont bon train &#224; Miraflores, comme dans tout le Venezuela. Ceux qui ont pay&#233; le prix de cette d&#233;b&#226;cle, ce sont plus de 100 personnes (civil&#183;es et militaires), dont les membres de la garde personnelle de Maduro et particuli&#232;rement 32 agent&#183;s cubain&#183;es assassin&#233;&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la position de Delcy Rodr&#237;guez, elle a confirm&#233; la mise en place de l'&#201;tat d'exception : on est donc loin d'une perspective d'ouverture et de d&#233;mocratisation, c'est tout le contraire, m&#234;me si plusieurs prisonnier&#183;es politiques ont aussi &#233;t&#233; rel&#226;ch&#233;&#183;es, dont l'opposant Enrique Marquez. Les d&#233;clarations de Rodriguez semblent confirmer ce que Trump et Marco Rubio ont fi&#232;rement annonc&#233;, dans leur conf&#233;rence de presse apr&#232;s l'agression : ils seraient dispos&#233;s &#224; la mise en place d'une nouvelle &#232;re de &#171; &lt;i&gt;&#8197;coop&#233;ration&lt;/i&gt; &#187; avec les &#201;tats-Unis, notamment pour faciliter la &#171; &lt;i&gt;&#8197;reconstruction&lt;/i&gt; &#187; de l'industrie p&#233;troli&#232;re sous contr&#244;le imp&#233;rialiste. En interne, la pr&#233;sidente a n&#233;anmoins r&#233;p&#233;t&#233; qu'il s'agit de sauver la souverainet&#233; du pays, elle demande officiellement la lib&#233;ration de Maduro et Flores et prend des accents anti-imp&#233;rialistes dans ses discours &#224; la t&#233;l&#233;vision. Le patron de la CIA vient pourtant d'&#234;tre re&#231;u &#224; Caracas et m&#234;me m&#233;daill&#233; ! Trump a annonc&#233; qu'il annulait toute nouvelle attaque car &#171; &lt;i&gt;les &#201;tats-Unis et le Venezuela travaillent d&#233;sormais bien ensemble&lt;/i&gt; &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jusqu'&#224; quel point un madurisme sans Maduro pourra-t-il s'organiser ? Pourquoi n'y a-t-il pas de mobilisation importante des bases chavistes et populaires ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'option que l'on pensait &#234;tre celle de Trump &#233;tait celle d'un &lt;strong&gt;regime change&lt;/strong&gt; en pla&#231;ant sur le tr&#244;ne l'opposition ultraconservatrice n&#233;olib&#233;rale et pro-&#201;tats-Unis incarn&#233;e par Maria Corina Machado et le candidat &#224; la pr&#233;sidentielle de 2024 Edmundo Gonzalez, d&#233;chu suite &#224; fraude &#233;lectorale. Mais Machado a &#233;t&#233; humili&#233;e publiquement et mise de c&#244;t&#233; par Trump : et ce n'est pas le cadeau de sa m&#233;daille de prix Nobel de la paix &#224; l'autocrate des &#201;tats-Unis qui y changera grand-chose ! Le pari de Trump est donc clairement de s'appuyer sur l'appareil d'&#201;tat maduriste, en faisant le calcul qu'ils tiennent le pays (d'une main de fer) et en constatant qu'ils conservent le soutien de l'arm&#233;e et aussi une certaine base sociale, le chavisme populaire, qu'il convient de canaliser. Ceci en exer&#231;ant en parall&#232;le une menace et contrainte politico-militaire imp&#233;riale consid&#233;rable. Les calculs de Washington sont que Corina Machado et Edmundo Gonz&#225;lez ne seraient pas capables de r&#233;organiser brutalement le pays sans un appui direct de l'imp&#233;rialisme, y compris avec des troupes au sol. Un sc&#233;nario &#224; l'irakienne est inenvisageable pour Trump et serait trop couteux, y compris au plan domestique, alors que sa base MAGA est tr&#232;s critique, que la situation aux &#201;tats-Unis n'est pas bonne et que des &lt;i&gt;midterms&lt;/i&gt; arrivent bient&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il est assez surprenant que l'appareil d'&#201;tat et la bolibourgeoisie soient capables d'un tel bouleversement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde est dans l'expectative, le gouvernement int&#233;rimaire v&#233;n&#233;zu&#233;lien en place souffle le chaud et le froid, y compris par rapport &#224; sa propre population. Mais la chute est violente, notamment pour celles et ceux qui pensaient possible une r&#233;sistance nationale massive. C'est la peur et l'incertitude qui dominent et s'il y a eu quelques manifestations de soutien &#224; Maduro, elles sont rest&#233;es relativement timides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas si surprenant. D'une part, face &#224; l'immense asym&#233;trie militaire et &#224; la pression politique maximale exerc&#233;e par l'imp&#233;rialisme US contre le Venezuela, dans un contexte r&#233;gional de plus en plus hostile. Mais aussi car on assiste, depuis bien plus d'une d&#233;cennie, &#224; un d&#233;litement autoritaire, &#224; un effondrement politique, &#224; la destruction &#233;conomique du pays de Ch&#225;vez et de ce qu'avait pu incarner un temps, dans les ann&#233;es 2000, le processus bolivarien et son impulsion national-populaire radicale, progressiste et anti-imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le madurisme a approfondi les points les plus probl&#233;matiques du chavisme et consolid&#233; une caste bolibourgeoise au pouvoir, oligarchique, qui a accumul&#233; par la d&#233;possession et par la corruption les devises issues de l'extraction p&#233;troli&#232;re et mini&#232;re. Apr&#232;s avoir r&#233;prim&#233; les manifestations et secteurs de l'opposition conservatrice pro-imp&#233;rialiste, ferm&#233; un temps le parlement &#233;lu et concentr&#233; les pouvoirs, Maduro a fait de m&#234;me pour l'opposition de gauche, contre d'anciens alli&#233;s d'hier (le Parti communiste notamment), emprisonn&#233; des syndicalistes ou des ex-dirigeant&#183;es chavistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;t&#233;rioration de la situation interne, d&#233;cupl&#233;e par des ann&#233;es de sanctions iniques et de blocus des &#201;tats-Unis, a provoqu&#233; l'exil de 8 millions de V&#233;n&#233;zu&#233;lien&#183;nes (sur 28 millions d'habitant&#183;es !). M&#234;me si dans les derni&#232;res ann&#233;es, il y a eu une lente et continue r&#233;cup&#233;ration &#233;conomique, d'ailleurs incarn&#233;e par la gestion tr&#232;s pragmatique de Delcy Rodr&#237;guez, charg&#233;e de l'extraction du p&#233;trole. Comme le d&#233;noncent plusieurs syndicats v&#233;n&#233;zu&#233;liens, la politique &#233;conomique et les droits du travail sous Maduro ressemblent davantage &#224; une dystopie n&#233;olib&#233;rale sauvage et &#224; une destruction de tous les droits fondamentaux qu'au socialisme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, l'absence des conditions d'une r&#233;sistance anti-imp&#233;rialiste avec une base populaire mobilis&#233;e derri&#232;re un gouvernement national l&#233;gitime est assez &#233;vidente. Et l'administration Trump en a parfaitement conscience. Nous ne sommes pas du tout en avril 2002 quand Hugo Ch&#225;vez subit un coup d'&#201;tat, soutenu par la CIA et le patronat local, et est &#171; sauv&#233; &#187; par une mobilisation populaire tr&#232;s forte, tandis que les militaires montrent leur disposition &#224; rejeter ce coup d'&#201;tat pro-imp&#233;rial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y a-t-il n&#233;anmoins des pans de l'appareil militaro-civil qui sont encore ancr&#233;s dans cette perspective nationale-populaire et dispos&#233;s &#224; r&#233;sister ? Le chavisme populaire, les gauches critiques, les syndicalismes et les mouvements sociaux sont consid&#233;rablement affaiblis, certains d&#233;moralis&#233;s ou d'autres coopt&#233;s. Avec donc beaucoup de r&#233;signation et, m&#234;me, l'espoir (vain) pour une partie non n&#233;gligeable de la population qui pense que cette nouvelle crise pourra desserrer l'&#233;tranglement du pays et que l'arriv&#233;e des capitaux &#233;tatsuniens am&#232;nera un rebond &#233;conomique&#8230; Va-t-on assister &#224; la mise en place d'une sorte de cogestion forc&#233;e et de collaboration &#171; pro-imp&#233;riale &#187; de la part d'une partie de la caste bolibourgeoise pour sauver ses int&#233;r&#234;ts (ce qui est peu probable d'ailleurs sur le long terme), pour d'autre part continuer &#224; tenir le pays dans ce contexte de quasi-protectorat ? Quelles seront les capacit&#233;s de r&#233;organisation autonomes des classes populaires et de lutte pour rejeter &#224; la fois la tutelle de Trump et exiger la d&#233;mocratisation du pays, dans ce nouveau contexte, apr&#232;s des ann&#233;es d'immense pr&#233;carit&#233; mat&#233;rielle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trump expliquait vouloir r&#233;cup&#233;rer les ressources p&#233;troli&#232;res soi-disant vol&#233;es aux &#201;tats-Unis.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le satrape &#233;tatsunien annonce de mani&#232;re directe et sans p&#233;riphrases le saccage auquel il veut se livrer et la reprise du contr&#244;le du pays. Historiquement, depuis la d&#233;couverte du p&#233;trole et les premiers puits en 1914, et surtout au moment de l'&#226;ge d'or de l'extraction dans les ann&#233;es 60 sous la coupe des multinationales yankees, celles-ci ont pu b&#233;n&#233;ficier &#224; plein de l'extraction p&#233;troli&#232;re, avec des taux de profit gigantesques, d&#233;mesur&#233;s, beaucoup plus par exemple qu'en Arabie saoudite ou au Moyen-Orient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci est dans l'esprit de l'oligarchie au pouvoir aux &#201;tats-Unis, et il y a une volont&#233; de revenir &#224; ce type d'accumulation par d&#233;possession. Quand Trump dit qu'ils ont &#233;t&#233; &#171; &#233;cart&#233;s &#187;, on pourrait penser qu'il parle de la nationalisation de 1976 par la social-d&#233;mocratie v&#233;n&#233;zu&#233;lienne (sous Carlos Andr&#233;s P&#233;rez), mais en fait il se r&#233;f&#232;re plus directement &#224; 2007 quand Ch&#225;vez a r&#233;organis&#233; des entreprises mixtes au profit de PDVSA, et nationalis&#233; une grande partie de l'extraction dans la frange p&#233;trolif&#232;re de l'Or&#233;noque, l&#224; o&#249; est la principale r&#233;serve actuellement. Avec probablement 300 milliards de barils, c'est la premi&#232;re r&#233;serve prouv&#233;e &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire, mais d'un bitume extra-lourd et tr&#232;s couteux &#224; raffiner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que voudrait le milliardaire Trump, c'est que cette r&#233;serve repasse dans les mailles des filets d'Exxon, de Chevron et des grandes multinationales &#233;tatsuniennes, et aussi pouvoir dicter le prix du brut mondial (le Venezuela est un acteur central de l'OPEP). Ce n'est pas si facile en vrai, dans un contexte o&#249; pour l'instant 80&#8197;% des exportations vont vers la Chine, et vu le d&#233;labrement tr&#232;s avanc&#233; des infrastructures (avec tout de m&#234;me 800&#8197;000 barils/jour actuellement). En tout cas, il y a de gros investissements &#224; r&#233;aliser : certains parlent de 60 milliards voire 100 milliards de dollars sur plusieurs ann&#233;es, &#224; injecter pour le capital nord-am&#233;ricain. Rien n'est jou&#233; car il faudrait garantir &lt;i&gt;sur le long terme&lt;/i&gt; la maitrise sociale et politique du pays et la marginalisation effective de la Chine. C'est vraiment une perspective de recolonisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en m&#234;me temps, si cet axe &#233;nerg&#233;tique saute aux yeux &#8211; dans son discours, Trump d&#233;clare que &#171; &lt;i&gt;l'argent sort du sol au Venezuela&lt;/i&gt; &#187; &#8211;, l'aspect g&#233;ostrat&#233;gique est &#224; mon sens essentiel et est d'ailleurs exprim&#233; avec brutalit&#233; par Marco Rubio : il s'agit de discipliner toute la r&#233;gion, menacer l'Am&#233;rique du Sud. Avec en ligne de mire, le Br&#233;sil, qui a encore une relative autonomie g&#233;ostrat&#233;gique. Et en m&#234;me temps, r&#233;aligner l'espace des Cara&#239;bes, faire tomber Cuba (l'obsession du clan Rubio) comme un fruit m&#251;r plut&#244;t que par une intervention, Cuba qui perd son alli&#233; essentiel &#224; Caracas, alors que l'&#233;conomie de l'&#238;le est dans une situation encore pire qu'au d&#233;but des ann&#233;es 1990. Et menacer la Colombie, le Mexique, leurs gouvernements progressistes et leur relative autonomie dans l'&#233;chiquier r&#233;gional.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les documents de la &#171; nouvelle strat&#233;gie de s&#233;curit&#233; nationale &#187; de la Maison Blanche, publi&#233;s en d&#233;cembre dernier, confirment une volont&#233; de bouleverser les relations internationales et m&#234;me une &#171; fascisation &#187; de l'ordre mondial. &#201;ric Toussaint vient d'y consacrer une &#233;tude d&#233;taill&#233;e (1). On entre &#224; nouveau dans l'&#232;re des &#201;tats pr&#233;dateurs, du gangst&#233;risme imp&#233;rialiste (qui certes n'a jamais disparu) o&#249; seule la force brute compte : l'Am&#233;rique latine est &lt;i&gt;leur &lt;/i&gt; arri&#232;re-cour, tandis que Poutine peut plus ou moins faire ce qu'il veut &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne (la bourgeoisie europ&#233;enne est m&#233;pris&#233;e pour sa faiblesse et sa division), y compris en Ukraine, tandis que la Chine incarne le v&#233;ritable l'ennemi &#171; syst&#233;mique &#187; : un Empire du milieu &#224; affaiblir dans la r&#233;gion latino-am&#233;ricaine et &#224; contenir en Asie du Sud-Est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'administration Trump est en train de red&#233;couper le monde pour faire face au d&#233;clin de son Empire h&#233;g&#233;monique. Cette nouvelle phase des relations internationales &#224; l'&#232;re du &lt;i&gt;quatri&#232;me &#226;ge du capitalisme &lt;/i&gt; et des grands basculements climatiques et &#233;cologiques est plus dangereuse que jamais, avec la remilitarisation des relations inter-&#233;tatiques et des conflits guerriers d'&#233;chelle continentale. Gilbert Achcar d&#233;crit une &#171; nouvelle guerre froide &#187; (2), bloc contre bloc, et celle-ci est de plus en plus peupl&#233;e de conflits ouverts, &#171; chauds &#187; et de violence coloniale, &#224; commencer par le g&#233;nocide &#224; Gaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment vois-tu le processus de cette recolonisation en Am&#233;rique latine, sachant que la Chine est actuellement le premier partenaire commercial de l'Am&#233;rique latine ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit les cons&#233;quences de ce que nous appelons, depuis quelque temps, la polycrise du syst&#232;me capitaliste et inter-imp&#233;rialiste. Les grandes puissances n'ont pas r&#233;ellement r&#233;cup&#233;r&#233; de la crise depuis 2008 et nous sommes plus largement dans une onde longue de &#171; stagnation s&#233;culaire &#187;, avec la r&#233;organisation en cours des cha&#238;nes de valeur et une hyper-concentration du capital au plan mondial (3). Dans cette phase, la premi&#232;re puissance actuelle &#8211; les &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique &#8211; en d&#233;clin veut r&#233;cup&#233;rer violemment de l'espace, des ressources, des march&#233;s et de la capacit&#233; de projection g&#233;ostrat&#233;gique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, il est tr&#232;s int&#233;ressant de revenir aux &#233;crits de L&#233;nine, Rosa Luxemburg, Ernest Mandel ou Samir Amin sur l'imp&#233;rialisme, sans les lire comme une &#171; v&#233;rit&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e &#187;, comme sur les riches d&#233;bats des ann&#233;es 1970 sur les rapports centre-p&#233;riph&#233;rie, la th&#233;orie du d&#233;veloppement in&#233;gal et combin&#233; ou encore celle de la d&#233;pendance (4). Les auteur&#183;es qui pensaient que l'&#232;re de l'imp&#233;rialisme &#233;tait plus ou moins finie ou encore qu'on allait voir &#233;merger un &#171; super-imp&#233;rialisme &#187; des multinationales, trans-&#233;tatique, qui gouvernerait le monde, se sont lourdement tromp&#233;s : ce qui se confirme est bien un syst&#232;me inter-imp&#233;rialiste fortement hi&#233;rarchis&#233; et concurrent, appuy&#233; avant tout sur des &#201;tats nationaux forts et sur des puissances militaires nationales. Les multinationales les accompagnent dans le processus, tout comme le capital financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, l'id&#233;e de la &#171; s&#233;curit&#233; h&#233;misph&#233;rique &#187; et de la doctrine de la s&#233;curit&#233; nationale, qui est au c&#339;ur de la pens&#233;e strat&#233;gique &#233;tatsunienne pour l'Am&#233;rique latine, se r&#233;affirme de mani&#232;re ultra-violente. La doctrine Monroe du corollaire Roosevelt et de la politique de la canonni&#232;re est revisit&#233;e par l'administration Trump avec fracas et violence. Selon cette vision du monde, le probl&#232;me est d&#233;sormais la concurrence de la Chine sur tous les plans, notamment celui de la technologie, des infrastructures (y compris celles des Big Tech et de la monnaie) et de la puissance g&#233;opolitique (m&#234;me si ce n'est pas encore au niveau militaire). Le travail de Benjamin B&#252;rbaumer est &#233;clairant &#224; ce propos : le d&#233;veloppement capitaliste de la Chine depuis les ann&#233;es 1990 met en p&#233;ril directement la mondialisation sous h&#233;g&#233;monie &#233;tatsunienne et du dollar, tel qu'elle s'est construite au cours de la seconde moiti&#233; du 20e si&#232;cle (5). La Chine est en train de d&#233;passer au plan commercial et &#233;conomique les &#201;tats-Unis dans la r&#233;gion latino-am&#233;ricaine : elle est le premier partenaire commercial du Br&#233;sil, du P&#233;rou ou du Chili et de l'ensemble de l'Am&#233;rique du Sud. Cette dynamique semble presque inalt&#233;rable. M&#234;me le Mexique, qui est pourtant compl&#232;tement int&#233;gr&#233; au r&#233;seau et aux cha&#238;nes de valeur &#233;tats-uniennes (via un accord de libre-&#233;change notamment), a pour deuxi&#232;me partenaire commercial la Chine, avec des entreprises directement install&#233;es par l'Empire du milieu &#224; la fronti&#232;re avec les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trump l'a dit et le r&#233;p&#232;te : il n'&#233;tait plus possible que la Chine contr&#244;le les ports pacifiques et atlantiques aux entr&#233;es du canal de Panama, et il a r&#233;ussi &#224; modifier la situation &#224; coups de pression politique et de millions de dollars : Panama est de nouveau un canal totalement sous banni&#232;re &#233;tatsunienne. Ses outils sont les multiples bases &#233;tatsuniennes, le d&#233;ploiement de la quatri&#232;me flotte, le contr&#244;le tr&#232;s serr&#233; au plan militaire, informationnel et toujours &#233;conomique, alors que la Chine n'a pas &#224; ce stade de v&#233;ritables moyens militaires dans la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation avec la Colombie est &#224; ce propos centrale, puisque, jusque-l&#224;, ce pays &#233;tait la cl&#233; de la g&#233;ostrat&#233;gie militaire pour la r&#233;gion sud-am&#233;ricaine, via le &#171; plan Colombie &#187; et au pr&#233;texte de la lutte contre les gu&#233;rillas et les &#171; narcos &#187;. Ceci tandis que l'espace centre-am&#233;ricain et des Cara&#239;bes est consid&#233;r&#233; comme plus ais&#233;ment maitrisable (bien que Cuba continue &#224; y r&#233;sister). Cela explique les conflits diplomatiques tr&#232;s durs de Trump avec le pr&#233;sident Petro, m&#234;me si des n&#233;gociations sont en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;sultats de cette bataille des titans sont incertains &#8211; m&#234;me dans l'Argentine de Javier Milei, la Chine reste centrale dans les &#233;changes commerciaux. Il y a donc des aspects g&#233;opolitiques et id&#233;ologiques. Trump veut renforcer les &#171; siens &#187; : les extr&#234;mes droites r&#233;gionales, les Milei, les Bolsonaro, les Kast et pratique l'interventionnisme &#233;lectoral, comme il l'a fait lors des &#233;lections de mi-mandat en Argentine. Il y est aussi parvenu avec succ&#232;s au Honduras tout r&#233;cemment, et il va continuer &#224; s'appuyer sur Kast, le pinochetiste nouvellement &#233;lu au Chili, sur le milliardaire conservateur Noboa en &#201;quateur, sur la droite conservatrice lib&#233;rale en Bolivie, et mettre la pression sur les gouvernements, m&#234;me tr&#232;s mod&#233;r&#233;s, comme celui de Lula au Br&#233;sil, pour dire : &#171; si vous nous r&#233;sistez, vous serez consid&#233;r&#233;s comme des ennemis, et si vous &#234;tes des ennemis, on vous applique des droits de douane compl&#232;tement in&#233;dits de 40 ou 50&#8197;%, ou carr&#233;ment nous vous menacerons militairement, comme on a su le faire au Venezuela &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;ploiement de force, qui est aussi celui en cours contre le Groenland, montre que les &#201;tats-Unis sont de moins en moins un &#171; h&#233;g&#233;mon &#187; capable de projeter de la force mais aussi du soft power, de l'adh&#233;sion et du consensus : ils repr&#233;sentent d&#233;sormais la domination brute centr&#233;e sur les rapports de forces politico-militaires et des oukases commerciales, avec en toile de fond la menace de destruction &#233;conomique ou coloniale contre les &#171; non-align&#233;s &#187;, Europe et alli&#233;s de l'OTAN y compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#199;a doit &#234;tre complexe de modifier les cha&#238;nes de valeurs et l'organisation internationale du travail. Cela va n&#233;cessiter des gouvernements extr&#234;mement r&#233;pressifs. M&#234;me au Venezuela, &#231;a risque d'&#234;tre contradictoire avec ce que Trump ou d'autres vont pouvoir pr&#233;senter comme une suppos&#233;e ouverture d&#233;mocratique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exactement. Il est int&#233;ressant de noter les d&#233;clarations r&#233;centes de figures repr&#233;sentant le capitalisme fossile &#233;tatsunien et les grandes majors. Ils ont fait part de leurs doutes et r&#233;ticences sur l'investissement consid&#233;rable que repr&#233;senterait la &#171; reconqu&#234;te &#187; du p&#233;trole du Venezuela &#224; leur profit, et le peu de garanties dont ils disposent sans une stabilisation politique difficile &#224; obtenir sans la mise en place d'un protectorat r&#233;pressif et couteux. Trump a d&#251; les recevoir et r&#233;it&#233;rer son engagement &#224; leurs c&#244;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En retour, les dirigeants chinois ont fait part de leur rejet de l'agression contre leur alli&#233; v&#233;n&#233;zu&#233;lien. C'est un coup dur qu'ils viennent de recevoir, alors que leur mat&#233;riel militaire sur place s'est av&#233;r&#233; inefficace. L'envoy&#233; sp&#233;cial de Xi Jinping pour l'Am&#233;rique latine avait longuement rencontr&#233; Maduro &#224; Caracas quelques heures &#224; peine avant le raid de Trump&#8230; N&#233;anmoins, ils ont &#233;mis de nouveaux documents strat&#233;giques renouvelant leur rejet de l'imp&#233;rialisme US, leur disposition &#224; la coop&#233;ration &#171; amicale &#187; et au transfert de technologies avec les pays latino-am&#233;ricains, &#224; rebours de l'attitude guerri&#232;re des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Chine a bien compris la menace. Son talon d'Achille est sa d&#233;pendance &#233;nerg&#233;tique &#8211; le pays ach&#232;te &#224; l'&#233;tranger 70&#8197;% de ses besoins p&#233;troliers. Les dirigeants chinois vont chercher &#224; consolider leur influence en Am&#233;rique latine, au nom du respect mutuel, malgr&#233; le revers v&#233;n&#233;zu&#233;lien, sans entrer en confrontation directe avec Trump dans l'h&#233;misph&#232;re. Ils affichent un discours &#171; gagnant-gagnant &#187;, mais la relation Chine/Am&#233;rique latine reste compl&#232;tement asym&#233;trique : ils veulent toujours plus de mati&#232;res premi&#232;res, de min&#233;raux, de terres arables, d'agro-industrie. Ils annoncent vouloir atteindre leur objectif des 700 milliards de dollars d'investissement dans la r&#233;gion pour 2035. Le m&#233;gaport de Chancay qui vient d'&#234;tre inaugur&#233; est leur fleuron dans la r&#233;gion pour les &#171; routes de la soie &#187;. N&#233;anmoins, le ralentissement &#233;conomique atteint &#233;galement la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si le Parti communiste chinois s'inscrit dans le discours sur le multilat&#233;ralisme, la construction des BRICS et du &#171; Sud global &#187;, nombreux&#183;se sont les militant&#183;es qui ont conscience que le capitalisme vorace du g&#233;ant asiatique ne saurait incarner une perspective alternative r&#233;elle en termes d'&#233;mancipation, de d&#233;veloppement, et m&#234;me en termes diplomatiques. On l'a vu avec leur silence face aux massacres &#224; Gaza, voire leur soutien &#224; Netanyahou, de mani&#232;re directe ou indirecte. Ils d&#233;fendent un autre ordre global, certes, mais qui ne sera pas celui de lib&#233;ration des peuples du Sud (6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;gion latino-am&#233;ricaine se trouve au contact de deux plaques tectoniques en lutte : un imp&#233;rialisme dominant, violent et en crise, et une h&#233;g&#233;monie imp&#233;riale globale potentiellement en devenir. &#192; ce stade, les &#201;tats-Unis repr&#233;sentent plus de 36&#8197;% de l'ensemble des d&#233;penses militaires de la plan&#232;te. C'est consid&#233;rable. 250&#8197;000 militaires &#233;tatsunien&#183;nes sont d&#233;ploy&#233;&#183;es autour du monde, alors qu'il n'y a que quelques centaines de Chinois et peut-&#234;tre 30 &#224; 35&#8197;000 de Russes&#8230; Trump veut s'appuyer sur cette &#233;norme puissance militaro-industrielle pour essayer de recomposer la place des &#201;tats-Unis comme &lt;i&gt;global player&lt;/i&gt; toujours intouchable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;As-tu des &#233;l&#233;ments sur les r&#233;sistances &#224; cette offensive en Am&#233;rique latine ? Quelle est l'attitude des gouvernements dits &#171; progressistes &#187; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant les gouvernements progressistes ou de centre-gauche, ils d&#233;noncent l'agression contre le Venezuela, l'enl&#232;vement du Pr&#233;sident Maduro, la rupture de l'ordre international, la violation de souverainet&#233; d'un pays voisin. Aussi bien Lula, Claudia Sheinbaum au Mexique, Boric au Chili et de mani&#232;re plus claire Gustavo Petro en Colombie, ce qui ne signifie d'ailleurs pas une adh&#233;sion de leur part au r&#233;gime Maduro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lula est intervenu essentiellement au plan diplomatique et de mani&#232;re assez timor&#233;e : il a r&#233;clam&#233; une r&#233;union urgente de l'ONU, comme espace l&#233;gitime de r&#232;glement des conflits internationaux, il a aussi essay&#233; de mobiliser l'Organisation des &#201;tats am&#233;ricains, mais il montre en m&#234;me temps une certaine impuissance. Alors que, dans les ann&#233;es 2000, les gouvernements nationaux-populaires avaient une capacit&#233; forte de coop&#233;ration et de mise en commun, avec l'UNASUR, la CELAC et m&#234;me l'ALBA (7) pour essayer de peser sur la sc&#232;ne internationale, on est plut&#244;t face de nouveau &#224; la fragmentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne parle plus du tout des projets de Banque du Sud, voire d'une monnaie commune alternative. Aujourd'hui, l'id&#233;al de la&lt;i&gt; Patria grande &lt;/i&gt; est en recul partout, les nationalismes et les extr&#234;mes droites ont le vent en poupe, l'effondrement de l'exp&#233;rience bolivarienne p&#232;se sur toute la r&#233;gion, Cuba est asphyxi&#233;e, le Mouvement vers le socialisme (MAS) bolivien s'entred&#233;chire, l'exp&#233;rience Boric laisse la place &#224; Kast, etc. Les gouvernements progressistes en place (Br&#233;sil, Colombie, Mexique, Uruguay) paraissent relativement seuls, m&#234;me si Petro et davantage encore Claudia Sheinbaum montrent qu'ils ont su consolider une base sociale pluriclassiste et &#233;lectorale solide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le facteur d&#233;cisif dans un tel contexte, ce sont les r&#233;sistances &#171; par en bas &#187;, les luttes de classes et populaires, ind&#233;pendamment de la position des gouvernements, pour l'autod&#233;termination et la souverainet&#233; nationale. Une mani&#232;re d'avoir plus de poids sur la sc&#232;ne r&#233;gionale et face &#224; Trump, y compris pour les gauches au pouvoir, serait de s'appuyer sur une population mobilis&#233;e, revendiquant l'horizon historique anti-imp&#233;rialiste qui est encore tr&#232;s pr&#233;sent dans les imaginaires et valeurs collectives d'une partie des Latino-Am&#233;ricain&#183;es. Pourtant, au Br&#233;sil ou avec Boric au Chili, la politique progressiste a plut&#244;t &#233;t&#233; de d&#233;sactiver les luttes et les acteurs mobilis&#233;s. Sans parler d'ailleurs du Venezuela. Le gouvernement Maduro a coopt&#233; ou r&#233;prim&#233; les r&#233;sistances, et ce qu'il n'a pas fait directement, l'effondrement &#233;conomique s'en est charg&#233;. Il reste des &#171; communes &#187; et certaines exp&#233;riences d'auto-organisation courageuses, &#224; soutenir, mais fragiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci ne veut pas dire qu'il n'y a pas en ce moment m&#234;me des mobilisations et des r&#233;sistances multiples. Le continent de Sandino et des zapatistes reste parsem&#233; de luttes. Au Br&#233;sil c'est tr&#232;s clair, on l'a vu dans la derni&#232;re p&#233;riode, et le Mouvement des sans terre (MST) reste puissant, malgr&#233; ses d&#233;bats internes quant &#224; la relation avec le lulisme. En &#201;quateur aussi face &#224; Noboa, avec les grandes mobilisations de la CONAIE, la Conf&#233;d&#233;ration des nations indig&#232;nes d'&#201;quateur, des syndicats urbains, des collectifs &#233;cologiques, qui ont r&#233;ussi &#224; infliger une d&#233;faite politique cuisante au gouvernement lors du r&#233;f&#233;rendum de novembre 2025, rejetant le projet de nouvelle base militaire yankee et la r&#233;forme autoritaire de la Constitution. Donc, dans plusieurs pays, &#231;a bouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait parler de la puissance des mouvements f&#233;ministes, autochtones et d&#233;coloniaux : c'est par exemple un espoir au Chili pour affronter Kast et ses mesures de r&#233;gression sociale, raciste et patriarcale. Mais il n'y a pas actuellement de mobilisations &#224; une &#233;chelle continentale, comme on a pu en voir par le pass&#233;, par exemple pour affronter le projet de l'ALCA (8), d&#233;fait en 2005. Un point d'appui qui pourrait &#234;tre vraiment fondamental ce sont les mobilisations de plus en plus massives en cours dans le c&#339;ur des &#201;tats-Unis, le mouvement No Kings, les luttes contre les violences polici&#232;res et la police fasciste de l'immigration (ICE), la victoire de Mamdani &#224; New York, la recomposition de la gauche contre l'establishment D&#233;mocrate&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sinon, il faut reconnaitre qu'il y a un reflux n&#233;oconservateur, voire r&#233;actionnaire sur de nombreux plans, dans la plupart des pays, qui p&#232;se lourdement. La violence aussi envahit le quotidien et les m&#233;dias, celle des cartels et du narcotrafic, celle de l'&#201;tat ou des paramilitaires ou des migrations forc&#233;es. C'est le cas au Chili, que je connais de pr&#232;s. Il est imp&#233;ratif pour nous de bien comprendre ce qui a conduit ce pays du grand soul&#232;vement populaire de 2019 (lourdement r&#233;prim&#233;) &#224; la victoire massive du n&#233;o-pinochetisme de Jos&#233; Antonio Kast en 2025 : c'est fondamental, selon moi, car c'est une d&#233;faite majeure pour toutes les gauches sociales et politiques dans un pays embl&#233;matique du n&#233;olib&#233;ralisme mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous traversons un moment o&#249; les n&#233;ofascismes et les extr&#234;mes droites conservatrices peuvent apparaitre comme une &#171; alternative &#187; aux yeux d'une partie significative des classes populaires. O&#249; les gauches sont d&#233;cr&#233;dibilis&#233;es ou ont perdu le contact avec les couches populaires au profit des &#201;glises &#233;vang&#233;liques conservatrices. Bien s&#251;r, de notre point de vue, c'est une &#171; alternative &#187; r&#233;gressive au service du capital, au service de la destruction de l'environnement, du patriarcat, de la domination brutale des oligarchies, etc. Et au service de l'imp&#233;rialisme US. Ainsi, Kast s'est f&#233;licit&#233; bruyamment de la s&#233;questration de Maduro et de Cilia Flores. C'est la m&#234;me chose du c&#244;t&#233; de Noboa qui a publi&#233; des tweets affirmant que l'attaque &#233;tait une excellente nouvelle pour l'Am&#233;rique latine. L'extr&#234;me droite br&#233;silienne pense la m&#234;me chose. Ce sont des &#171; laquais &#187; de Trump. Alors que les &#233;lections arrivent au Br&#233;sil, en Colombie et au P&#233;rou dans quelques mois. En Colombie, il y a un risque r&#233;el de voir un retour de la droite. Qu'en sera-t-il au Br&#233;sil, avec une gauche institutionnelle toujours d&#233;pendante de la figure d'un Lula vieillissant du haut des ses 80 ans ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles pistes donnerais-tu pour un programme transitoire anti-imp&#233;rialiste mondial ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tr&#232;s ambitieux ! et je ne saurai r&#233;pondre seul &#224; une telle question, qui, de plus, devrait &#234;tre d&#233;clin&#233;e selon des conditions locales, nationales, puis globales sur la base des &#233;laborations collectives des populations concern&#233;es. Ce qu'on peut dire ais&#233;ment, c'est que ce n'est certainement pas dans ce contexte de militarisation, d'offensives imp&#233;riales, de guerres, de g&#233;nocide &#224; Gaza, d'invasion du Venezuela, de soumissions g&#233;n&#233;ralis&#233;es des peuples &#224; des gouvernements autoritaires, de r&#233;pression de masse comme en Iran, de fascisation, qu'on va trouver l'issue&#8230; Donc comme le disait l'ami Daniel Bensa&#239;d, il faut d&#233;j&#224; commencer par dire &#171; non ! &#187; (9).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte actuel latino-am&#233;ricain, les gauches militantes et radicales cherchent dans un premier temps &#224; construire une r&#233;sistance anti-imp&#233;rialiste la plus large et unitaire possible &#224; une &#233;chelle continentale, en soutien au Venezuela et pour se d&#233;fendre d&#232;s maintenant contre de nouvelles interventions sur le continent. &#192; ce stade, la mobilisation continentale reste tr&#232;s en de&#231;&#224; de l'urgence du moment. Ils et elles exigent le retrait imm&#233;diat de l'immense armada que les &#201;tats-Unis maintiennent depuis des mois dans les Cara&#239;bes et la lib&#233;ration de Maduro et Cilia Flores, selon le principe que c'est au peuple v&#233;n&#233;zu&#233;lien, et seulement lui, de d&#233;cider qui le gouverne (10).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays du &#171; Sud &#187;, cela n&#233;cessite la cr&#233;ation de fronts unis larges pour rejeter les atteintes &#224; la souverainet&#233;, &#224; l'autod&#233;termination des peuples. Mais de tels fronts de r&#233;sistance, ouverts, non sectaires ne devraient aucunement sacrifier, &lt;i&gt;en m&#234;me temps&lt;/i&gt;, la construction de gauches combatives, ind&#233;pendantes des bourgeoisies nationales et de progressismes gouvernementaux chancelants qui ont montr&#233; toutes leurs contradictions depuis 25 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela veut dire aussi un d&#233;bat clair avec les nombreux courants &#171; campistes &#187; latino-am&#233;ricains, comme au plan international : la &#171; g&#233;opolitique &#187; ne saurait conduire &#224; mettre sous le tapis la lutte contre les autoritarismes quels qu'ils soient et la d&#233;fense inconditionnelle des peuples en lutte contre des imp&#233;rialismes autres que celui de Trump (&#224; commencer par la Russie). Dans les pays du &#171; Nord global &#187;, l'urgence est la construction d'une solidarit&#233; internationaliste active et concr&#232;te. C'est ce que nous avons commenc&#233;, encore timidement, &#224; mettre en place en France autour du Venezuela. Un internationalisme qui aura aussi comme t&#226;che de d&#233;noncer l'hypocrisie et la responsabilit&#233; de nos propres gouvernements dans le d&#233;sordre du monde et leur soumission &#224; Trump : Gaza est venue le rappeler douloureusement et, sur le Venezuela, la position scandaleuse du gouvernement Macron &#233;galement. &#192; court terme, en mars prochain, la conf&#233;rence antifasciste de Porto Alegre pourrait &#234;tre un point d'appui &#224; valoriser (11). On esp&#232;re qu'elle saura &#234;tre transform&#233;e aussi en conf&#233;rence internationale anti-imp&#233;rialiste pour essayer de regrouper autour d'objectifs communs, sans sectarisme, des forces politiques mais aussi sociales, qui ne sont pas d'accord sur tout, le PT, le PSOL, la CUT br&#233;silienne, des secteurs des gauches radicales de tout le continent, la Via Campesina, les forces syndicales et des mouvements sociaux d'un peu partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant les alternatives concr&#232;tes, on devrait essayer de mettre en avant la consigne de &#171; guerre &#224; la guerre imp&#233;rialiste &#187;, tout en soutenant celles et ceux qui m&#232;nent courageusement des r&#233;sistances de lib&#233;ration, notamment en Ukraine, en Palestine ou dans le Kurdistan. Au-del&#224; de cet aspect &#171; d&#233;fensif &#187;, cela signifie penser collectivement et &#171; en positif &#187;, la construction d'alternatives d&#233;mocratiques dans un contexte d'effondrement climatique, de la biosph&#232;re, de la biodiversit&#233;, et donc penser un programme de transition postcapitaliste et postproductiviste, soit une perspective &#224; la fois &#233;cosocialiste et de la d&#233;croissance choisie. D&#233;croissance &#233;videmment dans les pays riches, mais diff&#233;renci&#233;e selon des crit&#232;res intersectionnels (de classe, de genre, de race) et aussi d&#233;croissance pour les oligarchies des pays du Sud. Avec une reconstruction des services publics, une redistribution radicale des richesses, l'abolition des dettes publiques ill&#233;gitimes, la planification &#233;cologique &#224; plusieurs &#233;chelles (du local au global) bas&#233;es sur la d&#233;lib&#233;ration, le communalisme, l'auto-organisation et le contr&#244;le d&#233;mocratique. Une perspective qui pose la question de l'exploitation et des oppressions qui traversent nos soci&#233;t&#233;s et nous traversent comme individus (racistes, sexistes, validistes, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela, on ne saurait le &#171; proclamer &#187; de mani&#232;re abstraite, comme un mantra. Comment co-construire des programmes et des mesures transitoires tr&#232;s concr&#232;tes qui s'inscrivent dans une strat&#233;gie plus g&#233;n&#233;rale sur la base de d&#233;lib&#233;rations larges ? De quelles histoires pass&#233;es nous inspirer et tirer des le&#231;ons ? Comment les gauches peuvent-elles &#224; nouveau &#171; enchanter le monde &#187;, parler aux &#171; affects &#187; de millions de personnes, forger un bloc historique qui pose la question du pouvoir et de sa conqu&#234;te, sans se renier ni verser dans le dogmatisme ? Commen&#231;ons d&#233;j&#224; par &#233;viter les r&#233;ponses toutes faites, le 20e si&#232;cle et ses horreurs sont toujours l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le sait, il n'y aura pas d'&#233;mancipation s'il n'y a pas une &#233;mancipation du travail, la reconstruction des droits des travailleur&#183;ses (salari&#233;&#183;es comme pr&#233;caires) pourrait &#234;tre une premi&#232;re boussole. Ayons aussi des &#171; antennes &#187; &#224; l'&#233;coute des utopies et exp&#233;riences. Par exemple, l'Am&#233;rique latine est terre du zapatisme et de plusieurs processus r&#233;volutionnaires, et ses mouvements d&#233;battent depuis une vingtaine d'ann&#233;es des chemins pour construire une soci&#233;t&#233; du &#171; bien-vivre &#187;, qui s'appuie sur une r&#233;interpr&#233;tation de certaines revendications et pratiques communautaires des peuples autochtones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me chose sur les droits des femmes et toutes les revendications f&#233;ministes contre le patriarcat (12). On a vu &#224; quel point le mouvement f&#233;ministe chilien &#233;tait capable d'avoir une vision transversale et radicale pour r&#233;pondre &#224; la &#171; pr&#233;carisation de la vie &#187;, pour affronter le n&#233;olib&#233;ralisme, favoriser l'accueil digne des migrant&#183;es, d&#233;fendre les droits des peuples autochtones. Il faut donc partir de l&#224; pour penser des transitions, d&#233;clin&#233;es dans chaque pays, et reconstruire des solidarit&#233;s r&#233;gionales et internationales. Face au capital mondialis&#233;, il est indispensable de penser &#224; ce niveau-l&#224;. Ceci sans c&#233;der aux sir&#232;nes du &#171; patriotisme &#187; d'une partie de la gauche, y compris d&#233;coloniale, en assumant qu'il faut effectivement &#171; r&#234;ver &#187; &#224; nouveau, r&#233;inventer nos puissances collectives, aider &#224; co-construire les souverainet&#233;s populaires &#224; plusieurs &#233;chelles (dont l'&#233;chelle nationale, c'est certain) (13).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est surd&#233;termin&#233;e par le cataclysme &#8211; d&#233;j&#224; en cours &#8211; que le bouleversement climatique fait peser sur l'humanit&#233; et qu'il faut tout repenser sur cette base. Le fameux &lt;i&gt;Programme de transition&lt;/i&gt; (propos&#233; d&#232;s 1938 par Trotsky) doit ainsi &#234;tre repens&#233; de fond en comble. C'est dans cette perspective que la Quatri&#232;me Internationale a vers&#233; au d&#233;bat le &lt;i&gt;Manifeste pour une r&#233;volution &#233;cosocialiste &#8211; Rompre avec la croissance capitaliste&lt;/i&gt;, texte valid&#233; par le denier congr&#232;s mondial et fruit d'une &#233;laboration collective internationale de plusieurs ann&#233;es (14). Les d&#233;fis sont colossaux : il est urgent de &#171; tirer le frein d'urgence &#187;, pour reprendre la belle formule de Walter Benjamin. Cependant l'ampleur des enjeux ne doit pas nous paralyser : comme le dit Daniel Tanuro, &#171; il est trop tard pour &#234;tre pessimistes &#187; (15). Trump, Netanyahou, Macron, Poutine et leur monde sont capables du pire, sentons-nous capables de penser le meilleur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 18 janvier 2026&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 1. &lt;a href='https://www.pressegauche.org/i'&gt;&#171; &#201;tats-Unis : comprendre la &#171; nouvelle doctrine de s&#233;curit&#233; nationale &#187; et ses implications &#187;, 16 janvier 2026, &lt;i&gt;Contretemps web&lt;/i&gt;.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 2.&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/origines-nouvelle-guerre-froide-entretien-achcar/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La nouvelle guerre froide, Gilbert Achcar, janvier 2024, &#201;ditions du Croquant. Lire aussi &#171; Aux origines de la nouvelle guerre froide. Entretien avec Gilbert Achcar &#187;, 29 avril 2023, &lt;i&gt;Contretemps web&lt;/i&gt;.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 3. &lt;a href=&#034;https://inprecor.fr/nouvelles-et-anciennes-oligarchies-les-transformations-du-regime-daccumulation-du-capital&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Diogo Machado, Francisco Lou&#231;&#227;, &#171; Nouvelles et anciennes oligarchies &#8211; Les transformations du r&#233;gime d'accumulation du capital &#187;, 13 janvier 2026,&lt;i&gt; Inprecor&lt;/i&gt; n&#176;740.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 4. Samir Amin, &lt;i&gt;Le d&#233;veloppement in&#233;gal&lt;/i&gt;, &#201;d. de Minuit, 1973 ; Ernest Mandel, &lt;i&gt;Le troisi&#232;me &#226;ge du capitalisme&lt;/i&gt;, &#201;dition 10/18, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 5. Benjamin B&#252;rbaumer,&lt;i&gt; Chine/&#201;tats-Unis, le capitalisme contre la mondialisation&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 6. &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/brics-inaction-genocide-gaza/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#201;ric Toussaint, &#171; Pourquoi les BRICS n'agissent pas contre le g&#233;nocide en cours &#224; Gaza &#187;, 6 octobre 2025,&lt;i&gt; Contretemps web&lt;/i&gt;.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 7. Les &#201;tats-Unis sont membres de l'OEA, mais pas de l'Union des nations sud-am&#233;ricaines (UNASUR), de la Communaut&#233; d'&#201;tats latino-am&#233;ricains et cara&#239;bes (CELAC) et de l'Alliance bolivarienne pour les Am&#233;riques (ALBA).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 8. Zone de libre-&#233;change des Am&#233;riques (ZLEA ou ALCA selon la langue).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 9. Daniel Bensa&#239;d, &lt;i&gt;Les irr&#233;ductibles. Th&#233;or&#232;mes de la r&#233;sistance &#224; l'air du temps&lt;/i&gt;, Textuel, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 10. &lt;a href=&#034;https://venezuela.enresistencia.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire la d&#233;marche initi&#233;e par des militant&#183;es latino-am&#233;ricains &#171; Arr&#234;ter l'offensive n&#233;ocoloniale de Trump au Venezuela et en Am&#233;rique latine &#187;, sign&#233;e par plusieurs centaines de camarades.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 11. Du 26 au 29 mars. Les informations, programme et inscriptions sont sur le site : &lt;a href=&#034;https://antifas2026.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://antifas2026.org&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 12. Veronica Gago, &lt;i&gt;La puissance f&#233;ministe ou le d&#233;sir de tout changer&lt;/i&gt;, Ed. Divergences, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 13. &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/rever-materialistes-internationalistes/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Collectif, &#171; R&#234;ver en mat&#233;rialistes internationalistes &#187;, &lt;i&gt;Contretemps web&lt;/i&gt;, 10 mars 2025.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 14. &lt;i&gt;Le Manifeste pour une r&#233;volution &#233;cosocialiste &#8211; Rompre avec la croissance capitaliste &lt;/i&gt; est disponible dans diverses langues sur le site de la IVe Internationale, et &#233;dit&#233; par La Br&#232;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 15. Daniel Tanuro,&lt;i&gt; Trop tard pour &#234;tre pessimistes ! &#201;cosocialisme ou effondrement&lt;/i&gt;, Textuel, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Entretien : Trump &#224; l'assaut des Cara&#239;bes</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Entretien-Trump-a-l-assaut-des-Caraibes</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Entretien-Trump-a-l-assaut-des-Caraibes</guid>
		<dc:date>2025-12-16T11:26:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Franck Gaudichaud, Yoletty Bracho</dc:creator>


		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2025-12-16</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>V&#233;n&#233;zuela</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Entretien avec Yoletty Bracho, enseignante-chercheuse et sp&#233;cialiste du Venezuela, et Franck Gaudichaud, de la commission internationale du NPA. &lt;br class='autobr' /&gt; Hebdo L'Anticapitaliste - 779 (11/12/2025) https://lanticapitaliste.org/opinions/international/entretien-trump-lassaut-des-caraibes &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelles sont les raisons des changements r&#233;cents dans la g&#233;o&#173;politique des Cara&#239;bes ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis l'arriv&#233;e de Trump au pouvoir, on observe un changement g&#233;opolitique dans les Cara&#239;bes : renforcement massif de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Amerique-centrale-et-du-sud-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2025-12-16-+" rel="tag"&gt;Edition du 2025-12-16&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Etats-Unis-231-+" rel="tag"&gt;&#201;tats-Unis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Venezuela-+" rel="tag"&gt;V&#233;n&#233;zuela&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/trump_contre_maduro-de20c.png?1765884555' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien avec Yoletty Bracho, enseignante-chercheuse et sp&#233;cialiste du Venezuela, et Franck Gaudichaud, de la commission internationale du NPA.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Hebdo L'Anticapitaliste - 779 (11/12/2025)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://lanticapitaliste.org/opinions/international/entretien-trump-lassaut-des-caraibes&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://lanticapitaliste.org/opinions/international/entretien-trump-lassaut-des-caraibes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;
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&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont les raisons des changements r&#233;cents dans la g&#233;o&#173;politique des Cara&#239;bes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'arriv&#233;e de Trump au pouvoir, on observe un changement g&#233;opolitique dans les Cara&#239;bes : renforcement massif de la flotte militaire, bombardements de bateaux pr&#233;sent&#233;s comme transportant de la drogue vers les &#201;tats-Unis, d&#233;ploiement record de soldats et d'armements &#8212; porte-avions, sous-marins nucl&#233;aires, destroyers, soit peut-&#234;tre 14 000 soldats. Il n'y a jamais eu autant de militaires dans l'espace carib&#233;en depuis l'invasion du Panama contre Noriega ou l'intervention en Ha&#239;ti dans les ann&#233;es 1990.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela fait partie de la politique imp&#233;rialiste de Trump, mais constitue un saut qualitatif. L'Am&#233;rique latine a toujours &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e comme l'arri&#232;re-cour des &#201;tats-Unis depuis la fin du 19e si&#232;cle, mais l'entourage de Trump &#8212; dont Marco Rubio, tr&#232;s virulent &#8212; cherche &#224; reprendre le contr&#244;le de l'espace latino&#173;-am&#233;ricain au nom d'une &#171; s&#233;curit&#233; h&#233;misph&#233;rique &#187;. Ce sont des continuit&#233;s observables sous Obama ou Biden, mais Trump 2 franchit une nouvelle &#233;tape, mettant une pression maximale sur Maduro, mena&#231;ant l'ensemble de la mer des Cara&#239;bes et la Colombie, et visant aussi les ressources naturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet activisme militaire s'inscrit dans une concurrence inter-imp&#233;riale. L'imp&#233;rialisme &#233;tatsunien est en d&#233;clin, m&#234;me s'il reste dominant. Certains parlent d'une &#171; domination sans h&#233;g&#233;monie &#187; o&#249; la force brute est mise au premier plan par l'administration Trump. Depuis les ann&#233;es 2000, la Chine a pris une place consid&#233;rable en Am&#233;rique latine : premier partenaire commercial de l'Am&#233;rique du Sud, deuxi&#232;me du Mexique. L'amiral du Commandement Sud am&#233;ricain affirmait qu'il fallait opposer &#224; la pr&#233;sence chinoise une pr&#233;sence militaire renforc&#233;e. La &#171; strat&#233;gie MAGA imp&#233;riale &#187; d&#233;crite par John Bellamy Foster est contradictoire : base sociale protectionniste hostile &#224; des d&#233;ploiements militaires, mais bourgeoisie am&#233;ricaine exigeant le contr&#244;le de son arri&#232;re-cour.&lt;br class='autobr' /&gt;
Est-ce que Trump essaie de renverser le r&#233;gime v&#233;n&#233;zuelien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces pressions militaires visent tr&#232;s clairement le Venezuela. Depuis l'arriv&#233;e de Chavez, les tensions entre les &#201;tats-Unis et le Venezuela sont structurelles, li&#233;es &#224; l'&#233;mergence d'un gouvernement qui se pr&#233;sentait comme de gauche, r&#233;volutionnaire, et qui a propos&#233; au continent une alternative au leadership am&#233;ricain. La confrontation a &#233;t&#233; imm&#233;diate : &#233;viction de Chavez, puis coup d'&#201;tat de 2002 ouvertement soutenu par Washington, et soutien constant &#224; l'opposition traditionnelle, &#173;parfois via la voie &#233;lectorale, parfois engag&#233;e dans des tentatives de renversement extra-institutionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le d&#233;c&#232;s de Chavez, Maduro acc&#232;de au pouvoir en 2013 et la pression am&#233;ricaine s'intensifie : sanctions contre des proches du r&#233;gime, sanctions contre l'entreprise p&#233;troli&#232;re nationale, puis sanctions interdisant &#224; l'&#201;tat d'acqu&#233;rir de la dette, aggravant une crise &#233;conomique d&#233;j&#224; pr&#233;sente. La crise n'est pas seulement due aux sanctions : elle d&#233;coule aussi des choix &#233;conomiques du chavisme au pouvoir, mais les sanctions la rendent beaucoup plus dure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant cette phase s'op&#232;re un tournant autoritaire du gouvernement Maduro, marqu&#233; par une rupture avec les valeurs d&#233;mocratiques initialement mises en avant par la r&#233;volution bolivarienne, ainsi que par une r&#233;pression accrue contre la population, contre des opposantEs, et tr&#232;s sp&#233;cifiquement contre des forces de gauche. Cet autoritarisme r&#233;el est utilis&#233; par les &#201;tats-Unis pour se pr&#233;senter comme d&#233;fenseurs de la d&#233;mocratie : soutien &#224; l'opposante Maria Corina Machado &#8212; prix Nobel de la paix &#8212; et adoption d'un discours de &#171; lutte contre le narcoterrorisme &#187;. Selon ce r&#233;cit, le gouvernement Maduro enverrait d&#233;lib&#233;r&#233;ment drogues et migrants pour d&#233;stabiliser les &#201;tats-Unis. Bien entendu, les &#201;tats-unis n'ont jamais eu pour objectif le bien-&#234;tre des populations latino-am&#233;ricaines : ce n'est pas en tuant plus de 80 personnes en mer des Cara&#239;bes qu'on construit une qu&#234;te d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trump souffle souvent le chaud et le froid : discussions ponctuelles avec Maduro, menaces d'interventions, pressions maximales, &#233;vocation d'actions de la CIA, sans intervention terrestre directe. La pr&#233;sence du porte-avions Ford marque toutefois une escalade militaire claire. Les frappes ne concernent pas seulement le Venezuela : des attaques en mer Pacifique ont vis&#233; des bateaux colombiens, et des personnes arr&#234;t&#233;es &#233;taient originaires d'&#201;quateur, ce qui montre l'&#233;largissement de la pression &#224; l'ensemble de la r&#233;gion. Il existe aussi un volet interne, notamment dans les communaut&#233;s latino-am&#233;ricaines &#233;tatsuniennes hostiles &#224; Maduro, qui constitue une base &#233;lectorale mobilisable, particuli&#232;rement par Marco Rubio.&lt;br class='autobr' /&gt;
Trump vise-t-il uniquement le r&#233;gime v&#233;n&#233;zu&#233;lien ou s'agit-il d'un projet plus g&#233;n&#233;ral pour la r&#233;gion ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trump soutient &#233;galement les forces d'extr&#234;me droite latino&#173;-am&#233;ricaines : soutien &#224; Milei en Argentine avec menaces sur les relations bilat&#233;rales, pressions sur le Br&#233;sil apr&#232;s l'emprisonnement de Bolsonaro, f&#233;licitations imm&#233;diates apr&#232;s le basculement de la Bolivie &#224; droite, et possible dynamique similaire au Chili.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette offensive imp&#233;rialiste ne reproduit pas m&#233;caniquement les politiques des ann&#233;es 1970, m&#234;me si certains auteurs parlent d'une &#171; nouvelle guerre froide &#187;. Le contexte est plus complexe, m&#234;lant pressions externes et n&#233;gociations discr&#232;tes. L'exemple est parlant : alors que les &#201;tats-Unis demandent d'&#233;viter l'espace a&#233;rien v&#233;n&#233;zu&#233;lien en raison d'activit&#233;s militaires, un vol arrive depuis les &#201;tats-Unis avec douze expuls&#233;Es, montrant l'existence d'accords bilat&#233;raux. Derri&#232;re une rupture diplomatique affich&#233;e, continuent des concessions p&#233;troli&#232;res et des &#233;changes de prisonnierEs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelle est la r&#233;ponse de Maduro face &#224; la situation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face aux premi&#232;res frappes, la premi&#232;re r&#233;action du gouvernement Maduro a &#233;t&#233; de nier les faits, affirmant que les images &#233;taient produites par intelligence artificielle. Cela a laiss&#233; sans recours les familles des personnes ex&#233;cut&#233;es, incapables de demander justice ni au gouvernement Maduro ni &#224; celui des &#201;tats-Unis. Ensuite, Maduro affiche une posture de force et mobilise la population, tout en cherchant des espaces de n&#233;gociation diplomatique, en invoquant la paix et en pr&#233;sentant Trump comme un possible interlocuteur. Le gouvernement Maduro est conscient qu'il n'est absolument pas en capacit&#233; d'affronter militairement la plus grande puissance militaire du monde. Cette tension lui sert aussi en interne &#224; resserrer les rangs, neutraliser les dissidences et r&#233;primer les gauches critiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; r&#233;gional, une position importante est celle du gouvernement Petro en Colombie : d&#233;nonciation explicite de la pr&#233;sence militaire &#233;tatsunienne, refus de soutenir Maduro, appel &#224; une solution n&#233;goci&#233;e, et opposition &#224; toute intervention militaire, car la Colombie est elle aussi menac&#233;e et accus&#233;e de narco-&#201;tat. La question est celle d'une solidarit&#233; r&#233;gionale entre mouvements populaires et gouvernements progressistes &#8212; qui n'existe pas aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quel type de solidarit&#233; faut-il alors construire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous, ici, il s'agit d'abord d'une solidarit&#233; anti-imp&#233;rialiste claire, qui d&#233;nonce la strat&#233;gie de Trump dans la mer des Cara&#239;bes et cette nouvelle agression imp&#233;rialiste. Pour le NPA, cela implique de r&#233;fl&#233;chir &#224; une strat&#233;gie unitaire en France, car la situation risque de continuer &#224; s'aggraver dans les prochaines semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, notre solidarit&#233; n'est pas un alignement avec le r&#233;gime Maduro, qui est clairement autoritaire. Au sein de la gauche europ&#233;enne et fran&#231;aise, il existe parfois une vision tr&#232;s simplifi&#233;e o&#249; l'anti-imp&#233;rialisme signifierait s'aligner derri&#232;re n'importe quel gouvernement d&#232;s lors qu'il est cibl&#233; par Washington. Ce n'est absolument pas notre perspective. Notre solidarit&#233; doit &#234;tre avec les peuples, les mouvements sociaux, les forces progressistes autonomes, et non avec les r&#233;gimes autoritaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les visions binaires de la situation emp&#234;chent de voir les luttes internes au Venezuela. Les gauches r&#233;volutionnaires v&#233;n&#233;zu&#233;liennes, parfois issues du chavisme, d&#233;noncent l'autoritarisme de Maduro et deviennent une cible : disparitions, arrestations, accusations de terrorisme ou d'incitation &#224; la haine. Cela touche aussi journalistes, chercheurEs en sciences sociales, militantEs &#233;cologistes. Comprendre ces luttes suppose de d&#233;passer une vision binaire o&#249; l'anti-imp&#233;rialisme de fa&#231;ade du gouvernement justifierait automatiquement un soutien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre cela, et pour faire ces liens-l&#224;, il faut d&#233;passer une vision binaire : celle qui voudrait que le discours anti-imp&#233;rialiste de Maduro &#8212; d&#233;nonc&#233; comme un discours de fa&#231;ade par les gauches v&#233;n&#233;zu&#233;liennes &#8212; justifierait automatiquement une solidarit&#233; avec son gouvernement. C'est justement en complexifiant le regard que l'on peut voir la r&#233;alit&#233; telle qu'elle est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Propos recueillis par Martin Noda, synth&#232;se propos&#233;e par la r&#233;daction&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
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		<title>Gauches et droites latino-am&#233;ricaines dans un monde en crise</title>
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		<dc:date>2024-08-20T10:52:18Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;ric Toussaint, Franck Gaudichaud</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2024-08-20</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique du sud</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nous publions la pr&#233;face r&#233;dig&#233;e par Franck Gaudichaud et &#201;ric Toussaint &#224; la demande de la revue cubaine Temas pour un livre coordonn&#233; par Julio C&#233;sar Guanche &#224; para&#238;tre en Argentine sous le titre Izquierdas y derechas en America latina. &lt;br class='autobr' /&gt; 19 juin 2024 | tir&#233; du site du CADTM | Photo : Emergentes + Hern&#225;n Vitenberg para Emergentes (CC BY-NC 4.0) https://www.cadtm.org/Gauches-et-droites-latino-americaines-dans-un-monde-en-crise &lt;br class='autobr' /&gt;
Le monde de ces derni&#232;res ann&#233;es a &#233;t&#233; marqu&#233; par de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2024-08-20-+" rel="tag"&gt;Edition du 2024-08-20&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Amerique-centrale-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique centrale&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Amerique-centrale-et-du-sud-1696-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH98/gauches_et_droites_latinoamericaines-150de.png?1724151158' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='98' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous publions la pr&#233;face r&#233;dig&#233;e par Franck Gaudichaud et &#201;ric Toussaint &#224; la demande de la revue cubaine Temas pour un livre coordonn&#233; par Julio C&#233;sar Guanche &#224; para&#238;tre en Argentine sous le titre Izquierdas y derechas en America latina.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;19 juin 2024 | tir&#233; du site du CADTM | Photo : Emergentes + Hern&#225;n Vitenberg para Emergentes (CC BY-NC 4.0)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/Gauches-et-droites-latino-americaines-dans-un-monde-en-crise&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cadtm.org/Gauches-et-droites-latino-americaines-dans-un-monde-en-crise&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde de ces derni&#232;res ann&#233;es a &#233;t&#233; marqu&#233; par de multiples crises. On pourrait parler d'une &#171; polycrise &#187; globale, intersectionnelle et interconnect&#233;e du capitalisme n&#233;olib&#233;ral : turbulences politiques et &#233;conomiques profondes, guerres et violences arm&#233;es, effondrement acc&#233;l&#233;r&#233; des &#233;cosyst&#232;mes et du climat, pand&#233;mies et extractivisme pr&#233;dateur, red&#233;finitions brutales des &#233;quilibres g&#233;opolitiques et tensions inter-imp&#233;rialistes, etc. Une fois de plus, l'humanit&#233; traverse des ouragans et des d&#233;fis majeurs dans un moment historique o&#249;, manifestement, sa survie m&#234;me en tant qu'esp&#232;ce et son (in)capacit&#233; &#224; habiter collectivement et pacifiquement cette plan&#232;te sont d'ores et d&#233;j&#224; en jeu. La grande r&#233;volutionnaire allemande Rosa Luxemburg d&#233;clarait, dans les ann&#233;es 1910, alors qu'il &#233;tait minuit dans le si&#232;cle dernier : socialisme ou barbarie ! Ce slogan r&#233;sonne tr&#232;s fort aujourd'hui [1], dans un contexte o&#249; les peuples et les mouvements populaires continuent de r&#233;sister, de se mobiliser, de d&#233;battre, de proposer, mais sans parvenir &#224; surmonter la fragmentation structurelle, ni - pour l'instant - &#224; voir des forces politiques &#233;mancipatrices ayant une r&#233;elle capacit&#233; &#224; accompagner, consolider ces r&#233;sistances et construire un cap &#224; moyen terme pour des alternatives d&#233;mocratiques et &#233;co-sociales &#171; raizal &#187;, pour citer le sociologue colombien Orlando Fals Borda (1925-2008).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, si l'on observe les Am&#233;riques &#171; latines &#187; et les Cara&#239;bes au cours des deux derni&#232;res d&#233;cennies, les terres de &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Berta_C%C3%A1ceres&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Berta C&#225;ceres&lt;/a&gt; (1971-2016), Jos&#233; Carlos Mari&#225;tegui (1894-1930) et &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Marielle_Franco&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marielle Franco&lt;/a&gt; (1979-2018) semblent chercher de nouvelles voies sociales et politiques, r&#233;veillant les espoirs de la gauche mondiale, au-del&#224; de la chute du mur de Berlin et d'un n&#233;olib&#233;ralisme vorace. &#171; Tournant &#224; gauche &#187;, &#171; vague progressiste &#187;, &#171; fin du n&#233;olib&#233;ralisme &#187;, &#171; mar&#233;e rose &#187; : l'inflexion sociopolitique v&#233;cue par de nombreux pays d'Am&#233;rique du Sud et d'Am&#233;rique centrale dans les ann&#233;es 2000 a surpris beaucoup d'observateurs et d'observatrices et m&#234;me fascin&#233; beaucoup d'autres, notamment en Europe [2]. Le d&#233;fi - en particulier pour des pays comme la Bolivie, le Venezuela et l'&#201;quateur, qui ont construit un narratif et une promesse &#171; transformatrice &#187; - &#233;tait de trouver des voies politico-&#233;lectorales et nationales-populaires avec une cl&#233; &#171; post-n&#233;olib&#233;rale &#187; et anti-imp&#233;rialiste. Pour certains militant.e.s et mouvements, il ne s'agissait pas seulement de &#171; d&#233;mocratiser la d&#233;mocratie &#187;, mais aussi de ne pas rester enferm&#233; dans un nouveau mod&#232;le fond&#233; sur l'extractivisme des mati&#232;res premi&#232;res, la soumission au march&#233; mondial et diverses formes de colonialisme interne et externe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de 20 ans apr&#232;s le d&#233;but de ce &#171; cycle &#187;, nous pouvons constater &#224; quel point cet objectif de transformation n'a pas &#233;t&#233; atteint, bien qu'&#224; des rythmes et des r&#233;alit&#233;s tr&#232;s diff&#233;rents selon les sc&#233;narios r&#233;gionaux et nationaux d'Abya Yala [3]. Obstacles et difficult&#233;s, d&#233;senchantement et d&#233;sillusion ont &#233;t&#233; communs &#224; plusieurs pays gouvern&#233;s par la gauche et le &#171; progressisme &#187;, sans qu'une dynamique homog&#232;ne ne soit perceptible. Parall&#232;lement, les forces conservatrices et les nouvelles extr&#234;mes droites ont su capitaliser sur ce contexte de crises multiples, pour imposer de nouveaux r&#233;cits politiques et culturels furieusement &#171; antiprogressistes &#187;, soutenus par les grands groupes m&#233;diatiques et par les oligarchies &#233;conomiques locales et imp&#233;riales, afin, in fine, de se poser en &#171; alternatives populaires &#187; : Javier Milei est le dernier maillon de cette cha&#238;ne r&#233;actionnaire globale [4]. Nayib Bukele Ortez, r&#233;&#233;lu &#224; la pr&#233;sidence du Salvador en f&#233;vrier 2024, a d&#233;velopp&#233; un style de gouvernement qui rappelle l'exp&#233;rience de la pr&#233;sidence de Rodrigo Duterte aux Philippines entre 2016 et 2022, durant laquelle des milliers d'ex&#233;cutions extrajudiciaires contre des secteurs populaires &#171; lump&#233;nis&#233;s &#187; ont &#233;t&#233; men&#233;es par les forces r&#233;pressives sous son contr&#244;le au nom de la lutte contre le trafic de drogue. Daniel Noboa, &#233;lu pr&#233;sident de l'&#201;quateur en 2023, pourrait tenter d'aller dans ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le montre ce livre, il est essentiel d'&#233;tablir un bilan critique et argument&#233; des derni&#232;res d&#233;cennies, du point de vue des sciences sociales et de leur m&#233;thodologie, en approfondissant et en d&#233;battant les essais et les publications qui tentent de d&#233;crypter l'Am&#233;rique latine d'aujourd'hui. L'objectif est d'analyser dans sa complexit&#233; changeante la p&#233;riode ouverte dans les ann&#233;es 2000 (avec l'&#233;lection d'Hugo Ch&#225;vez en 1999), produit des luttes sociales et populaires contre l'h&#233;g&#233;monie n&#233;olib&#233;rale de la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente. Un premier sursaut suivi d'une multiplicit&#233; de victoires &#233;lectorales permettant un relatif &#171; &#226;ge d'or &#187; (entre 2005 et 2011) de la gauche et des gouvernements progressistes, avec diverses formes d'&#201;tat compensateur et redistributeur, une baisse notable de la pauvret&#233; et de nouvelles formes de participation politique, p&#233;riode suivie d'un net reflux r&#233;gional, d'une baisse du prix des mati&#232;res premi&#232;res et d'une embellie conservatrice (2011-2018), marqu&#233;e - entre autres - par la crise profonde de la &#171; r&#233;volution bolivarienne &#187;, d&#233;bouchant sur le moment chaotique post-pand&#233;mique des derni&#232;res ann&#233;es (2019-2023), o&#249; l'on a assist&#233; &#224; la victoire de Bolsonaro au Br&#233;sil, &#224; la confirmation des dynamiques de droite en &#201;quateur, mais aussi &#224; des soul&#232;vements populaires au Chili, en Ha&#239;ti, en Colombie, au P&#233;rou et en &#201;quateur. Dans le m&#234;me temps, une troisi&#232;me nouvelle &#171; vague &#187; de gauches institutionnelles( ou &#171; progressisme tardif &#187; selon &lt;a href=&#034;https://www.syllepse.net/massimo-modonesi-_r_35_lettre_M_c_1124.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Massimo Modonesi)&lt;/a&gt;, clairement limit&#233;e (par rapport au d&#233;but du si&#232;cle), a commenc&#233; &#224; prendre forme au Chili avec l'&#233;lection de Gabriel Boric (2021), en Colombie avec la victoire de Gustavo Petro (2022), Honduras avec la pr&#233;sidence de Xiomara Castro (2022), Guatemala avec l'&#233;lection de Bernardo Ar&#233;valo en 2023 mais aussi - depuis 2018 - avec l'&#233;lection de Manuel L&#243;pez Obrador au Mexique ou en 2020 avec le retour d&#233;mocratique du Mouvement pour le Socialisme (MAS) en Bolivie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet ouvrage collectif, coordonn&#233; par le chercheur &lt;a href=&#034;https://jcguanche.wordpress.com/hoja-de-vida/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Julio C&#233;sar Guanche&lt;/a&gt; et publi&#233; par la revue cubaine Temas, nous invite &#224; comprendre ces processus &#224; partir de diff&#233;rents points de vue, g&#233;ographies et sensibilit&#233;s. L'int&#233;r&#234;t principal de cette publication est de couvrir les r&#233;alit&#233;s politiques et sociales de plusieurs pays : l'Argentine, le Br&#233;sil, le Chili, l'&#201;quateur, le Mexique, le P&#233;rou et Cuba, &#224; partir d'un examen critique des continuit&#233;s et des nouveaux ph&#233;nom&#232;nes dans la r&#233;gion, en particulier les transformations sociales et culturelles souterraines qui sous-tendent les changements politiques en cours. Ainsi, ce livre pluraliste traite des processus de gauche ou &#171; progressistes &#187; au pouvoir, ainsi que des processus conservateurs et r&#233;actionnaires. Il d&#233;crit les dimensions pl&#233;b&#233;iennes du populisme ou de l'extr&#234;me droite (en &#201;quateur, au Br&#233;sil et au P&#233;rou), et d&#233;crypte les contradictions des progressistes au pouvoir. Si les auteurs envisagent ici les aspects partisans et institutionnels (par exemple, &#224; propos de la droite &#233;quatorienne ou de la gauche chilienne et mexicaine), ce n'est pas sans laisser de c&#244;t&#233; le vaste champ des mobilisations collectives et de la soci&#233;t&#233; civile organis&#233;e : mouvements sociaux afro-descendants, luttes f&#233;ministes et anti-f&#233;ministes, mouvements religieux fondamentalistes, mouvements indig&#232;nes sont tous pr&#233;sents dans cet opus. Sans aucun doute, la diversit&#233; des approches et des origines des chercheurs inclus ici, qui ont tous une longue histoire de travail et de vie dans diff&#233;rents pays de la r&#233;gion, permet au lecteur d'offrir une vision int&#233;ressante, plurielle et contrast&#233;e du continent &#224; l'heure actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le politologue Noberto Bobbio, dans son ouvrage d&#233;sormais classique, &lt;a href=&#034;https://www.placedeslibraires.fr/livre/9782020233248-droite-et-gauche-essai-sur-une-distinction-politique-norberto-bobbio/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Droite et gauche, essai sur une distinction politique&lt;/a&gt; [5] a soulign&#233; de mani&#232;re convaincante que la distinction des deux p&#244;les de ce bin&#244;me peut &#234;tre un bon point de d&#233;part pour r&#233;fl&#233;chir &#224; une carte politique. Dans cette distinction, Bobbio part de l'axe libert&#233;/&#233;galit&#233; pour classer les forces politiques : les droites revendiquant de mani&#232;re privil&#233;gi&#233;e le concept de &#171; libert&#233; &#187; (du march&#233; et/ou de l'individu en particulier) et les gauches celui d'&#171; &#233;galit&#233; &#187; (et d'&#233;mancipation sociale et collective). En transposant cette r&#233;flexion &#224; l'Am&#233;rique latine et aux Cara&#239;bes, et en rompant avec les visions eurocentriques, il serait n&#233;cessaire d'introduire un ensemble d'autres concepts pour penser cette distinction, tels que la colonialit&#233; du pouvoir et les conceptions nationales/plurinationales de l'&#201;tat, les notions de souverainet&#233; populaire et d'anti-imp&#233;rialisme, les droits des peuples indig&#232;nes et les rapports sociaux de race ou de genre, les mod&#232;les de d&#233;veloppement et les mod&#232;les socio-environnementaux, etc. Au-del&#224; de ces caract&#233;risations, ce sont surtout les zones grises et les recoins des espaces sociopolitiques latino-am&#233;ricains actuels que ce livre confirme, des espaces qui ne se r&#233;sument pas &#224; une simple dichotomie gauche/droite. Cette publication propose des versions actualis&#233;es de textes parus dans un dossier de la&lt;a href=&#034;https://temas.cult.cu/revista/revista_datos/3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue Temas en 2022&lt;/a&gt;. Dans leur pr&#233;sentation, les coordinateurs notent &#224; juste titre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'arriv&#233;e de nouveaux gouvernements de gauche et de centre-gauche identifi&#233;s comme la &#171; mar&#233;e rose &#187; en Am&#233;rique latine et dans les Cara&#239;bes ne fait que renvoyer &#224; un ph&#233;nom&#232;ne &#233;lectoral, dont l'environnement politique est plus complexe. En son sein coexistent des diff&#233;rences strat&#233;giques, des croisements de bases sociales entre les zones de gauche et les zones conservatrices, comme le n&#233;o-&#233;vang&#233;lisme, le rejet de l'autoritarisme de certains mouvements progressistes, des critiques sur les questions de genre, la justice raciale et environnementale, les revendications des peuples indig&#232;nes, et d'autres sujets &#224; l'ordre du jour politique, comme la transition &#233;nerg&#233;tique, la perp&#233;tuation de l'extractivisme et sa corr&#233;lation avec un syst&#232;me de d&#233;mocratie populaire, qu'il s'appelle socialisme ou non&#171; . Bien qu'ils aient perdu des si&#232;ges au gouvernement, les courants conservateurs ont gagn&#233; une base populaire, comme le refl&#232;te non seulement leur repr&#233;sentation parlementaire, mais aussi le renforcement du consensus n&#233;olib&#233;ral parmi ces autres bases, sur la &#187;libert&#233;&#171; et la &#187;d&#233;mocratie&#171; et contre le &#187;populisme&#034;. Ces courants n'ont pas cess&#233; d'utiliser la r&#233;pression pour maintenir un r&#233;gime d'in&#233;galit&#233; caract&#233;ris&#233; par une grande d&#233;vastation sociale &lt;/i&gt; &#187;. [6]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que jamais, les r&#233;alit&#233;s latino-am&#233;ricaines montrent la turbulence des soci&#233;t&#233;s et de l'ensemble des forces politiques : une situation dans laquelle l'extr&#234;me droite &#171; libertarienne &#187; et &#171; anarcho-capitaliste &#187; est capable de faire un ratissage &#233;lectoral dans des secteurs populaires pr&#233;caires, alors que dans le m&#234;me temps, des courants politiques &#233;mergeant du c&#339;ur de la gauche incarnent des pratiques autoritaires ou sont d&#233;connect&#233;s des mouvements sociaux, f&#233;ministes ou &#233;cologistes. C'est ce que confirment plusieurs chapitres du livre et ce que souligne Daniel Kersffeld, rappelant que le progressisme a &#233;t&#233; marqu&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es par diverses formes de caudillisme, de corruption, d'acceptation d'un mod&#232;le de d&#233;veloppement extractiviste, ou encore par la mise en &#339;uvre de politiques de &#171; main de fer &#187; et de militarisation, qui semblaient jusqu'&#224; r&#233;cemment &#234;tre le &#171; patrimoine politique &#187; de la droite. Dans un autre chapitre, la chercheuse et militante f&#233;ministe antiraciste Alina Herrera Fuentes souligne que le conservatisme patriarcal ne vient pas seulement des rangs de la droite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les parcours nationaux des progressistes ont &#233;t&#233; et sont profond&#233;ment fragiles et discontinus. &#192; certaines p&#233;riodes et sur certaines questions, des progr&#232;s ont pu &#234;tre accomplis, mais ils se sont arr&#234;t&#233;s &#224; d'autres moments. Par exemple, alors que le taux de pauvret&#233; global a diminu&#233;, la f&#233;minisation de la pauvret&#233; a augment&#233; au cours de cette p&#233;riode. En d'autres termes, la pauvret&#233; a globalement diminu&#233;, mais les femmes ont moins b&#233;n&#233;fici&#233; que les hommes des politiques qui ont permis d'atteindre cet objectif (&lt;a href=&#034;https://www.unwomen.org/sites/default/files/Annual%20Report/Attachments/Sections/Library/UN-Women-annual-report-2017-2018-fr.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ONU Femmes 2017&lt;/a&gt;). Mais surtout, ce sont les politiques qui remettent en cause les normes traditionnelles de la famille et de la sexualit&#233; - comme l'avortement, le mariage homosexuel, la reconnaissance de l'identit&#233; de genre et, dans certains cas, la violence fond&#233;e sur le genre - qui ont &#233;t&#233; le plus entrav&#233;es par le conservatisme des dirigeants ou directement par les alliances entre les hommes politiques au pouvoir et le n&#233;oconservatisme religieux en expansion. Les preuves &#224; cet &#233;gard infirment l'hypoth&#232;se selon laquelle, par d&#233;finition, la politique de gauche remet en question les croyances et les hi&#233;rarchies conservatrices, avec une base religieuse implicite ou explicite &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, ces observations n'effacent pas le bilan positif des ann&#233;es 2000-2010 en termes de lutte contre la pauvret&#233;, de progr&#232;s des politiques publiques en mati&#232;re d'&#233;ducation, de sant&#233; ou de construction de logements, de conqu&#234;te de processus constituants originaux (Bolivie, &#201;quateur, Venezuela), l'&#233;lan bolivarien pour une int&#233;gration r&#233;gionale ind&#233;pendante des Etats-Unis (UNASUR, CELAC, ALBA), le d&#233;veloppement d'une nouvelle diplomatie Sud-Sud, notamment gr&#226;ce &#224; Hugo Ch&#225;vez, qui a tent&#233; de privil&#233;gier un axe de gauche anti-imp&#233;rialiste, et dans une certaine mesure &#224; Lula, qui a favoris&#233; l'accroissement de l'influence de son pays dans la r&#233;gion et l'axe des BRICS. En ce qui concerne les politiques internationales de Lula et de Dilma Rousseff, il serait utile de prendre en compte et d'actualiser l'analyse faite par l'auteur marxiste br&#233;silien Ruy Mauro Marini (1932-1997) dans les ann&#233;es 1960, lorsqu'il a qualifi&#233; le Br&#233;sil de &#171; sous-imp&#233;rialisme &#187;. Comme le note Claudio Katz :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ruy Mauro Marini ne s'est pas content&#233; de ressasser les vieilles d&#233;nonciations du r&#244;le oppressif des &#201;tats-Unis. Il a plut&#244;t introduit le concept controvers&#233; de &#187;sous-imp&#233;rialisme&#171; pour d&#233;crire la nouvelle strat&#233;gie de la classe dirigeante br&#233;silienne. Il a d&#233;crit les tendances expansionnistes des grandes entreprises affect&#233;es par l'&#233;troitesse du march&#233; int&#233;rieur et a per&#231;u leur promotion de politiques &#233;tatiques agressives pour faire des incursions dans les &#233;conomies voisines &#187;.&lt;/i&gt; [7]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'Hugo Ch&#225;vez soutenait activement le projet ALBA avec Cuba, avec l'appui notamment de la Bolivie et de l'&#201;quateur, et jetait les bases d'une Banque du Sud, Lula a donn&#233; la priorit&#233; au renforcement du r&#244;le r&#233;gional et international du Br&#233;sil en tant que puissance r&#233;gionale, coordonnant l'intervention militaire en Ha&#239;ti (ce qui convenait parfaitement &#224; Washington) et participant activement au lancement des BRICS en 2009 avec la Russie, la Chine et l'Inde (auxquels s'est ajout&#233;e l'Afrique du Sud en 2011). Hugo Ch&#225;vez avait besoin de la protection du Br&#233;sil de Lula contre le danger pos&#233; par Washington, et esp&#233;rait beaucoup de son soutien &#224; la cr&#233;ation de la Banque du Sud. Bien que l'acte fondateur de la Banque ait &#233;t&#233; sign&#233; &#224; Buenos Aires - en d&#233;cembre 2007 - par les pr&#233;sidents br&#233;silien Lula, argentin N&#233;stor Kirchner, bolivien Evo Morales, v&#233;n&#233;zu&#233;lien Hugo Ch&#225;vez et paraguayen Nicanor Duarte Fruto, le Br&#233;sil a effectivement paralys&#233; la mise en &#339;uvre de la Banque [8]. La Banque du Sud n'a jamais fonctionn&#233; [9] et aucun cr&#233;dit n'a &#233;t&#233; accord&#233; au cours des quinze ann&#233;es qui ont suivi sa cr&#233;ation. En fait, Lula a favoris&#233; l'utilisation de la Banque Nationale de D&#233;veloppement &#201;conomique et Social (BNDES) pour la politique de cr&#233;dit dans la r&#233;gion. Cette banque accorde des cr&#233;dits &#224; de grandes entreprises br&#233;siliennes comme Odebrecht, Vale do Rio Doce, Petrobras, etc. afin qu'elles puissent &#233;tendre et renforcer leurs activit&#233;s &#224; l'&#233;tranger [10]. Par la suite, Lula a soutenu le lancement des activit&#233;s de la Nouvelle Banque de D&#233;veloppement (NBD) cr&#233;&#233;e par les BRICS, bas&#233;e &#224; Shanghai et pr&#233;sid&#233;e &#224; partir de 2023 par Dilma Rousseff [11]. Lula a &#233;galement favoris&#233; le Mercosur, qui correspondait aux int&#233;r&#234;ts du grand capital br&#233;silien. L'avortement de la Banque du Sud doit &#234;tre inclus dans l'&#233;valuation critique de la premi&#232;re vague du progressisme. De m&#234;me que l'isolement relatif de l'&#201;quateur en 2007-2009 dans sa d&#233;cision d'auditer sa dette et de suspendre le paiement d'une grande partie de celle-ci, en la d&#233;clarant ill&#233;gitime. L'&#201;quateur a remport&#233; une victoire &#233;clatante contre ses cr&#233;anciers priv&#233;s, mais son exemple n'a pas &#233;t&#233; suivi par les autres pays de la r&#233;gion, malgr&#233; les promesses faites lors de la r&#233;union des chefs d'&#201;tat de la r&#233;gion qui s'est tenue au Venezuela en juillet 2008, et contre la volont&#233; du pr&#233;sident Fernando Lugo (Paraguay) de suivre l'exemple de l'&#201;quateur [12].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, &#224; l'heure du bilan, on per&#231;oit toutes les nuances, les revers et les limites de ce premier cycle, tributaire d'&#233;quilibres fragiles et transitoires, qui a laiss&#233; place &#224; une recomposition de la droite et m&#234;me &#224; des figures fascisantes (Bolsonaro, Kast, Milei, A&#241;ez, Bukele, etc.). En fait, si ce livre parle de &#171; gauches et de droites &#187; au pluriel, il explore aussi la notion m&#234;me de &#171; progressisme &#187;. Cette caract&#233;risation est pr&#233;sente dans presque tous les chapitres, mais que signifie aujourd'hui le progressisme latino-am&#233;ricain : la crise du processus bolivarien au Venezuela, les timides r&#233;formes du jeune pr&#233;sident Boric au Chili, le &#171; populisme de gauche &#187; d'AMLO ? Ce mot est par excellence conceptuellement vaste et ambigu, devenant un mot insaisissable et en m&#234;me temps omnipr&#233;sent. En fait, il est int&#233;ressant de rappeler que &lt;i&gt;&#171; cette notion de progressisme appartient au langage par lequel, historiquement, la gauche marxiste a d&#233;sign&#233; les programmes et les forces sociales et politiques sociaux-d&#233;mocrates, populistes ou nationaux-populistes qui cherchaient &#224; transformer et &#224; r&#233;former le capitalisme en introduisant des doses d'intervention et de r&#233;gulation de l'&#201;tat et de redistribution des richesses : dans le cas de l'Am&#233;rique latine, avec un net accent anti-imp&#233;rialiste et d&#233;veloppementaliste. Ce dernier aspect, aujourd'hui pr&#233;sent&#233; comme le &#187;n&#233;o-d&#233;veloppementalisme &#171; , est li&#233; &#224; la notion de progr&#232;s et contribue &#224; d&#233;finir l'horizon et le caract&#232;re du projet, ainsi que les critiques qui, &#224; partir de perspectives environnementalistes, &#233;cosocialistes ou postcoloniales, remettent en question l'id&#233;e de progr&#232;s et de d&#233;veloppement, tant dans leurs expressions au cours des si&#232;cles pass&#233;s que dans leur prolongement au XXIe si&#232;cle &#187;.&lt;/i&gt; [13]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pensons que ce livre montre que des ambigu&#239;t&#233;s et des points de fuite peuvent &#233;galement &#234;tre trouv&#233;s lorsqu'il s'agit de d&#233;finir les droits du temps pr&#233;sent, le conservatisme ou m&#234;me la nouvelle extr&#234;me-droite. Cependant, ce que les cas de l'&#201;quateur analys&#233; par Franklin Ram&#237;rez Gallegos, du Br&#233;sil pr&#233;sent&#233; par Luiz Bernardo Peric&#225;s et du P&#233;rou (article de Damian A. Gonzales Escudero) soulignent, c'est qu'une base commune pour la consolidation et la radicalisation de la droite actuelle est la confrontation frontale avec le progressisme, que ce soit dans ses aspects nationaux-populaires ou de centre-gauche. C'est ce que confirme un pays, aujourd'hui sc&#233;nario capital de la r&#233;action continentale : l'Argentine, o&#249; la construction de la candidature &#171; outsider &#187; de Milei s'est appuy&#233;e sur la haine d'une partie de l'&#233;lectorat pour le p&#233;ronisme et le kirchnerisme, dans un contexte d'effondrement &#233;conomique, d'hyperinflation et de rejet de l'administration d'Alberto Fern&#225;ndez, qui n'a pas tenu ses promesses de d&#233;noncer la dette ill&#233;gitime et odieuse contract&#233;e par Mauricio Macri aupr&#232;s du FMI en 2018. Un autre pays qu'il serait int&#233;ressant d'inclure dans les r&#233;flexions est le Nicaragua de Daniel Ortega, car il offre l'exemple dramatique d'un pays gouvern&#233; par une force politique initialement issue d'une r&#233;volution (1979-1989) et qui incarne aujourd'hui la tutelle d'un clan familial r&#233;pressif, qui a voulu mettre en &#339;uvre un programme du FMI en 2018, provoquant une r&#233;bellion massive de la jeunesse et d'autres secteurs populaires, et qui a d&#233;cid&#233; de la r&#233;primer brutalement afin de rester au pouvoir [14].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ici reconna&#238;tre un autre aspect original de ce livre : il inclut une r&#233;flexion sur la situation &#224; Cuba, une r&#233;flexion critique n&#233;cessaire quand Cuba et sa r&#233;volution ont &#233;t&#233; un &#171; phare &#187; central de l'imaginaire de la gauche latino-am&#233;ricaine et mondiale tout au long du vingti&#232;me si&#232;cle [15]. Manuel R. G&#243;mez revient sur l'histoire de la droite cubaine, en tant qu'instrument &#171; utile &#187; - mais non d&#233;cisif - de la politique &#233;tatique et imp&#233;riale des Etats-Unis, tant dans les p&#233;riodes de &#171; main de fer &#187; de Washington &#224; l'&#233;gard de l'&#238;le carib&#233;enne, que de rapprochement relatif et timide sous le mandat Obama. Quant &#224; Wilder P&#233;rez Varona, il pose &#224; juste titre la question suivante : dans quel sens peut-on parler de gauche et de droite &#224; Cuba aujourd'hui, compte tenu des sp&#233;cificit&#233;s de l'histoire cubaine depuis 1959 et de son r&#233;gime sociopolitique ? L&#224;, le terme m&#234;me de &#171; r&#233;volution &#187; est devenu flou, car &lt;i&gt;&#171; pendant des d&#233;cennies, le terme r&#233;volutionnaire a fusionn&#233; des relations tr&#232;s diverses. Tr&#232;s t&#244;t, cette condition a expuls&#233; toute opposition de la communaut&#233; politique nationale et l'a qualifi&#233;e de contre-r&#233;volutionnaire. L'utilisation du terme &#187;r&#233;volution&#171; a servi &#224; synth&#233;tiser une &#233;pop&#233;e exceptionnelle, dont les r&#233;alisations et les acquis ont r&#233;sist&#233; &#224; la bellig&#233;rance syst&#233;matique des &#201;tats-Unis. Son utilisation a souvent &#233;vit&#233; &#224; la fois l'analyse des contradictions du processus et de ses acteurs. La pr&#233;misse de l'unit&#233; face au si&#232;ge a externalis&#233; le conflit politique &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parler aujourd'hui, &#224; Cuba, en termes de gauche/droite renvoie en fait &#224; une question essentielle : celle de la repr&#233;sentation politique ou plut&#244;t de son d&#233;ficit, dans le contexte d'une soci&#233;t&#233; de plus en plus in&#233;galitaire et diff&#233;renci&#233;e, de l'&#233;largissement de la contestation et des exigences croissantes de changements dans les domaines &#233;conomique et culturel, mais aussi d'une v&#233;ritable d&#233;mocratisation politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure cette br&#232;ve pr&#233;sentation, revenons &#224; notre constat initial. La &#171; polycrise &#187; mondiale et la prise de conscience que nous entrons dans une p&#233;riode de fortes turbulences qui se font sentir sur l'ensemble du continent. Ainsi, comme l'affirment Gabriel Vommaro et Gabriel Kessler, aujourd'hui&lt;i&gt; &#171; la polarisation id&#233;ologique avec des composantes affectives, le m&#233;contentement g&#233;n&#233;ralis&#233; et la polarisation autour d'un leader &#233;mergent marquent la politique latino-am&#233;ricaine, dont les &#233;lectorats, comme sous d'autres latitudes, sont de plus en plus volatiles et insatisfaits &#187;&lt;/i&gt; [16] . Peut-&#234;tre avons-nous l&#224; une le&#231;on essentielle de ce livre collectif et des urgences qu'il signifie. Au-del&#224; des r&#233;gimes politiques, de droite comme de gauche, progressistes ou conservateurs, le malaise citoyen et le m&#233;contentement de ceux &#171; d'en bas &#187; s'amplifient. Mais il y a aussi du d&#233;sespoir si des alternatives d&#233;mocratiques locales et globales n'&#233;mergent pas, un d&#233;sespoir qui pourrait ouvrir la porte &#224; des forces de plus en plus violentes et r&#233;actionnaires, et m&#234;me &#224; la possibilit&#233; du fascisme [17].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'&#339;il du cyclone, les auteur.e.s de cet ouvrage contribuent &#224; l'analyse du moment crucial que nous vivons, &#224; une meilleure compr&#233;hension du pr&#233;sent et &#224; l'esquisse de perspectives d'avenir pour l'Am&#233;rique latine et les Cara&#239;bes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'espagnol par Christian Dubucq.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] 1. Andreas Malm, Corona, Climate, Chronic Emergency : War Communism in the Twenty-First Century, Londres, Verso, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] 2. Voir par exemple : Tariq Ali, Piratas del Caribe. El eje de la esperanza, Madrid, Foca ediciones, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] 3. Maristella Svampa, Del cambio de &#233;poca al fin de ciclo : gobiernos progresistas, extractivismo, y movimientos sociales en Am&#233;rica Latina, Buenos Aires, Edhasa, 2017 et Massimo Modonesi, &#171; La normalizaci&#243;n de los progresismos latinoamericanos &#187;, Jacob&#237;n Am&#233;rica Latina, juillet 2022, &lt;a href=&#034;https://jacobinlat.com/2022/07/04/la-normalizacion-de-los-progresismos-latinoamericanos&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://jacobinlat.com/2022/07/04/la-normalizacion-de-los-progresismos-latinoamericanos&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] 4. Pablo Stefanoni, La r&#233;bellion est-elle pass&#233;e &#224; droite ? Paris, &#201;ditions La D&#233;couverte, 2022. Miguel Urban, Trumpismos : Neoliberales y Autoritarios. Radiograf&#237;a de la derecha radical, Madrid, Verso, 2024, &lt;a href=&#034;https://versolibros.com/products/trumpismos&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://versolibros.com/products/trumpismos&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] 5. Norberto Bobbio, Droite et gauche : essai sur une distinction politique, Seuil, Paris, 1996&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Temas, N&#176; 108-109, marzo-octubre 2022, &lt;a href=&#034;https://temas.cult.cu/revista/revista_datos/3&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://temas.cult.cu/revista/revista_datos/3&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Claudio Katz, La teor&#237;a de la dependencia cincuenta a&#241;os despu&#233;s, Argentine, Ed. Batalla de Ideas, 2018, p. 102.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] &#201;ric Toussaint, Banque du Sud et nouvelle crise internationale, Paris, 2008, CADTM/Syllepse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] &#201;ric Toussaint, La banque du Sud est une alternative, pas celle des BRICS, CADTM, 19 ao&#251;t 2014. Voir &#233;galement : &#201;ric Toussaint, &#171; L'exp&#233;rience interrompue de la Banque du Sud en Am&#233;rique latine et ce qui aurait pu &#234;tre mis en place comme politiques alternatives au niveau du continent &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/L-experience-interrompue-de-la-Banque-du-Sud-en-Amerique-latine-et-ce-qui&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cadtm.org/L-experience-interrompue-de-la-Banque-du-Sud-en-Amerique-latine-et-ce-qui&lt;/a&gt; , CADTM, 10 mai 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Caio Bugiato, &#171; A pol&#237;tica de financiamento do BNDES e a burguesia brasileira &#187;, in Cadernos do Desenvolvimento, &lt;a href=&#034;http://www.cadernosdodesenvolvimento.org.br/ojs-2.4.8/index.php/cdes/article/view/125/128&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cadernosdodesenvolvimento.org.br/ojs-2.4.8/index.php/cdes/article/view/125/128&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] &#201;ric Toussaint, &#171; Les BRICS et leur Nouvelle banque de d&#233;veloppement offrent-ils des alternatives &#224; la Banque mondiale, au FMI et aux politiques promues par les puissances imp&#233;rialistes traditionnelles ? &#187;, CADTM, 22 avril 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] &#201;ric Toussaint et Benjamin Lemoine, &#171; En &#201;quateur, des espoirs d&#233;&#231;us &#224; la r&#233;ussite. Les exemples de l'Afrique du Sud, du Br&#233;sil, du Paraguay et de l'&#201;quateur &#187;, CADTM, 3 ao&#251;t 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Franck Gaudichaud, Massimo Modonesi, Jeffery Webber, Fin de partie. Les exp&#233;riences progressistes dans l'impasse, (1998-2019), Paris, 2020, Syllepse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Nathan Legrand, &#201;ric Toussaint, &#171; Nicaragua, la otra revoluci&#243;n traicionada &#187;, CADTM, 30 janvier 2019, &lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/Nicaragua-la-otra-revolucion-traicionada&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cadtm.org/Nicaragua-la-otra-revolucion-traicionada&lt;/a&gt;. &#201;ric Toussaint, &#171; Nicaragua : L'&#233;volution du r&#233;gime du pr&#233;sident Daniel Ortega depuis 2007 &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/Nicaragua-L-evolution-du-regime-du-president-Daniel-Ortega-depuis-2007&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cadtm.org/Nicaragua-L-evolution-du-regime-du-president-Daniel-Ortega-depuis-2007&lt;/a&gt; , CADTM, 25 juillet 2018. &#201;ric Toussaint, &#171; Nicaragua : Poursuite des r&#233;flexions sur l'exp&#233;rience sandiniste des ann&#233;es 1980-1990 afin de comprendre le r&#233;gime de Daniel Ortega et de Rosario Murillo &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/Nicaragua-Poursuite-des-reflexions-sur-l-experience-sandiniste-des-annees-1980&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cadtm.org/Nicaragua-Poursuite-des-reflexions-sur-l-experience-sandiniste-des-annees-1980&lt;/a&gt;, CADTM, 12 ao&#251;t 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Tanya Harmer, Alberto Mart&#237;n &#193;lvarez (dir.), Toward a Global History of Latin America's Revolutionary Left, Gainesville, University of Florida Press, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Dossier &#171; C&#243;mo se organiza el descontento en Am&#233;rica Laina ? Polarizaci&#243;n, malestar y liderazgos divisivos &#187;, Nueva Sociedad, N&#186; 310, mars-avril 2024, &lt;a href=&#034;https://nuso.org/articulo/310-como-se-organiza-el-descontento-en-america-latina/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://nuso.org/articulo/310-como-se-organiza-el-descontento-en-america-latina/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Dossier &#171; Ultraderechas, neofascismo o postfascismo &#187;, Cuadernos de Herramienta, avril 2024, &lt;a href=&#034;https://herramienta.com.ar/cuadernos-de-herramienta-las-ultraderechas-neofascismo-o-postfascismo&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://herramienta.com.ar/cuadernos-de-herramienta-las-ultraderechas-neofascismo-o-postfascismo&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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		<title>Au Chili, &#171; le d&#233;crochage est total au sein des classes populaires &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Au-Chili-le-decrochage-est-total-au-sein-des-classes-populaires</link>
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		<dc:date>2024-04-02T10:44:34Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Franck Gaudichaud, Luis Reygada</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2024-04-02</dc:subject>
		<dc:subject>Chili</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#192; mi-mandat, le pr&#233;sident Gabriel Boric n'a pas encore &#233;t&#233; en mesure de mener les profondes r&#233;formes attendues, nous explique Franck Gaudichaud, sp&#233;cialiste de l'Am&#233;rique latine. &#192; la t&#234;te de l'&#201;tat depuis mars 2022 et &#233;lu avec l'espoir de r&#233;orienter son pays sur la voie du progressisme, le jeune pr&#233;sident Gabriel Boric (38 ans) semble plut&#244;t avoir recentr&#233; sa politique, incapable de faire le poids face au bloc conservateur ni de f&#233;d&#233;rer la gauche autour de son gouvernement. &lt;br class='autobr' /&gt; 28 mars 2024 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/boric_chili-fce36.png?1712055150' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; mi-mandat, le pr&#233;sident Gabriel Boric n'a pas encore &#233;t&#233; en mesure de mener les profondes r&#233;formes attendues, nous explique Franck Gaudichaud, sp&#233;cialiste de l'Am&#233;rique latine. &#192; la t&#234;te de l'&#201;tat depuis mars 2022 et &#233;lu avec l'espoir de r&#233;orienter son pays sur la voie du progressisme, le jeune pr&#233;sident Gabriel Boric (38 ans) semble plut&#244;t avoir recentr&#233; sa politique, incapable de faire le poids face au bloc conservateur ni de f&#233;d&#233;rer la gauche autour de son gouvernement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;28 mars 2024 | tir&#233; du journal l'humanit&#233;.fr&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.humanite.fr/monde/chili/au-chili-le-decrochage-est-total-au-sein-des-classes-populaires&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.humanite.fr/monde/chili/au-chili-le-decrochage-est-total-au-sein-des-classes-populaires&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Luis Reygada : &#192; mi-mandat, quel est le bilan de celui qui avait promis de &#171; rouvrir les grandes avenues &#187; du pr&#233;sident socialiste Salvador Allende ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Franck Gaudichaud &lt;/strong&gt; : Gabriel Boric est arriv&#233; au pouvoir en incarnant l'espoir d'un tournant postn&#233;olib&#233;ral, dans un contexte tr&#232;s particulier puisqu'il fait suite &#224; l'explosion sociale de 2019. Il &#233;tait port&#233; par des demandes tr&#232;s fortes, sociales notamment, et &#224; la t&#234;te d'une coalition incluant des partis bien plus &#224; gauche que lui (comme le Parti communiste chilien) et fondamentalement critique des vingt ann&#233;es de gouvernement de la p&#233;riode post-dictature, la Concertation (entre 1990 et 2010), marqu&#233;e par des compromissions, voire une gestion n&#233;olib&#233;rale du pouvoir par les gouvernements de gauche durant cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boric arrive donc avec des promesses de r&#233;formes profondes dans un pays o&#249; le priv&#233; repr&#233;sentait le socle structurant de la soci&#233;t&#233;, avec une mainmise sur d'amples secteurs largement lib&#233;ralis&#233;s (&#233;ducation, sant&#233;, retraites, etc.). De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, c'est donc l'espoir d'un &#171; nouveau Chili &#187; dans lequel le public r&#233;ussirait &#224; reprendre le dessus sur les forces du march&#233; que Boric avait laiss&#233; entrevoir. Sur tous ces aspects, le bilan est extr&#234;mement d&#233;cevant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Luis Reygada : Faute de majorit&#233; au Congr&#232;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Franck Gaudichaud &lt;/strong&gt; : Oui mais pas seulement. Le gouvernement n'est pas en position de force au sein des institutions, il doit donc n&#233;gocier en permanence et a fini par gouverner &#224; &#171; l'extr&#234;me-centre &#187;, en r&#233;int&#233;grant y compris des figures centrales du PS au pouvoir. Le pr&#233;sident n'a pas su tirer profit de la lune de miel des six premiers mois de son mandat : il a tout mis&#233; sur l'approbation du premier projet de Constitution pour consolider une dynamique politique d'orientation progressiste. Son rejet (&#224; 62 %, en septembre 2022 &#8211; NDLR) a &#233;t&#233; une douche froide. Cette d&#233;faite a fait du mal &#224; l'ensemble de la gauche et aux mouvements sociaux, ceux-ci sont d'ailleurs aujourd'hui &#224; la peine apr&#232;s un long cycle &#233;lectoral assez chaotique qui a d&#233;bouch&#233; sur un second processus constituant, domin&#233; par l'extr&#234;me droite. Ce second projet constitutionnel a finalement aussi &#233;t&#233; rejet&#233; &#8211; par plus de 55 % des votants. Le gouvernement est apparu comme neutralis&#233;, incapable de reprendre l'initiative politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, le manque de capacit&#233; &#224; mobiliser les bases sociales et les mouvements sociaux fait que le gouvernement ne compte pas sur un soutien large et structur&#233; qui lui permette de faire le poids face aux forces de l'opposition. Encore moins de d&#233;fier l'oligarchie chilienne, qui elle peut compter sur les partis les plus conservateurs et traditionnels pour repr&#233;senter ses int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Luis Reygada : Des avanc&#233;es ont tout de m&#234;me &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es, et les sondages donnent au pr&#233;sident un taux d'approbation entre 26 et 30 % ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Franck Gaudichaud &lt;/strong&gt; : Tout &#224; fait, ce qui est plus que ses pr&#233;d&#233;cesseurs. Au bout de deux ans, il peut toujours compter sur un socle et il est ind&#233;niable qu'il dispose d'un certain ancrage au sein des classes moyennes progressistes dipl&#244;m&#233;es. Mais le d&#233;crochage est total au sein des classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu des avanc&#233;es en mati&#232;re sociale (baisse &#224; quarante heures de la dur&#233;e hebdomadaire du travail, mais avec de nouvelles flexibilisations du travail, hausse des salaires minimums, acc&#232;s &#224; la sant&#233; primaire gratuite facilit&#233;&#8230;) mais les grandes r&#233;formes structurelles (notamment fiscale) n'ont pu voir le jour, et le cadre dominant reste totalement capitaliste et domin&#233; par la m&#234;me oligarchie. La d&#233;ception est tr&#232;s grande et renforce l'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Luis Reygada : Une mont&#233;e aussi favoris&#233;e par un contexte s&#233;curitaire d&#233;favorable, avec une hausse de la criminalit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Franck Gaudichaud &lt;/strong&gt; : Il est vrai que, en &#224; peu pr&#232;s six ans, le Chili a vu multiplier par deux son taux de crimes les plus violents, avec une claire intensification de l'activit&#233; des groupes li&#233;s aux cartels de la drogue (comme le cartel v&#233;n&#233;zu&#233;lien nomm&#233; &#171; El tren de Aragua &#187;). Cette violence, parfois tristement spectaculaire, frappe beaucoup les couches populaires et moyennes. Toutefois, les chiffres montrent une l&#233;g&#232;re am&#233;lioration depuis quelques mois, et nous sommes l&#224; face &#224; un autre probl&#232;me difficile &#224; surmonter, aiguis&#233; par la capacit&#233; des m&#233;dias dominants &#224; imposer dans le d&#233;bat public les th&#233;matiques s&#233;curitaires, sous un angle d&#233;favorable &#224; la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, la r&#233;ponse de Boric au probl&#232;me de la violence des cartels a aussi beaucoup d&#233;&#231;u parmi les siens. La r&#233;forme du corps des carabiniers, responsable de graves violations des droits humains notamment en 2019, n'a jamais eu lieu. Boric avait toujours refus&#233; de militariser la question de l'ordre public, c'est d&#233;sormais chose faite, dans le cadre de la lutte contre la criminalit&#233;, mais aussi du conflit avec le peuple Mapuche, dans le Sud du pays. Il y a l&#224; un vrai probl&#232;me de politique publique au sujet d'une th&#233;matique bien plus facile &#224; g&#233;rer pour l'extr&#234;me droite, qui pr&#244;ne &#233;videmment une militarisation &#224; tout-va, appuy&#233;e sur un discours x&#233;nophobe et raciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Luis Reygada : Nous sommes bien loin du pr&#233;sident &#171; de gauche radicale &#187; que la droite aime pr&#233;senter ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Franck Gaudichaud&lt;/strong&gt; : Le pr&#233;sident Boric s'est toujours montr&#233; dispos&#233; &#224; dialoguer, voire &#224; chercher &#224; cr&#233;er une certaine unit&#233; nationale, comme on a pu le voir lors de la comm&#233;moration des cinquante ans du coup d'&#201;tat de 1973. Une strat&#233;gie peu payante quand on a affaire &#224; une droite qui n'en veut pas, qui continue &#224; revendiquer &#8211; au moins en partie &#8211; l'h&#233;ritage de la dictature, qui s'oppose syst&#233;matiquement &#224; tout compromis et cherche, au contraire, &#224; &#171; hyst&#233;riser &#187; en permanence tout d&#233;bat politique, en pointant par exemple du doigt l'aile gauche du gouvernement dans un pays o&#249; l'anticommunisme primaire reste pr&#233;sent. Le r&#233;cent d&#233;c&#232;s accidentel de l'ex-pr&#233;sident Sebastian Pi&#241;era, l'un des responsables de la r&#233;pression de la r&#233;volte de 2019, et la fa&#231;on dont Boric a malgr&#233; tout mis en avant sa figure &#171; r&#233;publicaine &#187;, a aussi &#233;tonn&#233; ou m&#234;me choqu&#233; une partie de sa base militante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les faits, le pr&#233;sident Boric a multipli&#233; les gestes symboliques qui ont montr&#233; une &#233;volution de son positionnement id&#233;ologique, au point de revendiquer r&#233;cemment l'h&#233;ritage du pr&#233;sident d&#233;mocrate-chr&#233;tien Patricio Aylwin (1990-1994), figure majeure de l'&#233;poque de la transition dans les ann&#233;es 90.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boric s'&#233;tait pourtant construit politiquement en opposition &#224; cette p&#233;riode historique. &#192; ce jour, nous pouvons dire que son mandat s'inscrit plus dans une continuit&#233; de ce qu'a repr&#233;sent&#233; l'&#233;poque de la transition et ses &#171; consensus &#187;. &#192; cinquante ans du coup d'Etat, si l'on doit faire une comparaison, c'est plus &#224; Michelle Bachelet que son administration pourrait ressembler plut&#244;t qu'&#224; celle du gouvernement de l'Unit&#233; populaire des ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Chili : apr&#232;s le nouveau rejet constitutionnel, vers un nouveau cycle politique ?</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Chili-apres-le-nouveau-rejet-constitutionnel-vers-un-nouveau-cycle-politique</link>
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		<dc:date>2024-01-16T11:59:19Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Franck Gaudichaud, Pablo Abufom Silva</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2024-01-16</dc:subject>
		<dc:subject>Chili</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique du Sud</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dimanche 17 d&#233;cembre 2023, pour la deuxi&#232;me fois en un peu plus d'un an, les Chilien&#183;nes devaient voter par r&#233;f&#233;rendum &#171; pour &#187; ou &#171; contre &#187; un projet de nouvelle Constitution, qui mettrait fin &#224; celle promulgu&#233;e en 1980 sous la dictature d'Augusto Pinochet (et r&#233;form&#233;e &#224; plusieurs reprises depuis 1989). Contrairement au pr&#233;c&#233;dent r&#233;f&#233;rendum, ce sont la droite et l'extr&#234;me droite qui ont cette fois subi une d&#233;faite politique. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Contretemps 30 d&#233;cembre 2023 &lt;br class='autobr' /&gt;
Pablo Abufom Silva et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH113/en-contra-4be45.jpg?1705406519' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dimanche 17 d&#233;cembre 2023, pour la deuxi&#232;me fois en un peu plus d'un an, les Chilien&#183;nes devaient voter par r&#233;f&#233;rendum &#171; pour &#187; ou &#171; contre &#187; un projet de nouvelle Constitution, qui mettrait fin &#224; celle promulgu&#233;e en 1980 sous la dictature d'Augusto Pinochet (et r&#233;form&#233;e &#224; plusieurs reprises depuis 1989). Contrairement au pr&#233;c&#233;dent r&#233;f&#233;rendum, ce sont la droite et l'extr&#234;me droite qui ont cette fois subi une d&#233;faite politique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Contretemps&lt;br class='autobr' /&gt;
30 d&#233;cembre 2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pablo Abufom Silva et Franck Gaudichaud&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce texte &#233;crit &#224; chaud pour Jacobin Am&#233;rica Latina, Franck Gaudichaud et Pablo Abufom reviennent sur les r&#233;sultats &#233;lectoraux, et plus largement les d&#233;fis strat&#233;giques de la p&#233;riode pour les gauches et les mouvements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle &#233;lection nationale du 17 d&#233;cembre 2023 a lieu quatre ans apr&#232;s la grande r&#233;volte sociale de 2019, qui a &#233;branl&#233; l'h&#233;g&#233;monie n&#233;olib&#233;rale &#233;tablie dans le pays andin depuis 5 d&#233;cennies, et deux ans apr&#232;s l'&#233;lection de Gabriel Boric, le jeune pr&#233;sident de la gauche progressiste (soutenu par une coalition entre le Parti communiste et le &lt;i&gt;Frente Amplio,&lt;/i&gt; en alliance avec une partie de l'ancienne Concertaci&#243;n, la coalition sociale-lib&#233;rale qui a gouvern&#233; la transition post-dictature).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier pl&#233;biscite constitutionnel (septembre 2022) visait &#224; &#171; approuver &#187; ou &#171; rejeter &#187; la proposition de constitution r&#233;dig&#233;e par une Convention compos&#233;e principalement de repr&#233;sentant&#183;es plut&#244;t positionn&#233;s &#224; gauche, anti-n&#233;olib&#233;raux et marqu&#233;e par la participation des peuples indig&#232;nes, des mouvements sociaux, de militantes f&#233;ministes. Ce projet reprenait des d&#233;cennies de luttes sociales et aspirait &#224; un Chili d&#233;mocratique, fond&#233; sur des droits sociaux &#233;tendus, qui pourrait enterrer l'h&#233;ritage de la dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, ce dernier r&#233;f&#233;rendum porte sur un texte constitutionnel qui a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; par un Conseil constitutionnel &#224; majorit&#233; d'extr&#234;me droite, dirig&#233; par le Parti r&#233;publicain, qui visait &#224; approfondir le r&#233;gime politique n&#233;olib&#233;ral de la constitution de 1980 et restreignait encore davantage les droits sociaux et avanc&#233;es conquises depuis 1990 [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un vote de classe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois de plus, plus de 15 millions de Chiliens et Chiliennes ont &#233;t&#233; appel&#233;s &#224; voter : 55,8% se sont oppos&#233;s au nouveau texte constitutionnel, bien que 15% des &#233;lecteurs&#183;rices ne se soient pas rendus aux urnes, malgr&#233; le syst&#232;me de vote obligatoire avec inscription automatique (&#224; nouveau en vigueur depuis 2022).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois de plus, un vote de classe s'est exprim&#233; dans la capitale, comme dans le reste du pays : alors que les trois municipalit&#233;s les plus riches du pays ont vot&#233; &#171; pour &#187;, les municipalit&#233;s populaires du sud et de l'ouest de la capitale ont vot&#233; &#224; plus de 60 %, voire 70 %, &#171; contre &#187;. Seules deux r&#233;gions du pays andin ont vot&#233; majoritairement en faveur du dernier projet de constitution r&#233;dig&#233; par les droites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, le grand capital et ses m&#233;dias ont investi plus de 130 millions de pesos dans la campagne pour d&#233;fendre le nouveau texte et une constitution qui emp&#234;cherait d&#233;finitivement toute l&#233;gislation en faveur de l'avortement, qui sauvegarderait le syst&#232;me de retraite par capitalisation, qui consoliderait la marchandisation de l'eau, de l'&#233;ducation et de la sant&#233;, et qui consacrerait l'interdiction de la n&#233;gociation collective par branche, tout en prot&#233;geant l'un des droits de gr&#232;ve les plus r&#233;actionnaires d'Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une d&#233;faite pour le parti d'extr&#234;me droite d'Antonio Kast&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre 2022, plus de 62% de la population avait d&#233;j&#224; rejet&#233; une proposition constitutionnelle, mais il s'agissait alors d'un projet constitutionnel clairement progressiste, paritaire et f&#233;ministe, qui proclamait un &#201;tat &#171; plurinational &#187; et reconnaissait de nouveaux droits aux peuples indig&#232;nes. Pour de nombreux &#233;lecteurs.trices, il s'agissait de d&#233;passer &#8211; au moins en partie &#8211; l'&#201;tat n&#233;olib&#233;ral et le mod&#232;le de d&#233;veloppement extractiviste et &#233;cocide h&#233;rit&#233; de Pinochet et de ses &#171; Chicago Boys &#187; ; mais cette proposition n'avait pas convaincu largement, dans un contexte post-pand&#233;mique, d'incertitude politique et de crise &#233;conomique [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre dernier, le rejet s'est &#224; nouveau exprim&#233;, confirmant la dimension &#171; d&#233;gagiste &#187; en cours dans le champ politique-&#233;lectoral ; il s'agit aussi de l'expression d'une population qui tient &#224; dire par tous les moyens son ras-le-bol et sa col&#232;re, sa fatigue aussi depuis quatre ann&#233;es de convulsions sans perspectives claires, et quelles que soient finalement les orientations affich&#233;es par les un.es ou les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois le rejet massif s'exprime face &#224; un texte r&#233;dig&#233; par l'extr&#234;me droite et la droite traditionnelle, dans le cadre d'un processus beaucoup plus &#171; contr&#244;l&#233; &#187; par les partis traditionnels et le Parlement, avec des &#171; comit&#233;s techniques de recevabilit&#233; &#187; et des commissions d' &#187;experts &#187;. Les 50 membres (&#233;lu.es en mai 2023) du Conseil constitutionnel ont &#233;t&#233; conduits par une majorit&#233; relative rattach&#233;e au Parti r&#233;publicain de Jos&#233; Antonio Kast, une nouvelle extr&#234;me droite qui a &#233;merg&#233; fortement ces 3 derni&#232;res ann&#233;es, qui s'est impos&#233;e comme une force de &#171; retour &#224; l'ordre &#187; face &#224; la r&#233;bellion collective d'octobre 2019, face au puissant mouvement f&#233;ministe et &#224; ses revendications, face au gouvernement Boric et &#224; son &#187; progressisme tardif &#171; , avec un discours ouvertement raciste, anti-immigr&#233;.es, patriarcal, ultra-conservateur et chr&#233;tien fondamentaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En alliance avec la droite, le Parti r&#233;publicain a cru pouvoir r&#233;diger une Constitution &#224; son image, celle des &#171; vrais Chiliens &#187; selon les mots de la pr&#233;sidente du Conseil, la tr&#232;s r&#233;actionnaire et int&#233;griste luth&#233;rienne Beatriz Hevia. Avec le r&#233;sultat du dernier r&#233;f&#233;rendum, le Parti r&#233;publicain vient de subir sa premi&#232;re d&#233;faite claire. D'autant plus que Kast &#233;tait d&#233;j&#224; per&#231;u comme le candidat &#224; la pr&#233;sidence ayant de r&#233;elles chances de l'emporter &#224; la fin de l'ann&#233;e 2025. Les couteaux sont &#233;galement de sortie entre la coalition de droite conservatrice-n&#233;olib&#233;rale (&lt;i&gt;Chile Vamos&lt;/i&gt;), autour de figures comme Evelyn Matthei, et le clan r&#233;publicain, chacun cherchant &#224; se d&#233;douaner de sa responsabilit&#233; dans la d&#233;b&#226;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des dissensions apparaissent &#233;galement au sein de l'extr&#234;me droite, certains leaders ou &#233;ditocrates comme Axel Kaiser cherchant &#224; cr&#233;er un &#171; Parti libertaire &#187;, encore plus radical que Kast et copi&#233; sur le mod&#232;le de Javier Milei en Argentine [3]. Ces diff&#233;renciations et tensions au sein du camp de la droite sont appel&#233;es &#224; prendre de l'importance au cours des prochains mois, cr&#233;ant ainsi une fen&#234;tre d'opportunit&#233; politique (t&#233;nue mais r&#233;elle) pour la gauche sociale et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un gouvernement Boric sans initiative, un progressisme sans r&#233;formes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir du r&#233;sultat, le pr&#233;sident Boric a de nouveau parl&#233; de &#171; consensus national &#187;, tout en confirmant que la tentative de processus constituant &#233;tait arriv&#233;e &#224; son terme apr&#232;s ces deux &#233;checs, reconnaissant que les &#171; urgences sociales &#187; &#233;taient r&#233;solument ailleurs. Le jeune pr&#233;sident (37 ans), au lieu de profiter de cette d&#233;route des droites dans les urnes, a r&#233;p&#233;t&#233; un discours d'autoflagellation critiquant le suppos&#233; &#171; radicalisme &#187; de la premi&#232;re proposition constitutionnelle de 2021-2022, et rejetant toute &#171; polarisation &#187; du pays :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Il est temps de reconna&#238;tre le r&#233;sultat obtenu par ceux qui ont d&#233;fendu l'option &#171; contre &#187;, mais sans oublier qu'une partie importante de ceux qui se sont rendus aux urnes ont vot&#233; pour l'option &#171; pour &#187;. Nous ne pouvons pas commettre la m&#234;me erreur que lors des pl&#233;biscites pr&#233;c&#233;dents. Le pays est fait par nous tous et toutes, et ceux qui triomphent lors d'une &#233;lection ne peuvent pas ignorer ceux qui ont &#233;t&#233; battus. Notre pays continuera avec la Constitution actuelle parce qu'apr&#232;s deux propositions constitutionnelles soumises &#224; un pl&#233;biscite, aucune n'a r&#233;ussi &#224; repr&#233;senter et &#224; unir le Chili dans sa belle diversit&#233;. Le pays s'est polaris&#233; et divis&#233;, et malgr&#233; ce r&#233;sultat retentissant, le processus constitutionnel n'a pas r&#233;ussi &#224; canaliser les espoirs de r&#233;daction d'une nouvelle Constitution pour tous &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, plusieurs responsables gouvernementaux reconnaissent que ce r&#233;sultat apporte un peu d'air frais &#224; un ex&#233;cutif caract&#233;ris&#233;, depuis ses d&#233;buts, par une faible capacit&#233; de changement et des r&#233;formes timides et contradictoires (avanc&#233;es sur la gratuit&#233; des soins, la r&#233;duction du temps de travail et l'augmentation du salaire minimum) [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui marque surtout chez Boric, c'est son manque de volont&#233;, m&#234;me minimale, d'affronter les secteurs dominants et patronaux et d'essayer de mobiliser les secteurs populaires &#171; par en bas &#187;, alors qu'en dehors du PC, il n'a pas de liens r&#233;els avec la classe ouvri&#232;re et les secteurs subalternes. Minoritaire au Parlement, enferm&#233; dans une logique parlementaire et de gestion de l'appareil d'&#201;tat, n'ayant pas r&#233;ussi &#224; imposer sa r&#233;forme fiscale, Gabriel Boric est de plus en plus d&#233;pendant du Parti socialiste et de ses alli&#233;s de &#171; l'extr&#234;me-centre &#187; (piliers du n&#233;olib&#233;ralisme depuis 1990), entr&#233;s en force &#224; La Moneda (le palais pr&#233;sidentiel) et incarn&#233;s par la ministre de l'Int&#233;rieur, Carolina Toh&#225;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Embourb&#233; dans une affaire de corruption (&lt;i&gt;Caso Convenios&lt;/i&gt;) qui touche des proches du pr&#233;sident, confront&#233; &#224; un bombardement syst&#233;matique et terriblement efficace des monopoles m&#233;diatiques capitalistes qui ont focalis&#233; les d&#233;bats publics sur le narcotrafic, l'ins&#233;curit&#233; et le rejet des migrant.es, le gouvernement subit l'agenda politique dict&#233; par les droites, plut&#244;t qu'il ne l'impulse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette lign&#233;e, et malgr&#233; la protestation de nombreux militant.es de gauche qui le soutiennent ou la critique de dirigeants comme le maire communiste de Recoleta Daniel Jadue, le gouvernement a continu&#233; &#224; militariser le territoire mapuche connu sous le nom de Wallmapu, &#224; d&#233;fendre les carabiniers et la large impunit&#233; des responsables de la r&#233;pression d'octobre 2019 ou encore il a propos&#233; des lois qui criminalisent les luttes pour le droit au logement. La pr&#233;sence de quelques personnalit&#233;s de gauche comme la ministre et porte-parole de l'ex&#233;cutif Camila Vallejo (toujours populaire selon les sondages), ne change rien &#224; cette orientation g&#233;n&#233;rale, qui g&#233;n&#232;re &#233;galement une grande d&#233;mobilisation ou d&#233;sillusion dans la base du&lt;i&gt; Frente Amplio &lt;/i&gt; et du PC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un nouveau cycle politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lections de dimanche marquent ind&#233;niablement la fin d'un moment politico-&#233;lectoral, mais peut-&#234;tre plus largement d'un cycle politique. Comme sugg&#233;r&#233; plus haut, des &#233;l&#233;ments paradoxaux de continuit&#233; peuvent &#234;tre discern&#233;s au c&#339;ur de ces deux r&#233;f&#233;rendums, et m&#234;me dans le sillage de la r&#233;bellion d'octobre 2019 [5] : clairement, la crise d'h&#233;g&#233;monie, le rejet de la &#171; caste &#187; politique et l'insatisfaction massive face &#224; l'absence de solutions aux principales demandes populaires sont toujours d'actualit&#233;, sous des formes et avec des orientations strat&#233;giques diff&#233;rentes, et y compris sous des formes contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de l'impact profond et ind&#233;niable des m&#233;dias dominants et des r&#233;seaux sociaux sur les r&#233;sultats &#233;lectoraux des deux pl&#233;biscites, on constate que le vote &#171; contre quelque chose &#187; l'emporte sur le vote &#171; pour quelque chose &#187;. Cela refl&#232;te une situation d'impasse politique nationale, dans laquelle aucun des acteurs en conflit ne parvient &#224; imposer son programme, ou encore &#224; convaincre une majorit&#233; de la population que ses propositions pour sortir de la crise sont les bonnes. Ni l'irruption massive du peuple en octobre 2019, ni la majorit&#233; anti-n&#233;olib&#233;rale de la Convention de 2021, ni le progressisme au gouvernement depuis 2022, ni la majorit&#233; pinochetiste au sein du Conseil constitutionnel de 2023 : aucune de ces expressions n'a repr&#233;sent&#233; une porte de sortie cr&#233;dible &#224; l'&#233;chelle du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette situation d'impasse qui pourrait s'av&#233;rer catastrophique, la principale menace &#224; court terme pour les classes populaires et la (fragile et partielle) d&#233;mocratisation du Chili est la consolidation de l'&#233;mergence d'une force politique d'extr&#234;me droite r&#233;actionnaire qui parviendrait &#224; capitaliser sur les d&#233;faites de tous les acteurs mentionn&#233;s ci-dessus et le m&#233;contentement g&#233;n&#233;ralis&#233;. Il va sans dire que le triomphe de Javier Milei en Argentine renforce cette possibilit&#233;, au moins pour l'instant. Mais dans un sc&#233;nario de polarisation politique, alors que le gouvernement de centre-gauche n'a pas &#233;t&#233; en mesure de r&#233;aliser son programme, il n'est pas d&#233;raisonnable d'imaginer un prochain gouvernement de droite/extr&#234;me droite, ce qui explique pourquoi les principales figures pr&#233;sidentielles dans les sondages sont aujourd'hui Kast et Matthei.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Perspectives pour les mouvements sociaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cet horizon inf&#226;me, les gauches alternatives et les mouvements sociaux, f&#233;ministes et populaires ont l'obligation de tirer des le&#231;ons strat&#233;giques des quatre derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, la mod&#233;ration programmatique incarn&#233;e par le parti au pouvoir, et particuli&#232;rement l'exp&#233;rience du Front Large, a eu pour effet, &#224; la fois, de d&#233;cevoir sa base &#233;lectorale et d'emprunter les voies de la mobilisation collective pour contrer le blocage parlementaire et m&#233;diatique de l'opposition. Lorsque face &#224; une opposition obstin&#233;e, le gouvernement Boric pr&#233;f&#232;re reculer, abandonner ses pr&#233;tentions de changement et finit par approuver &#171; avec succ&#232;s &#187; des projets vid&#233;s de leur intention initiale, un message clair est envoy&#233; : en temps de crise, la capitulation programmatique parait in&#233;luctable. Il n'y aurait ainsi pas de place et de forces pour soutenir un programme de transformation, s'appuyant sur des appels &#224; la mobilisation et l'affrontement politique avec les droites. Vu sous cet angle, le gouvernement a renonc&#233; pr&#233;cis&#233;ment au peu qu'il peut faire en temps de crise et de blocage parlementaire : utiliser sa fraction de pouvoir institutionnel &#8211; certes limit&#233; &#8211; pour forcer une confrontation ouverte sur le programme et clarifier les positions de chaque acteur en conflit. Au contraire, Boric a pr&#233;f&#233;r&#233; r&#233;&#233;diter la &#171; politique des accords &#187; &#233;litiste, par en haut et sans le peuple, qui a caract&#233;ris&#233; le centre-gauche social-lib&#233;ral de la transition (1990-2010) [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, les gauches et les mouvements sociaux feraient bien de profiter de ce moment post-pl&#233;biscite pour faire une autocritique profonde de la dispersion organisationnelle qu'impliquent les luttes sectorielles actuelles, chacune dans sa propre sph&#232;re d'influence ou territoire, sans la construction d'un espace commun de dispute pour le pouvoir autour d'un programme transversal et ind&#233;pendant de classe. Une exception notable a &#233;t&#233; le cas du f&#233;minisme d&#233;velopp&#233; autour de la Gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale f&#233;ministe promue par la &lt;i&gt;Coordinadora Feminista 8M&lt;/i&gt;, qui a cherch&#233; &#224; faire des f&#233;minismes une vision globale capable d'affronter programmatiquement et organisationnellement l'ensemble des probl&#232;mes nationaux du temps pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes classiques, ce nouveau cycle confrontera les gauches et les mouvements sociaux au probl&#232;me de la construction d'une force politique &#224; la fois radicale et unitaire, capable de frapper dans une direction commune avec comme perspective d'&#233;largir les br&#232;ches ouvertes par la r&#233;bellion d'octobre 2019. Cela exige, en premier lieu, d'identifier les raisons pour lesquelles celle-ci n'a pas r&#233;ussi &#224; imposer, par ses propres moyens, les termes de la sortie de crise, et pourquoi elle a d&#251; &#234;tre transmut&#233;e en un processus constituant convenu et con&#231;u &lt;i&gt;par&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;&#224; partir&lt;/i&gt; du Congr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t que de bl&#226;mer les &#171; tra&#238;tres &#187; en place qui auraient perverti la puissance de la r&#233;volte sociale, cette cl&#244;ture du cycle nous oblige &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; nos propres carences : une dispersion des revendications sociales sans r&#233;f&#233;rence au fil rouge strat&#233;gique des causes structurelles de la crise du capitalisme n&#233;olib&#233;ral chilien/mondial, un archipel d'organisations sans activit&#233; commune autre que la mobilisation de rue, une d&#233;connexion entre les noyaux militants et la masse mobilis&#233;e, et la persistance de modes d'organisation artisanaux qui n'ont pas su tirer parti de l'irruption massive et populaire de la r&#233;volte par la cr&#233;ation de nouveaux r&#233;f&#233;rents politiques alternatifs avec une pr&#233;sence nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la principale menace qui p&#232;se aujourd'hui sur le camp populaire est bien la mont&#233;e de l'extr&#234;me droite, il s'agit d'identifier toutes les voies par lesquelles il est possible d'arr&#234;ter net ce processus r&#233;gressif acc&#233;l&#233;r&#233;. Nous pensons que cela passera principalement par la r&#233;surgence de revendications unitaires qui puissent sortir la classe travailleuse chilienne de la pr&#233;carit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e qu'elle conna&#238;t, et par la constitution d'une force politique large qui relie ces solutions &#224; une histoire de luttes, &#224; 50 ans du coup d'&#201;tat du 11 septembre 1973.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif reste de rompre avec le r&#233;gime politique et &#233;conomique dominant, h&#233;rit&#233; de la dictature, tout en tirant des le&#231;ons de l'&#233;chec du&lt;i&gt; Frente Amplio &lt;/i&gt; &#224; le faire. Si Kast et d'autres expressions n&#233;o ou post-fascistes repr&#233;sentent une &#171; sortie de crise &#187; avec des caract&#233;ristiques conservatrices, autoritaires et nationalistes qui renforceraient le r&#233;gime, alors la voie pour les gauches et les mouvements sociaux devra &#234;tre celle du conflit de classe dans une perspective anticapitaliste, f&#233;ministe et &#233;co-socialiste, visant &#224; d&#233;monter les causes profondes de la crise, tout en r&#233;solvant ses sympt&#244;mes les plus imm&#233;diats avec des solutions politiques concr&#232;tes et mat&#233;rielles &#224; court terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans cette combinaison, l'extr&#234;me droite et les h&#233;ritiers du pinochetisme continueront &#224; avoir les coud&#233;es franches pour convaincre les secteurs populaires que le progressisme actuel n'est pas de leur c&#244;t&#233;, et que la seule solution serait de leur confier les r&#234;nes de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; initialement sur &lt;i&gt;Jacobin Am&#233;rica Latina.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduit de l'espagnol (chilien) par Contretemps Web.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : Photographie de Janitoalevic : Un Chilien avec une banderole &#171; contre &#187; le pl&#233;biscite constitutionnel de 2023 (WikiCommons)&lt;br class='autobr' /&gt;
Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Cf. &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/victoire-extreme-droite-chili-kast-boric&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/victoire-extreme-droite-chili-kast-boric&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Cf. &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/chili-rechazo-nouvelle-constitution-boric-gauche-neoliberalisme/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/chili-rechazo-nouvelle-constitution-boric-gauche-neoliberalisme/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Cf. &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/de-quoi-milei-est-il-le-nom/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/de-quoi-milei-est-il-le-nom/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Cf. &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/chili-boric-president-ancien-nouveau/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/chili-boric-president-ancien-nouveau/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Cf. &lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/Franck-Gaudichaud-Regardons-le-Chili-pour-comprendre-dans-quel-monde-on-veut&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cadtm.org/Franck-Gaudichaud-Regardons-le-Chili-pour-comprendre-dans-quel-monde-on-veut&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Antoine Faure, Franck Gaudichaud, Mar&#237;a Cosette Godoy H., Fabiola Miranda P., Ren&#233; Jara (dir.), &lt;i&gt;Chili actuel : gouverner et r&#233;sister dans une soci&#233;t&#233; n&#233;olib&#233;rale&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
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		<title>Chili 73 : un coup d'&#201;tat qui permit la contre-r&#233;volution n&#233;olib&#233;rale [Podcast]</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Chili-73-un-coup-d-Etat-qui-permit-la-contre-revolution-neoliberale-Podcast</link>
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		<dc:date>2023-09-26T13:11:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Ugo Palheta, Franck Gaudichaud</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-09-26</dc:subject>
		<dc:subject>Chili</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans ce double &#233;pisode de rentr&#233;e du podcast &#171; Minuit dans le si&#232;cle &#187;, anim&#233; par Ugo Palheta et disponible sur la plateforme Spectre, on revient sur ce qui s'est jou&#233; il y a exactement 50 ans au Chili : un coup d'&#201;tat militaire men&#233; contre le pr&#233;sident &#233;lu Salvador Allende, qui mit fin &#224; l'exp&#233;rience de l'Unit&#233; populaire. L'installation de la dictature an&#233;antit l'espoir pour des millions de Chilien-nes, appartenant notamment &#224; la classe ouvri&#232;re et &#224; la paysannerie, d'une sortie de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/stade_de_santiago_1973-62ceb.png?1701457880' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans ce double &#233;pisode de rentr&#233;e du podcast &#171; &lt;a href=&#034;https://spectremedia.org/minuit-dans-le-siecle/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Minuit dans le si&#232;cle&lt;/a&gt; &#187;, anim&#233; par Ugo Palheta et disponible sur la plateforme &lt;a href=&#034;https://spectremedia.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Spectre&lt;/a&gt;, on revient sur ce qui s'est jou&#233; il y a exactement 50 ans au Chili : un coup d'&#201;tat militaire men&#233; contre le pr&#233;sident &#233;lu Salvador Allende, qui mit fin &#224; l'exp&#233;rience de l'Unit&#233; populaire. L'installation de la dictature an&#233;antit l'espoir pour des millions de Chilien-nes, appartenant notamment &#224; la classe ouvri&#232;re et &#224; la paysannerie, d'une sortie de la mis&#232;re pour beaucoup mais plus profond&#233;ment d'une soci&#233;t&#233; socialiste et d&#233;mocratique mettant fin &#224; l'exploitation et &#224; toute forme d'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela, &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/author/ugo-palheta/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ugo Palheta&lt;/a&gt; a rencontr&#233; &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/author/franck-gaudichaud/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Franck Gaudichaud&lt;/a&gt;, sp&#233;cialiste des luttes sociales et politiques en Am&#233;rique latine, membre de la r&#233;daction de Contretemps, et auteur de plusieurs livres sur le Chili et en particulier sur la s&#233;quence allant de l'&#233;lection d'Allende, en septembre 1970, au coup d'Etat militaire du 11 septembre 1973, ces &#171; mille jours qui boulevers&#232;rent le monde &#187; pour reprendre le titre de l'un de ses ouvrages.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;16 septembre 2023 | tir&#233; de contretemps.eu&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/chili-73-coup-etat-contre-revolution-neoliberale-podcast/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/chili-73-coup-etat-contre-revolution-neoliberale-podcast/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un 1er volet, ils reviennent tout d'abord sur l'exp&#233;rience de la gauche au pouvoir et la grande peur que celle-ci engendra du c&#244;t&#233; des classes dominantes, malgr&#233; le l&#233;galisme d'Allende et le caract&#232;re graduel des r&#233;formes. D&#232;s la victoire de celui-ci, les forces de l'oligarchie, appuy&#233;es par les Etats-Unis, prirent ainsi des initiatives pour l'emp&#234;cher d'acc&#233;der au pouvoir puis l'emp&#234;cher de gouverner. Apr&#232;s le sabotage &#233;conomique et le blocage institutionnel, qui n'emp&#234;ch&#232;rent pas l'Unit&#233; populaire de progresser &#233;lectoralement, c'est vers l'option d'un coup d'&#201;tat qu'ils se tournent en 1973.&lt;/p&gt;
&lt;iframe src='https://60c88ecb8244e2-60091627.castos.com/player/1553768' width='100%' height='150'&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;Dans un 2nd volet, ils analysent sp&#233;cifiquement la mani&#232;re dont s'est d&#233;roul&#233; concr&#232;tement le coup d'&#201;tat et l'installation d'une dictature militaire sous la f&#233;rule du g&#233;n&#233;ral Pinochet, une dictature f&#233;roce &#224; l'&#233;gard des militant-es de gauche et qui engagea le pays dans une contre-r&#233;volution n&#233;olib&#233;rale extr&#234;mement brutale, une &#171; th&#233;rapie de choc &#187; qui a marqu&#233; tr&#232;s durablement le Chili.&lt;/p&gt;
&lt;iframe src='https://60c88ecb8244e2-60091627.castos.com/player/1554456' width='100%' height='150'&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Chili 1970-1973. Comprendre les mille jours qui &#233;branl&#232;rent le monde</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Chili-1970-1973-Comprendre-les-mille-jours-qui-ebranlerent-le-monde</link>
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		<dc:date>2023-09-19T11:49:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Franck Gaudichaud</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-09-19</dc:subject>
		<dc:subject>Chili</dc:subject>
		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#192; l'occasion du 50&#232;me anniversaire du sinistre coup d'&#201;tat au Chili qui renversa le gouvernement de gauche de Salvador Allende, nous publions la conclusion du livre Chili 1970-1973. Mille jours qui &#233;branl&#232;rent le monde (Presses universitaires de Rennes, 2013) de Franck Gaudichaud, historien, sp&#233;cialiste des Am&#233;riques latines et membre de la r&#233;daction de Contretemps. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Contretemps 12 septembre 2023 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Franck Gaudichaud &lt;br class='autobr' /&gt;
Conclusion g&#233;n&#233;rale &#8211; Pouvoir populaire constituant et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Livres-et-periodiques-" rel="directory"&gt;Livres et p&#233;riodiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2023-09-19-+" rel="tag"&gt;Edition du 2023-09-19&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Chili-+" rel="tag"&gt;Chili&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres et revues&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L100xH150/4-33-36f14.jpg?1701472641' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; l'occasion du 50&#232;me anniversaire du sinistre coup d'&#201;tat au Chili qui renversa le gouvernement de gauche de Salvador Allende, nous publions la conclusion du livre Chili 1970-1973. Mille jours qui &#233;branl&#232;rent le monde (Presses universitaires de Rennes, 2013) de Franck Gaudichaud, historien, sp&#233;cialiste des Am&#233;riques latines et membre de la r&#233;daction de Contretemps.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/chili-1970-1973-allende-unite-populaire/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Contretemps&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
12 septembre 2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Franck Gaudichaud&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion g&#233;n&#233;rale &#8211; Pouvoir populaire constituant et politiques du conflit. Des clefs pour comprendre mille jours qui &#233;branl&#232;rent le monde&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ce qui parait hors de conteste est que jamais aucun historien ne sera capable de raconter l'histoire de notre si&#232;cle sans l'enfiler sur &#8220;le fil des r&#233;volutions&#8221; ; mais ce conte, puisque sa fin reste cach&#233;e encore, dans les brumes du futur, n'est pas fait pour &#234;tre dit encore &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; Hannah Arendt, Essai sur la r&#233;volution, Paris, Gallimard, 1985, p. 378&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cordons industriels &#187;, &#171; participation des travailleurs &#187;, &#171; ravitaillement direct &#187;, &#171; Commandos communaux &#187;, &#171; territoire libre d'exploitation &#187; : voici quelques-uns des ingr&#233;dients du processus sociopolitique que nous avons tent&#233; d'analyser, afin de redonner toute sa dimension collective au pouvoir populaire chilien. Ainsi, par le biais de ce d&#233;placement du regard, ont pu ressurgir certains des &#171; tr&#233;sors perdus &#187; (Hannah Arendt) de cet &#233;pisode fondamental de l'histoire du vingti&#232;me si&#232;cle. En mettant l'accent sur ces donn&#233;es originales, qui prennent racine dans le tourbillon du mouvement ouvrier et au sein des &lt;i&gt;poblaciones,&lt;/i&gt; est apparue presque comme une &#233;vidence, la n&#233;cessit&#233; de recourir aux archives &#233;crites, mais aussi aux t&#233;moignages des acteurs de l'&#233;poque. Ainsi, une approche m&#233;thodologique &#171; hybride &#187; et multidisciplinaire (celle d'une &#171; science politique socio-historique &#187;), nous a sensiblement pouss&#233; &#224; restituer le rythme de l'&#233;v&#233;nement, &#224; insister sur les dates et moments clefs. Ceci, tout en y incluant notamment les apports de la sociologie politique et les analyses en termes de politique(s) du conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette recherche montre qu'au c&#339;ur de cette p&#233;riode d'affrontements sociaux, et de bouleversements politiques, ont surgi diverses tentatives de ce que nous avons propos&#233; de nommer&lt;i&gt; pouvoir populaire constituant. &lt;/i&gt; Une notion d&#233;finie comme &#171; la cr&#233;ation d'exp&#233;rimentations sociales et politiques de contre-pouvoir et contre-h&#233;g&#233;monies organis&#233;s &#187; conduisant &#224; &#171; de nouvelles formes d'appropriations collectives populaires &#187; et &#224; &#171; une remise en cause &#8211; totale ou relative &#8211; des relations de production, des formes d'organisation du travail, des hi&#233;rarchies sociales, spatiales et des m&#233;canismes de domination mat&#233;riels ou symboliques &#187;. C'est pr&#233;cis&#233;ment dans la configuration sp&#233;cifique (et historiquement d&#233;termin&#233;e) prises par ces formes de pouvoir populaire que se situe la v&#233;ritable originalit&#233; du processus chilien, sa capacit&#233; transformatrice et sa force historique. Ceci, au-del&#224; du caract&#232;re in&#233;dit du projet de transition au socialisme allendiste ou d'une stabilit&#233; intangible suppos&#233;e des institutions d&#233;mocratiques de &#171; l'&#201;tat de compromis &#187;. Et il nous semble qu'il y a l&#224; une piste &#224; suivre, et une voie &#224; creuser, pour l'&#233;tude d'autres grandes crises politiques ou processus r&#233;volutionnaires latino-am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on scrute les diverses facettes de cette &#233;bullition collective qui a mobilis&#233; plusieurs dizaines de milliers de salari&#233;s,&lt;i&gt; pobladores &lt;/i&gt; et militants de gauche, on voit poindre une &#171; grammaire de la contestation [1] &#187; peu connue de l'Unit&#233; populaire. Cette &#171; id&#233;e-force [2] &#187; est celle du pouvoir populaire, mais dans ce ciel agit&#233;, une &#233;toile a brill&#233; plus fortement que d'autres : celle des Cordons industriels. Assur&#233;ment, &#171; le th&#232;me des Cordons industriels fait r&#233;f&#233;rence &#224; une des exp&#233;riences les plus importantes et r&#233;ussies de l'Unit&#233; populaire, en se rapprochant peut-&#234;tre d'une des utopies la plus r&#233;alis&#233;e du socialisme chilien : celle o&#249; les travailleurs se construisirent en tant qu'acteur historique dot&#233; d'une forte responsabilit&#233; &#233;conomique et politique collective, au sein du processus en marche[3] &#187;. Apparus la plupart du temps en p&#233;riph&#233;rie des grandes villes, ce sont des organismes territoriaux de coordination de classe, regroupant les syndicats de plusieurs entreprises d'une zone urbaine sp&#233;cifique, avec pour but imm&#233;diat la concr&#233;tisation de revendications telles que l'extension du secteur nationalis&#233;, le contr&#244;le ouvrier de la production, l'autod&#233;fense des usines, l'augmentation des salaires ou encore, &#224; moyen terme, l'instauration d'une nouvelle architecture institutionnelle, bas&#233;e sur des conseils populaires communaux et provinciaux. Les Cordons dessinent ainsi une nouvelle topographie des luttes en milieu urbain, aux c&#244;t&#233;s d'autres acteurs du mouvement social. Ils s'ancrent progressivement dans une ville en lutte et des territoires appropri&#233;s &lt;i&gt;par&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;pour&lt;/i&gt; des classes populaires massivement mobilis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'ont-ils vraiment &#233;t&#233; ces divers organes de pouvoir populaire, au-del&#224; de leur immense charge symbolique, qui &#233;claboussent encore de mille feux les imaginaires collectifs ? Il appara&#238;t clairement que la notion de &#171; &lt;i&gt; poder popular&lt;/i&gt; &#187; est un concept qui poss&#232;de une multiplicit&#233; de significations et d'applications concr&#232;tes, suivant les secteurs sociaux et politiques qui s'en sont r&#233;clam&#233;. On devrait d'ailleurs parler &lt;i&gt;des &lt;/i&gt; pouvoirs populaires. Les appr&#233;hender dans la r&#233;alit&#233; chilienne du d&#233;but des ann&#233;es soixante-dix est une t&#226;che toujours difficile, si l'on veut restituer cette polymorphie. Au fil de ces pages, se sont pourtant dessin&#233;s plusieurs &#171; paysages de la v&#233;rit&#233; &#187; (M. L&#246;wy) dont nous avons pu esquisser les contours et d&#233;finir les lignes de forces et limites essentielles. Surtout, nous pensons avoir mis en valeur l'historicit&#233;, l'exp&#233;rience et certains &#233;l&#233;ments de l'&#233;conomie morale d'une classe ouvri&#232;re mobilis&#233;e. Une classe qui se constitue comme un sujet politique &#224; part enti&#232;re au fil de ses mobilisations et &#224; l'intersection de rapport sociaux conflictuels. Une classe qui &#171; se cr&#233;e elle-m&#234;me tout autant qu'on la cr&#233;e [4] &#187;, et dont la centralit&#233; est tr&#232;s claire dans la soci&#233;t&#233; chilienne du d&#233;but des ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voix du pouvoir populaire, voix des institutions. Les &#171; hoquets du temps bris&#233; &#187; du gouvernement Allende&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cherchant &#224; &#233;viter de nouvelles interpr&#233;tations r&#233;ductionnistes ou mythifi&#233;es sur une exp&#233;rience r&#233;volutionnaire complexe, notre approche et la m&#233;thodologie employ&#233;es l&#232;vent le voile sur une dynamique diachronique entre le mouvement ouvrier et le projet de transition au socialisme de la gauche ; entre l'espace des mobilisations collectives et leur tentative de canalisation par les partis ; entre la logique tellurique de la lutte des classes et la volont&#233; du gouvernement Allende de suivre le temps institutionnel. Nous pensons avoir montr&#233; l'int&#233;r&#234;t d'une telle analyse interactionnelle entre la &#171; voix de la rue &#187;, celle du pouvoir populaire et la &#171; voix des institutions &#187;, notamment celle du gouvernement. Un aspect paradoxalement tr&#232;s peu &#233;tudi&#233; de l'Unit&#233; populaire. Nous rappelions en introduction que plusieurs th&#233;ories r&#233;centes de l'action collective soulignent les &#171; passerelles &#187; entre &#171; mondes &#8220;mouvementistes&#8221; &#187; et partisans, constatant qu'&#171; il n'y a qu'une fronti&#232;re floue et perm&#233;able, voire un continuum d'action, entre politique institutionnelle et non-institutionnelle, car les interactions entre les deux sph&#232;res sont constantes et que le passage de l'une &#224; l'autre est relativement ais&#233;[5] &#187;. Pourtant, nous avons montr&#233; que, pr&#233;cis&#233;ment, dans cette p&#233;riode r&#233;volutionnaire, cette interaction devient de plus en plus tendue et conflictuelle au fur et &#224; mesure que le projet allendiste entre en crise et que se radicalisent aussi bien les secteurs populaires qui appuient le gouvernement, que l'opposition de droite et d'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La discordance des temps sociaux et politiques de l'Unit&#233; populaire est ainsi d&#233;voil&#233;e comme une donn&#233;e capitale. Durant cette p&#233;riode, s'affirment nettement ce que le philosophe Daniel Bensa&#239;d nommait les &#171; hoquets du temps bris&#233; &#187; du conflit de classe [6]. De l'&#233;lan issu de la participation des travailleurs dans le secteur nationalis&#233;, orient&#233; par le gouvernement, au d&#233;bordement des directions partisanes de gauche ; de la crise de l'appareil syndical jusqu'&#224; l'apparition des Cordons industriels ; des essais de ravitaillement direct des quartiers p&#233;riph&#233;riques &#224; la mobilisation de certains &lt;i&gt;campamentos,&lt;/i&gt; on assiste &#224; divers soubresauts d'auto-organisation et &#224; plusieurs &#233;clairs autogestionnaires. Cette &#233;pop&#233;e du mouvement social repr&#233;sente une bataille collective men&#233;e dans des conditions (locales, nationales et mondiales) adverses. Les r&#233;cits de vie permettent de restituer la dimension microsociale de ces luttes et entrevoir ce qui s'est pass&#233; dans une usine, un syndicat ou lors de l'assembl&#233;e d'un Cordon industriel. Bref, de comprendre de quelle mani&#232;re l'action collective et les engagements individuels se sont combin&#233;s avec l'affrontement politique global. Il y a donc plusieurs niveaux d'analyse n&#233;cessaires, si l'on veut restituer toute la logique dialectique du mouvement social et des d&#233;bats qui traversent la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;flux de conflit&lt;/i&gt; &#233;tudi&#233; peut-&#234;tre divis&#233; en plusieurs &lt;i&gt;&#233;pisodes &lt;/i&gt; liant diverses &lt;i&gt;s&#233;quences d'interactions conflictuelles&lt;/i&gt; [7], au cours desquelles s'affirment des formes diff&#233;rentes, voire asym&#233;triques, mais combin&#233;es, de participation des classes domin&#233;es et agents mobilis&#233;s au processus du changement social. De fa&#231;on permanente, c'est la question de l'interface, de cet aller-retour diachronique, entre le mouvement populaire, le champ syndical, l'&#201;tat et des partis politiques qui cherchent &#224; repr&#233;senter les int&#233;r&#234;ts des couches sociales subalternes, qui est pos&#233;e. Cette articulation d&#233;termine, dans une large mesure, le rythme de d&#233;veloppement et de reflux, en quelque sorte la respiration des essais d'auto-organisation ouvri&#232;res et&lt;i&gt; pobladores.&lt;/i&gt; Le sociologue Guy Rocher insiste sur cette interaction, souvent chaotique : &#171; Le mouvement r&#233;volutionnaire est souvent aux prises avec le dilemme de savoir s'il garde la direction de la r&#233;volution ou s'il l'abandonne au pouvoir populaire. Ce dilemme est alors source de divisions suppl&#233;mentaires entre ceux qui font la r&#233;volution [8]. &#187; Selon Hannah Arendt, la grande contradiction du si&#232;cle pass&#233; serait pr&#233;cis&#233;ment de cet ordre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; L'opposition entre les deux syst&#232;mes, celui des partis et celui des &#8220;conseils&#8221;, a surgi au premier plan dans toutes les r&#233;volutions du xxe si&#232;cle. Le conflit tel qu'il se posait &#233;tait le suivant : repr&#233;sentation contre action et participation. Les &#8220;conseils&#8221; &#233;taient des organes d'action, les partis r&#233;volutionnaires des organes de repr&#233;sentation, et bien que les partis r&#233;volutionnaires reconnussent sans enthousiasme les &#8220;conseils&#8221;, ils n'en essayaient pas moins au sein m&#234;me de la r&#233;volution de les noyauter ; ils ne savaient que trop qu'aucun parti, si r&#233;volutionnaire qu'il fut, ne pourrait survivre &#224; la transformation du gouvernement en v&#233;ritable R&#233;publique des Soviets [9]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dynamique du pouvoir populaire confirme, mais seulement dans une certaine mesure, cette analyse pessimiste de la philosophe allemande, tr&#232;s marqu&#233;e par l'impact du stalinisme en Europe. Car comment n&#233;gliger le fait que, le plus souvent, la transformation sociale passe par une articulation entre champ politique et mouvement social o&#249; interviennent engagements partisans et mobilisations collectives ? C'est ce que vient confirmer l'exp&#233;rience chilienne. C'est l&#224; aussi, c'est vrai, o&#249; elle a peut-&#234;tre &#233;chou&#233;&#8230; Pourtant, il est ind&#233;niable que ce sont les militants des organisations politiques et syndicales qui ont permis au pouvoir populaire de se structurer, de durer, de changer d'&#233;chelle. Ces activistes, multi-engag&#233;s, ne se proposaient pas de d&#233;fendre uniquement des revendications transitoires, mais de cr&#233;er des formes de coordination territoriale qui soient les germes d'une soci&#233;t&#233; future et la base d'un socialisme d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant le gouvernement Allende, les appareils politiques qui accompagnent les actions collectives protestataires sont majoritairement repr&#233;sent&#233;s par les partis qui composent l'UP (principalement le PC et le PS). Des organisations partisanes qui contr&#244;lent le pouvoir ex&#233;cutif, une partie (minoritaire) du Parlement et toujours une large fraction du syndicalisme comme du mouvement &lt;i&gt;pobladores&lt;/i&gt;. Ces partis organisent et s'appuient sur des luttes sociales qui explosent litt&#233;ralement dans tout le pays &#224; partir de 1970. Parall&#232;lement, l'objectif tactique de la gauche gouvernementale est de r&#233;ussir &#224; canaliser les agents sociaux mobilis&#233;s autour du programme &#171; &#233;tapiste &#187; de la r&#233;volution institutionnelle et pacifique. Ceci tandis que le chemin pris par les actions collectives s'engage dans un cours ascendant, extr&#234;mement difficile &#224; contenir dans de telles limites. Ainsi, comme dans la plupart des ph&#233;nom&#232;nes pr&#233;r&#233;volutionnaires, ce petit &#171; pays allong&#233; &#187; du C&#244;ne sud conna&#238;t une dynamique de d&#233;bordement, non seulement des partis de gauche, mais aussi de l'ensemble des pouvoirs institu&#233;s de repr&#233;sentation politique ou de m&#233;diation sociale. Parti d'une relation tr&#232;s &#233;troite, presque symbiotique, que l'on pourrait qualifier d'h&#233;t&#233;ronome, on d&#233;c&#232;le une diff&#233;renciation toujours plus nette entre l'espace du mouvement ouvrier et le champ partisan. Finalement, au cours de ces mille jours, se chevauchent des formes de &#171; pouvoir populaire institutionnalis&#233; &#187; (sous contr&#244;le du gouvernement), avec diverses d&#233;clinaisons de &#171; pouvoir populaire constituant &#187;, jaillies de la base. Dans une vision synchronique, nous pouvons d&#233;gager, au terme de cet ouvrage, trois grandes s&#233;quences successives [10].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les trois respirations saccad&#233;es du pouvoir populaire chilien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re s&#233;quence va de l'&#233;lection d'Allende &#224; la grande gr&#232;ve men&#233;e par l'opposition et le patronat, en octobre 1972. Elle est marqu&#233;e par une forte identification entre l'UP et sa base sociale. Le gouvernement s'appuie r&#233;solument sur le salariat organis&#233; et favorise des mobilisations collectives, massives, festives, enthousiastes, dans tout le pays. Il lance un vigoureux programme de r&#233;formes d&#233;mocratiques, de redistribution des richesses et met fin &#224; la r&#233;pression &#233;tatique contre les mouvements sociaux, cr&#233;ant ainsi une structure d'opportunit&#233;s politiques ouverte. C'est la notion de participation institutionnalis&#233;e qui prime : comit&#233;s de l'Unit&#233; populaire, comit&#233;s de ravitaillement (JAP), syst&#232;me de participation des salari&#233;s dans le secteur nationalis&#233;, comit&#233;s de surveillance de la production pour le priv&#233;. Il s'agit d'une participation impuls&#233;e et dirig&#233;e depuis l'&#201;tat, restreinte &#224; certaines couches sociales sp&#233;cifiques, sur lesquelles le gouvernement cherche &#224; s'appuyer en priorit&#233;. Rapidement, plusieurs initiatives de ce type ont tourn&#233; court. C'est le cas des comit&#233;s de l'Unit&#233; populaire qui p&#233;riclitent faute d'un projet politique concret. D'autres ont montr&#233; leurs limites, comme les JAP, qui malgr&#233; leur contribution r&#233;elle au combat contre le march&#233; noir, restent sans pouvoir r&#233;el ; ou tels les comit&#233;s de surveillance du secteur priv&#233;, qui ne se sont jamais vraiment mis en place, de peur de s'attirer les foudres de la petite et moyenne bourgeoisie. Fondamentalement, le projet de l'UP poss&#232;de de nombreux traits de productivisme, dans le sens o&#249; il insiste davantage sur la &#171; bataille de la production &#187; que sur l'importance de la praxis participative de l'ensemble des classes populaires. Ce que l'historien Gabriel Salazar d&#233;signe, de mani&#232;re volontairement provocatrice, comme un projet de &#171; r&#233;formes pour le peuple, sans le peuple &#187;. L'une des mesures phares prise par l'UP en faveur d'une transformation progressive des relations sociales de production, a &#233;t&#233; d'implanter un syst&#232;me de cogestion dans les entreprises nationalis&#233;es, en accord avec la CUT. La constitution (et l'extension) de l'Aire de propri&#233;t&#233; sociale est l'une des pierres de touche de cette p&#233;riode, puisqu'elle accentue le contenu et la radicalit&#233; des conflits entre capital et travail, en m&#234;me temps qu'elle amorce un riche essai d'appropriation sociale de la sph&#232;re productive par les salari&#233;s. Rappelons que ce sont finalement plus de 400 entreprises qui constituent l'APS en 1973, dont plus de 260 ont &#233;t&#233; r&#233;quisitionn&#233;es sous pression des salari&#233;s. Malgr&#233; les avanc&#233;es en termes de lib&#233;ration du travail et de participation, il est vrai que se maintiennent malgr&#233; tout plusieurs&lt;i&gt; formes d'h&#233;t&#233;rogestion&lt;/i&gt; et, parfois, un paternalisme &#233;loign&#233; de la geste autogestionnaire souhait&#233;e par certains militants ouvriers. De m&#234;me, l'&#233;pineuse question de la propri&#233;t&#233; des entreprises n'a jamais &#233;t&#233; r&#233;solue par le gouvernement, car il a d&#251; affronter un Parlement majoritairement hostile et un appareil judiciaire qui lui refuse le droit de nationaliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Progressivement, l'&#233;nergie lib&#233;r&#233;e par cette &#171; r&#233;volution par en bas &#187; s'&#233;tend, par capillarit&#233;, depuis les secteurs ouvriers les plus organis&#233;s jusqu'aux couches populaires subalternes. L'extension et la diffusion de l'action collective &#224; un sujet social toujours plus ample se retourne contre le projet de r&#233;formes institutionnelles et graduelles de l'UP. Les dirigeants syndicaux des moyennes entreprises laiss&#233;es dans le priv&#233; par le gouvernement, des&lt;i&gt; pobladores&lt;/i&gt; li&#233;s &#224; l'aile rupturiste de la gauche, des militants souvent jeunes et critiques envers leurs directions politiques, deviennent les t&#234;tes de file d'un mouvement o&#249; s'entrem&#234;lent, de mani&#232;re f&#233;conde, r&#233;novation g&#233;n&#233;rationnelle, identit&#233;s populaires insurrectionnelles et radicalisation politique. Ind&#233;niablement, cette impulsion a pour racine une modernisation acc&#233;l&#233;r&#233;e de forces productives qui se trouvent de plus en plus &#224; l'&#233;troit dans le cadre de relations sociales de production tr&#232;s souvent archa&#239;ques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde respiration du pouvoir populaire prend son souffle avec la gr&#232;ve d'octobre 1972, pour finir en juin 1973. Le trait essentiel de cette &#233;tape est le surgissement d'organisations ind&#233;pendantes de l'ex&#233;cutif, telles que les Cordons industriels et, dans une moindre mesure, les Commandos communaux ainsi que divers comit&#233;s, li&#233;s au mouvement&lt;i&gt; pobladores&lt;/i&gt;. N&#233;anmoins, cette &#233;tape souligne avec force que le mouvement &lt;i&gt;pobladores &lt;/i&gt; est une partie essentielle du pouvoir populaire urbain. Plusieurs exp&#233;riences collectives men&#233;es par ces agents sociaux montrent l'importance de leurs mobilisations et comment ils parviennent &#224; interpeller l'&#201;tat central sur leur situation en ce qui concerne le transport, le logement, la sant&#233;, etc. Le cas du &lt;i&gt;campamento Nueva La Habana &lt;/i&gt; appara&#238;t &#224; ce titre symbolique, m&#234;me s'il reste exceptionnel. Cette tentative de village autog&#233;r&#233; repr&#233;sente un embryon de pouvoir populaire constituant local. Par contre, &#224; l'image des autres secteurs du mouvement &lt;i&gt;pobladores,&lt;/i&gt; ce &lt;i&gt;campamento&lt;/i&gt; n'a pas vu l'&#233;closion d'une v&#233;ritable &#171; r&#233;volution culturelle &#187; et ses habitants restent ins&#233;r&#233;s dans une relation verticaliste dans leurs rapports avec les cadres du MIR. Quant &#224; l'apparition des Commandos communaux, si elle confirme la tendance &#224; l'unification des secteurs subalternes (qui s'acc&#233;l&#232;re durant la gr&#232;ve d'octobre 1972), il appara&#238;t que leur praxis r&#233;elle est largement mythifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de la mi-1972, la toile de fond avec laquelle doit composer l'Unit&#233; populaire est celle d'une grave crise &#233;conomique o&#249; s'autoalimentent inflation et march&#233; noir, consciemment organis&#233;s par la bourgeoisie et l'opposition. Les classes dominantes, apr&#232;s avoir centr&#233; leurs attaques sur le gouvernement, se pr&#233;parent &#224; agir r&#233;solument en dehors du cadre institutionnel. Produit de cette accumulation de tensions, se dessine une inqui&#233;tante division au sein du gouvernement, entre un secteur &#171; rupturiste &#187; et un p&#244;le plus mod&#233;r&#233;. Le ph&#233;nom&#232;ne appara&#238;t avec &#233;clat &#224; l'occasion de l'assembl&#233;e de Concepci&#243;n, durement condamn&#233;e par Allende et le PC, t&#234;tes de file de l'aile &#171; gradualiste &#187;. Mais, c'est surtout le d&#233;phasage croissant entre d'un c&#244;t&#233;, le gouvernement, les directions des partis et, de l'autre, les salari&#233;s et certains militants de base, qui signe la crise de repr&#233;sentation que vit l'ensemble de la gauche partisane. La mont&#233;e en fl&#232;che des mobilisations ouvri&#232;res ne pouvait manquer de faire trembler la CUT, m&#234;me si celle-ci parvient &#224; maintenir une stabilit&#233; de fa&#231;ade lors des &#233;lections syndicales nationales de mai 1972. Face &#224; la rapide offensive de l'opposition, aux difficult&#233;s croissantes du gouvernement Allende (attaqu&#233; depuis l'int&#233;rieur du pays, mais aussi par l'imp&#233;rialisme), &#224; l'int&#233;gration &#233;tatique croissante de la CUT, certaines fractions du mouvement social recherchent de nouvelles formes d'expression autonomes. &#171; L'Octobre chilien &#187; est, en ce sens, une v&#233;ritable &#233;preuve du feu. On assiste &#224; la cr&#233;ation d'auto-organisations multiples, o&#249; se combine l'activit&#233; de plusieurs couches sociales dans un grand mouvement destin&#233; &#224; d&#233;fendre le gouvernement, mais qui va aussi bien au-del&#224; des limites du programme de la gauche parlementaire. Le syst&#232;me institutionnel dans lequel s'est progressivement enlis&#233;e l'Unit&#233; populaire appara&#238;t tout &#224; coup obsol&#232;te. Le gouvernement et la CUT sont comme paralys&#233;s face &#224; la vigueur de l'offensive et c'est essentiellement depuis la base, que surgit la r&#233;sistance, donnant &#8211; temporairement &#8211; une consistance aux consignes de pouvoir populaire. Au niveau de l'industrie, ces coordinations de caract&#232;re horizontal et territorial r&#233;pondent massivement au boycott patronal, par une vague d'occupations d'usines et, dans certains cas, par une remise en route de l'appareil productif sous contr&#244;le ouvrier. Cette autod&#233;fense ouvri&#232;re entre en ad&#233;quation avec la mobilisation au sein des entreprises de l'Aire de propri&#233;t&#233; sociale. Ainsi, plusieurs &lt;i&gt;Cordons en soi&lt;/i&gt;, existant dans le paysage urbain des grandes villes, s'auto-organisent sur des bases politiques radicales et tentent de se forger en tant que &lt;i&gt;Cordons pour soi&lt;/i&gt; au sein d'espaces de lutte bien d&#233;termin&#233;s, tr&#232;s ancr&#233;s localement. Ils sont le r&#233;sultat &#171; d'un ensemble de processus mol&#233;culaires d'unification interne du mouvement ouvrier &#187;, qui d&#233;passe le caract&#232;re corporatiste des syndicats et la division sociale du travail [11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;centralisation de l'activit&#233; politique est telle, la dynamique de socialisation et d'interm&#233;diation des actions collectives si importante que, de sujets passifs au sein d'un processus de r&#233;formes par &#233;tapes, des pans entiers des couches domin&#233;es passent &#171; &#224; la condition de sujets d&#233;terminants dans le monde mat&#233;riel et social qui les entoure [12] &#187;. Nous sommes alors clairement face &#224; une &lt;i&gt;conjoncture fluide &lt;/i&gt; de profonde crise politique. Cependant, apr&#232;s chaque &#233;pisode de d&#233;sectorisation de l'espace social, les organes embryonnaires de pouvoir populaire se trouvent pris entre leur fid&#233;lit&#233; &#224; Allende (qui leur demande de respecter ses engagements institutionnels) et le d&#233;sir de maintenir la pression sociale pour faire avancer la transition. Cette ind&#233;cision les entra&#238;ne dans une p&#233;riode de reflux, de d&#233;mobilisation et de nouvelle s&#233;paration entre les divers agents en lutte (ouvriers,&lt;i&gt; pobladores&lt;/i&gt;, &#233;tudiants, etc.), aliment&#233;e, qui plus est, par les nombreuses divisions de la gauche. Au final, le pouvoir populaire s'en remet &#224; Allende (comme le montre la lettre, d&#233;sesp&#233;r&#233;e, des Cordons de Santiago, dat&#233;e du 5 septembre 1973 et publi&#233;e en annexe 7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rapidement, le gouvernement reprend le contr&#244;le de la situation et canalise sa base militante, tr&#232;s active dans les embryons de pouvoir populaire. Le pr&#233;sident de la R&#233;publique adopte alors une instable position de mod&#233;rateur des conflits sociaux, s'engage dans d'interminables n&#233;gociations avec la D&#233;mocratie-chr&#233;tienne (toujours plus droiti&#232;re) et cherche &#224; freiner les options de pouvoir populaire constituant, dans la mesure o&#249; elles remettent en cause ses propres orientations. Cette tactique passe &#233;galement par l'int&#233;gration croissante de l'appareil syndical &#224; l'&#201;tat et par une invitation pressante faite aux forces arm&#233;es, afin que ses plus hauts officiers s'investissent dans la gestion publique. Assumant, tant bien que mal, ce r&#244;le d'arbitre &lt;i&gt;sui generis &lt;/i&gt; du conflit de classe, la fraction mod&#233;r&#233;e de l'UP &#8211; surtout le PC &#8211; condamne vigoureusement le &#171; gauchisme &#187; des occupations d'usines, tout en accusant le MIR d'en &#234;tre l'instigateur. Pourtant, le camarade-pr&#233;sident a &#233;galement l'intelligence politique de reconna&#238;tre le r&#244;le essentiel jou&#233; par l'auto-organisation du mouvement social, louant notamment les Cordons industriels pour leurs actions d&#233;cisives. Soufflant le chaud et le froid, l'Unit&#233; populaire nationalise &#224; tour de bras, nomme des administrateurs (&lt;i&gt;Interventores&lt;/i&gt;), en m&#234;me temps qu'elle abandonne au secteur priv&#233; les salari&#233;s de nombreuses entreprises occup&#233;es, jug&#233;es &#171; non strat&#233;giques &#187;. On retrouve la m&#234;me logique d'entre-deux en ce qui concerne le th&#232;me du ravitaillement et les relations de l'ex&#233;cutif avec le mouvement &lt;i&gt;pobladores&lt;/i&gt;. D'o&#249; les nombreuses marches et barricades des Cordons industriels face au projet Prats-Millas, les mobilisations de&lt;i&gt; campamentos&lt;/i&gt; dans le centre de la capitale et en province, ou encore, l'apparition de Commandos de ravitaillement direct, destin&#233;s &#224; d&#233;noncer le manque d'initiatives gouvernementales sur la sph&#232;re de la circulation des marchandises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dynamique de balancier qui laisse insatisfaites de nombreuses revendications populaires, mais ne rassure pas pour autant les couches moyennes et sup&#233;rieures de la soci&#233;t&#233;, se reproduit durant la troisi&#232;me s&#233;quence des politiques du conflit de l'UP, c'est-&#224;-dire &#224; partir de la tentative de putsch de juin 1973 (le&lt;i&gt; tancazo&lt;/i&gt;). &#192; cette date, la contre-r&#233;volution est d&#233;j&#224; en marche. La figure tut&#233;laire du militaire devient omnipr&#233;sente &#224; tous les niveaux et le rapport de force g&#233;n&#233;ral se d&#233;grade consid&#233;rablement pour les militants et le mouvement social. La gauche parlementaire ne d&#233;sire pas appuyer un pouvoir populaire qui pourrait faire surgir une dualisation par rapport aux institutions en place (comme le r&#233;clame le MIR). Le d&#233;bat sur le pouvoir populaire est alors &#224; son apog&#233;e et l'ensemble des organisations politiques du pays reconna&#238;t sa puissance potentielle, soit pour le condamner au nom du danger de la &#171; dictature marxiste &#187;, soit pour tenter d'en canaliser la force. Plus que jamais, les Cordons industriels poss&#232;dent une image d&#233;form&#233;e, d&#233;mesur&#233;ment grossie sur la sc&#232;ne politique nationale, aliment&#233;e par certains journaux proches de la gauche &#171; rupturiste &#187; et sans commune mesure avec leurs capacit&#233;s de mobilisation r&#233;elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir populaire poss&#232;de n&#233;anmoins un r&#233;pertoire d'action collective ample et diversifi&#233;, assez classique mais vigoureux, qui lui permet de s'affirmer comme un acteur important. Certaines journ&#233;es de mobilisations s'av&#232;rent m&#234;me exceptionnelles, comme celles de juin et juillet 1973. Cependant, voir dans les Cordons industriels des &#171; soviets &#224; la chilienne &#187; tient d'une illusion h&#233;ro&#239;que [13]. Ils ne poss&#232;dent pas d'organisation permanente et d&#233;mocratique, bas&#233;e sur des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus en assembl&#233;e, repr&#233;sentant les centaines de milliers de salari&#233;s de leur zone. En fait, la participation politique de la majeure partie de la classe ouvri&#232;re et du mouvement social urbain a &#233;t&#233; garantie seulement dans des conjonctures d&#233;termin&#233;es et d&#233;fensives (gr&#232;ve d'octobre, &lt;i&gt;tancazo&lt;/i&gt;). Une fois la situation stabilis&#233;e, la grande majorit&#233; des salari&#233;s r&#233;int&#232;grent l'orientation gradualiste du gouvernement, qui repr&#233;sente toujours l'espoir. Entre-temps, les activit&#233;s des organes de pouvoir populaire sont assur&#233;es par quelques minorit&#233;s actives, quelques centaines d'individus, souvent eux-m&#234;mes compromis politiquement avec les partis gouvernementaux. Dans ces conditions, la structuration de &#171; Commandos communaux de travailleurs &#187;, articulant un large bloc social et pr&#234;ts &#224; prendre en charge d&#233;mocratiquement la gestion d'une commune, voire d'une province, n'a &#233;t&#233; qu'un r&#234;ve &#233;veill&#233;. Les caudillismes militants, les pratiques substitutionnistes des partis, affectent &#233;galement la dynamique d&#233;mocratique du pouvoir populaire. Et la distanciation symbolique, culturelle, ainsi que les formes de dominations entre dirigeants et ouvriers, entre cadres militants et&lt;i&gt; pobladores&lt;/i&gt;, entre hommes et femmes, sont des donn&#233;es qui ont continu&#233; de peser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Divisions historiques et sectorisation du mouvement social (&#224; l'int&#233;rieur de la classe ouvri&#232;re, entre le mouvement ouvrier et les&lt;i&gt; pobladores&lt;/i&gt;, entre dirigeants politiques et base sociale) sont, malgr&#233; tout, rest&#233;s la norme. Les essais de coordination provinciale ont &#233;t&#233; trop tardifs et court-circuit&#233;s par les divisions de la gauche et, particuli&#232;rement, par un d&#233;bat sans fin sur la relation houleuse entre la CUT et les Cordons. Depuis l'ext&#233;rieur de l'UP, le MIR participe activement, et dans la mesure de ses moyens, aux mobilisations. Avec f&#233;brilit&#233;, ses partisans cherchent &#224; construire un &#171; pouvoir dual &#187;, qui serait la cellule de base de la nouvelle soci&#233;t&#233; &#224; venir. Le MIR a pourtant largement sous-estim&#233; l'importance des initiatives de centralisation des Cordons industriels. Rest&#233;e minoritaire, la jeune organisation de Miguel Enr&#237;quez s'est essentiellement positionn&#233;e dans le champ politique comme une force de pression sur l'ex&#233;cutif, incapable d'incarner une alternative cr&#233;dible aux yeux de larges secteurs du mouvement ouvrier. Parall&#232;lement, l'appareil de la CUT cherche &#224; int&#233;grer sous sa coupe les Cordons industriels, pendant que les dirigeants communistes multiplient les man&#339;uvres pour r&#233;ussir &#224; les arracher des mains du PS et des &#171; gauchistes &#187;. Apeur&#233; par une dynamique libertaire qu'il ne contr&#244;le pas, le parti fond&#233; par Lu&#237;s Emilio Recabarren n'a pas su comprendre cette dimension du mouvement social, &#233;trang&#232;re &#224; sa conception monolithique de l'action collective. Le PS quant &#224; lui, h&#233;ritage de son histoire de parti-mouvement polyclassiste, a progressivement pris la t&#234;te de nombreux organes de pouvoir populaire, gr&#226;ce &#224; de jeunes militants issus de certains comit&#233;s r&#233;gionaux tr&#232;s engag&#233;s, non sans une bonne dose d'opportunisme. De l&#224;, la posture vacillante des dirigeants socialistes des Cordons : tr&#232;s investis, ils critiquent durement leur gouvernement, mais dans les moments clefs, ils sont les principaux mod&#233;rateurs des ardeurs des salari&#233;s, afin de les ramener dans le giron allendiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de ces trois temps discordants du pouvoir populaire, se trouve &#8211; en filigrane &#8211; la relation dialectique entre ce que certains chercheurs ont nomm&#233; &#171; la r&#233;volution par en bas &#187; (il s'agit en fait de l'auto-organisation des secteurs populaires), et la politique de r&#233;formes du gouvernement Allende. Il ne s'agit pas d'une dichotomie simple, ni d'un processus r&#233;ifi&#233;, cristallis&#233;. Si le concept de &#171; r&#233;volution par en bas &#187; a effectivement permis de faire avancer notre vision, en attirant l'attention des chercheurs sur ce qui se trame &#224; la base de la soci&#233;t&#233;, on ne peut l'envisager isol&#233;ment, s&#233;par&#233; de son contexte et de ses relations organiques avec l'UP. Sans aucun doute, ces relations tumultueuses ont permis de faire avancer, dans un premier temps, la d&#233;mocratisation de la soci&#233;t&#233;, la politisation des couches sociales subalternes, le d&#233;but de r&#233;formes progressistes radicales. Mais une fois le cadre institutionnel d&#233;bord&#233; par des agents sociaux jusque-l&#224; en marge de la participation politique traditionnelle, cette articulation se transforme en frein pour les mobilisations. Le &#171; constitutionalisme ent&#234;t&#233; &#187; de l'UP, sa position minoritaire au niveau du Parlement (fait politique fondamental) et une confiance d&#233;mesur&#233;e dans le l&#233;galisme des forces arm&#233;es, expliquent que le gouvernement ait accept&#233; ce r&#244;le de funambule, arbitre du conflit social. Un ex&#233;cutif qui a &#8211; par exemple &#8211; laiss&#233; s'appliquer la loi sur le contr&#244;le des armes contre les Cordons industriels ou encore tol&#233;r&#233; l'arrestation des marins de Valpara&#237;so. Salvador Allende, fid&#232;le &#224; ses principes et ses promesses de campagne jusqu'&#224; la mort, a toujours essay&#233; de maintenir un &#233;quilibre p&#233;rilleux de conciliation, afin d'emp&#234;cher une rupture de l'ordre constitutionnel qui l'a port&#233; &#224; la t&#234;te de l'&#201;tat. Aucune fen&#234;tre de sortie ne s'est alors pr&#233;sent&#233;e avec assez de puissance, pour d&#233;gager les pouvoirs populaires constituants de cette relation de d&#233;pendance envers l'&#201;tat et le gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un processus r&#233;volutionnaire sans dualit&#233; de pouvoir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de sa diversit&#233; et de ses contradictions, le pouvoir populaire urbain peut &#234;tre d&#233;fini comme un &#171; pouvoir en mouvement &#187;, au sens o&#249; l'entend Sidney Tarrow. Et comme sous d'autres latitudes, il &#171; ne peut &#234;tre compris sans que soit prise en compte la centralit&#233; de l'opposition capital/travail au sein des soci&#233;t&#233;s capitalistes contemporaines [14] &#187;. D'un point de vue &#233;pist&#233;mologique, ces politiques du conflit de grande ampleur soulignent qu'il serait illusoire de vouloir segmenter &#224; l'extr&#234;me les concepts de mouvement social, mouvement ouvrier, lutte de classes, actions collectives et de processus r&#233;volutionnaire, en tentant de s&#233;parer les uns, pour pouvoir mieux &#233;carter les autres. Au contraire, des p&#233;riodes comme celle de l'Unit&#233; populaire rappellent la logique ininterrompue, bien que diachronique, des grands conflits sociaux. Charles Tilly a abondamment soulign&#233;, &#224; propos des r&#233;volutions europ&#233;ennes, que de la gr&#232;ve &#224; la constitution d'un &#233;pisode r&#233;volutionnaire, le chemin est tortueux et, qu'il a &#8211; le plus souvent &#8211; abouti &#224; de violentes d&#233;faites. Selon lui, au cours de telles exp&#233;riences collectives exceptionnelles, il convient de distinguer deux &#233;tapes fondamentales : la &#171; situation r&#233;volutionnaire &#187; (&lt;i&gt;revolutionary situation&lt;/i&gt;) de celle du &#171; r&#233;sultat r&#233;volutionnaire &#187; (&lt;i&gt;revolutionary outcome&lt;/i&gt;), mais aussi le degr&#233; de division de la communaut&#233; politique et l'ampleur du transfert de pouvoir au cours de ce processus [15]. Si on se base sur ces crit&#232;res, nous pouvons affirmer que durant l'UP, se d&#233;gage une situation r&#233;volutionnaire, du fait de l'importante mobilisation et division de la soci&#233;t&#233; civile, de la profondeur de la crise du r&#233;gime politique ainsi que du poids des fractions de la population aspirant &#224; une transformation sociale radicale. Cependant, si de telles conditions sont r&#233;unies cela n'a pas signifi&#233; m&#233;caniquement, pour le peuple chilien, un &lt;i&gt;r&#233;sultat r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt;. C'est-&#224;-dire, toujours selon la grille d'analyse de Tilly, une rupture de l'appareil d'&#201;tat, la neutralisation des forces arm&#233;es et un transfert de pouvoir dans les mains des forces r&#233;volutionnaires. Dans cette perspective, on peut affirmer que le pouvoir populaire n'a pas repr&#233;sent&#233; des organes de double pouvoir, dans le sens plein du terme. Ou, dit d'une autre mani&#232;re, les organes de pouvoir populaire constituant en sont rest&#233;s &#224; une phase de d&#233;veloppement local, la plupart du temps embryonnaire, sans parvenir &#224; repr&#233;senter les cellules de base de la nouvelle organisation sociale, qui h&#233;site encore &#224; na&#238;tre. Une puissante tendance &#224; l'auto-organisation a pourtant exist&#233; au Chili. On peut en conclure, avec Marie-No&#235;lle Sarget, que les organismes de pouvoir populaire &#171; &#233;taient porteurs d'une forme de d&#233;mocratie alternative et oppos&#233;e &#224; la d&#233;mocratie chilienne, bas&#233;e non plus sur l'exclusion du prol&#233;tariat et des pauvres, mais sur celle des secteurs hostiles &#224; la politique de r&#233;formes du gouvernement populaire [16] &#187;. Mais, ils en sont porteurs seulement comme une possibilit&#233; non advenue, une bifurcation &#233;ventuelle mais vite referm&#233;e, de ce processus. On peut donc d&#233;celer un&lt;i&gt; potentiel autogestionnaire&lt;/i&gt; &#224; l'&#339;uvre dans les p&#233;riph&#233;ries des grandes villes et, au cours de la derni&#232;re ann&#233;e, un d&#233;but de&lt;i&gt; dualisation de pouvoir&lt;/i&gt; qui ne d&#233;bouche pas, comme dans l'Espagne des ann&#233;es trente ou lors d'autres situations r&#233;volutionnaires latino-am&#233;ricaines, sur la multiplication de conseils ouvriers et paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'a not&#233; Ren&#233; Zavaleta Mercado &#171; les partis n'allaient pas aux Cordons en abandonnant le pouvoir officiel, sinon qu'ils existaient, en m&#234;me temps, dans le pouvoir officiel et dans les Cordons [17] &#187;. Selon nous, un point important longtemps oubli&#233;, se situe pr&#233;cis&#233;ment ici : au-del&#224; de ses divisions, l'ensemble de la gauche partisane et de larges fractions du mouvement social, ont partag&#233;&lt;i&gt; une conception profond&#233;ment &#233;tatiste du changement social&lt;/i&gt;. Et lorsque les Cordons industriels se mobilisent, c'est avant tout dans l'attente de mesures gouvernementales, de r&#233;ponses de l'&#201;tat et pas fondamentalement pour construire un r&#233;seau d'entreprises autog&#233;r&#233;es. Pour l'UP, l'&#201;tat de compromis n'est pas envisag&#233; comme un obstacle pour sa strat&#233;gie de transition, mais au contraire, comme l'un de ses outils essentiels. Cette &#171; vision &#233;tatiste &#187; ou &lt;i&gt;statocentr&#233;e&lt;/i&gt; est fille d'un ensemble de traditions id&#233;ologiques et culturelles, de perceptions h&#233;rit&#233;es d'une formation sociopolitique qui s'est forg&#233;e au cours des ann&#233;es vingt, au service d'une oligarchie inqui&#232;te de la progression de la &#171; question sociale &#187;. Malgr&#233; plusieurs &#233;l&#233;ments de rupture, le projet de l'UP s'inscrit, comme l'affirment les historiens Gabriel Salazar et Julio Pinto, dans la lign&#233;e de ces projets &#171; nationalistes-d&#233;veloppementistes &#187;. Le r&#234;ve bris&#233; de Salvador Allende a &#233;t&#233; de combiner cet h&#233;ritage, avec un programme de transition au socialisme qui en soit la prolongation, mais surtout le d&#233;passement, gr&#226;ce &#224; la participation des classes populaires organis&#233;es. Pourtant, dans ces conditions, les organes de participation gouvernementaux comme les pouvoirs populaires embryonnaires, surgis de la base, se sont &#171; rapidement trouv&#233;s amarr&#233;s &#224; la ge&#244;le lib&#233;rale tendue, depuis 1925, par la Constitution politique [18] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes dominantes ont, quant &#224; elles, intelligemment surmont&#233; leurs divisions et pris conscience que le c&#339;ur du probl&#232;me &#233;tait d&#233;sormais situ&#233; en dehors du champ institutionnel. Presque instinctivement, elles comprennent qu'il ne s'agit d&#233;sormais plus de conserver un pacte social forg&#233; au sein de l'&#201;tat de compromis, mais de d&#233;fendre, par tous les moyens, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production. Ainsi que l'a montr&#233;, dans une &#233;tude novatrice, le politiste Juan Carlos G&#243;mez, c'est pr&#233;cis&#233;ment l&#224; que se situe &#171; la fronti&#232;re de la d&#233;mocratie &#187; chilienne, tout au long du si&#232;cle. En pr&#233;tendant socialiser les principaux moyens de production, tout en respectant le jeu d&#233;mocratique et &#233;lectoral, Allende pense pouvoir &#233;viter l'affrontement violent. Pourtant, &#171; le conflit autour des aires de la propri&#233;t&#233; sociale n'a jamais &#233;t&#233; r&#233;solu d&#233;mocratiquement, mais il fut r&#233;solu d&#233;finitivement : le droit de propri&#233;t&#233; est redevenu inviolable, garanti non pas au travers de formes constitutionnelles, mais par les forces arm&#233;es &#187; et le terrorisme d'&#201;tat [19]. En 1974, lors de la comm&#233;moration de la premi&#232;re ann&#233;e du coup d'&#201;tat, le journal&lt;i&gt; El Mercurio&lt;/i&gt; a pu cyniquement f&#233;liciter les vainqueurs : &#171; Le pouvoir populaire s'&#233;vanouit devant le bruit, l'odeur et les balles de la v&#233;ritable guerre. Le peuple aura des armes proclame Allende ; n&#233;anmoins le silence devant les tanks r&#233;v&#232;le que le peuple marxiste manque encore de pr&#233;paration [20]&#8230; &#187; Il se d&#233;gage ainsi, depuis les ann&#233;es trente jusqu'au coup d'&#201;tat du 11 septembre 1973, un&lt;i&gt; continuum institutionnel relatif&lt;/i&gt;, accompagn&#233; de la pr&#233;sence combin&#233;e d'une&lt;i&gt; discontinuit&#233; sociale soutenue&lt;/i&gt;, ponctu&#233;e de luttes sociales explosives et de r&#233;pressions r&#233;guli&#232;rement sanglantes [21]. Et, c'est aussi dans une trajectoire historique encore plus vaste que s'inscrivent les pouvoirs populaires constituants de l'UP. En tentant de renouer avec les divers moments d'ind&#233;pendance de classe et d'auto-organisation collective de l'histoire sociale de ce pays, ils renvoient &#224; d'autres exp&#233;riences, comme par exemple l'Assembl&#233;e ouvri&#232;re de l'alimentation nationale (AOAN), en 1918-1919, voire &#224; celle des &#171; soci&#233;t&#233;s de r&#233;sistance &#187;, &#224; la fin du xixe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le&#231;ons chiliennes, fin et suites&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le coup d'&#201;tat du 11 septembre 1973, des milliers de pages ont &#233;t&#233; &#233;crites afin de faire le bilan de l'UP et nombreux sont les auteurs et acteurs qui ont tent&#233; d'expliquer les causes de la trag&#233;die chilienne. Bien entendu, l'implication active du gouvernement Nixon ne saurait &#234;tre &#233;lud&#233;e et elle est d&#233;sormais bien document&#233;e. Le r&#244;le de l'imp&#233;rialisme (et de Henri Kissinger) est en effet une coordonn&#233;e &lt;i&gt;majeure &lt;/i&gt; au moment d'envisager la fin de ces mille jours d'espoir, de cris et de luttes. Notre travail ne cherche aucunement &#224; minimiser cet aspect, sur lequel existent de nombreux &#233;crits, recherches et documentaires [22]. La campagne de d&#233;stabilisation &#233;tats-unienne a &#233;t&#233;, en effet, consid&#233;rable : plus de 8 millions de dollars ont &#233;t&#233; d&#233;pens&#233;s, en 3 ans, afin de financer des m&#233;dias (notamment &lt;i&gt;El Mercurio&lt;/i&gt;) et influencer l'opinion publique, des partis d'opposition (dont tout particuli&#232;rement la DC afin qu'elle refuse tout compromis avec Allende) et, dans une moindre mesure, des organisations corporatistes du secteur priv&#233;, hostiles &#224; l'UP. Ceci sans compter la pression &#233;conomique exerc&#233;e contre le Chili, les contacts pris avec les militaires putschistes et l'appui logistique de la CIA : cette &#171; secr&#232;te obsc&#233;nit&#233; &#187; de l'histoire r&#233;cente doit faire partie de toute r&#233;flexion sur la fin de la &#171; voie chilienne [23] &#187;. Elle est m&#234;me sa premi&#232;re le&#231;on, selon nous. Cependant, l'objet de ce livre &#233;tait plut&#244;t de d&#233;fricher d'autres horizons afin d'enrichir notre connaissance collective sur cette p&#233;riode. Ce sont ainsi les tensions sociopolitiques et les relations de forces internes au processus qui ont &#233;t&#233; au centre de notre recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce domaine, aujourd'hui encore, et au-del&#224; des nuances de chacun, plusieurs analystes &#8211; souvent situ&#233;s &#224; gauche de l'&#233;chiquier politique &#8211; regrettent am&#232;rement l'excessive polarisation du &#171; centre politique &#187;, d&#233;noncent l'irresponsabilit&#233; du p&#244;le &#171; rupturiste &#187; et celle des partisans du pouvoir populaire, qui auraient contribu&#233; &#224; fragiliser le gouvernement et sa politique de n&#233;gociation avec la DC, pour finalement le couper des &#171; classes moyennes &#187;. D&#232;s 1973, ce constat avait d'ailleurs pouss&#233; les eurocommunistes italiens, puis europ&#233;ens, &#224; proclamer l'impossibilit&#233; d'une rupture violente des institutions lib&#233;rales et la n&#233;cessit&#233; de r&#233;formes progressistes men&#233;es par de vastes majorit&#233;s &#233;lectorales [24]. Dans le m&#234;me esprit, trente ans apr&#232;s, un sociologue critique (proche du Parti communiste) comme Tom&#225;s Moulian, pense encore que la seule issue pour l'UP, aurait &#233;t&#233; une politique &#171; d'approfondissement r&#233;formiste &#187;, autour de laquelle il fallait agglutiner &#171; le parti centriste dominant &#187;. Moulian, tout comme l'historien Lu&#237;s Corval&#225;n M&#225;rquez ou, dans un autre registre, Alain Touraine, attribuent d'ailleurs en partie l'incapacit&#233; d'Allende (qualifi&#233; de &#171; r&#233;aliste mod&#233;r&#233; &#187;) &#224; diriger le processus, au &#171; comportement des masses qui prennent alors au s&#233;rieux leur r&#244;le d'acteurs historiques et qui, dans certaines occasions, agissent avec autonomie sous le coup de leurs impulsions, spontan&#233;ment v&#233;cues [25] &#187;. &#192; la lumi&#232;re de notre investigation, on peut l&#233;gitimement s'&#233;tonner de tels postulats, bas&#233;s sur une vision r&#233;ductrice de la transformation sociale et, surtout, largement d&#233;contextualis&#233;e. Une perspective qui laisserait croire en la possibilit&#233; historique d'un processus r&#233;volutionnaire bien ordonn&#233;, sans d&#233;bordements collectifs et tranquillement contr&#244;l&#233; &#171; par en haut &#187;, dans le cadre de l'&#201;tat de compromis. S'aventurer sur un tel terrain, c'est pr&#233;cis&#233;ment ne pas comprendre les m&#233;canismes &#224; l'&#339;uvre dans l'espace des luttes sociales de cette p&#233;riode, la radicalisation du champ partisan et balayer d'un revers de la main l'&#233;nergie cr&#233;atrice du pouvoir populaire, avec &#8211; c'est vrai &#8211; toutes ses limitations. Finalement, la conclusion de ce doctorat semble plut&#244;t donner raison &#224; l'&#233;conomiste Pedro Vuskovic, que l'on ne peut d'ailleurs soup&#231;onner de m&#233;connaissance au moment de juger le gouvernement de l'UP, puisqu'il a &#233;t&#233; l'un de ses plus importants ministres. Ce dernier, d&#232;s 1976, et &#224; la diff&#233;rence de la majeure partie des dirigeants de gauche, tenait &#224; faire un bilan autocritique. Il affirmait : &#171; Nous n'avons pas per&#231;u suffisamment la potentialit&#233; de la mobilisation des masses et de la gestation, du d&#233;veloppement, de nouvelles formes de pouvoir populaire [26]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire et les m&#233;moires du pouvoir populaire ont encore beaucoup &#224; nous dire, bien loin d'un pass&#233; p&#233;trifi&#233;, telle la statue de Salvador Allende qui tr&#244;ne d&#233;sormais, face &#224; la Moneda, sur la place de la Constitution &#224; Santiago. &#192; l'aube du xxie si&#232;cle, les &#171; le&#231;ons chiliennes &#187; sont encore dignes d'enseignements et de nombreux aspects de cette exp&#233;rience collective extraordinaire restent &#224; analyser et d&#233;couvrir [27]. Le politiste fran&#231;ais Pierre Cours-Salies note &#224; ce sujet &#171; des continuit&#233;s de probl&#232;mes et de d&#233;bats politiques bien plus fortes qu'on ne le croit [28] &#187;. Si l'Unit&#233; populaire continue &#224; nous interpeller, c'est qu'elle raconte les difficult&#233;s immenses d'un changement radical de soci&#233;t&#233; et d'une d&#233;mocratisation pleine et enti&#232;re &#224; tous les niveaux, qui puisse r&#233;concilier &#233;mancipation et repr&#233;sentation, participation d&#233;mocratique et appropriation sociale. La question de l'ind&#233;pendance du mouvement ouvrier, celle de l'autonomie des mouvements sociaux, les relations parfois difficiles &#8211; mais &#224; la fois n&#233;cessaires &#8211; entre espace protestataire et champ partisan, entre gauches sociales et gauches politiques, la place de l'&#201;tat et son r&#244;le, doivent appara&#238;tre au c&#339;ur des r&#233;flexions sur cette p&#233;riode. Ceci sans nous faire oublier que, dans un tel moment de polarisation, une &#233;lite menac&#233;e dans ses int&#233;r&#234;ts fondamentaux est capable de s'appuyer sur le terrorisme d'&#201;tat et l'interventionnisme de puissances &#233;trang&#232;res pour r&#233;tablir ses privil&#232;ges. M&#234;me s'il est vrai que ces interrogations doivent n&#233;cessairement passer par un renouveau th&#233;orique, &#234;tre actualis&#233;es et mises en lien avec d'autres exp&#233;riences (pass&#233;es et pr&#233;sentes) comme de nouvelles probl&#233;matiques (de genre, &#233;cologiques, postcoloniales, institutionnelles, etc.) [29].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la chute du mur de Berlin, et apr&#232;s un xxe si&#232;cle marqu&#233; au fer rouge par le stalinisme et les totalitarismes, certains id&#233;ologues ont tent&#233; d'affirmer, &#224; peu de frais, que l'histoire aurait pris fin : l'humanit&#233; serait condamn&#233;e &#224; accepter docilement ou par d&#233;pit son sort, loin des utopies et d'autres mondes possibles. Pourtant, le &#171; volcan latino-am&#233;ricain [30] &#187; nous rappelle, depuis une quinzaine d'ann&#233;es, que le sourire du spectre des pouvoirs populaires constituants parcourt &#224; nouveau l'Am&#233;rique latine. La r&#233;gion a connu d'importantes mobilisations collectives contre les cons&#233;quences du n&#233;olib&#233;ralisme, avec parfois des dynamiques de luttes ayant abouti &#224; la d&#233;mission de gouvernements consid&#233;r&#233;s comme ill&#233;gitimes ou &#224; la remise en cause du pouvoir des transnationales et des oligarchies locales. Le changement des rapports de forces dans l'arri&#232;re-cour des &#201;tats-Unis et ce qui a &#233;t&#233; qualifi&#233; par certains analystes de &#171; tournant &#224; gauche &#187; (en Bolivie, &#201;quateur ou Venezuela notamment), au-del&#224; de leur importante diversit&#233;, sont le produit d'une crise d'h&#233;g&#233;monie des &#233;lites traditionnelles, mais aussi de mouvements sociaux cr&#233;atifs, qui ont combin&#233; revendications sociales, exp&#233;rimentations d&#233;mocratiques &#171; par en bas &#187;, avec une orientation anti-n&#233;olib&#233;rale et souvent anti-imp&#233;rialiste. Cette conjoncture r&#233;v&#232;le de nombreux acteurs en r&#233;sistance (indig&#232;nes, ch&#244;meurs, paysans sans-terre, citoyens sans-toits, travailleurs et syndicalistes, militants &#233;cologistes, femmes et f&#233;ministes, etc.) dans toute la r&#233;gion, ainsi qu'une multiplicit&#233; d'exp&#233;rimentations concr&#232;tes et alternatives de&lt;i&gt; faire soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;. Se dessinent alors la cartographie en actes d'autres formes de vie quotidienne, d'organisations sociales, politiques et m&#234;me &#233;conomiques. Dans des contextes vari&#233;s, des germes de pouvoirs populaires cherchent &#224; t&#226;tons les chemins de l'&#233;mancipation, ceci souvent contre les pouvoirs constitu&#233;s, face &#224; la r&#233;pression d'&#201;tat ou paramilitaire, mais aussi, parfois, en lien avec des politiques publiques post-n&#233;olib&#233;rales. &#192; diff&#233;rentes &#233;chelles et sur plusieurs territoires de luttes, dans un rapport au pouvoir et aux questions organisationnelles original, ces &#233;mancipations en construction &#171; indo-afro-latino-am&#233;ricaines &#187; sont riches, contradictoires et novatrices. Elles nous interpellent, particuli&#232;rement au moment o&#249; le &#171; vieux monde &#187; conna&#238;t une crise majeure, une crise radicale, une crise de civilisation [31].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Envisag&#233;e ainsi, la m&#233;moire collective des tr&#233;sors perdus chiliens appara&#238;t dans toute sa modernit&#233;, avec l'ardeur d'une braise qui br&#251;le encore. Elle nous montre ce pass&#233; qui vit en nous, ce temps r&#233;volutionnaire que l'on aurait pu croire r&#233;volu mais dont le pouls continue &#224; battre, car &#171; la m&#233;moire vivante n'est pas n&#233;e pour servir d'ancre, &#233;crit Eduardo Galeano. Elle a plut&#244;t vocation &#224; &#234;tre une catapulte. Elle ne veut pas &#234;tre un havre d'arriv&#233;e, mais un port de d&#233;part. Elle ne renie pas la nostalgie, mais elle lui pr&#233;f&#232;re l'espoir, ses dangers, ses intemp&#233;ries. Les Grecs pensaient que la m&#233;moire &#233;tait fille du temps et de la mer ; ils n'avaient pas tort [32] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Illustration : &#171; El Pueblo Unido Jam&#225;s Ser&#225; Vencido. IL 143. IRT. 1973. Chile &#187;. Source : &lt;a href=&#034;https://discotecanacionalchile.blogspot.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://discotecanacionalchile.blogspot.com&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Pereira I., &lt;i&gt;Les grammaires de la contestation. Un guide de la gauche radicale&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Pour Pierre Bourdieu : &#171; La force proprement politique de l'id&#233;e r&#233;side en derni&#232;re analyse dans la force du groupe qu'elle peut mobiliser &#187; (&#171; Questions de politique &#187;, &lt;i&gt;Actes de la recherche en sciences sociales&lt;/i&gt;, n&#176; 16, 1977, p 55-89).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Illanes M. A.,&lt;i&gt; La Batalla de la memoria, op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Thompson E. P., &lt;i&gt;La formation de la classe ouvri&#232;re anglaise, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 174.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Luck S. et Dechezelles S. (dir.), &lt;i&gt;Voix de la rue ou voix des urnes ?, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 20.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Bensa&#239;d D.,&lt;i&gt; La discordance des temps&lt;/i&gt;, Paris, Les &#201;ditions de la Passion, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Pour poursuivre avec la terminologie de Tilly C. et Tarrow S., &lt;i&gt;Politique(s) du conflit, op. cit.&lt;/i&gt;, annexe 2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Rocher G., &#171; Le processus r&#233;volutionnaire &#187;, &lt;i&gt;Le changement social, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 277-278.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Harendt A.,&lt;i&gt; Essai sur la r&#233;volution, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 404.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Jorge Magasich d&#233;gage lui aussi trois &#233;tapes &lt;i&gt;(Pouvoir formel et pouvoir r&#233;el au Chili 1972-1973&lt;/i&gt;, universit&#233; libre de Bruxelles, facult&#233; de philosophie et de lettres, m&#233;moire de licence d'histoire, 1980).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Cruz Salas L.,&lt;i&gt; op. cit.&lt;/i&gt;, p. 410-411.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Smirnow G.,&lt;i&gt; Le d&#233;veloppement de la lutte pour le pouvoir pendant l'Unit&#233; populaire, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 85.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] C'est par exemple le cas de Maurice Najman (&lt;i&gt;Le Chili est proche : r&#233;volution et contre-r&#233;volution dans le Chili de l'Unit&#233; populaire&lt;/i&gt;, Paris, Maspero, 1974, p. 22).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Voir l'introduction &#224; B&#233;roud S., Mouriaux R., Vakaloulis M.,&lt;i&gt; Le mouvement social en France, op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Voir Tilly C.,&lt;i&gt; From mobilization to revolution, op. cit.&lt;/i&gt;, et du m&#234;me auteur :&lt;i&gt; Las revoluciones europeas. 1492-1992&lt;/i&gt;, Madrid, Critica, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Sarget M. N., &lt;i&gt;Syst&#232;me politique et Parti socialiste au Chili : un essai d'analyse syst&#233;mique&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 1994, p. 1003-1006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Zavaleta Mercado R.,&lt;i&gt; El poder dual en Am&#233;rica Latina&lt;/i&gt;, M&#233;xico, Siglo XXI, coll. &#171; Minima &#187;, 1974, p. 258.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Salazar G., Pinto J.,&lt;i&gt; Historia contempor&#225;nea de Chile&lt;/i&gt;, Santiago, LOM, 5 tomos, 1999, p. 151-166.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] G&#243;mez J. C.,&lt;i&gt; La frontera de la democracia. El derecho de propiedad en Chile. 1925-1973&lt;/i&gt;, Santiago, LOM, 2004, p. 353.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] El &lt;i&gt;Mercurio&lt;/i&gt;, 11 septembre 1974.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] De Riz L., &#171; La lucha de clase en la sociedad chilena : hip&#243;tesis para su interpretaci&#243;n &#187;,&lt;i&gt; Revista Mexicana de Sociolog&#237;a&lt;/i&gt;, M&#233;xico, vol. 38, n&#186; 1, 1976, p. 127-149.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Voir bibliographie en fin d'ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Corval&#225;n M&#225;rquez L., &lt;i&gt;La secreta obscenidad de la historia de Chile, op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] Nous faisons allusion ici au &#171; compromis historique &#187; annonc&#233; par le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du PC italien, E. Berlinguer, en septembre-octobre 1973, &#224; la lumi&#232;re des &#233;v&#233;nements chiliens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] Moulian T., &lt;i&gt;Conversaci&#243;n interrumpida con Allende, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 97.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Vuskovic P. (comp. R. Maldonado), &#171; Pol&#237;tica econ&#243;mica y poder pol&#237;tico &#187; (1976), in &lt;i&gt;Obras escogidas sobre Chile (1964-1992)&lt;/i&gt;, Santiago, CEPLA, 1993.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] Gaudichaud F., &#171; Retour sur les le&#231;ons chiliennes &#187;,&lt;i&gt;Contretemps&lt;/i&gt;, Paris, Textuel, 2004, p. 166-178.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Cours-Salies P., &#171; Continuit&#233; de lutte &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; P. Arenas, R. Guti&#233;rrez, O. Vallespir(coord.), &lt;i&gt;Salvador Allende. Un monde possible&lt;/i&gt;, Paris, Syllepse, coll. &#171; Coyoacan &#187;, 2004, p. 29-35.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] Collectif Lucien Collonges, &lt;i&gt;Autogestion : hier, aujourd'hui, demain&lt;/i&gt;, Paris, Syllepse, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] Gaudichaud F. (dir.), &lt;i&gt;Le Volcan latino-am&#233;ricain. Gauches, mouvements sociaux et n&#233;olib&#233;ralisme en Am&#233;rique latine&lt;/i&gt;, Paris, Textuel, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] Gaudichaud F. (coord.), &lt;i&gt;Am&#233;riques latines. &#201;mancipations en construction&lt;/i&gt;, Paris, Syllepse, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[32] Galeano E., &#171; Ce pass&#233; qui vit en nous &#187;,&lt;i&gt; Le Monde diplomatique &#8211; Mani&#232;re de voir&lt;/i&gt;, Paris, n&#176; 82, ao&#251;t-septembre 2005.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>R&#233;volution et bataille culturelle au Chili</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Revolution-et-bataille-culturelle-au-Chili</link>
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		<dc:date>2023-09-19T11:47:38Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Franck Gaudichaud</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-09-19</dc:subject>
		<dc:subject>Chili</dc:subject>
		<dc:subject>Arts culture et soci&#233;t&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les textes rassembl&#233;s dans ce &#171; D&#233;couvrir la R&#233;volution chilienne &#187; (&#201;ditions sociales), choisis et comment&#233;s par Franck Gaudichaud, explorent les &#233;v&#233;nements, espoirs et questions politiques qui ont travers&#233; le processus r&#233;volutionnaire chilien, de l'&#233;lection d'Allende en novembre&#8239;1970 au coup d'&#201;tat du g&#233;n&#233;ral Pinochet en septembre&#8239;1973 : la voie chilienne vers le socialisme, l'interventionnisme des &#201;tats-Unis, la bataille culturelle, l'anti-imp&#233;rialisme, les mobilisations des (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2023-09-19-+" rel="tag"&gt;Edition du 2023-09-19&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Chili-+" rel="tag"&gt;Chili&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Arts-culture-et-societe-+" rel="tag"&gt;Arts culture et soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH76/mural_victor_jara-2048x1044-8ee59.jpg?1701472641' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='76' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les textes rassembl&#233;s dans ce &#171; D&#233;couvrir la R&#233;volution chilienne &#187; (&#201;ditions sociales), choisis et comment&#233;s par Franck Gaudichaud, explorent les &#233;v&#233;nements, espoirs et questions politiques qui ont travers&#233; le processus r&#233;volutionnaire chilien, de l'&#233;lection d'Allende en novembre&#8239;1970 au coup d'&#201;tat du g&#233;n&#233;ral Pinochet en septembre&#8239;1973 : la voie chilienne vers le socialisme, l'interventionnisme des &#201;tats-Unis, la bataille culturelle, l'anti-imp&#233;rialisme, les mobilisations des conservateurs, les revendications mapuches, les d&#233;bats &#224; gauche, le r&#244;le des cordons industriels et des formes de pouvoir populaire, la pr&#233;paration militaire du coup d'&#201;tat, etc.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/chili-revolution-bataille-culturelle-chansons-jara/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Contretemps&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
15 septembre 2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Franck Gaudichaud&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extrait ci-dessous porte plus particuli&#232;rement sur le r&#244;le de la Nouvelle Chanson chilienne dans la mobilisation qui a port&#233; au pouvoir l'Unit&#233; Populaire et dans l'exp&#233;rience de transformation r&#233;volutionnaire qu'elle a initi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_43087 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L410xH653/7ae46378170d185d-4b6303e3-19266.jpg?1717262239' width='410' height='653' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;VENCEREMOS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous vaincrons Depuis le creuset profond de la patrie Se l&#232;ve la clameur populaire, D&#233;j&#224; s'annonce l'aube nouvelle, Tout le Chili commence &#224; chanter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Se souvenant du vaillant soldat Que l'exemple rend immortel, Affrontons d'abord la mort, Trahir la patrie jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous vaincrons, nous vaincrons, Mille cha&#238;nes il faudra briser ,Nous vaincrons, nous vaincrons, La mis&#232;re nous saurons vaincre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Paysans, soldats, mineurs, Femme de la patrie aussi, &#201;tudiants, employ&#233;s et travailleurs, Nous accomplirons notre devoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous s&#232;merons les terres de gloire, Socialiste sera l'avenir, Tous ensemble nous ferons l'histoire, En avant, en avant, en avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous vaincrons, nous vaincrons, Mille cha&#238;nes il faudra briser, Nous vaincrons, nous vaincrons, La mis&#232;re nous saurons vaincre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Source : Chanson Venceremos, album &#171; Venceremos &#187;, paroles : Claudio Iturra, musique : Sergio Ortega, 1970 (En ligne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 1960 et le d&#233;but des ann&#233;es 1970 sont profond&#233;ment marqu&#233;es par l'engagement politique de nombreuses et nombreux artistes qui cherchent &#224; accompagner le processus r&#233;volutionnaire chilien. Les partis de gauche, de leur c&#244;t&#233;, comprennent l'importance de donner une dimension &#233;pique et symbolique &#224; leur lutte et aux campagnes &#233;lectorales. En retour, l'Unit&#233; populaire met la question culturelle au c&#339;ur de son programme de gouvernement. Entre&#8239;1970 et&#8239;1973, tous les aspects du champ culturel sont en &#233;bullition, la cr&#233;ativit&#233; est partout, et c'est particuli&#232;rement le cas dans le domaine musical avec la Nouvelle Chanson chilienne, dont le titre Venceremos, &#233;crit par le grand compositeur Sergio Ortega, est l'un des &#233;tendards les plus flamboyants, et ce jusqu'&#224; nos jours. Avec cette chanson, le groupe Quilapay&#250;n cherche &#224; mobiliser le peuple autour du programme de l'UP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment s'articulent culture, arts et politique dans cette p&#233;riode pr&#233;r&#233;volutionnaire ? De quelle mani&#232;re la Nouvelle Chanson chilienne est venue rythmer la mont&#233;e en puissance des gauches sur le plan national ? Mais aussi, comment ce courant musical met en exergue les r&#233;sistances populaires, glorifie l'&#233;lan patriotique, les classes subalternes ou encore l'unit&#233; latino-am&#233;ricaine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'y pas de r&#233;volution sans chanson &#187;, tel est le slogan, &#233;crit en lettres imposantes, qui encadre la tribune, ce 28&#8239;avril 1970, au th&#233;&#226;tre Caupolic&#225;n (Santiago), en pleine campagne &#233;lectorale pr&#233;sidentielle. Entour&#233; de musiciennes et musiciens, Allende r&#233;affirme le r&#244;le central de l'engagement des artistes pour gagner dans les urnes comme pour d&#233;multiplier le processus r&#233;volutionnaire. La musique est alors pens&#233;e comme un pilier indispensable de la victoire de la coalition et elle sera au c&#339;ur de l'action culturelle et de la propagande du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'av&#232;nement de la nouvelle chanson chilienne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de&lt;i&gt; Nueva Canci&#243;n Chilena &lt;/i&gt; s'installe dans le paysage culturel &#224; partir de juillet&#8239;1969, lors du premier festival de la Nouvelle Chanson chilienne organis&#233; &#224; l'Universit&#233; catholique de Santiago. Mais pour comprendre ce syncr&#233;tisme entre action politique, paroles et musique, il faudrait remonter au d&#233;but du si&#232;cle ou, au moins, mentionner le travail majeur de l'artiste plurielle Violeta Parra. Malgr&#233; son suicide en 1967, ce qu'elle nommait ses &#171; chansons r&#233;volutionnaires &#187; r&#233;sonnent encore pleinement durant l'UP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son chapiteau (nomm&#233; La Pe&#241;a de los Parra) dans les faubourgs de Santiago a vu d&#233;filer le grand chanteur-compositeur V&#237;ctor Jara, le musicien et &#233;crivain Patricio Manns ou encore le folkloriste Rolando Alarc&#243;n. Toutes et tous (mais ce milieu reste largement domin&#233; par les hommes) d&#233;sirent ardemment mettre leur art au service de la transformation sociale et politique. Ils s'inspirent du folklore chilien et latino-am&#233;ricain et, en m&#234;me temps, ils appartiennent &#224; la g&#233;n&#233;ration de la musique &#233;lectrique et du rock (sans s'identifier, d'ailleurs, &#224; ce genre musical) [1]. On d&#233;c&#232;le aussi dans ce courant artistique l'influence de po&#232;tes nationaux comme Nicanor Parra ou Pablo Neruda (dont de nombreux po&#232;mes sont mis en musique) ou encore de compositeurs latino-am&#233;ricains tels Atahualpa Yupanqui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des artistes les plus populaires est V&#237;ctor Jara. Membre du Parti communiste, acteur de th&#233;&#226;tre, compositeur, ses chansons &#233;trillent la bourgeoisie chilienne &lt;i&gt;(Las casitas del barrio alto&lt;/i&gt;), r&#233;clament la paix au Vietnam (&lt;i&gt;El derecho de vivir en paz&lt;/i&gt;), racontent la r&#233;pression &lt;i&gt;(Preguntas por Puerto Montt&lt;/i&gt;) et annoncent la r&#233;volution (&lt;i&gt;Vamos por ancho camino&lt;/i&gt;). Mais cette Nouvelle Chanson est aussi celle d'Isabel et &#193;ngel Parra (enfants de Violetta) et elle est incarn&#233;e par les groupes Quilapay&#250;n et Inti-Illimani. Tous sont accompagn&#233;s par des compositeurs de formation classique, capables de m&#233;tisser musique savante et musique populaire, de l'envergure de Sergio Ortega ou de Luis Advis (auteur de la&lt;i&gt; Cantate de Santa Mar&#237;a de Iquique&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas seulement de chanter, mais plut&#244;t de mettre en musique et d'h&#233;ro&#239;ser l'histoire des luttes populaires : le travailleur, le paysan, les camarades, la patrie sont ainsi valoris&#233;s. Des accents proph&#233;tiques parcourent ces cr&#233;ations, tout comme l'id&#233;e d'un &#171; homme nouveau &#187;, construisant une soci&#233;t&#233; d&#233;barrass&#233;e de l'oppression de classe. Avec la campagne d'Allende, le caract&#232;re propagandiste des compositions devient encore plus direct. Ainsi, en 1970, &#193;ngel Parra compose la chanson&lt;i&gt; Unit&#233;populaire&lt;/i&gt;. La m&#234;me ann&#233;e, Inti-Illimani met en musique le programme d'Allende (&lt;i&gt;Canto al programa&lt;/i&gt;) gr&#226;ce &#224; la complicit&#233; de Luis Advis et Sergio Ortega. Ces chansons, qui ne trouvent pas d'espace de distribution au sein des grands groupes, sont distribu&#233;es par le label DICAP (&lt;i&gt;Discoteca del cantar popular&lt;/i&gt;), fond&#233; en 1967 et appartenant aux Jeunesses communistes du Chili.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Venceremos&lt;/i&gt; : r&#233;volution et bataille culturelle &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet &#233;cosyst&#232;me musical en r&#233;volution, la chanson &lt;i&gt;Venceremos&lt;/i&gt; du groupe Quilapay&#250;n [2] devient rapidement un v&#233;ritable hymne de la campagne d'Allende. Compos&#233;e par Sergio Ortega, et &#233;crite par Claudio Iturra, elle r&#233;unit toutes les qualit&#233;s requises : les paroles sont &#224; la fois claires, tourn&#233;es vers une &#233;pique de la victoire. Elle &#233;gr&#232;ne les acteurs populaires en m&#234;me temps qu'un ton glorieux et patriotique, &#233;l&#233;ments ancr&#233;s dans l'identit&#233; des gauches chiliennes. L'avenir radieux sera socialiste. Le rythme du tambour c&#233;l&#232;bre le collectif, les marches du peuple, tandis que le refrain est chant&#233; en c&#339;ur, et repris facilement. En fait, &lt;i&gt;Venceremos&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; compos&#233;e en 1964 et est d&#233;j&#224; pr&#233;sente durant la troisi&#232;me campagne d'Allende. Cinq ans plus tard, il est propos&#233; au groupe d'enregistrer une nouvelle version et, en 1971, Quilapay&#250;n proposera une interpr&#233;tation r&#233;alis&#233;e avec l'Orchestre symphonique populaire, dirig&#233; par Eduardo Moubarak. Si c'est la chanson &#233;crite par Iturra qui reste la plus connue, c'est celle en partie r&#233;&#233;crite par V&#237;ctor Jara qui est diffus&#233;e durant la campagne de 1969. Jara y a introduit de nouvelles strophes encore plus explicites : &#171; L'Unit&#233; populaire victorieuse sera la tombe du &lt;i&gt;Yankee &lt;/i&gt; oppresseur ! &#187; Dans la m&#234;me veine, Quilapay&#250;n est &#233;galement mondialement connu pour son titre&lt;i&gt; Le peuple uni ne sera jamais vaincu (El pueblo unido jam&#225;s ser&#225; vencido&lt;/i&gt;) . L&#224; aussi composition d'Ortega, il date de la mi-1973. &#192; quelques semaines du coup d'&#201;tat, l'espoir est encore l&#224; : &#171; La vie qui viendra sera meilleure &#187; gr&#226;ce &#171; aux drapeaux de l'unit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'instar de toute p&#233;riode pr&#233;r&#233;volutionnaire, ces ann&#233;es sont celles d'une intense bataille culturelle pour l'h&#233;g&#233;monie qui est loin de se r&#233;duire au domaine musical. Les militantes et militants, les universit&#233;s et les artistes engag&#233;s participent &#224; la naissance d'un th&#233;&#226;tre populaire et ouvrier, &#224; un nouveau langage cin&#233;matographique et &#224; la t&#233;l&#233;vision naissante ; la litt&#233;rature regarde du c&#244;t&#233; du roman social, la peinture d&#233;borde dans les rues avec les &#171; brigades muralistes &#187; (dont la c&#233;l&#232;bre Brigade Ramona Parra, li&#233;e au PC). La gauche au pouvoir laisse d'ailleurs une place de choix &#224; la culture dans son programme et annonce la cr&#233;ation d'un Institut national de l'art et de la culture, mais aussi d'&#233;coles artistiques dans toutes les communes du pays. N&#233;anmoins, pour l'UP, le travail artistique et le d&#233;veloppement de la culture ne sauraient &#234;tre cr&#233;&#233;s par la loi, mais doivent surgir de &#171; la lutte constante pour la fraternit&#233; contre l'individualisme &#187; d'un peuple &#171; conscient, solidaire et &#233;duqu&#233; &#187;. La libert&#233; de cr&#233;ation est garantie et encourag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois au gouvernement, Allende fonde le D&#233;partement de la culture de la pr&#233;sidence, tr&#232;s actif durant toute la p&#233;riode. En 1971, la maison d'&#233;dition Quimant&#250; ouvre ses portes apr&#232;s la nationalisation de l'entreprise ZigZag. C'est le d&#233;but d'une aventure &#233;ditoriale exceptionnelle avec la publication de plus de douze millions de livres en trente-deux mois (pour une population de neuf millions d'habitants). Vendus &#224; tr&#232;s bas prix, les ouvrages sont distribu&#233;s dans les kiosques, dans les syndicats et dans les usines, o&#249; se c&#244;toient les classiques de la litt&#233;rature mondiale avec des histoires du Chili, mais aussi des livres de vulgarisation marxiste, des collections de litt&#233;rature jeunesse cr&#233;&#233;es de toutes pi&#232;ces, des manuels scolaires, etc. Le coup d'&#201;tat consomm&#233;, Pinochet ne cessera d'interdire ces expressions culturelles et de r&#233;primer les artistes : V&#237;ctor Jara est l&#226;chement assassin&#233; le 16&#8239;septembre 1973, alors qu'il est d&#233;tenu au stade Chili. Quilapay&#250;n est en tourn&#233;e en France en septembre&#8239;1973 et demande l'asile politique &#224; ce pays, devenant par l&#224; m&#234;me l'un des symboles de la lutte culturelle chilienne en exil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour aller plus loin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;lanie Brun, &lt;i&gt;Il n'y aura pas de r&#233;volution sans chanson&lt;/i&gt;, France, 2012, film-documentaire, 88minutes. Un film sur le pouvoir politique de la musique au Chili, hier et aujourd'hui, montrant notamment la vie musicale du pays avant et durant le gouvernement de l'Unit&#233; populaire, mais aussi sa port&#233;e &#224; long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compilation de chansons de la &lt;i&gt;Nueva Canci&#243;n&lt;/i&gt;. [En ligne]. Compilation &#224; &#233;couter en ligne sur la chaine YouYube du label ind&#233;pendant Alerce, fond&#233; en 1976 (et dissous en 2011) par le journaliste Ricardo Garc&#237;a, label destin&#233; &#224; r&#233;&#233;diter des albums interdits par la dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aur&#233;lie Prom, &#171; La Nouvelle Chanson chilienne : contre l'oubli de l'Histoire et des histoires &#187;,&lt;i&gt;Les Cahiers de Framespa&lt;/i&gt;, n&#176; 26, 2018. Cet article rappelle comment les troubadours de la Nouvelle Chanson retracent en musique des &#233;v&#232;nements historiques tragiques de l'histoire chilienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laura Jord&#225;n Gonz&#225;lez, &#171; Les travailleurs au sein de la Nouvelle Chanson chilienne : la repr&#233;sentation du mineur et l'incarnation du travail musical &#187;,&lt;i&gt; MUSICultures&lt;/i&gt;, n&#176; 41, 2014. La musicologue examine un aspect peu connu de l'histoire de la Nouvelle Chanson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] &#192; la diff&#233;rence d'un groupe de rock progressif, et qualifi&#233; de &#171; hippie &#187; par une partie de la gauche, comme Los Jaivas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Quilapay&#250;n, qui signifie en langue mapuche les &#171; trois barbus &#187;, est form&#233; de Julio Numhauser, Eduardo et Julio Carrasco.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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