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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>L'ind&#233;pendance ne pourra se r&#233;aliser sans un projet de soci&#233;t&#233;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/L-independance-ne-pourra-se-realiser-sans-un-projet-de-societe</link>
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		<dc:date>2026-06-18T14:22:34Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Andr&#233; Frappier, Geru Schneider</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2026-06-16</dc:subject>
		<dc:subject>03_02 - 2 ou 4 articles</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La droite nationaliste accuse la gauche de poser des conditions &#224; l'ind&#233;pendance. Mais c'est elle qui exige le silence. Et ce silence a un prix. &lt;br class='autobr' /&gt; Le texte de Jimmy Thibodeau repose sur une inversion politique assez grossi&#232;re : il accuse la gauche ind&#233;pendantiste de poser des conditions &#224; l'ind&#233;pendance, alors que la v&#233;ritable pression vient de ce qu'il d&#233;fend lui-m&#234;me. Tout accepter au nom de l'unit&#233; nationale. Accepter les discours qui ciblent les personnes immigrantes, racis&#233;es, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2026-06-16-+" rel="tag"&gt;Edition du 2026-06-16&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-theme-quebec-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH77/independance_et_projet_de_societe-72127.png?1781792799' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='77' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La droite nationaliste accuse la gauche de poser des conditions &#224; l'ind&#233;pendance. Mais c'est elle qui exige le silence. Et ce silence a un prix.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le texte de Jimmy Thibodeau&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; repose sur une inversion politique assez grossi&#232;re : il accuse la gauche ind&#233;pendantiste de poser des conditions &#224; l'ind&#233;pendance, alors que la v&#233;ritable pression vient de ce qu'il d&#233;fend lui-m&#234;me. Tout accepter au nom de l'unit&#233; nationale. Accepter les discours qui ciblent les personnes immigrantes, racis&#233;es, musulmanes, juives, LGBTQ ou issues de minorit&#233;s religieuses. Accepter que le rapport de nation &#224; nation avec les Premiers Peuples soit remis &#224; &#171; plus tard &#187;. Accepter que des mouvements identitaires associ&#233;s &#224; l'extr&#234;me droite, comme Nouvelle Alliance, gravitent dans la n&#233;buleuse souverainiste sans que le camp nationaliste ne s'y offusque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier point ne peut pas &#234;tre esquiv&#233;. Nouvelle Alliance v&#233;hicule un nationalisme d'exclusion fond&#233; sur la suspicion envers les personnes immigrantes et les minorit&#233;s religieuses. Laisser ce discours occuper de l'espace sans le nommer, c'est envoyer un message clair &#224; toutes les personnes qu'il cible : ce projet n'est pas pour vous. Et tant que ce message persiste, la majorit&#233; r&#233;f&#233;rendaire restera hors de port&#233;e. On ne b&#226;tit pas un pays en tol&#233;rant ceux qui en excluent une partie avant m&#234;me qu'il existe. Quand un mouvement qui pr&#233;tend parler au nom du peuple qu&#233;b&#233;cois refuse de se distancer d'un courant qui en exclut une partie, il faut se demander de quel peuple il parle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; le v&#233;ritable souverainisme conditionnel : conditionner l'unit&#233; ind&#233;pendantiste au silence de la gauche, des minorit&#233;s et des Premiers Peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poser des exigences d&#233;mocratiques &#224; un projet politique ne revient pas &#224; le refuser. C'est le prendre au s&#233;rieux. Le faux dilemme de la droite nationaliste consiste &#224; dire : soit vous signez sans lire, soit vous n'&#234;tes pas vraiment souverainistes. Mais l'ind&#233;pendance n'est pas un contrat d'adh&#233;sion. Elle ne peut pas exiger le silence de celles et ceux qui veulent justement en faire un projet de lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux r&#233;f&#233;rendums. Deux d&#233;faites. Recommencer sans tirer les le&#231;ons, sans proposer un projet de soci&#233;t&#233; capable de convaincre une majorit&#233;, c'est condamner l'ind&#233;pendance &#224; la dormance pour une autre g&#233;n&#233;ration. Ce projet m&#233;rite une nouvelle d&#233;marche &#224; la hauteur de son ambition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;marche existe. C'est la d&#233;marche constituante. Elle n'est pas une esquive ni une condition suppl&#233;mentaire. Elle est une r&#233;ponse offensive &#224; la faiblesse strat&#233;gique la plus profonde du mouvement souverainiste : l'absence d'un projet visible et appropri&#233; par la population. Sans projet clair, l'ind&#233;pendance reste une promesse abstraite que le camp f&#233;d&#233;raliste transforme en &#233;pouvantail &#224; chaque cycle &#233;lectoral. Avec un processus constituant ouvert et d&#233;mocratique, elle devient une proposition concr&#232;te. La question nationale n'appartient pas &#224; un seul parti ni &#224; l'Assembl&#233;e nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle appartient &#224; toute la population. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce que propose Qu&#233;bec solidaire : une vaste d&#233;marche de d&#233;mocratie participative pour que ce d&#233;bat soit celui de tout le monde. Plut&#244;t que de d&#233;fendre l'ind&#233;pendance contre la peur, on construit le pays contre l'immobilisme. Ce n'est pas reculer. C'est changer de terrain pour gagner. Cette approche est unique, et c'est le seul parti &#224; la porter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;placement est d'autant plus n&#233;cessaire que m&#234;me les organisations souverainistes le reconnaissent. Le rapport r&#233;cent des OUI Qu&#233;bec, issu d'une vaste consultation de la soci&#233;t&#233; civile, est sans &#233;quivoque : des inqui&#233;tudes persistent face aux discours nationalistes parmi les personnes issues de l'immigration, et proposer un v&#233;ritable projet de soci&#233;t&#233; appara&#238;t comme presque incontournable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les propres alli&#233;s du mouvement tirent cette conclusion, ignorer le diagnostic rel&#232;ve de l'ent&#234;tement, pas de la strat&#233;gie. On ne peut pas plaider l'unit&#233; souverainiste tout en rejetant les seules propositions capables de construire une majorit&#233; r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La droite nationaliste peut bien accuser la gauche de tous les maux souverainistes. Mais qu'elle commence par reconna&#238;tre les conditions qu'elle impose elle-m&#234;me : le silence devant les d&#233;rives identitaires, le refus d'un projet d&#233;battu, l'id&#233;e que le monopole du projet national lui appartiendrait de droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne lui appartient pas. Qu&#233;bec solidaire porte depuis des d&#233;cennies un projet, une strat&#233;gie et une vision de ce pays. Il suffirait d'un peu de maturit&#233; politique pour l'&#233;couter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ind&#233;pendance ne se construira pas malgr&#233; une partie du peuple. Elle se construira avec tout le peuple. Ou elle ne se fera pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Signataires :&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Andr&#233; Frappier &#8212; ex-co-porte-parole de Qu&#233;bec solidaire&lt;br class='autobr' /&gt;
Geru Schneider &#8212; Candidat pour Qu&#233;bec solidaire &#224; Chomedey et militant&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.ledevoir.com/opinion/idees/987251/finir-souverainisme-conditionnel&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ledevoir.com/opinion/idees/987251/finir-souverainisme-conditionnel&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.noovo.info/video/nouvelle-alliance-des-membres-actifs-au-sein-du-bloc-quebecois-et-du-parti-quebecois.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.noovo.info/video/nouvelle-alliance-des-membres-actifs-au-sein-du-bloc-quebecois-et-du-parti-quebecois.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Corriger ou rompre : pourquoi taxer les riches ne suffit pas </title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Corriger-ou-rompre-pourquoi-taxer-les-riches-ne-suffit-pas</link>
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		<dc:date>2026-05-19T08:35:15Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Geru Schneider</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2026-05-19</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Chaque fois que se pose la question du logement, des retraites, des services publics ou de la transition &#233;cologique, la m&#234;me r&#233;ponse revient &#224; gauche comme un r&#233;flexe : il faut taxer les riches. L'intuition est juste. L'adversaire est r&#233;el. Mais quelque chose manque. &lt;br class='autobr' /&gt; Une gauche qui ne sait plus parler qu'en termes fiscaux a d&#233;j&#224; conc&#233;d&#233; l'essentiel. Elle ne cherche plus &#224; transformer les rapports sociaux qui produisent les in&#233;galit&#233;s, elle cherche &#224; en corriger les d&#233;g&#226;ts. Elle ne (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2026-05-19-+" rel="tag"&gt;Edition du 2026-05-19&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-theme-quebec-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH86/poing_leve2-4c2d0.png?1781027482' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='86' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chaque fois que se pose la question du logement, des retraites, des services publics ou de la transition &#233;cologique, la m&#234;me r&#233;ponse revient &#224; gauche comme un r&#233;flexe : il faut taxer les riches. L'intuition est juste. L'adversaire est r&#233;el. Mais quelque chose manque.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Une gauche qui ne sait plus parler qu'en termes fiscaux a d&#233;j&#224; conc&#233;d&#233; l'essentiel. Elle ne cherche plus &#224; transformer les rapports sociaux qui produisent les in&#233;galit&#233;s, elle cherche &#224; en corriger les d&#233;g&#226;ts. Elle ne s'attaque plus &#224; la source, elle &#233;ponge la fuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On veut taxer les riches ? Bien. Mais qu'est-ce qu'on veut faire ensuite ? Parce que si la r&#233;ponse s'arr&#234;te l&#224;, on ne parle pas de transformation sociale. On parle de gestion. D'une gestion plus humaine, peut-&#234;tre. Mais de gestion quand m&#234;me. Le probl&#232;me n'est pas d'abord fiscal. Il est structurel : qui poss&#232;de, qui d&#233;cide, qui profite, qui gouverne l'&#233;conomie et, surtout, au service de quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me n'est pas seulement que les riches paient trop peu. Le probl&#232;me est que l'&#233;conomie est organis&#233;e pour les produire, les concentrer et les reconduire en tant que classe dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une r&#233;ponse juste, mais qui arrive apr&#232;s coup&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le slogan &#171; taxer les riches &#187; a une efficacit&#233; imm&#233;diate. Il nomme un adversaire r&#233;el et traduit une intuition populaire simple : une minorit&#233; s'enrichit tandis que la majorit&#233; peine &#224; vivre. Mais il devient insuffisant lorsqu'il laisse croire que l'injustice viendrait d'abord d'un mauvais partage fiscal de richesses d&#233;j&#224; constitu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, les grandes fortunes ne tombent pas du ciel. Les profits, les dividendes, les patrimoines gigantesques et les grands rentiers ne sont pas des anomalies ext&#233;rieures au syst&#232;me : ils sont le produit normal d'un ordre &#233;conomique dans lequel une minorit&#233; d&#233;tient les moyens de production, organise l'investissement selon ses int&#233;r&#234;ts, capte une part d&#233;cisive de la richesse cr&#233;&#233;e collectivement, puis convertit cette puissance &#233;conomique en influence politique, juridique, m&#233;diatique et culturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre, la fiscalit&#233; intervient en second. La production a d&#233;j&#224; eu lieu. L'appropriation priv&#233;e aussi. La r&#233;partition de la valeur entre salaires, profits et rentes a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; tranch&#233;e, le plus souvent en faveur du capital. Ce n'est qu'ensuite que l'&#201;tat pr&#233;l&#232;ve une partie de cette richesse pour financer le commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi une gauche de rupture ne peut pas faire de l'imp&#244;t le c&#339;ur de sa strat&#233;gie. Elle doit &#233;videmment d&#233;fendre une fiscalit&#233; fortement progressive, lutter contre l'&#233;vasion, abolir les privil&#232;ges du capital. Mais elle ne peut pas confondre ces instruments avec le c&#339;ur du probl&#232;me. Lorsqu'elle le fait, elle a d&#233;j&#224; d&#233;plac&#233; le terrain de la lutte : du pouvoir sur la production vers la gestion des effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la transformation &#224; la gestion : le glissement de la gauche de gouvernement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ici r&#233;introduire une distinction essentielle, trop souvent effac&#233;e : celle entre la distribution primaire et la redistribution secondaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distribution primaire renvoie &#224; ce qui se joue au moment m&#234;me de la production : la part des salaires, le niveau des cotisations sociales, le rapport de force dans l'entreprise, la ma&#238;trise de l'investissement, la structure du cr&#233;dit, le poids de la rente, la propri&#233;t&#233; des entreprises. La redistribution secondaire intervient ensuite : imp&#244;ts, transferts, allocations, prestations, m&#233;canismes compensatoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, depuis plusieurs d&#233;cennies, une partie importante de la gauche s'est d&#233;plac&#233;e du premier terrain vers le second. Elle parle moins de socialisation, moins de propri&#233;t&#233;s collectives, moins de programmes sociaux, moins de pouvoir dans les entreprises et moins de d&#233;marchandisation des besoins essentiels. Elle parle d'abord de fiscalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;placement n'est pas seulement technique. Il est politique. Il signale une bascule plus profonde : on ne pense plus la soci&#233;t&#233; &#224; partir de la transformation des rapports sociaux, mais &#224; partir de la correction des d&#233;s&#233;quilibres produits par l'ordre existant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette bascule se lit aussi dans le langage. Une partie de la gauche institutionnelle parle d&#233;sormais comme le centre et la droite : &#171; cadre financier &#187;, &#171; &#233;quilibre budg&#233;taire &#187;, &#171; cr&#233;dibilit&#233; &#233;conomique &#187;. Bien s&#251;r, toute force politique s&#233;rieuse et cr&#233;dible doit savoir comment financer ce qu'elle propose. Mais lorsque ce vocabulaire cesse d'&#234;tre un terrain de lutte pour devenir la langue m&#234;me de la politique, quelque chose a d&#233;j&#224; c&#233;d&#233;. On ne parle plus d'abord de conflit distributif, de pouvoir &#233;conomique, de propri&#233;t&#233;, de r&#233;appropriation collective ; on parle de bonne gestion, d'acceptabilit&#233;, de r&#233;paration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne cherche plus &#224; d&#233;placer les fronti&#232;res du possible ; on cherche &#224; appara&#238;tre comme un gestionnaire plus humain du cadre existant. Et c'est ainsi qu'on en vient &#224; une contradiction plus profonde encore : vouloir financer la justice sociale sans rompre avec les m&#233;canismes m&#234;mes qui produisent l'injustice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Financer le bien commun avec les fruits de l'exploitation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; qu'appara&#238;t un paradoxe plus profond encore. Lorsqu'on pr&#233;tend financer durablement les retraites, les services publics ou la transition &#233;cologique par la taxation des profits, des dividendes ou des grandes fortunes, on continue, dans les faits, de compter sur les fruits m&#234;mes de l'exploitation pour faire vivre le social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, on pr&#233;tend combattre l'accumulation, mais on organise le financement du bien commun autour de sa persistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me n'est donc pas seulement qu'on pr&#233;l&#232;ve trop peu. Le probl&#232;me est qu'on ne d&#233;place pas le centre de gravit&#233; du financement social vers la richesse socialis&#233;e : les salaires, les cotisations, la propri&#233;t&#233; publique, les m&#233;canismes de mutualisation, la ma&#238;trise collective de l'investissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une gauche de rupture ne devrait donc pas simplement dire : &#171; Faisons contribuer davantage les dividendes et les riches. &#187; Elle devrait poser une question plus fondamentale : pourquoi une soci&#233;t&#233; juste devrait-elle d&#233;pendre, pour son financement, du maintien &#224; un niveau stratosph&#233;rique des dividendes, des profits et des grandes fortunes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici qu'il faut lever un autre faux proc&#232;s : critiquer cette logique ne revient ni &#224; nier la production de richesse ni &#224; r&#234;ver d'une soci&#233;t&#233; administr&#233;e d'en haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La richesse est collective. Le contr&#244;le, lui, est privatis&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut lever un faux proc&#232;s classique. Critiquer la concentration de la richesse et vouloir socialiser certains secteurs ne revient ni &#224; nier la n&#233;cessit&#233; de produire de la richesse ni &#224; d&#233;fendre une soci&#233;t&#233; enti&#232;rement bureaucratis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La richesse est d&#233;j&#224; produite collectivement : par le travail, les infrastructures publiques, les savoirs accumul&#233;s, les ressources naturelles, le soin, l'&#233;ducation, les services et les institutions qui rendent possible toute activit&#233; &#233;conomique. Le r&#233;cit de &#171; l'entrepreneur cr&#233;ateur de richesse &#187; tend pr&#233;cis&#233;ment &#224; effacer cette trame collective sans laquelle aucune prosp&#233;rit&#233; n'existerait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question n'est donc pas cr&#233;ation ou redistribution. La question est celle du contr&#244;le : &#224; qui appartient la d&#233;cision d'investir, de produire, de capter et au service de quels int&#233;r&#234;ts ? De la m&#234;me mani&#232;re, l'alternative n'est pas simplement entre &#171; plus d'&#201;tat &#187; et &#171; plus de march&#233; &#187;. Elle est entre la domination priv&#233;e des ressources essentielles et leur ma&#238;trise d&#233;mocratique. Socialiser n'est pas m&#233;caniquement bureaucratiser ; c'est arracher certains biens, services et leviers &#233;conomiques &#224; la logique de rente et de profit pour les soumettre &#224; des formes de contr&#244;le collectif, public, coop&#233;ratif ou communautaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit donc pas d'opposer l'initiative individuelle au bien commun, comme si l'une exigeait la disparition de l'autre. Il s'agit au contraire de rappeler qu'il n'y a pas de libert&#233; concr&#232;te quand une majorit&#233; vit sous la pression du loyer, de la dette, de l'emploi pr&#233;caire et du co&#251;t de la vie. La s&#233;curit&#233; sociale, le logement accessible, le temps lib&#233;r&#233; et la r&#233;duction de la d&#233;pendance au march&#233; peuvent &#233;largir bien davantage les possibilit&#233;s d'initiative qu'un ordre social domin&#233; par la rente, les monopoles et l'ins&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est pr&#233;cis&#233;ment pour cela que des r&#233;formes imm&#233;diates peuvent &#234;tre n&#233;cessaires sans jamais suffire &#224; elles seules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#233;nager ce n'est pas transformer&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette limite ne vaut pas seulement pour la fiscalit&#233;. Elle vaut plus largement pour toutes les mesures ponctuelles qui cherchent &#224; m&#233;nager les effets du syst&#232;me sans en toucher la logique. Relever les bas salaires, par exemple, peut &#234;tre juste et n&#233;cessaire. Mais aucune mesure mon&#233;taire, prise isol&#233;ment, ne corrige &#224; elle seule l'injustice de base tant que les structures de propri&#233;t&#233;, de rente et de march&#233; restent intactes. Une r&#233;forme peut prot&#233;ger, soulager, rel&#226;cher l'&#233;tau. Elle ne change r&#233;ellement les choses que lorsqu'elle commence &#224; d&#233;placer le pouvoir. Mais comment reconna&#238;tre une telle r&#233;forme ? Le crit&#232;re n'est pas la radicalit&#233; du discours qui l'accompagne ni l'ampleur du chiffre annonc&#233;. C'est plus simple et plus exigeant &#224; la fois : est-ce que la mesure d&#233;place effectivement un rapport de force, ou se contente-t-elle d'en att&#233;nuer les effets ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;forme commence &#224; faire autre chose que corriger quand elle soustrait durablement un secteur &#224; la logique du march&#233; et le rend ainsi plus difficile &#224; reprendre. Quand elle renforce la capacit&#233; d'organisation collective plut&#244;t que de compenser individuellement. Quand elle r&#233;duit la d&#233;pendance de la soci&#233;t&#233; au capital priv&#233; pour financer ses droits &#8212; par des cotisations plut&#244;t que par l'imp&#244;t sur des profits qu'on esp&#232;re maintenir, par la propri&#233;t&#233; publique plut&#244;t que par la subvention &#224; l'entreprise. Quand, enfin, elle cr&#233;e les conditions d'une d&#233;fense collective de ce qui a &#233;t&#233; conquis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'inverse, une r&#233;forme reste corrective, m&#234;me juste, m&#234;me n&#233;cessaire, quand elle am&#233;liore les conditions de vie sans toucher aux structures qui les produisent. Le cr&#233;dit d'imp&#244;t, la prestation cibl&#233;e, une mesure fiscale ponctuelle : ces mesures peuvent soulager. Elles ne d&#233;placent rien. La question &#224; poser n'est donc pas seulement : cette mesure est-elle juste ? Elle est : est-ce qu'elle rend la domination un peu plus tol&#233;rable, ou est-ce qu'elle commence &#224; en d&#233;monter un rouage ? C'est cette distinction modeste en apparence, d&#233;cisive en pratique, qui s&#233;pare la gestion de la rupture d'avec l'ordre existant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me n'est donc pas de choisir entre r&#233;formes imm&#233;diates et horizon de rupture. Le probl&#232;me est de ne pas confondre les premi&#232;res avec le second. Ce n'est pas le pansement qui manque. C'est que la blessure est organis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le patrimoine, machine &#224; reproduire l'in&#233;galit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On r&#233;duit trop souvent les in&#233;galit&#233;s &#224; une question de revenus, alors que leur reproduction se joue largement dans le patrimoine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le patrimoine n'est pas seulement une richesse accumul&#233;e. C'est une r&#233;serve de s&#233;curit&#233;, de temps, de cr&#233;dit, de revenu passif et de pouvoir. Il donne acc&#232;s &#224; la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, &#224; l'investissement, &#224; l'h&#233;ritage, &#224; la transmission d'un avantage, &#224; la capacit&#233; de mieux traverser les crises et, surtout, &#224; une forme d'autonomie relative face &#224; la d&#233;pendance salariale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'inverse, l'absence de patrimoine n'est pas seulement un manque : c'est une vuln&#233;rabilit&#233; organis&#233;e. Sans r&#233;serve, on accepte plus facilement un emploi d&#233;grad&#233;, un loyer trop cher, un cr&#233;dit d&#233;favorable, une vie plus instable. Sans patrimoine, on paie souvent plus cher pour survivre : plus cher en loyer, plus cher en int&#233;r&#234;ts, plus cher en transport, plus cher en stress aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que la crise du logement r&#233;v&#232;le quelque chose de plus fondamental qu'un simple probl&#232;me de prix. Elle montre comment la propri&#233;t&#233; immobili&#232;re devient un m&#233;canisme majeur de reproduction des in&#233;galit&#233;s. D'un c&#244;t&#233;, celles et ceux qui poss&#232;dent d&#233;j&#224; voient leur s&#233;curit&#233;, leur valeur nette et leur capacit&#233; d'emprunt se renforcer. De l'autre, une part croissante de la population est maintenue dans la location, l'endettement, l'instabilit&#233; et l'impossibilit&#233; d'acc&#233;der au temps long.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'in&#233;galit&#233; se joue alors moins dans le seul revenu disponible que dans l'acc&#232;s diff&#233;renci&#233; &#224; la s&#233;curit&#233;, &#224; la projection et &#224; la capacit&#233; de refus. Mais cette reproduction mat&#233;rielle ne tient pas toute seule : elle s'appuie sur un ordre juridique, institutionnel et culturel qui la prot&#232;ge, la justifie et la normalise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La domination tient par la loi, l'&#201;tat et le sens commun&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le droit prot&#232;ge la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et l'h&#233;ritage. Les r&#232;gles fiscales m&#233;nagent souvent davantage le capital qu'elles ne le contestent. Les institutions politiques sont travers&#233;es par des &#233;lites dont l'horizon social reste largement compatible avec celui des classes poss&#233;dantes. Et l'&#201;tat lui-m&#234;me ne se contente pas de redistribuer les effets du capitalisme : il contribue aussi &#224; en organiser les conditions juridiques, fiscales et politiques. Il garantit les titres de propri&#233;t&#233;, oriente les subventions, encadre les rapports de travail, fixe les r&#232;gles du cr&#233;dit, d&#233;cide ce qui sera ou non soumis au march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cela s'ajoute la dimension culturelle de la domination. Les in&#233;galit&#233;s durent aussi parce qu'elles sont normalis&#233;es. On pr&#233;sente comme naturel ce qui est historiquement construit. On transforme l'h&#233;ritage en affaire priv&#233;e plut&#244;t qu'en enjeu politique. On glorifie la r&#233;ussite patrimoniale et le m&#233;rite individuel comme si l'accumulation n'&#233;tait jamais li&#233;e &#224; des structures de classe, &#224; des institutions favorables, &#224; des avantages transmis. On rend la concentration des actifs &#233;vidente et l'intervention collective suspecte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en ce sens que la question des in&#233;galit&#233;s est aussi une question d'h&#233;g&#233;monie : la domination ne se maintient pas seulement parce qu'elle poss&#232;de, mais par les r&#232;gles qu'elle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;impose et le sens commun qu'elle diffuse. Et c'est aussi pour cela que la gauche s'affaiblit lorsqu'elle adopte, m&#234;me partiellement, les cat&#233;gories de pens&#233;e de ses adversaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi la caricature de droite mord parfois&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, la critique de droite selon laquelle la gauche ne saurait rien faire d'autre que taxer n'est pas seulement une caricature hostile. Elle mord parfois parce qu'elle rencontre une faiblesse r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les droites n'ont &#233;videmment aucune le&#231;on &#224; donner : leur programme consiste &#224; prot&#233;ger les riches, r&#233;duire les cotisations, fragiliser les services publics, puis utiliser la crise ainsi produite pour justifier les coupes et les privatisations. Mais il reste vrai qu'une partie de la gauche donne trop souvent l'impression de changer d'outil fiscal &#224; chaque cycle sans toujours clarifier le projet de soci&#233;t&#233; qui devrait les ordonner. Taxe sur les superprofits, contribution exceptionnelle, imp&#244;t plancher, nouvel ajustement technique : chaque s&#233;quence produit sa mesure vedette, mais rarement une doctrine coh&#233;rente, avec, in fine, un projet d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce flottement affaiblit sa cr&#233;dibilit&#233;. Il donne l'image d'une gauche qui cherche moins &#224; refonder l'&#233;conomie qu'&#224; trouver, &#224; intervalles r&#233;guliers, une nouvelle mani&#232;re de r&#233;parer ses d&#233;g&#226;ts. C'est pr&#233;cis&#233;ment cette posture qu'il faut quitter si l'on veut retrouver une politique de rupture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la gestion des d&#233;g&#226;ts &#224; la rupture&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; partir du crit&#232;re du d&#233;placement du pouvoir qu'une politique de rupture retrouve son sens. Non pas en rejetant les r&#233;formes imm&#233;diates, mais en refusant d'en faire l'horizon. Non pas en opposant na&#239;vement redistribution et transformation, mais en r&#233;inscrivant les premi&#232;res dans un projet plus vaste de socialisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce projet s'articule autour d'une logique unique : soustraire progressivement des pans entiers de la vie sociale &#224; la domination du march&#233;, renforcer les capacit&#233;s d'organisation collective, et s'attaquer frontalement aux m&#233;canismes de concentration du patrimoine et du pouvoir &#233;conomique. Cela commence par la question du travail. R&#233;duire le temps de travail sans perte de salaire, ce n'est pas une mesure de confort : c'est cr&#233;er l'alternative face &#224; l'&#233;tau productiviste, partager l'emploi, et reconna&#238;tre que la richesse d'une soci&#233;t&#233; ne se mesure pas en volume de marchandises, mais en temps lib&#233;r&#233;, en autonomie, en capacit&#233; d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parall&#232;le, augmenter la part salariale dans la valeur ajout&#233;e &#8212; par la hausse des salaires, le renforcement de la n&#233;gociation collective, la remont&#233;e des cotisations sociales patronales &#8212; c'est d&#233;placer le partage de la richesse en amont, avant que la fiscalit&#233; n'intervienne. Le salaire socialis&#233;, celui qui finance directement des droits collectifs et sort une partie de la r&#233;mun&#233;ration de l'emprise du march&#233;, est &#224; ce titre un levier de rupture plus profond que n'importe quel ajustement fiscal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela suppose aussi de sortir les besoins essentiels de la logique du march&#233;. Une soci&#233;t&#233; plus juste ne se construit pas seulement avec de meilleurs revenus : elle se construit avec moins de d&#233;pendance au revenu marchand. Logement social massif, transports publics accessibles, syst&#232;me de sant&#233; pleinement publique, &#233;ducation gratuite, services de garde universels, tarification sociale de l'&#233;nergie ; tout ce qui r&#233;duit la part de la vie soumise au march&#233; accro&#238;t la libert&#233; r&#233;elle, bien plus s&#251;rement qu'une prestation compensatoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela exige enfin de s'attaquer &#224; la concentration du patrimoine et de socialiser les secteurs strat&#233;giques. Non pas nationaliser abstraitement, mais construire des formes de contr&#244;le d&#233;mocratique sur l'&#233;nergie, la finance, le logement, les ressources naturelles, les infrastructures essentielles. Les arracher &#224; la logique de rente pour les soumettre &#224; une d&#233;lib&#233;ration collective sur les besoins. Nationalisation, coop&#233;ratives, communs, planification d&#233;mocratique : ces formes ne s'excluent pas, elles se combinent selon les secteurs et les rapports de force. Ce qui les unit, c'est le m&#234;me mouvement : d&#233;placer le centre de gravit&#233; de l'&#233;conomie, de la rentabilit&#233; priv&#233;e vers la ma&#238;trise collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une gauche de rupture ne rejette donc pas les r&#233;formes. Elle refuse simplement de les confondre avec la rupture. Elle sait qu'il faut parfois taxer davantage, prot&#233;ger plus vite, soulager imm&#233;diatement. Mais elle sait aussi que ces mesures n'ont de port&#233;e r&#233;elle que si elles commencent &#224; briser l'emprise de la propri&#233;t&#233;, de la rente, du march&#233; et de la finance sur la vie commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Briser le pouvoir ; pas g&#233;rer ses d&#233;g&#226;ts&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Taxer les riches peut &#234;tre juste. Parfois n&#233;cessaire. Mais cela ne saurait tenir lieu de strat&#233;gie de transformation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but n'est pas de mieux taxer les puissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but est de briser le pouvoir qui les rend puissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che historique de la gauche n'est pas de rendre l'exploitation supportable. C'est de rendre possible une soci&#233;t&#233; o&#249; elle cesse d'&#234;tre la condition normale de la richesse.&lt;/p&gt;
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		<title>Devenir incontournables </title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Devenir-incontournables</link>
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		<dc:date>2026-03-17T08:40:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Geru Schneider</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2026-03-17</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Comme la politique est un rapport de force, alors gagner signifie s'organiser et occuper chaque espace o&#249; se fabrique le pouvoir. Si la politique n'est pas l'art du consensus, mais celui du conflit, alors une conclusion s'impose : un conflit n'a de sens que s'il d&#233;place r&#233;ellement le rapport de force. &lt;br class='autobr' /&gt; Et d&#233;placer un rapport de force suppose quelque chose de tr&#232;s concret : de la puissance collective. Pas seulement des id&#233;es justes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pas seulement des analyses fines. Pas seulement des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Politique-" rel="directory"&gt;Politique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2026-03-17-+" rel="tag"&gt;Edition du 2026-03-17&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-theme-quebec-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH149/incontournables-25ff6.png?1781027483' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='149' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comme la politique est un rapport de force, alors gagner signifie s'organiser et occuper chaque espace o&#249; se fabrique le pouvoir. &lt;/i&gt; Si la politique n'est pas l'art du consensus, mais celui du conflit, alors une conclusion s'impose : un conflit n'a de sens que s'il d&#233;place r&#233;ellement le rapport de force.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Et d&#233;placer un rapport de force suppose quelque chose de tr&#232;s concret : de la puissance collective. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pas seulement des id&#233;es justes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas seulement des analyses fines. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pas seulement des indignations l&#233;gitimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une capacit&#233; d'agir sur le r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car le pouvoir ne flotte pas dans l'abstrait : il s'incarne dans des institutions, dans les lois, dans les organisations, des ressources mat&#233;rielles, des r&#233;seaux d'influence, les m&#233;dias et m&#234;me jusqu'&#224; influencer ce qui est possible d'imaginer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tant que ces leviers restent concentr&#233;s entre les m&#234;mes groupes sociaux, les meilleures id&#233;es du monde demeurent sans prise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce pouvoir, aujourd'hui, n'appartient pas aux pr&#233;caires, aux travailleuses, aux d&#233;class&#233;&#183;e s, aux invisibilis&#233;&#183;e&#183;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas celui de celles et ceux &#224; qui l'on r&#233;p&#232;te qu'il faudrait rester raisonnable &#187;, patienter, se calmer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est exerc&#233; par des groupes qui, eux, n'ont jamais cru &#224; la neutralit&#233; ni au retrait, et qui ont compris depuis longtemps que la politique est d'abord une question d'occupation du terrain &#8212; de pr&#233;sence continue dans tous les lieux o&#249; se prennent les d&#233;cisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors pourquoi la gauche accepterait-elle, elle, de s'auto-exclure de ces espaces au nom d'une puret&#233; abstraite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enqu&#234;tes patientes de &lt;i&gt;Michel Pin&#231;on&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Monique Pin&#231;on-Charlot&lt;/i&gt; l'ont montr&#233; avec pr&#233;cision : &lt;i&gt;la classe bourgeoise&lt;/i&gt; ne pratique jamais l'auto-exclusion morale. Elle ne d&#233;serte aucun espace au nom d'une suppos&#233;e puret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle investit tout. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conseils d'administration &lt;br class='autobr' /&gt;
Cabinets minist&#233;riels Instituts de recherches. &lt;br class='autobr' /&gt;
Fondations. &lt;br class='autobr' /&gt;
M&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est partout, simultan&#233;ment, m&#233;thodiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'elle a compris une chose essentielle : le pouvoir n'est pas un lieu unique. C'est un &#233;cosyst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne le conquiert pas de l'ext&#233;rieur. &lt;br class='autobr' /&gt;
On l'occupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors pourquoi la gauche continuerait-elle, elle, &#224; se retirer d'avance de certains terrains ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;u&gt;&lt;strong&gt;Refuser l'auto-exclusion &lt;/strong&gt;&lt;/u&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, &#224; gauche, on entend souvent une tentation famili&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les institutions sont corrompues. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les &#233;lections ne servent &#224; rien. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les m&#233;dias dominants sont irr&#233;cup&#233;rables. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ces constats ne sont pas enti&#232;rement faux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en tirer la conclusion qu'il faudrait se retirer, d&#233;serter ou rester &#224; distance rel&#232;ve d'une erreur strat&#233;gique majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car se retirer ne fragilise jamais le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela lui simplifie la t&#226;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque espace abandonn&#233; devient un espace consolid&#233; pour l'adversaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque terrain d&#233;sert&#233; devient un monopole. &lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque absence se transforme en permission tacite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique n'est pas un refuge moral o&#249; l'on pr&#233;serverait sa puret&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un champ de rapports de forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans un champ de rapports de forces, l'abstention n'est jamais neutre : elle avantage toujours celui qui occupe d&#233;j&#224; le terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne transforme pas la soci&#233;t&#233; par le t&#233;moignage moral. &lt;br class='autobr' /&gt;
On ne change pas le r&#233;el en restant volontairement marginal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On la transforme en disputant concr&#232;tement &lt;strong&gt;tous les lieux&lt;/strong&gt; o&#249; se prennent les d&#233;cisions &#8212; m&#234;me lorsque ces lieux sont imparfaits, hostiles ou contraints.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rester entre convaincu&#183;e&#183;s est confortable. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais une parole qui ne p&#232;se pas sur le r&#233;el finit toujours par s'&#233;puiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la gauche veut changer le monde, elle doit renoncer &#224; l'illusion de la puret&#233;, de l'auto-exclusion vertueuse et accepter une v&#233;rit&#233; plus exigeante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir ne se contourne pas. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il se dispute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;u&gt;&lt;strong&gt;Investir tous les espaces &lt;/strong&gt;&lt;/u&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous voulons r&#233;ellement transformer la soci&#233;t&#233; &#8212; et pas seulement t&#233;moigner de notre d&#233;saccord &#8212; il faut regarder la r&#233;alit&#233; en face : &lt;strong&gt;aucun terrain ne peut &#234;tre abandonn&#233;. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir ne laisse jamais de vide. Chaque espace d&#233;sert&#233; finit par &#234;tre occup&#233; par celles et ceux qui l'exercent d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avoir raison ne suffit pas. L'indignation seule ne suffit pas non plus. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si nous voulons peser, il faut &#234;tre pr&#233;sents partout o&#249; se d&#233;cident concr&#232;tement nos vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;La rue, &#233;videmment. &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestations, les gr&#232;ves, les occupations, les blocages rendent visible ce que le discours dominant cherche constamment &#224; invisibiliser : les rapports de force. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elles rappellent que la &lt;strong&gt;l&#233;gitimit&#233; populaire peut d&#233;border le cadre institutionnel&lt;/strong&gt;, que &lt;strong&gt;l'ordre social n'est jamais naturel&lt;/strong&gt;, et que, lorsque celles et ceux qui produisent la richesse cessent de collaborer, tout peut s'arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rue n'est pas un th&#233;&#226;tre symbolique. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;C'est le lieu o&#249; le conflit devient mat&#233;riel. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les syndicats et les mouvements sociaux. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que c'est l&#224; que se &lt;strong&gt;construisent des solidarit&#233;s durables&lt;/strong&gt;, ancr&#233;es dans les conditions r&#233;elles d'existence ; l&#224; que s'arrachent des victoires tangibles ; l&#224; que se forment des capacit&#233;s d'organisation collective qui d&#233;passent l'indignation ponctuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas la version affaiblie, bureaucratis&#233;e, parfois apeur&#233;e que nous avons trop souvent connue ces derni&#232;res d&#233;cennies, r&#233;duite &#224; la gestion d&#233;fensive des reculs. &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'ils retrouvent leur fonction premi&#232;re : faire de la politique au sens fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car il n'y a rien de plus politique que l'organisation du travail, la r&#233;partition du temps, des salaires, de la richesse et du pouvoir dans nos soci&#233;t&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224; se joue, chaque jour, la structure m&#234;me des rapports de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#233;lections et les institutions aussi. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le champ &#233;lectoral et les institutions aussi. Non pas par f&#233;tichisme parlementaire, ni par illusion r&#233;formiste, mais par r&#233;alisme strat&#233;gique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lois, les budgets, les services publics, les protections sociales fa&#231;onnent imm&#233;diatement la vie de millions de personnes. Refuser d'y intervenir au nom de la puret&#233;, c'est laisser les autres gouverner sans opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pas le luxe d'attendre un hypoth&#233;tique &#171; grand soir &#187; pour agir. Les gens ont faim, froid, soif, maintenant &#8212; pas dans un avenir abstrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne transforme pas la soci&#233;t&#233; en la regardant de loin ; on y entre pour y cr&#233;er des br&#232;ches, y arracher des gains, y amplifier les luttes qui viennent d'en bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et puis il y a la culture. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que le pouvoir ne se loge pas seulement dans l'&#233;conomie ou dans les institutions. Il agit aussi plus subtilement, plus profond&#233;ment, dans l'ordre des id&#233;es, des images et des r&#233;cits, en fa&#231;onnant ce qui nous semble naturel, raisonnable, &lt;strong&gt;mais surtout possible.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que se construit l'h&#233;g&#233;monie : dans ces fronti&#232;res invisibles du pensable qui, sans bruit, r&#233;duisent nos attentes, disciplinent nos imaginaires et finissent par nous convaincre que certaines transformations seraient irr&#233;alistes avant m&#234;me d'avoir &#233;t&#233; tent&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;serter ce terrain, c'est laisser ceux au pouvoir d&#233;finir le r&#233;el &#224; notre place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'espace culturel n'est pas seulement un lieu de reproduction de l'ordre &#233;tabli ; il peut aussi devenir un lieu d'ouverture, d'exp&#233;rimentation, d'&#233;largissement des possibles. Un espace o&#249; se formulent des d&#233;sirs collectifs, o&#249; se racontent d'autres mondes, o&#249; se pr&#233;pare ce qui n'existe pas encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'investir, c'est relier nos id&#233;es &#224; des exp&#233;riences v&#233;cues, nos revendications &#224; des &#233;motions, nos analyses &#224; des espoirs concrets. C'est rendre d&#233;sirables les mondes que nous voulons construire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc &#234;tre pr&#233;sent partout o&#249; se fabrique le sens commun : dans les m&#233;dias alternatifs comme dans les espaces grand public, dans les livres, les films, les plateformes num&#233;riques, les sc&#232;nes artistiques, les festivals, les balados &#8212; partout o&#249; se forgent les imaginaires collectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non pour se diluer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Non pour s'&#233;dulcorer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais pour d&#233;placer l'&#233;vidence. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour &#233;largir l'horizon du possible. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Pour faire appara&#238;tre comme r&#233;aliste ce qui semblait hier impensable. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La culture n'est pas un suppl&#233;ment d'&#226;me. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un terrain strat&#233;gique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut &#234;tre capable de r&#234;ver, oui &#8212; mais de r&#234;ver s&#233;rieusement. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Croire s&#233;rieusement &#224; nos r&#234;ves. &lt;br class='autobr' /&gt;
Observer attentivement la vie r&#233;elle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Confronter nos id&#233;aux &#224; l'exp&#233;rience concr&#232;te. Et transformer nos imaginaires en strat&#233;gies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Car sans imagination, aucune rupture n'est pensable. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais sans organisation, aucun r&#234;ve ne devient r&#233;el. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;u&gt;&lt;strong&gt;Une pluralit&#233; de tactiques &lt;/strong&gt;&lt;/u&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela suppose aussi d'accepter une v&#233;rit&#233; parfois inconfortable, mais d&#233;cisive : toutes les luttes ne prennent pas la m&#234;me forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et surtout, tout le monde ne peut &#8212; ni ne devrait &#8212; &#234;tre sur tous les fronts &#224; la fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une strat&#233;gie s&#233;rieuse ne repose pas sur l'uniformit&#233; des pratiques, mais sur &lt;strong&gt;une r&#233;partition consciente des r&#244;les&lt;/strong&gt;. Non pas une arm&#233;e de clones, mais &lt;strong&gt;une diversit&#233; de forces capables d'agir de mani&#232;re compl&#233;mentaire. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'existe pas une seule mani&#232;re l&#233;gitime de militer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pas de mod&#232;le unique du ou de la &#171; bon&#183;ne militant&#183;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certain&#183;e&#183;s n&#233;gocient des conventions collectives ou arrachent des gains institutionnels. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'autres organisent des assembl&#233;es, tissent des r&#233;seaux, construisent des structures durables. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'autres, encore, &#233;crivent, forment, enqu&#234;tent, transmettent des id&#233;es et une m&#233;moire. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'autres bloquent, occupent, perturbent, rendent l'ordre normal impossible. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et d'autres choisissent d'investir les &#233;lections ou les institutions pour y trouver des br&#232;ches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces pratiques ne rel&#232;vent pas de morales diff&#233;rentes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elles rel&#232;vent de fonctions diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mouvement qui voudrait imposer une seule posture &#224; tout le monde finirait par se mutiler lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'aucun mouvement r&#233;el ne gagne uniquement par la n&#233;gociation. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais aucun ne gagne non plus uniquement par l'affrontement spectaculaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
La n&#233;gociation sans pression tourne &#224; la gestion. &lt;br class='autobr' /&gt;
La confrontation sans organisation s'&#233;puise. &lt;br class='autobr' /&gt;
La radicalit&#233; isol&#233;e marginalise. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le pragmatisme sans menace se fait absorber.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les combinaisons qui d&#233;placent l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tactiques ne s'annulent pas : elles se rendent possibles les unes les autres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les espaces de dialogue ne s'ouvrent que lorsqu'un rapport de force existe. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et ces rapports de force n'existent que parce que tous, &#224; leurs fa&#231;ons, acceptent de d&#233;ranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que d&#233;crit &lt;strong&gt;Andreas Malm&lt;/strong&gt;, dans &lt;i&gt;Comment saboter un pipeline&lt;/i&gt;, avec l'effet du &lt;strong&gt;&#171; radical flank &#187;&lt;/strong&gt; : historiquement, les gains obtenus par les acteurs dits &#171; mod&#233;r&#233;s &#187; deviennent possibles parce qu'&#224; c&#244;t&#233; d'eux existent des forces plus combatives, plus perturbatrices, qui rendent le statu quo co&#251;teux, instable, parfois ingouvernable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit : si le pouvoir accepte de n&#233;gocier avec les &#171; raisonnables &#187;, c'est souvent parce qu'il craint &lt;strong&gt;les &#171; ingouvernables &#187;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans conflictualit&#233; r&#233;elle, il ne conc&#232;de rien. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sans pression, il ne produit que des promesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne signifie pas que tout moment appelle l'escalade permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe aussi des p&#233;riodes d&#233;fensives, o&#249; prot&#233;ger des acquis fragiles devient prioritaire : &lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;server des services publics, emp&#234;cher un recul de nos droits, maintenir des organisations en vie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ces moments, la patience, la consolidation, parfois la n&#233;gociation, sont n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me ces phases de d&#233;fense n'ont de sens que parce qu'existe, quelque part, la possibilit&#233; d'une offensive. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sinon, on ne fait qu'administrer le d&#233;clin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La diversit&#233; des tactiques&lt;/strong&gt; n'est donc pas un probl&#232;me &#224; discipliner ni une concurrence morale entre &#171; bons &#187; et &#171; mauvais &#187; militants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est une richesse strat&#233;gique &#224; coordonner&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;conomie de pratiques. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un ensemble de r&#244;les compl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas de choisir entre la rue ou les institutions, entre la persuasion ou la confrontation, entre le pragmatisme ou la radicalit&#233;, mais plut&#244;t d'apprendre &#224; les combiner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que gagner, ce n'est pas &#234;tre pur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#234;tre efficace, ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;u&gt;&lt;strong&gt;Construire des communs &lt;/strong&gt;&lt;/u&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais r&#233;sister ne suffit pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut bloquer, contester, ralentir les offensives, d&#233;fendre pied &#224; pied les droits existants &#8212; et ces gestes sont indispensables. Ils permettent de tenir bon, simplement survivre. Pourtant, un mouvement politique qui ne ferait que r&#233;agir, qui se contenterait d'emp&#234;cher le pire, finirait par s'&#233;puiser dans une posture d&#233;fensive, condamn&#233; &#224; limiter les d&#233;g&#226;ts plut&#244;t qu'&#224; transformer le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, transformer la soci&#233;t&#233; ne consiste pas seulement &#224; s'opposer &#224; l'ordre dominant. Cela suppose aussi de &lt;strong&gt;commencer &#224; faire exister autre chose&lt;/strong&gt;, ici et maintenant, de fissurer son &#233;vidence en construisant des espaces et des institutions qui fonctionnent autrement que les r&#232;gles actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que Pierre Dardot et Christian Laval appellent les &lt;strong&gt;&#171; communs &#187;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les communs ne sont ni de simples biens publics administr&#233;s par l'&#201;tat ni des services offerts d'en haut &#224; des usager&#183;&#232;re&#183;s passifs. Ils &#233;chappent tout autant &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e qu'&#224; la d&#233;l&#233;gation bureaucratique. Ce sont des ressources &#8212; mat&#233;rielles ou immat&#233;rielles &#8212; dont &lt;strong&gt;la gestion est assum&#233;e collectivement par celles et ceux qui les utilisent, selon des r&#232;gles qu'ils d&#233;finissent eux-m&#234;mes. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, il ne s'agit pas seulement de poss&#233;der autrement, mais de gouverner autrement : apprendre &#224; d&#233;cider ensemble, &#224; partager les responsabilit&#233;s, &#224; organiser la solidarit&#233; plut&#244;t que la concurrence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une coop&#233;rative d'habitation qui soustrait le logement &#224; la sp&#233;culation. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un m&#233;dia ind&#233;pendant contr&#244;l&#233; par ses membres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une clinique communautaire, une &#233;picerie solidaire, un r&#233;seau d'entraide, un espace culturel autog&#233;r&#233;, une garderie populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant de lieux o&#249; l'on ne demande pas la permission d'exister, o&#249; l'on ne reste pas dans l'attente d'une r&#233;forme venue d'en haut, mais o&#249; l'on commence imm&#233;diatement &#224; faire ces exp&#233;riences ne sont ni des refuges ni des parenth&#232;ses sympathiques. Elles constituent d&#233;j&#224; des fragments d'un autre monde, des &#171; d&#233;j&#224;-l&#224; &#187; qui rendent l'alternative tangible. On n'y parle pas seulement de d&#233;mocratie : on la pratique. On n'y invoque pas seulement la solidarit&#233; : on l'organise mat&#233;riellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce faisant, on acquiert quelque chose de d&#233;cisif : &lt;strong&gt;des capacit&#233;s collectives. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car on n'apprend pas &#224; &lt;strong&gt;se gouverner&lt;/strong&gt; dans les slogans, mais dans l'exp&#233;rience concr&#232;te de la d&#233;lib&#233;ration, du conflit, de la gestion commune. On y d&#233;veloppe des savoir-faire, des r&#233;seaux, de la confiance mutuelle &#8212; toute une infrastructure sociale sans laquelle aucune transformation d'ampleur n'est possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, les communs ne remplacent pas la lutte politique : ils lui donnent un socle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils r&#233;duisent notre d&#233;pendance au march&#233; pour se loger, se nourrir, s'informer, se soigner. Ils diminuent la vuln&#233;rabilit&#233; qui rend les gens prudents, isol&#233;s, r&#233;sign&#233;s. Ils donnent du temps, de la s&#233;curit&#233;, de la puissance d'agir. Et cette autonomie relative devient un levier strat&#233;gique : elle rend possibles les gr&#232;ves longues, les mobilisations durables, les affrontements soutenus, parce qu'on ne risque plus tout &#8212; et tout seul &#8212; &#224; chaque pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;es communs&lt;/strong&gt; ne sont pas seulement des alternatives morales au capitalisme. &lt;strong&gt;Ce sont des outils de pouvoir.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En les multipliant, on ne se contente pas d'imaginer une soci&#233;t&#233; diff&#233;rente : on commence &#224; la construire, morceau par morceau, tout en retirant du terrain &#224; la logique marchande et &#224; la gestion technocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se forme ainsi, lentement, mais concr&#232;tement, une contre-soci&#233;t&#233; : non pas une utopie hors sol, mais un r&#233;seau d'institutions vivantes capables de soutenir les luttes et de pr&#233;parer les ruptures &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'un autre monde ne na&#238;t jamais d'un simple programme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il na&#238;t d'exp&#233;riences accumul&#233;es, de pratiques partag&#233;es, de ces foyers de d&#233;mocratie r&#233;elle qui prouvent, d&#232;s maintenant, que nous sommes capables de nous gouverner nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et c'est pr&#233;cis&#233;ment l&#224; que la politique commence vraiment. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;u&gt;&lt;strong&gt;S'organiser pour gagner &lt;/strong&gt;&lt;/u&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique ne commence pas quand on nous fait une place. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle commence quand celles et ceux qui ne comptaient pas s'imposent, d&#233;rangent l'ordre des choses et rendent visible le tort qui leur &#233;tait fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une irruption ne suffit pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une col&#232;re isol&#233;e s'&#233;puise. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une mobilisation ponctuelle retombe. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un moment de lucidit&#233;, sans suite, se dissout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour peser r&#233;ellement, il faut durer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et pour durer, il faut s'organiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas autour de quelques figures. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pas dans l'improvisation permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais collectivement, dans le temps long, avec des structures capables d'apprendre, de transmettre, de tenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que le syst&#232;me que nous affrontons, lui, est organis&#233;. Il coordonne ses forces. Il planifie. Il occupe le terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne le d&#233;fait pas en ordre dispers&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'organiser, ce n'est pas hi&#233;rarchiser les luttes ni demander &#224; certaines de se taire. Aucune injustice n'est secondaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est faire l'inverse : relier nos combats pour qu'ils se renforcent mutuellement, cr&#233;er des convergences, partager des ressources, transformer une multitude d'initiatives en puissance collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passer de la dispersion &#224; la coordination. &lt;br class='autobr' /&gt;
De la fatigue militante &#224; la solidarit&#233; strat&#233;gique. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'une mosa&#239;que de r&#233;sistances &#224; un front commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cela, une gauche de rupture : &lt;br class='autobr' /&gt;
non pas une posture morale, mais une force capable d'agir ensemble, de tenir dans le temps et de d&#233;placer r&#233;ellement le rapport de force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non pas simplement &#234;tre pr&#233;sents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devenir tout simplement&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;strong&gt;Incontournables. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Apprendre &#224; d&#233;ranger</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Apprendre-a-deranger</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Apprendre-a-deranger</guid>
		<dc:date>2026-03-10T08:01:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Geru Schneider</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2026-03-10</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Arts culture et soci&#233;t&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le consensus apaise les conflits ; la politique, elle, commence quand on d&#233;cide enfin de les assumer. &lt;br class='autobr' /&gt; Il y a une sc&#232;ne banale que beaucoup d'entre nous ont d&#233;j&#224; v&#233;cue. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un souper de famille. Le temps des F&#234;tes. Une r&#233;union publique. Une discussion qui s'&#233;chauffe un peu. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;part, on parle de tout et de rien, puis, presque sans s'en rendre compte, la conversation glisse vers le politique : le co&#251;t des loyers, le climat, la sant&#233; publique, la mont&#233;e des in&#233;galit&#233;s, la fatigue (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Politique-" rel="directory"&gt;Politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2026-03-10-+" rel="tag"&gt;Edition du 2026-03-10&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Arts-culture-et-societe-+" rel="tag"&gt;Arts culture et soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L147xH150/eloge_de_la_revolution_russe-42ac5.png?1781027485' class='spip_logo spip_logo_right' width='147' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le consensus apaise les conflits ; la politique, elle, commence quand on d&#233;cide enfin de les assumer.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il y a une sc&#232;ne banale que beaucoup d'entre nous ont d&#233;j&#224; v&#233;cue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un souper de famille. Le temps des F&#234;tes. Une r&#233;union publique. Une discussion qui s'&#233;chauffe un peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;part, on parle de tout et de rien, puis, presque sans s'en rendre compte, la conversation glisse vers le politique : le co&#251;t des loyers, le climat, la sant&#233; publique, la mont&#233;e des in&#233;galit&#233;s, la fatigue d&#233;mocratique. Les voix montent, les d&#233;saccords deviennent plus francs, les sourires m&#233;caniques disparaissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, presque in&#233;vitablement, quelqu'un conclut, sur un ton faussement apaisant :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Avec le temps, tu vas te calmer. Tu vas devenir plus raisonnable. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Calme-toi. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Faut rester raisonnable. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La politique, &#231;a se fait dans le respect. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme si la maturit&#233; consistait &#224; baisser le ton.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme si comprendre le monde signifiait accepter qu'il change lentement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme si la fougue &#233;tait une maladie de jeunesse dont il faudrait gu&#233;rir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette petite phrase, qu'on croit bienveillante, n'a pourtant rien d'innocent. Elle v&#233;hicule une attente profond&#233;ment int&#233;rioris&#233;e : celle selon laquelle grandir politiquement reviendrait &#224; s'assagir, &#224; arrondir les angles, &#224; composer avec &#171; la r&#233;alit&#233; &#187; &#8212; bref, &#224; faire la paix avec l'ordre existant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, on ne nous demande pas simplement d'&#234;tre plus polis ou moins d&#233;rangeants.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;On nous demande d'&#234;tre moins politiques.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car tr&#232;s t&#244;t, on nous apprend que la col&#232;re serait suspecte, que le d&#233;saccord serait excessif, que le conflit serait ind&#233;cent. La politique devrait rester propre, mesur&#233;e, pr&#233;sentable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me ne serait jamais la violence sociale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Seulement le ton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a m&#234;me vu &#224; l'Assembl&#233;e nationale : on tol&#232;re toutes les injustices, mais surtout pas un coton ouat&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re cette injonction &#224; &#171; se calmer &#187; se cache donc une id&#233;e plus profonde : celle que la politique serait avant tout la recherche d'un consensus raisonnable, d'un terrain d'entente o&#249; personne ne heurte trop fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, c'est pr&#233;cis&#233;ment l'inverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La politique n'a jamais &#233;t&#233; l'art du consensus.&lt;br class='autobr' /&gt;
La politique, c'est le conflit.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que rappelle le philosophe Jacques Ranci&#232;re, notamment dans &lt;strong&gt;La M&#233;sentente&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Dissensus&lt;/strong&gt; avec une grande clart&#233; : la politique commence quand celles et ceux qui ne comptent pas troublent l'ordre des choses, rendent visibles les torts qu'on pr&#233;f&#233;rait ignorer et brisent la tranquillit&#233; apparente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique surgit lorsque des int&#233;r&#234;ts s'affrontent, lorsque des injustices deviennent visibles, lorsque celles et ceux qui subissent l'ordre &#233;tabli cessent de le consid&#233;rer comme naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit : dans le dissensus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tout le monde est d'accord, ce n'est pas la d&#233;mocratie qui triomphe.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est que quelqu'un a d&#233;j&#224; gagn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, malgr&#233; tout cela, on continue de nous r&#233;p&#233;ter que la vertu supr&#234;me serait le &#171; compromis &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'il faudrait toujours &#171; couper la poire en deux &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'&#234;tre responsable, ce serait se temp&#233;rer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'&#234;tre cr&#233;dible, ce serait rassurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette morale de la mod&#233;ration persiste alors m&#234;me que les conditions mat&#233;rielles de la vie se d&#233;gradent pour une part croissante de la population : les in&#233;galit&#233;s explosent, les services publics s'effritent, le climat s'emballe, les droits reculent, la pr&#233;carit&#233; s'installe comme une norme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tel contexte, exiger le calme n'a rien de raisonnable.&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;clamer le consensus au milieu de violences sociales aussi profondes, ce n'est pas rechercher la paix : c'est demander aux domin&#233;&#183;e&#183;s de se taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car cette injonction repose toujours sur la m&#234;me fiction : celle que l'ordre existant serait naturel, qu'il constituerait l'horizon ind&#233;passable du possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme si les institutions, les hi&#233;rarchies, les exclusions relevaient de l'&#233;vidence. Et non du fait que l'Histoire est faite de rapports de force et de d&#233;cisions politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; bon ton &#187;, le d&#233;corum, la posture raisonnable ne servent alors plus &#224; &#233;lever le d&#233;bat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils servent &#224; le contenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; tracer des fronti&#232;res invisibles autour de ce qu'il serait permis de contester.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le consensus, dans ce contexte, ne signifie pas l'harmonie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il signifie la pacification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et toute pacification a ses gardiens.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Ces gardiens ont un nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils se pr&#233;sentent comme raisonnables, mod&#233;r&#233;s, &#171; ni de gauche ni de droite &#187;, ils ne sont jamais neutres.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne flotte pas au-dessus des rapports de force.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans une soci&#233;t&#233; travers&#233;e par des in&#233;galit&#233;s profondes, pr&#233;tendre &#234;tre au milieu, c'est d&#233;j&#224; choisir le c&#244;t&#233; des plus forts.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parfois par confort,&lt;br class='autobr' /&gt;
Parfois par int&#233;r&#234;t,&lt;br class='autobr' /&gt;
Souvent par complicit&#233; active.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#171; juste milieu &#187; n'est pas neutre : il sert d'abord &#224; pr&#233;server ce qui existe.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ce qu'on peut appeler l'extr&#234;me centre.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#171; extr&#234;me centre &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
On les pr&#233;sente comme des mod&#233;r&#233;s, des pragmatiques, des gestionnaires s&#233;rieux, situ&#233;s au-dessus des id&#233;ologies. Ils se r&#233;clament du r&#233;alisme, de la responsabilit&#233;, du &#171; gros bon sens &#187;. Ils pr&#233;tendent d&#233;passer les clivages.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce bloc politique &#8212; ni ouvertement r&#233;actionnaire, ni v&#233;ritablement &#233;mancipateur &#8212; constitue ce qu'on pourrait appeler l'extr&#234;me centre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un terme utilis&#233; par le philosophe Alain Deneault a nomm&#233;, avec justesse, dans ces ouvrages La m&#233;diocratie et Gouvernance : un r&#233;gime o&#249; l'on renonce &#224; transformer le monde pour se contenter d'administrer l'existant, de g&#233;rer les d&#233;g&#226;ts, de rendre acceptable l'inacceptable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Extr&#234;me, parce qu'il d&#233;fend avec une rigidit&#233; remarquable la pr&#233;servation de l'ordre &#233;tabli.&lt;br class='autobr' /&gt;
Centre, parce qu'il se pr&#233;sente comme neutre, raisonnable, au-dessus des conflits.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, cette neutralit&#233; est un mythe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Car lorsque cet ordre est r&#233;ellement contest&#233;, lorsque les int&#233;r&#234;ts dominants sont menac&#233;s, le centre r&#233;v&#232;le sa v&#233;ritable fonction et d&#233;laisse son enfumage. Il se durcit, devient juridique et r&#233;pressif, criminalise les luttes, d&#233;cr&#233;dibilise les oppositions et les pathologise &#8212; les pr&#233;sentant comme irrationnelles, trop extr&#234;mes ou dangereuses.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'histoire est claire : en p&#233;riode de crise, ce pr&#233;tendu centre, cet extr&#234;me-centre, pr&#233;f&#232;re s'appuyer sur les droites autoritaires et l'extr&#234;me droite pour pr&#233;server l'ordre existant plut&#244;t que de tol&#233;rer une transformation sociale profonde et les forces d'&#233;mancipation qui les accompagnent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le centre ne d&#233;fend pas la d&#233;mocratie :&lt;br class='autobr' /&gt;
Il d&#233;fend sa stabilit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne prot&#232;ge pas la justice :&lt;br class='autobr' /&gt;
Il prot&#232;ge la spoliation.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi l'id&#233;e m&#234;me d'un &#171; consensus politique &#187; permanent rel&#232;ve moins d'un id&#233;al d&#233;mocratique que d'une strat&#233;gie de conservation, mais plut&#244;t d'une illusion dangereuse.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;BLOC BOURGEOIS&lt;br class='autobr' /&gt;
Derri&#232;re cette posture politique se trouve une base sociale bien r&#233;elle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;conomistes Bruno Amable et Stefano Palombarini parlent d'un bloc bourgeois : une coalition form&#233;e des &#233;lites &#233;conomiques, des milieux d'affaires, de la haute fonction publique, des cadres sup&#233;rieurs, d'une partie des professions lib&#233;rales, des directions m&#233;diatiques et de couches dipl&#244;m&#233;es qui tirent profit de la stabilit&#233; du syst&#232;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces groupes peuvent diverger sur des questions secondaires, s'opposer sur des styles de gestion ou des sensibilit&#233;s culturelles, d&#233;battre &#224; l'infini des nuances budg&#233;taires ou r&#233;glementaires et m&#234;me &#233;lectoraux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais sur l'essentiel, ils parlent d'une seule voix.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ils partagent l'essentiel :&lt;br class='autobr' /&gt;
Leurs int&#233;r&#234;ts d&#233;pendent du maintien de l'ordre &#233;conomique et social : soit le capitalisme tardif.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qu'ils appellent &#171; responsabilit&#233; &#187;, &#171; r&#233;alisme &#187; ou &#171; bonne gouvernance &#187;, c'est simplement la d&#233;fense de leurs privil&#232;ges pr&#233;sent&#233;e comme int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, le &#171; r&#233;el &#187;, la &#171; nature des choses &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bref, le consensus qu'ils pr&#244;nent est toujours le leur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jamais celui des d&#233;poss&#233;d&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;UNE CLASSE SOCIALE &#8212; LA BOURGEOISIE&lt;br class='autobr' /&gt;
Si ce bloc tient politiquement, c'est qu'il repose sur une base sociale durable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une classe.&lt;br class='autobr' /&gt;
La bourgeoisie &#8212; non comme invective, mais comme r&#233;alit&#233; sociologique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autrement dit, le centre n'est pas un simple temp&#233;rament mod&#233;r&#233;. Il s'ancre dans une structure sociale bien concr&#232;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les travaux de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron ont montr&#233; comment cette classe se reproduit sans cesse : transmission du patrimoine, accumulation du capital culturel, ma&#238;trise des codes l&#233;gitimes, contr&#244;le des dipl&#244;mes et des r&#233;seaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les fronti&#232;res sociales deviennent des &#233;vidences.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;cole trie.&lt;br class='autobr' /&gt;
La culture exclue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le privil&#232;ge se d&#233;guise en m&#233;rite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais cette reproduction n'a rien d'abstrait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les enqu&#234;tes de Michel Pin&#231;on et Monique Pin&#231;on-Charlot, notamment dans &#171; Sociologie de la bourgeoisie &#187;, lui donnent une &#233;paisseur tr&#232;s concr&#232;te : quartiers prot&#233;g&#233;s, &#233;coles priv&#233;es, clubs ferm&#233;s, conseils d'administration imbriqu&#233;s, r&#233;seaux d'influence.&lt;br class='autobr' /&gt;
On y vit entre soi.&lt;br class='autobr' /&gt;
On y recrute entre soi.&lt;br class='autobr' /&gt;
On y prot&#232;ge les siens.&lt;br class='autobr' /&gt;
La bourgeoisie n'est donc pas seulement une classe poss&#233;dante.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est une classe organis&#233;e, solidaire, strat&#232;ge.&lt;br class='autobr' /&gt;
Eux&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils font de la politique.&lt;br class='autobr' /&gt;
En permanence.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;UNE GAUCHE DE RUPTURE&lt;br class='autobr' /&gt;
Face &#224; une telle coh&#233;sion, croire que quelques compromis bien formul&#233;s suffiraient rel&#232;ve moins du r&#233;alisme que de la na&#239;vet&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et la gauche doit faire un choix clair.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soit elle accepte les r&#232;gles du jeu du consensus &#8212; parler doucement, rassurer, promettre peu, ne pas trop d&#233;ranger &#8212; et elle restera tol&#233;r&#233;e tant qu'elle ne change rien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soit elle assume une autre voie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une gauche de rupture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une gauche qui comprend que transformer la soci&#233;t&#233; signifie d&#233;placer des rapports de force r&#233;els, et que ces d&#233;placements ne se n&#233;gocient pas &#224; huis clos : ils s'arrachent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Car les droits n'ont jamais &#233;t&#233; conc&#233;d&#233;s par g&#233;n&#233;rosit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils ont toujours &#233;t&#233; conquis par la lutte.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;galit&#233; ne na&#238;t pas d'un compromis poli.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle na&#238;t d'un affrontement politique assum&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas une gauche du spectacle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas une gauche de posture morale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une gauche organis&#233;e, enracin&#233;e dans les luttes sociales, solidaires des mouvements sociaux, capable de soutenir le conflit, capable surtout de construire du pouvoir populaire durable.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'au fond, le choix est simple.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si on accepte leurs r&#233;gl&#233;e,&lt;br class='autobr' /&gt;
Si on parle leur langage,&lt;br class='autobr' /&gt;
Si on accepte leur d&#233;finition de &#171; raisonnable &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Si on recherche leur approbation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons d&#233;j&#224; perdu.&lt;br class='autobr' /&gt;
La politique ne commence pas quand tout le monde est d'accord.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle commence lorsque celles et ceux qui n'&#233;taient pas cens&#233;s parler prennent la parole et refusent de se taire.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est reconna&#238;tre que, face &#224; des classes dominantes organis&#233;es et strat&#233;giques, la mod&#233;ration permanente n'est pas une vertu, mais une d&#233;faite anticip&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autrement dit : si nous voulons r&#233;ellement changer le monde, il ne suffira pas d'avoir raison.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faudra s'organiser pour gagner.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pr&#233;cis&#233;ment pour cela qu'il devient urgent de sortir de cette fiction du consensus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Refuser de &#171; se calmer &#187;, ce n'est pas &#234;tre immature.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est peut-&#234;tre, au contraire, commencer &#224; faire de la politique pour de vrai.&lt;/p&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Des signes partout, du sens nulle part</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Des-signes-partout-du-sens-nulle-part</link>
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		<dc:date>2026-03-10T08:01:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Geru Schneider</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Arts culture et soci&#233;t&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2026-03-10</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nous ne manquons pas d'informations. Nous manquons de rep&#232;res. La perte de sens qui traverse nos soci&#233;t&#233;s n'est pas une d&#233;rive culturelle ni une simple fatigue num&#233;rique : elle est le produit d'un syst&#232;me qui transforme les symboles en marchandises et dissout les lieux du commun. Pour retrouver un sens partag&#233;, il ne suffit pas de mieux parler. Il faut reconstruire les conditions mat&#233;rielles et culturelles qui permettent d'agir ensemble. &lt;br class='autobr' /&gt; Le soir, on fait d&#233;filer l'&#233;cran sans fin. Une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Litterature-et-fiction-" rel="directory"&gt;&#201;crits et fiction&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2026-03-10-+" rel="tag"&gt;Edition du 2026-03-10&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH76/foule-dessin-source-seminaire-ci-fsm-tunisie-2022-2-6adcd.jpg?1781027486' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='76' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous ne manquons pas d'informations. Nous manquons de rep&#232;res.&lt;br class='autobr' /&gt;
La perte de sens qui traverse nos soci&#233;t&#233;s n'est pas une d&#233;rive culturelle ni une simple fatigue num&#233;rique : elle est le produit d'un syst&#232;me qui transforme les symboles en marchandises et dissout les lieux du commun. Pour retrouver un sens partag&#233;, il ne suffit pas de mieux parler. Il faut reconstruire les conditions mat&#233;rielles et culturelles qui permettent d'agir ensemble.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le soir, on fait d&#233;filer l'&#233;cran sans fin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une vid&#233;o chasse l'autre. Un d&#233;bat remplace le pr&#233;c&#233;dent. Une indignation succ&#232;de &#224; la suivante. Tout semble urgent. Tout semble important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, quand on ferme nos &#233;crans, il reste une impression &#233;trange : on a tout vu, mais rien n'a vraiment tenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas seulement une fatigue num&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peut-&#234;tre le sympt&#244;me d'une perte plus profonde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne manquons pas d'informations.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous manquons de rep&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque chose comme un sens partag&#233; s'est effrit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pr&#233;sente souvent cela comme une d&#233;rive culturelle : la polarisation, les r&#233;seaux sociaux, la post-v&#233;rit&#233;, la baisse de la litt&#233;ratie. Comme si nous &#233;tions simplement trop distraits ou trop &#233;motifs pour nous comprendre. Comme si le probl&#232;me venait de nos cerveaux ou de nos &#233;crans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la confusion n'est pas psychologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est mat&#233;rielle. Elle est politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons perdu les lieux o&#249; nos exp&#233;riences se reliaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non pas le &#171; bon sens &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le sens, le sens commun : ce qui faisait tenir nos vies ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;br class='autobr' /&gt;
On parle souvent de crise culturelle. Pourtant, cette fragmentation ne tombe pas du ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle correspond tr&#232;s exactement &#224; un syst&#232;me qui transforme tout en marchandise : nos mots, nos images, nos &#233;motions, nos relations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme tardif ne vend plus seulement des objets.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il vend de l'attention, des symboles, des identit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me la culture devient du &#171; contenu &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me la politique devient du spectacle.&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me l'art devient flux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne fr&#233;quente plus des &#339;uvres : on les consomme.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne construit plus des milieux : on suit des tendances.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne d&#233;bat plus dans des espaces communs : on r&#233;agit, chacun de son c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a longtemps d&#233;j&#224;, Theodor W. Adorno, philosophe allemand de l'&#233;cole de Francfort, parlait d'&#171; industrie culturelle &#187; pour d&#233;crire cette transformation de l'art en produit standardis&#233;, priv&#233; de sa force critique. Ce qu'il pressentait s'est g&#233;n&#233;ralis&#233; : la culture ne nous rassemble plus ; elle nous disperse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat est paradoxal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes satur&#233;s de discours, mais pauvres en exp&#233;riences partag&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne manquons pas d'opinions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous manquons de mondes communs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme l'a r&#233;sum&#233; Mark Fisher, il devient parfois plus facile d'imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme. M&#234;me notre imaginaire semble bloqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette perte de sens traverse tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est sociale : pr&#233;carit&#233;, isolement, vies &#233;clat&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle est politique : personnalisation, coups m&#233;diatiques, indignations sans continuit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle est culturelle : une effusion permanente de balados, vid&#233;os, festivals, cr&#233;ations, initiatives r&#233;elles et souvent magnifiques, mais qui peinent &#224; s'inscrire dans des pratiques collectives durables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me n'est pas que trop de gens cr&#233;ent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me, c'est que ces cr&#233;ations flottent sans ancrage commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'esth&#233;tique devient refuge.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'expression devient d&#233;foulement.&lt;br class='autobr' /&gt;
La posture remplace la transformation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abstraction peut prot&#233;ger. Elle a parfois ouvert des br&#232;ches, desserr&#233; les carcans, permis d'inventer autrement. Mais lorsqu'elle devient un lieu o&#249; l'on se retire du monde plut&#244;t qu'un moyen de le transformer, elle finit par tourner &#224; vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ne suffit pas &#224; refaire monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que nous vivons ressemble &#224; ce que d&#233;crivait le politologue Bernard Manin dans Principes du gouvernement repr&#233;sentatif lorsqu'il analysait le passage de la d&#233;mocratie des partis &#224; la d&#233;mocratie du public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partis de masse n'&#233;taient pas seulement des machines &#233;lectorales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils formaient, socialisaient, &#233;duquaient.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils reliaient des individus &#224; des milieux, &#224; des classes, &#224; des projets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils produisaient du sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans nostalgie aveugle, il faut reconna&#238;tre cela : ils &#233;taient des espaces de monde commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mesure que ces m&#233;diations se sont effrit&#233;es, les citoyens sont devenus des spectateurs. Et le sens s'est dissous avec elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autres vont plus loin encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Pierre Dardot et Christian Laval, dans Commun. Essai sur la r&#233;volution au XXIe si&#232;cle, le commun n'est pas une chose &#224; poss&#233;der.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une activit&#233; par laquelle des gens d&#233;cident ensemble comment ils vivent, produisent, partagent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commun n'est pas un id&#233;al abstrait.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est quelque chose qui se fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;br class='autobr' /&gt;
Si le langage s'effondre aujourd'hui, ce n'est donc pas d'abord un probl&#232;me de mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que les lieux o&#249; ces mots prenaient sens ensemble ont disparu ou se sont marchandis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne reconstruira pas un sens commun avec de meilleurs slogans ou plus de prises de position en ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut des conditions mat&#233;rielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des espaces o&#249; se r&#233;unir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des temps lib&#233;r&#233;s pour r&#233;fl&#233;chir et agir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des ressources arrach&#233;es &#224; la logique marchande.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des id&#233;es, des possibles, des imaginaires &#224; partir desquels inventer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; partir de l&#224; que les pratiques communes se s&#233;dimentent : elles deviennent culture, puis des analyses du r&#233;el, finalement symboles partag&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sens commun ne pr&#233;c&#232;de pas ces pratiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il en d&#233;coule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela peut &#234;tre tr&#232;s concret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des m&#233;dias ind&#233;pendants ancr&#233;s dans des communaut&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des podcasts, des radios locales, des cha&#238;nes en ligne qui servent d'outils d'organisation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des festivals, des foires, des maisons de la culture, des caf&#233;s militants, des biblioth&#232;ques, des ateliers, des syndicats, des comit&#233;s de quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des lieux o&#249; l'on ne fait pas que parler politique &#8212; o&#249; l'on vit ensemble, o&#249; l'on apprend, o&#249; l'on cr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des espaces o&#249; la culture et la lutte cessent d'&#234;tre s&#233;par&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que l'art peut redevenir cela aussi : non pas un flux de produits, mais une pratique collective qui fabrique des rep&#232;res, des r&#233;cits, des symboles communs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas du contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un milieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;br class='autobr' /&gt;
Face &#224; la perte de sens, deux tentations dominent : le cynisme ou la fuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aucune des deux ne nous fera avancer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dont nous avons besoin, ce n'est pas de commenter le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de recommencer &#224; le faire ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Refaire du commun.&lt;br class='autobr' /&gt;
Refaire des institutions vivantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Refabriquer des lieux o&#249; nos vies se rencontrent et prennent sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sens commun ne se d&#233;cr&#232;te pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il se construit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il ne na&#238;t pas des &#233;crans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il na&#238;t des pratiques partag&#233;es, des luttes, des solidarit&#233;s, des &#339;uvres, des institutions que nous faisons exister ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; &#8212; et seulement l&#224; &#8212; qu'un autre monde peut redevenir pensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;******&lt;/p&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un Conseil national sans boussole</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Un-Conseil-national-sans-boussole</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Geru Schneider</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2026-02-24</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le dernier Conseil national du 21 f&#233;vrier de Qu&#233;bec solidaire devait clarifier la strat&#233;gie du parti &#224; l'aube d'un cycle &#233;lectoral crucial. Au lieu de d&#233;cisions concr&#232;tes, les d&#233;l&#233;gu&#233;&#183;e&#183;s ont &#233;t&#233; invit&#233;s &#224; consulter et discuter, tandis qu'une exemption controvers&#233;e dans la circonscription de Gouin illustrait l'urgence &#233;lectorale prenant le pas sur les principes. Retour sur un week-end qui en dit long sur les tensions internes et la fragilit&#233; de la d&#233;mocratie interne du parti. &lt;br class='autobr' /&gt; Quand (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le dernier Conseil national du 21 f&#233;vrier de Qu&#233;bec solidaire devait clarifier la strat&#233;gie du parti &#224; l'aube d'un cycle &#233;lectoral crucial. Au lieu de d&#233;cisions concr&#232;tes, les d&#233;l&#233;gu&#233;&#183;e&#183;s ont &#233;t&#233; invit&#233;s &#224; consulter et discuter, tandis qu'une exemption controvers&#233;e dans la circonscription de Gouin illustrait l'urgence &#233;lectorale prenant le pas sur les principes. Retour sur un week-end qui en dit long sur les tensions internes et la fragilit&#233; de la d&#233;mocratie interne du parti.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quand discuter remplace d&#233;cider &#224; Qu&#233;bec solidaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le dernier Conseil national de Qu&#233;bec solidaire devait &#234;tre un moment de clarification politique. &#192; l'approche d'un cycle &#233;lectoral incertain, alors que le gouvernement multiplie les projets de loi liberticides et que plusieurs associations locales vivent un essoufflement militant bien r&#233;el, nous avions besoin d'une chose simple : une discussion franche sur la conjoncture, une orientation strat&#233;gique assum&#233;e et des d&#233;cisions claires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce ne fut pas le cas.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au terme d'une journ&#233;e compress&#233;e, ce qui est d&#233;j&#224; inhabituel pour une instance nationale, le sentiment dominant n'est pas celui d'un parti qui se dote d'une boussole, mais celui d'une organisation qui consulte beaucoup, &#233;change longuement, puis reporte les choix politiques &#224; plus tard. Un parti qui parle de strat&#233;gie, mais h&#233;site &#224; en d&#233;cider une.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois &#233;l&#233;ments ont particuli&#232;rement cristallis&#233; ce malaise : l'absence de v&#233;ritable plan de rapport de force face aux offensives de la Coalition avenir Qu&#233;bec, la transformation progressive des instances d&#233;cisionnelles en espaces de discussion sans mandat r&#233;el, et, surtout, la suspension d'une r&#233;solution d&#233;mocratiquement adopt&#233;e concernant la circonscription de Gouin au nom d'une logique &#233;lectoraliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pris ensemble, ces &#233;pisodes ne rel&#232;vent pas de simples d&#233;saccords tactiques. Ils r&#233;v&#232;lent une tendance plus profonde : la d&#233;politisation de nos propres lieux de d&#233;cision et un glissement vers une culture de gestion plut&#244;t que de confrontation politique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une opposition parlementaire sans strat&#233;gie de rapport de force&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la multiplication des lois autoritaires, plusieurs d&#233;l&#233;gu&#233;&#183;e&#183;s esp&#233;raient entendre une orientation claire de l'aile parlementaire. Quelle est notre strat&#233;gie pour bloquer ou ralentir ces projets de loi ? Y aura-t-il des tactiques d'obstruction ? Une coordination avec les syndicats et les mouvements sociaux ? Une articulation entre travail parlementaire et mobilisation populaire ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Bref : comment construisons-nous un rapport de force r&#233;el ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;ponses sont demeur&#233;es &#233;tonnamment modestes autant de la part du caucus, mais aussi de l'ex&#233;cutif (CCN). Pas de filibuster. Pas de plan pour ralentir syst&#233;matiquement les travaux. Pas d'effort structur&#233; de convergence avec les luttes sociales. La posture avanc&#233;e relevait plut&#244;t d'une logique d'&#171; am&#233;lioration &#187; : d&#233;poser des amendements, bonifier les textes, limiter les d&#233;g&#226;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait toutefois injuste de ne voir dans ce Conseil national qu'un encha&#238;nement de reculs. L'adoption, &#224; majorit&#233;, de la proposition d'urgence visant &#224; lancer une campagne nationale contre le virage autoritaire du gouvernement de la CAQ et contre ses lois liberticides constitue l'un des rares moments politiques clairs de la fin de semaine. En appelant &#224; d&#233;noncer ces attaques, &#224; construire un front social de r&#233;sistance et &#224; faire de QS un p&#244;le d'appui aux luttes populaires, les d&#233;l&#233;gu&#233;&#183;e&#183;s ont montr&#233; qu'une combativit&#233; subsiste un peu toujours dans le parti. Malgr&#233; la fatigue et les frustrations, la base militante ne demande pas moins d'ambition : elle demande un parti qui assume pleinement son r&#244;le d'alternative et de rapport de force. D&#232;s qu'on lui offre un mandat concret, elle r&#233;pond pr&#233;sente. En esp&#233;rant que l'ex&#233;cutif du parti &#233;coute et agisse dans cette direction&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette approche est compr&#233;hensible sur le plan technique. Mais politiquement, elle est insuffisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand un gouvernement gouverne &#224; coups de b&#226;illon et impose un &#171; package deal &#187; de r&#233;formes r&#233;gressives, se contenter d'amender revient &#224; accepter le terrain de l'adversaire. Sans strat&#233;gie assum&#233;e de confrontation, l'opposition parlementaire se transforme en gestionnaire critique. Elle accompagne le processus plus qu'elle ne le conteste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour un parti qui s'est toujours pr&#233;sent&#233; comme un relais des luttes sociales &#224; l'Assembl&#233;e nationale, cette d&#233;connexion est lourde de sens. Elle donne l'impression d'un repli institutionnel, d'une prudence d&#233;fensive, comme si l'objectif premier n'&#233;tait plus de changer le rapport de force, mais de para&#238;tre responsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, l'histoire des avanc&#233;es sociales nous enseigne exactement l'inverse : sans pression ext&#233;rieure, sans mobilisation, sans conflit assum&#233;, les institutions ne c&#232;dent rien.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Discuter sans d&#233;cider : des instances vid&#233;es de leur sens&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le malaise ne se limitait pas &#224; la strat&#233;gie parlementaire. Il traversait aussi la mani&#232;re m&#234;me dont le Conseil national &#233;tait organis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traditionnellement, ces instances servent &#224; d&#233;lib&#233;rer collectivement et &#224; trancher des orientations politiques. Or, le seul v&#233;ritable moment de &#171; participation &#187; propos&#233; aux d&#233;l&#233;gu&#233;&#183;e&#183;s aura &#233;t&#233; un atelier de 55 minutes pour parler de l'environnement politique au Canada, au Qu&#233;bec, du parti et des co-porte-parole : une consultation &#233;clat&#233;e en une dizaine de salles, o&#249; les d&#233;l&#233;gu&#233;s ont &#233;t&#233; dispers&#233;s pour r&#233;pondre &#224; des questions larges, souvent vagues, sans m&#233;canisme clair pour transformer ces &#233;changes en d&#233;cisions concr&#232;tes, contraignantes ou mandat&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous parlait d'&#171; espaces de dialogue &#187;, de &#171; consultations &#187;, de &#171; retours &#187;. Mais sans mandat. Sans vote. Sans &#233;ch&#233;ancier. Sans reddition de comptes. Un exercice d'expression, pas un exercice de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contraste &#233;tait frappant : alors que cette br&#232;ve parenth&#232;se consultative se voulait participative, la matin&#233;e, elle, s'est surtout r&#233;sum&#233;e &#224; une succession de rapports &#8212; du Comit&#233; de coordination national, de l'aile parlementaire, des diff&#233;rentes instances &#8212; souvent descriptifs, rarement politiques, presque jamais suivis de prises de position ou de d&#233;cisions. Beaucoup d'information, tr&#232;s peu de d&#233;lib&#233;ration. Certes n&#233;cessaire pour l'administration du parti, mais d&#233;risoire face &#224; l'ampleur de la t&#226;che qui devait &#234;tre devant nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; une question pos&#233;e par certains militant.e.s sur un espace ou une instance d&#233;cisionnelle et mandataire sur la strat&#233;gie &#233;lectorale et sur la conjoncture politique devant nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;ponse, franchement d&#233;cevante et balayant du revers de la main une question hautement pertinente : &#171; On prend en note &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; force, le d&#233;calage devient &#233;vident. Discuter n'est pas d&#233;cider. Consulter n'est pas mandater. Informer, ce n'est pas &#233;couter. Un parti politique ne peut pas fonctionner durablement sur la seule impression d'avoir &#233;t&#233; entendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce glissement transforme progressivement la d&#233;mocratie interne en exercice symbolique. Les membres parlent, l'ex&#233;cutif d&#233;cide. Les instances deviennent des lieux d'expression, plus que des lieux de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, la fatigue militante ne vient pas d'un exc&#232;s de d&#233;mocratie. Elle vient du sentiment que notre implication ne change rien. Quand d&#233;battre ne m&#232;ne pas &#224; d&#233;cider, l'engagement s'&#233;tiole.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Gouin : le moment o&#249; nos principes ont &#233;t&#233; test&#233;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est toutefois sur la question de Gouin que ce malaise a pris une forme politique beaucoup plus nette.&lt;br class='autobr' /&gt;
En juin dernier, le parti adoptait une r&#233;solution visant &#224; favoriser la repr&#233;sentation des femmes et des personnes non binaires dans certains contextes &#233;lectoraux. Une mesure concr&#232;te, imparfaite sans doute, mais qui cherchait &#224; traduire en actes notre engagement f&#233;ministe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette r&#233;solution devait maintenant &#234;tre appliqu&#233;e pour la premi&#232;re fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;U&gt;C'&#233;tait un test.&lt;/U&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allions-nous respecter une r&#232;gle adopt&#233;e d&#233;mocratiquement, m&#234;me si cela compliquait nos calculs &#233;lectoraux ? Ou allions-nous la suspendre d&#232;s la premi&#232;re difficult&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ex&#233;cutif a demand&#233; une exemption, invoquant une &#171; situation critique &#187; et la possibilit&#233; d'une candidature d'envergure &lt;strong&gt;&lt;u&gt;qui n'est toujours pas confirm&#233;e, mais pressentie&lt;/u&gt;&lt;/strong&gt; &#8212; celle d'Alexandre Boulerice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question, pourtant, n'&#233;tait pas la valeur d'une personne. Elle n'&#233;tait pas de savoir si ce candidat serait comp&#233;tent ou populaire. Elle &#233;tait beaucoup plus fondamentale : une candidature, aussi forte soit-elle, justifie-t-elle de suspendre une r&#232;gle adopt&#233;e collectivement pour promouvoir l'&#233;galit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car c'est pr&#233;cis&#233;ment dans les moments difficiles que l'on teste ses principes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'ils tiennent seulement quand ils ne co&#251;tent rien, ce ne sont plus des principes. Ce sont des slogans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ouvrant la porte &#224; cette exception, nous avons cr&#233;&#233; un pr&#233;c&#233;dent. Chaque circonscription pourra d&#233;sormais invoquer sa &#171; situation particuli&#232;re &#187;. Chaque campagne pourra plaider l'urgence strat&#233;gique. &#192; force de multiplier les d&#233;rogations, la r&#232;gle perd toute cr&#233;dibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le message envoy&#233; est lourd. Lourd pour les militantes et les personnes non binaires qui envisageaient une candidature. Lourd pour les associations locales qui se voient d&#233;poss&#233;der de leur processus. Lourd pour l'image du parti, &lt;U&gt;qui pr&#233;tend vouloir faire &#171; de la politique autrement &#187;, qui se dit f&#233;ministe&lt;/U&gt; et qui affirme vouloir transformer la politique, mais plie ses engagements d&#232;s que la pression &#233;lectorale augmente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus encore, cette d&#233;cision nourrit une culture de personnalisation. Elle laisse entendre que certaines candidatures valent plus que les r&#232;gles communes, que la notori&#233;t&#233; peut justifier des exceptions, que les &#171; vedettes &#187; priment sur le travail militant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est exactement l'inverse de ce qui a toujours fait la force de QS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ironiquement, m&#234;me sur le terrain &#233;lectoral, le calcul est douteux. La logique des &#171; candidatures vedettes &#187; a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; test&#233;e par le pass&#233;, avec des r&#233;sultats mitig&#233;s et peu d'enracinement durable. On ne remplace pas une organisation militante vivante par un nom connu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gouin est souvent pr&#233;sent&#233;e comme une circonscription vitrine, un ch&#226;teau fort symbolique du parti. Mais un ch&#226;teau fort ne se d&#233;fend pas en suspendant ses principes. Il se d&#233;fend en renfor&#231;ant la confiance de celles et ceux qui y militent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, cette d&#233;cision r&#233;v&#232;le quelque chose de plus large : quand la base r&#233;clame des espaces d&#233;cisionnels, on lui offre des consultations. Quand l'ex&#233;cutif veut modifier une r&#232;gle, on trouve rapidement les m&#233;canismes pour leur vote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce deux poids, deux mesures mine la confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et sans confiance, aucune strat&#233;gie &#233;lectorale ne tient longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quand la d&#233;mocratie devient un &#171; probl&#232;me logistique &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans la foul&#233;e, la proposition de cr&#233;er une instance nationale sp&#233;cifiquement consacr&#233;e &#224; la conjoncture et &#224; la strat&#233;gie &#233;lectorale a &#233;t&#233; rejet&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les arguments avanc&#233;s : la lourdeur, les co&#251;ts, la fatigue des militant&#183;e&#183;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soyons s&#233;rieux. La d&#233;mocratie n'est pas un irritant administratif. C'est la raison d'&#234;tre d'un parti militant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous r&#233;pond que ces discussions pourront avoir lieu au prochain congr&#232;s. Mais ce congr&#232;s sera, l&#233;gitimement, consacr&#233; &#224; l'adoption de la plateforme &#233;lectorale. Un travail d&#233;j&#224; immense : d&#233;bats, amendements, arbitrages programmatiques. C'est normal et n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire que nous y &#171; discuterons aussi de strat&#233;gie &#187; sans que cet espace soit d&#233;cisionnel revient &#224; d&#233;placer le probl&#232;me. On promet un d&#233;bat qui ne pourra pas trancher. On reporte les choix vers un moment qui n'est pas con&#231;u pour cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit : encore de la discussion, peu de d&#233;cisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas la d&#233;mocratie qui &#233;puise. C'est l'absence de pouvoir r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les membres ne se d&#233;placent pas pour &#233;changer des impressions. Ils se d&#233;placent pour d&#233;cider ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un signal politique pr&#233;occupant&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pris isol&#233;ment, chacun de ces &#233;pisodes pourrait sembler anecdotique. Ensemble, ils dessinent un portrait beaucoup plus clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce Conseil national r&#233;v&#232;le : une centralisation accrut des d&#233;cisions, une multiplication d'espaces consultatifs au d&#233;triment d'instances d&#233;cisionnelles, une priorit&#233; donn&#233;e &#224; l'&#233;lectoralisme d&#233;fensif, et un affaiblissement du lien organique avec les luttes sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti qui se voulait un outil de mobilisation populaire risque de devenir une machine &#233;lectorale prudente, cherchant avant tout &#224; limiter les pertes plut&#244;t qu'&#224; transformer le rapport de force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette tension existe depuis la fondation de QS. Mouvement ou parti institutionnel ? Outil de lutte ou formation gestionnaire ? Mais ce week-end, la balance a clairement pench&#233; d'un c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce c&#244;t&#233; n'est pas le plus mobilisateur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Retrouver le sens politique de nos instances&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ces d&#233;bats ne rel&#232;vent pas de querelles internes. Ils touchent &#224; notre cr&#233;dibilit&#233; collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un parti qui ne respecte pas ses propres r&#233;solutions aura du mal &#224; convaincre qu'il respectera ses engagements une fois &#233;lu. Un parti qui h&#233;site &#224; d&#233;battre franchement de strat&#233;gie aura du mal &#224; mobiliser. Un parti qui rel&#232;gue ses principes f&#233;ministes au second plan au nom de l'urgence &#233;lectorale perd ce qui le distingue fondamentalement des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous voulons &#234;tre autre chose qu'une version plus sympathique de la politique traditionnelle, nous devons faire l'inverse : redonner du pouvoir r&#233;el &#224; nos instances, assumer des choix strat&#233;giques clairs, tenir nos principes m&#234;me lorsque cela complique la route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche ne gagnera pas en se montrant plus prudente que ses adversaires. Elle gagnera en &#233;tant plus d&#233;mocratique, plus coh&#233;rente et plus fid&#232;le &#224; celles et ceux qui la font vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'au bout du compte,&lt;strong&gt; un parti qui ne d&#233;cide plus collectivement finit toujours par subir les d&#233;cisions prises ailleurs&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et ce n'est certainement pas pour cela que nous avons choisi de militer.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
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	</item>
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		<title>Le ballon et la boussole : pourquoi la gauche ne peut pas se laisser mener</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-ballon-et-la-boussole-pourquoi-la-gauche-ne-peut-pas-se-laisser-mener</link>
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		<dc:date>2025-11-18T08:45:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Geru Schneider</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2025-11-18</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Si le camp du Oui doit courir derri&#232;re le ballon du PQ, c'est tout le sens de l'ind&#233;pendance qu'on perdra en route. &lt;br class='autobr' /&gt; Ces derniers jours, deux analyses, celles de Michel David dans Le Devoir1 et Michel C. Auger dans La Presse2, convergent vers un m&#234;me constat : la bataille pour l'ind&#233;pendance ne se joue pas sur les chiffres des sondages, mais sur le terrain des valeurs. Si le PQ impose ses conditions, la gauche devra choisir entre le silence ou la rupture. Si le comit&#233; du Oui accepte sans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Question-nationale-" rel="directory"&gt;Question nationale&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH136/quebec_inclusif-29944.png?1781026699' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='136' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Si le camp du Oui doit courir derri&#232;re le ballon du PQ, c'est tout le sens de l'ind&#233;pendance qu'on perdra en route.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ces derniers jours, deux analyses, celles de Michel David dans Le Devoir1 et Michel C. Auger dans La Presse2, convergent vers un m&#234;me constat : la bataille pour l'ind&#233;pendance ne se joue pas sur les chiffres des sondages, mais sur le terrain des valeurs. Si le PQ impose ses conditions, la gauche devra choisir entre le silence ou la rupture. Si le comit&#233; du Oui accepte sans condition la peur et l'exclusion, il ne m&#232;nera pas &#224; la lib&#233;ration, mais &#224; la d&#233;faite &#8212; morale d'abord, politique ensuite.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le pi&#232;ge qui revient&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis que le Parti qu&#233;b&#233;cois a repris du terrain, une vieille tentation refait surface : celle de traiter la question nationale comme si la gauche n'existait pas. Comme si, pour gagner, il fallait accepter les m&#234;mes ambigu&#239;t&#233;s qui ont fait &#233;chouer le camp du Oui il y a trente ans. Comme si l'ind&#233;pendance devait &#234;tre n&#233;goci&#233;e sur les conditions du plus frileux des ind&#233;pendantistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa chronique du Devoir, Michel David r&#233;sume le probl&#232;me avec une clart&#233; salutaire : si le PQ m&#232;ne une campagne r&#233;f&#233;rendaire centr&#233;e sur la m&#233;fiance et la peur, tout ce que Qu&#233;bec solidaire pourra dire pour d&#233;fendre un projet inclusif sera inaudible. Aux yeux des &#233;lecteurs et &#233;lectrices issu&#183;e&#183;s de l'immigration ou des milieux populaires &#8212; pourtant d&#233;cisifs pour un Oui gagnant &#8212;, c'est le chef du PQ qui incarnera le futur pays. Autrement dit, si un partenaire parle au nom des exclusions, nous serons r&#233;duits au silence, ou pire : &#224; la complicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel David met en lumi&#232;re un pi&#232;ge moral et strat&#233;gique. Moral, parce qu'il est impossible de b&#226;tir un pays juste en tol&#233;rant que certains de ses citoyens soient trait&#233;s comme suspects. Strat&#233;gique, parce qu'un tel Oui est condamn&#233; d'avance : on ne mobilise pas un peuple autour de la peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Courir derri&#232;re le ballon, perdre la boussole&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa propre chronique, Michel C. Auger pousse la r&#233;flexion plus loin en &#233;voquant la question du &#171; porteur de ballon &#187;. En vertu de la loi r&#233;f&#233;rendaire, le chef du PQ serait in&#233;vitablement le visage officiel du camp du Oui. Or, tout l'enjeu tient l&#224; : si le porteur de ballon pr&#234;che la fermeture, comment les gauches pourraient-elles d&#233;fendre, sur les m&#234;mes tribunes, une souverainet&#233; de solidarit&#233; et de justice ? L'image qu'il emploie est juste : le ballon, c'est la direction strat&#233;gique ; mais la boussole, c'est la vision. Et l'un ne peut pas aller sans l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, quelle que soit la profondeur ou la diversit&#233; du message solidaire, c'est lui qui portera la parole, le style et les orientations du camp souverainiste. L'exemple de 1995 l'illustre bien : Lucien Bouchard, devenu la figure de proue de la campagne r&#233;f&#233;rendaire, avait impos&#233; une approche o&#249; les dimensions sociale et nationale s'&#233;taient confondues, c&#233;dant la place &#224; des consid&#233;rations tactiques. Qui se souvient des figures progressistes et de gauche dans le camp du Oui &#224; l'&#233;poque, mis &#224; part les historiens-nes et f&#233;rues de la politique ? Personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arriv&#233;e d'un nouveau co-porte-parole, Sol Zanetti, r&#233;active ce d&#233;bat. En affirmant que QS devrait se ranger sans condition 3 dans le comit&#233; du Oui, il a malheureusement donn&#233; un signal inqui&#233;tant : comme si les conditions du Oui &#233;taient d&#233;j&#224; fix&#233;es ailleurs, par d'autres &#8212; loin de la base, et que le r&#244;le des militants de Qu&#233;bec solidaire se limitait &#224; en adoucir les contours. Mais dans un parti sans chef, les orientations ne se d&#233;cr&#232;tent pas dans les m&#233;dias : elles se d&#233;battent et se votent par les membres.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Conditions pour un Oui gagnant et populaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question n'est pas de savoir si Qu&#233;bec solidaire est souverainiste : elle est de savoir quelle souverainet&#233; nous voulons. Une ind&#233;pendance administr&#233;e par la droite, ou un pays qui se fonde sur la justice sociale, le f&#233;minisme, la d&#233;mocratie et la solidarit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Qu&#233;bec solidaire persiste &#224; courir derri&#232;re le ballon p&#233;quiste, il perdra sa propre boussole. Ce serait la fin d'une conception &#233;mancipatrice de la nation &#8212; celle qui ne s&#233;pare pas la lib&#233;ration nationale de la lib&#233;ration sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux conditions s'imposent pour qu'un Oui soit r&#233;ellement gagnant et populaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re est morale : il ne peut y avoir de place pour les racistes et les r&#233;actionnaires dans le camp du Oui. Les inclure sous pr&#233;texte d'unit&#233;, c'est leur offrir une l&#233;gitimit&#233; qu'on ne pourra plus retirer. Pr&#233;tendre &#234;tre en mesure de faire le m&#233;nage en cours de route, c'est tout simplement de la na&#239;vet&#233; ou une posture de gens privil&#233;gi&#233;s qui, eux, n'auront pas &#224; subir les foudres de la parole raciste. On ne purifie pas un camp apr&#232;s la victoire ; on le d&#233;finit avant la bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde est d&#233;mocratique : l'ind&#233;pendance ne peut pas &#234;tre confisqu&#233;e par un parti &#8212; par aucun parti. Elle doit &#234;tre port&#233;e par le peuple, &#224; travers un r&#233;el processus d&#233;mocratique : une assembl&#233;e constituante &#8212; libre, inclusive et ind&#233;pendante des formations politiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la seule mani&#232;re d'&#233;viter que le projet de pays devienne un &#171; programme de gouvernement &#187;, mais aussi de confiscation populaire de sujets. Il r&#233;pond aussi aux inqui&#233;tudes tr&#232;s l&#233;gitimes de ceux et celles qui sont &#224; convaincre de ce &#171; beau risque &#187; : vers o&#249; allons-nous ? Impasse que le PQ botte en touche avec les couleuvres et sbires qui s'y rattachent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est aussi une r&#233;ponse politique aux contraintes de la Loi sur la clart&#233; r&#233;f&#233;rendaire : en redonnant la parole au peuple, le Qu&#233;bec d&#233;finirait lui-m&#234;me la l&#233;gitimit&#233; et la clart&#233; de son propre mandat, sans devoir s'en remettre au regard d'Ottawa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ces deux conditions ne sont pas r&#233;unies, le Oui ne sera ni majoritaire ni l&#233;gitime. Et la gauche n'aura pas seulement perdu une bataille : elle aura trahi ses propres fondations.&lt;br class='autobr' /&gt;
Reprendre l'initiative&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moment est venu pour Qu&#233;bec solidaire de reprendre l'initiative. Il faut convoquer une instance nationale sp&#233;ciale sur la strat&#233;gie ind&#233;pendantiste du parti. Non pas pour r&#233;p&#233;ter les slogans du pass&#233;, mais pour r&#233;pondre &#224; trois questions : que voulons-nous ? Comment voulons-nous gagner ? Et surtout, avec qui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que l'ind&#233;pendance n'est pas un exercice de marketing, mais un acte de refondation d&#233;mocratique. Si le Qu&#233;bec doit devenir libre, il doit le faire avec toutes celles et ceux qui y vivent &#8212; sans hi&#233;rarchie de l&#233;gitimit&#233;, sans exclusion, sans peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ind&#233;pendance est trop grande pour &#234;tre n&#233;goci&#233;e dans l'ombre d'un projet r&#233;actionnaire. Elle doit se construire &#224; la lumi&#232;re d'un pays qui s'&#233;l&#232;ve en lib&#233;rant, pas en excluant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous n'avons pas besoin d'un porteur de ballon : nous avons besoin d'un peuple qui reprend la boussole. L'ind&#233;pendance ne sera pas un refuge contre le monde, mais une promesse d'y appartenir pleinement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous laissons le PQ et ses appuis des droites extr&#234;mes tracer seule la ligne du Camp du Oui, nous pourrions bien nous retrouver &#224; d&#233;fendre un projet qui nous &#233;chappe &#8212; et &#224; c&#233;l&#233;brer, par miracle, une victoire qui ne serait qu'une d&#233;faite maquill&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt; 1.Michel David, &#171; Chambre &#224; part &#187;, Chronique, Le Devoir, 11 novembre 2025,&lt;a href=&#034;https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/932607/chambre-part.&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/932607/chambre-part.&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
2.Michel C. Auger, &#171; Le camp de Paul et de Sol &#187;, Chroniques, &lt;a href=&#034;https://www.lapresse.ca/dialogue/chroniques/2025-11-12/souverainete/le-camp-de-paul-et-de-sol.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.lapresse.ca/dialogue/chroniques/2025-11-12/souverainete/le-camp-de-paul-et-de-sol.php&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
3.Charles Lecavalier, &#171; Sol Zanetti l'ind&#233;pendantiste nouveau co-porte-parole de QS &#187;, La Presse, 8 novembre,&lt;a href=&#034;https://www.lapresse.ca/actualites/politique/2025-11-08/sol-zanetti-l-independantiste-nouveau-co-porte-parole-de-qs.php.&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.lapresse.ca/actualites/politique/2025-11-08/sol-zanetti-l-independantiste-nouveau-co-porte-parole-de-qs.php.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;******&lt;/p&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>There is always an alternative</title>
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		<dc:date>2025-11-04T07:58:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Geru Schneider</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2025-11-04</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec solidaire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La question du co-porte-parolat ne peut &#234;tre dissoci&#233;e de celle, plus large, du projet politique de Qu&#233;bec solidaire lui-m&#234;me. C'est dans la mani&#232;re d'articuler la parole et l'action, la repr&#233;sentation et la mobilisation que se joue l'avenir du parti. Le r&#244;le du co-porte-parole ne se limite donc pas &#224; porter un message ou &#224; faire bonne figure : il s'inscrit au c&#339;ur d'une architecture politique qu'il faut repenser si l'on veut que Qu&#233;bec solidaire redevienne un v&#233;ritable outil d'&#233;mancipation (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/alternative_de_gauche-69f18.png?1781027489' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;La question du co-porte-parolat ne peut &#234;tre dissoci&#233;e de celle, plus large, du projet politique de Qu&#233;bec solidaire lui-m&#234;me. C'est dans la mani&#232;re d'articuler la parole et l'action, la repr&#233;sentation et la mobilisation que se joue l'avenir du parti. Le r&#244;le du co-porte-parole ne se limite donc pas &#224; porter un message ou &#224; faire bonne figure : il s'inscrit au c&#339;ur d'une architecture politique qu'il faut repenser si l'on veut que Qu&#233;bec solidaire redevienne un v&#233;ritable outil d'&#233;mancipation populaire, que j'ai d&#233;j&#224; explor&#233; dans la premi&#232;re partie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Car un parti qui n'&#233;volue plus, qui se m&#233;fie du d&#233;bat, de la conflictualit&#233; et de l'autocritique, finit par se figer dans sa propre inertie. Or, une gauche de rupture ne peut craindre ni la critique ni la refondation : elle doit au contraire s'en nourrir. Il faut redonner &#224; notre organisation la capacit&#233; de penser contre elle-m&#234;me, d'accueillir le dissensus comme moteur de vitalit&#233; d&#233;mocratique et de se remettre en mouvement &#8212; quitte &#224; reconna&#238;tre qu'un v&#233;hicule politique n'est jamais &#233;ternel, et qu'il peut, s'il se d&#233;tourne de sa mission, devoir &#234;tre remplac&#233; par un autre.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le d'un co-porte-parole ne peut pas &#234;tre d&#233;fini ind&#233;pendamment de la sant&#233; d&#233;mocratique du parti qu'il incarne. Si le co-porte-parolat traverse aujourd'hui un questionnement, c'est aussi parce que Qu&#233;bec solidaire est lui-m&#234;me &#224; la crois&#233;e des chemins : entre la fid&#233;lit&#233; &#224; ses origines populaires et l'adaptation aux logiques parlementaires, entre la parole collective et la personnalisation du message, entre le projet de transformation sociale et la tentation gestionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Refaire du co-porte-parolat une fonction d'ancrage et d'articulation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je l'ai d&#233;fendu dans la premi&#232;re partie, le co-porte-parolat n'est pas qu'une fonction de communication. Il est &#8212; ou devrait &#234;tre &#8212; &lt;strong&gt;un poste d'articulation politique&lt;/strong&gt; : un espace de circulation entre la base militante, les mouvements sociaux et la parole publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, cette fonction s'est en partie d&#233;vitalis&#233;e : elle tend &#224; se r&#233;duire &#224; la gestion m&#233;diatique d'un message, &#224; la d&#233;fense ponctuelle d'un programme, ou &#224; l'administration du &#171; ton juste &#187;. Pourtant, le r&#244;le du co-porte-parole ne peut se limiter &#224; &#234;tre un interpr&#232;te prudent de la ligne nationale. Il doit &#234;tre &lt;strong&gt;un vecteur de politisation et un catalyseur de d&#233;bats internes&lt;/strong&gt;, capable de relier le parti &#224; la soci&#233;t&#233; r&#233;elle &#8212; celle des luttes, des solidarit&#233;s et des contradictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Redonner du souffle au co-porte-parolat, c'est d'abord le &lt;strong&gt;sortir du huis clos parlementaire&lt;/strong&gt;. C'est remettre la politique sur le terrain, dans les quartiers, les villages, les syndicats, les collectifs, les universit&#233;s et les espaces culturels. Cela suppose une conception itin&#233;rante du r&#244;le : un co-porte-parole qui se d&#233;place, qui rencontre, qui &#233;coute, qui aide &#224; organiser la col&#232;re plut&#244;t que la canaliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc &lt;strong&gt;recr&#233;er des espaces vivants de dialogue politique&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9679;	Des &lt;strong&gt;assembl&#233;es de cuisine&lt;/strong&gt;, modestes, mais profondes, o&#249; l'on parle du quotidien, du logement, du travail, de l'&#233;cole, et o&#249; la politique se red&#233;finit &#224; partir de la vie r&#233;elle.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#9679;	Des &lt;strong&gt;caravanes militantes&lt;/strong&gt;, pour traverser le Qu&#233;bec et aller &#224; la rencontre de celles et ceux qu'on n'entend jamais, non pas en p&#233;riode &#233;lectorale, mais comme travail politique continu.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#9679;	Et surtout, une &lt;strong&gt;&#233;cole de formation politique populaire&lt;/strong&gt;, ouverte au-del&#224; du cercle des membres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;cole ne serait pas un simple espace de formation technique sur le programme, mais un &lt;strong&gt;lieu de culture politique&lt;/strong&gt; : on y apprendrait l'histoire des luttes sociales, les bases de l'&#233;conomie politique, les outils d'analyse f&#233;ministe, d&#233;coloniale et &#233;cologiste, mais aussi les savoirs de la pratique militante &#8212; comment s'organiser, d&#233;battre, construire un rapport de force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle pourrait devenir le noyau d'une &lt;strong&gt;renaissance intellectuelle&lt;/strong&gt; et collective de la gauche qu&#233;b&#233;coise, une forme de contre-h&#233;g&#233;monie concr&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour sortir de l'entre-soi, il faut oser le festif et le populaire : pourquoi ne pas imaginer une &lt;strong&gt;grande f&#234;te annuelle de la gauche qu&#233;b&#233;coise&lt;/strong&gt;, &#224; la mani&#232;re de la F&#234;te de l'Humanit&#233; ? Un moment &#224; la fois politique et culturel, o&#249; se croiseraient d&#233;bats, arts, syndicats, cuisines collectives et mouvements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un lieu o&#249; le parti serait non seulement une organisation, mais aussi un mouvement vivant, &#224; la fois critique et joyeux, o&#249; l'on apprend &#224; r&#234;ver ensemble en pr&#233;parant les luttes de demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette conception, le co-porte-parole ne serait plus seulement un messager : il deviendrait &lt;strong&gt;un animateur politique permanent&lt;/strong&gt;, un passeur entre les mondes, garant de la d&#233;mocratie vivante du parti. Il ne serait pas redevable d'une ligne fig&#233;e, mais d'un mouvement collectif en transformation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il aurait pour t&#226;che d'incarner cette gauche de rupture qui ne se contente pas de d&#233;noncer, mais qui &lt;strong&gt;propose et construit&lt;/strong&gt; : celle qui rompt avec le cynisme et le repli, pour rouvrir l'horizon du possible &#8212; dans les institutions, mais surtout dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Clarifier notre articulation politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu&#233;bec solidaire est n&#233; d'une coalition des gauches et des forces progressistes, dont la richesse tenait justement &#224; la pluralit&#233;. Mais cette pluralit&#233; ne doit pas devenir une neutralisation. Le parti a souvent confondu inclusion et dilution : en cherchant &#224; rassembler tout le monde, il a parfois cess&#233; d'incarner quelque chose de tranch&#233;. Or, un parti de gauche n'avance pas en cherchant le centre. Il d&#233;place la fen&#234;tre d'Overton, il change les termes du d&#233;bat. Et, comme on le dit souvent, personne ne choisit du beige face aux bruits des bottes noires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la mont&#233;e de la droite identitaire, de l'extr&#234;me-droite d&#233;complex&#233;e et du cynisme ambiant, notre t&#226;che n'est pas de m&#233;nager les angles, mais de retrouver le courage de dire ce qui d&#233;range &#8212; avec rigueur, mais sans ti&#233;deur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu&#233;bec solidaire ne peut plus se contenter d'&#234;tre &#171; une option progressiste parmi d'autres &#187;. Il doit redevenir ce qu'il aurait toujours d&#251; &#234;tre : le bastion d'une gauche de rupture. Mais pas une rupture abstraite ou purement rh&#233;torique : une rupture vivante, strat&#233;gique et populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &lt;strong&gt;rupture avec la politique poussi&#233;reuse&lt;/strong&gt; des calculs et des &#233;quilibres temporaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une &lt;strong&gt;rupture avec l'ordre capitaliste&lt;/strong&gt; et les institutions qui le prot&#232;gent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une &lt;i&gt;rupture avec le Canada&lt;/i&gt;, qui demeure un &#201;tat colonial au service des puissances &#233;conomiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une &lt;strong&gt;rupture avec les &#233;nergies fossiles&lt;/strong&gt; et les mod&#232;les productivistes qui d&#233;truisent nos conditions de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une rupture n'est pas un geste de destruction : c'est un acte de cr&#233;ation politique.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le choix d'inventer de nouvelles pratiques d&#233;mocratiques, de nouvelles solidarit&#233;s, de nouvelles formes d'action collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qu'a incarn&#233; QS &#224; sa fondation, quand il a r&#233;ussi &#224; articuler les luttes f&#233;ministes, syndicales, &#233;cologistes et ind&#233;pendantistes dans un m&#234;me horizon de transformation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette &#233;tincelle que nous devons rallumer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Surmonter les contraintes d&#233;mocratiques actuelles : pour une conflictualit&#233; assum&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es, la direction semble penser que l'unit&#233; ne peut se pr&#233;server qu'au prix du silence, que le consensus est la condition de la cr&#233;dibilit&#233;. Or, c'est pr&#233;cis&#233;ment cette illusion que d&#233;nonce la philosophe Chantal Mouffe : vouloir &#233;vacuer le conflit du champ politique, c'est livrer la d&#233;mocratie &#224; la technocratie. Le conflit, selon elle, n'est pas un &#233;chec du politique, mais son moteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques Ranci&#232;re, dans La M&#233;sentente et dans Les trente inglorieuses, rappelle de son c&#244;t&#233; que la d&#233;mocratie n'est pas l'art de pacifier les d&#233;saccords, mais celui de les rendre visibles, audibles et f&#233;conds. La m&#233;sentente n'est pas un bruit &#224; faire taire, mais une &#233;preuve de v&#233;rit&#233; : c'est par elle que la parole politique retrouve sa densit&#233;. Plus r&#233;cemment, S&#233;bastien Roman, dans Nous, Machiavel et la d&#233;mocratie, parle du &#171; conflit civil &#187; comme d'une force vitale &#224; r&#233;investir dans nos pratiques d&#233;mocratiques &#8212; non pas pour entretenir les divisions, mais pour revitaliser l'imagination politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces auteurs convergent sur un point : une d&#233;mocratie sans conflit, sans d&#233;bat r&#233;el, finit toujours par se vider de son contenu. QS ne peut pr&#233;tendre &#224; la rupture s'il craint la confrontation d'id&#233;es en son sein. Un parti transformateur ne peut pas fonctionner comme une administration : il doit assumer sa conflictualit&#233; comme une richesse. Le r&#244;le d'un co-porte-parole est pr&#233;cis&#233;ment de canaliser cette tension cr&#233;atrice et de la politiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;habiliter le dissensus&lt;/strong&gt; comme principe structurant de notre vie d&#233;mocratique interne et surtout &#224; l'externe. Cela implique de redonner &#224; la base militante le droit d'initiative politique, de rouvrir les espaces de d&#233;bat programmatique et de repenser nos pratiques d'&#233;coute : transformer les consultations en v&#233;ritables d&#233;lib&#233;rations, o&#249; la diversit&#233; des points de vue n'est pas dilu&#233;e, mais mise en dialogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le co-porte-parole doit &#234;tre &#224; l'avant-garde de cette culture du d&#233;bat : non pas un arbitre neutre, mais un facilitateur politique. Un parti d&#233;mocratique n'est pas un espace sans contradictions, c'est un espace o&#249; elles deviennent productives. Et c'est l&#224; que r&#233;side la maturit&#233; politique : dans la capacit&#233; &#224; confronter les d&#233;saccords sans rompre le lien collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si nous ne refondons pas, d'autres le feront&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un parti qui refuse l'autocritique signe sa propre stagnation.Un parti qui se prot&#232;ge du r&#233;el pour pr&#233;server son confort interne finit toujours par se vider de sa substance politique. Et un parti de gauche qui se coupe du conflit social perd le droit moral de parler au nom du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu&#233;bec solidaire est &#224; la crois&#233;e de ces chemins. Il n'est pas en crise ouverte, mais dans une forme de somnolence : celle d'un mouvement qui avance sans trop savoir o&#249;, en comptant sur son inertie pour durer. Or, aucun projet de transformation ne peut se maintenir sans tension cr&#233;atrice, sans remise en question, sans audace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous voulons que QS soit autre chose qu'un parti &#171; correct &#187;, il nous faut retrouver l'esprit de refondation qui l'a vu na&#238;tre. Ce n'est pas un luxe intellectuel : c'est une urgence politique. Car l'histoire r&#233;cente nous enseigne une v&#233;rit&#233; simple et brutale &#8212; quand la gauche cesse d'incarner le changement, c'est la droite qui s'en empare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons pas nous contenter d'&#234;tre la version polie d'une col&#232;re populaire que d'autres exploitent avec cynisme. Le danger, aujourd'hui, n'est pas seulement la mont&#233;e de l'extr&#234;me droite : c'est aussi la normalisation d'une gauche qui a cess&#233; de croire qu'elle pouvait renverser la table.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si un parti n'est plus capable de vivre, de s'adapter, de se remettre en mouvement, alors il devient une coquille. Et il ne faut pas craindre de le dire : les partis ne sont pas &#233;ternels. Ils sont des v&#233;hicules, des instruments historiques &#8212; et, comme tout instrument, ils peuvent &#234;tre remplac&#233;s si leur fonction n'est plus remplie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas trahir Qu&#233;bec solidaire que de le dire. C'est, au contraire, &#234;tre fid&#232;le &#224; ce qui l'a fait na&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car QS lui-m&#234;me est n&#233; de cette conscience : celle que les anciens partis de gauche avaient cess&#233; de repr&#233;senter le monde du travail, les mouvements f&#233;ministes, &#233;cologistes, antiracistes et communautaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La refondation de 2006 fut un geste de rupture, mais aussi un geste d'amour pour la politique : le refus de la r&#233;signation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si QS se ferme &#224; l'autocritique, si la direction pr&#233;f&#232;re la gestion &#224; la refondation, si le d&#233;bat est &#233;touff&#233; au nom de la discipline, alors il faut &#234;tre lucides : le mouvement social trouvera un autre v&#233;hicule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre sous la forme d'un nouveau parti des travailleurs et travailleuses, ancr&#233; dans les syndicats de combat, dans les milieux communautaires, dans la jeunesse pr&#233;caire et dans les luttes environnementales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peut-&#234;tre d'une coalition citoyenne post-partisane, plus souple, plus d&#233;mocratique, plus horizontale. Mais cette possibilit&#233; existe d&#233;j&#224;, et elle s'affirme dans chaque frustration militante, dans chaque d&#233;bat &#233;vacu&#233;, dans chaque congr&#232;s verrouill&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas d'appeler &#224; la scission, mais de rappeler que la loyaut&#233; ne peut pas &#234;tre confondue avec la docilit&#233;. &#202;tre loyal envers un parti de gauche, c'est exiger qu'il reste &#224; la hauteur de sa promesse. Nous devons pouvoir dire &#224; Qu&#233;bec solidaire : si tu veux demeurer notre maison politique, il te faut redevenir un lieu de lutte, de conflit f&#233;cond et de r&#234;ve collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le d'un co-porte-parole politique, dans cette perspective, n'est pas de d&#233;fendre le statu quo, mais d'ouvrir les fen&#234;tres. De redonner souffle et direction, m&#234;me au risque du d&#233;sordre. Car c'est seulement en acceptant la possibilit&#233; de sa propre transformation qu'un parti peut rester vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche qu&#233;b&#233;coise doit redevenir un champ d'exp&#233;rimentation politique, pas une institution de gestion &#233;lectorale. Et si cette refondation ne se fait pas &#224; l'int&#233;rieur de Qu&#233;bec solidaire, elle se fera ailleurs. Car la soif de justice, elle, ne dispara&#238;t jamais. Elle cherche toujours un chemin &#8212; et t&#244;t ou tard, elle le trouve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vers un nouvel horizon&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contraintes d&#233;mocratiques actuelles ne sont pas une fatalit&#233;. Elles peuvent &#234;tre surmont&#233;es si nous r&#233;affirmons que la politique n'est pas l'art de g&#233;rer, mais celui d'imaginer collectivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une gauche, une gauche de rupture, cette alternative, elle ne se d&#233;cr&#232;te pas du haut : elle se construit dans les pratiques, les liens, les lieux de d&#233;bat et les gestes d'organisation. C'est en ce sens que le co-porte-parolat, compris comme fonction d'articulation, peut redevenir le c&#339;ur vivant de Qu&#233;bec solidaire &#8212; un moteur de refondation d&#233;mocratique, intellectuelle et populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche de rupture, c'est celle qui refuse la r&#233;signation, qui oppose &#224; la logique du TINA &#8212; &lt;i&gt;There Is No Alternative&lt;/i&gt; &#8212; la conviction profonde que &lt;strong&gt;there is always an alternative&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>Le courage de porter une bonne parole</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/LE-COURAGE-DE-PORTER-UNE-BONNE-PAROLE</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/LE-COURAGE-DE-PORTER-UNE-BONNE-PAROLE</guid>
		<dc:date>2025-10-28T08:48:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Geru Schneider</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2025-10-28</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec solidaire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Alors que la course au co-porte-parolat de Qu&#233;bec solidaire est entam&#233;e, une question s'impose : que cherchons-nous vraiment &#224; &#233;lire ? Un simple relais du programme, ou une voix capable d'incarner, d'orienter et de bousculer ? Si nous abordons ce sujet aujourd'hui, c'est parce que la course actuelle met en lumi&#232;re une question trop souvent laiss&#233;e dans l'ombre :qu'est-ce que signifie r&#233;ellement &#171; porter la parole &#187; d'un parti comme le n&#244;tre ? &lt;br class='autobr' /&gt; Les statuts du parti d&#233;crivent les t&#226;ches du (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Politique-" rel="directory"&gt;Politique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2025-10-28-+" rel="tag"&gt;Edition du 2025-10-28&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-solidaire-22-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec solidaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH88/debat_solidaire_3-3c473.png?1781027490' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='88' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alors que la course au co-porte-parolat de Qu&#233;bec solidaire est entam&#233;e, une question s'impose : &lt;strong&gt;que cherchons-nous vraiment &#224; &#233;lire ?&lt;/strong&gt; Un simple relais du programme, ou une voix capable d'incarner, d'orienter et de bousculer ? Si nous abordons ce sujet aujourd'hui, c'est parce que la course actuelle met en lumi&#232;re une question trop souvent laiss&#233;e dans l'ombre :&lt;strong&gt;qu'est-ce que signifie r&#233;ellement &#171; porter la parole &#187; d'un parti comme le n&#244;tre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les statuts du parti d&#233;crivent les t&#226;ches du poste &#8212; repr&#233;senter le parti, relayer les luttes sociales, coordonner le travail parlementaire &#8212; mais ils ne disent presque rien de son articulation politique : comment ces responsabilit&#233;s s'exercent, avec quelle marge d'initiative, et quelle vision du rapport entre le parti, la rue et les institutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux visions du co-porte-parolat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la fondation du parti, deux conceptions du r&#244;le s'affrontent, souvent sans se dire.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'un c&#244;t&#233;, une vision fonctionnelle : le co-porte-parole comme gestionnaire d'image, garant d'un ton et d'une ligne qu'il ne faut pas d&#233;passer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre, une vision politique et mobilisatrice : celle d'un co-porte-parole catalyseur, capable de nourrir le d&#233;bat, de relier la rue et le parlement, d'incarner un horizon collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat ne porte donc pas sur des styles de communication, mais sur la nature m&#234;me du parti : un parti qui administre le consensus ou un parti qui assume la conflictualit&#233; f&#233;conde et la d&#233;lib&#233;ration d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clarifier ce r&#244;le, ce n'est pas une question de forme, mais de fond d&#233;mocratique : c'est redire qui parle au nom du parti, et au nom de qui cette parole est port&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le co-porte-parolat n'est pas une fonction administrative, &lt;strong&gt;c'est un mandat profond&#233;ment politique&lt;/strong&gt;. Il s'agit de choisir la direction que nous voulons donner &#224; notre parti, la mani&#232;re dont nous voulons renouer avec les luttes populaires et la vitalit&#233; d&#233;mocratique de notre base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu&#233;bec solidaire n'est pas un parti comme les autres : il est n&#233; de la rue, des mouvements, des col&#232;res et des espoirs de celles et ceux qui refusent la r&#233;signation. C'est &#224; cette hauteur-l&#224; que doit se situer notre d&#233;bat : non dans la gestion des apparences, mais dans la construction d'un projet de transformation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Loin d'un r&#244;le neutre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article 12.4.1 des statuts du parti d&#233;finit les co-porte-paroles comme les personnes charg&#233;es de repr&#233;senter le parti publiquement, d'exprimer ses positions et d'assurer les liens avec les mouvements sociaux, les organismes et les institutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette d&#233;finition dit tout du faire, et rien de l'&#234;tre. Elle d&#233;crit la fonction, pas l'incarnation politique. Car repr&#233;senter n'est pas r&#233;p&#233;ter : c'est porter, traduire, articuler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#244;le n'est pas un simple relais neutre d'un programme fig&#233;, mais un espace d'orientation et d'inspiration. Un&#183;e porte-parole incarne une lecture du moment, une mani&#232;re de concevoir la parole du parti dans l'espace public. Parler au nom du parti n'est jamais un geste administratif : c'est un acte politique, donc n&#233;cessairement conflictuel et situ&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque co-porte-parole imprime une direction, m&#234;me sans l'affirmer ouvertement. Par les th&#232;mes qu'il met de l'avant, la fa&#231;on dont il relie l'action parlementaire aux luttes sociales, il oriente la trajectoire du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;tendre qu'il n'y a &#171; pas de tendance &#187; ou &#171; pas de diff&#233;rence politique &#187; dans le parti, entre les candidatures ou anciens co-porte-parole du parti, c'est nier cette &#233;vidence, son histoire et la situation actuelle dans laquelle nous nous trouvons. Toute prise de parole est un choix politique. Le langage, les th&#232;mes, les alliances mises en avant traduisent une conception du r&#244;le de Qu&#233;bec solidaire &#8212; un parti d'opposition parlementaire, ou un mouvement de transformation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La neutralit&#233;, surtout dans un parti de gauche, n'est pas synonyme d'unit&#233; : elle devient souvent le masque de la normalisation. La politique na&#238;t de la clart&#233; des d&#233;saccords et du courage de nommer les choix collectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assumer une orientation, une lecture du moment, une vision strat&#233;gique, ce n'est pas diviser : c'est &#233;clairer. Le courage politique ne consiste pas &#224; ne froisser personne, mais &#224; ouvrir les d&#233;bats l&#224; o&#249; ils sont n&#233;cessaires, &#224; rendre explicite ce qui est implicite, &#224; redonner &#224; la parole du parti sa fonction premi&#232;re : porter la transformation, pas l'&#233;quilibre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La parole revient &#8212; et reviendra toujours &#8212; aux membres&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le des co-porte-paroles n'a de sens que s'il s'enracine dans la parole collective des membres. Leur l&#233;gitimit&#233; ne d&#233;coule pas du simple fait d'&#234;tre &#233;lu&#183;e&#183;s, mais du lien vivant avec celles et ceux qui militent et portent le parti au quotidien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; travers eux que circule le souffle politique de Qu&#233;bec solidaire &#8212; celui d'un parti qui ne parle pas &#224; la place de, mais avec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la premi&#232;re fois, les co-porte-paroles seront choisi&#183;e&#183;s par l'ensemble des membres, au suffrage universel et par vote pr&#233;f&#233;rentiel. Ce changement transforme le rapport entre la base et la direction : plus inclusif, mais aussi plus fragile. Le risque, c'est qu'il devienne un exercice de notori&#233;t&#233;, d&#233;tach&#233; de la dynamique collective qui donne tout son sens au co-porte-parolat. Car un parti de gauche n'est pas une entreprise o&#249; l'on choisit un visage : c'est un espace o&#249; l'on construit une direction, ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre responsabilit&#233; collective est donc claire : faire de ce moment &#233;lectoral un espace d'&#233;ducation populaire politique, un moment de clart&#233; et de d&#233;bat sur la trajectoire du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le choix du 8 novembre ne portera pas seulement sur une personne, mais sur une orientation, une conception du r&#244;le du parti, une lecture du moment historique. Et ce choix ne s'arr&#234;tera pas au vote. Car les membres ne sont pas les spectateurs d'un processus : ils en sont le c&#339;ur, la conscience et le contre-pouvoir. C'est &#224; eux que revient, ultimement, la t&#226;che de veiller &#224; ce que la parole port&#233;e en leur nom reste vivante, fid&#232;le et transformante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi qu'on redonne chair &#224; notre d&#233;mocratie interne : en reconnaissant que la parole politique du parti ne part pas d'en haut, mais d'en bas. Qu'elle ne descend pas vers la base &#8212; elle en &#233;mane. Et que si le ou la co-porte-parole doit &#234;tre le moteur du d&#233;bat, les membres en demeurent la boussole et la force motrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La clart&#233; politique est une forme de courage d&#233;mocratique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Refuser de d&#233;battre au nom de la neutralit&#233;, c'est c&#233;der &#224; un r&#233;flexe technocratique : celui qui croit que la politique se g&#232;re au lieu de se construire. Mais la clart&#233;, elle, est une exigence d&#233;mocratique. Elle permet &#224; un parti vivant d'assumer ses d&#233;saccords, de nommer les tensions et de choisir lucidement sa direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les membres ont le droit de savoir quelle lecture du moment inspire leurs co-porte-paroles. Ils ont le droit de choisir, non pas entre des temp&#233;raments, mais entre des visions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clarifier, c'est rendre visible ce qui structure notre action collective. C'est refuser l'ambigu&#239;t&#233; confortable au profit d'un engagement lucide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La clart&#233; politique n'oppose pas : elle rassemble sur des bases assum&#233;es, redonnant au parti la confiance n&#233;cessaire pour d&#233;battre sans se diviser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Redonner au parti le go&#251;t du d&#233;bat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu&#233;bec solidaire n'a pas besoin de porte-voix prudents, mais de porte-parole politiques : des femmes et des hommes capables de relier la rue au parlement, d'incarner une parole ancr&#233;e dans les luttes, capable d'&#233;mouvoir autant que de convaincre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une parole qui inspire, qui confronte, qui d&#233;range parfois &#8212; parce qu'elle est vivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un co-porte-parole, ce n'est pas quelqu'un qui s'efface pour m&#233;nager les &#233;quilibres, mais quelqu'un qui parle pour faire avancer. Quelqu'un qui assume de porter la voix des luttes, m&#234;me quand elle d&#233;range, parce qu'elle appartient &#224; celles et ceux qu'on entend trop peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le co-porte-parolat n'est pas une fonction neutre : c'est un engagement collectif, le lieu o&#249; s'exprime la coh&#233;rence entre la base et la direction, entre la m&#233;moire des luttes et l'avenir que nous voulons construire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et si la parole peut encore changer les choses, alors faisons en sorte qu'elle soit vraie, forte et juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Verbe s'est fait lutte.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;bat de Sherbrooke : un forum sans &#233;tincelle, dans un moment qui exige plus</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Debat-de-Sherbrooke-un-forum-sans-etincelle-dans-un-moment-qui-exige-plus</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Debat-de-Sherbrooke-un-forum-sans-etincelle-dans-un-moment-qui-exige-plus</guid>
		<dc:date>2025-10-14T09:10:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Geru Schneider</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec solidaire</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2025-10-14</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Jeudi soir 9 octobre, &#224; Sherbrooke, avait lieu le d&#233;bat des trois candidatures au co-porte-parolat de Qu&#233;bec solidaire. Je n'&#233;tais pas sur sc&#232;ne &#8212; mais, en tant que militant de gauche et politologue, j'ai &#233;cout&#233; attentivement, avec l'espoir d'y voir s'esquisser un vrai d&#233;bat d'id&#233;es, une vision d'ensemble et peut-&#234;tre un souffle politique. Malheureusement, il faut le dire : ce d&#233;bat n'en &#233;tait pas vraiment un. C'&#233;tait davantage un forum, soigneusement balis&#233;, o&#249; les diff&#233;rences de fond ont &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Politique-" rel="directory"&gt;Politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-solidaire-22-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec solidaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2025-10-14-+" rel="tag"&gt;Edition du 2025-10-14&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH116/les_3_candidats-aa10e.png?1781027491' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='116' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jeudi soir 9 octobre, &#224; Sherbrooke, avait lieu le d&#233;bat des trois candidatures au co-porte-parolat de Qu&#233;bec solidaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'&#233;tais pas sur sc&#232;ne &#8212; mais, en tant que militant de gauche et politologue, j'ai &#233;cout&#233; attentivement, avec l'espoir d'y voir s'esquisser un vrai d&#233;bat d'id&#233;es, une vision d'ensemble et peut-&#234;tre un souffle politique. Malheureusement, il faut le dire : ce d&#233;bat n'en &#233;tait pas vraiment un. C'&#233;tait davantage un forum, soigneusement balis&#233;, o&#249; les diff&#233;rences de fond ont &#224; peine pu s'exprimer. Les questions, tr&#232;s g&#233;n&#233;rales, portaient sur l'&#233;conomie, le logement et l'&#233;cologie &#8212; des sujets essentiels, bien s&#251;r, mais sans v&#233;ritable ancrage dans les d&#233;bats internes qui secouent QS depuis des mois et surtout dans une volont&#233; d'y r&#233;pondre pour corriger la situation et les d&#233;passer.&lt;br class='autobr' /&gt;
On a peu, voire pas du tout, abord&#233; les questions organisationnelles, les tendances internes propres &#224; un parti qui coalise des gauches, ni la d&#233;mocratie du parti, pourtant au c&#339;ur des difficult&#233;s actuelles&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment pr&#233;tendre refonder le parti, sans nommer ses failles ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces failles, pourtant, ne sont pas invisibles &#8212; elles sont simplement tues. &#775567;&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis plusieurs ann&#233;es, Qu&#233;bec solidaire semble se r&#233;signer &#224; un certain pragmatisme gestionnaire, h&#233;rit&#233; de la derni&#232;re campagne &#233;lectorale. Le moment de la &#171; taxe orange &#187; en fut le symbole : un repli sur une posture d&#233;fensive, o&#249; l'on cherche &#224; rassurer plut&#244;t qu'&#224; convaincre, &#224; m&#233;nager l'opinion publique plut&#244;t qu'&#224; la transformer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de pointer les v&#233;ritables responsables du d&#233;s&#233;quilibre fiscal &#8212; les multinationales, les grandes fortunes, les profits ind&#233;cents &#8212;, on a choisi la prudence du calcul, au d&#233;triment du courage politique. C'est l&#224; que s'est amorc&#233;e la d&#233;rive : celle d'un parti qui se veut radical dans ses id&#233;aux, mais mod&#233;r&#233; dans ses gestes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cela s'est ajout&#233; un glissement d&#233;mocratique plus profond. Le Comit&#233; national de Saguenay a &#233;t&#233; un moment r&#233;v&#233;lateur : une tourn&#233;e des r&#233;gions qui devait nourrir un grand d&#233;bat collectif, mais dont le rapport n'a jamais &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; aux membres. Ce processus, transform&#233; en d&#233;claration programmatique r&#233;dig&#233;e &#224; huis clos, illustre un malaise croissant : celui d'un parti qui consulte sa base sans r&#233;ellement lui confier le pouvoir de d&#233;cider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;ficit d&#233;mocratique s'est aussi refl&#233;t&#233; dans la r&#233;actualisation du programme. On a produit un &#171; manifeste des travailleurs &#187;, certes bien intentionn&#233;, mais vid&#233; de sa teneur politique. On a refus&#233; de nommer les rapports de force, les classes sociales, les logiques de domination qui structurent le capitalisme. On a parl&#233; de pr&#233;carit&#233;, sans parler de profits. D'&#233;cologie, sans parler d'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme si la transformation sociale pouvait se faire &#224; co&#251;t neutre, sans conflit avec le capital.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et que dire de nos structures internes ? L'&#233;lection des porte-parole au suffrage universel, pr&#233;sent&#233;e comme un geste de d&#233;mocratisation, reproduit en r&#233;alit&#233; les biais du syst&#232;me m&#233;diatique. Elle favorise les figures d&#233;j&#224; connues, celles qui disposent de r&#233;seaux, de visibilit&#233; et de ressources financi&#232;res &#8212; bref, celles qui peuvent se permettre de faire campagne. Cette logique exclut de fait une grande partie des militant&#183;e&#183;s de terrain, pour qui la politique se vit dans l'action, pas dans la communication. Elle transforme ce qui devrait &#234;tre un exercice d'&#233;mancipation d&#233;mocratique en un concours de notori&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le repli du parti sur lui-m&#234;me, sur sa seule sc&#232;ne nationale, mine la port&#233;e de notre projet. Qu&#233;bec solidaire parle trop peu du n&#233;cessaire travail commun avec la gauche du reste du Canada, alors m&#234;me que toute lutte pour l'ind&#233;pendance populaire se heurtera au pouvoir du capital financier et &#224; l'appareil f&#233;d&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous parlons trop rarement aussi de la gauche internationale, de ces mouvements populaires et &#233;cosocialistes qui, partout dans le monde, affrontent les m&#234;mes ennemis : la sp&#233;culation, la privatisation du vivant, le d&#233;mant&#232;lement du droit du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, sans solidarit&#233; transnationale, sans alliances concr&#232;tes avec ces luttes s&#339;urs, notre projet de transformation demeure prisonnier de ses fronti&#232;res &#8212; condamn&#233; &#224; n'&#234;tre qu'une r&#233;forme locale d'un syst&#232;me globalement injuste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ces angles morts, ces renoncements successifs, qui expliquent aujourd'hui la fatigue militante et le sentiment de d&#233;connexion. Refonder le parti, ce n'est pas seulement changer de ton ou de visage : c'est d'assumer et d'ouvrir les d&#233;bats qui ont &#233;t&#233; referm&#233;s trop t&#244;t, et redonner sens &#224; ce qu'une &#171; gauche de rupture &#187; veut dire dans les faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'autant plus regrettable que la direction actuelle, parfois au c&#339;ur de ces tensions, a balis&#233; le d&#233;bat &#8212; peut-&#234;tre par peur de froisser les esprits ou &#171; donner l'impression &#187; que les s&#233;quences turbulentes des derniers mois sont choses &#171; du pass&#233; &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans regard critique sur soi, il est difficile d'avancer. Difficile aussi d'&#233;viter de r&#233;p&#233;ter les m&#234;mes erreurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une course qui peine &#224; mobiliser&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soyons honn&#234;tes : cette course ne soul&#232;ve pas les passions. Elle demeure confidentielle, peu m&#233;diatis&#233;e, et encore trop distante de la base militante. Pourtant, elle aurait pu &#234;tre un moment fort de r&#233;flexion et de r&#233;appropriation collective &#8212; un temps pour redonner souffle au projet solidaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au lieu de cela, on assiste &#224; un exercice convenu, sans v&#233;ritables d&#233;bats politiques. Comme si la recherche du consensus devait remplacer la confrontation d'id&#233;es. Ce silence traduit moins une s&#233;r&#233;nit&#233; qu'un essoufflement : celui d'un parti qui s'&#233;loigne peu &#224; peu de sa vocation de rupture pour s'enfermer dans les logiques institutionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une course porteuse d'avenir aurait d&#251; poser les vraies questions : comment refonder la d&#233;mocratie interne ? Comment renouer avec les luttes populaires ? Comment rompre, concr&#232;tement, avec le mod&#232;le n&#233;olib&#233;ral qui d&#233;truit le vivant et fragilise nos solidarit&#233;s ? Ces d&#233;bats n'auraient pas divis&#233; le parti : ils l'auraient revivifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trois approches politiques, trois visages d'une m&#234;me recherche de sens&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai per&#231;u trois visions distinctes, chacune apportant une pi&#232;ce du puzzle, mais aucune d'entre elles ne propose une r&#233;ponse compl&#232;te au moment politique que nous vivons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re vision mise sur l'imaginaire du r&#234;ve, de l'audace, de la cr&#233;ativit&#233; politique. Elle invite &#224; retrouver l'enthousiasme des d&#233;buts de Qu&#233;bec solidaire &#8212; ce souffle de libert&#233; et d'espoir collectif qui avait su inspirer bien au-del&#224; des cercles militants. Cette approche parle &#224; ce qu'il y a de plus noble dans la gauche : la conviction que l'action politique peut encore transformer le monde, que l'esp&#233;rance est un moteur de changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais r&#234;ver ne suffit pas si les conditions mat&#233;rielles de l'esp&#233;rance ne sont plus r&#233;unies. Pour esp&#233;rer collectivement, il faut pouvoir se loger, se nourrir, se soigner, respirer. Sans cela, l'appel &#224; &#171; l'audace &#187; devient une incantation &#8212; belle, certes, mais d&#233;tach&#233;e du r&#233;el v&#233;cu par la majorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours s'appuie sur des propositions comme la taxation des riches, des banques ou des grandes fortunes. Ce sont des mesures justes, n&#233;cessaires, mais qui font aujourd'hui consensus au sein de Qu&#233;bec solidaire. Elles ne d&#233;finissent plus &#224; elles seules une orientation politique. Elles att&#233;nuent les exc&#232;s du capitalisme sans jamais en remettre en cause la logique centrale : celle de la marchandisation du monde et de l'accumulation infinie. Autrement dit, on en ressort inspir&#233;, mais pas outill&#233;. Le r&#234;ve n'est pas encore devenu strat&#233;gie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, il y a ce silence qui d&#233;range.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui sur la compatibilit&#233; avec le Parti qu&#233;b&#233;cois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non pas qu'une tendance soit elle-m&#234;me complaisant envers des id&#233;es r&#233;actionnaires &#8212; loin de l&#224;, soyons clairs. Cependant, depuis plusieurs ann&#233;es, le PQ s'est habitu&#233; &#224; un discours qui franchi les lignes rouges : un nationalisme identitaire, qui exclut et qui divise plus qu'il n'unit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsqu'on demande jusqu'o&#249; ils seraient pr&#234;t &#224; aller dans une &#233;ventuelle alliance avec un PQ dans le camp du &#171; oui &#187; qui continue de tol&#233;rer ces d&#233;rives, la r&#233;ponse se fait attendre. Toujours. Et ce silence, &#224; force de durer, finit par dire quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quel moment trace-t-on la ligne entre ouverture strat&#233;gique et compromission politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si un r&#233;f&#233;rendum sur l'ind&#233;pendance devait s'organiser demain, sur quelle base et avec qui le m&#232;nerait-on ? Avec un PQ incapable de condamner clairement le racisme ou la x&#233;nophobie lorsqu'ils se glissent dans ses rangs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces questions ne sont pas accessoires : elles sont centrales pour une gauche qui veut b&#226;tir un projet &#233;mancipateur, d&#233;colonial et inclusif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette premi&#232;re vision &#233;meut, sans doute. Elle ranime le go&#251;t de croire en un Qu&#233;bec plus juste, plus humain. Mais elle contourne la conflictualit&#233; du moment politique. Elle inspire, mais ne confronte pas. Et dans une p&#233;riode o&#249; les droites sont en ascension et o&#249; le d&#233;bat public est de plus en plus polaris&#233;, une gauche qui n'ose pas nommer ses adversaires politiques finit par devenir inoffensive&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde vision, elle, incarne davantage la continuit&#233; de la ligne actuelle du parti. C'est celle qui pr&#244;ne &#171; l'unit&#233; &#187;, la &#171; mod&#233;ration du ton &#187; et la &#171; coh&#233;sion interne &#187;. Dans un parti parfois fractur&#233;, cette approche part d'une intention sinc&#232;re : &#233;viter la division, maintenir le dialogue, pr&#233;server une image publique stable. Elle valorise la civilit&#233; et la prudence, deux qualit&#233;s trop souvent absentes de la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais sans un diagnostic lucide des &#233;checs r&#233;cents, la continuit&#233; devient inertie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis plusieurs ann&#233;es, QS peine &#224; faire entendre sa voix. Nous plafonnons dans les sondages, oscillant autour de 6 %. Le discours &#233;lectoral se dilue dans le bruit ambiant. Les militant&#183;e&#183;s, eux, s'&#233;puisent, faute d'avoir l'impression de peser r&#233;ellement sur les orientations du parti. La d&#233;mocratie interne s'est affaiblie au fil des processus de &#171; r&#233;actualisation &#187; du programme, vid&#233;s de d&#233;bats substantiels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ce constat, l'appel &#224; &#171; l'unit&#233; &#187; ne suffit pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unit&#233;, oui en principe &#8212; mais autour de quoi ? Autour d'un projet commun clair, d'une strat&#233;gie partag&#233;e, d'une vision de soci&#233;t&#233;. Pas autour d'un silence poli ou d'une discipline impos&#233;e d'en haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'unit&#233; devient un objectif en soi, elle se transforme en pr&#233;texte pour &#233;viter les d&#233;bats de fond : ceux sur le rapport au pouvoir, sur la place du parti dans les luttes sociales, sur la strat&#233;gie ind&#233;pendantiste ou encore sur la transformation de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision a le m&#233;rite d'&#234;tre rassurante, de vouloir prot&#233;ger le parti de la division. Mais elle peine &#224; rallumer la flamme. Elle ne parle pas au c&#339;ur des militant&#183;e&#183;s fatigu&#233;s ni &#224; la base qui cherche un sens &#224; son engagement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un contexte de crise sociale et &#233;cologique profonde, cette prudence risque de ressembler &#224; une forme de conservatisme organisationnel. Et c'est une ironie tragique : une gauche devenue conservatrice d'elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me, enfin, quant &#224; elle, incarne une gauche sinc&#232;re, humaniste et profond&#233;ment anim&#233;e par le d&#233;sir de rassembler. C'est une approche port&#233;e par de belles intentions, une foi dans la bienveillance et la capacit&#233; de dialogue. Mais &#224; mes yeux, dans le contexte actuel, cela ne suffit plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous traversons un moment charni&#232;re : la droite est d&#233;complex&#233;e, elle se structure, et occupe sans g&#234;ne le terrain m&#233;diatique, culturel et politique. Les droites &#8212; et leurs relais &#8212; avancent avec aplomb, pendant que nous h&#233;sitons encore &#224; assumer pleinement notre radicalit&#233;. Dans ce contexte, une gauche douce, trop conciliante, risque d'&#234;tre per&#231;ue comme d&#233;sarm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il nous faut aujourd'hui, plus que jamais, c'est une gauche qui s'assume, qui parle fort, qui bouscule, qui confronte les fausses &#233;vidences et les conforts du statu quo. Une gauche qui n'a pas peur d'&#234;tre en d&#233;saccord ni d'&#234;tre jug&#233;e &#171; trop radicale &#187; par les gardiens de l'ordre &#233;tabli. Les temps exigent de la fougue, de la vigueur, de la r&#233;partie &#8212; pas seulement de la bont&#233; et de la bienveillance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans cette combativit&#233;, nous risquons de devenir une force morale sympathique, mais inoffensive. Or, le moment historique que nous vivons nous commande autre chose : une gauche vivante, insurg&#233;e, capable de dire non avec force &#8212; et d'incarner, par son audace, la possibilit&#233; d'un autre monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un moment politique critique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; des personnes, c'est le contexte qui devrait nous pr&#233;occuper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Qu&#233;bec vit une mont&#233;e rapide des droites &#8212; certaines se disent mod&#233;r&#233;es, d'autres ne se cachent m&#234;me plus. Les m&#233;dias dominants, eux, oscillent entre complaisance et d&#233;fense du statu quo.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant ce temps, Qu&#233;bec solidaire stagne &#224; 6 % dans les sondages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est effarant : nous sommes, 19 ans apr&#232;s notre fondation, aux m&#234;mes niveaux qu'&#224; nos d&#233;buts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, il reste une &#233;ternit&#233; politique avant octobre 2026. Mais si la tendance se maintient, nous risquons non seulement de perdre des d&#233;put&#233;&#183;es, mais aussi de perdre le sens m&#234;me de notre projet collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#231;a, ce serait plus grave encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette course devrait &#234;tre un &lt;i&gt;wake-up call.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un moment pour repolitiser notre parti, rouvrir le d&#233;bat strat&#233;gique, reconnecter QS &#224; sa base populaire, syndicale, communautaire. Un moment pour redonner du souffle &#224; la gauche &#8212; une gauche de rupture, vivante, enracin&#233;e.&lt;/p&gt;
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