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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>De l'anti-imp&#233;rialisme au compromis : la politique de classe de l'ind&#233;pendance indienne</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/De-l-anti-imperialisme-au-compromis-la-politique-de-classe-de-l-independance</link>
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		<dc:date>2025-08-26T08:43:36Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Soumya Sahin</dc:creator>


		<dc:subject>Asie/Proche-Orient</dc:subject>
		<dc:subject>Inde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2025-08-26</dc:subject>

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&lt;p&gt;Alors que le pays c&#233;l&#232;bre le 78&#7497; anniversaire de son ind&#233;pendance, nous pr&#233;sentons une s&#233;rie d'articles retra&#231;ant la naissance de la nation et sa situation actuelle. Cet article, le premier de la s&#233;rie, examine l'ind&#233;pendance de l'Inde, en situant 1947 dans le contexte plus large des crises de l'imp&#233;rialisme mondial, de l'&#233;volution de l'&#233;quilibre des forces de classe et des calculs strat&#233;giques de l'&#201;tat britannique. Au-del&#224; de l'hagiographie nationaliste, il interroge les compromis (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH88/capture_d_e_cran_le_2025-08-24_a_21.43_47-ffbfb.png?1782339764' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='88' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alors que le pays c&#233;l&#232;bre le 78&#7497; anniversaire de son ind&#233;pendance, nous pr&#233;sentons une s&#233;rie d'articles retra&#231;ant la naissance de la nation et sa situation actuelle. Cet article, le premier de la s&#233;rie, examine l'ind&#233;pendance de l'Inde, en situant 1947 dans le contexte plus large des crises de l'imp&#233;rialisme mondial, de l'&#233;volution de l'&#233;quilibre des forces de classe et des calculs strat&#233;giques de l'&#201;tat britannique. Au-del&#224; de l'hagiographie nationaliste, il interroge les compromis &#233;conomiques et politiques qui ont fa&#231;onn&#233; le transfert du pouvoir, le r&#244;le de la bourgeoisie indig&#232;ne dans la limitation de la port&#233;e de la d&#233;colonisation et les possibilit&#233;s r&#233;volutionnaires manqu&#233;es, en particulier en ce qui concerne la position du Parti communiste indien pendant la guerre. En reliant les luttes internes aux d&#233;veloppements g&#233;opolitiques, cet article cherche &#224; pr&#233;senter l'ind&#233;pendance indienne comme un processus historique controvers&#233; plut&#244;t que comme un moment unique de lib&#233;ration. -&#233;d&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article75967&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Europe solidaire sans fronti&#232;re&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ind&#233;pendance de l'Inde en 1947 a marqu&#233; un tournant majeur dans l'histoire contemporaine, car elle a signifi&#233; la fin de pr&#232;s de deux si&#232;cles de domination coloniale britannique, la plus importante de la plan&#232;te. Cet &#233;v&#233;nement ne peut &#234;tre r&#233;duit &#224; une simple victoire politique pour une nation, mais doit &#234;tre consid&#233;r&#233; comme s'inscrivant dans le cadre plus large du conflit mondial entre les puissances imp&#233;rialistes et les nations opprim&#233;es, fa&#231;onn&#233; par la relation entre la lutte des classes et le d&#233;veloppement des forces productives. Le mouvement d'ind&#233;pendance a suscit&#233; de grands espoirs d'&#233;mancipation sociale, mais ce r&#234;ve est rest&#233; largement insaisissable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Inde britannique &#233;tait une colonie d&#233;pendante de l'&#233;conomie capitaliste mondiale. Vers la fin du XVIII&#7497; si&#232;cle, l'&#233;conomie du sous-continent a &#233;t&#233; transform&#233;e pour r&#233;pondre aux besoins des entreprises britanniques. Elle constituait un vaste march&#233; pour les produits manufactur&#233;s britanniques et une source de mati&#232;res premi&#232;res et de produits agricoles, notamment le coton, le jute et le th&#233;. La politique coloniale a syst&#233;matiquement affaibli les industries locales. Selon Karl Marx, &#171; l'Angleterre commen&#231;a par &#233;vincer les cotonnades indiennes du march&#233; europ&#233;en, puis elle se mit &#224; exporter en Hindoustan le fil&#233; et enfin inonda de cotonnades la patrie des cotonnades &#187;, ce qui a nui &#224; l'autosuffisance de l'&#233;conomie locale, la rendant d&#233;pendante du capitalisme britannique. Bien s&#251;r, il ne s'agissait pas d'une cons&#233;quence involontaire de la gouvernance britannique, mais d'une reconfiguration d&#233;lib&#233;r&#233;e de la dynamique &#233;conomique de l'Inde afin de l'aligner sur les objectifs capitalistes m&#233;tropolitains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les forces de classe au sein du mouvement nationaliste indien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte interminable pour l'ind&#233;pendance de l'Inde n'&#233;tait pas un mouvement unique, mais une coalition de personnes de diff&#233;rentes classes et origines ayant des objectifs diff&#233;rents. Le Congr&#232;s national indien a &#233;t&#233; fond&#233; en 1885, et la plupart de ses dirigeants &#233;taient issus de la bourgeoisie indig&#232;ne et de la classe terrienne. Leur objectif principal &#233;tait de cr&#233;er un &#201;tat ind&#233;pendant qui conserve des droits de propri&#233;t&#233; capitalistes solides et un march&#233; national qui ne soit pas contr&#244;l&#233; par les Britanniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1920, la classe capitaliste indienne, un groupe restreint mais influent compos&#233; d'industriels, de commer&#231;ants, de banquiers et de propri&#233;taires d'usines, avait accumul&#233; un pouvoir &#233;conomique consid&#233;rable au sein de l'&#233;conomie coloniale. Cette consolidation &#233;tait le r&#233;sultat de trois d&#233;veloppements historiques cl&#233;s : les changements dans la politique coloniale, l'&#233;mergence d'int&#233;r&#234;ts capitalistes organis&#233;s et la mont&#233;e du capitalisme nationaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Premi&#232;re Guerre mondiale (1914-1918) a offert deux opportunit&#233;s majeures &#224; la classe capitaliste indienne. Elle a perturb&#233; les importations britanniques en Inde, cr&#233;ant ainsi un espace pour la croissance industrielle locale, en particulier dans les secteurs du textile, du jute, du fer et de l'acier. La guerre a &#233;galement stimul&#233; la demande en fournitures militaires, permettant aux capitalistes indiens d'accumuler des profits sans pr&#233;c&#233;dent. Selon l'historien Bipan Chandra, &#171; la perturbation des &#233;changes commerciaux normaux pendant la guerre a augment&#233; les exportations indiennes de mati&#232;res premi&#232;res et de denr&#233;es alimentaires &#187;. Les Britanniques, bien que r&#233;ticents, ont d&#251; s'appuyer davantage sur les entreprises indiennes en raison des p&#233;nuries li&#233;es &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, la bourgeoisie indienne s'est organis&#233;e de diverses mani&#232;res, notamment par le biais de la Chambre des marchands indiens (1907) et, plus tard, de la F&#233;d&#233;ration des chambres de commerce et d'industrie indiennes (FICCI) (1927). Cela a donn&#233; &#224; la bourgeoisie une voix institutionnelle pour faire pression en faveur de droits de douane, d'une politique industrielle et d'une participation accrue &#224; la gouvernance. De colossaux industriels indiens tels que G. D. Birla, Jamnalal Bajaj et Purshottamdas Thakurdas devinrent des personnalit&#233;s influentes tant sur le plan &#233;conomique que politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie indienne s'est align&#233;e sur le Congr&#232;s national indien (INC), en particulier pendant le mouvement de renom de non-coop&#233;ration (1920-1922), soutenant le swadeshi (utilisation de produits indiens) en m&#234;me temps comme politique nationaliste et comme politique ax&#233;e sur le profit. Bien que la bourgeoisie indig&#232;ne f&#251;t politiquement soumise aux Britanniques, elle a &#233;tabli une domination manifeste dans certains secteurs. Vers les ann&#233;es 1920, les usines indiennes dominaient le secteur du coton &#224; Bombay et Ahmedabad et se d&#233;veloppaient dans le domaine du jute au Bengale, auparavant domin&#233; par le capital britannique. L'aci&#233;rie cr&#233;&#233;e par les Tata &#224; Jamshedpur (Tata Iron and Steel Company) en 1907 est devenue un symbole de l'autosuffisance industrielle et &#233;tait la plus imposante aci&#233;rie de l'Empire britannique au milieu des ann&#233;es 1920. Tous ces d&#233;veloppements ont facilit&#233; leur influence sur les politiques commerciales, la bourgeoisie indienne ayant r&#233;ussi &#224; faire adopter des droits de douane protecteurs (par exemple, les droits sur le coton en 1923) afin de prot&#233;ger l'industrie nationale des importations britanniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur alliance avec la politique nationaliste et leur soutien au Congr&#232;s leur ont donn&#233; un poids politique leur permettant d'influencer l'orientation du mouvement d'ind&#233;pendance vers des objectifs servant les int&#233;r&#234;ts capitalistes plut&#244;t que la r&#233;volution socialiste. L'h&#233;g&#233;monie de la bourgeoisie indienne &#233;tait un projet de classe, et cela ne se refl&#233;tait nulle part mieux que dans le programme &#233;conomique du Congr&#232;s, qui visait l'ind&#233;pendance nationale sous le capitalisme. Ainsi, la puissance &#233;conomique de la bourgeoisie indienne a cr&#233;&#233; son h&#233;g&#233;monie politique, lui permettant de devenir la classe dirigeante du mouvement national et de marginaliser les revendications plus radicales des ouvriers et des paysans. Son leadership a permis de garantir que les luttes anti-imp&#233;rialistes ne d&#233;passent pas les limites et ne menacent pas les relations de propri&#233;t&#233; capitalistes. Il est &#233;galement av&#233;r&#233; qu'elle a parfois coop&#233;r&#233; avec certaines sections de l'&#201;tat colonial lorsque cela servait ses int&#233;r&#234;ts, par exemple en acceptant des capitaux britanniques dans des coentreprises et en r&#233;primant les mouvements sociaux militants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; sa domination &#233;conomique croissante, la bourgeoisie indig&#232;ne avait encore du chemin &#224; parcourir. Elle &#233;tait toujours soumise &#224; des contraintes structurelles, car le capital britannique conservait le contr&#244;le des finances, du transport maritime, des plantations et de nombreux secteurs tr&#232;s rentables, notamment les assurances et les banques. De plus, l'&#201;tat colonial &#233;tait fondamentalement con&#231;u pour prot&#233;ger les int&#233;r&#234;ts imp&#233;riaux, et les concessions accord&#233;es aux capitalistes indiens n'&#233;taient que tactiques et n'ont jamais &#233;t&#233; transformatrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, dans les ann&#233;es 1920, la bourgeoisie indienne avait atteint une domination sectorielle dans des industries cl&#233;s (textile, acier). Sa puissance &#233;conomique lui a permis d'exercer une h&#233;g&#233;monie sur la politique nationaliste, qu'elle a habilement utilis&#233;e pour faire avancer ses int&#233;r&#234;ts de classe, orientant ainsi le programme &#233;conomique du mouvement ind&#233;pendantiste vers le d&#233;veloppement capitaliste. En raison de leur position h&#233;g&#233;monique au sein du bloc anticolonial, les alternatives socialistes et ouvri&#232;res ont &#233;t&#233; explicitement mises &#224; l'&#233;cart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation cr&#233;&#233;e autour de la Premi&#232;re Guerre mondiale a &#233;t&#233; une pr&#233;cieuse le&#231;on pour la bourgeoisie indienne. Elle a compris qu'elle pouvait &#233;quitablement rivaliser avec le capital britannique lorsqu'elle b&#233;n&#233;ficiait d'une protection, et que le pouvoir politique &#233;tait la cl&#233; pour garantir cette protection de mani&#232;re permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au-del&#224; du discours bourgeois&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;cits officiels nous rappellent que le Congr&#232;s national indien a men&#233; la lutte pour la libert&#233; et l'a remport&#233;e en 1947. Cependant, ils ne pr&#233;cisent pas pour qui cette libert&#233; a &#233;t&#233; obtenue. Qu'est-il advenu des ouvriers des usines, des paysans &#233;cras&#233;s par les loyers et les dettes, ou des masses laborieuses qui ont vers&#233; leur sang dans les rues ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, la r&#233;volution russe a chang&#233; le cours de l'histoire humaine. Elle a prouv&#233; que m&#234;me un pays vaste et arri&#233;r&#233; pouvait vaincre sa classe dirigeante et ses cha&#238;nes imp&#233;rialistes gr&#226;ce &#224; la puissance unie des ouvriers et des paysans. Elle a inspir&#233; des millions de personnes &#224; travers le monde et, en Inde, quelques ann&#233;es plus tard, les communistes et les socialistes ont pris leur r&#244;le d'aile consciente de la lutte pour la libert&#233;. Ils ont li&#233; la lutte anti-imp&#233;rialiste &#224; la lutte pour renverser le capitalisme et le f&#233;odalisme. Cependant, bien avant l'existence du Parti communiste, les r&#233;volutionnaires indiens &#224; l'&#233;tranger &#8211; les Ghadarites &#8211; ont brandi la banni&#232;re de la r&#233;bellion arm&#233;e contre les Britanniques. Bien qu'ils ne fussent pas encore marxistes, ils partageaient avec les communistes une haine de l'exploitation coloniale et une croyance en la solidarit&#233; internationale de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti communiste indien (CPI) a &#233;t&#233; officiellement cr&#233;&#233; en 1925 &#224; Kanpur. D&#232;s le d&#233;but, il s'est enracin&#233; dans les luttes des ouvriers et des paysans. Il a men&#233; des gr&#232;ves dans les usines textiles de Bombay et les usines de jute du Bengale, organis&#233; les cheminots en syndicats militants et diffus&#233; la litt&#233;rature marxiste malgr&#233; la r&#233;pression coloniale brutale. D&#232;s le d&#233;but, les communistes ont explicitement indiqu&#233; que l'ind&#233;pendance sous le capitalisme ne mettrait pas fin &#224; l'exploitation. Leur objectif &#233;tait une r&#233;publique ouvri&#232;re et paysanne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1934, le Parti socialiste du Congr&#232;s (CSP) a &#233;t&#233; fond&#233; par Jayaprakash Narayan, Acharya Narendra Deva et d'autres. Ils ont tent&#233; de pousser le Congr&#232;s vers des r&#233;formes agraires radicales, une industrialisation dirig&#233;e par l'&#201;tat et &#233;galement une action directe contre l'imp&#233;rialisme. Si le CSP a souvent collabor&#233; avec les communistes dans le cadre de gr&#232;ves et de luttes paysannes, sa position au sein du Congr&#232;s lui a souvent li&#233; les mains lorsque la direction a fait des compromis avec les Britanniques ou la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les communistes et les socialistes ont cr&#233;&#233; des organisations de masse qui ont donn&#233; &#224; la lutte pour la libert&#233; une dimension militante et ouvri&#232;re. Les gr&#232;ves men&#233;es par l'All India Trade Union Congress (AITUC) ont secou&#233; Bombay, Calcutta et les lignes ferroviaires &#224; travers le pays. Sous la direction de l'All India Kisan Sabha (AIKS), des millions de paysans se sont soulev&#233;s contre le syst&#232;me foncier, d&#233;clenchant des mouvements tels que Tebhaga au Bengale, la lutte arm&#233;e au Telangana et d'autres. Il ne s'agissait pas de protestations symboliques, mais de d&#233;fis directs au pouvoir colonial et capitaliste foncier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les communistes indiens ont en effet &#233;t&#233; parmi les premiers &#224; r&#233;clamer ouvertement et sans rel&#226;che l'ind&#233;pendance totale (purna swaraj) vis-&#224;-vis de la domination britannique. Ce faisant, ils ont marqu&#233; leur temps, &#224; une &#233;poque o&#249; les dirigeants bourgeois indiens du Congr&#232;s h&#233;sitaient encore entre une r&#233;forme constitutionnelle mod&#233;r&#233;e et le statut de dominion au sein de l'Empire britannique. Jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1920, la direction dominante du Congr&#232;s (domin&#233;e par les mod&#233;r&#233;s, puis par l'aile du &#171; programme constructif &#187; de Gandhi) n'exigeait pas la s&#233;paration compl&#232;te de l'Empire britannique. Ses revendications portaient g&#233;n&#233;ralement sur une plus vaste repr&#233;sentation de l'Inde au sein du pouvoir l&#233;gislatif et sur le statut de dominion, c'est-&#224;-dire l'autonomie gouvernementale au sein de l'Empire, &#224; l'instar du Canada ou de l'Australie. La bourgeoisie craignait qu'une rupture totale ne provoque des soul&#232;vements de masse incontr&#244;lables qui pourraient &#233;galement menacer ses propres relations de propri&#233;t&#233;. M&#234;me dans le rapport Nehru de 1928, le statut de dominion &#233;tait l'objectif officiel, malgr&#233; l'agitation croissante des jeunes et de la gauche en faveur d'une ind&#233;pendance totale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les ann&#233;es de guerre et les contradictions de classe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la Seconde Guerre mondiale &#233;clata, les communistes s'y oppos&#232;rent initialement en tant que guerre interimp&#233;rialiste, c'est-&#224;-dire un conflit entre puissances coloniales rivales pour des march&#233;s et des territoires. Ils s'oppos&#232;rent aux efforts de guerre britanniques en Inde, appel&#232;rent &#224; des luttes militantes et s'align&#232;rent avec d'autres forces anticolonialistes dans des gr&#232;ves, des soul&#232;vements paysans et des manifestations. Cela cr&#233;a des communistes une partie de la coalition antibritannique plus large, malgr&#233; leur taille encore limit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la situation a chang&#233; apr&#232;s l'invasion de l'Union sovi&#233;tique par Hitler en 1941. La ligne du Komintern s'est orient&#233;e vers une guerre populaire, soutenant les Alli&#233;s contre le fascisme. Cela a conduit le CPI &#224; s'abstenir du mouvement Quit India en 1942. Cette action a cr&#233;&#233; des divisions entre les communistes et les autres forces anti-imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les communistes du monde entier, la d&#233;faite du fascisme devint la t&#226;che principale ; les luttes anticoloniales devaient d&#233;sormais &#234;tre subordonn&#233;es &#224; l'effort de guerre des Alli&#233;s. Ce fut la &#171; capitulation &#187; du PCI dans le contexte indien. Dans la pratique, il soutint l'effort de guerre des Alli&#233;s (britanniques) en Inde, exhortant les travailleurs &#224; &#233;viter les gr&#232;ves qui pourraient entraver la production pour la guerre. Il &#339;uvra m&#234;me au maintien de la paix industrielle, une position qui aida objectivement l'imp&#233;rialisme britannique. Lors du mouvement Quit India d'ao&#251;t 1942, le plus vaste soul&#232;vement populaire contre la domination britannique depuis 1857, le CPI s'y opposa, le qualifiant de perturbateur pour la lutte contre le fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quit India &#233;tait principalement dirig&#233;e par le Congr&#232;s et par une action spontan&#233;e des masses populaires. En refusant d'y participer &#8212; et dans certains cas en d&#233;courageant activement les gr&#232;ves et les manifestations &#8212;, le CPI s'est ali&#233;n&#233; une portion consid&#233;rable des masses anti-imp&#233;rialistes. Cette d&#233;cision a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e par de nombreux nationalistes comme une &#171; trahison &#187; ou une &#171; collaboration &#187; avec les Britanniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant 1941, les communistes gagnaient en influence gr&#226;ce &#224; des gr&#232;ves militantes et des actions paysannes. La nouvelle ligne a refroidi cette militance, rompant le lien entre le CPI et les courants anti-britanniques les plus militants pendant pr&#232;s de trois ans. Ce changement a signifi&#233; que le CPI a c&#233;d&#233; le leadership du mouvement de masse au Congr&#232;s nationaliste bourgeois. La chance de positionner la classe ouvri&#232;re comme l'avant-garde de la lutte pour l'ind&#233;pendance a &#233;t&#233; perdue, du moins temporairement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue du PCI, cette politique &#233;tait une question de loyaut&#233; internationaliste envers l'Union sovi&#233;tique, qui &#233;tait menac&#233;e dans son existence m&#234;me. Mais en Inde, elle signifiait donner la priorit&#233; aux besoins de guerre de l'Empire britannique plut&#244;t qu'&#224; la lib&#233;ration imm&#233;diate. Si cela pouvait se d&#233;fendre d'un point de vue antifasciste mondial, cela affaiblit la cr&#233;dibilit&#233; anti-imp&#233;rialiste du PCI au niveau national et sa capacit&#233; &#224; contester le leadership bourgeois apr&#232;s 1945.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la guerre, le CPI a tent&#233; de retrouver son &#233;lan r&#233;volutionnaire avec la lutte arm&#233;e du Telangana, le mouvement Tebhaga et des gr&#232;ves militantes, mais &#224; ce moment-l&#224;, le Congr&#232;s s'&#233;tait d&#233;j&#224; r&#233;affirm&#233; comme la principale force nationaliste. La &#171; capitulation &#187; communiste de 1941-1945 a sans doute compromis la possibilit&#233; d'une ind&#233;pendance men&#233;e par la gauche en Inde. Les marxistes comme R. Palme Dutt d&#233;fendent la d&#233;cision du PCI comme &#233;tant historiquement n&#233;cessaire pour vaincre le fascisme, tandis que d'autres &#8211; y compris certains membres de la gauche indienne &#8211; affirment qu'il s'agissait d'une subordination sectaire aux ordres du Komintern qui a rompu le lien organique entre les communistes et le soul&#232;vement anticolonialiste de masse en Inde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est crucial de reconna&#238;tre que les organisations populaires de gauche, en particulier les syndicats, ont contribu&#233; de mani&#232;re significative au mouvement Quit India. Les factions de gauche issues de traditions non communistes, telles que le RSP, le RCPI, le BLPI, entre autres, se sont engag&#233;es dans le mouvement avec un enthousiasme consid&#233;rable. De plus, les socialistes du CSP sont entr&#233;s dans la clandestinit&#233; pour lutter, et apr&#232;s 1945, les communistes sont revenus &#224; l'action militante de masse, menant des gr&#232;ves, des mutineries (r&#233;volte de la Royal Indian Navy, 1946) et des soul&#232;vements paysans arm&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'occasion manqu&#233;e et ses cons&#233;quences&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refus du CPI de rejoindre Quit India a emp&#234;ch&#233; la classe ouvri&#232;re et la paysannerie de devenir les leaders organis&#233;s et conscients du mouvement d'ind&#233;pendance &#224; un moment d&#233;cisif. En cons&#233;quence, le nationalisme bourgeois a pu pr&#233;senter 1947 comme sa victoire, fa&#231;onnant le nouvel &#201;tat pour servir l'accumulation capitaliste et pr&#233;server le pouvoir des propri&#233;taires terriens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le retrait du PCI du front anti-britannique en 1942 a laiss&#233; le champ politique ouvert &#224; l'expansion des forces communautaires, m&#234;me si ce n'&#233;tait pas la seule cause. Le lien est subtil mais tr&#232;s r&#233;el en termes de politique de classe et de vide politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le retrait du PCI n'a pas cr&#233;&#233; le communautarisme. La politique imp&#233;riale britannique et les contradictions de classe en Inde l'avaient d&#233;j&#224; nourri, mais avec le d&#233;part des communistes du front anti-imp&#233;rialiste, un p&#244;le d'attraction s&#233;culaire majeur de la classe ouvri&#232;re a &#233;t&#233; retir&#233; du front. Sans ce p&#244;le, le foss&#233; entre la bourgeoisie et les communaut&#233;s s'est creus&#233;, et la lutte pour l'ind&#233;pendance s'est de plus en plus jou&#233;e en termes communautaires plut&#244;t qu'en termes de classe. Le sous-continent souffre encore aujourd'hui de cet h&#233;ritage d&#233;vastateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, subordonner une lutte de lib&#233;ration coloniale aux besoins de politique &#233;trang&#232;re d'un autre &#201;tat (m&#234;me &#171; socialiste &#187;) peut rompre le lien organique entre les r&#233;volutionnaires et les masses et rendre l'initiative politique &#224; la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;volution inachev&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin de compte, la direction bourgeoise du Congr&#232;s a n&#233;goci&#233; un accord avec l'imp&#233;rialisme britannique qui a laiss&#233; intact le syst&#232;me f&#233;odal et prot&#233;g&#233; la propri&#233;t&#233; capitaliste. Les communistes et les socialistes, malgr&#233; leur h&#233;ro&#239;sme, n'&#233;taient pas en mesure de prendre le pouvoir national en 1947. La r&#233;pression, les d&#233;bats internes et la force politique de la bourgeoisie ont fait que la r&#233;volution s'est arr&#234;t&#233;e &#224; mi-chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1947 montre que la souverainet&#233; politique peut coexister avec l'exploitation capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Soumya Sahin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Traduit pour ESSF par Sushovan Dhar.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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