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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Javier Milei, produit des mutations du capitalisme</title>
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		<dc:date>2025-10-21T07:22:52Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvain Pablo Rotelli</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2025-10-21</dc:subject>
		<dc:subject>Argentine</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Qui sort v&#233;ritablement gagnant de l'arriv&#233;e au pouvoir de Javier Milei ? Ou plut&#244;t, quels groupes sociaux sont en mesure d'orienter la politique men&#233;e par le pr&#233;sident argentin ? La mont&#233;e du mil&#233;isme est moins la cons&#233;quence d'une soudaine adh&#233;sion des masses aux id&#233;es libertariennes que d'une reconfiguration des rapports de forces entre diff&#233;rentes fractions de la bourgeoisie argentine d'une part, et du manque d'alternative politique pour les masses laborieuses lors de son &#233;lection. &lt;br class='autobr' /&gt; 16 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Amerique-centrale-et-du-sud-1696-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/capture_d_e_cran_le_2025-10-21_a_16_46.03-73e50.png?1781083538' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Qui sort v&#233;ritablement gagnant de l'arriv&#233;e au pouvoir de Javier Milei ? Ou plut&#244;t, quels groupes sociaux sont en mesure d'orienter la politique men&#233;e par le pr&#233;sident argentin ? La mont&#233;e du mil&#233;isme est moins la cons&#233;quence d'une soudaine adh&#233;sion des masses aux id&#233;es libertariennes que d'une reconfiguration des rapports de forces entre diff&#233;rentes fractions de la bourgeoisie argentine d'une part, et du manque d'alternative politique pour les masses laborieuses lors de son &#233;lection.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;16 octobre 2025 | tir&#233; d'AOC media&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://aoc.media/analyse/2025/10/15/javier-milei-produit-des-mutations-du-capitalisme&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://aoc.media/analyse/2025/10/15/javier-milei-produit-des-mutations-du-capitalisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Development studies, aujourd'hui domin&#233;s par les projets de la coop&#233;ration internationale et &#171; d'aide au d&#233;veloppement &#187;, ont toutefois connu une solide p&#233;riode structuraliste, qui demeure tr&#232;s &#233;clairante jusqu'&#224; nos jours pour analyser les dynamiques &#233;conomiques et politiques de nombreux &#171; pays du Sud &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le la est donn&#233; par la publication du th&#233;or&#232;me Prebisch-Singer en 1949, sous forme de note &#224; la CEPAL. Se basant sur une &#233;tude quantitative, agr&#233;geant des donn&#233;es issues des comptes nationaux de nombreux pays latino-am&#233;ricains, les auteurs avancent une d&#233;couverte majeure, qui tord le cou aux tenants du lib&#233;ralisme. Ils montrent qu'avec l'enrichissement mondial, les prix internationaux des biens primaires &#8211; que les pays du Sud exportent &#8211; augmentent moins vite que ceux des biens industriels, dans lesquels se sp&#233;cialisent les pays du Nord, car &#171; mieux dot&#233;s en capital &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, la sp&#233;cialisation productive appara&#238;t comme un pi&#232;ge pour les trajectoires de d&#233;veloppement les pays du Sud. La th&#233;orie de la d&#233;pendance est ainsi n&#233;e, et devient la pierre angulaire &#224; l'&#233;cole du Structuralisme latinoam&#233;ricain. Si Cardoso, coauteur de Faletto devient pr&#233;sident du Br&#233;sil en 1995 et applique une politique n&#233;olib&#233;rale, d'autres courants de cette &#233;cole se rapprochent du marxisme et ressemblent furieusement &#224; la th&#233;orie de l'imp&#233;rialisme de L&#233;nine et de Rosa Luxembourg, o&#249; les &#171; pays du sud &#187; sont en r&#233;alit&#233; les &#171; pays domin&#233;s par l'imp&#233;rialisme &#187;. Nous pensons ici &#224; Ruy Mauro Marini par exemple, oppos&#233; au r&#233;formisme de Raul Prebisch.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La th&#233;orie de la d&#233;pendance, et plus largement le structuralisme latinoam&#233;ricain &#233;clairent particuli&#232;rement bien l'histoire &#233;conomique argentine.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, lorsque l'Argentine se constitue en tant qu'&#201;tat ind&#233;pendant au XIXe si&#232;cle, sa place dans la division internationale du travail lui est d&#233;j&#224; attitr&#233;e. Sa forte dotation en terres arables en fait un exportateur de biens primaires de choix. Par ailleurs, le g&#233;nocide du peuple paraguayen, plus connu sous &#171; la guerre de la Triple Alliance &#187; rappelle ce qu'il en co&#251;te de s'industrialiser et de concurrencer les manufactures britanniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but du XXe si&#232;cle, l'Argentine est peu peupl&#233;e et dispose d'une rente d'exportation faramineuse. Cela fait dire &#224; Milei, qui reprend maladroitement les estimations d'Angus Maddison, que l'Argentine &#233;tait le pays &#224; plus haut PIB par habitant, et que le p&#233;ronisme &#8211; et plus g&#233;n&#233;ralement l'intervention de l'&#201;tat &#8211; serait venu tout g&#226;cher. Hormis le fait que le calcul du PIB n'existe pas avant 1950, que le classement d'Angus Maddison est estimatif et n&#233;cessairement biais&#233;, qu'il ne prend en compte que vingt pays, que l'Argentine ne se classe pas premi&#232;re mais huiti&#232;me sur cette liste, Milei semble oublier la variable la plus explicative de l'&#233;volution de la position de l'Argentine sur le classement des pays en termes de PIB par habitant : sa croissance d&#233;mographique. En effet, entre 1885 et 1947, la population passe de quatre millions d'habitants &#224; pr&#232;s de seize millions, une croissance d&#233;mographique qu'une croissance &#233;conomique par t&#234;te bas&#233;e presque exclusivement sur une rente d'exportation peine &#224; &#233;galer, encore moins &#224; surpasser durablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la m&#234;me p&#233;riode, les pays europ&#233;ens connaissent une croissance d&#233;mographique bien plus faible. N'ayant pas &#224; compenser une population qui se quadruple en quarante ans, un taux de croissance plus faible de leur PIB suffit &#8211; 1% sur longue p&#233;riode selon Thomas Piketty &#8211; pour que leur PIB par habitant croisse plus vite que celui de l'Argentine, dont le classement diminue m&#233;caniquement. On imagine mal un pays agro-exportateur et p&#233;riph&#233;rique avoir un taux de croissance du PIB par habitant sup&#233;rieur &#224; celui des pays industrialis&#233;s sur une longue p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais pourquoi l'Argentine ne diversifiait pas sa production ? Pourquoi l'&#233;conomie du pays &#233;tait tir&#233;e exclusivement par son secteur agro-exportateur ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse est donn&#233;e par l'un des effets pervers de la d&#233;pendance &#224; l'exportation de biens primaires. En effet, lorsque l'Argentine exporte quelque chose, elle re&#231;oit des devises comme moyen de payement. Lorsqu'elle importe quelque chose, elle adresse un payement en devises au reste du monde. Dans ce contexte, s'industrialiser signifie cesser d'importer certains biens industriels, ce qui en revient &#224; r&#233;duire le flux de devises adress&#233; au reste du monde. En retour, le reste du monde r&#233;duit le flux de devises adress&#233; &#224; l'Argentine, ce qui signifie tr&#232;s concr&#232;tement que cette derni&#232;re voit ses exportations diminuer. &#201;tant donn&#233; que ses exportations sont constitu&#233;es quasi exclusivement de la production du secteur agro-exportateur, nous comprenons la farouche opposition de ce dernier &#224; toute tentative d'industrialisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la crise de 1929, puis la Deuxi&#232;me guerre mondiale viennent modifier cet &#233;quilibre. Cette fois-ci, la logique s'inverse. La demande adress&#233;e &#224; la production argentine s'effondre dans tous les cas, ce qui contraint le pays &#224; entamer une phase d'industrialisation par substitution d'importations (ISI) afin de maintenir sa stabilit&#233; macro&#233;conomique. Le secteur agraire se divise sur la question, notamment lors de la signature du pacte Roca-Runciman en 1933. Ce trait&#233; conc&#232;de &#224; l'Argentine une niche pour ses exportations agraires au sein du march&#233; britannique, que les grands propri&#233;taires terriens s'empressent de remplir. Une fois leur production assur&#233;e, ils deviennent favorables &#224; un d&#233;veloppement de l'industrie l&#233;g&#232;re sur leur territoire, contrairement aux petits et moyens producteurs qui soutiennent farouchement le libre-&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Seulement, cette fen&#234;tre ne se refermera jamais plus.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, les transformations socio-politiques provoqu&#233;s par la mutation des bases productives argentine ne permettent pas de retour en arri&#232;re. En s'industrialisant, l'Argentine voit se d&#233;velopper une classe ouvri&#232;re, issue des villes mais aussi de l'exode rural. Cette classe ouvri&#232;re s'organise, se syndique, se structure et re&#231;oit l'influence des mouvements ouvriers europ&#233;ens au point qu'au d&#233;but des ann&#233;es 1940, quatre grandes tendances existent en son sein : le communisme, l'anarchisme, le socialisme, et le syndicalisme r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette derni&#232;re tendance, avec le soutien d'une partie des socialistes, investit la construction du Partido Laborista en 1945, dont les statuts ressemblent fortement &#224; ceux du Labour Party britannique. Toutefois, sa version argentine investit un front &#233;lectoral en 1945 qui soutient la candidature d'un certain Juan Domingo Per&#243;n.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les politiques protectionnistes et industrialisantes que met en place ce dernier durant ses deux premiers mandats &#8211; le deuxi&#232;me est interrompu par un sanglant coup d'&#201;tat militaire en 1955 &#8211; favorisent deux groupes socio-&#233;conomiques a priori antagonistes. De larges fractions de la classe ouvri&#232;re, d'une part, qui obtiennent la mise en place de revendications de longue date relatives &#224; la s&#233;curit&#233; sociale, aux cong&#233;s pay&#233;s, &#224; la hausse des salaires. Dans une logique keyn&#233;sienne somme toute tr&#232;s classique, le d&#233;veloppement du march&#233; int&#233;rieur favorise aussi diff&#233;rentes sous-fractions de la bourgeoisie industrielle, d&#233;j&#224; choy&#233;e par la politique commerciale du p&#233;ronisme, qui passe par la nationalisation du commerce ext&#233;rieur et la redistribution des exc&#233;dents vers l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soutien au p&#233;ronisme du patronat industriel n'est pas homog&#232;ne selon les sous-fractions qui le composent et varie &#233;galement selon le taux de profit sectoriel. En effet, selon Basualdo (2005), lorsque celui-ci passe en dessous d'un certain niveau, le capital industriel &#233;tranger, ainsi que certaines fractions nationales d&#233;pendantes de celui-ci se mettent &#224; &#339;uvrer activement pour un changement de r&#233;gime, que le secteur agro-exportateur appelle &#233;galement de ses v&#339;ux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, un retour au mod&#232;le agro-exportateur pur en revient &#224; exclure la classe ouvri&#232;re du processus de production, ainsi que certaines fractions de la bourgeoisie. Nombreuse, politiquement organis&#233;e et hautement syndiqu&#233;e, capable de voter pour des gouvernements industrialisateurs, la classe ouvri&#232;re argentine repr&#233;sente le rempart contre le retour &#224; la r&#233;publique banani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis lors, l'Argentine se trouve en situation de &#171; match nul h&#233;g&#233;monique &#187;, o&#249; aucun mod&#232;le &#8211; agro exportateur ou industriel &#8211; ne parvient durablement &#224; s'imposer, et par cons&#233;quent aucune fraction des classes dominantes ne peut enti&#232;rement dominer les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;lection de Javier Milei, cons&#233;quence de la financiarisation du capitalisme argentin ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arriv&#233;e au pouvoir de Javier Milei repr&#233;sente une s&#233;rieuse tentative de remise en question du match-nul h&#233;g&#233;monique. En effet, l'&#233;quilibre entre fractions de classes cr&#233;e un espace pour que s'y faufile la fraction montante : la bourgeoisie financi&#232;re, dont le d&#233;veloppement est concomitant &#224; celui du secteur financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, Milei a souvent &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; comme un outsider de la politique, image qu'il a largement contribu&#233; &#224; construire. Habitu&#233; des plateaux t&#233;l&#233;, l'&#233;conomiste libertarien compense le manque de reconnaissance de ses pairs par une popularit&#233; m&#233;diatique bas&#233;e sur les prises de position pr&#233;tendument disruptives. L'&#201;tat serait l'ennemi &#224; abattre. L'entit&#233; qui a priv&#233; de libert&#233; les Argentins durant la pand&#233;mie est aussi celle qui leur &#171; vole leurs richesses &#187; &#224; travers les imp&#244;ts. Au nom d'une libert&#233; radicale, il appelle &#224; privatiser les trottoirs, &#224; d&#233;r&#233;guler la vente d'organes, &#224; d&#233;truire l'&#201;tat, &#224; br&#251;ler la Banque Centrale et &#224; dollariser l'&#233;conomie. Mais surtout, il s'agit de &#171; combattre la caste &#187;, qui serait globalement compos&#233;e de la classe politique, de l'ensemble des fonctionnaires et bien s&#251;r, des syndicalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce discours fait rapidement mouche chez une cat&#233;gorie de la population jusqu'alors peu identifi&#233;e par la science politique argentine : les insuffisamment pauvres pour acc&#233;der aux aides sociales, et insuffisamment ins&#233;r&#233;s socialement pour jouir des conqu&#234;tes du mouvement ouvrier li&#233;es au salariat formel (Ruggeri, 2023). Souvent jeunes, peu dipl&#244;m&#233;s, auto-entrepreneurs &#224; faible revenus vivant chez leurs parents, percevant les intellectuels de gauche comme donneurs de le&#231;ons, les allocataires comme des assist&#233;s, ces &#233;lecteurs adh&#232;rent rapidement &#224; un discours qui leur procure l'occasion de prendre une certaine revanche sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les statistiques &#233;lectorales du second tour vont en ce sens, qui oppose le candidat du p&#233;ronisme Sergio Massa &#224; Javier Milei. Ce dernier obtient 63,5% des voix des auto-entrepreneurs (contre 30% pour Massa), presque neuf militaires sur dix et sept policiers sur dix votent pour le candidat libertarien. Il obtient aussi le soutien du secteur financier, avec 52% du personnel de la finance qui vote pour lui (contre 39% pour Massa) ou encore des inactifs, qui le pl&#233;biscitent &#224; hauteur de 51,9% des voix (contre 41,8% pour Massa).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'arr&#234;ter ici pourrait valider l'id&#233;e selon laquelle la sociologie &#233;lectorale d'un candidat d&#233;voilerait sa vraie nature. Ce campisme &#233;lectoral ne permet pas de voir que le simple fait que de tr&#232;s nombreux ouvriers votent pour un parti ne suffit pas &#224; faire de celui-ci un parti ouvrier. Preuve s'il en est, Milei est majoritaire chez les ouvriers (52,3%), alors que le candidat p&#233;roniste ne fait que 41,6%. Affirmer que le parti La Libertad Avanza serait un parti ouvrier serait au mieux une incroyable pirouette intellectuelle et au pire un acte fabuleux de mauvaise foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre chiffre surprenant : le vote par affiliation partisane. Alors que l'on pourrait s'attendre &#224; ce que les adh&#233;rents au Partido Justicialista (le parti p&#233;roniste) votent comme un seul homme pour le candidat p&#233;roniste, un tiers de cette cat&#233;gorie pr&#233;f&#232;re donner sa voix &#224; Javier Milei. De quoi remettre en question les &#8211; d&#233;j&#224; peu op&#233;rants &#8211; clivages partisans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aussi, Milei obtient de tr&#232;s bons scores chez les salari&#233;s du secteur public (45,3%) ou encore chez les scientifiques et autres &#171; professions intellectuelles sup&#233;rieures &#187; (56,8%).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re le&#231;on &#224; tirer de ces r&#233;sultats est que Sergio Massa, le ministre de l'&#233;conomie d'Alberto Fernandez (p&#233;roniste de centre-droit), n'a pas repr&#233;sent&#233; une alternative pour les travailleurs. Sa strat&#233;gie de &#171; d&#233;cornerisation &#187;, bas&#233;e sur le pr&#233;suppos&#233; qu'il ne faut pas &#171; effrayer l'&#233;lectorat &#187;, que son virage &#224; droite permettrait de d'empi&#233;ter sur les plate-bandes de Javier Milei tout en ayant comme garantie que tout ce qui se trouve &#224; sa gauche votera pour lui paraissait infaillible sur un plan logique, mais s'est av&#233;r&#233;e &#234;tre une catastrophe &#233;lectorale. A croire que le seul clivage gauche-droite ne recouvrirait pas toute la r&#233;alit&#233; politique d'un pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un plan de stabilit&#233; macro&#233;conomique tr&#232;s profitable pour le secteur financier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; le vote Milei est somme toute tr&#232;s transversal, sa sociologie ne permet pas vraiment de caract&#233;riser politiquement le personnage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, de quoi Javier Milei est-il le nom ? Est-il l'outsider anti-caste qu'il disait &#234;tre ? Cette question pouvait &#234;tre r&#233;pondue d&#232;s le second tour, lorsque son parti r&#233;alise un accord &#233;lectoral avec le PRO, le parti de la droite traditionnelle argentine. Autrement dit, avant d'entrer en fonction, Milei s'appr&#234;te d&#233;j&#224; &#224; gouverner avec &#171; la caste &#187; qu'il d&#233;non&#231;ait la veille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les accointances de Javier Milei avec Elon Musk ou avec des agents dominants du champ de la finance et de l'e-commerce en Argentine ne sont pas simplement id&#233;ologiques. Derri&#232;re les mises en sc&#232;ne spectaculaires, comme lorsque le Pr&#233;sident argentin offre une tron&#231;onneuse dor&#233;e &#224; Elon Musk, se cache la relation entre le secteur financier &#233;tranger et domestique &#8211; en mont&#233;e &#8211; et son poulain libertarien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car si la sociologie &#233;lectorale de l'int&#233;ress&#233; ne permet pas d'en d&#233;duire totalement la teneur politique, sa politique &#233;conomique est bien plus &#233;clairante &#224; ce sujet. Sous couvert de recherche de stabilit&#233; macro et de combat contre l'inflation, se cache en r&#233;alit&#233; un transfert de ressources consid&#233;rable vers le secteur financier. L'exemple le plus concret est celui du carry trade, qui donne lieu &#224; ce que les Argentins surnomment &#171; la bicyclette financi&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;canisme est simple. Afin de stopper &#8211; officiellement &#8211; la d&#233;pr&#233;ciation du peso, les autorit&#233;s mon&#233;taires argentines cherchent &#224; rendre la monnaie nationale attirante. Pour cela, certaines administrations publiques &#8211; dont la Banque Centrale &#8211; &#233;mettent des titres libell&#233;s en pesos, tr&#232;s r&#233;mun&#233;rateurs, et &#224; dur&#233;e de vie relativement courte. Avec ce syst&#232;me, si l'on d&#233;marre, par exemple, avec 100 dollars US, il est possible de les &#233;changer contre des pesos &#224; un taux X. Puis, en pla&#231;ant ces m&#234;mes pesos dans les titres tout juste mentionn&#233;s, l'investisseur empoche une juteuse rentabilit&#233;, toujours en pesos, qui surpasse amplement l'inflation domestique et la d&#233;pr&#233;ciation. L'investisseur n'a plus qu'&#224; racheter des dollars, s'il veut sortir du jeu, au m&#234;me taux X et empocher une rentabilit&#233; dollars US cette fois-ci. Lors de certaines p&#233;riodes ce syst&#232;me a permis, avec une mise de d&#233;part de 100 dollars US, d'en retirer 125 un an plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident qu'un investissement financier dans un pays p&#233;riph&#233;rique comportant une rentabilit&#233; en dollars de 25% est clairement insoutenable. En effet, d'o&#249; sortent les 25 dollars US suppl&#233;mentaires de notre exemple ? Tr&#232;s concr&#232;tement, de la dette ext&#233;rieure et de la surexploitation des travailleurs argentins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors, que se passe-t-il lorsqu'un pays du Sud fait d&#233;faut sur sa dette ext&#233;rieure ? Les cr&#233;anciers effacent amicalement les comptes ? Le FMI regarde ailleurs ? Non, bien entendu. La domination imp&#233;rialiste qu'il subit s'abat de toutes ses forces en faisant main basse sur ses ressources. En clair : derri&#232;re les accolades avec Elon Musk se cache le pillage du lithium pour les batteries Tesla.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e en puissance du secteur financier se voit refl&#233;t&#233;e dans la production l&#233;gislative. Illustrant l'id&#233;e selon laquelle l'&#201;tat agit comme garant des int&#233;r&#234;ts des dominants, le gouvernement fait voter un ensemble de lois sous le nom de &#171; R&#233;gime d'incitation pour les grands investissements &#187; (RIGI), tr&#232;s favorables &#224; l'extractivisme sans contr&#244;le et au secteur financier, notamment &#224; travers les nombreuses exon&#233;rations et incitations destin&#233;es &#224; &#171; attirer des capitaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les perdants du mod&#232;le : les travailleurs, le secteur industriel et agro exportateur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La progressive consolidation d'un nouveau bloc dominant, ou bien la mont&#233;e en puissance de la fraction financi&#232;re de la bourgeoisie argentine, se traduit par une tentative de mise au pas des autres fractions. Autrement dit, le &#171; mod&#232;le Milei &#187; peut se voir comme une tentative de vampirisation du secteur financier envers non seulement les travailleurs mais aussi le secteur agro-exportateur et l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela se comprend tout d'abord avec la politique mon&#233;taire et commerciale argentine. L'ouverture aux importations d&#233;favorise logiquement le secteur industriel, au profit des importateurs. Mais aussi, les taux d'int&#233;r&#234;t &#233;lev&#233;s, n&#233;cessaires au carry trade, sont une mise &#224; mort de l'industrie nationale, tout comme le peso fort, qui favorise les importations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peso fort est aussi d&#233;favorable au secteur agro-exportateur, qui perd en comp&#233;titivit&#233;, notamment vis-&#224;-vis du g&#233;ant br&#233;silien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vampirisation emprunte aussi la voie de la politique fiscale. S&#233;rieusement mis &#224; contribution sur l'autel de la dette, le secteur industriel mais aussi le secteur agro exportateur sont bien plus impos&#233;s que ce que la campagne anti-&#233;tat et anti-imp&#244;ts du feu libertarien laissait le supposer. &#192; titre d'exemple, la production m&#233;tallurgique &#224; la sortie de l'usine est impos&#233;e &#224; hauteur de 32% en moyenne, sans compter la TVA, soit deux fois plus qu'au Mexique ou au Br&#233;sil. Avec la TVA, ce taux grimpe &#224; 44%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;r&#233;gulation du commerce ext&#233;rieur, le peso fort et cette politique fiscale expliquent en bonne partie qu'entre novembre 2023 et ao&#251;t 2024, 38 532 emplois aient &#233;t&#233; perdus dans le secteur industriel et 879 entreprises dans l'industrie manufacturi&#232;re aient mis la cl&#233; sous la porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les exportations de soja, quant &#224; elles, ont &#233;t&#233; tax&#233;es depuis le d&#233;but du mandat de Milei &#8211; except&#233; un bref interlude &#8211; &#224; hauteur de 33%. La force de frappe de la fraction terrienne de la bourgeoisie argentine a r&#233;cemment permis de faire passer ce taux &#224; 26%, t&#233;moignant de l'existence d'un rapport de forces encore en n&#233;gociation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les principaux sacrifi&#233;s demeurent n&#233;anmoins les travailleurs et les retrait&#233;s qui, contrairement &#224; leurs homologues fran&#231;ais, sont tr&#232;s touch&#233;s par la pauvret&#233;. Le minimum retraite s'&#233;l&#232;ve actuellement &#224; 290 dollars, dans un pays o&#249; un jean de marque co&#251;te environ 150 dollars. Le pouvoir d'achat recule, les retraites ne sont pas revaloris&#233;es au rythme de l'inflation, et les coupes budg&#233;taires en mati&#232;re de sant&#233; et d'&#233;ducation sont drastiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur triste sort contraste particuli&#232;rement avec le traitement r&#233;serv&#233; &#224; l'un des amis du Pr&#233;sident, Marcos Galperin. Ce Jeff Bezos argentin est le CEO de Mercado Libre, le concurrent d'Amazon en Am&#233;rique latine, entreprise qui re&#231;oit cent millions de dollars de subsides de l'Etat par an.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, les manifestations de retrait&#233;s sont r&#233;guli&#232;rement r&#233;prim&#233;es, tandis que la gendarmerie d&#233;loge des piquets de gr&#232;ve, et la police de Buenos Aires criminalise les vendeurs de rue, ou les collecteurs de d&#233;chets informels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e de personnages comme Javier Milei est davantage la cons&#233;quence des mutations r&#233;centes du capitalisme et des rapports de force entre les fractions dominantes que le fruit d'une soudaine adh&#233;sion des masses &#224; des id&#233;es r&#233;actionnaires. Elle est aussi rendue possible par le manque d'alternative politique pour les travailleurs, ainsi que par les rouages du scrutin majoritaire &#224; deux tours. En effet, Milei n'arrive qu'en deuxi&#232;me position au premier tour, avec 30% des voix et force est de constater que Sergio Massa, le &#171; ministre de l'inflation &#187; n'a pas s&#233;duit les masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourra r&#233;torquer que le ph&#233;nom&#232;ne Milei n'est pas nouveau, et que l'Argentine a connu des gouvernements ouvertement fascistes &#8211; comme la dictature de Videla et Galtieri &#8211; et/ou n&#233;olib&#233;raux, comme le gouvernement de Mauricio Macri (2015-2019).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, ce qui semble constituer une nouveaut&#233; est la capacit&#233; de la fraction financi&#232;re &#224; diriger durablement le cycle d'accumulation pr&#233;sent. La baisse r&#233;cente des imp&#244;ts sur le soja prouve n&#233;anmoins qu'elle doit faire certaines concessions &#224; d'autres fractions, capables, dans une certaine mesure, de diff&#233;rer leurs exportations et par l&#224; m&#234;me, de compromettre la stabilit&#233; du taux de change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, si les mutations du capitalisme laissent pr&#233;voir l'apparition de nouveaux Javier Milei, l'avenir de celui-ci d&#233;pend essentiellement de la r&#233;solution des conflits entre fractions dominantes mais aussi &#8211; et surtout &#8211; de la r&#233;sistance que pourra lui opposer le prol&#233;tariat organis&#233;. Par cons&#233;quent miser sur l'organisation des travailleurs devient plus que jamais n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sylvain Pablo Rotelli&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sociologue, Ma&#238;tre de conf&#233;rences en Sociologie &#224; l'Universit&#233; Toulouse Capitole&lt;/p&gt;
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