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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Les dirigeants de la Gauche europ&#233;enne sur l'Ukraine : M&#234;me pas un soup&#231;on de solidarit&#233;</title>
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		<dc:date>2023-11-28T14:15:40Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Murray Smith</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-11-28</dc:subject>
		<dc:subject>Ukraine</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;bats : quel soutien &#224; la lutte du peuple ukrainien ? </dc:subject>
		<dc:subject>Guerre en Ukraine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le site du think tank Transform ! a publi&#233; le 13 ao&#251;t un article intitul&#233; &#171; La gauche et la guerre inter-imp&#233;riale &#187;, &#233;crit par Michael Brie et Heinz Bierbaum (The Left and the Inter-Imperial War (transform-network.net). Les auteurs sont des figures de proue de longue date et largement respect&#233;es de Die Linke (La Gauche, Allemagne). Heinz Bierbaum a &#233;t&#233; pr&#233;sident du Parti de la gauche europ&#233;enne de 2019 &#224; 2022 et est aujourd'hui pr&#233;sident de la Fondation Rosa Luxemburg. &lt;br class='autobr' /&gt; 6 octobre 2023 | (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2023-11-28-+" rel="tag"&gt;Edition du 2023-11-28&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Guerre-en-Ukraine-+" rel="tag"&gt;Guerre en Ukraine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/paix_ou_solidarite-1801d.png?1701449841' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le site du think tank Transform ! a publi&#233; le 13 ao&#251;t un article intitul&#233; &#171; La gauche et la guerre inter-imp&#233;riale &#187;, &#233;crit par Michael Brie et Heinz Bierbaum (The Left and the Inter-Imperial War (transform-network.net). Les auteurs sont des figures de proue de longue date et largement respect&#233;es de Die Linke (La Gauche, Allemagne). Heinz Bierbaum a &#233;t&#233; pr&#233;sident du Parti de la gauche europ&#233;enne de 2019 &#224; 2022 et est aujourd'hui pr&#233;sident de la Fondation Rosa Luxemburg.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;6 octobre 2023 | tir&#233; d'Europe solidaire sans fronti&#232;res&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://europe-solidaire.org/spip.php?article68660&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://europe-solidaire.org/spip.php?article68660&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Die Linke est aujourd'hui dans une crise largement d&#233;crite comme existentielle. De nombreux camarades tentent d'aider le parti &#224; sortir du brouillard dans lequel il semble s'&#234;tre perdu et &#224; d&#233;velopper une approche orient&#233;e vers les classes populaires. Brie et Bierbaum sont deux parmi eux. Il y a quelque temps, ils ont co&#233;crit un article dans Neues Deutschland qui allait dans ce sens. Il n'y avait que des r&#233;f&#233;rences passag&#232;res &#224; la guerre en Ukraine, mais elles &#233;taient inqui&#233;tantes. &#192; la lumi&#232;re de leur contribution actuelle, les r&#233;f&#233;rences inqui&#233;tantes &#233;taient clairement pr&#233;monitoires de quelque chose de beaucoup plus grave. (Une r&#233;cente contribution de Walter Baier, Pr&#233;sident du Parti de la Gauche Europ&#233;enne, (Making the Difference - Rosa-Luxemburg-Stiftung (rosalux.de), qui traite de questions plus larges, est sur la question de l'Ukraine, proche de la position de Brie et Bierbaum, bien que sur un ton plus mod&#233;r&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les auteurs citent Ferdinand Lassalle : &#171; Toute grande action politique commence par l'&#233;nonciation de ce qui est. Toute petitesse politique consiste &#224; dissimuler et &#224; occulter ce qui est &#187;. On ne peut qu'&#234;tre d'accord. Alors, posons-nous la question : qu'est-ce qui est, en Ukraine, aujourd'hui ? La premi&#232;re chose &#224; dire est que la chose la plus importante n'est m&#234;me pas mentionn&#233;e dans leur document.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pourrions dire que la chose la plus importante est que la Russie a envahi l'Ukraine en f&#233;vrier 2022. C'est bien s&#251;r vrai, et c'est ce qui a d&#233;clench&#233; la guerre actuelle. Mais en fait, ce qui est vraiment important, c'est que l'invasion s'est heurt&#233;e &#224; la r&#233;sistance massive du peuple ukrainien. Pas seulement le gouvernement et les forces arm&#233;es, mais aussi le peuple. Les partisans dans les territoires occup&#233;s, les organisations et mouvements de la soci&#233;t&#233; civile et les initiatives populaires un peu partout, ont contribu&#233; &#224; la d&#233;fense de leur pays. La communaut&#233; rom, souvent victime de discriminations en Ukraine comme ailleurs, s'est &#233;galement mobilis&#233;e. Les formes de r&#233;sistance peuvent &#234;tre multiples, arm&#233;es ou non. Il existe deux grandes conf&#233;d&#233;rations syndicales en Ukraine. Elles soutiennent toutes les deux la d&#233;fense de leur pays. Elles collectent des fonds pour aider leurs membres engag&#233;s dans les forces arm&#233;es et pour acheter des &#233;quipements militaires. La gauche politique soutient la guerre, de m&#234;me qu'un r&#233;seau de femmes tr&#232;s actif. M&#234;me les anarchistes ont suspendu leur opposition &#224; tous les Etats pour s'engager dans l'arm&#233;e et combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, les syndicats et la gauche luttent contre les politiques n&#233;olib&#233;rales du gouvernement ukrainien, notamment les lois antisyndicales, et pour la d&#233;fense des services publics. Les partisans internationaux de l'Ukraine soutiennent les syndicats ukrainiens sur les deux plans, contre l'agression russe et pour la d&#233;fense de leurs droits sociaux. Dans l'ensemble, les syndicats europ&#233;ens ont un meilleur bilan que la gauche politique. Ils apportent une aide r&#233;elle aux syndicats ukrainiens de multiples fa&#231;ons et certains d'entre eux expriment tr&#232;s clairement leur soutien politique &#224; l'Ukraine. Cela s'explique en partie par le fait que nombre d'entre eux connaissent et aident les syndicats ukrainiens depuis 20 ou 30 ans. Pour la m&#234;me raison, ils font ce qu'ils peuvent pour soutenir les syndicats b&#233;larussiens qui ont &#233;t&#233; s&#233;v&#232;rement r&#233;prim&#233;s par Loukachenko.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut &#233;galement tenir compte du fait que les syndicats, aussi affaiblis soient-ils, restent des organisations de masse et sont donc plus sensibles &#224;l'opinion public pro-ukrainien qui est majoritaire dans tous les pays d'Europe occidentale, m&#234;me dans ceux o&#249; la gauche qui voit la politique mondiale &#224; travers le prisme de camps antagonistes (la gauche &#171; campiste &#187;) et celle qui soutient l'apaisement avec Poutine font le plus de bruit. La victoire la plus r&#233;cente de la solidarit&#233; avec l'Ukraine a &#233;t&#233; le vote &#233;crasant du congr&#232;s des syndicats britanniques (voir annexe 1).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;A. Nature de la guerre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la gauche politique internationale, il n'y a pas de &#171; dans l'ensemble &#187;. Il y a des partis qui soutiennent l'Ukraine et d'autres qui ne la soutiennent pas, que ce soit pour des raisons pacifistes, campistes ou g&#233;opolitiques. Et dans de nombreux pays, il y a des divisions au sein de la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les auteurs citent Rosa Luxemburg pour affirmer qu'il n'existe pas de guerre d&#233;fensive. Mais plus loin, ils expliquent que &#171; pour la Russie, il s'agit de d&#233;fendre sa position g&#233;opolitique menac&#233;e &#187;. Pas son territoire, pas son peuple, mais sa &#171; position g&#233;opolitique menac&#233;e &#187;. Nous y reviendrons. Quoi qu'il en soit, la guerre actuelle est une guerre d&#233;fensive qui a commenc&#233; par la d&#233;fense de l'Ukraine contre l'agression russe. Nous verrons plus tard d'o&#249; vient cette agression. Pour prendre un autre exemple, en 1979, le Vi&#234;t Nam a men&#233; avec succ&#232;s une guerre d&#233;fensive contre une invasion chinoise. Les guerres d&#233;fensives existent donc, mais la question centrale n'est pas de savoir si une guerre est d&#233;fensive ou offensive. Ce qui compte, c'est la nature de la guerre et des pays impliqu&#233;s, et non la question de qui l'a d&#233;clench&#233;e. Par exemple, il ne fait aucun doute que les guerres d'ind&#233;pendance alg&#233;rienne et irlandaise ont &#233;t&#233; lanc&#233;es par des organisations des peuples colonis&#233;s, qui ont tir&#233; les premiers coups de feu. Il ne fait &#233;galement aucun doute que les guerres qui ont suivi &#233;taient des guerres de lib&#233;ration nationale, en r&#233;ponse &#224; des si&#232;cles d'oppression coloniale par les imp&#233;rialismes fran&#231;ais et britannique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons &#224; la guerre actuelle. Il s'agit d'une guerre d'agression lanc&#233;e par l'imp&#233;rialisme russe contre l'Ukraine, qui a &#233;t&#233; opprim&#233;e par la Russie pendant des si&#232;cles. La relation entre l'Ukraine et la Russie a &#233;t&#233; compar&#233;e par L&#233;nine &#224; celle entre la Grande-Bretagne et l'Irlande, en des termes tr&#232;s forts : &#171; exploit&#233;s jusqu'&#224; la limite, sans rien recevoir en retour &#187;. (Discours prononc&#233; &#224; Zurich le 27 octobre 1914, non inclus dans les &#338;uvres compl&#232;tes. Il s'agit &#233;galement de la seule occasion enregistr&#233;e o&#249; L&#233;nine a explicitement appel&#233; &#224; l'ind&#233;pendance de l'Ukraine). L'Ukraine a donc tout &#224; fait le droit de se d&#233;fendre et il est du devoir de la gauche internationaliste de la soutenir. Ce serait encore le cas si l'Ukraine &#233;tait pass&#233;e &#224; l'offensive dans le Donbass ou en Crim&#233;e entre 2014 et 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 1. Que veulent les Ukrainiens ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que disent nos auteurs de la r&#233;sistance du peuple ukrainien ? Pratiquement rien. Dire qu'ils l'occultent serait un euph&#233;misme. Ils parlent d'un &#171; abattoir pour les soldats des deux camps &#187; - des deux camps, comme s'ils &#233;taient sur le m&#234;me plan. Ce n'est pas le cas. Lors de la bataille de Stalingrad en 1942-43, des centaines de milliers de soldats ont trouv&#233; la mort. Dans les deux camps. Mais ces deux camps n'&#233;taient pas &#233;gaux et, &#224; l'&#233;poque, personne ne pensait qu'ils l'&#233;taient. Les soldats de l'Arm&#233;e rouge sont morts en d&#233;fendant leur pays, puis en passant &#224; l'offensive. Ceux de la Wehrmacht sont morts en envahissant l'Union sovi&#233;tique et en d&#233;fendant l'Allemagne nazie. Il n'y avait pas de signe &#233;gal. Au Vi&#234;t Nam, 60 000 soldats am&#233;ricains sont morts. Beaucoup d'entre eux avaient d&#233;j&#224; compris qu'ils menaient une guerre injuste et ne demandaient qu'&#224; rentrer chez eux. Mais la guerre est implacable. Lorsque votre pays est occup&#233; par une arm&#233;e imp&#233;rialiste, vous ne pouvez pas la chasser sans tuer un grand nombre de ses soldats. Et l'arm&#233;e am&#233;ricaine a tu&#233; beaucoup, beaucoup plus de Vietnamiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les auteurs qualifient la guerre de guerre inter-imp&#233;riale. Rien de nouveau, si ce n'est que l'on dit imp&#233;rial plut&#244;t qu'imp&#233;rialiste. Ils r&#233;p&#232;tent la litanie habituelle selon laquelle l'OTAN n'a pas tenu sa promesse de ne pas s'&#233;largir &#224; l'Est et que la Russie s'est sentie menac&#233;e et a d&#251; se d&#233;fendre. Je n'aborderai pas ce point en d&#233;tail, puisque je l'ai d&#233;j&#224; fait ailleurs (Russia's war on Ukraine and the European lefts | Links). Mais soulignons ce qui est essentiel dans le document. &#171; Une fois que nous avons compris que cette guerre est avant tout une guerre inter-imp&#233;riale, les &#233;tapes vers la paix deviennent &#233;galement claires comme de l'eau de roche du point de vue de la gauche. &#187; Ce qui est clair comme de l'eau de roche, c'est que la d&#233;finition de guerre inter-imp&#233;riale ou par procuration permet de traiter le peuple ukrainien comme une quantit&#233; n&#233;gligeable et marchandable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier aspect frappant de l'article est sa n&#233;gation totale des Ukrainiens en tant qu'agents de leur propre avenir. Car les Ukrainiens ne sont pas de simples victimes, ils ne sont pas non plus manipul&#233;s par les m&#233;chants imp&#233;rialistes occidentaux. Les Ukrainiens savent ce qu'ils veulent et sont pr&#234;ts &#224; se battre pour cela. Mais que lisons-nous ? Tout d'abord, &#171; Les tentatives des &#201;tats-Unis et de l'Union europ&#233;enne pour amener l'Ukraine &#224; choisir une orientation unilat&#233;rale vers l'Union europ&#233;enne et l'OTAN, et donc (&#224; abandonner) la politique d'un r&#244;le interm&#233;diaire entre l'Ouest et l'Est &#187;. Premi&#232;rement, les Ukrainiens n'ont jamais choisi ce r&#244;le d'interm&#233;diaire, il leur a &#233;t&#233; impos&#233;. Deuxi&#232;mement, ils ont choisi de se d&#233;tourner de la Russie et de se tourner vers l'Europe. Ils ont fait ce choix lors du Ma&#239;dan et l'ont confirm&#233; lors des &#233;lections de 2014 et de 2019. Avant 2014, l'attitude &#224; l'&#233;gard de l'UE &#233;tait largement positive, mais pas clairement majoritaire. Il n'y a jamais eu de majorit&#233; pour l'OTAN avant 2014. Apr&#232;s, il y a eu une majorit&#233; pour l'UE et l'OTAN. Et cette majorit&#233; s'est &#233;largie et est devenue massive apr&#232;s le 24 f&#233;vrier 2022. La raison peut &#234;tre r&#233;sum&#233;e en deux mots : Poutine, Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 29 ao&#251;t, un sondage a &#233;t&#233; publi&#233;, r&#233;alis&#233; par l'Institut international de Sociologie de Kyivpour le compte de l'Institut de sociologie de l'Acad&#233;mie nationale des sciences d'Ukraine. Il a montr&#233; (page 39) que 83,5 % des Ukrainiens pensent que la victoire n'est possible que si tous les territoires occup&#233;s sont restitu&#233;s. Seuls 4 % pensent qu'il est acceptable de revenir au statu quo ante 24 f&#233;vrier 2022, c'est-&#224;-dire de laisser &#224; la Russie la Crim&#233;e et les &#171; r&#233;publiques &#187;. Ces chiffres n'ont rien de surprenant, ils ne font que confirmer ceux des sondages pr&#233;c&#233;dents. Certaines manifestations r&#233;centes illustrent l'attitude &#224; l'&#233;gard de la guerre. &#192; Odessa, Lviv et ailleurs, des manifestations ont eu lieu pour demander que l'argent destin&#233; par les conseils municipaux &#224; diverses fins soit plut&#244;t utilis&#233; pour soutenir l'effort de guerre. &#192; Kiev, des manifestations contre la corruption au sein de l'administration municipale ont eu le m&#234;me objectif. Il ne s'agit pas de manifestations contre la guerre ou contre l'utilisation de l'Ukraine comme &#171; proxy &#187; par l'imp&#233;rialisme occidental. Il s'agit d'exigences pour que la guerre soit men&#233;e avec le maximum de ressources disponibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 2. L'avenir propos&#233; pour l'Ukraine : le &#8216;conflit gel&#233;'&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que dit le document sur l'avenir de l'Ukraine n'a rien &#224; voir avec ce que veut le peuple ukrainien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un cessez-le-feu imm&#233;diat, sans conditions pr&#233;alables, contr&#244;l&#233; par l'ONU et les &#201;tats neutres. Dans un deuxi&#232;me temps, des n&#233;gociations doivent &#234;tre men&#233;es pour rechercher un &#233;quilibre des int&#233;r&#234;ts entre tous les &#201;tats bellig&#233;rants et ceux qui sont impliqu&#233;s dans la guerre. &#187; Pas une seule mention des droits du peuple ukrainien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que les choses soient tout &#224; fait claires, nous pouvons lire : &#171; L'id&#233;e que cela puisse conduire &#224; un &#233;tat de choses d'avant-guerre n'est pas r&#233;aliste. &#187; Dans le contexte du document, cette d&#233;claration est en fait exacte. Le &#171; ceci &#187; auquel il est fait r&#233;f&#233;rence concerne le plan d&#233;crit ci-dessus. Un argument classique en faveur de n&#233;gociations par-dessus la t&#234;te des principaux int&#233;ress&#233;s, en l'occurrence le peuple ukrainien. Depuis le Congr&#232;s de Vienne en 1815, de tels &#171; trait&#233;s de paix &#187; n'ont fait que pr&#233;parer le terrain pour de nouvelles guerres - et parfois des r&#233;volutions. En effet, un tel processus en Ukraine ne peut pas conduire &#224; un &#171; &#233;tat de choses d'avant-guerre &#187;, qui impliquerait n&#233;cessairement le retrait des troupes russes. La lutte continue du peuple ukrainien peut conduire &#224; un tel r&#233;sultat. Mais ni cette lutte ni la demande de retrait des troupes russes ne sont mentionn&#233;es par les auteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils &#233;crivent que &#171; de nombreux efforts sont n&#233;cessaires pour cr&#233;er un syst&#232;me global de s&#233;curit&#233; commune incluant la Russie. Cela prendra un temps consid&#233;rable &#187;. Il s'agit l&#224; temps d'un objectif totalement irr&#233;aliste m&#234;me dans un &#171; temps consid&#233;rable &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pire est encore &#224; venir. Nous apprenons qu'&#171; un conflit gel&#233; devra &#234;tre support&#233; pendant une tr&#232;s longue p&#233;riode &#187;, mais que c'est &#171; mieux que la guerre &#187;. On se demande si ceux qui &#233;crivent cela savent vraiment ce qu'ils disent. Ils condamnent les Ukrainiens qui vivent sous l'occupation russe &#224; continuer &#224; le faire pendant &#171; une tr&#232;s longue p&#233;riode &#187;. L'occupation de certains territoires dure maintenant depuis plus de dix-huit mois, ce qui est d&#233;j&#224; tr&#232;s long pour ceux qui sont oblig&#233;s de la subir. Il s'agit d'une occupation barbare, qui commence par des viols et des pillages et se poursuit par des arrestations arbitraires, des tortures, des ex&#233;cutions sommaires d'hommes, de femmes et d'enfants, des filtrages, des d&#233;portations de civils et des enl&#232;vements d'enfants ukrainiens, ainsi que par des projets visant &#224; inonder les zones occup&#233;es d'immigrants russes, comme cela a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; fait en Crim&#233;e. De quel droit peut-on condamner des populations enti&#232;res &#224; subir cela et ajouter l'insulte &#224; l'injure en affirmant que c'est &#171; mieux que la guerre &#187;. Rien n'est moins &#233;vident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'id&#233;e que l'Ukraine puisse se lib&#233;rer d'elle-m&#234;me serait irr&#233;aliste, regardons quelques pr&#233;c&#233;dents. Nombreux &#233;taient ceux qui ont jug&#233; irr&#233;aliste l'id&#233;e que le Vietnam puisse vaincre l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais puis am&#233;ricain. Ou que l'Alg&#233;rie pourrait gagner son ind&#233;pendance. Ou encore qu'une poign&#233;e de combattants dans un bateau qui prenait l'eau puisse d&#233;clencher une r&#233;volution &#224; Cuba. Mais les r&#233;alistes n'&#233;taient pas si r&#233;alistes. Dans les bonnes circonstances, ceux qui se battent peuvent cr&#233;er leur propre r&#233;alisme. Ceux qui ne se battent pas ne parviendront jamais &#224; rien. En fait, ceux qui ont appel&#233; au cessez-le-feu, aux n&#233;gociations et &#224; la &#171; paix &#187; en Alg&#233;rie et au Vi&#234;t Nam n'ont eu aucun effet.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;B. La rivalit&#233; inter-imp&#233;rialiste et l'Ukraine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les auteurs de l'article accordent une importance centrale &#224; leur analyse de la guerre comme &#233;tant inter-imp&#233;riale, dans laquelle l'Ukraine n'est qu'un proxy de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain. Cette analyse semble se justifier d'abord parce qu'elle s'inscrit dans la confrontation entre les &#201;tats-Unis et l'OTAN, d'une part, et la Russie et la Chine, d'autre part. Et, plus pr&#233;cis&#233;ment, dans l'expansion de l'OTAN vers l'Est. Deuxi&#232;mement, parce que l'Ukraine re&#231;oit, principalement des pays de l'OTAN, une partie des armes dont elle a besoin pour se d&#233;fendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confrontation entre la puissance mondiale h&#233;g&#233;monique, les &#201;tats-Unis, et son successeur putatif, la Chine, est un fait central de la politique et de l'&#233;conomie internationales. La Russie ne joue pas dans la m&#234;me cat&#233;gorie, mais elle est suffisamment importante pour compliquer les choses. Quelle est donc la place de l'Ukraine dans ce sch&#233;ma ? Comme nous l'avons dit plus haut, l'Ukraine a choisi de s'aligner sur l'Occident. Il convient d'insister sur le mot &#171; choisi &#187;. D'abord, parce que c'est un fait. Ensuite, parce que l'insistance sur le fait que l'Ukraine et les Ukrainiens sont en quelque sorte manipul&#233;s par les &#201;tats-Unis et l'OTAN r&#233;v&#232;le deux choses sur ceux qui le disent. La premi&#232;re est leur incapacit&#233; &#224; sortir de la mentalit&#233; selon laquelle tout ce qui se passe de mauvais dans le monde est de la responsabilit&#233; des &#201;tats-Unis et de l'OTAN. Il s'agit d'un cadre tout &#224; fait inad&#233;quat pour comprendre le monde d'aujourd'hui, o&#249; il existe trois imp&#233;rialismes principaux (&#201;tats-Unis, Chine et Russie) et une s&#233;rie d'imp&#233;rialismes secondaires (Grande-Bretagne, France, Allemagne, Japon...) qui peuvent bien &#234;tre des alli&#233;s des &#201;tats-Unis mais qui ont &#233;galement leurs propres int&#233;r&#234;ts sp&#233;cifiques &#224; d&#233;fendre. Il y a ensuite une s&#233;rie d'acteurs autonomes : Inde, Iran, Isra&#235;l, Arabie Saoudite, Br&#233;sil, entre autres. La deuxi&#232;me chose que cela nous apprend est que, pour eux, non seulement les droits des petites nations, ou m&#234;me des nations moins petites, sont consid&#233;r&#233;s comme sacrifiables, mais aussi qu'ils les consid&#232;rent comme n'ayant aucune volont&#233; propre, aucune capacit&#233; d'agir dans leur propre int&#233;r&#234;t. Ce ne sont que des pions sur l'&#233;chiquier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fa&#231;on dont les auteurs abordent la situation internationale le montre clairement. &#192; un moment donn&#233;, ils &#233;crivent qu'&#171; une agressivit&#233; croissante est apparue dans la lutte pour l'h&#233;g&#233;monie, qui est li&#233;e aux contradictions internes et externes exacerb&#233;es d'un d&#233;veloppement capitaliste in&#233;gal &#187;. Ce serait un bon point de d&#233;part, mais ils tombent syst&#233;matiquement dans la caricature de l'agressivit&#233; des &#201;tats-Unis et de leurs alli&#233;s, ce qui conduit, implicitement ou explicitement, &#224; l'id&#233;e que la Russie et la Chine sont sur la d&#233;fensive. On y ajoute le dernier mot &#224; la mode, la multipolarit&#233;. Il existe une mani&#232;re potentiellement positive de d&#233;finir ce mot. Il pourrait signifier le droit de chaque nation &#224; d&#233;cider de son propre avenir et &#224; se gouverner elle-m&#234;me. Mais ce n'est pas ce qu'il signifie dans les intentions et les actions des grandes et moins grandes puissances qui le pr&#244;nent. Ce qu'elle signifie pour eux, c'est le droit de chaque pays &#224; faire ce qu'il veut, avec son propre peuple et, dans la mesure du possible, avec les pays plus faibles qui l'entourent. Les nations puissantes admettent rarement, voire jamais, qu'elles dominent d'autres nations simplement parce qu'elles le peuvent et parce que cela sert leurs propres int&#233;r&#234;ts. Elles ont recours &#224; des justifications id&#233;ologiques. Pour les &#201;tats-Unis, il s'agit de d&#233;fendre la &#171; d&#233;mocratie &#187; et un &#171; ordre international fond&#233; sur des r&#232;gles &#187;. Beaucoup de gens de gauche vous le diront. En g&#233;n&#233;ral, ils sont beaucoup plus r&#233;ticents &#224; diss&#233;quer les concepts profond&#233;ment r&#233;actionnaires du monde russe, de la Russie en tant que civilisation unique. Ou la pr&#233;tention de la Chine &#224; diriger le Sud global.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#201;tats-Unis, en tant que puissance mondiale h&#233;g&#233;monique, sont oblig&#233;s d'intervenir dans de nombreux endroits pour d&#233;fendre ou promouvoir leur propre position. Il est donc difficile de d&#233;finir leur sph&#232;re d'influence. D'une certaine mani&#232;re, le monde est leur sph&#232;re d'influence. C'est &#224; la fois une expression de leur puissance et une mal&#233;diction. Ce fut &#233;galement le cas de la Grande-Bretagne pendant les deux si&#232;cles de son h&#233;g&#233;monie. Il est n&#233;anmoins clair que, depuis plus de dix ans, les &#201;tats-Unis cherchent &#224; tourner leur attention vers la Chine et la r&#233;gion indopacifique. S'engager dans une guerre en Europe n'&#233;tait pas du tout pr&#233;vu et ne correspondait pas aux priorit&#233;s am&#233;ricaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 1. La Russie et l'OTAN&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons le cas de la Russie, dont l'objectif dans la guerre est d&#233;fini comme &#171; la d&#233;fense de sa position g&#233;opolitique menac&#233;e &#187;. C'est vrai et c'est la raison fondamentale pour laquelle elle envahit l'Ukraine. Derri&#232;re le terme &#171; position g&#233;opolitique &#187; se cache la conception d'une sph&#232;re d'influence qui couvre le territoire de l'ancienne Union sovi&#233;tique/empire tsariste, ainsi que, dans la mesure du possible, ses anciens satellites d'Europe centrale et orientale. Cette position g&#233;opolitique est menac&#233;e. Par qui ? Les auteurs r&#233;pondent : par les &#201;tats-Unis, l'OTAN et l'UE. Il est vrai que ni les &#201;tats-Unis ni l'UE ne peuvent accepter le droit de la Russie &#224; dominer l'Europe de l'Est. Mais ni les &#201;tats-Unis, ni l'OTAN, ni l'UE n'ont la moindre intention d'envahir la Russie. Et la v&#233;ritable menace pour la Russie est la r&#233;sistance des habitants des pays qu'elle consid&#232;re comme faisant partie de sa sph&#232;re d'influence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'effondrement de l'Union sovi&#233;tique, les r&#233;publiques non russes ont d&#233;clar&#233; leur ind&#233;pendance et les pays de l'ancien bloc sovi&#233;tique ont transform&#233; leur ind&#233;pendance de jure en ind&#233;pendance de facto. Ils ont rejoint l'OTAN et, dans la plupart des cas, l'Union europ&#233;enne. Les &#201;tats baltes ont suivi le m&#234;me chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'une certaine gauche parle de l'&#233;largissement de l'OTAN, son analyse des raisons pour lesquelles ces pays ont rejoint l'OTAN est g&#233;n&#233;ralement r&#233;duite aux d&#233;cisions de Washington. C'&#233;tait un aspect, et un aspect important. Si Washington s'y &#233;tait oppos&#233;, ces pays n'auraient jamais rejoint l'OTAN. Mais Washington &#233;tait favorable &#224; leur adh&#233;sion parce qu'elle renfor&#231;ait et &#233;tendait l'influence des &#201;tats-Unis en Europe. Toutefois, l'adh&#233;sion &#224; l'OTAN n'a pas &#233;t&#233; impos&#233;e &#224; ces pays. Au contraire, ils ont fait campagne et pouss&#233; fort pour &#234;tre accept&#233;s. Non seulement les nouveaux groupes au pouvoir, mais aussi les populations y &#233;taient favorables. Parce qu'elles avaient une peur justifi&#233;e de la Russie. L'Ukraine vient de fournir un exemple frappant de ce qui peut arriver &#224; un pays qui n'est pas membre de l'OTAN. Et aussi parce que l'Occident repr&#233;sentait non seulement la d&#233;mocratie, mais aussi les soci&#233;t&#233;s de consommation prosp&#232;res auxquelles ils aspiraient. Bien s&#251;r, il s'est av&#233;r&#233; que tout ce qui brillait n'&#233;tait pas de l'or.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, l'OTAN est plus forte et plus coh&#233;rente qu'elle ne l'a jamais &#233;t&#233; depuis la fin de la Guerre froide. Et elle n'a jamais &#233;t&#233; aussi populaire. Si l'on veut convaincre les gens que l'avenir ne r&#233;side pas dans une alliance militaire dirig&#233;e par les &#201;tats-Unis, il va falloir leur proposer une alternative cr&#233;dible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autres anciennes r&#233;publiques sovi&#233;tiques n'ont pas suivi la m&#234;me voie, la plupart d'entre elles faisant partie de la Communaut&#233; des &#201;tats ind&#233;pendants et certaines du CSTO (Organisation du trait&#233; de s&#233;curit&#233; collective), une sorte d'OTAN de deuxi&#232;me classe. La plupart des r&#233;publiques ont reconnu la pr&#233;dominance de la Russie, mais le degr&#233; r&#233;el d'influence russe a vari&#233;. Aujourd'hui, il est clair que la guerre en Ukraine a eu pour effet d'affaiblir cette influence. Cela profite non seulement aux &#201;tats-Unis, mais aussi &#224; la Chine et &#224; la Turquie. Un tournant vers ces trois pays (tout en maintenant des relations amicales avec la Russie) fait d&#233;sormais partie de la politique du Kazakhstan, telle que d&#233;finie en 2022, tout comme l'augmentation substantielle de ses budgets de d&#233;fense et de s&#233;curit&#233;. Il convient de mentionner que malgr&#233; sa proximit&#233; avec la Russie, le Kazakhstan refuse de soutenir sa guerre d'agression en Ukraine. Il a &#233;galement toujours refus&#233; de reconna&#238;tre l'annexion de la Crim&#233;e par la Russie. &#192; cet &#233;gard, il a un meilleur positionnement de principe qu'une partie de la gauche occidentale. Mais il y a sans doute aussi des consid&#233;rations pratiques : le Kazakhstan compte une minorit&#233; russophone, concentr&#233;e dans le nord du pays. Il a int&#233;r&#234;t &#224; ne pas accepter le droit d'intervention de la Russie partout o&#249; il y a des russophones. Pour le reste, cet &#233;t&#233; le secr&#233;taire d'&#201;tat am&#233;ricain Blinken a effectu&#233; une tourn&#233;e dans les cinq r&#233;publiques d'Asie centrale. Et l'Arm&#233;nie, traditionnellement proche de Moscou, envoie maintenant de l'aide humanitaire &#224; l'Ukraine et m&#232;ne des man&#339;uvres militaires conjointes avec les &#201;tats-Unis. Ceci n'est bien s&#251;r pas sans lien avec la r&#233;ticence ou l'incapacit&#233; de la Russie &#224; respecter les obligations du trait&#233; du CSTO de d&#233;fendre l'Arm&#233;nie et l'enclave du Nagorno-Karabakh contre l'agression de l'Azerba&#239;djan. (Voir la d&#233;claration du Mouvement socialiste russe : (Concerning Azerbaijan's aggression against Nagorno-Karabakh/Artsakh | Links).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 2. Ma&#239;dan et anti-Ma&#239;dan&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par sa taille, sa situation g&#233;ographique et son histoire, l'Ukraine est au c&#339;ur de tout projet de reconstruction d'un empire russe. La Russie n'a jamais accept&#233; l'ind&#233;pendance de l'Ukraine. Le long texte historique de Poutine en 2021 expliquant que les Ukrainiens et les Russes &#233;taient le m&#234;me peuple peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme faisant partie de la pr&#233;paration id&#233;ologique de la guerre &#224; venir. Mais c'est aussi tr&#232;s probablement ce qu'il pense r&#233;ellement et c'est une id&#233;e largement partag&#233;e en Russie. Jusqu'en 2014, Poutine pensait pouvoir soumettre l'Ukraine en exer&#231;ant des pressions politiques et &#233;conomiques sur ses gouvernements. Il s'appuyait pour cela sur un r&#233;seau d'agents au sein de l'appareil d'&#201;tat, en particulier de la police et des forces arm&#233;es. L'&#233;tendue de ce r&#233;seau, y compris les g&#233;n&#233;raux et les politiciens qui &#233;taient dans la poche de Poutine, a &#233;t&#233; largement d&#233;voil&#233;e en 2014. Mais il &#233;tait encore partiellement fonctionnel en 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma&#239;dan a &#233;t&#233; l'&#233;tincelle qui a convaincu Poutine qu'il &#233;tait temps de recourir &#224; la force. Avant m&#234;me la victoire de Ma&#239;dan et la fuite de Viktor Ianoukovitch, des pr&#233;paratifs &#233;taient en cours pour l'annexion de la Crim&#233;e et pour un processus d'annexion progressive de huit oblasts du sud et de l'est de l'Ukraine, collectivement appel&#233;s Novorossiya. Le plan consistait &#224; passer par une phase de proclamation de &#171; r&#233;publiques populaires &#187;, qui demanderaient plus tard &#224; rejoindre la Russie. Ce plan n'a &#233;t&#233; que tr&#232;s partiellement couronn&#233; de succ&#232;s dans le Donbass.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe de nombreux mythes et demi-v&#233;rit&#233;s sur ce qui s'est pass&#233; dans le Donbass, et plus largement dans le sud et l'est de l'Ukraine, en 2014. La plupart des chiffres qui seront donn&#233;s ici sont tir&#233;s d'un sondage r&#233;alis&#233; par l'Institut international de sociologie de Kyiv (KIIS) en avril 2014. Ce sondage a &#233;t&#233; souvent cit&#233;, non seulement parce qu'il provient d'une source r&#233;put&#233;e, mais aussi en raison de la date &#224; laquelle il a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;. Il donne une photographie de l'opinion dans le sud et l'est au moment o&#249; les milices pro-russes s'emparaient des mairies dans tout le Donbass - et tentaient de faire de m&#234;me ailleurs. Il en ressort que, sur une question importante, concernant la pr&#233;f&#233;rence pour l'Union europ&#233;enne ou l'Union douani&#232;re eurasienne, cette derni&#232;re &#233;tait clairement majoritaire, globalement et dans cinq oblasts sur huit, avec trois oblast qui pr&#233;f&#233;raient l'UE. Sur une question qui n'a pas &#233;t&#233; pos&#233;e par l'enqu&#234;te KIIS, mais pour laquelle il existe de nombreuses preuves, davantage de personnes dans le sud et l'est &#233;taient anti-Maidan que pro-Maidan. Mais davantage ne signifie pas tous. &#192; Kharkiv, la plus grande manifestation pro-Ma&#239;dan a rassembl&#233; 30 000 personnes, &#224; Dnipropetrovsk 15 000. M&#234;me &#224; Donetsk, la plus grande manifestation pro-Maidan &#233;tait de 10 000 personnes, contre 30 000 pour le plus grand rassemblement anti-Maidan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur d'autres questions, le lobby pro-russe et anti-ukrainien n&#8216;a pas de quoi r&#233;jouir. A la question &#171; Soutenez-vous ceux qui s'emparent par les armes de b&#226;timents administratifs dans votre r&#233;gion ? &#187; (ce qui se d&#233;roulait au moment du sondage), le soutien a &#233;t&#233; faible : moins de 12 % au niveau global, 18 % &#224; Donetsk, 24 % &#224; Luhansk, ailleurs aucun oblast n'a atteint les deux chiffres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le Donbass, il y a eu des manifestations anti-Maidan avec un r&#233;el soutien populaire. Les manifestants n'exigeaient pas de rejoindre la Russie : ils protestaient contre un mouvement bas&#233; sur le centre et l'ouest qui, selon eux, avait pris le pouvoir &#224; Kiev. Ils avaient &#233;galement des griefs justifi&#233;s &#224; l'encontre du gouvernement central, qui ne dataient pas de Ma&#239;dan. Et, comme le mouvement de Ma&#239;dan, ils protestaient contre la corruption et les politiciens voleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous am&#232;ne &#224; Ianoukovitch. Sur la question de savoir si Ianoukovitch &#233;tait le pr&#233;sident l&#233;gitime, il n'y avait de majorit&#233; nulle part. Entre 27 et 31 % dans le Donbass, beaucoup moins ailleurs. Il est possible de consid&#233;rer les manifestations anti-Maidan comme des soul&#232;vements populaires embryonnaires. Il aurait &#233;t&#233; int&#233;ressant de voir comment le mouvement aurait &#233;volu&#233;, mais il a &#233;t&#233; interrompu par la militarisation de la situation &#224; travers une s&#233;rie de mini-coups d'&#201;tat dans les villes, l'une apr&#232;s l'autre. C'est l'origine des &#171; r&#233;publiques populaires &#187;. Toute l'op&#233;ration a &#233;t&#233; men&#233;e sous la direction d'agents russes, avec des &#171; volontaires &#187; russes, de l'argent et des armes russes. Ceux qui ont suivi dans le Donbass n'&#233;taient pas majoritaires. En fait, il n'y a jamais eu d'expression de soutien majoritaire &#224; l'adh&#233;sion &#224; la Russie dans le Donbass, que ce soit lors d'une &#233;lection, d'un r&#233;f&#233;rendum ou d'un sondage. Dans le sondage KIIS, environ 30 % des personnes interrog&#233;es &#233;taient favorables &#224; l'adh&#233;sion &#224; la Russie, tandis que plus de 50 % y &#233;taient oppos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu de la mani&#232;re dont le Donbass a &#233;t&#233; occup&#233; et de l'intervention ult&#233;rieure de l'arm&#233;e ukrainienne, il est tout &#224; fait erron&#233; de parler de guerre civile (voir Daria Saburova, &#8220;Questions About Ukraine&#8221;)..). M&#234;me sans l'intervention directe de l'arm&#233;e russe en 2013-14 et son implication continue dans la guerre de basse intensit&#233; de 2014-22, il s'agissait clairement d&#232;s le d&#233;part d'une intervention de la Russie en Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;C. La Russie et le contexte international&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voyons maintenant la dimension internationale. Sans rentrer dans les d&#233;tails, il semble que ce soit une bonne hypoth&#232;se de travail de dire que la p&#233;riode de mondialisation commenc&#233;e dans les ann&#233;es 1980 est termin&#233;e. Historiquement, la fin des p&#233;riodes de mondialisation se traduit par un renforcement de la concurrence inter-imp&#233;rialiste. Personne &#224; gauche ne conteste que les &#201;tats-Unis sont imp&#233;rialistes. On peut en dire autant de la Grande-Bretagne, de l'Allemagne, de la France et de certains pays europ&#233;ens de moindre importance, ainsi que du Japon. Pour des raisons qui sont rarement, voire jamais, &#233;nonc&#233;es, il existe une id&#233;e g&#233;n&#233;rale &#224; gauche selon laquelle l'&#233;mancipation de l'Europe, en particulier de l'UE, de l'h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine serait en quelque sorte progressiste en soi. Cela est loin d'&#234;tre &#233;vident et m&#233;riterait au moins une analyse s&#233;rieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qualifier la Russie et surtout la Chine d'imp&#233;rialistes est plus controvers&#233;. Mais rappelons la description que L&#233;nine faisait de la Russie en 1916. &#034;La Russie avait d&#233;j&#224; battu en temps de paix le record mondial de l'oppression des nations sur la base d'un imp&#233;rialisme beaucoup plus grossier, m&#233;di&#233;val, &#233;conomiquement arri&#233;r&#233;, militaire et bureaucratique. ((voir &#8220;Bilan d'une discussion sur le droit des nations &#224; disposer d'elles-memes&#8221;, O.C., Vol. 22). Ailleurs, il parlait simplement de l'imp&#233;rialisme militaire-f&#233;odal russe. Il n'y a pas grande place l&#224; pour le capital financier, les monopoles ou l'exportation de capitaux. Le point essentiel, c'est que L&#233;nine n'estimait pas n&#233;cessaire qu'un pays coche toutes les cases pour &#234;tre imp&#233;rialiste. Dans le cas de la Russie, les crit&#232;res coloniaux et militaires semblent avoir suffi. Par ailleurs, l'&#233;conomie russe &#233;tait largement domin&#233;e par les capitaux fran&#231;ais, allemands et britanniques (dans cet ordre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La concurrence accrue entre les grandes et les moins grandes puissances s'exerce sur les plans &#233;conomique, politique et militaire. C'est une caract&#233;ristique du capitalisme et de l'imp&#233;rialisme. C'est dans leur nature. Il est tr&#232;s probable que cela conduise &#224; la guerre &#224; un moment ou &#224; un autre. Comme l'a dit Rosa Luxemburg, la guerre est autant une cons&#233;quence logique du capitalisme que la paix arm&#233;e (&#8220;Utopies pacifistes&#8221;, 1911).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confrontation entre les &#201;tats-Unis et la Chine, qui a r&#233;ellement commenc&#233; &#224; s'aiguiser apr&#232;s 2008, a &#233;t&#233; relativement pacifique et &#233;conomique, mais pas compl&#232;tement. La Chine a men&#233; une politique agressive dans la mer de Chine m&#233;ridionale, en construisant des &#238;les largement artificielles et hautement militaris&#233;es dans les eaux internationales et en empi&#233;tant sur les eaux territoriales du Vi&#234;t Nam et des Philippines. Bien entendu, les &#201;tats-Unis n'ont pas manqu&#233; de tirer parti de la situation. Ils ont obtenu plusieurs bases aux Philippines et renforc&#233; leurs liens diplomatiques avec le Vi&#234;t Nam, comme en t&#233;moigne la r&#233;cente visite tr&#232;s m&#233;diatis&#233;e du pr&#233;sident am&#233;ricain Joe Biden &#224; Hano&#239;. Bien s&#251;r, il est possible de consid&#233;rer tout cela comme des provocations contre la Chine inspir&#233;es par les &#201;tats-Unis. Ce serait franchement prendre la situation &#224; l'envers. C'est la Chine qui a lanc&#233; des provocations contre le Vi&#234;t Nam et les Philippines, et ce sont les &#201;tats-Unis qui en profitent. Mais au-del&#224; de ces d&#233;tails, fondamentalement, les &#201;tats-Unis sont d&#233;termin&#233;s &#224; maintenir leur h&#233;g&#233;monie dans la r&#233;gion indopacifique, tandis que la Chine est d&#233;termin&#233;e &#224; &#233;tablir son propre h&#233;g&#233;monie. Telle est la r&#233;alit&#233;. Cela entra&#238;nera des tensions et des conflits dans les mers de Chine m&#233;ridionale et orientale, &#224; propos de Ta&#239;wan et dans la comp&#233;tition pour influencer les nations du Pacifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une approche s&#233;rieuse de la situation internationale n&#233;cessiterait l'abandon de la vieille rengaine qui consiste &#224; d&#233;noncer constamment l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain et ses alli&#233;s, en particulier l'OTAN, tout en trouvant des excuses &#224; la Russie et &#224; la Chine. Cela semble d&#233;passer une partie de la gauche europ&#233;enne et nord-am&#233;ricaine. Cela ne d&#233;passe pas le Parti communiste japonais (PCJ) (voir Kimitoshi Morihara (Japanese Communist Party) : &#8216;Indo-Pacific must be a region of dialogue and cooperation, not rivalry') : &#171; L'Indo-Pacifique doit &#234;tre une r&#233;gion de dialogue et de coop&#233;ration, et non de rivalit&#233; &#187;). Le PCJ s'oppose fermement &#224; la militarisation du Japon et &#224; son int&#233;gration dans le syst&#232;me d'alliances antichinoises mis en place par Washington. Mais il critique aussi clairement ce qu'il appelle l'h&#233;g&#233;monisme et le chauvinisme de grande puissance chinois. Cela recouvre, entre autres, la critique des violations des droits de l'homme au Xinjiang et &#224; Hong Kong et la d&#233;fense du droit &#224; l'autod&#233;termination de Ta&#239;wan (et &#233;videmment l'opposition &#224; l'usage de la force par la Chine). En ce qui concerne la guerre russe en Ukraine, le PCJ d&#233;nonce l'agression de la Russie et exige un retrait imm&#233;diat et inconditionnel des forces militaires russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les gens de la gauche campiste parlent de la Russie, la mani&#232;re dont ils le font en dit long sur eux. La Russie aurait &#233;t&#233; menac&#233;e par l'&#233;largissement de l'OTAN. Sa r&#233;action en envahissant l'Ukraine ne peut &#234;tre approuv&#233;e, mais la faute en incomberait r&#233;ellement aux &#201;tats-Unis et &#224; l'OTAN. Il faudrait comprendre la Russie et faire la paix en tenant compte de ses pr&#233;occupations l&#233;gitimes. Et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 1. La nature de la Russie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'est-ce que la Russie ? C'est la question qu'ils ne posent pas. En principe, une r&#233;publique f&#233;d&#233;rale mais, en fait, les restes (substantiels) d'un empire. Des six empires qui sont entr&#233;s en guerre en 1914 (Allemagne, France, Grande-Bretagne, Russie, Autriche-Hongrie, Turquie), c'est le seul qui subsiste. La Russie n'est pas un &#201;tat-nation mais un empire. Les auteurs du document parlent de l'OTAN qui voudrait &#171; exclure la Russie de l'Europe &#187;. Mais ce n'est pas n&#233;cessaire. La Russie s'est exclue d'elle-m&#234;me de l'Europe lorsqu'elle a travers&#233; l'Oural et conquis, en trois si&#232;cles, des vastes territoires, vers l'est jusqu'au Pacifique et vers le sud jusqu'&#224; l'Asie centrale. Ou, pour &#234;tre plus pr&#233;cis, elle a cess&#233; d'&#234;tre un &#201;tat purement europ&#233;en pour devenir un empire eurasien. D'ailleurs, avant m&#234;me de s'aventurer en Asie, elle &#233;tait d&#233;j&#224; un empire, avec de nombreuses cons&#233;quences que nous ne pouvons pas aborder ici. Mais r&#233;p&#233;ter que &#171; la Russie fait partie de l'Europe &#187; ne nous m&#232;nera nulle part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Politiquement, qu'est-ce que la Russie ? Officiellement une d&#233;mocratie, mais c'est une plaisanterie, comme l'ont montr&#233; les r&#233;centes &#233;lections r&#233;gionales. C'est, &#224; tout le moins, l'&#201;tat le plus r&#233;pressif &#224; l'int&#233;rieur et le plus agressif &#224; l'ext&#233;rieur qui intervienne en Europe. Dans les discussions entre les opposants russes et parmi ceux qui suivent de pr&#232;s les &#233;v&#233;nements en Russie, la question du fascisme est centrale. Examinons les principales caract&#233;ristiques de la Russie. Nous avons le grand leader : le culte de Poutine est modeste compar&#233; &#224; la dynastie des Kim en Cor&#233;e du Nord, ou m&#234;me &#224; Xi Jinping en Chine, mais il est plus important que pour n'importe quel leader russe depuis Staline. Malgr&#233; les apparences de la d&#233;mocratie parlementaire, le r&#233;gime n'est soumis &#224; aucun contr&#244;le d&#233;mocratique. Les droits d&#233;mocratiques les plus &#233;l&#233;mentaires (expression, r&#233;union, manifestation) sont supprim&#233;s. Il n'y a pas de presse libre, ni de syndicats libres. Le climat social et id&#233;ologique est patriarcal, misogyne, homophobe. Et surtout impr&#233;gn&#233; du chauvinisme grand-russe, qui est d&#233;sormais enseign&#233; dans les &#233;coles et appliqu&#233; en Ukraine. La d&#233;finition de la Russie fait l'objet d'un d&#233;bat : fasciste (l'historien Timothy Snyder, le socialiste et &#233;crivain russe Ilya Budraitskis), n&#233;o-fasciste (le philosophe slov&#232;ne Slavoj Zizek), para-fasciste, post-fasciste, fascisant. Il est clair que le fascisme russe ne correspond pas au fascisme &#171; classique &#187; des ann&#233;es 1920 et 1930, mais cela n'&#233;puise pas la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Russie est-elle imp&#233;rialiste ? L&#233;nine le pensait, et il &#233;tait bien conscient de la mesure dans laquelle le capital &#233;tranger contr&#244;lait son &#233;conomie. Les choses ont chang&#233; : il existe aujourd'hui un capital national russe autonome. Un m&#233;lange de capital &#233;tatique et priv&#233;, fortement ax&#233; sur le secteur primaire - p&#233;trole, gaz, min&#233;raux... (Voir Russian imperialism and its monopolies&#8221; | Links). Mais le fait que la Russie ait des int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques &#224; d&#233;fendre ne signifie pas que c'est ce qui a motiv&#233; la guerre. Il y a une autonomie de la dimension politique (ou g&#233;opolitique). L'Ukraine est la cl&#233; de voute de tout projet imp&#233;rial russe, m&#234;me au prix d'un co&#251;t &#233;conomique consid&#233;rable &#224; court terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;p&#233;tons-le : pour comprendre le monde d'aujourd'hui, il faut se d&#233;faire de l'id&#233;e que ce sont les Etats-Unis et leurs alli&#233;s qui initient tout. Les contradictions inter-imp&#233;rialistes et inter-capitalistes s'aiguisent. Cela cr&#233;e des luttes de pouvoir et la cr&#233;ation ou le renforcement de blocs. Les principaux acteurs sont les &#201;tats-Unis, la Chine et la Russie. Mais il existe d'autres acteurs autonomes, cit&#233;s plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne les blocs, les &#201;tats-Unis ont une longueur d'avance : OTAN, Quad, AUKUS, etc. Les pays qui soutiennent la Russie sur la guerre (au lieu de s'abstenir) sont une triste collection : Belarus, Cor&#233;e du Nord, Erythr&#233;e, Iran, Syrie, Nicaragua... Une grande partie du soutien organis&#233; &#224; la Russie en Europe provient des partis d'extr&#234;me droite, m&#234;me si certains d'entre eux sont devenus plus discrets depuis le d&#233;but de la guerre. La Chine a tr&#232;s peu d'alli&#233;s dans son environnement proche : le Cambodge et la junte du Myanmar. Le fait est que de nombreux voisins de la Chine sont davantage alli&#233;s aux &#201;tats-Unis, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'ils sont voisins de la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 2. Les camps dans la politique mondiale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous cherchons &#224; aborder la situation mondiale en termes de camps, il est clair qu'il existe un camp occidental, au sens large. Pendant la guerre froide, il y avait sans aucun doute un camp sovi&#233;tique. Il est beaucoup moins &#233;vident de savoir s'il existe aujourd'hui un camp russe ou chinois. C'est &#224; partir de l&#224; que nous commen&#231;ons &#224; entendre la musique des BRICS et du Sud global, dont on parle parfois comme s'il s'agissait d'un camp anti-occidental r&#233;el ou potentiel. Qui composerait ce camp ? Parfois tout le monde, sauf l'Europe, l'Am&#233;rique du Nord et l'Asie du Nord-Est. Quels sont les crit&#232;res ? Dans les ann&#233;es 1950, il y avait le mouvement des non-align&#233;s, qui &#233;tait pr&#233;cis&#233;ment cela : il n'&#233;tait rattach&#233; &#224; aucun bloc et soutenait les mouvements de lib&#233;ration nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui unit les BRICS ou le Sud global ? Au sens tr&#232;s large, la recherche d'une alternative au monde occidental &#171; fond&#233; sur des r&#232;gles &#187;. Mais c'est tr&#232;s vague. Le document parle de &#171; tentative de nombreux &#201;tats du monde d'&#233;voluer vers un ordre multipolaire non imp&#233;rial de s&#233;curit&#233; commune &#187;. Premi&#232;rement, il semble que l'autonomie &#233;conomique soit tout aussi importante, sinon plus, que la s&#233;curit&#233; commune. Deuxi&#232;mement, il est plus qu'&#233;vident que la Russie et la Chine cherchent &#224; utiliser les BRICS et la notion de Sud global comme levier contre les &#201;tats-Unis. L'id&#233;e de la Chine en tant que leader du Sud global peut sembler fantaisiste. La Chine est en effet l'un des principaux exploiteurs du Sud, notamment par le biais d'&#233;changes in&#233;gaux et de la dette. Mais elle a un objectif tr&#232;s clair &#224; cet &#233;gard (voir &#8220;China, leader of the Global South ?&#8221;,The Economist, 23 septembre 2023). La Russie exploite &#233;galement le Sud global, mais avec une puissance &#233;conomique moindre. Ce n'est pas un hasard si sa p&#233;n&#233;tration de l'Afrique s'est faite par le groupe Wagner, avec les m&#233;thodes de voyous qui le caract&#233;risent. De la d&#233;finition de l'imp&#233;rialisme russe donn&#233;e par L&#233;nine en 1916, on peut retenir au moins qu'il est grossier, militaire et bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224;, le Sud global est extr&#234;mement h&#233;t&#233;rog&#232;ne. Il l'a toujours &#233;t&#233;, &#224; l'&#233;poque o&#249; on l'appelait le tiers-monde, mais cela est beaucoup plus accentu&#233; aujourd'hui. &#192; c&#244;t&#233; des pays classiquement d&#233;pendants d'Afrique, d'Am&#233;rique latine et d'Asie, il y a l'Inde qui aspire &#224; rejoindre le club des grands et qui constitue un cas &#224; part. Il y a les p&#233;tromonarchies du Golfe, en particulier l'Arabie saoudite, les &#201;mirats arabes unis et le Qatar. Des pays comme le Br&#233;sil, l'Afrique du Sud, le Mexique, la Turquie et l'Iran sont ce que l'on pourrait appeler des puissances interm&#233;diaires. Il est plus int&#233;ressant d'analyser la r&#233;alit&#233; du Sud global que de faire de grandes g&#233;n&#233;ralit&#233;s. De m&#234;me qu'il est plus fructueux d'analyser la Russie et la Chine que de les d&#233;finir essentiellement par leur opposition aux &#201;tats-Unis. En outre, le sch&#233;ma assez banal du d&#233;clin de l'h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine et de la mont&#233;e en puissance de la Chine doit &#234;tre examin&#233; d'un &#339;il critique. Il se pourrait bien que les &#201;tats-Unis ne d&#233;clinent pas aussi rapidement qu'on le dit souvent et que la Chine ne les supplantera pas dans un avenir proche, voire jamais. Si nous examinons les membres des BRICS et le Sud en g&#233;n&#233;ral, nous verrons que le degr&#233; d'imbrication avec l'ordre &#233;conomique dirig&#233; par l'Occident est souvent consid&#233;rable. Nulle part est-ce plus vrai qu'en Inde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons l'avant-derni&#232;re section du document. &#171; La paix ... exige avant tout une politique de s&#233;curit&#233; commune. C'est le contraire de la politique imp&#233;rialiste, qui conduit t&#244;t ou tard &#224; des guerres imp&#233;rialistes &#187;. Il s'agit l&#224; d'une d&#233;claration remarquable. Une politique peut &#234;tre adopt&#233;e puis abandonn&#233;e au profit d'une autre. Mais l'imp&#233;rialisme n'est pas une politique : il y a cent ans, L&#233;nine a pol&#233;miqu&#233; contre Karl Kautsky qui pensait qu'il l'&#233;tait. L'imp&#233;rialisme est une &#233;tape du capitalisme, et il conduit &#224; des guerres imp&#233;rialistes. Il ne s'agit pas seulement de guerres entre &#201;tats imp&#233;rialistes, ce que nous n'avons pas vu depuis 1945, mais de guerres men&#233;es par des &#201;tats imp&#233;rialistes (et m&#234;me d'autres &#201;tats) pour d&#233;fendre ou &#233;tendre leur propre pouvoir &#233;conomique, politique et militaire. Il y a eu de nombreuses guerres de ce type ; l'Ukraine est la derni&#232;re en date.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il doit &#234;tre clair pour tout le monde que les &#201;tats-Unis ont &#233;t&#233; la force motrice de presque toutes les guerres aux portes de l'UE depuis 1991 &#187;, indique le document. Tout d'abord, tout d&#233;pend de la d&#233;finition que l'on donne &#224; la notion de &#171; portes &#187;. L'Irak et l'Afghanistan ne sont pas exactement aux portes de l'UE. La Libye peut-&#234;tre, mais la guerre de bombardements de 2011 a &#233;t&#233; men&#233;e par la Grande-Bretagne et la France, certes avec le soutien des &#201;tats-Unis. La Tch&#233;tch&#233;nie est beaucoup plus aux portes de l'UE. Mais la force motrice l&#224; n'&#233;tait pas les &#201;tats-Unis, mais la Russie. Comme en G&#233;orgie en 2008 et en Ukraine depuis 2014. Franchement, ce &#171; deux poids, deux mesures &#187; permanent a fait son temps. En fait, depuis la chute de l'Union sovi&#233;tique, toutes les guerres de la Russie, &#224; l'exception de la Syrie, se sont d&#233;roul&#233;es en Europe. Les guerres balkaniques des ann&#233;es 1990 n'&#233;taient pas le fait de la Russie et son influence &#233;tait marginale. Les &#201;tats-Unis et l'OTAN ont jou&#233; un r&#244;le plus important, mais la force motrice de ces guerres est venue des contradictions inh&#233;rentes &#224; la Yougoslavie, et en particulier des ambitions post-yougoslaves de la Serbie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D. L'OTAN et l'Europe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On entend constamment, et encore dans ce document, comme s'il s'agissait d'une &#233;vidence, que les choses iraient mieux si l'Europe/l'UE s'&#233;mancipait de la tutelle des Etats-Unis. C'est loin d'&#234;tre &#233;vident. L'imp&#233;rialisme europ&#233;en n'a rien de sympathique. Toutes les guerres depuis 1991... Pourquoi commencer par l&#224; ? Pourquoi pas en 1945 ? On trouverait des guerres coloniales, des crimes de guerre, des massacres, impliquant la France, la Grande-Bretagne, la Belgique, les Pays-Bas et le Portugal. Non pas au dix-neuvi&#232;me si&#232;cle, mais de m&#233;moire d'homme. La France, en particulier, a continu&#233; &#224; intervenir en Afrique jusqu'&#224; aujourd'hui, bien qu'il semble que son temps soit enfin &#233;coul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pays europ&#233;ens n'ont plus de colonies d'importance, m&#234;me si la France (encore elle) doit encore se d&#233;faire de la Nouvelle-Cal&#233;donie/Kanaky. Mais l'exploitation intense des pays du Sud est d&#233;sormais men&#233;e pacifiquement par l'UE et surtout par son noyau imp&#233;rialiste, en particulier, mais pas seulement, en Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Europe se porterait-elle mieux sans les &#201;tats-Unis (et sans l'OTAN, car l'OTAN est une alliance militaire dirig&#233;e, financ&#233;e et largement arm&#233;e par les &#201;tats-Unis) ? Examinons un instant l'OTAN. Comme chacun sait, elle n'a jamais tir&#233; un seul coup de feu de col&#232;re pendant la guerre froide. Mais elle disposait de forces importantes et bien arm&#233;es et de budgets militaires pour les financer. Elle est intervenue dans les Balkans dans les ann&#233;es 1990 et en Afghanistan &#224; partir de 2001, mais il ne s'agissait pas d'op&#233;rations majeures compar&#233;e &#224; la guerre en Ukraine. Malgr&#233; le discours contraire de la gauche, l'OTAN n'est pas rest&#233;e une alliance hautement militaris&#233;e apr&#232;s 1991. En fait, les budgets de d&#233;fense ont &#233;t&#233; r&#233;duits et les arm&#233;es sont devenues plus petites et sous-&#233;quip&#233;es. M&#234;me apr&#232;s les &#233;v&#233;nements de 2013-2014 en Ukraine, il y a eu tr&#232;s peu de changements. Il a &#233;t&#233; question d'une arm&#233;e europ&#233;enne, en particulier de la part de la France. L'ancienne chanceli&#232;re allemande Angela Merkel et ses diff&#233;rents homologues fran&#231;ais ont pass&#233; des ann&#233;es &#224; essayer, sans succ&#232;s, d'apaiser Poutine. Dans ce contexte, l'offre faite en 2008 &#224; l'Ukraine et &#224; la G&#233;orgie de rejoindre l'OTAN appara&#238;t comme une aberration. La France and l'Allemagne &#233;taient toujours contre. Tout comme Obama. L'adh&#233;sion de l'Ukraine et de la G&#233;orgie &#224; l'OTAN n'a pas effray&#233; Poutine, car il savait que le risque &#233;tait inexistant. Le 24 f&#233;vrier 2022, l'Ukraine n'&#233;tait pas plus pr&#232;s d'adh&#233;rer &#224; l'OTAN qu'elle ne l'&#233;tait en 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'invasion de l'Ukraine par la Russie a tout chang&#233;. Pour la premi&#232;re fois en Europe depuis 1945, un pays a lanc&#233; une guerre totale contre un autre. Certes, il y a eu 1974 &#224; Chypre, puis les guerres balkaniques dans les ann&#233;es 1990. Mais la guerre actuelle est sans pr&#233;c&#233;dent par son ampleur et par le fait qu'elle a &#233;t&#233; d&#233;clench&#233;e par la Russie, une grande puissance nucl&#233;aire. Qu'en est-il de la &#171; guerre par procuration &#187; de l'OTAN ? Si l'OTAN avait pr&#233;vu de lancer une guerre par procuration, elle aurait commenc&#233; &#224; armer l'Ukraine en 2014, mais elle ne l'a pas fait (Voir Military Assistance to Ukraine : Rediscovering the Virtue of Courage). L'OTAN et les &#201;tats-Unis ont &#233;t&#233; pris par surprise et ont r&#233;agi aux &#233;v&#233;nements. Ils n'ont commenc&#233; &#224; armer s&#233;rieusement l'Ukraine qu'une fois qu'elle a prouv&#233; sa capacit&#233; &#224; arr&#234;ter la Russie devant Kiev et &#224; lui faire abandonner le nord du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que les choses se sont pass&#233;es. La Russie a &#233;t&#233; surprise par la r&#233;sistance de l'Ukraine et peut-&#234;tre encore plus par la r&#233;action de l'OTAN. Les guerres changent beaucoup de choses, qui ne correspondent pas toujours aux intentions de ceux qui les d&#233;clenchent. Cette guerre &#233;tait cens&#233;e d&#233;montrer la puissance militaire de la Russie. Au lieu de cela, elle a r&#233;v&#233;l&#233; ses faiblesses. Elle devait conduire &#224; une Ukraine faible, divis&#233;e et soumise &#224; la Russie. L'Ukraine n'a jamais &#233;t&#233; aussi unie dans la d&#233;fense de son ind&#233;pendance. L'OTAN devait &#234;tre trop faible et divis&#233;e pour r&#233;agir. Elle n'a jamais &#233;t&#233; aussi efficace et unie depuis la fin de la guerre froide - et populaire, ou du moins accept&#233;e comme un mal n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le document dit : &#171; La gauche a toujours critiqu&#233; la politique expansive et agressive de l'OTAN &#187;. En effet, elle l'a fait. Sans toujours pr&#234;ter attention aux faits. Comme nous l'avons vu, les engagements militaires de l'OTAN ont &#233;t&#233; limit&#233;s. Peut-&#234;tre que par &#171; expansive et agressive &#187;, les auteurs veulent dire que l'expansion de l'OTAN depuis 1999 est en soi agressive ? C'est fort probable. Ce discours passait peut-&#234;tre &#224; une p&#233;riode o&#249; la plupart des gens ne pensaient pas particuli&#232;rement &#224; l'OTAN. Mais la guerre a chang&#233; la donne. Tout d'abord, elle a montr&#233;, &#224; une &#233;chelle sans pr&#233;c&#233;dent, le caract&#232;re agressif de l'imp&#233;rialisme russe. En particulier dans les pays limitrophes ou proches de la Russie, la le&#231;on a &#233;t&#233; que si vous &#234;tes dans l'OTAN, vous n'&#234;tes pas envahi (jusqu'&#224; pr&#233;sent, en tout cas), et que si vous n'&#234;tes pas dans l'OTAN, regardez ce qui vous arrive. Si les auteurs de ce document pensent qu'ils peuvent encore s'en tirer avec le vieux discours anti-OTAN (appels &#224; quitter l'OTAN, &#224; dissoudre l'OTAN...), ils se trompent lourdement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les auteurs parlent de &#171; parties de la gauche scandinave qui consid&#232;rent de plus en plus l'OTAN comme une alliance d&#233;fensive &#187;. Ils auraient pu ajouter qu'une grande majorit&#233; de personnes dans les pays membres de l'OTAN (et au-del&#224;...) pensent exactement cela. Mais ils ne le disent pas parce que cela ne rentre pas dans leur sch&#233;ma. Une fois de plus, on a la tr&#232;s forte impression que ce que pensent les personnes concern&#233;es n'a que peu d'importance par rapport aux &#171; solutions &#187; g&#233;opolitiques, qui ne r&#233;solvent en fait rien. La Gauche verte nordique est sans doute parfaitement consciente que &#171; l'OTAN n'est pas une alliance pour la d&#233;fense de la d&#233;mocratie en Europe mais sert les int&#233;r&#234;ts h&#233;g&#233;moniques des Etats-Unis &#187;. Mais cela ne r&#233;sout rien. Il est n&#233;cessaire de trouver une alternative qui d&#233;fende les pays d'Europe, leurs peuples et, oui, leur d&#233;mocratie. Une alternative concr&#232;te et r&#233;alisable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 1. D&#233;mocratie contre dictature ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouvrons une parenth&#232;se. Il est clair que le conflit fondamental entre la Chine, les Etats-Unis, la Russie et d'autres pays repose sur des questions de rivalit&#233; inter-imp&#233;rialiste autour du pouvoir &#233;conomique, politique et militaire et parfois de revendications territoriales. Il ne s'agit pas de d&#233;mocratie contre dictature. Si l'on prend les Etats-Unis, ils n'ont eu aucun scrupule &#224; s'allier avec des dictatures, notamment en Am&#233;rique latine et au Moyen-Orient. Ils viennent m&#234;me de conclure des accords de renforcement des relations avec le Vietnam, qui n'est pas une d&#233;mocratie. Pourtant, si l'on consid&#232;re les alli&#233;s des &#201;tats-Unis au sein de l'OTAN et de l'UE, ainsi qu'en Asie du Sud et de l'Est, on constate qu'ils sont pratiquement tous des d&#233;mocraties. Face &#224; cela, il y a une zone sans d&#233;mocratie de Minsk &#224; Pyongyang. Il serait na&#239;f de penser que les &#201;tats-Unis et leurs alli&#233;s n'en profiteraient pas - et c'est ce qu'ils font. Dans les pays concern&#233;s, par exemple les &#201;tats baltes en Europe et Ta&#239;wan en Asie, les populations savent qu'une occupation par la Russie ou la Chine signifierait non seulement la fin de leur ind&#233;pendance, mais aussi de leurs droits d&#233;mocratiques. Cela vaut &#233;galement pour l'Ukraine. Inversement, bien que les motivations de la Russie pour &#233;craser l'Ukraine ne soient pas intrins&#232;quement bas&#233;es sur la d&#233;mocratie, le fait d'avoir une d&#233;mocratie &#224; proximit&#233; est plus qu'une irritation. Ainsi, bien que la question de la d&#233;mocratie ne soit pas la cause premi&#232;re des conflits, elle est beaucoup plus tangible pour les gens que les th&#233;ories de l'imp&#233;rialisme. Elle devient donc un facteur de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le document plaide en faveur d'un d&#233;couplage entre l'Europe et les &#201;tats-Unis. &#171; La gauche doit donc clairement rejeter la subordination de la politique de s&#233;curit&#233; de l'UE aux pr&#233;tentions imp&#233;riales &#224; la supr&#233;matie des &#201;tats-Unis &#187;. Plus loin, &#171; l'incapacit&#233; de l'UE &#224; s'affirmer de mani&#232;re ind&#233;pendante en mati&#232;re de politique de s&#233;curit&#233; est la cause de sa subordination &#224; l'OTAN &#187;. Cela n'explique rien. Franchement, on pourrait tout aussi bien dire que &#171; la subordination de l'UE &#224; l'OTAN est la cause de son incapacit&#233; &#224; s'affirmer de mani&#232;re ind&#233;pendante &#187;. Ce discours est tr&#232;s r&#233;pandu &#224; gauche. Il n'est d'ailleurs pas si &#233;loign&#233; des appels r&#233;p&#233;t&#233;s du pr&#233;sident fran&#231;ais Emmanuel Macron &#224; l'&#171; autonomie strat&#233;gique &#187; de l'Europe. En effet, le document &#233;crit que &#171; la demande d'une autonomie strat&#233;gique pour l'Europe doit &#234;tre abord&#233;e s&#233;rieusement par la gauche. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'OTAN est une alliance militaire dirig&#233;e par les &#201;tats-Unis. Pourquoi les pays europ&#233;ens acceptent-ils ce leadership am&#233;ricain ? Pendant la Guerre froide, il a &#233;t&#233; accept&#233; parce qu'il y avait un ennemi commun et que les &#201;tats-Unis &#233;taient de loin la force militaire la plus puissante. Que s'est-il pass&#233; apr&#232;s la fin de la guerre froide ? L'intervention relativement limit&#233;e mais n&#233;anmoins d&#233;cisive de l'OTAN dans les guerres des Balkans a soulign&#233; une chose. L'Europe &#233;tait incapable de mettre fin &#224; ces guerres. Elle avait besoin de l'OTAN, donc des &#201;tats-Unis. Ce n'est pas un hasard si les accords qui ont mis fin &#224; la guerre de Bosnie ont &#233;t&#233; sign&#233;s &#224; Dayton, dans l'Ohio. Ensuite, il y a eu l'engagement de l'OTAN en Afghanistan dans le cadre de la &#171; guerre contre le terrorisme &#187; men&#233;e par les &#201;tats-Unis, une op&#233;ration criminelle qui s'est av&#233;r&#233;e inutile, et son intervention en Libye en 2011, qui a abouti au d&#233;membrement effectif de ce pays. Apr&#232;s cela, on a commenc&#233; &#224; se poser des questions sur l'avenir de l'OTAN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette phase est d&#233;sormais termin&#233;e. L'invasion de l'Ukraine par la Russie a fourni des arguments convaincants en faveur de la n&#233;cessit&#233; d'une alliance militaire. Ce n'est pas ce qu'une grande partie de la gauche veut entendre, mais c'est la v&#233;rit&#233;. Alors, &#224; partir de l&#224;, o&#249; va-t-on ? La diplomatie de la navette men&#233;e par Mme Merkel et ses diff&#233;rents partenaires fran&#231;ais reposait sur l'id&#233;e que la Russie pouvait &#234;tre int&#233;gr&#233;e &#224; la famille europ&#233;enne des nations. Il y avait un prix &#224; payer. Ce prix &#233;tait l'acceptation d'une &#171; zone grise &#187; entre l'UE/l'OTAN et la Russie : L'Ukraine et les r&#233;publiques du Caucase du Sud. L'Ukraine et la G&#233;orgie n'adh&#233;reront donc pas &#224; l'OTAN ou &#224; l'UE, mais les troupes russes n'y seront pas admises non plus. Mais la Russie ne voulait pas d'une zone grise, elle voulait que l'Ukraine fasse partie de sa zone. Elle voulait, au minimum, la d&#233;militarisation des &#201;tats membres de l'OTAN en Europe centrale et orientale. Le r&#233;sultat de la guerre jusqu'&#224; pr&#233;sent est que ces &#201;tats sont devenus plus, et non moins, militaris&#233;s et que l'Ukraine a maintenant au moins la possibilit&#233; d'adh&#233;rer &#224; l'OTAN et &#224; l'UE. Qu'elle le fasse ou non d&#233;pend de l'issue de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;E. Quelle alternative pour une paix juste ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re partie du document traite de la n&#233;cessit&#233; d'un &#171; concept alternatif de s&#233;curit&#233; collective pour l'Europe &#187;. Voyons d'abord le raisonnement : &#171; Les Etats de l'UE - y compris le gouvernement allemand, qui &#233;tait au d&#233;part quelque peu h&#233;sitant - sont maintenant pleinement engag&#233;s dans la mission de d&#233;fendre la domination des Etats-Unis et donc, en tant qu'alli&#233;s, leur propre position privil&#233;gi&#233;e. Il ne s'agit pas seulement de la Russie, mais aussi et surtout de la Chine &#187;. C'est une description assez juste. Nous devrions souligner &#171; &#233;galement leur propre position privil&#233;gi&#233;e &#187;. C'est le point le plus important. Mais lorsque nous parlons des &#201;tats membres de l'UE, nous devrions &#234;tre plus pr&#233;cis. Tous les &#201;tats membres sont &#233;gaux, mais certains sont nettement plus &#233;gaux que d'autres. Les v&#233;ritables privil&#233;gi&#233;s sont avant tout la France et l'Allemagne, ainsi que des &#201;tats imp&#233;rialistes de moindre poids et de quelques pays d&#233;pendants. Nous devrions ajouter la Grande-Bretagne, m&#234;me si elle ne fait pas partie de l'UE. Ces imp&#233;rialistes de deuxi&#232;me rang n'ont pas la puissance militaire n&#233;cessaire pour d&#233;fendre leurs privil&#232;ges. Elles ont besoin d'un protecteur, et le plus &#233;vident est les &#201;tats-Unis. La France et l'Allemagne ont peut-&#234;tre pens&#233; qu'elles pourraient y &#233;chapper en neutralisant la Russie. Si c'est le cas, elles se sont tromp&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les auteurs du document parlent d'autonomie strat&#233;gique europ&#233;enne, ce n'est pas tout &#224; fait explicit&#233;, mais le raisonnement semble &#234;tre qu'une UE lib&#233;r&#233;e de l'h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine serait capable de d&#233;velopper une politique &#233;trang&#232;re ind&#233;pendante et de traiter avec le reste du monde (et la Russie, en particulier) sur cette base. Cependant, le principal conflit dans le monde n'est pas &#171; entre les efforts des &#201;tats-Unis et de leurs alli&#233;s pour maintenir leur supr&#233;matie imp&#233;riale &#187; - ce qui est vrai - &#171; et la tentative de nombreux &#201;tats du monde d'&#233;voluer vers un ordre multipolaire de s&#233;curit&#233; commune &#187; - ce qui n'explique rien. Le principal conflit se situe entre les &#201;tats-Unis et leurs alli&#233;s, d'une part, et la Chine et la Russie, d'autre part. Aucun de ces deux pays n'est non-imp&#233;rial, bien au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 1. La &#034;s&#233;curit&#233; collective&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons l'aspiration &#224; la paix et &#224; la s&#233;curit&#233; collective. Tout d'abord, on ne dira jamais assez que les principales puissances et quelques autres sont motiv&#233;es par leurs int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels et g&#233;opolitiques. L'invasion de l'Ukraine par la Russie en est l'expression. Le r&#233;sultat est une guerre entre la Russie et l'Ukraine. O&#249; est le probl&#232;me avec la notion de &#171; guerre inter-imp&#233;riale &#187; ? Evidemment, qu'un seul imp&#233;rialisme est r&#233;ellement en guerre. Mais l'Ukraine n'est qu'un mandataire des autres imp&#233;rialistes, nous dit-on. Existe-t-il un pr&#233;c&#233;dent ? Oui, il y en a un : la guerre du Vi&#234;t Nam. Seuls les &#201;tats-Unis et quelques alli&#233;s &#233;taient en guerre contre le Vi&#234;t Nam. Ni l'Union sovi&#233;tique ni la Chine n'&#233;taient en guerre. Mais ils ont fourni une aide &#233;norme au Vi&#234;t Nam, non seulement comparable &#224; celle accord&#233;e &#224; l'Ukraine aujourd'hui, mais encore plus consid&#233;rable. Et bien que cela n'ait pas &#233;t&#233; rendu public &#224; l'&#233;poque, des forces sovi&#233;tiques et chinoises &#233;taient pr&#233;sentes au Vi&#234;t Nam. Quelqu'un a-t-il parl&#233; d'une guerre par procuration &#224; l'&#233;poque ? Certainement pas quelqu'un de gauche. Mais il y avait beaucoup de gens &#224; droite qui expliquaient qu'il ne s'agissait pas seulement d'une guerre contre le Vi&#234;t Nam, car derri&#232;re le Vi&#234;t Nam se cachait le &#171; communisme international &#187; qui pr&#233;voyait de s'emparer du &#171; monde libre &#187;. Mais malgr&#233; toute l'aide re&#231;ue, c'&#233;tait la guerre du Vi&#234;t Nam et bien qu'il ait entretenu des relations &#233;troites avec l'Union sovi&#233;tique en particulier, apr&#232;s la guerre, le Vi&#234;t Nam n'a jamais &#233;t&#233; le satellite de qui que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on examine la logique du document, on constate qu'il commence par sacrifier l'Ukraine sur l'autel de la recherche d'un &#171; syst&#232;me global de s&#233;curit&#233; commune qui inclut la Russie &#187;. Nous avons d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; le prix que la Russie exigerait pour faire partie d'un syst&#232;me de s&#233;curit&#233; commune. Le chancelier allemand Olaf Scholz a pass&#233; de nombreuses ann&#233;es &#224; n&#233;gocier avec Poutine aux c&#244;t&#233;s de Merkel. Aujourd'hui, il d&#233;clare qu'il ne peut imaginer un partenariat avec la Russie de Poutine. Il serait probablement erron&#233; d'interpr&#233;ter cela comme un rejet de Poutine en tant que personne, m&#234;me si la duplicit&#233; de ce dernier a sans aucun doute jou&#233; un r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit surtout d'un rejet des illusions de grandeur imp&#233;riale de la Russie. Les auteurs semblent regretter l'abandon de l'autonomie strat&#233;gique europ&#233;enne, malgr&#233; les h&#233;sitations de l'Allemagne. Mais il se peut que nous sommes en train de voir une certaine forme d'autonomie strat&#233;gique. La forme pr&#233;conis&#233;e par le document d&#233;tacherait l'Europe des &#201;tats-Unis et rechercherait une s&#233;curit&#233; europ&#233;enne qui inclurait la Russie. Cette perspective n'&#233;tait pas convaincante avant la guerre actuelle, elle est totalement redondante aujourd'hui. Le premier r&#233;sultat de la guerre a &#233;t&#233; d'unir l'OTAN dans son soutien &#224; l'Ukraine. Elle a &#233;galement renforc&#233; la cr&#233;dibilit&#233; de pays tels que la Pologne et les &#201;tats baltes, qui mettaient en garde depuis des ann&#233;es contre le danger que repr&#233;sentait la Russie, et a quelque peu entam&#233; l'autorit&#233; du couple franco-allemand. Les derniers d&#233;veloppements sont assez intrigants. Selon l'Institut Kiel , surtout si l'on consid&#232;re les engagements &#224; long terme, l'aide am&#233;ricaine &#224; l'Ukraine est en train d'&#234;tre d&#233;pass&#233;e par l'Europe. Et qui prend la t&#234;te des puissances europ&#233;ennes ? L'Allemagne, suivie de la Grande-Bretagne. Et o&#249; est la France ? En bas de l'&#233;chelle, parmi les retardataires. Est-ce le d&#233;but d'une sorte d'autonomie strat&#233;gique europ&#233;enne ? Peut-&#234;tre, en un sens. Non pas en rompant avec les &#201;tats-Unis, mais en devenant moins d&#233;pendante d'eux. Et non pas en apaisant la Russie, mais en l'affrontant. Il faudra voir comment les choses &#233;voluent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 2. Les alternatives &#224; l'OTAN et la lutte pour la paix&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question se pose donc de savoir s'il existe une alternative &#224; l'OTAN. Et si oui, quelle est-elle ? La r&#233;ponse n'est pas simple. Si l'on admet qu'il n'y aura pas de sit&#244;t un monde pacifique, l'Europe doit &#234;tre en mesure de se d&#233;fendre. Une alliance europ&#233;enne de d&#233;fense est envisageable, mais pas si facile. Elle pose &#224; la gauche une s&#233;rie de probl&#232;mes que nous ne pouvons qu'effleurer ici : conscription ou non, droits des soldats, budgets militaires.... La question fondamentale est : quelle arm&#233;e pour d&#233;fendre quel type de soci&#233;t&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re partie du document est celle qui pose les questions les plus fondamentales. Le probl&#232;me n'est pas celui d'un syst&#232;me de s&#233;curit&#233; collective, ni m&#234;me de la paix, qui sont des objectifs tout &#224; fait souhaitables. Le probl&#232;me est de savoir comment y parvenir. L&#233;nine et Luxemburg avaient une r&#233;ponse : il &#233;tait impossible de mettre fin au militarisme et &#224; la guerre sans mettre fin au capitalisme. Il ne fait aucun doute que c'est ce qu'ils soutenaient, on pourrait remplir des pages avec leurs citations. Ce qui a chang&#233; depuis, c'est que pendant la Premi&#232;re Guerre mondiale et ses suites, la r&#233;volution socialiste et la fin du capitalisme semblaient &#234;tre des possibilit&#233;s r&#233;elles. Ce n'est plus gu&#232;re le cas aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui n'a pas chang&#233;, c'est qu'il est toujours illusoire de penser que l'on peut mettre fin aux guerres et au militarisme, et trouver un syst&#232;me de s&#233;curit&#233; collective, sans affronter l'imp&#233;rialisme et le capitalisme. En effet, la lutte contre la guerre, pour le d&#233;sarmement, pour un syst&#232;me de s&#233;curit&#233; collective doit s'inscrire dans un programme de transformation sociale, un programme socialiste. C'est peu dire que les perspectives de transformation sociale en Europe ont rarement paru aussi lointaines. Il est d'autant plus n&#233;cessaire de tourner la page sur les notions vagues d'une Europe sociale, d&#233;mocratique, &#233;cologique, etc. et de s'organiser autour de programmes qui remettent en cause le capitalisme. La lutte contre le militarisme et la guerre doit en faire partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prise en compte isol&#233;e des revendications de paix et de s&#233;curit&#233; collective ne peut que constituer un appel aux puissances existantes. Voici ce que Rosa Luxemburg avait &#224; dire &#224; ce sujet, lorsqu'elle expliquait la n&#233;cessit&#233; d'une politique ind&#233;pendante de la classe ouvri&#232;re pendant la Premi&#232;re Guerre mondiale : &#171; Mais cette politique ne peut consister &#224; &#233;laborer des plans ing&#233;nieux pour la diplomatie capitaliste [...] sur la mani&#232;re de conclure la paix et d'assurer le d&#233;veloppement pacifique et d&#233;mocratique futur &#187;. Apr&#232;s avoir d&#233;velopp&#233; ses arguments, elle conclut en ironisant sur le fait que &#171; ces revendications pourraient &#234;tre r&#233;unies de mani&#232;re beaucoup plus coh&#233;rente dans le simple slogan &#187;abolition de l'&#201;tat de classe capitaliste&#171; &#187; ((Brochure de &#171; Junius &#187; 1916).).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luxemburg d&#233;veloppe ces id&#233;es beaucoup plus longuement, avec une critique impitoyable du pacifisme, dans son article de 1911 intitul&#233; &#171; Utopies pacifistes &#187;. Dans cet article, elle &#233;num&#232;re la liste assez longue des guerres des 15 ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes et pose la question suivante : &#034;O&#249; est la tendance &#224; la paix, au d&#233;sarmement et au r&#232;glement des diff&#233;rends par l'arbitration ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#232;s de nous, nous pourrions faire la m&#234;me chose - en deux temps - sans entrer ici dans tous les d&#233;tails. D'abord, de 1945 &#224; 1989-91, les guerres coloniales, surtout en Afrique, la Cor&#233;e, le Vietnam, l'Afghanistan. A partir de 1991, l'Irak, l'Afghanistan, mais aussi les guerres balkaniques, la Tch&#233;tch&#233;nie, la G&#233;orgie, l'Ukraine, la Syrie, le Y&#233;men. De 1945 &#224; 1991, pour l'Europe, la guerre &#233;tait un produit d'exportation. Depuis 1991, la guerre est revenue en Europe. Sans &#234;tre moins pr&#233;sente ailleurs. Aucune de ces guerres n'entre dans la cat&#233;gorie des guerres inter-imp&#233;rialistes. Ce sont presque toutes des guerres men&#233;es par des &#201;tats imp&#233;rialistes et colonialistes pour conserver ou gagner des territoires et de l'influence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les guerres sont l'expression arm&#233;e de conflits entre pays - politiques, &#233;conomiques, g&#233;opolitiques. Elles sont l'expression de contradictions qui, &#224; certains moments, &#233;clatent en guerre ouverte. De 1945 aux ann&#233;es 1970, il y a eu un vaste mouvement de peuples coloniaux cherchant &#224; s'affranchir des empires coloniaux europ&#233;ens. Ce mouvement a mis fin &#224; ces empires europ&#233;ens, surtout britannique et fran&#231;ais, avec des luttes embl&#233;matiques en Asie du Sud-Est, en Alg&#233;rie, dans les colonies portugaises, etc. La chute de l'Apartheid en Afrique du Sud s'inscrit &#233;galement dans ce mouvement. Quelle que soit la forme sous laquelle il s'est exprim&#233;, ce mouvement a b&#233;n&#233;fici&#233; d'un tr&#232;s large soutien et d'une grande sympathie de la part de la gauche en Europe et ailleurs. L'Union sovi&#233;tique et la Chine ont &#233;galement apport&#233; leur soutien. Apr&#232;s 1991, lorsque les guerres en Irak et en Afghanistan ont &#233;t&#233; lanc&#233;es par l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, la gauche n'a eu aucun probl&#232;me &#224; s'y opposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de 1991, lorsque la guerre est arriv&#233;e en Europe, les choses se sont compliqu&#233;es. Certaines personnes de gauche ont essay&#233; de faire entrer les guerres post-yougoslaves dans une analyse o&#249; l'&#233;clatement de la Yougoslavie &#233;tait d&#251; aux machinations de l'imp&#233;rialisme occidental. Il &#233;tait difficile de faire cela en Tch&#233;tch&#233;nie, mais il y avait tr&#232;s peu de solidarit&#233; internationale avec la Tch&#233;tch&#233;nie. C'&#233;tait le premier signe que lorsque la Russie agissait, ce n'&#233;tait pas la m&#234;me chose que si c'&#233;tait l'imp&#233;rialisme occidental qui le faisait. Cela s'est poursuivi &#224; plus grande &#233;chelle avec la G&#233;orgie, la Syrie et surtout l'Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui n'a jamais &#233;t&#233; utile, que ce soit dans les guerres coloniales ou en Europe, c'est d'appeler au cessez-le-feu, &#224; la n&#233;gociation et &#224; la paix. Ce qui n'a jamais servi, ce sont des &#171; plans ing&#233;nieux &#187;. Ce qui &#233;tait utile, c'&#233;tait d'aider ces mouvements, politiquement et mat&#233;riellement, et de populariser leurs luttes. Cet effort a permis de parvenir &#224; la seule paix acceptable possible, celle qui garantit la d&#233;faite totale de l'agresseur et la possibilit&#233; pour sa victime de vivre sans la menace d'une nouvelle agression. Tel doit &#234;tre l'objectif de la gauche europ&#233;enne en ce qui concerne l'Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai joint deux annexes. Premi&#232;rement, la position adopt&#233;e par le Trade Union Congress britannique sur l'Ukraine. Deuxi&#232;mement, le discours d'une repr&#233;sentante de la R&#233;sistance f&#233;ministe antiguerre de Russie lors de la remise du Prix de la paix d'Aix-la-Chapelle. Ce qui unit ces deux textes, &#233;manant de circonstances tr&#232;s diff&#233;rentes, est un concept et un mot qui est absent du document que nous avons examin&#233; : la solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le document de Brie et Bierbaum se termine en exprimant l'opinion que les prochaines &#233;lections europ&#233;ennes seront une excellente occasion de mener une campagne dans le sens de sa logique et de ses propositions. Les auteurs ne peuvent pas croire que cela puisse rassembler les forces de gauche les plus larges. On voit bien qui pourrait &#234;tre attir&#233; par leurs propositions. On voit aussi qui refuserait de s'impliquer dans une campagne qui rejette totalement d'aider l'Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Annexe 1 : Congr&#232;s du TUC - Une victoire pour la solidarit&#233; avec l'Ukraine, une victoire pour la v&#233;rit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Campagne de solidarit&#233; avec l'Ukraine (R-U)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 septembre 2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 septembre, le Congr&#232;s des syndicats, qui r&#233;unit des syndicats repr&#233;sentant plus de 5,5 millions de travailleurs membres de 48 syndicats, a adopt&#233; &#224; une &#233;crasante majorit&#233; une politique de solidarit&#233; avec l'Ukraine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce vote a &#233;t&#233; obtenu au m&#233;pris d'une campagne de d&#233;sinformation acharn&#233;e men&#233;e par ceux qui cherchent &#224; saper le soutien &#224; l'Ukraine. Une large coalition de solidarit&#233; a rendu cette victoire possible ; la Campagne de solidarit&#233; avec l'Ukraine exprime sa gratitude aux syndicats ukrainiens, aux sociaux-d&#233;mocrates et aux socialistes d&#233;mocratiques qui nous ont aid&#233;s en d&#233;pit de leurs propres difficult&#233;s. Les syndicats GMB, ASLEF et NUM ont jou&#233; un r&#244;le central dans la construction du soutien, tout comme nos amis du Groupe parlementaire du Parti travailliste parlementaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte int&#233;gral de la politique adopt&#233;e est reproduit ci-dessous. Il s'agit d'une r&#233;ussite historique et il est d&#233;sormais crucial de redoubler d'efforts pour accro&#238;tre la solidarit&#233; directe du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Solidarit&#233; avec l'Ukraine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Congr&#232;s condamne sans &#233;quivoque l'invasion ill&#233;gale et agressive de l'Ukraine par la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Congr&#232;s note :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La r&#233;pression syst&#233;matique des syndicats libres sous Poutine et Lukashenko, et leur suppression dans les territoires occup&#233;s de l'Ukraine depuis 2014.&lt;br class='autobr' /&gt; Les appels des syndicats ukrainiens pour une aide morale et mat&#233;rielle, y compris les moyens d'autod&#233;fense de l'Ukraine.&lt;br class='autobr' /&gt; Que ceux qui souffrent le plus en temps de guerre sont les travailleurs et que le mouvement syndical doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour pr&#233;venir les conflits, ce qui n'est toutefois pas toujours possible.&lt;br class='autobr' /&gt; La fi&#232;re histoire de solidarit&#233; du TUC avec les victimes d'agressions fascistes et imp&#233;rialistes, y compris son soutien &#224; l'envoi des armes &#224; la R&#233;publique espagnole. En tant que syndicalistes, nous sommes intrins&#232;quement anti-imp&#233;rialistes et notre t&#226;che consiste &#224; combattre l'imp&#233;rialisme et la tyrannie &#224; chaque occasion. Nous reconnaissons qu'une victoire de Poutine en Ukraine sera un succ&#232;s pour les politiques autoritaires r&#233;actionnaires dans le monde entier.&lt;br class='autobr' /&gt; Le co&#251;t humain et environnemental effroyable du conflit ukrainien. Des millions de personnes ont &#233;t&#233; contraintes d'abandonner leurs maisons et de fuir, tandis que de nombreuses autres ont perdu la vie.&lt;br class='autobr' /&gt; Le programme russe de nettoyage ethnique&lt;br class='autobr' /&gt; Les syndicats ukrainiens ont fait preuve d'une solidarit&#233; et d'un soutien v&#233;ritables en offrant des abris et de la nourriture aux r&#233;fugi&#233;s. L'ASLEF a travaill&#233; en &#233;troite collaboration avec les syndicats des chemins de fer ukrainiens et a pu constater l'&#233;norme travail qu'ils ont accompli pour soutenir les travailleurs en ces temps de conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Congr&#232;s affirme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; a) Son soutien aux droits civils et du travail en Russie et en Bi&#233;lorussie et la lib&#233;ration imm&#233;diate des prisonniers syndicaux&lt;br class='autobr' /&gt; b) Sa conviction qu'il ne peut y avoir de paix juste ou durable tant que l'&#201;tat russe continue de nier la souverainet&#233; de l'Ukraine&lt;br class='autobr' /&gt; c) Sa solidarit&#233; avec le peuple ukrainien, y compris les r&#233;fugi&#233;s dont l'asile a &#233;t&#233; retard&#233; ou refus&#233; par le gouvernement britannique&lt;br class='autobr' /&gt; d) La reconstruction de l'Ukraine doit &#234;tre centr&#233;e sur les valeurs des travailleurs et des syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Congr&#232;s soutient&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le retrait imm&#233;diat des forces russes de tous les territoires ukrainiens occup&#233;s depuis 2014&lt;br class='autobr' /&gt; Les appels des syndicats ukrainiens &#224; une aide financi&#232;re et pratique du Royaume-Uni &#224; l'Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. Une fin pacifique du conflit qui garantisse l'int&#233;grit&#233; territoriale de l'Ukraine et le soutien et l'autod&#233;termination du peuple ukrainien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La pleine restauration des droits du travail en Ukraine et un programme de reconstruction et de red&#233;veloppement socialement juste qui int&#232;gre la n&#233;gociation collective et rejette la d&#233;r&#233;glementation et la privatisation.&lt;br class='autobr' /&gt; Le travail du TUC, et la facilitation de l'engagement des affili&#233;s, avec les principales centrales syndicales ukrainiennes (FPU/KVPU), et la reconnaissance de la Campagne de solidarit&#233; avec l'Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Congr&#232;s charge donc le Conseil g&#233;n&#233;ral de :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Envoyer sa solidarit&#233; &#224; tous les syndicalistes ukrainiens qui luttent chaque jour pour les droits des travailleurs et contre l'imp&#233;rialisme.&lt;br class='autobr' /&gt; S'engager avec les syndicats ukrainiens des deux centrales syndicales, et avec un large &#233;ventail de membres et d'id&#233;es syndicales.&lt;br class='autobr' /&gt; Se tenir aux c&#244;t&#233;s des Ukrainiens au Royaume-Uni et les soutenir par tous les moyens disponibles jusqu'&#224; ce qu'ils puissent rentrer chez eux en toute s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Motionnaire : GMB&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seconder : ASLEF&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soutien : NUM&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Annexe 2 : Texte du discours de la R&#233;sistance f&#233;ministe antiguerre pour le Prix de la paix d'Aix-la-Chapelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1er septembre 2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous remercions le comit&#233; du Prix de la paix d'Aix-la-Chapelle de nous avoir d&#233;cern&#233; ce prix et d'avoir exprim&#233; son soutien inestimable et sa solidarit&#233; avec nos activistes. Nous sommes honor&#233;es de recevoir ce prix en m&#234;me temps que le Fonds des d&#233;fenseurs des droits de l'homme (Isra&#235;l), qui se battent pour les droits des femmes activistes sous la menace constante de leur gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne montrons pas nos visages aujourd'hui parce qu'&#234;tre ici n'est pas seulement un honneur, mais aussi un grand privil&#232;ge et une grande responsabilit&#233;. La plupart de nos coll&#232;gues femmes se trouvent en Russie et ne peuvent r&#233;v&#233;ler leurs visages et leurs noms sans risquer d'&#234;tre emprisonn&#233;es ou tortur&#233;es par les forces de s&#233;curit&#233; russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous recevons ce prix alors qu'une guerre est en cours et que notre &#201;tat bombarde l'Ukraine tous les jours, tandis que l'arm&#233;e et les civils ukrainiens r&#233;sistent h&#233;ro&#239;quement &#224; cette agression non provoqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous recevons ce prix alors que nos cons&#339;urs poursuivent leur lutte en Russie - notre mouvement existe gr&#226;ce &#224; leur courage et &#224; leur r&#233;sistance au r&#233;gime russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement R&#233;sistance f&#233;ministe antiguerre est n&#233; le 25 f&#233;vrier 2022 en r&#233;ponse &#224; l'invasion russe de l'Ukraine. Aujourd'hui, nous sommes des dizaines de cellules et de groupes autonomes en Russie et &#224; l'&#233;tranger. Nous comptons parmi nous des militants indig&#232;nes, des personnes LGBTQ+, des personnes handicap&#233;es, des personnes ayant une exp&#233;rience de la migration et des r&#233;fugi&#233;s, des personnes ayant subi diverses formes de violence et de discrimination. Nous construisons des r&#233;seaux de soutien mutuel avec d'autres mouvements anti-guerre et groupes d'activistes afin d'unir et de politiser davantage de personnes pr&#234;tes &#224; construire ensemble les fondations d'une future Russie lib&#233;r&#233;e de la dictature, de la r&#233;pression, du militarisme, de l'imp&#233;rialisme et de la violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre est la continuation de la violence patriarcale, l'une de ses manifestations extr&#234;mes, qui parasite toujours les personnes vuln&#233;rables et non prot&#233;g&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre, ce sont des millions de personnes forc&#233;es de quitter leur foyer, des milliers d'Ukrainiens bless&#233;s, tu&#233;s et tortur&#233;s par l'arm&#233;e russe. Les Ukrainiens d&#233;plac&#233;s de force en Russie vivent dans des conditions inhumaines, sans autre soutien que celui de leurs proches et de volontaires, et sont soumis &#224; une pression constante de la part de l'&#201;tat russe. Des milliers de civils ukrainiens sont retenus prisonniers par l'arm&#233;e russe et on ne sait rien de leur sort. Des milliers d'enfants ukrainiens ont &#233;t&#233; enlev&#233;s par la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous r&#233;p&#233;tons souvent : &#171; La guerre commence &#224; la maison &#187;. La violence domestique, la violence &#224; l'encontre des femmes, des enfants et des personnes &#226;g&#233;es est une violence encourag&#233;e et entretenue par l'&#201;tat russe depuis des ann&#233;es. Il y a longtemps qu'elle s'est r&#233;pandue hors de nos foyers et qu'elle a d&#233;pass&#233; les fronti&#232;res des &#201;tats. Toutes les violences sont li&#233;es - et toutes les violences doivent cesser. La guerre commence &#224; la maison et doit s'arr&#234;ter &#224; la maison. Car elle se nourrit de la violence au sein de notre soci&#233;t&#233;. C'est pourquoi le f&#233;minisme est indissociable de la r&#233;sistance &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Russie, les femmes sont d&#233;j&#224; confront&#233;es &#224; la violence des soldats qui reviennent de la guerre. De nombreux prisonniers ayant purg&#233; une peine de prison pour des crimes brutaux ont &#233;t&#233; mobilis&#233;s, sont d&#233;j&#224; rentr&#233;s de la guerre et se prom&#232;nent en libert&#233;, ayant re&#231;u des gr&#226;ces et des m&#233;dailles pour tous leurs crimes de guerre. La Russie adopte de plus en plus de lois discriminatoires qui violent les droits de l'homme. En particulier, des lois qui rendent la vie insupportable aux personnes LGBTQ+ en Russie. Une nouvelle loi interdit les proc&#233;dures d'affirmation de genre et le changement du marqueur de genre sur les documents. Des milliers d'autochtones vivent toujours sous l'occupation russe et ceux qui tentent de d&#233;fendre leurs droits font l'objet d'une r&#233;pression syst&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La paix ne se limite pas &#224; un cessez-le-feu. Nous voulons une paix non seulement sans violence militaire ouverte, mais aussi sans violence structurelle. Une telle paix exige &#233;galement l'inclusion totale des repr&#233;sentants des groupes vuln&#233;rables dans tout processus de pr&#233;-n&#233;gociation et d'&#233;tablissement de la paix. Une telle paix n&#233;cessite une lutte active et ne peut &#234;tre tromp&#233;e par un simple cessez-le-feu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous appelons &#171; R&#233;sistance f&#233;ministe antiguerre &#187;, mais nous sommes bien conscientes qu'&#234;tre &#171; antiguerre &#187; ne consiste pas &#224; privil&#233;gier le pacifisme, mais &#224; reconna&#238;tre le droit de la partie affect&#233;e &#224; l'autod&#233;fense. Les femmes ukrainiennes ne peuvent pas dire &#171; non &#224; la guerre &#187; &#224; une guerre qui est d&#233;j&#224; arriv&#233;e chez elles. Elles ne peuvent pas dire &#171; ce n'est pas notre guerre &#187;. Elles sont oblig&#233;es de d&#233;fendre et de prot&#233;ger leur maison et leurs proches, souvent au prix de leur vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voulons &#234;tre bien compris : &#171; l'antiguerre, dans notre cas, n'est pas l'attente oisive d'une paix abstraite quand l'une des parties est &#224; court de ressources. L' &#187;antiguerre&#034; est une r&#233;sistance quotidienne &#224; l'agresseur et &#224; ses ambitions militaires et imp&#233;riales. Une r&#233;sistance &#224; laquelle participent des milliers de femmes, de personnes homosexuelles, d'activistes et de f&#233;ministes. Et cet honneur leur revient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que Poutine et son r&#233;gime existeront en Russie, il n'y aura pas de paix. Tant que des peuples et des territoires seront occup&#233;s, il n'y aura pas de paix. On ne peut pas parler de paix lorsque des prisonniers politiques sont en prison et que des militants qui ont fui le pays ne peuvent pas rentrer chez eux en toute s&#233;curit&#233;. Une telle &#171; paix &#187; ne tient pas compte des droits d'un grand nombre de personnes vuln&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voulons la paix, mais nous voulons une paix juste, sans territoires occup&#233;s, sans esclavage et sans torture, sans prisons et sans exploitation, sans dictatures, sans violence silencieuse sous quelque forme que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voulons d&#233;dier ce prix aux femmes russes et aux personnes LGBTQ+ qui ont fait l'objet de poursuites p&#233;nales pour leurs actions, leur identit&#233; et leurs opinions contre la guerre, et qui se trouvent dans des centres de d&#233;tention provisoire et des prisons. Des militants qui ont subi des perquisitions et des tortures, qui ont &#233;t&#233; confront&#233;s &#224; la violence pour avoir agi contre la guerre et pour avoir aid&#233; les Ukrainiens. Il ne s'agit pas seulement de militantes de notre mouvement, mais aussi de milliers d'histoires de r&#233;sistance au fascisme russe, des histoires d'&#233;coli&#232;res aussi bien que de retrait&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous d&#233;dions ce prix &#224; Maria Ponomarenko, Sasha Skochilenko, Natalia Filonova, Tatiana Savinkina, Marina Novikova, Victoria Petrova, Masha Moskalyova et &#224; toutes celles que nous ne pouvons pas nommer aujourd'hui pour des raisons de s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ferons don de l'&#233;quivalent en esp&#232;ces de ce prix &#224; une organisation f&#233;ministe ukrainienne et &#224; une initiative russe d'aide aux prisonniers politiques. Nous exprimons notre soutien et notre solidarit&#233; aux Ukrainiens dans leur lutte pour la libert&#233;. Nous vous remercions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Murray Smith&lt;/p&gt;
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		<title>La guerre et les gauches</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Murray Smith</dc:creator>


		<dc:subject>La guerre en Ukraine - Les enjeux</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2023-08-22</dc:subject>
		<dc:subject>Ukraine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La guerre en Ukraine a jet&#233; une lumi&#232;re crue sur la gauche radicale en Europe, r&#233;v&#233;lant le meilleur et le pire. D'un c&#244;t&#233; une r&#233;ponse internationaliste de solidarit&#233; avec Ukraine. De l'autre un &#171; camp de la paix &#187; ou on trouve des pacifistes mes surtout des sectaires pour qui l'ennemi principal est toujours l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain. Plut&#244;t qu'un mouvement pour la paix il s'agit surtout d'un mouvement de non-solidarit&#233; avec l'Ukraine. On y reviendra. &lt;br class='autobr' /&gt; 30 juin 2023 tir&#233; d'Europe solidaire (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH76/solidarite_avec_la_resistance_ukirainienne-a2557.png?1701570088' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='76' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La guerre en Ukraine a jet&#233; une lumi&#232;re crue sur la gauche radicale en Europe, r&#233;v&#233;lant le meilleur et le pire. D'un c&#244;t&#233; une r&#233;ponse internationaliste de solidarit&#233; avec Ukraine. De l'autre un &#171; camp de la paix &#187; ou on trouve des pacifistes mes surtout des sectaires pour qui l'ennemi principal est toujours l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain. Plut&#244;t qu'un mouvement pour la paix il s'agit surtout d'un mouvement de non-solidarit&#233; avec l'Ukraine. On y reviendra.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;30 juin 2023 tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article67212&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Europe solidaire sans fronti&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par quelques r&#233;flexions sur la guerre. On peut &#234;tre contre la guerre en g&#233;n&#233;ral. On peut consid&#233;rer qu'il faut surmonter cette fa&#231;on barbare de r&#233;gler les conflits. On peut penser qu'il est possible de le faire dans la soci&#233;t&#233; capitaliste actuelle, ou bien que pour finir avec la guerre il faudrait finir avec le capitalisme. Mais historiquement et actuellement, la gauche n'est jamais confront&#233;e &#224; la guerre en g&#233;n&#233;ral, mais &#224; des guerres r&#233;ellement existantes, des guerres sp&#233;cifiques. Qui se suivent et qui ne se ressemblent pas toujours. Donc il faut analyser chaque guerre dans sa sp&#233;cificit&#233;. Il n'y a pas de mots d'ordre hors du temps et de l'espace, qui seraient valables pour toutes les guerres. Ce n'est pas parce que L&#233;nine ou Luxembourg ou Liebknecht ont parl&#233; de d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire, ou ont dit que l'ennemi &#233;tait dans son propre pays, qu'on peut ressortir ces mots d'ordre pour n'importe quelle guerre, ind&#233;pendamment du contexte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Premi&#232;re Guerre mondiale &#233;tait un conflit inter-imp&#233;rialiste pour la r&#233;partition des territoires, des ressources et des march&#233;s. Ceux qui ont refus&#233; de soutenir leur propre imp&#233;rialisme ont eu raison. Et l'Histoire leur aura donn&#233; raison. De petits cercles internationalistes minoritaires de 1914 on est pass&#233; a des gr&#232;ves, des mutineries, des partis de masse et des r&#233;volutions Pourtant, aucune guerre depuis 1914 n'en a &#233;t&#233; une simple r&#233;p&#233;tition, donc une simple r&#233;p&#233;tition des mots d'ordre de 1914 ne suffisait pas. Dans toutes les guerres de lib&#233;ration nationale contre les empires coloniaux, il &#233;tait clair qu'il fallait soutenir les insurg&#233;s qui se battaient pour l'ind&#233;pendance de leur pays. Pareil dans le cas d'agressions de pays ind&#233;pendants par des puissances imp&#233;rialistes. Donc dans les ann&#233;es 30 la gauche a soutenu la Chine contre le Japon et l'Ethiopie contre l'Italie. Et plus pr&#232;s de nos jours, l'Irak contre les Etats-Unis. Ceci malgr&#233; le fait que ces pays &#233;taient dirig&#233;s par des r&#233;gimes que la gauche ne pouvait pas soutenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale il n'est pas obligatoire pour la gauche de prendre position dans les guerres civiles d'autres pays. Mais dans certains cas, oui, sur la base de crit&#232;res politiques. Evidemment il fallait soutenir la Russie sovi&#233;tique contre les Blancs et les arm&#233;es imp&#233;rialistes qui les aidaient. Et en Espagne de 1936 a 1939, sans rentrer dans les complexit&#233;s politiques, il s'agissait d'une guerre contre le fascisme o&#249; il fallait soutenir le camp r&#233;publicain contre les franquistes, quoiqu'on puisse penser du gouvernement du Front populaire. Et cela aurait &#233;t&#233; le cas m&#234;me si les franquistes n'avaient pas &#233;t&#233; soutenus par l'Allemagne et l'Italie. Tout de suite apr&#232;s est venue la Deuxi&#232;me Guerre mondiale, qui &#233;tait beaucoup plus complexe (et plus mondiale) que la premi&#232;re. Et qui posaient des probl&#232;mes politiques et tactiques qu'on ne peut pas traiter ici dans le d&#233;tail. Mais il doit &#234;tre clair que le d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire et l'ennemi qui serait dans notre propre pays n'y collaient pas. Il n'&#233;tait pas indiff&#232;rent de vivre dans une d&#233;mocratie bourgeoise ou sous le joug nazi. De nombreux pays europ&#233;ennes en ont fait l'exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fil de plomb est de se mettre au service des exploit&#233;s et opprim&#233;s. De ceux qui veulent lib&#233;rer leur pays du colonialisme ou autre forme de domination, ou bien d&#233;fendre leur pays contre l'agression. Il faut raisonner en termes de peuples et de classes, pas de blocs ou de sph&#232;res d'influence qui ne sont que les v&#233;hicules d'oppression des petits pays par les puissances dominantes. Ce faisant, faire de la politique et pas de la g&#233;opolitique.&lt;br class='autobr' /&gt;
La guerre actuelle n'est, dans son essence, pas compliqu&#233;e du tout. Un pays, l'Ukraine, qui avait fait partie de l'empire russe, a &#233;t&#233; envahi par la Russie, l'expression actuelle de cet empire qu'elle veut reconstruire. Qu'on appelle la Russie imp&#233;riale, imp&#233;rialiste ou quoi que ce soit, il est incontestable qu'elle a lanc&#233; la guerre dans le but de soumettre l'Ukraine a sa volont&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me ceux qui refusent de soutenir l'Ukraine ne peuvent nier la r&#233;alit&#233; de l'invasion. Donc, ils trouvent des excuses. Oui, la Russie a envahi, mais elle a &#233;t&#233; menac&#233;e, encercl&#233;e, provoqu&#233;e, donc elle a d&#251; se d&#233;fendre. Et on construit tout un &#233;difice pour d&#233;montrer que la guerre serait vraiment entre d'un c&#244;t&#233; les Etats-Unis et l'OTAN et de l'autre c&#244;t&#233; la Russie. Et les Ukrainiens qui r&#233;sistent &#224; l'invasion ? Que des pions dans un &#171; guerre par procuration &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans tout ce bazar on pourrait presque croire que la Russie serait un pays paisible, qui n'avait jamais fait de mal a personne. Mais en r&#233;alit&#233; il s'agit du pays le plus r&#233;actionnaire, r&#233;pressif et agressif d'Europe. Et qui est l'h&#233;ritier de si&#232;cles de guerres et annexions par un empire dont Marx a toujours su &#224; quel point elle &#233;tait le gendarme des peuples. Quand &#224; L&#233;nine, il n'a jamais sous-estim&#233; la force r&#233;actionnaire que repr&#233;sentait le chauvinisme grand-russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la gauche europ&#233;enne, on peut &#234;tre d'accord sur au moins trois points :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#61607;	La Russie a envahi l'Ukraine le 24 f&#233;vrier 2022.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#61607;	Pour r&#233;sister a cette invasion, l'Ukraine a re&#231;u une quantit&#233; d'armes consid&#233;rable, venant essentiellement des pays de l'OTAN et surtout des Etats-Unis.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#61607;	L'OTAN a connu un &#233;largissement vers l'Est depuis les ann&#233;es 1990, incorporant notamment les pays qui faisaient auparavant partie du Pacte de Varsovie, ainsi que trois ancienne r&#233;publiques sovi&#233;tiques, les trois pays baltes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'OTAN a connu un &#233;largissement vers l'Est depuis les ann&#233;es 1990, incorporant notamment les pays qui faisaient auparavant partie du Pacte de Varsovie, ainsi que trois ancienne r&#233;publiques sovi&#233;tiques, les trois pays baltes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de ces trois constats, on peut arriver a des analyses et conclusions diff&#233;rentes, voire contradictoires. Mais ceux qui cherchent &#224; relativiser ou m&#234;me nier la responsabilit&#233; de la Russie pour la guerre sont oblig&#233;s de nier certains faits et d'en inventer d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi la Russie a-t-elle envahi l'Ukraine ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que la Russie soit juridiquement responsable ou que l'invasion serait contre la loi internationale, aussi vrai que cela puisse &#234;tre, est tout &#224; fait secondaire. Le fond de l'affaire est que la Russie, puissance imp&#233;riale, imp&#233;rialiste, dominante, depuis des si&#232;cles, n'accepte pas que les r&#233;publiques de l'ancienne Union sovi&#233;tique, ind&#233;pendantes depuis 1991, s'&#233;chappent &#224; son contr&#244;le. En particulier, elle n'a jamais vraiment reconnu l'ind&#233;pendance de l'Ukraine. Elle a toujours voulu au minimum un gouvernement &#224; Kyiv aux ordres, sans exclure l'annexion de toute ou une partie de son territoire. Et elle le cachait de moins en moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Ukraine avait fait partie de l'empire tsariste, de la &#171; prison des nations &#187;. C'est L&#233;nine qui l'a ainsi caract&#233;ris&#233; et qui a aussi dit : &#171; Ce que fut l'Irlande pour l'Angleterre, l'Ukraine l'est devenue pour la Russie : exploit&#233;e a l'extr&#234;me, sans rien recevoir en retour &#187;. En plus de l'exploitation &#233;conomique, il y avait sous le tsarisme l'interdiction de la langue ukrainienne et la r&#233;pression de tout ce qui pouvait exprimer l'identit&#233; ukrainienne, sur les plans culturel et politique. Apres une br&#232;ve p&#233;riode dans les ann&#233;es 20 o&#249; la langue et la culture ukrainiennes furent encourag&#233;es, la contre-r&#233;volution stalinienne a s&#233;vi. Entre famine et terreur, les ann&#233;es 30 ont &#233;t&#233; une d&#233;cennie noire pour l'Ukraine, suivie par la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; cette histoire, une certaine gauche veut faire croire que si Poutine fait la guerre ce serait &#224; cause de l'&#233;largissement de l'OTAN vers l'Est, qu'il verrait comme une menace et contre lequel il r&#233;agirait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, il y a une abondance d'&#233;vidence que Poutine a toujours su exactement ce qu'il voulait, qu'il n'&#233;tait pouss&#233; ni provoqu&#233; par personne. On peut commencer par son constat c&#233;l&#232;bre en 2005, o&#249; il a dit que &#171; la d&#233;sint&#233;gration de l'Union sovi&#233;tique a &#233;t&#233; la plus grande catastrophe g&#233;opolitique du 20e si&#232;cle &#187;. G&#233;opolitique, pas sociale. Ce qu'il voulait (depuis bien avant 2005) et veut toujours est de reprendre le contr&#244;le du territoire de l'ancienne URSS, qui correspondait d'ailleurs un peu pr&#232;s a celui de l'empire tsariste. Et c'est cet empire qu'il veut reconstruire. Pas forcement en annexant les anciens r&#233;publiques mais en les contr&#244;lant. Et en plus, retrouver le sph&#232;re d'influence en Europe que Staline avait &#233;tabli en 1945. Dans ce projet, l'Ukraine occupe une place centrale. Comme l'a dit Zbigniew Brzezinski, conseiller de Carter et Obama : &#171; Sans l'Ukraine, la Russie cesse d'&#234;tre un empire eurasien &#187;. Car, il ne faut jamais oublier que la Russie n'est pas un Etat national, mais justement un empire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc, dans la vision de Poutine et dans son projet il n'y avait pas de place pour une Ukraine ind&#233;pendante, surtout depuis qu'elle se tournait de plus en plus vers l'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant le 24 f&#233;vrier, il y avait 2014. Le d&#233;tachement entre une partie de la gauche occidentale et la r&#233;alit&#233; ukrainienne s'est vraiment manifest&#233; alors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e que l'annexion de la Crim&#233;e &#233;tait une r&#233;action au &#171; coup d'&#233;tat &#187; de la Maidan ne tient pas debout. D'abord, on peut seulement parler de &#171; coup d'&#233;tat &#187; ou &#171; coup de force &#187; en faisant l'&#233;conomie d'une analyse concr&#232;te d'un mouvement de masse qui a dur&#233; trois mois et de son &#233;volution. Et en la rempla&#231;ant par une caricature made in Russia. Mais les colporteurs d'une telle caricature ne devraient plus s'attendre a &#234;tre pris au s&#233;rieux. Pour ceux qui veulent comprendre, il y a des livres, des t&#233;moignages et des articles accessibles en ligne. Il y a m&#234;me Wikip&#233;dia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, l'annexion de la Crim&#233;e a &#233;t&#233; discut&#233;e et planifi&#233;e avant la chute de Ianoukovytch et la victoire du Maidan. Et non seulement la Crim&#233;e. Tout le plan d'annexer les oblasts de l'Est et du Sud, en passant par une phase de &#171; r&#233;publiques populaires , &#187; &#233;tait aussi mis en avant dans un document soumis &#224; discussion dans l'administration pr&#233;sidentielle russe entre le 4 et le 12 f&#233;vrier 2014 et publi&#233; int&#233;gralement par le journal Novaya Gazeta le 26 f&#233;vrier 2015. L'introduction faite par le journal commence par une citation qui dit tout. &#171; On consid&#232;re qu'il convient d'initier l'accession des r&#233;gions de l'Est a la Russie &#187;. Le document commence par trois constats : la faillite de Ianoukovytch, qui perd rapidement le contr&#244;le du processus politique. Ensuite la paralysie du gouvernement et le manque d'un corps politique d'interlocuteurs avec lequel la Russie pourrait n&#233;gocier. Enfin, qu'il &#233;tait peu probable qu'un tel corps politique &#171; acceptable &#187; sorte des &#233;lections pr&#233;vues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, nous avons pu lire tout r&#233;cemment le t&#233;moignage de Bill Clinton, qui raconte une conversation avec Poutine en 2011, o&#249; ce dernier aurait dit qu'il n'&#233;tait pas d'accord avec l'accord que Clinton avait fait avec Eltsine. Il s'agissait du M&#233;morandum de Budapest de 1994, o&#249; en &#233;change de l'abandon de ses armes nucl&#233;aires, la souverainet&#233; et les fronti&#232;res d l'Ukraine seraient garanties par la Russie, les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Poutine aurait dit : &#171; Je ne suis pas d'accord avec cet accord. Et je ne le soutiens pas. Et je n'en suis pas li&#233; &#187;. Et Clinton ajoute : &#171; Je savais &#224; partir de ce jour-l&#224; que c'&#233;tait juste une question de temps &#187;. De trois ans en effet, avant que Poutine trouve l'occasion propice pour faire ce qu'il avait d&#233;j&#224; d&#233;cid&#233; de faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mettre en route le plan d'&#171; accession &#171; il fallait &#233;videmment pouvoir compter sur des soutiens dans la population. Dans son discours devant le sommet de l'OTAN &#224; Bucarest en 2008, o&#249; il mettait d&#233;j&#224; en question la l&#233;gitimit&#233; de l'&#201;tat ukrainien, Poutine parlait &#224; un moment de 17 millions de russophones en Ukraine et &#224; un autre moment de 17 millions de Russes. Il est possible qu'il pensait que c'&#233;tait la m&#234;me chose. Et m&#234;me qu'il croyait sa propre propagande sur la &#187; pers&#233;cution des russophones &#187;. Mais russophone n'&#233;gale pas russe. On peut &#234;tre russophone et patriote ukrainien. C'&#233;tait d&#233;j&#224; &#233;vident en 2014, m&#234;me dans le Donbass. Et encore plus aujourd'hui. Pourtant, il y a de nombreux t&#233;moignages de soldats russes qui &#233;taient vraiment &#233;tonn&#233;s de rencontrer l'hostilit&#233; des habitants des zones occup&#233;es. Ils avaient cru ce qu'on leur avait racont&#233;, qu'ils seraient accueillis comme des lib&#233;rateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;largissement de l'OTAN&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;quivalent de l'OTAN dans le bloc sovi&#233;tique &#233;tait le Pacte de Varsovie, &#233;tabli en 1955. L'Allemagne de l'Est, qui en faisait partie, a cess&#233; d'exister au moment de la r&#233;unification de l'Allemagne en octobre 1990. Mais apr&#232;s la chute du Mur en novembre 1989 et m&#234;me avant les premi&#232;res &#233;lections libres en RDA en mars 1990, il &#233;tait &#233;vident qu'on allait vers une r&#233;unification plus ou moins rapide. La question &#233;tait : quelle r&#233;unification ? Une possibilit&#233; &#233;tait celle d'une Allemagne unie et neutre. L'autre, celle d'une Allemagne unie membre de l'OTAN, le choix pr&#233;f&#233;r&#233; des Am&#233;ricains notamment. C'est dans ce contexte que le Secr&#233;taire d'&#233;tat am&#233;ricain James Baker, cherchant une fa&#231;on d'avancer, a &#233;mis en conversation avec Gorbatchev le 9 f&#233;vrier, 1990, l'id&#233;e que l'Allemagne unie puisse &#234;tre membre d'OTAN, et qu'en retour il y aurait un engagement que l'OTAN n'avancerait pas d'un pouce (&#171; not an inch &#187;) vers l'Est. Gorbatchev &#233;tait plut&#244;t d'accord. Le lendemain. Baker a mis les deux possibilit&#233;s devant Kohl, qui a fini par pr&#233;f&#233;rer le deuxi&#232;me choix. On sait comment les choses se sont pass&#233;es par la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'&#233;difice de cette l'histoire de l'OTAN qui aurait promis de ne pas s'&#233;largir vers l'Est et qui aurait rompu sa promesse est b&#226;tie autour de cette petite phrase de Baker, qui est encore sujet au d&#233;bat. Promesse, ou simple hypoth&#232;se ? Concernant que l'Allemagne, ou toute l'Europe de l'Est ? Ce qui est certain, c'est qu'il n'y a jamais eu d'engagement &#233;crit. Poutine lui-m&#234;me le regrette, en disant dans ses entretiens avec Oliver Stone que rien &#171; n'&#233;tait consacr&#233; sur papier&#8230;En politique, tout doit &#234;tre consacr&#233; sur papier. &#187; Par ailleurs, m&#234;me s'il y en avait eu quelque chose d'&#233;crit, cela n'aurait pas pu &#234;tre d&#233;finitif. Comme le M&#233;morandum de Budapest&#8230; La diplomatie et les relations internationales ne sont pas bas&#233;es sur des promesses, orales ou &#233;crites, mais sur des trait&#233;s en bonne et due forme. Qui peuvent aussi &#234;tre viol&#233;s, mais c'est plut&#244;t rare, puisque si un r&#233;gime viole syst&#233;matiquement des trait&#233;s personne ne va vouloir plus n&#233;gocier avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule trait&#233; sign&#233; &#233;tait le &#171; Trait&#233; sur le r&#232;glement finale en ce qui concerne l'Allemagne &#187; de septembre 1990. Les signataires &#233;tait les deux Etats allemands, plus la France, le Royaume-Uni, l'URSS et les Etats-Unis. Ce trait&#233; stipulait qu'il n'aurait ni troupes non-allemandes ni armes nucl&#233;aires sur le territoire de l'ancienne RDA. Il a &#233;t&#233; respect&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'occasion du 25e anniversaire de la chute du Mur, Gorbatchev a confirm&#233; qu'il n'y avait pas eu de promesse concernant l'&#233;largissement de l'OTAN, qu'il n'y avait m&#234;me pas eu de discussion l&#224;-dessus. Mais il a ajout&#233; que l'&#233;largissement avait &#233;t&#233; une &#171; grande erreur &#187; et une violation de &#187; l'esprit &#187; de ce qui avait &#233;t&#233; dit en 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, cette histoire de la promesse qui aurait &#233;t&#233; rompue, qui est quand m&#234;me le point de d&#233;part de tout le discours visant a montrer une OTAN agressive et traitre, est bas&#233;e sur une phrase d'un responsable am&#233;ricain au pr&#233;sident d'un pays, l'Union sovi&#233;tique, dont ni l'un ni l'autre ne soup&#231;onnait qu'elle n'existerait plus moins de deux ans apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement les Am&#233;ricains ne voyaient pas venir l'&#233;clatement de l'URSS, ils ne le souhaitaient m&#234;me pas. Ils &#233;taient tout a fait pr&#234;ts a traiter avec l'URSS de Gorbatchev. Le Pr&#233;sident George H.W. Bush s'opposait dans un premier temps &#224; l'ind&#233;pendance de l'Ukraine, notamment dans son c&#233;l&#232;bre &#171; Chicken Kiev &#187; discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regardons les rapports Est-Ouest a l'&#233;poque. D&#233;j&#224; en 1991 le Conseil de coop&#233;ration du Nord-Atlantique (NACC) avait &#233;t&#233; cr&#233;&#233;, entre les pays de l'OTAN et ceux du pacte de Varsovie. En 1994 est cr&#233;&#233; le Partenariat pour la Paix, avec les membres du NACC et quelques autres, notamment le Kazakhstan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1993 Eltsine &#233;crit a Clinton, &#171; toute int&#233;gration possible de pays de l'Europe de l'Est a l'OTAN ne m&#232;nera pas automatiquement a ce que l'alliance se tourne en quelque sorte contre la Russie &#187;. En 1997 est conclu l'Acte de Fondation OTAN-Russie qui constate que l'OTAN et la Russie &#171; ne se consid&#232;rent pas comme des adversaires &#187; et voit l'&#233;largissement de l'OTAN comme &#171; un processus qui continuera &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela se passait sous le mandat d'Eltsine. Cela n'indique pas une attitude de affrontement ou de recherche d'un affaiblissement de la Russie, plut&#244;t une recherche de coop&#233;ration et d'int&#233;gration &#224; l'ordre international domin&#233; par l'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que Poutine a eu une attitude diff&#233;rente ? Dans un premier temps, il n'y a pas eu de rupture avec l'OTAN. Poutine n'&#233;tait pas contre des rapports d'&#233;gal a &#233;gal avec l'alliance. Le Conseil OTAN-Russie a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; en 2002. Poutine a d&#233;clar&#233; la m&#234;me ann&#233;e dans une conf&#233;rence de presse avec le pr&#233;sident ukrainien Leonid Koutchma :, &#171; Je suis absolument convaincu que l'Ukraine ne resterait pas en retraite des processus croissants d'interaction avec l'OTAN. La d&#233;cision est &#224; prendre entre l'OTAN et l'Ukraine. C'est une question qui concerne ces deux partenaires. &#187; Et en 2004, au moment de l'adh&#233;sion de sept pays a l'OTAN : &#171; Chaque pays a le droit de choisir l'option qu'il consid&#232;re comme la plus efficace pour assurer sa propre s&#233;curit&#233;. &#187; A ce moment-l&#224;, la Russie exprimait quelques inqui&#233;tudes, mais ne voyait pas l'OTAN comme une menace. Comment expliquer le changement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poutine est convaincu des le d&#233;but de son premier mandat, voire bien avant, de la n&#233;cessite de remettre l'ordre a l'l'int&#233;rieur du pays (en affirmant sa propre autorit&#233;) et de restaurer la Russie &#224; ce qu'il consid&#233;rait comme sa place dans le monde. Dans un premier temps, il peut bien avoir pens&#233; que cela pouvait se faire dans le cadre de bonnes relations &#233;conomiques et politiques avec les Etats-Unis et l'Europe et m&#234;me avec l'OTAN. En r&#233;alit&#233;, l'Occident &#233;tait parfaitement pr&#234;te a avoir des bonnes relations avec la Russie. Mais accepter un sph&#232;re d'influence russe comme Poutine le comprenait, surtout en Europe, c'&#233;tait une autre affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poutine commence &#224; avoir un discours plus muscl&#233;, notamment dans son discours &#224; Munich en 2007. Il a particip&#233; au sommet de l'OTAN a Bucarest en 2008 mais en haussant le ton et mettant en question la l&#233;gitimit&#233; de l'Ukraine. M&#234;me apr&#232;s la guerre &#233;clair contre la G&#233;orgie en 2008, la Russie a particip&#233; &#224; des exercices de l'OTAN en 2011. C'est a partir de 2014 que la rupture est consomm&#233;e, suite a l'annexion de la Crim&#233;e et l'intervention dans le Donbass. Et c'est aussi &#224; partir de l&#224; que le discours anti-OTAN devient syst&#233;matique. La rupture a eu lieu non suite a l'&#233;largissement de l'OTAN mais suite au recours &#224; la force de la Russie contre l'Ukraine. Et ce recours &#224; la force a eu lieu suite &#224; la r&#233;volution du Maidan, qui loin d'&#234;tre un coup &#233;tait un mouvement en profondeur, surtout de la jeunesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne l'Ukraine, la Russie n'a jamais accept&#233; son ind&#233;pendance, mais dans un premier temps elle &#233;tait confiante dans son capacite d'influencer politiquement le cours des &#233;v&#232;nements en s'appuyant sur des courants politiques ukrainiens favorables a des liens forts avec la Russie. Il faut ajouter un noyautage syst&#233;matique de l'appareil d'Etat ukrainien, surtout les organes de s&#233;curit&#233;, dont l'ampleur s'est r&#233;v&#233;l&#233;e en 2014. Le premier choc est intervenu en 2004, avec le mouvement dit de la &#171; r&#233;volution orange &#187;, en fait un mouvement de masse contre la fraude &#233;lectorale. Venant apr&#232;s la &#171; r&#233;volution rose &#187; en G&#233;orgie et avant la &#171; r&#233;volution tulipe &#187; au Kirghizstan, c'&#233;tait suffisant pour inqui&#233;ter Poutine, qui craignait la contagion. D'o&#249; le discours sur les &#171; r&#233;volutions de couleur &#187; qui seraient t&#233;l&#233;guid&#233;es par Washington. En Ukraine l'arriv&#233;e au pouvoir de Ianoukovytch en 2009 semblait &#234;tre un retour au normal, mais le prochain choc, le Maidan, a &#233;t&#233; un coup plus dur pour la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;largissement de l'OTAN a eu lieu assez rapidement, entre 1999 et 2009 pour l'essentiel. Cela correspondait certainement aux int&#233;r&#234;ts des Etats-Unis. Probablement pour consolider son influence en Europe plut&#244;t que pour affronter la Russie. Mais il ne faut pas, comme le fait souvent la gauche occidentale, oublier ce que pensaient les premiers int&#233;ress&#233;s, ceux qui vivaient dans les pays concern&#233;s. Il est clair que l'adh&#233;sion a l'OTAN ne correspondait pas seulement aux souhaits des nouveaux &#233;lites capitalistes dans ces pays mais aussi a la volont&#233; des peuples. En Hongrie un referendum a donne plus de 85% de oui. Il n'y a aucune raison de penser que l'adh&#233;sion a l'OTAN n'aurait pas eu un soutien largement majoritaire partout. Tout simplement parce que tous ces pays avaient &#233;t&#233; domin&#233;es par la Russie pendant des d&#233;cennies, et pour certains d'entre eux, pendant des si&#232;cles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant a &#171; l'encerclement &#187; de la Russie par l'OTAN, soyons s&#233;rieux, Il suffit de regarder une carte. Les trois pays avec les plus longues fronti&#232;res avec la Russie sont la Chine, la Mongolie et le Kazakhstan, dont aucun n'est membre de l'OTAN... Ce qu'il y a aujourd'hui, de la Finlande au nord jusqu'&#224; la Bulgarie, est une barri&#232;re, une ligne de d&#233;fense. Et cette ligne est bien de d&#233;fense contre la Russie et pas une menace pour elle. Poutine n'a pas peur que l'OTAN attaque la Russie. La Russie est une puissance nucl&#233;aire, comme il n'arr&#234;te pas de nous rappeler, et aucune puissance nucl&#233;aire n'a jamais &#233;t&#233; envahie. Ce qui emb&#234;te Poutine, ce n'est pas une menace militaire. C'est tout simplement que l'adh&#233;sion de ces pays &#224; l'Union europ&#233;enne et &#224; l'OTAN est une fa&#231;on de tourner d&#233;finitivement le dos &#224; Moscou et de se tourner vers l'Ouest.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des armes pour l'Ukraine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne conteste le fait que l'Ukraine a re&#231;u des armes. Ce qui est contestable, c'est l'id&#233;e que cela d&#233;montrerait que ce qui se passe est donc une guerre par procuration entre l'OTAN et la Russie. Et pour que cela soit cr&#233;dible on invente une histoire o&#249; l'Ukraine est arm&#233;e et pr&#233;par&#233;e pour cette guerre depuis 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de revenir l&#224;-dessus, regardons l'exemple de la Guerre du Vietnam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel &#233;tait le caract&#232;re de cette guerre ? Il s'agissait &#233;videmment d'une guerre de lib&#233;ration nationale contre l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain et ses suppl&#233;tifs vietnamiens, la continuation d'ailleurs de la Premi&#232;re Guerre d'Indochine contre la France.&lt;br class='autobr' /&gt;
Est-ce que le Vietnam a eu des soutiens dans son combat ? Oui, il a &#233;t&#233; aid&#233; par l'Union sovi&#233;tique et la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aide militaire chinoise a commenc&#233; dans la derni&#232;re p&#233;riode de la Premi&#232;re Guerre d'Indochine. Suite &#224; la victoire de la Revolution chinoise, entre 1950 et 1954 elle est devenue importante et tr&#232;s utile : fusils, mitraillettes, mortiers, pi&#232;ces d'artillerie, etc. Apr&#232;s les accords de Gen&#232;ve en 1954 qui scindaient le Vietnam en deux la Chine ne voulait pas de nouvelle guerre mais quand les Vietnamiens ont pris la d&#233;cision de r&#233;unifier leur pays par la force, elle a continu&#233; &#224; fournir de l'aide militaire, encore tr&#232;s utile, surtout dans la premi&#232;re p&#233;riode de la guerre, de 1959 a 1963. La Chine a aussi envoy&#233; des troupes au Vietnam, surtout pour d&#233;fendre Hanoi et ses environs. En 1967, ils &#233;taient 170,000. On compte 1,000 morts chinois au cours de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au plus fort de la guerre l'aide sovi&#233;tique a commenc&#233; &#224; jouer un r&#244;le de plus en plus important par sa quantit&#233; et sa qualit&#233;. Face a l'escalade de l'intervention am&#233;ricaine &#224; partir de 1964, le type d'aide que les Sovi&#233;tiques ont pu fournir a jouer un r&#244;le cruciale, notamment pour d&#233;fendre le Vietnam du Nord contre les bombardements am&#233;ricains. Cette aide a s&#233;rieusement augment&#233; apr&#232;s le chute de Khrouchtchev.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 17 novembre 1964, le Politburo du PCUS a d&#233;cid&#233; d'accro&#238;tre son soutien au Vietnam. Cette aide incluait notamment des avions de combat, du radar, de l'artillerie, des syst&#232;mes de d&#233;fense anti-a&#233;riens, des armes l&#233;g&#232;res, des munitions, des livraisons alimentaires et de m&#233;dicaments.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1965, les Sovi&#233;tiques ont pris un pas suppl&#233;mentaire en envoyant des missiles sol-air et des avions de chasse. Par ailleurs, le Vietnam a re&#231;u environ 2,000 chars, en plus d'h&#233;licopt&#232;res et autres mat&#233;riels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Union sovi&#233;tique a aussi envoy&#233; au Vietnam environ 15,000 personnel militaire, des sp&#233;cialistes. Comme conseillers, mais aussi, surtout au d&#233;but, comme combattants op&#233;rant les syst&#232;mes de d&#233;fense anti-a&#233;riens. Et aussi a l'occasion comme pilotes. Ce qui &#233;tait moins n&#233;cessaire une fois que 5,000 Vietnamiens avaient &#233;t&#233; form&#233;s comme pilotes en URSS. Tous ces &#233;quipements et les sp&#233;cialistes sovi&#233;tiques &#233;taient envoy&#233;s au Vietnam du Nord. Certains des &#233;quipements ont par la suite pris le chemin du Sud. Les sp&#233;cialistes, non. Les Sovi&#233;tiques voulaient &#233;viter toute escalade, donc, ne pas prendre le risque d'affrontements Sovi&#233;tiques-Am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Am&#233;ricains ont perdu 4,000 avions de combat pendant la guerre. Sans l'aide sovi&#233;tique, cela aurait &#233;t&#233; difficilement imaginable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ampleur de l'aide militaire sovi&#233;tique, mais aussi chinoise, est frappant. Evidemment il s'agissait d'armes des ann&#233;es 60, moins sophistiqu&#233;es que celles d'aujourd'hui. Mais dans le contexte cette aide &#233;tait certainement plus cons&#233;quente que les armes envoy&#233;es en Ukraine jusqu'aujourd'hui..&lt;br class='autobr' /&gt;
La guerre du Vietnam a co&#239;ncid&#233; avec le schisme sino-sovi&#233;tique. Les rapports entre les deux pays &#233;taient ex&#233;crables, jusqu'&#224; fr&#244;ler le conflit arm&#233; en 1969. Par la force des choses, et pas sans accroc, ils &#233;taient obliges de coop&#233;rer pour aider le Vietnam. Mais chacun cherchait a tirer le Vietnam dans son orbite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce tout cela a chang&#233; la nature de la guerre ? Non. Il s'agissait toujours d'une guerre de lib&#233;ration nationale. L'ampleur de l'aide sovi&#233;tique et chinoise et les motivations &#233;ventuelles de ces deux r&#233;gimes n'y changeaient rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons en Ukraine. En regardant l'Annexe on voit dans cet article du Quotidien de Luxembourg (bas&#233; sur les travaux de l'Institut de Kiel) un bon r&#233;sum&#233; des livraisons d'armes. Premier constat, les armes sont en effet de plus an plus lourdes. Mais au d&#233;but, en f&#233;vrier-mars 2022, elles n'&#233;taient pas lourdes du tout. Au d&#233;but les Am&#233;ricains, comme les Russes, comme un peu pr&#232;s tout le monde, pensaient que les Russes occuperaient rapidement Kyiv, Kharkiv et d'autres villes et que les Ukrainiens m&#232;neraient au mieux une guerre de r&#233;sistance &#224; l'Ouest et une guerre des partisans ailleurs. C'est pour &#231;a que les Am&#233;ricains ont voulu &#233;vacuer Zelensky vers Lviv ou m&#234;me hors du pays. Contre toute attente, les choses se sont pass&#233;es autrement. Les Russes ont &#233;t&#233; oblig&#233;s de se retirer du Nord du pays. Les Ukrainiens ont donc marqu&#233; une premi&#232;re victoire. C'&#233;tait important. Ayant montr&#233; ce qu'ils pouvaient faire, les Ukrainiens ont eu droit a des armes plus lourdes, dont ils auraient besoin pour les combats dans l'Est et le Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il manquait encore certaines armes. Les Ukrainiens ont qu&#233;mandaient pendant des mois avant d'avoir des chars modernes et pour l'instant, encore en nombre limit&#233;. Ils ont eu d&#232;s l'ann&#233;e derni&#232;re de missiles de courte port&#233;e HIMARS (70km). Ensuite des missiles de moyenne port&#233;e (130km) et enfin, en mai, les Storm Shadow britanniques de longue port&#233;e. Ce n'est que maintenant qu'ils ont la promesse de recevoir ce qu'ils demandent depuis des mois, c'est-&#224;-dire des avions de combat F-16. En attendant ils fonctionnent avec des avions de fabrication sovi&#233;tique (quand m&#234;me consid&#233;rablement modernis&#233;s) qu'ils ont re&#231;u des pays de l'Europe de l'Est. Assez r&#233;cemment, l'Allemagne a autoris&#233; la livraison de cinq Mig ayant fait partie des forces a&#233;riennes de la RDA, un pays qui a cess&#233; d'exister en 1990. Poutine a d&#251; trembler&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet les Am&#233;ricains ont deux pr&#233;occupations. Ils aident vraiment l'Ukraine &#224; se d&#233;fendre. Ils ne veulent pas la voir occup&#233;e par la Russie : mais en m&#234;me temps ils ont peur d'une escalade avec la Russie, ce qui explique les lenteurs et les h&#233;sitations dans les livraisons d'armes sophistiqu&#233;es. Il est aussi possible qu'ils souhaitent &#233;viter une d&#233;faite militaire totale de la Russie par peur des cons&#233;quences d&#233;stabilisatrices, pr&#233;f&#233;rant les laisser se retirer en douceur ou m&#234;me les laisser garder quelques gains territoriaux. Mais cela d&#233;pend aussi du rapport de forces sur le terrain. N&#233;anmoins, si les blocages sur les types d'armement fourni ont tendance a &#234;tre lev&#233;s, bien que lentement, ce n'est pas seulement &#224; cause de la pression de l'Ukraine et de certains autres pays, mais &#224; cause du comportement des Russes. Sauf le recours aux armes nucl&#233;aires, ils se permettent tout, notamment des attaques contre les infrastructures et les cibles civiles, sans parler des crimes qu'ils commettent dans les zones occup&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut quand m&#234;me ajouter que la lenteur des livraisons venant de certains pays peut aussi avoir un aspect logistique. Car contrairement &#224; ce que racontent certains campistes/pacifistes, loin de se militariser en permanence, la r&#233;alit&#233; est qu'apr&#232;s la fin de la Guerre froide, la plupart des pays membres de l'OTAN ont s&#233;rieusement r&#233;duit leurs effectifs et leurs d&#233;penses militaires. C'&#233;tait notamment le cas de l'Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un examen de la p&#233;riode entre 2014 et 2022 est assez r&#233;v&#233;lateur. Nous sommes tr&#232;s loin de l'image d'une OTAN qui arme l'Ukraine contre la Russie. Pendant la pr&#233;sidence d'Obama, donc jusqu'en 2017, le total de livraisons d'armes par les Etats-Unis &#224; l'Ukraine &#233;taient z&#233;ro. C'&#233;tait la politique d'Obama. Et puisque c'&#233;tait les &#201;tats-Unis qui menaient la danse, les pays membres de l'OTAN en Europe de l'Ouest ont suivi son exemple. Porochenko, alors pr&#233;sident de l'Ukraine, &#233;tait pr&#233;sent au sommet d'urgence de l'OTAN &#224; Cardiff en septembre 2014. Il a demande des armes, il est reparti les mains vides. Seulement certains pays de l'Est, notamment la Pologne, ont fourni quelques armes, mais en petite quantit&#233;. Apres quelques h&#233;sitations, Trump a fourni des missiles anti-char Javelin : une premier livraison en 2018, suivie par d'autres en 2019 et 2021. Mais les Ukrainiens n'ont re&#231;u qu'en 2020 l'autorisation de les d&#233;ployer au front dans le Donbass.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sommet de l'OTAN &#224; Cardiff &#233;tait cens&#233; tirer la sonnette d'alarme et pousser les pays membres &#224; augmenter leurs d&#233;penses militaires &#224; 2% de leur PIB. Il faut constater que l'a r&#233;ponse a &#233;t&#233; globalement assez ti&#232;de. Il a fallu le 24 f&#233;vrier pour que cela commence &#224; changer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de pr&#233;parer la guerre, la r&#233;ponse des Etats-Unis apr&#232;s 2014 &#233;tait de pousser l'Ukraine vers un accord avec la Russie dans le cadre des tristement c&#233;l&#232;bres accords de Minsk, dont l'application &#233;tait sous-trait&#233;e &#224; la France et l'Allemagne. Ces accords avaient &#233;t&#233; impos&#233;s &#224; l'Ukraine par la Russie en 2014-15 sur la base d'un rapport de forces militaires d&#233;favorables aux Ukrainiens. Au-del&#224; de leurs incoh&#233;rences et ambigu&#239;t&#233;s, ils avaient, selon Wolfgang Sporrer, diplomate travaillant pour l'OSCE et engag&#233; dans le processus de Minsk, une faiblesse encore plus importante. Ils n'allaient pas a le racine du conflit. Celle-ci d&#233;coulait selon lui de la volont&#233; de la Russie d'exercer son influence sur la politique int&#233;rieure et les relations internationales de l'Ukraine : le conflit fondamentale &#233;tait celui entre Moscou et Kyiv. En soi, le probl&#232;me du Donbass &#233;tait tout a fait solvable. Mais pour la Russie les &#171; r&#233;publiques &#187; constituaient un utile levier de pression sur l'Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en refusant d'envoyer des armes, les Etats-Unis et l'OTAN ont bien envoy&#233; des &#233;quipements militaires &#8211; casques, bottes, gilets pare-balles, lunettes de nuit, mat&#233;riel informatique, etc. Mais ils ont fait quelque chose de plus important : ils ont fourni de l'entrainement pour les forces arm&#233;es ukrainiennes (AFU). Et de mani&#232;re s&#233;rieuse. Au cours de l'ann&#233;e 2015, il y a eu trois grands programmes d'entrainement, dirig&#233;s respectivement par les Etats-Unis, le Canada et la Grande-Bretagne. En tout le nombre de militaires ukrainiens qui sont pass&#233;s par ces programmes &#233;tait plus de 70,000. Les Occidentaux ont donc bien voulu donner a l'Ukraine les moyens d'avoir ce qui lui avait manqu&#233; en 2014, une arm&#233;e moderne digne de ce nom. Mais pas lui fournir les armes n&#233;cessaires. S'ils l'avaient fait, la guerre actuelle aurait pu &#234;tre &#233;court&#233;e ou m&#234;me &#233;vit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion on peut dire que les Etats-Unis et encore plus certains de leurs alli&#233;s de l'OTAN (surtout la France et l'Allemagne) portent quand m&#234;me une certaine responsabilit&#233; pour la guerre actuelle. Mais pas dans le sens de pousser &#224; la guerre. Tout &#224; fait le contraire. Ils ont persist&#233; au-del&#224; du raisonnable &#224; traiter le r&#233;gime de Poutine comme un partenaire rationnel, responsable et fiable. Pourtant les signaux d'alarme ne manquait pas. De la Tch&#233;tch&#233;nie dans les ann&#233;es 90, en passant par la G&#233;orgie, la Syrie, la Crim&#233;e, le Donbass. On peut m&#234;me penser que la mollesse des r&#233;actions de l'Occident &#224; toutes ces occasions ait encourag&#233; Poutine &#224; penser qu'il pouvait oser sans risque envahir l'Ukraine en 2022. D'ailleurs, que sait-on, si &#171; l'op&#233;ration sp&#233;ciale &#187; avait &#233;t&#233; aussi rapide que pr&#233;vue il aurait peut-&#234;tre eu raison&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les divisions de la gauche&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche radicale europ&#233;enne est profond&#233;ment divis&#233;e. Il ne s'agit pas simplement d'une bataille id&#233;ologique, mais de choix qui d&#233;terminent l'action politique des uns et des autres. Non seulement la gauche adopte des positions diff&#233;rentes d'un pays a l'autre, mais souvent il y a des divisions au sein de la gauche du m&#234;me pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible d'identifier trois grands courants. Le courant internationaliste, le courant campiste et le courant pacifiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier se situe clairement en solidarit&#233; avec l'Ukraine. Il soutient ce pays dans sa guerre de r&#233;sistance contre l'invasion russe. Pour beaucoup, cela comprend aussi le soutien &#224; l'envoi des armes, mais au minimum le soutien s'exprime en mettant clairement en avant la revendication du retrait des troupes russes de l'Ukraine, sans condition. Et aussi autant que possible en y portant une aide mat&#233;rielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le courant campiste consid&#232;re que la cause principale de la guerre, ou pour le moins une cause importante, est l'&#233;largissement de l'OTAN vers l'Est : ce qui l'am&#232;ne a diluer la responsabilit&#233; de la Russie pour la guerre, sans forcement la nier compl&#232;tement. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale ce courant parle de cessez-le-feu et de n&#233;gociations. Sans conditions. Parfois en pr&#233;cisant sur les lignes de front actuelles. Et soit en refusant de soutenir l'envoi des armes, soit carr&#233;ment en appelant &#224; l'interdire. Evidemment, cette position est objectivement pro-russe. Son r&#233;sultat serait de pousser l'Ukraine vers les n&#233;gociations dans une situation de faiblesse. Certains campistes l'admettent au nom de la primaut&#233; de la lutte contre l'OTAN. D'autres se cachent derri&#232;re des appels &#224; la paix dont on peut doutla sinc&#233;rit&#233;, c'est le moins qu'on puisse dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etant contre la guerre par principe, le courant pacifiste part de la volont&#233; de terminer la guerre le plus vite possible. Il ne partage pas forcement la vision campiste. Mais c'est souvent le cas, dans la mesure o&#249; en Europe occidentale certains mouvements pacifistes datent de l'&#233;poque de la Guerre froide et &#233;taient dirig&#233;s contre l'imp&#233;rialisme am&#233;ricaine et l'OTAN. Mais que ce soit par campisme ou simplement l'aspiration sinc&#232;re &#224; la paix, ils arrivent souvent aux m&#234;mes revendications que les campistes : cessez-le-feu, n&#233;gociations, pas de livraison d'armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; viennent ces divisions ? Prenons les campistes d'abord. Certains camarades demandent pourquoi on parle de campistes. Il faut dire qu'il y a un touche d'ironie. Pendant la Guerre froide, il y avait en effet deux camps. Le camp sovi&#233;tique, qui s'appelait camp socialiste, et le camp occidental US-OTAN qui se faisait appeler camp d&#233;mocratique et &#233;tait appel&#233; correctement par d'autres comme camp imp&#233;rialiste. Aujourd'hui il n'y a plus de camp qui pr&#233;tende &#234;tre socialiste. Personne ne peut prendre la Russie pour socialiste ou m&#234;me progressiste et les pays qui votent avec elle aux Nations unies sont aussi ind&#233;fendables, sinon pire : Cor&#233;e du Nord, Syrie, Iran, &#201;rythr&#233;e, Nicaragua.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quantitativement, la majorit&#233; de campistes viennent des partis communistes ou ont &#233;t&#233; form&#233;s par eux. Ce qui ne signifie pas que tous les communistes sont campistes ni que tous les campistes sont des communistes. Il existe aussi une deuxi&#232;me source de campisme, parmi ceux qui ont combattu les guerres am&#233;ricaines apr&#232;s 1991. Mais que cela date d'avant ou apr&#232;s 1989-91 le r&#233;sultat est le m&#234;me : une vision scl&#233;ros&#233;e du monde, en fin de compte dogmatique et sectaire. Aucun besoin de faire l'analyse concr&#233;t&#233; d'une situation concr&#232;te si ch&#232;re &#224; L&#233;nine. Dans toute circonstance l'ennemi principal est l'imp&#233;rialisme am&#233;ricaine. Il suffit de plaquer cette conception sur n'importe quelle situation, en d&#233;formant la r&#233;alit&#233; au besoin. Ainsi, on exige le retrait des quelques centaines de soldats am&#233;ricains de la Syrie, en ne disant pas un mot sur les forces russes et iraniennes et leurs participation active &#224; la guerre d'Assad contre les peuples syrien et kurde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vrais pacifistes, &#224; la diff&#233;rence des campistes qui se cachent derri&#232;re les appels &#224; la paix, sont autre chose. On peut penser qu'ils sont na&#239;fs. Dans une entretien avec M&#233;diapart au d&#233;but de la guerre, Le philosophe fran&#231;ais Etienne Balibar, fort soutien a l'Ukraine, constate : &#171; Le pacifisme n'est pas une option &#187;. Au fait, dans une guerre, le pacifisme n'est jamais une option. Chercher a terminer une guerre le plus t&#244;t possible ind&#233;pendamment du contexte peut mener au pire. Par contre, en temps de paix, militer contre la guerre en g&#233;n&#233;ral est tout &#224; fait respectable, sans forcement &#234;tre efficace. Pourtant, mener des campagnes d'information et d'action contre les armes nucl&#233;aires est plus qu'utile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui caract&#233;rise le courant internationaliste face a la guerre ? De faire pr&#233;cis&#233;ment une analyse concr&#232;te, de d&#233;finir la nature de la guerre. S'il s'agit d'une guerre de lib&#233;ration nationale ou d'une guerre de d&#233;fense nationale, soutenir ceux qui luttent contre l'oppression. Soutenir ceux qui sont opprim&#233;s at exploit&#233;s et aider leur r&#233;sistance et leur droit &#224; l'autod&#233;termination. Dans le cas pr&#233;cis de la guerre actuelle, il s'agit d'une guerre de d&#233;fense, nationale et d&#233;mocratique. La gauche ukrainienne a donc mille fois raison de participer a la d&#233;fense de son pays. La vraie gauche ukrainienne, pas la &#171; gauche &#187; pro-russe. Au passage, on peut encore faire r&#233;f&#233;rence a L&#233;nine, qui passe pour &#234;tre contre le mot d'ordre de d&#233;fense de la patrie. Erreur. Il &#233;tait contre l'utilisation de ce mot d'ordre comme justification du soutien &#224; son propre imp&#233;rialisme en 1914. Mais pas contre le mot d'ordre en tant que telle, s'agissant de guerre nationales, comme il a pr&#233;cis&#233; par la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut ajouter que les internationalistes ne sont pas des donneurs de le&#231;ons de loin &#224; ceux qui se battent. On assiste actuellement &#224; des campistes et pacifistes qui ne se limitent pas &#224; des appels au cessez-le-feu et n&#233;gociations. Les Ukrainiens sont en plus somm&#233;s &#224; faire des concessions, des compromis, de prendre en compte les int&#233;r&#234;ts de la Russie. Les campistes sont les pires et leurs conseils sont surtout &#233;labor&#233;s dans le confort des pays du noyau imp&#233;rialiste de l'Union europ&#233;enne. On se demande de quel droit politique ou moral ils font ca. On se console du constat qu'ils ont de moins en mois de respect et de cr&#233;dibilit&#233; en Europe de l'Est.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Annexe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des armes toujours plus lourdes&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Quotidien 30/03/2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;UKRAINE Les r&#233;centes livraisons de chars et de roquettes longue port&#233;e illustrent la mani&#232;re dont les Occidentaux s'adaptent aux besoins de Kiev.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but de l'invasion russe en f&#233;vrier 2022, les Ukrainiens b&#233;n&#233;ficient de premi&#232;res livraisons d'armes par l'Occident. Entre f&#233;vrier et mars, ils re&#231;oivent plus de 40 000 armes l&#233;g&#232;res, 17 000 manpads &#8211; syst&#232;mes portatifs de d&#233;fense sol-air &#8211; ainsi que de l'&#233;quipement (25 000 casques, 30 000 gilets pare-balles&#8230;), selon les donn&#233;es du Kiel Institute qui recense depuis le d&#233;but de la guerre les armes promises et livr&#233;es &#224; l'Ukraine. La Gr&#232;ce envoie notamment 20 000 Kalachnikov AK-47, les &#201;tats-Unis 6 000 manpads, 5 000 carabines Colt M4 et 2 000 missiles anti-chars portables Javelin, la Su&#232;de 10 000 manpads, la R&#233;publique tch&#232;que 5 000 fusils d'assaut Vz58 et 3 20 mitrailleuses Vz59.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'urgence, ces armes et &#233;quipements l&#233;gers sont faciles &#224; livrer, &#224; prendre en main et &#224; d&#233;placer sur le champ de bataille. Face &#224; une farouche r&#233;sistance &#224; Kiev et &#224; Kharkiv, la deuxi&#232;me ville du pays, l'arm&#233;e russe se retire fin mars pour concentrer ses efforts sur les territoires du Donbass et du sud.&lt;br class='autobr' /&gt;
Commencent alors en avril les livraisons d'artillerie (obusiers, lance-roquettes...), capables de frapper derri&#232;re les lignes ennemies pour atteindre les stocks de munitions et bloquer les cha&#238;nes logistiques russes. Sont livr&#233;s jusqu'&#224; l'automne 321 obusiers, dont 18 canons Caesar fran&#231;ais, 120 v&#233;hicules d'infanterie, 49 lance-roquettes multiples, 24 h&#233;licopt&#232;res de combat, plus de 1 000 drones am&#233;ricains, ainsi que 280 chars de fabrication sovi&#233;tique, envoy&#233;s principalement par la Pologne, que l'arm&#233;e ukrainienne a l'habitude d'utiliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les blind&#233;s arrivent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; son repli sur l'est et le sud du pays, la Russie m&#232;ne en parall&#232;le des vagues de frappes a&#233;riennes (missiles et drones kamikazes) sur les infrastructures &#233;nerg&#233;tiques, les centres urbains, bien au-del&#224; du front. Pour y faire face, les Ukrainiens demandent des syst&#232;mes de d&#233;fense antimissiles. Les &#201;tats-Unis fournissent huit pi&#232;ces, le Royaume-Uni six pi&#232;ces, l'Espagne quatre pi&#232;ces et l'Allemagne une pi&#232;ce. Washington a r&#233;cemment fini par accepter de livrer &#224; Kiev son syst&#232;me de missile sol-air moyenne port&#233;e Patriot, consid&#233;r&#233; comme l'un des meilleurs dispositifs de d&#233;fense antia&#233;rienne des arm&#233;es occidentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers mois, une guerre de tranch&#233;es s'est install&#233;e &#224; Bakhmout et l'Ukraine craint une offensive majeure russe avec l'arriv&#233;e des mobilis&#233;s. Dans ce contexte, Kiev a obtenu des chars lourds et modernes occidentaux, longtemps r&#233;clam&#233;s pour prendre l'initiative et sortir de la guerre d'usure. Plusieurs pays occidentaux ont promis fin janvier d'en livrer : Washington a annonc&#233; des chars Abrams, Londres des Challenger 2, Berlin des Leopard 2, r&#233;put&#233;s parmi les meilleurs du monde. Le feu vert allemand a par ailleurs permis &#224; d'autres pays de promettre des Leopard 2, dont la Pologne a ainsi envoy&#233; 14 exemplaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, Kiev ne disposait que de chars de fabrication sovi&#233;tique et en avait perdu beaucoup. Les chars occidentaux sont plus performants technologiquement avec des syst&#232;mes de vis&#233;e plus pr&#233;cis, de l'&#233;lectronique embarqu&#233;e... Lundi ont &#233;t&#233; confirm&#233;es les premi&#232;res livraisons de blind&#233;s par Londres, Washington et Berlin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Promises par les &#201;tats-Unis d&#233;but f&#233;vrier, des roquettes de longue-port&#233;e GLSDB ont &#233;galement &#233;t&#233; fournies, selon des affirmations russes non d&#233;menties par Kiev. L'Ukraine juge ces munitions, d'une port&#233;e allant jusqu'&#224; 150 kilom&#232;tres, cruciales pour lancer sa prochaine contre-offensive et menacer des positions russes loin derri&#232;re les lignes de front.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Murray Smith&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'Ecosse apr&#232;s le 7 mai</title>
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		<dc:subject>Edition du 2015-06-09</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le lendemain de l'&#233;lection du 7 mai, George Kerevan, le tout nouveau d&#233;put&#233; du Parti national &#233;cossais (SNP), parcourait sa circonscription de Lothian Est. Un groupe de jeunes femmes de la classe ouvri&#232;re l'a interpell&#233;, lui indiquant fi&#232;rement qu'elles avaient toutes vot&#233; pour le SNP et qu'elles voulaient prendre des &#171; selfies &#187; avec lui. Quand Kerevan leur a demand&#233; pourquoi, elles ont r&#233;pondu : &#171; mais c'est parce que c'est historique ! &#187; Naturellement, elles avaient raison. La veille, le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH96/arton22444-59d48.png?1679047082' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='96' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le lendemain de l'&#233;lection du 7 mai, George Kerevan, le tout nouveau d&#233;put&#233; du Parti national &#233;cossais (SNP), parcourait sa circonscription de Lothian Est. Un groupe de jeunes femmes de la classe ouvri&#232;re l'a interpell&#233;, lui indiquant fi&#232;rement qu'elles avaient toutes vot&#233; pour le SNP et qu'elles voulaient prendre des &#171; selfies &#187; avec lui. Quand Kerevan leur a demand&#233; pourquoi, elles ont r&#233;pondu : &#171; mais c'est parce que c'est historique ! &#187; Naturellement, elles avaient raison. La veille, le SNP venait de gagner 56 si&#232;ges sur 59 et n'en n'avait laiss&#233; qu'un seul &#224; chacun des autres partis, les Conservateurs, les Lib&#233;raux D&#233;mocrates et les Travaillistes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lorsque l'on compare les r&#233;sultats des &#233;lections du 7 mai en Ecosse et en Angleterre, la phrase qui revient le plus souvent est : &#171; ce sont deux pays &#187;. Bien s&#251;r, la structure du vote est compl&#232;tement diff&#233;rente en Ecosse et en Angleterre. En d&#233;pit d'un &#233;cart de 5% (36% pour les Conservateurs, 31% pour les Travaillistes), seule une poign&#233;e de si&#232;ges a chang&#233; de main entre le Parti travailliste et le Parti Conservateur. Entre eux, ses gains et les pertes s'annulent. Les Conservateurs ont gagn&#233; parce qu'ils ont conserv&#233; une part suffisante de leur matelas de voix qui n'a pas &#233;t&#233; vers le Parti pour l'Ind&#233;pendance du Royaume-Uni (UKIP), alors que l'UKIP a plus gagn&#233; sur le Parti travailliste que sur les Conservateurs, et que les Lib&#233;raux D&#233;mocrates se sont effondr&#233;s au profit des Conservateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul point commun avec l'Ecosse est l'effondrement des Lib&#233;raux D&#233;mocrates : &#224; l'exception d'un seul, tous les si&#232;ges qu'ils d&#233;tenaient en Ecosse ont &#233;t&#233; perdus au profit du SNP. Mais l'&#233;v&#233;nement &#233;norme, historique est la d&#233;route totale du Parti travailliste &#233;cossais qui a perdu 40 des 41 si&#232;ges qu'il d&#233;tenait. Et, dans la tr&#232;s grande majorit&#233; des cas, avec une marge tout &#224; fait significative. Par exemple, &#224; Glasgow, o&#249; le SNP a pris 7 si&#232;ges aux travaillistes, il l'a emport&#233; avec une majorit&#233; absolue des voix dans toutes les circonscriptions, avec des scores qui vont de 52 &#224; pr&#232;s de 59%. M&#234;me situation dans les anciens bastions travaillistes de Coatbridge, Motherwell, Falkirk, Inverclyde, ainsi qu'&#224; Kirkcaldy, l'ancien si&#232;ge d&#233;tenu auparavant par Gordon Brown. Il y a eu, &#224; travers tout le pays, un d&#233;placement massif des suffrages des milieux ouvriers du Parti travailliste vers le SNP, avec une tendance g&#233;n&#233;rale : plus le si&#232;ge &#233;tait un si&#232;ge acquis au Parti travailliste et plus le d&#233;placement a &#233;t&#233; important. Le SNP a, sans doute, b&#233;n&#233;fici&#233; &#233;galement du taux de participation qui a &#233;t&#233; plus &#233;lev&#233; en Ecosse (71.1%) que pour l'ensemble du Royaume-Uni (66.1%).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, on peut souligner que, du fait des cons&#233;quences bien connues du syst&#232;me &#233;lectoral (majoritaire &#224; un tour), le SNP a remport&#233; 56 si&#232;ges avec seulement 50% des suffrages. Mais, pendant des ann&#233;es, c'est le Parti travailliste qui a b&#233;n&#233;fici&#233; de ce syst&#232;me. En 2010, il avait remport&#233; les deux tiers des si&#232;ges avec 42% des suffrages. Le fait important est qu'entre 2010 et 2015 le SNP a progress&#233; de 20 &#224; 50% des voix, alors que le Parti travailliste passait de 42 &#224; 24.3%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; les r&#233;sultats avaient &#233;t&#233; largement anticip&#233;s par les sondages, ils n'ont pas constitu&#233; une surprise. Mais ils se situent quand m&#234;me dans la fourchette haute des pr&#233;visions. Les jours pr&#233;c&#233;dents le scrutin, &#224; Edinburgh, si on ne pouvait pas dire que tout le monde portait un badge du SNP, ni que toutes les fen&#234;tres arboraient ses affiches &#233;lectorales, par contre on ne discernait aucun signe des autres partis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;placement massif des voix trouve ses racines dans la campagne du r&#233;f&#233;rendum. Au fur et &#224; mesure du d&#233;veloppement de cette campagne, de plus en plus d'&#233;lecteurs travaillistes ont &#233;t&#233; gagn&#233;s &#224; la cause de l'ind&#233;pendance. Les quatre r&#233;gions qui ont vot&#233; &#171; oui &#187; &#233;taient des r&#233;gions o&#249; le Parti travailliste &#233;tait h&#233;g&#233;monique. Celui-ci n'a pas seulement fait campagne pour le &#171; Non &#187;. Il a fait une campagne extr&#234;mement virulente, de confrontation, s'appuyant sur la &#171; strat&#233;gie de la peur &#187;, ressassant les cons&#233;quences suppos&#233;es n&#233;gatives de l'ind&#233;pendance, parfois de fa&#231;on totalement irr&#233;elle, parfois de fa&#231;on plus fond&#233;e, par exemple en ce qui concerne les retraites. Mais, surtout, le parti travailliste a men&#233; cette campagne en commun avec les Conservateurs et les Lib&#233;raux D&#233;mocrates. Ce qui a fourni &#224; la campagne pour le &#171; Oui &#187; l'occasion de rappeler &#224; tous &#224; quel degr&#233; le Parti travailliste &#233;tait partie prenante du m&#234;me consensus n&#233;o-lib&#233;ral que ses alli&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans surprise, le 7 mai, le SNP a remport&#233; les suffrages de la grande majorit&#233; de ceux qui avaient vot&#233; &#171; Oui &#187;, en majorit&#233; d'anciens &#233;lecteurs travaillistes. Mais il a aussi conquis quelques votes qui s'&#233;taient port&#233;s du le &#171; Non &#187;. La campagne du SNP a &#233;t&#233; centr&#233;e sur deux id&#233;es. La premi&#232;re est que le SNP &#233;tait le parti le plus efficace pour d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts de l'Ecosse &#224; Westminster, le SNP r&#233;p&#233;tant r&#233;guli&#232;rement que l'enjeu de ce scrutin n'&#233;tait pas la question de l'ind&#233;pendance. Le second axe de la campagne du SNP tournait autour de l'opposition &#224; l'aust&#233;rit&#233;. Lors des d&#233;bats t&#233;l&#233;vis&#233;s, la Premi&#232;re Ministre, Nicola Sturgeon, a eu un impact consid&#233;rable en dehors d'Ecosse, formant de fait une sorte de coalition avec Leanne Wood de Plaid Cymru et Natalie Bennett des Verts d'Angleterre et du Pays de Galles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ancien Secr&#233;taire d'Etat pour l'Ecosse, Alistair Carmichael, seul d&#233;put&#233; Lib&#233;ral D&#233;mocrate subsistant, a &#233;t&#233; soumis &#224; des pressions consid&#233;rables pour le forcer &#224; d&#233;missionner de son si&#232;ge d'Orkney et des Shetland. Il a finalement admis &#234;tre &#224; l'origine de la rumeur selon laquelle Nicola Sturgeon aurait dit &#224; l'Ambassadeur de France qu'elle souhaitait la victoire des Conservateurs. Ce qui a &#233;t&#233; d&#233;mentit aussi bien par Sturgeon que par l'Ambassadeur. Ainsi, il est clair qu'elle ne l'a pas dit. Mais&#8230; l'a-t-elle pens&#233; ? Il n'est pas difficile d'imaginer en quoi une victoire des Conservateurs peut servir la cause de l'ind&#233;pendance. Mais que Nicola Sturgeon et le SNP aient ou non pr&#233;f&#233;r&#233; secr&#232;tement une victoire des Conservateurs, ils ne s'y attendaient s&#251;rement pas. Comme tout le monde, y compris David Cameron, ils s'attendaient &#224; un Parlement sans majorit&#233; et b&#226;tissaient des strat&#233;gies pour faire face &#224; cette situation. Dans leurs cas, un soutien conditionnel &#224; un gouvernement travailliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, on le sait, ce n'est pas ainsi que les choses ont tourn&#233;. Quelles sont les cons&#233;quences pour l'Ecosse de la nouvelle situation ? &#192; moyen et long terme, rien ne peut plus servir la cause de l'ind&#233;pendance qu'une Ecosse condamn&#233;e &#224; cinq ann&#233;es d'un gouvernement conservateur, disposant d'un soutien extr&#234;mement r&#233;duit en Ecosse. C'est un retour &#224; la situation qui pr&#233;valait avant 1997. Mais, &#224; court terme, cette situation nouvelle et inattendue pourrait bien cr&#233;er quelques probl&#232;mes au SNP. Les ind&#233;pendantistes &#201;cossais auraient pu profiter d'une situation o&#249; ils auraient soutenu le Parti travailliste, pass&#233; des accords avec lui, d&#233;montr&#233; qu'ils &#233;taient capables de &#171; faire la diff&#233;rence &#187; en r&#233;ussissant au moins &#224; imposer certaines limites &#224; l'aust&#233;rit&#233;. Maintenant, ils sont dans l'opposition. Certainement, en tant que troisi&#232;me parti par ordre d'importance num&#233;rique &#224; Westminster, ils pr&#233;sideront deux commissions parlementaires et pourront poser chaque semaine deux questions au Premier Ministre. Mais ils ne seront pas en situation d'influencer la politique des Conservateurs comme ils esp&#233;raient pouvoir le faire avec le Parti travailliste. En tout cas, pas dans le cadre du Parlement. Ce gouvernement va devoir &#234;tre combattu en dehors du Parlement, par les mobilisations de masse. Et ce n'est pas le terrain de pr&#233;dilection du SNP. Et d'autres y sont plus &#224; leur aise&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Deux pays &#187;, sans doute. Mais, pour l'instant, un seul &#233;tat. Et le gouvernement de cet &#233;tat va se consacrer enti&#232;rement &#224; la mise en &#339;uvre de l'aust&#233;rit&#233;. Une aust&#233;rit&#233; qu'il va imposer &#224; une Ecosse qui n'a jamais vot&#233; pour cela. Tous les partis et les forces qui se situent eux-m&#234;mes &#224; la gauche du spectre politique et qui sont favorables &#224; l'ind&#233;pendance vont devoir r&#233;pondre &#224; la nouvelle situation. Ils vont devoir combattre l'aust&#233;rit&#233;, th&#232;me par th&#232;me. Et, simultan&#233;ment, chercher comment donner une pr&#233;sentation cr&#233;dible du mot d'ordre &#171; Une autre Ecosse est possible &#187;, quel que soit par ailleurs le contenu que chacun donne &#224; cette autre Ecosse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont ces forces ? Essentiellement : le SNP, les Verts, le Parti socialiste &#233;cossais (SSP) et le Projet &#233;cossais de gauche, qui n'en n'est qu'&#224; ses d&#233;buts..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le SNP n'est pas seulement la troisi&#232;me force politique &#224; Westminster ; il assume &#233;galement le gouvernement &#224; Edinburgh. Il n'aura pas seulement &#224; combattre l'aust&#233;rit&#233; au niveau du Royaume-Uni, il lui faudra aussi essayer de d&#233;montrer qu'il peut en mod&#233;rer les cons&#233;quences en Ecosse. Ce qui peut s'av&#233;rer compliqu&#233;&#8230; L'Ecosse n'est pas pr&#234;te de b&#233;n&#233;ficier d'une &#171; d&#233;volution maximale &#187;, c'est-&#224;-dire de disposer de l'ensemble des pouvoirs &#224; l'exception de ce qui concerne la D&#233;fense et les Affaires &#233;trang&#232;res. Une d&#233;volution plus large va &#234;tre propos&#233;e sous forme d'une nouvelle Charte &#233;cossaise, bas&#233;e sur le rapport de la Commission Smith mise en place apr&#232;s le r&#233;f&#233;rendum. Tel quel, cela ressemble beaucoup &#224; un pi&#232;ge. Le SNP va se voir offrir des pouvoirs plus larges, notamment en mati&#232;re budg&#233;taire. Mais sa capacit&#233; &#224; augmenter les recettes fiscales sera circosncrite &#224; l'imp&#244;t sur le revenu, &#224; l'exception de l'&#233;pargne et des investissements : en d'autres termes, la possibilit&#233; d'accro&#238;tre la pression fiscale sur les couches populaires. Il est peu probable que cela ne soit pas compl&#232;tement intentionnel de la part du gouvernement britannique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi que l'a soulign&#233; Joyce MC Millan dans le journal The Scotsman du 2 mai, le SNP a trois possibilit&#233;s : accepter ces propositions et essayer de r&#233;ussir &#224; les mettre en &#339;uvre, ce qui est une option risqu&#233;e ; refuser d'utiliser ces nouveaux pouvoirs et donner prise &#224; l'accusation de ne pas utiliser ses pouvoirs pour limiter l'aust&#233;rit&#233; ; ou ouvrir le d&#233;bat &#224; une autre niveau en d&#233;fendant que l'on ne peut pas mettre fin &#224; l'aust&#233;rit&#233; en bricolant avec la d&#233;volution. En r&#233;alit&#233;, il n'y a que deux voies pour sortir l'Ecosse de l'aust&#233;rit&#233; : la premi&#232;re est d'en finir avec l'aust&#233;rit&#233; au niveau du Royaume-Uni ; la seconde est de rompre avec l'aust&#233;rit&#233; dans le cadre d'une Ecosse ind&#233;pendante. Beaucoup de gens pourraient bien en conclure que la seconde solution est plus r&#233;aliste que la premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un article publi&#233; dans la derni&#232;re parution de la Scottish Left Review, Gregor Call argumente assez longuement pour &#233;tablir que le SNP n'est pas un parti social-d&#233;mocrate, comme le pr&#233;tend Nicola Sturgeon et comme beaucoup le croient. Ses crit&#232;res ne sont pas enti&#232;rement convaincants : par exemple, sa d&#233;finition de la social-d&#233;mocratie inclut la nationalisation des banques, ce qui a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; dans certains pays mais pas, par exemple, par le Parti travailliste britannique. De toute fa&#231;on, l'utilisation du terme est une question secondaire. L'important est que le SNP est et est per&#231;u comme &#233;tant &#224; gauche du Parti travailliste sur de nombreuses questions. Ce qui est illustr&#233; notamment par les consultations gratuites, la sant&#233; gratuite, des mesures auxquelles les travaillistes se sont oppos&#233;s et qu'ils abrogeraient si, d'aventure, ils revenaient au pouvoir &#224; Edinburgh ; c'est bien pourquoi, en d&#233;pit des critiques que l'on peut adresser &#224; la politique men&#233;e par le SNP au gouvernement, sa campagne contre l'aust&#233;rit&#233; &#233;tait cr&#233;dible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le SNP n'est certainement pas un parti qui lutte pour le socialisme ; il n'a absolument aucune intention de renverser le capitalisme. N&#233;anmoins, l'afflux de nouveaux membres dans la foul&#233;e du r&#233;f&#233;rendum et m&#234;me certains de ses nouveaux d&#233;put&#233;s peuvent &#234;tre &#224; l'origine d'une tentative de pousser le parti vers la gauche. Et il est m&#234;me possible qu'ils y parviennent, dans une certaine mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Verts Ecossais sont d'une tout autre esp&#232;ce. Ils ont r&#233;ussi &#224; occuper au moins une partie de l'espace qui existe &#224; la gauche du SNP. Lors de leur campagne &#233;lectorale, ils n'ont pas seulement promis d'en finir avec l'aust&#233;rit&#233; et de revenir sur les coupes concernant la protection sociale, mais aussi de d&#233;fendre les services publics et de re-nationaliser les chemins de fer. L'une des raisons qu'ils avancent pour expliquer leur opposition au TTIP (partenariat transatlantique de commerce et d'investissement) est que ce trait&#233; sanctuariserait les privatisations. Au cours d'une campagne o&#249; la pression pour le vote en faveur du SNP &#233;tait &#233;norme, ils ont tenu bon et r&#233;cup&#233;r&#233; leurs cautions dans de nombreuses circonscription, notamment &#224; Edinburgh, m&#234;me si leur meilleur r&#233;sultat (plus de 6%) a &#233;t&#233; obtenu dans une des circonscription de Glasgow. Les Verts ont, comme le SNP, b&#233;n&#233;fici&#233; d'une vague de nouvelles adh&#233;sions apr&#232;s la campagne r&#233;f&#233;rendaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi le cas pour le SSP. Ce qui a constitu&#233; un soulagement bienvenu, apr&#232;s ce que l'on peut raisonnablement d&#233;signer comme une travers&#233;e du d&#233;sert, suite &#224; la crise n&#233;e de l'affaire Sheridan. De nombreux jeunes, des travailleurs ont rejoint le parti et cela s'est refl&#233;t&#233; lors de sa conf&#233;rence annuelle, le 23 mai dernier. C'&#233;tait d'autant plus bienvenu que, lors de cette conf&#233;rence, le SSP n'a pas laiss&#233; ce succ&#232;s lui monter &#224; la t&#234;te ni s'illusionner sur sa capacit&#233; &#224; &#234;tre &#224; lui seul l'alternative de gauche. Lors des votes, il s'est prononc&#233; en faveur de la participation &#224; la construction d'une large alliance de gauche, pour pr&#233;senter des candidats unitaires lors des prochaines &#233;lections au Parlement Ecossais, au printemps 2016 ; un projet que le journal Herald a baptis&#233; le &#171; Syriza &#233;cossais &#187;. Cette d&#233;cision &#233;tait importante : aujourd'hui, le SSP seul ne peut incarner l'alternative de gauche en Ecosse. Mais une coalition large de gauche qui n'inclurait pas le SSP serait consid&#233;rablement plus faible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A part le SSP, les autres groupes de gauche impliqu&#233;s dans ce projet sont de taille tr&#232;s r&#233;duite. Ce projet ne sera pas une alliance de partis. Parmi ses initiateurs, on compte des gens qui ont jou&#233; un r&#244;le dirigeant dans la &#171; Campagne radicale pour l'Ind&#233;pendance &#187; (Radical Independance Campaign), dans le mouvement &#171; Les femmes pour l'ind&#233;pendance &#187; et dans d'autres campagnes de base et des r&#233;seaux qui ont constitu&#233; l'aile gauche de la campagne pour le &#171; oui &#187;, sachant que la fa&#231;on dont ces r&#233;seaux ont fonctionn&#233; a grandement influenc&#233; la campagne pour le &#171; oui &#187;. Ce projet est &#233;galement soutenu par des syndicalistes, dont des v&#233;t&#233;rans qui ont particip&#233; aux sit-in lors du conflit des Chantiers naval de la Clyde en 1971, des universitaires et des &#233;crivains. Et, aussi, Myrto Tsakatika, l'un des animateurs de Syriza en Ecosse. Les partisans de ce projet se r&#233;f&#232;rent souvent aux partis europ&#233;ens tels que Syriza et Podemos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tout &#224; fait &#233;vident qu'existe un potentiel consid&#233;rable pour cette alliance de gauche en gestation. En Ecosse, il y a un public pour une force incarnant un d&#233;fi socialiste, d&#233;fendant la d&#233;mocratie participative directe, la propri&#233;t&#233; sociale, la redistribution des richesses et la rupture avec l'Etat britannique. Et cette voie a &#233;t&#233; d&#233;gag&#233;e durant la campagne du r&#233;f&#233;rendum gr&#226;ce &#224; un travail consistant &#224; la base et en privil&#233;giant l'attitude qui consiste &#224; initier le dialogue plut&#244;t qu'&#224; d&#233;livrer un message. C'est une d&#233;marche qui peut &#234;tre utilis&#233;e non seulement sur le terrain &#233;lectoral, mais aussi &#224; travers les multiples formes de r&#233;sistance &#224; l'aust&#233;rit&#233; qui vont &#233;merger dans la p&#233;riode &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Murray Smith. Traduction : Fran&#231;ois Coustal. Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; sur le site de Socialist Resistance (&lt;a href=&#034;http://socialistresistance.org/7482/scotland-after-may-7&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://socialistresistance.org/7482/scotland-after-may-7&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Murray Smith a milit&#233; en Ecosse au Scottish Socialist Party (Parti socialiste &#233;cossais), en France dans les rangs de la Ligue Communiste R&#233;volutionnaire et au Luxembourg au sein de D&#233;i L&#233;nk (La Gauche).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#201;cosse - Cette d&#233;faite porte les graines d'une victoire future &#187;</title>
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		<dc:date>2014-09-30T12:03:59Z</dc:date>
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		<dc:creator>Murray Smith</dc:creator>


		<dc:subject>Europe</dc:subject>
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		<dc:subject>Edition du 2014-09-30</dc:subject>

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&lt;p&gt;Apr&#232;s une campagne qui aura dur&#233; deux ans, l'Ecosse a vot&#233; le 18 septembre pour ou contre l'ind&#233;pendance &#8211; oui ou non. Et c'est le non qui l'a emport&#233;. C'&#233;tait donc une victoire pour l'establishment politique britannique et une d&#233;faite pour les forces de l'ind&#233;pendance. Et en bons d&#233;mocrates, les vaincus ont accept&#233; le verdict des urnes. &lt;br class='autobr' /&gt;
(tir&#233; du journal luxembourgeois Goosch - http://www.goosch.lu/accueil/ ) &lt;br class='autobr' /&gt; Pourtant ceux qui s'attendaient &#224; voir les partisans de l'ind&#233;pendance (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH90/arton19061-d2b2f.jpg?1679047082' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='90' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s une campagne qui aura dur&#233; deux ans, l'Ecosse a vot&#233; le 18 septembre pour ou contre l'ind&#233;pendance &#8211; oui ou non. Et c'est le non qui l'a emport&#233;. C'&#233;tait donc une victoire pour l'establishment politique britannique et une d&#233;faite pour les forces de l'ind&#233;pendance. Et en bons d&#233;mocrates, les vaincus ont accept&#233; le verdict des urnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(tir&#233; du journal luxembourgeois Goosch - &lt;a href=&#034;http://www.goosch.lu/accueil/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.goosch.lu/accueil/&lt;/a&gt; )&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pourtant ceux qui s'attendaient &#224; voir les partisans de l'ind&#233;pendance abattus et qui esp&#233;raient que la question de l'ind&#233;pendance serait r&#233;gl&#233;e pour au moins une g&#233;n&#233;ration ont &#233;t&#233; vite d&#233;&#231;us. Cette d&#233;faite porte les graines d'une victoire future, pour au moins trois raisons. D'abord, le d&#233;roulement de la campagne. La participation a &#233;t&#233; massive. Pas moins de 97% des &#233;lecteurs potentiels se sont inscrits sur les listes &#233;lectorales : 118.000 d'entre eux l'ont fait dans le mois pr&#233;c&#233;dant la fermeture des listes, le 2 septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils font partie de ce qu'on appelait &#171; le million manquant &#187;, ceux et celles qui ne votaient jamais et n'&#233;taient souvent m&#234;me pas inscrits. Cette fois-ci, ils ont vot&#233; : le taux de participation &#233;tait de 84%. Il faut revenir &#224; 1910 &#8211; avant le suffrage universel &#8211; pour trouver un taux sup&#233;rieur. Beaucoup de ces nouveaux votants avaient &#233;t&#233; mobilis&#233;s et motiv&#233;s par la campagne pour le oui, &#224; travers le porte-&#224;-porte, les discussions individuelles, les r&#233;unions publiques dans les salles de quartier, dans laquelle l'aile radicale de la campagne a jou&#233; un r&#244;le tr&#232;s actif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un vote de classe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, un examen du vote conduit &#224; plusieurs conclusions. D'abord, il s'agit tr&#232;s clairement d'un vote de classe. Le scrutin a eu lieu dans 32 r&#233;gions ou grandes villes. Le oui a &#233;t&#233; majoritaire dans quatre d'entre elles. Il s'agit de Glasgow, Dundee, et deux r&#233;gions proches de Glasgow. Ce sont des r&#233;gions sociologiquement ouvri&#232;res ; ce sont les zones les plus d&#233;favoris&#233;es, avec les niveaux les plus &#233;lev&#233;s du ch&#244;mage et de tous les indices de pauvret&#233;. Ce sont aussi, historiquement et encore aujourd'hui, des bastions du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les informations dont on dispose actuellement montrent en plus que partout le vote pour l'ind&#233;pendance a &#233;t&#233; plus &#233;lev&#233; dans les quartiers populaires. Ce sont aussi des zones qui ont &#233;t&#233; domin&#233;es depuis pr&#233;s d'un si&#232;cle par le Parti travailliste bien que le Parti national &#233;cossais (SNP), qui dirige le gouvernement &#224; Edimbourg, ait fait des avanc&#233;es ces derni&#232;res ann&#233;es. En revanche, les r&#233;gions qui ont &#233;t&#233; des bastions du SNP depuis les ann&#233;es 1970, avec des populations plus mixtes, ont toutes vot&#233; non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, un sondage publi&#233; le 20 septembre a donn&#233; une s&#233;rie d'indications qui montrent les limites de la victoire do non. D'abord, le oui a &#233;t&#233; majoritaire dans toutes les classes d'&#226;ge sauf les 18-24 (48%), les 55-64 (43%) et les plus de 65 ans (27%). Le vote pour le oui &#233;tait de 71% parmi les 16-17 ans, 59% pour les 25-34, 52-53% entre 35 et 54.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut donc conclure que le r&#233;sultat a &#233;t&#233; plomb&#233; par le vote des &#233;lecteurs les plus &#226;g&#233;s et que malgr&#233; la courte majorit&#233; pour le non chez les 18-24, le vote oui est globalement majoritaire parmi la population de moins de 55 ans. On peut respecter un tel r&#233;sultat sur le plan arithm&#233;tique. Politiquement il est tout sauf d&#233;finitif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La jeunesse majoritairement ind&#233;pendantiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci est confirm&#233; par les motivations de ceux et celles qui ont vote oui et non. Pour les oui : 10% ont vot&#233; pour ne plus jamais avoir un gouvernement conservateur ; 20% parce qu'ils pensaient que l'Ecosse ind&#233;pendante aurait un meilleur avenir ; 70% ont cit&#233; le principe que toutes les d&#233;cisions concernant l'Ecosse devraient &#234;tre prises en Ecosse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier pourcentage est peut-&#234;tre le plus important du sondage. Ces 70% sont pour l'ind&#233;pendance pour la plus fondamentale des raisons : la d&#233;mocratie, car la question nationale est au fond une question politique, d&#233;mocratique. Evidemment pas dans l'abstrait, car ceux qui ont vot&#233; oui ont tr&#232;s clairement exprim&#233; leur opposition au n&#233;olib&#233;ralisme et &#224; la guerre, pour la justice sociale et la redistribution des richesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chiffres correspondant pour le non sont aussi int&#233;ressants. 47% ont &#233;t&#233; motiv&#233; par les risques de l'ind&#233;pendance. C'est le solde de ce que le responsables de la campagne du non ont apparemment appel&#233; entre eux le &#171; projet peur &#187; : un vote pour l'ind&#233;pendance mettrait en danger l'emploi, les retraites, les prix allaient augmenter, on ne serait pas admis dans l'Union europ&#233;enne, les Anglais n'accepteraient pas l'union mon&#233;taire, le p&#233;trole de la Mer du Nord sera bient&#244;t &#233;puis&#233;. La plupart de ces craintes se seraient r&#233;v&#233;l&#233;es soit sans fondement, soit exag&#233;r&#233;es si le oui avait gagn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais elles &#233;taient diffus&#233;es assidument par les partis unionistes, les m&#233;dia et les chefs d'entreprises. Certains patrons ont &#233;crit &#224; tous leurs salari&#233;s pour leur dire de voter non &#8211; une pratique qui a &#233;t&#233; justifi&#233;e par un d&#233;put&#233; travailliste le soir des r&#233;sultats. 20% ont vot&#233; non parce qu'ils croyaient &#224; la promesse de davantage de pouvoirs pour le Parlement &#233;cossais. Les partis unionistes ont parl&#233; d'un serment (&#171; vow &#187;) ; l'augmentation des pouvoirs serait sure et certaine. Malheureusement, les pouvoirs en question n'&#233;taient jamais pr&#233;cis&#233;s, les trois partis unionistes (1) n'&#233;tant m&#234;me pas d'accord entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Promesses d'Albion&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et seulement 27% ont vot&#233; par attachement au Royaume-Uni. Ces chiffres confirment ce que tout le monde aurait d&#251; d&#233;j&#224; savoir : les motivations des partisans de l'ind&#233;pendance sont plus solidement ancr&#233;es que celles des opposants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me raison pour douter de la solidit&#233; du verdict du 18 septembre se trouve dans ce qui se passe depuis. Car ce qui se passe est &#233;tonnant. Les gens affluent vers les partis ind&#233;pendantistes, qui connaissent tous une vague d'adh&#233;sions. Le SNP a doubl&#233; ses effectifs en quatre jours, passant la barre des 50.000. Le Parti vert passe de 2.000 &#224; 5.000 adh&#233;rents. Le Parti socialiste &#233;cossais (SSP) gagne 2.500 adh&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la Campagne pour une ind&#233;pendance radicale (RIC), qui f&#233;d&#232;re les partis et courants de gauche et beaucoup de non-encart&#233;s, elle a re&#231;u au moins 7.000 demandes d'inscription pour sa prochaine conf&#233;rence en novembre. A titre de comparaison, ses deux conf&#233;rences pr&#233;c&#233;dentes, en 2012 et 2013, ont r&#233;uni entre 900 et 1.000 participants, ce qui &#233;tait d&#233;j&#224; consid&#233;r&#233; comme un succ&#232;s (2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens qui s'engagent aujourd'hui le font &#233;videmment pour continuer le combat, parce que rien n'a &#233;t&#233; r&#233;gl&#233;. Pour se battre afin d'extraire le maximum de pouvoirs de Westminster. Pour remettre l'ind&#233;pendance &#224; l'ordre du jour le plus t&#244;t possible. Le sondage d&#233;j&#224; cit&#233; a aussi demand&#233; aux gens combien de temps ce r&#233;sultat tiendra. Parmi les partisans du oui 45% ont dit cinq ans, 16% dix ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Victoire &#224; la Pyrrhus pour les unionistes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ironiquement donc, les grands vainqueurs du scrutin sont les partis qui ont perdu. Et qui sera le grand perdant ? Il n'y a qu'un seul candidat. Les partis conservateurs et lib&#233;ral-d&#233;mocrate sont des quantit&#233;s assez n&#233;gligeables en Ecosse. Le grand perdant risque d'&#234;tre le Parti travailliste. Dans la campagne du non (&#171; Better Together &#187;), il a jou&#233; le r&#244;le central, notamment par l'intervention de l'ancien premier ministre Gordon Brown, celui qui a invent&#233; le &#171; serment &#187; dans les 15 derniers jours de la campagne quand les partisans du non paniquaient devant la perspective que le oui passe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour les travaillistes, leur victoire risque d'&#234;tre &#224; la Pyrrhus. Pour commencer, 37% des &#233;lecteurs de ce parti farouchement unioniste ont vot&#233; pour l'ind&#233;pendance. Et il semble bien, ce sera &#224; confirmer, qu'il y a un processus inverse de ce qui se passe parmi les partis ind&#233;pendantistes, que les gens commencent &#224; quitter le parti. Dans la gauche du mouvement pour l'ind&#233;pendance, il y a un fort rejet de Labour. Personne &#224; gauche ne penserait &#224; accuser les conservateurs d'avoir trahi, ce sont les ennemis de toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le Parti travailliste aura des comptes &#224; rendre. Il y aura sans doute des changements dans sa direction ; il est plus que douteux que cela suffise. L'&#233;lectorat populaire a commenc&#233; &#224; d&#233;serter le Parti travailliste avec l'exp&#233;rience des gouvernements entre 1997 et 2010 et ceux &#224; Edimbourg de 1999 &#224; 2007. L'exp&#233;rience du r&#233;f&#233;rendum peut acc&#233;l&#233;rer et amplifier le processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les travaillistes auront des comptes &#224; rendre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment appr&#233;cier la situation aujourd'hui ? Si on la compare aux espoirs du 18 septembre, c'est une d&#233;ception. Si on la compare &#224; la situation au d&#233;but de la campagne pour le r&#233;f&#233;rendum, c'est un &#233;norme progr&#232;s. Pas tout &#224; fait assez, mais &#233;norme quand m&#234;me. Comme nous l'avons vu, la victoire du non est pass&#233;e gr&#226;ce &#224; des peurs faites de toutes pi&#232;ces et des promesses dont on n'a pas encore vu la couleur. En 2012, Cameron pensait gagner par au moins 70-30. Erreur funeste, il a failli perdre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, nous avons assist&#233; &#224; une mobilisation et une politisation en profondeur de la soci&#233;t&#233;, qui a touch&#233; surtout ceux qui ne faisaient pas de politique, qui a &#233;veill&#233; les couches populaires. Gageons que ce g&#233;nie n'est pas pr&#234;t &#224; rentrer dans la bouteille. Par ailleurs, aucun secteur de la population n'a &#233;t&#233; &#233;pargn&#233; par ce mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les citoyens de l'Union europ&#233;enne r&#233;sidant en Ecosse ont pu voter, nous avons vu, entre autres, les &#171; Polonais pour l'ind&#233;pendance &#187;. Et aussi les Femmes pour l'ind&#233;pendance, bien &#224; gauche, les Asiatiques &#233;cossais pour l'ind&#233;pendance et, last but not least, &#171; les Ecossais anglais (sic) pour l'ind&#233;pendance &#187;. Il para&#238;t d'ailleurs que la majorit&#233; de la communaut&#233; d'origine pakistanaise et environ un quart des Anglais vivant en Ecosse auraient vot&#233; oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un nouveau r&#233;f&#233;rendum dans cinq ans ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces ind&#233;pendantistes affrontent le bras de fer avec Londres dans un bon rapport de forces. Alex Salmond a d&#233;missionn&#233; comme premier ministre et comme leader du SNP. Personne ne lui demandait de le faire, son bilan &#233;tait plus que bon. Il l'a fait pour passer la main &#224; celle qui est presque certaine de lui succ&#233;der, sa tr&#232;s capable adjointe, Nicola Sturgeon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa premi&#232;re interview apr&#232;s l'annonce de sa candidature &#224; la succession, elle a refus&#233; d'exclure un nouveau r&#233;f&#233;rendum dans les cinq ans &#224; venir si Londres n'accorde pas suffisamment de pouvoirs &#224; l'Ecosse. Voil&#224; la perfide Albion pr&#233;venu. Quant &#224; Salmond, il ne prend pas sa retraite : il continuera &#224; si&#233;ger au Parlement et il restera une force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On esp&#232;re que tout le monde hors de l'Ecosse l'aura maintenant compris : ce mouvement pour l'ind&#233;pendance de l'Ecosse n'est pas bas&#233; sur un nationalisme &#233;troit, n'est m&#234;me pas nationaliste du tout pour une grande partie de ses participants. Il n'est pas anti-anglais, il est pour la d&#233;mocratie, la justice sociale, pour une nouvelle soci&#233;t&#233;, contre la guerre. Il est majoritairement de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce caract&#232;re de gauche n'a rien d'automatique. Il est le r&#233;sultat d'&#233;volutions depuis 30 ans. D'abord, il y a eu un changement de direction au sein du SNP dans les ann&#233;es 80-90 avec l'arriv&#233;e d'une &#233;quipe, personnifi&#233;e par Salmond, devenu leader en 1990, qui voulait d&#233;passer le Parti travailliste sur sa gauche et gagner ses &#233;lecteurs &#224; la cause ind&#233;pendantiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire que le SNP a &#233;t&#233; consid&#233;rablement aid&#233; par l'&#233;volution du New Labour blairiste. Ensuite, la gauche radicale en Ecosse a r&#233;ussi dans les ann&#233;es 80-90 &#224; d&#233;passer un discours id&#233;ologique st&#233;rile qui expliquait qu'il fallait &#234;tre contre l'ind&#233;pendance pour ne pas diviser la classe ouvri&#232;re britannique. Elle a commenc&#233;e &#224; soutenir l'ind&#233;pendance en lui donnant un contenu socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;volution &#233;tait d&#233;cisive, parce qu'il y a une place &#224; occuper &#224; gauche du SNP. Elle a &#233;t&#233; occup&#233;e entre 1999 et 2007 par le Scottish Socialist Party (SSP), avant la crise qui a frapp&#233; ce parti et dont il semble aujourd'hui se remettre. Mais cet espace existe encore et il a &#233;t&#233; occup&#233; pendant la campagne par la RIC, le SSP, les Verts et par des mouvements comme Femmes pour l'ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De nouveaux espaces &#224; gauche&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette gauche radicale a un r&#244;le important &#224; jouer. Car si le SNP est bien &#224; gauche du Labour, il reste un parti de centre-gauche, social-d&#233;mocrate. Ce qui n'est pas, dans la situation actuelle, la pire des choses. Cela a rendu possible que les Verts et le SSP participe &#224; la campagne &#171; officielle &#187; pour le oui (&#171; Yes Scotland &#187;), dirig&#233;e par le SSP, tout en participant &#224; la RIC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le SNP est relativement progressiste sur le plan social, mais il ne conteste pas le capitalisme, ni en Ecosse ni au niveau international. Au d&#233;but de la campagne, Salmond a donn&#233; quelques gages &#8211; par exemple en proposant de garder la Reine comme chef d'Etat et en abandonnant l'opposition de toujours du SNP &#224; l'OTAN. Cette derni&#232;re d&#233;cision a &#233;t&#233; prise par une courte majorit&#233; au congr&#232;s du SNP. Elle a co&#251;t&#233; la d&#233;mission du parti de deux de ses d&#233;put&#233;s ; un troisi&#232;me vient de les rejoindre en expliquant qu'il avait attendu la fin de la campagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, certains de ceux qui rentrent au SNP le font avec l'intention de le faire &#233;voluer &#224; gauche. On peut leur souhaiter bonne chance, il y a d&#233;j&#224; une gauche dans le SNP. Mais il semble plus important aujourd'hui de cr&#233;er une force politique &#224; gauche du SNP, une force anticapitaliste et ind&#233;pendantiste, une gauche radicale qui se bat pour la r&#233;publique et pour le socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#233;ments de cette gauche existent d&#233;j&#224; et ils ont beaucoup contribu&#233; &#224; la campagne pour le oui. Aujourd'hui, il s'agit de les r&#233;unir, de les structurer pour affronter les nouveaux d&#233;fis. Suite au r&#233;f&#233;rendum, l'audience pour les id&#233;es de cette gauche radicale s'est consid&#233;rablement &#233;largie. C'est une occasion &#224; saisir des deux mains.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;(1) Il s'agit du Parti conservateur, du Parti lib&#233;ral-d&#233;mocrate et du Parti travailliste. Les deux premiers forment le gouvernement de coalition &#224; Londres. Les trois partis sont dans l'opposition au gouvernement SNP &#224; Edimbourg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) Ces chiffres sont approximatifs. Ils &#233;taient aussi exacts que possible quand cet article a &#233;t&#233; &#233;crit, ils sont susceptibles d'&#234;tre rapidement d&#233;pass&#233;s. C'est un signe des temps en Ecosse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>V&#233;rit&#233;s et contre-v&#233;rit&#233;s sur l'Ukraine &#8211; Le front de l'information et de la d&#233;sinformation</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Verites-et-contre-verites-sur-l-Ukraine-Le-front-de-l-information-et-de-la</link>
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		<dc:date>2014-09-02T13:02:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Murray Smith</dc:creator>


		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Ukraine</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2014-09-02</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans chaque guerre, un des fronts est celui de l'information et de la d&#233;sinformation. Dans la crise que vit l'Ukraine actuellement, il y a un discours de l'&#201;tat russe, exprim&#233; par le minist&#232;re des Affaires &#233;trang&#232;res, relay&#233; par le monde politique, diffus&#233; par des m&#233;dias qui sont de plus en plus aux ordres de l'&#201;tat, ainsi que par les milices pro-russes de l'est de l'Ukraine. Son but est de d&#233;l&#233;gitimer le gouvernement et l'&#201;tat ukrainiens, et de l&#233;gitimer l'ing&#233;rence russe dans les affaires (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Ukraine-+" rel="tag"&gt;Ukraine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2014-09-02-+" rel="tag"&gt;Edition du 2014-09-02&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH113/arton18739-de6e9.jpg?1679047082' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans chaque guerre, un des fronts est celui de l'information et de la d&#233;sinformation. Dans la crise que vit l'Ukraine actuellement, il y a un discours de l'&#201;tat russe, exprim&#233; par le minist&#232;re des Affaires &#233;trang&#232;res, relay&#233; par le monde politique, diffus&#233; par des m&#233;dias qui sont de plus en plus aux ordres de l'&#201;tat, ainsi que par les milices pro-russes de l'est de l'Ukraine. Son but est de d&#233;l&#233;gitimer le gouvernement et l'&#201;tat ukrainiens, et de l&#233;gitimer l'ing&#233;rence russe dans les affaires du pays. Ce discours a un impact sur des secteurs importants des populations de l'est, m&#233;fiants &#224; l'&#233;gard de Kiev et influenc&#233;s par les m&#233;dias russes. Il rencontre parfois m&#234;me un certain &#233;cho dans les m&#233;dias occidentaux et, ce qui est beaucoup plus grave, dans une partie de la gauche en Europe. Il semble important de contester la version russe des &#233;v&#233;nements en Ukraine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;R&#233;sumons cette vision des &#233;v&#233;nements. Victor Ianoukovytch &#233;tait/est le pr&#233;sident l&#233;gitime de l'Ukraine. Le mouvement de masse qui l'a renvers&#233; est r&#233;duit &#224; des groupes manipul&#233;s et financ&#233;s (le chiffre de 5 milliards de dollars est avanc&#233;) par l'Occident. Qui plus est, ces groupes &#233;taient et sont toujours fascistes, n&#233;onazis, antis&#233;mites. Le renversement de Ianoukovytch relevait d'un coup d'&#201;tat. Le gouvernement ukrainien actuel, caract&#233;ris&#233; comme une junte fasciste/nazie, est non-&#233;lu, ill&#233;gitime et le produit de ce coup d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces arm&#233;es ukrainiennes m&#232;nent dans l'est du pays une guerre contre leur propre peuple. La Russie est, comme il y a 70 ans, un barrage contre le fascisme. Le but de la Russie est de combattre le fascisme et de favoriser une solution par la n&#233;gociation, en prot&#233;geant les populations russophones suppos&#233;es &#234;tre discrimin&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce discours est globalement faux. Il ne sert qu'&#224; d&#233;stabiliser et affaiblir le gouvernement ukrainien pour maximiser l'influence russe sur le pays. Le discours, arme de l'&#201;tat, est bien s&#251;r modulable : il peut &#234;tre durci ou adouci suivant les circonstances. Il convient de le d&#233;cortiquer pour le combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Russie, rempart contre le fascisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moscou propose un dialogue d'&#233;gal &#224; &#233;gal entre le gouvernement et les insurg&#233;s de l'est, avec comme pr&#233;alable l'arr&#234;t des op&#233;rations de l'arm&#233;e ukrainienne. De son c&#244;t&#233;, le gouvernement ukrainien sera pr&#234;t &#224; arr&#234;ter les op&#233;rations &#224; condition que les rebelles se d&#233;sarment et quittent les lieux qu'ils occupent. La diff&#233;rence entre les deux d&#233;marches est de taille. Car toute n&#233;gociation est men&#233;e sur fond des rapports de forces, et ils ne seront pas les m&#234;mes dans les deux cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moscou veut une Ukraine f&#233;d&#233;rale. Mais les mots comme f&#233;d&#233;ral, f&#233;d&#233;ralisme, f&#233;d&#233;ralisation peuvent signifier des choses diff&#233;rentes. Les partisans d'une centralisation accrue de l'Union europ&#233;enne se font appeler f&#233;d&#233;ralistes. Et puis des pays dits f&#233;d&#233;raux recouvrent des r&#233;alit&#233;s tout &#224; fait diff&#233;rentes &#8211; &#201;tats-Unis, Allemagne, Russie, ex-Yougoslavie, URSS&#8230; Dans le cas ukrainien, ce que veut le gouvernement russe est une forme de f&#233;d&#233;ralisation / conf&#233;d&#233;ralisation tr&#232;s pouss&#233;e, avec le droit pour les r&#233;gions de mener leur propre politique &#233;conomique et de conclure des accords internationaux. Il veut en effet d&#233;membrer le pays pour pouvoir se tailler une sph&#232;re d'influence &#224; l'est, et en m&#234;me temps affaiblir le pouvoir central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons consid&#233;rer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la version russe des &#233;v&#233;nements ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la r&#233;alit&#233; des insurg&#233;s &#224; l'Est ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la pr&#233;tention de la Russie d'&#234;tre un bastion contre le fascisme ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les liens de Moscou avec l'extr&#234;me droite en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par la moindre des choses. Le gouvernement actuel de Kiev est d&#233;crit comme &#233;tant &#171; non-&#233;lu &#187; et ill&#233;gitime. Mais qui &#233;lit un gouvernement ? Pas les citoyens directement, mais le Parlement, lequel est &#233;lu par les citoyens. Apr&#232;s la fuite de Ianoukovytch, le Parlement ukrainien a nomm&#233; un pr&#233;sident par int&#233;rim et un gouvernement. Ce Parlement avait &#233;t&#233; &#233;lu en 2012 : il est donc aussi &#171; l&#233;gitime &#187; que le pr&#233;sident d&#233;chu, qui avait &#233;t&#233; &#233;lu en 2010. En attendant de nouvelles &#233;lections, ce Parlement est la seule instance l&#233;gitime, car issue du suffrage universel, au niveau national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parlement &#233;lu en 2012 avait 450 membres, dont 33 &#233;taient absents le jour de la nomination du gouvernement, le 27 f&#233;vrier ; un certain nombre d'entre eux &#233;taient sans doute en fuite avec Ianoukovytch. La nomination d'Arseni Iatseniouk comme Premier ministre a obtenu 371 voix, la composition du gouvernement 331. Ni putsch ni coup d'&#201;tat, donc, et le vote n'a pas eu lieu sous la menace d'hommes arm&#233;s, contrairement &#224; ce qui s'est pass&#233; le lendemain en Crim&#233;e. En revanche, la composition du gouvernement avait &#233;t&#233; soumise la veille &#224; l'approbation de l'assembl&#233;e sur le Ma&#239;dan. La m&#234;me assembl&#233;e qui avait rejet&#233; au soir du 21 f&#233;vrier le mis&#233;rable &#171; compromis &#187; n&#233;goci&#233; et impos&#233; par les ministres des affaires &#233;trang&#232;res occidentaux, et qui aurait laiss&#233; Ianoukovytch au pouvoir jusqu'en d&#233;cembre ; c'est ce rejet qui a pr&#233;cipit&#233; la fuite de celui-ci dans la nuit qui suivit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ni putsch ni coup d'&#201;tat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Constater ces faits n'implique &#233;videmment aucune approbation du gouvernement actuel, ni de sa politique. Comme l'&#233;crit un militant de la gauche ukrainienne, Zakhar Popovytch, &#171; Nous n'avons jamais soutenu ce gouvernement. Nous pouvons le supporter temporairement, mais pas le soutenir &#187; (1). Il s'agit simplement de ne pas tomber dans le panier de ceux qui veulent &#224; tout prix d&#233;l&#233;gitimer le gouvernement, sans d'ailleurs proposer une alternative, dans le seul but de d&#233;stabiliser le pays. Cela n'implique pas non plus de banaliser la pr&#233;sence de ministres d'extr&#234;me droite, simplement de la mettre en perspective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, il y aurait &#224; Kiev un &#171; gouvernement/junte fasciste &#187; (ou parfois nazi). Passons sur le terme &#171; junte &#187; qui est simplement utilis&#233; pour faire plus sinistre et pour mieux coller au concept de &#171; coup d'&#201;tat &#187;. Le parti qui domine tr&#232;s largement ce gouvernement est Batkivshchina, le parti de Ioulia Timochenko. Un parti qu'on peut caract&#233;riser comme &#233;tant de droite, nationaliste, lib&#233;ral, mais ni fasciste ni nazi. Reste le parti Svoboda. Qu'on peut certainement caract&#233;riser comme parti fasciste, en attendant une analyse plus fine. Quel est le r&#244;le de Svoboda dans le gouvernement ? Il a l'un des trois vice-premiers ministres et dirige deux minist&#232;res, ceux de l'Ecologie et de l'Agriculture. En plus, le Procureur g&#233;n&#233;ral par int&#233;rim est un membre de Svoboda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le poids de l'extr&#234;me droite est moins lourd qu'en Autriche en 2000, o&#249; le FP&#214; avait la Justice, les Finances et la D&#233;fense. La pr&#233;sence de Svoboda au gouvernement est une r&#233;alit&#233; qu'il faut constater, mais sans l'exag&#233;rer (2). L'influence de l'extr&#234;me droite est nuisible et doit &#234;tre combattue, mais c'est au peuple ukrainien de le faire. Sans recevoir de le&#231;ons d'une gauche occidentale dont la vision de la r&#233;alit&#233; ukrainienne est parfois superficielle et caricaturale. Et surtout pas avec &#171; l'aide &#187; de la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une extr&#234;me droite russophile&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; est que ce gouvernement est n&#233;olib&#233;ral, largement compos&#233; de vieux routiers de la classe politique, fortement li&#233; aux oligarques. Et qu'il est pr&#234;t &#224; appliquer tout ce qu'on (le FMI, l'Union europ&#233;enne) lui demande en mati&#232;re de mesures d'aust&#233;rit&#233; et de r&#233;formes structurelles. C'est &#224; partir de cette r&#233;alit&#233; qu'il doit &#234;tre combattu, pas en se lan&#231;ant contre les moulins d'une soi-disant junte fasciste. Or, il ne manque pas de m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard de ce gouvernement parmi ceux qui ont fait le mouvement qu'on appelle maintenant Ma&#239;dan. Quand un journaliste du &#171; Financial Times &#187; demandait r&#233;cemment pourquoi les Ma&#239;dan &#233;taient encore l&#224;, il a re&#231;u la r&#233;ponse : &#171; Pour s'assurer que le nouveau gouvernement ne vole pas l'argent qui vient du FMI &#187;. Ce que le journaliste trouvait &#171; assez raisonnable &#187;. C'est un sentiment qui pourrait &#234;tre partag&#233; par ceux de l'est qui ont &#233;t&#233; majoritairement &#8211; mais pas unanimement &#8211; ext&#233;rieurs &#224; ce mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car eux aussi sont contre la corruption et le r&#233;gime des oligarques. Seulement, pour les partisans d'une Ukraine unie, il est difficile de se mobiliser contre le seul gouvernement qui existe quand le pays est confront&#233; au danger d'une intervention russe et &#224; la r&#233;alit&#233; des agissements des milices paramilitaires &#224; l'est. Et pour les populations de l'est, il est aussi difficile de se mobiliser, prises entre les milices et la campagne &#171; antiterroriste &#187; du gouvernement. C'est une des raisons pour lesquelles il faut d&#233;militariser le conflit, laisser le champ libre &#224; l'action politique, syndicale, associative. Une deuxi&#232;me raison est qu'un tel conflit civil, au-del&#224; des victimes imm&#233;diates, laisse toujours des traces longtemps apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Place &#224; la politique et aux travailleurs !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On entend aussi que le pays en g&#233;n&#233;ral, et Kiev en particulier, serait sous le r&#232;gne d'une terreur fasciste, nazi, antis&#233;mite. Pourtant, les premiers &#224; r&#233;futer cette caricature sont les organisations juives. Elles sont si nombreuses qu'il devient fastidieux de les &#233;num&#233;rer, la derni&#232;re d&#233;claration datant du 16 mai. La r&#233;action de l'oligarque juif et gouverneur de Dnipropetrovsk, Ihor Kolomo&#239;sky, fut assez succincte : &#171; It's bullshit &#187; (&#171; C'est des conneries &#187;). Et puis, il y a plein de t&#233;moignages de ceux et celles qui ont &#233;t&#233; &#224; Kiev. Dont, notamment, Nadia Tolokonnikova des Pussy Riot (3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evidemment qu'il y a de l'antis&#233;mitisme en Ukraine. Il y en a partout en Europe. Evidemment qu'il y a des actes antis&#233;mites en Ukraine. Mais pas plus que les actes racistes et antis&#233;mites en Russie, et avec beaucoup moins de morts (4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un r&#244;le de choix dans cette suppos&#233;e vague d'antis&#233;mitisme est attribu&#233; au Pravy Sektor (Secteur de droite), qui est par ailleurs rendu responsable par les m&#233;dias russes de tout m&#233;fait en Ukraine, &#224; tel point que s'il n'existait pas (5) il faudrait bien l'inventer. Comme l'a demand&#233; l'&#233;crivain russe Dimitri Glukovsky, &#171; Qui a transform&#233; le &#8220;Secteur de droite&#8221; d'une bande de d&#233;sax&#233;s de la rue, qui n'avait m&#234;me pas un vrai nom auparavant, en force centrale du nationalisme ukrainien ? &#187;. C'est surtout le gouvernement et les m&#233;dias russes. Comme le dit Zakhar Popovytch, &#171; Le Pravy Sektor est un parti tr&#232;s petit qui existe principalement sur des cha&#238;nes de t&#233;l&#233; russes &#187;. Pour chiffrer, pour le mois d'avril, le Secteur de droite a &#233;t&#233; cit&#233; dans les m&#233;dias russes 18 895 fois, presque autant que la Russie unie, le parti de Poutine (19 050 fois), et presque quatre fois plus que Batkivshchina, le parti qui dirige le gouvernement &#224; Kiev. Svoboda n'arrive m&#234;me pas dans les sept premiers, donc avec moins de 2 700 mentions. Etrange pour la composante vraiment fasciste d'un gouvernement qui est cens&#233; l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pravy Sektor, une fabrication ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de sa taille, quel est le caract&#232;re du Secteur de droite ? Presque inconnu jusque-l&#224;, il est mont&#233; en premi&#232;re ligne &#224; partir de la mi-janvier, quand le r&#233;gime a fait le choix de la r&#233;pression et que la question de l'autod&#233;fense du Ma&#239;dan est devenue centrale. Il semble pourtant qu'il y a de nombreuses zones d'ombre concernant ses liens avec le r&#233;gime Ianoukovytch, y compris dans les derniers jours avant sa chute. Il n'est pas impossible que le r&#233;gime ait essay&#233; d'utiliser ses membres comme provocateurs, mais qu'ils s'en soient affranchis. Aujourd'hui, ils sont cens&#233;s &#234;tre partout, sans qu'on puisse toujours faire la diff&#233;rence entre leurs agissements r&#233;els et leur utilit&#233; comme &#233;pouvantail. Le Secteur de droite est habituellement d&#233;crit comme &#233;tant n&#233;onazi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'origine, il s'agissait d'une f&#233;d&#233;ration dont la colonne vert&#233;brale &#233;tait l'Organisation panukrainienne Tryzub, dont le dirigeant est Dmytro Yaroch. Parmi ceux qui s'y sont agr&#233;g&#233;s, il y avait en effet quelques groupuscules n&#233;onazis. Maintenant que le Secteur de droite est devenu un parti, la situation n'est pas claire. Mais il semble bien que Yaroch et Tryzub sont avant tout des nationalistes de la tendance la plus dure, tout &#224; fait pr&#234;ts &#224; utiliser la violence dans la poursuite de leur r&#233;volution nationale. Mais pas forc&#233;ment n&#233;onazi ou antis&#233;mite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a entendu Lavrov, ministre des affaires &#233;trang&#232;res russe, expliquer qu'il n'est pas normal de tenir des &#233;lections avec des combats qui se d&#233;roulent dans l'est. Certes, on peut douter de l'efficacit&#233; du d&#233;ploiement de l'arm&#233;e contre les milices pro-russes, d&#233;ploiement qui peut ali&#233;ner davantage les populations dans les zones de combats. Il s'agit quand m&#234;me d'une r&#233;ponse &#224; des actions arm&#233;es qui ont &#233;t&#233; soutenues et encourag&#233;es par le gouvernement auquel Lavrov appartient. En appelant l'Ukraine &#224; retirer ses forces arm&#233;es de l'Est, le Russie insiste beaucoup sur la notion de &#171; guerre contre son propre peuple &#187;. On aurait donc l'impression que les forces ukrainiennes tirent contre des civils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Guerre contre son propre peuple &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a en effet eu quelques morts parmi les civils. Mais on ne peut pas qualifier de civils des hommes en treillis militaire arm&#233;s de Kalachnikov, de lance-roquettes et d'armes lourdes. Un des probl&#232;mes pour les forces ukrainiennes est pr&#233;cis&#233;ment qu'elles essaient d'&#233;viter au maximum des victimes civiles. Si elles n'avaient pas cette contrainte, elles auraient d&#233;j&#224; pris Slaviansk, mais en faisant beaucoup de pertes parmi la population. De la m&#234;me fa&#231;on que les Russes quand ils ont pris Grozny.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui se passe &#224; l'est ? D'apr&#232;s le gouvernement, il s'agit d'actions de terroristes et de s&#233;paratistes. Le gouvernement russe les caract&#233;rise comme f&#233;d&#233;ralistes, et les prises de b&#226;timents comme &#233;tant le fait de simples citoyens qui refusent l'autorit&#233; d'un gouvernement de Kiev qu'ils jugent ill&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les insurg&#233;s, il y a un noyau dur, qu'il n'est pas faux de caract&#233;riser comme terroriste, de nationalistes russes &#8211; qu'ils soient de nationalit&#233; russe ou ukrainienne &#8211; qui sont partisans du rattachement de ces r&#233;gions &#224; la Russie. Ce sont eux qui m&#232;nent la danse. L&#224;-dedans il y a des gens qui sont venus de Russie. On peut sp&#233;culer sur leur statut exact ; il y a certainement des agents des services russes, mais aussi des ex-militaires francs-tireurs et des mercenaires. Ce qui est s&#251;r, c'est qu'il y a une aide de la Russie. Financi&#232;re sans doute, mais aussi militaire. On ne trouve pas d'armes lourdes dans les caves des commissariats occup&#233;s. Et ceux qui descendent des h&#233;licopt&#232;res avec des missiles sont des professionnels. Il ne faut d'ailleurs pas un grand nombre d'agents russes : un certain nombre pour encadrer, des saboteurs, des provocateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lourdement arm&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; du noyau dur, la plupart des miliciens sont des hommes de la r&#233;gion, souvent avec une certaine exp&#233;rience militaire. Et puis il y a la partie de la population qui les soutient, ou qui a pour le moins de la sympathie pour eux. Les assimiler aux terroristes et d&#233;crire l'intervention de l'arm&#233;e comme &#171; Op&#233;ration antiterroriste &#187; est pour le moins une maladresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fa&#231;on d'agir des milices paramilitaires semble tr&#232;s bien planifi&#233;e. Ils commencent, au moins dans les villes importantes, par ce qu'il faut bien appeler des actions de commando, des prises de mairies, de si&#232;ges r&#233;gionaux, de commissariats, men&#233;es d'une mani&#232;re tr&#232;s professionnelle. Une fois install&#233;s, ils s'autoproclament maires et gouverneurs &#171; populaires &#187;. Ensuite, l&#224; o&#249; il y a des &#233;metteurs de t&#233;l&#233;vision, ils cherchent &#224; les prendre. S'ils r&#233;ussissent, ils coupent tout de suite les cha&#238;nes ukrainiennes et branchent celles de la Russie, comme ce fut d&#233;j&#224; le cas en Crim&#233;e. Ensuite, ils m&#232;nent une campagne d'intimidations, d'enl&#232;vements, de tortures et d'assassinats dont les cibles sont les partisans d'une Ukraine unifi&#233;e, mais aussi des journalistes, de l&#224;-bas ou d'ailleurs, qui n'acceptent pas de censurer leurs reportages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un de leurs derniers faits d'armes &#233;tait d'interpeller devant ses &#233;l&#232;ves et d'emmener menott&#233;e une directrice d'&#233;cole qui avait refus&#233; que son &#233;tablissement soit utilis&#233; pour leur r&#233;f&#233;rendum du 11 mai. Ils s'en sont pris aux fonctionnaires charg&#233;s d'organiser les &#233;lections du 25 mai, avec violences, menaces, saisies des listes &#233;lectorales et de bulletins de vote. Les m&#233;thodes utilis&#233;es sont les m&#234;mes partout &#8211; pour l'instant, apr&#232;s la Crim&#233;e, dans les oblasts de Donetsk et Lougansk. Ils aimeraient bien &#233;tendre leurs actions aux autres r&#233;gions du sud et de l'est, mais ils y rencontrent davantage de r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mini-coups d'&#201;tat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propagande russe parle de coup d'&#201;tat &#224; Kiev. Mais ce que nous venons de d&#233;crire, c'est le d&#233;roulement de mini-coups d'&#201;tat, ville par ville. &#201;coutons encore Zakhar Popovytch : &#171; La junte n'est pas &#224; Kiev, mais &#224; Slaviansk. &#192; Kiev, vous pouvez facilement manifester avec des drapeaux rouges et diffuser toutes sortes de tracts. Ceci a &#233;t&#233; montr&#233; clairement &#224; l'occasion des manifestations du 1er mai. Toutes les libert&#233;s lib&#233;rales existent &#224; Kiev, mais pas dans la R&#233;publique populaire de Donetsk &#187;. &#192; Donetsk, le 28 avril, un millier de manifestants d&#233;filaient pour l'unit&#233; de l'Ukraine, pacifiquement, sans service d'ordre (ce qui &#233;tait, par ailleurs, imprudent). Ils ont &#233;t&#233; attaqu&#233;s et battus &#224; terre par 300 miliciens arm&#233;s de matraques et de barres de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces m&#233;thodes rappellent celles des milices, serbes surtout, qui se formaient au d&#233;but des ann&#233;es 1990 en Yougoslavie. Ou celles des milices protestantes en Irlande du Nord. Y compris dans le type de personnel dirigeant : un m&#233;lange d'aventuriers, de marginaux, de criminels, d'anciens militaires, de militants d'extr&#234;me droite et d'agents de l'&#201;tat. Le personnage de Vyacheslav Ponomaryov, &#171; maire populaire &#187; de Slaviansk, est particuli&#232;rement int&#233;ressant. &#192; la lecture d'une interview publi&#233;e par gazeta.ru (6), il &#233;merge comme un v&#233;ritable psychopathe. M&#234;me la journaliste est manifestement interloqu&#233;e. Quant &#224; son comparse Strelkov/Girkin, ancien (ou pas&#8230;) militaire russe et chef militaire des milices de Donetsk, il serait, d'apr&#232;s Popovytch, monarchiste et grand admirateur du g&#233;n&#233;ral blanc Denikine (7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un soutien populaire difficile &#224; juger&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile de juger du degr&#233; de soutien populaire pour le rattachement &#224; la Russie ou pour les &#171; r&#233;publiques ind&#233;pendantes &#187;. Quant aux r&#233;f&#233;rendums du 11 mai, on ne peut pas prendre au s&#233;rieux les chiffres de participation dans les deux oblasts (r&#233;gions) &#8211; 81 % et 75 %. Le gouvernement et des observateurs russes ind&#233;pendants avancent des chiffres nettement moins &#233;lev&#233;s. Mais ce sont des estimations, sans base empirique. En revanche, tous les sondages qui ont &#233;t&#233; men&#233;s depuis trois mois, de sources ukrainiennes ou &#233;trang&#232;res, donnent une majorit&#233; nette pour l'unit&#233; ukrainienne, y compris dans les oblasts de Donetsk et Lougansk (autour de 70 %).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est frapp&#233; par le caract&#232;re squelettique des manifestations de soutien &#171; populaire &#187; aux milices. Il s'agit de manifestations d'un ou de deux milliers de personnes dans une ville comme Donetsk avec une population d'un million. Le 1er mai, ils &#233;taient un millier de personnes &#224; d&#233;filer dans cette ville en criant &#171; Russie, Russie &#187;, &#171; le Donbass avec la Russie &#187;, dans un faible &#233;cho de ces dizaines de milliers qui d&#233;filaient &#224; Moscou sous des mots d'ordre chauvins. Une honte pour la f&#234;te internationale des travailleurs. &#192; Donetsk, les syndicats de la ville ont boycott&#233; la manifestation. Par ailleurs, le mouvement ouvrier organis&#233; du Donbass (notamment les mineurs et les sid&#233;rurgistes) est assez peu intervenu en tant que tel. Il y a des exemples d'opposition aux s&#233;paratistes et de d&#233;fense de l'unit&#233; ukrainienne, et plusieurs qui vont dans l'autre sens. Mais les choses ne sont pas encore claires. Sans doute, comme le reste de la population, les ouvriers sont, en tout &#233;tat de cause, assez hostiles au gouvernement &#224; Kiev.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ouvriers hostiles &#224; Kiev&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'id&#233;ologie et la composition du mouvement prorusse, c'est un m&#233;lange de tout ce qu'il y a de r&#233;actionnaire. &#171; Admirateurs de Staline et fans du tsar-p&#232;re, nazis russes et Cosaques ruritaniens, fanatiques orthodoxes et vieilles dames nostalgiques du temps de Brejnev &#8211; plus ceux qui sont contre la justice pour mineurs, le mariage gay et la vaccination contre la grippe &#187;, c'est ainsi que Sergei, un militant de gauche qui a fait un des meilleurs comptes rendus (8) des &#233;v&#233;nements du 2 mai &#224; Odessa, les d&#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le monde que d&#233;crivent les partisans de la Russie, les partisans du gouvernement sont antis&#233;mites et s&#232;ment la terreur &#224; Kiev. Dans le monde r&#233;el, le m&#233;morial de l'Holocauste &#224; Novomoskovsk a &#233;t&#233; profan&#233; pour la deuxi&#232;me fois en six semaines, avec une inscription &#171; Mort aux Juifs-band&#233;ristes &#187; (9) et des grossi&#232;ret&#233;s &#224; l'&#233;gard du gouverneur juif Kolomo&#239;sky. La terreur est &#224; Donetsk et Louhansk, et surtout &#224; Slaviansk. On pensera &#224; ces mots de Winston Churchill : &#171; Les fascistes de demain s'appelleront antifascistes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de l'Ukraine, il y a la Russie. Poutine et ses acolytes et les m&#233;dias &#224; leur service d&#233;noncent &#224; volont&#233; la &#171; junte fasciste &#187; et les n&#233;onazis en Ukraine, tout en utilisant en Ukraine des mercenaires qui viennent souvent des milieux d'extr&#234;me droite (10). Et en Russie, m&#234;me l'extr&#234;me droite se porte bien. Passons sur l'id&#233;ologie eurasienne d'Alexandre Douguine (11). Et m&#234;me sur le pass&#233; de certains membres du gouvernement. En Russie, les groupes n&#233;onazis agissent en plein jour et apparemment sans &#234;tre inqui&#233;t&#233;s, comme le montrent ces photos du 1er mai 2014 &#224; Moscou (12). De telles manifestations ont &#233;galement eu lieu &#224; Saint-P&#233;tersbourg et dans une vingtaine d'autres villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est pas seulement en Russie et en Ukraine que l'extr&#234;me droite sert les int&#233;r&#234;ts de la Grande Russie. Car voici une chose int&#233;ressante. Vu que l'Ukraine est cens&#233;e avoir un gouvernement fasciste et/ou est terroris&#233;e par des bandes fascistes ou nazies, on aurait pu s'attendre &#224; ce que l'extr&#234;me droite ukrainienne re&#231;oive le soutien de ses pairs ailleurs en Europe. Mais pas du tout. D&#233;j&#224; au moment du r&#233;f&#233;rendum en Crim&#233;e, les r&#233;sultats ont &#233;t&#233; v&#233;rifi&#233;s par des observateurs dont l'essentiel venait de l'extr&#234;me droite. Il y avait notamment des repr&#233;sentants du Front National (France), du FP&#214; et BZ (Autriche), de Jobbik (Hongrie), du Vlaams Belang (Flandre), de la Ligue du Nord et de Fiamma Tricolore (Italie) et d'Ataka (Bulgarie) : le tout coordonn&#233; par le n&#233;onazi belge Luc Michel. Il va sans dire que leur v&#233;rification ne v&#233;rifiait rien. En fait, il y a nombre d'analyses de la r&#233;alit&#233; de ce r&#233;f&#233;rendum qui contestent les chiffres invraisemblables de participation (83,1 %) et des &#171; oui &#187; (96,77 %).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chiffre sans doute le plus impressionnant vient du tr&#232;s officiel Conseil pour les droits humains en Russie : lequel estime que, si dans la ville de S&#233;bastopol l'&#233;crasante majorit&#233; de votants &#233;tait pour rejoindre la Russie (avec un taux de participation entre 50 % et 80 %), en Crim&#233;e m&#234;me le taux de participation se situait entre 30 % et 50 %, et seulement 50 % &#224; 60 % ont vot&#233; &#171; pour &#187;. Ces chiffres ont &#233;t&#233; rapidement enlev&#233;s du site du Conseil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les liens entre le r&#233;gime russe et l'extr&#234;me droite europ&#233;enne vont bien au-del&#224; de tels services ponctuels. Ce sont des liens r&#233;guliers et structur&#233;s. Marine Le Pen, qui vient de se f&#233;liciter des &#171; valeurs communes &#187; d&#233;fendues par Poutine, est elle-m&#234;me un visiteur r&#233;gulier &#224; Moscou. Elle y &#233;tait en ao&#251;t 2013 et en avril 2014, et a &#233;t&#233; re&#231;ue par le vice-premier ministre Dimitri Rogozine (ancien du parti d'extr&#234;me droite Rodina), ainsi que par le pr&#233;sident de la Douma, Sergue&#239; Narychkine. Un r&#244;le cl&#233; dans les rapports entre le FN et le r&#233;gime russe est jou&#233; par Aymeric Chauprade, conseiller aupr&#232;s de Marine Le Pen pour les questions g&#233;opolitiques et t&#234;te de liste du FN en &#206;le-de France aux &#233;lections europ&#233;ennes (il vient d'&#234;tre &#233;lu au Parlement europ&#233;en).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dirigeant de Jobbik, Gabor Vona, a tenu une conf&#233;rence &#224; l'Universit&#233; d'&#201;tat de Moscou, &#224; l'invitation de l'id&#233;ologue d'extr&#234;me droite Alexandre Douguine. Le leader du parti d'extr&#234;me droite bulgare Ataka, Volen Sidorov, a lanc&#233; la campagne europ&#233;enne de son parti &#224; Moscou. Beaucoup plus de d&#233;tails concernant les liens entre l'extr&#234;me droite europ&#233;enne et Moscou sont fournis par Anton Shekovtsov (13). Dans cet article, on trouve une liste des partis d'extr&#234;me droite en Europe. Parmi eux, treize sont consid&#233;r&#233;s comme &#171; engag&#233;s &#187; avec Moscou (dont, &#224; part ceux d&#233;j&#224; cit&#233;s, Aube dor&#233;e de Gr&#232;ce, le BNP britannique et le NPD allemand), quatre comme &#171; ouverts &#187; (dont le PVV de Wilders aux Pays-Bas), deux comme &#171; neutres &#187; et trois comme &#171; hostiles &#187;. Ces derniers sont les partis finlandais, letton et roumain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ethniquement russe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soutien de l'extr&#234;me droite en Europe &#224; Poutine n'a en fait rien de surprenant. D'abord, sur le plan id&#233;ologique, qu'est-ce qu'il y a &#224; ne pas aimer ? Il y a le culte de la nation, et pas n'importe quelle nation : il s'agit clairement d'un nationalisme ethnique, de sang. En langue russe, il y a deux mots pour russe : &#171; Rossiyane &#187;, qui signifie citoyen ou sujet russe, et &#171; Russkiye &#187; qui signifie &#171; ethniquement russe &#187;. On peut par exemple &#234;tre citoyen de la F&#233;d&#233;ration russe, mais pas &#171; russkiye &#187;, et se faire massacrer en Tch&#233;tch&#233;nie ou lyncher par une meute raciste &#224; Moscou. On peut &#234;tre r&#233;sident d'Ukraine, de Lettonie ou du Kazakhstan, et m&#234;me citoyen de ces pays, et &#234;tre consid&#233;r&#233; comme &#171; russkiye &#187;, donc susceptible d'&#234;tre &#171; prot&#233;g&#233; &#187; par Poutine, ou plut&#244;t instrumentalis&#233;s pour ses projets g&#233;opolitiques. Le parti n&#233;onazi hongrois Jobbik appr&#233;cie particuli&#232;rement cette vision de la nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car en Hongrie aussi, le gouvernement Orban donne volontiers des passeports aux Hongrois des pays voisins, qui peuvent maintenant m&#234;me voter en Hongrie. Derri&#232;re cette g&#233;n&#233;rosit&#233; se profile l'ombre de la Grande Hongrie d'avant 1920. Jobbik dit clairement d'ailleurs que la Crim&#233;e est russe et que la Carpatho-Ukraine est hongroise, comme avant 1920 et de 1939 &#224; 1945.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jobbik se r&#233;clame ouvertement de cette Grande Hongrie, et ce que Jobbik dit tout haut, Orban le pense tout bas. Au fait, pas si bas que &#231;a. Lui, il exige maintenant que l'Ukraine autorise la double nationalit&#233; et accorde des &#171; droits communautaires &#187; et le &#171; droit &#224; l'auto-administration &#187; &#224; la minorit&#233; hongroise d'Ukraine. De mani&#232;re pr&#233;visible, cette &#171; doctrine Poutine &#187; commence d&#233;j&#224; &#224; faire des &#233;mules. C'est une vraie bo&#238;te de Pandore que Poutine a ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La famille, la nation, le divin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la conception ethnique de la nation on peut ajouter la sacralisation de l'autorit&#233; de l'&#201;tat, la notion d'une id&#233;ologie nationale impos&#233;e, la r&#233;pression de toute dissidence, le contr&#244;le des m&#233;dias, le culte du leader autoritaire, le droit des pays forts &#224; dominer les faibles et une id&#233;ologie globalement r&#233;actionnaire qui vante les valeurs chr&#233;tiennes et le r&#244;le central de l'&#201;glise orthodoxe, les lois homophobes. Cela fait penser au &#171; Travail, famille, patrie &#187; du r&#233;gime de Vichy. Ou comme le dit Aymeric Chauprade, &#171; la famille, la nation et le divin &#187;. Le r&#233;gime russe et ses amis de l'extr&#234;me droite en Europe partagent beaucoup de ces id&#233;es. Ils ont m&#234;me pu s'indigner ensemble apr&#232;s la victoire de Conchita Wurst &#224; l'Eurovision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus de l'id&#233;ologie, il y a un aspect g&#233;opolitique. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, l'extr&#234;me droite europ&#233;enne est anti-am&#233;ricaine et anti-UE. Il faut une alternative autre que l'autarcie. La notion d'un axe Paris-Berlin-Moscou n'est pas exclusive &#224; l'extr&#234;me droite, mais elle y est tr&#232;s pr&#233;sente. Marine Le Pen s'en r&#233;clame notamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut &#233;videmment pas exclure un soutien financier de la Russie, sans qu'il y en ait des preuves pour l'instant. Mais les autorit&#233;s hongroises commencent une enqu&#234;te concernant le financement de Jobbik. Elles ont par ailleurs demand&#233; la lev&#233;e de l'immunit&#233; parlementaire du d&#233;put&#233; europ&#233;en de Jobbik, B&#233;la Kovacs, soup&#231;onn&#233; d'espionnage au profit de la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; russe, les avantages sont &#233;vidents. Contrairement &#224; son antifascisme affirm&#233;, Poutine n'a absolument aucun probl&#232;me &#224; travailler avec des partis d'extr&#234;me droite, &#224; partir du moment o&#249; ils sont pr&#234;ts &#224; d&#233;fendre sa politique. C'est ce qu'ils font, tr&#232;s activement pour certains, sur la question ukrainienne et, plus largement, en d&#233;fense de son projet d'Union eurasienne. Et comme nous le savons, l'extr&#234;me droite dispose d'un bloc d&#233;sormais plus important au Parlement europ&#233;en. C'est une bonne nouvelle pour Poutine. &#9632;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Z. Popovych, &#171; What happened in Odessa ? Maidan, the Governement, the Movement on the East &#187;, &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spi..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europe-solidaire.org/spi..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Le candidat de Svoboda &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle du 25 mai 2014, Oleh Tiahnybok, a obtenu 1,2 % des suffrages exprim&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. &lt;a href=&#034;http://euromaidanpr.com/2014/04/13/..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://euromaidanpr.com/2014/04/13/..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. D'apr&#232;s l'ONG russe SOVA, il y a eu en Russie, entre 2004 et 2012, 509 morts &#224; la suite d'agressions &#224; caract&#232;re raciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Le candidat de Svoboda &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle du 25 mai 2014, Dmytro Yaroch, a obtenu 0,7 % des suffrages exprim&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. L'original en russe : &lt;a href=&#034;http://www.gazeta.ru/politics/2014/... &#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.gazeta.ru/politics/2014/...&#160;&lt;/a&gt; ; traduction anglaise : &lt;a href=&#034;http://euromaidanpr.com/2014/04/24/..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://euromaidanpr.com/2014/04/24/..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Ajoutons, que l'actuel &#171; premier ministre &#187; de la &#171; R&#233;publique populaire de Donetsk &#187;, Aleksander Boroda&#239;, a &#233;t&#233; import&#233; de Russie. Il a &#233;t&#233; (est encore ?) un agent du FSB, comme il l'explique dans ses interviews. Boroda&#239; fait partie de l'extr&#234;me droite russe, est un cofondateur de la TV &#171; patriotique &#187; &#171; Den-TV &#187;, a &#233;t&#233; &#171; conseiller &#187; du gouvernement auto-proclam&#233; de Crim&#233;e pr&#233;parant l'annexion &#171; officielle &#187;, puis apr&#232;s le &#171; r&#233;f&#233;rendum &#187; du 11 mai est devenu &#171; premier ministre &#187; &#224; Donetsk.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. L'original en russe sur le web de l'Opposition de gauche ukrainienne : &lt;a href=&#034;http://gaslo.info/?p=5211 &#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://gaslo.info/?p=5211&#160;&lt;/a&gt; ; la traduction anglaise : &lt;a href=&#034;http://peopleandnature.wordpress.co..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://peopleandnature.wordpress.co..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. &#171; Band&#233;riste &#187; vient du nom de Stepan Bandera, dirigeant de l'Organisation des nationalistes ukrainiens &#8211; fraction r&#233;volutionnaire (OUN-R) et un des fondateurs de l'Arm&#233;e insurrectionnelle ukrainienne (UPA) qui m&#232;nera une gu&#233;rilla contre les occupants allemands et contre les partisans polonais et sovi&#233;tiques, puis contre l'URSS jusqu'en 1953-1954 et dont les partisans sont &#233;galement accus&#233;s d'avoir liquid&#233; des populations polonaises et juives en Ukraine occidentale. D'abord alli&#233; aux Allemands et organisateurs de deux bataillons ukrainiens de la Wehrmacht, S. Bandera a particip&#233; &#224; la proclamation le 30 juin 1941 &#224; Lviv d'un nouvel &#201;tat ukrainien, non reconnu par Hitler, qui l'a fait emprisonner dans le camp de concentration de Sachsenhausen jusqu'en septembre 1944, puis l'a lib&#233;r&#233; en tentant &#8211; sans succ&#232;s &#8211; de l'int&#233;grer dans une &#171; alliance &#187; contre l'URSS. Il a &#233;t&#233; assassin&#233; en 1959 &#224; Munich par un agent du KGB. En Russie et en Pologne, le terme &#171; band&#233;riste &#187; est employ&#233; par les chauvinistes en tant qu'insulte &#224; l'encontre des Ukrainiens. En Ukraine occidentale &#8211; o&#249; UPA avait eu sa plus forte implantation &#8211; ce terme est au contraire revendiqu&#233; par ceux qui se consid&#232;rent nationalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Voir (en anglais) : &lt;a href=&#034;http://euromaidanpr.com/2014/05/17/..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://euromaidanpr.com/2014/05/17/..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Alexandre Douguine (n&#233;e en 1962 &#224; Moscou), a commenc&#233; comme dissident traditionnaliste et mystique &#224; la fin des ann&#233;es 1970. En 1993 il participe &#224; la formation du Parti national-bolch&#233;vique, dont il devint l'id&#233;ologue, puis dirigeant de sa fraction &#171; R&#233;volution conservatrice &#187;. En 1997 il publie Osnovy Geopolitiky (&#171; Les Fondements de la g&#233;opolitique &#187;), une sorte de trait&#233; de l'id&#233;ologie eurasiste (ou n&#233;o-eurasiste), qui eut un grand succ&#232;s dans les milieux politiques et militaires russes. Cette id&#233;ologie oppose la civilisation &#171; thalassocratique, anglo-saxonne, protestante, d'esprit capitaliste &#187; &#224; la civilisation &#171; continentale, russe-eurasienne, orthodoxe et musulmane &#187;, l'Occident (o&#249; le soleil se couche, le d&#233;clin) &#224; l'Eurasie (cens&#233;e repr&#233;senter la renaissance, le pays des dieux, car le soleil s'y l&#232;ve !). En 1998 Douguine devint conseiller de la pr&#233;sidence de la Douma, en 1999 directeur du Centre d'expertises g&#233;opolitiques (entit&#233; consultative de la Douma), s'exprime r&#233;guli&#232;rement sur des sites internet du gouvernement russe et anime des &#233;missions de t&#233;l&#233;vision. Parall&#232;lement, il cr&#233;e le Mouvement social et politique panrusse Eurasia, transform&#233; en parti politique en 2002, puis le Mouvement international eurasien. Il influence l'entourage de Poutine et le pr&#233;sident russe lui-m&#234;me a repris les th&#232;ses &#171; eurasistes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Ces photos et d'autres peuvent &#234;tre consult&#233;s sur le blog d'Anton Shekhovtsov, universitaire analysant l'extr&#234;me droite et les mouvements racistes en Europe centrale et orientale : http://anton-shekhovtsov.blogspot.f...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Anton Shekhovtsov, &#171; The Kremin's marriage of convenience with the European far right &#187; : &lt;a href=&#034;http://www.opendemocracy.net/od-rus..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.opendemocracy.net/od-rus..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Murray Smith, internationaliste &#233;cossais, est membre de la direction du parti luxembourgeois d&#233;i L&#233;nk (la Gauche) qu'il repr&#233;sente, aux c&#244;t&#233;s de Fabienne Lentz, au sein du bureau ex&#233;cutif du Parti de la Gauche europ&#233;enne. Cet article a &#233;t&#233; d'abord publi&#233; par le journal &#233;lectronique &#171; Goosh &#187;, proche de D&#233;i L&#233;nk : &lt;a href=&#034;http://www.goosch.lu&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.goosch.lu&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le mouvement ouvrier europ&#233;en : dangers et d&#233;fis </title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-mouvement-ouvrier-europeen-dangers-et-defis</link>
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		<dc:date>2011-03-08T13:28:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Murray Smith</dc:creator>


		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2011-03-08</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avec l'arriv&#233;e de la crise &#233;conomique mondiale, le mouvement ouvrier europ&#233;en est entr&#233; dans une nouvelle phase, pleine de dangers et de d&#233;fis. Il est important de souligner que nous sommes en fait dans une situation nouvelle, et non pas dans la simple continuation de la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente. &lt;br class='autobr' /&gt;
Murray Smith est membre du parti Dei Lenk (La gauche) &#224; Lexmbourg Traduction : David Mandel &lt;br class='autobr' /&gt; Ce n'est pas nouveau que la classe ouvri&#232;re europ&#233;enne soit sous attaque et sur la d&#233;fensive. Il a y eu (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-70-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2011-03-08-+" rel="tag"&gt;Edition du 2011-03-08&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH96/arton6762-23ebf.png?1679047083' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='96' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec l'arriv&#233;e de la crise &#233;conomique mondiale, le mouvement ouvrier europ&#233;en est entr&#233; dans une nouvelle phase, pleine de dangers et de d&#233;fis. Il est important de souligner que nous sommes en fait dans une situation nouvelle, et non pas dans la simple continuation de la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Murray Smith est membre du parti Dei Lenk (La gauche) &#224; Lexmbourg&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduction : David Mandel&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce n'est pas nouveau que la classe ouvri&#232;re europ&#233;enne soit sous attaque et sur la d&#233;fensive. Il a y eu depuis les ann&#233;es 1980 une offensive syst&#233;matique, de plus en plus coordonn&#233;e par l'Union europ&#233;enne (UE), visant &#224; imposer des politiques n&#233;olib&#233;rales &#224; l'Europe. Les objectifs ont &#233;t&#233; de r&#233;duire les co&#251;ts du travail (salaires, avantages sociaux, programmes sociaux), d'enlever les contraintes sur le capital, et d'ouvrir de nouveaux secteurs de l'&#233;conomie au capital priv&#233;. Ainsi nous avons assist&#233; &#224; la d&#233;r&#233;glementation de l'&#233;conomie, et du secteur des finances en particulier, &#224; la &#171; flexibilisation &#187; du travail, &#224; l'extension du travail pr&#233;caire, &#224; des privatisations, et la &#171; r&#233;forme &#187; de l' &#171; &#233;tat-providence &#187; qui vise &#224; miner le droits universel &#224; une pension, &#224; l'assurance ch&#244;mage, &#224; la gratuit&#233; des soins, et &#224; d'autres programmes. Les conventions collectives sont identifi&#233;es comme un probl&#232;me structurel, et l'affaiblissement des syndicats d&#233;fini comme un objectif (voir l'&#233;ditorial du Financial Times, 10/05/2010). Un tel affaiblissement a eu lieu dans certains pays, mais pas dans tous. La vitesse et l'ampleur des attaques ont vari&#233; selon le pays, mais la direction est claire. Les effets cumulatifs ont min&#233;, mais pas d&#233;truit, l' &#171; &#233;tat-providence &#187; qui s'est d&#233;velopp&#233; au cours du boom &#233;conomique de l'apr&#232;s-guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, les classes dirigeantes intensifient leurs attaques. Pour recourir &#224; une analogie militaire, elles abandonnent la guerre d'usure en faveur d'une guerre de mouvement, une attaque frontale aux salaires, aux conditions de travail, au secteur public et aux programmes sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un assaut frontal &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne fait aucun doute que les classes dirigeantes de l'Europe, agissant par l'interm&#233;diaire des gouvernements nationaux et des institutions europ&#233;ennes, et soutenues par le FMI et l'OCDE, exploitent tout &#224; fait consciemment la crise et les d&#233;ficits pour imposer une s&#233;rie de mesures. Ils ont le probl&#232;me imm&#233;diat de r&#233;duire les d&#233;ficits, qui sont la cons&#233;quence des programmes de sauvetage gouvernementaux des banques ainsi que de la r&#233;cession. Cela a laiss&#233; plusieurs &#233;conomies de la p&#233;riph&#233;rie de la zone euro (Gr&#232;ce, Espagne, Irlande, Portugal) en difficult&#233; &#224; emprunter de l'argent, mena&#231;ant le remboursement de leurs dettes, ce qui aurait de graves r&#233;percussions sur les banques europ&#233;ennes. &#192; l'&#233;poque du sauvetage en Gr&#232;ce, Martin Wolf a reconnu dans le Financial Times (05.05.2010) qu' &#171; Il est manifestement une op&#233;ration de sauvetage de la Gr&#232;ce, mais sans l'avouer c'est le sauvetage des banques. &#187; Cela est vrai non seulement en Gr&#232;ce. Les banques et les institutions financi&#232;res des trois grands de l'UE - la Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne &#8211; poss&#232;dent plus que la moiti&#233; de la dette grecque et aussi plus de la moiti&#233; de la dette irlandaise, espagnole, portugaise et italienne. &#192; la fin de 2009, tout cela &#233;quivalait &#224; $2 trillions (chiffres de la Banque des r&#232;glements internationaux).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le co&#251;t social des op&#233;rations de sauvetage en Gr&#232;ce et en Irlande a &#233;t&#233; l'imposition de programmes d'aust&#233;rit&#233; drastique. Au printemps de 2010, c'&#233;tait la crise grecque qui a donn&#233; le signal &#224; un renouveau de l'offensive par les gouvernements de l'UE. Les conditions qui ont ensuite &#233;t&#233; impos&#233;es au peuple grec &#233;taient draconiennes : r&#233;duction des salaires de 10 &#224; 15 pour cent, cela dans un pays o&#249; le salaire mensuel moyen est de1200 euros ; r&#233;duction drastique des effectifs dans le secteur public &#8211; le remplacement de seulement un sur cinq qui prennent leur retraite ; mesures visant &#224; faciliter les licenciements dans le secteur priv&#233; ; coupures dans les budgets de la sant&#233; et l'&#233;ducation ; de nouvelles privatisations ; augmentation de la taxe sur la consommation de 19% &#224; 23%, une augmentation qui frappe le plus durement les plus pauvres ; r&#233;duction de pensions ; augmentation de l'&#226;ge de la retraite &#224; 67 ans. Avec des variations mineures, ces mesures ont &#233;galement &#233;t&#233; impos&#233;es ou adopt&#233;es par l'Irlande, le Portugal et l'Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif est en fait d'exploiter la crise pour imposer des mesures plus s&#233;v&#232;res sur les r&#233;calcitrants. Le but n'est pas uniquement de r&#233;duire les d&#233;ficits et de rassurer les march&#233;s. Il est &#233;galement d'acc&#233;l&#233;rer une offensive qui vise &#224; rendre l'Europe plus comp&#233;titive dans le nouveau contexte international. Cela est fondamental. L'&#233;tat social, m&#234;me affaibli et attaqu&#233; au cours des derni&#232;res trente ann&#233;es, a surv&#233;cu parce que l'Europe pouvait se le permettre et parce qu'il a aid&#233; &#224; pacifier les travailleurs et les travailleuses. Maintenant, le jeu est fini. La modification du rapport de force &#233;conomique, l'&#233;mergence de nouvelles &#233;conomies non-europ&#233;ennes, soulignent le fait que le niveau de vie et le niveau de protection sociale qui ont caract&#233;ris&#233; l'Europe occidentale depuis 1945 ne sont plus viables - du point de vue de la classe dirigeante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa forme la plus radicale &#224; l'heure actuelle, l'offensive touche les &#233;conomies dites p&#233;riph&#233;riques de la zone euro, ainsi que plusieurs pays de l'Europe de l'Est. Mais c'est une offensive &#224; l'&#233;chelle de toute l'Europe. Nous assistons &#224; des mesures d'aust&#233;rit&#233; et &#224; une attaque de grande envergure contre les syndicats en Italie (centr&#233;e sur les usines FIAT) ; en France nous avons vu l'ann&#233;e derni&#232;re la contre-r&#233;forme des pensions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un cas qui se distingue est celui de la Grande-Bretagne, o&#249; le nouveau gouvernement de coalition conservateur-lib&#233;ral-d&#233;mocrate (&#171; ConDem &#187;), arriv&#233; au pouvoir en mai 2010, a lanc&#233; une offensive d'une ampleur stup&#233;fiante. Prenant comme pr&#233;texte la n&#233;cessit&#233; de r&#233;duire le d&#233;ficit, il a impos&#233; des coupures drastiques des d&#233;penses publiques - d&#233;penses directes du gouvernement national, mais aussi r&#233;duction des fonds allou&#233;s aux autorit&#233;s locales. Cela a forc&#233; ces derni&#232;res &#224; fermer des services publics, r&#233;duire les subventions aux groupes de b&#233;n&#233;voles et mettre &#224; pied des dizaines de milliers de travailleurs et de travailleuses des administrations locales. L'augmentation massive des frais de scolarit&#233; a provoqu&#233; des protestations tout aussi massives. La taxe sur la consommation a &#233;t&#233; augment&#233;e de 17 &#224; 20 pour cent. Dans un mouvement parall&#232;le, le gouvernement a commenc&#233; &#224; r&#233;former en profondeur les services de sant&#233;, ce qui se traduit en pratique par la privatisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e des services, entra&#238;nant des suppressions d'emplois &#224; grande &#233;chelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Politique de gauche en Europe &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette offensive, quelle a &#233;t&#233; la r&#233;action du mouvement ouvrier europ&#233;en ? En premier lieu, la r&#233;sistance a &#233;t&#233; ax&#233;e sur les syndicats plut&#244;t que sur les partis politiques. Cela n'est pas surprenant, quand on consid&#232;re la situation de la gauche politique. Sans exception, les partis sociaux-d&#233;mocrates se sont ralli&#233;s au discours n&#233;olib&#233;ral dominant, parfois avec enthousiasme, parfois avec honte, avec une vitesse variable et plus ou moins de conflit interne. Cela est vrai non seulement, m&#234;me pas en particulier, pour la th&#233;orie. C'est surtout vrai pour la pratique de ses partis au pouvoir. Et ils continuent sur la m&#234;me voie aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois des quatre pays &#171; p&#233;riph&#233;riques &#187; - Gr&#232;ce, Espagne, Portugal - sont pr&#233;sid&#233;s par des gouvernements sociaux-d&#233;mocrates. Si l'on regarde un peu plus loin dans le pass&#233;, nous voyons le r&#244;le des gouvernements sociaux-d&#233;mocrates en Allemagne entre 1997 et 2005, au Royaume-Uni, en France et ailleurs. Il y a certains signes d'un repositionnement &#224; la gauche au sein du Parti socialiste fran&#231;ais, du Parti travailliste britannique et du SPD allemand. Cependant, ces initiatives restent tr&#232;s timides, et il faut toujours examiner d'un &#339;il tr&#232;s critique la rh&#233;torique de gauche de partis sociaux-d&#233;mocrates quand ils sont dans l'opposition &#8211; elle a tendance &#224; fondre rapidement sous la pression du pouvoir. N'oublions pas que le PASOK a remport&#233; les &#233;lections grecques &#224; l'automne 2009 avec un discours de gauche, qui contrastait non seulement avec le gouvernement pr&#233;c&#233;dent de droite mais aussi avec les gouvernements PASOK d'avant. Maintenant, le gouvernement PASOK fait ce que l'UE et le FMI lui disent de faire. Seulement trois de ses d&#233;put&#233;s ont refus&#233; de voter pour le programme d'aust&#233;rit&#233; l'an dernier. (Ils se sont abstenus et ils ont &#233;t&#233; rapidement expuls&#233;s du groupe parlementaire du PASOK). Cela n'&#233;puise pas n&#233;cessairement la question de ces partis. Sous pression de la crise et de l'ampleur des attaques contre la classe ouvri&#232;re, des fissures peuvent appara&#238;tre. Mais cela risque d'&#234;tre un processus lent et incertain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en est-il des forces qui se trouvent &#224; la gauche de la social-d&#233;mocratie ? Tout d'abord, il y a les partis communistes. Certains, tout en adoptant une position d'opposition au n&#233;o-lib&#233;ralisme, se comportent de mani&#232;re sectaire. C'est surtout le cas du Parti communiste de la Gr&#232;ce. Ensuite, il y a les partis communistes (en France et en Espagne, notamment) qui font partie de coalitions / fronts avec d'autres forces de la gauche radicale. Troisi&#232;mement, il existe des organisations traditionnelles de l'extr&#234;me gauche, qui &#224; certains &#233;gards se comportent de mani&#232;re sectaire comme les PC, tandis que d'autres participent de mani&#232;re s&#233;rieuse &#224; de nouvelles coalitions et &#224; de nouveaux partis. Enfin, il y a les nouveaux partis, compos&#233;s de forces venant d'horizons diff&#233;rents (comme au Portugal et en Allemagne). Dans certains pays, la gauche radicale, plus ou moins unie ou divis&#233;e, a beaucoup de poids (Portugal, Allemagne, Gr&#232;ce, et France en particulier). Mais nulle part elle n'a r&#233;ussi &#224; supplanter la social-d&#233;mocratie comme principale force sur la gauche.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le mouvement &#233;tudiant place le gouvernement sur la d&#233;fensive</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-mouvement-etudiant-place-le-gouvernement-sur-la-defensive</link>
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		<dc:date>2006-03-21T03:04:51Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Murray Smith</dc:creator>


		<dc:subject>Mouvements sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#171; Le gouvernement fran&#231;ais est s&#233;rieusement pr&#233;occup&#233;. Par deux fois ces vingt derni&#232;res ann&#233;es, en 1986 et en 1994, les mobilisations &#233;tudiantes l'ont forc&#233; &#224; retirer des projets de loi. En 1994, le gouvernement a d&#251; retirer une mesure tr&#232;s similaire &#224; celle voulant instaurer les Contrats de premi&#232;re embauche (CPE). &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; Depuis quatre ans, le gouvernement de droite en France a impos&#233; une s&#233;rie de politiques n&#233;olib&#233;rales. La r&#233;sistance &#224; ces politiques a &#233;t&#233; parfois tr&#232;s militante, comme (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton44-9fae8.jpg?1679047083' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Le gouvernement fran&#231;ais est s&#233;rieusement pr&#233;occup&#233;. Par deux fois ces vingt derni&#232;res ann&#233;es, en 1986 et en 1994, les mobilisations &#233;tudiantes l'ont forc&#233; &#224; retirer des projets de loi. En 1994, le gouvernement a d&#251; retirer une mesure tr&#232;s similaire &#224; celle voulant instaurer les Contrats de premi&#232;re embauche (CPE). &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis quatre ans, le gouvernement de droite en France a impos&#233; une s&#233;rie de politiques n&#233;olib&#233;rales. La r&#233;sistance &#224; ces politiques a &#233;t&#233; parfois tr&#232;s militante, comme celle qui s'est d&#233;velopp&#233;e face &#224; la r&#233;forme du syst&#232;me des pensions en 2003. Mais, jusqu'ici, le gouvernement a &#233;t&#233; capable d'imposer ses &#034;r&#233;formes&#034; parce que les organisations traditionnelles du mouvement ouvrier n'&#233;taient pas pr&#233;par&#233;es &#224; s'opposer &#224; de telles r&#233;formes. Cette fois-ci, cependant, le Pr&#233;sident Jacques Chirac et son Premier ministre et prot&#233;g&#233;, Dominique de Villepin, ont &#233;t&#233; trop gourmands.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proposition du gouvernement d'un &#034;Contrat de premi&#232;re embauche&#034; (CPE) permettrait que des jeunes de moins de 26 ans soient licenci&#233;s dans les deux premi&#232;res ann&#233;es de leur emploi, sans que l'employeur soit oblig&#233; de donner un motif quelconque. C'est un cha&#238;non important dans la r&#233;alisation de l'objectif du gouvernement de s'attaquer &#224; la l&#233;gislation du travail, de faire de la s&#233;curit&#233; d'emploi une chose du pass&#233; et de donner aux employeurs le droit de licencier comme bon leur semble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mesure vise particuli&#232;rement les jeunes travailleurs et travailleuses qui acc&#232;dent au march&#233; du travail pour la premi&#232;re fois. Lentement d'abord, puis peu &#224; peu, l'opposition est devenue de plus en plus profonde. Le c&#339;ur de cette derni&#232;re s'est r&#233;v&#233;l&#233; &#234;tre le mouvement &#233;tudiant le plus important de la derni&#232;re d&#233;cennie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re grande mobilisation a eu lieu le 7 f&#233;vrier dernier. Elle a &#233;t&#233; appel&#233;e par la plupart des principales organisations &#233;tudiantes des universit&#233;s et des lyc&#233;es. Ce fut un succ&#232;s modeste, mais plus de 400 000 manifestantes et manifestants sont descendus dans les rues des principales villes de France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mois suivant, malgr&#233; les semaines de rel&#226;che qui se d&#233;roulent en f&#233;vrier dans plusieurs &#233;coles et universit&#233;s, le mouvement a gagn&#233; en profondeur et en d&#233;termination. Les &#233;tudiantes et &#233;tudiants ont commenc&#233; &#224; comprendre quel &#233;tait l'enjeu et le mouvement s'est &#233;largi et est pass&#233; des manifestations &#224; des occupations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce jour, plus de la moiti&#233; des 84 universit&#233;s de France sont occup&#233;es totalement ou partiellement par les &#233;tudiantes et les &#233;tudiants. La troisi&#232;me plus importante universit&#233;, Nanterre, a &#233;t&#233; ferm&#233;e pour des &#034;raisons de s&#233;curit&#233;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;276&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/cherbourg140305-pt.jpg?8/b8eac67b1c905a5e415c9c5b5e3b681299adbbd2dd6ac47e01dff9f8573235c4&#034; class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='JPEG - 52.7 kio' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH113/cherbourg140305-pt-527dc-1e2ba.jpg?1674968136' width='150' height='113' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre crayon document-titre-8 '&gt;&lt;strong&gt;Cherbourg, le 14 mars 2006
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif crayon document-descriptif-8 '&gt;Comme dans plusieurs villes de France, des centaines de lyc&#233;ens et d'&#233;tudiants ont occup&#233; les voies de chemin de fer, pour protester contre le CPE du gouvernement Villepin. La r&#233;volte prend de l'ampleur partout en France... (photo : Franck, Rouge)
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La seconde journ&#233;e d'action, le 8 mars, a &#233;t&#233; encore plus importante que la premi&#232;re, et pr&#232;s d'un million de personnes sont descendues dans les rues de 160 villes. Les manifestations &#233;taient l'&#339;uvre de syndicalistes, de jeunes &#233;tudiantes et &#233;tudiants et de jeunes travailleurs et travailleuses. Ces manifestations furent tr&#232;s radicales. Elles ont montr&#233; que les jeunes avaient compris que le gouvernement travaillait pour le MEDEF, la principale association patronale, dont les bureaux ont &#233;t&#233; souvent les cibles des manifestations &#233;tudiantes, comme ceux du parti de la droite au pouvoir, l'Union pour un Mouvement Populaire (UMP).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partis de gauche ont soutenu le mouvement et ont appel&#233; au retrait du projet de loi, puis de la loi sur les CPE. Et cette position ne fut pas celle du seul Parti communiste ou de l'extr&#234;me gauche, mais &#233;galement la position du Parti socialiste. Contrairement &#224; son habitude, le Parti socialiste a affich&#233; en dehors des p&#233;riodes &#233;lectorales. Ses affiches appelaient au retrait de la loi sur les CPE et soutenaient les manifestations. Ceci est un indice de la force du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement a refus&#233; de reculer et il n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; utiliser la police anti-&#233;meute contre les &#233;tudiantes et les &#233;tudiants. Dans la nuit du 10 au 11 mars, la police anti-&#233;meute a envahi la plus vieille universit&#233; de France, la Sorbonne, et a expuls&#233; les &#233;tudiantes et les &#233;tudiants qui l'occupaient en en blessant plusieurs. Ces actes ont rappel&#233; mai 68 dont le Sorbonne &#233;tait le symbole. Cette semaine, de plus en plus d'&#233;tudiantes et d'&#233;tudiants se sont mobilis&#233;s dans la manifestation &#233;tudiante qui a march&#233; vers la Sorbonne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;preuve de force avec le gouvernement est maintenant engag&#233;e et le rythme des &#233;v&#233;nements s'acc&#233;l&#232;re. Les organisations &#233;tudiantes et lyc&#233;ennes ont tenu une journ&#233;e d'action le 16 mars et ont demand&#233; aux organisations syndicales de faire la gr&#232;ve pour appuyer leurs luttes. Le samedi 18 mars, c'est un million de personnes qui sont descendues dans les rues des villes de France. M&#234;me l'organisation syndicale la plus mod&#233;r&#233;e, la CFDT, a particip&#233; &#224; cette manifestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La principale organisation syndicale, la CGT, a &#233;t&#233; plus loin et envisage de tenir des jours de gr&#232;ve et des manifestations le 30 mars prochain. Mais c'est trop loin pour le mouvement &#233;tudiant. La rencontre du comit&#233; de coordination nationale a demand&#233; aux syndicats d'organiser un journ&#233;e de gr&#232;ve le 23 mars prochain et une manifestation nationale &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement est s&#233;rieusement pr&#233;occup&#233;. Par deux fois ces vingt derni&#232;res ann&#233;es, en 1986 et en 1994, les mobilisations &#233;tudiantes ont forc&#233; le gouvernement &#224; retirer des projets de loi. En 1994, le gouvernement a d&#251; retirer une mesure tr&#232;s similaire &#224; celle voulant instaurer les CPE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des divisions commencent &#224; appara&#238;tre au sein du gouvernement. Seuls quelques politiciens de droite appellent ouvertement au retrait du CPE, comme Herv&#233; de Charrette, un ancien ministre des affaires &#233;trang&#232;res de Chirac. La plupart d'entre eux serrent les rangs derri&#232;re le gouvernement, mais ils expriment priv&#233;ment leurs pr&#233;occupations. Sept pr&#233;sidents d'universit&#233; ont appel&#233; au retrait du CPE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prochaines semaines seront tr&#232;s importantes. Si les syndicats r&#233;pondent &#224; l'appel &#233;tudiant pour une gr&#232;ve et une manifestation le 23 mars, la dynamique du mouvement s'en trouvera renforc&#233;e. Cela d&#233;pend d'abord de la CGT dont le refus d'appeler &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en 2003 avait permis au gouvernement de s'en sortir. Aujourd'hui, le niveau de mobilisation est tel qu'il s'av&#232;re possible pour le mouvement social de mettre en &#233;chec ce gouvernement, &#224; condition que le mouvement continue d'agir de fa&#231;on unitaire et militante.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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