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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Guerre imp&#233;rialiste, militarisme environnemental et strat&#233;gie &#233;cosocialiste &#224; l'heure du capitalisme des catastrophes</title>
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		<dc:date>2025-12-16T11:48:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alexis Cukier</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2025-12-09</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;bats</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans ce texte, Alexis Cukier d&#233;veloppe une analyse du r&#244;le de la guerre dans l'Anthropoc&#232;ne ainsi que du d&#233;veloppement du militarisme environnemental, puis une lecture &#233;comarxiste de la guerre imp&#233;rialiste en Ukraine et de la guerre g&#233;nocidaire au Palestine dans le contexte de ce qu'il nomme le capitalisme des catastrophes, avant de proposer &#224; la discussion des &#233;l&#233;ments pour une strat&#233;gie &#233;cosocialiste combinant lutte contre le militarisme et soutien aux r&#233;sistances anti-imp&#233;rialistes, y (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Debats-138-" rel="directory"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2025-12-09-+" rel="tag"&gt;Edition du 2025-12-09&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Debats-515-+" rel="tag"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH96/guerre_et_feux-0270c.png?1765281121' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='96' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans ce texte, Alexis Cukier d&#233;veloppe une analyse du r&#244;le de la guerre dans l'Anthropoc&#232;ne ainsi que du d&#233;veloppement du militarisme environnemental, puis une lecture &#233;comarxiste de la guerre imp&#233;rialiste en Ukraine et de la guerre g&#233;nocidaire au Palestine dans le contexte de ce qu'il nomme le capitalisme des catastrophes, avant de proposer &#224; la discussion des &#233;l&#233;ments pour une strat&#233;gie &#233;cosocialiste combinant lutte contre le militarisme et soutien aux r&#233;sistances anti-imp&#233;rialistes, y compris arm&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alexis Cukier est philosophe et membre de la r&#233;daction de Contretemps. Ce texte est issu d'une intervention dans le cadre du panel &#171; Guerre, imp&#233;rialisme et &#233;cologie &#187; qui s'est tenu le samedi 28 juin 2025 dans le cadre de la conf&#233;rence internationale Historical Materialism Paris.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;11 septembre 2025 | tir&#233; de contretemps.eu &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/militarisme-environnemental-ecosocialisme/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/militarisme-environnemental-ecosocialisme/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guerre &#224; la guerre ! Et donc soutien &#224; celles et ceux qui sont en guerre contre les imp&#233;rialismes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#171; agir contre la guerre et le militarisme &#187;, comme le propose Guerre &#224; la Guerre[1], et mettre fin aussi &#224; ses usages g&#233;nocidaires et &#224; ses cons&#233;quences &#233;cocidaires comme le souligne &#224; juste titre cette importante coalition, il est n&#233;cessaire de &#171; d&#233;sarmer la machine de guerre et relancer un anti-militarisme populaire &#187;, et notamment &#171; de faire gr&#232;ve, de d&#233;serter, de perturber, de d&#233;manteler la logistique de leurs guerres &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas suffisant, et ce texte d&#233;fend que ce n'est pas l'essentiel : s'en prendre aux moyens de la guerre restera inefficace si on ne s'attaque pas &#224; ses causes et si on ne fait pas alliance d'abord avec celles et ceux qui en subissent les effets. Autrement dit, un antimilitarisme concret implique &#8211; comme la coalition l'affirme clairement en ce qui concerne les &#201;tats-Unis, Isra&#235;l et la France, et le d&#233;bat doit avoir lieu aussi concernant la Russie notamment &#8211; un anti-imp&#233;rialisme militant, et donc de viser &#224; d&#233;faire les puissances imp&#233;riales, et la logique capitaliste qui les portent, et de soutenir concr&#232;tement celles et ceux qui sont en premi&#232;re ligne pour y r&#233;sister. Or pour elles et eux, la premi&#232;re urgence est de s'autod&#233;fendre, ce qui suppose des armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la raison pour laquelle il me semble urgent de mettre en d&#233;bat cette proposition : il faut inclure le blocage de la logistique militaire dans une strat&#233;gie &#233;cosocialiste d'autod&#233;fense, de soutien aux r&#233;sistances anti-imp&#233;rialistes, y compris arm&#233;es, et donc aussi de r&#233;appropriation d&#233;mocratique et de socialisation internationaliste des armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte d&#233;fend trois th&#232;ses, d&#233;velopp&#233;es d'un point de vue &#233;comarxiste, qui sont des contributions aux d&#233;bats en cours, dans cette coalition, dans la gauche internationaliste et au-del&#224;, sur les moyens et les fins de l'antimilitarisme et de l'anti-imp&#233;rialisme aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, les guerres imp&#233;rialistes et l'industrie et la logistique militaires qui leur sont li&#233;es[2] jouent depuis le XIXe si&#232;cle un r&#244;le majeur parmi les causes des catastrophes &#233;cologiques mais sont aussi devenues, depuis le d&#233;but du XXIe si&#232;cle, une des principales modalit&#233;s de r&#233;ponse &#224; ces catastrophes &#8211; c'est ce qu'on peut appeler le militarisme environnemental[3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, les guerres en cours, et en premier lieu la guerre imp&#233;rialiste de la Russie en Ukraine et la guerre imp&#233;rialiste et g&#233;nocidaire d'Isra&#235;l, des Etats-Unis et de leurs alli&#233;s en Palestine, s'inscrivent dans une nouvelle phase &#233;mergente du capitalisme mondialqui r&#233;organise la production de profit, l'appareil productif et l'imp&#233;rialisme autour de l'adaptation s&#233;lective &#8211; au profit des riches et en sacrifiant les classes populaires et les peuples des pays sous domination imp&#233;riale &#8211; aux catastrophes &#233;cologiques, en premier lieu le r&#233;chauffement climatique &#8211; c'est ce que je propose d'appeler le capitalisme des catastrophes[4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce capitalisme des catastrophes doit &#234;tre compris dans le cadre de la crise &#233;conomique de longue dur&#233;e du capitalisme, et particuli&#232;rement de la s&#233;quence qui a suivi la crise financi&#232;re de 2008, ainsi que de la mont&#233;e de la rivalit&#233; imp&#233;rialiste entre les &#201;tats-Unis et la Chine[5], qui ont constitu&#233; des facteurs majeurs de d&#233;veloppement du capitalisme vert[6] et de militarisation[7]. Mais je fais l'hypoth&#232;se qu'avec le &#171; tournant dans l'histoire mondiale[8] &#187; des ann&#233;es 2020, prenant le relai du capitalisme n&#233;olib&#233;ral de la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente et l'int&#233;grant dans une nouvelle formule &#233;conomico-politique, ce capitalisme des catastrophes &#233;mergent r&#233;alise le sc&#233;nario le plus sombre qu'anticipait Mike Davis en 2010 : &#171; L'att&#233;nuation globale, dans ce sc&#233;nario encore inexplor&#233; mais non improbable, serait tacitement abandonn&#233;e &#8212; comme elle l'a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; dans une certaine mesure &#8212; au profit d'un investissement acc&#233;l&#233;r&#233; dans une adaptation s&#233;lective destin&#233;e aux passagers de premi&#232;re classe de la Terre[9]. &#187; Je d&#233;fends que cette logique d'adaptation s&#233;lective permet de comprendre l'&#233;conomie et l'&#233;cologie politiques communes de plusieurs ensembles de ph&#233;nom&#232;nes typiques de la p&#233;riode :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8212; le capitalisme vert&lt;/strong&gt; : march&#233;s et compensation carbone, finance verte, Plans Verts, &#171; d&#233;risquage &#187; (att&#233;nuation des risques financiers) des technologies vertes ou des mat&#233;riaux consid&#233;r&#233;s comme critiques, et tous les outils de la &#171; transition &#187;&#233;nerg&#233;tique, qui est en r&#233;alit&#233; une accumulation d'&#233;nergies compatible avec la relance de l'extractivisme fossile, ainsi que du n&#233;o-industrialisme vert, dirig&#233;s par la Big Tech, les &#201;tats et le march&#233;&#8230; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8212; le technosolutionnisme climatique&lt;/strong&gt; : technologies &#224; &#233;mission n&#233;gative, g&#233;o-ing&#233;nierie, &#171; villes r&#233;silientes &#187; mettant le mod&#232;le des &#171; smart cities &#187; et des &#171; safe cities &#187; et leurs objets connect&#233;s au service de l'adaptation aux catastrophes&#8230; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8212; le fascisme fossile&lt;/strong&gt; : les id&#233;ologies et pratiques de gouvernement carbofascistes, &#233;cofascistes, de l'acc&#233;l&#233;rationnisme n&#233;or&#233;actionnaire (&#171; dark Enlightenment &#187; d&#233;clin&#233; en &#171; dark MAGA &#187;), du nationalisme vert&#8230; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8212; les nouvelles guerres imp&#233;rialistes&lt;/strong&gt; dont l'enjeu principal, comme on va le montrer, est la reconfiguration conjointe du march&#233; mondial de l'&#233;nergie, de l'h&#233;g&#233;monie technologique et du militarisme environnemental au sein de ce capitalisme des catastrophes[10].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, en raison m&#234;me de l'entr&#233;e dans ce capitalisme des catastrophes, il est aujourd'hui moins que jamais r&#233;aliste d'appeler, en l'&#233;tat actuel des choses, &#224; abolir la guerre (c'est un pacifisme abstrait et id&#233;aliste, sans prise sur la r&#233;alit&#233;) mais il nous faut construire collectivement un antimilitarisme mat&#233;rialiste, qui passe aussi centralement par le soutien aux r&#233;sistances anti-imp&#233;rialistes arm&#233;es du peuple palestinien et du peuple ukrainien, et n&#233;cessite une strat&#233;gie alliant d&#233;sarmement de l'ennemi et autod&#233;fense populaire. Il ne s'agit pas de remplacer la lutte des classes et sa dimension sp&#233;cifiquement politique, notamment &#224; l'&#233;chelle nationale, par le combat militaire internationaliste, mais de les penser ensemble, ni d'opposer au pacifisme abstrait un bellicisme qui le serait tout autant mais de ne pas d&#233;tourner le regard de ce qu'implique concr&#232;tement l'autod&#233;fense anti-imp&#233;rialiste et antifasciste, particuli&#232;rement en ce qui concerne la question des conflits arm&#233;s. C'est ce que j'appelle une strat&#233;gie &#233;cosocialiste de d&#233;mant&#232;lement, reconversion et socialisation des armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce texte, je propose de faire quelques rappels au sujet du caract&#232;re &#233;cocidaire de la guerre en l'inscrivant dans le d&#233;veloppement du militarisme environnemental &#224; l'heure du capitalisme des catastrophes (I), puis d'analyser la guerre imp&#233;rialiste en Ukraine (II) et la guerre g&#233;nocidaire en Palestine (III) dans cette perspective, avant de finir par pr&#233;senter quelques &#233;l&#233;ments de strat&#233;gie &#233;cosocialiste visant &#224; allier antimilitarisme et anti-imp&#233;rialisme (IV).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Guerre, Anthropoc&#232;ne et militarisme environnemental&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans leur ouvrage de r&#233;f&#233;rence, Jean-Baptiste Fressoz et Christophe Bonneuil ont soutenu l'argument selon lequel &#171; l'Anthropoc&#232;ne est aussi (et peut-&#234;tre avant tout) un thanatoc&#232;ne[11] &#187;, pour souligner l'importance de la guerre parmi les causes de l'Anthropoc&#232;ne &#8211; ce qu'on peut reformuler dans une perspective marxiste en termes de double centralit&#233; de la guerre (imp&#233;rialiste) et du travail (capitaliste) parmi les causes des catastrophes &#233;cologiques[12]. Je m'en tiendrai ici &#224; montrer que 1. les guerres et l'industrie militaire imp&#233;rialistes ont jou&#233; depuis le XIXe si&#232;cle et jouent toujours un r&#244;le majeur parmi les causes du r&#233;chauffement climatique, et 2. la strat&#233;gie et l'intervention militaires sont aujourd'hui une des principales modalit&#233;s de r&#233;action aux catastrophes &#233;cologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement,&lt;i&gt; le fait militaire est une des principales causes du d&#233;passement des limites plan&#233;taires, et en premier lieu du changement climatique&lt;/i&gt;. Rappelons quelques faits. On estime qu'en 2022 &#171; la totalit&#233; de l'empreinte carbone militaire repr&#233;sente environ 5,5 % des &#233;missions mondiales[13] &#187;, en ne comptant que l'industrie militaire et pas les guerres elles-m&#234;mes ni les reconstructions rendues n&#233;cessaires par les destructions militaires. Cela repr&#233;sente, par exemple, plus d'&#233;missions que l'ensemble du continent africain, ou que les secteurs de l'aviation civile et du transport maritime r&#233;unis. La plus grande arm&#233;e du monde, celle des Etats-Unis, consommait en 2019 autant de combustibles fossiles qu'un pays comme le Portugal[14]&#8211; en comptant cette fois aussi bien la production d'armes que les interventions militaires et op&#233;rations strat&#233;giques ult&#233;rieures en passant par la production, l'usage et l'entretien du r&#233;seau mondial des navires contenaires, avions cargos, tanks et camions, etc. En remontant &#224; la p&#233;riode de la premi&#232;re &#171; grande acc&#233;l&#233;ration &#187; des catastrophes &#233;cologiques (apr&#232;s 1945), les estimations indiquent que, pendant la Guerre froide, entre 10 &#224; 15% de l'ensemble des &#233;missions &#233;tats-uniennes &#233;taient le fait du complexe militaro-industriel[15]. En ce qui concerne les guerres elles-m&#234;mes, on rappellera seulement que c'est &#224; propos de la guerre du Vietnam que la cat&#233;gorie d'&#233;cocide a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;e (voir le texte de Tom du collectif Vietnam Dioxine dans cette m&#234;me s&#233;rie d'articles sur Contretemps), et d'autre part, comme on le montrera aussi &#224; propos de l'Ukraine et de la Palestine, que toutes les guerres ont des effets &#233;cocidaires, en d&#233;truisant, polluant et d&#233;gradant les vies des &#234;tres humains, des vivants et des &#233;cosyst&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, ce n'est pas seulement de mani&#232;re directe que le complexe militaro-industriel a contribu&#233; &#224; l'Anthropoc&#232;ne, mais aussi de mani&#232;re indirecte, du fait du r&#244;le qu'ont jou&#233; les arm&#233;es dans l'expansion des &#233;nergies fossiles dont elles tirent pour l'essentiel leur puissance[16]. De nombreuses recherches r&#233;centes, dans le champ du marxisme &#233;cologique notamment, ont montr&#233; ce r&#244;le moteur des industries militaires occidentales li&#233;es &#224; leurs imp&#233;rialismes &#8211; au premier rang desquels ceux du Royaume-Uni au XIXe si&#232;cle et des Etats-Unis au XXe si&#232;cle &#8211; dans le d&#233;veloppement des &#233;nergies fossiles au sein des secteurs civils[17]. On peut, par exemple, souligner les moments de la conversion de la flotte du Royaume-Uni au p&#233;trole en 1911, ou encore de la guerre de Cor&#233;e (1950-1953) &#224; l'occasion de laquelle des centaines de milliards de dollars consacr&#233;s &#224; la production d'armement ont constitu&#233; autant d'investissements qui ont servi le d&#233;veloppement ult&#233;rieur de l'industrie fossile civile, en particulier de la voiture &#224; essences et des infrastructures &#233;nerg&#233;tiques. On rappellera pour finir le r&#244;le majeur de l'industrie militaire dans l'invention et le d&#233;veloppement de technologies agricoles &#233;cocidaires, de l'extractivisme et de proc&#233;d&#233;s et compos&#233;s chimiques polluants, tels que les PFAS, d&#233;velopp&#233;s initialement dans les ann&#233;es 1940 par l'industrie chimique &#233;tats-unienne pour un usage militaire ou l'insecticide DDT, &#224; propos duquel Rachel Carson publia, dans l'ouvrage classique de l'&#233;cologie politique Printemps silencieux, son plaidoyer &#224; l'encontre de la &#171; guerre contre la nature &#187;[18].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement,&lt;i&gt; la guerre est aujourd'hui une des principales modalit&#233;s de r&#233;ponse aux catastrophes &#233;cologiques.&lt;/i&gt; Depuis les ann&#233;es 1990, les institutions militaires, notamment &#233;tats-uniennes mais aussi fran&#231;aises[19], ont produit des analyses du changement climatique et de leurs cons&#233;quences en termes de s&#233;curit&#233; qui placent l'arm&#233;e en premi&#232;re ligne de la r&#233;ponse aux cons&#233;quences des catastrophes &#233;cologiques. C'est le cas par exemple du rapport de la Maison Blanche de 1993 qui donne &#224; l'arm&#233;e la responsabilit&#233; d'anticiper et de r&#233;pondre &#224; &#171; la gamme de risques environnementaux suffisamment graves pour compromettre la stabilit&#233; internationale qui va des migrations massives de populations dues &#224; des catastrophes humaines ou naturelles, telles que Tchernobyl ou la s&#233;cheresse de l'Afrique de l'Est, jusqu'aux dommages &#233;cologiques &#224; grande &#233;chelle caus&#233;s par la pollution industrielle, la d&#233;forestation, la perte de biodiversit&#233;, la d&#233;pl&#233;tion de la couche d'ozone, et finalement le changement climatique. &#187;[20]. Comme l'a montr&#233; Razmig Keucheyan &#224; partir d'une analyse d'une s&#233;rie de discours militaires sur la guerre, la &#171; militarisation de l'&#233;cologie &#187; est, avec sa financiarisation, l'une des deux principales r&#233;ponses du capitalisme face &#224; la crise &#233;cologique. Il s'agit principalement d'anticiper et organiser une r&#233;ponse militaire aux catastrophes que sont le &#171; surcro&#238;t de catastrophes naturelles, la rar&#233;faction de certaines ressources, des crises alimentaires, une destabilisation des p&#244;les et des oc&#233;ans, et des &#8216;r&#233;fugi&#233;s climatiques' par dizaine de millions &#224; l'horizon 2050[21] &#187;. Ce militarisme environnemental, qui exprime une logique de &#171; racisme environnemental &#187;[22] mais aussi potentiellement d'&#171; apartheid environnemental[23] &#187;, est la dimension militaire du capitalisme des catastrophes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette adaptation s&#233;lective, qui est d'abord une strat&#233;gie d'accumulation du capital implique aussi une id&#233;ologie sp&#233;cifique. Selon cette id&#233;ologie &#171; planifier l'adaptation[24] &#187; n&#233;cessite non seulement de renoncer &#224; contenir le r&#233;chauffement climatique et donc &#224; d&#233;carboner l'&#233;conomie mais encore d'en accepter les cons&#233;quences catastrophiques, in&#233;galement r&#233;parties : &#171; D&#233;passer (Overshooting) les 1,5 &#176;C ne condamne pas la plan&#232;te. Mais c'est une condamnation &#224; mort pour certaines personnes, modes de vie, &#233;cosyst&#232;mes, voire certains pays[25] &#187;. Or cet objectif d'une adaptation au service des plus riches et d'un abandon ou d'un sacrifice des classes populaires, notamment dans les suds globaux, a aussi, c'est l'objet principal de ce texte, des implications militaires : &#171; parce qu'elles s'attendent &#224; une exacerbation des conflits dans un monde red&#233;fini par le changement climatique, les puissances militaires du Nord ont opt&#233; pour l'adaptation militaire[26] &#187;. Contrairement &#224; la plupart des analyses du capitalisme vert, qui ne pensent pas sa dimension guerri&#232;re et imp&#233;rialiste, et aux approches &#233;cologistes dominantes des guerres en cours, qui ne la replacent pas dans la dynamique d'&#233;volution du capitalisme et de ses &#233;changes &#233;cologiques in&#233;gaux, cette analyse en termes de capitalisme des catastrophes permet donc aussi de penser le renouvellement en cours de l'imp&#233;rialisme et d'en saisir les enjeux &#233;cologiques. En ce qui concerne les guerres imp&#233;rialistes, on fera donc ici l'hypoth&#232;se qu'&#224; 1. l'imp&#233;rialisme &#233;cocide qui tue les populations, d&#233;truit leurs &#233;conomies de subsistance et conquiert leurs terres pour le projet de colonialisme de peuplement ou d'esclavagisme ; et &#224; 2. l'imp&#233;rialisme vert, qui vise &#224; contr&#244;ler et tirer profit des productions et des richesses issues du travail de la terre par le peuple colonis&#233;, succ&#232;de aujourd'hui 3. l'imp&#233;rialisme &#233;cologique, qui vise la reconfiguration du march&#233; mondial de l'&#233;nergie et constitue un laboratoire de l'adaptation s&#233;lective aux catastrophes &#233;cologiques. Autrement dit : les guerres imp&#233;rialistes n'ont plus seulement pour objectif la pr&#233;dation pour le profit au sein d'un monde fini mais aussi d&#233;sormais la survie et la pr&#233;servation du mode de vie capitaliste, et plus seulement pour fonction de d&#233;truire la nature et de l'administrer, mais d'adapter &#224; sa d&#233;gradation les conditions d'existence des puissances imp&#233;riales, et en leur sein des plus riches&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. &#201;cologie politique de la guerre imp&#233;rialiste en Ukraine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La guerre imp&#233;rialiste men&#233;e par la Russie en Ukraine depuis l'invasion du 24 f&#233;vrier 2022 a caus&#233; des destructions humaines, naturelles et infrastructurelles de tr&#232;s grande ampleur. Elle a fait &#224; ce jour &#8212; fin ao&#251;t 2025 &#8212; plus d'un million de victimes, morts ou bless&#233;s, a donn&#233; lieu &#224; d'innombrables crimes de guerre commis par l'arm&#233;e russe, parmi lesquels des viols[27] et des d&#233;portations d'enfants[28] perp&#233;tr&#233;s comme des armes de guerre syst&#233;matiques. Elle a caus&#233; de tr&#232;s nombreuses destructions de villes, habitats naturels prot&#233;g&#233;s, infrastructures vitales et terres agricoles ukrainiennes &#8212; comme lors de la destruction intentionnelle par l'arm&#233;e russe du barrage de Khakhovka le 6 juin 2023 &#8212;, multipli&#233; les feux de for&#234;t, tu&#233; d'innombrables animaux, contamin&#233; l'air, les eaux et les sols[29]. En ce qui concerne l'&#233;cologie politique des motifs de la guerre, si l'invasion et la guerre peuvent s'expliquer par de nombreux facteurs[30] &#8212; l'histoire de la domination coloniale de la Russie &#224; l'&#233;gard de l'Ukraine, l'id&#233;ologie expansionniste et supr&#233;maciste du r&#233;gime de Vladimir Poutine, la crainte d'un effondrement du soutien r&#233;gional &#224; la Russie dans d'autres pays satellites, la comp&#233;tition interimp&#233;rialiste avec les autres grandes puissances mondiales (et en premier lieu les &#201;tats-Unis dans le cadre de la rivalit&#233; d&#233;sormais surd&#233;terminante avec la Chine), une fuite en avant autoritaire sur le plan de la politique int&#233;rieure, etc. &#8212;, on soutiendra que le facteur surd&#233;terminant est li&#233; au devenir du capitalisme fossile russe au sein du capitalisme des catastrophes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les objectifs de la guerre ont &#233;t&#233; exprim&#233;s clairement par le r&#233;gime de Poutine : il s'agit d'annexer toute l'Ukraine si possible, sinon de remplacer le r&#233;gime par un autre favorable aux int&#233;r&#234;ts russes, sinon d'annexer une partie du territoire national ukrainien, en commen&#231;ant par la Crim&#233;e et le Donbass. L'hypoth&#232;se ici d&#233;velopp&#233;e est qu'il ne s'agit pas seulement d'une guerre imp&#233;rialiste classique de pr&#233;dation des ressources naturelles (notamment les terres agricoles et les m&#233;taux rares ou critiques tels que le titane indispensable pour la &#171; transition &#233;nerg&#233;tique &#187; comme pour l'aviation civile et militaire, le zirconium, le molybd&#232;ne et le gaz n&#233;on purifi&#233; employ&#233; dans les puces &#233;lectroniques et les semi-conducteurs) et de contr&#244;le des infrastructures (notamment &#233;nerg&#233;tiques, nucl&#233;aires et &#233;lectriques), mais aussi d'une guerre d'h&#233;g&#233;monie au sein de la nouvelle p&#233;riode du capitalisme, pour &#233;viter le d&#233;clin du capitalisme fossile russe en r&#233;orientant ses exportations de p&#233;trole et de gaz et se positionner dans la course des bouleversements du mix &#233;nerg&#233;tique mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que la Russie produisait, en 2022, 13 % de la production mondiale de p&#233;trole, se pla&#231;ant ainsi &#224; la troisi&#232;me place, le capitalisme fossile russe &#233;tant consid&#233;r&#233; par le leader &#233;tats-unien comme &#171; un partenaire junior, pas un ennemi politique[31] &#187;. Cette int&#233;gration dans l'&#233;conomie fossile mondiale a fait l'objet de conflits politiques importants dans la Russie post-sovi&#233;tique, par exemple entre Vladimir Poutine et Mikhail Khodorkovski, emprisonn&#233; en 2003 alors qu'il organisait une entr&#233;e massive au capital de la compagnie p&#233;troli&#232;re Ioukos des g&#233;ants &#233;tats-uniens Exxon Mobil et Chevron-Texaco[32]. Il faut ajouter que d'immenses gisements de gaz ont &#233;t&#233; d&#233;couverts, en 2012, en Mer noire dans la zone exclusive ukrainienne, tandis que l'Ukraine s'est tourn&#233;e vers le britannique Royal Dutch Shell plut&#244;t que vers les soci&#233;t&#233;s p&#233;troli&#232;res russes pour forer dans un autre gisement &#224; l'est du pays &#8212; faisant de l'Ukraine un concurrent dont la suj&#233;tion politique ou l'annexion partielle constituent des objectifs majeurs pour le capital fossile russe. Ce contexte imm&#233;diat doit cependant &#234;tre replac&#233; dans le cadre plus large de l'adaptation capitaliste aux catastrophes &#233;cologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Klimat. Russia in the Age of Climate Wars,&lt;/i&gt; publi&#233; quelques mois avant l'invasion de l'Ukraine, le politiste Thane Gustafson fournit &#224; cet &#233;gard des arguments d&#233;cisifs en r&#233;pondant &#224; ces questions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comment le territoire de la Russie &#8212; ainsi que son syst&#232;me politique, son &#233;conomie et sa soci&#233;t&#233; &#8212; seront-ils affect&#233;s par le changement climatique ? Comment ces changements li&#233;s au climat modifieront-ils le statut de la Russie en tant que grande puissance ? Quelles seront, en effet, les sources de la &#8220;grandeur&#8221; d'une puissance d'ici 2050 ? Le r&#244;le futur de la Russie dans l'&#233;conomie mondiale lui permettra-t-il de rivaliser en tant que grande puissance ? Et comment r&#233;agira-t-elle si elle n'y parvient pas[33] ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut r&#233;sumer ainsi les arguments du livre qui &#233;clairent l'inscription de la guerre en Ukraine au sein du capitalisme des catastrophes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1. L'&#233;conomie russe est directement menac&#233;e par la chute probable de ses exportations en hydrocarbures, et par la perspective d'un pic du p&#233;trole dans les prochaines ann&#233;es ou d&#233;cennies&lt;/i&gt;. Or ce sont principalement les puissances importatrices du p&#233;trole russe, l'UE et la Chine, qui ont les cartes en main &#224; cet &#233;gard puisqu'elles portent des projets de r&#233;gulation des &#233;nergies fossiles et de transition &#233;nerg&#233;tique qui menacent le capitalisme russe. &#192; ce probl&#232;me, la guerre apporte une r&#233;ponse &#224; court terme, car elle donne l'opportunit&#233; de nouveaux d&#233;bouch&#233;s pour le capitalisme fossile russe, notamment vers les suds globaux, tout en visant une consolidation des flux vers la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2. Une nouvelle contradiction est apparue dans ce contexte entre le secteur fossile russe et de nouveaux acteurs des &#233;nergies renouvelables et du capitalisme vert&lt;/i&gt;, comme Anatoly Chubais, favorable au d&#233;veloppement des &#171; technologies vertes &#187; en Russie. La guerre en cours permet d'asphyxier un tel projet dans le cadre d'une &#233;conomie de guerre ultracarbon&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3. La Russie doit faire face &#224; des risques climatiques impliquant des catastrophes de grande ampleur d'ici 2050, avec notamment l'aggravation de la fonte du perg&#233;lisol&lt;/i&gt;, qui recouvre deux tiers du territoire russe, et risque de provoquer l'effondrement des infrastructures (routes, pipelines, ponts, b&#226;timents) sur une vaste &#233;chelle. &#192; cet &#233;gard aussi, la strat&#233;gie d'adaptation privil&#233;gi&#233;e par le r&#233;gime de Poutine pour ses p&#233;riph&#233;ries arctiques est tr&#232;s offensive[34] : plut&#244;t que d'investir massivement dans des infrastructures &#224; travers l'arri&#232;re-pays sib&#233;rien afin de lui permettre de r&#233;sister aux effets du r&#233;chauffement climatique, l'option privil&#233;gi&#233;e est celle de l'ouverture du d&#233;veloppement &#233;conomique du littoral arctique permise par la fonte de la glace le long de la c&#244;te nord de la Russie, ouvrant la perspective d'une nouvelle voie maritime majeure vers l'Asie, qu'un contr&#244;le partag&#233; de l'Alaska avec les &#201;tats-Unis pourrait faciliter. La guerre permet ainsi d'ouvrir la voie &#224; des projets d'annexion au-del&#224; de l'Ukraine, de se placer en partenaire de taille aux c&#244;t&#233;s des projets expansionnistes du partenaire &#233;tats-unien, et de renforcer aussi l'autoritarisme &#233;tatique n&#233;cessaire pour imposer ce type de choix socio-&#233;conomiques et les sacrifices corr&#233;latifs pour la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la conclusion de son ouvrage, Gustafson souligne les deux enjeux majeurs pour endiguer le d&#233;clin, selon lui d&#233;j&#224; entam&#233; et in&#233;vitable &#224; court terme, du capitalisme russe : la force militaire et les nouvelles technologies[35]. Ce sont les deux principaux moteurs du capitalisme des catastrophes : le militarisme environnemental et l'adaptation technosolutionniste. La strat&#233;gie expansionniste agressive du r&#233;gime de Poutine, qui vise &#224; enrayer le d&#233;clin &#233;conomique de son capital fossile et &#224; r&#233;tablir son &#201;tat comme un acteur imp&#233;rialiste majeur, s'explique par la comp&#233;tition entre grandes puissances pour l'h&#233;g&#233;monie au sein du capitalisme des catastrophes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III. &#201;cologie politique de la guerre g&#233;nocidaire en Palestine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La guerre men&#233;e par Isra&#235;l &#224; Gaza et en Palestine constitue un g&#233;nocide, notamment au sens des trois premiers articles de la Convention sur le g&#233;nocide de 1948 : &#171; le meurtre, des atteintes graves &#224; l'int&#233;grit&#233; physique ou mentale, ainsi que l'imposition d&#233;lib&#233;r&#233;e aux Palestiniens de Gaza de conditions de vie visant &#224; entra&#238;ner leur destruction physique, en totalit&#233; ou en partie[36]. &#187; En juin 2025, le Minist&#232;re de la sant&#233; &#224; Gaza estimait que la guerre avait fait plus de 132 000 bless&#233;s et caus&#233; la mort de plus de 56 000 personnes palestiniennes, dont plus de 18 000 enfants, sans compter les personnes disparues et non identifi&#233;es ni les morts li&#233;es &#224; la destruction des h&#244;pitaux et infrastructures vitales et &#224; la famine organis&#233;e par l'arm&#233;e isra&#233;lienne. La guerre a provoqu&#233; le d&#233;placement de plusieurs centaines de milliers d'habitants de Gaza, consid&#233;r&#233; comme un objectif tactique par le r&#233;gime de Benjamin Netanyahou. Elle a donn&#233; lieu &#224; d'innombrables cas de tortures, viols et violences sexuelles, et implique notamment ce qu'on peut qualifier de &#171; f&#233;mi-g&#233;nocide[37] &#187; et de g&#233;nocide reproductif, dans la mesure notamment o&#249; les maternit&#233;s et infrastructures de soin gyn&#233;cologique et de support &#224; la sant&#233; reproductive ont &#233;t&#233; syst&#233;matiquement cibl&#233;es afin d'emp&#234;cher la reproduction du peuple palestinien[38]. C'est aussi une guerre contre l'agriculture palestinienne prolongeant la guerre contre la subsistance inh&#233;rente &#224; la colonisation de la Palestine depuis la premi&#232;re Nakba[39]. Et cette guerre est aussi, de mani&#232;re indissociable, &#233;cocidaire[40] :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; Gaza, o&#249; elle dure maintenant depuis des mois, cette destruction prend des proportions apocalyptiques : les gens qui n'ont pas encore &#233;t&#233; tu&#233;s par les bombes vivent sur une &#233;tendue en friche d'eau non potable, de munitions non explos&#233;es, d'effluents d'&#233;gouts non trait&#233;s, de d&#233;charges d&#233;bordantes, de sol contamin&#233;, de d&#233;combres toxiques, de vergers et de champs r&#233;duits en poussi&#232;re. Sur cette base de terre hyperpollu&#233;e, la vie humaine est rendue impossible &#224; long terme. &#201;cocide et g&#233;nocide se confondent ici comme jamais auparavant[41]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette destruction du peuple de Palestine et des terres palestiniennes par Isra&#235;l ne peut &#234;tre comprise que dans le cadre de sa politique au long cours de colonisation, de nettoyage ethnique et d'apartheid, ainsi que de l'id&#233;ologie raciste et supr&#233;maciste du gouvernement Netanyahou et d'une partie du peuple isra&#233;lien. Mais il y a aussi, dans cette guerre g&#233;nocidaire annonc&#233;e par un processus continu d'atrocit&#233;s et de catastrophes, des &#233;l&#233;ments nouveaux li&#233;s au d&#233;veloppement du capitalisme fossile et &#224; la mise en pratique du militarisme environnemental d'Isra&#235;l, des &#201;tats-Unis et de leurs alli&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, cette guerre s'est d&#233;clench&#233;e alors qu'Isra&#235;l se positionne comme un acteur majeur du capitalisme fossile au niveau mondial. En 2022, l'ann&#233;e m&#234;me du d&#233;but de la guerre en Ukraine et donc de la crise sur le march&#233; du gaz, Isra&#235;l s'est impos&#233; comme un exportateur majeur de combustibles fossiles, en fournissant l'Allemagne et l'UE en gaz et en p&#233;trole bruts extraits sur les sites de Leviathan et Karish, d&#233;couverts r&#233;cemment et revendiqu&#233;s par le Liban. Fin octobre 2023, Isra&#235;l a accord&#233; douze licences pour l'exploration de nouveaux champs gaziers, notamment au g&#233;ant p&#233;trolier britannique BP, tandis qu'une compagnie bas&#233;e &#224; Tel-Aviv, Ithaca Energy, a investi dans l'exploration p&#233;troli&#232;re dans le secteur britannique de la mer du Nord. Autrement dit, &#171; le g&#233;nocide se d&#233;roule &#224; un moment o&#249; l'&#201;tat d'Isra&#235;l est plus profond&#233;ment int&#233;gr&#233; dans l'accumulation primitive du capital fossile que jamais[42] &#187;. Cette orientation de l'&#233;conomie isra&#233;lienne doit elle-m&#234;me se comprendre dans le cadre de la politique &#233;tats-unienne de partenariat &#233;conomique et d'alliance politique avec les puissances p&#233;troli&#232;res du Golfe, garantie notamment par l'accord de libre-&#233;change et la normalisation diplomatique des accords d'Abraham entre Isra&#235;l, les &#201;mirats arabes unis et Bahre&#239;n en 2020. C'est ce qui explique que &#171; dans le contexte actuel du g&#233;nocide en cours, un accord de normalisation entre l'Arabie saoudite et Isra&#235;l constitue sans aucun doute l'objectif principal de la strat&#233;gie am&#233;ricaine pour l'apr&#232;s-guerre[43] &#187;. Le projet annonc&#233; d'un contr&#244;le de la bande de Gaza par une alliance d'&#201;tats arabes partenaires d'Isra&#235;l (associ&#233; le cas &#233;ch&#233;ant &#224; certaines organisations palestiniennes et compl&#233;t&#233; par la reconnaissance d'un &#201;tat palestinien r&#233;duit &#224; certaines parties de la Cisjordanie) permettrait ainsi, par exemple, de d&#233;velopper un r&#233;seau ferroviaire entre Gaza et le projet urbain futuriste Neom en cours de d&#233;veloppement sur les bords de la Mer rouge en Arabie Saoudite &#8212; et, au-del&#224;, de consolider cette reconfiguration du capitalisme fossile au niveau mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, certains aspects de la guerre g&#233;nocidaire &#224; Gaza peuvent se comprendre dans le cadre du militarisme environnemental et du technosolutionnisme caract&#233;ristiques du capitalisme d'adaptation aux catastrophes &#233;cologiques. C'est le cas du projet, mis en avant par Donald Trump, de prise de contr&#244;le de la bande de Gaza par les &#201;tats-Unis afin d'y construire une &#171; magnifique Riviera du Moyen-Orient[44] &#187; , reprenant ainsi le projet &#171; Gaza 2035 &#187; con&#231;u par l'administration Netanyahou pour d&#233;velopper sur les ruines de Gaza un projet urbain futuriste combinant extraction d'&#233;nergies fossiles, n&#233;otechnologies vertes (telles que des &#171; villes de fabrication de voiture &#233;lectronique &#187;) et &#233;conomie touristique de luxe[45], qui r&#233;aliserait le sc&#233;nario d'une table rase compl&#232;te des territoires et cultures des pauvres pour la remplacer par un paradis hypertechnicis&#233; des riches. Si on a pu analyser ce projet en termes de &#171; nouvelle exp&#233;rimentation n&#233;olib&#233;rale[46] &#187;, il doit se comprendre dans la continuit&#233; du laboratoire militaire et technologique du colonialisme isra&#233;lien &#224; Gaza. Ainsi, dans le contexte des p&#233;nuries en eau provoqu&#233;e et attendues dans la r&#233;gion du fait de l'acc&#233;l&#233;ration du r&#233;chauffement climatique, le contr&#244;le colonial de l'acc&#232;s &#224; l'eau puis la destruction des infrastructures hydrauliques[47] constituent un laboratoire de l'apartheid environnemental permettant d'assurer l'adaptation climatique des uns au d&#233;triment de la vie des autres :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'occupation a ainsi engendr&#233; des politiques et des pratiques inadapt&#233;es qui compromettent la r&#233;silience des Palestiniens et leur capacit&#233; &#224; faire face aux menaces li&#233;es aux changements climatiques. En revanche, Isra&#235;l est bien mieux pr&#233;par&#233; pour s'adapter aux effets du changement climatique et se trouve, de ce fait, moins vuln&#233;rable[48]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la guerre, si l'un de ses objectifs est de faire la preuve de la &#171; supr&#233;matie technologique &#187; isra&#233;lienne et &#233;tats-unienne au moyen d'une &#171; exhibition d&#233;sinhib&#233;e des capacit&#233;s de destruction[49] &#187; de leurs arm&#233;es, cette d&#233;monstration de force ne doit pas &#234;tre comprise seulement dans le contexte de l'histoire au long cours de l'imp&#233;rialisme fossile et de la colonisation occidentale de la Palestine, mais aussi de la r&#233;alisation du militarisme environnemental contemporain. Ainsi, le d&#233;placement forc&#233; de centaines de milliers d'habitants de Gaza et la gestion des camps de r&#233;fugi&#233;s survivant dans des conditions apocalyptiques[50] renforcent l'exp&#233;rience militaire du contr&#244;le des migrations, enjeu majeur du militarisme environnemental qui anticipe une augmentation massive du nombre de r&#233;fugi&#233;s climatiques dans les prochaines d&#233;cennies. La guerre a aussi permis un usage militaire des nouvelles technologies de surveillance mises en &#339;uvre par l'administration coloniale : ainsi, les syst&#232;mes d'intelligence artificielle &#171; Evangile &#187;, &#171; Lavender &#187; et &#171; Where's Daddy ? &#187; traitent des donn&#233;es de masse au sujet des individus et infrastructures pour proposer des cibles &#224; l'arm&#233;e d'occupation et aux bombardements[51]. Or ce laboratoire militaire du capitalisme des catastrophes est une source de profit pour un grand nombre d'entreprises isra&#233;liennes, &#233;tats-uniennes et occidentales, comme le montre un rapport r&#233;cent de Francesca Albanese, Rapporteuse sp&#233;ciale des Nations-Unies sur la situation des droits de l'homme dans les territoires palestiniens occup&#233;s depuis 1967, au sujet de l'&#233;conomie politique de l'occupation et du g&#233;nocide :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En mettant en lumi&#232;re l'&#233;conomie politique d'une occupation devenue g&#233;nocidaire, le rapport r&#233;v&#232;le comment cette occupation perp&#233;tuelle est devenue un terrain d'essai id&#233;al pour les fabricants d'armes et les grandes entreprises technologiques &#8212; offrant une demande et une offre illimit&#233;es, peu de surveillance et aucune responsabilit&#233; &#8212; tandis que les investisseurs ainsi que les institutions publiques et priv&#233;es en tirent librement profit[52]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce rapport permet ainsi de constituer la liste d'une partie importante de la constellation des acteurs &#233;conomiques et politiques internationaux qui ont aujourd'hui int&#233;r&#234;t au d&#233;veloppement du militarisme environnemental et du capitalisme des catastrophes. On voit que l'analyse de l'&#233;conomie et de l'&#233;cologie politiques de la guerre &#224; Gaza peuvent contribuer aussi &#224; &#233;clairer les raisons de la complicit&#233; ou de la passivit&#233; de la grande majorit&#233; des &#201;tats du monde face au g&#233;nocide du peuple palestinien.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV. Quelle strat&#233;gie &#233;cosocialiste face aux guerres aujourd'hui ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J'en viens &#224; quelques cons&#233;quences strat&#233;giques de ces analyses, que je r&#233;sumerai sous la forme de trois propositions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1. Aussi longtemps que durera le capitalisme, et en particulier le capitalisme des catastrophes, les guerres imp&#233;rialistes seront in&#233;vitables, si bien qu'il faudra s'en d&#233;fendre, y compris par les armes. &lt;/i&gt; Il y aura d'autres guerres, m&#234;me si nous ne le voulons pas, car l'imp&#233;rialisme est d&#233;sormais multipolaire, la g&#233;opolitique instable, le militarisme environnemental d&#233;j&#224; ins&#233;parable du technosolutionnisme climatique &#8211; autrement dit, comme je l'ai montr&#233; dans la premi&#232;re partie, en raison de la strat&#233;gie d'adaptation s&#233;lective aux catastrophes &#233;cologiques choisies par les puissances capitalistes. Nous sommes entr&#233;s, pour reprendre les mots de Claude Serfati, dans un monde en guerres &#8211; sans doute depuis la crise financi&#232;re de 2008, et plus encore depuis le tournant mondial des ann&#233;es 2020, avec sa succession de catastrophes mondiales formant un cocktail explosif, et notamment : pand&#233;mie de Covid-19, invasion de l'Ukraine, guerre g&#233;nocidaire en Palestine, ouverture par les Etats-Unis de la guerre commerciale, le tout accompagn&#233; par le d&#233;veloppement des intelligences artificielles g&#233;n&#233;ratives qui constitue &#233;galement un facteur de militarisation : &#171; les technologies qui reposent sur l'IA transforment simultan&#233;ment les donn&#233;es en source d'accumulation de profits, elles renforcent le pouvoir s&#233;curitaire des &#201;tats et elles introduisent de nouvelles formes de guerre gr&#226;ce &#224; leur utilisation par les militaires[53] &#187;. Mais alors, si la guerre est in&#233;vitable, faut-il se r&#233;signer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certainement pas. En tant qu'&#233;cologistes et anticapitalistes, nous devons refuser que les militaires s'emparent de l'&#233;cologie (et je rejoins en cela la critique importante de &#171; l'&#233;cologie de guerre &#187; par Vincent Rissier dans cette s&#233;rie d'articles sur Contretemps). Mais en tant qu'anti-imp&#233;rialistes, nous ne pouvons pas souhaiter, ni encore moins exiger, que les peuples qui subissent des agressions des forces imp&#233;riales d&#233;posent les armes. Au final, en tant qu'&#233;cosocialistes, nous devons nous demander, pour savoir dans ce nouveau contexte contre quoi et comment nous battre : &#224; quoi tenons-nous, c'est-&#224;-dire, que voulons-nous d&#233;fendre ? Pour reprendre les mots de l'historienne et militante marxiste ukrainienne Hanna Perekhoda, &#171; nous devons garder &#224; l'esprit que ni la vie humaine, ni les droits des travailleurs, ni l'environnement ne peuvent &#234;tre prot&#233;g&#233;s dans un &#201;tat qui tombe dans la &#8216;zone d'influence' de puissances imp&#233;rialistes extractivistes autocratiques comme la Russie de Poutine, les &#201;tats-Unis de Trump ou la Chine du Parti-&#201;tat de Xi Jinping.&#8221;[54]. Cela ne signifie pas qu'il faille d&#233;fendre le bloc &#171; Europe &#187; &#8211; ou encore la structurellement n&#233;olib&#233;rale Union europ&#233;enne &#8211; contre le reste du monde, comme le sugg&#232;re par exemple Pierre Charbonnier[55]. Le capitalisme des catastrophes, le militarisme environnemental, le technsolutionnisme climatique, la barbarie g&#233;nocidaire, sont bien aussi entretenus, d&#233;velopp&#233;s et soutenus par les Etats europ&#233;ens. Mais cela signifie qu'il faut &#224; la fois s'opposer &#224; la course capitaliste aux armements du plan Rearm Europe, et au militarisme qui est au c&#339;ur de la construction de l'Etat fran&#231;ais[56] et de son imp&#233;rialisme en Afrique, dans les derni&#232;res colonies d'outre-mer et ailleurs, et soutenir une autre politique de d&#233;fense et de production d'armes, orient&#233;e vers les int&#233;r&#234;ts des classes populaires, &#233;cosocialiste et r&#233;solument internationaliste. Ce qui implique, j'y insiste &#224; nouveau, qu'il faut, pour l'Ukraine comme pour la Palestine, et pour le reste du globe sans aucune exception, soutenir les peuples qui se d&#233;fendent contre les guerres imp&#233;rialistes, ou contre les cons&#233;quences des politiques imp&#233;rialistes de leurs Etats. Et cela passe &#8211; les habitant.e.s et militant.e.s des pays des Suds colonis&#233;s l'ont toujours su, et aussi les g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes des marxistes des pays du Nord qui ont lutt&#233; contre l'oppression nazie ou contre la r&#233;pression anticommuniste &#8211; par l'autod&#233;fense, et donc la r&#233;sistance, y compris par les armes. C'est pourquoi, il faut faire la diff&#233;rence entre le militarisme, &#224; combattre, et la d&#233;fense, &#224; soutenir[57]. C'est ce que le slogan &#171; guerre &#224; la guerre &#187; ne dit pas, et m&#234;me, s'il &#233;tait mal interpr&#233;t&#233;, pourrait emp&#234;cher de soutenir &#8211; et c'est notamment ce d&#233;bat auquel ce texte voudrait contribuer &#8211; : il y a la guerre des imp&#233;rialistes et la guerre de celles et ceux qui y r&#233;sistent et s'en d&#233;fendent ; nous devons emp&#234;cher la premi&#232;re, et soutenir la seconde. Nous ne pouvons pas militer pour la vie, la libert&#233;, l'&#233;galit&#233; et l'autod&#233;termination des peuples, et nous opposer &#224; la guerre d'autod&#233;fense anti-imp&#233;rialiste. Face &#224; la violence militaire imp&#233;rialiste, le droit international, la diplomatie ont toujours &#233;t&#233; impuissants &#8211; c'est la r&#233;sistance arm&#233;e qui prot&#232;ge. J'appellerai cette position, par opposition au bellicisme de &#171; l'&#233;cologie de guerre &#187; lib&#233;rale[58] comme au pacifisme abstrait des &#171; abolitionnistes de la guerre &#187;, l'anti-militarisme anti-imp&#233;rialiste (qui est donc aussi, n&#233;cessairement, un anti-imp&#233;rialisme arm&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2. Il faut lutter contre le complexe militaro-industriel et imposer un contr&#244;le d&#233;mocratique des armes pour les mettre &#224; la disposition des luttes anti-imp&#233;rialistes et antifascistes &#8211; autrement dit, il faut &#224; la fois d&#233;manteler, reconvertir et socialiser la production d'armes et de technologies militaires.&lt;/i&gt; Tant qu'il continuera d'y avoir des guerres imp&#233;rialistes, la vie et la dignit&#233; des personnes dans les pays agress&#233;s par les puissances imp&#233;rialistes continueront de tenir notamment au fait que soit mise &#224; leur disposition des armes &#8211; ce qui ne veut pas dire, bien s&#251;r, qu'elles seront toujours utilis&#233;es de mani&#232;re moralement et politiquement soutenable par la r&#233;sistance. En l'&#233;tat actuel des choses en Palestine, il semble que seule une intervention militaire &#8211; sous la forme par exemple d'une rupture du blocus de l'aide humanitaire sous escorte militaire, c'est le probl&#232;me que pose en ce moment-m&#234;me la d&#233;fense de la Global Sumud Flottila face aux menaces et agressions isra&#233;liennes, ainsi que de la livraison d'armes aux forces de la r&#233;sistance palestinienne &#8211; pourrait mettre fin &#224; la famine, au nettoyage ethnique et au g&#233;nocide organis&#233;s par l'Etat d'Isra&#235;l et ses alli&#233;s &#224; Gaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or ce qui vaut pour la Palestine vaut aussi pour l'Ukraine &#8211; comme le formulait clairement Gilbert Achcar en d&#233;cembre 2022 : &#171; Tout le reste d&#233;coule de l&#224; : ceux/celles qui sont pour une paix juste, qui s'opposent aux guerres de conqu&#234;te tout en soutenant les guerres de lib&#233;ration en tant que guerres de l&#233;gitime d&#233;fense, ne sauraient s'opposer &#224; la livraison d'armes d&#233;fensives aux victimes de l'agression et de l'invasion. &#187;[59] Bien s&#251;r, cette position de principe ne r&#232;gle pas tous les probl&#232;mes, mais au contraire soul&#232;ve des questions difficiles et concr&#232;tes, et notamment : comment faire la distinction entre armes d&#233;fensives et offensives, et plus g&#233;n&#233;ralement entre les armes qu'il faudra d&#233;manteler et celles qu'il faudra socialiser ? comment &#233;viter les usages contre-productifs de ces armes, les escalades militaires et l'extension et la mondialisation des conflits ? comment prot&#233;ger en m&#234;me temps les populations civiles vivant dans les Etats qui m&#232;nent la guerre imp&#233;rialiste[60] ? Et si on se centre sur les luttes de lib&#233;ration nationale, ou qu'on se projette dans la perspective d'une r&#233;volution &#233;cosocialiste : que signifie une arm&#233;e du peuple ou sous contr&#244;le d&#233;mocratique, et comment &#233;viter que les militaires s'accaparent les d&#233;cisions et finissent par jouer, comme cela a &#233;t&#233; si souvent le cas au XXe si&#232;cle, un r&#244;le contre-r&#233;volutionnaire ? Mais ces questions &#233;pineuses, et au sujet desquelles on ne peut que constater un manque de formation collective dans notre camp, ne doivent pas d&#233;courager la r&#233;flexion strat&#233;gique &#224; ce sujet. Au contraire elles signalent qu'il est n&#233;cessaire de ne pas laisser la connaissance des questions militaires aux ennemis imp&#233;rialistes, n&#233;olib&#233;raux et n&#233;ofascistes, et qu'il est besoin d'en proposer une appropriation populaire et &#233;cosocialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cet &#233;gard, je suivrai ici le mod&#232;le g&#233;n&#233;ral de la r&#233;volution de l'appareil productif dans le cadre d'une d&#233;croissance &#233;cosocialiste, propos&#233; notamment par Michael L&#246;wy et Daniel Tanuro[61], qu'on peut r&#233;sumer ainsi : il faut d&#233;manteler certaines productions (par exemple le nucl&#233;aire) ou r&#233;duire drastiquement certains secteurs (par exemple la production de viande), en reconvertir et r&#233;orienter d'autres (par exemple l'agro-industrie vers l'agro-&#233;cologie) et en socialiser une autre part (par exemple la production de m&#233;dicaments). Cette strat&#233;gie de &#171; d&#233;mant&#232;lement/redirection/socialisation &#187; doit s'appliquer aussi &#224; la production d'armes. Le Certaines armes et parties de l'industrie militaires doivent, c'est la premi&#232;re dimension de cette strat&#233;gie, &#234;tre d&#233;mantel&#233;es et leur production et livraison interrompues : c'est ce &#224; quoi correspondent, par exemple, les actions syndicales et militantes, tout &#224; fait n&#233;cessaires et urgentes, de blocage des ventes et envois d'armes vers Isra&#235;l[62], ainsi que l'objectif toujours aussi crucial du d&#233;sarmement nucl&#233;aire et de l'abolition des armes nucl&#233;aires[63]. Mais ces initiatives, fondamentales, ne peuvent constituer l'ensemble d'une politique antimilitariste et anti-imp&#233;rialiste, notamment parce que se posent les questions de la redirection des armes vers les luttes anti-imp&#233;rialistes, d'une part, et de la reconversion des emplois et savoir-faires dans ce secteur pour r&#233;pondre aux besoins populaires, d'autre part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me dimension d'une strat&#233;gie &#233;cosocialiste concernant la production d'armes, celle de la redirection, signifie &#224; la fois la r&#233;orientation de certaines armes vers les besoins d'autod&#233;fense et la reconversion de certains secteurs de l'industrie militaire. D'un c&#244;t&#233;, la solidarit&#233; internationaliste exige qu'on soutienne activement les r&#233;sistances, arm&#233;es et non arm&#233;es, des luttes anti-imp&#233;rialistes et de lib&#233;ration nationale, comme celles que m&#232;nent aujourd'hui le peuple ukrainien contre l'Etat russe qui l'envahit et le peuple palestinien contre l'Etat isra&#233;lien qui le colonise, l'envahit et le d&#233;truit. Dans cette perspective, une partie des armes &#8211; par exemple produites en France &#8211; devraient &#234;tre envoy&#233;es vers la Palestine, ou utilis&#233;es par une coalition militaire visant &#224; mettre fin &#224; la guerre g&#233;nocidaire contre le peuple palestinien, comme c'est le cas d'une partie de la production d'armes livr&#233;e &#224; la r&#233;sistance ukrainienne. D'un autre c&#244;t&#233;, aucune forme de d&#233;mant&#232;lement ou de redirection ne peut se faire sans les travailleurs et travailleuses du secteur, ce qui souligne l'urgence de l'engagement antimilitariste et anti-imp&#233;rialiste des syndicats, mais aussi n&#233;cessite qu'on soutienne les r&#233;flexions et initiatives syndicales et des salari&#233;es en faveur de la reconversion d'une partie des emplois et technologies du secteur vers d'autres besoins. On mentionnera &#224; cet &#233;gard la position de la CGT Thal&#232;s au sujet de &#171; La r&#233;orientation de l'activit&#233; de Thal&#232;s vers une plus grande part des activit&#233;s civiles par rapport aux activit&#233;s militaires &#187;[64], li&#233;e aussi au projet alternatif de sauvegarde et d&#233;veloppement de l'activit&#233; d'imagerie m&#233;dicale, notamment sur le site de Moirans en Is&#232;re[65].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question de la participation des travailleuses et travailleurs &#224; la redirection &#233;cologique de leurs activit&#233;s &#8211; qui est, dans tous les secteurs et &#224; toutes les &#233;chelles, centrale, selon moi, dans la perspective de la n&#233;cessaire r&#233;volution &#233;cologique et sociale[66] &#8211; souligne la n&#233;cessit&#233; d'une troisi&#232;me dimension de la strat&#233;gie &#233;cosocialiste, celle de la socialisation de la production d'armes. D'abord, parce qu'elle est dans les faits n&#233;cessaires au deux premi&#232;res : c'est seulement un processus de r&#233;appropriation du contr&#244;le d&#233;mocratique sur les armes, et donc leur socialisation &#233;conomique (d&#233;marchandisation) et politique (d&#233;cision sur les moyens et fins de leur production), qui pourrait permettre effectivement de d&#233;manteler la part de l'industrie militaire &#224; abolir et de les rediriger vers les luttes anti-imp&#233;rialistes. Ensuite, parce que cette socialisation est n&#233;cessaire pour que l'enqu&#234;te, la d&#233;lib&#233;ration et la d&#233;cision populaire puissent d&#233;terminer quelle part de l'industrie militaire doit &#234;tre supprim&#233;e, transform&#233;e ou mise &#224; disposition des besoins sociaux des populations des pays producteurs comme des pays qui doivent se d&#233;fendre des guerres imp&#233;rialistes. Enfin, puisqu'une partie de la production d'armes est n&#233;cessaire, il faut qu'elle soit, comme toute production r&#233;pondant &#224; des besoins sociaux, sous contr&#244;le d&#233;mocratique. Une telle socialisation ne doit pas &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une perspective lointaine, report&#233;e au lendemain d'une r&#233;volution victorieuse : il s'agit d'un processus qui peut s'ancrer dans des exigences imm&#233;diates (par exemple l'utilisation des armes d&#233;fensives pour escorter les flottilles anti-blocus, ou leur livraison pour soutenir les arm&#233;es de r&#233;sistance et les gu&#233;rillas anti-imp&#233;rialistes, ou les batailles syndicales pour que ne soient produites que des armes destin&#233;es &#224; la d&#233;fense), qui doit &#234;tre compris dans un programme de transition et dans une strat&#233;gie antimilitariste de longue dur&#233;e. C'est aussi ce que nous rappellent les guerres en Ukraine et en Palestine &#8211; et il faudrait bien entendu analyser aussi concr&#232;tement les enjeux des guerres en cours au Y&#233;men et au Soudan, notamment &#8211; avec toutes leurs diff&#233;rences et les probl&#232;mes politiques que soul&#232;vent les arm&#233;es et organisations qui y d&#233;fendent les peuples contre l'imp&#233;rialisme et le n&#233;ofascisme : sur le long chemin de l'autod&#233;fense et de la r&#233;volution &#233;cosocialistes, il y aura malheureusement, qu'on le veuille ou non, de nombreux drones et chars &#224; abattre, et pour cela il faudra des armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3. La derni&#232;re proposition est la plus importante : les militant.e.s et organisations &#233;cologistes, et antifascistes, devraient consid&#233;rer comme prioritaires le soutien aux luttes anti-imp&#233;rialistes, qui sont de facto en premi&#232;re ligne du combat contre le capitalisme des catastrophes, qui a d&#233;j&#224; commenc&#233; son &#339;uvre d'hyperacc&#233;l&#233;ration de la destruction de la nature, de l'exploitation des travailleurs et travailleuses (de la production et de la reproduction) et du d&#233;veloppement du n&#233;ofascisme au niveau mondial.&lt;/i&gt; C'est en effet sur le terrain de ces guerres imp&#233;rialistes que se construisent, tactiquement, les moyens du militarisme environnemental et du technosolutionnisme militaris&#233;, et strat&#233;giquement les projets expansionnistes, supr&#233;macistes et d' &#171; adaptation s&#233;lective &#187; &#8211; c'est-&#224;-dire, Wim Carton et Andreas Malm ont raison d'employer ce terme, car c'est bien litt&#233;ralement de l'abandon et du sacrifice des classes populaires qu'il s'agit, de &#171; paup&#233;ricide[67] &#187; &#8211; qui caract&#233;risent l'alliance entre n&#233;olib&#233;raux et n&#233;ofascistes autour de la poursuite du capitalisme des catastrophes. C'est donc aussi par le soutien aux r&#233;sistances anti-imp&#233;rialistes, visant leurs victoires &#224; moyen terme et pour commencer leur r&#233;sistance dans la dur&#233;e et les capacit&#233;s &#224; faire reculer les, que doit passer aujourd'hui une strat&#233;gie &#233;cologiste et antifasciste au niveau mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, puisque &#171; le g&#233;nocide du capitalisme tardif avanc&#233; donne des munitions au paup&#233;ricide[68] &#187;, c'est-&#224;-dire que la guerre Isra&#235;l et des Etats-Unis contre la Palestine est un tournant vers l'adaptation des plus riches et le sacrifice des pauvres et des racis&#233;.e.s face aux catastrophes climatiques, alors soutenir le peuple palestinien est aussi un moyen de sauver la Terre, comme le soutient &#224; juste titre Andreas Malm. Ou encore, comme l'exprime Adam Hanieh, auteur d'un livre important sur l'histoire du capitalisme fossile[69], dans un article traduit en 2024 par Contretemps : &#171; Nous devons &#233;galement mieux comprendre comment le Moyen-Orient s'inscrit dans l'histoire du capitalisme fossile, et dans les luttes contemporaines pour la justice climatique. La question de la Palestine est indissociable de ces r&#233;alit&#233;s. En ce sens, l'extraordinaire combat pour la survie que m&#232;ne aujourd'hui la population palestinienne dans la bande de Gaza repr&#233;sente l'avant-garde de la lutte pour l'avenir de la plan&#232;te. &#187; Je souscris compl&#232;tement &#224; cette conclusion importante, &#224; laquelle je pense qu'il faut ajouter : c'est aussi le cas de la lutte anti-imp&#233;rialiste du peuple ukrainien, qui s'oppose aussi au fascisme fossile de Poutine (et de son principal alli&#233; sur la nouvelle sc&#232;ne du capitalisme des catastrophes : Trump), et de toutes les luttes contre les puissances imp&#233;rialistes (qu'il s'agisse des Etats imp&#233;rialistes historiques : notamment les &#201;tats-Unis, la Russie, Isra&#235;l, la France, ou de ceux en passent de le devenir au niveau mondial, comme la Chine, ou au niveau r&#233;gional, comme l'Arabie Saoudite ou la Turquie)[70] &#8211; y compris bien s&#251;r contre l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais dans les pays du Sahel et dans les derni&#232;res colonies fran&#231;aises et notamment en Kanaky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'alternative &#171; socialisme ou barbarie &#187; &#8211; ou plut&#244;t &#171; &#233;cosocialisme ou barbarie &#187; -, et donc aussi &#171; r&#233;volution ou cataclysme &#187; est plus que jamais valable. Mais il ne peut &#234;tre question dans ce processus d'abandonner ni les peuples opprim&#233;s des pays des Suds, ni les classes populaires des pays du Nord, dont le sacrifice face aux catastrophes &#233;cologiques et sociales est le c&#339;ur m&#234;me de la politique du capitalisme des catastrophes. De ce point de vue, les alliances entre mouvements &#233;cologistes, anti-imp&#233;rialistes, antifascistes, antiracistes, f&#233;ministes, telles que la coalition Guerre &#224; la guerre, repr&#233;sentent l'avenir du mouvement r&#233;el qui doit abolir le capitalisme et l'imp&#233;rialisme, et pour cela d&#233;faire leur strat&#233;gie d'adaptation s&#233;lective aux catastrophes. A condition d'&#234;tre concr&#232;tement anti-imp&#233;rialiste, ce qui suppose &#8211; c'est un d&#233;bat en cours dans cette coalition, comme ailleurs, auquel ce texte voudrait contribuer &#8211; de ne pas abandonner le terrain militaire aux ennemis, de ne pas abandonner celles et ceux qui sont oblig&#233;s de faire la guerre pour survivre et r&#233;sister &#224; la violence du capital et des Empires, et de comprendre la communaut&#233; de leur situation et de celle des mouvements sociaux, notamment &#233;cologistes et antiracistes, confront&#233;s d&#233;sormais y compris dans les pays du Nord &#224; la r&#233;pression militaris&#233;e. Cela renvoie, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, &#224; une des principales le&#231;ons de Marx, et des mouvements marxistes pour l'&#233;mancipation depuis 150 ans : le mat&#233;rialisme, qui rappelle que &#171; l'arme de la critique ne peut pas remplacer la critique des armes, que le pouvoir mat&#233;riel ne peut &#234;tre abattu que par un pouvoir mat&#233;riel[71] &#187;. C'est-&#224;-dire, pour la question qui nous concerne, qu'il ne faut pas se payer de mots (&#171; abolissons la guerre ! &#187;, &#171; finissons-en avec les armes ! &#187;), mais &#339;uvrer concr&#232;tement &#224; ce que celles et ceux que les guerres imp&#233;rialistes veulent soumettre puissent survivre, r&#233;sister et d&#233;faire l'ennemi. C'est alors seulement qu'on pourra d&#233;faire le militarisme et ses effets mortif&#232;res et &#233;cocidaires. Il n'y aura pas de fin &#224; la guerre contre les &#234;tres humains et contre la nature, si on ne d&#233;fait pas tous les imp&#233;rialismes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Notes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;[1] La coalition Guerre &#224; la guerre a &#233;t&#233; initi&#233;e par un appel publi&#233; le 16 janvier 2025, dont sont extraites les deux citations qui suivent. La premi&#232;re citation est extraite de la pr&#233;sentation de la coalition, qui regroupe les organisations suivantes (premiers signataires) : Action Antifasciste Paris Banlieue, Assembl&#233;e f&#233;ministe Paris Banlieue, Collectif Vietnam Dioxine, Comit&#233;s &#233;tudiants pour la Palestine, Contre Attaque, CSP 75, D&#233;sarmons les F&#233;ministes r&#233;volutionnaires, Gilets noirs, Inverti-es, Kessem, Lectures anti-imp&#233;rialistes, Le nuage &#233;tait sous nos pieds, Le Poing lev&#233;, Marche des Solidarit&#233;s, Palestine Action, Rel&#232;ve f&#233;ministe, R&#233;seaux antifascistes r&#233;gionaux, R&#233;seau V&#233;rit&#233; et Justice, Samidoun, Soul&#232;vements de la Terre, Soul&#232;vements de Mars, Stop Arming Israel France, Survie, Technopolice Marseille, Tsedek !, UJFP, Urgence Palestine, Young Struggle. Voir en ligne : &lt;a href=&#034;https://guerrealaguerre.net/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://guerrealaguerre.net/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Toujours dans l'appel de la Guerre &#224; la guerre, on trouver cet important rappel &#224; propos de la &#171; logistique de leurs guerres &#187; : &#171; Car celles-ci reposent sur des infrastructures mat&#233;rielles, des institutions financi&#232;res, des centres de recherche et d&#233;veloppement, des laboratoires, des bureaux, des usines, des chantiers, des centres de formation et d'entra&#238;nement, des stands de recrutement, de la publicit&#233;, des salons &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Voir notamment le chapitre 4 du livre important de Razmig Keucheyan, La nature est un champ de bataille. Essai d'&#233;cologie politique, Paris, La D&#233;couverte, 2014, qui utilise le terme de &#171; militarisation de l'&#233;cologie &#187; pour d&#233;signer ce que j'appellerai ici &#171; militarisme environnemental &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Une partie de cet article reprend les arguments pr&#233;sent&#233;s, de mani&#232;re plus acad&#233;miques, dans Alexis Cukier, &#171; Guerre imp&#233;rialiste, destruction &#233;cologique et capitalisme des catastrophes. Perspectives &#233;comarxistes sur le tournant mondial des ann&#233;es 2020 &#187;, in Alexis Cukier et Arnaud Fran&#231;ois-Mansuy (dir.), Ecologie et philosophie politiques, &#224; para&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Voir Benjamin B&#252;rbaumer, Chine / &#201;tats-Unis, le capitalisme contre la mondialisation, Paris, La D&#233;couverte, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] On rappellera que le fondateur de l'&#233;comarxisme James O'Connor avait, d&#232;s la fin des ann&#233;es 1980, anticip&#233; un &#171; sc&#233;nario selon lequel la destruction de l'environnement peut conduire &#224; de vastes nouvelles industries con&#231;ues pour le restaurer &#187; (James O'Connor, &#171; Capitalism, Nature, Socialism : A Theoretical Introduction &#187;, Capitalism Nature Socialism, vol. 1, 1988).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Comme le montre Claude Serfati, &#171; la d&#233;t&#233;rioration de la conjoncture &#233;conomique depuis 2008 est un puissant vecteur de d&#233;veloppement de la militarisation de la plan&#232;te &#187; (Claude Serfati, Un monde en guerres, Paris, Textuel, 2024, p. 248).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Je reprends le terme de Gilbert Achcar, Gaza, un g&#233;nocide annonc&#233;. Un tournant dans l'histoire mondiale, Paris, La Dispute, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Mike David, &#171; Who will build the Ark ? &#187;, New Left Review, n&#176; 61, janvier-f&#233;vrier 2010, p. 38, je traduis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Cette hypoth&#232;se ne doit pas &#234;tre confondue avec celle du &#171; capitalisme du d&#233;sastre &#187; de Naomi Klein (La strat&#233;gie du choc. La montr&#233;e du capitalisme du d&#233;sastre, Arles, Actes Sud, 2008), caract&#233;ris&#233;e par les op&#233;rations politiques d'instrumentalisation des crises, ni avec celle du &#171; capitalisme de l'apocalypse &#187; de Quinn Slobodian (Le capitalisme de l'apocalypse. Le r&#234;ve d'un monde ou le r&#234;ve d'un monde sans d&#233;mocratie, Paris, Seuil, 2025), caract&#233;ris&#233;e par les op&#233;rations de d&#233;r&#233;gulation &#233;conomique et leur id&#233;ologie. La diff&#233;rence r&#233;side notamment dans le peu d'importance accord&#233;e par ces argumentations aux catastrophes &#233;cologiques, et dans le fait qu'elles portent principalement sur la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente du capitalisme, le n&#233;olib&#233;ralisme, n&#233; dans les ann&#233;es 1970 et dont on fait ici l'hypoth&#232;se qu'elle s'ach&#232;ve dans les ann&#233;es 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Jean-Baptiste Fressoz et Christophe Bonneuil, L'&#233;v&#232;nement Anthropoc&#232;ne. La Terre, l'Histoire et Nous, Paris, Seuil, 2016, p. 145.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Je d&#233;veloppe cette th&#232;se dans le chapitre &#171; Guerre et imp&#233;rialisme &#187; d'un ouvrage &#201;cologie politique du travail vivant. Catastrophes, &#233;comarxisme et r&#233;volution, &#224; para&#238;tre aux Editions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Scientists for Global Responsibility and the Conflict and Environment Observatory, &#171; Estimating the Military's Global Greenhouse Gas Emissions &#187;, en ligne, 2022, p. 2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Oliver Belcher, Patrick Bigger, Ben Neimard, Cara Kennelly, &#171; Hidden carbon costs of the &#8216;everywhere war' : Logistics, geopolitical ecology and the carbon boot-print of the US military &#187;, Transactions of the Institute of British Geographers, vol. 45, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Charles Closmann (dir.) War and the Environment, Austin, University of Texas Press, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Neta Crawford nomme &#171; cycle profond &#187; cette interaction entre d&#233;pendance des arm&#233;es aux &#233;nergies fossiles et strat&#233;gies militaires centr&#233;es sur la s&#233;curisation des sources d'hydrocarbure dans le cas de l'arm&#233;e &#233;tats-unienne dans The Pentagon, Climate Change, and War : Charting the Rise and Fall of U.S. Military Emissions, Cambridge, MIT Press, 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Voir notamment Timothy Mitchell, Carbon Democracy : Political Power in the Age of Oil, Londres, Verso, 2011 ; Andreas Malm, Fossil Capital. The Rise of Steam Power and the Roots of Global Warming, Londres, Verso, 2016 ; Adam Hanieh, Crude Capitalism. Oil, Corporate Power and the Making of the World Market, Londres, Verso, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Rachel Carson, Printemps silencieux [1962], Marseille, Wildproject, 2009, p. 49.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Voir notamment Adrien Est&#232;ve, Guerre et &#233;cologie. L'environnement et le climat dans les politiques de d&#233;fense, Paris, PUF, 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] The White House, &#171; A National Security Strategy of Engagement and Enlargement &#187;, en ligne, juillet 1994, p. 15, je traduis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Razmig Keucheyan, La nature est un champ de bataille, op. cit., p. 16.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Voir ibid., p. 19-85.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Ian Angus, Face &#224; l'Anthropoc&#232;ne. Le capitalisme fossile et la crise du syst&#232;me terrestre, Montr&#233;al, Ecosoci&#233;t&#233;, 2018, p. 216-220.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] &#171; Nous devrions planifier l'adaptation &#224; au moins 4 degr&#233;s de r&#233;chaufffement &#187; (Martin Parry, Jason Lowe, Hanson Clair, , &#171; Overshoot, Adapt and Recover &#187;, Nature, n&#176; 458, 2009, cit&#233; dans l'important livre de Wim Carton et Andreas Malm, Overshoot. How the World Surrendered to Climate Breakdown, Londres, Verso, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] &#171; The World Is Going to Miss the Totemic 1.5&#176;C Climate Target &#187;, &#233;ditorial de The Economist, 5 novembre 2022, cit&#233; ibid., p. 97.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Christian Parenti, &#171; The Catastrophic Convergence : Militarism, Neoliberalism and Climate Change &#187;, in Buxton Nick et Hayes Ben (&#233;d.), The Secure and the Disposessed, Londres, Pluto Press, 2016, p. 33, je traduis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] Voir Stand Speak Rise Up, We Are Not Weapons of War et Women's Information Consultative Center, White Paper. Conflict-Related Sexual Violence in Ukraine : Where Are We Now ?, novembre 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Humanitarian Research Lab at Yale School of Public Health, &#171; Russia's systematic program of coerced adoption and fostering of Ukraine's children &#187;, 3 d&#233;cembre 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] Voir notamment Darya Tsymbalyuk, Ecocide in Ukraine. The Environmental Cost of Russia's War, Cambridge, Polity Press, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] Voir Karine Cl&#233;ment, Denys Gorbach, Hanna Perekhoda, Catherine Samary et Tony Wood, L'invasion de l'Ukraine. Histoire, conflits et r&#233;sistances populaires, Paris, La Dispute, 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] Simon Pirani, &#171; The causes of the war in Ukraine &#187;, Labour Hub, 17 octobre 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[32] Voir Gustafson Thane, Wheel of Fortune. The Battle for Oil and Power in Russia, Cambridge (MA), Harvard University Press, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[33] Thane Gustafson, Klimat. Russia in the Age of Climate Change, Cambridge (MA), Harvard University Press, 2021, p. 3-4, je traduis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[34] Ibid., voir le chapitre 8 &#171; A Tale of Two Arctics &#187;..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[35] Ibid., p. 221-224.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[36] Amnesty International, &#171; &#8216;You feel like you are subhuman'. Israel's genocide against Palestinians in Gaza &#187;, 5 d&#233;cembre 2024, p. 283, je traduis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[37] &#171; Gaza : UN expert denounces genocidal violence against women and girls &#187;, UN Human Rights, 17 juillet 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[38] Sara Ihmoud, &#171; Countering Reproductive Genocide in Gaza : Palestinian Women's Testimonies &#187;, Native American and Indigenous Studies, vol. 12, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[39] Paul Kohlbry, &#171; Agrarian Annihilation : Israel's war on Gaza is war upon both land and people &#187;, Agrarian Conversations. Journal of Peasant Studies, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[40] Voir notamment United Nations Environment Program, &#171; Environmental Impact of the Conflict in Gaza : Preliminary Assessment of Environmental Impacts &#187;, 18 juin 2024, je traduis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[41]Andreas Malm, Pour la Palestine comme pour la Terre. Les ravages de l'imp&#233;rialisme fossile (2025), trad. &#201;tienne Dobenesque, Paris, La Fabrique, 2025, p. 97.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[42] Ibid., p. 79.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[43] Adam Hanieh, &#171; (Re)contextualiser la Palestine : Isra&#235;l, les pays du Golfe et la puissance US au Moyen-Orient &#187;, Contretemps. Revue de critique communiste, 8 juillet 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[44] &#171; Donald Trump, Benjamin Netanyahu full joint press conference (Feb. 4, 2025) &#187;, WFAA, 5 f&#233;vrier 2025, je traduis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[45] Ce plan, rendu public le 3 mai 2024, et qui comprend le projet de r&#233;seau ferroviaire pr&#233;c&#233;demment mentionn&#233;, est accompagn&#233; &#171; d'images g&#233;n&#233;r&#233;es par intelligence artificielle repr&#233;sentant des gratte-ciel ultramodernes, des plateformes p&#233;troli&#232;res en mer, des champs d'&#233;nergie solaire, ainsi que divers &#233;l&#233;ments illustrant une vision technocratique standardis&#233;e du progr&#232;s urbain &#187; (Wagner Kate, &#171; The awful plan to turn Gaza into the next Dubai &#187;, The Nation, 9 juillet 2024, je traduis).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[46] Ziadah Rafeef et alii, &#171; Disruptive Geographies and the War on Gaza : Infrastructure and Global Solidarity &#187;, Geopolitics, vol. 39, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[47] Oxfam, Water War Crimes : How Israel has weaponised water in its military campaign in Gaza, 18 juillet 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[48] Zena Agha, &#171; Climate Change, the Occupation, and a Vulnerable Palestine &#187;, Al Shabaka. The Palestinian Policy Network, 26 mars 2019, je traduis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[49] Voir Andreas Malm, Pour la Palestine comme pour la Terre, op. cit., p. 102 et 103.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[50] Sur les conditions de vie inhumaines dans ces camps, voir par exemple le t&#233;moignage de Mohammed, r&#233;fugi&#233; de Rafah dans le camp de Deir al-Balah, dans Amnesty International, &#171; &#8216;You feel like you are subhuman'. Israel's genocide against Palestinians in Gaza &#187;, art. cit., p. 12.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[51] Voir de Yuval Abraham, &#171; A Mass Assassination Factory : Inside Israel's Calculated Bombing of Gaza &#187;, +972 Magazine. Independent Journalism from Israel-Palestine, 30 novembre 2023, et &#171; &#8216;Lavender' : the AI Machine Directing Israel's Bombing Spree in Gaza &#187;, +972 Magazine. Independent Journalism from Israel-Palestine, 3 avril 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[52] Francesca Albanese, &#171; From economy of occupation to economy of genocide. Report of the Special Rapporteur on the situation of human rights in the Palestinian territories occupied since 1967 &#187;, UN Human Rights, juillet 2025, p. 25.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[53] Ibid., p. 256.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[54] Hanna Perekhoda, &#171; La gauche et la question de la d&#233;fense &#187;, Blog de Mediapart, 24 ao&#251;t 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[55] Pierre Charbonnier, Vers l'&#233;cologie de guerre. Une histoire environnementale de la paix, Paris, La D&#233;couverte, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[56] Voir &#224; ce sujet le livre de r&#233;f&#233;rence de Claude Serfati, Le Militaire. Une histoire fran&#231;aise, Paris, Editions Amsterdam, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[57] Comme le r&#233;sume Hanna Perekhoda, &#171; Le militarisme, c'est la guerre comme opportunit&#233; commerciale, motiv&#233;e par le profit capitaliste. C'est aussi placer la guerre au centre et y subordonner toute la soci&#233;t&#233;. La d&#233;fense, c'est la capacit&#233; de la soci&#233;t&#233; &#224; se prot&#233;ger contre les agressions. Et aujourd'hui, alors que les trois plus grandes puissances militaires menacent ouvertement d'envahir d'autres pays &#8211; la Chine veut annexer Ta&#239;wan, les &#201;tats-Unis ont &#233;voqu&#233; celle du Groenland, et la Russie m&#232;ne d&#233;j&#224; une guerre en Ukraine &#8211;, on ne peut pas pr&#233;tendre que le probl&#232;me de la d&#233;fense n'existe pas &#187; (Hanna Perkehoda, &#171; La gauche et la question de la d&#233;fense &#187;, art. cit.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[58] Je d&#233;veloppe des &#233;l&#233;ments de critique de l'ouvrage de Pierre Charbonnier dans mon chapitre, pr&#233;c&#233;demment mentionn&#233;, au sein du livre collectif co-dirig&#233; avec Arnaud Fran&#231;ois-Mansuy, Ecologie et philosophie politiques, &#224; para&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[59] Gilbert Achcar, &#171; Ukraine &#8216;De quelle paix parlons-nous ?'. Entretien avec Gilbert Achcar &#187;, Contretemps, 22 d&#233;cembre 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[60] On trouve des &#233;l&#233;ments de r&#233;ponse g&#233;n&#233;raux dans le m&#234;me entretien de Gilbert Achcar, concernant notamment la diff&#233;rence entre armes offensives et d&#233;fensives, l'objectif d'&#233;viter les crimes de guerre des r&#233;sistances anti-imp&#233;rialistes, et le caract&#232;re proportionn&#233; du soutien militaire ext&#233;rieur &#224; la r&#233;sistance arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[61] Voir notamment Michael L&#246;wy, Etincelles &#233;cosocialistes, Paris, Editions Amsterdam, 2024 et Daniel Tanuro, Ecologie, luttes sociales et r&#233;volution, Paris, La Dispute, 2025. Ces positions sont &#233;galement d&#233;velopp&#233;es dans&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;me Internationale, Manifeste pour une r&#233;volution &#233;cosocialiste &#8211; Rompre avec la croissance capitaliste, 18e Congr&#232;s mondial de la Quatri&#232;me Internationale, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[62] Voir &#224; cet &#233;gard le travail remarquable de Stop Arming Isra&#235;l, et par exemple le rapport qu'il a coordonn&#233;, aux c&#244;t&#233;s du Progressive International, du Palestinian Youth Movement, du conseil francilien du Mouvement de la Paix, de l'AFPS, de l'UJFP, de Droit-solidarit&#233;, d'Attac, de BDS France et de The Ditch, intitul&#233; &#171; Livraison d'armes de la France vers Isra&#235;l : un flux ininterrompu &#187;, 10 juin 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[63] Voir l'International Campaign to Abolish Nuclear Weapons (ICAN) : &lt;a href=&#034;https://www.icanw.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.icanw.org/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[64] CGT Thal&#232;s, &#171; Note d'intention sur le positionnement CGT Thales concernant l'industrie de l'armement &#187;, juin 2024&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[65] Voir par exemple, Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale du travail, &#171; Les projets alternatifs port&#233;s par la CGT &#187;, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[66] Voir notamment Alexis Cukier, &#171; Usines r&#233;cup&#233;r&#233;es et autogestion &#233;cologique. Vers une alternative au capitalisme vert &#187;, Contretemps, 1er avril 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[67] Wim Carton et Andreas Malm, Overshoot, op. cit., p. 97.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[68] Andreas Malm, Pour la Palestine comme pour la Terre. Les ravages de l'imp&#233;rialisme fossile, Paris, La Fabrique, 2025, p. 97&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[69] Adam Hanieh Crude capitalism : oil, corporate power, and the Making of the World Market, Londres, Verso, 2024. Sur la Palestine, voir &#233;galement Adam Hanieh, Robert Knox, Rafeef Ziadah, Resisting Erasure. Capital, Imperialism and Race in Palestine, Londres, Verso, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[70] Pour une analyse militante qui va dans ce sens (et &#224; laquelle j'ai particip&#233;), voir On construit l'alternative, &#171; Palestine, Ukraine, Sahel&#8230;Contre tous les imp&#233;rialismes et colonialismes. Pour l'autod&#233;termination des peuples &#187;, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[71] Karl Marx, Contribution &#224; la critique de la philosophie du droit de Hegel, Paris, Les &#233;ditions sociales, 2018, p. 292.&lt;/p&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>Un nouveau marxisme pour la r&#233;volution &#233;cologique</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Un-nouveau-marxisme-pour-la-revolution-ecologique</link>
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		<dc:date>2025-11-30T12:59:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alexis Cukier, Paul Guillibert</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2025-11-25</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;20 novembre 2025 | tir&#233; de contretemps &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous publions un extrait de l'introduction de D&#233;couvrir le marxisme &#233;cologique paru aux &#201;ditions Sociales en ao&#251;t 2025. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cet ouvrage, les philosophes Alexis Cukier et Paul Guillibert pr&#233;sentent dix textes (dans l'ordre des chapitres de l'ouvrage : Ted Benton, James O'Connor, Maria Mies, Ariel Salleh, John Bellamy Foster, Kohei Saito, Michael L&#246;wy, Andreas Malm, Jason Moore, Alyssa Batistoni) qui permettent de saisir les principaux concepts du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Livres-et-periodiques-" rel="directory"&gt;Livres et p&#233;riodiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2025-11-25-+" rel="tag"&gt;Edition du 2025-11-25&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH144/decouvrir_le_marxisme_ecologique-9841f.png?1764075568' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='144' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;20 novembre 2025 | tir&#233; de contretemps&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous publions un extrait de l'introduction de D&#233;couvrir le marxisme &#233;cologique paru aux &#201;ditions Sociales en ao&#251;t 2025.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet ouvrage, les philosophes Alexis Cukier et Paul Guillibert pr&#233;sentent dix textes (dans l'ordre des chapitres de l'ouvrage : Ted Benton, James O'Connor, Maria Mies, Ariel Salleh, John Bellamy Foster, Kohei Saito, Michael L&#246;wy, Andreas Malm, Jason Moore, Alyssa Batistoni) qui permettent de saisir les principaux concepts du marxisme, ses liens avec d'autres courants, notamment l'&#233;cof&#233;minisme, et ses enjeux politiques actuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'introduction, intitul&#233;e &#171; Un nouveau marxisme pour la r&#233;volution &#233;cologique &#187; pr&#233;sente les principales caract&#233;ristiques du marxisme &#233;cologique &#8211; c'est l'objet de l'extrait ci-dessous, constitu&#233; de ses deux premi&#232;res parties &#8211; puis les d&#233;bats strat&#233;giques qui le traversent et qu'il permet d'&#233;clairer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alexis Cukier et Paul Guillibert, D&#233;couvrir le marxisme &#233;cologique, &#201;ditions Sociales, 2025, 176 p., 12 euros&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La catastrophe est d&#233;j&#224; l&#224;. Partout sur la plan&#232;te, des &#233;cosyst&#232;mes sont au bord de l'effondrement. Les temp&#233;ratures ont augment&#233; si vite que certaines parties de la biosph&#232;re sont d&#233;j&#224; en passe de devenir inhabitables. Alors que la hausse des temp&#233;ratures globales n'a pas encore atteint 1,5 &#176;C par rapport &#224; la p&#233;riode pr&#233;industrielle, les pires sc&#233;narios climatiques sont en train de se r&#233;aliser. Et l'on entend br&#251;ler les feux assourdissants des flammes entretenues par les capitalistes fossiles avec le concours de leurs alli&#233;s n&#233;ofascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, si la r&#233;alit&#233; de la catastrophe est d&#233;sormais incontestable, l'&#233;cologie politique se dispute sur ses causes. Faut-il imputer la crise &#224; des traits anthropologiques fondamentaux de l'esp&#232;ce humaine, son insatiable et &#233;ternel d&#233;sir de consommation ? Faut-il au contraire incriminer des modes de pens&#233;e typiquement modernes ? Ou alors, serait-ce le cumul de choix technologiques inadapt&#233;s qui nous aurait insidieusement conduits &#224; la situation actuelle ? L'&#233;conomie capitaliste serait-elle la principale responsable du d&#233;sastre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rentes approches de l'&#233;cologie politique divergent sur la fa&#231;on de comprendre l'histoire de la catastrophe. Elles proposent des pistes qui, sans &#234;tre toujours contradictoires ou exclusives, n'en mettent pas moins l'accent sur des tendances diff&#233;rentes au sein des soci&#233;t&#233;s modernes. Certains insistent donc sur l'insatiabilit&#233; humaine dont t&#233;moignerait le d&#233;sir effr&#233;n&#233; de consommation, d'autres sur la marchandisation, le productivisme et la croissance. Certains accusent la cosmologie &#171; naturaliste &#187; occidentale ou les technologies modernes, d'autres insistent sur l'histoire coloniale des plantations esclavagistes ou sur la domination conjointe des femmes et de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mobilisations &#233;cologistes elles-m&#234;mes ont adopt&#233; des strat&#233;gies vari&#233;es pour conjurer la catastrophe. Le mouvement &#233;cof&#233;ministe de la Women's Pentagon Action et la lutte paysanne du Larzac ont cibl&#233; l'institution militaire et ses infrastructures nucl&#233;aires. Le mouvement Chipko Andolan en Inde et le Mouvement des sans-terre au Br&#233;sil se battent pour la r&#233;appropriation des conditions naturelles de la vie, c'est-&#224;-dire pour la communaut&#233; de la terre et contre la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. De Standing Rock &#224; Notre-Dame-des- Landes, des activistes se d&#233;fendent contre l'extractivisme et les grands projets inutiles. C'est dans ce panorama th&#233;orique et politique qu'a &#233;merg&#233; le marxisme &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marx, le capital et l'Empire : les trois fondements du marxisme &#233;cologique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marxisme(s) &#233;cologique(s), &#233;comarxisme, green marxism, tous ces termes expriment la volont&#233; de repenser le marxisme dans une perspective &#233;cologique, en rompant avec le productivisme qui a caract&#233;ris&#233; une partie de l'&#339;uvre de Marx et Engels et la tr&#232;s grande majorit&#233; des courants marxistes ult&#233;rieurs. Si l'on voulait dater la naissance de ce courant, la fondation de Capitalism Nature Socialism en 1988, revue &#224; laquelle a particip&#233; la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration d'auteurs &#233;comarxistes importants (James O'Connor, Ted Benton, John Bellamy Foster, Paul Burkett[1] ou encore Ariel Salleh), ferait sans doute une borne chronologique pertinente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En raison de sa diversit&#233; interne, nous pr&#233;f&#233;rons parler de &#171; marxismes &#233;cologiques &#187; au pluriel. Trois &#233;l&#233;ments principaux les distinguent des autres courants de l'&#233;cologie politique. Ces diverses th&#233;ories mat&#233;rialistes : 1) se concentrent sur le r&#244;le du mode de production capitaliste dans la trajectoire &#233;cocidaire des soci&#233;t&#233;s modernes ; 2) se r&#233;clament d'un rapport &#233;troit &#8211; qu'il soit critique ou apolog&#233;tique &#8211; &#224; la pens&#233;e de Marx et 3) d&#233;veloppent des analyses de longue dur&#233;e et &#224; l'&#233;chelle mondiale, impliquant une critique de l'imp&#233;rialisme &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les marxismes &#233;cologiques affirment d'abord que le capitalisme est le principal responsable de la crise &#233;cologique, un constat qui n'est pas unanimement partag&#233; en &#233;cologie politique. &#192; la diff&#233;rence des pens&#233;es de la d&#233;croissance, par exemple, les marxismes &#233;cologiques d&#233;fendent que les tendances au d&#233;veloppement infini de l'&#233;conomie et au d&#233;passement des limites plan&#233;taires ne sont pas d'abord li&#233;es &#224; une croissance de la demande de consommation mais &#224; un syst&#232;me de production fond&#233; sur l'accumulation de capital. La reproduction cyclique de crises de surproduction est bien le sympt&#244;me que le probl&#232;me &#233;cologique du capitalisme n'est pas r&#233;ductible &#224; l'augmentation de la demande en consommation (cf. chap. 2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'ont fort bien montr&#233; l'&#233;conomiste d&#233;croissant Timoth&#233;e Parrique ou le philosophe &#233;comarxiste Kohei Saito (cf. chap. 6), marxisme &#233;cologique et d&#233;croissance peuvent avancer main dans la main, &#224; condition de reconna&#238;tre que la d&#233;croissance de la consommation globale de mati&#232;re et d'&#233;nergie n'est pas l'objectif principal. La finalit&#233; strat&#233;gique de l'&#233;comarxisme, c'est le d&#233;passement du capitalisme, en d'autres termes, le communisme. La d&#233;croissance de la consommation globale de mati&#232;re et d'&#233;nergie est l&#233;gitime &#224; condition de s'inscrire dans une strat&#233;gie anticapitaliste de bifurcation &#233;cologique. Le marxisme &#233;cologique &#233;largit ainsi la d&#233;finition marxiste du capitalisme comme un syst&#232;me fond&#233; non seulement sur l'accumulation infinie de la valeur par la vente de marchandises pour le profit par l'exploitation du travail salari&#233;, mais aussi sur l'appropriation gratuite et illimit&#233;e des forces naturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'encontre, cette fois, des approches qui insistent sur le r&#244;le du d&#233;veloppement technique dans la trajectoire &#233;cocidaire des soci&#233;t&#233;s modernes, les marxismes &#233;cologiques montrent que ce d&#233;veloppement est inscrit dans la logique de la valorisation capitaliste. Il est vrai que les &#233;comarxistes ont parfois tendance &#224; minorer le r&#244;le des controverses scientifiques, des conflits technopolitiques et des logiques proprement technologiques dans l'instauration de rapports d&#233;pr&#233;dateurs &#224; l'environnement. N&#233;anmoins, leur r&#233;ponse g&#233;n&#233;rale aux approches techno-centr&#233;es consiste &#224; d&#233;montrer la corr&#233;lation forte entre devenir technique des soci&#233;t&#233;s modernes et logique de l'accumulation du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard, le travail d'Andreas Malm, chercheur en &#233;cologie humaine, nous semble fondamental (cf. chap. 8). En prouvant que l'adoption de la machine &#224; vapeur aliment&#233;e au charbon &#233;tait li&#233;e &#224; l'histoire de la lutte des classes dans le capitalisme anglais du XIXe si&#232;cle, il a montr&#233; que la technique &#233;tait impensable sans l'&#233;conomie. Cela a permis de r&#233;inscrire la comp&#233;tition technologique dans la loi de la concurrence capitaliste, et de montrer qu'il n'est pas possible de comprendre le moteur des innovations techniques responsables des d&#233;sastres environnementaux ind&#233;pendamment des rapports sociaux au sein desquels elles &#233;mergent. La place des forces naturelles dans le processus de production capitaliste a &#233;galement eu une grande importance dans ces d&#233;bats d'&#233;conomie politique, comme le synth&#233;tise le texte d'Alyssa Battistoni sur le &#171; travail de la nature &#187; (cf. chap. 10).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des controverses qui structure le champ du marxisme &#233;cologique et qui constitue son deuxi&#232;me &#233;l&#233;ment constitutif porte sur l'&#233;cologisme de Marx et d'Engels. On pourrait sch&#233;matiser cette controverse en affirmant que deux positions antagonistes s'y sont exprim&#233;es. La premi&#232;re &#8211; d&#233;velopp&#233;e notamment par Ted Benton (cf. chap. 1) ou James O'Connor (cf. chap. 2) &#8211; consid&#232;re que la pens&#233;e de Marx et Engels est profond&#233;ment structur&#233;e par une forme de productivisme. Certains textes marxiens sur le r&#244;le des machines dans les Grundrisse t&#233;moigneraient par exemple d'une adh&#233;sion sans faille &#224; l'id&#233;al du d&#233;veloppement humain par l'innovation technique et l'augmentation de la productivit&#233; industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre approche, port&#233;e par des auteurs comme Paul Burkett, John B. Foster (cf. chap. 5) ou Kohei Saito (cf. chap. 6) insiste au contraire sur la dimension &#233;cologiste de la pens&#233;e marxienne, allant jusqu'&#224; affirmer qu'on pourrait y trouver une pens&#233;e &#233;cologiste syst&#233;matique. Ces auteurs se sont int&#233;ress&#233;s en particulier &#224; l'usage par Marx des sciences naturelles &#8211; la g&#233;ographie de Karl Fraas et l'agronomie de Justus Liebig notamment &#8211; et &#224; sa formulation du concept de perturbation ou de &#171; rupture du m&#233;tabolisme entre les soci&#233;t&#233;s et la nature &#187; dans Le Capital. Ces concepts marqueraient, selon eux, une rupture historique irr&#233;versible dans l'&#339;uvre de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce d&#233;bat, il nous semble que les positions les plus caricaturales ont &#233;t&#233; tenues et qu'il convient plut&#244;t d'&#233;chapper &#224; l'id&#233;e que Marx aurait &#233;t&#233; un &#171; ange vert &#187; ou un &#171; d&#233;mon productiviste &#187;, pour reprendre les mots de Daniel Bensa&#239;d. C'est la perspective adopt&#233;e par Timoth&#233;e Haug dans sa th&#232;se de doctorat intitul&#233;e La rupture &#233;cologique dans l'&#339;uvre de Marx : analyse d'une m&#233;tamorphose inachev&#233;e du paradigme de la production. L'auteur d&#233;montre que Marx a amorc&#233; une transformation radicale du paradigme productiviste qu'il d&#233;fendait dans ses premi&#232;res ann&#233;es &#8211; paradigme h&#233;rit&#233; notamment de Hegel &#8211;, mais que cette transformation inachev&#233;e laisse en place des sch&#232;mes productivistes jusqu'&#224; la fin de son &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait donc penser, dans le corpus marxien, un abandon progressif du productivisme au profit de l'&#233;cologisme et, en m&#234;me temps, une tension persistante entre productivisme et &#233;cologisme. L'id&#233;e centrale de Haug est que cette &#233;volution des rapports de Marx &#224; la nature est li&#233;e &#224; la coexistence de conceptions antagonistes de l'&#233;mancipation dans son &#339;uvre : une &#233;mancipation vis-&#224;-vis du travail qui suppose le d&#233;veloppement de la production industrielle et du machinisme chez le premier Marx ; une &#233;mancipation dans le travail qui suppose la r&#233;appropriation collective des t&#226;ches de subsistance chez le second Marx et qui introduit une rupture, partielle, avec les sch&#232;mes productivistes du premier Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier &#233;l&#233;ment caract&#233;ristique du marxisme &#233;cologique rel&#232;ve d'une attention particuli&#232;re aux logiques imp&#233;riales-coloniales dans la trajectoire &#233;cocidaire du capitalisme sur la longue dur&#233;e. C'est la raison pour laquelle l'histoire environnementale joue un r&#244;le si important dans le d&#233;veloppement des marxismes &#233;cologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;tudes de l'anthropologue Alf Hornborg sur les &#171; &#233;changes &#233;cologiques in&#233;gaux &#187; ou encore le concept d'&#171; &#233;cologie-monde &#187; de Jason W. Moore (cf. chap. 9) en t&#233;moignent. Comme l'ont montr&#233; John B. Foster et Brett Clark, cette critique de l'&#171; imp&#233;rialisme &#233;cologique &#187; trouve son origine dans les &#233;crits de Marx, notamment dans des textes sur l'Irlande et le P&#233;rou. Marx analyse comment, apr&#232;s avoir appauvri les sols de l'Angleterre, la puissance coloniale en est venue &#224; piller les sols irlandais et &#224; s'approprier les engrais naturels du P&#233;rou, et sugg&#232;re ainsi que la logique du capital conduit &#224; une mondialisation de la crise &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons fait le choix d'inscrire les travaux &#233;cof&#233;ministes de Maria Mies et de l'&#171; &#233;cole de Bielefeld &#187; sur la division sexuelle et internationale du travail (cf. chap. 3) dans l'histoire des marxismes &#233;cologiques. Si ces autrices ne se sont jamais d&#233;finies comme des &#233;comarxistes, il nous a sembl&#233; n&#233;anmoins pertinent de les int&#233;grer &#224; cette anthologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, parce qu'elles partagent certaines des caract&#233;ristiques de ce champ : le &#171; f&#233;minisme de la subsistance &#187; (pour reprendre une expression de Genevi&#232;ve Pruvost), co-fond&#233; par Maria Mies, Veronika Bennholdt-Thomsen et Claudia von Werlhof, fait bien du patriarcat capitaliste et de la division sexuelle du travail la cause fondamentale de la catastrophe environnementale ; ces autrices &#233;tablissent &#224; cet &#233;gard un dialogue &#233;troit, bien que critique, avec la pens&#233;e de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, leur travail a eu une influence d&#233;cisive sur le marxisme &#233;cologique, comme en t&#233;moignent les textes de James O'Connor ou de Jason W. Moore qu'on pourra lire dans ce recueil. Les m&#234;mes arguments nous ont conduits &#224; int&#233;grer des textes de l'&#233;cof&#233;ministe socialiste Ariel Salleh (cf. chap. 4) : son r&#244;le dans la cr&#233;ation de l'importante revue &#233;comarxiste &#233;tats-unienne Capitalism Nature Socialism et dans les d&#233;bats de l'&#233;poque lui donne une place remarquable dans la constitution de ce champ. Il nous semblait &#233;galement important de montrer la proximit&#233;, et la distance, entre le marxisme &#233;cologique et certains courants mat&#233;rialistes de l'&#233;cof&#233;minisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contraints d'arbitrer des choix difficiles lors de la composition de ce recueil, nous avons privil&#233;gi&#233; des extraits universitaires[2], dont certains sont in&#233;dits en fran&#231;ais, pour donner &#224; lire la grande diversit&#233; conceptuelle et la f&#233;condit&#233; th&#233;orique des marxismes &#233;cologiques. Mais ces derniers ne sont pas seulement un courant acad&#233;mique, ils se pr&#233;sentent aussi, d&#233;sormais, comme une tentative de renouveler le marxisme pour intervenir dans les d&#233;bats strat&#233;giques contemporains&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Notes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;[1] Paul Burkett (1956-2024), &#233;conomiste &#233;tats-unien et pion- nier de la lecture &#233;cologiste de Marx, est l'un des th&#233;oriciens &#233;comarxistes majeurs que nous n'avons pas pu inscrire dans la table des mati&#232;res de cet ouvrage, en raison de son format.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Un ouvrage de synth&#232;se sur le marxisme &#233;cologique, pr&#233;sentant une histoire compl&#232;te et une analyse tr&#232;s utile, sera bient&#244;t disponible en fran&#231;ais. Voir Marius Bickhardt, Gauthier Delozi&#232;re et Cannelle Gignoux, Le marxisme &#233;cologique, Paris, La D&#233;couverte, &#224; para&#238;tre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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