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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>La gauche &#224; l'&#232;re de l'hyperpolitique</title>
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		<dc:date>2026-01-20T07:56:38Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Diogo Machado</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2026-01-20</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;bats</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le temps de l'apathie politique est r&#233;volu. Dans cet article empreint d'optimisme, Diogo Machado explore le terme &#171; hyperpolitique &#187;, propos&#233; par Anton J&#228;ger, pour tenter de comprendre comment la relation &#224; la participation dans la soci&#233;t&#233; a &#233;volu&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; d'Inprecor 15 janvier 2026 par Diogo Machado | Photo : &#169; Johan Jacobs &lt;br class='autobr' /&gt;
La fin de la guerre froide a entra&#238;n&#233; un long hiver de torpeur politique marqu&#233; par le consensus n&#233;olib&#233;ral, dans lequel la souverainet&#233; populaire, la dispute (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Debats-138-" rel="directory"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2026-01-20-+" rel="tag"&gt;Edition du 2026-01-20&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH119/capture_d_e_cran_le_2026-01-20_a_08.39_36-3f627.png?1781425017' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='119' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le temps de l'apathie politique est r&#233;volu. Dans cet article empreint d'optimisme, Diogo Machado explore le terme &#171; hyperpolitique &#187;, propos&#233; par Anton J&#228;ger, pour tenter de comprendre comment la relation &#224; la participation dans la soci&#233;t&#233; a &#233;volu&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://inprecor.fr/la-gauche-lere-de-lhyperpolitique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Inprecor&lt;/a&gt; 15 janvier 2026 par Diogo Machado | Photo : &#169; Johan Jacobs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin de la guerre froide a entra&#238;n&#233; un long hiver de torpeur politique marqu&#233; par le consensus n&#233;olib&#233;ral, dans lequel la souverainet&#233; populaire, la dispute id&#233;ologique et la notion d'alternative ont &#233;t&#233; &#233;limin&#233;es. Cependant, la crise de 2008 a mis fin &#224; cette passivit&#233; r&#233;sign&#233;e des masses, aujourd'hui plus dispos&#233;es &#224; se r&#233;volter. Cela s'est traduit par la mont&#233;e de mouvements contestataires tels que &#171; 15-M &#187;, &#171; Occupy Wall Street &#187; ou &#171; Que se lixe a Troika ! &#187; (que la Troika aille se faire voir) ainsi que par l'&#233;mergence de partis populistes de gauche et d'extr&#234;me droite, qui remobilisent l'&#233;lectorat autour de messages qui remettent en cause le statu quo (sous des formes diverses, certes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;sormais le sentiment que l'apathie politique a pris fin. Les gens sont plus concern&#233;s par la politique qu'ils ne l'ont &#233;t&#233; depuis des d&#233;cennies. Il s'agit d'un ph&#233;nom&#232;ne nouveau, qu'Anton J&#228;ger a qualifi&#233; d'&#171; hyperpolitique &#187;1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'anatomie d'un concept&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J&#228;ger oppose l'hyperpolitique au concept de &#171; post-politique &#187;, apparu au d&#233;but des ann&#233;es 80 apr&#232;s la contre-r&#233;volution n&#233;olib&#233;rale. Le c&#339;ur de cette id&#233;ologie consiste &#224; dissocier l'&#233;conomie de march&#233; de l'influence politique et d&#233;mocratique. Elle trouve son ancrage dans une nouvelle configuration de l'&#233;conomie politique &#8211; la suppression des barri&#232;res au commerce international, la libre circulation des capitaux, la lib&#233;ralisation du secteur financier, la diminution des capacit&#233;s de l'&#201;tat &#8211; qui prive effectivement les pouvoirs publics des instruments et des moyens n&#233;cessaires pour faire des choix politiques. En d'autres termes, J&#228;ger affirme qu'il n'y a plus de d&#233;lib&#233;ration sur la mani&#232;re de r&#233;partir le surplus produit par la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire de l'individualisme n&#233;olib&#233;ral cr&#233;e une s&#233;paration entre la sph&#232;re publique et la sph&#232;re priv&#233;e, les gens ordinaires &#233;tant rel&#233;gu&#233;s dans la seconde et la premi&#232;re &#233;tant laiss&#233;e aux politiciens de carri&#232;re, qui disputent des politiques technocratiques dans le cadre d'un m&#234;me consensus id&#233;ologique, o&#249; paradoxalement la notion m&#234;me d'id&#233;ologie est &#233;limin&#233;e. La politique devient une chose lointaine, r&#233;serv&#233;e aux sp&#233;cialistes, qui n'a que peu de rapport avec la vie des gens, tandis que le travail, la consommation et les cercles relationnels intimes encapsulent la libido, dans une vie individualis&#233;e et d&#233;connect&#233;e des organisations collectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hyperpolitique est une r&#233;insertion de la politique dans la soci&#233;t&#233; : si auparavant rien n'&#233;tait politique, aujourd'hui tout est (hyper)politique. C'est un retour de la participation politique, qui ne se fait toutefois pas selon les mod&#232;les traditionnels. Cela diff&#232;re par exemple beaucoup de l'&#232;re de la politique de masse qui a pr&#233;c&#233;d&#233; la post-politique, lorsque la politique impr&#233;gnait et influen&#231;ait la mani&#232;re dont les gens se situaient dans la totalit&#233; sociale, marqu&#233;e par une participation engag&#233;e et durable &#224; des organisations collectives (partis, syndicats, associations, mouvements religieux).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'hyperpolitique, le politique redevient omnipr&#233;sent : l'int&#233;r&#234;t pour la politique revient, visible dans l'augmentation de la participation &#233;lectorale et dans la place centrale des discussions politiques dans les relations interpersonnelles ; les plateformes num&#233;riques regorgent d&#233;sormais de contenus politiques format&#233;s pour tous les go&#251;ts ; des mouvements de contestation tels que Black Lives Matter, QAnon, la solidarit&#233; avec la Palestine, &#233;clatent partout, prenant parfois une ampleur massive, mais ils naissent aussi vite qu'ils meurent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J&#228;ger note que ce nouvel engagement politique est nettement individualis&#233; et de courte dur&#233;e. Nous ne voyons pas les associations, les syndicats et les partis regagner des adh&#233;rent.e.s. En revanche ; le politique appara&#238;t comme un &#233;l&#233;ment important dans la d&#233;finition de la biographie et l'autorepr&#233;sentation de l'individu. Les activistes num&#233;riques, les discussions politiques en ligne, la participation ponctuelle &#224; des manifestations ou &#224; des mouvements sans adh&#233;sion &#224; des organisations se multiplient. J&#228;ger appelle cela &lt;a href=&#034;https://newleftreview.org/sidecar/posts/political-instincts&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une forme &#171; basse &#187; de politique&lt;/a&gt; : peu co&#251;teuse, de courte dur&#233;e, avec de faibles barri&#232;res &#224; l'entr&#233;e et encore moins &#224; la sortie. Il r&#233;sume ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le r&#233;sultat est une curieuse reprise en forme de K : alors que l'&#233;rosion de la vie civique organis&#233;e progresse rapidement, la sph&#232;re publique occidentale est de plus en plus sujette &#224; des cas sporadiques de troubles et de controverses &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hyperpolitique traduit &#233;galement la logique du nouvel espace dominant de l'engagement politique : le num&#233;rique. La relation politique est atomis&#233;e, imm&#233;diate, visuelle et tr&#232;s charg&#233;e &#233;motionnellement. J&#228;ger &lt;a href=&#034;https://jacobin.com/2022/02/from-post-politics-to-hyper-politics&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ajoute que&lt;/a&gt; &lt;i&gt;&#171; notre nouvelle hyperpolitique se distingue &#233;galement par l'accent particulier qu'elle met sur les comportements individuels, par un moralisme permanent et par son incapacit&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir aux dimensions collectives de la lutte. [&#8230;] une &#233;thique asc&#233;tique qui impose des normes tr&#232;s rigoureuses dans les relations interpersonnelles, une observation stricte des convenances et un abstentionnisme libertin &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle d&#233;bouche, au fond, sur une action politique incons&#233;quente, dans une sorte de d&#233;sublimation r&#233;pressive d'une libido frustr&#233;e dans les d&#233;combres du consensus n&#233;olib&#233;ral. C'est une illusion de participation qui laisse intactes les relations de pouvoir qui organisent la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vainqueurs et vaincus&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La repolitisation en cours est ambivalente. D'une part, elle ouvre des br&#232;ches, &#233;tant clairement un sympt&#244;me de l'&#233;puisement du consensus n&#233;olib&#233;ral et d'un fort m&#233;contentement populaire qui cherche un vecteur politique ; d'autre part, elle est de faible densit&#233; id&#233;ologique (et m&#234;me nettement moraliste dans sa forme), m&#233;diatis&#233;e par des algorithmes, d&#233;sengag&#233;e et r&#233;tive &#224; l'action collective. Mais certains en ont tir&#233; profit : si le moment du populisme de gauche a &#233;t&#233; bref, c'est jusqu'&#224; pr&#233;sent l'extr&#234;me droite qui aura eu le plus de succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.versobooks.com/products/2934-the-populist-moment?srsltid=AfmBOor2BbC1ugogs5aHzgA1hfQoEf5_BzrLOSRRg6iW_WJbWMECLOpB&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dans un autre ouvrage&lt;/a&gt;, J&#228;ger lui-m&#234;me (en collaboration avec Arthur Borriello) s'interroge sur les causes du caract&#232;re &#233;ph&#233;m&#232;re du populisme de gauche qui est apparu apr&#232;s la crise avec une force dont on a suppos&#233; qu'elle pourrait le mener &#224; gouverner dans plusieurs pays occidentaux . &#201;mergeant presque toujours apr&#232;s des manifestations de contestation sociale de masse, ces partis avaient la t&#226;che difficile d'&#171; organiser une soci&#233;t&#233; d&#233;sorganis&#233;e &#187; (ou atomis&#233;e). Ce faisant, ils ont fini par reproduire la (d&#233;s)organisation du cadre social dont ils &#233;taient issus, &#233;tant, presque sans exception, des partis centralis&#233;s autour d'une figure charismatique, avec un militantisme peu intensif et fortement num&#233;rique, et orient&#233;s vers l'activit&#233; &#233;lectorale et m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils diagnostiquent ainsi trois raisons &#224; l'&#233;chec de cette gauche : i) la personnalisation, qui rend le destin du parti tributaire de la popularit&#233; de son leader ; ii) la priorit&#233; accord&#233;e au num&#233;rique, qui permet de mobiliser les &#233;lecteurs &#224; court terme, mais ne se transforme pas en militantisme durable et id&#233;ologiquement dense ; iii) des structures militantes fragiles, o&#249; un pr&#233;tendu horizontalit&#233; cache une concentration de facto du pouvoir au sommet, qui permet une action rapide, mais ne tient pas compte de l'organisation de base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, la th&#233;orie de J&#228;ger arrive &#224; une impasse et semble contredire la th&#232;se de l'hyperpolitique. Ne s'agit-il pas l&#224; des caract&#233;ristiques de la politique du pass&#233; ? Si oui, comment ces facteurs expliquent-ils l'&#233;chec de la gauche ? &#201;tant donn&#233; qu'il s'agit de caract&#233;ristiques communes aux nouveaux partis d'extr&#234;me droite, pourquoi ont-elles eu un impact diff&#233;rent sur les deux familles politiques, c'est-&#224;-dire pourquoi l'extr&#234;me droite a-t-elle beaucoup plus de succ&#232;s &#233;lectoral ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ambigu&#239;t&#233;s et hypoth&#232;ses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe &#233;videmment des facteurs mat&#233;riels d&#233;terminants, notamment le soutien d'importantes fractions du capital &#224; l'extr&#234;me droite, ainsi que le fait que les r&#233;seaux sociaux et la t&#233;l&#233;vision soient structurellement favorables &#224; son message, des questions d&#233;j&#224; abord&#233;es dans d'autres num&#233;ros de notre revue. Il existe &#233;galement une continuit&#233; id&#233;ologique entre le n&#233;olib&#233;ralisme et le fascisme : la d&#233;connexion de la gouvernance politique et &#233;conomique de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, avant de nous laisser aller &#224; des explications conventionnelles, nous devons souligner que l'hyperpolitique ne cherche pas &#224; englober l'ensemble du fonctionnement de la soci&#233;t&#233;, ni &#224; d&#233;signer une nouvelle &#233;tape du capitalisme. Il s'agit plut&#244;t de la description d'un nouveau r&#233;gime d'engagement politique, m&#234;me si celui-ci repose &#233;videmment sur une base mat&#233;rielle. La question ici n'est pas d'expliquer le succ&#232;s de l'extr&#234;me droite en g&#233;n&#233;ral, mais plut&#244;t quelles seront les conditions de succ&#232;s dans ce nouveau r&#233;gime, en ce qui concerne les aspects de l'action (partisane) qui s'y rapportent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une critique du livre de J&#228;ger sur l'hyperpolitique (pour l'instant uniquement disponible &lt;a href=&#034;https://www.suhrkamp.de/buch/anton-jaeger-hyperpolitik-t-9783518127971&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en allemand&lt;/a&gt; 1-), Oliver Eagleton (2)&#233;voque pr&#233;cis&#233;ment le fait que ce concept a du mal &#224; expliquer le succ&#232;s in&#233;gal de la gauche radicale et de l'extr&#234;me droite, qui a priori seraient toutes deux &#233;galement candidates &#224; capitaliser sur le &#171; r&#233;servoir de m&#233;contentement &#187; contemporain. Il avance ainsi une s&#233;rie d'arguments qui m&#233;ritent d'&#234;tre pris en consid&#233;ration2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, l'ambition programmatique de l'extr&#234;me droite est relativement plus modeste, compatible avec les rapports sociaux de production en place et avec le syst&#232;me institutionnel, m&#234;me si elle cherche &#224; le d&#233;former dans un sens autoritaire et vers une s&#233;paration juridique entre ceux qu'elle d&#233;signe comme &#171; natifs &#187; et &#171; les &#233;trangers &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, bien qu'elle revendique la construction d'une conception de la communaut&#233; nationale (traditionaliste, autochtone, homog&#232;ne et exclusive), elle ne fait rien dans la pratique pour inverser les tendances &#224; l'atomisation et &#224; l'individualisation caract&#233;ristiques de la soci&#233;t&#233; de march&#233; ; au contraire, elle les accentue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, le soutien des classes et des institutions bourgeoises mentionn&#233; ci-dessus, ainsi que l'existence, dans certains contextes, d'appareils &#233;tatiques qui fonctionnent d&#233;j&#224; selon une logique quasi fasciste (par exemple, la police et la justice), accordent &#224; l'extr&#234;me droite un luxe dont la gauche ne dispose pas : la possibilit&#233; d'utiliser les institutions de l'&#233;lite pour r&#233;aliser son programme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;mement, le message biopolitique du post-fascisme trouve un &#233;cho aupr&#232;s des secteurs pr&#233;caires ou en d&#233;clin social de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; &#192; mesure que les distinctions de classe entre les classes inf&#233;rieures commencent &#224; s'estomper sous l'effet de l'inflation et de l'aust&#233;rit&#233;, les gens se tournent vers l'&#201;tat pour les r&#233;affirmer, prot&#233;geant les groupes favoris&#233;s au d&#233;triment des marginalis&#233;s. Des fronti&#232;res rigidifi&#233;es sont d&#233;sormais consid&#233;r&#233;es comme une protection n&#233;cessaire contre la perspective de l'appauvrissement : non seulement une barri&#232;re physique, mais aussi un instrument taxonomique &#224; m&#234;me de renforcer les hi&#233;rarchies traditionnelles de race et de genre &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle diversit&#233; de facteurs souligne &#224; la fois l'insuffisance et la puissance explicative de l'hyperpolitique. Il est clair qu'il existe des dimensions importantes en dehors de celles qui sont prises en compte par la th&#233;orie, m&#234;me si son objectif n'est pas d'expliquer la totalit&#233;, comme cela a &#233;t&#233; dit pr&#233;c&#233;demment. Mais il est &#233;galement &#233;vident que certaines caract&#233;ristiques ne deviennent politiquement utiles que dans le contexte cr&#233;&#233; par l'hyperpolitique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, la faible densit&#233; du programme et son manque d'ambition, associ&#233;s &#224; une hyperactivit&#233; communicationnelle et &#224; une intensit&#233; esth&#233;tique, sont en phase avec le type de relation politique dominante, pour citer le sous-titre du livre de J&#228;ger, &#171; une politisation extr&#234;me sans cons&#233;quences politiques &#187;. Il en va de m&#234;me pour le discours de l'extr&#234;me droite, fond&#233; sur la division et les arguments moralistes (par exemple, la d&#233;linquance et la paresse). L'extr&#234;me droite n'exige pas de ses &#233;lecteurs un engagement durable, une identification partag&#233;e ou la construction de solidarit&#233;s &#8211; sa vision du monde est parfaitement compatible avec une organisation individualiste de la soci&#233;t&#233; dans laquelle seul le vote occasionnel est sollicit&#233; de la part du &#171; bouffon &#187;, comme une expression spasmodique de col&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;sob&#233;issance aux normes sociales et politiques, ainsi que le recours permanent au choc et &#224; la pol&#233;mique, lui permettent de rester &#224; flot dans un r&#233;gime de circulation fr&#233;n&#233;tique et hautement &#233;motionnelle de l'information, ce qui lui permet &#233;galement de capitaliser sur le bouillon de d&#233;sespoir et de ressentiment ferment&#233; par un syst&#232;me discr&#233;dit&#233; &#8211; une sorte d'esth&#233;tique de la r&#233;bellion qui masque l'alignement programmatique presque total de l'extr&#234;me droite sur le statu quo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre qu'e dans un autre contexte culturel, cette extr&#234;me droite n'aurait pas r&#233;ussi &#224; s'en sortir aussi bien, m&#234;me avec des conditions mat&#233;rielles favorables identiques. On peut se demander si elle est le produit ou plut&#244;t la cr&#233;atrice de l'hyperpolitique &#8211; la vieille question de l'&#339;uf et de la poule. Mais il semble incontestable qu'elle en est la championne et que son succ&#232;s d&#233;coule de son adaptation au moment culturel dominant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche n'est donc pas dans les m&#234;mes conditions pour tirer parti de cette nouvelle &#232;re. Elle ne peut renoncer &#224; des programmes ambitieux de transformation sociale, &#224; l'organisation collective et au d&#233;passement de l'individualisme. La premi&#232;re vague de partis populistes de gauche a montr&#233; les limites d'une &#171; hyperpolitisation &#187; compl&#232;te de la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il existe une dimension esth&#233;tique qui reste &#224; explorer. Comment pouvons-nous combiner des organisations solides avec un discours galvanisant ? Comment pouvons-nous combiner des programmes s&#233;rieux avec un message pol&#233;mique autour duquel les d&#233;bats s'articuleront ? Comment pouvons-nous gagner les subjectivit&#233;s par-del&#224; l'argumentation rationnelle avec des formes discursives vari&#233;es plus imm&#233;diatement accessibles et d'ordre esth&#233;tique ? Comment pouvons-nous d&#233;sublimer la libido frustr&#233;e du consensus n&#233;olib&#233;ral de mani&#232;re non r&#233;pressive, en canalisant cette col&#232;re avec un message radical, mais vers un projet (pro)positif ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste &#224; cartographier une psychopolitique des temps nouveaux, mais l'hyperpolitique est une excellente porte d'entr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Janvier 2026. Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l'aide de Deeplpro. Source - &lt;a href=&#034;https://redeanticapitalista.net/a-esquerda-na-era-da-hiperpolitica/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Anticapitalista&lt;/a&gt; #84.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. &#171; Hyperpolitik : Extreme Politisierung ohne politische Folgen &#187; (une politisation extr&#234;me sans cons&#233;quences politiques) Suhrkamp, 2023.&lt;br class='autobr' /&gt;
2. &lt;a href=&#034;https://www.theideasletter.org/essay/beyond-hyperpolitics/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.theideasletter.org/essay/beyond-hyperpolitics/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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