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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Slavery and capitalism. A new marxist history de David McNally</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Slavery-and-capitalism-A-new-marxist-history-de-David-McNally</link>
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		<dc:date>2026-02-24T11:36:35Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anouk Essyad</dc:creator>


		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2026-02-24</dc:subject>

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&lt;p&gt;L'ouvrage r&#233;cemment paru de l'historien et membre du comit&#233; de r&#233;daction de la revue Spectre David McNally revient sur les liens entre capitalisme, esclavage et racisme (1). Il approfondit des d&#233;bats et des analyses existantes et en tire des le&#231;ons, comme historien, mais aussi comme militant. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; d'Afrique en lutte &lt;br class='autobr' /&gt;
L'ouvrage renvoie explicitement &#224; la recherche classique men&#233;e par l'historien Eric Williams (2), qui analysait la mani&#232;re dont l'esclavage transatlantique a particip&#233; &#224; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L103xH150/capture_d_e_cran_le_2026-02-23_a_20.08_20-03280.png?1771933013' class='spip_logo spip_logo_right' width='103' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'ouvrage r&#233;cemment paru de l'historien et membre du comit&#233; de r&#233;daction de la revue Spectre David McNally revient sur les liens entre capitalisme, esclavage et racisme (1). Il approfondit des d&#233;bats et des analyses existantes et en tire des le&#231;ons, comme historien, mais aussi comme militant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://www.afriquesenlutte.org/communiques-luttes-et-debats/livres-etudes-debats/article/slavery-and-capitalism-a-new-marxist-history&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Afrique en lutte&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrage renvoie explicitement &#224; la recherche classique men&#233;e par l'historien Eric Williams (2), qui analysait la mani&#232;re dont l'esclavage transatlantique a particip&#233; &#224; la fondation m&#234;me du capitalisme. Ancr&#233; dans une d&#233;marche d'histoire &#233;conomique, Williams montrait que l'industrialisation du Royaume-Uni a &#233;t&#233; rendue possible par la d&#233;portation et l'asservissement de millions d'Africain&#183;es, &#233;tablissant de mani&#232;re implacable l'ancrage colonial et racial de cette premi&#232;re accumulation primitive du capital (3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans Les damn&#233;s de la terre, r&#233;dig&#233; en pleine guerre de lib&#233;ration alg&#233;rienne, Frantz Fanon renouvelait d'ailleurs cette analyse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les d&#233;portations, les massacres, le travail forc&#233;, l'esclavagisme ont &#233;t&#233; les principaux moyens utilis&#233;s par le capitalisme pour augmenter ses r&#233;serves d'or et de diamants, ses richesses et pour &#233;tablir sa puissance. [&#8230;] La richesse des pays imp&#233;rialistes est aussi notre richesse. [&#8230;] L'Europe est litt&#233;ralement la cr&#233;ation du tiers monde &#187; (4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'esclavage &#233;tait du quotidien pour les Anglais du 18e si&#232;cle &#187; (5), &#233;crivait quant &#224; lui Williams, qui insistait sur la mani&#232;re dont les rapports sociaux coloniaux et esclavagistes impr&#232;gnent aussi la m&#233;tropole. Plus concr&#232;tement, en suivant le capital, il montrait que les b&#233;n&#233;fices de la production de canne &#224; sucre ont &#233;t&#233; investis dans la fondation d'un nombre important de banques anglaises, dans les compagnies assurances naissantes, ou encore dans l'industrie lourde, jusqu'&#224; financer &#171; par la voie la plus directe &#187; le d&#233;veloppement de la machine &#224; vapeur6, essentielle dans la premi&#232;re industrialisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;David McNally fait sien l'argument selon lequel le capitalisme est tout entier fa&#231;onn&#233; sur ce rapport colonial et esclavagiste. Les longs processus de transformation capitalistique des structures sociales &#8211; les privatisation des terres, la d&#233;structuration des communaut&#233;s locales, l'abolition des corporations de travail, et surtout l'entr&#233;e contrainte des classes populaires europ&#233;ennes dans le r&#233;gime du salariat &#8211; tous ces processus ont comme matrice un rapport social colonial et esclavagiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;McNally repart donc implicitement de ce point de d&#233;part : le capitalisme est produit ou construit par des rapports coloniaux, esclavagistes et raciaux. Mais tout l'apport de son livre est de prolonger cette analyse et d'en tirer des cons&#233;quences, comme historien et comme militant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La plantation comme la matrice du capitalisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prolongement est le suivant : une certaine tradition marxiste, tout en reconnaissant l'importance historique de cette premi&#232;re accumulation de capital, a relativis&#233; l'impact de cette p&#233;riode esclavagiste sur la forme des rapports sociaux capitalistes. Autrement dit, cette tradition estime que cette longue s&#233;quence esclavagiste constituerait simplement un pr&#233;lude &#224; l'&#233;tablissement du capitalisme. Dans une vision tr&#232;s lin&#233;aire et caricaturale d'une succession de modes de production qui ne pourraient coexister, ils et elles estiment donc que les rapports sociaux esclavagistes seraient pr&#233;capitalistes et n'auraient, pour le dire rapidement, rien &#224; voir avec notre modernit&#233; capitaliste. McNally r&#233;cuse ces positions de plusieurs mani&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, en analysant le fonctionnement des plantations &#8211; notamment les comptabilit&#233;s tenues par les planteurs, mais aussi les manuels publi&#233;s &#224; leur destination &#8211; il montre qu'aux 18 et 19e si&#232;cles, l'organisation du travail anticipe celle des fabriques &#224; venir. Le labeur, est millim&#233;tr&#233;, chronom&#233;tr&#233;, optimis&#233;, calcul&#233; ; surtout, il observe &#171; la standardisation des t&#226;ches, la r&#233;glementation du travail, l'imposition d'une discipline de temps &#187; (7). Ainsi, la plantation engendre une abstraction de la force de travail des personnes esclavagis&#233;es :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le m&#234;me travail sera accompli dans le m&#234;me laps de temps par tous les membres d'un m&#234;me groupe de travail, ind&#233;pendamment des diff&#233;rences de taille, de force, d'&#226;ge, de sexe, de dext&#233;rit&#233;, d'endurance, de sant&#233; [&#8230;]. Le rythme et la dur&#233;e du travail sont devenus des normes abstraites &#187; (8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on sait &#224; quel point cette abstraction du travail devient fondamentale dans l'analyse marxiste des rapports d'exploitation et d'ali&#233;nation capitalistiques. Les plantations, loin d'appartenir &#224; un temps f&#233;odal pr&#233;capitaliste r&#233;volu, constitueraient au contraire la matrice des rapports d'exploitation modernes. La &#171; discipline de temps &#187; dont parle McNally renvoie &#224; une autre dimension cruciale dans l'histoire du capitalisme, &#224; savoir l'imposition d'un temps nouveau et abstrait au d&#233;triment d'autres temporalit&#233;s (cycliques, naturelles, etc.). Un autre historien marxiste classique, Edward P. Thompson avait en effet soulign&#233; le r&#244;le de l'horloge de la disciplinarisation des classes populaires europ&#233;ennes et dans l'affirmation du pouvoir de classe de la bourgeoisie, notamment en ce qu'elle impliquait une perte d'autonomie dans la r&#233;alisation du travail (9.) Or, le minutage du temps est une dimension essentielle de l'organisation des plantations. Selon McNally, Georges Washington (le premier pr&#233;sident des &#201;tats-Unis) mobiliserait l'horloge autant que le fouet &#171; comme technologie indispensable de la discipline en plantation &#187; (10). C'est aussi au sein des plantations que des innovations, non seulement disciplinaires ou &#171; manag&#233;riales &#187; sont &#233;labor&#233;es, mais aussi techniques, notamment l'automatisation de certaines t&#226;ches par l'utilisation de l'&#233;nergie hydraulique (11) ou le croisement des graines pour optimiser le temps n&#233;cessaire &#224; la r&#233;colte du coton (12).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours concernant l'exploitation de la force de travail des personnes esclavagis&#233;es, McNally r&#233;cuse la position qui les consid&#232;re comme un capital constant. Cette vision fait l'impasse sur la capacit&#233; de production de valeur (et donc de survaleur) de ce que lui appelle le &#171; chattel proletariat &#187; (13) ; elle conduit donc &#224; nier toute capacit&#233; de r&#233;sistance de leur part. &#171; Apr&#232;s tout, le capital constant ne fait pas gr&#232;ve, les personnes esclavagis&#233;es oui &#187; (14), expose McNally, qui examine aussi en d&#233;tail les luttes des femmes esclavagis&#233;es pour le contr&#244;le de leur procr&#233;ation (15). Comme les travailleur&#183;ses salari&#233;&#183;es, les personnes esclavagis&#233;es font partie du capital variable, producteur de valeur. Comme les salari&#233;&#183;es, elles sont capables de r&#233;sistances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me mani&#232;re dont McNally montre que l'esclavage plantationnaire a bien &#224; faire &#224; des logiques capitalistes touche cette fois-ci &#224; la classe des planteurs. Cette m&#234;me tradition marxiste tendait les consid&#233;rer comme appartenant &#224; une petite noblesse terrienne, appartenant ainsi &#224; un moment f&#233;odal des rapports productifs. McNally, &#224; nouveau, r&#233;cuse cette analyse et montre au contraire qu'au cours des 18e et 19e si&#232;cles, cette classe adopte toujours plus de comportements et de valeurs propres &#224; la bourgeoisie ; autrement dit, la mani&#232;re dont leur pouvoir de classe s'exerce &#8211; la mobilit&#233; du capital, des rapports de domination impersonnels &#8211; est celle de la bourgeoisie moderne et proprement capitaliste. McNally appelle ainsi &#224; se d&#233;faire d'une vision statique et r&#233;ifi&#233;e des transformations historiques, permettant de voir comment &#171; une forme apparemment f&#233;odale de travail non libre pouvait ainsi incarner un contenu sp&#233;cifiquement capitaliste : la production de plus-value &#187; (16). Sans rentrer dans plus de d&#233;tails, il me semble que cette approche permet de mieux comprendre la survivance de diff&#233;rentes formes de travail contraint aux c&#244;t&#233;s du travail dit &#171; libre &#187; et leur articulation tout au long de l'histoire du capitalisme (17). McNally montre ainsi qu'il &#233;tait fr&#233;quent que des personnes esclavagis&#233;es participent &#224; des formes de travail salari&#233;, en sortant par exemple de la plantation pour aller s'engager dehors, reversant une partie de leur paie &#224; leur &#171; propri&#233;taire &#187; (18). Dans une d&#233;marche similaire, Amr Khairy a r&#233;cemment remis en cause le r&#233;cit qui consid&#232;re l'av&#232;nement du travail salari&#233; comme le point de d&#233;part de la formation de la classe ouvri&#232;re &#233;gyptienne, mettant en lumi&#232;re la centralit&#233; des usines de production de sucre modernes cr&#233;&#233;es dans les ann&#233;es 1870. Or, ces derni&#232;res, qui ont &#233;t&#233; capables de produire jusqu'&#224; 7,5 % de la production mondiale de sucre, exploitaient en r&#233;alit&#233; du travail contraint jusque dans les ann&#233;es 1892-1895 (19). Khairy nous invite ainsi &#224; relativiser le caract&#232;re de centralit&#233; du travail salari&#233; dans l'av&#232;nement du capitalisme et dans la construction des classes ouvri&#232;res, revisitant ainsi un enjeu tr&#232;s thompsonien (20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, comme espace de production de marchandises destin&#233;es &#224; un march&#233; devenu mondialis&#233;, la plantation est soumise &#224; des pressions li&#233;es au fonctionnement m&#234;me du capitalisme. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, &#224; partir de la deuxi&#232;me moiti&#233; du 18e si&#232;cle, &#233;crit McNally, &#171; la production de mati&#232;res premi&#232;res dans les plantations &#233;tait de plus en plus soumise &#224; la loi de la valeur, &#224; la n&#233;cessit&#233; d'atteindre des dur&#233;es et des rendements moyens de production &#8211; le temps de travail socialement n&#233;cessaire &#8211; pour que le capital des planteurs puisse survivre et se d&#233;velopper &#187; (21). En d&#233;coule un syst&#232;me &#233;conomique fond&#233; sur l'endettement des planteurs, contraints d'agrandir et d'optimiser leur production (22).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bref, non seulement les rapports esclavagistes ne constituent pas seulement un simple pr&#233;lude au capitalisme, mais il semblerait m&#234;me que ce soit au sein de ces rapports sociaux esclavagistes, coloniaux et racialis&#233;s que se sont form&#233;es les pratiques capitalistes dont nous h&#233;ritons encore aujourd'hui. McNelly consid&#232;re ainsi &#171; la formation de rapports sociaux de race comme une infrastructure de l'accumulation capitaliste &#187; (23). Arr&#234;tons-nous un instant sur son argument. McNally explique qu'au moment o&#249; la race comment &#224; &#234;tre codifi&#233;e aux Etats-Unis, contrairement &#224; leurs acolytes rest&#233;s en Europe, les capitalistes esclavagistes n'ont pas eu besoin de remodeler et de discipliner des anciennes formes de solidarit&#233; ou d'organisation collective du travail. La spoliation des terres des peuples indig&#232;nes, le g&#233;nocide de ces derniers et la d&#233;portation de millions d'Africain&#183;es ont ainsi cr&#233;&#233; des conditions id&#233;ales et vierges de toute structure sociale pr&#233;existante, pour l'exploitation la plus intensive possible de la force de travail des personnes r&#233;duites en esclavage (24). La racialisation, que l'on peut consid&#233;rer comme la cr&#233;ation de la race (25) et la formalisation de rapports sociaux bas&#233;s sur cet indicateur, est donc essentiellement li&#233;e au capitalisme, et inversement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;coule que dans son fonctionnement m&#234;me, le capitalisme est fondamentalement racialis&#233;. On ne peut l'appr&#233;hender de mani&#232;re &#171; neutre &#187; racialement, il est forc&#233;ment, essentiellement, organis&#233; selon une stratification coloniale et raciale. La cons&#233;quence politique et strat&#233;gique qui s'impose d&#233;j&#224; est qu'on ne peut travailler &#224; l'unification politique de toutes les classes populaires en ignorant cette fracture raciale et coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Distendre les analyses marxistes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En s'inspirant des travaux d'Eric Williams, mais aussi de C.L.R. James, Sylvia Winter et W.E.B. Dubois, McNally prolonge une posture propre aux auteur&#183;ices que l'on peut classer dans le courant de marxisme noir (26), &#224; savoir celle d'&#233;largir ou de d&#233;centrer certaines cat&#233;gories marxistes. Fanon rappelait d'ailleurs que les &#171; analyses marxistes [devaient] &#234;tre toujours l&#233;g&#232;rement distendues chaque fois qu'on aborde le probl&#232;me colonial &#187; (27). Mais on pourrait argumenter que &#231;a n'est pas tant un d&#233;centrement que l'application r&#233;elle des principes d'analyse du mat&#233;rialisme historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue purement interne &#224; la discipline historique, cela conduit McNally &#224; formuler une critique de la rigidit&#233; et de l'apolitisme des travaux qui, depuis une vingtaine d'ann&#233;es, s'inscrivant dans le courant des New Histories of Capitalism (28). Bien qu'ils aient ind&#233;niablement contribu&#233; &#224; relancer une certaine r&#233;flexion critique sur le capitalisme au sein du monde acad&#233;mique par une approche tr&#232;s empirique et par un renouvellement des terrains d'&#233;tude (par exemple, pr&#233;cis&#233;ment, les liens entre capitalisme et racisme, les dimensions genr&#233;es du capitalisme, ou encore des enjeux de financiarisation du capital), ces travaux ont d&#233;lib&#233;r&#233;ment esquiv&#233; toute r&#233;flexion d'ensemble sur le fonctionnement m&#234;me du capitalisme. Ce retour du &#171; capitalisme &#187; comme objet de travaux historiques semblerait s'&#234;tre r&#233;alis&#233; au prix d'une absence de toute th&#233;orisation et de toute port&#233;e critique. Au contraire, McNally appelle &#224; articuler &#224; un travail de recherche ancr&#233; historiquement et empiriquement &#224; une &#233;laboration th&#233;orique critique. On peut d'ailleurs constater avec regret que son livre s'appuie essentiellement sur la litt&#233;rature secondaire (malgr&#233; les analyses de quelques sources, comme les tableaux de comptabilit&#233; des esclavagistes). Seule r&#233;elle limite de l'ouvrage, donc, McNally ne propose pas, pr&#233;cis&#233;ment, cette articulation n&#233;cessaire entre un travail empirique rigoureux et une conceptualisation critique ; il reproduit ainsi, malgr&#233; lui sans doute, une certaine division du travail analytique ou historique entre d'un c&#244;t&#233; les chercheur&#183;euses qui fournissent les premi&#232;res analyses historiques et les chercheur&#183;euses (plus souvent les chercheurs d'ailleurs) qui en proposent une conceptualisation (f&#251;t-elle pertinente et bienvenue). Nous devrions donc travailler &#224; reconstruire une histoire r&#233;ellement marxiste du capitalisme, qui articule r&#233;ellement ces deux moments analytiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous un rapport plus politique maintenant, cela conduit &#224; plusieurs d&#233;placements analytiques fondamentaux. Premi&#232;rement, il faut apprendre &#224; pouvoir lire des rapports de classe proprement capitalistiques dans des configurations o&#249; l'on n'est pas habitu&#233;&#183;e &#224; les voir. McNally fait sienne l'analyse du sociologue afro-am&#233;ricain W.E.B. Du Bois sur la guerre civile am&#233;ricaine. La fuite de pr&#232;s d'un huiti&#232;me des personnes esclavagis&#233;es des plantations &#8211; pour rejoindre parfois les rangs de l'arm&#233;e unioniste &#8211; est alors analys&#233;e comme une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale (29). McNally mobilise en effet, nous l'avons vu, le concept de &#171; chattel proletariat &#187; pour d&#233;signer la classe des personnes africaines r&#233;duites en esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, il revient sur la mani&#232;re dont Marx a vu avec enthousiasme les r&#233;voltes anti-esclavagistes et analyse les convergences entre militant&#183;es ouvriers&#183;&#232;res aux USA avec les r&#233;voltes abolitionnistes noires, &#171; une convergence [&#8230;], dont les enseignements pour la gauche mondiale n'ont pas encore &#233;t&#233; suffisamment pris en compte &#187; (30). L'appel de McNally &#224; nous replonger dans cette histoire permet aussi de critiquer la vision selon laquelle l'abolition de l'esclavage aurait &#233;t&#233; in&#233;vitable. &#171; Ce n'est pas une logique capitaliste in&#233;luctable qui a mis fin &#224; l'esclavage, mais les r&#233;voltes soutenues des personnes esclavagis&#233;es &#187;, insiste l'historien, car &#171; seules des gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales massives des personnes esclavagis&#233;es ont pu briser ce syst&#232;me &#187; (31).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l'auteur montre &#224; quel point nous avons sous-estim&#233; l'impact de moment r&#233;volutionnaire abolitionniste dans la construction m&#234;me de notre mouvement d'&#233;mancipation. L'abolition de l'esclavage &#233;tait en effet un moment proprement r&#233;volutionnaire, qui a eu un impact durable :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En juin 1866, une campagne audacieuse men&#233;e par des blanchisseuses noires &#224; Jackson, dans le Mississippi, s'&#233;tait transform&#233;e en une gr&#232;ve de grande ampleur. [...] Tous ces mouvements &#233;taient travers&#233;s par une organisation concert&#233;e des Noirs pour obtenir des terres, le droit de vote, des droits du travail et le droit &#224; l'autod&#233;fense arm&#233;e contre la terreur raciste &#187; (32).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;W.E.B. Dubois avait d'ailleurs qualifi&#233; cette p&#233;riode de &#171; dictature du prol&#233;tariat noir &#187;, avant de modifier le titre de son chapitre (33), soulignant qu'il s'agissait bien l&#224; d'un moment d'&#233;mancipation majeure. Comme le note McNally, c'est dans ce contexte que la lutte pour les huit heures de travail s'est form&#233;e (34). Par ailleurs, ce moment proprement r&#233;volutionnaire a profond&#233;ment marqu&#233; la mani&#232;re dont Marx comprenait la lib&#233;ration prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on devait tirer des le&#231;ons militantes de cet ouvrage, il s'agirait, en plus de revisiter les le&#231;ons de cet extraordinaire moment r&#233;volutionnaire, d'appliquer ce &#171; d&#233;centrement &#187; &#224; nos luttes. Il s'agirait par exemple de consid&#233;rer toute violence raciale ou coloniale comme des attaques contre notre classe. Il s'agirait de faire du racisme et de l'imp&#233;rialisme un enjeu de nos mobilisations syndicales (35). Il s'agirait, enfin, de continuer &#224; construire toutes les luttes qui travaillent &#224; abolir, dans les faits, la violence de la &#171; ligne de couleur &#187; (36).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8 d&#233;cembre 2025&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anouk Essyad&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- McNally David, Slavery and capitalism. A new marxist history, Oakland, University of California Press, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Williams Eric Eustace, Capitalisme et esclavage, Paris, Karthala, 1998 [1964].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- Cf le &#171; Chapitre 33. La th&#233;orie moderne de la colonisation &#187;, in : Marx Karl, Le Capital. Livre 1., Paris, &#201;ditions Gallimard, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4- Fanon Frantz, Les damn&#233;s de la terre, Paris, Editions La D&#233;couverte, 2002 [1961], p. 99.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5- Williams, Capitalisme et esclavage, op. cit., p. 85.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6- Ibid., p. 186.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7- McNally, Slavery and capitalism. A new marxist history, op. cit., p. 39. Les citations sont traduites par mes soins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8- Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9- Cf. Thompson Edward P., &#171; Time, Work-Discipline, and Industrial Capitalism &#187;, Past &amp; Present (38), 1967, pp. 56&#8209;97, dont une version fran&#231;aise a &#233;t&#233; publi&#233;e &#224; La Fabrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10- McNally, Slavery and capitalism. A new marxist history, op. cit., p. 45.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11- Ibid., p. 54.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12- Ibid., p. 221.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13- Terme difficilement traduisible, chattel d&#233;signant l'id&#233;e de &#171; biens meubles &#187;, renvoyant &#224; la d&#233;shumanisation raciste qui rend possible l'&#233;conomie plantationnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14- McNally, Slavery and capitalism. A new marxist history, op. cit., p. 96.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15- Ibid., pp. 182&#8209;193.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16- Ibid., p. 73.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17- Stanziani Alessandro, Les m&#233;tamorphoses du travail contraint. Une histoire globale (XVIIIe-XIXe si&#232;cles), Paris, Presses de Sciences Po, 2020 ; Heiniger Alix et Deshusses Fr&#233;d&#233;ric (&#233;ds.), Travailleuses et travailleurs enferm&#233;&#183;e&#183;s, Cahiers d'histoire du mouvement ouvrier, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18- McNally, Slavery and capitalism. A new marxist history, op. cit., pp. 114&#8209;126.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19- Khairy Amr, &#171; From Corv&#233;e to Wage Labor : Hybrid Labor Regimes in Egypt's Sugar Industry, 1870s &#187;, International Labor and Working-Class History, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20- Thompson Edward P., La formation de la classe ouvri&#232;re anglaise, Paris, Editions Points, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21- McNally, Slavery and capitalism. A new marxist history, op. cit., p. 76.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22- Ibid., pp. 227&#8209;228.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23- Ibid., p. 85.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24- Ibid., p. 78.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25- Rappelons que cet indicateur ne r&#233;pond pas &#224; une r&#233;alit&#233; biologique, mais bien &#224; l'existence de rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26- Essyad Anouk, &#171; Lire la tradition radicale noire aujourd'hui. &#192; propos de Cedric Robinson &#187;, Contretemps, 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27- Fanon, Les damn&#233;s de la terre, op. cit., p. 43.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28- Slobodian Quinn, &#171; New Histories of Capitalism : A Comment &#187;, Australian Historical Studies 50 (4), 2019, pp. 522&#8209;526.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29- Du Bois William Edward Burghardt, Black Reconstruction in America : An Essay Toward a History of the Part Which Black Folk Played in the Attempt to Reconstruct Democracy in America, 1860&#8211;1880, London, Taylor&amp;Francis, 2017 [1935]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30- McNally, Slavery and capitalism. A new marxist history, op. cit., p. 217.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31- Ibid., p. 233.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;32- Ibid., p. 240.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;33- Du Bois, Black Reconstruction in America : An Essay Toward a History of the Part Which Black Folk Played in the Attempt to Reconstruct Democracy in America, 1860&#8211;1880, op. cit. ; Sur ce d&#233;bat, cf. : Goodwin Jeff, &#171; La Reconstruction Noire comme guerre de classe. Du Bois, le marxisme et la r&#233;volution &#187;, Contretemps - revue de critique communiste, 2024. En ligne : &lt;span class='ressource spip_out'&gt;&lt;&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/du-bois-...&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/du-bois-...&lt;/a&gt;&gt;&lt;/span&gt; , consult&#233; le 07.12.2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;34- McNally, Slavery and capitalism. A new marxist history, op. cit., p. 240.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;35- J'&#233;cris ce texte au moment o&#249; plusieurs r&#233;gions de Suisse sont secou&#233;es par des gr&#232;ves des travailleurs&#183;euses des services publics et parapublics contre des plans d'aust&#233;rit&#233;, suite &#224; de nombreuses baisses massives de l'imposition des b&#233;n&#233;fices entreprises. Parmi elles, on trouve des multinationales comme Glencore, Val&#233;, ou encore Nestl&#233;, dont la pr&#233;dation dans les pays du Sud Global illustre que l'accumulation primitive du capital n'est pas un moment achev&#233; du capitalisme, mais bien un processus continu de d&#233;possession et de violences. Comme militante syndicale, je dois rappeler que le capital qu'elles accumulent ne nous revient pas, ne doit pas servir &#224; financer nos services publics (les travailleurs&#183;euses suisses produisent bien assez de valeur pour cela), mais doivent revenir aux peuples o&#249; s&#233;vissent ces multinationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;36- Du Bois, William Edward Burghardt, La ligne de couleur de W.E.B. Du Bois. Repr&#233;senter l'Am&#233;rique noire au tournant du 20e si&#232;cle, Montreuil, Editions B42, 2019 [1900].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://inprecor.fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://inprecor.fr/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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