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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Overshoot. Comment la bourgeoisie organise le chaos climatique</title>
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		<dc:date>2026-03-03T06:31:23Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Julien Kjelso</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2026-03-03</dc:subject>
		<dc:subject>Plan&#232;te</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En d&#233;crivant les contours et les racines sociales de l'Overshoot, ou id&#233;ologie du d&#233;passement climatique, Malm et Carton livrent une contribution essentielle qui &#233;claire la p&#233;riode de crises et de radicalisation du capitalisme en cours, d&#233;mantelant au passage les illusions du r&#233;formisme &#233;cologique. &lt;br class='autobr' /&gt; 14 f&#233;vrier 2026 | tir&#233; du site R&#233;volution permanente https://www.revolutionpermanente.fr/Overshoot-Comment-la-bourgeoisie-organise-le-chaos-climatique &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans Overshoot : R&#233;sister &#224; l'id&#233;ologie (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2026-03-03-+" rel="tag"&gt;Edition du 2026-03-03&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH102/chaos_climatique-cd05f.png?1781365943' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='102' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En d&#233;crivant les contours et les racines sociales de l'Overshoot, ou id&#233;ologie du d&#233;passement climatique, Malm et Carton livrent une contribution essentielle qui &#233;claire la p&#233;riode de crises et de radicalisation du capitalisme en cours, d&#233;mantelant au passage les illusions du r&#233;formisme &#233;cologique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;14 f&#233;vrier 2026 | tir&#233; du site R&#233;volution permanente&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.revolutionpermanente.fr/Overshoot-Comment-la-bourgeoisie-organise-le-chaos-climatique&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.revolutionpermanente.fr/Overshoot-Comment-la-bourgeoisie-organise-le-chaos-climatique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans Overshoot : R&#233;sister &#224; l'id&#233;ologie du d&#233;passement, Andreas Malm et Wim Carton analysent comment, dans les ann&#233;es qui suivent la signature de l'Accord de Paris, la gouvernance climatique est entr&#233;e dans une nouvelle &#232;re. Le patronat et les gouvernements ne pr&#233;tendent d&#233;sormais plus limiter le r&#233;chauffement climatique, mais organisent consciemment le d&#233;passement des seuils plan&#233;taires. En d&#233;crivant les contours et les racines sociales de cette id&#233;ologie du d&#233;passement, Malm et Carton livrent une contribution essentielle qui &#233;claire la p&#233;riode de crises et de radicalisation du capitalisme en cours, d&#233;mantelant au passage les illusions du r&#233;formisme &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La conjoncture du d&#233;passement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous devons pr&#233;parer notre pays &#224; une &#233;volution des temp&#233;ratures de +4 degr&#233;s &#187;. &lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/environnement/sadapter-a-une-france-a-4-degres-christophe-bechu-annonce-la-douleur-20240123_S5PBVA56IFA73CLO54WXPHGE5M/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;C'est ce qu'annon&#231;ait le ministre de la Transition &#233;cologique&lt;/a&gt;, Christophe B&#233;chu, en 2023. Une ann&#233;e charni&#232;re, qui cristallise ce que les deux chercheurs de l'universit&#233; de Lund appellent la &#171; conjoncture du d&#233;passement [overshoot] &#187;. La d&#233;cennie 2020 ent&#233;rine &#171; cette p&#233;riode o&#249; les objectifs de limitation du r&#233;chauffement mondial fix&#233;s officiellement sont d&#233;j&#224; transgress&#233;s &#8211; ou en passe de l'&#234;tre &#8211; et o&#249; les classes dominantes responsables de cette transgression l&#232;vent les bras au ciel, r&#233;sign&#233;es, et acceptent l'arriv&#233;e d'une chaleur intol&#233;rable [1] &#187;. Cette id&#233;e s'accompagne en fait de la promesse d'une action r&#233;troactive sur le climat : on d&#233;passerait temporairement les seuils plan&#233;taires avant de repasser sous ces derniers gr&#226;ce &#224; de nouveaux proc&#233;d&#233;s techniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici la trajectoire : celle d'un missile &#224; t&#234;te chercheuse, qui raterait d'abord sa cible, avant de faire demi-tour pour l'atteindre &#224; nouveau. Cela serait rendu possible par l'emploi massif de la g&#233;oing&#233;nierie ou des technologies de capture et de stockage du carbone (CCS), afin de r&#233;duire la concentration de gaz &#224; effet de serre dans l'atmosph&#232;re et leurs effets sur le climat. Ces technologies sont pourtant loin d'&#234;tre viables. Il s'agit donc d'esp&#233;rer que le capitalisme les d&#233;veloppe suffisamment au cours du si&#232;cle, en assumant l'approfondissement de la crise &#233;cologique dans l'intervalle. C'est cette promesse d'un d&#233;veloppement futur qui l&#233;gitime le statu quo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'explique l'historien des techniques Jean-Baptiste Fressoz, ce sont pr&#233;cis&#233;ment sur ces fausses promesses technologiques qu'a &#233;t&#233; sign&#233; l'Accord de Paris en 2015 [2]. Logiquement, il ne pr&#233;voyait donc aucun plafonnement sur les &#233;missions et ne mentionnait m&#234;me pas le terme&#8230; &#171; fossile &#187; ! Ce qu'il en restait, c'&#233;tait un &#171; free-for-all &#187;, sous la forme d'une &#171; irresponsabilit&#233; partag&#233;e [3] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; l'aboutissement programmatique de la COP21 : inutile de faire souffrir les industries p&#233;troli&#232;res et gazi&#232;res puisque les &#233;missions seront &#171; annul&#233;es &#187; dans le futur gr&#226;ce aux innovations technologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, c'est donc au moment m&#234;me o&#249; la classe dominante annon&#231;ait avoir sauv&#233; l'humanit&#233; que le &#171; d&#233;passement programm&#233; [4] &#187; devenait h&#233;g&#233;monique. &#171; Gr&#226;ce &#224; ce tour de passe-passe, n'importe quel objectif pouvait &#234;tre &#224; la fois manqu&#233; et atteint et le fait de le manquer pouvait &#234;tre rationalis&#233; comme une partie du trajet pour l'atteindre, comme le chat de Schr&#246;dinger qui est en m&#234;me temps vivant et mort [5] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand bien m&#234;me d'hypoth&#233;tiques technologies pourraient voir le jour, le d&#233;passement des seuils climatiques entra&#238;nera des catastrophes en cha&#238;ne, parfois &#224; des &#233;chelles cataclysmiques. Destruction des &#233;cosyst&#232;mes marins par l'acidification des oc&#233;ans, mont&#233;e des eaux, salinisation des terres agricoles, accroissement des risques d'inondations, de s&#233;cheresses et des canicules : des parties enti&#232;res du globe pourraient devenir inhabitable. Ce r&#233;chauffement atteindrait les fameux &#171; points de basculement &#187; du syst&#232;me climatique, entra&#238;nant des effets de r&#233;troaction positive qui l'acc&#233;l&#233;reront toujours plus. La perturbation du Gulf Stream, la fonte du permafrost et de l'inlandsis du Groenland, ou le d&#233;r&#232;glement de la mousson indienne sont autant d'exemples des menaces existentielles qui p&#232;sent sur l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2022, The Economist, le journal du patronat britannique, assumait ce risque dans une froide lucidit&#233; : abandonner du jour au lendemain l'id&#233;e de se passer des &#233;nergies fossiles, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.economist.com/interactive/briefing/2022/11/05/the-world-is-going-to-miss-the-totemic-1-5c-climate-target&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revient, pour ceux qui s'en soucient, &#224; abandonner les plus pauvres, qui souffriront plus que quiconque une fois le seuil critique franchi. Mais il faut affronter la v&#233;rit&#233; et en explorer les cons&#233;quences&lt;/a&gt; &#187;. Pour Malm et Carton, nous y reviendrons, l'overshoot constitue donc un v&#233;ritable &#171; paup&#233;ricide &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette enqu&#234;te m&#233;ticuleuse, Malm et Carton m&#232;nent un examen attentif de la presse patronale, des plans de croissance des entreprises p&#233;troli&#232;res, ou encore des th&#233;ories des &#233;conomistes justifiant l'inaction climatique. Ils les mettent en perspective avec un large panel d'&#233;tudes sur la faisabilit&#233; technique de la transition, ou encore sur l'histoire et le fonctionnement des institutions de la gouvernance climatique. La collision de ces donn&#233;es, appr&#233;hend&#233;es &#224; travers une grille de lecture marxiste, dresse un diagnostic saisissant du monde pr&#233;sent et &#224; venir. Le d&#233;passement des limites climatiques n'a rien d'une &#171; erreur de parcours &#187; ou d'un &#233;chec des relations diplomatiques. C'est un projet politique, en tant que tel. Celui d'une classe contre une autre. L'une souhaitant continuer &#224; profiter du business as usual, l'autre subissant de plein fouet les perturbations du syst&#232;me-Terre. Dans une conjoncture historique unique en son genre, la survie de l'humanit&#233; se jouera sur le tombeau de sa classe dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il fallait encore en faire la d&#233;monstration, la nouvelle &#232;re de la gouvernance climatique enterre pour de bon l'id&#233;alisme militant d'une partie de l'&#233;cologie politique. Il ne s'agit plus d'entra&#238;ner une &#171; prise de conscience &#187; dans les institutions politiques et &#233;conomiques, ou de &#171; faire pression &#187; sur l'Etat. Les classes dominantes assument d&#233;sormais leur plan de bataille.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'inertie des rapports sociaux capitalistes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour fournir une explication de l'&#233;mergence de cette conjoncture du d&#233;passement, Malm et Carton plongent dans l'infrastructure fossile du capitalisme. S'il y a bien un mot qui effraie tout capitaliste c'est celui-ci : les &#171; actifs &#233;chou&#233;s &#187; (stranded assets). Ce sont des investissements que les capitalistes ne parviennent pas &#224; amortir, car les actifs en question doivent &#234;tre abandonn&#233;s avant d'avoir pu transmettre aux marchandises l'enti&#232;ret&#233; de leur valeur dans le cycle de production. C'est ce qui peut par exemple se produire lorsque des machines deviennent concurrentiellement obsol&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les actifs &#233;chou&#233;s peuvent aussi &#234;tre le r&#233;sultat de r&#233;gulations externes, d'interdictions pure et simple. C'est ce qu'il adviendrait dans le cas d'une &#171; transition &#233;nerg&#233;tique &#187; digne de ce nom : les infrastructures fossiles devraient &#234;tre mises &#224; la casse avant d'avoir pu d&#233;livrer leur potentiel productif.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une perte s&#232;che pour les capitalistes.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour tout gisement p&#233;trolier ou gazier, pour toute mine de charbon d'une certaine importance, il faut une dizaine d'ann&#233;es pour atteindre le &#171; seuil de rentabilit&#233; &#187;, le moment o&#249; la mise de fonds initiale est r&#233;cup&#233;r&#233;e. Dans le cas d'un gisement en eau profonde, &#231;a peut prendre de 12 &#224; 20 ans. [6] &#187; Apr&#232;s ce point-l&#224;, ce &#171; seuil de rentabilit&#233; &#187;, les propri&#233;taires ont pour objectif de siroter les profits le plus longtemps possible. Quel int&#233;r&#234;t y a-t-il &#224; attendre dix ans qu'une installation devienne rentable si ce n'est pour traire la vache &#224; lait encore dix, vingt ou cinquante ans ? Un capitaliste est &#171; attach&#233; &#224; la long&#233;vit&#233; de l'installation comme un saint homme &#224; celle de son temple [7] &#187;. Dans le mode de production capitaliste, c'est donc le pass&#233; &#8211; les investissements priv&#233;s d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233;s &#8211; qui d&#233;terminent les orientations &#233;conomiques futures : impossible d'abandonner des actifs avant qu'ils aient d&#233;livr&#233; leur plein potentiel. Dans le cas d'un d&#233;passement technique sur une technologie particuli&#232;re, la pression concurrentielle contraint les capitalistes &#224; se d&#233;barrasser de leurs actifs. Mais dans le cas de l'exploitation des &#233;nergies fossiles, ce genre de pressions existe beaucoup moins et l'ampleur des actifs qui deviendraient alors irr&#233;cup&#233;rables d&#233;passe l'entendement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'analyse par Malm et Carton du probl&#232;me des actifs &#233;chou&#233;s permet d'&#233;clairer la radicalisation du patronat et des gouvernements face &#224; la crise &#233;cologique, elle n&#233;glige largement la place de l'exploitation de la force de travail dans les processus de prospection, extraction et transformation des &#233;nergies fossiles, et inversement le r&#244;le important de ces &#233;nergies dans le maintien et l'intensification de l'exploitation au niveau mondial. L'analyse de l'&#233;mergence du capitalisme fossile en tant qu'outil pour contr&#244;ler et intensifier l'exploitation d&#233;velopp&#233;e par Malm Fossil Capital : The Rise of Steam Power and the Roots of Global Warming m&#233;riterait d'&#234;tre r&#233;actualis&#233;e dans la conjoncture du d&#233;passement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;coanxi&#233;t&#233; des capitalistes fossiles&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;buter une commercialisation d'hydrocarbures, la premi&#232;re &#233;tape est&#8230; de les trouver. Les capitalistes doivent d'abord investir dans l'exploration et la mise en &#233;tat d'exploitation des gisements. Ce co&#251;t originel ne peut donc se satisfaire de laisser des r&#233;serves d&#233;couvertes inutilis&#233;es puisque c'est leur exploitation qui permettra de recouvrir ces premiers investissements. Or, comme l'observait le &lt;a href=&#034;https://www.ft.com/content/95efca74-4299-11ea-a43a-c4b328d9061c&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Financial Times en 2020&lt;/a&gt;, pour respecter l'objectif des 1,5 &#176;C, il faudrait sacrifier 84 % des r&#233;serves, 59% pour les 2&#176;C. D&#232;s la premi&#232;re &#233;tape d'un business dans les fossiles, les int&#233;r&#234;ts capitalistes entrent donc en contradiction avec la lutte contre le r&#233;chauffement climatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces investissements n&#233;cessaires &#224; l'exploration ne sont que la derni&#232;re couche d'une poup&#233;e russe d'actifs &#224; faire fructifier. Dans l'&#233;cosyst&#232;me du fossile, on compte aussi les installations extractives, les raffineries, les infrastructures de transport (pipelines, navires-citernes, installations portuaires, etc.) ou encore les centrales dans lesquelles sont consum&#233;es les hydrocarbures. &#171; Ainsi cet empilement de couches au-dessus des champs et des gisements constitue-t-il &#171; le plus gros r&#233;seau d'infrastructure jamais construit, reflet de dizaines de billions de dollars d'actifs et de deux si&#232;cles d'&#233;volution technologique &#187;, suspendu &#224; la politique climatique &#8211; non &#224; une politique existante, assur&#233;ment, mais &#224; la possibilit&#233; d'une telle politique. [8] &#187;. La moindre approche d'une politique climatique ambitieuse pourrait faire s'effondrer le cours en bourse de ces entreprises. L'impact sur ce circuit primaire du capital fossile ricocherait ensuite sur le circuit secondaire, autrement dit, tout le capital qui ne peut fonctionner sans l'apport direct en hydrocarbures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les investissements dans un r&#233;seau d'infrastructures d'une telle envergure n'ont &#233;galement &#233;t&#233; rendus possibles que gr&#226;ce aux cr&#233;dits bancaires. &#171; Il s'ensuit qu'une formation &#224; capital fixe accru n&#233;cessite une int&#233;gration accrue sur le march&#233; des actions mais aussi sur le march&#233; du cr&#233;dit &#8211; ou, pour reprendre une formule marxienne consacr&#233;e, dans &#171; le capital commun de la classe &#187; [9] &#187;. C'est pourquoi, si &#171; ces centrales &#233;taient mises &#224; l'arr&#234;t pr&#233;matur&#233;ment, les banques pourraient bien ne jamais voir les pr&#234;ts rembours&#233;s &#187; et se retrouver elles-m&#234;mes dans le rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un test de r&#233;sistance du syst&#232;me financier europ&#233;en r&#233;alis&#233; en 2017 a r&#233;v&#233;l&#233; que les cinquante plus grandes banques d&#233;tenaient environ un dixi&#232;me de leur portefeuille total en actions du secteur des &#233;nergies fossiles, mais que ce chiffre atteignait quatre dixi&#232;mes si l'on incluait tous les secteurs concern&#233;s par la politique climatique [10]. &lt;a href=&#034;https://escholarship.org/uc/item/0991x9mj&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Selon les estimations les plus hautes&lt;/a&gt;, la r&#233;duction du PIB mondiale en cas d'&#233;clatement de la &#171; bulle carbone &#187; afin de limiter le r&#233;chauffement &#224; 2 &#176;C pourrait &#234;tre 60 fois sup&#233;rieure &#224; celle enregistr&#233;e en 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces coordonn&#233;es math&#233;matiques, v&#233;ritable cauchemar de la finance internationale, ne pouvaient aboutir qu'&#224; une seule issue : celle du d&#233;passement. Chez la bourgeoisie venait d'&#233;clore une nouvelle forme d'&#233;co-anxi&#233;t&#233;. Non pas l'angoisse de la catastrophe &#233;cologique, mais celle de la catastrophe &#233;conomique que signifierait une sortie des fossiles.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les forcen&#233;s du fossile&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On l'aura compris, la forme-capital des moyens de production entrave les capacit&#233;s de transformation de l'appareil productif. Cependant, les capitalistes pourraient, apr&#232;s tout, d&#233;cider de laisser vivre jusqu'&#224; leurs termes les infrastructures existantes, tout en ne d&#233;veloppant plus, &#224; partir de maintenant, que les &#233;nergies bas carbone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette possibilit&#233; est tr&#232;s &#233;loign&#233;e de ce que l'on observe des nouveaux investissements dans le secteur &#233;nerg&#233;tique. Alors que tout pointait vers l'urgence d'en finir au plus vite avec les hydrocarbures, la sortie des confinements, puis l'invasion de l'Ukraine par la Russie, ont d&#233;clench&#233; une croissance fulgurante de leur production. En 2022, dans le monde, 119 ol&#233;oducs &#233;taient en construction, totalisant quelque 350 000 km, et 477 gazoducs &#233;taient en chantier, ce qui repr&#233;sentait une longueur cumul&#233;e &#233;quivalente &#224; vingt-quatre fois le tour de la Terre [11]. Comme l'observent Malm et Carton, c'est le fran&#231;ais Total qui a amorc&#233;, cette ann&#233;e-l&#224;, la trajectoire de d&#233;passement la plus agressive, avec la mise en service de &lt;a href=&#034;https://www.revolutionpermanente.fr/Total-en-Tanzanie-C-est-comme-la-colonisation-ils-prennent-nos-terres&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;son projet EACOP&lt;/a&gt;, le plus long pipeline de p&#233;trole brut chauff&#233; au monde. En f&#233;vrier 2022, la Norv&#232;ge a accord&#233; autant de licences d'exploration (700) qu'au cours du demi-si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent. La m&#234;me ann&#233;e aux Etats-Unis, l'administration Biden a octroy&#233; 307 permis d'exploration p&#233;troli&#232;re et gazi&#232;re dans le golfe du Mexique. Cerise sur le g&#226;teau, le p&#233;trolier indien Rystad Energy annon&#231;ait m&#234;me &#8211; r&#233;f&#233;rences bibliques &#224; l'appui [12] &#8211; qu'apr&#232;s sept ans de profits m&#233;diocres,&lt;a href=&#034;https://www.rystadenergy.com/news/energy-services-sector-set-to-grow-to-1-trillion-in-2025&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'ann&#233;e 2022 faisait d&#233;buter un &#171; super cycle &#187; de profits pour le secteur de l'&#233;nergie&lt;/a&gt;. Cette ann&#233;e-l&#224;, comme les suivantes, contre toute forme de rationalit&#233; de la transition, la bourgeoisie n'en finissait plus de s'embourber dans les &#233;nergies fossiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'&#233;nergie photovolta&#239;que est par exemple la source d'&#233;nergie &#171; qui a connu la baisse de prix la plus spectaculaire jamais enregistr&#233;e [13] &#187;, elle ne s'est absolument pas traduite par une r&#233;orientation des investissements dans les renouvelables, en raison des possibilit&#233;s de contr&#244;le, de stockage et d'opportunit&#233;s de profits garanties par les &#233;nergies fossiles. De plus, contrairement aux renouvelables, l'exploitation du p&#233;trole et du gaz offre la possibilit&#233; de g&#233;n&#233;rer des &#171; super-profits &#187;. Par exemple, les perturbations r&#233;currentes dans l'acheminement des stocks d'&#233;nergies fossiles permettent &#224; des entreprises concurrentes de monter leurs prix, voire de conqu&#233;rir de nouveaux march&#233;s. Sur le march&#233; du p&#233;trole, les prix fluctuent de fa&#231;on cyclique et offrent la possibilit&#233; de marges importantes [14].&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les mod&#232;les d'adaptation climatique au service du capital&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour la classe capitaliste, le r&#233;chauffement climatique n'est ainsi que le co&#251;t de la &#171; modernit&#233; fossile &#187;. Une cons&#233;quence n&#233;cessaire du d&#233;veloppement naturel de l'histoire humaine. La bourgeoisie ne peut admettre l'existence d'une crise qui ne pourrait se r&#233;soudre qu'avec sa propre disparition. Celle d'une classe qui ne d&#233;termine la production qu'en fonction des profits qu'elle peut en tirer. Les effets historiquement sp&#233;cifiques du &#171; mode &#187; de production apparaissent d&#232;s lors comme des facteurs intangibles de la production sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malm et Carton montrent en quoi c'est ce point de vue qui irrigue aussi les sc&#233;narios d'adaptation d&#233;velopp&#233;s par les institutions de la gouvernance climatique, qui la consid&#232;re avant tout sous l'angle des co&#251;ts. Dans son 6e rapport d'&#233;valuation de l'ann&#233;e 2022, le GIEC notait que s'il avait commenc&#233; &#224; consid&#233;rer le d&#233;passement, c'est tout simplement parce que ses &#171; mod&#232;les ne pouvaient pas trouver d'autres solutions [15] &#187;. Ces mod&#232;les dont il est question sont issus de la &#171; mod&#233;lisation d'&#233;valuation int&#233;gr&#233;e &#187; (MEI). Leur but est de mod&#233;liser num&#233;riquement l'impact de la politique climatique sur d'autres domaines sociaux, comme l'&#233;conomie. Il s'agit donc &#171; d'int&#233;grer &#187; l'&#233;cologie au cadre existant, celui de l'&#233;conomie capitaliste. Ces mod&#232;les int&#232;grent donc la probl&#233;matique des actifs &#233;chou&#233;s et les &#171; lois &#187; de la production capitaliste, qui d&#233;terminent alors le champ des possibles de la politique climatique. Comme un cheval de Troie en plein c&#339;ur des sc&#233;narios du GIEC, les fondations de la soci&#233;t&#233; bourgeoise structurent logiquement les r&#233;ponses fournies par la gouvernance climatique. Comme dans Sans transition de Jean Baptiste Fressoz, la critique ne vise bien entendu pas le consensus scientifique &#233;tabli par les groupes I et II du GIEC sur le changement climatique et ses diff&#233;rents impacts, mais la naturalisation du capitalisme dans les &#171; solutions &#187; que le groupe III &#233;labore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, Malm et Carton soulignent le r&#244;le &#171; anti-r&#233;volutionnaire &#187; des sc&#233;narios d'adaptation en ce qu'ils ferment les portes &#224; des horizons alternatifs. L'anti-r&#233;volution est ici &#224; comprendre comme le fait de pr&#233;venir un imaginaire r&#233;volutionnaire. Pour reprendre les mots de Mark Fisher, le &#171; r&#233;alisme capitaliste &#187; s'&#233;tant institu&#233; dans la politique climatique, elle ne pouvait plus &#234;tre que &#171; politiquement claustrophobe [16] &#187;, confin&#233;e dans l'univers exigu du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ironiquement, en ne d&#233;busquant aucune autre voie que celle du d&#233;passement, les MEI font la d&#233;monstration de l'incapacit&#233; structurelle du capitalisme &#224; r&#233;pondre &#224; la crise climatique. Mise insidieusement au service des industries fossiles, les institutions de la science climatique en jouent d&#232;s lors les suppl&#233;tives. En naturalisant la trajectoire de l'overshoot, elles pr&#233;parent le terrain &#224; ce que ses cons&#233;quences soient trait&#233;es comme des fatalit&#233;s historiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;cocide est un &#171; paup&#233;ricide &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme l'&#233;crivait d&#233;j&#224; Malm dans Pour la Palestine comme pour la terre : &#171; Lorsque l'atmosph&#232;re est d&#233;j&#224; satur&#233;e de CO2, la l&#233;talit&#233; de toute quantit&#233; de CO2 rejet&#233;e suppl&#233;mentaire est &#233;lev&#233;e et elle continue d'augmenter. Les pertes humaines massives sont donc le r&#233;sultat id&#233;ologiquement et mentalement int&#233;gr&#233;, et de fait accept&#233;, de l'accumulation du capital [17] &#187;. Chaque tonne de CO2 &#233;mise dans l'atmosph&#232;re condamne d&#233;sormais une partie de la population mondiale. Contre une &#233;cologie bourgeoise qui anesth&#233;sie la question de la responsabilit&#233; en la diluant abstraitement dans la &#171; soci&#233;t&#233; de consommation &#187;, Malm et Carton soutiennent ainsi que c'est bien la classe qui dirige la production qui est responsable de la crise &#233;cologique. C'est d'autant plus juste qu'entre 1990 et 2019, les &#233;missions par habitant de la moiti&#233; de la plus pauvre de la population europ&#233;enne et &#233;tats-unienne ont &#233;t&#233; r&#233;duites par presque un tiers, &#224; cause de la compression des salaires et de la consommation [18]. Dans la m&#234;me p&#233;riode, les &#233;missions n'ont pourtant pas cess&#233; de cro&#238;tre. De plus en plus, donc, se d&#233;veloppe une identit&#233; imm&#233;diate entre production- et consommation-carbone : cette production est d&#233;cid&#233;e et consomm&#233;e par les m&#234;mes personnes. &#171; Les bombes carbone &#233;taient &#224; la fois d&#233;clench&#233;es et utilis&#233;es par le m&#234;me corps d'officiers, et non par une infanterie pl&#233;b&#233;ienne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque le renversement du syst&#232;me capitaliste est impensable pour une classe qui jouit de sa position dominante, des populations enti&#232;res devront &#234;tre &#233;radiqu&#233;es. Tandis que Trump rend de plus en plus transparente la domination bourgeoise &#8211; en faisant par exemple entrer dans son administration des capitalistes industriels de premier plan, comme Elon Musk &#8211;, l'inaction climatique est elle aussi devenue une &#233;vidence avec la pr&#233;sidence des COP par des PDG d'entreprises p&#233;troli&#232;res. Durant la COP 28, en 2023, c'&#233;tait ainsi le sultan Al Jaber qui &#233;tait &#224; la man&#339;uvre. PDG d'ADNOC, la principale compagnie p&#233;troli&#232;re &#233;miratie, il a martel&#233; que le probl&#232;me n'&#233;tait pas les &#233;nergies fossiles&#8230; mais les &#233;missions ! De nouveau, la solution serait uniquement d'ordre technique. Il suffirait d'attendre, encore un peu, le d&#233;veloppement des technologies de capture de carbone. &#171; En 2023, la protection active du capital s'&#233;tait infiltr&#233;e jusqu'au sommet de la gouvernance du climat, le tournant de l'irr&#233;el se refermant sur lui-m&#234;me, la pi&#232;ce devenue une trag&#233;die et une farce tout &#224; la fois, avec l'id&#233;ologie du d&#233;passement pour d&#233;cor officiel [19] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La &#171; politique climatique tardive &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Face au d&#233;passement et &#224; sa gestion capitaliste, les forces sociales et &#233;cologistes semblent embourb&#233;es dans le flou strat&#233;gique. C'est ce que les deux auteurs constatent &#224; juste titre : &#171; ni le Green New Deal, ni la d&#233;croissance, ni aucun autre des programmes qui circulent actuellement n'ont de plan pour &#233;chouer les actifs qui doivent &#234;tre &#233;chou&#233;s. Ils sont aussi riches en propositions pour d&#233;velopper les renouvelables et r&#233;duire la production qu'ils sont pauvres en id&#233;es sur la dimension in&#233;luctablement destructrice de la transition, sur la d&#233;molition des temples v&#233;n&#233;rables [les infrastructures des &#233;nergies fossiles], contre la volont&#233; de leurs gardiens et de leurs saints : mais l&#224; est bien, de notre point de vue, le c&#339;ur du probl&#232;me [20] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant la faiblesse des perspectives actuelles, l'urgence de la situation en conduit certains &#224; proposer des alliances avec des secteurs de la bourgeoisie. Malm et Carton d&#233;battent ainsi avec Thomas Meaney, un d&#233;fenseur du Green New Deal qui &lt;a href=&#034;https://newleftreview.org/issues/ii138/articles/thomas-meaney-fortunes-of-the-green-new-deal.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;propose la constitution de &#171; fronts populaires &#187;&lt;/a&gt; pour mener bataille aux c&#244;t&#233;s du capitalisme vert, de la fraction &#171; &#233;clair&#233;e &#187; de la bourgeoisie, contre le capitalisme fossile. Sur un plan g&#233;opolitique, il s'agirait de construire une alliance entre les imp&#233;rialismes verts en devenir, que seraient la Chine et l'Union Europ&#233;enne, contre les imp&#233;rialistes bruns, les Etats-Unis et la Russie. D'apr&#232;s lui, le reste du monde se retrouverait ainsi comme un &#171; r&#233;volutionnaire indien &#187; des ann&#233;es 1940, pris en &#233;tau entre &#171; l'Empire britannique et le fascisme japonais &#187;. Il s'agirait alors de choisir son imp&#233;rialisme, et si cette alliance se ferait &#224; contre-c&#339;ur, elle demeurerait la seule chance de survie de l'humanit&#233;. &#171; La simple survie n'est pas une victoire, mais la premi&#232;re est s&#251;rement la condition de la seconde &#187;, conclut-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les deux auteurs, cette strat&#233;gie repr&#233;sente une impasse dangereuse. Ils soulignent m&#234;me que l'existence d'un &#171; capital vert &#187; ind&#233;pendant est loin d'&#234;tre une &#233;vidence, au regard de la faiblesse des entreprises du secteur. Celles-ci n'&#233;prouvent d'ailleurs aucune difficult&#233; &#224; avoir pour clients les entreprises p&#233;troli&#232;res et gazi&#232;res. Il n'y a aucun front constitu&#233; entre les deux. Si les capitalistes du secteur de la d&#233;carbonation ont int&#233;r&#234;t au d&#233;ploiement de leurs capacit&#233;s de production, cela ne se traduit pas n&#233;cessairement par une transition effective. C'est d'ailleurs ce qu'on observe depuis des ann&#233;es : le d&#233;veloppement des &#233;nergies bas carbone acc&#233;l&#232;re, sans pour autant se substituer aux &#233;nergies fossiles [21]. Les installations d'exploitation des hydrocarbures s'int&#233;grant toujours plus au &#171; capital commun de la classe &#187;, au travers des banques, des gestionnaires d'actifs, des bourses, etc., la classe capitaliste tendra plut&#244;t &#224; s'obstiner unitairement dans la pr&#233;servation des &#233;nergies fossiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; l'abandon assum&#233; de l'objectif de contenir la hausse des temp&#233;ratures &#224; 1,5 ou 2&#176;C, les militants &#233;colos doivent-ils eux aussi abandonner cette revendication par &#171; r&#233;alisme &#187; et sa cantonner &#224; la question de &#171; l'adaptation &#187; aux d&#233;sastres &#224; venir, ou au contraire continuer &#224; la d&#233;fendre au risque d'entrer en d&#233;calage avec la r&#233;alit&#233; biophysique produite par le capitalisme ? Malm et Carton d&#233;fendent l'actualit&#233; br&#251;lante et l'importance vitale de la lutte pour contenir le r&#233;chauffement &#224; 1,5&#176;C. Dans la conjoncture du d&#233;passement, cette mesure prend un caract&#232;re en apparence contradictoire. Elle est en m&#234;me temps ultra minimale dans le sens o&#249; elle ne consiste qu'&#224; limiter la d&#233;gradation des conditions biophysiques qui permettaient vie humaine sur terre, jusqu'ici consid&#233;r&#233;es comme acquises. Mais elle est en m&#234;me temps maximale, dans le sens o&#249; cette pr&#233;servation impliquerait aujourd'hui d'en finir avec le capitalisme. Pour d&#233;passer cette contradiction apparente, Malm et Carton proposent de comprendre la d&#233;fense de la limitation du r&#233;chauffement climatique comme une mesure transitoire, &lt;a href=&#034;https://www.revolutionpermanente.fr/Le-programme-de-transition-un-manifeste-de-lutte-d-une-brulante-actualite-21804&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en s'inspirant du Programme de transition&lt;/a&gt; d&#233;velopp&#233; par le r&#233;volutionnaire russe L&#233;on Trotsky. L'id&#233;e est que ce type de mesures transitoires agissent comme un pont dans la conscience collective entre les besoins concrets (pr&#233;server les conditions de la vie humaine sur la plan&#232;te) et la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ores et d&#233;j&#224; un classique de la pens&#233;e &#233;co-marxiste, Overshoot apporte une clarification salutaire des m&#233;canismes de d&#233;fense du capitalisme face &#224; la crise qu'il a lui-m&#234;me produite, et de la conjoncture du d&#233;passement qui s'ouvre. Le pr&#233;lude de cette conjoncture dans un climat plus g&#233;n&#233;ral de militarisation et de tensions inter-imp&#233;rialistes implique de repenser en profondeur les strat&#233;gies qui ont pr&#233;valu jusqu'ici dans le mouvement &#233;colo. Malm et Carton d&#233;montrent avec justesse l'impasse des alliances avec une partie de la bourgeoisie, qui n'a aucun int&#233;r&#234;t au renversement de son mod&#232;le. Face &#224; cette impasse et &#224; la conjoncture du d&#233;passement, seul un projet politique d'ind&#233;pendance de classe, reposant sur la force sociale des travailleurs et de leur capacit&#233; &#224; bloquer et transformer la production, pourra constituer une r&#233;ponse &#224; la hauteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NOTES DE BAS DE PAGE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Andreas Malm et Wim Carton, Overshoot : R&#233;sister &#224; l'id&#233;ologie du d&#233;passement, Paris, La Fabrique, 2026 [2024], p.9.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Jean-Baptiste Fressoz, &#171; In tech we trust : A history of technophilia in the Intergovernmental Panel on Climate Change's (IPCC) climate mitigation expertise &#187;, Energy Research &amp; Social Science, vol. 127, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Malm et Carton, op. cit. p.54.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Ibid., p.9.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Ibid., p.98.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Malm et Carton, op. cit., p.109-10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Ibid., p.132.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Ibid., p.137.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Ibid., p.144.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Ibid., p.27.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Pour Audun Martinsen, chef du service de recherche &#233;nerg&#233;tique &#224; Rystad Energy : &#171; Global oil and gas suppliers look set to echo the biblical story about the Egyptian pharaoh's dream of seven years of feast and seven years of famine &#8211; only in the opposite order. All signs point towards 2022 being the start of another super cycle for the energy services sector &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Ibid., p.187.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Andreas Malm, Fossil Capital : The Rise of Steam Power and the Roots of Global Warming, Verso, 2016, p.370.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Malm et Carton, op. cit., p.87.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Mark Fisher, D&#233;sirs postcapitalistes, Audimat &#233;ditions, 2022, p.12.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Andreas Malm, Pour la Palestine comme pour la Terre : Les ravages de l'imp&#233;rialisme fossile, Paris, La fabrique, 2025, p.28.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Malm et Carton, op. cit., p.217.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Ibid., p.245.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Ibid., p.237.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Jean-Baptiste Fressoz, Sans transition, Paris, Seuil, 2024&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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