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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>&#201;galit&#233; salariale : et si la Belgique s'inspirait de l'Islande ?</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Egalite-salariale-et-si-la-Belgique-s-inspirait-de-l-Islande</link>
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		<dc:date>2019-03-26T00:26:28Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Olivier Bonfond</dc:creator>


		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Belgique</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-03-26</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;tir&#233; de : [CADTM-INFO] Banque mondiale, dettes coloniales, banques... &lt;br class='autobr' /&gt;
Bien qu'elle soit inscrite depuis pr&#232;s de 40 ans dans de nombreuses constitutions et autres textes fondamentaux ou l&#233;gislatifs, comme la Charte des droits fondamentaux de l'Union europ&#233;enne, l'&#233;galit&#233; salariale entre les hommes et les femmes reste une illusion. Notre pays aurait tout int&#233;r&#234;t &#224; combler cette lacune, pour des raisons &#233;thiques mais aussi &#233;conomiques. &lt;br class='autobr' /&gt; 10 mars par Olivier Bonfond &lt;br class='autobr' /&gt;
En Europe ou aux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Femmes-" rel="directory"&gt;Mouvement des femmes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Belgique-+" rel="tag"&gt;Belgique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2019-03-26-+" rel="tag"&gt;Edition du 2019-03-26&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton38424-40bb0.jpg?1676511911' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;tir&#233; de : [CADTM-INFO] Banque mondiale, dettes coloniales, banques...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'elle soit inscrite depuis pr&#232;s de 40 ans dans de nombreuses constitutions et autres textes fondamentaux ou l&#233;gislatifs, comme la Charte des droits fondamentaux de l'Union europ&#233;enne, l'&#233;galit&#233; salariale entre les hommes et les femmes reste une illusion. Notre pays aurait tout int&#233;r&#234;t &#224; combler cette lacune, pour des raisons &#233;thiques mais aussi &#233;conomiques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;10 mars par Olivier Bonfond&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Europe ou aux &#201;tats-Unis, &#224; travail et responsabilit&#233;s &#233;gales, les femmes sont encore pay&#233;es entre 10 % et 30 % de moins que les hommes. Au Sud, la situation est encore bien pire. Dans un rapport de 2016, l'ONG ActionAid France estimait que la diff&#233;rence annuelle des in&#233;galit&#233;s de genre au travail pour les pays du Sud s'&#233;levait &#224; plus de 8 000 milliards d'euros, soit un montant sup&#233;rieur aux PIB combin&#233;s de la Grande-Bretagne, de la France et de l'Allemagne [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce montant ne tient pas compte du travail non r&#233;mun&#233;r&#233; de care, que l'on nomme aussi travail reproductif, &#224; savoir les travaux domestiques, l'&#233;ducation, les soins aux personnes d&#233;pendantes et &#226;g&#233;es, etc. Or, c'est un fait que l'on oublie souvent : une grande partie de ce travail repose encore aujourd'hui sur les femmes et n'est pas r&#233;mun&#233;r&#233;. Une &#233;tude de l'Insee a montr&#233; qu'en 2010 en France, le temps de travail domestique annuel &#233;quivalait &#224; 60 milliards d'heures, soit le m&#234;me nombre d'heures que le temps de travail r&#233;mun&#233;r&#233; [2]. Les Nations unies ont calcul&#233; que cette contribution &#224; la richesse mondiale, &#233;norme mais invisible, des femmes, s'&#233;l&#232;ve &#224; environ la moiti&#233; du PIB mondial ! Le slogan choisi cette ann&#233;e pour le 8 mars, &#171; Si les femmes s'arr&#234;tent, le monde s'arr&#234;te &#187;, est donc des plus appropri&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, il faut ajouter que les in&#233;galit&#233;s de genre dans le travail comportent d'autres dimensions : le travail des femmes reste g&#233;n&#233;ralement confin&#233; dans les emplois les moins r&#233;mun&#233;r&#233;s, les plus ingrats, les moins qualifi&#233;s et les plus pr&#233;caires. Fr&#233;quemment, elles n'obtiennent que des temps partiels, alors qu'elles souhaiteraient travailler &#224; temps plein. De plus, les femmes restent souvent rel&#233;gu&#233;es au bas de l'&#233;chelle hi&#233;rarchique. C'est ce qu'on appelle le &#171; plafond de verre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cinq minutes de courage politique ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le 1er janvier 2018, l'Islande est devenu le premier pays au monde o&#249; les in&#233;galit&#233;s de salaire entre les femmes et les hommes sont punissables par la loi. Cette nouvelle loi concerne toutes les entreprises, priv&#233;es et publiques, employant au minimum 25 personnes. Elle est int&#233;ressante &#224; deux niveaux. Premi&#232;rement, la charge de la preuve est invers&#233;e, c'est-&#224;-dire que ce n'est plus aux travailleuses de prouver la discrimination qu'elles subissent, mais aux entreprises de d&#233;montrer que, s'il y a un &#233;cart de salaire, le genre n'a rien &#224; voir l&#224;-dedans. Deuxi&#232;mement, les entreprises qui ne respectent pas la loi se verront infliger une amende de 400 euros par jour. Et si nos repr&#233;sentants politiques n'attendaient pas le 26 mai et prenaient 5 minutes de courage politique pour faire passer une loi identique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; La question de la sanction est fondamentale &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la sanction est fondamentale ici. Il est insuffisant et illusoire de se satisfaire d'engagements volontaires non obligatoires, bas&#233;s sur la confiance dans la bonne foi et le bon vouloir des grands acteurs &#233;conomiques. Il faut veiller &#224; mettre en place des outils efficaces de contr&#244;le et de sanction pour rendre effective l'&#233;galit&#233; salariale et obliger ainsi toutes les entreprises &#224; la respecter. En effet, comment esp&#233;rer que toutes les entreprises appliquent cette loi si elles savent pertinemment qu'elles resteront impunies si elles ne le font pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Imposer l'&#233;galit&#233; salariale pour assainir les finances publiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
En 2015 en Belgique, un rapport r&#233;alis&#233; conjointement par l'Institut pour l'&#233;galit&#233; des femmes et des hommes, le SPF Economie et le Bureau f&#233;d&#233;ral du Plan calculait que le salaire horaire brut des femmes &#233;tait inf&#233;rieur de 2,43 &#8364; &#224; celui des hommes. La moiti&#233; de cet &#233;cart s'explique par de nombreux facteurs : le secteur d'activit&#233;, la profession, le contrat ou encore l'exp&#233;rience. Ces facteurs ne sont pas ill&#233;gaux mais ne sont pas pour autant l&#233;gitimes comme par exemple la d&#233;valorisation salariale dans des secteurs d'activit&#233; qui sont majoritairement occup&#233;s par des femmes. Dans tous les cas, l'autre moiti&#233; de cet &#233;cart peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une discrimination &#224; l'&#233;gard des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un article datant &#233;galement de 2015, l'&#233;conomiste Olivier Derruine a calcul&#233; &#171; ce qui se passerait si, du jour au lendemain, chaque travailleur &#233;tait r&#233;mun&#233;r&#233; de mani&#232;re &#233;gale pour un m&#234;me travail, quel que soit son sexe, sans modifier la structure du march&#233; du travail belge, (&#8230;) et donc en appliquant uniquement une correction du salaire horaire brut des femmes sur la partie dite &#8220;inexpliqu&#233;e&#8221; de l'&#233;cart salarial. Il en ressort que l'ensemble des travailleuses devrait alors percevoir un revenu suppl&#233;mentaire de 3,6 milliards d'euros par an, soit environ 1 % du PIB. &#187; [3]. Il poursuit : &#171; en appliquant un taux de pr&#233;l&#232;vement d'environ 30 % pour avoir une estimation (grossi&#232;re) des recettes fiscales additionnelles qu'une plus grande &#233;galit&#233; salariale entre les sexes am&#232;nerait, on arrive &#224; 1,1 milliard. Si l'on rapporte ce montant &#224; l'ensemble de la l&#233;gislature, cela fait pr&#232;s de 5,4 milliards, soit &#224; peu pr&#232;s 1/3 des 17 milliards d'euros d'&#233;conomies budg&#233;taires envisag&#233;s par le gouvernement Michel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Poursuivre la mobilisation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La conclusion est &#224; la fois &#233;vidente et tr&#232;s int&#233;ressante : faire respecter la loi pourrait jouer un r&#244;le tr&#232;s utile quant &#224; l'am&#233;lioration des finances publiques, l'am&#233;lioration du pouvoir d'achat, et donc aussi quant &#224; la relance de l'activit&#233; &#233;conomique. A l'inverse, maintenir l'&#233;cart salarial constitue un frein pour notre &#233;conomie et notre s&#233;curit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la question de l'&#233;galit&#233; salariale est loin d'&#234;tre le seul enjeu des luttes f&#233;ministes, dans tous les cas, les femmes ont toujours toutes les meilleures raisons du monde de continuer &#224; se mobiliser pour que nos repr&#233;sentants politiques et toute la soci&#233;t&#233; se saisissent de la question f&#233;ministe pour transformer les rapports de genre et b&#226;tir une soci&#233;t&#233; o&#249; le respect et l'&#233;galit&#233; entre tous les &#234;tres humains deviennent la r&#232;gle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; par le quotidien belge Le Soir (8 mars 2019).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] &#171; Le grand &#233;cart : le co&#251;t des in&#233;galit&#233;s de genre au travail &#187;, ActionAid France-Peuples Solidaires, septembre 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] &#171; le travail domestique : 60 milliards d'heures en 2010 &#187;, Insee&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] &#171; Respecter les travailleuses pour relancer l'&#233;conomie &#187;, Par Olivier Derruine, Observatoire des in&#233;galit&#233;s, 22juin 2015&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une transition &#233;cologique peut-elle se faire avec le capitalisme ?</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Une-transition-ecologique-peut-elle-se-faire-avec-le-capitalisme</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Une-transition-ecologique-peut-elle-se-faire-avec-le-capitalisme</guid>
		<dc:date>2019-01-30T16:02:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Olivier Bonfond</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;cosocialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Actualit&#233;s &#233;cosocialistes</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-01-15</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Tant les confusions et les id&#233;es pr&#233;con&#231;ues sont puissantes et omnipr&#233;sentes sur le capitalisme, et tant l'impact du capitalisme sur nos vies et nos soci&#233;t&#233;s est important, r&#233;pondre &#224; cette question n&#233;cessiterait bien plus qu'une page ou deux. L'exercice exige donc des &#171; raccourcis &#187;. Essayons d'&#234;tre simples, sans tomber dans le simplisme. &lt;br class='autobr' /&gt;
tir&#233; de : entre les lignes et les mots 2018 - 50 - 29 d&#233;cembre : Notes de lecture et textes &lt;br class='autobr' /&gt; Une fois oui &lt;br class='autobr' /&gt;
OUI, car techniquement, c'est possible. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Environnement-41-" rel="directory"&gt;Environnement&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Ecosocialisme-158-+" rel="tag"&gt;&#201;cosocialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Actualites-ecosocialistes-+" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s &#233;cosocialistes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2019-01-15-+" rel="tag"&gt;Edition du 2019-01-15&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton37366-d3113.jpg?1676511911' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Tant les confusions et les id&#233;es pr&#233;con&#231;ues sont puissantes et omnipr&#233;sentes sur le capitalisme, et tant l'impact du capitalisme sur nos vies et nos soci&#233;t&#233;s est important, r&#233;pondre &#224; cette question n&#233;cessiterait bien plus qu'une page ou deux. L'exercice exige donc des &#171; raccourcis &#187;. Essayons d'&#234;tre simples, sans tomber dans le simplisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tir&#233; de : entre les lignes et les mots 2018 - 50 - 29 d&#233;cembre : Notes de lecture et textes&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une fois oui &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;OUI, car techniquement, c'est possible. Dans son excellent ouvrage L'impossible capitalisme vert (La D&#233;couverte, 2012), Daniel Tanuro montre que les technologies actuelles permettraient de se passer compl&#232;tement des combustibles fossiles et du nucl&#233;aire en deux g&#233;n&#233;rations : &#171; le potentiel cumul&#233; du solaire thermique, photovolta&#239;que et thermodynamique, du vent, de la biomasse et de la force hydraulique peut couvrir cinq &#224; six fois les besoins mondiaux en &#233;nergie primaire. &#187;. Il en va de m&#234;me de la destruction des for&#234;ts et des autres d&#233;sastres &#233;cologiques : il parfaitement possible d'y mettre fin rapidement. A l'heure o&#249; les dirigeants politiques et les populations affirment qu'il est urgentissime d'agir, pourquoi donc ce tournant &#233;cologique n'arrive pas &#224; se concr&#233;tiser ? Le fait que la logique capitaliste reste dominante au sein de nos soci&#233;t&#233;s constituent le c&#339;ur du probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Douze fois non&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Depuis le Sommet de la Terre de l'ONU en 1992, le monde entier sait que &#171; notre maison brule &#187;. Depuis lors, les engagements, les accords et les d&#233;clarations ambitieuses se sont multipli&#233;s. On essaye donc depuis minimum 25 ans de g&#233;rer le probl&#232;me et le bilan est sans appel : non seulement le capitalisme n'est pas parvenu &#224; freiner le changement climatique, la perte de biodiversit&#233;, la pollution de l'air, la destruction des for&#234;ts, l'artificialisation des sols, l'acidification des oc&#233;ans et autres joyeuset&#233;s, mais toutes ces destructions n'ont fait que s'aggraver et s'intensifier. Ajoutons que toutes les solutions mises en place par le syst&#232;me capitaliste (la &#171; croissance soutenable &#187;, le d&#233;veloppement durable, le march&#233; du carbone, les technologies vertes comme les agrocarburants, etc.) ont abouti &#224; des d&#233;sastres ou des &#233;checs fulgurants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Toutes les crises sociales et &#233;cologiques actuelles (alimentaire, financi&#232;re, &#233;conomique, sociale, climatique&#8230;) ont pour cause principale la recherche du profit et de la croissance. Faut-il rappeler que les banques priv&#233;es n'h&#233;sitent pas une seconde &#224; sp&#233;culer sur les produits agricoles et provoquer des famines, du moment que cela engendre des profits ? Citons Jean-Pierre Berlan : &#171; De la m&#234;me mani&#232;re, il faut revenir sur les larmes de crocodile que les m&#233;dias versent sur la faim dans le monde. Parce que la logique interne de notre syst&#232;me de production de profits signifie qu'on se contrefout du fait que les gens cr&#232;vent de faim. Tout &#231;a, c'est bon pour amuser les gogos, faire des &#233;missions et taper les spectateurs au portefeuille, les &#233;mouvoir et les culpabiliser. Mais en r&#233;alit&#233;, si &#231;a produit du profit de les faire crever de faim, on fera du profit en les affamant. C'est d'ailleurs le cas (1) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La logique capitaliste fera toujours passer le profit avant les autres imp&#233;ratifs. Si davantage de profit r&#233;sulte de la production de routes et d'automobiles que de chemins de fers et de trains, alors les voitures seront d&#233;velopp&#233;es au d&#233;triment des trains. Si la part des renouvelables dans la production d'&#233;nergie globale continue de stagner, la raison principale est claire : les multinationales de l'&#233;nergie (Exxon, BP, Total, etc.), c'est-&#224;-dire les plus grands pollueurs de la plan&#232;te, ne veulent pas se d&#233;tourner de la poule aux &#339;ufs d'or que repr&#233;sente le march&#233; des combustibles fossiles. On estime &#224; environ 1 500 milliards de dollars les profits annuels r&#233;alis&#233;s par ce secteur. Bien s&#251;r, des entreprises priv&#233;es peuvent investir dans des secteurs &#171; propres &#187; de l'&#233;conomie, et elles le font, mais elles ne le font pas pour sauver le climat, mais pour faire des profits, ou &#233;ventuellement pour faire du greenwashing, c'est-&#224;-dire se faire passer pour &#233;cologiquement responsables, soit en peignant de vert ce qui ne l'est pas du tout, soit en communiquant largement sur le peu de &#171; vert &#187; qu'elles font, tout en dissimulant le fait que leurs activit&#233;s principales restent tr&#232;s polluantes. Pavan Sukhdev, &#233;conomiste et banquier &#224; la Deutsche Bank en est parfaitement conscient : &#171; Le mod&#232;le actuel est arriv&#233; au bout de ce que nous pouvons imposer &#224; la plan&#232;te, mais mes clients n'investissent qu'avec des promesses de profit, et cela ne va pas changer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Une transition &#233;cologique digne de ce nom n&#233;cessite des investissements massifs sans rentabilit&#233; financi&#232;re imm&#233;diate. Les entreprises priv&#233;es capitalistes, ne s'int&#233;ressant qu'aux profits et donc &#224; la demande solvable, sont incapables de r&#233;aliser ces investissements. Rappelons ici que la plupart des grandes inventions et des grands projets techniques et technologiques ont d'abord &#233;t&#233; le fruit de l'initiative publique. L'organisation et le d&#233;veloppement des grands r&#233;seaux collectifs, tels que l'&#233;lectricit&#233;, le rail, les transports en commun, la poste, la t&#233;l&#233;distribustion, etc., mais aussi les grands travaux d'infrastructures (ponts, &#233;cluses, barrages, h&#244;pitaux, routes et autoroutes, etc.) n'ont pu &#234;tre possibles que via une intervention active de la puissance publique. L'action publique n'est pas parfaite par nature, mais elle est bien plus capable que le priv&#233; d'avoir une vision &#224; long terme. C'est donc tout sauf d'une logique capitaliste dont nous avons besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Le capitalisme est ce qu'il est, &#224; savoir un mod&#232;le de soci&#233;t&#233; bas&#233; sur le profit, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des grands moyens de production, l'exploitation de l'&#234;tre humain et de la nature, la croissance &#233;conomique, la comp&#233;tition et l'individualisme. Sa d&#233;finition suffit &#224; d&#233;montrer l'impasse qu'il constitue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Selon certains, imposer au capitalisme plus de r&#233;gulation serait suffisant pour r&#233;soudre les diff&#233;rentes crises auxquelles l'humanit&#233; doit faire face. Mais humaniser le capitalisme n'est pas possible. On peut am&#233;liorer les conditions de vie de certains groupes de population au sein du capitalisme, mais cela d&#233;pendra essentiellement des rapports de force sociaux. Mais a logique capitaliste est et restera ce qu'elle est : accumuler du capital, quelles qu'en soient les cons&#233;quences sociales ou environnementales. Mais que voulons-nous vraiment ? Am&#233;liorer &#224; la marge quelques &#233;l&#233;ments et diminuer l'ampleur des d&#233;sastres, avec la certitude que les capitalistes reviendront &#224; la charge d&#232;s qu'ils le pourront et reprendrons tout ce qui a &#233;t&#233; conc&#233;d&#233; aux peuples &#233;t&#233; &#224; la nature ? &#201;viter le pire aujourd'hui pour retomber dans une crise encore plus profonde dans quelques ann&#233;es ? Frank Lepage a bien exprim&#233; cette id&#233;e : &#171; Moraliser le capitalisme, &#231;a veut dire ceci : vous arrivez dans la jungle, en cale&#231;on, et vous vous retrouvez face &#224; un tigre affam&#233;. Et l&#224; vous lui dites : sage, kiki ! &#187; Ajoutons un &#233;l&#233;ment : au cours de la p&#233;riode 1945&#8211;1975 ; &#233;galement appel&#233;e p&#233;riode des Trente Glorieuses, il existait une r&#233;gulation importante du capital. Mais cette r&#233;gulation &#233;tait le fruit des luttes sociales (et d'une guerre qui avait montr&#233; l'implication criminelle des capitalistes dans le financement du r&#233;gime nazi) et non pas d'une quelconque clairvoyance ou capacit&#233; d'&#233;volution du syst&#232;me. Par ailleurs, ces trente ann&#233;es &#233;taient en r&#233;alit&#233; loin d'&#234;tre glorieuses, notamment parce que l'am&#233;lioration des conditions de vie d'une partie des populations du Nord s'est r&#233;alis&#233;e au d&#233;triment des travailleurs/euses du Sud et de la surexploitation de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. La transition &#233;cologique ne pourra pas devenir une r&#233;alit&#233; si l'on ne se pr&#233;occupe pas des questions de pauvret&#233; et d'in&#233;galit&#233;s. Or, malgr&#233; une rh&#233;torique de lutte contre la pauvret&#233;, le capitalisme produit et reproduit la pauvret&#233; et les in&#233;galit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. La logique capitaliste vise &#224; tout transformer en marchandise : l'eau, la terre, les mati&#232;res premi&#232;res mais aussi l'&#233;ducation, la connaissance, la sant&#233;, l'art, et m&#234;me l'&#234;tre humain. On le sent de mani&#232;re instinctive et la r&#233;alit&#233; est l&#224; pour nous le confirmer : cela m&#232;ne in&#233;vitablement &#224; des aberrations, &#224; la destruction de la nature et &#224; des catastrophes sociales &#224; r&#233;p&#233;tition. Or, il est fondamental de promouvoir les productions socialement utiles et &#233;cologiquement soutenable. C'est donc d'une logique non capitaliste dont nous avons besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Bien s&#251;r, des efforts importants peuvent et doivent &#234;tre faits au niveau individuel pour participer &#224; la lutte contre la destruction de l'environnement et le changement climatique : consommer moins et consommer &#233;quitable, trier ses d&#233;chets, prendre le train plut&#244;t que la voiture, etc. Ces actions sont utiles et n&#233;cessaires, et il faut tout faire pour qu'elles se g&#233;n&#233;ralisent. Cependant, r&#233;duire l'&#233;cologie &#224; une question de pratiques individuelles constitue une grave erreur. Les changements de comportements individuels, aussi important soient-ils, ne seront pas capables d'inverser les tendances actuelles, en particulier parce que les principaux responsables de la destruction de l'environnement, ce ne sont pas les individus mais bien les grandes entreprises capitalistes, via leurs modes de production, mais aussi via les contraintes qu'elles nous imposent en mati&#232;re de consommation. Donnons un chiffre : 90 entreprises sont responsables &#224; elles seules de plus de 63% des &#233;missions mondiales de gaz &#224; effet de serre depuis 1850 (2)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Compter sur une prise de conscience des patrons des multinationales est &#233;galement tr&#232;s na&#239;f. N'oublions pas que, d'un point de vue d'une entreprise, toute nouvelle r&#232;glementation &#233;cologique implique un co&#251;t, et cela, elles n'aiment pas, pour le dire gentiment. Bien s&#251;r, il existe des patrons d'entreprise qui ont une conscience &#233;cologique et sociale fortes, et qui essayent de faire tout ce qu'ils peuvent pour int&#233;grer ces principes dans leur mode de gestion. Mais, au sein du capitalisme financier globalis&#233;, ils n'ont pas vraiment le choix. Par ailleurs, comme dirait Michel Audiard : &#171; Il y a des patrons de gauche. Il y a aussi des poissons volants, mais qui ne constituent pas la majorit&#233; du genre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. De plus en plus de personnes d&#233;noncent le caract&#232;re intrins&#232;quement destructeur du capitalisme. Citons en quelques-uns. Suite &#224; la sortie de son dernier livre, le Capitalisme expliqu&#233; &#224; ma petite fille (en esp&#233;rant qu'elle en verra la fin, (Seuil, 2018), Jean Ziegler l'affirme avec force : &#171; Tout comme on a d&#233;truit l'esclavage et le colonialisme, le capitalisme doit &#234;tre d&#233;truit &#187;. Naomi Klein ne dit pas autre chose : &#171; le capitalisme, en raison de sa soif inextinguible de croissance et de profits, se dresse comme un obstacle sur l'unique chemin menant &#224; la transition rapide vers la sortie des &#233;nergies fossiles (3). &#187; En septembre 2018, 700 scientifiques fran&#231;ais signent une tribune pour tirer la sonnette d'alarme sur le d&#233;r&#232;glement climatique, et affirment que stabiliser le climat &#171; suppose d'engager une r&#233;volution de nos modes de d&#233;veloppement, de notre rapport collectif &#224; l'&#233;nergie et aux ressources naturelles, &#224; la consommation, &#224; la mobilit&#233;, au logement, aux loisirs, etc (4). &#187; Le jour o&#249; il annonce sa d&#233;mission sur France Inter, le 28 ao&#251;t 2018, Nicolas Hulot d&#233;clare : &#171; au moment o&#249; la plan&#232;te devient une &#233;tuve, cela m&#233;rite qu'on se retrouve et qu'on change d'&#233;chelle, qu'on change de paradigme. (&#8230;) On s'&#233;vertue &#224; entretenir un mod&#232;le &#233;conomique, qui est la cause de tous ces d&#233;sordres. &#187;. Ces diff&#233;rentes personnes sont pourtant loin d'&#234;tre des &#171; bolch&#233;viques r&#233;volutionnaires &#187; &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Le r&#233;cent &#171; Appel des 200 pour le climat &#187;, coordonn&#233; par l'actrice Juliette Binoche et l'astrophysicien Aur&#233;lien Barreau, r&#233;clamant une action politique &#171; ferme et imm&#233;diate &#187; est important, mais il ne doit pas passer &#224; c&#244;t&#233; d'un constat fondamental : ce n'est ni le bon sens, ni l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral qui m&#232;nent le monde. Un &#201;tat n'est pas une institution neutre qui agit de mani&#232;re libre et autonome en fonction de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. Un &#201;tat est avant tout la cristallisation des rapports de force au sein d'une soci&#233;t&#233;. Or aujourd'hui, ce sont les puissances &#233;conomiques et financi&#232;res qui d&#233;tiennent le pouvoir r&#233;el. Commentant la d&#233;mission de Nicolas Hulot, Jean Ziegler rappelait justement que &#171; les oligarchies financi&#232;res d&#233;tiennent le pouvoir, pas le ministre de l'Ecologie &#187;. Et ces oligarchies financi&#232;res ne veulent pas de cette transition car elle va &#224; l'encontre de leurs int&#233;r&#234;ts. Au sein du capitalisme financier globalis&#233;, il n'y a tout simplement aucune chance d'arriver &#224; r&#233;duire les &#233;missions de 80% &#224; 95% d'ici 2050. Faut-il rappeler que nous ne sommes m&#234;me pas arriv&#233;s &#224; imposer une ridicule taxe de 0,01% sur les transactions financi&#232;res sp&#233;culatives ? La volont&#233; politiqu&#233; est &#233;videmment importante, mais elle ne peut suffire. Si l'on veut changer la situation actuelle, les peuples doivent prendre leur destin en main, s'organiser et, par l'action collective, relever le d&#233;fi du changement. Aucune des grandes conqu&#234;tes sociales (abolition de l'esclavage, fin de la colonisation, s&#233;curit&#233; sociale, droits des femmes&#8230;) n'a &#233;t&#233; obtenue gr&#226;ce au seul courage politique. Elles ont toutes &#233;t&#233; le fruit de luttes populaires qui ont permis de modifier le rapport de force en faveur des populations. Du courage politique d'un c&#244;t&#233;, un mouvement social fort et autonome de l'autre : voil&#224; les &#233;l&#233;ments qui doivent se combiner dans une relation interactive et positive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Accepter avec simplicit&#233; la n&#233;cessit&#233; d'une r&#233;volution&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;solution viable et efficace de la crise &#233;cologique et climatique passera n&#233;cessairement par une transformation radicale de nos soci&#233;t&#233;s et de nos modes de production et de consommation. Si l'&#233;conomie de march&#233; pourra continuer &#224; fonctionner dans plusieurs secteurs, &#224; c&#244;t&#233; de l'&#233;conomie coop&#233;rative qui devrait &#233;galement jouer un r&#244;le pr&#233;dominant, tous les biens communs de l'humanit&#233; et les secteurs strat&#233;giques (eau, &#233;nergie, cr&#233;dit, &#233;ducation, sant&#233;, transports, etc.) doivent &#234;tre mis sous contr&#244;le citoyen et g&#233;r&#233;s prioritairement en fonction de la sauvegarde des &#233;cosyst&#232;mes et la justice sociale. Cela s'appelle le socialisme. Dans tous les cas, le profit, la croissance &#233;conomique, la concurrence, la comp&#233;tition, l'&#233;go&#239;sme et la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des grands moyens de production ne peuvent plus constituer les piliers de nos soci&#233;t&#233;s humaines. Cela s'appelle une r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, cela ne signifie absolument pas d&#233;fendre les r&#233;gimes tels que l'URSS de Staline, le Cambodge de Pol Pot, la Chine de Mao, ni celle d'aujourd'hui d'ailleurs. Il est clair que les exp&#233;riences du 20&#232;me si&#232;cle ont &#233;chou&#233;, mais c'est faire honte &#224; la cr&#233;ativit&#233; humaine que de penser que nous ne sommes pas capables de faire mieux et autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Olivier Bonfond&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.calliege.be/salut-fraternite/103/une-transition-ecologique-peut-elle-se-faire-avec-le-capitalisme%E2%80%89/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.calliege.be/salut-fraternite/103/une-transition-ecologique-peut-elle-se-faire-avec-le-capitalisme%E2%80%89/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Jean-Pierre Berlan, &#171; Il faut r&#233;inventer le contraire du monde dans lequel nous sommes &#187;, Article11, 24 mars 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) Christophe Bonneuil, &#171; Tous responsables ? &#187;, Le Monde diplomatique, novembre 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) Naomi Klein, &#171; Le capitalisme est la cause du d&#233;r&#232;glement climatique &#187;, Lemediapresse.fr, 3 septembre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(4) Collectif, R&#233;chauffement climatique : &#171; Nous en appelons aux d&#233;cideurs politiques &#187; ; Liberation.fr, 7 septembre 2018.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le courage politique existe, mais il ne tombe pas du ciel</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-courage-politique-existe-mais-il-ne-tombe-pas-du-ciel</link>
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		<dc:subject>Edition du 2018-06-26</dc:subject>

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&lt;p&gt;20 juin 2018 | tir&#233; du site du CADTM &lt;br class='autobr' /&gt;
Des in&#233;galit&#233;s toujours plus scandaleuses, des conflits sanglants qui perdurent, des catastrophes naturelles qui se multiplient, des multinationales qui violent les droits humains, des politiques antisociales qui se propagent un peu partout, des centaines de millions de personnes qui meurent de faim alors qu'il est possible de nourrir correctement 12 milliards d'individus&#8230; Ne nous voilons pas la face : l'orientation g&#233;n&#233;rale de notre monde est noire, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Le-Monde-" rel="directory"&gt;Le Monde&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-135-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-846-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2018-06-26-+" rel="tag"&gt;Edition du 2018-06-26&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH86/arton35365-4466b.png?1676511911' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='86' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;20 juin 2018 | tir&#233; du site du CADTM&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des in&#233;galit&#233;s toujours plus scandaleuses, des conflits sanglants qui perdurent, des catastrophes naturelles qui se multiplient, des multinationales qui violent les droits humains, des politiques antisociales qui se propagent un peu partout, des centaines de millions de personnes qui meurent de faim alors qu'il est possible de nourrir correctement 12 milliards d'individus&#8230; Ne nous voilons pas la face : l'orientation g&#233;n&#233;rale de notre monde est noire, d&#233;primante, r&#233;voltante. Indigne de notre humanit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TINA, vraiment ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nier cette triste r&#233;alit&#233; est impossible. Mais de l&#224; &#224; affirmer qu'on ne peut rien y changer, que le n&#233;olib&#233;ralisme est notre seul horizon, il y a un pas &#224; ne pas franchir. Les march&#233;s financiers et les multinationales seraient trop puissantes. La dette devrait &#234;tre pay&#233;e, coute que coute. L'aust&#233;rit&#233; serait une fatalit&#233;. Bref, le slogan de Margaret Thatcher &#171; TINA &#187; (There Is No Alternative) serait toujours d'actualit&#233;. Ces affirmations doivent &#234;tre combattues avec force. Pour deux raisons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Premi&#232;rement, parce qu'en rangeant celles et ceux qui veulent agir pour changer le monde du c&#244;t&#233; des r&#234;veurs, elles nourrissent le fatalisme et la r&#233;signation. Or, comment r&#233;fl&#233;chir sereinement &#224; un autre monde si on part du principe qu'on ne pourra pas le changer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, parce qu'elles sont fausses. En effet, un peu partout dans le monde, outre les nombreuses initiatives citoyennes porteuses d'espoirs, des autorit&#233;s publiques refusent de se soumettre aux puissances &#233;conomiques et financi&#232;res, et mettent en &#339;uvre des politiques en faveur des populations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des succ&#232;s en Am&#233;rique latine &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la &#171; longue nuit n&#233;olib&#233;rale &#187; des ann&#233;es 1980 et 1990, plusieurs gouvernements progressistes d'Am&#233;rique latine sont arriv&#233;s au pouvoir au d&#233;but des ann&#233;es 2000 et ont appliqu&#233; d'autres politiques. Syst&#233;matiquement, les n&#233;olib&#233;raux ont affirm&#233; que ces politiques &#233;taient irr&#233;alisables, et qu'elles allaient provoquer le chaos ou la r&#233;cession. C'est le contraire qui s'est pass&#233;. Pr&#233;sentons rapidement quelques-unes de ces mesures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au Venezuela : reprendre le contr&#244;le du p&#233;trole pour financer le d&#233;veloppement humain &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'arriv&#233;e au pouvoir de Hugo Chavez en 1998, le Venezuela a d&#233;cid&#233; de reprendre le contr&#244;le de son p&#233;trole. Gr&#226;ce &#224; cela, les recettes de l'&#201;tat v&#233;n&#233;zu&#233;lien se sont envol&#233;es et il a &#233;t&#233; possible de mettre en &#339;uvre des politiques socio&#233;conomiques aux r&#233;sultats impressionnants dans de nombreux domaines : taux de mortalit&#233; infantile divis&#233; par deux, &#233;radication de l'analphab&#233;tisme, augmentation de 300% de la population universitaire, forte diminution du taux de ch&#244;mage, r&#233;duction de l'extr&#234;me pauvret&#233;&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En Argentine : suspendre le paiement de la dette &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2002, sous la pression populaire, le gouvernement argentin d&#233;cr&#233;tait la plus importante suspension de paiement de la dette ext&#233;rieure de l'histoire (environ 100 milliards de dollars). Le FMI avait pr&#233;dit le chaos. Il n'en fut rien. Non seulement le gouvernement argentin a r&#233;ussi &#224; imposer &#224; ses cr&#233;anciers une r&#233;duction de plus de 60% de sa dette, mais en plus, notamment gr&#226;ce &#224; la d&#233;valuation de la monnaie et &#224; la relance de l'&#233;conomie par la demande interne, le pays a connu un taux de croissance annuel moyen de 8% entre 2003 et 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En Bolivie : modifier les contrats avec les multinationales &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; l'accession au pouvoir d'Evo Morales en 2006, le gouvernement bolivien a pris des mesures fortes, notamment sur le gaz, secteur &#233;conomique le plus important du pays et, par ailleurs, secteur privatis&#233; au cours des ann&#233;es 1990. Avant, pour chaque litre de gaz produit et export&#233;, l'Etat bolivien prenait 18% de taxe, tandis que la multinationale conservait les 82% restant. Apr&#232;s Morales et jusqu'&#224; aujourd'hui, c'est l'inverse : l'Etat garde 82% et l'entreprise 18%. Gr&#226;ce &#224; cette mesure, l'&#201;tat a vu ses recettes publiques exploser et a ainsi pu accro&#238;tre les investissements publics et les d&#233;penses sociales, r&#233;duire la pauvret&#233;, instaurer un syst&#232;me de retraite universelle, et faire passer l'&#226;ge de la pension de 65 &#224;&#8230; 58 ans !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En &#201;quateur : auditer la dette et imposer une r&#233;duction aux cr&#233;anciers&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre 2008, apr&#232;s avoir r&#233;alis&#233; un audit, le gouvernement &#233;quatorien de Rafael Correa a annonc&#233; qu'il suspendait le paiement d'une partie de sa dette consid&#233;r&#233;e comme ill&#233;gale et ill&#233;gitime. Au final, il a r&#233;ussi &#224; imposer aux cr&#233;anciers une forte r&#233;duction de sa dette publique. L'&#233;conomie r&#233;alis&#233;e, estim&#233;e &#224; 7 milliards de dollars, a &#233;t&#233; investie dans la sant&#233; et l'&#233;ducation. Cette exp&#233;rience montre qu'un gouvernement, y compris d'un &#171; petit &#187; pays, peut faire plier les cr&#233;anciers et investir dans le social au lieu de payer la dette &#8211; soit faire exactement l'inverse de ce qu'on demande de nos jours aux &#201;tats europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et en Europe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les politiques n&#233;olib&#233;rales sont toujours largement dominantes sur notre continent. Cela ne signifie pas pour autant que le courage politique d'affronter cette logique est totalement inexistant. Citons quelques exemples parmi les dizaines qui existent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En Islande : sanctionner les entreprises qui ne respectent pas le principe &#171; &#224; travail &#233;gal, salaire &#233;gal &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que l'&#233;galit&#233; salariale soit inscrite dans de nombreuses l&#233;gislations, faute de sanctions, les femmes sont toujours pay&#233;es environ 20% de moins que les hommes, &#224; travail et responsabilit&#233;s &#233;gaux. En Islande, une loi est entr&#233;e en vigueur le 1er janvier 2018, exposant les entreprises et les entit&#233;s publiques &#224; une sanction financi&#232;re en cas de non-respect de cette loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En Belgique : plusieurs communes s'opposent &#224; la privatisation de Belfius &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers mois, notamment gr&#226;ce au travail de la plateforme &#171; Belfius est &#224; nous &#187;, des motions appelant le gouvernement f&#233;d&#233;ral &#224; ne pas privatiser Belfius ont &#233;t&#233; vot&#233;es ou mises &#224; l'ordre du jour dans plusieurs conseils communaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
La motion demande au gouvernement de revenir sur sa d&#233;cision, d'organiser un d&#233;bat public sur l'avenir de la banque et d'assurer, via Belfius, le financement des collectivit&#233;s locales et du secteur associatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En France : de nombreuses communes osent une autre politique migratoire &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis de nombreuses ann&#233;es, beaucoup de migrant-e-s &#171; roms &#187; connaissent les pires difficult&#233;s : discriminations, pr&#233;carit&#233;, harc&#232;lements policiers&#8230; Mais cette r&#233;alit&#233; n'est pas une fatalit&#233;. Les initiatives de certaines autorit&#233;s locales, mettant en place des villages d'insertion, un suivi de la scolarisation, des aides &#224; la recherche d'emploi, ainsi qu'une implication des habitants du lieu et des Roms eux-m&#234;mes, permettent l'int&#233;gration de ces migrants, et montrent que la solidarit&#233; n'est pas un vain mot. Soulignons &#233;galement l'&#233;lan de solidarit&#233;, &#224; la fois magnifique et concret, des Bruxelloises et Bruxellois envers les r&#233;fugi&#233;s via la plateforme citoyenne de soutien et d'h&#233;bergement des r&#233;fugi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En Espagne : les collectivit&#233;s s'unissent contre le paiement des dettes ill&#233;gitimes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En octobre 2016, plus de 580 &#233;lu-e-s, dont des conseiller-e-s, d&#233;put&#233;-e-s et eurod&#233;put&#233;-e-s, ont sign&#233; le Manifeste d'Oviedo, constituant ainsi un front contre la dette ill&#233;gitime. Ils d&#233;noncent notamment le fait qu'en 2012, le Premier ministre Mariano Rajoy a forc&#233; les municipalit&#233;s &#224; rembourser des emprunts bancaires &#224; un taux de 5,65%, alors que ces m&#234;mes banques se finan&#231;aient &#224; du 0,75%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En Islande : le gouvernement reprend le contr&#244;le des capitaux et met des banquiers en prison &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre de la gestion de sa crise financi&#232;re en 2008, l'Islande a r&#233;introduit un contr&#244;le sur les mouvements de capitaux. Ce contr&#244;le a jou&#233; un r&#244;le positif, notamment pour stabiliser la monnaie et emp&#234;cher la fuite massive de capitaux. Gr&#226;ce &#224; d'autres mesures encore, l'Islande a pu sortir relativement vite de la r&#233;cession. M&#234;me s'il doit encore faire face &#224; de graves difficult&#233;s, ce petit pays a montr&#233; que, lorsqu'on affronte une crise financi&#232;re, il n'est pas obligatoire de suivre les r&#232;gles pr&#233;conis&#233;es par les manuels n&#233;olib&#233;raux de la Tro&#239;ka. Par ailleurs, l'Islande est le seul pays &#224; avoir condamn&#233; et mis en prison des dirigeants de banque. Les crimes commis par les plus grandes banques sont pourtant irr&#233;futables : escroquerie en bande organis&#233;e &#224; l'encontre des clients, blanchiment d'argent du crime organis&#233;, organisation syst&#233;matique de la fraude fiscale &#224; tr&#232;s grande &#233;chelle, manipulation des taux d'int&#233;r&#234;t, faux et usage de faux, d&#233;lits d'initi&#233;s, destructions de preuves, enrichissement abusif, complicit&#233; dans des crimes de guerre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces victoires sont insuffisantes, mais &#8230; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, face au rouleau compresseur n&#233;olib&#233;ral, ces quelques &#171; victoires &#187; restent totalement insuffisantes. Plusieurs remarques s'imposent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Primo, elles montrent concr&#232;tement qu'il est possible de faire autrement. Elles constituent ainsi des sources d'inspiration et nous aident &#224; lutter contre le fatalisme ambiant. A ce titre, il est fondamental de les connaitre et les faire connaitre. C'est l'objectif que poursuit le site &lt;a href=&#034;http://www.bonnes-nouvelles.be&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.bonnes-nouvelles.be&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Secundo, l'orientation g&#233;n&#233;rale ne doit pas occulter l'existence d'une forte et croissante volont&#233; populaire dans de nombreux pays de rompre avec le syst&#232;me actuel qui est bas&#233; sur l'&#233;go&#239;sme, le profit et l'exploitation des peuples et de la nature. Lors des derni&#232;res &#233;lections pr&#233;sidentielles, 7 millions de Fran&#231;aises et de Fran&#231;ais ont vot&#233; pour le programme de &#171; la France Insoumise &#187;, clairement progressiste et anti-TINA. Au Royaume-Uni, avec un programme pr&#244;nant la nationalisation des secteurs strat&#233;giques, la gratuit&#233; de l'enseignement ou encore l'augmentation du salaire minimum, la gauche a fait une perc&#233;e spectaculaire en 2017, pour atteindre 40% dans les urnes. De m&#234;me, n'oublions pas le mouvement des indign&#233;s en Espagne, qui a popularis&#233; pour des millions de personnes des propositions visant &#224; renforcer la d&#233;mocratie, limiter le pouvoir des banques, redistribuer radicalement les richesses. N'oublions pas non plus qu'avec des propositions telles que la fin des interventions militaires, la sant&#233; et l'&#233;ducation pour tous et la mise au pas de Wall Street, Bernie Sanders a remport&#233; 15 millions de votes aux USA et est pass&#233; &#224; deux doigts de devenir le premier pr&#233;sident am&#233;ricain non-millionnaire depuis plus de cent ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tertio, consid&#233;rer l'exemple grec comme la preuve qu'on ne peut pas sortir du n&#233;olib&#233;ralisme constitue une grave erreur. N'oublions pas qu'en Am&#233;rique latine, apr&#232;s la crise mondiale de la dette de 1982, il a fallu attendre 16 ans pour que les peuples se soul&#232;vent et appuient des gouvernements d&#233;cid&#233;s &#224; rompre avec la logique dominante. Apr&#232;s la crise de la dette en 2009, l'Europe aura donc d&#251; attendre 6 ans pour qu'un premier gouvernement anti-aust&#233;rit&#233; et anti-TINA soit port&#233; au pouvoir par sa population. Bien s&#251;r, cette premi&#232;re tentative s'est sold&#233;e par un fiasco politique et un drame social. Mais d'autres exp&#233;riences vont n&#233;cessairement arriver. Il est donc fondamental d'analyser correctement cette premi&#232;re exp&#233;rience pour en tirer les le&#231;ons et &#233;viter de reproduire les m&#234;mes erreurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire n'est pas finie. Des nouvelles conqu&#234;tes d&#233;mocratiques et sociales sont possibles. Mais pour les concr&#233;tiser, la lucidit&#233; et le courage politique ne suffiront pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les mesures progressistes ne tombent pas du ciel &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants des gouvernements &#233;quatorien, argentin, bolivien et v&#233;n&#233;zu&#233;lien ont fait preuve d'un courage politique que personne ne peut nier. Cependant, ce qui s'est pass&#233; dans ces pays ne serait jamais arriv&#233; &#8211; ou se serait arr&#234;t&#233; pr&#233;matur&#233;ment &#8211; si les peuples ne s'&#233;taient pas mobilis&#233; massivement &#224; plusieurs reprises. Chavez, Morales ou Correa ne sont pas des hommes providentiels tomb&#233;s du ciel. Ils sont d'abord le produit des luttes et de l'activit&#233; sociale qui ont &#233;t&#233; men&#233;es dans ces pays et qui ont forg&#233; une nouvelle conscience critique collective.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aucune des grandes conqu&#234;tes sociales (abolition de l'esclavage, fin de la colonisation, s&#233;curit&#233; sociale, droits des femmes&#8230;) n'a &#233;t&#233; obtenue gr&#226;ce au seul courage politique. Elles ont toutes &#233;t&#233; le fruit de luttes populaires qui ont permis de modifier le rapport de force en faveur des populations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, face &#224; des gouvernements n&#233;olib&#233;raux servant les int&#233;r&#234;ts des &#171; 1% &#187;, il est n&#233;cessaire de construire des contre-pouvoirs capables de r&#233;sister. Demain, lorsque de courageux dirigeants anti-TINA seront port&#233;s au pouvoir, de puissants mouvements sociaux demeureront n&#233;cessaires pour les appuyer massivement lorsqu'ils s'attaqueront aux int&#233;r&#234;ts des puissances &#233;conomiques. Et pour maintenir la pression n&#233;cessaire afin qu'ils ne se remettent pas &#224; &#339;uvrer en faveur des int&#233;r&#234;ts de la minorit&#233; d&#233;tentrice. Il importe donc que les mouvements sociaux soient ind&#233;pendants des pouvoirs en place. Du courage politique d'un c&#244;t&#233;, un mouvement social fort et autonome de l'autre : voil&#224; les &#233;l&#233;ments qui doivent se combiner dans une relation interactive et positive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article a &#233;t&#233; initialement publi&#233; par le Trimestriel du Centre Avec : la revue En Question n&#176;125 (juin 2018) &lt;a href=&#034;http://www.centreavec.be/site/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.centreavec.be/site/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Olivier Bonfond, &#233;conomiste, conseiller au Centre d'&#201;ducation populaire Andr&#233; Genot, membre du CADTM, et coordinateur du site &lt;a href=&#034;http://www.bonnes-nouvelles.be&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.bonnes-nouvelles.be&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Pour se lib&#233;rer de la domination de la dette, la n&#233;gociation &#224; l'amiable ne peut pas fonctionner &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Pour-se-liberer-de-la-domination-de-la-dette-la-negociation-a-l-amiable-ne-peut</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Pour-se-liberer-de-la-domination-de-la-dette-la-negociation-a-l-amiable-ne-peut</guid>
		<dc:date>2017-09-25T23:35:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Aur&#233;lien Berthier, Olivier Bonfond, Sarah de Liamchine</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2017-09-26</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Alors qu'Olivier Bonfond sort son livre &#171; Il faut tuer TINA, 200 propositions pour rompre avec le fatalisme et changer le monde &#187; (Editions du Cerisier, f&#233;vrier 2017), nous avons souhait&#233; revenir avec lui sur la question de la dette, sur ses m&#233;canismes et sur son r&#244;le politique. Mais aussi sur les le&#231;ons &#224; tirer de l'&#233;pisode grec de 2015. Un moment politique intense v&#233;cu de pr&#232;s par cet &#233;conomiste et militant li&#233;geois puisqu'il &#233;tait alors membre de la Commission internationale qui a audit&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Le-Monde-" rel="directory"&gt;Le Monde&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-135-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-846-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2017-09-26-+" rel="tag"&gt;Edition du 2017-09-26&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH70/arton31988-10de6.png?1676511911' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='70' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alors qu'Olivier Bonfond sort son livre &#171; Il faut tuer TINA, 200 propositions pour rompre avec le fatalisme et changer le monde &#187; (Editions du Cerisier, f&#233;vrier 2017), nous avons souhait&#233; revenir avec lui sur la question de la dette, sur ses m&#233;canismes et sur son r&#244;le politique. Mais aussi sur les le&#231;ons &#224; tirer de l'&#233;pisode grec de 2015. Un moment politique intense v&#233;cu de pr&#232;s par cet &#233;conomiste et militant li&#233;geois puisqu'il &#233;tait alors membre de la Commission internationale qui a audit&#233; la dette publique grecque.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;tir&#233; de : [CADTM-INFO] BULLETIN &#201;LECTRONIQUE - Mardi 19 septembre 2017&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Aur&#233;lien Berthier et Sarah de Liamchine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Q1) Depuis 2008, la question de la dette est devenue omnipr&#233;sente en Europe. Pourquoi a-t-elle surgi soudainement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Q2) Les &#201;tats avaient-ils vraiment le choix ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Q3) En quoi la dette constitue-t-elle un m&#233;canisme de transfert de richesses des citoyens vers les d&#233;tenteurs de capitaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Q4) En quoi la dette constitue-t-elle un outil de domination sur les &#201;tats et les politiques &#233;conomiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Q5) A-t-on des exemples pr&#233;cis de cette domination politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Q6) Ce m&#233;canisme a-t-il jou&#233; un r&#244;le dans le cas grec ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Q7) On compare souvent la dette d'un &#201;tat avec la dette d'un m&#233;nage, mais est-ce vraiment comparable ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Q8) Dans l'esprit des gens, avoir des dettes est une mauvaise chose en soi. Es-tu d'accord avec cela ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Q9) S'il est n&#233;cessaire de s'endetter, quels aspects sont &#224; prendre en compte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Q10) Faut-il toujours rembourser sa dette ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Q11) O&#249; peut r&#233;sider l'ill&#233;galit&#233; d'une dette publique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Q12) Et en ce qui concerne l'ill&#233;gitimit&#233; de la dette grecque ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Q13) Est-ce que la dette est fabriqu&#233;e par les trait&#233;s europ&#233;ens ? Et si oui, faut-il d&#233;sob&#233;ir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Q14) Quelles le&#231;ons peut-on tirer de l'&#233;pisode grec ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Q15) Qu'est-ce que le gouvernement Tsipras aurait pu faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q1) Depuis 2008, la question de la dette est devenue omnipr&#233;sente en Europe. Pourquoi a-t-elle surgi soudainement ? N'y avait-il pas de dette auparavant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, bien s&#251;r, tous les pays europ&#233;ens &#233;taient endett&#233;s, mais c'est &#224; partir de 2008, suite &#224; la crise financi&#232;re, que les dettes publiques en Europe ont explos&#233;. &#192; titre d'exemple, entre 2007 et 2016, la dette publique de la France est pass&#233;e de 65 % du PIB &#224; 98 %, celle de l'Espagne de 35 % &#224; 101 %, et celle de la Belgique de 84 % &#224; 110 %. Ce point est tr&#232;s important car il montre que le soi-disant probl&#232;me de la dette n'est, en r&#233;alit&#233;, pas une crise des dettes publiques, mais bien une crise des dettes bancaires priv&#233;es, qui ont &#233;t&#233; massivement, et de mani&#232;re scandaleuse, transform&#233;es en dettes publiques via les sauvetages bancaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#201;tats ont en effet inject&#233; pr&#232;s de 1600 milliards d'euros dans les banques europ&#233;ennes pour les sauver. Or, dans la grande majorit&#233; des cas, ces sauvetages ont &#233;t&#233; financ&#233;s via l'&#233;mission de titres de la dette&lt;br class='autobr' /&gt; publique sur les march&#233;s financiers, ce qui a provoqu&#233; une augmentation m&#233;canique de la dette publique. Ajoutons que ce n'est sans doute pas fini, puisque les banques continuent de sp&#233;culer &#224; leur guise. De nouvelles crises et de nouvelles injections de capitaux sont donc &#224; pr&#233;voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q2) Mais les &#201;tats avaient-ils vraiment le choix ? En n'agissant pas, ne courait-on pas le risque de voir tout le syst&#232;me financier s'effondrer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#201;tats ont sans doute eu raison d'agir pour sauver le secteur financier, mais ils auraient d&#251; le faire tout autrement, au minimum en imposant des conditionnalit&#233;s et une r&#233;gulation tr&#232;s forte. Or, ces sauvetages ont &#233;t&#233; octroy&#233;s sans aucune contrepartie. R&#233;sultat : les banques, alors qu'elles &#233;taient &#224; deux doigts de la faillite, se retrouvent plus puissantes que jamais et arrivent &#224; imposer aux &#201;tats de mener des politiques qui servent les int&#233;r&#234;ts de la finance. En r&#233;alit&#233;, on a rat&#233; l&#224; une formidable opportunit&#233; de reprendre le contr&#244;le du secteur financier et de le remettre &#224; sa place, pour qu'il devienne un outil au service de l'&#233;conomie r&#233;elle et de la transition &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q3) En quoi la dette constitue-t-elle un m&#233;canisme de transfert de richesses des citoyens vers les d&#233;tenteurs de capitaux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dette est un outil de domination politique mais aussi un m&#233;canisme de transfert de richesses car elle siphonne une partie importante des richesses produites par les citoyens vers les d&#233;tenteurs de capitaux via le m&#233;canisme des int&#233;r&#234;ts. Pour la Belgique, cela repr&#233;sente environ 10 milliards d'euros par an. Si on prend la p&#233;riode 1992-2012, on constate que l'&#201;tat a vers&#233; aux banques au titre du paiement des int&#233;r&#234;ts la somme de 306 milliards d'euros. On parle souvent du co&#251;t du travail, mais voil&#224; une illustration tr&#232;s concr&#232;te du co&#251;t du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q4) En quoi la dette constitue-t-elle un outil de domination sur les &#201;tats et les politiques &#233;conomiques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un outil de domination politique notamment via ce qu'on appelle le roll-over &#8211; roulement de la dette &#8211; qui fait que ce m&#233;canisme de transfert est programm&#233; pour ne jamais s'arr&#234;ter, et que les &#201;tats ne diminuent jamais leur endettement en valeur absolue. Donnons un exemple : la Belgique emprunte 4 milliards d'euros sur dix ans &#224; une banque, &#224; du 2 %, elle remboursera d&#232;s lors 2 % chaque ann&#233;e. Mais &#224; la dixi&#232;me ann&#233;e, elle devra rembourser les 2 % d'int&#233;r&#234;t ainsi que les 4 milliards d'euros emprunt&#233;s au d&#233;part. Or, elle ne les a pas en caisse. Une n&#233;gociation commence alors entre l'Agence de la dette belge (d&#233;pendant du minist&#232;re des Finances) et les march&#233;s financiers, pour concr&#233;tiser un nouvel emprunt de 4 milliards afin de rembourser le capital arrivant &#224; &#233;ch&#233;ance. La dette de 4 milliards est donc bel et bien rembours&#233;e, mais via un nouvel emprunt du m&#234;me montant. Ce m&#233;canisme de roll-over, qui se pratique partout dans le monde, arrange particuli&#232;rement les banques. D'une part, cela leur permet de continuer &#224; toucher ind&#233;finiment les int&#233;r&#234;ts de la dette. D'autre part, cela leur permet de maintenir une pression et une d&#233;pendance sur les &#201;tats, pour les inciter &#224; ne pas appliquer des politiques allant &#224; l'encontre de leurs int&#233;r&#234;ts (comme par exemple la r&#233;gulation bancaire), ou pour les pousser &#224; mettre en &#339;uvre des politiques favorables aux d&#233;tenteurs de capitaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q5) A-t-on des exemples pr&#233;cis de cette domination politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, il y a des centaines d'exemples. C'est notamment ce qui se passe au Sud depuis plus de 30 ans. Le FMI et les cr&#233;anciers imposent aux &#201;tats, &#233;trangl&#233;s par la dette, de vendre leurs ressources naturelles &#224; bas prix, de privatiser et lib&#233;raliser leurs secteurs strat&#233;giques tels que l'eau ou les transports, sans oublier bien s&#251;r de les obliger &#224; r&#233;duire les d&#233;penses sociales (sant&#233;, &#233;ducation, etc.) pour prioriser le paiement des int&#233;r&#234;ts de la dette&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, cette utilisation de la dette comme une arme d'exploitation est beaucoup plus ancienne qu'on ne le croit. Dans mon livre, je cite Karl Marx qui &#233;crit en 1867 dans Le Capital que &#171; La dette publique, en d'autres termes l'ali&#233;nation de l'&#201;tat, marque de son empreinte l'&#232;re capitaliste. La dette publique op&#232;re comme un des agents les plus &#233;nergiques de l'accumulation primitive &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q6) Ce m&#233;canisme a-t-il jou&#233; un r&#244;le dans le cas grec ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas grec, une des raisons cl&#233;s pour laquelle les cr&#233;anciers ne voulaient pas supprimer la dette, c'est qu'on voulait imposer &#224; Alexis Tsipras et &#224; son gouvernement de poursuivre les politiques n&#233;olib&#233;rales d'aust&#233;rit&#233;. Le troisi&#232;me m&#233;morandum, que Tsipras a sign&#233; apr&#232;s avoir capitul&#233; en juillet 2015, indiquait express&#233;ment ce qu'il fallait privatiser &#8211; notamment les a&#233;roports r&#233;gionaux, les routes, les ports, les &#238;les, les plages. Et, dans les trois semaines qui ont suivi la signature du m&#233;morandum, on a vu des entreprises allemandes acheter ces a&#233;roports r&#233;gionaux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons un point qu'on met rarement en &#233;vidence. Quand le gouvernement de Tsipras est arriv&#233; au pouvoir en janvier 2015, les march&#233;s financiers ont, de fait, stopp&#233; le m&#233;canisme de roll-over. Ce qui fait que du 25 janvier &#224; juillet 2015, la Gr&#232;ce a donc d&#251; payer le capital avec ses propres ressources, ce qu'aucun &#201;tat ne fait jamais ! Cela a eu pour effet de vider totalement les caisses de l'&#201;tat grec et de rendre la situation intenable. On le voit ici tr&#232;s bien, l'outil de domination que repr&#233;sente la dette et le roll-over : &#171; soit tu fais ce que je dis, soit je ne te pr&#234;te plus les montants n&#233;cessaires pour que tu rembourses le capital arrivant &#224; &#233;ch&#233;ance, et c'est l'&#233;tranglement assur&#233; &#187;. C'est arriv&#233; &#224; la Gr&#232;ce, mais aucun pays n'est &#224; l'abri. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; absolue de se lib&#233;rer du joug de la dette&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q7) On compare souvent la dette d'un &#201;tat avec la dette d'un m&#233;nage, mais est-ce vraiment comparable ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dette d'un &#201;tat n'est pas du tout comparable &#224; celle d'un m&#233;nage pour plusieurs raisons. D'abord, parce qu'un m&#233;nage ne peut pas d&#233;cider de gagner 100, 200 ou 300 euros de plus, contrairement &#224; l'&#201;tat qui, lui, a toute une panoplie de mesures politiques et &#233;conomiques qu'il peut mettre en &#339;uvre pour augmenter ses recettes. Ensuite, contrairement &#224; un m&#233;nage, quand un &#201;tat joue sur ses d&#233;penses, cela a tout une s&#233;rie de cons&#233;quences, y compris sur ses recettes. Quand un m&#233;nage diminue ses d&#233;penses fixes (par exemple son abonnement de t&#233;l&#233;phone), il fera des &#233;conomies et am&#233;liorera sa situation en fin de mois. Mais lorsqu'un &#201;tat diminue ses d&#233;penses sociales ou ses investissements, cela a tendance &#224; contracter l'activit&#233; &#233;conomique, ce qui veut dire moins de consommation, moins de profit pour les entreprises, moins de pouvoir d'achat, et donc aussi moins de recettes li&#233;es &#224; la TVA, &#224; l'imp&#244;t des personnes physiques, &#224; l'imp&#244;t des soci&#233;t&#233;s. C'est ce qu'on appelle le cercle vicieux de l'aust&#233;rit&#233; : plus un &#201;tat diminue ses d&#233;penses, plus son d&#233;ficit budg&#233;taire et sa dette augmentent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q8) Dans l'esprit des gens, avoir des dettes est une mauvaise chose en soi. Toi qui milite avec le CADTM, le CEPAG et d'autres mouvements pour l'annulation des dettes, es-tu d'accord avec cela ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, c'est vrai qu'il faut &#233;viter de consid&#233;rer la dette publique comme un mal en soi, comme une chose &#224; &#233;viter &#224; tout prix. Revendiquer l'annulation des dettes ill&#233;gales et ill&#233;gitimes ne signifie pas qu'il faille refuser toute forme d'endettement public. Un &#201;tat peut en effet avoir int&#233;r&#234;t &#224; s'endetter. Il en est ainsi lorsque c'est pour investir dans des projets de grande ampleur et d'utilit&#233; publique, si c'est pour d&#233;velopper des activit&#233;s socialement utiles et &#233;cologiquement responsables, si c'est pour am&#233;liorer les conditions de vie des populations. De plus, en p&#233;riode de r&#233;cession, l'endettement peut se r&#233;v&#233;ler crucial pour relancer l'activit&#233; &#233;conomique. Certains de ces projets peuvent &#234;tre financ&#233;s par le budget courant gr&#226;ce &#224; des choix politiques affirm&#233;s, mais des emprunts publics peuvent s'av&#233;rer n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci &#233;tant dit, avant de s'endetter via les march&#233;s financiers, un pays devrait d'abord essayer de financer son d&#233;veloppement via des ressources non g&#233;n&#233;ratrices d'endettement, via des r&#233;formes internes comme la lutte contre l'&#233;vasion et la fraude fiscale. En Belgique, on estime que lutter contre la fraude fiscale permettrait par exemple de rapporter au minimum 4 milliards d'euros de plus par an dans les caisses de l'&#201;tat, et cela, sans s'endetter. Au sein de l'Union europ&#233;enne, la fraude et l'&#233;vasion fiscale repr&#233;sentent un manque &#224; gagner de 1000 milliards d'euros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q9) S'il est n&#233;cessaire de s'endetter, quels aspects sont &#224; prendre en compte ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas, il est fondamental que la politique d'emprunt soit transparente et d&#233;mocratique (sous le contr&#244;le des citoyens) et qu'elle vise &#224; servir les int&#233;r&#234;ts des 99 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir du moment o&#249; un &#201;tat doit s'endetter, des questions se posent : aupr&#232;s de qui emprunte-t-on ? Les march&#233;s financiers ne sont en effet pas les seuls moyens possibles de pr&#234;ts. Avant d'emprunter aupr&#232;s d'eux, il serait int&#233;ressant de r&#233;fl&#233;chir &#224; des emprunts alternatifs tels que des emprunts publics aupr&#232;s de la BCE, l'&#233;mission de titres de la dette publique &#224; l'int&#233;rieur des fronti&#232;res nationales (bons d'&#201;tat), ou des emprunts publics externes alternatifs (par exemple &#224; d'autres pays qui disposent d'importantes r&#233;serves de change et qui s'inscrivent dans une relation de coop&#233;ration). D'autre part, il faut r&#233;fl&#233;chir aux conditions qui sont li&#233;es aux pr&#234;ts. On le voit dans beaucoup de pays (tous les pays du Sud et &#224; pr&#233;sent la Gr&#232;ce), l'endettement est conditionn&#233; &#224; des politiques &#171; d'ajustement structurel &#187;, c'est-&#224;-dire des politiques n&#233;olib&#233;rales. Quel est l'int&#233;r&#234;t d'emprunter, si c'est pour se retrouver dans l'obligation d'appliquer des politiques qui vont augmenter les in&#233;galit&#233;s et l'exclusion sociale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q10) Faut-il toujours rembourser sa dette ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand elle est l&#233;gale et l&#233;gitime, il est normal qu'une dette soit rembours&#233;e, que ce soit pour un m&#233;nage ou pour un &#201;tat. Sauf qu'elle n'est pas toujours l&#233;gale et l&#233;gitime&#8230; Gr&#226;ce au travail du mouvement dette au niveau mondial, on a pu constater, depuis au moins 20 ans, qu'une grande partie des dettes publiques ont &#233;t&#233; contract&#233;es de mani&#232;re frauduleuse, irr&#233;guli&#232;re, ill&#233;gale et ill&#233;gitime. Le remboursement de ces dettes peut et doit donc &#234;tre remis en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q11) O&#249; peut r&#233;sider l'ill&#233;galit&#233; d'une dette publique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut rappeler qu'une dette est un contrat entre deux parties, et que pour que ce contrat soit valide, il faut que toute une s&#233;rie de conditions soient respect&#233;es. Pour &#234;tre tr&#232;s concret, prenons l'exemple de la Gr&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre de la Commission d'audit, on a analys&#233; toutes les dettes publiques r&#233;clam&#233;es &#224; la Gr&#232;ce. Notre rapport met en &#233;vidence qu'une grande partie des contrats sign&#233;s entre les cr&#233;anciers et l'&#201;tat grec ont viol&#233; toute une s&#233;rie de principes l&#233;gaux. Ils ont viol&#233; le droit international. Ils ont viol&#233; le droit europ&#233;en et notamment l'article 9 du Trait&#233; sur le fonctionnement de l'Union europ&#233;enne. Et ils ont viol&#233; la Constitution grecque. L'article 32 dit en effet que si l'&#201;tat contracte un emprunt ayant un impact important sur la structure sociale, politique et &#233;conomique, il est n&#233;cessaire que le Parlement grec le valide &#224; raison des deux tiers. Or, non seulement ces pr&#234;ts n'ont pas &#233;t&#233; valid&#233;s par le Parlement, mais ce dernier n'a m&#234;me pas &#233;t&#233; consult&#233; ! Les dettes li&#233;es &#224; ces pr&#234;ts sont donc anticonstitutionnelles et ill&#233;gales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre exemple. La Convention de Vienne stipule clairement que pour qu'un contrat soit l&#233;gal, il est n&#233;cessaire que les deux parties aient agi de bonne foi. Or, les juristes de notre Commission d'audit ont d&#233;montr&#233; que le FMI avait agi de mauvaise foi dans le cadre des m&#233;morandums, c'est-&#224;-dire des pr&#234;ts conditionn&#233;s entre l'&#201;tat grec et l'Union europ&#233;enne. En effet, le discours officiel insistait sur le fait qu'ils allaient aider et sauver la Gr&#232;ce, leur permettre de payer les fonctionnaires, les retraites, d'assainir la situation financi&#232;re et de relancer la machine &#233;conomique. Or, des documents secrets que nous avons rendus publics, ont r&#233;v&#233;l&#233; qu'en interne, les membres du FMI avaient bel et bien conscience que les conditions qu'ils s'appr&#234;taient &#224; imposer &#224; la Gr&#232;ce allaient entrainer un d&#233;sastre &#233;conomique pour ce pays. Certains gouverneurs du FMI &#233;taient m&#234;me tout &#224; fait oppos&#233;s &#224; ce type de sauvetage. Le FMI a donc menti et agi de mauvaise foi. Cela renforce encore un peu plus l'ill&#233;galit&#233; de ces pr&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q12) Et en qui concerne l'ill&#233;gitimit&#233; d'une dette ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une dette ill&#233;gitime est moins facile &#224; d&#233;finir qu'une dette ill&#233;gale. Mais beaucoup de juristes s'int&#233;ressent &#224; cette notion de dette ill&#233;gitime depuis une vingtaine d'ann&#233;es. Le juriste internationalement reconnu, David Ruzi&#233;, affirme ainsi que l'obligation de rembourser une dette n'est pas absolue et ne vaut que pour des dettes contract&#233;es dans l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral de la collectivit&#233;. En r&#233;sum&#233;, on peut d&#233;finir une dette ill&#233;gitime comme une dette qui a &#233;t&#233; contract&#233;e sans respecter l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral et en favorisant l'int&#233;r&#234;t particulier d'une minorit&#233; privil&#233;gi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons sur l'exemple grec. Le FMI et la BCE ont admis dans des rapports que le but des pr&#234;ts &#224; la Gr&#232;ce n'&#233;tait pas d'aider le peuple grec, mais bien d'aider quelques grandes banques allemandes, fran&#231;aises, hollandaises et italiennes. Notre Commission a montr&#233; que plus de 80 % de l'argent qui a &#233;t&#233; pr&#234;t&#233; &#224; la Gr&#232;ce est arriv&#233; directement dans les caisses des banques fran&#231;aises et allemandes sans m&#234;me transiter par la Banque centrale grecque ! Un compte sp&#233;cifique a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; &#224; la BCE, situ&#233;e &#224; Francfort, l'argent y &#233;tait d&#233;pos&#233;, puis il &#233;tait directement transf&#233;r&#233; aux banques. &#192; partir du moment o&#249; il est dit qu'on a pr&#234;t&#233; pour sauver le peuple grec alors que c'&#233;tait clairement pour sauver les banques allemandes et fran&#231;aises, on peut clairement parler d'ill&#233;gitimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q13) Est-ce que la dette est fabriqu&#233;e par les trait&#233;s europ&#233;ens ? Et si oui, faut-il d&#233;sob&#233;ir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trait&#233;s ne sont pas la seule cause de l'endettement mais ils jouent clairement un r&#244;le important, notamment via l'article 123 du Trait&#233; de Lisbonne. Cet article dit une chose incroyable et absurde : les &#201;tats ne peuvent pas emprunter &#224; la BCE ni &#224; leurs banques centrales nationales ! On vit d&#232;s lors dans un monde fou o&#249; des &#201;tats doivent emprunter aupr&#232;s des march&#233;s financiers entre 1 et 6 %, march&#233;s financiers qui eux-m&#234;mes empruntent &#224; du 0,0 % aupr&#232;s de la BCE ! L'article 123 semble exclusivement &#233;crit dans l'int&#233;r&#234;t des banques qui prennent au passage une commission gigantesque. Sans l'article 123 la dette belge serait &#224; 50 % du PIB au lieu de 110 % ! Donc, oui, les trait&#233;s jouent un r&#244;le tr&#232;s important dans le m&#233;canisme d'endettement et l'obligation des &#201;tats de s'endetter sur les march&#233;s financiers. Et oui, &#224; ces trait&#233;s-l&#224;, il faut d&#233;sob&#233;ir, et appliquer des mesures unilat&#233;rales d'auto-d&#233;fense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait affirmer le droit des &#201;tats &#224; pouvoir emprunter directement &#224; la BCE &#224; du 0 % ou &#224; des taux tr&#232;s faibles. Cela permettrait, d'une part, de relancer l'activit&#233; &#233;conomique en Europe et de pr&#234;ter &#224; des taux d'int&#233;r&#234;t tr&#232;s bas pour financer des projets int&#233;ressants et, d'autre part, de refinancer leurs anciennes dettes &#224; 10 ans qu'ils paient toujours entre 4 et 7 %. Cela diminuerait du jour au lendemain le co&#251;t de la dette et le co&#251;t du capital. La BCE pourrait par ailleurs d&#233;cider d'aller plus loin et de racheter toute une s&#233;rie de dettes publiques aux banques et puis les supprimer de ses comptes afin de baisser le taux d'endettement de tous les &#201;tats de la zone euro, par exemple &#224; 60 % de leur PIB. Cela entra&#238;nerait certes un peu d'inflation, mais ce probl&#232;me n'est pas du tout insurmontable et, entre &#231;a ou la r&#233;gression sociale et la r&#233;cession &#233;conomique g&#233;n&#233;ralis&#233;e qui ont lieu en ce moment, que choisir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q14) Quelles le&#231;ons peut-on tirer de l'&#233;pisode grec ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re chose &#224; retenir, c'est qu'un audit r&#233;v&#232;le presque syst&#233;matiquement qu'une partie importante de la dette a &#233;t&#233; contract&#233;e de mani&#232;re frauduleuse, irr&#233;guli&#232;re, ill&#233;gale, ill&#233;gitime. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de continuer &#224; pousser ce genre d'initiative. Un audit command&#233; par le gouvernement de l'&#201;quateur en 2007-2008 avait tr&#232;s bien march&#233; et avait permis &#224; l'&#201;quateur d'imposer aux cr&#233;anciers une importante r&#233;duction de la dette. Mais nous ne devons pas attendre passivement que des gouvernements progressistes se mettent en place. Les citoyens eux-m&#234;mes s'organisent et organisent des audits, y compris au niveau local.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me le&#231;on que l'on doit tirer est plus politique, plus strat&#233;gique. C'est l'id&#233;e que la n&#233;gociation &#224; l'amiable ou la mod&#233;ration ne marchent pas. Ce n'est pas le bon sens qui dirige le monde, ce sont les rapports de force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;but de l'&#233;chec en Gr&#232;ce, c'est le changement de strat&#233;gie de Syriza qui s'est op&#233;r&#233; &#224; partir de 2012. En 2009, Syriza avait un programme en cinq points, tr&#232;s radical et tr&#232;s clair : abrogation des m&#233;morandums, suspension imm&#233;diate du paiement et mise en place d'un audit, nationalisation des banques, fin de l'immunit&#233; parlementaire pour lutter contre la corruption, et mise en place de r&#233;formes internes fiscales tr&#232;s fortes pour pouvoir concr&#233;tiser la fin de l'aust&#233;rit&#233; et le d&#233;veloppement de politiques sociales. Avec ce programme, Syriza est pass&#233; &#233;lectoralement de 3 % &#224; 24 % entre 2009 et 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 2012, l'aile mod&#233;r&#233;e de Syriza (dont Alexis Tsipras fait partie) a r&#233;ussi &#224; imposer un changement d'orientation, proposant un programme social int&#233;ressant mais mettant de c&#244;t&#233; la suspension de paiement et la nationalisation des banques, cela, afin d'&#233;viter un &#171; clash &#187; avec les &#171; partenaires europ&#233;ens &#187; et de permettre de n&#233;gocier &#171; &#224; l'amiable &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e &#233;tait de d&#233;montrer, &#224; l'aide d'arguments politiques et &#233;conomiques solides, qu'il &#233;tait dans l'int&#233;r&#234;t de tous que la Gr&#232;ce b&#233;n&#233;ficie d'une annulation de sa dette. Concr&#232;tement, Tsipras demandait que l'on fasse &#224; la Gr&#232;ce la m&#234;me faveur que l'on avait faite &#224; l'Allemagne dans le cadre de l'Accord de Londres de 1953. En 1953, les cr&#233;anciers de l'Allemagne ont en effet accord&#233; 60 % d'annulation de dette, une diminution des taux d'int&#233;r&#234;t de 5 &#224; 0 %, la possibilit&#233; de payer en Deutschemark, ainsi que des dons dans le cadre du plan Marshall. L'Allemagne de l'Ouest s'est d&#232;s lors relev&#233; tr&#232;s rapidement et ce, jusqu'&#224; devenir la premi&#232;re puissance &#233;conomique europ&#233;enne. La strat&#233;gie de Tsipras et de Varoufakis &#233;tait de d&#233;montrer que si la Gr&#232;ce se relevait, gr&#226;ce &#224; l'annulation d'une partie de la dette et gr&#226;ce &#224; la mise en place de son programme, ce serait bon pour toute l'Europe. Ces arguments &#233;taient valides, mais tr&#232;s na&#239;fs, notamment parce qu'ils niaient le contexte g&#233;ostrat&#233;gique. L'Accord de 1953 a &#233;t&#233; accord&#233; &#224; l'Allemagne parce que nous &#233;tions en pleine Guerre froide, qu'il &#233;tait hors de question que l'Allemagne s'effondre et qu'elle devait m&#234;me constituer un rempart face &#224; la menace d'expansion sovi&#233;tique. La Gr&#232;ce en 2015 &#233;tait dans une situation totalement inverse : il &#233;tait inacceptable politiquement d'accorder une r&#233;duction de dette &#224; la Gr&#232;ce, ou de lui permettre de montrer qu'un programme anti-aust&#233;rit&#233; pouvait marcher en Europe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Logiquement, force est de constater que cette strat&#233;gie de &#171; non-confrontation &#187; a totalement &#233;chou&#233;. Il faut en tirer toutes les cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q15) Qu'est-ce que le gouvernement Tsipras aurait pu faire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre mars 2015 et juillet 2015, notre Commission (&#224; l'initiative du Parlement grec, mais totalement ni&#233;e par Tsipras et Varoufakis) a essay&#233; d'indiquer au gouvernement Syriza que la bonne volont&#233; des premi&#232;res semaines n'avait pas pay&#233; et qu'il fallait &#224; pr&#233;sent appliquer des mesures unilat&#233;rales d'autod&#233;fense, qu'il &#233;tait n&#233;cessaire de tenir t&#234;te aux cr&#233;anciers, affirmant que, apr&#232;s de nombreuses concessions, si eux, cr&#233;anciers, ne faisaient pas d'efforts de leurs c&#244;t&#233;s, le gouvernement suspendrait alors le paiement de la dette. En d&#233;cidant cette suspension, il aurait &#233;t&#233; alors possible de changer le rapport de force et l'orientation des n&#233;gociations. On peut parier de mani&#232;re assez s&#251;re que les cr&#233;anciers, apr&#232;s s'&#234;tre offusqu&#233;s et apr&#232;s avoir menac&#233; de toutes les mani&#232;res possibles, seraient revenus assez vite &#224; la table des n&#233;gociations. C'est en tout cas ce que nous montrent les 170 suspensions de paiement qui se sont produites ces 50 derni&#232;res ann&#233;es : lorsqu'un pays suspend, il n'y a pas de &#171; catastrophes &#187;, le pays ne disparait pas de la plan&#232;te Terre&#8230; Simplement, la n&#233;gociation reprend sur d'autres bases, et cela aboutit r&#233;guli&#232;rement &#224; des r&#233;ductions importantes de dettes. C'est ce qui s'est pass&#233; en Argentine, en &#201;quateur, en Pologne et dans plusieurs autres pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette interview a &#233;t&#233; initialement publi&#233;e sur le site de Agir Par la Culture le 15 juin 2017&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Olivier Bonfond est &#233;conomiste et conseiller au CEPAG (Centre d'&#201;ducation populaire Andr&#233; Genot). Militant altermondialiste, membre du CADTM, de la plateforme d'audit citoyen de la dette en Belgique (ACiDe) et de la Commission pour la V&#233;rit&#233; sur la dette publique de la Gr&#232;ce cr&#233;&#233;e le 4 avril 2015. Il est l'auteur du livre Et si on arr&#234;tait de payer ? 10 questions / r&#233;ponses sur la dette publique belge et les alternatives &#224; l'aust&#233;rit&#233; (Aden, 2012) et Il faut tuer TINA. 200 propositions pour rompre avec le fatalisme et changer le monde (Le Cerisier, fev 2017). Il est &#233;galement coordinateur du site Bonnes nouvelles&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Jour du d&#233;passement : Ou comment se prot&#233;ger de l'illusion de l'action individuelle</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Jour-du-depassement-Ou-comment-se-proteger-de-l-illusion-de-l-action</link>
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		<dc:date>2017-08-22T11:55:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Olivier Bonfond</dc:creator>


		<dc:subject>International</dc:subject>
		<dc:subject>Plan&#232;te</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2017-08-22</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce mercredi 2 ao&#251;t 2017, nous avons atteint le jour du d&#233;passement, c'est-&#224;-dire la date &#224; laquelle l'humanit&#233; a consomm&#233; les ressources que la Terre peut produire en une ann&#233;e. Au-del&#224; de cette date, nous allons donc puiser de mani&#232;re irr&#233;versible dans les r&#233;serves naturelles de la Terre. |1| &lt;br class='autobr' /&gt; 4 ao&#251;t par Olivier Bonfond &lt;br class='autobr' /&gt;
Au-del&#224; de la m&#233;thode utilis&#233;e pour arriver &#224; ce r&#233;sultat et de sa validit&#233;, une chose frappe nos esprits : selon la plupart des m&#233;dias, mais aussi beaucoup de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH81/arton31614-57e94.jpg?1676511911' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='81' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce mercredi 2 ao&#251;t 2017, nous avons atteint le jour du d&#233;passement, c'est-&#224;-dire la date &#224; laquelle l'humanit&#233; a consomm&#233; les ressources que la Terre peut produire en une ann&#233;e. Au-del&#224; de cette date, nous allons donc puiser de mani&#232;re irr&#233;versible dans les r&#233;serves naturelles de la Terre. |1|&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;4 ao&#251;t par Olivier Bonfond&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de la m&#233;thode utilis&#233;e pour arriver &#224; ce r&#233;sultat et de sa validit&#233;, une chose frappe nos esprits : selon la plupart des m&#233;dias, mais aussi beaucoup de personnes sur les r&#233;seaux sociaux, nous serions toutes et tous responsables de cette catastrophe &#233;cologique. Il reviendrait donc &#224; chacun-e de nous, individuellement, de faire des efforts pour diminuer l'empreinte &#233;cologique de l'humanit&#233;. Et c'est bien ici que le b&#226;t blesse &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, des efforts importants peuvent et doivent &#234;tre faits au niveau individuel pour participer &#224; la lutte contre la destruction de l'environnement et le changement climatique : consommer moins et consommer &#233;quitable, trier ses d&#233;chets, prendre le train plut&#244;t que la voiture, etc. Ces actions sont utiles et n&#233;cessaires, et il faut tout faire pour qu'elles se g&#233;n&#233;ralisent. Cependant, r&#233;duire l'&#233;cologie &#224; une question de pratiques individuelles constitue une grave erreur. Les changements de comportements individuels, aussi important soient-ils, ne seront pas capables d'inverser les tendances actuelles, pour plusieurs raisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, les principaux responsables de la destruction de l'environnement, ce ne sont pas les individus mais bien les grandes entreprises capitalistes, via leurs modes de production, mais aussi via les contraintes qu'elles nous imposent en mati&#232;re de consommation |2|. Selon un rapport de l'ONU de 2011, trois mille entreprises provoquent pour plus de 2.000 milliards USD de d&#233;g&#226;ts environnementaux chaque ann&#233;e, soit le tiers de la totalit&#233; des &#171; co&#251;ts environnementaux &#187; annuels. Autre chiffre frappant : nonante entreprises sont responsables &#224; elles seules de plus de 63 % des &#233;missions mondiales de gaz &#224; effet de serre depuis 1850 |3|.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, tous les &#234;tres humains ne consomment et ne polluent pas de la m&#234;me mani&#232;re. La majorit&#233; des individus de cette plan&#232;te ne d&#233;truit pas les for&#234;ts, n'an&#233;antit pas les esp&#232;ces animales en danger, ne pollue pas les rivi&#232;res et les oc&#233;ans et, pour l'essentiel, n'&#233;met pas de gaz &#224; effet de serre. Les trois milliards de personnes &#171; pauvres &#187; ont un mode de vie globalement soutenable. Elles peuvent parfois avoir tendance &#224; d&#233;truire leur environnement et surexploiter les ressources, mais en g&#233;n&#233;ral, elles le font parce qu'elles y sont pouss&#233;es par un contexte &#233;conomique qui les met dans une situation de pr&#233;carit&#233; extr&#234;me ou tout simplement de survie. Par contre, les 10 % les plus riches de la plan&#232;te sont responsables de la moiti&#233; des &#233;missions de CO2, et une personne faisant partie des 1 % les plus riches du monde g&#233;n&#232;re 175 fois plus de CO2 qu'une personne situ&#233;e dans les 10 % les plus pauvres |4|. De la m&#234;me mani&#232;re, une &#233;tude r&#233;alis&#233;e par deux &#233;conomistes fran&#231;ais, Lucas Chancel et Thomas Piketty, a montr&#233; qu'en moyenne, un Nord-Am&#233;ricain &#233;met 22,5 tonnes d'&#233;quivalent CO2 par an, tandis qu'un Africain en &#233;met 2,2 tonnes, soit environ dix fois moins. Mais un Am&#233;ricain du Nord ais&#233; &#233;met dans sa vie mille fois plus de gaz &#224; effet de serre qu'un Africain pauvre |5| ... Il est donc absurde et ind&#233;cent de pr&#244;ner la d&#233;croissance de mani&#232;re identique pour toutes les populations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, l'empreinte &#233;cologique d'une soci&#233;t&#233; n'est pas qu'une question de choix individuels. La mani&#232;re dont s'organise la redistribution des richesses produites, les contraintes en mati&#232;re de processus de production, mais aussi le niveau de revenus, l'acc&#232;s &#224; un logement de qualit&#233;, l'existence de transports publics accessibles et efficaces, de syst&#232;mes collectifs de tri et recyclage des d&#233;chets, de r&#233;seaux de circuits courts distribuant de la nourriture locale et biologique, sont autant de facteurs qui vont influencer fortement les structures de consommation et l'empreinte &#233;cologique d'une soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette date a le m&#233;rite de mettre en &#233;vidence le caract&#232;re clairement insoutenable du mod&#232;le capitaliste occidental. En effet, g&#233;n&#233;raliser les modes de production et de consommation de l'Union europ&#233;enne &#224; l'ensemble de la plan&#232;te n&#233;cessiterait en termes de ressources environ cinq plan&#232;tes Terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit cependant de d&#233;noncer le discours qui individualise - et donc d&#233;politise - la question &#233;cologique, c'est-&#224;-dire qui se contente de culpabiliser les individus sans remettre en question les m&#233;canismes &#233;conomiques qui sont &#224; l'origine de la destruction de l'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, des milliers de personnes et collectivit&#233;s prennent conscience de l'importance de la question &#233;cologique et d&#233;veloppent plein d'id&#233;es et d'initiatives g&#233;niales pour diminuer leur empreinte &#233;cologique, et il est fondamental de les rendre visibles, de les soutenir et de les renforcer. Mais cela ne peut nous dispenser de r&#233;fl&#233;chir &#224; des alternatives politiques, impliquant une redistribution radicale des richesses et des changements profonds dans nos modes de production, de distribution et de consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Olivier Bonfond |6|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|1| Cette analyse s'insprire largement du livre IL FAUT TUER TINA. 200 propositions pour rompre avec le fatalisme et changer le monde (Editions du Cerisier, 2017) (proposition 130 : se prot&#233;ger de l'illusion de l'action individuelle) voir : &lt;a href=&#034;http://www.ilfauttuertina.net/livre/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.ilfauttuertina.net/livre/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|2| Lire VIVAS Esther, &#171; Nous mangeons ce que les grandes entreprises agroalimentaires nous imposent &#187;, CADTM, 24 septembre 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|3| BONNEUIL Christophe, &#171; Tous responsables ? &#187;, Le Monde diplomatique, novembre 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|4| &#171; In&#233;galit&#233;s extr&#234;mes et &#233;missions de CO2 &#187;, Oxfam, 2 d&#233;cembre 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|5| VALO Martine, &#171; Les plus pauvres &#233;mettent deux mille fois moins de gaz &#224; effet de serre que les plus riches &#187;, Le Monde, 3 novembre 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|6| Economiste ; conseiller au CEPAG (Centre d'&#201;ducation populaire Andr&#233; Genot) ; membre du CADTM (Comit&#233; pour l'abolition des dettes ill&#233;gitimes, de la plateforme d'audit citoyen de la dette en Belgique (ACiDe) et de la Commission internationale pour la V&#233;rit&#233; sur la dette publique grecque. Militant altermondialiste ; Auteur du livre IL FAUT TUER TINA (Editions du Cerisier, 2017) et de Et si on arr&#234;tait de payer ? 10 questions/r&#233;ponses sur la dette publique belge et les alternatives &#224; l'aust&#233;rit&#233; (Aden, 2012). Il est &#233;galement coordinateur du site &lt;a href=&#034;http://www.bonnes-nouvelles.be&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.bonnes-nouvelles.be&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Olivier Bonfond : Pourquoi j'ai tu&#233; TINA</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Olivier-Bonfond-Pourquoi-j-ai-tue-TINA</link>
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		<dc:date>2017-04-25T12:20:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Olivier Bonfond</dc:creator>


		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2017-04-25</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;13 avril par Olivier Bonfond , Agir par la Culture &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Vous critiquez, mais qu'est-ce que vous proposez alors ? &#187; est peut-&#234;tre la question la plus entendue par les militants progressistes apr&#232;s une tirade anticapitaliste. &#192; cette question, Olivier Bonfond r&#233;pondrait sans doute : &#171; tuer TINA &#187;. TINA c'est l'acronyme de la c&#233;l&#232;bre expression de Margaret Thatcher &#171; There is no alternative &#187;, suivant laquelle il n'y aurait pas d'autre horizon possible que le capitalisme mondialis&#233;. Dans un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L101xH150/arton30594-cdc23.png?1676511911' class='spip_logo spip_logo_right' width='101' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;13 avril par Olivier Bonfond , Agir par la Culture&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous critiquez, mais qu'est-ce que vous proposez alors ? &#187; est peut-&#234;tre la question la plus entendue par les militants progressistes apr&#232;s une tirade anticapitaliste. &#192; cette question, Olivier Bonfond r&#233;pondrait sans doute : &#171; tuer TINA &#187;. TINA c'est l'acronyme de la c&#233;l&#232;bre expression de Margaret Thatcher &#171; There is no alternative &#187;, suivant laquelle il n'y aurait pas d'autre horizon possible que le capitalisme mondialis&#233;. Dans un livre enthousiasmant, l'&#233;conomiste et militant li&#233;geois regroupe, articule et d&#233;veloppe tout un arsenal de propositions pour enfin assassiner le n&#233;olib&#233;ralisme dans les t&#234;tes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Impliqu&#233; de longue date dans la question des dettes ill&#233;gales et ill&#233;gitimes, chercheur de terrain associ&#233; au CEPAG (Centre d'&#233;ducation populaire Andr&#233; Genot) et au CADTM (Comit&#233; pour l'abolition des dettes ill&#233;gitimes) Olivier Bonfond est &#233;conomiste et militant altermondialiste. Il est aussi le cr&#233;ateur de bonnes-nouvelles.be, site internet qui met en avant les victoires sociales et politiques, et qui nous rappelle que oui, les changements sont possibles et que les luttes peuvent fonctionner. Aujourd'hui, il publie &#171; Il faut tuer TINA &#187;, un ouvrage qui propose en 500 pages pas moins de &#171; 200 propositions pour rompre avec le fatalisme et changer le monde &#187;. Construit en quinze chapitres qui correspondent &#224; autant de th&#233;matiques, le livre expose de multiples alternatives possibles et exemplaires. On part d'un &#233;tat des lieux, des strat&#233;gies gagnantes, des objectifs souhaitables pour une alternative non capitaliste pour ensuite passer &#224; des th&#233;matiques d&#233;finies telles que la dette, l'&#233;conomie, la finance, les in&#233;galit&#233;s, l'agriculture, l'&#233;cologie, les in&#233;galit&#233;s, les m&#233;dias, la culture, le f&#233;minisme ou encore les droits sociaux qu'il d&#233;cline en un ensemble de mesures d&#233;sirables et concr&#232;tes. Puissant rem&#232;de au fatalisme, ce livre nous rappelle ou nous apprend ce qui a march&#233;, ce qui marche encore, et ce qui pourrait fonctionner chez nous ou ailleurs pour changer la vie, en mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi faut-il tuer TINA, tuer le &#171; There is no alternative &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, on voit bien que la direction qui est prise est fatale pour l'Humanit&#233; et pour les &#233;cosyst&#232;mes. Elle nous m&#232;ne vers l'ab&#238;me ou la barbarie. Nous avons l'obligation de trouver une autre voie que celle qui est prise aujourd'hui. C'est pour cela que je dis qu'il faut tuer TINA, qu'il faut rompre avec le fatalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des millions de gens sont indign&#233;s par la situation. Ils voient bien que cela va de plus en plus mal et ils aimeraient penser un autre monde, mais &#231;a reste flou. Or, il ne suffit pas d'&#234;tre d&#233;go&#251;t&#233; pour se mettre en mouvement. En effet, l'indignation et la col&#232;re ne suffisent pas &#224; porter un mouvement de transformation sociale. Comme l'indique Fr&#233;d&#233;ric Lordon, il manque un &#233;l&#233;ment : &#171; le vrai carburant de la transformation, c'est l'espoir &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein du mouvement altermondialiste, j'ai constat&#233; qu'on passait souvent beaucoup plus de temps &#224; critiquer le syst&#232;me plut&#244;t qu'&#224; &#233;laborer et d&#233;battre des alternatives. Bien s&#251;r, l'analyse critique est tr&#232;s importante, car c'est &#224; partir d'un bon diagnostic qu'on peut faire de bonnes propositions. Mais, je pense qu'on r&#233;serve trop peu de place aux alternatives possibles. Je me suis donc lanc&#233; dans l'&#233;criture de ce livre qui m'a pris quelques ann&#233;es &#8212; pr&#233;cis&#233;ment sept ans &#8212; pour mettre en &#233;vidence des perspectives claires et des propositions cr&#233;dibles et concr&#232;tes qui pourraient &#234;tre mises en &#339;uvre imm&#233;diatement avec de la volont&#233; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est un mode d'emploi, une sorte de manuel pour penser d'autres mondes ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne le vois pas comme un manuel parce que je ne pr&#233;sente pas une solution miracle. C'est d'ailleurs l'un des pi&#232;ges &#224; &#233;viter que je pointe dans mon livre. On ne peut pas, d'un c&#244;t&#233;, reprocher au FMI ou d'autres institutions n&#233;olib&#233;rales d'imposer les m&#234;mes mesures d'aust&#233;rit&#233; partout dans le monde et, de l'autre c&#244;t&#233;, affirmer nous aussi qu'il n'y aurait qu'un seul mod&#232;le alternatif. Ce n'est donc pas un manuel, mais un ensemble de propositions. Mais ce n'est pas non plus une liste de supermarch&#233;. Nous avons essay&#233; de les organiser dans un ensemble coh&#233;rent et de les articuler entre elles pour proposer une logique et un mod&#232;le alternatif coh&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pr&#233;cise tout de m&#234;me, dans le chapitre 4, que ce mod&#232;le devra n&#233;cessairement &#234;tre non capitaliste. C'est-&#224;-dire que la recherche du profit, la croissance &#233;conomique, la concurrence, la comp&#233;tition, la comp&#233;titivit&#233; ne pourront plus &#234;tre &#224; la base des mod&#232;les &#224; construire. Cela ne veut pas dire qu'il n'y aura plus du tout de concurrence, d'entreprises rentables, etc., mais qu'il faut que d'autres principes pr&#233;sident au fonctionnement des soci&#233;t&#233;s humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment combattre et d&#233;construire une pens&#233;e dogmatique comme l'id&#233;ologie n&#233;olib&#233;rale, souvent bas&#233;e sur la croyance (en la toute puissance de l'initiative priv&#233;e, de l'aust&#233;rit&#233;, du libre-&#233;change, de la croissance etc.) ? Comment d&#233;velopper chez chacun des capacit&#233;s d'autod&#233;fense intellectuelle comme vous les nommez ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que la question des exemples concrets joue un r&#244;le fondamental &#224; ce niveau-l&#224;. Ils montrent qu'on peut faire autrement et que cela peut marcher. Par exemple, face &#224; l'id&#233;e, souvent ressass&#233;e dans les m&#233;dias, que toute mesure progressiste s'attaquant aux int&#233;r&#234;ts des grandes entreprises va faire fuir ces derni&#232;res, il est utile de rappeler l'exemple de la Bolivie. En 2006, le pr&#233;sident Evo Morales a d&#233;cid&#233; de faire passer le taux de taxation des multinationales exploitant le gaz bolivien de 12 &#224; 80 %. Malgr&#233; les affirmations, relay&#233;es par les m&#233;dias dominants, selon lesquelles les entreprises allaient partir et que l'&#233;conomie allait s'effondrer, il n'en fut rien. Les entreprises sont rest&#233;es l&#224;, sont rest&#233;es rentables, et paient les 80 % de taxes demand&#233;es. Gr&#226;ce &#224; cette mesure, l'&#201;tat bolivien a pu multiplier par 10 ses investissements publics entre 2005 et 2013, notamment dans des secteurs productifs tels que le lithium, la p&#233;trochimie et le fer, mais aussi dans le social, avec des r&#233;sultats socio-&#233;conomiques tr&#232;s positifs. En huit ans, il a &#233;galement pu &#233;radiquer l'analphab&#233;tisme, r&#233;duire tr&#232;s fortement la pauvret&#233; et l'extr&#234;me pauvret&#233;, faire baisser fortement le taux de ch&#244;mage (5,5 % en 2012), augmenter le salaire minimum de 88 %, renforcer le syst&#232;me de retraite, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre exemple : le Glass-Steagall Act impos&#233; par Roosevelt en 1933 a donn&#233; des r&#233;sultats tr&#232;s positifs. Cette mesure, imposant une s&#233;paration rapide entre les banques de d&#233;p&#244;t et les banques d'affaires, sous peine de poursuites p&#233;nales, n'a pas du tout fait plaisir aux banques. Elles ont pr&#233;tendu qu'elles allaient faire faillite&#8230; et puis elles ont cloisonn&#233; leurs activit&#233;s et respect&#233; la loi, par peur des sanctions. Et pendant presque 35 ans, il n'y a quasiment plus eu aucune crise bancaire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous mettez aussi en avant les pi&#232;ges de d&#233;part &#224; &#233;viter comme celui de rester englu&#233; dans le fatalisme, de proposer une solution miracle, ou d'abandonner d&#232;s les premi&#232;res difficult&#233;s. Pourquoi ces rappels ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des millions de personnes sont indign&#233;es, aimeraient r&#233;ellement faire quelque chose, mais finalement d&#233;cident, pour diff&#233;rentes raisons, de ne pas se mettre en action. J'ai donc essay&#233; de donner quelques cl&#233;s de base, notamment sur base de mon exp&#233;rience militante, de donner l'envie de se lancer dans la bataille du changement avec courage, s&#233;r&#233;nit&#233; et humilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, il faut souvent commencer par &#233;carter l'id&#233;e qu'on voudrait cr&#233;er une sorte de paradis terrestre, un monde parfait, sans aucun drame humain. Les gens auront toujours des probl&#232;mes sociaux, psychologiques, il y aura toujours des poches d'in&#233;galit&#233;s, etc. Mais r&#233;duire radicalement les in&#233;galit&#233;s, &#233;radiquer la faim dans le monde, transformer le mod&#232;le &#233;nerg&#233;tique, voil&#224; des objectifs &#224; la fois ambitieux et parfaitement r&#233;alisables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est aussi n&#233;cessaire de montrer que des grands pas en avant sont possibles, qu'il ne faut pas attendre forc&#233;ment longtemps comme on essaye de nous le mettre dans la t&#234;te &#224; coup de &#171; vous comprenez, il faut &#234;tre patient, les choses avancent petit &#224; petit &#187;. Il y a des possibilit&#233;s que cela aille beaucoup plus vite qu'on ne le dit, comme l'exemple bolivien que je viens de donner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sous quelles conditions des grands pas comme celui-ci sont-ils possibles ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela se produit lorsque les populations sont convaincues, conscientis&#233;es et mobilis&#233;es autour de questions majeures, qu'il y a une volont&#233; politique r&#233;elle et que cette volont&#233; s'appuie sur la mobilisation populaire afin de mettre en place des mesures fortes, des mesures radicales &#8211; c'est-&#224;-dire s'attaquant &#224; la racine du probl&#232;me &#8212; qui visent &#224; favoriser les int&#233;r&#234;ts de l'immense majorit&#233; de la population, m&#234;me si cela implique une confrontation avec les puissances &#233;conomiques et financi&#232;res Quand ces trois &#233;l&#233;ments sont r&#233;unis (mesures fortes, volont&#233; politique et mobilisation populaire), le visage d'un pays ou d'une r&#233;gion, peut changer radicalement en quelques ann&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous indiquez dans votre chapitre sur la finance qu'un audit de la dette permettrait d'annuler une grande partie de celle-ci. Est-ce qu'une annulation constitue la condition sine qua non pour pouvoir mener une politique progressiste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ce n'est pas une condition sine qua non, c'est en tout cas un &#233;l&#233;ment fondamental de l'alternative. On peut difficilement rompre avec la logique n&#233;olib&#233;rale et mettre en place des politiques progressistes si on ne se lib&#232;re pas du joug de la dette, constituant un outil de domination. Mais l'annulation de la dette n'est pas une solution miracle, il faut la combiner avec d'autres mesures comme le contr&#244;le des mouvements de capitaux, la socialisation du secteur financier et d'autres secteurs strat&#233;giques, la r&#233;forme de la fiscalit&#233;, des plans d'investissement tr&#232;s ambitieux pour la transition &#233;cologique ou encore des r&#233;formes d&#233;mocratiques en profondeur pour sortir de la caricature de d&#233;mocratie dans laquelle nous sommes. La question d&#233;mocratique est d'ailleurs un des plus gros chapitres de mon livre, il comporte 26 mesures pour avancer vers une d&#233;mocratie r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, il faut bien s&#251;r cr&#233;er les conditions pour s'engager dans une mobilisation populaire, pour pousser les gens &#224; s'impliquer et &#224; prendre leur destin en main. L'Histoire nous l'apprend : la plupart des mesures progressistes qui ont &#233;t&#233; d&#233;cid&#233;es n'&#233;manent pas de dirigeants politiques qui avaient eu de bonnes id&#233;es, mais elles ont &#233;t&#233; le fruit de luttes sociales, de pressions populaires, de revendications fortes qui ont pouss&#233;s des gouvernements &#224; aller dans telle ou telle direction. L&#224;-dessus, je pense qu'on peut aussi rester positif. Si la direction prise est pour l'instant mauvaise, et que les id&#233;es racistes et x&#233;nophobes sont en train de monter en raison de la crise, on observe tout de m&#234;me un r&#233;veil des peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment s'exprime ce r&#233;veil des peuples ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut citer des exemples tr&#232;s r&#233;cents comme la Roumanie o&#249;, face au vote d'une loi visant &#224; rendre plus difficile la lutte contre la corruption, le peuple s'est mobilis&#233; comme jamais et a fait reculer le gouvernement en six jours. On peut aussi donner l'exemple de l'Islande : en avril 2016, les manifestations du peuple islandais ont forc&#233; le Premier ministre Sigmundur David Gunnlaugsson &#224; d&#233;missionner, apr&#232;s des r&#233;v&#233;lations sur son implication dans le scandale des Panama papers. Ou encore celui de la Pologne qui voulait revenir sur le droit &#224; l'avortement. Les Polonaises se sont mises en mouvement et ont fait reculer le gouvernement en une semaine !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez consacr&#233; tout un chapitre &#224; la culture que vous envisagez comme un outil de r&#233;sistance et de transformation sociale. Qu'est-ce que vous entendez exactement par l&#224; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par rappeler que la culture est beaucoup plus large que l'art avec lequel on la confond souvent. La culture, c'est l'ensemble des outils &#233;ducatifs, sociaux, politiques et id&#233;ologiques, qui participent &#224; la construction de notre identit&#233; et de notre compr&#233;hension du monde. Ainsi, l'&#233;cole, l'&#233;ducation populaire, les arts (cin&#233;ma, th&#233;&#226;tre, peinture, litt&#233;rature, musique...) mais aussi les modes de vie, les m&#233;dias et la d&#233;mocratie sont pour moi des &#233;l&#233;ments qui font partie de la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons l'&#233;cole. S'il y a des choses positives dans le syst&#232;me &#233;ducatif actuel, on peut cependant constater que l'&#233;cole sert essentiellement &#224; habituer nos enfants &#224; la soumission et &#224; les adapter aux modes de fonctionnement et aux valeurs du syst&#232;me capitaliste. Il faut donc rompre radicalement avec cette vision &#233;troite et construire une &#233;cole qui soit un levier de transformation de la soci&#233;t&#233;. Il faut essayer de penser l'&#233;cole pour qu'elle devienne &#224; la fois un outil d'int&#233;gration &#8212; il ne faut pas oublier que les citoyens doivent quand m&#234;me pouvoir vivre dans la soci&#233;t&#233; dans laquelle ils &#233;voluent &#8212; et en m&#234;me temps un outil de r&#233;bellion, de refus de l'acceptation du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me &#233;ducatif dans son ensemble (enseignement primaire, secondaire, sup&#233;rieur, de promotion sociale, mais aussi l'&#233;ducation populaire et la recherche fondamentale et appliqu&#233;e) devrait s'envisager d'abord &#224; partir d'une question simple : de quoi notre soci&#233;t&#233; a-t-elle besoin pour avancer vers l'&#233;mancipation sociale sans d&#233;truire la plan&#232;te ? Le contenu et la p&#233;dagogie &#233;ducative devraient se construire &#224; partir des r&#233;ponses que l'on donne &#224; cette question. Veillons cependant &#224; ne pas remplacer une vision utilitariste de l'enseignement par une autre. L'&#233;mancipation sociale et la protection de l'environnement doivent orienter l'&#233;ducation, sans pour autant en devenir l'alpha et l'om&#233;ga, car il n'y a pas d'&#233;mancipation sociale sans &#233;mancipation individuelle (et inversement). Apprendre la musique, la danse, la litt&#233;rature ou la po&#233;sie participe pleinement &#224; la construction d'une soci&#233;t&#233; &#233;mancip&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justement, quel est le r&#244;le de l'art dans la transformation sociale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis des si&#232;cles, l'art a &#233;t&#233; un outil de r&#233;sistance pour les opprim&#233;s : la capoeira, le jazz, le hip-hop, les graffitis, en sont de bons exemples. Par la compr&#233;hension et la vision du monde qu'il permet, l'art porte en lui utopie, esp&#233;rance, critique et r&#233;bellion. Quand il joue son r&#244;le, l'art politique est capable de d&#233;construire avec force les repr&#233;sentations dominantes, et de mobiliser pour les luttes sociales.Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas respecter l'art pour l'art, l'art &#171; pur &#187;, mais, dans ce livre, l'optique est de voir comment l'art et comment la culture en g&#233;n&#233;ral peuvent participer &#224; la transformation de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, quand on arrive &#224; combiner intelligemment un discours politique avec la culture, la puissance d'&#233;veil est d&#233;multipli&#233;e. J'ai pu me rendre compte de cela concr&#232;tement, apr&#232;s avoir eu la chance de collaborer avec des artistes dans le cadre de mes activit&#233;s au CADTM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense &#224; Keny Arkana que j'ai rencontr&#233;e en 2006 au Mali, artiste engag&#233;e avec qui on a organis&#233; un grand concert &#224; Li&#232;ge pour le 20e anniversaire de l'assassinat de Thomas Sankara, le 15 octobre 2007. Ce fut un &#233;norme succ&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pense &#233;galement &#224; notre collaboration avec les rappeurs Fou malade et Keurgui lors du Forum social mondial (FSM) de 2011 au S&#233;n&#233;gal. Nous avons produit et r&#233;alis&#233; un album &#171; Prise de conscience collective &#187; auquel ont particip&#233; de nombreux rappeurs de Gu&#233;diawaye et de Dakar, ainsi qu'un grand concert qui a attir&#233; environ 5.000 personnes o&#249;, via les chansons et les discours engag&#233;s, la population a pu &#234;tre sensibilis&#233;e &#224; la question de la dette. Cette action a notamment particip&#233; &#224; amplifier le mouvement &#171; Y'en a marre &#187; et &#224; inciter beaucoup de rappeurs et d'habitants des banlieues &#224; s'impliquer dans le FSM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre tr&#232;s bon moment d'&#233;ducation populaire a &#233;t&#233; l'organisation d'une action de th&#233;&#226;tre de rue &#171; Tchantch&#232;s met un coup de boule au G8 &#187;, dans lequel Tchantch&#232;s [Ndlr : personnage du folklore populaire de Li&#232;ge incarnant l'esprit frondeur et anti-autoritariste de ses habitants, assoiff&#233;s de libert&#233;] a combattu puis emprisonn&#233; tous les dirigeants du G8. Ces derniers ont ensuite &#233;t&#233; jug&#233;s par un tribunal populaire sur la Grand place de Li&#232;ge devant plusieurs centaines de personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment &#171; mettre l'Histoire au service des alternatives &#187; comme vous l'affirmez ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour pouvoir transformer le pr&#233;sent, il est fondamental de conna&#238;tre son pass&#233;. Or, le moins que l'on puisse dire est qu'il y a d'&#233;normes lacunes dans ce domaine. Une &#233;tude en Belgique a montr&#233; qu'un &#233;l&#232;ve sur cinq dans l'enseignement g&#233;n&#233;ral et pr&#232;s d'un &#233;l&#232;ve sur deux dans le professionnel ignore que les Noirs d'Am&#233;rique sont les descendants d'esclaves ! Un &#233;l&#232;ve sur quatre ignore que le Congo a &#233;t&#233; une colonie belge ! Le m&#234;me genre de r&#233;sultats peut se constater dans la plupart des pays de la plan&#232;te. Une &#233;ducation &#171; r&#233;volutionnaire &#187; devra donc veiller &#224; r&#233;tablir certains faits. De la remise en cause du succ&#232;s du capitalisme aux causes r&#233;elles des guerres et g&#233;nocides pass&#233;s, le travail &#224; r&#233;aliser est immense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, il est imp&#233;ratif de r&#233;fl&#233;chir &#224; une mani&#232;re d'enseigner l'Histoire (mais aussi les autres mati&#232;res) pour que les enfants ne s'ennuient pas en l'apprenant, ce qui est souvent le cas. Pour que l'Histoire devienne un plaisir utile, il faudrait que celle-ci permette d'am&#233;liorer sa compr&#233;hension de la r&#233;alit&#233; actuelle. D'autre part, il faudrait qu'elle soit une Histoire dialectique, c'est-&#224;-dire qui se concentre sur les grands enjeux et int&#233;r&#234;ts qui s'affrontent, plut&#244;t que sur les actes, la personnalit&#233; ou les &#233;tats d'&#226;me de &#171; grands &#187; personnages politiques. Mais aussi une Histoire qui place la lutte sociale des peuples au centre, dans la lign&#233;e d'un Howard Zinn et de son livre Une histoire populaire des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La droite populiste est en vogue en ce moment et pr&#233;tend offrir une alternative &#224; la mondialisation. Pour certains, il faudrait, face &#224; ce ph&#233;nom&#232;ne, revendiquer un populisme de gauche, est-ce que votre livre s'inscrit dans cette optique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot &#171; populisme &#187; est un terme que je n'utilise jamais dans mon livre&#8230; sauf pour dire qu'il ne faut pas l'utiliser ! Il est trop &#171; fourre-tout &#187; et galvaud&#233;. J'aurais donc tendance &#224; l'&#233;viter. Par rapport &#224; la soi-disant alternative propos&#233;e par l'extr&#234;me droite et la droite en g&#233;n&#233;ral, je dirai deux choses. Premi&#232;rement, c'est vrai qu'on peut &#234;tre contre le capitalisme et d&#233;fendre un projet global qui n'est pas du tout progressiste. Tous les opposants au capitalisme ne portent pas n&#233;cessairement un projet &#233;galitaire, solidaire et &#233;cologiquement durable. Deuxi&#232;mement, il ne suffit pas de se d&#233;clarer contre le capitalisme pour l'&#234;tre vraiment. La droite &#171; dure &#187; et l'extr&#234;me droite s'en font d'ailleurs une sp&#233;cialit&#233; depuis plusieurs ann&#233;es, ce qui cr&#233;e souvent une grande confusion. D'un c&#244;t&#233;, elles d&#233;clarent &#8212; de mani&#232;re totalement mensong&#232;re &#8212; vouloir combattre les march&#233;s financiers et la mondialisation capitaliste, notamment via des mesures qui sont &#233;galement port&#233;es par certains secteurs de la gauche, comme l'annulation de la dette ou des mesures &#233;conomiques protectionnistes. De l'autre, elles continuent &#224; stigmatiser les &#233;trangers et les immigr&#233;s, et proposent de fermer les fronti&#232;res et de renforcer les politiques d'exclusion. &#192; l'oppos&#233; de ces projets insens&#233;s, dangereux et mensongers, les &#171; autres mondes possibles &#187; devront n&#233;cessairement int&#233;grer une dimension f&#233;ministe, antiraciste, antifasciste et &#233;co-socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon livre prend aussi place dans ce combat-l&#224; : face &#224; cette illusion d'alternative pr&#244;n&#233;e par la droite, il faut montrer qu'on peut construire d'autres mondes meilleurs et sortir de la crise par le haut. Et ce, non pas en construisant des murs, ou en stigmatisant des peuples ou des cultures, mais bien en construisant de la justice sociale, de la coop&#233;ration mais aussi en mettant en valeur la richesse culturelle, l'ouverture et les principes humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Auteur.e&lt;br class='autobr' /&gt;
Olivier Bonfond&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;est &#233;conomiste et conseiller au CEPAG (Centre d'&#201;ducation populaire Andr&#233; Genot). Militant altermondialiste, membre du CADTM, de la plateforme d'audit citoyen de la dette en Belgique (ACiDe) et de la Commission pour la V&#233;rit&#233; sur la dette publique de la Gr&#232;ce cr&#233;&#233;e le 4 avril 2015.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est l'auteur du livre Et si on arr&#234;tait de payer ? 10 questions / r&#233;ponses sur la dette publique belge et les alternatives &#224; l'aust&#233;rit&#233; (Aden, 2012) et Il faut tuer TINA. 200 propositions pour rompre avec le fatalisme et changer le monde (Le Cerisier, fev 2017).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;galement coordinateur du site Bonnes nouvelles&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Appliquer un protectionnisme social, &#233;cologique et solidaire</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Appliquer-un-protectionnisme-social-ecologique-et-solidaire</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Appliquer-un-protectionnisme-social-ecologique-et-solidaire</guid>
		<dc:date>2017-04-19T02:40:23Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Olivier Bonfond</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Economie internationale</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2017-04-18</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nous publions une des 200 propositions que nous pr&#233;sente Olivier Bonfond dans son livre. Cet ouvrage &#034;s'adresse &#224; celles et ceux qui veulent construire un autre monde, fond&#233; sur la satisfaction des besoins humains fondamentaux, le respect de l'environnement et la construction d'une v&#233;ritable d&#233;mocratie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Olivier Bonfond est &#233;conomiste et conseiller au CEPAG ) Cemtre d'&#201;ducation poupulaire Anndr&#233; Genot et militant altermondialiste, membre du CADTM (Comit&#233; pour l'abolition des dettes (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-International-101-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-135-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-internationale-+" rel="tag"&gt;Economie internationale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2017-04-18-+" rel="tag"&gt;Edition du 2017-04-18&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L133xH150/arton30555-2f3b3.png?1676511911' class='spip_logo spip_logo_right' width='133' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous publions une des 200 propositions que nous pr&#233;sente Olivier Bonfond dans son livre. Cet ouvrage &#034;s'adresse &#224; celles et ceux qui veulent construire un autre monde, fond&#233; sur la satisfaction des besoins humains fondamentaux, le respect de l'environnement et la construction d'une v&#233;ritable d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Olivier Bonfond est &#233;conomiste et conseiller au CEPAG ) Cemtre d'&#201;ducation poupulaire Anndr&#233; Genot et militant altermondialiste, membre du CADTM (Comit&#233; pour l'abolition des dettes ill&#233;gitimes)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Comme nous l'avons montr&#233; dans la proposition pr&#233;c&#233;dente, le libre-&#233;change est tout sauf synonyme de d&#233;veloppement humain. Commen&#231;ons par casser trois id&#233;es pr&#233;con&#231;ues suppl&#233;mentaires :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. &#171; Le protectionnisme impacte n&#233;gativement l'&#233;conomie &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les puissances &#233;conomiques se sont d&#233;velopp&#233;es en appliquant une forte dose de protectionnisme, particuli&#232;rement en ce qui concerne leurs secteurs strat&#233;giques. L'ouverture commerciale n'est venue que lorsque leurs &#233;conomies &#233;taient suffisamment solides pour affronter la concurrence. Le &#171; libre-&#233;change &#187; a alors &#233;t&#233; impos&#233; au pays du Sud, avec des cons&#233;quences dramatiques &#224; tous les niveaux : &#233;conomique, fiscal, social et &#233;cologique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire aussi le point &#171; libre-&#233;change, ennemi de l'emploi et de l'activit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. &#171; On doit tout faire pour &#233;viter de revenir au protectionnisme &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le protectionnisme ne peut pas r&#233;ellement revenir car il n'a pas disparu. Certes, les institutions internationales, l'OMC en t&#234;te, se sont attel&#233;s &#224; supprimer au maximum toutes les barri&#232;res douani&#232;res, pour favoriser la libert&#233; de mouvement des marchandises et des capitaux. Cette ouverture est pourtant loin d'&#234;tre totale en particulier en ce qui concerne des produits alimentaires et l'agriculture.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire notamment le rapport &#171; Profils tarifaires dans le monde 2015 &#187;, OMC, 2015.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Les nombreux accords de libre-&#233;change en cours de n&#233;gociation montrent aussi que les politiques protectionnistes subsistent encore de diff&#233;rentes mani&#232;res, comme par exemple le protectionnisme &#171; sanitaire &#187;, qui se concr&#233;tise &#224; travers des normes : normes de s&#233;curit&#233; pour les jouets, crit&#232;res sanitaires pour les aliments, composants chimiques interdits, etc. La question n'est donc pas de savoir si l'on veut ou non revenir au protectionnisme mais quel type de protectionnisme voulons-nous favoriser ou au contraire r&#233;duire. Comme le rappelle l'&#233;conomiste Fr&#233;d&#233;ric Lordon, il est absurde de juger du degr&#233; d'ouverture des nations sous le seul prisme de la circulation marchande, car &#171; entraver un peu de la circulation des conteneurs et des capitaux n'interdit nullement de promouvoir la plus grande circulation des &#339;uvres, des &#233;tudiant-e-s, des artistes, des chercheurs, des touristes&#8230;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lordon Fr&#233;d&#233;ric, &#171; La d&#233;mondialisation et ses ennemis &#187;, Le Monde (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Le protectionnisme provoque la guerre &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le protectionnisme est souvent pr&#233;sent&#233; comme un r&#233;flexe de fermeture, comme un repli sur soi, augmentant les tensions entre les pays jusqu'&#224; provoquer la guerre. Un repli sur soi augmentant les tensions entre les pays jusqu'&#224; provoquer la guerre. La guerre 40-45 n'est pas la cons&#233;quence des mesures protectionnistes mises en place durant les ann&#233;es 30. Si celles-ci on peut jouer un r&#244;le, il a &#233;t&#233; marginal. C'est avant tout la crise financi&#232;re et ses cons&#233;quences qui ont cr&#233;&#233; les conditions du conflit. Comme c'est souvent le cas, la guerre aussi &#233;t&#233; un tr&#232;s bon moyen de relancer la machine &#233;conomique.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire notamment par Pauwels Jacques, Le mythe de la bonne guerre, Aden, 2012, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'inverse de ce que pr&#233;conisent les discours dominants, qui veut faire passer le protectionnisme pour l'ennemi num&#233;ro un, il est n&#233;cessaire de favoriser les productions locales et de repenser le protectionnisme, mais dans un esprit de coop&#233;ration et non de comp&#233;tition. Revendiquer un protectionnisme &#233;cologique et solidaire ne consiste en rien &#224; refuser les &#233;changes ou &#224; se replier sur soi. Il s'agit d'organiser le commerce international afin que celui-ci permette le progr&#232;s social et un d&#233;veloppement mutuel et partag&#233;. Pour ce faire, il faudrait notamment :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D&#233;fendre le droit des peuples du Sud &#224; prot&#233;ger &#224; prot&#233;ger leurs &#233;conomies&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pays du Sud doivent pouvoir prot&#233;ger leur &#233;conomie, et en particulier leur agriculture. C'est pourtant le contraire qui se passe : l'UE force les pays du Sud &#224; signer des accords de libre-&#233;change qui favorisent syst&#233;matiquement les int&#233;r&#234;ts des grands groupes industriels mais d&#233;structurent les &#233;conomies du Sud, d&#233;gradent leur finances publiques,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; titre d'exemple, &#171; l'Accord de partenariat &#233;conomique (APE), sign&#233; entre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et mettent au ch&#244;mage des millions de travailleurs et travailleuses. Les gouvernements du Sud pourraient et devraient prendre rapidement des mesures qui prot&#232;gent leurs producteurs et permettent &#224; diff&#233;rents secteurs de se d&#233;velopper, en priorit&#233; ceux visant &#224; r&#233;pondre &#224; la demande int&#233;rieure. Dans tous les cas, chaque pays doit pouvoir prot&#233;ger son agriculture, sa paysannerie et assurer sa souverainet&#233; alimentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Organiser un protectionnisme social et &#233;cologique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pays du Nord devraient &#233;galement adopter des mesures de protection contre certaines marchandises produites dans des conditions sociales et &#233;cologiques inacceptables. La mani&#232;re dont un produit est fabriqu&#233; doit jouer un r&#244;le d&#233;terminant dans l'organisation des &#233;changes et de la concurrence. Le prix de vente ne peut pas &#234;tre le seul crit&#232;re. Les pays et/ou les entreprises dont les produits ne respectent pas les normes sociales ou &#233;cologiques fondamentales, fix&#233;es d&#233;mocratiquement, pourraient se voir appliquer sur leurs produits une taxe aux fronti&#232;res, voire &#234;tre interdites d'entr&#233;e sur le march&#233; concern&#233;. Ainsi ne pourraient &#234;tre import&#233;s que des produits fabriqu&#233;s par des travailleurs disposant d'un minimum de droits sociaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour avancer dans ce sens, il est possible de s'appuyer sur les r&#232;gles de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et fabriqu&#233;s en prenant en compte des normes environnementales strictes. Ce genre de mesures devrait &#233;galement s'appliquer au niveau r&#233;gional.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces normes sociales et environnementales doivent &#234;tre r&#233;ellement contraignantes et ex&#233;cutoires. Prenons le cas du travail des enfants. Le droit international et l'OIT interdisent formellement. On s'indigne quand on &#171; d&#233;couvre &#187; une grande entreprise y a recours. Et ensuite ? En g&#233;n&#233;ral, plus rien ! Elles ne sont pas sanctionn&#233;es et continuent &#224; avoir pignon sur rue. On leur demande au mieux de signer une charte pour montrer leur bonne volont&#233;, alors qu'il est de notori&#233;t&#233; publique qu'elles contournent sciemment les r&#232;gles pour augmenter leurs marges b&#233;n&#233;ficiaires. C'est inacceptable et il faut donc veiller &#224; mettre en place des outils efficaces de contr&#244;le et de sanctions pour toutes les entreprises qui ne respectent pas les normes sociales et environnementales. Ajoutons que cette forme de protectionnisme se justifie &#233;galement par la n&#233;cessaire relocalisation de l'&#233;conomie (voir la proposition suivante).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut cependant rester vigilant : les &#233;ventuelles barri&#232;res doivent avoir pour objectif de combattre le dumping social et non pas de conserver les privil&#232;ges des grandes soci&#233;t&#233;s capitalistes, comme le sont certaines normes actuelles. On songera par exemple aux d&#233;couvertes et produits pharmaceutiques cubains&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Centre d'Immunologie mol&#233;culaire de La Havane, appartenant &#224; l'&#201;tat (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;en mati&#232;re de traitement des grands br&#251;l&#233;s, de cancers ou de sida, dont les r&#233;sultats ont &#233;t&#233; soulign&#233;s par l'OMS lui-m&#234;me.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Cuba : les biotechnologies contre le cancer &#187;, janvier 2013, OMS&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Mais dans la circulation a &#233;t&#233; bloqu&#233;e ou frein&#233;e par les grands lobbies du secteur pharmaceutique, afin d'&#233;viter toute concurrence dans ces domaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Organiser un protectionnisme solidaire&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un protectionnisme intelligent ne doit pas viser &#224; se d&#233;velopper dans le dos des autres peuples. Les mesures de protection doivent viser &#224; la fois &#224; prot&#233;ger les mod&#232;les sociaux les plus avanc&#233;s et les int&#233;r&#234;ts des travailleurs du Sud. Dans le cas o&#249; on imposait une taxe sur les produits import&#233;s qui ne respecteraient pas les m&#234;mes normes sociales et environnementales, certains comme par exemple Bernard Cassen, propose de &#171; reverser des sommes d&#233;gag&#233;es soit au pays de d&#233;part, selon de strictes conditions d'utilisation &#224; des fins sociales, environnementales ou &#233;ducatives, soit &#224; des organisations internationales, qui les utiliseraient dans les pays concern&#233;s selon les m&#234;mes crit&#232;res &#187;. Cette proposition a le m&#233;rite d'&#234;tre concr&#232;te tout en jouant un r&#244;le symbolique. Mais c'est insuffisant. Ce qui compte avant tout, c'est de construire des solidarit&#233;s et des coop&#233;rations avec tous les mouvements sociaux du monde qui luttent pour am&#233;liorer les conditions de travail et de vie en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mettre en &#339;uvre un protectionnisme social, &#233;cologique et solidaire constitue un bon moyen de prot&#233;ger l'environnement et les conditions de travail au Nord, mais aussi au Sud. L'affirmation selon laquelle se prot&#233;ger des march&#233;s &#233;mergents nuirait aux travailleurs de ces pays, en leur faisant perdre leur emploi, ne tient pas la route. En se prot&#233;geant de la concurrence venant des pays structurellement diff&#233;rents et en privil&#233;giant les &#233;changes avec des pays qui ont un syst&#232;me de protection sociale, un salaire minimum, un droit de repr&#233;sentation syndicale, on pourrait mieux prot&#233;ger les salaires et l'environnement au Nord. Mais cela permettrait aussi de forcer les gouvernements du Sud &#224; am&#233;liorer les conditions de travail et les politiques environnementales dans leur pays, tout en les incitant &#224; sortir des mod&#232;les de d&#233;veloppement exclusivement bas&#233;s sur les exportations, pour favoriser des mod&#232;les plus autocentr&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire aussi le point &#171; libre-&#233;change, ennemi de l'emploi et de l'activit&#233; &#233;conomique &#187; (une proposition 54).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire notamment le rapport &#171; Profils tarifaires dans le monde 2015 &#187;, OMC, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lordon Fr&#233;d&#233;ric, &#171; La d&#233;mondialisation et ses ennemis &#187;, Le Monde diplomatique, ao&#251;t 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire notamment par Pauwels Jacques, &lt;i&gt;Le mythe de la bonne guerre&lt;/i&gt;, Aden, 2012, voir &#233;galement l'encart &#171; le capitalisme porte en lui la guerre comme la nu&#233;e porte l'orage &#187;, (une proposition 21).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; titre d'exemple, &#171; l'Accord de partenariat &#233;conomique (APE), sign&#233; entre l'Union europ&#233;enne et les quinze &#201;tats de l'Afrique de l'Ouest, interdit la taxation des 11,9 milliards d'euros de produits import&#233;s par l'Union europ&#233;enne en 2013 &#187;. Lire Bouamama Sa&#239;d, &#171; Le mur meurtrier de la M&#233;diterran&#233;e : L'assassinat institutionnel de masse de l'Union europ&#233;enne &#187;, mondialisation.ca, 23 mars 2015. Lire &#233;galement Berthelot Jacques, &#171; L'APE lib&#233;raliserait la majorit&#233; des exportations agricoles de l'UE en Afrique de l'Ouest &#187;, Bilaterals. Org, 26 mai 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour avancer dans ce sens, il est possible de s'appuyer sur les r&#232;gles de l'OIT et renforcer leur caract&#232;re contraignant. Il s'agit &#233;galement de combattre la concurrence intra-europ&#233;enne en harmonisant vers le haut les r&#232;gles sociales, fiscales et environnementales &#224; respecter.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Centre d'Immunologie mol&#233;culaire de La Havane, appartenant &#224; l'&#201;tat cubain, est le cr&#233;ateur de nombre de vaccins. D&#233;j&#224; en 1985 a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233; le vaccin de la m&#233;ningite B, unique dans le monde, et plus tard d'autres, comme ceux qui combattent l'h&#233;patite B ou la dengue. En outre, il fait des recherches depuis des ann&#233;es pour d&#233;velopper un vaccin contre le vih-sida. En juillet 2015, L'Organisation mondiale de la sant&#233; a officiellement d&#233;clar&#233; Cuba comme le premier pays au monde &#224; avoir &#233;limin&#233; la transmission du virus du sida et de la syphilis de la m&#232;re de l'enfant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Cuba : les biotechnologies contre le cancer &#187;, janvier 2013, OMS&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Les Grecs ne paient pas leurs imp&#244;ts et ont v&#233;cu au-dessus de leurs moyens &#187; : FAUX ET ARCHI FAUX !</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Les-Grecs-ne-paient-pas-leurs-impots-et-ont-vecu-au-dessus-de-leurs-moyens-FAUX</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Les-Grecs-ne-paient-pas-leurs-impots-et-ont-vecu-au-dessus-de-leurs-moyens-FAUX</guid>
		<dc:date>2015-07-15T16:40:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Olivier Bonfond, Thanos Contargyris</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>Solidarit&#233; avec la Gr&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>Solidarit&#233; avec le peuple grec</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-06-30</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans les m&#233;dias dominants, on entend souvent que la crise en Gr&#232;ce serait notamment due au fait que les Grecs ne paient pas leurs imp&#244;ts. Mieux : ne pas payer ses imp&#244;ts en Gr&#232;ce serait un sport national. Cette affirmation ne r&#233;siste pas &#224; l'examen des faits : la grande majorit&#233; des citoyennes et citoyens grecs paient leurs imp&#244;ts. En effet, en 2009, 77,5 % des contribuables &#233;taient des salari&#233;s ou des pensionn&#233;s, et payaient donc leurs imp&#244;ts directement &#224; la source ! &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Les Grecs ne (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Grece-+" rel="tag"&gt;Gr&#232;ce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Solidarite-avec-la-Grece-+" rel="tag"&gt;Solidarit&#233; avec la Gr&#232;ce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Solidarite-avec-le-peuple-grec-+" rel="tag"&gt;Solidarit&#233; avec le peuple grec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2015-06-30-+" rel="tag"&gt;Edition du 2015-06-30&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH69/arton22826-d5cdc.png?1676511911' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='69' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans les m&#233;dias dominants, on entend souvent que la crise en Gr&#232;ce serait notamment due au fait que les Grecs ne paient pas leurs imp&#244;ts. Mieux : ne pas payer ses imp&#244;ts en Gr&#232;ce serait un sport national. Cette affirmation ne r&#233;siste pas &#224; l'examen des faits : la grande majorit&#233; des citoyennes et citoyens grecs paient leurs imp&#244;ts. En effet, en 2009, 77,5 % des contribuables &#233;taient des salari&#233;s ou des pensionn&#233;s, et payaient donc leurs imp&#244;ts directement &#224; la source !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Les Grecs ne paient pas leurs imp&#244;ts &#187; : FAUX ! &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit aucunement de nier que l'administration fiscale grecque puisse &#234;tre d&#233;ficiente &#224; certains niveaux, mais on ne peut certainement pas en conclure que les travailleuses et travailleurs grecs ne paient pas leurs imp&#244;ts. En r&#233;alit&#233;, ce sont essentiellement les grandes entreprises et les citoyens grecs fortun&#233;s qui eux ont pu, de mani&#232;re l&#233;gale ou ill&#233;gale, &#233;viter de payer des imp&#244;ts.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2398 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L482xH253/c75e37dd35c117ac-58e3abaf-9590d.png?1717610437' width='482' height='253' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Les Grecs ont v&#233;cu au-dessus de leurs moyens &#187; : ARCHI FAUX ! &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis plusieurs ann&#233;es, que ce soit &#224; la t&#233;l&#233;, &#224; la radio ou dans la presse &#233;crite, nous entendons que s'il y a une crise de la dette en Gr&#232;ce, c'est parce que l'&#201;tat aurait gaspill&#233; l'argent et beaucoup trop d&#233;pens&#233;, pour les salaires, les pensions, les services publics, etc. Les Grecs auraient donc profit&#233; depuis trop longtemps d'un syst&#232;me bien trop favorable et totalement insoutenable du point de vue des finances publiques. Bref, les Grecs auraient v&#233;cu au-dessus de leurs moyens.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2397 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH389/64d553da5af119c9-911de02c-c89e8.png?1717610437' width='500' height='389' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette affirmation est &#233;galement fausse : sur la p&#233;riode 1995-2009, les d&#233;penses publiques en Gr&#232;ce ont &#233;t&#233; en moyenne de 48% du PIB, ce qui est inf&#233;rieur &#224; la moyenne des d&#233;penses publiques des onze pays ayant adopt&#233; l'euro en 2000 (48,5%) |3|. L'&#201;tat grec, n'a donc pas plus d&#233;pens&#233; que les autres &#201;tats de la zone euro. La dette publique grecque ne provient pas d'un exc&#232;s de d&#233;penses sociales, mais bien des 8 facteurs suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Des taux d'int&#233;r&#234;t tr&#232;s &#233;lev&#233;s pay&#233;s aux cr&#233;anciers. Ces int&#233;r&#234;ts ont profit&#233; directement aux grandes banques priv&#233;es europ&#233;ennes, en particulier fran&#231;aises, allemandes, hollandaises, mais aussi grecques. Ce facteur repr&#233;sente environ 65 % de l'augmentation de la dette entre 1980 et 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Des d&#233;penses militaires excessives, dont beaucoup sont marqu&#233;es d'irr&#233;gularit&#233;s, de fraude et de corruption, et qui ont profit&#233; directement aux vendeurs d'armes, en particulier allemands et fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Des contrats surfactur&#233;s ou frauduleux obtenus via la corruption de la classe politique grecque qui a gouvern&#233; le pays avant 2015 par de grandes entreprises &#233;trang&#232;res. Citons par exemple l'entreprise allemande Siemens, qui est accus&#233;e - tant par la justice allemande que grecque- d'avoir vers&#233; des pots de vin au personnel politique, militaire et administratif grec pour un montant d'environ 1 milliard d'euros. Le principal dirigeant de la firme Siemens, qui a reconnu avoir &#171; financ&#233; &#187; les deux grands partis grecs (PASOK et Nouvelle D&#233;mocratie), s'est enfui en 2010 en Allemagne et la justice allemande a rejet&#233; la demande d'extradition introduite par la Gr&#232;ce |4|.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4) Des r&#233;formes fiscales socialement injustes, en particulier la diminution de l'imposition sur les b&#233;n&#233;fices des soci&#233;t&#233;s, qui est pass&#233;e de 40 % en 1995 &#224; 25 % en 2009, et qui a permis aux grandes entreprises d'&#233;viter l&#233;galement de payer des imp&#244;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5) Une administration fiscale corrompue et un syst&#232;me de collecte de l'imp&#244;t d&#233;ficient, essentiellement au b&#233;n&#233;fice des grandes entreprises et du 1% le plus riche de la population grecque qui, via des pots de vin, ne payaient pas leur d&#251;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6) Des fuites illicites de capitaux, estim&#233;es &#224; 200 milliards d'euros rien que pour la p&#233;riode 2003-2009. Ajoutons que cette &#233;vasion fiscale a &#233;t&#233; favoris&#233;e par le syst&#232;me mis en place par l'Union Europ&#233;enne. Joseph Stiglitz, prix Nobel d'&#233;conomie, d&#233;clare : &#171; Les dirigeants europ&#233;ens et occidentaux critiquent la Gr&#232;ce pour son incapacit&#233; &#224; collecter l'imp&#244;t. Dans le m&#234;me temps, les occidentaux ont cr&#233;&#233; un syst&#232;me d'&#233;vasion fiscale mondial... et les pays avanc&#233;s essayent de contrer l'effort global pour stopper l'&#233;vasion fiscale. On ne peut pas &#234;tre plus hypocrite |5| &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7) Les pr&#234;ts dit de &#171; sauvetage &#187; de 2010 et 2012 qui n'ont pas servi &#224; aider la Gr&#232;ce, mais bien &#224; sauver les banques grecques et &#233;trang&#232;res (en particulier fran&#231;aises, allemandes et hollandaises) qui avaient sp&#233;cul&#233; sur la dette grecque. Plus de 80% des 240 milliards de pr&#234;ts faits &#224; la Gr&#232;ce dans le cadre des deux memoranda 2010 et 2012 ne sont jamais arriv&#233;s en Gr&#232;ce, mais sont repartis directement dans les coffres de ces quelques grandes banques priv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8) Les politiques d'aust&#233;rit&#233; qui n'ont fait qu'aggraver la situation. Il existe en effet un lien direct entre, d'une part, l'application des mesures d'aust&#233;rit&#233; et, d'autre part, la r&#233;cession &#233;conomique et l'augmentation de la dette. Ajoutons que le FMI lui-m&#234;me a admis dans un document confidentiel qu'il savait que les politiques d'aust&#233;rit&#233; allaient in&#233;vitablement provoquer un d&#233;sastre &#233;conomique et une explosion de la dette.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2399 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L469xH449/0eff83fbadbc9359-7f0560d1-8e20a.png?1717610437' width='469' height='449' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Gr&#232;ce a commis des erreurs ces derni&#232;res ann&#233;es et d&#233;cennies, c'est une &#233;vidence. Mais qui a commis ces erreurs, qui est en responsable et qui en a profit&#233; ? Certainement pas la majorit&#233; des citoyens mais bien une minorit&#233; privil&#233;gi&#233;e ainsi que les dirigeants politiques corrompus des gouvernements pr&#233;c&#233;dents. Il n'est donc pas acceptable de faire payer &#224; la population le prix de ces erreurs et une dette dont elle n'est pas responsable et dont elle n'a pas profit&#233;. Ajoutons que cette dette est d'autant plus impayable que, comme la Commission pour la V&#233;rit&#233; sur la dette (voir encadr&#233;) l'a d&#233;montr&#233; dans son rapport pr&#233;liminaire, une grande partie de celle-ci est ill&#233;gale et ill&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2396 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L482xH364/5e5c2968b3db9546-fc436d13-73f99.png?1717610437' width='482' height='364' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Commission pour la V&#233;rit&#233; sur la dette grecque en quelques mots&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis plus de 5 ans (mai 2010), la Gr&#232;ce applique un programme d'aust&#233;rit&#233; et d'ajustement structurel, qui est la condition pour recevoir une &#171; aide financi&#232;re &#187; du Fonds Mon&#233;taire International, de quatorze Etats membres de la zone et du Fonds europ&#233;en de Stabilit&#233; financi&#232;re. Ces mesures &#233;taient cens&#233;es r&#233;duire le d&#233;ficit budg&#233;taire et la dette publique et ramener la comp&#233;titivit&#233; et la croissance. C'est tout le contraire qui s'est pass&#233; : la dette a explos&#233; (elle est pass&#233;e de 130% du PIB &#224; 177% du PIB, l'&#233;conomie a connu une profonde r&#233;cession (-25%), les services publics se sont fortement d&#233;grad&#233;s et des millions de citoyens ont plong&#233; dans la pauvret&#233; et la pr&#233;carit&#233;. C'est en r&#233;action &#224; cette situation, et dans le cadre de la responsabilit&#233; du Parlement envers le peuple grec, que le 4 avril 2015, la Pr&#233;sidente du Parlement grec, Zo&#233; Kostantopoulou |6|, a d&#233;cid&#233; de cr&#233;er la &#171; Commission pour la V&#233;rit&#233; sur la Dette publique &#187; (the Debt truth Committee).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compos&#233;e d'une trentaine d'experts internationaux et grecs, la Commission pour la V&#233;rit&#233; sur la Dette publique a re&#231;u pour mandat d'analyser tout le processus d'endettement de la Gr&#232;ce et de d&#233;tecter les dettes qui peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme ill&#233;gales, odieuses, ill&#233;gitimes et/ou insoutenables. Bien que son mandat se termine en mai 201, la Commission a remis un rapport pr&#233;liminaire le 18 juin 2015, dont les conclusions sont tr&#232;s claires : la dette r&#233;clam&#233;e &#224; la Gr&#232;ce est totalement insoutenable et une grande partie de celle-ci est ill&#233;gale, ill&#233;gitime et odieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour plus d'infos, lire la synth&#232;se du rapport (disponible ici : &lt;a href=&#034;http://cadtm.org/Synthese-du-rapport-de-la&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://cadtm.org/Synthese-du-rapport-de-la&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport complet est disponible en anglais ici : &lt;a href=&#034;http://cadtm.org/Preliminary-Report-of-the-Truth&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://cadtm.org/Preliminary-Report-of-the-Truth&lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est en cours de traduction vers le fran&#231;ais et devrait &#234;tre disponible dans les jours qui viennent&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Que l'Islande dise non &#224; l'injustice et &#224; l'aust&#233;rit&#233; ! </title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Que-l-Islande-dise-non-a-l-injustice-et-a-l-austerite</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Que-l-Islande-dise-non-a-l-injustice-et-a-l-austerite</guid>
		<dc:date>2010-03-09T13:28:30Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Olivier Bonfond</dc:creator>


		<dc:subject>International</dc:subject>
		<dc:subject>Islande</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2010-03-09</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les Islandais ont refus&#233; &#224; 93,2 % de payer pour les clients &#233;trangers de la banque en ligne Icesave en faillite. Le &#171; oui &#187; n'a recueilli que 1,8 % des 230 000 &#233;lecteurs islandais. Les personnes qui ont vu leurs &#233;conomies fondre avec la crise refusent de payer les 3,9 milliards d'euros destin&#233;s &#224; indemniser les clients britanniques et n&#233;erlandais l&#233;s&#233;s par la faillite d'Icesave. La participation a &#233;t&#233; de 62,5 %. &lt;br class='autobr' /&gt; Le 6 mars, les Islandais avaient rendez-vous avec les urnes pour d&#233;cider de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-International-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-International-69-+" rel="tag"&gt;International&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Islande-+" rel="tag"&gt;Islande&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2010-03-09-+" rel="tag"&gt;Edition du 2010-03-09&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton4384-0e298.png?1676511912' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les Islandais ont refus&#233; &#224; 93,2 % de payer pour les clients &#233;trangers de la banque en ligne Icesave en faillite. Le &#171; oui &#187; n'a recueilli que 1,8 % des 230 000 &#233;lecteurs islandais. Les personnes qui ont vu leurs &#233;conomies fondre avec la crise refusent de payer les 3,9 milliards d'euros destin&#233;s &#224; indemniser les clients britanniques et n&#233;erlandais l&#233;s&#233;s par la faillite d'Icesave. La participation a &#233;t&#233; de 62,5 %.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le 6 mars, les Islandais avaient rendez-vous avec les urnes pour d&#233;cider de leur avenir. Ils devront se prononcer pour ou contre la loi &#171; Icesave &#187;. Si cette loi est accept&#233;e, les dettes des banques priv&#233;es seront nationalis&#233;es et l'ajustement structurel sera renforc&#233;. Dans un contexte de crise &#233;conomique et sociale, et alors que c'est le peuple islandais qui a impos&#233; au gouvernement la tenue de ce r&#233;f&#233;rendum, les sondages actuels annoncent un non massif, &#224; plus de 70%. Si cela se confirme, le peuple islandais aura remport&#233; une victoire contre le n&#233;olib&#233;ralisme. Ce sera aussi une victoire pour la d&#233;mocratie si, contrairement &#224; ce qui s'est pass&#233; en France et en Irlande r&#233;cemment, le choix des Islandais est respect&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petit pays de 320 000 habitants sans arm&#233;e, l'Islande a subi de plein fouet la crise financi&#232;re qui a &#233;clat&#233; fin 2008. Des milliers de m&#233;nages ont perdu leur travail ou ont &#233;t&#233; expuls&#233;s de leurs logements. Dans le m&#234;me temps, l'&#201;tat a d&#233;bours&#233; des centaines de millions d'euros pour nationaliser les trois principales banques islandaises (Kaupthing, Landbanski et Glitnir), totalement privatis&#233;es en 2003. Au bord de la faillite, le gouvernement islandais a annonc&#233; qu'il n'&#233;tait pas en mesure d'assumer ses engagements en mati&#232;re de remboursement de dette. Se sentant flou&#233;, le peuple islandais s'est massivement mobilis&#233; pour tenter de faire payer le co&#251;t de cette crise aux responsables : les banques et les fonds sp&#233;culatifs. Cette pression a donn&#233; des r&#233;sultats : le gouvernement a d&#233;missionn&#233; fin 2008 et, en ao&#251;t 2009, le Parlement a adopt&#233; une r&#233;solution pour conditionner le remboursement de cette dette aux &#171; capacit&#233;s de paiement &#187; du pays . Mais les int&#233;r&#234;ts en jeu sont &#233;normes. Le FMI et l'Union Europ&#233;enne ont pes&#233; de tout leur poids pour renverser cette orientation. Dans la nuit du 30 au 31 d&#233;cembre 2009, le Parlement a chang&#233; de position et vot&#233; la loi &#171; Icesave &#187;. Cette loi a confirm&#233; la nationalisation de ces dettes priv&#233;es et pr&#233;vu la mise en place de mesures d'aust&#233;rit&#233; (gel des salaires, diminution des d&#233;penses publiques&#8230;) afin de d&#233;gager les montants n&#233;cessaires au remboursement int&#233;gral .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un contexte de crise sociale, mais aussi et surtout de conscience critique collective &#233;lev&#233;e, les Islandais ne l'ont pas entendu pas de cette oreille : des organisations islandaises ont lanc&#233; une p&#233;tition contre cette loi, et, en quelques semaines, plus de 25% des Islandais l'ont sign&#233;e ! Sous la pression, le Pr&#233;sident est contraint de la prendre en compte et d'appliquer l'article 26 de la Constitution qui stipule qu'en cas de refus du Pr&#233;sident de promulguer une loi, elle sera soumise &#224; une consultation populaire. Un r&#233;f&#233;rendum aura donc lieu ce 6 mars 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les diff&#233;rentes pressions (pression m&#233;diatique tr&#232;s forte en faveur du oui, refus de discuter de l'int&#233;gration de l'Islande dans l'Union europ&#233;enne, blocage de l'aide internationale), les Islandais vont tr&#232;s probablement dire non &#224; cette loi n&#233;olib&#233;rale. Cette d&#233;cision sera tr&#232;s int&#233;ressante sur au moins deux points.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, on est en droit de douter que ce choix sera respect&#233;. Rappelons-nous ce qui s'est pass&#233; &#224; propos du Trait&#233; constitutionnel europ&#233;en : alors que les Fran&#231;ais et les Irlandais avaient dit Non, le gouvernement fran&#231;ais a tout de m&#234;me approuv&#233; le Trait&#233; de Lisbonne qui l'a remplac&#233; en passant par la voie parlementaire, tandis que le gouvernement irlandais a impos&#233; un nouveau vote afin de parvenir au Oui. Ailleurs, un second vote a-t-il &#233;t&#233; organis&#233; lorsque le r&#233;sultat initial &#233;tait Oui ? Non. Va-t-on faire de m&#234;me cette fois-ci et refuser d'&#233;couter la volont&#233; populaire ? Contrairement &#224; ce qui se passe dans certains pays d'Am&#233;rique latine, les r&#233;sultats des r&#233;f&#233;rendums en Europe sont ni&#233;s par les dirigeants d&#232;s lors qu'ils ne sont pas conformes &#224; leurs attentes. Dr&#244;le de fa&#231;on d'envisager la d&#233;mocratie ! Le r&#233;f&#233;rendum, comme les autres outils d&#233;mocratiques (&#233;lection, consultation populaire, budget participatif, r&#233;f&#233;rendum r&#233;vocatoire, assembl&#233;e constituante&#8230;) sont pourtant des outils d&#233;mocratiques fondamentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, ce r&#233;f&#233;rendum pourrait apporter la preuve que, contrairement au discours dominant, le gouvernement islandais est tout &#224; fait en mesure de refuser la logique n&#233;olib&#233;rale tout en garantissant la justice sociale. Toute une s&#233;rie de mesures concr&#232;tes et alternatives &#224; la logique capitaliste pourraient &#234;tre mises en place rapidement, en vue de sauver les emplois et de faire payer le co&#251;t du sauvetage financier aux responsables : nationalisation sans indemnisation du secteur bancaire, interdiction de nationaliser les dettes priv&#233;es (comme le pr&#233;voit l'article 290 de la Constitution de l'&#201;quateur), moratoire imm&#233;diat sur le remboursement de la dette, mise en place d'un audit int&#233;gral de la dette islandaise en vue de r&#233;pudier toutes les dettes odieuses ou marqu&#233;es d'irr&#233;gularit&#233;s (tout comme l'a fait l&#201;quateur en 2007), imp&#244;t exceptionnel sur le patrimoine des grosses fortunes afin de d&#233;velopper des emplois publics socialement utiles et respectueux de la nature&#8230; Ces mesures sont parfaitement r&#233;alisables et tout &#224; fait l&#233;gitimes, afin que le poids de cette crise ne repose pas en bout de course sur la population islandaise qui en est la victime. Bien d'autres gouvernements dans le monde devraient d'ailleurs consid&#233;rer ces mesures comme une obligation d'un point de vue international, puisque la majorit&#233; d'entre eux ont ratifi&#233; la D&#233;claration sur le droit au d&#233;veloppement de 1986 qui stipule dans son article 2 : &#171; Les &#201;tats ont le droit et le devoir de formuler des politiques de d&#233;veloppement national appropri&#233;es ayant pour but l'am&#233;lioration constante du bien-&#234;tre de l'ensemble de la population et de tous les individus, fond&#233;e sur leur participation active, libre et utile au d&#233;veloppement et &#224; la r&#233;partition &#233;quitable des avantages qui en r&#233;sultent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire nous a appris que des mesures progressistes allant &#224; l'encontre des int&#233;r&#234;ts du grand capital ne se concr&#233;tisent que si le peuple se mobilise largement. Il est donc essentiel de soutenir le peuple islandais dans la mise en pratique de ses droits d&#233;mocratiques et dans ce qui n'est sans doute que le d&#233;but d'une plus longue bataille. Apr&#232;s avoir dit non au n&#233;olib&#233;ralisme, les Islandais seront alors capables de poursuivre la lutte pour la mise en place d'une logique radicalement autre, que les cr&#233;anciers redoutent mais que les peuples sont de plus en plus nombreux &#224; r&#233;clamer.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; &#201;conomiste au CADTM (Comit&#233; pour l'annulation de la dette du tiers-monde, &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.cadtm.org&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1, A titre d'exemple, l'Etat islandais a d&#233;bours&#233; 600 millions d'euros pour s'adjuger 75 % du capital de Glitnir, le 29 septembre 2009, avant d'en prendre l'entier contr&#244;le quelques jours plus tard. &lt;br class='autobr' /&gt;
2. Cette r&#233;solution affirmait que le gouvernement consacrerait au maximum 6% de la croissance de son PIB au titre du remboursement de la dette, et que si la croissance &#233;conomique n'est pas au rendez-vous, l'Islande ne paierait rien. Pour plus d'infos, lire Olivier Bonfond, &#171; Islande - si la dette ne peut pas &#234;tre pay&#233;e elle ne le sera pas &#187;, &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Islande-Si-la-dette-ne-peut-pas&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.cadtm.org/Islande-Si-la-dette-ne-peut-pas&lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
3. Voir J&#233;r&#244;me Duval et Olivier Bonfond, &#171; Les islandais n'ont pas dit leur dernier mot &#187;, &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Les-Islandais-n-ont-pas-dit-leur&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.cadtm.org/Les-Islandais-n-ont-pas-dit-leur&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;site du CADTM&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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