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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Comment l'Iran et les &#201;tats-Unis pr&#233;parent leurs prochaines actions. Au-del&#224; quelles perspectives ?</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Comment-l-Iran-et-les-Etats-Unis-preparent-leurs-prochaines-actions-Au-dela</link>
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		<dc:date>2026-04-28T08:04:13Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Karim Sadjadpour, Ravi Agrawal</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre au Proche-Orient</dc:subject>
		<dc:subject>Iran</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2026-04-28</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;[Nous publions ici un entretien publi&#233; le 22 avril dans Foreign Policy conduit par Ravi Agrawal, ex-reporter international durant 11 ans de CNN et actuel r&#233;dacteur en chef du magazine et site Foreign Policy, avec Karim Sadjadpour, Iranien d'origine, chercheur aupr&#232;s de la Fondation Carnegie pour la paix internationale. Il nous para&#238;t utile de prendre connaissance de la r&#233;flexion d'un analyste comp&#233;tent, qui se d&#233;marque du trumpisme et nourrit la r&#233;flexion de secteurs des milieux d&#233;mocrates (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Asie-Proche-Orient-" rel="directory"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Guerre-au-Proche-Orient-+" rel="tag"&gt;Guerre au Proche-Orient&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Iran-+" rel="tag"&gt;Iran&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2026-04-28-+" rel="tag"&gt;Edition du 2026-04-28&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH90/capture_d_e_cran_le_2026-04-27_a_13.36_12-a7dba.png?1781042083' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='90' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;[Nous publions ici un entretien publi&#233; le 22 avril dans Foreign Policy conduit par Ravi Agrawal, ex-reporter international durant 11 ans de CNN et actuel r&#233;dacteur en chef du magazine et site Foreign Policy, avec Karim Sadjadpour, Iranien d'origine, chercheur aupr&#232;s de la Fondation Carnegie pour la paix internationale. Il nous para&#238;t utile de prendre connaissance de la r&#233;flexion d'un analyste comp&#233;tent, qui se d&#233;marque du trumpisme et nourrit la r&#233;flexion de secteurs des milieux d&#233;mocrates &#233;tats-uniens sur une guerre qui provoque une crise internationale aux multiples facettes. &#8211; R&#233;d. A l'Encontre]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://alencontre.org/ameriques/americnord/usa/comment-liran-et-les-etats-unis-preparent-leurs-prochaines-actions-au-dela-quelles-perspectives.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#192; l'encontre&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi, quelques heures avant l'expiration pr&#233;vue du cessez-le-feu entre les &#201;tats-Unis et l'Iran, le pr&#233;sident am&#233;ricain Donald Trump a prolong&#233; unilat&#233;ralement cet accord. Mais T&#233;h&#233;ran n'a pas tard&#233; &#224; qualifier la prolongation du blocus am&#233;ricain des ports iraniens d'&#171; acte de guerre &#187;. L'entretien ci-dessous est une transcription l&#233;g&#232;rement &#233;dit&#233;e et condens&#233;e d'un podcast. (FP)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ravi Agrawal&lt;/strong&gt; : Commen&#231;ons par le statu quo. Comment &#233;valuez-vous la situation actuelle entre les &#201;tats-Unis et l'Iran ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Karim Sadjadpour&lt;/strong&gt; : Nous nous trouvons entre une guerre froide et une guerre ouverte. Ni Trump ni les Iraniens ne souhaitent revenir &#224; une guerre totale. Trump nourrit des attentes quelque peu irr&#233;alistes, pensant que ce r&#233;gime iranien, dont les hauts dirigeants ont &#233;t&#233; d&#233;capit&#233;s, sera capable de prendre une d&#233;cision rapide sur un ensemble de questions aussi cruciales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ravi Agrawal&lt;/strong&gt; : Nous avons tous compris que l'Iran tient le monde en otage en bloquant les navires dans le d&#233;troit d'Ormuz, et nos lecteurs le savent, mais un cinqui&#232;me de tout le p&#233;trole brut et du gaz naturel transite par l&#224;, en plus de nombreuses autres mati&#232;res premi&#232;res importantes. Ce qui est int&#233;ressant depuis une semaine environ, c'est que Trump a d&#233;sormais contr&#233; le blocus. En d'autres termes, il dit en substance aux Iraniens : &#171; Nous pouvons supporter la douleur, mais vous ne le pourrez peut-&#234;tre pas. &#187; Qui a d&#233;sormais le seuil de tol&#233;rance le plus &#233;lev&#233; face &#224; la douleur &#233;conomique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Karim Sadjadpour&lt;/strong&gt; : D'une part, l'Iran se trouve dans une situation &#233;conomique tr&#232;s difficile. C'&#233;tait un pays qui, m&#234;me avant cette guerre, &#233;tait au bord de l'insolvabilit&#233;. Les manifestations de janvier dernier portaient sur la situation &#233;conique d&#233;sastreuse du pays, et le r&#233;gime a probablement subi des dizaines de milliards, voire plus de 100 milliards de dollars, de dommages au cours de cette guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les &#201;tats-Unis, en revanche, la situation &#233;conomique s'est r&#233;v&#233;l&#233;e meilleure que pr&#233;vu &#224; certains &#233;gards. L'Iran suit de pr&#232;s le soutien de l'opinion publique &#233;tats-unienne au pr&#233;sident Trump et &#224; la guerre, dans l'espoir que le soutien limit&#233; de la population &#224; cette guerre freine les ambitions du pr&#233;sident Trump de la poursuivre. Lors du premier cycle de n&#233;gociations &#8211; apr&#232;s avoir discut&#233; avec l'un des n&#233;gociateurs am&#233;ricains &#224; Islamabad &#8211;, on avait le sentiment qu'il s'agit d'un r&#233;gime qui, malgr&#233; ses fanfaronnades et son assurance en public, a d&#233;sesp&#233;r&#233;ment besoin d'argent, d'un all&#232;gement des sanctions et du d&#233;blocage de ses avoirs. C'est l'avantage dont disposent toujours les r&#233;gimes autoritaires lorsqu'ils affrontent des d&#233;mocraties : ils ne se soucient pas de l'opinion publique de la m&#234;me mani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ravi Agrawal&lt;/strong&gt; : Je suis curieux de savoir comment la question nucl&#233;aire est abord&#233;e dans les n&#233;gociations en ce moment et comment elle le sera dans les jours et les semaines &#224; venir. Et je pose cette question en gardant surtout &#224; l'esprit que le r&#233;gime dispose d&#233;sormais de cette autre arme, &#224; savoir la capacit&#233; de perturber l'&#233;conomie mondiale. Pour les dirigeants iraniens, cela modifie-t-il leur besoin d'une force de dissuasion nucl&#233;aire ? Comment pensez-vous qu'ils aborderont la question nucl&#233;aire lorsqu'elle deviendra un point d'achoppement dans les pourparlers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Karim Sadjadpour&lt;/strong&gt; : Je ne vois pas l'Iran renoncer &#224; ses ambitions nucl&#233;aires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez tout &#224; fait raison concernant leur d&#233;couverte, au cours des cinq derni&#232;res semaines, que l'uranium d&#233;j&#224; enrichi est un outil bien plus puissant que l'enrichissement de l'uranium.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des pays comme Isra&#235;l, les voisins de l'Iran et les &#201;tats-Unis sont certes profond&#233;ment pr&#233;occup&#233;s par les capacit&#233;s nucl&#233;aires croissantes de l'Iran, mais la plupart des citoyens &#224; travers le monde ne sont pas r&#233;ellement touch&#233;s par le programme nucl&#233;aire iranien. Lorsque le d&#233;troit d'Ormuz est bloqu&#233; et qu'un cinqui&#232;me du p&#233;trole, du gaz naturel et des engrais mondiaux est immobilis&#233;, les citoyens du monde entier en ressentent les cons&#233;quences. C'est ce que voulait l'Iran : quelque chose qui aurait un impact sur les citoyens du monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais compte tenu de tout ce qu'ils ont investi dans le programme nucl&#233;aire au cours des 25 derni&#232;res ann&#233;es, si l'on prend en compte &#224; la fois les co&#251;ts irr&#233;cup&#233;rables du programme, les co&#251;ts d'opportunit&#233; et les sanctions, le montant total d&#233;passe sans doute mille milliards de dollars. Ce n'est pas quelque chose auquel ils sont pr&#234;ts &#224; renoncer. Ils sont d&#233;j&#224; entr&#233;s en guerre &#224; deux reprises plut&#244;t que de transiger sur ce qu'ils consid&#232;rent comme leur droit d'enrichir de l'uranium.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des le&#231;ons qui est apparue clairement &#224; tous est que les pays qui ont renonc&#233; &#224; leurs programmes nucl&#233;aires se sont rendus vuln&#233;rables &#224; l'intervention ext&#233;rieure, tandis que les pays dot&#233;s d'armes nucl&#233;aires se sont octroy&#233; une sorte de bouclier d'immunit&#233;. M&#234;me si un accord sur le nucl&#233;aire est finalement sign&#233; avec les Iraniens, je ne suis pas convaincu que ce sera la fin de l'histoire. Il existe un quasi-consensus &#224; T&#233;h&#233;ran sur le fait que le r&#233;gime a besoin d'armes nucl&#233;aires, et je ne suis pas convaincu qu'ils renonceront &#224; ces ambitions d'un simple trait de plume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ravi Agrawal&lt;/strong&gt; : L'autre point de friction potentiel concernait les missiles balistiques, mais Trump affirme d&#233;sormais que les missiles balistiques constituent un probl&#232;me r&#233;gional ; en d'autres termes, cela ne sera peut-&#234;tre pas un enjeu majeur dans les n&#233;gociations des prochaines semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Karim Sadjadpour&lt;/strong&gt; : Trump a consid&#233;rablement revu ses exigences &#224; la baisse au cours des six derni&#232;res semaines. Dans son discours au d&#233;but de la guerre, il nourrissait de grandes ambitions : d&#233;truire le programme nucl&#233;aire iranien, ses missiles et ses drones, ainsi que ses repr&#233;sentants r&#233;gionaux [Hezbollah, factions militaris&#233;es d'Irak, etc.], et peut-&#234;tre m&#234;me renverser le r&#233;gime. Six semaines plus tard, les missiles, les drones, les repr&#233;sentants et le changement de r&#233;gime [d'autant plus que Trump affirme qu'il a eu lieu comme r&#233;sultat des &#171; d&#233;capitations &#187;], pour autant que nous le sachions, ne font m&#234;me plus partie des n&#233;gociations. Nous recherchons leur coop&#233;ration plut&#244;t que leur capitulation totale, de sorte que les n&#233;gociations se sont concentr&#233;es plus &#233;troitement sur la seule question nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un sujet de profonde pr&#233;occupation, en particulier pour nos alli&#233;s du golfe Persique, car ils ne craignent pas que l'Iran les frappe avec des armes nucl&#233;aires, mais ils ont &#233;t&#233; la cible des missiles et des drones iraniens au cours des six derni&#232;res semaines. Les &#201;mirats arabes unis ont subi plus de 3000 attaques. Lorsque je m'entretiens avec les dirigeants de ces pays, ils me disent : &#171; Il y a trois mois, nous nous serions content&#233;s d'un accord sur le nucl&#233;aire, mais aujourd'hui nous avons besoin d'un accord qui inclue les missiles et les drones, car il s'agit d'armes offensives, et non d&#233;fensives, pour l'Iran. &#187; L'Iran a appris &#224; produire en masse ses propres missiles et drones, et dans certains cas, il dispose de bases souterraines profondes o&#249; sont fabriqu&#233;s ces missiles, qui sont difficiles &#224; atteindre. Ainsi, m&#234;me si les &#201;tats-Unis parviennent &#224; conclure un accord sur le nucl&#233;aire avec l'Iran, les menaces que la R&#233;publique islamique fait peser sur ses voisins r&#233;gionaux et sur Isra&#235;l persisteront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ravi Agrawal&lt;/strong&gt; : Parlons des dirigeants iraniens, qui ne forment pas un bloc monolithique. Selon certaines informations, les m&#233;dias d'&#201;tat iraniens auraient critiqu&#233; le pr&#233;sident du Parlement, [Mohammad Bagher] Ghalibaf, pour avoir choisi de n&#233;gocier avec les &#201;tats-Unis lors de son s&#233;jour &#224; Islamabad la semaine derni&#232;re. Cela me laisse penser qu'il existe au sein de l'arm&#233;e un groupe encore plus intransigeant que ce que nous imaginions actuellement des plus hauts dirigeants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Karim Sadjadpour&lt;/strong&gt; : La faction politique de l'ayatollah [Ali] Khamenei, le d&#233;funt guide supr&#234;me [assassin&#233; par une frappe] qui a r&#233;gn&#233; pendant 37 ans, se qualifie elle-m&#234;me de &#171; principialiste &#187;, ce qui signifie qu'elle est fid&#232;le aux principes de la r&#233;volution de 1979 &#8211; ce qui, pour moi, signifie la r&#233;sistance contre les &#201;tats-Unis et Isra&#235;l. Khamenei a longtemps estim&#233; que renoncer &#224; ses principes pr&#233;cipiterait la chute d'un gouvernement. L'exemple le plus frappant pour lui fut lorsque [l'ancien dirigeant sovi&#233;tique Mikha&#239;l] Gorbatchev tenta de r&#233;former l'Union sovi&#233;tique. Cette ligne de pens&#233;e principiste reste dominante en Iran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#233;galement d'autres personnes tout aussi attach&#233;es &#224; la r&#233;volution et &#224; la R&#233;publique islamique, mais qui estiment que pour pr&#233;server le syst&#232;me il ne faut pas &#234;tre en guerre permanente avec les &#201;tats-Unis et Isra&#235;l. Ce n'est tout simplement pas une fa&#231;on de diriger un pays que d'&#234;tre le pays le plus sanctionn&#233; au monde, totalement isol&#233; et en conflit permanent avec ses voisins. Le terme que nous utilisons pour d&#233;signer ces personnes est &#171; pragmatiques &#187;. Elles ont tendance &#224; faire passer les int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques et nationaux avant l'id&#233;ologie r&#233;volutionnaire. Mohammad Bagher Ghalibaf, le pr&#233;sident du Parlement, est peut-&#234;tre le meilleur exemple de quelqu'un consid&#233;r&#233; aujourd'hui comme un pragmatique &#224; T&#233;h&#233;ran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de diff&#233;rence fondamentale quant &#224; l'issue finale, dans la mesure o&#249; chacun de ces groupes est attach&#233; au maintien de la R&#233;publique islamique. Pour r&#233;sumer la pens&#233;e des partisans de la ligne dure, on peut dire qu'ils craignent que si l'Iran se r&#233;forme, il ne finisse comme l'Union sovi&#233;tique. Le mod&#232;le des pragmatiques est la Chine, apr&#232;s la mort du pr&#233;sident Mao [Zedong] et l'arriv&#233;e de Deng Xiaoping, qui a donn&#233; la priorit&#233; aux int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques plut&#244;t qu'&#224; la R&#233;volution culturelle. &#192; l'heure actuelle, compte tenu de la profonde m&#233;fiance entre les &#201;tats-Unis et l'Iran, il est difficile pour quiconque d'ignorer le cynisme des principalistes, car ils diront : &#171; &#201;coutez, &#224; deux reprises alors que nous n&#233;gociions avec les &#201;tats-Unis, ils nous ont attaqu&#233;s, et ces n&#233;gociations pourraient bien n'&#234;tre qu'une nouvelle ruse pour nous amener &#224; baisser la garde et leur permettre d'attaquer &#224; nouveau. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui n'est clair pour personne pour l'instant, c'est la position du nouveau guide supr&#234;me, Mojtaba Khamenei, dans ce d&#233;bat entre les partisans de la ligne dure et les pragmatiques, car Mohammad Bagher Ghalibaf entretient une relation de longue date avec Mojtaba. Ils se connaissent depuis au moins deux d&#233;cennies et sont originaires de la m&#234;me ville, Mashhad. Ghalibaf a d&#233;clar&#233; publiquement qu'il agissait avec la b&#233;n&#233;diction de Mojtaba Khamenei ; d'autres personnalit&#233;s plus radicales affirment le contraire. C'est l'une des raisons pour lesquelles il a &#233;t&#233; difficile pour le r&#233;gime de parvenir &#224; un consensus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, comme je l'ai dit, ce n'est pas n&#233;cessairement un ph&#233;nom&#232;ne nouveau. Si l'on prend l'exemple de l'accord nucl&#233;aire conclu sous Obama, le JCPOA [Plan d'action global conjoint], ce processus a n&#233;cessit&#233; environ deux ans de n&#233;gociations. C'est tout simplement la culture politique de la R&#233;publique islamique. La r&#233;sistance est glorifi&#233;e. Et le mot d&#233;signant un &#171; conciliateur &#187; en persan, sazeshkar, est presque une insulte. Telle est la culture politique de la R&#233;publique islamique depuis 1979.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ravi Agrawal&lt;/strong&gt; : Je me demande s'il existe aujourd'hui des sc&#233;narios dans lesquels vous envisagez l'effondrement du r&#233;gime, ou si cela ne va tout simplement pas se produire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Karim Sadjadpour&lt;/strong&gt; : L'histoire nous enseigne que lorsque des gouvernements r&#233;volutionnaires naissants subissent une attaque militaire ext&#233;rieure, cela contribue souvent &#224; consolider leur pouvoir. Un bon exemple est l'invasion de l'Iran de [Ruhollah] Khomeini par Saddam Hussein en 1980, qui a aid&#233; le gouvernement r&#233;volutionnaire naissant de T&#233;h&#233;ran &#224; consolider son pouvoir. La baie des Cochons et Fidel Castro constituent un exemple similaire. Mais on observe l'inverse lorsque des dictatures en phase avanc&#233;e subissent une humiliation militaire ext&#233;rieure. R&#233;trospectivement, on constate souvent que cela a en r&#233;alit&#233; acc&#233;l&#233;r&#233; leur chute. L'humiliation sovi&#233;tique en Afghanistan en est un bon exemple ; la d&#233;faite de [Slobodan] Milosevic face &#224; l'OTAN en est un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette guerre dure depuis deux mois, et pour l'instant aucune fissure n'est visible au sein du syst&#232;me. Il n'y a pas eu de manifestations populaires depuis le d&#233;but de cette guerre, car la population vit sous les bombardements a&#233;riens. Mais une fois le conflit termin&#233;, ce r&#233;gime h&#233;ritera d'une situation dramatique, et pas seulement d'un pays en proie &#224; d'&#233;normes difficult&#233;s &#233;conomiques. Il est aujourd'hui, profond&#233;ment, encore plus impopulaire et discr&#233;dit&#233; aupr&#232;s de ses voisins, et ces griefs politiques et sociaux n'ont pas disparu. Il est donc plausible que, dans six mois, un an ou deux ans, nous regardions en arri&#232;re et constations que la guerre a amplifi&#233; les d&#233;fis existants du r&#233;gime et l'a contraint soit &#224; changer, soit &#224; imploser. Mais pour l'instant, rien ne laisse pr&#233;sager cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ravi Agrawal&lt;/strong&gt; : Quelle place occupe d&#233;sormais Isra&#235;l dans tout cela ? Il semble que le r&#233;gime iranien restera en place. Il disposera toujours d'un programme de missiles balistiques et de ses suppl&#233;tifs. Le Hezbollah est gravement affaibli, mais ce front reste actif, et les rebelles houthis sont toujours en activi&#233;. Si vous &#233;tiez Isra&#235;l, comment envisageriez-vous d&#233;sormais la suite des &#233;v&#233;nements ? Cela en valait-il la peine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Karim Sadjadpour&lt;/strong&gt; : &#192; mon avis, si l'on examine la situation mondiale pour d&#233;terminer quels pays se portent mieux aujourd'hui qu'avant la guerre il y a deux mois, le seul que je citerais avec certitude est la Russie. La Russie est tout simplement beaucoup plus riche qu'il y a quelques mois en raison de la flamb&#233;e des prix du p&#233;trole et de la prime de risque li&#233;e &#224; l'&#233;nergie. Les &#201;tats-Unis &#233;tant enlis&#233;s en Iran, ils ont moins de temps &#224; consacrer &#224; l'Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains ont &#233;galement avanc&#233; l'argument selon lequel Isra&#235;l se porte mieux. Je pense que cela reste &#224; voir. De toute &#233;vidence, l'Iran est un pays plus faible sur le plan militaire qu'il ne l'&#233;tait il y a deux mois. Sa capacit&#233; &#224; projeter sa puissance est moindre qu'auparavant. Mais de l'avis g&#233;n&#233;ral, ces capacit&#233;s sont des &#233;l&#233;ments que l'Iran peut reconstruire. Nous disposons de rapports contradictoires quant &#224; l'&#233;tendue de la destruction des missiles et des lanceurs de missiles iraniens. Au d&#233;but de la guerre, on estimait que nous avions obtenu de bien meilleurs r&#233;sultats. Aujourd'hui, les rapports indiquent qu'il leur reste au moins 50% de leur arsenal de missiles. Ils ont compris comment fabriquer des missiles et des drones comme ils fabriquent des voitures. C'est quelque chose qu'ils peuvent faire assez rapidement. Donc, si vous &#234;tes Isra&#235;l et que votre ennemi mortel vient d'&#234;tre gravement affaibli mais a surv&#233;cu et s'appr&#234;te d&#233;sormais &#224; redoubler d'efforts dans toutes les politiques qui vous mena&#231;aient, ce n'est pas un r&#233;sultat id&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mon avis, tant pour Isra&#235;l que pour les &#201;tats-Unis, vous ne dormirez jamais tranquille tant que l'Iran n'aura pas un gouvernement dont le principe organisateur est son propre int&#233;r&#234;t national, plut&#244;t qu'une id&#233;ologie r&#233;volutionnaire. Un Iran qui soit repr&#233;sentatif de son propre peuple ou, &#224; tout le moins, repr&#233;sentatif de ses propres int&#233;r&#234;ts nationaux, se comportera tr&#232;s diff&#233;remment envers Isra&#235;l et les &#201;tats-Unis. Il s'agirait davantage d'une relation de compl&#233;mentarit&#233; que d'une relation d'adversit&#233;. Il me semble que ces deux derniers mois nous ont &#233;loign&#233;s de cet objectif plut&#244;t que de nous en rapprocher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ravi Agrawal&lt;/strong&gt; : Si l'on &#233;largit la perspective, dans quelques mois ou quelques ann&#233;es, je suis curieux de savoir comment la r&#233;gion percevra l'Iran diff&#233;remment. Si vous &#234;tes le Qatar, l'Arabie saoudite ou les &#201;mirats arabes unis, vous envisagez d&#233;sormais votre s&#233;curit&#233; d'une mani&#232;re tr&#232;s, tr&#232;s diff&#233;rente de ce que vous faisiez auparavant. Vous voyez l'Iran sous un angle tr&#232;s diff&#233;rent de celui d'autrefois. Pour prendre encore plus de recul, un pays comme le Pakistan, qui a fait la une des journaux en tant que m&#233;diateur entre les &#201;tats-Unis et l'Iran, souffre &#233;galement &#233;norm&#233;ment. Il tire 80% de son p&#233;trole brut du Golfe. Il dispose d'une marge de man&#339;uvre budg&#233;taire limit&#233;e pour subventionner l'&#233;nergie. Il a pratiquement ferm&#233; ses universit&#233;s. Les fonctionnaires travaillent quatre jours par semaine. C'est une &#233;preuve tr&#232;s dure pour un pays qui ne pourrait peut-&#234;tre pas supporter davantage de difficult&#233;s que celles qu'il a d&#233;j&#224; endur&#233;es &#8211; et cette situation se retrouve pratiquement partout en Asie. De nombreux pays r&#233;percutent en effet des co&#251;ts tr&#232;s lourds sur leur population, sous la forme d'un rationnement du gaz de cuisine, par exemple. Pour tous ces pays, il faut s'attendre &#224; ce que leurs relations avec l'Iran changent, m&#234;me s'ils ont pu &#234;tre id&#233;ologiquement proches. Comment T&#233;h&#233;ran pourrait-il envisager ce paysage si diff&#233;rent ? Dans six mois, dans deux ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Karim Sadjadpour&lt;/strong&gt; : Vous avez tout &#224; fait raison. C'est le cadre dans lequel je place les pays du Golfe et l'Iran. Il y a des pays que j'appelle les &#171; faucons &#187;. Leur objectif est de construire des villes et des &#233;conomies de classe mondiale et de devenir des p&#244;les internationaux de transport, de finance et de technologie. Et puis vous avez l'Iran et ses mandataires, que je qualifie de &#171; vautours &#187;. Ils tirent profit de l'instabilit&#233; et du chaos. Si vous examinez les pays que l'Iran dominait avant le 7 octobre 2023, il s'agissait essentiellement de cinq &#201;tats d&#233;faillants : le Liban, la Syrie, le Y&#233;men, l'Irak et Gaza. Leurs mod&#232;les &#233;conomiques sont tr&#232;s, tr&#232;s diff&#233;rents. Le Golfe a besoin de stabilit&#233;. Si l'on veut &#234;tre une plaque tournante internationale, on ne peut pas &#234;tre une zone de guerre. Dans un pays comme les &#201;mirats arabes unis, o&#249; peut-&#234;tre jusqu'&#224; 90% des r&#233;sidents ne sont pas originaires du pays, si l'endroit ressemble &#224; une zone de guerre, on risque un exode massif de la population. L'Iran, en revanche, prosp&#232;re dans le chaos et l'instabilit&#233;. Il peut combler les vides de pouvoir avec ses milices ou se livrer &#224; une guerre asym&#233;trique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vois pas cette dynamique fondamentale changer tant que la R&#233;publique islamique sera au pouvoir. J'ai effectu&#233; un programme Fulbright [bourses d'&#233;tudes subventionn&#233;e par le d&#233;partement d'&#201;tat des &#201;tats-Unis] il y a de nombreuses ann&#233;es &#224; Beyrouth, et ce que j'ai surtout retenu de cette ann&#233;e-l&#224;, c'est qu'il faut des d&#233;cennies pour construire des choses et quelques semaines pour les d&#233;truire. Ceux qui se livrent &#224; la destruction ont un &#233;norme avantage, car cela peut &#234;tre rapide et peu co&#251;teux. Construire des choses n&#233;cessite beaucoup de capitaux et de nombreuses d&#233;cennies. Contrairement &#224; ce que certains articles laissent entendre, ces pays du Golfe n'ont en r&#233;alit&#233; pas accueilli favorablement cette guerre. Je pense qu'ils ont tent&#233; de dissuader les &#201;tats-Unis de la lancer. Mais maintenant que nous avons donn&#233; un coup de batte de baseball dans ce nid de gu&#234;pes, ils veulent que les &#201;tats-Unis restent sur place et continuent &#224; les d&#233;fendre. Vous les entendrez dire que les &#201;tats-Unis doivent aller jusqu'au bout. Je ne pense pas qu'ils aient une id&#233;e pr&#233;cise de ce que cela signifie exactement, mais au minimum, cela signifie qu'il ne faut pas permettre &#224; l'Iran de continuer &#224; contr&#244;ler le d&#233;troit d'Ormuz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le Pakistan, l'un des d&#233;veloppements int&#233;ressants au cours des mois qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; la guerre a &#233;t&#233; le trait&#233; de d&#233;fense mutuelle qu'il a sign&#233; avec l'Arabie saoudite. Pour les Saoudiens, si vous le leur demandez, cela s'est av&#233;r&#233; avoir des cons&#233;quences importantes. Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles le Pakistan s'est retrouv&#233; dans ce r&#244;le de m&#233;diation. Vous en avez soulign&#233; certaines tr&#232;s importantes. Leur &#233;conomie est profond&#233;ment affect&#233;e par ce conflit. Ils veulent voir le d&#233;troit s'ouvrir. Mais aussi, si l'Iran continuait &#224; lancer des frappes contre l'Arabie saoudite &#8211; je crois qu'il y a m&#234;me eu une d&#233;claration rappelant &#224; l'Iran qu'ils ont un trait&#233; de d&#233;fense mutuelle avec l'Arabie saoudite &#8211;, ils seraient contraints d'entrer dans le conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ravi Agrawal&lt;/strong&gt; : Derni&#232;re question. Depuis plusieurs mois maintenant, vous et moi discutons en coulisses de ce &#224; quoi ressemblera l'Iran &#224; l'avenir. Quel pourrait &#234;tre son mod&#232;le ? Ce pourrait &#234;tre la Cor&#233;e du Nord, un isolement total mais avec une bombe. Ce pourrait &#234;tre le Pakistan, un contr&#244;le militaire et un semblant de d&#233;mocratie, mais avec une bombe. On pourrait &#233;galement envisager un mod&#232;le cubain ou un mod&#232;le turc. Compte tenu de tout ce qui s'est pass&#233; ces deux derniers mois, quels sont les sc&#233;narios les plus probables quant &#224; ce &#224; quoi ressemblera l'Iran dans les ann&#233;es &#224; venir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Karim Sadjadpour&lt;/strong&gt; : L'essai que j'ai r&#233;dig&#233; l'automne dernier pr&#233;sentait cinq sc&#233;narios plausibles pour un Iran post-[Ali] Khamenei. Je vais simplement les mentionner bri&#232;vement, par ordre d&#233;croissant de probabilit&#233; selon moi. L'Iran &#224; la mani&#232;re de la Russie : le syst&#232;me est incapable de se r&#233;former et finit par imploser comme l'Union sovi&#233;tique, mais ressemble alors &#224; la Russie post-sovi&#233;tique. L'Iran &#224; la mani&#232;re de la Chine. L'Iran &#224; la mani&#232;re du Pakistan : se transformant en une dictature militaire plus explicite. L'Iran &#224; la mani&#232;re de la Turquie : un gouvernement peut-&#234;tre un peu plus repr&#233;sentatif, mais plus populiste. Le dernier mod&#232;le est l'Iran &#224; la mani&#232;re de la Cor&#233;e du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque, je pensais que l'Iran &#224; la mani&#232;re de la Cor&#233;e du Nord &#233;tait l'issue la moins probable. Malheureusement, &#224; l'heure actuelle, du moins &#224; court terme, c'est peut-&#234;tre l'issue la plus probable de cette guerre. Encore une fois, cela d&#233;pend en partie de l'&#233;tat de sant&#233; de Mojtaba Khamenei. Mais pour l'instant, l'Iran ressemble &#224; une nouvelle dictature h&#233;r&#233;ditaire et id&#233;ologique nourrissant des ambitions nucl&#233;aires. Ils ont prouv&#233; qu'ils &#233;taient pr&#234;ts &#8211; comme ils l'ont fait en janvier dernier &#8211; &#224; tuer peut-&#234;tre des dizaines de milliers de personnes pour rester au pouvoir. Ils continueront &#224; devoir gouverner d'une main de fer, compte tenu de leur manque de l&#233;gitimit&#233;. Malheureusement, cela semble &#234;tre un sc&#233;nario plausible &#224; court terme. Dans un an ou deux, ce sera un peu plus difficile &#224; dire. La grande diff&#233;rence entre l'Iran et la Cor&#233;e du Nord est que la soci&#233;t&#233; iranienne est tr&#232;s diff&#233;rente de la soci&#233;t&#233; nord-cor&#233;enne, comme nous l'avons d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;. C'est une soci&#233;t&#233; qui aspire &#224; ressembler &#224; la Cor&#233;e du Sud. (Article publi&#233; sur le site Foreign Policy le 22 avril 2026 ; traduction r&#233;daction A l'Encontre)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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