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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Au Mali, survivre aux blocus du Jnim entre famine, peur et n&#233;gociation</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Au-Mali-survivre-aux-blocus-du-Jnim-entre-famine-peur-et-negociation</link>
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		<dc:date>2026-06-02T10:30:21Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ibrahima Poudiougou, Mahamadou Bassirou Tangara</dc:creator>


		<dc:subject>08_03 - 3 ou 6 articles</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2026-06-02</dc:subject>
		<dc:subject>Mali</dc:subject>
		<dc:subject>Afrique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Analyse &#183; Le blocus est devenu l'une des principales armes de guerre du Jnim. En fermant les routes, en interdisant l'acc&#232;s aux champs, en paralysant les march&#233;s et en imposant des normes sociales et religieuses, le groupe arm&#233; cherche moins &#224; conqu&#233;rir qu'&#224; &#233;touffer. &#192; Mar&#233;bougou, Saye ou Kori-Maound&#233;, les habitants tentent de tenir entre la r&#233;sistance, l'adaptation et des arrangements forc&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Afriquexxi 27 mai 2026 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Mahamadou Bassirou, Ibrahima Poudiougou &lt;br class='autobr' /&gt;
La mosqu&#233;e de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Afrique-" rel="directory"&gt;Afrique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Mali-+" rel="tag"&gt;Mali&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Afrique-208-+" rel="tag"&gt;Afrique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/5cabf9e4b0485b23ab8887ae602becb7.jpg-9f636.webp?1780396242' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Analyse &#183; Le blocus est devenu l'une des principales armes de guerre du Jnim. En fermant les routes, en interdisant l'acc&#232;s aux champs, en paralysant les march&#233;s et en imposant des normes sociales et religieuses, le groupe arm&#233; cherche moins &#224; conqu&#233;rir qu'&#224; &#233;touffer. &#192; Mar&#233;bougou, Saye ou Kori-Maound&#233;, les habitants tentent de tenir entre la r&#233;sistance, l'adaptation et des arrangements forc&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Afriquexxi&lt;br class='autobr' /&gt;
27 mai 2026&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Mahamadou Bassirou, Ibrahima Poudiougou&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mosqu&#233;e de la ville de Djenn&#233;. Durant le blocus de Mar&#233;bougou, la ville a d&#251; accueillir de nombreux d&#233;plac&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#169; DR&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;sum&#233; est tir&#233; de l'&#233;tude &#171; Vivre sous blocus : cas des zones sous influence du JNIM au Mali &#187;. Working paper SIPRI/REcAP, de Poudiougou, I. &amp; Tangara, M. B. (2026), &#224; retrouver en PDF ici.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_56688 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.pressegauche.org/IMG/webp/7482ea7bdcf9c7aab2461217b858ac64.jpg.webp?56688/5869eee5c60811055b22087393273a353a423e5be5874c7442451d42d3a4a412' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/webp&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH797/7482ea7bdcf9c7aab2461217b858ac64.jpg-287c4.webp?1780396243' width='500' height='797' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans l'histoire des r&#233;gions centrales du Mali, le blocus n'est pas une nouveaut&#233;. Les guerres anciennes, comme celles de l'&#201;tat de S&#233;gou ou celles du Califat de Hamdalahi, au XIXe si&#232;cle, ont laiss&#233; le souvenir de villages encercl&#233;s, priv&#233;s de circulation et de ravitaillement jusqu'&#224; leur reddition. Mais avec l'expansion de la Katiba Macina, affili&#233;e au Groupe de soutien &#224; l'islam et aux musulmans (Jnim, co-organisateur &lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/Attaques-au-Mali-Une-secousse-monumentale-dans-l-histoire-malienne&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d'une attaque d'ampleur&lt;/a&gt; dans le pays le 25 avril), cette pratique a pris une forme contemporaine, syst&#233;matique et politiquement r&#233;fl&#233;chie. Le blocus ne sert plus seulement &#224; punir un territoire : il devient un mode de gouvernance par la contrainte, un moyen d'imposer l'ob&#233;issance sans administration formelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre &#233;tude (1) &#171; Vivre sous blocus &#187;, publi&#233;e en d&#233;cembre 2025 par le Sipri et le r&#233;seau Recap, illustre cette r&#233;alit&#233; &#224; travers plusieurs cas embl&#233;matiques dans les r&#233;gions de Mopti et de Bandiagara : Mar&#233;bougou, Saye, Kori-Maound&#233;, ainsi que le pont strat&#233;gique de Parou-Songobia, sur la route nationale 15. Ces terrains montrent que le blocus ne se limite pas &#224; une simple fermeture militaire : il affecte la mobilit&#233;, l'agriculture, le commerce, l'&#233;ducation, les relations de genre et m&#234;me les formes locales d'autorit&#233;. Son objectif est clair : rendre la vie impossible &#224; ceux qui refusent de se soumettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les localit&#233;s vis&#233;es, les combattants tentent souvent d'imposer ce que les habitants d&#233;signent comme un &lt;i&gt;benkan&lt;/i&gt;, un terme de la langue bamanan qui, en g&#233;n&#233;ral, d&#233;signe un pacte ou un compromis. Cependant, en r&#233;alit&#233;, il s'agit moins d'un accord que d'un ensemble d'injonctions unilat&#233;rales : versement forc&#233; de la &lt;i&gt;zakat&lt;/i&gt; (aum&#244;ne obligatoire vers&#233;e annuellement en vertu des r&#232;gles de solidarit&#233; de l'islam) sur les r&#233;coltes et le b&#233;tail, fermeture des &#233;coles, port obligatoire du voile pour les femmes, interdiction de la musique et restriction des c&#233;r&#233;monies sociales. Le vocabulaire local utilis&#233; pour cet arrangement dissimule une relation profond&#233;ment in&#233;gale, fond&#233;e sur la menace et la violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; Mar&#233;bougou, une r&#233;sistance de courte dur&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout, la strat&#233;gie demeure identique : &#233;touffer pour forcer l'adh&#233;sion ou, au minimum, la r&#233;signation. Cependant, les m&#233;thodes diff&#232;rent selon la dynamique du rapport des forces locales. Lorsque la r&#233;sistance arm&#233;e est faible ou d&#233;mantel&#233;e, le blocus peut mener &#224; une soumission forc&#233;e. En revanche, lorsque des groupes d'autod&#233;fense subsistent, l'isolement s'intensifie et se durcit, transformant le si&#232;ge en une &#233;preuve de longue haleine, o&#249; les civils supportent le co&#251;t le plus lourd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Mar&#233;bougou, dans le cercle de Djenn&#233;, la rupture survient en 2021. Les habitants rejettent les ordres de la Katiba Macina, notamment la fermeture des &#233;coles, le port du voile obligatoire, l'abandon de certaines foires, ainsi que les pr&#233;l&#232;vements agricoles et sur le b&#233;tail. Une telle position de fermet&#233; face aux combattants de la Katiba Macina s'explique par divers facteurs, dont les patrouilles r&#233;guli&#232;res des forces de s&#233;curit&#233; et la pr&#233;sence d'un campement donso.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces ann&#233;es (2019-2021), dans le centre du Mali, sont celles d'un engouement g&#233;n&#233;ral et d'une confiance dans la capacit&#233; des groupes d'autod&#233;fense &#224; faire face aux groupes djihadistes. L'engagement arm&#233; au sein des groupes d'autod&#233;fense &#233;tait alors pr&#233;sent&#233; comme une forme d'antiterrorisme par le bas, et certains de leurs chefs jouissaient d'une certaine proximit&#233; avec les forces de s&#233;curit&#233;. &#192; l'image des combattants djihadistes, certains de ces chefs s'enrichissaient du vol de b&#233;tail et de pr&#233;l&#232;vements de tout genre sur les villageois comme garantie de protection. Mais cette r&#233;sistance arm&#233;e de Mar&#233;bougou fut de courte dur&#233;e car, apr&#232;s la d&#233;faite des groupes d'autod&#233;fense (2) face aux djihadistes en octobre 2021, la situation changea radicalement. Un blocus total fut alors instaur&#233; pour une dur&#233;e de six mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Assassinats cibl&#233;s de chasseurs influents&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette situation enferme peu &#224; peu Mar&#233;bougou dans une impasse. L'acc&#232;s aux march&#233;s est coup&#233;, les d&#233;placements sur les axes routiers deviennent dangereux, les champs sont difficiles &#224; exploiter, le ravitaillement en denr&#233;es de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; est bloqu&#233;. &#192; l'issue de cette p&#233;riode, Mar&#233;bougou accepte ce que beaucoup consid&#232;rent comme un pacte de survie. Ce n'est pas une adh&#233;sion par conviction, mais un ajustement forc&#233; visant &#224; mettre fin aux d&#233;c&#232;s multiples des villageois par manque de nourriture (&#171; &lt;i&gt;m&#234;me le sel avait manqu&#233;&lt;/i&gt; &#187;, rapportent certains t&#233;moins, alors que cette denr&#233;e est g&#233;n&#233;ralement abondante), &#224; retrouver une certaine mobilit&#233; permettant d'acheminer des produits alimentaires, des m&#233;dicaments, et &#224; relancer une &#233;conomie fig&#233;e par plusieurs mois de blocage de tout acc&#232;s aux foires locales. En contrepartie, la vie sociale et religieuse du village est profond&#233;ment modifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de Mar&#233;bougou, les cons&#233;quences de la d&#233;faite s'&#233;tendent &#224; l'ensemble de la partie du delta inond&#233;, notamment les cercles de Djenn&#233; et de Macina, dans la r&#233;gion de Mopti. &#192; l'approche des affrontements, les groupes d'autod&#233;fense avaient align&#233; plusieurs centaines de combattants issus de divers horizons. La d&#233;faite a entam&#233; l'enthousiasme et la confiance des populations vis-&#224;-vis des groupes d'autod&#233;fense, et l'absence de r&#233;action imm&#233;diate des forces de s&#233;curit&#233; a permis aux combattants de la Katiba de mettre la pression sur des localit&#233;s avoisinantes (Sofara, Macina, jusqu'&#224; Niono). En plus du harc&#232;lement des villageois de ces localit&#233;s, la Katiba Macina proc&#233;da &#224; des assassinats cibl&#233;s de chasseurs influents, dont certains avaient coordonn&#233; la mobilisation g&#233;n&#233;rale pour la bataille de Mar&#233;bougou. Les chefs chasseurs &#233;limin&#233;s &#233;taient par ailleurs accus&#233;s par les djihadistes de collaborer avec les forces de s&#233;curit&#233; et d'accaparer des ressources des &#233;leveurs, notamment le b&#233;tail et l'acc&#232;s aux points d'eau et &#224; certaines zones de p&#226;turage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Saye, le blocus de 2023 s'est intensifi&#233; durant les ann&#233;es 2024 et 2025 jusqu'&#224; perturber totalement la vie &#233;conomique et sociale. Si la m&#234;me dynamique observ&#233;e &#224; Mar&#233;bougou est &#224; l'&#339;uvre, la situation diff&#232;re. Le rejet du &lt;i&gt;benkan&lt;/i&gt; y est plus direct et plus soutenu. Les habitants pensent qu'ils ne doivent pas ob&#233;ir &#224; une autorit&#233; religieuse ext&#233;rieure, d'autant plus qu'ils se consid&#232;rent comme de &#171; bons musulmans &#187;. Au-del&#224; de la question religieuse, les villageois estiment avoir d&#233;j&#224; perdu l'essentiel de leurs biens et ne voient donc rien &#224; prot&#233;ger en se soumettant &#224; un accord local dont les promoteurs les ont suffisamment d&#233;pouill&#233;s (r&#233;coltes incendi&#233;es, b&#233;tail enlev&#233;, acc&#232;s &#224; certains march&#233;s hebdomadaires locaux coup&#233;). La r&#233;sistance dans ces localit&#233;s s'organise autour des autorit&#233;s traditionnelles, des organisations de la jeunesse et des combattants donsow.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une surcharge humanitaire pour pousser le village &#224; la reddition&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'immobilit&#233; impos&#233;e &#224; Saye entra&#238;ne l'inaccessibilit&#233; aux terres agricoles, aux p&#226;turages et &#224; de nombreux circuits commerciaux. Les hommes restent majoritairement confin&#233;s au p&#233;rim&#232;tre du village. Ceux qui s'aventurent hors du village sont abattus ou enlev&#233;s. Les femmes, consid&#233;r&#233;es comme moins mena&#231;antes par les combattants, parviennent parfois &#224; sortir du village pour aller en brousse chercher de quoi faire &#224; manger, du bois de chauffe ainsi que de la paille utilis&#233;e pour tisser des nattes et des &#233;ventails. Cette libert&#233; relative ne les prot&#232;ge pas de la violence structurelle du si&#232;ge : elle montre plut&#244;t comment le blocus modifie les r&#244;les sociaux et les risques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple de Saye illustre comment les groupes arm&#233;s exploitent les d&#233;placements de population pour renforcer leur pression sur les villageois et les contraindre &#224; se soumettre. En raison de son influence historique dans la localit&#233; (Saye a r&#233;sist&#233; au pouvoir de S&#233;gou en 1782), le refus d'adh&#233;rer au &lt;i&gt;benkan&lt;/i&gt; a pouss&#233; plusieurs villages r&#233;fractaires &#224; s'y r&#233;fugier &#224; partir de 2023. Cela a entra&#238;n&#233; une augmentation soudaine des besoins en nourriture et en m&#233;dicaments et a &#233;galement intensifi&#233; la pression sur les services publics locaux, d&#233;j&#224; affaiblis par le blocus et l'absence de possibilit&#233; d'approvisionnement &#224; partir des centres urbains proches &lt;a href=&#034;https://afriquexxi.info/Au-Mali-Djenne-panse-les-plaies-de-ses-villageois&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;comme Djenn&#233;&lt;/a&gt; ou San. Le si&#232;ge ne se contente pas de confiner, il cr&#233;e intentionnellement une surcharge humanitaire pour pousser le village &#224; la reddition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans d'autres villages de la localit&#233; de Bandiagara, la situation diff&#232;re. Depuis 2018, le village de Kori-Maound&#233; est marqu&#233; par la pr&#233;sence de combattants de Dan Na Ambassagou, un mouvement d'autod&#233;fense r&#233;sistant &#224; toute n&#233;gociation avec les groupes djihadistes. Les autorit&#233;s locales (chefs de village, imams, maires) sont soumises &#224; cette ligne radicale. En cons&#233;quence, aucun dialogue direct avec la Katiba Macina n'est encore envisag&#233;, et le blocus devient de plus en plus punitif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La m&#233;moire de la r&#233;sistance contre les Fran&#231;ais&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'isolement s'est instaur&#233; progressivement : attaques cibl&#233;es, assassinats, restrictions de circulation et interdiction pour les transporteurs de s'arr&#234;ter ou de charger des passagers. En 2024, l'acc&#232;s aux champs est presque enti&#232;rement interdit. Le blocus ne vise pas seulement &#224; contr&#244;ler la localit&#233;, mais aussi &#224; envoyer un message en ciblant un territoire consid&#233;r&#233; comme un bastion ennemi, o&#249; une partie des autorit&#233;s et des populations locales reste fid&#232;le &#224; la ligne dure de la r&#233;sistance arm&#233;e d&#233;fendue par Dan Na Ambassagou. Comme &#224; Saye, ici, la m&#233;moire collective conserve les fragments de la r&#233;sistance contre le colonialisme fran&#231;ais, dont l'une des batailles d&#233;cisives a eu lieu sur les collines de Kori-Kori en avril 1892 (3), &#233;tape ultime de la prise de Bandiagara par les troupes coloniales. Pour les combattants du groupe d'autod&#233;fense et pour les villageois, l'id&#233;e d'un pacte de soumission n'est pas &#224; l'ordre du jour malgr&#233; les pressions exerc&#233;es par les combattants de la Katiba Macina. De plus, ce village est devenu un refuge pour des d&#233;plac&#233;s d'autres villages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette configuration, la topographie du plateau et la pr&#233;sence du groupe d'autod&#233;fense peuvent ralentir les offensives directes, mais ne stoppent pas l'&#233;tranglement progressif du village. Les civils payent le prix de la non-n&#233;gociation en &#233;tant forc&#233;s de fuir vers Bandiagara, S&#233;var&#233; ou Bamako, ou de survivre dans des conditions de plus en plus pr&#233;caires sur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste le r&#244;le des m&#233;diateurs. Des figures d'interm&#233;diation existent et jouissent d'une certaine l&#233;gitimit&#233;. Un dialogue peut s'instaurer, m&#234;me en situation de fortes contraintes. &#192; Mar&#233;bougou, des maires voisins ont ainsi fait office d'interm&#233;diaires entre le village et les combattants. &#192; Saye, cependant, aucune initiative de ce genre ne s'est vraiment d&#233;velopp&#233;e. &#192; Kori-Maound&#233;, l'influence de Dan Na Ambassagou emp&#234;che toute m&#233;diation locale, et les tentatives de m&#233;diation par l'&#233;quipe r&#233;gionale d'appui &#224; la r&#233;conciliation (minist&#232;re de la R&#233;conciliation nationale) restent &#233;loign&#233;es des enjeux concrets du village.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette comparaison met en &#233;vidence une r&#233;alit&#233; souvent ignor&#233;e : le blocus ne rel&#232;ve pas uniquement de la sph&#232;re militaire. Il d&#233;pend &#233;galement de la pr&#233;sence et de la capacit&#233; des relais politiques, traditionnels ou religieux &#224; transformer un rapport de force arm&#233; en dialogue. En l'absence de m&#233;diation, la violence a tendance &#224; perdurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;cole, l'agriculture et l'&#233;levage, les piliers du village&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous ces villages, l'&#233;cole va bien au-del&#224; d'un simple lieu d'apprentissage. Elle constitue un pilier pour les familles, un espace de rencontres sociales, une promesse d'avenir et, surtout, l'un des derniers t&#233;moins tangibles de la pr&#233;sence de l'&#201;tat. &#192; Kori-Maound&#233;, comme &#224; Mar&#233;bougou et &#224; Saye, l'arriv&#233;e ou la pression exerc&#233;e par des groupes arm&#233;s a entra&#238;n&#233; la fuite des enseignants, la fermeture des classes et la dispersion des &#233;l&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fermeture des &#233;coles n'est pas un simple dommage collat&#233;ral. Elle fait partie d'un changement plus vaste, o&#249; le retrait de l'administration laisse place &#224; d'autres modes de r&#233;gulation, qu'ils soient religieux ou arm&#233;s. Lorsqu'une &#233;cole dispara&#238;t, ce n'est pas uniquement l'instruction qui diminue, c'est tout un avenir collectif qui s'amenuise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le premier impact du blocus porte souvent sur l'agriculture. Lorsque les champs deviennent inaccessibles, que les cultivateurs sont victimes d'attaques ou que les r&#233;coltes sont br&#251;l&#233;es, c'est tout le c&#339;ur de l'&#233;conomie rurale qui en souffre. &#192; Mar&#233;bougou, seuls les champs proches du village restent exploitables. Partout ailleurs, l'ins&#233;curit&#233; r&#233;duit consid&#233;rablement la zone cultivable, for&#231;ant les m&#233;nages &#224; d&#233;pendre d'approvisionnements ext&#233;rieurs&#8230; qui deviennent impossibles en raison du si&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;levage et le commerce de b&#233;tail, qui compl&#232;tent l'agriculture, sont &#233;galement affect&#233;s par le blocus. Les enl&#232;vements massifs de troupeaux d&#233;truisent des familles enti&#232;res. Les foires hebdomadaires, essentielles aux &#233;conomies rurales des r&#233;gions de S&#233;gou et de Mopti, deviennent rares, inaccessibles ou dangereuses. Ce sont surtout les marges d'autonomie des femmes, impliqu&#233;es dans le mara&#238;chage, la transformation ou le petit commerce, qui diminuent. Le blocus d&#233;truit non seulement des revenus, mais aussi les liens d'&#233;change qui soutenaient les territoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un renforcement des liens communautaires&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, vivre sous blocus ne se limite pas &#224; la souffrance. Dans les trois villages, notre enqu&#234;te r&#233;v&#232;le des formes d'entraide essentielles &#224; la survie, parmi lesquelles le partage de nourriture, la mutualisation de l'eau, l'aide aux malades, la r&#233;partition des t&#226;ches quotidiennes, le soutien aux m&#233;nages vuln&#233;rables. &#192; Saye comme &#224; Mar&#233;bougou, nombreux sont ceux qui parlent d'un renforcement des liens communautaires face aux difficult&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces solidarit&#233;s n'&#233;liminent ni la faim ni la peur, mais elles retardent, au moins temporairement, l'effondrement total du tissu social. Elles montrent que les habitants ne sont pas seulement des victimes passives de conflits arm&#233;s. Ils jouent aussi un r&#244;le actif dans leur survie en cr&#233;ant localement des formes de protection face &#224; l'absence de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mar&#233;bougou, Saye et Kori-Maound&#233; r&#233;v&#232;lent que le blocus au Mali est bien plus qu'une simple tactique. Il fonctionne d&#233;sormais comme une v&#233;ritable technologie de contr&#244;le territorial. En ma&#238;trisant les routes, les march&#233;s, les &#233;coles et les normes sociales, ces groupes arm&#233;s transforment radicalement les conditions de vie quotidiennes. Bien qu'ils n'occupent pas syst&#233;matiquement tous les villages, ils influencent de plus en plus le quotidien des populations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un village &#224; l'autre, les r&#233;ponses varient, entre reddition forc&#233;e, r&#233;sistance prolong&#233;e, refus de n&#233;gocier, fuite partielle ou arrangements pragmatiques. Cependant, la question reste la m&#234;me partout : comment vivre lorsque tout ce qui relie un territoire au reste du monde (routes, champs, &#233;coles, march&#233;s) peut &#234;tre coup&#233; du jour au lendemain ? Dans les r&#233;gions de S&#233;gou et de Mopti, le blocus ne cause pas seulement des p&#233;nuries. Il &#233;tablit aussi un ordre politique bas&#233; sur la peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Poudiougou, I. &amp; Tangara, M. B. (2026). &#171; Vivre sous blocus : cas des zones sous influence du JNIM au Mali &#187;. Working paper SIPRI/REcAP, &#224; retrouver en PDF ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. &#171; Mar&#233;bougou : un affrontement entre chasseurs et djihadistes fait des morts et des dizaines de bless&#233;s &#187;,&lt;i&gt; Afrik Info&lt;/i&gt;, 22 octobre 2021, &#224; lire &lt;a href='https://www.pressegauche.org/&#171; Mar&#233;bougou : un affrontement entre chasseurs et djihadistes fait des morts et des dizaines de bless&#233;s &#187;, Afrik Info, 22 octobre 2021, &#224; lire ici.'&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Vincent Joly, &lt;i&gt;Histoire contemporaine du Mali&lt;/i&gt;, Perrin, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
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