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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>La transformation politique de l'Iran en temps de guerre</title>
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		<dc:date>2026-06-09T08:32:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hamidreza Ahmadi</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2026-06-09</dc:subject>
		<dc:subject>Iran</dc:subject>
		<dc:subject>01_03 - 3 ou 6 articles</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En lan&#231;ant la guerre contre l'Iran, le 28 f&#233;vrier dernier, les Etats-Unis et Isra&#235;l ont proclam&#233; leur objectif d'un &#034;changement de r&#233;gime&#034;. Si cet objectif n'a pas &#233;t&#233; atteint, la guerre n'a toutefois pas laiss&#233; les choses en l'&#233;tat : elle a renforc&#233; le pouvoir d'une partie de l'&#233;lite iranienne qui tire profit de la vente de p&#233;trole et de produits p&#233;trochimiques. Ce contexte a unifi&#233; l'&#201;tat et son &#233;lite autour d'un projet anti-imp&#233;rialiste, mais au prix d'une aust&#233;rit&#233; permanente. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Asie-Proche-Orient-" rel="directory"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2026-06-09-+" rel="tag"&gt;Edition du 2026-06-09&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Iran-+" rel="tag"&gt;Iran&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH102/lundi-iran-3c9a3.jpg?1781008530' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='102' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En lan&#231;ant la guerre contre l'Iran, le 28 f&#233;vrier dernier, les Etats-Unis et Isra&#235;l ont proclam&#233; leur objectif d'un &#034;changement de r&#233;gime&#034;. Si cet objectif n'a pas &#233;t&#233; atteint, la guerre n'a toutefois pas laiss&#233; les choses en l'&#233;tat : elle a renforc&#233; le pouvoir d'une partie de l'&#233;lite iranienne qui tire profit de la vente de p&#233;trole et de produits p&#233;trochimiques. Ce contexte a unifi&#233; l'&#201;tat et son &#233;lite autour d'un projet anti-imp&#233;rialiste, mais au prix d'une aust&#233;rit&#233; permanente.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de la revue Contretemps&lt;br class='autobr' /&gt;
1er juin 2026&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Hamidreza Ahmadi&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/author/hamidreza-ahmadi/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Hamidreza Ahmadi&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant sept semaines, la puissance a&#233;rienne am&#233;ricaine et isra&#233;lienne a domin&#233; le ciel iranien. Surveillance &#224; haute altitude, frappes de pr&#233;cision contre les infrastructures militaires et les immeubles d'habitation de T&#233;h&#233;ran, et domination quasi-incontest&#233;e des couloirs a&#233;riens ont caract&#233;ris&#233; la phase initiale du conflit. L'Iran a encaiss&#233; les coups et a ripost&#233; non par les tactiques de gu&#233;rilla, comme celles qui se sont nagu&#232;re d&#233;ploy&#233;es dans les rues de Bagdad, mais par des missiles &#224; longue port&#233;e, des drones produits en masse et une posture d&#233;fensive qui a tenu bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les jours pr&#233;c&#233;dant le cessez-le-feu [du 8 avril, un F-15 et un A-10 Warthog furent abattus gr&#226;ce &#224; des syst&#232;mes de surveillance et de pistage visuel. Reste &#224; savoir s'il s'agissait d'une prouesse technique reproductible ou d'un heureux hasard. Ce qui est certain, en revanche, c'&#233;tait que l'Iran est parvenu &#224; fermer le d&#233;troit d'Ormuz &#224; la navigation. En r&#233;action, les march&#233;s mondiaux de l'&#233;nergie ont paniqu&#233;. La guerre est devenue un &#233;v&#233;nement plan&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation politique a &#233;galement &#233;volu&#233; en Iran. Il y a quelques mois &#224; peine, en janvier, la question principale &#233;tait &#233;conomique : l'inflation, le logement, le prix des denr&#233;es alimentaires. Le plan d'aust&#233;rit&#233; du gouvernement de Massoud Pezeshkian avait consid&#233;rablement affect&#233; le budget des m&#233;nages et pouss&#233; des dizaines de milliers de personnes dans la rue. Aujourd'hui, la question est imp&#233;riale. La guerre n'a pas effac&#233; les souffrances mat&#233;rielles, elle les a transform&#233;es. Le choix qui s'offre &#224; chaque Iranien ne porte plus sur la politique budg&#233;taire ou la r&#233;forme des subventions. Il s'agit de choisir entre la souverainet&#233; et l'int&#233;gration &#224; un ordre imp&#233;rial qui gouverne d&#233;j&#224; une grande partie de la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre malavis&#233;e de Donald Trump a r&#233;v&#233;l&#233; l'Iran comme une formation unique dans l'histoire moderne : un &#201;tat n&#233;olib&#233;ral antiimp&#233;rialiste. Aust&#233;rit&#233; int&#233;rieure, r&#233;sistance ext&#233;rieure. Sur le papier, une contradiction ; en pratique, la logique m&#234;me de l'&#201;tat. C'est pourquoi l'Iran oscille entre manifestations contre l'aust&#233;rit&#233; et d&#233;monstrations de solidarit&#233; nationale, parfois au cours d'un m&#234;me mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour aller plus loin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/reconnaitre-une-guerre-imperialiste-le-cas-de-liran/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Reconna&#238;tre une guerre imp&#233;rialiste : le cas de l'Iran&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le d&#233;clencheur &#233;conomique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette guerre a d&#233;but&#233; en mars 2026. Sa justification discursive, cependant, a &#233;t&#233; forg&#233;e des mois auparavant. En d&#233;cembre 2025, le gouvernement Pezeshkian &#8212; d'ordinaire discret &#8212; a mis en &#339;uvre quatre d&#233;cisions financi&#232;res cons&#233;cutives qui, ensemble, ont constitu&#233; un plan d'aust&#233;rit&#233; brutal et soudain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, un ajustement du prix de l'essence. L'essence reste fortement subventionn&#233;e en Iran ; la hausse &#233;tait donc marginale en valeur absolue. Mais cette d&#233;cision &#233;tait audacieuse pour T&#233;h&#233;ran. La derni&#232;re augmentation, six ans plus t&#244;t, sous Hassan Rouhani &#8211; pr&#233;sident de l'Iran de 2017 &#224; 2021 &#8211; avait d&#233;clench&#233; de violentes manifestations. Cette mesure a &#233;t&#233; per&#231;ue comme un signe que l'&#201;tat &#233;tait pr&#234;t &#224; s'attaquer aux sujets tabous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, un projet de budget plafonnait les augmentations de salaires dans le secteur public &#224; 20 %, un taux bien inf&#233;rieur &#224; l'inflation actuelle. Ce plafond de r&#233;f&#233;rence encadre &#233;galement les salaires du secteur priv&#233;, r&#233;duisant ainsi le pouvoir d'achat des classes moyennes et populaires salari&#233;es dans l'ensemble de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, une augmentation de la taxe sur la valeur ajout&#233;e (TVA), une taxe r&#233;gressive sur la consommation, signifiait que les pauvres et la classe travailleuse paieraient plus cher pour les produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;, tandis que les importantes exon&#233;rations fiscales dont b&#233;n&#233;ficiaient les grandes entreprises et les institutions religieuses restaient inchang&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;mement, et surtout, le gouvernement a relev&#233; et unifi&#233; le taux de change entre le rial et le dollar. Le taux officiel a bondi de pr&#232;s de 50 %. Le pouvoir d'achat des Iranien.ne.s a chut&#233; dans les m&#234;mes proportions. Parall&#232;lement , le dollar subventionn&#233; pour les importations de produits alimentaires essentiels &#8211; longtemps consid&#233;r&#233; comme l'engagement minimal de l'&#201;tat &#224; nourrir sa population &#8211; a &#233;t&#233; supprim&#233;. Le pain, l'huile de cuisson et les m&#233;dicaments &#233;taient soudainement vendus &#224; des prix qui n'auraient &#233;t&#233; abordables que si les familles iraniennes &#233;taient pay&#233;es en dollar. Le choc a &#233;t&#233; imm&#233;diat et d&#233;vastateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces d&#233;cisions politiques ne sont ni contingentes, ni propres &#224; la pr&#233;sidence de Pezeshkian. Elles constituent l'expression locale d'une doctrine qui a fa&#231;onn&#233; la politique &#233;conomique iranienne depuis trois d&#233;cennies. La r&#233;volution de 1979 &#233;tait un projet populaire dont la redistribution &#233;tait le principe fondamental. Mais depuis la pr&#233;sidence d'Akbar Hashemi Rafsanjani (1989-1997), l'&#201;tat a progressivement gliss&#233; vers un r&#233;gime d'aust&#233;rit&#233; et de redistribution vers le haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;clin du niveau de vie s'est accentu&#233; sous Mahmoud Ahmadinejad, qui a supervis&#233; la privatisation &#224; grande &#233;chelle des secteurs p&#233;trolier, sid&#233;rurgique et p&#233;trochimique. Ces actifs n'ont pas &#233;t&#233; vendus &#224; un march&#233; libre et concurrentiel, mais transf&#233;r&#233;s &#224; une constellation d'entit&#233;s &#171; priv&#233;es &#187; li&#233;es &#224; l'&#201;tat : fonds de pension, conglom&#233;rats opaques, institutions dont les bilans brouillent la fronti&#232;re entre richesse publique et accumulation priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en cela que l'histoire de l'aust&#233;rit&#233; iranienne diff&#232;re de son pendant n&#233;olib&#233;ral en Occident. Aux &#201;tats-Unis ou en Grande-Bretagne, le n&#233;olib&#233;ralisme signifie d&#233;r&#233;glementation et libre-&#233;change. En Iran, il signifie autre chose : le d&#233;mant&#232;lement progressif de la promesse fondatrice de la r&#233;volution. Le coup d'&#201;tat de 1953 [1], la r&#233;volution de 1979 et les d&#233;cennies qui ont suivi ont tous repos&#233; sur une seule et m&#234;me question : &#224; qui appartiennent les ressources nationales et qui en profite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mohammad Mossadegh r&#233;pondit : le peuple. La r&#233;volution r&#233;pondit : le peuple. Mais pendant plus de trente ans, les produits d&#233;riv&#233;s du p&#233;trole brut &#8212; plastiques, produits p&#233;trochimiques, huiles moteur, mati&#232;res premi&#232;res industrielles &#8212; furent progressivement transf&#233;r&#233;s du secteur public aux m&#234;mes entit&#233;s li&#233;es &#224; l'&#201;tat. L'essence resta subventionn&#233;e, un rappel symbolique de l'ancien pacte, &#224; hauteur de quelques centimes par litre pour entretenir le souvenir de la nationalisation. Les produits cr&#233;ateurs de valeur furent privatis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prix de ces produits sont r&#233;gl&#233;s pour &#234;tre comp&#233;titifs sur les march&#233;s mondiaux, alors m&#234;me que l'Iran est coup&#233; de ces march&#233;s par les sanctions. C'est l&#224; toute l'ironie du syst&#232;me : l'&#201;tat impose &#224; sa propre population une discipline tarifaire mondiale tout en &#233;tant exclu du commerce international. Pendant ce temps, une petite classe d'oligarques iraniens per&#231;oit des revenus en dollars et r&#233;mun&#232;re ses employ&#233;s en rials d&#233;valu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Trump a d&#233;nonc&#233; l'accord de Vienne n&#233;goci&#233; par Barack Obama et impos&#233; une pression maximale [2], le rial a commenc&#233; &#224; s'effondrer. L'oligarchie du r&#233;gime, index&#233;e sur le dollar, s'est trouv&#233;e prot&#233;g&#233;e. Dans ses rangs, nombreux sont ceux qui en ont profit&#233;. La population salari&#233;e a absorb&#233; l'int&#233;gralit&#233; du choc. Le co&#251;t de la d&#233;valuation a &#233;t&#233; socialis&#233;. Les b&#233;n&#233;fices ont &#233;t&#233; privatis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; la logique du n&#233;olib&#233;ralisme, quel que soit le nom qu'on lui donne. Les ressources nationales, jadis nationalis&#233;es, ne le sont plus. L'esprit de Mossadegh perdure aux pompes &#224; essence. Il dispara&#238;t partout ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre 2025, les conditions mat&#233;rielles des troubles sociaux &#233;taient pleinement r&#233;unies. Les principaux points de tension &#233;taient l'alimentation et le logement, et non l'essence. L'inflation atteignait des niveaux records. L'&#201;tat avait impos&#233; un r&#233;gime fiscal r&#233;gressif tout en prot&#233;geant la classe ais&#233;e que les sanctions avaient paradoxalement enrichie. La question qui agitait la rue &#233;tait &#233;conomique. Il s'agissait de justice distributive. Il s'agissait de savoir qui financerait la survie de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La trag&#233;die de janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestations ont d&#233;but&#233; dans les zones rurales et les bazars, puis se sont propag&#233;es aux grandes villes en une semaine. Ce qui avait commenc&#233; comme une expression de m&#233;contentement &#233;conomique a rapidement &#233;t&#233; instrumentalis&#233; par des interventions ext&#233;rieures. Attisant les tensions, Reza Pahlavi, fils exil&#233; du shah d&#233;chu, a lanc&#233; un appel public &#224; l'escalade. Iran International, la cha&#238;ne satellitaire aux liens av&#233;r&#233;s avec les services de renseignement isra&#233;liens, a amplifi&#233; les protestations et assur&#233; une couverture tactique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui suivit fut la plus grande trag&#233;die de l'histoire iranienne contemporaine. En deux jours, des milliers de personnes perdirent la vie et beaucoup d'autres furent bless&#233;es. Les d&#233;tails de la r&#233;pression sont effroyables et bien document&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat et le camp Pahlavi avaient tous deux int&#233;r&#234;t &#224; occulter la dimension &#233;conomique des manifestations. Celles-ci furent rapidement requalifi&#233;es en conflit civilisationnel : R&#233;publique islamique contre restauration monarchique. Les deux camps tir&#232;rent profit de cette interpr&#233;tation, car aucun ne pouvait apporter de r&#233;ponse cr&#233;dible aux griefs mat&#233;riels qui avaient pouss&#233; la population dans la rue. Aucun n'avait de mesures de redistribution &#224; proposer. Aucun ne souhaitait aborder la hausse de la TVA, la crise des changes, ou l'augmentation du prix des denr&#233;es alimentaires et des loyers. Et ils n'en parl&#232;rent pas. L'origine &#233;conomique des manifestations fut effac&#233;e. Ainsi, le mois de janvier devint synonyme de s&#233;curit&#233; et de trahison pour un camp, de libert&#233; et de d&#233;mocratie pour l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trump a rejoint la conversation&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombre d'Iranien.ne.s pensent que sans l'intervention de Trump et de Benjamin Netanyahou, le discours sur la libert&#233; et la d&#233;mocratie aurait pu suivre son cours, engendrant une s&#233;rie de crises internes et les amenant &#224; un point de rupture. Mais Netanyahou ne cherchait aucunement &#224; r&#233;soudre la crise et y voyait plut&#244;t une occasion de servir ses int&#233;r&#234;ts. Il &lt;a href=&#034;https://www.nytimes.com/2026/04/07/us/politics/trump-iran-war.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;a propos&#233;&lt;/a&gt; &#224; Trump de bombarder l'Iran. Et Trump, toujours en qu&#234;te d'une victoire facile, fort de ce qu'il consid&#233;rait comme une victoire nette et convaincante au Venezuela, a d&#233;cid&#233; que le moment &#233;tait venu d'attaquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous le savons d&#233;sormais, l'attaque &#233;tait maladroite et mal men&#233;e. Elle n'a pas permis de renverser le r&#233;gime. Elle a co&#251;t&#233; la vie &#224; des innocents, dont 168 &#233;coli&#232;res d&#232;s le premier jour. Ce seul fait a davantage contribu&#233; &#224; conforter le discours anti-imp&#233;rialiste de l'&#201;tat que n'importe quel discours ou sermon. L'&#201;tat s'est arrog&#233; la sup&#233;riorit&#233; morale de d&#233;fendre sa souverainet&#233; nationale face &#224; deux des arm&#233;es les plus puissantes du monde. L'opposition, notamment ses dirigeants en exil, et m&#234;me ceux qui, en Iran, ont renonc&#233; &#224; la possibilit&#233; de r&#233;formes, ont pr&#233;sent&#233; cet &#233;v&#233;nement comme une lutte contre les t&#233;n&#232;bres et l'autocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le pr&#233;sident Trump a menac&#233; de faire sauter des ponts et des centrales &#233;lectriques, des citoyens ordinaires ont form&#233; &lt;a href=&#034;https://www.bbc.com/news/videos/c4g5j33p6vno&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;des cha&#238;nes humaines&lt;/a&gt; autour de ces infrastructures pour les prot&#233;ger. Il ne s'agissait pas de gardiens de la r&#233;volution ni de milices soutenues par l'&#201;tat. C'&#233;taient ces m&#234;mes personnes dont le pouvoir d'achat avait &#233;t&#233; r&#233;duit de moiti&#233; par l'unification des taux de change. Ces m&#234;mes personnes qui ont vu leurs salaires stagner tandis que l'inflation atteignait des niveaux record !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, la guerre a cr&#233;&#233; une dichotomie d'une nettet&#233; in&#233;dite. D'un c&#244;t&#233;, la R&#233;publique islamique &#8211; malgr&#233; ses d&#233;fauts, ses injustices &#233;conomiques et la brutalit&#233; de sa r&#233;pression int&#233;rieure &#8211; mais comme d&#233;fenseure du territoire et de la souverainet&#233;. De l'autre c&#244;t&#233;, le projet Pahlavi et ses soutiens imp&#233;riaux, qui offraient moins de souverainet&#233; mais un si&#232;ge &#224; la table de l'empire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela peut para&#238;tre &#233;trange &#224; certains, mais une part importante de la population iranienne souhaite que son pays renonce &#224; ses engagements envers ses alli&#233;s r&#233;gionaux et se rapproche d'Isra&#235;l. Ces trois derni&#232;res ann&#233;es, Isra&#235;l a tu&#233; des dizaines de milliers de Palestinien.ne.s &#224; Gaza et en Cisjordanie. Pourtant, pour certains Iranien.ne.s, son existence est une preuve de cette id&#233;e : un &#201;tat non arabe et non chr&#233;tien au Moyen-Orient, non seulement accept&#233; comme partie int&#233;grante du projet am&#233;ricain, mais aussi capable d'influencer ses choix politiques. Pour ces Iranien.ne.s, l'objectif n'est pas n&#233;cessairement un retour &#224; la glorieuse monarchie. Il s'agit de mettre de c&#244;t&#233; les politiques isolationnistes au profit d'une int&#233;gration &#224; l'ordre mondial actuel, quel qu'en soit le prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce groupe n'a aucune repr&#233;sentation officielle au sein de la politique iranienne. Ses partisans consid&#232;rent le syst&#232;me actuel comme fondamentalement imperm&#233;able au changement et estiment donc qu'une refonte compl&#232;te est pr&#233;f&#233;rable &#224; une r&#233;forme. Il est trop t&#244;t pour dire si la guerre et les d&#233;g&#226;ts caus&#233;s aux infrastructures civiles ont amen&#233; une partie significative d'entre eux &#224; regretter leur position initiale. Face &#224; l'attaque &#233;trang&#232;re, un grand nombre d'Iranien.ne.s se sont ralli&#233;s &#224; la nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour les Iranien.ne.s oppos&#233;.e.s &#224; la politique &#233;trang&#232;re anti-imp&#233;rialiste de leur pays, la question risque d'&#234;tre un sujet de discorde politique. La mont&#233;e du ch&#244;mage et la d&#233;gradation de la situation &#233;conomique les am&#232;nent, paradoxalement, &#224; conclure que l'arm&#233;e aurait d&#251; capituler plus t&#244;t et laisser le d&#233;troit d'Ormuz ouvert car le co&#251;t de la r&#233;sistance est tout simplement trop &#233;lev&#233;. Pour certain.e.s d'entre eux et elles, cette position deviendrait intenable si les sanctions &#233;taient lev&#233;es. Mais cela reste tr&#232;s incertain, et l'avenir est profond&#233;ment impr&#233;visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que les discours de l'&#201;tat iranien et de ses d&#233;tracteurs aient r&#233;ussi &#224; occulter les enjeux &#233;conomiques, la guerre reste avant tout une affaire de gains mat&#233;riels. Les anti-imp&#233;rialistes y voient un moyen de n&#233;gocier la lev&#233;e des sanctions et de faire du d&#233;troit d'Ormuz une source de revenus ; le Majlis, le parlement iranien, travaille d'ailleurs sur un projet de loi visant &#224; allouer 70 % des recettes du p&#233;age [3] aux d&#233;penses courantes des m&#233;nages. Les partisans des Pahlavi, qui ont observ&#233; avec envie l'ascension des Saoudiens et des &#201;miratis au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie, souhaitent eux aussi la lev&#233;e des sanctions et la prosp&#233;rit&#233; de l'Iran. Ils sont tout simplement convaincus que l'int&#233;gration &#224; l'ordre imp&#233;rial est la voie la plus s&#251;re et la plus stable pour obtenir un all&#232;gement des sanctions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux camps souhaitent la lev&#233;e des sanctions. Les deux camps veulent relancer l'&#233;conomie. La diff&#233;rence r&#233;side dans le prix qu'ils sont pr&#234;ts &#224; payer. L'un paiera par l'aust&#233;rit&#233;, l'autre par sa souverainet&#233;. La guerre a contraint chacun &#224; choisir sa devise pr&#233;f&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le faux choix&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous vivons actuellement n'est pas le fruit du hasard, ni un choix politique qui pourrait &#234;tre modifi&#233; par l'&#233;lection d'un nouveau pr&#233;sident ou d'un nouveau parlement. C'est la cons&#233;quence structurelle de d&#233;cennies de sanctions et de la strat&#233;gie adopt&#233;e par l'&#201;tat pour y survivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#201;tat v&#233;ritablement anti-imp&#233;rialiste &#8212; transparent, redistributif et financ&#233; par une fiscalit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e plut&#244;t que par des ventes de p&#233;trole opaques &#8212; n&#233;cessiterait une relation diff&#233;rente avec l'&#233;conomie mondiale. Or, l'Iran est coup&#233; de cette &#233;conomie depuis pr&#232;s de quarante ans. Il ne peut vendre ouvertement son p&#233;trole. Il ne peut acheter ouvertement des armes ou de technologies. Il survit gr&#226;ce &#224; la tromperie : une flotte clandestine de p&#233;troliers, des soci&#233;t&#233;s &#233;crans dans des pays tiers, des programmes de missiles qui ne figurent nulle part dans les budgets officiels. Cette opacit&#233; n'est pas fortuite. Elle est sa condition de survie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opacit&#233; a des cons&#233;quences. Lorsqu'un &#201;tat doit dissimuler ses recettes et ses d&#233;penses, il cesse de rendre des comptes &#224; sa propre population. Les m&#234;mes m&#233;canismes qui permettent de soustraire les ventes de p&#233;trole &#224; l'application des sanctions am&#233;ricaines les dissimulent &#233;galement aux contribuables iraniens. L'&#201;tat ne peut &#234;tre transparent envers son peuple sans devenir transparent envers ses ennemis. Il choisit donc l'opacit&#233;. Et l'opacit&#233; favorise le d&#233;tournement des ressources.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mesures d'aust&#233;rit&#233; de d&#233;cembre 2025 n'&#233;taient pas une trahison du projet anti-imp&#233;rialiste, mais son prolongement logique. D&#233;valuer le rial pour r&#233;duire le budget, instaurer un imp&#244;t r&#233;gressif pour faire payer davantage les citoyens ordinaires, et prot&#233;ger ceux qui gagnent en dollars, car ce sont eux qui alimentent le trafic de p&#233;trole clandestin, sont autant de mesures qui, loin de s'opposer ont permis aux n&#233;olib&#233;raux et aux anti-imp&#233;rialistes de s'unir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle que soit l'option choisie, qu'apporterait la lev&#233;e des sanctions ? Ni la R&#233;publique islamique ni son opposition en exil n'ont manifest&#233; le moindre engagement en faveur d'une justice distributive. Toutes deux sont englu&#233;es dans les m&#234;mes r&#233;seaux li&#233;s au dollar, mais avec des protecteurs diff&#233;rents. Si les sanctions sont lev&#233;es, l'oligarchie du r&#233;gime en tirera profit. Le peuple b&#233;n&#233;ficiera d'une certaine am&#233;lioration. Le rial se stabilisera. L'inflation sera mieux ma&#238;tris&#233;e. Mais la structure sous-jacente &#8211; la fusion du pouvoir d'&#201;tat et de l'exploitation priv&#233;e &#8211; demeurera. La guerre a impos&#233; un choix entre deux factions. Aucune n'offre ce dont les Iranien.ne.s ordinaires ont r&#233;ellement besoin : une &#233;conomie qui travaille pour elles et eux, et non seulement pour ceux qui la poss&#232;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article est initialement paru dans &lt;a href=&#034;https://jacobin.com/2026/05/neoliberalism-austerity-war-political-economy-iran&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Jacobin&lt;/i&gt; (Etats-Unis) le 10 mai 2026&lt;/a&gt;. Traduit pour &lt;i&gt;Contretemps&lt;/i&gt; par Stathis Kouv&#233;lakis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Ce coup d'Etat a &#233;t&#233; foment&#233; par la Grande-Bretagne et les Etats-Unis contre le gouvernement &#233;lu de Mohammad Mossadegh, qui avait nationalis&#233; le p&#233;trole iranien (NdT).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] L'accord de Vienne sur le nucl&#233;aire iranien a &#233;t&#233; sign&#233; en juillet 2015 par l'Iran, les pays du P5 membres du Conseil de s&#233;curit&#233; de l'ONU (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) auxquels se sont joints l'Allemagne et l'Union europ&#233;enne. Son objectif &#233;tait de soumettre le programme nucl&#233;aire iranien &#224; un contr&#244;le international et de permettre la lev&#233;e des sanctions frappant l'Iran. Les Etats-Unis se sont retir&#233;s de cet accord en 2018, sous le premier mandat de Trump (NdT).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Il s'agit du p&#233;age impos&#233; par l'Iran aux navires qu'il autorise &#224; franchir le d&#233;troit d'Ormuz. Il peut atteindre 2 millions de dollar par navire (NdT).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
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