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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Droits de douane : Trump invente la &#171; vassalisation heureuse &#187;</title>
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		<dc:date>2025-04-08T10:48:06Z</dc:date>
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		<dc:creator>Martine Orange</dc:creator>


		<dc:subject>Le Monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2025-04-08</dc:subject>

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&lt;p&gt;Les droits douaniers &#233;tats-uniens, annonc&#233;s le 2 avril, frappent tous les pays bien plus fortement que pr&#233;vu. Loin de relancer le protectionnisme, cette politique est l'affirmation d'un imp&#233;rialisme : chaque pays est somm&#233; de n&#233;gocier le prix et le poids de ses cha&#238;nes &#224; l'&#233;gard des &#201;tats-Unis. &lt;br class='autobr' /&gt; 3 avril 2025 | tir&#233; de mediapart.fr | https://www.mediapart.fr/journal/international/030425/droits-de-douane-trump-invente-la-vassalisation-heureuse &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce ne pouvait &#234;tre que grandiose. Pour ce &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH95/autos_chinoises-a83e7.png?1744109444' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='95' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les droits douaniers &#233;tats-uniens, annonc&#233;s le 2 avril, frappent tous les pays bien plus fortement que pr&#233;vu. Loin de relancer le protectionnisme, cette politique est l'affirmation d'un imp&#233;rialisme : chaque pays est somm&#233; de n&#233;gocier le prix et le poids de ses cha&#238;nes &#224; l'&#233;gard des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;3 avril 2025 | tir&#233; de mediapart.fr |&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/030425/droits-de-douane-trump-invente-la-vassalisation-heureuse&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.mediapart.fr/journal/international/030425/droits-de-douane-trump-invente-la-vassalisation-heureuse&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne pouvait &#234;tre que grandiose. Pour ce &#171; jour de lib&#233;ration &#187; marquant &#171; le premier jour du retour de l'Am&#233;rique &#187;, Donald Trump a veill&#233; avec un soin particulier &#224; la mise en sc&#232;ne d'un des grands moments de son d&#233;but de pr&#233;sidence. Face &#224; un parterre d'industriels, de grandes fortunes et d'ouvriers, il a d&#233;gain&#233;, comme il le promettait depuis des semaines, ce qu'il consid&#232;re comme son arme magique, celle qui peut tout r&#233;soudre : les droits de douane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les pays du monde se voient frapp&#233;s d'un droit de douane minimum de 10 %. Mais soixante d'entre eux ont un traitement &#224; part. &#192; commencer par la Chine, frapp&#233;e de 34 % de droits de douane qui viennent s'ajouter aux 20 % d&#233;j&#224; existants. Des pays cens&#233;s &#234;tre amis des &#201;tats-unis, comme le Vietnam ou Ta&#239;wan, se voient infliger respectivement des droits de douane de 46 et 32 %. Les exportations europ&#233;ennes subiront, elles, des droits suppl&#233;mentaires de 20 % &#224; partir du 5 avril. Les produits en provenance du Liechtenstein &#8211; dont on ignorait la puissance commerciale &#8211; sont d&#233;sormais tax&#233;s &#224; hauteur de 37 %. Les exemples de telles bizarreries abondent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la pr&#233;sentation de cette liste surr&#233;aliste, les analystes et les &#233;conomistes cherchent &#224; comprendre les r&#232;gles qui ont servi &#224; &#233;laborer les d&#233;cisions de l'administration Trump. &#192; ce stade, leur verdict est assez simple : il n'y en a pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout a &#233;t&#233; additionn&#233;, fusionn&#233;, au doigt mouill&#233; : les droits douaniers normaux ont &#233;t&#233; ajout&#233;s aux droits sp&#233;cifiques pour prot&#233;ger certains secteurs et certains produits, les taxes sp&#233;cifiques comme celle sur les transports, et m&#234;me la taxe sur la valeur ajout&#233;e (TVA), que l'administration Trump classe d&#233;sormais comme une barri&#232;re douani&#232;re, bien qu'elle s'applique &#224; tous les produits. Ce qui aboutit &#224; des taux moyens des plus fantaisistes pour chaque pays. L'administration &#233;tats-unienne a choisi en g&#233;n&#233;ral de prendre la moiti&#233; du chiffre pour fixer ses &#171; droits r&#233;ciproques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, selon Donald Trump, il n'y a nulle volont&#233; de puissance, d&#233;sir de r&#233;torsion ou attaque dans ces d&#233;cisions. Reprenant son discours victimaire, d&#233;sormais familier, il s'agit seulement d'un juste retour des choses, apr&#232;s des d&#233;cennies de &#171; vols et de pillages &#187;. &#171; Pendant des ann&#233;es, les Am&#233;ricains qui travaillent dur ont &#233;t&#233; laiss&#233;s de c&#244;t&#233;, tandis que les autres nations sont devenues riches et puissantes, souvent &#224; nos d&#233;pens. Maintenant, c'est &#224; notre tour de prosp&#233;rer &#187;, a-t-il lanc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si ces dispositions tarifaires avaient &#233;t&#233; largement annonc&#233;es et, pour certaines, d&#233;j&#224; mises en &#339;uvre contre le Canada et le Mexique, les annonces de la pr&#233;sidence &#233;tats-unienne ont p&#233;trifi&#233; les mondes &#233;conomique et financier : tous esp&#233;raient que Donald Trump, sans totalement reculer, adoucirait ses positions. &#171; On est proches du pire sc&#233;nario que les march&#233;s redoutaient &#187;, souligne aupr&#232;s du Financial Times Ajay Rajadhyaksha, responsable de la recherche &#224; la banque Barclays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Wall Street, les indices boursiers (S&amp;P 500, Nasdaq) ont d&#233;viss&#233; dans les derni&#232;res minutes de la s&#233;ance du 2 avril, enregistrant des baisses de plus de 2 %. La chute boursi&#232;re est devenue mondiale le 3 avril, chaque continent accusant, l'un apr&#232;s l'autre, le coup. Les valeurs des groupes qui ont le plus prosp&#233;r&#233; sur les d&#233;localisations massives ces derni&#232;res d&#233;cennies, &#224; l'instar des fabricants de v&#234;tements de sport comme Nike, Adidas ou Puma, sont le plus touch&#233;es. Tous redoutent la contagion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un imp&#233;rialisme plus qu'un protectionnisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis des semaines, des &#233;tudes mettent en avant des sc&#233;narios plus catastrophiques les uns que les autres. Donald Trump lui-m&#234;me n'a pas exclu &#171; quelques perturbations &#187; pendant un certain temps. Tous parlent d'un rebond de l'inflation, d'un ralentissement &#233;conomique aux &#201;tats-Unis puis dans le monde, voire d'une r&#233;cession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup &#233;voquent les effets n&#233;fastes de l'isolationnisme &#233;tats-unien dans les ann&#233;es 1930 et mettent en garde contre un retour du protectionnisme et une guerre commerciale g&#233;n&#233;ralis&#233;e qui ne peut que nuire &#224; l'&#233;conomie mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; &#233;couter le pr&#233;sident &#233;tats-unien et ses conseillers, toutefois, il n'est pas question de protectionnisme dans leurs mesures, mais plut&#244;t d'un imp&#233;rialisme sans frein. Convaincu qu'&#171; avoir acc&#232;s au march&#233; am&#233;ricain est un privil&#232;ge &#187;, Donald Trump et ses proches entendent faire payer cet &#171; immense honneur &#187; &#224; tous les autres pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont d'autant moins envie de fermer les fronti&#232;res qu'ils sont en train de b&#226;tir toute leur politique budg&#233;taire sur ces droits de douane : ceux-ci, dans leur esprit, doivent les aider &#224; payer les r&#233;ductions d'imp&#244;ts qu'ils ont promises aux plus riches et servir &#224; r&#233;duire l'immense dette &#233;tats-unienne. Selon les confidences d'un conseiller de la Maison-Blanche le 2 avril, l'administration pr&#233;sidentielle table sur au moins 6 000 milliards de dollars de recettes douani&#232;res au cours de la prochaine d&#233;cennie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'une premi&#232;re estimation. Car les droits de douane annonc&#233;s le 2 avril ne sont qu'une premi&#232;re base de n&#233;gociations dans l'esprit de l'administration &#233;tats-unienne. Comme l'a indiqu&#233; Donald Trump dans son discours, ils peuvent &#233;voluer &#171; &#224; la hausse ou &#224; la baisse &#187; en fonction des discussions bilat&#233;rales que les &#201;tats-Unis souhaitent ouvrir avec les autres pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout se calmera sur les march&#233;s, pronostique le r&#233;publicain Mike Johnson, pr&#233;sident de la Chambre des repr&#233;sentants, quand les responsables &#233;trangers &#171; viendront &#224; la table des n&#233;gociations &#187; et abaisseront leurs droits de douane sur les importations &#233;tats-uniennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;N&#233;gocier le prix et le poids de ses cha&#238;nes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour reprendre l'expression du pr&#233;sident de la R&#233;publique italienne, Sergio Mattarella, Donald Trump nous entra&#238;ne dans le temps de la &#171; vassalisation heureuse &#187;. Il attend que chaque pays d&#233;finisse sa place dans l'empire &#233;tats-unien, fasse all&#233;geance, aligne les concessions &#233;conomiques et politiques qu'il est pr&#234;t &#224; consentir. En un mot, qu'il n&#233;gocie le poids et le prix de ses cha&#238;nes &#224; l'&#233;gard du suzerain &#233;tats-unien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains gouvernements ont d&#233;j&#224; engag&#233; les discussions et m&#234;me pris des mesures avant m&#234;me les annonces. Isra&#235;l a ainsi annonc&#233; la suppression des droits de douane sur toutes les importations &#233;tats-uniennes. L'Argentine de Javier Milei a d&#233;j&#224; engag&#233; des discussions avec l'administration Trump pour &#233;tablir des &#233;changes &#171; &#233;quilibr&#233;s &#187; entre les deux pays. Le gouvernement vietnamien a abaiss&#233; certains droits de douane sur les importations &#233;tats-uniennes. Le Royaume-Uni se dit pr&#234;t &#224; discuter &#171; avec loyaut&#233; &#187; avec l'administration Trump pour obtenir un traitement privil&#233;gi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me au sein de l'Europe, les tentations existent. La Slovaquie a d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; engager des pourparlers avec Washington. L'Italienne Giorgia Meloni r&#233;fl&#233;chit de son c&#244;t&#233; au moyen de pr&#233;server les liens &#224; part qu'elle a nou&#233;s avec le pr&#233;sident &#233;tats-unien, Elon Musk et leurs entourages. L'Irlande, qui se sait dans la ligne de mire de Trump, cherche comment se prot&#233;ger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les risques d'escalade sans fin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Apr&#232;s le jour de lib&#233;ration viendra le jour des r&#233;torsions &#187;, pr&#233;dit Luca Paolino, chef strat&#233;giste &#224; la banque Pictet. Dans la foul&#233;e des annonces &#233;tats-uniennes, le gouvernement chinois a affich&#233; son intention de riposter s&#233;v&#232;rement. D'autres risquent d'&#234;tre tent&#233;s de l'imiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'administration Trump a pr&#233;venu que toute contre-mesure entra&#238;nerait des r&#233;torsions suppl&#233;mentaires. M&#234;me si le pr&#233;sident surjoue la force, il n'a peut-&#234;tre pas une main aussi forte qu'il veut le croire : les &#201;tats-Unis ne sont plus l'acteur archidominant qu'ils ont pu &#234;tre dans les ann&#233;es 1980-90. Ils ne repr&#233;sentent plus que 10 % des &#233;changes commerciaux dans un monde devenu multipolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces risques d'escalade font craindre &#224; certains &#233;conomistes une guerre commerciale mondiale. &#171; Les r&#232;gles du commerce mondial n'existent plus. L'ordre mondial a disparu &#187;, d&#233;plorent-ils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les faits, il y a d&#233;j&#224; plusieurs ann&#233;es que les r&#232;gles internationales du commerce ont &#233;t&#233; d&#233;laiss&#233;es. Les tarifs douaniers ont augment&#233; de plus de 40 % un peu partout dans le monde au cours des cinq derni&#232;res ann&#233;es. Quant &#224; l'Organisation mondiale du commerce (OMC), elle est en &#233;tat de mort c&#233;r&#233;brale depuis plus de dix ans. Les n&#233;gociations de Doha qui devaient &#233;tablir un nouveau round de lib&#233;ralisation commerciale n'ont jamais abouti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un libre-&#233;change enchanteur r&#234;v&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, l'OMC ne s'est jamais remise des conditions d&#233;sastreuses dans lesquelles elle avait n&#233;goci&#233; l'entr&#233;e de la Chine dans le commerce mondial en 2001. L'ouverture de tous les march&#233;s sans aucune restriction, mettant tous les pays en concurrence les uns avec les autres, sans tenir compte des &#233;carts salariaux, sociaux, environnementaux, au nom des bienfaits du libre-&#233;change, a cr&#233;&#233; un bouleversement social et politique sans pr&#233;c&#233;dent dans les pays occidentaux. Le trumpisme et la mont&#233;e des populismes en Europe et dans le monde se nourrissent de ces d&#233;structurations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les cons&#233;quences de la globalisation ont &#233;t&#233; sous-estim&#233;es. Nous n'avons pas voulu voir la destruction sociale et politique, particuli&#232;rement dans les classes moyennes, qu'elle a entra&#238;n&#233;e dans les pays industrialis&#233;s &#187;, avouait derni&#232;rement le politologue &#233;tats-unien Francis Fukuyama. L'auteur de La Fin de l'histoire est un des rares &#224; reconna&#238;tre son erreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res semaines, le propos est plut&#244;t de vanter les m&#233;rites d'un libre-&#233;change enchanteur, d'une &#171; mondialisation heureuse &#187; aux incommensurables b&#233;n&#233;fices. Celle-ci a pourtant cr&#233;&#233; une concentration de richesses entre quelques mains, un creusement des in&#233;galit&#233;s sans aucun point de comparaison historique. Et la concurrence n'a pas emp&#234;ch&#233; la constitution de monopoles et d'oligopoles mondiaux dont le poids et l'influence se font sentir d&#233;sormais dans toutes les activit&#233;s humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;chec probable de Donald Trump&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En lan&#231;ant ses &#171; droits de douane r&#233;ciproques &#187;, Donald Trump sait qu'il r&#233;pond &#224; une col&#232;re populaire &#233;tats-unienne qui n'a pas trouv&#233; d'autres d&#233;bouch&#233;s. Au-del&#224; de r&#233;pondre &#224; une aspiration populiste, croit-il que ses mesures aient la moindre chance de succ&#232;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me s'il en a le projet, sa volont&#233; de r&#233;industrialiser les &#201;tats-Unis a peu de chance de r&#233;ussir. Toutes les politiques industrielles s'inscrivent dans le temps long, demandant vision strat&#233;gique, t&#233;nacit&#233;, calme et patience. Les d&#233;cisions intempestives et brouillonnes de Donald Trump sont &#224; l'oppos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel industriel peut envisager d'investir dans le chaos que connaissent les &#201;tats-Unis aujourd'hui ? Rien n'est stable, rien n'est pr&#233;visible, m&#234;me &#224; quelques semaines. Qui peut &#234;tre tent&#233; de s'aventurer sur un territoire o&#249; le gouvernement se m&#234;le de tout, d&#233;cide arbitrairement, selon des m&#233;thodes dignes du maccarthysme, de contr&#244;ler les pratiques sociales et environnementales des entreprises, de s'ing&#233;rer partout jusqu'&#224; leur imposer de renoncer &#224; toute politique d'&#233;galit&#233; et de respect de la diversit&#233; ? Qui peut avoir confiance dans le gouvernement de Donald Trump ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans attendre, les ardents d&#233;fenseurs d'un libre-&#233;change sans frein et sans contr&#244;le annoncent ce que beaucoup anticipent : l'&#233;chec probable de la politique commerciale et &#233;conomique de Donald Trump. D&#233;cid&#233;s &#224; ce que tout redevienne comme avant, ils reprennent un propos bien rod&#233; : par nature, les barri&#232;res douani&#232;res sont nocives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est des moments, pourtant, o&#249; des protections douani&#232;res s'imposent. Jamais la Cor&#233;e du Sud ne serait parvenue &#224; d&#233;coller &#233;conomiquement si elle &#233;tait rest&#233;e ouverte &#224; tous les vents &#224; ses d&#233;buts. De m&#234;me, le d&#233;veloppement de certaines technologies, de certaines fili&#232;res, n&#233;cessite de leur assurer des d&#233;fenses le temps qu'elles prennent leur envol. Pour ne prendre que le seul exemple de l'industrie des panneaux solaires, l'Europe a compris tardivement ce que co&#251;tait une mise en concurrence totalement d&#233;s&#233;quilibr&#233;e avec la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La protection de l'environnement et la lutte contre les d&#233;r&#232;glements climatiques s'inscrivent dans le m&#234;me processus : la taxe carbone aux fronti&#232;res n'est rien d'autre qu'une barri&#232;re douani&#232;re afin d'inciter &#224; la relocalisation des productions. Ce ne sont que quelques exemples. Tous ces sujets sont sur la table, et depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au nom de la dangerosit&#233; et de l'irrationalit&#233; de la politique douani&#232;re men&#233;e par Donald Trump, le r&#233;cit sur les bienfaits du libre-&#233;change reprend. Il ne peut cependant esquiver une r&#233;alit&#233; : il est une des causes de l'imp&#233;rialisme revendiqu&#233; par le pr&#233;sident Trump.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martine Orange&lt;/p&gt;
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&lt;div style=&#034;position: absolute; left: -5000px;&#034; aria-hidden=&#034;true&#034;&gt;&lt;input type=&#034;text&#034; name=&#034;b_730411ce9b6e72cf02b79c890_5abe61d847&#034; tabindex=&#034;-1&#034; value=&#034;&#034;&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Davos, les &#233;lites mondiales se rallient &#224; l'imp&#233;rialisme de Trump</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Davos-les-elites-mondiales-se-rallient-a-l-imperialisme-de-Trump</link>
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		<dc:date>2025-01-28T12:59:47Z</dc:date>
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		<dc:creator>Martine Orange</dc:creator>


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		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2025-01-28</dc:subject>
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&lt;p&gt;Ce qui s'est jou&#233; lors de ce sommet de Davos, c'est le soutien de ces &#233;lites mondiales, jusqu'alors adeptes de la mondialisation heureuse, &#224; la contre-r&#233;volution illib&#233;rale lanc&#233;e par Donald Trump. Toutes souscrivent &#224; ce capitalisme de pr&#233;dation et &#224; la violence sociale et politique qu'il implique. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; d'Europe solidaire sans fronti&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s les premi&#232;res heures du sommet &#233;conomique mondial &#224; Davos, le 20 janvier, les participants ont compris que quelque chose avait chang&#233; : leur heure (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH108/trump_a_davos-8d518.png?1738069269' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='108' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce qui s'est jou&#233; lors de ce sommet de Davos, c'est le soutien de ces &#233;lites mondiales, jusqu'alors adeptes de la mondialisation heureuse, &#224; la contre-r&#233;volution illib&#233;rale lanc&#233;e par Donald Trump. Toutes souscrivent &#224; ce capitalisme de pr&#233;dation et &#224; la violence sociale et politique qu'il implique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article73444&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Europe solidaire sans fronti&#232;re&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les premi&#232;res heures du sommet &#233;conomique mondial &#224; Davos, le 20 janvier, les participants ont compris que quelque chose avait chang&#233; : leur heure &#233;tait pass&#233;e. Alors que toutes les cam&#233;ras et tous les micros se tournaient habituellement vers eux pour avoir leur avis sur la conduite du monde, pour la premi&#232;re fois, ils se sentaient n&#233;glig&#233;s, presque abandonn&#233;s. Le pouvoir &#233;tait d&#233;sormais ailleurs. &#192; Washington.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que les intervenants se succ&#233;daient sur sc&#232;ne, l'auditoire leur pr&#234;tait une attention distraite : les yeux riv&#233;s sur les &#233;crans, il regardait la c&#233;r&#233;monie d'investiture de Donald Trump. Au premier rang tr&#244;naient ces milliardaires du num&#233;rique qui avaient si souvent anim&#233; les d&#233;bats de Davos dans le pass&#233; : Elon Musk (Tesla, X) naturellement, Jeff Bezos (Amazon), Mark Zuckerberg (Meta), Sundar Pichai (Alphabet-Google), Tim Cook (Apple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 300 milliards de dollars &#224; eux cinq, avait calcul&#233; la presse. Mais surtout, la pr&#233;sence de ces responsables illustrait une rupture que nombre de participants de Davos n'auraient m&#234;me pas os&#233; r&#234;ver il y a encore quelques mois : ces milliardaires sont d&#233;sormais au c&#339;ur de la machine politique et administrative des &#201;tats-Unis, premi&#232;re puissance &#233;conomique mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me de prendre la parole par visio au sommet le 23 janvier, le pr&#233;sident am&#233;ricain avait dict&#233; l'agenda. Plus que de la sid&#233;ration face &#224; la vitesse &#224; laquelle Donald Trump a pris le pouvoir, il y avait de la fascination chez les participants &#224; ce forum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ce qui s'est jou&#233; lors de ce sommet de Davos, c'est le ralliement de ces &#233;lites mondiales, jusqu'alors adeptes de la mondialisation heureuse, &#224; la contre-r&#233;volution illib&#233;rale, &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/210125/elon-musk-un-habitue-des-codes-antisemites-et-supremacistes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;voire fasciste&lt;/a&gt; lanc&#233;e par Donald Trump. &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/210124/davos-fin-de-partie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Impuissantes &#224; trouver&lt;/a&gt; les rem&#232;des pour r&#233;parer un capitalisme en crise depuis 2008, toutes sont pr&#234;tes d&#233;sormais &#224; &#233;pouser l'imp&#233;rialisme du pr&#233;sident am&#233;ricain, qui leur promet un &#171; &#226;ge d'or &#187; du pouvoir de l'argent sans frein et sans limite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes souscrivent &#224; ce capitalisme de pr&#233;dation et &#224; la violence sociale qu'il implique, acceptant de renoncer &#224; tous les principes, et d'abord &#224; la d&#233;mocratie. Elles qui ont soutenu pendant des d&#233;cennies que le capitalisme en &#233;tait le meilleur garant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout est pass&#233; par-dessus bord&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brusquement, tout ce que ces participants louaient comme des succ&#232;s &#8211; y compris lors du dernier sommet &#8211; leur est apparu affreux. Tout ce qu'ils vantaient comme un mod&#232;le ind&#233;passable, allant jusqu'&#224; en nier les &#233;checs les plus flagrants, leur semble p&#233;rim&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un coup, tout est pass&#233; par-dessus bord. Les sujets qui &#233;taient alors au c&#339;ur de leurs conversations quotidiennes &#8211; le libre-&#233;change, la croissance, l'&#233;volution des taux d'int&#233;r&#234;t, la dette, la n&#233;cessaire rigueur budg&#233;taire des &#201;tats &#8211; ont &#224; peine suscit&#233; leur int&#233;r&#234;t. Alors qu'ils ne cessaient de mettre en avant l'ordre international, peu se sont &#233;mus de la mise en pi&#232;ces du droit international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'exception du secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'ONU, Ant&#243;nio Guterres, rappelant que &lt;a href=&#034;https://www.bloomberg.com/news/live-blog/2025-01-22/live-updates-world-economic-forum-davos-2025?srnd=homepage-europe&amp;sref=fo6OHuy7&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les &#233;nergies fossiles sont &#171; un monstre&lt;/a&gt; [&#8230;] qui n'&#233;pargnera rien ni personne &#187;, du pr&#233;sident sud-africain Cyril Ramaphosa &#8211; son pays est un des plus expos&#233;s aux d&#233;r&#232;glements climatiques &#8211;, soulignant la n&#233;cessite de poursuivre la transition, et de l'ancien vice-pr&#233;sident am&#233;ricain Al Gore, il n'y a gu&#232;re eu de voix pour d&#233;fendre l'agenda climatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abandon de tout projet de lutte contre le r&#233;chauffement climatique, la &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/200125/trump-et-la-tech-le-vivant-au-bord-du-gouffre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sortie des &#201;tats-Unis de l'accord de Paris&lt;/a&gt; et la liquidation en cours de toutes les agences f&#233;d&#233;rales et instruments administratifs pour prot&#233;ger l'environnement paraissaient s'inscrire dans une certaine normalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2017 et 2018, les responsables de Davos avaient pourtant fait de la lutte contre les d&#233;r&#232;glements climatiques leur grande cause mondiale. Des membres du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'&#233;volution du climat (Giec) avaient &#233;t&#233; invit&#233;s pour pr&#233;senter leurs diff&#233;rents sc&#233;narios d'&#233;volution, tracer des pistes pour contrer ces &#233;volutions dramatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des constructeurs automobiles aux p&#233;troliers, en passant par les financiers et les grands laboratoires, tous avaient alors promis, la main sur le c&#339;ur, de tout mettre en &#339;uvre pour promouvoir des politiques plus respectueuses de la nature, d'adopter et soutenir les &#233;nergies renouvelables, de d&#233;fendre un &#171; capitalisme durable &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mesurer la rupture en cours, sur ce sujet comme sur les autres, il suffit de noter la fa&#231;on dont a &#233;t&#233; re&#231;u Javier Milei. Le pr&#233;sident argentin est devenu une &#171; ic&#244;ne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup d'entre eux avaient d&#233;j&#224; renonc&#233; &#224; ces promesses, bien avant l'&#233;lection de Donald Trump. D&#232;s 2021, les majors p&#233;troli&#232;res avaient commenc&#233; &#224; r&#233;viser &#224; la baisse leurs projets d'&#233;nergie propre et recommen&#231;aient &#224; forer &#224; tout-va comme avant. Les financiers leur ont embo&#238;t&#233; le pas, renon&#231;ant &#224; leurs projets de finance verte. Pas assez rentable, selon eux. Les constructeurs automobiles, qui s'&#233;taient engag&#233;s &#224; marche forc&#233;e dans le v&#233;hicule &#233;lectrique, font marche arri&#232;re. Ils ont engag&#233; un lobbying intense aupr&#232;s des gouvernements pour revoir drastiquement &#224; la baisse tous les plans de transition dans l'automobile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Javier Milei en roue libre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la diversit&#233;, il n'en a m&#234;me pas &#233;t&#233; question. Au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie, les intervenants de Davos avaient pourtant fait assaut de promesses en ce domaine. Les uns apr&#232;s les autres, tous s'&#233;taient engag&#233;s &#224; promouvoir des politiques sociales respectueuses de la diversit&#233;, favorisant l'inclusion et la promotion des femmes, des personnes racis&#233;es, des LGBTQIA+. Aujourd'hui, l'abandon de ces politiques par Mark Zuckerberg, la liquidation l&#224; encore des agences f&#233;d&#233;rales travaillant sur ces sujets ne leur inspirent rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mesurer la rupture en cours, sur ce sujet comme sur les autres, il suffit de noter la fa&#231;on dont a &#233;t&#233; re&#231;u Javier Milei. Les propos du pr&#233;sident argentin, qui affichait comme ambition d'attaquer toutes les fonctions &#233;tatiques &#171; &#224; la tron&#231;onneuse &#187; pour &#171; d&#233;socialiser l'&#201;tat &#187;, avaient &#233;t&#233; accueillis avec circonspection, voire m&#233;pris. Beaucoup le consid&#233;raient comme un &#171; clown &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accueil qui lui a &#233;t&#233; r&#233;serv&#233; cette ann&#233;e est tout autre : Javier Milei est devenu une &#171; ic&#244;ne &#187;. L'&lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/101224/le-choc-milei-violent-inegalitaire-et-ecologiquement-desastreux&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;exp&#233;rience argentine&lt;/a&gt; est d&#233;sormais consid&#233;r&#233;e comme un mod&#232;le &#224; suivre partout dans le monde, les 54 % de la population qui vivent en dessous du seuil de pauvret&#233; n'&#233;tant, selon les &#233;lites mondiales, qu'un &#171; dommage collat&#233;ral &#187; pour reb&#226;tir un capitalisme futur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, c'est avec une attention soutenue et sans aucune r&#233;ticence que l'auditoire de Davos a suivi le discours du pr&#233;sident argentin reprochant &#224; l'Occident &#171; d'avoir abandonn&#233; ses mod&#232;les de libert&#233; pour le collectivisme &#187;, louant &#171; le fantastique &#187; Elon Musk, la &#171; f&#233;roce dame italienne &#187; Giorgia Meloni, Viktor Orb&#225;n et Benyamin N&#233;tayanhou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En roue libre, il a d&#233;nonc&#233; le &#171; wokisme &#187;, la perversion des m&#339;urs permettant &#171; &#224; des hommes de s'habiller en femmes avant de s'en prendre aux enfants &#187;. Sans provoquer le moindre toll&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#233;nager les ennemis, attaquer les alli&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gouvernements chinois, russe et tous les pouvoirs totalitaires dans le monde qui fustigent depuis des ann&#233;es les libert&#233;s d&#233;mocratiques de l'Occident ne pouvaient esp&#233;rer mieux. R&#233;guli&#232;rement critiqu&#233;s dans les ann&#233;es pass&#233;es, ceux-ci ont d'ailleurs &#233;t&#233; particuli&#232;rement &#233;pargn&#233;s durant ce forum. &#192; l'image de ce que fait Donald Trump pour l'instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'a pour l'instant que &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/240125/avec-la-chine-donald-trump-baisse-d-un-ton-pour-l-instant&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;peu parl&#233; de la Chine&lt;/a&gt;, demandant juste des &#171; &#233;changes &#233;quitables &#187; entre les deux pays. Il entend n&#233;gocier au plus vite avec Vladimir Poutine pour mettre fin &#224; la guerre d'Ukraine. Il l'a &lt;a href=&#034;https://www.bloomberg.com/news/articles/2025-01-22/trump-tells-putin-to-make-a-deal-on-ukraine-or-face-new-costs?srnd=homepage-europe&amp;sref=fo6OHuy7&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;p&#233;t&#233;&lt;/a&gt; lors de son intervention &#224; Davos : &#171; Je ne cherche pas &#224; blesser la Russie. J'aime les Russes et j'ai toujours eu de bonnes relations avec le pr&#233;sident Poutine. [&#8230;] Parlons de cette guerre [d'Ukraine] qui n'aurait jamais eu lieu si j'avais &#233;t&#233; pr&#233;sident. [&#8230;] Il est temps de trouver un accord. Plus une vie ne doit &#234;tre sacrifi&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces n&#233;gociations semblent devoir s'inscrire dans le sch&#233;ma de pens&#233;e du pr&#233;sident am&#233;ricain : de puissance &#224; puissance. Il n'est pas s&#251;r que le gouvernement ukrainien y ait plus qu'un strapontin. Quant &#224; l'Europe, elle ne compte pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; l'&#233;gard du continent europ&#233;en, de l'Union europ&#233;enne, dont jusqu'&#224; pr&#233;sent il n'avait pas parl&#233;, que Donald Trump a eu les mots les plus durs, les menaces les plus fermes. Apr&#232;s &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/261124/trump-promet-la-hausse-des-tarifs-douaniers-et-renoue-avec-ses-vieilles-habitudes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le Canada et le Mexique&lt;/a&gt;, le pr&#233;sident am&#233;ricain poursuit donc cette &#233;trange diplomatie : m&#233;nager ses ennemis et attaquer ses alli&#233;s. Il attend de ces derniers une reddition totale, et qu'ils deviennent les vassaux au seul service de la puissance am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Europe face &#224; Trump 2.0&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donald Trump a donc ressorti &#224; cet effet son arme favorite : les droits de douane. Reprochant &#224; l'Europe de ne pouvoir y vendre aucun produit am&#233;ricain &#8211; &#171; ni produits agricoles ni produits industriels ni &#233;nergie &#187; &#8211; en raison des normes et des r&#233;glementations, il a exig&#233; des &#233;changes &#233;quitables et loyaux, sous peine d'imposer des droits douaniers sur les importations europ&#233;ennes. Certaines d'entre elles se voient d&#233;j&#224; imposer des taxes de 60 &#224; 100 % depuis 2019. Et ces taxes n'ont pas &#233;t&#233; supprim&#233;es par l'administration Biden.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adoptant la th&#232;se d&#233;sormais r&#233;pandue que le pr&#233;sident am&#233;ricain est un &#171; dealmaker &#187;, nombre de responsables europ&#233;ens sont convaincus qu'au-del&#224; des discours violents, il y a moyen, comme par le pass&#233;, de trouver un chemin d'entente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me son investiture, le pr&#233;sident am&#233;ricain a d&#233;j&#224; demand&#233; que l'Europe importe plus de gaz et de p&#233;trole am&#233;ricains, l&#224; encore sous peine de sanctions douani&#232;res. Poussant son &lt;a href=&#034;https://www.ouest-france.fr/monde/etats-unis/donald-trump/venez-produire-en-amerique-ou-vous-devrez-payer-des-droits-de-douane-lance-trump-a-davos-484f8b60-d9a7-11ef-8f51-eac5203dc552&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;avantage&lt;/a&gt;, il a demand&#233; &#224; Davos aux responsables europ&#233;ens d'importer leurs capitaux et de venir produire aux &#201;tats-Unis, leur promettant l'absence de contraintes r&#233;glementaires et fiscales. Sous peine toujours de sanctions douani&#232;res, s'ils ne se conformaient pas &#224; sa volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s novembre, la pr&#233;sidente de la Banque centrale europ&#233;enne (BCE), Christine Lagarde, avait donn&#233; le ton dans un entretien au &lt;a href=&#034;https://www.ft.com/content/24d5d526-b970-4e53-a262-9a678319ce23&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Financial Times&lt;/a&gt;. Elle recommandait d'acheter des produits am&#233;ricains, et notamment de l'&#233;nergie, afin d'amadouer l'irascible Donald Trump.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de son intervention, la pr&#233;sidente de la Commission europ&#233;enne, Ursula von der Leyen, a poursuivi dans le m&#234;me registre : elle pr&#244;ne un dialogue exigeant avec les &#201;tats-Unis. Une position soutenue par le ministre allemand des finances, J&#246;rg Kukies, qui &lt;a href=&#034;https://www.bloomberg.com/news/live-blog/2025-01-23/live-updates-world-economic-forum-davos-2025-trump-speech?srnd=homepage-europe&amp;sref=fo6OHuy7&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pr&#233;conise&lt;/a&gt; d'&#171; engager des discussions entre l'Europe et les &#201;tats-Unis sur les droits douaniers avant d'adopter toute contre-mesure &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adoptant la th&#232;se d&#233;sormais r&#233;pandue que le pr&#233;sident am&#233;ricain est un &#171; dealmaker &#187;, nombre de responsables europ&#233;ens sont convaincus qu'au-del&#224; des discours violents, il y a moyen, comme par le pass&#233;, de trouver un chemin d'entente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le Donald Trump d'aujourd'hui est-il le m&#234;me que celui de 2016 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La vassalisation de l'Europe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rapide contre-r&#233;volution engag&#233;e par Donald Trump a en tout cas secou&#233; les esprits. Tous &lt;a href=&#034;https://www.wsj.com/finance/investors-bet-trump-will-make-europe-investable-again-8ed23eff?mod=e2tw&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les responsables demandent&lt;/a&gt; que l'Europe, englu&#233;e dans la stagnation depuis plus de dix ans, embrasse l'agenda dress&#233; par le pr&#233;sident am&#233;ricain, renonce &#224; ses normes, &#224; ses r&#233;glementations et m&#234;me &#224; ses principes, pour lib&#233;rer les &#171; esprits animaux &#187; et permettre au capitalisme de retrouver sa force et son &#233;nergie sans contrainte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si l'&#233;conomie am&#233;ricaine continue de progresser, si chaque groupe veut avoir son si&#232;ge aux &#201;tats-Unis et y commercer parce que la r&#233;glementation y est plus l&#233;g&#232;re, les dirigeants europ&#233;ens diront aux politiques europ&#233;ens : &#8220;Faites quelque chose ou nous allons d&#233;m&#233;nager outre-Atlantique&#8221; &#187;,a analys&#233; Rich Nuzumn , responsable du groupe de consultants Mercer. Il r&#233;sumait le sentiment g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les appels &#224; s'aligner sur l'agenda am&#233;ricain ont d&#233;j&#224; commenc&#233;. Mark Rutte, nouveau secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'Otan &#8211; auparavant premier ministre des Pays-Bas &#8211;, a ainsi recommand&#233; que les &#201;tats europ&#233;ens taillent drastiquement dans leurs d&#233;penses sociales et de retraite pour financer l'effort de d&#233;fense europ&#233;en. En supprimant au passage la pr&#233;f&#233;rence europ&#233;enne pour acheter des mat&#233;riels am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les banques demandent une r&#233;vision rapide des r&#233;glementations europ&#233;ennes pour lever les obstacles qui p&#233;nalisent leur rentabilit&#233; par rapport &#224; leurs concurrentes am&#233;ricaines. Les industriels, de la biotech au num&#233;rique, exigent d'en finir avec une bureaucratie europ&#233;enne tatillonne qui bride l'innovation et le d&#233;veloppement de projets. Tous r&#233;clament une remise &#224; plat du plan &#233;cologique europ&#233;en pour favoriser la transition &#233;cologique et un abandon de normes et de r&#233;glementations &#171; contre-productives &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la foul&#233;e du discours de Donald Trump, le groupe Stellantis (ex-FiatChrysler-PSA), d&#233;sormais &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/021224/apres-la-chute-de-carlos-tavares-la-famille-agnelli-reprend-la-main-sur-stellantis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sous le contr&#244;le de la famille Agnelli&lt;/a&gt;, tr&#232;s proche du gouvernement Meloni, a annonc&#233; un tr&#232;s lourd programme d'investissements dans ses usines Jeep aux &#201;tats-Unis. Il pr&#233;voit d'y produire des SUV des plus classiques, afin d'&#233;viter les possibles droits de douane qui menacent les importations en provenance du Mexique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impulsion est donn&#233;e. La vassalisation de l'Europe est en marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martine Orange&lt;/p&gt;
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		<title>Pierre Salama, l'infatigable d&#233;fenseur de l'altermondialisme, est mort</title>
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		<dc:date>2024-08-20T11:07:08Z</dc:date>
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		<dc:creator>Martine Orange</dc:creator>


		<dc:subject>Les n&#244;tres</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2024-08-20</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#201;conomiste marxiste r&#233;put&#233;, Pierre Salama est mort le 9 ao&#251;t &#224; 82 ans. R&#233;actualisant toute pens&#233;e de l'&#233;conomie politique, il laisse une somme de travaux sur l'&#233;volution des pays &#233;mergents, les in&#233;galit&#233;s et la mondialisation, &#224; partir de son champ de recherche privil&#233;gi&#233; : le continent sud-am&#233;ricain. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; d'Europe solidaire sans fronti&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait un des &#233;conomistes altermondialistes les plus r&#233;put&#233;s, mais peu cit&#233; en dehors des cercles universitaires et de recherche : il &#233;tait un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Les-notres-145-+" rel="tag"&gt;Les n&#244;tres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2024-08-20-+" rel="tag"&gt;Edition du 2024-08-20&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/capture_d_e_cran_le_2024-08-19_a_16.44_54-522a0.png?1724152033' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#201;conomiste marxiste r&#233;put&#233;, Pierre Salama est mort le 9 ao&#251;t &#224; 82 ans. R&#233;actualisant toute pens&#233;e de l'&#233;conomie politique, il laisse une somme de travaux sur l'&#233;volution des pays &#233;mergents, les in&#233;galit&#233;s et la mondialisation, &#224; partir de son champ de recherche privil&#233;gi&#233; : le continent sud-am&#233;ricain.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article71645&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Europe solidaire sans fronti&#232;re&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait un des &#233;conomistes altermondialistes les plus r&#233;put&#233;s, mais peu cit&#233; en dehors des cercles universitaires et de recherche : il &#233;tait un &#233;conomiste marxiste. Professeur &#233;m&#233;rite &#224; Paris Sorbonne Nord, membre du conseil scientifique d'Attac depuis sa cr&#233;ation , ce p&#233;dagogue, d&#233;crit comme &#171; brillant &#187;, &#171; chaleureux &#187;, &#171; dr&#244;le &#187; a consacr&#233; l'essentiel de ses travaux aux devenirs de l'Am&#233;rique du Sud, entra&#238;nant &#224; sa suite une g&#233;n&#233;ration de jeunes chercheurs dans ces chemins peu emprunt&#233;s des pays &#233;mergents. Pierre Salama est mort &#224; Paris le 9 ao&#251;t &#224; 82 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il fallait r&#233;sumer en quelques mots ses travaux &#8211; exercice par nature p&#233;rilleux &#8211; ce serait peut-&#234;tre par cette phrase de Marx qu'il reprend &#224; son compte : &#171; Les hommes font librement leur histoire mais dans des conditions qui ne sont pas librement d&#233;cid&#233;es par eux. &#187; En d'autres termes, les concepts ne fixent rien en soi mais se d&#233;clinent en fonction d'une situation donn&#233;e. Entre l'id&#233;alisme et le d&#233;terminisme, il y a des chemins possibles, des choix &#233;conomiques et politiques qui peuvent faire bifurquer l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car pour Pierre Salama, l'&#233;conomie est politique. Cette conviction a d'ailleurs &#233;t&#233; la matrice de sa carri&#232;re et de sa vie. &#201;l&#232;ve brillant, il se destine au d&#233;part &#224; devenir ing&#233;nieur. Ses rencontres universitaires de l'&#233;poque en d&#233;cideront autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Militant contre la guerre en Alg&#233;rie, il adh&#232;re vite &#224; l'Unef, le puissant syndicat &#233;tudiant o&#249; tous les mouvements de gauche contestataires en ce d&#233;but des ann&#233;es 1960 se retrouvent, discutent , s'&#233;charpent. La guerre du Vietnam, les mouvements d'&#233;mancipation du tiers-monde , la remise en cause du capitalisme sont alors au c&#339;ur de toutes les discussions. Pierre Salama participe &#224; tout et d&#233;cide alors d'abandonner ses &#233;tudes d'ing&#233;nieur pour &#233;tudier l'&#233;conomie. &#171; Le choix de faire de l'&#233;conomie, et de l'&#233;conomie marxiste qui plus est, r&#233;pond &#224; une volont&#233; militante &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/publier-une-revue-marxiste-en-economie-entretien-avec-pierre-salama/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;expliquera-t-il&lt;/a&gt; plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devenu membre de la Ligue communiste r&#233;volutionnaire, Pierre Salama entame alors un chemin de d&#233;frichage ardu. Les &#233;tudes &#233;conomiques en France sont alors un domaine poussi&#233;reux, domin&#233; par la pens&#233;e des &#233;conomistes autrichiens. Le PCF de son c&#244;t&#233; a plong&#233; la pens&#233;e marxiste dans le formol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s ses d&#233;buts, Pierre Salama entreprend de r&#233;veiller tout cela. Afin de ne laisser aucune prise &#224; ses d&#233;tracteurs, il d&#233;veloppe des mod&#232;les &#233;conom&#233;triques, pratique une rigueur scientifique dont il ne se d&#233;partira jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa th&#232;se, Essai sur les limites de l'accumulation nationale du capital dans les &#233;conomies semi-industrialis&#233;es, il donne d&#233;j&#224; la direction de ses travaux futurs. Tout y est : les concepts revisit&#233;s de production et de formation du capital dans les &#233;conomies des pays &#233;mergents et surtout le r&#244;le de l'&#201;tat dans leur transformation &#233;conomique. Un r&#244;le sur lequel Karl Marx s'est peu pench&#233;, se concentrant surtout les forces antagonistes du capital et du travail. Sa th&#232;se remporte un succ&#232;s si vif qu'elle est traduite au Br&#233;sil. Un long dialogue avec les universitaires et les responsables des gauches sud-am&#233;ricaines s'engage. Il ne s'arr&#234;tera plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une r&#233;habilitation de l'&#233;conomie politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soucieux d'&#233;largir la recherche sur les dynamiques du capitalisme, Pierre Salama cr&#233;e avec Jean-Luc Dallemagne et Jacques Valier la revue Critiques de l'&#233;conomie politique, sous l'&#233;gide de l'&#233;diteur Fran&#231;ois Maspero. Point de rencontre des d&#233;bats qui animent toutes les gauches de l'&#233;poque, la revue, parue pour la premi&#232;re fois en septembre 1970, durera sept ans. Il deviendra par la suite un des fondateurs et animateur de la revue Tiers-Monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parall&#232;le , Pierre Salama multiplie les publications sur la valeur, l'&#233;conomie politique et surtout de ses travaux pionniers au sujet du tiers-monde avec des ouvrages comme la dollarisation de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e en puissance du n&#233;olib&#233;ralisme &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1970 puis de la mondialisation l'oblige &#224; &#233;largir ses champs de recherche. C'est au travers du continent sud-am&#233;ricain dont il conna&#238;t remarquablement l'histoire, la structuration politique , &#233;conomique et sociale de chaque pays, qu'il d&#233;crypte encore ces d&#233;ferlantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution du continent sud-am&#233;ricain au cours des derni&#232;res d&#233;cennies met en lumi&#232;re les principes d'intrication entre les forces &#233;conomiques et l'&#201;tat, les bourgeoisies de chaque pays et les mouvement sociaux, qui sont au fondement de ses recherches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que l'Asie &#8211; la Chine en premier lieu &#8211; tire parti de la mondialisation gr&#226;ce notamment &#224; des politiques &#233;tatiques volontaristes, les pays d'Am&#233;rique du Sud, &#224; partir de la crise de la dette des ann&#233;es 1980, renoncent &#224; toute politique d'ind&#233;pendance et de souverainet&#233;. Ouvrant leur &#233;conomie aux quatre vents, ils acceptent une d&#233;sindustrialisation massive, pour ne plus miser que sur les richesses extractives ou agricoles, comme au Br&#233;sil, choisissant d'ignorer la dangerosit&#233; &#233;cologique et sociale de ces choix. La bourgeoisie argentine poussant le renoncement plus loin, en acceptant une dollarisation compl&#232;te de son &#233;conomie, de ses finances publiques et m&#234;me de ses &#233;changes int&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le d&#233;fi des in&#233;galit&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que le ph&#233;nom&#232;ne est bien plus enracin&#233; qu'ailleurs , qu'il cr&#233;e une violence sociale qui s'impose quotidiennement dans pratiquement tous les pays du continent, Pierre Salama &#233;tudie avec minutie les in&#233;galit&#233;s et ses cons&#233;quences. Dans son livre Le D&#233;fi des in&#233;galit&#233;s (&#233;ditions La d&#233;couverte) qui fait suite &#224; un pr&#233;c&#233;dent ouvrage &#233;crit avec Jacques Valier, Pauvret&#233;s et in&#233;galit&#233;s dans le tiers-monde (&#233;ditions La d&#233;couverte) , il insiste sur le caract&#232;re profond&#233;ment dangereux du creusement des in&#233;galit&#233;s, cr&#233;ant des soci&#233;t&#233;s instables et excluantes. Un danger &#8211; volontairement ou non &#8211; ignor&#233; par la majorit&#233; des &#233;conomistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenant la comparaison avec l'Asie, il souligne une nouvelle fois le r&#244;le d&#233;terminant d'autres acteurs comme celui de l'intervention ou non de l'&#201;tat, des politiques publiques, du degr&#233; d'ouverture des march&#233;s dans le creusement ou non des in&#233;galit&#233;s. L'&#233;chec des gouvernements de gauche au Br&#233;sil, en Bolivie ou ailleurs dans les ann&#233;es 2010 est, selon lui, &#224; lire &#224; partir de cette grille. Certes, les politiques keyn&#233;siennes de relance, d'aides sociales et de redistribution sont n&#233;cessaires mais elles ne peuvent suffire en soi car elles ne modifient pas les d&#233;faillances structurelles qui nourrissent ces in&#233;galit&#233;s. La pand&#233;mie du Covid et les r&#233;ponses apport&#233;es par les diff&#233;rents gouvernements sud-am&#233;ricains viendront consolider ses convictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Continuant &#224; &#234;tre un observateur assidu de l'Am&#233;rique du Sud, Pierre Salama s'inqui&#233;tait encore derni&#232;rement de la puissance des &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/291022/pourquoi-bolsonaro-president-desastreux-est-il-encore-aussi-soutenu-au-bresil&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;mouvements &#233;vang&#233;listes&lt;/a&gt; au Br&#233;sil , force motrice de l'arriv&#233;e au pouvoir de Jair Bolsonaro. Tout comme il &lt;a href=&#034;https://intercoll.net/L-Argentine-a-deux-pas-du-desastre-Une-approche-economique-de-la-crise&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pr&#233;disait&lt;/a&gt; &#224; l'&#233;t&#233; 2023 la faillite &#233;conomique in&#233;luctable du gouvernement p&#233;roniste argentin d'Alberto Fernandez et l'&lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/dossier/en-argentine-le-peril-milei&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;arriv&#233;e de l'extr&#234;me droite&lt;/a&gt; avec Javier Milei et son traitement de choc. Pierre Salama voyait dans ces mouvements le d&#233;sespoir des classes populaires qui se raccrochent &#224; des pens&#233;es magiques, faute d'avoir su trouver une &#233;coute et une traduction politique de leurs probl&#232;mes aupr&#232;s de la gauche. L'analyse n'est peut-&#234;tre pas r&#233;serv&#233;e qu'aux gauches sud-am&#233;ricaines.&lt;/p&gt;
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		<title>Les g&#233;ants du fossile s'enfoncent dans le tout-p&#233;trole</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Les-geants-du-fossile-s-enfoncent-dans-le-tout-petrole-60141</link>
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		<dc:date>2024-02-13T13:48:02Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Martine Orange</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2024-02-13</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les grands groupes p&#233;troliers occidentaux ont tir&#233; un trait sur leurs engagements de lutte contre les d&#233;r&#232;glements climatiques. Tous n'affichent plus qu'un objectif : produire toujours plus de p&#233;trole et engranger toujours plus d'argent. Comme l'exigent leurs actionnaires. &lt;br class='autobr' /&gt; 7 f&#233;vrier 2024 | tir&#233; d'Europe solidaires sans fronti&#232;res | Photo : Le stand de TotalEnergies lors de l'Exposition internationale du p&#233;trole d'Abou Dhabi en octobre 2023. &#169; Photo Ali Haider / EFE / EPA via MaxPPP (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-International-101-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2024-02-13-+" rel="tag"&gt;Edition du 2024-02-13&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-846-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH94/total_energies-a2dfc.png?1707832165' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='94' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les grands groupes p&#233;troliers occidentaux ont tir&#233; un trait sur leurs engagements de lutte contre les d&#233;r&#232;glements climatiques. Tous n'affichent plus qu'un objectif : produire toujours plus de p&#233;trole et engranger toujours plus d'argent. Comme l'exigent leurs actionnaires.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;7 f&#233;vrier 2024 | tir&#233; d'Europe solidaires sans fronti&#232;res | Photo : Le stand de TotalEnergies lors de l'Exposition internationale du p&#233;trole d'Abou Dhabi en octobre 2023. &#169; Photo Ali Haider / EFE / EPA via MaxPPP&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article69727&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article69727&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, cela n'a pas la m&#234;me flamboyance qu'en 2022. Mais dans cet environnement morose, o&#249; l'activit&#233; &#233;conomique mondiale patine, elles ont toutes les raisons de se f&#233;liciter de leurs r&#233;sultats. Sur l'ensemble de l'ann&#233;e 2023, les cinq plus grandes compagnies p&#233;troli&#232;res occidentales (Exxon, Chevron, Shell, BP, TotalEnergies) ont r&#233;alis&#233; 113,3 milliards de dollars (105,2 milliards d'euros) de profits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compar&#233; aux 180,5 milliards de dollars enregistr&#233;s l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, cela fait certes un peu p&#226;le figure. Mais la crise &#233;nerg&#233;tique s'est dissip&#233;e. Les cours du p&#233;trole, qui avaient flamb&#233; &#224; plus de 120 dollars le baril, sont redescendus tout au long de 2023 autour 70-80 dollars. Ceux du gaz ont &#233;t&#233; divis&#233;s par quatre, apr&#232;s les tensions extr&#234;mes de 2021-2022, amplifi&#233;es par la guerre d'Ukraine. Tous affichent une baisse des profits qu'ils g&#233;n&#232;rent de 40 % &#224; 50 % d'une ann&#233;e sur l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TotalEnergies ne fait pas exception. Officiellement, le groupe p&#233;trolier est le seul &#224; voir ses r&#233;sultats progresser cette ann&#233;e : ils passent de 19 &#224; 21,4 milliards de dollars entre 2022 et 2023. Ses profits de l'an dernier avaient cependant &#233;t&#233; s&#233;rieusement rabot&#233;s : ils &#233;taient de plus de 36 milliards de dollars avant que le groupe n'inscrive une s&#233;rie de provisions et de d&#233;pr&#233;ciations d'actifs, notamment apr&#232;s l'abandon de ses activit&#233;s en Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette chute &#224; l'unisson des profits des majors p&#233;troli&#232;res vient conforter la th&#232;se de ceux qui d&#233;fendaient une taxe sur les superprofits des compagnies p&#233;troli&#232;res l'an dernier : elles ont bien b&#233;n&#233;fici&#233; d'un effet d'aubaine li&#233; &#224; des circonstances hors norme qui n'avaient rien &#224; voir avec leurs performances intrins&#232;ques. Cette ann&#233;e, elles n'ont plus rien &#224; craindre en mati&#232;re de taxation suppl&#233;mentaire : la question d'un pr&#233;l&#232;vement sur les superprofits a &#233;t&#233; enterr&#233;e depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Un nouveau record pour les rachats d'actions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin d'&#234;tre affect&#233;es par ces baisses, les majors p&#233;troli&#232;res y voient au contraire un signe d'encouragement : leurs profits de 2023 sont sup&#233;rieurs de 40 % &#224; ceux de 2021. Pour TotalEnergies, c'est la meilleure performance de son histoire ; pour Exxon, la deuxi&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes y d&#233;c&#232;lent la confirmation du bien-fond&#233; des changements de strat&#233;gie qu'ils ont adopt&#233;s au cours des deux derni&#232;res ann&#233;es. Pass&#233;s un peu inaper&#231;us, ces revirements se d&#233;clinent chez toutes de la m&#234;me mani&#232;re : renforcement des activit&#233;s p&#233;troli&#232;res et gazi&#232;res, abandon des engagements en faveur de la lutte contre les d&#233;r&#232;glements climatiques, diminution des investissements et des immobilisations trop gourmandes en capitaux, augmentation des rendements. En un mot, tout ce que leur demandent leurs actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les grandes soci&#233;t&#233;s p&#233;troli&#232;res d&#233;montrent qu'elles peuvent tenir leurs promesses, m&#234;me quand les prix baissent &#187;&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;https://www.bloomberg.com/opinion/articles/2023-07-28/exxon-chevron-shell-big-oil-shows-it-can-still-deliver-when-prices-ebb?sref=fo6OHuy7&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;s'enthousiasme&lt;/a&gt; le chroniqueur &#233;nergie de Bloomberg. Les majors p&#233;troli&#232;res ne pouvaient avoir plus d'encouragements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parmi les cinq plus grandes compagnies p&#233;troli&#232;res occidentales, TotalEnergies est la seule &#224; avoir augment&#233; ses profits entre 2022 et 2023. &#169; Infographie Mediapart&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_45091 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH281/9bf0edca5f412b2e-9ffdf730-ce605.png?1717176511' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Habitu&#233;es jusque-l&#224; &#224; dominer Wall Street, Exxon et Chevron vivent tr&#232;s mal leur rel&#233;gation derri&#232;re les g&#233;ants du num&#233;rique et de la high-tech. Pour doper leurs cours, elles usent de l'arme d&#233;sormais favorite des grands groupes : les rachats d'actions. Leurs concurrentes europ&#233;ennes n'ont eu aucun mal &#224; se laisser convaincre de les imiter. Ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e, les sommes d&#233;pens&#233;es pour r&#233;mun&#233;rer les actionnaires atteignent de nouveaux sommets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais 2023 marque un record toutes cat&#233;gories : les cinq majors ont revers&#233; plus de 90 milliards de dollars, dont plus de 60 milliards sous forme de rachats d'actions, &#224; leurs actionnaires. Les unes et les autres se sont engag&#233;es &#224; &lt;a href=&#034;https://www.bloomberg.com/news/articles/2024-02-01/shell-maintains-pace-of-buybacks-as-profit-beats-estimates?sref=fo6OHuy7&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;faire encore mieux cette ann&#233;e&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette politique se r&#233;v&#232;le des plus payantes. Les majors p&#233;troli&#232;res, qui redoutaient dans les ann&#233;es 2018-2019 de se voir &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/dossier/international/le-monde-financier-face-au-changement-climatique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;exclues&lt;/a&gt; des march&#233;s des capitaux avec l'instauration de normes ESG (environnement, social et gouvernance) en cours d'adoption par les institutions internationales et les financiers, ne nourrissent plus aucune crainte : attir&#233;s par la manne p&#233;troli&#232;re, les investisseurs reviennent au galop. M&#234;me la finance verte, qui se voulait exemplaire en mati&#232;re de lutte contre les d&#233;r&#232;glements climatiques, &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/071223/la-finance-verte-passe-la-marche-arriere&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;a pass&#233; la marche arri&#232;re&lt;/a&gt;. Les g&#233;rants de ces fonds &#171; verts &#187; ach&#232;tent en masse ces valeurs p&#233;troli&#232;res parce qu'elles offrent des rendements imbattables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; En marche arri&#232;re sur les renouvelables&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce soutien explicite des march&#233;s financiers encourage les groupes p&#233;troliers &#224; abandonner leurs discours pr&#233;c&#233;dents : plus question d'&#234;tre les champions des &#233;nergies renouvelables, de contribuer par tous les moyens &#224; l'instauration d'une &#233;conomie d&#233;carbon&#233;e et de renoncer au p&#233;trole et au gaz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s en pointe dans la promotion d'une strat&#233;gie bas carbone, BP a fait un&lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/080223/ils-ont-du-petrole-et-une-seule-idee-enrichir-leurs-actionnaires&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;t&#234;te-&#224;-queue spectaculaire en 2023&lt;/a&gt;. Lors de la pr&#233;sentation de ses r&#233;sultats, son pr&#233;sident, Bernard Looney, avait alors annonc&#233; une r&#233;vision drastique des ambitions du groupe dans ce domaine. Au lieu de 40 % de baisse de ses &#233;missions en 2030, il ne pr&#233;voyait qu'une diminution de 25 % &#224; cette date, l'objectif initial &#233;tant report&#233; &#224; 2050.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le changement de cap a &#233;t&#233; encore plus brutal que pr&#233;vu. D&#233;j&#224; contest&#233; pour ses r&#233;sultats m&#233;diocres, Bernard Looney a d&#251; d&#233;missionner en septembre dernier pour n'avoir pas r&#233;v&#233;l&#233; toutes ses relations &#171; personnelles &#187; dans l'entreprise. Son successeur, Murray Auchincloss, n'a &#233;t&#233; confirm&#233; que fin janvier. Entre-temps, le groupe p&#233;trolier britannique a d&#233;cid&#233; de pousser les feux dans le p&#233;trole et le gaz et d'oublier nombre de projets dans les &#233;nergies renouvelables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement est g&#233;n&#233;ral. Estimant que les prix de rachat garantis par les gouvernements ne sont pas suffisamment &#233;lev&#233;s pour des projets de champs d'&#233;oliennes ou de parcs solaires, les majors ont renonc&#233; &#224; participer &#224; de nombreux appels d'offres voire se sont retir&#233;es des projets d&#233;j&#224; lanc&#233;s. Tout cela n'est pas assez rentable, selon eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le souci d'am&#233;liorer les performances de Shell, son directeur g&#233;n&#233;ral Wael Sawan, en poste depuis un an, a annonc&#233; son intention de &lt;a href=&#034;https://www.bloomberg.com/news/articles/2024-01-18/shell-begins-hundreds-of-job-cuts-in-push-to-boost-performance?sref=fo6OHuy7&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;vendre des actifs&lt;/a&gt; et de r&#233;duire ses investissements &#8211; pourtant d&#233;j&#224; assez faibles &#8211; dans les solutions bas carbone. Il pr&#233;voit de supprimer des centaines d'emplois dans ces activit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La direction d'Exxon, qui n'a jamais &#233;t&#233; favorable &#224; toute transition &#233;nerg&#233;tique, ne fait m&#234;me plus d'effort pour cacher ses positions. &#192; l'exception de la &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/061223/capture-du-co2-la-fausse-solution-de-la-cop28-pour-decarboner-l-industrie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;capture du CO2&lt;/a&gt; et de l'hydrog&#232;ne, derni&#232;res lubies des financiers, elle n' a pas de grand projet dans le domaine. Ne se sentant plus contraint par les discours ambiants, le groupe p&#233;trolier a m&#234;me d&#233;cid&#233; de montrer les dents face &#224; toute contestation &#233;cologique : il vient &lt;a href=&#034;https://www.ft.com/content/5b515165-057f-4351-9c3e-fd62f085d8e0&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d'engager&lt;/a&gt; des actions judiciaires contre deux fonds activistes qui contestaient son absence de politique environnementale, bien que ceux-ci aient renonc&#233; &#224; leur p&#233;tition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Le p&#233;trole, leur &#171; raison d'&#234;tre &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce stade, il n'y a plus que TotalEnergies qui revendique encore sa volont&#233; de vouloir se d&#233;velopper dans les &#233;nergies renouvelables. Le groupe a toujours l'ambition d'atteindre les 100 gigawatts (GW) de puissance install&#233;e dans la production d'&#233;lectricit&#233; renouvelable d'ici &#224; 2030. M&#234;me si le p&#233;trolier fran&#231;ais semble faire bande &#224; part sur le sujet, il se retrouve cependant en parfait accord sur l'essentiel avec ses concurrents : le p&#233;trole et le gaz sont plus jamais les fondements de leur activit&#233;, leur &#171; raison d'&#234;tre &#187;. C'est de l&#224; que les uns et les autres tirent tout leur argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les groupes s'enfoncent dans la politique la plus court-termiste qui soit : produire le plus de p&#233;trole possible, en d&#233;gageant le plus d'argent possible, sans se soucier de l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cinq majors ont l&#224; aussi chang&#233; d'approche sur le sujet : ces activit&#233;s doivent consommer beaucoup moins de capitaux qu'auparavant, &#234;tre plus rapidement rentables. Ces nouvelles exigences les am&#232;nent &#224; reconsid&#233;rer leurs engagements, &#224; nettoyer leur portefeuille, &#224; c&#233;der les actifs risqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier, Shell a ainsi a annonc&#233; la &lt;a href=&#034;https://www.bloomberg.com/news/articles/2024-01-16/shell-to-sell-nigeria-onshore-oil-business-for-1-3-billion?sref=fo6OHuy7&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;vente&lt;/a&gt; pour 1,3 milliard de dollars de ses activit&#233;s d'extraction p&#233;troli&#232;re au Nig&#233;ria, un pays o&#249; le groupe travaille depuis des ann&#233;es. Ce dernier pr&#233;voit de ne conserver que son exploration offshore jug&#233;e moins risqu&#233;e et moins contest&#233;e par les populations. De la m&#234;me mani&#232;re, Chevron se dit pr&#234;t &#224; vendre des actifs dans l'Alberta (Canada), pas assez rentables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; La grande fusion entre p&#233;trole traditionnel et p&#233;trole de schiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les groupes p&#233;troliers am&#233;ricains, cette r&#233;vision des activit&#233;s p&#233;troli&#232;res s'inscrit dans ce qui pourrait s'apparenter &#224; un certain isolationnisme. 2023 a marqu&#233; en effet un changement majeur dans le monde p&#233;trolier am&#233;ricain : la fusion entre les activit&#233;s p&#233;troli&#232;res traditionnelles et celles issues du p&#233;trole et du gaz de schiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant pr&#232;s de quinze ans, les grandes majors p&#233;troli&#232;res ont regard&#233; avec une certaine condescendance le d&#233;veloppement de ces petites unit&#233;s p&#233;troli&#232;res et gazi&#232;res travaillant par fracturation de la roche sur tout le territoire am&#233;ricain. L'acc&#233;l&#233;ration de ces productions &#8211; qui ont permis aux &#201;tats-Unis de se hisser &#224; nouveau aux premiers rangs des producteurs p&#233;troliers mondiaux et d'assurer l'ind&#233;pendance &#233;nerg&#233;tique du pays, sur fond de crise &#233;nerg&#233;tique &#8211; a convaincu les majors p&#233;troli&#232;res qu'il n'&#233;tait plus temps de les ignorer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En octobre, Exxon a &lt;a href=&#034;https://corporate.exxonmobil.com/news/news-releases/2023/1011_exxonmobil-announces-merger-with-pioneer-natural-resources-in-an-all-stock-transaction&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rachet&#233;&lt;/a&gt; la soci&#233;t&#233; texane Pioneer Natural Resources pour 59,5 milliards de dollars. C'est la premi&#232;re grande OPA dans le p&#233;trole de schiste. La fusion des deux groupes devrait permettre d'atteindre une production de 2 millions de barils de p&#233;trole de schiste par jour en 2027. Chevron, qui a l'ambition de produire pr&#232;s de 1 million de barils par jour de p&#233;trole de schiste au Texas, serait le prochain candidat pour racheter d'autres de ces producteurs, &#224; en croire certains traders.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Indiff&#233;rents au contexte international, les groupes p&#233;troliers am&#233;ricains pourraient &lt;a href=&#034;https://www.bloomberg.com/news/articles/2024-02-02/chevron-ramps-permian-basin-oil-growth-with-10-target-for-2024?sref=fo6OHuy7&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;produire&lt;/a&gt; plus de 11 millions de barils par jour cette ann&#233;e, selon les pr&#233;visions. Cette politique de production intensive vient heurter de plein fouet celle de l'Arabie saoudite et de l'Opep, qui cherchent, dans cette p&#233;riode de moindre demande, &#224; maintenir des cours &#233;lev&#233;s en diminuant leur production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que les majors p&#233;troli&#232;res r&#233;ussiront &#224; d&#233;gager des marges plantureuses m&#234;me avec des prix moyens, elles pourront poursuivre dans cette voie. Mais si leur rentabilit&#233; se d&#233;grade, tout s'arr&#234;tera. Car l'important, ce n'est ni le climat ni la pr&#233;servation de la plan&#232;te, c'est la satisfaction des actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martine Orange&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P.-S.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; MEDIAPART. 7 f&#233;vrier 2024 &#224; 20h47 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/070224/les-geants-du-fossile-s-enfoncent-dans-le-tout-petrole&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/070224/les-geants-du-fossile-s-enfoncent-dans-le-tout-petrole&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les articles de Martine Orange sur Mediapart :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/biographie/martine-orange&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.mediapart.fr/biographie/martine-orange&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#233;nergie se rappelle au souvenir des responsables occidentaux</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/L-energie-se-rappelle-au-souvenir-des-responsables-occidentaux</link>
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		<dc:date>2023-08-22T10:58:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Martine Orange</dc:creator>


		<dc:subject>Arabie Saoudite</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2023-08-22</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Au printemps, les responsables occidentaux pensaient avoir tourn&#233; la page de la crise de l'&#233;nergie. Erreur. Alors que la consommation mondiale de p&#233;trole n'a jamais &#233;t&#233; aussi &#233;lev&#233;e, les prix recommencent &#224; s'emballer. Tous les sc&#233;narios d'endiguement de l'inflation, d'atterrissage en douceur des &#233;conomies occidentales s'en trouvent menac&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt; 13 ao&#251;t 2023 | tir&#233; de mediapart.fr | Photo : Champ de production de la compagnie p&#233;troli&#232;re russe Tatneft. &#169; lexander Manzyuk / Anadolu Agency via (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-International-101-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Arabie-Saoudite-+" rel="tag"&gt;Arabie Saoudite&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2023-08-22-+" rel="tag"&gt;Edition du 2023-08-22&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-846-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH66/champs_petroliferes_2-02997.png?1701445942' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='66' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au printemps, les responsables occidentaux pensaient avoir tourn&#233; la page de la crise de l'&#233;nergie. Erreur. Alors que la consommation mondiale de p&#233;trole n'a jamais &#233;t&#233; aussi &#233;lev&#233;e, les prix recommencent &#224; s'emballer. Tous les sc&#233;narios d'endiguement de l'inflation, d'atterrissage en douceur des &#233;conomies occidentales s'en trouvent menac&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;13 ao&#251;t 2023 | tir&#233; de mediapart.fr | Photo : Champ de production de la compagnie p&#233;troli&#232;re russe Tatneft. &#169; lexander Manzyuk / Anadolu Agency via AFP&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/130823/l-energie-se-rappelle-au-souvenir-des-responsables-occidentaux&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.mediapart.fr/journal/international/130823/l-energie-se-rappelle-au-souvenir-des-responsables-occidentaux&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela n'a pas tard&#233;. D&#232;s le lendemain de l'annonce du ralentissement de l'&#233;conomie chinoise et des risques montants de d&#233;flation, l'Arabie saoudite a fait savoir qu'elle ne s'interdisait pas de &lt;a href=&#034;https://www.bloomberg.com/news/articles/2023-08-03/saudis-extend-1-million-barrel-oil-cut-say-it-can-be-deepened?sref=fo6OHuy7&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;poursuivre ses r&#233;ductions de production p&#233;troli&#232;re&lt;/a&gt; autant que n&#233;cessaire pour &#233;quilibrer le march&#233;. Autant la d&#233;cision de Riyad de diminuer sa production de 900 000 barils par jour avait &#233;t&#233; accueillie avec indiff&#233;rence en mai, autant son rappel du 3 ao&#251;t a &#233;t&#233; &#233;cout&#233; avec la plus grande attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car entre-temps, l'environnement a profond&#233;ment chang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au printemps, les responsables occidentaux pensaient avoir tourn&#233; la page de la crise de l'&#233;nergie. Apr&#232;s avoir franchi sans rupture majeure l'hiver 2022-2023, la situation semblait se normaliser. M&#234;me si les stigmates de cette crise restaient visibles dans de nombreux secteurs, la flamb&#233;e des prix &#233;tait derri&#232;re. Les cours du p&#233;trole, du gaz, de l'&#233;lectricit&#233; baissaient, participant &#224; l'essentiel de la r&#233;duction de l'inflation.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_42727 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH374/9f7d05453edb1d52-289c3966-733e1.png?1717200799' width='500' height='374' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il Illustration 1 : cours du Brent sur trois mois ( en dollars par baril) &#169; boursorama&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces derni&#232;res semaines, tout est en train &#224; nouveau de s'inverser. Le prix du baril ne cesse de remonter. Cette semaine, le brent &#8211; p&#233;trole de r&#233;f&#233;rence pour l'Europe &#8211; a atteint son plus haut niveau en six mois &#224; plus de 88 dollars le baril. Aux &#201;tats-Unis, le&lt;a href=&#034;https://www.zerohedge.com/commodities/us-diesel-prices-surge-anticipating-soft-landing&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cours du diesel&lt;/a&gt;, massivement utilis&#233; dans les transports, pour livraison en septembre, est pass&#233; cette semaine de 95 &#224; 135 dollars le baril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cours du gaz eux aussi repartent &#224; la hausse. M&#234;me s'ils sont tr&#232;s loin des p&#233;riodes de folie de la fin de l'&#233;t&#233; et de l'automne 2022, ils commencent &#224; montrer des signes de nervosit&#233;. Apr&#232;s avoir retrouv&#233; un cours autour de 20 euros au printemps, le m&#233;gawattheure a quasiment doubl&#233; ces derni&#232;res semaines, pour atteindre les 40 euros. Des hausses qui se sont r&#233;percut&#233;es imm&#233;diatement sur les prix spot du march&#233; de l'&#233;lectricit&#233; en Europe : les 100 euros le m&#233;gawattheure sont d&#233;sormais un prix plancher, deux fois plus &#233;lev&#233; qu'il ya deux ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces nouvelles tensions dans le monde de l'&#233;nergie sont en train de se transmettre instantan&#233;ment &#224; l'&#233;conomie. Leur ombre est en train d'obscurcir tous les sc&#233;narios de normalisation en douceur de l'&#233;conomie, de retour &#224; une inflation contenue, d&#233;fendus par les banquiers centraux et soutenus par les responsables politiques. La hausse des taux d'int&#233;r&#234;t, cens&#233;e juguler l'inflation, appara&#238;t comme une arme &#233;mouss&#233;e en ce qui concerne l'&#233;nergie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une consommation de p&#233;trole la plus &#233;lev&#233;e de tous les temps&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les promesses de d&#233;carbonation de l'&#233;conomie, de sobri&#233;t&#233; &#233;nerg&#233;tique, ne manquent pas. La succession d'accidents climatiques sans pr&#233;c&#233;dent &#8211; &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/280723/en-mediterranee-ce-qui-se-passe-nous-fait-tres-peur&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;vagues de chaleur intense&lt;/a&gt; sur tout le pourtour m&#233;diterran&#233;en, &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/190523/au-canada-les-incendies-n-etanchent-pas-la-soif-de-petrole-de-l-alberta&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;incendies de for&#234;ts&lt;/a&gt; notamment au Canada, tornades et inondations massives par exemple &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/020823/apres-les-tempetes-un-demi-million-de-chinois-menaces-par-des-crues-devastatrices&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en Chine&lt;/a&gt; &#8211; a raviv&#233; tous les discours sur le n&#233;cessaire changement, les engagements &#224; mener au plus vite la transition &#233;cologique et la lutte contre le r&#233;chauffement climatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en face de ces discours, il y a les chiffres. Implacables. L'&#233;conomie mondiale est plus que jamais d&#233;pendante des &#233;nergies fossiles. Celles-ci repr&#233;sentent toujours &lt;a href=&#034;https://oilprice.com/Energy/Energy-General/Fossil-Fuels-Still-Account-For-82-Of-Primary-Global-Energy-Consumption.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;82 % de la consommation &#233;nerg&#233;tique primaire dans le monde&lt;/a&gt;, rel&#232;ve le dernier rapport de l'Institut de l'&#233;nergie. &#192; peine moins qu'en 2010, o&#249; elle atteignait 87 %. Et parmi ces &#233;nergies fossiles, le p&#233;trole tient toujours la premi&#232;re place avec plus de 32 % de la consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.iea.org/reports/oil-market-report-august-2023&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le dernier rapport de l'Agence internationale de l'&#233;nergie&lt;/a&gt;(AIE), publi&#233; le 11 ao&#251;t, donne un relev&#233; de la situation des plus inqui&#233;tants : jamais la consommation de p&#233;trole n'a atteint de tels sommets. En juin, elle a repr&#233;sent&#233; 103 millions de barils par jour, rel&#232;ve l'AIE. Et elle pourrait &#234;tre encore plus &#233;lev&#233;e en ao&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que des experts pensaient que le moment de la pand&#233;mie mondiale li&#233;e au Covid allait marquer un point de rupture dans la consommation p&#233;troli&#232;re, les statistiques tendent &#224; montrer que tout est redevenu comme avant, plus qu'avant m&#234;me. M&#234;me si l'&#233;conomie chinoise ralentit, elle continue de consommer massivement du p&#233;trole, contrairement &#224; toutes les attentes : 70 % de la consommation suppl&#233;mentaire provient de la Chine, selon les estimations de l'AIE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, certaines activit&#233;s ont repris &#224; un rythme acc&#233;l&#233;r&#233;. Les transports a&#233;riens, un moment clou&#233;s au sol, tournent &#224; plein r&#233;gime. Les canicules &#224; r&#233;p&#233;tition ont amen&#233; un recours massif &#224; la climatisation et une relance de toutes les centrales thermiques pour produire l'&#233;lectricit&#233; n&#233;cessaire &#224; ces usages. Sur l'ann&#233;e, l'AIE table sur une consommation moyenne de 102,2 millions de barils par jour, en hausse de plus de 2,2 millions de barils par jour par rapport &#224; 2022. Une hausse de la demande &#224; laquelle il va &#234;tre de plus en plus difficile de r&#233;pondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les cartes ma&#238;tresses de l'Arabie saoudite&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en garde du ministre saoudien de l'&#233;nergie, Abdulaziz ben Salmane &#8211; demi-fr&#232;re du prince h&#233;ritier Mohammed ben Salmane &#8211; avait fait sourire les traders en mai dernier. Alors que les cours du p&#233;trole &#233;taient redescendus &#224; pr&#232;s de 60 dollars le baril, celui-ci les avait avertis qu'il y avait grand danger pour eux &#224; continuer &#224; sp&#233;culer &#224; la baisse, et que l'Arabie saoudite &#233;tait toujours ma&#238;tresse du jeu dans le monde p&#233;trolier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joignant les actes aux paroles, Riyad avait annonc&#233; lors de la r&#233;union de l'Opep &#224; Vienne qu'elle allait assumer seule la r&#233;duction de la production p&#233;troli&#232;re des pays producteurs, membres du cartel p&#233;trolier. Afin de r&#233;&#233;quilibrer un march&#233; dans un environnement &#233;conomique mondial au ralenti, elle annon&#231;ait une diminution de sa production de 900 000 barils par jour, afin de faire remonter les cours. L'Arabie saoudite estime qu'elle a besoin d'un baril autour de 90 dollars pour financer la modernisation rapide du pays qu'elle projette, et l'engager dans l'&#232;re de l'apr&#232;s-p&#233;trole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;cision a &#233;t&#233; mise &#224; ex&#233;cution. En juillet, la production de l'Opep+ &#8211; qui inclut la Russie dans l'alliance &#8211; a diminu&#233; de 1,2 million de barils par jour pour atteindre p&#233;niblement les 50 millions de barils par jour. C'est le plus bas niveau de production du cartel depuis deux ans. Car aux restrictions volontaires de Riyad sont venues s'ajouter les difficult&#233;s techniques rencontr&#233;es par nombre de pays comme le Nig&#233;ria (&#8211; 11,2 % en juillet), l'Irak ou la Libye.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la Russie a d&#233;cid&#233; de rejoindre l'Arabie saoudite, en r&#233;duisant de 200 000 barils par jour sa production. Alors qu'au d&#233;but de la guerre en Ukraine, sa production d&#233;passait les 10 millions de barils par jour, elle est tomb&#233;e &#224; 7,8 millions en juillet. Est-ce pour des raisons techniques, en raison des sanctions, ou par objectif politique ? Sans doute, un peu des trois &#224; la fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;part des grandes majors p&#233;troli&#232;res occidentales et les sanctions sur les composants technologiques privent Moscou des technologies et des savoir-faire dont les p&#233;troliers russes ont besoin pour poursuivre leur exploration-production, notamment dans les r&#233;gions tr&#232;s difficiles de l'Arctique. Les sanctions occidentales contre les achats de p&#233;trole russe et le plafonnement des prix sur les ventes de p&#233;trole ont amen&#233; &#224; une rupture de toutes les livraisons vers l'Europe et les &#201;tats-Unis. Mais cette rupture a &#233;t&#233; vite compens&#233;e : de nouvelles voies d'exportation ont &#233;t&#233; ouvertes avec la Chine, avec l'Inde, avec le reste de l'Asie et m&#234;me en Afrique. Les sanctions sont de plus en plus ouvertement contourn&#233;es, les livraisons passant par des circuits de plus en plus opaques et les d&#233;cotes qu'ont voulu imposer les Occidentaux sur les exportations p&#233;troli&#232;res sont de moins en moins appliqu&#233;es. La Russie vend d&#233;sormais l'essentiel de sa production au prix de march&#233;. Dans ce contexte, Moscou a tout int&#233;r&#234;t &#224; se rallier &#224; la politique de Riyad qui lui a tant profit&#233; pendant l'ann&#233;e 2022 : produire moins pour vendre plus cher afin de tirer le maximum de ressources pour financer sa guerre en Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face au retour d'une Opep+ d&#233;termin&#233;e, les pays producteurs non membres du cartel tentent de prendre le relais. Gr&#226;ce aux &#201;tats-Unis, au Br&#233;sil, et &#224; la Guyane, leur production p&#233;troli&#232;re a augment&#233; de 1,6 million de barils par jour en juillet pour &#234;tre port&#233;e &#224; 50,2 millions. Le contexte donne les justifications aux majors p&#233;troli&#232;res pour acc&#233;l&#233;rer leur production, d&#233;velopper de nouveaux gisements, y compris dans les zones jusqu'alors prot&#233;g&#233;es. Avec l'assentiment des gouvernements de tous les pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, la hausse de la production des pays non membres de l'Opep risque de ne pas suffire &#224; compenser la r&#233;duction de celle du cartel et de satisfaire la demande. Les stocks mondiaux, qui font tampon en cas de d&#233;s&#233;quilibres sur les march&#233;s, &#171; diminuent tr&#232;s rapidement &#187;, s'alarme l'AEI. En juillet, ils &#233;taient inf&#233;rieurs de 100 millions de barils &#224; la moyenne des cinq derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cette ann&#233;e, il n'y aura pas l'aide des stocks strat&#233;giques am&#233;ricains comme en 2022. Afin de contenir la hausse des prix de l'essence et du diesel et de r&#233;duire les tensions sur les march&#233;s p&#233;troliers li&#233;es &#224; la guerre en Ukraine, l'administration Biden avait pris la d&#233;cision l'&#233;t&#233; dernier de mettre sur le march&#233; les millions de tonnes de p&#233;trole que le gouvernement f&#233;d&#233;ral garde toujours en r&#233;serve. La mesure avait eu l'effet escompt&#233; : les prix &#224; la pompe avaient rapidement diminu&#233;. Mais les stocks strat&#233;giques, tomb&#233;s au plus bas depuis, n'ont pas &#233;t&#233; reconstitu&#233;s, l'administration am&#233;ricaine jugeant que les dangers d'une crise &#233;nerg&#233;tique avaient &#233;t&#233; &#233;cart&#233;s et que les prix du baril restaient encore trop &#233;lev&#233;s. Ces derni&#232;res semaines, le gouvernement am&#233;ricain a pris dans l'urgence la d&#233;cision de refaire ses stocks. Mais la mesure, prise trop tardivement, ne lui permet pas de disposer d'une arme aussi efficace que l'an dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, l'annonce de Riyad d'envisager de nouvelles r&#233;ductions de production met les intervenants sur les march&#233;s p&#233;troliers sur les nerfs. D'autant qu'elle s'est empress&#233;e d'assurer que toutes les livraisons vers la Chine en septembre seraient assur&#233;es prioritairement. Si Washington avait encore besoin d'une confirmation du basculement g&#233;opolitique du monde, cette seule annonce en donne une parfaite illustration.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_42728 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH353/96244fa1c7ab6899-3c879feb-059c1.png?1717200799' width='500' height='353' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La c&#233;cit&#233; europ&#233;enne sur le gaz&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a suffi de l'annonce d'une possible gr&#232;ve sur des sites de production gazi&#232;re en Australie pour que les march&#233;s du gaz fassent une crise de nerfs. Dans la journ&#233;e du 8 ao&#251;t, les cours sur le march&#233; europ&#233;en se sont emball&#233;s et ont pass&#233; le seuil des 40 euros le m&#233;gawattheure, un niveau qu'ils n'avaient pas d&#233;pass&#233; depuis pr&#232;s six mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prix sont redescendus d&#232;s le lendemain. Mais cette volatilit&#233; t&#233;moigne de la nervosit&#233; qui r&#232;gne dans le monde gazier. M&#234;me si les d&#233;s&#233;quilibres n'ont rien de comparable &#224; ceux constat&#233;s sur le p&#233;trole, les tendances &#224; moyen terme t&#233;moignent de tensions sous-jacentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la fin de l'hiver, les responsables europ&#233;ens ne cessent de se f&#233;liciter de leur victoire : en quelques mois, ils ont r&#233;ussi &#224; couper l'Europe des approvisionnements gaziers russes. Le gaz naturel liqu&#233;fi&#233; (GNL) en provenance du Moyen-Orient et des &#201;tats-Unis a remplac&#233; les livraisons par gazoducs russes. Les stocks ont &#233;t&#233; remplis &#224; plus de 90 % et ont permis de passer la p&#233;riode hivernale sans encombre, d'autant que celle-ci a &#233;t&#233; particuli&#232;rement douce. Au sortir de l'hiver, les r&#233;serves &#233;taient encore &#224; moiti&#233;, voire aux trois quarts pleins, et le cours du gaz a retrouv&#233; un prix d&#233;cent, autour de 20 euros le m&#233;gawattheure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce r&#233;pit pourrait l&#224; aussi &#234;tre de courte dur&#233;e. La consommation gazi&#232;re est repartie &#224; la hausse partout, notamment en raison des surconsommations &#233;lectriques li&#233;es au recours massif &#224; la climatisation pour faire face aux canicules. Les centrales &#224; gaz fonctionnent en permanence, &#224; l'inverse des autres &#233;t&#233;s. Et les stocks diminuent plus vite que pr&#233;vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pr&#233;vision de l'hiver, tous les acheteurs gaziers commencent &#224; se repr&#233;senter sur le march&#233;. Ils se retrouvent en comp&#233;tition avec les pays asiatiques et notamment la Chine. Pour les pays europ&#233;ens, m&#234;me si beaucoup ont pass&#233; des contrats d'approvisionnement long terme avec la Norv&#232;ge, le Qatar et les &#201;tats-Unis pour remplacer le gaz russe, les conditions deviennent de plus en plus tendues. D'autant que les producteurs am&#233;ricains de gaz de schiste, estimant que les conditions n'&#233;taient plus suffisamment rentables apr&#232;s la chute des cours gaziers du d&#233;but de l'ann&#233;e, ont diminu&#233; leur production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il faudra attendre au moins jusqu'en 2027 avant de retrouver une situation normale &#187;&lt;/i&gt;, a pr&#233;venu le gestionnaire allemand des r&#233;seaux gaziers. En attendant, il faut passer l'hiver 2023-2024. Tout &#224; leur succ&#232;s de l'hiver pr&#233;c&#233;dent, les responsables europ&#233;ens paraissent l'avoir oubli&#233;. Cet oubli pourrait tr&#232;s vite se rappeler &#224; eux : il fait peser une menace sur toutes leurs projections macro&#233;conomiques d'endiguement de l'inflation et de sortie de crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martine Orange&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Les pays &#233;mergents, premi&#232;res victimes de la fragmentation de la finance</title>
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		<dc:date>2023-04-25T10:55:47Z</dc:date>
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		<dc:subject>Edition du 2023-04-25</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avec la mont&#233;e des tensions avec la Chine et la guerre en Ukraine, les facteurs g&#233;opolitiques deviennent les principaux crit&#232;res dans la circulation des capitaux dans le monde. Pour la finance internationale occidentale, il y a d&#233;sormais les pays amis et les autres. Les pays &#233;mergents, souvent au bord de l'asphyxie financi&#232;re, font les frais du bras de fer qui oppose Washington et ses alli&#233;s &#224; P&#233;kin. &lt;br class='autobr' /&gt; 17 avril 2023 | tir&#233; de mediapart.fr-quotidienne-20230417-205302&amp;M_BT=733272004833] | (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Le-Monde-" rel="directory"&gt;Le Monde&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2023-04-25-+" rel="tag"&gt;Edition du 2023-04-25&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-846-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/3-21-77716.png?1682426043' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec la mont&#233;e des tensions avec la Chine et la guerre en Ukraine, les facteurs g&#233;opolitiques deviennent les principaux crit&#232;res dans la circulation des capitaux dans le monde. Pour la finance internationale occidentale, il y a d&#233;sormais les pays amis et les autres. Les pays &#233;mergents, souvent au bord de l'asphyxie financi&#232;re, font les frais du bras de fer qui oppose Washington et ses alli&#233;s &#224; P&#233;kin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;17 avril 2023 | tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/170423/les-pays-emergents-premieres-victimes-de-la-fragmentation-de-la-finance?utm_source=quotidienne-20230417-205302&amp;utm_medium=email&amp;utm_campaign=QUOTIDIENNE&amp;utm_content=&amp;utm_term=&amp;xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;mediapart.fr&lt;/a&gt;-quotidienne-20230417-205302&amp;M_BT=733272004833] | Photo : Des manifestants ougandais pour la justice et le changement climatique lors de la session FMI-Banque mondiale &#224; Washington. &#169; Photo Allison Bailey / NurPhoto via AFP&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La visite du pr&#233;sident br&#233;silien Lula da Silva &#224; P&#233;kin le 14 avril, durant laquelle il a plaid&#233; pour un nouvel ordre financier international ind&#233;pendant des &#201;tats-Unis, n'en est que la derni&#232;re manifestation. &#192; bas bruit, la d&#233;mondialisation continue son &#339;uvre. Inexorablement. Elle touche d&#233;sormais de plein fouet ce qui a &#233;t&#233; une des forces motrices de la globalisation au cours des derni&#232;res d&#233;cennies : la finance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si la libert&#233; de circulation des capitaux reste un principe revendiqu&#233;, dans les faits, les menaces, les sanctions, la recomposition g&#233;opolitique sont en train d'&#233;riger des fronti&#232;res financi&#232;res invisibles dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Nous sommes en train d'assister &#224; la fragmentation financi&#232;re du monde &#187;&lt;/i&gt;, s'inqui&#232;te &#224; plusieurs reprises le Fonds mon&#233;taire international (FMI) &lt;a href=&#034;https://www.imf.org/en/Publications/GFSR/Issues/2023/04/11/global-financial-stability-report-april-2023?cid=ca-com-compd-pubs_belt&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dans son dernier rapport sur la stabilit&#233; financi&#232;re&lt;/a&gt; dans le monde, insistant sur les risques accrus port&#233;s par cette nouvelle situation. Celle-ci porte aussi la menace latente de la remise en cause de toutes les institutions mon&#233;taires internationales, &#224; commencer par le FMI lui-m&#234;me et la Banque mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La succession de chocs que le monde a connue au cours des dix derniers ann&#233;es &#8211; de la crise financi&#232;re &#224; la pand&#233;mie &#8211; a chang&#233; le cours des circuits financiers. La finance internationale, domin&#233;e par les pays du G7, ne s'en cache pas : elle d&#233;laisse les pays qui pr&#233;sentent le moins d'int&#233;r&#234;t pour elle ou en tout cas exige des primes de risque de plus en plus &#233;lev&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les pays avanc&#233;s, emmen&#233;s par les &#201;tats-Unis, sont en train d'op&#233;rer des revirements majeurs, essayant de rapatrier &#224; toute vitesse les cha&#238;nes d'approvisionnement essentielles dont ils ont compris l'importance strat&#233;gique au moment du Covid, que la transition climatique requiert des milliards d'investissement, pourquoi aller investir ailleurs quand ils peuvent le faire chez eux et sans risque ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la vraie rupture est g&#233;opolitique. La mont&#233;e des tensions avec la Chine depuis 2016 puis la guerre en Ukraine, accompagn&#233;e des sanctions contre la Russie, ont chang&#233; les approches des financiers. La crainte de voir &#233;merger un ou des nouveaux blocs autour de la Chine rivalisant avec l'Occident conduit &#224; une r&#233;orientation de plus en plus pouss&#233;e de flux de capitaux. Les consid&#233;rations politiques l'emportent sur tout le reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; des sanctions contre la Russie et l'Iran notamment, une nouvelle ligne de partage se dessine pour les gouvernements occidentaux et pour les investisseurs internationaux occidentaux : il y a les pays amis et les autres. Le vote &#224; l'ONU sur la condamnation de l'agression russe en Ukraine en mars 2022 para&#238;t &#234;tre devenu le marqueur de ce classement. C'est en tout cas la grille de lecture que retient le FMI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pays &#233;mergents apparaissent d&#233;j&#224; comme les grands perdants de ce nouveau d&#233;sordre mondial. Ils sont aux premi&#232;res loges des diff&#233;rents chocs &#8211; &#233;nerg&#233;tique, alimentaire, climatique &#8211; mondiaux. Si les remboursements de leurs dettes ont &#233;t&#233; provisoirement suspendus pendant la pand&#233;mie, ils ont repris depuis, au moment m&#234;me o&#249; le dollar et les taux d'int&#233;r&#234;t remontent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La charge de la dette du groupe des 91 pays les plus pauvres dans le monde mobilisera en moyenne plus de 16 % des recettes budg&#233;taires en 2023, le niveau le plus &#233;lev&#233; de ces 25 derni&#232;res ann&#233;es selon une &#233;tude de l'ONG Debt Justice. L'asphyxie budg&#233;taire et financi&#232;re menace nombre d'entre eux. Plus de 50 pays &#233;mergents sont consid&#233;r&#233;s en &#233;tat de stress financier, au bord du d&#233;faut de paiement dans des d&#233;lais proches, d'apr&#232;s Achim Steiner, administrateur du programme de d&#233;veloppement de l'ONU.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ces pays, la croissance par habitant s'annonce la plus faible depuis des d&#233;cennies, r&#233;duisant d'autant leur espoir de rattraper le niveau de vie des pays plus avanc&#233;s. &lt;i&gt;&#171; Les divergences risquent de s'accentuer, si nous n'agissons pas &#187;&lt;/i&gt;, a &lt;a href=&#034;https://www.imf.org/en/News/Articles/2023/04/12/sp041223-md-lics-concessional-financing?utm_medium=email&amp;utm_source=govdelivery&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pr&#233;venu&lt;/a&gt; la directrice g&#233;n&#233;rale du FMI, Kristalina Georgieva, lors du sommet FMI-Banque mondiale qui s'est tenu la semaine derni&#232;re &#224; Washington.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce moment que les pays occidentaux et la finance internationale retirent soutiens et fonds. Aides internationales, financement des pays, ren&#233;gociation de dettes&#8230; plus grand-chose ne semble les concerner, en dehors de leur sph&#232;re d'int&#233;r&#234;t directe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Ukraine avant l'Afrique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A priori, les chiffres semblent plus qu'encourageants. Selon une &#233;tude de l'Organisation de coop&#233;ration et de d&#233;veloppement &#233;conomiques (OCDE) publi&#233;e le 12 avril, l'aide publique au d&#233;veloppement n'a jamais &#233;t&#233; aussi &#233;lev&#233;e qu'en 2022 : elle a d&#233;pass&#233; les 204 milliards de dollars (185 milliards d'euros), en hausse de 13,6 %. Cette augmentation, note l'OCDE, &lt;i&gt;&#171; marque l'une des hausses les plus fortes jamais enregistr&#233;es de l'aide publique au d&#233;veloppement &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme le redoutaient nombre de pays pauvres, notamment en Afrique, depuis quelques mois, ils se retrouvent mis &#224; l'&#233;cart de cette g&#233;n&#233;rosit&#233;. Les milliards de dons qui ont afflu&#233; ont d'abord &#233;t&#233; dirig&#233;s vers l'Ukraine et l'aide aux r&#233;fugi&#233;&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de 16 milliards de dollars (7,8 % du total) ont ainsi &#233;t&#233; allou&#233;s &#224; Kyiv depuis le d&#233;but de la guerre. Mais c'est surtout l'aide aux r&#233;fugi&#233;&#183;es qui a bondi &#224; pr&#232;s de 30 milliards de dollars. Par convention, l'OCDE classe dans les aides publiques au d&#233;veloppement les sommes engag&#233;es par les diff&#233;rents pays pour accueillir les r&#233;fugi&#233;&#183;es sur leur territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une partie des aides ne passe donc plus les fronti&#232;res. La Pologne, qui a re&#231;u plus d'un million de r&#233;fugi&#233;&#183;es ukrainien&#183;nes chez elle, se retrouve ainsi en t&#234;te des pays donateurs qui ont augment&#233; le plus leurs efforts (+ 255 %), avec la R&#233;publique tch&#232;que (+ 167 %) ou la Lituanie (+ 121 %).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, l'aide aux pays subsahariens a baiss&#233; de pr&#232;s de 8 %, retombant en dessous des 30 milliards de dollars, bien loin des 33 milliards atteints en 2005. L'aide humanitaire totale, elle, a stagn&#233;. Quant aux all&#232;gements de dette consentis dans le cadre de l'aide au d&#233;veloppement, ils ont atteint la somme prodigieuse de 66 millions de dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces chiffres ne sont encore que provisoires car ils n'incluent pas les aides et les pr&#234;ts consentis par la Banque mondiale dans le cadre de ses programmes d'aide. Mais la tendance de fond est l&#224; : la Banque mondiale consacre environ 70 milliards de dollars pour ses pr&#234;ts &#224; l'Afrique. Une somme &#171; notoirement insuffisante &#187;, selon le ministre des finances ghan&#233;en, Ken Ofori-Atta, qui estime que le continent africain a besoin d'au moins 200 milliards de dollars de pr&#234;ts chaque ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pays occidentaux, pour l'instant, restent sourds &#224; la demande. Dans ce monde qui se fracture, l'aide au d&#233;veloppement, qui a &#233;t&#233; l'un des piliers des pays occidentaux en faveur des pays les plus d&#233;favoris&#233;s depuis 1960, n'est plus que la cinqui&#232;me roue du carrosse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des taux &#171; bien sup&#233;rieurs &#224; ceux des pays avanc&#233;s &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'usage, les pays &#233;mergents ont appris combien les capitaux &#233;trangers dont ils d&#233;pendent pouvaient &#234;tre volatils. Au moindre changement, ceux-ci repartent aussi vite qu'ils &#233;taient venus. Ils en ont fait l'am&#232;re exp&#233;rience au moment de la crise financi&#232;re de 2008, et encore plus apr&#232;s 2015, quand la R&#233;serve f&#233;d&#233;rale a d&#233;cid&#233; d'augmenter ses taux et que le dollar s'est appr&#233;ci&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode actuelle ne fait pas exception. Une fois de plus, les pays &#233;mergents servent de variable d'ajustement sur les march&#233;s des capitaux internationaux. Les investisseurs engagent de l'argent au compte-goutte dans ces pays, excluent nombre de ceux qui ne leur semblent pas &#234;tre du bon c&#244;t&#233; de la ligne, refusent les cr&#233;dits pour les investissements directs, sauf s'il s'agit de financer de nouveaux projets d'exploration d'&#233;nergie fossile, des mines de lithium ou d'extraction de terres rares, derni&#232;res marottes du monde financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour attirer de l'argent dont ils ont imp&#233;rativement besoin, la plupart des pays ont d&#251; adopter des politiques mon&#233;taires tr&#232;s agressives, relever leur taux&lt;i&gt; &#171; &#224; des niveaux bien sup&#233;rieurs &#224; ceux des pays avanc&#233;s &#187;&lt;/i&gt;, rel&#232;ve le FMI. Les taux exig&#233;s par les investisseurs pour acheter des obligations &#233;mises par les gouvernements subsahariens ont augment&#233; de plus de 10 % par rapport &#224; ceux des bons du Tr&#233;sor am&#233;ricain. &lt;i&gt;&#171; Une diff&#233;rence qui est lue comme un signe de s&#233;v&#232;res tensions &#187;&lt;/i&gt;, rel&#232;ve le &lt;i&gt;Financial Times&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces taux exorbitants exercent une pression &#233;norme sur les budgets des pays. Afin de ne pas se couper des capitaux &#233;trangers, le gouvernement pakistanais &#8211; dont le pays est quasiment en d&#233;faut &#8211; a pr&#233;vu de consacrer 47 % de ses recettes budg&#233;taires au paiement des int&#233;r&#234;ts dus &#224; l'&#233;tranger, selon l'ONG Debt Justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela conduit ces pays &#224; mener des politiques de rigueur de plus en plus difficiles &#224; supporter pour les populations, alors que la r&#233;surgence de l'inflation dans le monde conduit &#224; une envol&#233;e des prix alimentaires et &#233;nerg&#233;tiques. &#171; De tr&#232;s, tr&#232;s importants investissements &#224; long terme dans l'&#233;ducation, la sant&#233;, les infrastructures, doivent &#234;tre report&#233;s [en raison du rench&#233;rissement du co&#251;t du cr&#233;dit &#8211; ndlr] &#187;, note Abebe Selassi&#233;, chef du d&#233;partement Afrique au FMI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le syst&#232;me bancaire occidental est &#233;branl&#233; apr&#232;s une s&#233;rie de faillites bancaires, les institutions internationales redoutent que la situation n'empire pour ces pays si de nouvelles tensions &#233;mergent dans le monde bancaire international. Ils risquent d'&#234;tre &#224; nouveau les premiers sur la liste des pays sacrifi&#233;s. Selon des &#233;tudes du FMI, la sortie pr&#233;cipit&#233;e de ces capitaux &#171; &#224; risque &#187; pourrait repr&#233;senter l'&#233;quivalent de 2,5 % du PIB mondial.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_41621 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH352/dc7d3078b61855e3-b6a7b629-b90b1.png?1717200800' width='500' height='352' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;tranglement par les dettes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2022, trois pays &#233;mergents &#8211; le &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/economie/190422/sri-lanka-les-causes-du-desastre-economique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sri Lanka&lt;/a&gt;, le Ghana, le Malawi &#8211; ont fait d&#233;faut de leurs dettes. Le Mozambique, Grenade, la Tunisie et l'&#201;gypte figurent parmi les premiers sur la liste des pays &#224; risque, tandis que la Zambie et le Liban, qui ont d&#233;j&#224; fait d&#233;faut ces derni&#232;res ann&#233;es, n&#233;gocient toujours des programmes d'aide et d'am&#233;nagement de leurs dettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total, neuf pays sont en situation de &lt;i&gt;&#171; d&#233;tresse financi&#232;re &#187;&lt;/i&gt;, 27 sont class&#233;s &#224; &lt;i&gt;&#171; haut risque &#187;&lt;/i&gt;, et 26 autres sont plac&#233;s sur surveillance, selon la derni&#232;re liste &#233;tablie en f&#233;vrier par le FMI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qui s'en soucie ? Tout &#224; leurs probl&#232;mes, les pays du G7 regardent de moins en moins les difficult&#233;s des pays &#233;mergents depuis 2008. La pand&#233;mie, la mont&#233;e des tensions avec la Chine et la guerre en Ukraine ont encore accentu&#233; les distances. &lt;i&gt;&#171; La suspension de la dette d&#233;cid&#233;e par le G20 et le cadre commun ont &#233;chou&#233; &#224; apporter l'all&#232;gement de la dette n&#233;cessaire aux pays en d&#233;veloppement pour se redresser et faire face aux crises multiples que le monde affronte aujourd'hui &#187;&lt;/i&gt;, explique Winnie Byanyima, secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale adjointe de l'ONU.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pays du G7 ont r&#233;it&#233;r&#233; leurs promesses d'aider les pays les plus pauvres lors de la r&#233;union FMI-Banque mondiale. Mais personne n'a &#233;voqu&#233; la possibilit&#233; d'annuler une partie des dettes des pays les plus en difficult&#233;, comme cela avait &#233;t&#233; fait en 2005. Quelque 130 milliards de dollars avaient alors &#233;t&#233; effac&#233;s d'un coup. Mais l'&#233;poque actuelle n'est plus &#224; de tels effacements d'ardoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me les restructurations de dettes peinent &#224; aboutir. Le Club de Paris, qui r&#233;unit les principaux pays donateurs et cr&#233;anciers, est en demi-sommeil. Les responsables occidentaux invoquent le changement des modes de financement des pays &#233;mergents pour justifier ces retards : les cr&#233;anciers priv&#233;s se sont peu &#224; peu substitu&#233;s aux cr&#233;anciers publics et institutionnels, rendant plus compliqu&#233; tout projet de restructuration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un ordre international contest&#233; par la Chine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la vraie perturbation institutionnelle, selon eux, tient &#224; la Chine. &#192; travers son projet de la &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/310318/avec-la-route-de-la-soie-la-chine-veut-conquerir-l-economie-monde&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;route de la Soie&lt;/a&gt;, de ses multiples programmes de soutien aux pays du Sud pour &#233;largir son emprise, P&#233;kin est devenu au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie un des principaux cr&#233;anciers des pays du Sud. Aucun chiffre public sur l'ampleur de ses engagements n'est disponible. Selon des estimations de groupes d'&#233;tude, les cr&#233;dits chinois s'&#233;l&#232;veraient autour de 900 milliards de dollars dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que devenu un acteur dominant dans les pays &#233;mergents, la Chine n'est pas membre du Club de Paris. Elle se refuse aussi depuis plusieurs ann&#233;es &#224; participer aux discussions multilat&#233;rales sur les restructurations de dettes des pays en difficult&#233; : les cr&#233;dits accord&#233;s, argue-t-elle, l'ont &#233;t&#233; par des banques ou des organismes semi-publics sur lesquels le gouvernement chinois est cens&#233; n'avoir aucune prise.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_41624 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH366/ded6c1f4020c0fca-3503b277-3f62f.png?1717200800' width='500' height='366' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Face aux gouvernements au bord de l'asphyxie financi&#232;re, P&#233;kin pr&#233;f&#232;re engager des n&#233;gociations bilat&#233;rales, et a consenti pour au moins 11 milliards de dollars d'all&#232;gements de dettes l'an dernier. Il risque de devoir en consentir le triple ou le quadruple cette ann&#233;e, compte tenu de la situation parfois catastrophique de certains pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces remises se font parfois dans des conditions l&#233;onines : les int&#233;r&#234;ts chinois prennent le contr&#244;le d'infrastructures essentielles qu'ils ont contribu&#233; &#224; financer. C'est ce qui s'est produit au Sri Lanka, o&#249; la Chine a mis la main pour 99 ans sur le port de Hambantota dans le sud de l'&#238;le. La m&#234;me menace p&#232;se sur le port de Mombasa, alors que le gouvernement kenyan peine &#224; honorer les remboursements de la dette contract&#233;e aupr&#232;s de la Chine pour r&#233;aliser une co&#251;teuse et non rentable ligne de chemin de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers mois, la Chine a hauss&#233; un peu plus le ton. Car c'est d&#233;sormais tout l'ordre mon&#233;taire international tel qu'il a &#233;t&#233; dessin&#233; apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale qu'elle conteste. Elle refuse ainsi toute restructuration de dettes et tout abandon de cr&#233;ances si le FMI et la Banque mondiale ne participent pas aussi &#224; l'effort. Consid&#233;r&#233;es comme des cr&#233;anci&#232;res privil&#233;gi&#233;es, les deux institutions internationales ne sont jamais associ&#233;es &#224; des programmes de restructuration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il n'y a aucun texte qui stipule que la Banque mondiale ait une pr&#233;s&#233;ance. Si nous autorisons la Banque mondiale &#224; &#234;tre prioritaire par rapport &#224; nous, nous devons avoir des droits de vote plus importants et avoir une plus large participation dans la banque. Les obligations de la Chine ne correspondent pas &#224; ses droits &#187;&lt;/i&gt;, ont fait valoir les autorit&#233;s chinoises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, P&#233;kin exige que les cr&#233;anciers priv&#233;s soient partie prenante au processus, afin que les all&#232;gements de dettes ne leur b&#233;n&#233;ficient pas, ce qui n'est pas le cas pour l'instant. Le pr&#233;c&#233;dent du fonds Elliott, qui avait contest&#233; le plan de restructuration de la dette argentine et avait saisi un bateau argentin pour r&#233;cup&#233;rer 2 milliards de dollars, a laiss&#233; des traces dans toutes les m&#233;moires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bras de fer entre l'Occident et la Chine ne semble pas pr&#232;s de s'interrompre. Pendant ce temps, les pays &#233;mergents sont toujours plus asphyxi&#233;s. En marge du forum FMI-Banque mondiale, un certain nombre de pays les plus riches, dont le Canada, le Japon, l'Allemagne, la France ou l'Italie, ont promis de mettre &#224; l'&#233;tude de nouveaux programmes d'aide et d'all&#232;gements de la dette. Lorsqu'il s'agit de sauver une banque, il ne leur faut pas trois jours pour d&#233;gager les centaines de milliards n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martine Orange&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Au nom de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, UBS rach&#232;te Cr&#233;dit suisse</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Au-nom-de-l-interet-general-UBS-rachete-Credit-suisse</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Au-nom-de-l-interet-general-UBS-rachete-Credit-suisse</guid>
		<dc:date>2023-03-21T10:57:48Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Martine Orange</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-03-21</dc:subject>
		<dc:subject>Suisse</dc:subject>
		<dc:subject>Economie internationale</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Sous la pression de toutes les autorit&#233;s de r&#233;gulation, UBS accepte de racheter sa rivale pour 3 milliards de francs suisses. Le gouvernement helv&#233;tique apporte 9 milliards de garantie, avec l'espoir de restaurer la confiance. &lt;br class='autobr' /&gt; 19 mars 2023 | tir&#233; de mediapart.fr | Photo : &#169; Jakub Porzycki / NurPhoto via AFP https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/190323/au-nom-de-l-interet-general-ubs-rachete-credit-suisse &lt;br class='autobr' /&gt;
Cr&#233;dit suisse est mort. Apr&#232;s plus de cent soixante ans d'existence, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-International-101-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2023-03-21-+" rel="tag"&gt;Edition du 2023-03-21&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Suisse-+" rel="tag"&gt;Suisse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-internationale-+" rel="tag"&gt;Economie internationale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH88/ubs-f7f3d.png?1679396332' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='88' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sous la pression de toutes les autorit&#233;s de r&#233;gulation, UBS accepte de racheter sa rivale pour 3 milliards de francs suisses. Le gouvernement helv&#233;tique apporte 9 milliards de garantie, avec l'espoir de restaurer la confiance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;19 mars 2023 | tir&#233; de mediapart.fr | Photo : &#169; Jakub Porzycki / NurPhoto via AFP &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/190323/au-nom-de-l-interet-general-ubs-rachete-credit-suisse&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/190323/au-nom-de-l-interet-general-ubs-rachete-credit-suisse&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cr&#233;dit suisse est mort. Apr&#232;s plus de cent soixante ans d'existence, la deuxi&#232;me banque helv&#233;tique n'a pas r&#233;sist&#233; aux cinq derniers jours de panique bancaire. Son d&#233;c&#232;s a &#233;t&#233; prononc&#233; le 19 mars au soir, dans l'urgence, apr&#232;s un week-end de tractations. Comme le souhaitaient les autorit&#233;s helv&#233;tiques, UBS a propos&#233; de reprendre son concurrent pour 3 milliard de francs suisses (3,02 milliards d'euros).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 17 mars, la capitalisation boursi&#232;re de Cr&#233;dit suisse s'&#233;levait encore &#224; 7 milliards de francs suisses. Mais les n&#233;gociateurs estimaient qu'ils n'avaient gu&#232;re de choix ni de marge de man&#339;uvre pour n&#233;gocier : il fallait plier devant les exigences d'UBS. Afin de faciliter l'op&#233;ration, la Banque centrale de Suisse s'est engag&#233;e &#224; mettre une ligne de cr&#233;dit de 100 milliards de francs suisses &#224; la disposition des deux &#233;tablissements bancaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette issue &#233;tait r&#233;clam&#233;e par nombre de r&#233;gulateurs et d'intervenants politiques et financiers. C'&#233;tait, selon eux, le seul moyen d'endiguer la mont&#233;e des tensions qui a saisi le syst&#232;me financier occidental depuis la faillite de la banque californienne SVB. &lt;i&gt;&#171; Une faillite de Cr&#233;dit suisse aurait aurait eu de graves cons&#233;quences pour le syst&#232;me financier internationa&lt;/i&gt;, a expliqu&#233; la ministre des finances suisse Karin Keller-Sutter dans la soir&#233;e. &lt;i&gt;C'&#233;tait de la responsabilit&#233; de la Suisse d'&#233;viter qu'un tel sc&#233;nario se mat&#233;rialise. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Estimant qu'il n'y avait pas une minute &#224; perdre, les autorit&#233;s helv&#233;tiques ont d&#233;cid&#233; de lever toutes les contraintes r&#233;glementaires et l&#233;gales pour r&#233;aliser au plus vite cet adossement bancaire : toutes les proc&#233;dures d'examen de cette concentration bancaire sont lev&#233;es et remises &#224; plus tard. Il est aussi pr&#233;vu de suspendre les r&#232;gles de gouvernance : les actionnaires, qui normalement doivent se prononcer sur ce rapprochement, n'auront pas leur mot &#224; dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La crainte d'une panique bancaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la crise enflait chez Cr&#233;dit suisse, la direction d'UBS excluait encore le 16 mars de venir &#224; sa rescousse : pourquoi s'embarrasser d'un concurrent mal en point, qui risquerait de lui apporter des ennuis et retarderait sa progression en le contraignant &#224; mener des restructurations longues et co&#251;teuses ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la banque n'a pas pu r&#233;sister longtemps aux diff&#233;rentes pressions. Car la confiance n'&#233;tait pas revenue. Alors que la Banque centrale de Suisse avait mis &#224; disposition de Cr&#233;dit suisse une ligne de 50 milliards de francs suisses pour l'aider et r&#233;tablir la confiance, d&#232;s le lendemain, Cr&#233;dit suisse enregistrait &#224; nouveau plus de 10 milliards de retraits de ses clients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Signaux tout aussi inqui&#233;tants : les CDS (credit default swaps), instruments financiers cens&#233;s couvrir les pertes en cas de faillite, continuaient &#224; progresser, malgr&#233; le soutien explicite de la Banque centrale suisse, pour friser les 1 000 points, un seuil de non-retour. De leur c&#244;t&#233;, les obligations convertibles en actions &#8211; les fameux CoCo (contingence convertible bonds) invent&#233;s apr&#232;s la crise de 2008 pour servir de matelas suppl&#233;mentaire aux banques en cas de d&#233;faillance &#8211; plongeaient &#224; Wall Street. Les craintes des d&#233;tenteurs de ces titres &#233;taient justifi&#233;es : les 16 milliards d'obligations vont &#234;tre totalement convertis et ils vont tout perdre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la Banque centrale et le gouvernement suisses, une r&#233;action rapide s'imposait. &lt;i&gt;&#171; La Banque centrale et le gouvernement suisses sont totalement conscients qu'une d&#233;faillance de Cr&#233;dit suisse ou m&#234;me quelques pertes des d&#233;posants d&#233;truiraient la r&#233;putation de la Suisse comme place financi&#232;re &#187;&lt;/i&gt;, expliquait en milieu de semaine Octavio Marenzi, analyste chez Opimas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un plan Switzerland AG&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est bien un plan con&#231;u par Switzerland AG qui a &#233;t&#233; &#233;labor&#233; pour sauver, si ce n'est Cr&#233;dit suisse, au moins l'image financi&#232;re du pays. Samedi soir, une r&#233;union d'urgence s'est tenue &#224; Berne, avec les membres du gouvernement, les responsables gouvernementaux, ceux de la Banque centrale et les autorit&#233;s de r&#233;gulation, ainsi que les repr&#233;sentants du monde bancaire et financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce plan marque en quelque sorte, comme le rappelle l'historien en &#233;conomie Adam Tooze, &lt;a href=&#034;https://adamtooze.substack.com/p/chartbook-202-what-went-wrong-at&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dans un de ses derniers articles&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;&#171; la derni&#232;re phase de l'effort &#8211; d&#233;sormais en crise &#8211; de l'&#233;lite protestante de Zurich (Freisinn) de construire des champions mondiaux sur la base de relations politiques incestueuses en Suisse &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mise sous pression pour sauver le Cr&#233;dit Suisse au nom de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, la direction d'UBS a impos&#233;, outre un prix tr&#232;s bas, certaines conditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La banque a demand&#233; ainsi que le gouvernement suisse prenne &#224; sa charge tous les co&#251;ts l&#233;gaux et les pertes potentielles futures. Le gouvernement helv&#233;tique a accept&#233; d'apporter 9 milliards de francs suisses de garantie afin d'aider la banque &#224; faire face aux risques &#233;ventuels. &lt;a href=&#034;https://www.bloomberg.com/news/features/2022-11-22/credit-suisse-s-future-hinges-on-overcoming-a-fraught-past?srnd=premium-europe&amp;sref=fo6OHuy7&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Au c&#339;ur de nombreux scandales qui font l'objet de proc&#233;dures administratives et judiciaires&lt;/a&gt;, Cr&#233;dit suisse a d&#233;j&#224; provisionn&#233; 1,2 milliard de francs suisses pour faire face &#224; ces poursuites, et envisageait de provisionner &#224; peu pr&#232;s le m&#234;me montant dans les semaines &#224; venir pour faire face aux multiples scandales de manipulation et de blanchiment notamment.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_41108 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH384/d8d1877faf52784a-850c0016-ec95e.png?1717200801' width='500' height='384' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un r&#244;le de liquidateur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La direction d'UBS n'a pas cach&#233; qu'elle n'avait aucune intention de conserver l'ensemble des activit&#233;s &#8211; banque de d&#233;p&#244;t, gestion de fortune, banque d'investissement &#8211; du Cr&#233;dit suisse qui font souvent doublon avec les siennes, les deux banques qui se font face sur la Paradeplatz &#224; Zurich ayant suivi les m&#234;mes mod&#232;les d'expansion. Tout se met en place pour qu'UBS exerce en fait le r&#244;le de liquidateur de Cr&#233;dit suisse en g&#233;rant la situation dans le temps, ne conservant que les parties qui l'int&#233;ressent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers mois, Cr&#233;dit suisse envisageait lui-m&#234;me de se s&#233;parer de certaines activit&#233;s. Il travaillait notamment &#224; la cotation s&#233;par&#233;e de sa banque d'investissement First Boston, une activit&#233; &#224; la fois de conseil mais qui m&#232;ne aussi des op&#233;rations avec d'&#233;normes effets de levier. Dans les multiples rumeurs de ce week-end , le nom de BlackRock, le plus important gestionnaire d'actifs dans le monde, a &#233;t&#233; cit&#233; comme un &#233;ventuel repreneur. Celui-ci a d&#233;menti avoir le moindre int&#233;r&#234;t &#171; pour tout ou partie &#187; de Cr&#233;dit suisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, il y a d'autres branches qui suscitent bien des app&#233;tits, notamment celle de la gestion de fortune (Wealth Management) ou sa banque de d&#233;p&#244;t. Sans attendre, les requins de la finance commencent &#224; sortir dans l'espoir de participer au banquet des d&#233;pouilles de Cr&#233;dit suisse. La Deutsche Bank est notamment sur les rangs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reprise du Cr&#233;dit suisse s'annonce en tout cas d&#233;j&#224; comme un carnage social. Le chiffre de 10 000 suppressions d'emplois a &#233;t&#233; annonc&#233; pendant les n&#233;gociations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une banque syst&#233;mique mais isol&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'effondrement de Cr&#233;dit suisse en milieu de semaine, les diff&#233;rentes autorit&#233;s de r&#233;gulation multiplient les messages pour rassurer le monde financier et les d&#233;posants : la chute d'une des plus grandes banques du monde, selon elles, n'aurait aucune r&#233;percussion sur le reste du syst&#232;me financier. Le cas m&#233;rite d'&#234;tre m&#233;dit&#233; : Cr&#233;dit suisse, &#224; les entendre, est un exemple unique d'une banque syst&#233;mique mais isol&#233;e, n'ayant aucune relation, aucun rapport de contrepartie avec les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agitation qui a saisi le monde financier et les responsables politiques depuis l'&#233;croulement de la deuxi&#232;me banque suisse, les multiples tractations qui se sont d&#233;roul&#233;es entre les banques centrales, les diff&#233;rents r&#233;gulateurs europ&#233;ens, am&#233;ricains, britanniques, notamment ces derniers jours, d&#233;notent une situation beaucoup plus compliqu&#233;e. Si les banques ont fortement r&#233;duit, voire coup&#233; leurs relations sur le march&#233; interbancaire avec Cr&#233;dit suisse, au fur et &#224; mesure que la banque s'enfon&#231;ait dans la crise, il y a &#224; c&#244;t&#233; tous les liens, toutes les contreparties dans les autres activit&#233;s financi&#232;res, beaucoup plus opaques et moins contr&#244;l&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon certaines estimations qui circulent, le montant notionnel des implications de Cr&#233;dit suisse sur le march&#233; des d&#233;riv&#233;s s'&#233;levait &#224; 14 641 milliards de francs suisses fin 2022. Le montant est colossal : il repr&#233;sente plus de 27 fois le bilan de la banque. Il convient cependant de le relativiser, il ne s'agit que de notionnel. Lorsque Lehman Brothers a fait faillite, son exposition sur les d&#233;riv&#233;s &#233;tait deux fois sup&#233;rieure &#224; celle de Cr&#233;dit suisse. Lorsque toutes les op&#233;rations ont &#233;t&#233; d&#233;boucl&#233;es au bout de cinq ans, on a compris que les pertes de Lehman &#233;taient finalement assez minimes : &#224; peine 5 milliards de dollars. Mais cela avait suffi &#224; plonger le monde dans la crise financi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me m&#233;saventure pourrait advenir si Cr&#233;dit suisse s'effondrait. Toutes les banques europ&#233;ennes, et particuli&#232;rement celles, tr&#232;s actives sur le march&#233;, des d&#233;riv&#233;s comme la Deutsche Bank ou BNP Paribas, qui ont des contreparties avec Cr&#233;dit suisse, se retrouveraient dans de graves difficult&#233;s. D'o&#249; l'inqui&#233;tude et la nervosit&#233; des autorit&#233;s de r&#233;gulation et de responsables politiques se montrant de plus en plus pressants aupr&#232;s du gouvernement suisse afin de trouver rapidement une solution.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les bonnes r&#233;solutions adopt&#233;es passent par-dessus bord&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'urgence de la situation peut sans doute justifier les choix pris. Le constat s'impose cependant : en quelques jours, pour r&#233;pondre d'abord &#224; l'effondrement de la SVB puis &#224; la chute de Cr&#233;dit suisse, les autorit&#233;s de r&#233;gulation et les gouvernements ont pris la d&#233;cision de passer par-dessus bord toutes les bonnes r&#233;solutions adopt&#233;es pendant la crise de 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, apr&#232;s la crise de 2008, les gouvernements avaient jur&#233; que les finances publiques, l'argent des contribuables, ne seraient plus sollicit&#233;es &#224; l'avenir pour venir au secours des banques. Cette r&#233;solution n'a pas tenu d&#232;s les premi&#232;res secousses dans le syst&#232;me bancaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la pr&#233;cipitation, le gouvernement am&#233;ricain a d&#233;cid&#233; de passer outre son cadre l&#233;gal qui garantit les d&#233;p&#244;ts dans la limite de 250 000 dollars. Au nom de la d&#233;fense de la high-tech, il a annonc&#233; que l'int&#233;gralit&#233; des montants des d&#233;p&#244;ts chez SVB seraient garantie, y compris ceux des hedge funds, des fonds de capital-risque, etc. Le sauvetage sera &#224; la charge des finances publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, le gouvernement suisse a accept&#233; de prendre sur les comptes des finances publiques les risques pris par Cr&#233;dit suisse, comme l'a exig&#233; UBS. Une nouvelle fois, les &#201;tats se retrouvent &#224; assumer et &#224; payer les turpitudes de la finance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me mani&#232;re, il avait &#233;t&#233; promis apr&#232;s la crise de 2008 de mieux contr&#244;ler et encadrer les tr&#232;s grandes banques, et d'emp&#234;cher m&#234;me la constitution de ces g&#233;ants bancaires, &#171; trop grands pour faire faillite &#187; &#8211; &#171; too big to fail &#187; &#8211; qui font courir des risques accrus au syst&#232;me financier et se trouvent en position d'exercer un chantage permanent sur les banques centrales, les autorit&#233;s de r&#233;gulation et les gouvernements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapprochement d'UBS et de Cr&#233;dit suisse, d&#233;cid&#233; dans l'urgence et par n&#233;cessit&#233;, s'inscrit &#224; rebours de cette ligne. L'union de ces deux banques syst&#233;miques va constituer un ensemble bancaire encore plus gros, plus incontr&#244;lable. Outre-Atlantique, les autorit&#233;s semblent suivre la m&#234;me pente. Alors que la faillite de SVB a mis sous tension les banques r&#233;gionales comme First Republic, elles penchent pour des rapprochements ou des adossements sur des g&#233;ants am&#233;ricains comme JPMorgan ou Bank of America, au risque de rendre ces monstres encore plus grands et de placer tout le syst&#232;me bancaire entre quelques mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec de telles mesures, l'al&#233;a moral et la capture du pouvoir par le monde financier ne sont pas pr&#232;s de dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martine Orange&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La faillite de la Silicon Valley Bank met &#224; l'&#233;preuve les banques centrales</title>
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		<dc:date>2023-03-14T10:52:04Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Martine Orange</dc:creator>


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		<dc:subject>Edition du 2023-03-14</dc:subject>

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&lt;p&gt;La plus importante faillite bancaire am&#233;ricaine depuis 2008 signe le d&#233;but du bilan d'une d&#233;cennie d'argent gratuit. Avec la hausse des taux, les banques se retrouvent avec des r&#233;serves d&#233;valoris&#233;es. Et les autorit&#233;s de r&#233;gulation ont ferm&#233; les yeux. La Fed est aujourd'hui face &#224; un dilemme : continuer sa lutte contre l'inflation en augmentant les taux, ou lever le pied pour &#233;viter de trop d&#233;stabiliser le syst&#232;me bancaire. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de M&#233;diapart. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une banque en faillite en quelques jours, les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-135-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Etats-Unis-231-+" rel="tag"&gt;&#201;tats-Unis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2023-03-14-+" rel="tag"&gt;Edition du 2023-03-14&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH121/capture_d_e_cran_le_2023-03-13_a_14.50_53-f6890.png?1678791184' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='121' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La plus importante faillite bancaire am&#233;ricaine depuis 2008 signe le d&#233;but du bilan d'une d&#233;cennie d'argent gratuit. Avec la hausse des taux, les banques se retrouvent avec des r&#233;serves d&#233;valoris&#233;es. Et les autorit&#233;s de r&#233;gulation ont ferm&#233; les yeux. La Fed est aujourd'hui face &#224; un dilemme : continuer sa lutte contre l'inflation en augmentant les taux, ou lever le pied pour &#233;viter de trop d&#233;stabiliser le syst&#232;me bancaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/120323/la-faillite-de-la-silicon-valley-bank-met-l-epreuve-les-banques-centrales&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;M&#233;diapart&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une banque en faillite en quelques jours, les autorit&#233;s de r&#233;gulation oblig&#233;es d'intervenir dans la pr&#233;cipitation afin de juguler l'incendie, des milliards qui s'&#233;vanouissent en un clin d'&#339;il, le gouvernement qui lance des appels au calme&#8230; Cela rappelle quelques souvenirs. Depuis le 9 mars, les fant&#244;mes de la chute de Lehman Brothers et de la crise financi&#232;re dite des subprimes sont revenus hanter le monde financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;a href=&#034;https://www.ft.com/content/b556badb-8e98-42fa-b88e-6e7e0ca758b8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;faillite de la Silicon Valley Bank&lt;/a&gt; (SVB), la plus grosse faillite bancaire depuis 2008, a d&#233;clench&#233; un vent de panique &#224; Wall Street. Redoutant une possible contagion, tous les traders ont liquid&#233; leurs positions bancaires : en quelques heures, les actions de certaines banques ont chut&#233; de 30, 40, voire parfois de plus de 50 %. Quelque 60 milliards de dollars de capitalisation boursi&#232;re se sont volatilis&#233;s en une journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;viter la contagion, les autorit&#233;s bancaires de la Californie, si&#232;ge de la SVB, ont ferm&#233; l'&#233;tablissement le 10 mars et ont assur&#233; aux clients qu'elles garantissaient leurs d&#233;p&#244;ts d&#232;s lundi. &#192; Washington, la secr&#233;taire d'&#201;tat au Tr&#233;sor, Janet Yellen &#8211; par ailleurs ancienne pr&#233;sidente de la Fed &#8211; , et la FED travaillent activement pour pr&#233;venir une panique bancaire dans d'autres &#233;tablissements. Le 12 mars dans la soir&#233;e, les autorit&#233;s ont annonc&#233; que l'ensemble des clients de la Silicon Valley Bank auraient acc&#232;s d&#232;s lundi &#224; l'ensemble de leurs d&#233;p&#244;ts. En parall&#232;le, ils ont d&#233;cid&#233; la cr&#233;ation d'un fonds en vue d'augmenter les garanties des d&#233;p&#244;ts, si d'autres faillites intervenaient. Dans la foul&#233;e, la r&#233;serve f&#233;d&#233;rale de New York a proc&#233;d&#233; dans la soir&#233;e &#224; la fermeture d'une autre banque, Signature Bank, manifestement en difficult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La banque de la high-tech&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_40968 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH495/4fd93f85e7b44d24-f3044186-22857.png?1717200801' width='500' height='495' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; ces derniers jours, la Silicon Valley Bank &#233;tait une quasi-inconnue pour le grand public : sa client&#232;le &#233;tait essentiellement centr&#233;e sur le monde de la technologie et du num&#233;rique, les start-up de la r&#233;gion, les fonds d'investissement qui les financent et les accompagnent, les petits cercles autour des crypto-actifs. Personne ne se posait de questions sur sa solidit&#233; : d&#233;but mars, le magazine Forbes lui d&#233;cernait m&#234;me le titre de &#171; meilleure banque am&#233;ricaine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;difice s'est &#233;croul&#233; comme un ch&#226;teau de cartes. En d&#233;but de semaine, Greg Becker, PDG de la banque &#8211; qui avait d'ailleurs vendu opportun&#233;ment une partie de ses titres quelques semaines auparavant &#8211;, a fait savoir qu'&#224; la suite d'un besoin de liquidit&#233;s provoqu&#233; par des retraits plus importants que pr&#233;vu de ses clients, elle avait d&#251; vendre une partie de son portefeuille mis en r&#233;serve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces titres, essentiellement des bons du Tr&#233;sor et des obligations am&#233;ricaines achet&#233;s &#224; un moment o&#249; les taux &#233;taient proches de z&#233;ro, avaient perdu une partie de leur valeur &#224; la suite de la hausse des taux voulue par la Banque centrale am&#233;ricaine. Cela se traduisait par une perte de 1,8 milliard de dollars pour la SVB. Se voulant rassurante, la direction annon&#231;ait vouloir lancer imm&#233;diatement une augmentation de capital de 2,25 milliards de dollars afin de consolider son bilan. Selon un &lt;a href=&#034;https://www.wsj.com/articles/svb-financial-pulls-capital-raise-explores-alternatives-including-possible-sale-sources-say-11de7522&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sc&#233;nario bien connu d&#233;sormais&lt;/a&gt;, l'agence de notation Moody's faisait savoir &#224; la direction de la banque qu'elle se pr&#233;parait &#224; d&#233;grader l'&#233;tablissement bancaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'annonce publique de ces difficult&#233;s a d&#233;clench&#233; l'incendie : le cours de l'action a perdu plus de 66 % le 9 mars. D&#232;s jeudi matin, un responsable important de hedge funds conseillait &#224; tous ses clients de retirer au plus vite leurs fonds de la banque pendant qu'il en &#233;tait encore temps. En quelques heures, la Silicon Valley Bank a fait face &#224; un vrai bank run : selon les autorit&#233;s californiennes de r&#233;gulation, la demande de retrait s'est &#233;lev&#233;e &#224; 42 milliards de dollars cette journ&#233;e. La banque n'a pas pu faire face et s'est &#233;croul&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;p&#244;ts de la banque sont assur&#233;s dans la limite de 250 000 dollars. Au-del&#224;, c'est le trou noir. Certaines soci&#233;t&#233;s se demandaient, avant les annonces f&#233;d&#233;rales, &lt;a href=&#034;https://www.ft.com/content/3c6551ff-9778-4713-afc5-f87ba0bb80dd&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;comment elles vont pouvoir payer leurs salari&#233;s&lt;/a&gt; dans les prochaines semaines. Une soci&#233;t&#233; de cryptomonnaie, &lt;a href=&#034;https://www.wsj.com/articles/crypto-investors-cash-out-2-billion-in-usd-coin-after-bank-collapse-1338a80f&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Circle Internet Financial&lt;/a&gt;, a d&#233;j&#224; reconnu avoir plus de 3,3 milliards de dollars plac&#233;s &#224; la Silicon Valley Bank : elle n'est plus en mesure d'assurer la parit&#233; entre sa cryptomonnaie, le USD Coin, et le dollar.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_40967 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/capture_d_e_cran_le_2023-03-13_a_14.50_53.png?40967/0a7edd40c1f527e640ca87b3d5c1030f06bb100aca9c822bb6bcdaafa726a68e&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH403/0a7edd40c1f527e6-a8fd81e4-dfc55.png?1717200801' width='500' height='403' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans le pi&#232;ge de la hausse des taux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas hasard que le secteur de la high-tech soit &#224; l'origine des tensions qui traversent actuellement le syst&#232;me financier. Il a &#233;t&#233; au c&#339;ur de la d&#233;cennie de l'argent gratuit et des taux z&#233;ro, adopt&#233;s par les banques centrales comme outil de sortie de la crise financi&#232;re de 2008. Tout au long de ces ann&#233;es, les soci&#233;t&#233;s de ce secteur ont trouv&#233; des milliards de capitaux, ont pratiqu&#233; des effets de levier gigantesques, les fonds d'investissement et les hedge funds acceptant de les financer sans retenue, sans discuter la pertinence de leur mod&#232;le et encore moins de leurs innovations et de leurs activit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Silicon Valley Bank a &#233;t&#233; &lt;a href=&#034;https://www.ft.com/content/45d5a6a9-f17a-4e6b-b72e-4dda304d8867&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;au c&#339;ur de ces m&#233;canismes&lt;/a&gt;, acceptant de pr&#234;ter sans discussion &#224; ses clients. En contrepartie de ces pr&#234;ts, les soci&#233;t&#233;s ouvraient des comptes &#224; la banque et y d&#233;posaient leur argent. La banque a ainsi pouss&#233; comme un champignon, au m&#234;me rythme que ses clients, au point de se hisser au 16e rang des &#233;tablissements bancaires am&#233;ricains par sa taille (207 milliards de dollars d'actifs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;canique bien huil&#233;e tournait &#224; plein r&#233;gime jusqu'&#224; la fin de la pand&#233;mie, jusqu'&#224; ce que la Banque centrale am&#233;ricaine change de ligne, d&#233;cide de durcir sa politique mon&#233;taire et d'augmenter ses taux afin de juguler l'inflation. Depuis la mi-2022, la Fed a augment&#233; six fois ses taux pour les porter &#224; 4,25-4,5 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela a amen&#233; les investisseurs aussi &#224; changer de point de vue : ils ne veulent plus de la croissance &#224; tout prix mais de la rentabilit&#233;, du cash. Le secteur de la high-tech, qui peine souvent &#224; d&#233;gager des profits, s'est retrouv&#233; pris &#224; contre-pied : les financiers ne le suivait plus, en tout cas moins. M&#234;me les g&#233;ants du num&#233;rique ont &#233;t&#233; pri&#233;s de s'expliquer : les investissements gigantesques et jusqu'&#224; pr&#233;sent &#224; perte engag&#233;s par &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/091122/licenciements-massifs-chez-meta-la-fin-de-l-age-d-or&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Facebook pour d&#233;velopper Meta&lt;/a&gt; ont &#233;t&#233; critiqu&#233;s. Amazon se retrouve aussi sous surveillance, apr&#232;s avoir investi sans compter dans &lt;a href=&#034;https://www.ft.com/content/bab905bd-a2fa-4022-b63d-a385c2a0fb86&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Alexa&lt;/a&gt;, son appareil num&#233;rique offrant des services bas&#233;s sur le cloud, sans en retirer les b&#233;n&#233;fices attendus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bulle high-tech a commenc&#233; &#224; se d&#233;gonfler. Depuis la fin de 2021, l'indice du Nasdaq qui regroupe les soci&#233;t&#233;s du secteur a perdu plus de 30 % de sa valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela n'a pas &#233;t&#233; sans cons&#233;quences pour la Silicon Valley Bank. Ses clients, tr&#232;s endett&#233;s et ne trouvant plus les financements faciles auxquels ils &#233;taient habitu&#233;s, ont commenc&#233; &#224; retirer l'argent de leurs d&#233;p&#244;ts, &#224; tirer sur leur ligne de tr&#233;sorerie pour poursuivre leur activit&#233;, pour payer des &#233;ch&#233;ances de cr&#233;dit de plus en plus &#233;lev&#233;es. Les retraits ont commenc&#233; &#224; s'acc&#233;l&#233;rer d&#232;s la mi-2022. Et la banque &#224; son tour a commenc&#233; &#224; se retrouver en difficult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argent que ses clients avaient d&#233;pos&#233; dans ses livres avait &#233;t&#233; plac&#233;, en bons du Tr&#233;sor, en obligations am&#233;ricaines, - des actifs financiers figurant comme les plus s&#251;rs- mais au moment o&#249; les taux &#233;taient au plus bas. D&#232;s que les taux ont commenc&#233; &#224; remonter, ces r&#233;serves ont perdu inexorablement de leur valeur : pourquoi racheter des titres qui rapportent 0,2 % quand il est possible d'acqu&#233;rir des obligations qui promettent plus de 4 % ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin d&#233;cembre, &#224; l'arr&#234;t&#233; des comptes, la banque sait qu'elle est en moins-value latente de 15 milliards de dollars sur son portefeuille de r&#233;serves. Elle aurait pu d&#233;cider de liquider ses positions et de prendre ses pertes, afin d'assainir sa situation. Elle a pr&#233;f&#233;r&#233; temporiser. Cela aurait pu tenir si ses clients, de plus en plus en difficult&#233;, n'avaient augment&#233; leurs retraits au cours de ces derni&#232;res semaines. &#192; court de liquidit&#233;s, la direction a d&#251; commencer &#224; vendre son portefeuille et constater les pertes. La m&#233;canique infernale &#233;tait enclench&#233;e, l'amenant jusqu'&#224; la faillite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un canari dans la mine ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la faillite de la Silicon Valley Bank, les autorit&#233;s et les analystes multiplient les messages rassurants : la faillite de la banque ne serait qu'un accident isol&#233;. Il n'y aurait pas de risque de contagion dans le syst&#232;me bancaire et financier. Bref, cet effondrement bancaire ne serait pas le &#171; canari dans la mine &#187;, annonciateur d'une crise financi&#232;re imminente (l'expression se r&#233;f&#232;re &#224; une pratique des mineurs dans les mines de charbon : ils apportaient avec eux au fond un canari dans une cage ; si celui-ci s'arr&#234;tait de chanter, cela signifiait qu'un coup de grisou &#233;tait imminent et qu'il fallait &#233;vacuer au plus vite).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est pourtant annonciateur de s&#233;rieuses difficult&#233;s. Dans le monde des crypto-actifs d'abord. Durement &#233;branl&#233; par la &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/131122/la-bulle-des-cryptomonnaies-explose-comment-l-empire-ftx-fait-faillite&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;faillite de FTX&lt;/a&gt;, celui-ci a vu en quelques semaines plusieurs fonds et banques, dont &lt;a href=&#034;https://www.ft.com/content/f242881d-3dfa-4a45-b1ea-a5c2128d5fa6&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Silvergate&lt;/a&gt;, s'&#233;crouler &#224; sa suite. L'annonce de Circle Internet Financial, qui se retrouve pi&#233;g&#233; avec 3,3 milliards de dollars de d&#233;p&#244;ts &#224; la Silicon Valley Bank, a provoqu&#233; une nouvelle fuite : en quelques heures, des plateformes d'&#233;change ont d&#251; faire face &#224; des milliards de retraits, la peur se diffusant partout dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le secteur de la high-tech ensuite. La faillite de la Silicon Valley Bank vient bousculer un &lt;a href=&#034;https://www.theguardian.com/business/2023/mar/12/uk-working-on-cash-lifeline-for-tech-firms-hit-by-silicon-valley-bank-collapse&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;secteur d&#233;j&#224; bien fragilis&#233;&lt;/a&gt;. Samedi, une &lt;a href=&#034;https://www.bloomberg.com/news/articles/2023-03-11/svb-draws-support-from-more-than-100-venture-firms-investors?sref=fo6OHuy7&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;centaine de dirigeants de fonds de capital-risque et de fonds d'investissement&lt;/a&gt; ont sign&#233; une p&#233;tition pour demander une attention particuli&#232;re aux autorit&#233;s am&#233;ricaines dans la gestion de la faillite de la SVB. La banque &#171; a &#233;t&#233; un partenaire de confiance et de long terme pour l'industrie du capital-risque &#187;, rappellent-ils, &#171; pendant 40 ans, elle a &#233;t&#233; une importante plateforme qui a jou&#233; un r&#244;le essentiel au service de la communaut&#233; des start-up et en soutenant l'innovation &#233;conomique aux &#201;tats-Unis &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils demandent un soutien des autorit&#233;s bancaires afin d'&#233;viter un &#233;tranglement des soci&#233;t&#233;s du secteur. Pour cause : ils y ont investi des milliards de capitaux. Ils ont &#233;t&#233; entendus.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_40966 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/capture_d_e_cran_le_2023-03-13_a_14.51_33.png?40966/b9f82ae04164fafa5ce27bfe720d1dedc184b34bcd4d8e6df4d36f0465041512&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH370/b9f82ae04164fafa-3482dcbe-2584c.png?1717200802' width='500' height='370' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les autorit&#233;s de r&#233;gulation sur un fil&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est dans le secteur bancaire que les r&#233;percussions risquent d'&#234;tre les plus importantes. Depuis le 10 mars, la chasse au maillon faible a &#233;t&#233; engag&#233;e, des noms, particuli&#232;rement de banques r&#233;gionales, circulent : elles se retrouvent imm&#233;diatement sanctionn&#233;es par des chutes de cours spectaculaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autorit&#233;s de r&#233;gulation se retrouvent sur le fil. Elles veulent &#233;viter que la panique ne s'&#233;tende &#224; d'autres &#233;tablissements. Mais elles sont aussi en bien mauvaise posture. Car le probl&#232;me mis en lumi&#232;re par la faillite de la Silicon Valley Bank se retrouve dans nombre d'autres bilans bancaires : beaucoup d'&#233;tablissements ont en r&#233;serve, au titre de garantie des d&#233;p&#244;ts et de leur solidit&#233;, des portefeuilles obligataires qui ne cessent de se d&#233;pr&#233;cier au fur et &#224; mesure que la R&#233;serve f&#233;d&#233;rale augmente ses taux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;a href=&#034;https://www.wsj.com/articles/where-were-the-regulators-as-svb-crashed-35827e1a&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;gulateurs ne pouvaient ignorer&lt;/a&gt; cette situation. Pourtant, pendant des mois, ils ont ferm&#233; les yeux sur le sujet, se contentant d'avaliser les chiffres pr&#233;sent&#233;s par les banques : tant que les pertes n'&#233;taient pas constat&#233;es, elles pouvaient s'en tenir &#224; la valeur faciale. Par complaisance, ils ont m&#234;me rel&#226;ch&#233; leur surveillance sur les petits &#233;tablissements, dont la Silicon Valley Bank, les r&#232;gles instaur&#233;es pendant la crise financi&#232;re de 2008 semblant bien trop rigides et trop contraignantes &#224; beaucoup. Alors que les grands groupes bancaires am&#233;ricains ont r&#233;alis&#233; des milliards de profits gr&#226;ce &#224; leurs activit&#233;s de march&#233;, ils n'ont m&#234;me pas exig&#233; que ces derniers consolident leurs r&#233;serves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, malgr&#233; les paroles qui se veulent rassurantes des autorit&#233;s, le doute et le soup&#231;on s'installent &#224; nouveau sur la solidit&#233; du secteur bancaire, sa capacit&#233; de r&#233;sister &#224; des vents contraires. Et ce doute va bien au-del&#224; des banques am&#233;ricaines : toutes les banques occidentales sont dans des situations comparables, toutes portent dans leur bilan les traces d'une d&#233;cennie d'argent &#224; taux z&#233;ro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident de la Fed, Jerome Powell, responsable en chef de la r&#233;gulation bancaire, se retrouve dans un moment compliqu&#233; : lui faut-il poursuivre son durcissement mon&#233;taire, augmenter encore les taux afin de juguler l'inflation, comme il en a affich&#233; jusqu'alors l'intention, au risque de fragiliser un peu plus le syst&#232;me bancaire ? Ou lui faut-il lever le pied afin d'aider les banques &#224; consolider leurs positions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un bras de fer s'engage avec le monde bancaire et financier, qui ne veut pas entendre parler d'un resserrement des r&#232;gles et souhaite revenir au temps b&#233;ni de l'argent gratuit qui lui a tant profit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martine Orange&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bo&#238;te noire&lt;/strong&gt; : Cet article a &#233;t&#233; actualis&#233; le 13 mars au matin pour y inclure les derniers d&#233;veloppements et d&#233;cisions des autorit&#233;s f&#233;d&#233;rales am&#233;ricaines intervenues le 12 mars.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Comment la guerre en Ukraine a chang&#233; le monde de l'&#233;nergie</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Comment-la-guerre-en-Ukraine-a-change-le-monde-de-l-energie</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Comment-la-guerre-en-Ukraine-a-change-le-monde-de-l-energie</guid>
		<dc:date>2023-02-21T11:55:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Martine Orange</dc:creator>


		<dc:subject>Economie internationale</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2023-02-21</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En un an, le conflit provoqu&#233; par la Russie a redessin&#233; de fond en comble les routes et les march&#233;s &#233;nerg&#233;tiques. Les &#201;tats-Unis ont remplac&#233; la Russie comme premier fournisseur de gaz en Europe. Le p&#233;trole russe coule d&#233;sormais vers l'Asie. Deux blocs mondiaux se font face. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de M&#233;diapart. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;but 2022, aucun.e sp&#233;cialiste de l'&#233;nergie n'aurait os&#233; parier sur un tel bouleversement. Il leur semblait m&#234;me impossible que des routes d'&#233;change, des flux mondiaux instaur&#233;s parfois depuis (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Le-Monde-" rel="directory"&gt;Le Monde&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-internationale-+" rel="tag"&gt;Economie internationale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-135-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2023-02-21-+" rel="tag"&gt;Edition du 2023-02-21&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH112/capture_d_e_cran_le_2023-02-20_a_13.41_11-7c9fa.png?1676980697' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En un an, le conflit provoqu&#233; par la Russie a redessin&#233; de fond en comble les routes et les march&#233;s &#233;nerg&#233;tiques. Les &#201;tats-Unis ont remplac&#233; la Russie comme premier fournisseur de gaz en Europe. Le p&#233;trole russe coule d&#233;sormais vers l'Asie. Deux blocs mondiaux se font face.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/170223/comment-la-guerre-en-ukraine-change-le-monde-de-l-energie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;M&#233;diapart&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but 2022, aucun.e sp&#233;cialiste de l'&#233;nergie n'aurait os&#233; parier sur un tel bouleversement. Il leur semblait m&#234;me impossible que des routes d'&#233;change, des flux mondiaux instaur&#233;s parfois depuis des d&#233;cennies, puissent &#234;tre boulevers&#233;s. Et pourtant ! En un an, la guerre d'Ukraine provoqu&#233;e par la Russie a redessin&#233; de fond en comble le monde de l'&#233;nergie, les modes d'approvisionnement et de consommation, les voies d'acheminement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le contr&#244;le du p&#233;trole, du gaz ou du charbon a toujours fait l'objet de f&#233;roces batailles politiques et g&#233;ostrat&#233;giques, et de guerres d'influence, les diff&#233;rentes productions ont continu&#233; malgr&#233; tout &#224; circuler dans le monde, afin de r&#233;pondre &#224; une demande elle aussi mondiale. Avec la guerre en Ukraine, toutes les pi&#232;ces de l'&#233;chiquier ont boug&#233;, instaurant de nouveaux circuits, rendant caduques du jour au lendemain des infrastructures lourdes, &#233;rigeant des fronti&#232;res dans la circulation mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;nergie est devenue un th&#233;&#226;tre d'affrontements entre les &#201;tats-Unis et la Russie, respectivement premier et troisi&#232;me producteurs mondiaux de p&#233;trole, et de leurs alli&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_40500 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/capture_d_e_cran_le_2023-02-20_a_13.41_11.png?40500/fb24a4ffb3c44a30cd7dd9718251f8d942bcbe1ae34207b56093d4cea4c64f5c&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH373/fb24a4ffb3c44a30-b947d387-600ac.png?1717200802' width='500' height='373' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Premier fournisseur de l'Europe, le r&#233;gime de Vladimir Poutine, qui a b&#226;ti toute sa puissance et son &#233;conomie sur la rente gazi&#232;re et p&#233;troli&#232;re, a &#233;t&#233; le premier &#224; utiliser l'arme de l'&#233;nergie comme moyen de chantage et de r&#233;torsion, particuli&#232;rement face &#224; l'Europe. Celle-ci a tr&#232;s vite mesur&#233; son &#233;tat de d&#233;pendance : tout au long du printemps et de l'&#233;t&#233; 2022, Moscou et son bras arm&#233; Gazprom n'ont cess&#233; de jouer avec les nerfs des pays europ&#233;ens, mena&#231;ant de suspendre les arrivages gaziers pour les reprendre, avant de les suspendre &#224; nouveau, imposant de nouvelles r&#232;gles selon son bon vouloir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#201;tats-Unis et leurs alli&#233;s europ&#233;ens ont r&#233;pliqu&#233;. Neuf paquets de sanctions ont &#233;t&#233; adopt&#233;s par les &#201;tats membres de l'Union europ&#233;enne et le G7 depuis le 24 f&#233;vrier 2022. Du &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/economie/280222/la-russie-entre-dans-des-terres-financieres-inconnues&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;gel des avoirs&lt;/a&gt; de la Banque centrale de Russie &#224; l'&#233;tranger au plafonnement des prix du gaz et du p&#233;trole en passant par l'interdiction de tous les &#233;changes interbancaires internationaux par la Russie et l'embargo sur toutes les technologies et les &#233;quipements critiques, des mesures sans pr&#233;c&#233;dent ont &#233;t&#233; adopt&#233;es pour tenter de priver le r&#233;gime de Vladimir Poutine des ressources n&#233;cessaires pour financer son invasion en Ukraine. En vain, jusqu'&#224; maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effondrement &#233;conomique de la Russie, &#171; en trois semaines &#187; comme l'avait promis le ministre des finances fran&#231;ais, Bruno Le Maire, fin f&#233;vrier 2022, n'a pas eu lieu. M&#234;me si l'&#233;conomie russe est durablement affaiblie, elle r&#233;siste malgr&#233; tout. La balance commerciale russe a atteint un exc&#233;dent record de 282,3 milliards de dollars (contre 170 en 2021) : la flamb&#233;e des prix de l'&#233;nergie lui a permis de compenser, et m&#234;me au-del&#224;, la baisse des volumes vendus.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; L'&#233;nergie fa&#231;onne l'ensemble de l'&#233;conomie, elle en est l'&#233;l&#233;ment constitutif essentiel.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Ces chiffres contribuent &#224; alimenter le d&#233;bat, qui n'est pas pr&#232;s de se tarir (lire &lt;a href=&#034;https://www.washingtonpost.com/business/2023/02/15/russia-sanctions-impact-ukraine-war/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&#034;https://www.economist.com/leaders/2023/02/01/why-the-wests-oil-sanctions-on-russia-are-proving-to-be-underwhelming&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l&#224;&lt;/a&gt;), sur la pertinence des sanctions. Celles-ci sont revenues partiellement en boomerang et l'Europe en paie le prix fort. Dans un march&#233; tr&#232;s tendu, &#224; peine remis des chaos engendr&#233;s par la pand&#233;mie mondiale, cette guerre de l'&#233;nergie s'est traduite par une flamb&#233;e des cours sans pr&#233;c&#233;dent. En un an, les prix des hydrocarbures ont bondi de plus 75 % pour le p&#233;trole, plus de 200 % pour le gaz en moyenne. La crise &#233;nerg&#233;tique a d&#233;j&#224; co&#251;t&#233; pr&#232;s de 800 milliards d'euros au continent, selon les &lt;a href=&#034;https://oilprice.com/Energy/Energy-General/EU-Energy-Crisis-Bill-Nears-800-Billion.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;derniers calculs de l'institut Bruegel&lt;/a&gt;. Une partie substantielle de ces surco&#251;ts est venue alimenter les &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/080922/la-banque-centrale-europeenne-ouvre-la-voie-la-recession&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;superprofits des groupes p&#233;troliers&lt;/a&gt; et &#233;nerg&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette explosion des co&#251;ts rappelle une donn&#233;e oubli&#233;e par beaucoup : plus que tout autre facteur, l'&#233;nergie fa&#231;onne l'ensemble de l'&#233;conomie, elle en est l'&#233;l&#233;ment constitutif essentiel. En quelques semaines, toute l'&#233;conomie europ&#233;enne, aux premi&#232;res loges de la guerre en Ukraine, et dans une moindre mesure l'&#233;conomie mondiale, a ressenti les secousses de ce choc &#233;nerg&#233;tique. Partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inflation, qui avait quasiment disparu depuis trois d&#233;cennies, et avait resurgi &#224; la sortie de la pand&#233;mie en raison des goulots d'&#233;tranglement, a bondi. En moyenne, elle s'est &#233;lev&#233;e &#224; plus de 10 % dans la zone euro mais avec des pointes &#224; 23 % en Lituanie, 15 % aux Pays-Bas. Tous les secteurs sont touch&#233;s, certains, notamment dans l'industrie lourde, d&#233;cidant m&#234;me de se mettre &#224; l'arr&#234;t, incapables de faire face &#224; des factures d'&#233;nergie exorbitantes. Les banques centrales occidentales ont &#233;t&#233; oblig&#233;es de &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/080922/la-banque-centrale-europeenne-ouvre-la-voie-la-recession&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;remonter les taux&lt;/a&gt;, faute d'autres instruments &#224; leur disposition, pour tenter de juguler la hausse des prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Europe est parvenue &#224; &#233;viter, jusqu'&#224; pr&#233;sent, une r&#233;cession tant redout&#233;e. Mais les d&#233;g&#226;ts &#233;conomiques sont consid&#233;rables. Pour la premi&#232;re fois de son histoire, la zone euro, traditionnellement exportatrice nette, affiche un d&#233;ficit commercial de 2 87,3 milliards d'euros pour les onze premiers mois de l'ann&#233;e, selon les &lt;a href=&#034;https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/teiet210/default/table?lang=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;donn&#233;es d'Eurostat&lt;/a&gt;. L'Allemagne, le moteur &#233;conomique de l'Europe, voit son mod&#232;le &#233;conomique et g&#233;opolitique &#233;branl&#233; : les fondations de la machine industrielle allemande, b&#226;tie sur une &#233;nergie peu ch&#232;re en provenance de Russie et exportant dans le monde entier, sont &#233;branl&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce bouleversement &#233;nerg&#233;tique est aussi g&#233;opolitique. Les nouvelles voies d'acheminement du p&#233;trole et du gaz mises en place par la Russie pour contourner les sanctions, bien plus rapidement que ne l'avait escompt&#233; l'Occident, tracent un monde qui se fragmente, qui se r&#233;organise selon d'autres axes. Le refus de l'Opep comme celui de nombre de pays d'accompagner les sanctions arr&#234;t&#233;es par le G7 ou de s'y joindre dit encore plus que le premier vote de l'ONU demand&#233; pour condamner l'invasion russe : les d&#233;chirures mondiales sont b&#233;antes, mettant au jour un certain isolement occidental. Le monde se fracture et le secteur de l'&#233;nergie est le premier &#224; en rendre compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le grand renversement des flux gaziers&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mois de guerre d'Ukraine ont suffi pour atteindre un but que la diplomatie am&#233;ricaine n'&#233;tait pas parvenue &#224; r&#233;aliser en dix ans : le flot incessant du gaz russe vers l'Europe est interrompu. Alors que les livraisons gazi&#232;res repr&#233;sentaient plus de 50 % de la consommation gazi&#232;re europ&#233;enne, et parfois jusqu'&#224; 100 % pour des pays comme la Hongrie, la Tch&#233;quie ou la Finlande, les exportations de Gazprom vers l'Europe sont tomb&#233;es &#224; 7 % fin 2022, certains pays enclav&#233;s du continent n'ayant pas d'autre solution &#224; ce stade que de s'en remettre au gaz russe achemin&#233; par gazoduc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pari europ&#233;en de se priver de gaz russe paraissait inaccessible &#224; beaucoup, lorsque la Commission europ&#233;enne, sous l'impulsion de la Pologne et des pays Baltes en particulier, fixa comme objectif de diminuer des deux tiers les achats &#224; l'automne, avant de les arr&#234;ter compl&#232;tement. La Russie livrait alors 155 milliards de m&#232;tres cubes par an au continent. Comment retrouver une telle quantit&#233; de gaz, indispensable aux &#233;conomies europ&#233;ennes, pour remplacer la Russie, premier producteur mondial, alors que les sources de substitution sont rares ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#201;tats membres de l'Union, persuad&#233;s jusqu'alors que le march&#233; suppl&#233;ait &#224; tout, ont d&#233;couvert leur vuln&#233;rabilit&#233; et compris leur incurie. Au nom des bienfaits de la concurrence, 90 % des capacit&#233;s de stockage en Europe &#233;taient d&#233;sormais aux mains du priv&#233; (y compris de Gazprom). Et quasiment vides : les exploitants, soumis &#224; aucune obligation ni contr&#244;le, estimant qu'il &#233;tait de bonne gestion de conserver des quantit&#233;s minimales afin de ne pas immobiliser inutilement de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Europ&#233;ens se sont aussi rendu compte qu'ils d&#233;pendaient du maillage des gazoducs russes, patiemment d&#233;velopp&#233;s et compl&#233;t&#233;s ces derni&#232;res d&#233;cennies, pour leurs approvisionnements gaziers. &#192; c&#244;t&#233;, ils n'avaient quasiment aucune infrastructure gazi&#232;re : tr&#232;s peu de ports m&#233;thaniers, et essentiellement en Europe du Sud (Espagne, France, Italie, l'Allemagne n'en ayant aucun), pas plus de stations de regaz&#233;ification, et un nombre tr&#232;s limit&#233; de m&#233;thaniers.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_40501 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/capture_d_e_cran_le_2023-02-20_a_13.42_53.png?40501/a01a57bedebb285f4fb2fb50b72c557cd04df58b36648635885852c374497e18&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH521/a01a57bedebb285f-de5f3a56-7d4d0.png?1717200802' width='500' height='521' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En quelques mois, tous les pays se sont mobilis&#233;s pour inverser la tendance, chercher d'autres approvisionnements. Ch&#233;quier &#224; la main, chacun est all&#233;, en ordre dispers&#233;, d&#233;marcher les autres pays producteurs - Norv&#232;ge, Qatar, Alg&#233;rie, &#201;tats-Unis, Azerba&#239;djan - pour obtenir de nouveaux contrats, afin de reconstituer au plus vite ses stocks. Tous les pays producteurs ont compris combien le rapport de force leur &#233;tait favorable et ont fait monter les ench&#232;res. Face &#224; des Europ&#233;ens paniqu&#233;s, la sp&#233;culation s'est d&#233;cha&#238;n&#233;e, chacun bataillant pour arracher une cargaison. Au plus fort des tensions, en septembre 2022 , le cours du gaz sur les march&#233;s spots europ&#233;ens a atteint 340 euros le m&#233;gawattheure, ce qui &#233;quivaut &#224; un prix du baril de p&#233;trole &#224; pr&#232;s de 500 dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La victoire du GNL am&#233;ricain&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les achats de gaz naturel liqu&#233;fi&#233; (GNL) constituent d&#233;sormais l'essentiel des approvisionnements gaziers en Europe. Ils sont &lt;a href=&#034;https://www.ft.com/content/3b48c327-978d-4a82-9349-c4228fdf99bd&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en hausse de 58 %&lt;/a&gt; par rapport &#224; 2021. Les &#201;tats-Unis sont les b&#233;n&#233;ficiaires de ce renversement. Attir&#233;s par les prix stratosph&#233;riques en Europe, les producteurs am&#233;ricains ont massivement d&#233;laiss&#233; l'Asie, jusqu'alors leur premier march&#233;, d'autant que la Chine, en raison de sa politique z&#233;ro Covid, &#233;tait quasiment &#224; l'arr&#234;t. Les exportations de gaz de schiste vers l'Europe ont augment&#233; de plus de 171 % selon le &lt;a href=&#034;https://www.amisdelaterre.org/wp-content/uploads/2023/02/brief-presse-importations-gnl-france-2023.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dernier rapport des Amis de la Terre&lt;/a&gt;. Ils sont d&#233;sormais le premier fournisseur de l'Europe, tandis que la France, oubliant ses engagements pass&#233;s de ne pas acheter du gaz de schiste, est devenue le premier importateur de GNL, le revendant par la suite aux autres pays europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; un hiver particuli&#232;rement cl&#233;ment et des &#233;conomies d'&#233;nergie, l'Europe est parvenue &#224; traverser sans trop d'encombre une p&#233;riode tr&#232;s redout&#233;e par beaucoup. Les stocks gaziers sont encore tr&#232;s hauts et le prix du gaz est retomb&#233; &#224; 51 euros le MWh. Une embellie que beaucoup esp&#232;rent durable. Il faudra cependant passer d'autres hivers avant que l'Europe parvienne &#224; stabiliser et r&#233;organiser compl&#232;tement son march&#233; de l'&#233;nergie, pr&#233;viennent certains traders.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourra-t-elle le faire en se passant d&#233;finitivement de la Russie ? Le sabotage de Nord Stream 1 et Nord Stream 2, &#8211; &lt;a href=&#034;https://www.thetimes.co.uk/article/us-bombed-nord-stream-gas-pipelines-claims-investigative-journalist-seymour-hersh-s730dnnfz&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;attribu&#233; par le journaliste am&#233;ricain Seymour Hersh&lt;/a&gt; aux autorit&#233;s am&#233;ricaines avec l'appui de la Norv&#232;ge sans que ces r&#233;v&#233;lations suscitent la moindre r&#233;action des chancelleries occidentales &#8211;, a d&#233;truit pour une longue p&#233;riode les capacit&#233;s d'acheminement gazier de Moscou. M&#234;me si la Russie r&#233;pare ces infrastructures comme elle dit en avoir l'intention, difficile d'imaginer que ces &#233;changes &lt;a href=&#034;https://www.bloomberg.com/opinion/articles/2022-12-12/europe-will-buy-russian-gas-again-but-one-thing-needs-to-happen-first?sref=fo6OHuy7&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;puissent rena&#238;tre facilement&lt;/a&gt;. Gazprom a commenc&#233; de toute fa&#231;on &#224; changer la direction de ses exportations gazi&#232;res : il fournit &#224; plein le gazoduc qui relie d&#233;sormais sur 3 000 kilom&#232;tres la Russie &#224; la Chine. Et de grands travaux ont &#233;t&#233; engag&#233;s pour d&#233;velopper les infrastructures portuaires sur la c&#244;te est, afin de pouvoir y exporter du gaz vers l'Asie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les nouvelles voies du p&#233;trole russe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Jamais nous n'accepterons un plafonnement du prix de notre p&#233;trole. Et nous arr&#234;terons toutes les exportations vers les pays qui entendent nous l'imposer &#187;, avait pr&#233;venu Vladimir Poutine au lendemain du sommet du G7 annon&#231;ant que les exportations p&#233;troli&#232;res seraient interdites au-del&#224; d'un certain prix. Le dispositif, d&#233;fendu par les &#201;tats-Unis, vise &#224; limiter les rentr&#233;es financi&#232;res du r&#233;gime russe sans d&#233;stabiliser le march&#233; p&#233;trolier. Il est &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/051222/apres-l-embargo-sur-le-petrole-russe-l-europe-dans-le-brouillard&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;entr&#233; en vigueur le 5 f&#233;vrier&lt;/a&gt; : au-del&#224; de 60 dollars le baril et de 100 dollars pour les produits d&#233;riv&#233;s (diesel notamment), les pays du G7 et de l'Union europ&#233;enne, qui par ailleurs a banni tout achat de p&#233;trole russe, s'interdisent d'acheter, de transporter et d'assurer toute cargaison russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 9 f&#233;vrier, le ministre de l'&#233;nergie russe, Alexander Novak, annon&#231;ait que la production p&#233;troli&#232;re du pays allait diminuer de 500 000 barils par jour par mesure de r&#233;torsion. La mesure n'est pas pour d&#233;plaire aux pays producteurs : elle permet de maintenir la pression sur le march&#233; et de conserver des prix &#233;lev&#233;s. Dans la foul&#233;e, le cours du brent augmentait &#224; nouveau pour atteindre 86 dollars le baril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la commissaire europ&#233;enne charg&#233;e de l'&#233;nergie, Kadri Simson, la r&#233;action de Moscou est la preuve que les sanctions fonctionnent : l'industrie p&#233;troli&#232;re russe, coup&#233;e des technologies occidentales, a de plus en plus de difficult&#233;s &#224; fonctionner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chiffres, cependant, disent autre chose, &lt;a href=&#034;https://www.bloomberg.com/news/articles/2023-02-14/russia-did-most-oil-drilling-in-a-decade-even-as-sanctions-hit?srnd=premium-europe&amp;sref=fo6OHuy7&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;note Bloomberg&lt;/a&gt;. M&#234;me si les grandes majors p&#233;troli&#232;res, Shell, BP, TotalEnergies, se sont s&#233;par&#233;es plus ou moins volontairement de leurs grandes explorations p&#233;troli&#232;res en Russie, en Sib&#233;rie notamment, privant en partie l'industrie p&#233;troli&#232;re russe des technologies de pointe qui risquent de la p&#233;naliser &#224; long terme, les p&#233;troliers russes continuent &#224; produire, &#224; forer &#224; un rythme soutenu. Selon l'Agence internationale de l'&#233;nergie, la production du pays a diminu&#233; en moyenne de dix mille barils par jour sur les onze premiers mois de l'ann&#233;e 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un effondrement de sa production au cours des deux premiers mois de la guerre, l'industrie p&#233;troli&#232;re russe est parvenue &#224; se relancer. Elle a surtout mis en place d'autres chemins et d'autres acheteurs pour exporter son brut. Ses tankers &lt;a href=&#034;https://www.wsj.com/articles/russias-war-on-ukraine-changed-global-oil-trade-here-is-what-it-looks-like-now-11674740567?mod=hp_lead_pos5&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;empruntent moins la mer Noire&lt;/a&gt; et le canal de Suez mais partent plus de la c&#244;te est pour aller vers la Chine, Singapour, la Malaisie et surtout l'Inde.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_40502 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/1-49.png?40502/c915e43e7bbe2f01c2dd5b481647282a8ff95df3bbb5ed7b00871974a77ae8e7&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH399/c915e43e7bbe2f01-84e3469a-e362f.png?1717200803' width='500' height='399' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Evolution du Brent sur un an (en dollars par baril). &#169; @Boursorama&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Acceptant de vendre son brut de r&#233;f&#233;rence, l'ural, avec des d&#233;cotes allant jusqu'&#224; 35 % - celles-ci seraient de moins en moins &#233;lev&#233;es ces derni&#232;res semaines, selon les confidences de traders &#224; Bloomberg &#8211;, &#224; condition que les cargaisons ne soient pas pay&#233;es en dollars afin d'&#233;chapper aux sanctions, les groupes russes ont vite trouv&#233; preneurs et m&#234;me suscit&#233; des vocations. Les raffineurs chinois, indiens, &#233;gyptiens ont vite compris l'int&#233;r&#234;t d'acheter du p&#233;trole russe au rabais pour le revendre sous une autre &#233;tiquette au prix fort. M&#234;me l'Arabie saoudite s'y est mise, achetant du p&#233;trole russe pour ses besoins int&#233;rieurs et revendant sa production &#224; l'&#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le mois de juin, du p&#233;trole russe, officiellement banni, est revenu approvisionner la Grande-Bretagne et les &#201;tats-Unis, o&#249; il a &#233;t&#233; revendu sous une autre &#233;tiquette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un march&#233; p&#233;trolier toujours approvisionn&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une certaine fa&#231;on, cela arrange tout le monde : il n'y a pas de p&#233;nurie, ce qui permet de contenir les cours. M&#234;me s'il existe beaucoup de pays producteurs de p&#233;trole &#8211; &#224; la diff&#233;rence du gaz &#8211;, la place de la Russie, troisi&#232;me producteur mondial derri&#232;re les &#201;tats-Unis et l'Arabie saoudite, lui donne un r&#244;le essentiel sur le march&#233; p&#233;trolier : avec ses 10 millions de barils par jour en moyenne, elle assure un approvisionnement indispensable sur un march&#233; tendu o&#249; la demande mondiale ne faiblit pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pr&#233;occupation de ne pas d&#233;stabiliser le march&#233; p&#233;trolier a &#233;t&#233; constante chez les responsables politiques. &#192; commencer par l'Europe. M&#234;me si les &#201;tats membres &#233;taient beaucoup moins d&#233;pendants du p&#233;trole que du gaz russe, certains pays, notamment de l'Europe centrale, sont l&#224; aussi enti&#232;rement li&#233;s aux approvisionnements russes. Comme pour le gaz, ils se sont oppos&#233;s au moment de l'invasion de l'Ukraine &#224; un embargo imm&#233;diat sur le p&#233;trole russe. Plusieurs pays, notamment la Hongrie, la Tch&#233;quie, la Roumanie tout comme le Japon d'ailleurs, restent dispens&#233;s d'appliquer les mesures de plafonnement que s'imposent le G7 et l'Union europ&#233;enne. La Bulgarie, elle aussi exempt&#233;e, est m&#234;me devenue le &lt;a href=&#034;https://oilprice.com/Energy/Crude-Oil/How-Bulgaria-Became-The-Worlds-Third-Largest-Buyer-Of-Russian-Oil.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;troisi&#232;me acheteur mondial&lt;/a&gt; de p&#233;trole russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement am&#233;ricain a le m&#234;me souci. Alors que le gallon (3,78 litres) approchait les 5 dollars, il s'est violemment oppos&#233; aux projets europ&#233;ens de d&#233;clarer un bannissement total du p&#233;trole russe. Pour juguler la flamb&#233;e de l'essence, il a puis&#233; dans les r&#233;serves strat&#233;giques du pays pour les remettre sur le march&#233; : les deux tiers de ses r&#233;serves ont ainsi &#233;t&#233; distribu&#233;s entre juillet et novembre, permettant de ramener le prix du WTI, le brut de r&#233;f&#233;rence sur le march&#233; am&#233;ricain, &#224; 70 dollars le baril (contre plus de 120 dollars en juillet).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_40503 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/capture_d_e_cran_le_2023-02-20_a_13.48_54.png?40503/0fec956d139ee005a8548d15dd0cb0659119ae45bff43440f74d81b3fea43875&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH372/0fec956d139ee005-db2dc0bb-1411f.png?1717200803' width='500' height='372' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Opep aux c&#244;t&#233;s de la Chine et de la Russie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La visite a &#233;t&#233; peu comment&#233;e en Europe et aux &#201;tats-Unis. Elle constitue cependant un s&#233;rieux avertissement. Reclus en Chine pendant plus de deux ans en raison de la pand&#233;mie, le pr&#233;sident chinois Xi Jinping a choisi d&#233;but d&#233;cembre de se rendre &#224; Riyad pour un de ses premiers d&#233;placements &#224; l'&#233;tranger. Il y fut re&#231;u avec faste par le prince Mohammed ben Salmane. Des dizaines de contrats et d'&#233;changes commerciaux, estim&#233;s &#224; plus de 26 milliards de dollars, ont &#233;t&#233; sign&#233;s &#224; l'issue de cette rencontre entre les deux dirigeants, cens&#233;e illustrer &#171; le partenariat des puissants &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le lot, la Chine a sign&#233; des contrats p&#233;troliers de tr&#232;s long terme avec l'Arabie saoudite, lui garantissant une s&#233;curit&#233; d'approvisionnement, et payables en yuan. Pour la Chine, cela repr&#233;sente un pas d&#233;cisif dans la longue marche qu'elle a entreprise depuis 2015 pour &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/economie/180118/la-chine-met-au-defi-le-dollar-roi&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;s'extraire de la domination du dollar&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;pisode marque un nouveau revers des &#201;tats-Unis face &#224; l'Arabie saoudite et &#224; l'Opep. Les tensions avec le cartel des pays producteurs &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/150915/un-ete-economique-meurtrier-24-petrole-le-pari-perdu-de-larabie-saoudite&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;remontent &#224; plusieurs ann&#233;es&lt;/a&gt;, quand ces pays ont r&#233;alis&#233; que les &#201;tats-Unis &#233;taient en train de les concurrencer sans m&#233;nagement avec la production d'huile et de gaz de schiste. Mais l'ann&#233;e 2022 a constitu&#233; un point de rupture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but de l'invasion de l'Ukraine, la Maison Blanche esp&#233;rait que l'Opep abandonnerait la Russie et se rangerait dans le camp occidental en augmentant sa production afin de donner aux sanctions contre Moscou toute leur efficacit&#233;. Il n'en a rien &#233;t&#233;. Tout au long du printemps, le cartel a affich&#233; sa distance, se contentant d'&#234;tre spectateur dans le conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;t&#233;, Joe Biden faisait lui-m&#234;me le d&#233;placement &#224; Riyad pour tenter d'aplanir les tensions avec l'Arabie saoudite, exacerb&#233;es depuis les attaques y&#233;m&#233;nites &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/economie/170919/petrole-les-marches-decouvrent-la-vulnerabilite-de-riyad&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;contre les installations de l'Aramco&lt;/a&gt; et la condamnation du prince ben Salmane, d&#233;sign&#233; comme paria depuis l'&lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/010321/assassinat-de-khashoggi-pourquoi-washington-accuse-mbs&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;assassinat&lt;/a&gt; du journaliste Jamal Khashoggi. La r&#233;habilitation du prince saoudien par la Maison Blanche n'a rien chang&#233; &#224; l'affaire. Le pr&#233;sident am&#233;ricain est reparti de Riyad avec de vagues promesses de coop&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but octobre, la r&#233;ponse de l'Opep aux avances occidentales a &#233;t&#233; des plus limpides : le cartel continuait de d&#233;fendre ses seuls int&#233;r&#234;ts et restait aux c&#244;t&#233;s de la Russie. Il d&#233;cidait m&#234;me de &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/economie/071022/petrole-le-cartel-des-pays-producteurs-ajoute-sa-pierre-la-recession-mondiale&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;duire sa production&lt;/a&gt; de 2 millions de barils par jour, officiellement en raison des nuages pesant sur l'&#233;conomie mondiale. Cette r&#233;duction lui permet surtout de maintenir des prix &#233;lev&#233;s et de reconstituer des r&#233;serves mises &#224; mal par l'inflation et la hausse du dollar. Mais cette d&#233;cision permet aussi &#224; la Russie de continuer &#224; b&#233;n&#233;ficier de substantielles rentr&#233;es d'argent, gr&#226;ce &#224; la vente de son p&#233;trole, m&#234;me au rabais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, l'Opep n'a pas boug&#233; d'un iota. Son secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, le Kowe&#239;tien Haitham Al-Ghais, d&#233;fend les positions du cartel, expliquant que ses mesures permettaient de stabiliser le march&#233; p&#233;trolier dans un contexte difficile, ce qui est, selon lui, sa mission premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prince Mohammed ben Salmane se montre beaucoup moins diplomate. Lors du forum de Davos, il a insist&#233; sur ses ambitions de diversifier l'&#233;conomie saoudienne, de d&#233;velopper de &#171; nouvelles routes de la soie &#187; avec la Chine. Il a surtout confirm&#233; qu'il &#233;tait pr&#234;t &#224; abandonner le dollar comme seule monnaie de r&#233;f&#233;rence dans les &#233;changes p&#233;troliers et d'accepter d'autres devises. Ce qui fait peser une menace sur le &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/010123/1973-ce-choc-petrolier-qui-change-le-monde&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;statut du dollar&lt;/a&gt; comme seule monnaie de r&#233;serve internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le message est clair. L'Arabie saoudite, apr&#232;s plus de quatre-vingts ans d'alignement, est en train de d&#233;finitivement s'&#233;manciper de la tutelle am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un commerce p&#233;trolier de plus en plus opaque&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sanctions contre l'Irak de Saddam Hussein, contre l'Iran ou le Venezuela l'avaient d&#233;j&#224; mis en &#233;vidence : elles &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/economie/230222/les-sanctions-contre-la-russie-une-arme-par-defaut&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ne sont jamais totales&lt;/a&gt;. Des organisations parall&#232;les, des trafics en tout genre, des interm&#233;diaires souvent peu recommandables surgissent de toutes parts pour permettre aux pays bannis de contourner les sanctions et d'&#233;couler leur production p&#233;troli&#232;re. Et ils y parviennent, enrichissant au passage les trafiquants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Russie ne fait pas exception. Compte tenu de sa taille, elle suscite m&#234;me une d&#233;multiplication des voies parall&#232;les, des trafics. Jamais le commerce p&#233;trolier et gazier n'a &#233;t&#233; aussi opaque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Menac&#233;s par le gel de tous leurs avoirs, les groupes p&#233;troliers russes ont d&#233;cid&#233; tr&#232;s vite de c&#233;der ou de liquider leurs positions en Europe. En quelques mois, des dizaines d'actifs, repr&#233;sentant des centaines de millions de dollars, ont chang&#233; de main, atterrissant chez des propri&#233;taires inconnus. La grande raffinerie sicilienne d&#233;tenue par Louko&#239;l, le deuxi&#232;me groupe p&#233;trolier russe, a ainsi &#233;t&#233; vendue &#224; un fonds chypriote &#339;uvrant en coop&#233;ration avec le groupe de trading suisse Trafigura. Dans le m&#234;me temps, Gazprom ou Statoil se sont d&#233;barrass&#233;s d'outils industriels avant qu'ils ne soient saisis par les gouvernements europ&#233;ens, comme en Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce sont surtout les flottes de bateaux et de tankers, indispensables d&#233;sormais &#224; Moscou pour &#233;couler ses productions gazi&#232;res et p&#233;troli&#232;res, qui ont &#233;t&#233; l'objet de toutes les attentions du r&#233;gime de Vladimir Poutine. En quelques mois, des centaines de bateaux ont &#233;t&#233; achet&#233;s, d'autres ont chang&#233; de pavillon pour ne plus naviguer sous pavillon russe. Selon les estimations de Bloomberg, plus de 10 % de la flotte mondiale est d&#233;tenue par des propri&#233;taires inconnus, cach&#233;s dans des structures nich&#233;es dans des paradis fiscaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela permet &#224; Moscou d'exporter ses productions dans le monde en toute impunit&#233;. Cela lui donne aussi d'autres moyens de pression sur le march&#233; de l'&#233;nergie : l'essentiel des &#233;changes &#233;nerg&#233;tiques circulant d&#233;sormais par voie maritime, la mainmise de la Russie et de ses soutiens sur une partie de la flotte mondiale accentue son contr&#244;le et lui permet d'en jouer. Faute de moyens de transport suffisants, le prix des tankers assurant le transport des produits p&#233;troliers en Atlantique s'est envol&#233; de 400 % la semaine derni&#232;re, &lt;a href=&#034;https://www.bloomberg.com/news/articles/2023-02-10/the-cost-of-shipping-gasoline-is-soaring-after-russia-sanctions?sref=fo6OHuy7&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;selon Bloomberg&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les renoncements occidentaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous pression, les pays occidentaux ne sont pas exempts de critiques, acceptant de passer par-dessus bord engagements climatiques et convictions morales pour assurer le court terme. &#192; la recherche de pays gaziers pouvant se substituer &#224; la Russie, la Commission europ&#233;enne a ainsi promu l'Azerba&#239;djan comme grand pays ami de l'Europe, parce qu'il peut fournir quelque 10 milliards de m&#232;tres cubes de gaz au continent gr&#226;ce au gazoduc trans-adriatique partant du sud du Caucase jusqu'en Italie. Cela justifie bien de fermer les yeux sur ce qui se passe en Arm&#233;nie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, alors que le Qatar est d&#233;sormais un des principaux fournisseurs gaziers en Europe, les responsables europ&#233;ens se sont bien gard&#233;s de critiquer l'&#233;mirat pour ses violences sociales, ses pratiques environnementales et sa corruption au moment de la Coupe du monde de football. Ils sont encore plus embarrass&#233;s depuis l'irruption du &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/190123/au-parlement-europeen-l-apres-qatargate-ravive-le-spectre-d-une-alliance-entre-la-droite-et-l-extre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;scandale du Qatargate&lt;/a&gt; au Parlement europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une volte-face surprenante, Washington est pr&#234;t aussi &#224; passer l'&#233;ponge sur le pass&#233;. Depuis l'&#233;t&#233; 2022, &#224; intervalles r&#233;guliers, la Maison Blanche &#233;voque ainsi la possibilit&#233; de lever l'embargo contre le Venezuela. Le pr&#233;sident am&#233;ricain caressait aussi l'espoir de faire rena&#238;tre l'accord nucl&#233;aire avec l'Iran afin de pouvoir lever l'embargo contre T&#233;h&#233;ran. La meurtri&#232;re r&#233;pression des manifestants contre le r&#233;gime totalitaire iranien, alors que T&#233;h&#233;ran fournit des drones &#224; la Russie pour poursuivre ses attaques contre l'Ukraine, a enterr&#233; le projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est surtout en mati&#232;re environnementale que le revirement est le plus spectaculaire. En d&#233;pit des engagements pris pour lutter contre les d&#233;r&#232;glements climatiques, la crise &#233;nerg&#233;tique, accentu&#233;e par l'invasion en Ukraine, n'a pas acc&#233;l&#233;r&#233; la transition vers les &#233;nergies renouvelables. Au contraire. Les pays europ&#233;ens se sont pr&#233;cipit&#233;s vers les vieilles recettes, rouvrant les centrales &#224; charbon et les centrales au fuel, red&#233;couvrant leur int&#233;r&#234;t pour le nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, Joe Biden, qui avait commenc&#233; son mandat en cherchant &#224; limiter les productions et les explorations p&#233;troli&#232;res sur le territoire, a fait volte-face. Il presse les producteurs et les grands groupes p&#233;troliers d'augmenter les forages de gaz et d'huile de schiste, de pousser au maximum la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les promesses de r&#233;duire au plus vite la consommation des &#233;nergies fossiles, voire de les abandonner, se sont &#233;vanouies. L'horizon de changement fix&#233; &#224; 2030 a &#233;t&#233; repouss&#233; &#224; 2050, au mieux. Les majors p&#233;troli&#232;res l'ont bien compris : elles ont toutes r&#233;duit leurs investissements dans la transition &#233;cologique pour revenir &#224; leurs activit&#233;s traditionnelles. Elles savent qu'elles ont carte blanche pour forer, exploiter partout o&#249; c'est possible. Jusqu'&#224; la derni&#232;re goutte de p&#233;trole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martine Orange&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ils ont du p&#233;trole et une seule id&#233;e : enrichir leurs actionnaires</title>
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		<dc:creator>Martine Orange</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-02-14</dc:subject>
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&lt;p&gt;En 2022, les cinq premiers groupes p&#233;troliers occidentaux ont totalis&#233; 180,5 milliards de dollars de profits. Un record historique. Plut&#244;t que d'investir dans les &#233;nergies renouvelables et de pr&#233;parer l'avenir, ils pr&#233;f&#232;rent reverser l'essentiel &#224; leurs actionnaires. Cette position de rente ne peut que relancer le d&#233;bat sur le r&#244;le des majors p&#233;troli&#232;res. &lt;br class='autobr' /&gt; 8 f&#233;vrier 2023 | tir&#233; de mediapart.fr | &#169; Photo Romuald Meigneux / Sipa &lt;br class='autobr' /&gt;
En temps normal, les cinq premiers grands groupes p&#233;troliers (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-International-101-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-135-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH111/3-7-f1dff.png?1676376197' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='111' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 2022, les cinq premiers groupes p&#233;troliers occidentaux ont totalis&#233; 180,5 milliards de dollars de profits. Un record historique. Plut&#244;t que d'investir dans les &#233;nergies renouvelables et de pr&#233;parer l'avenir, ils pr&#233;f&#232;rent reverser l'essentiel &#224; leurs actionnaires. Cette position de rente ne peut que relancer le d&#233;bat sur le r&#244;le des majors p&#233;troli&#232;res.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;8 f&#233;vrier 2023 | tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/080223/ils-ont-du-petrole-et-une-seule-idee-enrichir-leurs-actionnaires&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;mediapart.fr&lt;/a&gt; | &#169; Photo Romuald Meigneux / Sipa&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En temps normal, les cinq premiers grands groupes p&#233;troliers mondiaux (ExxonMobil, Chevron, Shell, BP et Total) auraient sans doute plastronn&#233;. Au vu des circonstances, ils ont pr&#233;f&#233;r&#233; faire profil bas. En ces temps de crise &#233;nerg&#233;tique qui malm&#232;ne finances publiques, entreprises et m&#233;nages, leurs profits ne peuvent que relancer le d&#233;bat sur leur conduite : en 2022, ces cinq premiers groupes ont totalis&#233; ensemble 180,5 milliards de dollars, soit 100 milliards de dollars de plus qu'en 2021, ann&#233;e d&#233;j&#224; consid&#233;r&#233;e comme exceptionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ces profits auraient &#233;t&#233; encore plus &#233;lev&#233;s si des op&#233;rations comptables n'&#233;taient venues lisser les comptes. Total ainsi a enregistr&#233; un b&#233;n&#233;fice comptable net ajust&#233; de 36,2 milliards de dollars. Apr&#232;s la prise en compte de ses d&#233;sinvestissements en Russie (15 milliards de dollars), son b&#233;n&#233;fice est ramen&#233; &#224; 20,5 milliards de dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais dans leur histoire r&#233;cente, les majors du Big Oil n'avaient enregistr&#233; des r&#233;sultats aussi colossaux. En 2011, ann&#233;e o&#249; le prix du baril avait d&#233;pass&#233; les 120 dollars, leurs profits s'&#233;levaient &#224; 140 milliards. Shell d'ailleurs le reconna&#238;t : le groupe a enregistr&#233; un r&#233;sultat historique (39,8 milliards de dollars), le plus &#233;lev&#233; en 115 ans !&lt;/p&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH386/ae2341143b557f2c-03287be8-4f2c3.png?1717200803' width='500' height='386' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
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&lt;p&gt;Column chart&lt;br class='autobr' /&gt;
Infogram&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&#192; eux seuls, ces chiffres r&#233;sument la folie du moment. La crise &#233;nerg&#233;tique, les tensions g&#233;opolitiques, la guerre en Ukraine sur fond de crise climatique se traduisent par des d&#233;placements financiers colossaux et une accumulation encore plus gigantesque de capitaux entre quelques mains qui mettent &#224; profit leur position de rente, sans qu'aucun facteur redistributif ne vienne les contrarier. Un pognon de dingue, pour reprendre l'expression d&#233;sormais consacr&#233;e, est accapar&#233; au d&#233;triment de tous &#224; court et long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le ministre des Finances fran&#231;ais Bruno Le Maire ne sait toujours pas ce que veut dire des superprofits, la Maison Blanche le sait, qui en a tout de suite per&#231;u le caract&#232;re politiquement explosif. &lt;i&gt;&#171; Il est scandaleux qu'Exxon r&#233;alise un nouveau record des profits pour les compagnies p&#233;troli&#232;res occidentales, apr&#232;s que les Am&#233;ricains ont &#233;t&#233; forc&#233;s de payer des prix si &#233;lev&#233;s &#224; la pompe au milieu de l'invasion de Poutine &#187;&lt;/i&gt;, a r&#233;agi un porte-parole de la Maison Blanche dans un mail, tout de suite apr&#232;s la publication des r&#233;sultats d'ExxonMobil annon&#231;ant 55 milliards de dollars de profits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une &#233;conomie mondiale toujours plus d&#233;pendante des &#233;nergies fossiles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re ces chiffres effarants se cache d&#233;j&#224; un premier constat accablant : en d&#233;pit des grands discours et des beaux engagements, l'&#233;conomie mondiale est plus carbon&#233;e que jamais. Alors que 2022 a &#233;t&#233; marqu&#233;e par nombre d'&#233;v&#233;nements (temp&#234;tes, inondations, vagues de chaleur, s&#233;cheresses) prouvant la r&#233;alit&#233; des d&#233;r&#232;glements climatiques et l'urgence de la situation, rien n'a &#233;t&#233; fait pour tenter d'endiguer le recours aux &#233;nergies fossiles. Au contraire. La demande mondiale en p&#233;trole, gaz, hydrocarbures continue d'augmenter : elle a d&#233;pass&#233; d&#233;sormais les 100 millions de barils par jour et devrait continuer &#224; progresser cette ann&#233;e, selon l'Agence internationale de l'&#233;nergie.&lt;/p&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH333/300299af192f38f6-7ea8a198-e6c9c.png?1717200804' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
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&lt;p&gt;&lt;i&gt;La fa&#231;ade du si&#232;ge de TotalEnergies dans le quartier de La D&#233;fense apr&#232;s avoir &#233;t&#233; asperg&#233;e de peinture rouge par des militants &#233;cologistes, le 8 f&#233;vrier 2023. &#169; Photo Romuald Meigneux / Sipa&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais face &#224; ce rebond de la consommation, l'offre n'a pas suivi. Depuis plusieurs ann&#233;es, les groupes p&#233;troliers et les pays producteurs ont opt&#233; pour &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/economie/270821/energie-la-strategie-de-la-rarete&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une strat&#233;gie de la raret&#233;&lt;/a&gt;, laquelle leur semble beaucoup plus r&#233;mun&#233;ratrice et s&#251;re que de pousser &#224; la surproduction. L'effacement des approvisionnements p&#233;troliers et gaziers russes, &#224; la suite des sanctions adopt&#233;es par l'Occident en r&#233;ponse &#224; l'invasion de l'Ukraine par la Russie, a achev&#233; de bouleverser les &#233;quilibres existants du secteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Europe, la poule aux &#339;ufs d'or des p&#233;troliers&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impr&#233;paration et la fa&#231;on brouillonne dont les pays europ&#233;ens ont mis en &#339;uvre ces sanctions contre Moscou, jusqu'alors l'un des premiers, voire le premier, fournisseurs de certains pays europ&#233;ens, a conduit &#224; une surench&#232;re entre ces derniers, ainsi qu'&#224; une sp&#233;culation effr&#233;n&#233;e. Dans leurs pr&#233;sentations, les grands groupes mondiaux ne manquent pas de consacrer des mentions sp&#233;ciales au continent europ&#233;en : &lt;i&gt;&#171; le siphonnage massif de la prosp&#233;rit&#233; en dehors de l'Europe &#187;&lt;/i&gt;,&lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/economie/110922/face-la-crise-energetique-le-grand-bazar-europeen&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d&#233;nonc&#233; par le premier ministre belge &#224; l'automne&lt;/a&gt;, se retrouve en partie dans les comptes de r&#233;sultats de ces cinq majors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Europe a &#233;t&#233; leur poule aux &#339;ufs d'or. Les profits exceptionnels de Shell sont tir&#233;s en grande partie de ces ventes de gaz naturel liqu&#233;fi&#233; &#224; l'Europe, tout comme BP. ExxonMobil a multipli&#233; par deux ses profits en Europe en un an. Plus grave : l'Union europ&#233;enne, qui se veut le fer de lance de la transition &#233;cologique, a tourn&#233; le dos &#224; ses propres engagements, a relanc&#233; dans la panique ses centrales &#224; gaz, ses centrales &#224; charbon, et construit &#224; toute vitesse des terminaux pour importer du gaz naturel liqu&#233;fi&#233; (GNL) et ainsi faire face aux ruptures provoqu&#233;es par les sanctions &#224; la suite de l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Sans discuter les prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La mise entre parenth&#232;ses des imp&#233;ratifs climatiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette volte-face n'a pas &#233;chapp&#233; aux majors p&#233;troli&#232;res. Tous ces grands groupes ont tout de suite compris que le fameux signal-prix, cens&#233; &#234;tre la corde de rappel &#233;conomique pour contraindre la demande, n'existait pas dans un monde qui a soif d'&#233;nergie, et qui n'a d'autre solution que de se raccrocher aux &#233;nergies fossiles, faute d'alternatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leur pr&#233;sentation strat&#233;gique, les cinq majors prennent toutes note de ce revirement pour s'en r&#233;jouir. Ces derni&#232;res ann&#233;es, elles se posaient des questions existentielles, se demandant o&#249; &#233;tait leur futur : elles avaient arr&#234;t&#233; nombre de projets d'investissements dans l'exploration et la production, les jugeant trop risqu&#233;s et pas assez rentables ; elles s'inqui&#233;taient d'&#234;tre bannies par les investisseurs et les march&#233;s de capitaux pour non-conformit&#233; aux crit&#232;res sociaux et environnementaux. Toutes ces craintes se sont volatilis&#233;es : les grands groupes p&#233;troliers occidentaux affichent aujourd'hui une s&#233;r&#233;nit&#233; rarement vue depuis 2011, leur derni&#232;re grande ann&#233;e de r&#233;ussite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, elles disent avoir encore des projets pour accompagner la transition &#233;cologique et d&#233;velopper d'autres &#233;nergies propres. ExxonMobil ne jure que par les techniques de production de l'hydrog&#232;ne et la capture du carbone, entra&#238;nant tous ses concurrents sur ce chemin. Shell, qui n'a install&#233; dans le monde que 2,2 GW d'&#233;nergies renouvelables, promet d'accentuer ses efforts dans ce domaine. Mais &#224; c&#244;t&#233;, il y a les autres projets, ceux qui leur importent vraiment : les cinq projettent d'investir des dizaines de milliards de dollars dans les prochaines ann&#233;es pour relancer l'exploration et la production de gaz et de p&#233;trole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le revirement le plus spectaculaire est sans doute &lt;a href=&#034;https://www.ft.com/content/419f137c-3a83-4c9c-9957-34b6609bcdf7&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;celui de BP&lt;/a&gt;. Depuis des ann&#233;es, les &#233;tudes du groupe britannique servent de r&#233;f&#233;rence pour l'ensemble du monde p&#233;trolier. Il est le premier &#224; avoir tir&#233; la sonnette d'alarme sur la n&#233;cessaire transition &#233;cologique, le premier aussi &#224; s'&#234;tre montr&#233; le plus ambitieux dans ses objectifs de d&#233;carbonation. Tout s'est &#233;vanoui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que BP s'&#233;tait engag&#233; auparavant &#224; diminuer de 40 % ses productions p&#233;troli&#232;res et gazi&#232;res d'ici &#224; 2030 afin de diminuer ses &#233;missions et de s'engager dans une strat&#233;gie bas carbone, le pr&#233;sident de BP, Bernard Looney, a annonc&#233; le 6 f&#233;vrier que tout &#233;tait r&#233;vis&#233;. Au lieu de 40 % de baisse de ses &#233;missions en 2030, il ne pr&#233;voit qu'une diminution de 25 % &#224; cette date, l'objectif initial &#233;tant repouss&#233; &#224; 2050. Et m&#234;me si le groupe promet d'augmenter de 8 milliards de dollars ses investissements dans les &#233;nergies renouvelables, il a d&#233;cid&#233; aussi d'investir fortement dans la production des &#233;nergies fossiles, en d&#233;pit des recommandations de l'Agence internationale de l'&#233;nergie d'arr&#234;ter les investissements dans ces &#233;nergies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car jamais cela n'a &#233;t&#233; aussi rentable. Un crit&#232;re, cher aux investisseurs financiers, r&#233;sume &#224; lui seul la rente sur laquelle ils prosp&#232;rent : le retour sur les capitaux investis. Ce ratio a atteint des niveaux jamais vus dans une industrie lourde : 25 % pour Exxon, 20,7 % pour Chevron, 16,7 % pour Shell, 30,5 % pour BP, 28,2 % pour Total. Tous sont assis sur des montagnes de cash d&#233;passant les 30 &#224; 40 milliards de dollars. Une situation qui selon eux est appel&#233;e &#224; durer au moins jusqu'en 2025. Car tous pensent que la situation sur les march&#233;s p&#233;troliers est appel&#233;e &#224; rester durablement tendue, que la Russie ne reviendra pas, ou seulement par des subterfuges, sur les march&#233;s mondiaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leurs superprofits ont donc toutes les chances de perdurer. Cela ne les emp&#234;che pas de se plaindre des &#171; mauvaises mani&#232;res &#187; qui, selon ces cinq grands groupes, leur sont faites en Europe. Tous insistent sur &#171; l'effort consid&#233;rable &#187; qu'ils font en raison des taxes et pr&#233;l&#232;vements qui leur ont &#233;t&#233; impos&#233;s par certains gouvernements europ&#233;ens et britannique, sans parler de la taxe institu&#233;e au niveau europ&#233;en, sur leurs superprofits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ExxonMobil pr&#233;tend que ces impositions lui ont co&#251;t&#233; 1,8 milliard de dollars cette ann&#233;e ; Shell cite le chiffre de 2,2 milliards de dollars ; TotalEnergies de 1,7 milliard de dollars. Au nom de tous, ExxonMobil a engag&#233; un proc&#232;s pour contester la contribution d&#233;cid&#233;e par la Commission europ&#233;enne sur les superprofits. Compte tenu du flou juridique qui entoure cette d&#233;cision, le groupe p&#233;trolier a des chances de l'emporter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attaqu&#233;s de toutes parts par des forces politiques qui contestent ces profits excessifs au moment o&#249; les finances publiques sont mises &#224; mal, les groupes p&#233;troliers ont engag&#233; un lobbying d'enfer et des escouades de juristes et de fiscalistes pour contrer les attaques et dissuader tout gouvernement qui serait tent&#233; d'augmenter la fiscalit&#233;, m&#234;me de fa&#231;on exceptionnelle, sur leurs profits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le ruissellement vers le haut de la rente p&#233;troli&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question, cependant, risque de s'imposer &#224; nouveau tr&#232;s vite dans nombre de pays. D'autant que les grands groupes vont avoir de plus en plus de mal &#224; justifier l'utilisation de ces r&#233;sultats exorbitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car que font-ils de ces profits colossaux ? Ils les reversent &#224; leurs actionnaires. ExxonMobil a revers&#233; 30 milliards de dollars &#224; ses actionnaires, Shell 26 milliards, plus que ses d&#233;penses d'investissement. Au total, les cinq grands groupes ont vers&#233; plus de 80 milliards de dollars sous forme de dividendes et de rachats d'actions en 2022. Ils se pr&#233;parent &#224; augmenter encore ces versements en 2023. Afin de s'attirer les bonnes gr&#226;ces des march&#233;s financiers, Chevron a annonc&#233; un programme mammouth qui a m&#234;me stup&#233;fait Wall Street : &lt;a href=&#034;https://www.reuters.com/business/energy/chevron-raises-quarterly-dividend-announces-75-bln-buyback-program-2023-01-25/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le g&#233;ant p&#233;trolier s'est engag&#233; &#224; d&#233;penser 75 milliards de dollars&lt;/a&gt; dans les prochaines ann&#233;es pour racheter ses propres actions. Ce qui n'est pas donner un grand signe de confiance dans ses activit&#233;s ni m&#234;me indiquer une vision d'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Distraire tant d'argent pour le seul b&#233;n&#233;fice des actionnaires alors que l'on sait que la transition &#233;cologique va requ&#233;rir des investissements gigantesques dans les prochaines ann&#233;es appara&#238;t juste comme surr&#233;aliste. Ces sommes auraient pu &#234;tre r&#233;investies dans d'autres projets d'&#233;nergie propre. Les dirigeants auraient pu aussi d&#233;cider d'en conserver une grande partie pour cr&#233;er des fonds susceptibles, le moment venu, de financer l'arr&#234;t et le d&#233;mant&#232;lement de leurs actifs &#233;chou&#233;s. Car il y aura &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/030220/quand-les-marches-s-aveuglent-sur-les-risques-climatiques&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;des dizaines de milliards d'actifs &#233;chou&#233;s&lt;/a&gt; dans ce secteur promis &#224; plus ou moins long terme &#224; entrer en voie d'extinction. Il aurait pu au moins essayer d'apporter des rem&#232;des et des r&#233;parations aux pollutions et d&#233;g&#226;ts provoqu&#233;s par leurs activit&#233;s d'exploration et de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Habitu&#233;s depuis leur cr&#233;ation &#224; externaliser tous les co&#251;ts de leur activit&#233; sur la collectivit&#233; et &#224; n&#233;gliger l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, ces grands groupes ne voient pas les raisons qu'il y aurait &#224; changer. Ils poussent leur avantage tant que c'est possible, avant de laisser aux autres la charge de payer les ardoises finales. Des ardoises de plus en plus exorbitantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martine Orange&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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