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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Quelques objections &#224; Johann Chapoutot sur le front unique antifasciste</title>
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		<dc:date>2026-03-10T08:33:17Z</dc:date>
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		<dc:creator>Jean Batou</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2026-03-10</dc:subject>
		<dc:subject>Allemagne</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;bats</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans une interview r&#233;cente accord&#233;e &#224; L'Actu en vid&#233;o de L'Humanit&#233;, l'historien Johann Choupoutot, dont je partage une grande partie des analyses, me semble aller un peu vite en besogne, lorsqu'il consid&#232;re que &#171; l'historiographie trotskyste &#187; se serait &#171; mise d'accord &#187; avec l'historiographie de droite pour nier les responsabilit&#233;s monstrueuses du SPD dans la division du mouvement ouvrier allemand (&#224; partir de la minute 15:18 de la vid&#233;o ci-dessous). &lt;br class='autobr' /&gt; 2 mars 2026 | tir&#233; de marx21 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Debats-138-" rel="directory"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2026-03-10-+" rel="tag"&gt;Edition du 2026-03-10&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Allemagne-+" rel="tag"&gt;Allemagne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Debats-515-+" rel="tag"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH114/front_unique-9550b.png?1781035381' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='114' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans une interview r&#233;cente accord&#233;e &#224; L'Actu en vid&#233;o de L'Humanit&#233;, l'historien Johann Choupoutot, dont je partage une grande partie des analyses, me semble aller un peu vite en besogne, lorsqu'il consid&#232;re que &#171; l'historiographie trotskyste &#187; se serait &#171; mise d'accord &#187; avec l'historiographie de droite pour nier les responsabilit&#233;s monstrueuses du SPD dans la division du mouvement ouvrier allemand (&#224; partir de la minute 15:18 de la vid&#233;o ci-dessous).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;2 mars 2026 | tir&#233; de marx21&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://marx21.ch/reponse-a-johann-chapoutot-sur-le-front-unique-antifasciste-suivi-du-temoignage-derich-wollenberg/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://marx21.ch/reponse-a-johann-chapoutot-sur-le-front-unique-antifasciste-suivi-du-temoignage-derich-wollenberg/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pour lire le t&#233;moignage de Derich Wollenberg, cliquez sur le lien ci-dessus&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, Trotsky n'a eu de cesse de d&#233;noncer la social-d&#233;mocratie depuis son vote des cr&#233;dits de guerre d'ao&#251;t 1914. En janvier 1932, il &#233;crit ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Si la social-d&#233;mocratie n'avait pas men&#233; une politique de trahison de classe, Hitler, sans parler du fait qu'il n'aurait jamais acquis la force qu'il a aujourd'hui, se serait accroch&#233; au gouvernement de Br&#252;ning comme &#224; une bou&#233;e de sauvetage (&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/01/320127b.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#338;uvres, janvier 1932&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Avec L&#233;nine, il avait bien compris qu'il ne suffisait pas de d&#233;noncer les trahisons de la social-d&#233;mocratie. Encore fallait-il se montrer capable d'unifier la classe ouvri&#232;re dans sa lutte contre la bourgeoisie et le fascisme. C'est ce que s'effor&#231;ait de faire l'opposition de gauche communiste, qu'animait son fils, L&#233;on Sedov, en Allemagne, au d&#233;but des ann&#233;es 1930. Elle se battait ainsi pour que le KPD adopte une politique communiste de front unique contre la mont&#233;e du nazisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ? Parce que la majorit&#233; des travailleurs allemands se m&#233;fiait des divisions et faisait encore confiance aux directions du SPD et des syndicats sociaux-d&#233;mocrates. Or, la seule fa&#231;on de les d&#233;masquer par des faits (et non par des phrases), c'&#233;tait de leur proposer l'unit&#233; dans l'action pour la d&#233;fense de leurs int&#233;r&#234;ts face au patronat, aux autorit&#233;s et aux nazis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agissait bien s&#251;r d'un appel au front unique du sommet &#224; la base, tandis que le KPD en proposait une caricature : &#171; le front unique &#224; la base &#187;. Il se contentait ainsi au mieux, quand il ne les d&#233;non&#231;ait pas, d'appeler les travailleurs sociaux-d&#233;mocrates &#224; se d&#233;tourner de leurs directions &#171; tra&#238;tres &#187; pour rejoindre les communistes dans l'action. Cela revenait &#224; vider la politique du front unique de son sens.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;LA POLITIQUE DU FRONT UNIQUE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti communiste allemand avait con&#231;u tr&#232;s t&#244;t une politique adapt&#233;e &#224; sa position minoritaire au sein du mouvement ouvrier dans une p&#233;riode de reflux de la mont&#233;e r&#233;volutionnaire. D&#232;s janvier 1921, il adressait une lettre ouverte publique aux directions de toutes les organisations ouvri&#232;res &#8212; politiques et syndicales &#8212; pour les appeler &#224; des actions communes en d&#233;fense du niveau de vie des travailleurs, pour leur auto-d&#233;fense arm&#233;e et pour la lib&#233;ration des prisonniers politiques. Cette initiative avait eu un grand &#233;cho dans les syndicats et les entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle innovation tactique avait provoqu&#233; d'abord de fortes oppositions au sein du Parti allemand et &#224; la t&#234;te de l'Internationale communiste. &#192; contre-courant, L&#233;nine l'avait d&#233;fendue comme &#171; une initiative politique mod&#232;le &#187;. Elle finira par &#234;tre adopt&#233;e, apr&#232;s d'&#226;pres d&#233;bats, par le IIIe (juin-juillet 1921), et surtout par le IVe Congr&#232;s de l'IC (novembre-d&#233;cembre 1922). C'&#233;tait la politique du &#171; front unique ouvrier &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les communistes italiens l'ont ignor&#233;e dans la lutte contre le fascisme, refusant de participer au large mouvement populaire antifasciste des Arditi del popolo, parce qu'il n'&#233;tait pas communiste, alors qu'il comptait une vingtaine de milliers de membres &#224; l'&#233;t&#233; 1921. Cette erreur tragique sera vertement critiqu&#233;e dans une lettre de l'IC au Parti italien, probablement r&#233;dig&#233;e par Boukharine, &#224; la fin de l'ann&#233;e 1921.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les communistes avaient donc une m&#233;thode pour appeler &#224; l'unit&#233; contre l'ennemi de classe, a fortiori, contre les bandes fascistes : maintenir leur organisation propre et leur droit de critique, mais inviter syst&#233;matiquement toutes les organisations ouvri&#232;res &#224; lutter ensemble. La politique du front unique sera pourtant abandonn&#233;e apr&#232;s la mort de L&#233;nine, d&#232;s le Ve Congr&#232;s de l'IC (juin-juillet 1924).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on explicite, le 4 octobre de la m&#234;me ann&#233;e, au pr&#233;sidium de l'ex&#233;cutif de l'IC, prenant appui sur un discours de Staline du 20 septembre, le pr&#233;sident de l'IC, Grigori Zinoviev, commencera &#224; d&#233;fendre que la social-d&#233;mocratie &#233;tait devenue &#171; une aile du fascisme &#187;, une &#171; th&#233;orie &#187; aux cons&#233;quences tragiques&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Un exemple pr&#233;cis. L'appel du KPD du 25 avril 1932 : &#171; Nous sommes pr&#234;ts &#224; combattre ensemble avec chaque organisation dans laquelle les travailleurs sont rassembl&#233;s, et qui veulent r&#233;ellement mener le combat contre les baisses de salaire &#187;. La formulation est ambigu&#235; et Johann Chapoutot a voulu y voir la preuve que les communistes allemands avaient effectivement men&#233; une politique de de front unique de la base au sommet envers les directions sociales-d&#233;mocrates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, le secr&#233;tariat du KPD lui-m&#234;me ne tardera pas &#224; dissiper tout malentendu par rapport &#224; son appel du 25 avril 1932. Le 14 juillet de la m&#234;me ann&#233;e, il expliquera qu'il a &#233;t&#233; mal interpr&#233;t&#233; par certains, mais qu'il ne proposait aucune discussion en vue d'une action commune avec les directions sociales-d&#233;mocrates, ceci en d&#233;pit &#171; des aspirations des masses, aujourd'hui disponibles pour une unit&#233; &#224; tout prix &#187; [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chapoutot, qui fournit par ailleurs des informations pr&#233;cieuses sur le ralliement des &#233;lites allemandes au fascisme, se trompe factuellement, lorsqu'il pr&#233;tend que &#171; les communistes proposaient l'alliance, non seulement &#224; la base mais aussi au sommet &#187; &#224; la social-d&#233;mocratie allemande (minute 13:15&#8211;13:20 &#8211; vid&#233;o ci-dessous) et qu'il mentionne justement l'appel du 25 avril &#224; l'appui de cette th&#232;se (minute 18:46&#8211;19:11).&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;
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&lt;p&gt;Il tend aussi, me semble-t-il, &#224; minimiser l'importance cruciale de ce front uni du mouvement ouvrier en concluant : &#171; Quand bien m&#234;me les marxistes auraient-ils &#233;t&#233; majoritaires et unis, jamais&#8230; jamais&#8230; le pr&#233;sident Hindenburg n'aurait appel&#233; un chancelier social-d&#233;mocrate au pouvoir &#187; (minute 19.41-19:52). Or, Trotsky r&#233;pond pr&#233;cis&#233;ment &#224; cet argument :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les sociaux-d&#233;mocrates, alli&#233;s aux communistes, ne pourraient pas s'emparer du pouvoir. [&#8230;] La social-d&#233;mocratie et le Parti communiste ont &#224; eux deux environ 40 % des voix, sans tenir compte du fait que les trahisons de la social-d&#233;mocratie et les erreurs du Parti communiste rejettent des millions d'ouvriers dans le camp de l'indiff&#233;rence ou m&#234;me dans celui du national-socialisme. Le seul fait pour ces deux partis de mener des actions communes accro&#238;trait consid&#233;rablement la force politique du prol&#233;tariat, tout en offrant de nouvelles perspectives aux masses. (&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/01/320127b.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#338;uvres, janvier 1932&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En effet, le potentiel d'un large front social du monde du travail et des classes populaires agissant au coude &#224; coude peut d&#233;fier les arithm&#233;tiques politiciennes les plus subtiles. Nous avons pu nous en rendre compte r&#233;cemment en France, au printemps 2025, lorsque les r&#233;sultats des listes du Nouveau front populaire ont donn&#233; tort &#224; tous les instituts de sondage. Pourtant, il ne s'agissait que d'un front &#233;lectoral&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les ravages de la &#171; th&#233;orie du social-fascisme &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le terme &#171; social-fasciste &#187; a &#233;t&#233; banalis&#233; par le VIe Congr&#232;s de l'IC (juillet-septembre 1928). Et Chapoutot a raison d'expliquer qu'il a pu se r&#233;pandre en Allemagne, en particulier &#224; la suite de la r&#233;pression sanglante de la manifestation communiste du 1er Mai 1929 par le chef social-d&#233;mocrate de la police de Berlin, Karl Z&#246;rgibel (33 mort et 192 bless&#233;s graves).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, je crois qu'il a tort de justifier l'usage de ce terme par le KPD &#224; l'&#233;gard des sociaux-d&#233;mocrates en expliquant que cela &#171; pouvait s'argumenter dans la mesure o&#249; les sociaux-d&#233;mocrates, le SPD, avait fait le choix d'une politique de droite &#187; (minute 17:49-18:37 de la vid&#233;o). Avec un tel raisonnement, le Parti socialiste fran&#231;ais pourra&#238;t tout aussi bien &#234;tre trait&#233; aujourd'hui de &#171; social-fasciste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut en effet comprendre que cette politique de la terre br&#251;l&#233;e des dirigeants du SPD ait apport&#233; de l'eau au moulin &#224; la politique ultra-sectaire de la direction du Parti communiste allemand qui menait une lutte &#224; couteaux tir&#233;s sur deux fronts &#8212; contre les sociaux-fascistes (les socialistes) et contre les nazis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le KPD faisait alors litt&#233;ralement la chasse aux socialistes. Le 22 f&#233;vrier 1930, on pouvait ainsi lire dans son organe de presse, Le Drapeau Rouge : &#171; Celui qui appartient encore au SPD est pourri et doit &#234;tre vir&#233; des entreprises et des syndicats &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 24 ao&#251;t 1930, le KPD publiait enfin son &#171; Programme pour la lib&#233;ration nationale et sociale de l'Allemagne &#187;, qui s'adressait &#224; &#171; l'aile gauche &#187; du camp nazi (la scission d'Otto Strasser et de ses nationaux-socialistes r&#233;volutionnaires datait du 4 juillet). On pouvait y lire notamment que les sociaux-d&#233;mocrates &#233;taient des &#171; agents volontaires des imp&#233;rialistes fran&#231;ais et polonais &#187; (!)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti communiste allemand ira m&#234;me jusqu'&#224; soutenir le r&#233;f&#233;rendum de l'extr&#234;me droite nationaliste et des nazis pour renverser le gouvernement social-d&#233;mocrate de Prusse &#8212; 62% de la population du Reich &#8212;, qui &#233;chouera en votation populaire le 9 ao&#251;t 1931 (Johann Chapoutot situe cet &#233;v&#233;nement et la note qui s'y rapporte en ao&#251;t 1930 &#8212; il s'agit &#233;videmment d'une coquille &#8212; cf. Les irresponsables, 2025, p. 96).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 juillet 1932, le gouvernement ultra-r&#233;actionnaire du baron von Papen prendra finalement l'initiative de dissoudre le gouvernement de Prusse par ordonnance pr&#233;sidentielle et de suspendre par la m&#234;me voie les libert&#233;s d&#233;mocratiques dans le Grand-Berlin et le Brandenburg, soumis &#224; la loi martiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les nazis, c'&#233;tait une r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale. Devant l'absence de r&#233;action des deux principaux partis du mouvent ouvrier. Goebbels exultait : &#171; Les rouges ont rat&#233; leur chance. Elle ne reviendra jamais &#187;. C'est dans ce contexte que le Parti nazi va obtenir son plus important score &#233;lectoral aux &#233;lections l&#233;gislatives du 31 juillet 1932, avec 37,3% des suffrages. Il perdra du terrain aux &#233;lections du 6 novembre, avec 33,1% des voix, moins de trois mois avant son accession au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, il ne fait gu&#232;re de sens de se demander qui des sociaux-d&#233;mocrates ou des communistes ont fait le plus r&#233;solument obstacle &#224; l'unit&#233; d'action du mouvement ouvrier contre le fascisme. Les deux portent une lourde responsabilit&#233; &#224; ce sujet. La social-d&#233;mocratie, d'abord, en se mettant &#224; la remorque d'une bourgeoisie imp&#233;rialiste, guerri&#232;re, anti-ouvri&#232;re et antid&#233;mocratique ; en cherchant son salut dans la d&#233;fense d&#233;sesp&#233;r&#233;e de la R&#233;publique de Weimar ; en renvoyant nazis et communistes dos &#224; dos ; en acceptant les politiques antisociales et autoritaires du gouvernement Br&#252;ning. En m&#234;me temps, l'Internationale communiste stalinienne et la direction du Parti communiste allemand lui ont grandement facilit&#233; la t&#226;che en taxant les sociaux-d&#233;mocrates de &#171; sociaux-fascistes &#187; et en refusant de se battre pour une politique de front unique antifasciste du sommet &#224; la base.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette le&#231;on ne doit pas &#234;tre oubli&#233;e ! Bien s&#251;r, une politique de front unique pose aujourd'hui des probl&#232;mes tr&#232;s diff&#233;rents que durant l'entre-deux-guerres, ne serait-ce que parce que le monde du travail est infiniment moins organis&#233;. On notera cependant que la question du front unique antifasciste ne se posait d&#233;j&#224; pas dans les m&#234;mes termes en Italie (1920-1921) et en Allemagne (1930-1932). Mais il n'en reste pas moins que la volont&#233; de rassembler le monde du travail, les couches populaires et leurs organisations dans le combat contre l'extr&#234;me-droite et les politiques autoritaires d'&#201;tats de plus en plus r&#233;pressifs n&#233;cessite aujourd'hui une politique d'unit&#233; en d&#233;pit des profondes divergences qui les traversent. En aucun cas, la radicalit&#233; l&#233;gitime des secteurs les plus combatifs ne doit s'opposer &#224; la volont&#233; constante de d&#233;velopper l'unit&#233; d'action de la base au sommet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Batou, 2 mars 2026&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Gilles Vergnon, &#171; Face &#224; Hitler ? Le KPD de 1930 &#224; 1933 &#187;, Cahiers L&#233;on Trotsky, 36,1988, p 19.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;
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		<title>15 ans apr&#232;s la chute de Ben Ali, quel avenir pour les r&#233;volutions dans la r&#233;gion arabe ?</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/15-ans-apres-la-chute-de-Ben-Ali-quel-avenir-pour-les-revolutions-dans-la</link>
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		<dc:date>2026-01-20T06:16:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilbert Achcar, Jean Batou</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2026-01-20</dc:subject>
		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
		<dc:subject>Tunisie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans cet entretien r&#233;alis&#233; par Jean Batou, Gilbert Achcar revient sur l'issue des soul&#232;vements de la r&#233;gion arabe, quinze ans apr&#232;s la chute de Ben Ali en Tunisie. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du site web Marx 21 &lt;br class='autobr' /&gt;
par Gilbert Achcar, Jean Batou &lt;br class='autobr' /&gt;
avec l'aimable permission de Gilbert Achcar &lt;br class='autobr' /&gt;
photo Maroc : manifestation devant le consulat d France contre le soutien de Paris &#224; Isra&#235;l &lt;br class='autobr' /&gt;
Jean Batou : Le 14 janvier 2026 marque le 15e anniversaire de la chute du r&#233;gime de Ben Ali, qui a constitu&#233; la premi&#232;re grande (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Asie-Proche-Orient-" rel="directory"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2026-01-20-+" rel="tag"&gt;Edition du 2026-01-20&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Afrique-208-+" rel="tag"&gt;Afrique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Tunisie-+" rel="tag"&gt;Tunisie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/maroc_manif-4189d.png?1781235986' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans cet entretien r&#233;alis&#233; par Jean Batou, Gilbert Achcar revient sur l'issue des soul&#232;vements de la r&#233;gion arabe, quinze ans apr&#232;s la chute de Ben Ali en Tunisie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du site web &lt;a href=&#034;https://marx21.ch/15-ans-apres-la-chute-de-ben-ali-quel-avenir-pour-les-revolutions-dans-la-region-arabe/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marx 21&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;par Gilbert Achcar, Jean Batou&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;avec l'aimable permission de Gilbert Achcar&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;photo Maroc : manifestation devant le consulat d France contre le soutien de Paris &#224; Isra&#235;l&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean Batou : Le 14 janvier 2026 marque le 15e anniversaire de la chute du r&#233;gime de Ben Ali, qui a constitu&#233; la premi&#232;re grande victoire du &#171; Printemps arabe &#187;. Apr&#232;s la Tunisie, de nombreux autres peuples se sont lanc&#233;s dans des luttes de masse, notamment en &#201;gypte et en Syrie. Pourtant, cette imposante vague r&#233;volutionnaire a pu &#234;tre endigu&#233;e par des guerres civiles sanglantes, aliment&#233;es par des interventions &#233;trang&#232;res (groupes jihadistes, pays du Golfe, Iran, Turquie, Russie, etc.), mais aussi par la r&#233;pression des &#201;tats en place, conduisant &#224; la r&#233;installation de r&#233;gimes autoritaires. Quel bilan tires-tu de cette longue s&#233;quence ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilbert Achcar : Le bilan est &#224; pr&#233;sent fort n&#233;gatif. Le r&#233;gime d&#233;mocratique en Tunisie, dernier des grands acquis d&#233;mocratiques de la vague de soul&#232;vements de 2011 commun&#233;ment d&#233;sign&#233;e sous le nom de &#171; printemps arabe &#187;, a &#233;t&#233; renvers&#233; par un coup d'&#201;tat endog&#232;ne en 2021, dix ans apr&#232;s. La r&#233;sistance populaire contre le coup d'&#201;tat au Soudan, dernier bastion de la vague r&#233;volutionnaire de 2019 qui a &#233;t&#233; qualifi&#233;e de &#171; deuxi&#232;me printemps arabe &#187;, s'est trouv&#233; noy&#233; dans la guerre qui a &#233;clat&#233; en 2023 entre les deux composantes arm&#233;es du r&#233;gime militaire. C'est sur cet arri&#232;re-plan de d&#233;faites qu'est survenue la guerre g&#233;nocidaire men&#233;e par Isra&#235;l contre la population de Gaza, dans le cadre d'une escalade dramatique de l'offensive sioniste contre le peuple palestinien et contre les ennemis r&#233;gionaux d'Isra&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce bilan d'&#233;tape n&#233;gatif s'inscrit dans le contexte de ce que j'ai analys&#233; d&#232;s le d&#233;part comme un &#171; processus r&#233;volutionnaire &#224; long terme &#187;, lorsque dominaient les illusions que traduisait l'appellation &#171; printemps arabe &#187;. Il &#233;tait clair &#224; mes yeux qu'il ne s'agissait pas d'une transition d&#233;mocratique relativement br&#232;ve, &#224; la mani&#232;re de ce qu'avaient connu les &#201;tats d'Europe centrale et orientale &#224; la fin des ann&#233;es 1980. Les bureaucraties de ces &#201;tats n'avaient oppos&#233; qu'une faible r&#233;sistance &#224; la vague montante d'un changement politique impos&#233; par une crise profonde du mode de production bureaucratique et soutenu par un imp&#233;rialisme occidental triomphaliste au fa&#238;te de sa puissance. Et ce changement politique ne consistait qu'&#224; s'adapter au mod&#232;le promu par cet imp&#233;rialisme occidental en se laissant glisser sur une pente de moindre r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, les choses &#233;taient tout autres, et le restent. L&#224;, les cat&#233;gories dirigeantes sont poss&#233;dantes &#8211; parfois m&#234;me possessives de l'&#201;tat lui-m&#234;me &#8211; et s'opposent farouchement au changement politique radical requis pour d&#233;bloquer le d&#233;veloppement &#233;conomique et satisfaire les aspirations sociales des populations, un changement tr&#232;s contraire aux int&#233;r&#234;ts de l'imp&#233;rialisme occidental dans la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La difficult&#233; du changement devait toutefois avoir pour cons&#233;quence un blocage historique prolong&#233; puisque la crise structurelle restait irr&#233;solue : la crise socio&#233;conomique n'a pas cess&#233; de s'aggraver et le contexte politique de se d&#233;t&#233;riorer. Cette d&#233;t&#233;rioration s'est manifest&#233;e par une s&#233;rie de guerres civiles &#8211; Syrie, Libye, Y&#233;men, et maintenant Soudan &#8211; qui contribuent &#224; la d&#233;moralisation et &#224; la d&#233;mobilisation des populations r&#233;gionales. Mais la stabilit&#233; de l'ordre ancien ne saurait &#234;tre r&#233;tablie : le blocage structurel alimente n&#233;cessairement des tensions sociales qui se traduisent t&#244;t ou tard par des explosions politiques. Un &#171; processus r&#233;volutionnaire &#224; long terme &#187; peut durer plusieurs d&#233;cennies et, s'il se heurte &#224; un blocage continu, peut entra&#238;ner un effondrement civilisationnel g&#233;n&#233;ralis&#233; dans la r&#233;gion affect&#233;e. Les deux termes de l'alternative sont ainsi la r&#233;volution sociale et la barbarie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peut-on consid&#233;rer l'&#233;tablissement de l'administration autonome du Parti de l'union d&#233;mocratique (PYD) au Rojava et la chute finale du r&#233;gime syrien d'Assad comme des r&#233;sultats de ce cycle r&#233;volutionnaire, m&#234;me si l'avenir de la Syrie demeure tr&#232;s incertain ? Par ailleurs, le soul&#232;vement r&#233;cent de la jeunesse marocaine ne montre-t-il pas que la crise sociale est toujours aussi profonde dans toute la r&#233;gion ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'administration autonome kurde dans le nord-est syrien ne fait pas partie int&#233;grante du processus r&#233;volutionnaire en cours dans l'espace arabophone. Elle en est un d&#233;riv&#233;, rendu possible par la guerre civile qui a affaibli l'&#201;tat syrien et l'a conduit &#224; tol&#233;rer l'existence de cette administration r&#233;gionale. Celle-ci a d'embl&#233;e pris ses distances par rapport &#224; l'affrontement entre le r&#233;gime syrien et l'opposition. Elle s'est alli&#233;e avec les &#201;tats-Unis dans le combat contre Daech (l'&#201;tat islamique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, la combinaison de l'ing&#233;rence des monarchies p&#233;troli&#232;res, des man&#339;uvres machiav&#233;liques du r&#233;gime syrien et de l'inaptitude de la gauche pr&#233;sente dans le mouvement populaire syrien ont fait que le soul&#232;vement r&#233;volutionnaire dans ce pays n'a pas tard&#233; &#224; muer en guerre civile entre deux camps contre-r&#233;volutionnaires : le r&#233;gime Assad d'une part, et diverses forces arm&#233;es appartenant au champ politique de l'int&#233;grisme islamique de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la plus r&#233;actionnaire d'entre ces derni&#232;res &#8211; le Front al-Nusra, ex-branche d'al-Qaida, qui a gouvern&#233; la r&#233;gion d'Idlib au nord du pays depuis quelques ann&#233;es et a entretenu des rapports avec l'&#201;tat turc (longtemps inavou&#233;s par celui-ci) &#8211; qui a finalement tir&#233; les marrons du feu lors de l'&#233;croulement du r&#233;gime Assad. Ce dernier est tomb&#233; parce qu'il a &#233;t&#233; l&#226;ch&#233; par la Russie, embourb&#233;e dans l'invasion de l'Ukraine, puis par l'Iran, devenu incapable d'intervenir, surtout apr&#232;s la d&#233;capitation du Hezbollah libanais par Isra&#235;l &#224; l'automne 2024. Le nouveau pouvoir &#233;tabli &#224; Damas, relook&#233; apr&#232;s Idlib mais conservant les m&#234;mes param&#232;tres pour l'essentiel, est un pouvoir r&#233;actionnaire, confessionnel et antid&#233;mocratique, et bien s&#251;r partisan du capitalisme le plus cru. C'est bien pourquoi il a tout de suite &#233;t&#233; embrass&#233; par Donald Trump et les capitales occidentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, le r&#233;cent mouvement de la jeunesse marocaine s'inscrit pleinement, quant &#224; lui, dans la continuit&#233; du processus r&#233;volutionnaire enclench&#233; en 2011. Il en illustre parfaitement les racines profondes, ce blocage d&#233;veloppemental avec une croissance an&#233;mique dont le sympt&#244;me principal &#233;tait et reste le ch&#244;mage des jeunes. La r&#233;gion Moyen-Orient-Afrique du Nord d&#233;tient le taux record mondial de ce ch&#244;mage depuis des d&#233;cennies. C'est la d&#233;sesp&#233;rance des jeunes, en particulier, qui est la force motrice des soul&#232;vements r&#233;gionaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si les causes qui ont provoqu&#233; cette cha&#238;ne de soul&#232;vements populaires restent pr&#233;sentes, quelles raisons permettent de comprendre le recul actuel des mobilisations sociales dans la plupart des pays ? Cela est-il d&#251; aux effets &#224; long terme de la r&#233;pression ? &#192; l'&#233;puisement des secteurs qui ont &#233;t&#233; &#224; l'avant-garde de ces combats ? &#192; l'absence de directions politiques offrant une perspective de rupture avec le capitalisme n&#233;olib&#233;ral mafieux et/ou avec l'islamisme r&#233;actionnaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La raison primordiale est l'absence de mouvement politique structur&#233; repr&#233;sentant les aspirations r&#233;volutionnaires de la jeunesse de mani&#232;re ind&#233;pendante des oppositions politiquement r&#233;formistes ou socialement r&#233;actionnaires. Ces oppositions ont pu d&#233;tourner en partie l'&#233;nergie r&#233;volutionnaire des masses, aboutissant &#224; un rapport triangulaire entre un p&#244;le r&#233;volutionnaire et deux p&#244;les contre-r&#233;volutionnaires. On s'est le plus approch&#233; de ce qui a fait d&#233;faut avec la r&#233;volution soudanaise, dont le fer de lance a &#233;t&#233; constitu&#233; par des comit&#233;s de jeunes radicalis&#233;s dans les quartiers &#8211; les &#171; comit&#233;s de r&#233;sistance &#187;, une structure d&#233;centralis&#233;e, mais capable d'unit&#233; d'action gr&#226;ce &#224; l'usage des technologies modernes de la communication pour se concerter. Ce qui manquait au chapitre, c'&#233;tait une organisation politique qui aurait su pr&#233;parer le terrain &#224; la r&#233;volution en construisant un r&#233;seau dans les forces arm&#233;es, ou du moins aurait agi pour la construction d'un tel r&#233;seau une fois la r&#233;volution enclench&#233;e. Cela seul aurait permis d'&#233;viter que la r&#233;volution soit &#233;touff&#233;e par une guerre intestine entre militaires r&#233;actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi ce qui manque le plus au Maroc : le mouvement de la jeunesse, connu sous le nom de &#171; GenZ 212 &#187;, est bien moins structur&#233; que les &#171; comit&#233;s de r&#233;sistance &#187; soudanais, et manque encore plus qu'eux de r&#233;pondant politique &#224; la hauteur des enjeux. La r&#233;pression ne saurait &#234;tre donn&#233;e pour cause en elle-m&#234;me puisqu'elle fait partie des obstacles in&#233;vitables &#224; surmonter, et dont on sait la duret&#233; extr&#234;me dans cette partie du monde. La question est pr&#233;cis&#233;ment comment s'organiser pour vaincre cette r&#233;pression. Et c'est l&#224; que le facteur organisationnel devient primordial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans quelle mesure la &#171; n&#233;cropolitique &#187; men&#233;e par Isra&#235;l &#224; Gaza ou par les EAU au Soudan a-t-elle port&#233; un coup tr&#232;s dur &#224; la combativit&#233; des peuples palestiniens et soudanais ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux situations sont peu comparables. La guerre g&#233;nocidaire men&#233;e par Isra&#235;l contre la population de Gaza est une offensive contre le peuple palestinien dans son ensemble. Les &#201;mirats arabes unis n'interviennent pas directement au Soudan : ils soutiennent un des deux camps de la guerre entre militaires, les &#171; Forces de soutien rapide &#187; dont l'origine remonte aux paramilitaires qui ont perp&#233;tr&#233; le g&#233;nocide du Darfour il y a une vingtaine d'ann&#233;es. Comme il a &#233;t&#233; d&#233;j&#224; dit, la guerre qui a &#233;clat&#233; au Soudan a &#233;touff&#233; le processus r&#233;volutionnaire en cours depuis 2019. Son impact r&#233;gional est, par contre, limit&#233;. En revanche, la guerre g&#233;nocidaire men&#233;e par l'&#201;tat sioniste &#224; Gaza a certainement eu un impact r&#233;gional majeur. Elles s'est ajout&#233;e aux d&#233;faites accumul&#233;es depuis le &#171; printemps arabe &#187; pour accro&#238;tre une d&#233;moralisation impuissante, m&#234;l&#233;e &#224; un sentiment d'exasp&#233;ration parmi les peuples de la r&#233;gion. Je crois que l'exasp&#233;ration finira par l'emporter en cons&#233;quence d'une combinaison explosive des frustrations &#8211; socio&#233;conomique et politique &#224; l'&#233;chelle de chaque pays, et politique et sentimentale &#224; l'&#233;chelle r&#233;gionale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;mergence de sous-imp&#233;rialismes moyen-orientaux militairement et financi&#232;rement de plus en plus puissants et agressifs, comme l'Arabie Saoudite, les EAU et Isra&#235;l, dispos&#233;s &#224; poursuivre leurs int&#233;r&#234;ts par tous les moyens, ne pose-t-elle pas des probl&#232;mes croissants aux &#201;tats-Unis ? Je pense notamment &#224; la f&#233;brilit&#233; guerri&#232;re d'Isra&#235;l vis-&#224;-vis de plusieurs de ses voisins, jusqu'&#224; son bombardement du Qatar, mais aussi &#224; la rivalit&#233; entre &#201;miratis et Saoudiens au Soudan. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rivalit&#233;s entre vassaux de l'imp&#233;rialisme profitent &#224; l'imp&#233;rialisme dans la mesure o&#249; elles augmentent la d&#233;pendance de chaque &#201;tat vassal envers le suzerain, les &#201;tats-Unis en l'occurrence. Washington se garde bien de prendre partie dans ce type de rivalit&#233;s, mais exerce plut&#244;t un r&#244;le mod&#233;rateur et agit au besoin pour r&#233;concilier ses clients. Ainsi, la premi&#232;re administration Trump (2017-2020) avait donn&#233; son feu vert au boycott des Qataris par les &#201;miratis et Saoudiens, tout en maintenant ses rapports avec l'&#233;mirat de Qatar, h&#244;te de la principale base militaire &#233;tatsunienne dans cette partie du monde. Le boycott prit fin au terme du premier mandat de Trump. Lors de son second mandat, celui-ci a radicalement chang&#233; de politique &#224; l'&#233;gard des Qataris qui l'ont litt&#233;ralement soudoy&#233; &#8211; un art dans lequel les Qataris excellent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas de Netanyahou est diff&#233;rent : il peut y avoir des d&#233;saccords mineurs entre Trump et lui, mais chacun des deux prend soin de les circonscrire. Netanyahou est pass&#233; ma&#238;tre dans l'art d'amadouer Trump. Il laisse faire au besoin, comme c'est le cas pour le soi-disant &#171; plan de paix &#187;, dont Netanyahou est convaincu qu'il n'ira pas loin, et s'enlisera forc&#233;ment &#224; court ou moyen terme. Quant &#224; la &#171; f&#233;brilit&#233; guerri&#232;re &#187; d'Isra&#235;l, elle a non seulement &#233;t&#233; approuv&#233;e par Washington, mais les &#201;tats-Unis y ont directement concouru &#8211; plus directement encore sous Trump, qui a ordonn&#233; &#224; ses forces arm&#233;es de contribuer au bombardement de l'Iran. Vu les int&#233;r&#234;ts personnels et familiaux qu'il a maintenant avec les Qataris, Trump ne pouvait que se d&#233;solidariser de la tentative isra&#233;lienne d'assassinat de dirigeants du Hamas au Qatar. Mais il l'a fait bien mollement, et a aussit&#244;t agi pour r&#233;concilier ses deux alli&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les monarchies p&#233;troli&#232;res du Golfe, les monarchies jordanienne et marocaine, l'&#201;gypte et Isra&#235;l constituent autant de composantes d'un dispositif r&#233;gional &#233;troitement li&#233; aux &#201;tats-Unis. Tous ces &#201;tats d&#233;pendent de Washington d'une fa&#231;on ou d'une autre, et leurs r&#244;les sont compl&#233;mentaires plut&#244;t qu'antith&#233;tiques. Leur compl&#233;mentarit&#233; a &#233;t&#233; &#224; l'&#339;uvre de mani&#232;re flagrante &#224; l'occasion du g&#233;nocide perp&#233;tr&#233; par Isra&#235;l &#224; Gaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Entretien r&#233;alis&#233; le 25 d&#233;cembre 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;******&lt;/p&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>P&#233;trograd, 8 mars 1917 : &#171; Le peuple veut la chute du r&#233;gime ! &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Petrograd-8-mars-1917-Le-peuple-veut-la-chute-du-regime</link>
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		<dc:date>2017-03-21T08:04:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean Batou</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2017-03-21</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La r&#233;volution russe a &#233;t&#233; d&#233;clench&#233;e par les manifestations et les gr&#232;ves spontan&#233;es, suscit&#233;es par la Journ&#233;e internationale des femmes dans les quartiers ouvriers de Petrograd. Ce rendez-vous avait &#233;t&#233; propos&#233; par les femmes du Parti socialiste d'Am&#233;rique, d&#232;s 1909, avant d'&#234;tre repris par la Deuxi&#232;me Internationale, en 1910, sur proposition de Clara Zetkin et d'Alexandra Kollonta&#239;. Le 19 mars 1911, plus d'un million de manifestantes avaient ainsi d&#233;fil&#233; pour le suffrage f&#233;minin, l'arr&#234;t (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH83/arton30196-69004.jpg?1781965208' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='83' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La r&#233;volution russe a &#233;t&#233; d&#233;clench&#233;e par les manifestations et les gr&#232;ves spontan&#233;es, suscit&#233;es par la Journ&#233;e internationale des femmes dans les quartiers ouvriers de Petrograd. Ce rendez-vous avait &#233;t&#233; propos&#233; par les femmes du Parti socialiste d'Am&#233;rique, d&#232;s 1909, avant d'&#234;tre repris par la Deuxi&#232;me Internationale, en 1910, sur proposition de Clara Zetkin et d'Alexandra Kollonta&#239;. Le 19 mars 1911, plus d'un million de manifestantes avaient ainsi d&#233;fil&#233; pour le suffrage f&#233;minin, l'arr&#234;t des discriminations et le droit au travail, en Allemagne, en Autriche, au Danemark et en Suisse. Quelques jours plus tard, 140 ouvri&#232;res, dont une majorit&#233; d'Italiennes et de juives d'Europe orientale, p&#233;rissaient br&#251;l&#233;es dans une fabrique textile de New York, liant plus que jamais les luttes des femmes &#224; celles du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du site de la &lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/petrograd-8-mars-1917-revolution/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue Contretemps&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Agir sans ordre et d&#233;sob&#233;ir aux ordres&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les jours qui pr&#233;c&#232;dent le 8 mars 1917 (23 f&#233;vrier, selon le calendrier julien), les cercles sociaux-d&#233;mocrates russes pr&#233;parent des actions mesur&#233;es (r&#233;unions, discours, tracts, d&#233;brayages) dans un climat &#233;lectris&#233; par la guerre, le froid polaire et les interminables files d'attente devant les boulangeries. Personne ne songe &#224; une v&#233;ritable gr&#232;ve, encore moins &#224; une insurrection. Les dirigeants bolcheviks consid&#232;rent que tout mouvement d'envergure serait pr&#233;matur&#233;. Or, le lendemain &#224; midi, tandis qu'une foule immense de femmes marche vers le centre ville, les ouvri&#232;res textiles de Vyborg (nord-ouest de la capitale) ont abandonn&#233; leur travail d&#232;s le matin, enjoignant les m&#233;tallos &#224; la solidarit&#233;. Les militant&#183;e&#183;s des partis ouvriers ne peuvent d&#232;s lors que soutenir un mouvement de gr&#232;ve qui touche vite plus de 100 000 travailleurs&#183;euses. Mais comment la police et la troupe va-t-elle r&#233;agir &#224; une telle d&#233;monstration, de surcro&#238;t en temps de guerre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques drapeaux rouges surgissent, tandis que les femmes se dirigent vers le parlement pour exiger du pain. Le lendemain, la moiti&#233; des ouvrier&#183;e&#183;s sont en gr&#232;ve, tiennent des meetings devant les usines, avant de converger vers le centre, aux cris de &#171; &#192; bas l'autocratie ! &#187;, &#171; &#192; bas la guerre ! &#187;. &#171; L'exp&#233;dition avait les allures d'une arm&#233;e d'ouvriers fam&#233;liques partant en guerre &#187;, &#233;crit Orlando Figes (La R&#233;volution russe, 2007). La foule envahit les quartiers, d&#233;jouant les barrages policiers, assommant des gendarmes. Le pouvoir attendra le 10 mars pour ordonner &#224; la police de tirer, tandis que la gr&#232;ve se g&#233;n&#233;ralise. La foule rend coup pour coup, mais cherche &#224; fraterniser avec l'arm&#233;e :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Plus hardiment que les hommes, [les femmes] s'avancent vers les rangs de la troupe, s'agrippent aux fusils, supplient et commandent presque&#8230; &#187; (Trotsky, Histoire de la R&#233;volution russe, 1950).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me jour, le tsar t&#233;l&#233;graphie au commandant de la place pour qu'il en finisse avec les troubles. L'arm&#233;e va donc devoir parler : tandis que la capitale dispose de 3500 policiers, sa garnison compte 150 000 hommes &#8211; des bataillons de r&#233;serves, destin&#233;s &#224; retourner au front. Berc&#233; par une &#233;trange douceur printani&#232;re, le dimanche 11 mars s'annonce d&#233;cisif : de tous les faubourgs, la foule d&#233;ferle vers le centre, &#233;vitant les ponts ferm&#233;s par la police, traversant la Neva sur la glace. Les tirs sont plus nourris : le nombre de bless&#233;s et de tu&#233;s augmente. Que va faire la garnison de Petrograd ? Dans l'apr&#232;s-midi, des Cosaques ont accept&#233; un bouquet de roses rouges &#8211; symbole de paix et de r&#233;volution &#8211; d'une jeune fille sortie des rangs des manifestant&#183;e&#183;s ; ailleurs, ils sont intervenus contre la police aux c&#244;t&#233;s de la population. Ce soir-l&#224;, une compagnie s'est mutin&#233;e pour protester contre le mitraillage de la foule. &#192; ce moment, &#171; les nouvelles proportions des forces g&#238;taient myst&#233;rieusement dans la conscience des ouvriers et des soldats &#187; (Trotsky).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'insurrection impr&#233;vue&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lundi 12 mars, dans la foul&#233;e de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et des manifestations, l'heure est &#224; l'insurrection arm&#233;e, m&#234;me si les partis, jusqu'aux bolcheviks, n'en per&#231;oivent pas l'imminence. Devant les casernes, les ouvriers se heurtent au feu des mitrailleuses. Mais comment obtenir d'autres armes que les pistolets pris &#224; la police ? Le sort de la r&#233;volution repose sur le ralliement des moujiks en uniforme&#8230; Au matin, l'une apr&#232;s l'autre, les casernes se mutinent. Il n'est plus temps de reculer. Des officiers subalternes, anim&#233;s de sympathies d&#233;mocratiques, et des ouvriers, prennent la direction des op&#233;rations. Ainsi, le sergent socialiste-r&#233;volutionnaire Fedor Linde voit une jeune fille se faire &#233;craser par un cheval cosaque :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Elle a hurl&#233;. C'est son hurlement inhumain, p&#233;n&#233;trant, qui a d&#233;clench&#233; quelque chose en moi. J'ai saut&#233; sur la table et j'ai cri&#233; &#224; tue-t&#234;te : &#8216;Amis ! Amis ! Vive la r&#233;volution ! Aux armes ! Aux armes, ils tuent des innocents : nos fr&#232;re et s&#339;urs (&#8230;) Plus tard, on a dit qu'il y avait quelque chose dans ma voix qui rendait mon appel irr&#233;sistible&#8230; Ils ont suivi sans comprendre&#8230; Ils m'ont tous rejoint dans l'attaque contre les Cosaques et la police. Nous en avons tu&#233; quelques uns. Les autres ont battu en retraite&#8230; &#187; (cit&#233; par Figes).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le feu fait rage, certaines unit&#233;s refusant de c&#233;der. Pourtant les mutins se sont empar&#233;s de l'Arsenal, ils ont r&#233;quisitionn&#233; les automobiles, jusqu'&#224; la Rolls-Royce d'un grand-duc. &#171; Ce fut la premi&#232;re r&#233;volution sur roues &#187;, dont les voitures, h&#233;riss&#233;es de ba&#239;onnettes ressemblaient &#224; &#171; d'immenses h&#233;rissons devenus fous &#187;, t&#233;moignera Gorki. Toute la population civile fait corps face &#224; l'appareil r&#233;pressif. Les postes de police, les prisons, les tribunaux sont mis &#224; sac. Le langage corporel change : les soldats portent leur casquette &#224; l'envers, laissent leur tunique d&#233;boutonn&#233;e ; les femmes s'habillent en hommes, &#171; comme si en inversant les codes vestimentaires sexuels, elles renversaient aussi l'ordre social &#187; ; on flirte, on s'embrasse, on fait m&#234;me l'amour dans la rue (Figes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir tomb&#233;, on ne compte pas le nombre de victimes &#8211; sans doute 1500 (beaucoup plus qu'en Octobre). Mais la r&#233;volution est install&#233;e au Palais de Tauride, si&#232;ge du parlement (la Douma), qui va bient&#244;t abriter le Soviet et le Gouvernement provisoire. Le reste du pays embo&#238;tera le pas &#224; Petrograd sans confrontations, avec quelques jours de retard dans les grandes villes, quelques semaines dans les r&#233;gions plus &#233;loign&#233;es des centres. La R&#233;volution de f&#233;vrier, initi&#233;e par des d&#233;brayages et des manifestations de femmes, a triomph&#233; gr&#226;ce &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et &#224; une insurrection, appuy&#233;es in extremis par une mutinerie de la garnison. Que voulait-elle ? Du pain, des droits populaires, et la conclusion rapide de la guerre. Aucun parti ne l'avait dirig&#233;e, encore moins planifi&#233;e. Comme l'&#233;crira le socialiste-r&#233;volutionnaire de gauche Mstislavski, en 1922 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La r&#233;volution nous a surpris, nous autres membres du parti, profond&#233;ment endormis, comme les Vierges folles de l'Evangile &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&#171; Le paradoxe de f&#233;vrier &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; qui les insurg&#233;s victorieux allaient-ils remettre le pouvoir ? Aux chefs socialistes qui n'avaient jou&#233; aucun r&#244;le significatif dans la r&#233;volution, et qui allaient se charger de mettre en place un &#171; comit&#233; ex&#233;cutif provisoire du soviet des d&#233;put&#233;s des ouvriers &#187;, dont les 50 membres ne comptaient pas un seul d&#233;l&#233;gu&#233; d'usine. Pourtant, ils n'entendaient pas prendre la direction des affaires eux-m&#234;mes. &#192; partir d'une vision &#171; marxiste &#187; r&#233;ductrice, ils jugeaient que la bourgeoisie d'affaires pouvait seule exercer le pouvoir dans un pays aussi &#171; arri&#233;r&#233; &#187; que la Russie, s'empressant pour cela de le c&#233;der &#224; un groupe de d&#233;put&#233;s lib&#233;raux de la Douma, favorables &#224; une monarchie constitutionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier allait former un gouvernement provisoire, soutenu par le Soviet, sous condition de garantir un ordre d&#233;mocratique. C'est ce que Trotsky a appel&#233; &#171; le paradoxe de f&#233;vrier &#187;. Seules les abdications successives de Nicolas II, sous la pression de l'&#233;tat-major, puis de son fr&#232;re Michel, sous la pression populaire, forceront les nouveaux dirigeants du pays &#224; d&#233;l&#233;guer le choix de nouvelles institutions &#224; une Assembl&#233;e constituante future. Du partage de la terre, il ne sera pas question dans l'imm&#233;diat, ni de la fin de la guerre, que l'on se contentera d&#232;s lors de d&#233;clarer &#171; d&#233;fensive &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements des 8 au 12 mars 1917 &#224; Petrograd n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;volutionnaires parce qu'ils ont &#233;t&#233; men&#233;s par une direction r&#233;volutionnaire, mais parce qu'ils ont vu &#171; l'irruption violente des masses dans le domaine o&#249; se r&#232;glent leurs propres destin&#233;es &#187; (Trotsky). De la m&#234;me fa&#231;on, il y a 6 ans, le renversement des dictatures de Ben Ali et de Moubarak par les masses tunisiennes et &#233;gyptiennes a marqu&#233; le d&#233;but d'un processus r&#233;volutionnaire&#8230; Pour autant, une fois une r&#233;volution amorc&#233;e, son issue d&#233;pend de nombreuses circonstances, et parmi elles, avant tout, des forces politiques qui r&#233;ussissent &#224; en prendre la direction, ainsi que de leur programme, ce qu'a bien montr&#233; la Russie de 1917, d'avril &#224; octobre, mais aussi, a contrario (pour le moment), la r&#233;gion arabe, depuis fin 2010.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Des moustiques et des hommes &#8211; L'histoire sociale d'un virus nomm&#233; Zika</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Des-moustiques-et-des-hommes-L-histoire-sociale-d-un-virus-nomme-Zika</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Des-moustiques-et-des-hommes-L-histoire-sociale-d-un-virus-nomme-Zika</guid>
		<dc:date>2016-03-08T05:55:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean Batou</dc:creator>


		<dc:subject>Sant&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2016-03-08</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'infection par le virus Zika n'est g&#233;n&#233;ralement suivie d'aucun sympt&#244;me ; dans un cas sur cinq, elle ressemble &#224; une grippe peu s&#233;v&#232;re ; exceptionnellement, elle peut conduire &#224; une affection auto-immune plus grave : le syndrome de Guillain-Barr&#233;. Mais la cons&#233;quence la plus s&#233;rieuse de cette maladie semble toucher les femmes enceintes, dont certaines donnent naissance &#224; des enfants microc&#233;phales et parfois aveugles. Toutefois, le lien entre Zika et ces malformations n'est pas &#233;tabli (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton25461-386bd.jpg?1781965209' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'infection par le virus Zika n'est g&#233;n&#233;ralement suivie d'aucun sympt&#244;me ; dans un cas sur cinq, elle ressemble &#224; une grippe peu s&#233;v&#232;re ; exceptionnellement, elle peut conduire &#224; une affection auto-immune plus grave : le syndrome de Guillain-Barr&#233;. Mais la cons&#233;quence la plus s&#233;rieuse de cette maladie semble toucher les femmes enceintes, dont certaines donnent naissance &#224; des enfants microc&#233;phales et parfois aveugles. Toutefois, le lien entre Zika et ces malformations n'est pas &#233;tabli scientifiquement de fa&#231;on certaine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il pr&#233;f&#232;re le sang humain&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce virus a &#233;t&#233; identifi&#233; pour la premi&#232;re fois en 1947, en Ouganda, alors colonie britannique, raison pour laquelle il porte le nom d'une for&#234;t de ce pays. A cette &#233;poque, il &#233;tait transmis par un moustique sylvestre, Aedes Africanus, dont les cousins les plus proches, Aedes Aegypti et Aedes albopictus (moustique tigre), prolif&#232;rent dans les zones d&#233;bois&#233;es de monoculture et d'exploitation mini&#232;re, voire dans les r&#233;gions urbaines contig&#252;es, o&#249; ils transmettent ce germe de la m&#234;me fa&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, tandis que dans l'&#233;cosyst&#232;me complexe de la for&#234;t, une grande quantit&#233; d'agents pathog&#232;nes vivent en &#233;quilibre avec leurs h&#244;tes, il en va tout autrement lorsqu'ils investissent un environnement boulevers&#233; par la qu&#234;te du profit, &#224; l'&#233;poque du capitalisme mondialis&#233;, port&#233;s d&#233;sormais par des vecteurs habitu&#233;s &#224; vivre en &#233;troit contact avec les soci&#233;t&#233;s humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la d&#233;forestation g&#233;n&#233;ralis&#233;e, l'expansion des monocultures d'exportation et l'urbanisation galopante du Sud global, Zika a ensuite contamin&#233; l'Asie du Sud-Est, puis la Polyn&#233;sie fran&#231;aise, avant d'atteindre la Colombie en 2014, puis le Br&#233;sil en 2015, o&#249; son &#233;picentre, &#224; l'ouest de l'Etat de Bahia, correspond &#224; la fronti&#232;re actuelle de l'expansion n&#233;olib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette r&#233;gion, des millions d'hectares ont &#233;t&#233; transform&#233;s en ranches et vou&#233;s &#224; la monoculture irrigu&#233;e du soya, du coton, du ma&#239;s, du caf&#233;, des arbres fruitiers, etc&#8230; pour l'exportation. Si bien que ces bouleversements &#233;cologiques ont provoqu&#233; une invasion de moustiques anthropophiles, qui aiment particuli&#232;rement le sang humain, du type Aedes albopictus, Aedes Egypti, ainsi que d'autres esp&#232;ces porteuses de virus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Zika et la microc&#233;phalie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan &#233;pid&#233;miologique, il n'y a pour le moment qu'une certitude : les politiques &#233;conomiques d'aust&#233;rit&#233;, ont provoqu&#233; une mis&#232;re end&#233;mique et d&#233;mantel&#233; les services publics et les prestations sociales existantes, m&#234;me rudimentaires, en mati&#232;re d'alimentation, de logement, de distribution d'eau, d'assainissement, de sant&#233;, etc. Elles sont pour cela responsables d'une exposition croissante des populations les plus pauvres aux maladies transmises notamment par les moustiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si Zika a soudainement focalis&#233; l'attention du monde entier et amen&#233; l'OMS a d&#233;cr&#233;ter un &#233;tat d'urgence sanitaire mondial, c'est qu'il est fortement soup&#231;onn&#233; d'avoir provoqu&#233; une &#233;pid&#233;mie de microc&#233;phalie chez les nouveaux n&#233;s au Br&#233;sil, o&#249; plus de 1,5 millions de personnes ont &#233;t&#233; jusqu'ici infect&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi de telles malformations n'ont-elles pas &#233;t&#233; observ&#233;es en Colombie, o&#249; 2000 femmes enceintes ont &#233;t&#233; aussi infect&#233;es ? Pourquoi les premiers cas de microc&#233;phalie se sont-ils multipli&#233;s dans le Nordeste, avant m&#234;me l'irruption av&#233;r&#233;e du virus ? Peut-&#234;tre parce que, selon deux associations de m&#233;decins d'Argentine et du Br&#233;sil, ces malformations ont affect&#233; des r&#233;gions o&#249; un pesticide (qui d&#233;truit les larves de moustiques) a &#233;t&#233; syst&#233;matiquement d&#233;vers&#233; dans les r&#233;serves d'eau potable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; l'id&#233;e s&#233;duisante qu'une partie au moins de l'&#233;pid&#233;mie de microc&#233;phalie en cours a a pu &#234;tre provoqu&#233;e par un agent chimique produit par un partenaire japonais de Montsanto : le Pyriproxyfen de Suminoto Chemical. Il a &#233;t&#233; en effet inject&#233; dans les r&#233;seaux d'eau potable de certaines r&#233;gions du pays, notamment dans le Nordeste (1500 cas de microc&#233;phalie recens&#233;s), sur recommandation de l'OMS, pour lutter contre la prolif&#233;ration des moustiques responsables de la dengue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, la p&#233;riode de s&#233;cheresse et de rationnement de l'eau (de juillet &#224; d&#233;cembre) a pu favoriser une hausse anormale de la concentration de cet agent chimique dans l'eau consomm&#233;e, ce que expliquerait le grand nombre de cas de malformations cong&#233;nitales observ&#233; entre octobre 2015 et janvier 2016. Cette hypoth&#232;se n'a cependant pas pu &#234;tre confirm&#233;e jusqu'ici par des investigations plus pouss&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une affaire en or pour Big Pharma&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas, la pr&#233;vention de Zika est une bonne affaire pour les laboratoires pharmaceutiques, en particulier depuis que l'OMS a pris les choses en main de fa&#231;on spectaculaire. Les firmes pharmaceutiques sont d&#233;sormais engag&#233;es dans une course de vitesse pour d&#233;couvrir, tester et produire massivement un vaccin, &#224; telle enseigne que Barack Obama vient de demander 1,6 milliard de dollars au Congr&#232;s pour soutenir la recherche US et emporter ce march&#233;. Une bonne op&#233;ration aussi pour r&#233;tablir le prestige et d&#233;fendre la pr&#233;sence des Etats-Unis en Am&#233;rique latine, dans une p&#233;riode o&#249; les gauches au pouvoir y rencontrent des difficult&#233;s croissantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des apprentis-sorciers travaillent aussi au d&#233;veloppement de moustiques transg&#233;niques, capables d'&#233;liminer et de supplanter le principal vecteur actuel de la fi&#232;vre jaune, du virus du Nil occidental, de la dengue, du chikungunya, du virus Zika, etc. : Aedes Aegypti. C'est le cas de la soci&#233;t&#233; Oxitec, qui exp&#233;rimente cet OGM volant aux &#238;les Ca&#239;man, en Malaisie, au Panama et au Br&#233;sil (en particulier dans le Nordeste), alors que les autorit&#233;s europ&#233;ennes ont refus&#233; de tels essais sous nos latitudes en raison des dangers encourus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, selon l'ONG GeneWatch, il semble que ces moustiques reconfigur&#233;s tendent &#224; chasser Aedes Aegypti vers des r&#233;gions limitrophes, favorisant la prolif&#233;ration d'autres vecteurs plus difficiles &#224; &#233;radiquer, comme Aedes Albopictus. Qu'&#224; cela ne tienne, la recherche sur les moustiques transg&#233;niques envisage aussi des techniques plus sophistiqu&#233;es et potentiellement effrayantes, fond&#233;es notamment sur l'utilisation de &#171; gene drives &#187; qui, en modifiant g&#233;n&#233;tiquement quelques membres d'une population, peuvent propager cette mutation &#224; l'ensemble des individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De telles manipulations pourraient par exemple st&#233;riliser une esp&#232;ce, et contribuer ainsi &#224; la d&#233;truire en quelques g&#233;n&#233;rations. Elle pourrait aussi, pourquoi pas, transformer un insecte en arme de guerre biologique. D&#233;nonc&#233;es comme extr&#234;mement dangereuses par de nombreux chercheurs, ces technologies ont cependant de nouveau le vent en poupe, dans le contexte actuel de dramatisation de l'&#233;pid&#233;mie Zika.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;chauffement climatique et agents pathog&#232;nes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'&#233;pid&#233;mie br&#233;silienne de microc&#233;phalie soit directement caus&#233;e par Zika, par la concentration inhabituelle d'un pesticide dans l'eau potable, ou par une combinaison de facteurs encore inconnue, elle r&#233;sulte plus fondamentalement des bouleversements sociaux et &#233;cologiques li&#233;s &#224; la mondialisation n&#233;olib&#233;rale. En m&#234;me temps, les moustiques vecteurs de nombreux virus ne cessent d'&#233;tendre leur champ d'action dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s r&#233;pandus en Afrique, en Asie et en Am&#233;rique latine, ils commencent aujourd'hui &#224; atteindre l'Europe et l'Am&#233;rique du Nord, ce qui explique sans doute la tr&#232;s forte m&#233;diatisation de ce nouveau danger. Mais que sait-on des raisons d'une telle expansion ? Elles s'expliquent certes par le d&#233;veloppement acc&#233;l&#233;r&#233; des moyens de transports a&#233;riens, mais sont aussi en grande partie tributaires du r&#233;chauffement climatique global.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour prendre l'exemple des moustiques, ils se nourrissent g&#233;n&#233;ralement de pollens de fleurs, et ce n'est que lorsque les femelles pondent leurs &#339;ufs qu'elles ont besoin de sang comme compl&#233;ment prot&#233;in&#233;. Or, ce cycle reproductif est acc&#233;l&#233;r&#233; par la chaleur, tout comme le temps d'incubation du virus dans l'organisme des insectes porteurs avant qu'ils ne puissent le transmettre par une piq&#251;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La hausse des temp&#233;ratures explique aussi l'expansion g&#233;ographique des pathologies li&#233;es &#224; ces insectes. C'est sans doute la cause de l'irruption de la malaria sur les hautes terres d'Afrique de l'Est, jusqu'ici &#233;pargn&#233;es. De m&#234;me, la ville de Mexico ne para&#238;t plus prot&#233;g&#233;e pour longtemps, par son altitude (2500 m.), de la fi&#232;vre jaune, de la dengue ou du chikungunya. Les m&#234;mes raisons contribuent sans doute &#224; expliquer la diffusion de la maladie de Lyme (bact&#233;rie transmise par une tique) en Am&#233;rique du Nord ou de la fi&#232;vre catarrhale ovine (FCO, ou maladie de la langue bleue) parmi le b&#233;tail europ&#233;en (NYT, 20 f&#233;vr. 2016).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme l'&#233;pid&#233;mie d'Ebola, celle de Zika n'est pas une &#171; catastrophe naturelle &#187;. Les deux d&#233;coulent des transformations sociales, &#233;cologiques et climatiques acc&#233;l&#233;r&#233;es provoqu&#233;es par la mondialisation capitaliste, qui soumet les soci&#233;t&#233;s humaines et l'environnement &#224; un stress de plus en plus insupportable. La destruction des for&#234;ts tropicales par l'exploitation du bois, par la qu&#234;te incessante de nouvelles ressources mini&#232;res, par l'essor sans tr&#234;ve des grandes monocultures d'exportation et par l'urbanisation d&#233;mentielle, n'a donc pas fini de provoquer des cataclysmes qui font syst&#232;me. La diffusion de nouveaux agents pathog&#232;nes repr&#233;sente aujourd'hui l'un des aspects les plus dangereux et largement sous-estim&#233;s de cette course &#224; l'ab&#238;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Article &#233;crit pour le site Viento Sur :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://vientosur.info/spip.php?article11036&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://vientosur.info/spip.php?article11036&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Cent ans apr&#232;s&#8230; Les enjeux de la reconnaissance du g&#233;nocide arm&#233;nien</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Cent-ans-apres-Les-enjeux-de-la-reconnaissance-du-genocide-armenien</link>
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		<dc:date>2015-04-28T08:40:52Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean Batou</dc:creator>


		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-04-28</dc:subject>
		<dc:subject>Arm&#233;nie</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le 24 avril 2015 marque le 100e anniversaire du d&#233;but du g&#233;nocide arm&#233;nien. Face au d&#233;ni de l'&#201;tat turc, les historiens ont men&#233; une bataille pour faire triompher une v&#233;rit&#233; aujourd'hui indiscutable : la destruction des Arm&#233;niens d'Anatolie a &#233;t&#233; con&#231;ue, planifi&#233;e et ex&#233;cut&#233;e m&#233;thodiquement. Cet article tente de cerner les causes de ce g&#233;nocide et les enjeux actuels de sa reconnaissance. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tir&#233; du site de la revue Contretemps. &lt;br class='autobr' /&gt; Le 22 ao&#251;t 1939, Hitler confiait aux chefs de ses arm&#233;es qu'il (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH85/arton21897-6bdfc.png?1781965209' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 24 avril 2015 marque le 100e anniversaire du d&#233;but du g&#233;nocide arm&#233;nien. Face au d&#233;ni de l'&#201;tat turc, les historiens ont men&#233; une bataille pour faire triompher une v&#233;rit&#233; aujourd'hui indiscutable : la destruction des Arm&#233;niens d'Anatolie a &#233;t&#233; con&#231;ue, planifi&#233;e et ex&#233;cut&#233;e m&#233;thodiquement. Cet article tente de cerner les causes de ce g&#233;nocide et les enjeux actuels de sa reconnaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du site de la revue Contretemps.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le 22 ao&#251;t 1939, Hitler confiait aux chefs de ses arm&#233;es qu'il entendait semer la mort parmi les populations civiles polonaises, avant d'ajouter : &#171; Apr&#232;s tout, qui parle aujourd'hui de l'an&#233;antissement des Arm&#233;niens ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, apr&#232;s les proc&#232;s intent&#233;s par Istanbul aux principaux responsables des politiques d'extermination, dans l'imm&#233;diat apr&#232;s-guerre, en 1919-1922, sous pression des puissances victorieuses, le g&#233;nocide arm&#233;nien est vite tomb&#233; dans l'oubli. Depuis la fondation de la Turquie k&#233;maliste, en 1923, la version officielle d'Ankara n'a en effet pas vari&#233; : les Arm&#233;niens sont tomb&#233;s victimes des rigueurs de la guerre, d'&#233;pid&#233;mies fatales et d'actes de violence isol&#233;s. L'Etat ottoman n'aurait donc eu aucune responsabilit&#233; dans cette h&#233;catombe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La m&#233;canique du g&#233;nocide&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s l'&#233;t&#233; 1914, avant m&#234;me l'entr&#233;e en guerre de la Turquie, le 26 septembre, de nombreux t&#233;moins estiment que les Arm&#233;niens d'Anatolie sont menac&#233;s d'an&#233;antissement par le gouvernement jeune-turc du Comit&#233; union et progr&#232;s (CUP), au pouvoir depuis 1908. La mobilisation g&#233;n&#233;rale marque en effet le d&#233;but d'une surveillance g&#233;n&#233;ralis&#233;e de cette minorit&#233;, soup&#231;onn&#233;e de sympathies pour l'Empire des tsars, tandis que ses villages sont soumis &#224; une oppression de plus en plus brutale : taxation arbitraire, confiscations, perquisitions, saisies d'armes, notamment celles des organisations r&#233;volutionnaires. Dans les zones fronti&#232;res avec la Russie, des unit&#233;s sp&#233;ciales, compos&#233;es de r&#233;fugi&#233;s musulmans des Guerres balkaniques (1912-13) et de repris de justice, mis en place par le CUP et soumis aux ordres de l'arm&#233;e, se lancent dans une premi&#232;re vague de massacres et de d&#233;portations s&#233;lectives des Arm&#233;niens, accus&#233;s de collaborer avec l'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;faite de Sarikamis (N-E de l'Anatolie) contre les arm&#233;es du tsar (fin 1914 &#8211; d&#233;but 1915) pousse ensuite &#224; une radicalisation extr&#234;me de ces politiques, les Arm&#233;niens &#233;tant consid&#233;r&#233;s comme un obstacle majeur &#224; la r&#233;sistance commune des populations musulmanes d'origine turque contre l'expansion russe. C'est dans ce contexte, qu'en mars 1915, le CUP prend la d&#233;cision d'organiser la d&#233;portation et l'an&#233;antissement de la totalit&#233; de la population arm&#233;nienne d'Anatolie. Les gouverneurs locaux vont recevoir du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur un ordre chiffr&#233; ordonnant la d&#233;portation des civils, tandis que la direction du parti leur communique oralement la consigne d'ex&#233;cuter sommairement les hommes qui ne sont pas enr&#244;l&#233;s dans l'arm&#233;e. De leur c&#244;t&#233;, les soldats arm&#233;niens sont d&#233;sarm&#233;s et assassin&#233;s, tout comme les hommes plus jeunes ou plus &#226;g&#233;s engag&#233;s dans les bataillons du travail (terrassiers, porteurs, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est impossible de d&#233;nombrer les victimes, forc&#233;es de creuser leurs tombes avant d'&#234;tre abattues aux abords imm&#233;diats de leur village, ou embarqu&#233;es sur la mer Noire pour y &#234;tre noy&#233;es. La d&#233;portation syst&#233;matique commence en revanche en mai-juin 1915, dans les provinces orientales, suivie par celle des provinces centrales et occidentales. Des centaines de milliers d'Arm&#233;niens, rescap&#233;s des massacres in situ, sont ainsi contraints &#224; une longue marche vers le sud : ceux qui ne sont pas tu&#233;s en chemin par les gendarmes ou des populations hostiles, encourag&#233;es &#224; piller leurs maigres biens, ou qui ne meurent pas d'&#233;puisement ou de faim, sont regroup&#233;s dans des camps de concentration dans la r&#233;gion d'Alep, avant d'&#234;tre repouss&#233;s vers le d&#233;sert o&#249; une mort certaine les attend. Compte tenu des survivants en exil, des convertis de force et des rescap&#233;s, l'estimation du nombre total de morts oscille entre 0,5 et 1,5 million (0,8 million selon le ministre de l'Int&#233;rieur de l'imm&#233;diat apr&#232;s-guerre), sur une population totale de quelque 2,1 millions d'individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La rationalit&#233; du g&#233;nocide&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de l'Etat ottoman, le g&#233;nocide arm&#233;nien r&#233;pond donc &#224; une volont&#233; d&#233;sesp&#233;r&#233;e de sauver par tous les moyens une entit&#233; politique &#171; turque &#187; face aux plans de partition de l'Empire, que la Russie et les puissances occidentales envisagent de plus en plus ouvertement. Apr&#232;s les ind&#233;pendances nationales grecque (1830), bulgare, serbe, mont&#233;n&#233;grine, roumaine (1878) et albanaise (1912), ce sont les territoires arabes qui menacent de faire s&#233;cession, sans doute sous la tutelle coloniale europ&#233;enne. Quelques ann&#233;es plus tard, au lendemain de la r&#233;volution d'Octobre, les puissances victorieuses vont m&#234;me tenter de se partager territoires et zones d'influence en Anatolie, appuyant subsidiairement une Arm&#233;nie, voire un Kurdistan, partiellement ind&#233;pendants. Dans une telle hypoth&#232;se, l'Empire pourrait se voir r&#233;duit &#224; un Etat croupion turc, au centre-nord de l'Anatolie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Confront&#233; &#224; ces p&#233;rils, le CUP envisage la possibilit&#233; d'une expansion compensatoire vers l'Est, nourrie par un projet panturc ou panislamique, en direction du Caucase, de l'Azerba&#239;djan, du nord de l'Iran et de l'Irak. Et c'est avec cet espoir, qu'il d&#233;cide d'entrer en guerre, en septembre 1914, aux c&#244;t&#233;s de l'Allemagne et de l'Autriche-Hongrie. Ce projet sera cependant rapidement frustr&#233; par les d&#233;faites de l'arm&#233;e ottomane contre la Russie, d&#232;s le d&#233;but de la Premi&#232;re guerre mondiale. C'est alors, dans ces conditions particuli&#232;res, qu'une bataille &#224; mort s'engage pour le contr&#244;le de l'Anatolie orientale, que le gouvernement d'Istanbul va mener notamment en d&#233;portant les populations arm&#233;niennes chr&#233;tiennes, au profit de grands propri&#233;taires et de colons musulmans. D&#232;s le printemps 1915, comme nous l'avons vu, cette politique sera g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#224; toute l'Anatolie, d&#233;bouchant sur un v&#233;ritable g&#233;nocide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les raisons d'une amn&#233;sie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1918, l'Empire a perdu 85 % de sa population et 75 % de son territoire de 1878. Le nouveau gouvernement ottoman, domin&#233; d&#233;sormais par des &#233;l&#233;ments hostiles au CUP, compte cependant &#233;viter la partition des territoires encore sous son contr&#244;le en acceptant de poursuivre, de juger et de condamner les responsables du g&#233;nocide arm&#233;nien. D&#232;s juin 1919, apr&#232;s l'occupation d'Istanbul par les Fran&#231;ais, les Anglais et les Italiens, puis celle d'Izmir par les Grecs, Mustafa Kemal regroupe les forces nationalistes au centre de l'Anatolie, rassemblant autour de lui une bonne partie des militants jeunes-turcs, apr&#232;s la dissolution de leur parti en 1918. Il &#233;tablit ainsi un second pouvoir &#224; Ankara, qui ne se distancie pas imm&#233;diatement des poursuites judiciaires engag&#233;es par Istanbul contre les dirigeants du CUP, ordonnateurs directs du g&#233;nocide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensemble, pendant une br&#232;ve p&#233;riode, Istanbul et Ankara acceptent donc de poursuivre les chefs unionistes et les responsables gouvernementaux, pour autant que seuls les personnes directement impliqu&#233;es dans la planification et l'ex&#233;cution des massacres soient jug&#233;s (la grande majorit&#233; des militants du CUP ne sont donc pas concern&#233;s), qu'ils aient &#224; r&#233;pondre devant une juridiction nationale, et que l'int&#233;grit&#233; territoriale de l'Anatolie ne soit pas remise en cause. Mustafa Kemal va alors jusqu'&#224; reconna&#238;tre le chiffre, articul&#233; par Istanbul, de 800 000 Arm&#233;niens tu&#233;s, attribuant toutefois cet an&#233;antissement de masse &#224; des cercles gouvernementaux tr&#232;s restreints.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, la priorit&#233; donn&#233;e par les puissances europ&#233;ennes victorieuses aux objectifs coloniaux du Trait&#233; de S&#232;vres (ao&#251;t 1920), qui pr&#233;voit la partition de l'Empire Ottoman (y compris de l'Anatolie), justifie aux yeux de larges secteurs populaires la phase offensive de la guerre d'ind&#233;pendance turque, conduite par Mustafa Kemal contre les forces grecques, d&#232;s le d&#233;but de l'ann&#233;e 1921, avec le soutien de la jeune Union sovi&#233;tique. Ceci d'autant plus, que les principaux leaders europ&#233;ens justifient le partage de l'Anatolie par une volont&#233; de &#171; punir &#187; les Turcs. Entre-temps, la r&#233;sistance d'Ankara s'est aussi radicalis&#233;e politiquement, d&#233;clarant ouvertement son adh&#233;sion &#224; un projet r&#233;publicain. Ceci va l'amener &#224; promouvoir par le haut, de fa&#231;on acc&#233;l&#233;r&#233;e, sous le feu de l'ennemi, les bases d'un nationalisme turc, jusqu'ici balbutiant, qui fait certes r&#233;f&#233;rence &#224; des appartenances plus vastes &#8211; l'islam, l'ottomanisme, le panturkisme &#8211;, mais se d&#233;finit d&#233;sormais par rapport &#224; un territoire arbitrairement d&#233;limit&#233; par les circonstances, l'Anatolie, qui va devenir la Turquie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ces conditions particuli&#232;res que le k&#233;malisme va abandonner tr&#232;s vite ses d&#233;clarations initiales en faveur du jugement des responsables du g&#233;nocide ou des droits des minorit&#233;s chr&#233;tiennes. La victoire finale de ses troupes, &#224; l'automne 1922, ouvre au contraire la voie &#224; une attitude n&#233;gationniste durable du nouvel Etat par rapport &#224; la destruction des Arm&#233;niens d'Anatolie. En effet, la r&#233;publique se d&#233;finit d&#232;s lors comme un Etat homog&#232;ne sur les plans religieux, national et social. Elle est l'expression de la seule nation turque, en r&#233;alit&#233; majoritaire (les Kurdes sont pr&#233;sent&#233;s comme les &#171; Turcs des montagnes &#187;), &#171; repr&#233;sent&#233;e &#187; par son parti unique. Ses ressortissants appartiennent &#224; la seule religion musulmane, m&#234;me si les manifestations sociales de celle-ci sont d&#233;sormais strictement codifi&#233;es par le pouvoir. Enfin, ses citoyens ne connaissent aucune division de classe, ce qui permet &#224; sa nouvelle bourgeoisie d'Etat, &#233;paul&#233;e par l'arm&#233;e, d'interdire la formation de syndicats et de partis ouvriers ind&#233;pendants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reconna&#238;tre le g&#233;nocide arm&#233;nien : un enjeu actuel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'a montr&#233; le politologue Benedict Anderson, les nations sont toujours des &#171; communaut&#233;s imagin&#233;es &#187;. Celle des Turcs anatoliens l'a &#233;t&#233; en temps de guerre, dans le cadre de l'effondrement d'un vieil empire multinational, sous la menace d'un projet de partition colonial particuli&#232;rement cynique, pr&#233;tendument justifi&#233;, du moins en partie, par la &#171; r&#233;paration &#187; du g&#233;nocide arm&#233;nien. Depuis les ann&#233;es 1990, avec l'implosion de l'URSS, et plus r&#233;cemment, avec l'effondrement des Etats syrien et irakien voisins, la Turquie se confronte &#224; une s&#233;rieuse crise d'identit&#233;. C'est pourquoi, la reconnaissance du g&#233;nocide arm&#233;nien, comme celle des droits nationaux du peuple kurde, sont d'une importance cruciale pour permettre &#224; la soci&#233;t&#233; de ce pays de d&#233;velopper un ordre d&#233;mocratique fond&#233; sur l'exercice des droits populaires, permettant par l&#224; aussi l'expression des revendications et des aspirations de classe des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les gauches internationales, l'exigence de la reconnaissance du g&#233;nocide arm&#233;nien est ins&#233;parable de la d&#233;fense intransigeante des libert&#233;s d&#233;mocratiques en Turquie, face &#224; un Etat toujours tent&#233; par des m&#233;thodes autoritaires. Elle suppose en m&#234;me temps le soutien inconditionnel des droits nationaux du peuple kurde, comme des droits politiques et syndicaux des masses laborieuses de l'ensemble du pays. De telles exigences devraient aussi aller de pair avec la d&#233;nonciation des vis&#233;es imp&#233;rialistes des vainqueurs de la Premi&#232;re guerre mondiale, qui portent une responsabilit&#233; indirecte dans la commission du g&#233;nocide arm&#233;nien. En m&#234;me temps, le r&#232;glement socialiste de &#171; la question d'Orient &#187; (nom donn&#233; par les chancelleries occidentales du 19e si&#232;cle &#224; leurs rivalit&#233;s coloniales) est aujourd'hui inconcevable sans le triomphe des aspirations d&#233;mocratiques et sociales des peuples de l'ancien Empire ottoman, de la Syrie &#224; la Palestine, du Bahre&#239;n au Y&#233;men, de l'Egypte &#224; la Tunisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour cela que les gauches et les mouvements populaires internationaux doivent soutenir sans r&#233;serve les mobilisations r&#233;volutionnaires des peuples du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord, qui ne disposent d'aucun autre alli&#233; face aux forces de la contre-r&#233;volution : les imp&#233;rialismes US, europ&#233;ens et russe, les Etats iranien et turc, L'Arabie Saoudite et les autres p&#233;tromonarchies, l'islam politique r&#233;actionnaire et le jihadisme meurtrier. Pour cela, il leur faut abandonner une lecture des conflits r&#233;duite &#224; la confrontation d'Etats et de camps pour partir avant tout des contradictions sociales fondamentales qui les alimentent, et des forces populaires qui, en combattant les diff&#233;rentes formes d'oppression, &#339;uvrent v&#233;ritablement &#224; leur &#233;mancipation. Comme le disait Rosa Luxemburg, en octobre 1896, dans un article en d&#233;fense d'un point de vue socialiste ind&#233;pendant sur les luttes nationales en Turquie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce n'est pas un hasard si, dans les questions abord&#233;es ici, des consid&#233;rations pratiques ont conduit aux m&#234;mes conclusions que nos principes g&#233;n&#233;raux. Car les objectifs et les principes de la social-d&#233;mocratie d&#233;rivent du v&#233;ritable d&#233;veloppement social et se fondent sur lui ; ainsi, dans les processus historiques, il doit, dans une large mesure, appara&#238;tre que les &#233;v&#233;nements apportent finalement de l'eau au moulin social-d&#233;mocrate et que nous pouvons nous occuper de nos int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats du mieux possible, tout en conservant une position de principe. Un regard plus approfondi sur les &#233;v&#233;nements, rend donc toujours superflu &#224; nos yeux le fait que des diplomates interviennent dans les causes des grands mouvements populaires et de chercher les moyens de combattre ces m&#234;mes diplomates par d'autres diplomates. Ce qui n'est qu'une politique de caf&#233; du commerce.(1) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'original de cet article a &#233;t&#233; publi&#233; en espagnol sur le site vientosur.info&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Rosa Luxemburg, &#171; Social-d&#233;mocratie et luttes nationales en Turquie &#187;, octobre 1896 [en ligne].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Date : 24/04/2015 - 11:22&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Imp&#233;rialismes d'hier et d'aujourd'hui : Poutine, la guerre en Ukraine et l'extr&#234;me droite</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Imperialismes-d-hier-et-d-aujourd-hui-Poutine-la-guerre-en-Ukraine-et-l-extreme</link>
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		<dc:date>2015-04-14T08:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean Batou</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-04-07</dc:subject>

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&lt;p&gt;La Russie de Poutine est un Etat imp&#233;rialiste domin&#233; par une oligarchie capitaliste qui s'appuie sur l'appareil d'Etat. Sa puissance repose avant tout sur sa force militaire, raison pour laquelle elle d&#233;veloppe une orientation belliqueuse &#224; l'&#233;gard de ses voisins, &#224; qui elle reproche d'avoir profit&#233; de l'effondrement de l'URSS pour &#233;chapper &#224; sa tutelle centenaire. Port&#233; par une id&#233;ologie ultra-nationaliste qui fait une large place au racisme, &#224; l'antis&#233;mitisme, &#224; l'homophobie, son (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH105/arton21632-6f620.jpg?1781799404' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='105' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La Russie de Poutine est un Etat imp&#233;rialiste domin&#233; par une oligarchie capitaliste qui s'appuie sur l'appareil d'Etat. Sa puissance repose avant tout sur sa force militaire, raison pour laquelle elle d&#233;veloppe une orientation belliqueuse &#224; l'&#233;gard de ses voisins, &#224; qui elle reproche d'avoir profit&#233; de l'effondrement de l'URSS pour &#233;chapper &#224; sa tutelle centenaire. Port&#233; par une id&#233;ologie ultra-nationaliste qui fait une large place au racisme, &#224; l'antis&#233;mitisme, &#224; l'homophobie, son n&#233;o-conservatisme autoritaire est devenu un v&#233;ritable &#233;tendard pour l'extr&#234;me droite europ&#233;enne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En Europe de l'Est, la F&#233;d&#233;ration de Russie est soutenue par des secteurs significatifs de l'extr&#234;me droite comme ATAKA en Bulgarie, le Parti national en Slovaquie et Jobbik en Hongrie ; &#224; l'Ouest, elle est appuy&#233;e par Aube dor&#233;e en Gr&#232;ce, le BNP en Angleterre, le NPD en Allemagne, le Front National en France, le FP&#214; en Autriche, la Ligue du Nord et Forza Nuova en Italie, le Vlaams Belang en Belgique, etc. [1] Le 22 mars dernier, au Holiday Inn de Saint-P&#233;tersbourg, le parti russe &#171; Patrie &#187; a ainsi organis&#233; un Forum conservateur international en pr&#233;sence d'une grande partie de ces mouvements, avec la participation de chefs militaires d'Ukraine orientale li&#233;s &#224; des secteurs fascisants. Ce r&#233;seau devrait permettre de renforcer la jonction entre nationalistes europ&#233;ens qui appuient la politique &#233;trang&#232;re de la F&#233;d&#233;ration de Russie contre Bruxelles et Washington.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel imp&#233;rialisme russe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains nostalgiques de l'URSS poststalinienne ferment les yeux sur cette r&#233;alit&#233;, oubliant aussi combien la d&#233;nonciation de l'imp&#233;rialisme russe a toujours &#233;t&#233; au c&#339;ur de la pens&#233;e et de l'action de L&#233;nine. Ne pr&#244;nait-il pas le d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire de la Russie d&#232;s 1914. Le 12 d&#233;cembre, L&#233;nine &#233;crivait ainsi : &#171; les Grands-Russes ne peuvent &#8216;d&#233;fendre la patrie' autrement qu'en souhaitant la d&#233;faite du tsarisme dans toute guerre comme un moindre mal pour les neuf dixi&#232;mes de la population de la Grande-Russie, car non seulement le tsarisme opprime &#233;conomiquement et politiquement ces neuf dixi&#232;mes de la population, mais il la d&#233;moralise, l'avilit, la d&#233;shonore, la prostitue, en l'accoutumant &#224; opprimer d'autres peuples, en l'accoutumant &#224; voiler sa honte sous des phrases hypocrites pseudo-patriotiques &#187; [2]. Remplacez aujourd'hui tsarisme par r&#233;gime oligarchique, et le jugement de L&#233;nine reste pleinement valable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Russie est une puissance imp&#233;rialiste particuli&#232;re, puisqu'elle a colonis&#233; les peuples non russes de son empire, en m&#234;me temps que la paysannerie russe et non russe, dont la r&#233;pression brutale et l'asservissement g&#233;n&#233;ralis&#233;, d&#232;s le milieu du 17e si&#232;cle, ressemblaient &#224; ceux perp&#233;tr&#233;s par les puissances europ&#233;ennes dans leurs plantations d'Outre-Mer. Avec l'&#233;mergence du capital imp&#233;rialiste, dans le dernier tiers du 19e si&#232;cle, elle s'est efforc&#233;e de compenser la faiblesse relative de ses monopoles &#233;conomiques et financiers par le contr&#244;le militaire exclusif d'un immense territoire et, comme le relevait L&#233;nine en 1916, par &#171; certaines facilit&#233;s de spoliation des allog&#232;nes &#187; [3]. Ainsi pouvait-elle tenter de jouer dans la cour des grands, comme alli&#233;e subalterne de la France et de l'Angleterre. C'est pourquoi, lorsque certains marxistes se r&#233;f&#232;rent &#224; L&#233;nine pour mettre en doute la nature imp&#233;rialiste de la Russie d'aujourd'hui, invoquant la faiblesse relative de son capital financier, ils montrent qu'ils n'ont pas bien compris sa caract&#233;risation de l'imp&#233;rialisme russe d'avant 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le chauvinisme Grand-Russe en Russie sovi&#233;tique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le monopole du capital financier a &#233;t&#233; bris&#233; par la r&#233;volution d'Octobre en Union sovi&#233;tique, le chauvinisme grand-russe et les privil&#232;ges qui y &#233;taient attach&#233;s n'ont pas &#233;t&#233; &#233;limin&#233;s pour autant. C'est pourquoi, dans ses derniers &#233;crits, L&#233;nine proposera des mesures de discrimination positives &#224; l'&#233;gard des nations opprim&#233;es, et donnera une importance cardinale &#224; la lutte contre le social-nationalisme, n'h&#233;sitant pas &#224; traiter Staline, dans son rapport avec les communistes g&#233;orgiens, de &#171; brutal argousin grand-russe &#187; [4]. Apr&#232;s sa mort, ce combat sera perdu et &#171; le socialisme dans un seul pays &#187; marquera le triomphe du chauvinisme grand-russe sur les droits des nationalit&#233;s. Ceci explique en large partie comment la violence &#171; atmosph&#233;rique &#187; (pour reprendre le mot de Fanon) de l'ordre stalinien des ann&#233;es 1930-1950 peut &#234;tre compar&#233;e &#224; celle du monde colonial : expropriations massives, camps de travail, d&#233;portations et exterminations, russification forc&#233;e, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale, l'URSS r&#232;gne &#224; nouveau sur un empire &#233;tendu et revendique des zones d'influence en Chine, en Iran (Azerba&#239;djan) et en Turquie [5]. Au-del&#224;, en juillet 1945, Staline pr&#233;conise m&#234;me l'&#233;tablissement d'un protectorat sovi&#233;tique sur la Tripolitaine. Face &#224; la prise de position britannique en faveur de l'ind&#233;pendance de la Lybie (avril 1946), la diplomatie sovi&#233;tique tentera de se rabattre sur un protectorat des quatre grands. Enfin, &#224; l'approche d'une perc&#233;e possible du Parti communiste italien aux &#233;lections de juin 1946, elle jouera sans plus de succ&#232;s la carte du protectorat italien [6]. Voil&#224; une tentative aussi mal connue que peu glorieuse de Moscou visant &#224; ressusciter &#224; son profit le syst&#232;me des mandats de la SDN d'apr&#232;s la Premi&#232;re Guerre mondiale. Toutefois, cette heure de gloire de l'Empire russe durera moins d'un demi-si&#232;cle et sera suivie d'un effondrement sans pr&#233;c&#233;dent, apr&#232;s 1991, avec la perte de 14 r&#233;publiques non russes (5,3 millions de km2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; R&#233;unification de la Grande Russie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la F&#233;d&#233;ration de Russie comprend encore 21 r&#233;publiques non russes sur pr&#232;s de 30% de son territoire. Et d&#233;sormais, le capital financier reconstitu&#233;, dont la fragilit&#233; relative est une nouvelle fois compens&#233;e par le soutien d'un puissant appareil d'Etat, redevient le premier b&#233;n&#233;ficiaire de l'exploitation des richesses naturelles de Sib&#233;rie et d'Extr&#234;me-Orient, organis&#233;e derechef sur un mode colonial : drainage des ressources par le centre et restitution d'une infime partie de celles-ci aux r&#233;gions concern&#233;es en vue de leur d&#233;veloppement propre. En m&#234;me temps, il encourage Moscou &#224; une politique expansionniste envers les Etats voisins, que les ultra-nationalistes pr&#233;sentent comme un effort de &#171; r&#233;unification de la Grand Russie &#187;. Pour Alexandre Douguine, l'un de leurs principaux id&#233;ologues actuels, adepte de la &#171; Guerre des continents &#187;, l'int&#233;grit&#233; de ses anciens dominions ne peut &#234;tre garantie que s'ils acceptent de ne pas quitter l'orbite russe : &#171; Tout Etat de l'espace postsovi&#233;tique, s'il d&#233;cide de s'opposer violemment &#224; la Russie, ne pourra exister, proclame-t-il, que sous forme tronqu&#233;e &#187; (cit&#233; par Lib&#233;ration, 27 avril 2014).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me son de cloche de la part d'Igor Stelkow, milicien russe engag&#233; successivement aux c&#244;t&#233;s des s&#233;paratistes de Transnistrie, des Serbes de Bosnie, et des pro-Russes des deux guerres de Tch&#233;tch&#233;nie, avant de diriger des unit&#233;s &#224; l'Est de l'Ukraine. Il y deviendra ministre de la D&#233;fense de la r&#233;publique populaire auto-proclam&#233;e du Donestk jusqu'&#224; la mi-ao&#251;t 2014, date &#224; laquelle il sera &#233;cart&#233; du pouvoir par le Kremlin dans des circonstances peu claires. &#171; J'&#233;tais d'avis, confie-t-il au Spiegel, que Moscou devait annexer rapidement le Donbass, comme la Crim&#233;e apr&#232;s le r&#233;f&#233;rendum (&#8230;) Kiev est une ville russe. Je veux une nouvelle domination russe, qui se justifie historiquement. L'Ukraine a &#233;t&#233; et reste une partie de la Russie. Mon r&#234;ve est que la Russie retrouve ses fronti&#232;res naturelles, soit au minimum celles de 1939 &#187; [7] [avant ou apr&#232;s le pacte Hitler-Staline ?].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'essor de l'ultranationalisme grand-russe, les id&#233;ologies racistes et antis&#233;mites ont trouv&#233; &#224; nouveau un terreau favorable, dans la tradition des Cent-Noirs, form&#233;s au d&#233;but du si&#232;cle dernier, en r&#233;action &#224; la r&#233;volution de 1905. Les campagnes islamophobes contre les peuples du Caucase et d'Asie centrale occupent bien s&#251;r la premi&#232;re place : en novembre 2013, le maire de Moscou Sergei Sobyaninas (droite nationaliste) annon&#231;ait ainsi que la ville ne construirait plus aucune nouvelle mosqu&#233;e pour les quelque 1,5-2 millions de musulmans de la capitale. A cela, il faut ajouter la propagande contre l'immigration de couleur, en particulier africaine, dont les repr&#233;sentants ont fait r&#233;cemment l'objet d'un nombre record d'agressions. Les juifs sont aussi &#224; nouveau dans le collimateur de groupes antis&#233;mites qui agissent de plus en plus &#224; visage d&#233;couvert sur les r&#233;seaux sociaux et dans la rue.&lt;br class='autobr' /&gt; Quand le diable sort de sa bo&#238;te&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de l'intervention militaire de Moscou aux c&#244;t&#233;s des s&#233;paratistes ukrainiens, l'appel &#224; l'union sacr&#233;e justifie une aggravation de la r&#233;pression politique. D'apr&#232;s Olga Miryasova, sociologue et militante libertaire moscovite, le nombre d'activistes emprisonn&#233;s est pass&#233; de 1500 en 2013, &#224; 2500 en 2014. Une loi contre &#171; l'incitation &#224; la haine sociale &#187; permet d'ailleurs de poursuivre quiconque critique l'action de la police. Le harc&#232;lement judiciaire est particuli&#232;rement f&#233;roce en Crim&#233;e, o&#249; toute protestation contre l'annexion russe est syst&#233;matiquement r&#233;prim&#233;e. C'est le cas notamment du syndicaliste &#233;tudiant &#233;cologiste et antifasciste Alexandre Kolchenko, arr&#234;t&#233; &#224; Simferopol le 17 mai dernier, et transf&#233;r&#233; &#224; Moscou, en d&#233;pit de sa nationalit&#233; ukrainienne, avec plusieurs autres activistes, accus&#233;s de fa&#231;on mensong&#232;re d'appartenir &#224; un r&#233;seau terroriste d'extr&#234;me-droite (!?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte, que Boris Nemtsov a &#233;t&#233; assassin&#233; &#224; proximit&#233; du Kremlin, le 27 f&#233;vrier dernier. Jeune physicien lib&#233;ral de Nijni Novgorod, &#233;lu au soviet supr&#234;me en 1990, il est nomm&#233; gouverneur de sa r&#233;gion, puis conseiller de Boris Eltsine en 1996 pour son 2e mandat, aux c&#244;t&#233;s de Vladimir Poutine, qui acc&#233;dera &#224; la pr&#233;sidence en 1999. Depuis lors, le destin des deux jeunes r&#233;formateurs n&#233;olib&#233;raux divergent : s'ils ont soutenu l'un comme l'autre des th&#233;rapies de choc aux cons&#233;quences sociales dramatiques, le premier, &#233;cart&#233; du pouvoir, a critiqu&#233; la corruption du second dans une s&#233;rie de publications aux titres sans &#233;quivoque : Poutine et Gazprom, Poutine et la crise financi&#232;re, Poutine et la corruption, etc. En 2009, alors qu'il briguait la mairie de Sotchi pour d&#233;noncer &#171; les affaires &#187; entourant la pr&#233;paration des Jeux Olympiques, il avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; agress&#233; physiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nemtsov &#233;tait particuli&#232;rement ha&#239; par les milieux ultra-nationalistes en raison de ses origines juives et de ses critiques aux guerres men&#233;es contre les peuples non russes au sein et en dehors de la F&#233;d&#233;ration. R&#233;cemment, il annon&#231;ait la publication d'un ultime rapport sur l'implication de Moscou en Ukraine apr&#232;s avoir post&#233; sur Facebook, le 2 mars 2014, un article incendiaire que la presse avait refus&#233; de publier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Poutine a d&#233;clar&#233; une guerre &#224; nos fr&#232;res d'Ukraine, avertissait-il. Cette folie sanguinaire d'un enrag&#233; du KGB va co&#251;ter cher autant &#224; l'Ukraine qu'&#224; la Russie : une fois de plus, la mort de jeunes hommes des deux c&#244;t&#233;s, des m&#232;res et des veuves plong&#233;es dans le d&#233;sespoir, des enfants rendus orphelins. Une Crim&#233;e d&#233;sert&#233;e que les touristes ne visiteront jamais. Des milliards, des dizaines de milliards de roubles jet&#233;s au feu, dont les personnes &#226;g&#233;es et les enfants se verront priv&#233;s par la guerre, et apr&#232;s cela, encore plus d'argent pour soutenir un r&#233;gime de voleurs en Crim&#233;e. Le vampire a besoin d'une guerre. Il a besoin du sang du peuple. (&#8230;) &#187; [8].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; De quel c&#244;t&#233; sommes-nous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poutine a certes gagn&#233; une bataille en Ukraine, mais sans doute pas la guerre. Ceci au prix du renforcement des secteurs nationalistes les plus r&#233;actionnaires du pays. En d&#233;cembre dernier, dans le grand stade de Grozny, devant des milliers d'hommes en armes, Razman Kadyrov, chef de la r&#233;publique Tch&#233;tch&#232;ne de la F&#233;d&#233;ration de Russie, a ainsi pr&#233;sent&#233; ses hommes comme les bataillons sp&#233;ciaux du Pr&#233;sident : &#171; Nous savons que le pays a une arm&#233;e, une marine, une aviation et des ogives nucl&#233;aires, a-t-il affirm&#233;, mais nous savons aussi qu'il y a des missions qui ne peuvent &#234;tre ex&#233;cut&#233;es que par des volontaires &#187;. A la mi-f&#233;vrier, The Night Wolves, &#233;quivalent russe des Hells Angels, proches de l'Eglise orthodoxe et de Poutine, tenaient un grand rassemblement &#224; Moscou sous le slogan &#171; Il n'y aura pas de Maidan en Russie &#187; [9].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, ceux, au sein de la gauche occidentale, qui prennent pour de l'argent content la pr&#233;tention de la Russie de Poutine de soutenir la lutte des peuples russophones d'Ukraine orientale contre la &#171; junte fasciste de Kiev &#187; (en r&#233;alit&#233;, un gouvernement nationaliste conservateur), couvrent en r&#233;alit&#233; l'offensive en cours de l'imp&#233;rialisme russe sur ses marges occidentales. Ceci est d'autant plus grave qu'ils le font souvent en &#233;pousant la phras&#233;ologie belliqueuse et raciste de Moscou. Que penser en effet de ce morceau de bravoure de Jean-Luc M&#233;lenchon, leader du Parti de gauche en France, lorsqu'il pr&#233;sente l'arm&#233;e russe comme &#171; le peuple en armes (sic.) que n'intimideront pas les bandes de pauvres diables chicanos (resic.) de l'arm&#233;e des USA &#187;, et lorsqu'il recommande &#224; Vladimir Poutine de faire preuve de &#171; sang-froid &#187; en jouant &#171; l'&#233;croulement de l'&#233;conomie ukrainienne, la d&#233;sagr&#233;gation de ce pays qui a tant de peine &#224; en &#234;tre un &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel merveilleuse expression de la solidarit&#233; de la &#171; grande nation fran&#231;aise &#187; avec la &#171; grande nation russe &#187; contre la &#171; petite nation ukrainienne &#187;, teint&#233;e de m&#233;pris envers les Mexicains des Etats-Unis, opprim&#233;s par un autre imp&#233;rialisme, au pr&#233;texte qu'ils lui serviraient de pi&#232;tre chair &#224; canon. Ne serait-il pas grand temps que la gauche internationale rompe d&#233;finitivement avec une telle lecture g&#233;opolitique et chauvine du monde, souvent teint&#233;e de racisme, qui magnifie toute forme d'opposition aux int&#233;r&#234;ts de l'imp&#233;rialisme &#233;tats-uniens, de quelque tyran qu'elle vienne ? N'est-ce pas aux luttes et aux aspirations des classes exploit&#233;es et des peuples opprim&#233;s du monde pour leur propre &#233;mancipation, &#224; l'Est comme &#224; l'Ouest, au Sud comme au Nord, que nous devons apporter notre soutien sans conditions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Batou&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Political Capital Institute, &#171; The Russian Connection. The Spread of Pro-Russian Policies on the European Far Right &#187;, 14 mars 2014. &lt;a href=&#034;http://www.riskandforecast.com/useruploads/files/pc_flash_report_russian_connection.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.riskandforecast.com/useruploads/files/pc_flash_report_russian_connection.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] L&#233;nine, &#171; De la fiert&#233; nationale des Grands-Russes &#187;, in : &#338;uvres, vol. 21, p. 101.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] L&#233;nine, &#171; L'imp&#233;rialisme et la scission du socialisme &#187;, in : &#338;uvres, vol. 23, p. 127.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] L&#233;nine, &#171; La question des nationalit&#233;s ou de &#8216;l'autonomie' (Suite) &#187;, in : &#338;uvres, vol. 36, p. 621.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Sur la trajectoire de l'imp&#233;rialisme russe, voir Zbigniew Kowalewski, &#171; Three forms of Russian imperialism : Empire in Russian History &#187;, 15 nov. 2014, ESSF, article 33683.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Vu l'impossibilit&#233; de trouver un terrain d'entente entre les puissances victorieuses, ce sera finalement l'ind&#233;pendance du royaume de Lybie qui triomphera en d&#233;cembre 1951 (Ronald B. St John, &#171; The Soviet Penetration of Lybia &#187;, The World Today, 38 (4), avril 1982, pp. 131-38).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Spiegel Online Politik, 19 mars 2015 (&lt;a href=&#034;http://www.spiegel.de/politik/ausland/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.spiegel.de/politik/ausland/&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Cit&#233; par Keith Gessen, &#171; Remembering Boris Nemtsov &#187;, London Review of Books, 37 (6), 19 mars 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &#171; Poutine, la guerre en Ukraine et l'extr&#234;me droite &#187;. La version originale de cet article a &#233;t&#233; publi&#233;e en espagnol sur le site de la revue Viento Sur : &lt;a href=&#034;http://www.vientosur.info/spip.php?article9929&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.vientosur.info/spip.php?article9929&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* L'auteur est professeur d'histoire internationale contemporaine &#224; l'Universit&#233; de Lausanne et auteur de plusieurs livres et articles sur l'histoire de la mondialisation et des mouvements sociaux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>B&#226;le (Suisse) : Non au sommet de l'OSCE &#8211; Obama, Barroso et Poutine ne feront pas la loi en Europe</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Bale-Suisse-Non-au-sommet-de-l-OSCE-Obama-Barroso-et-Poutine-ne-feront-pas-la</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean Batou</dc:creator>


		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2014-12-02</dc:subject>

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&lt;p&gt;Les 4-5 d&#233;cembre prochain, B&#226;le accueillera la Conf&#233;rence des ministres des Affaires &#233;trang&#232;res des 57 Etats membres de l'Organisation pour la s&#233;curit&#233; et la coop&#233;ration en Europe (OSCE), pr&#233;sid&#233;e cette ann&#233;e par la Suisse. Afin de protester contre la tenue de ce sommet &#224; la solde des principaux blocs ou puissances imp&#233;rialistes &#8211; Etats-Unis, pays dominant l'Union europ&#233;enne (UE) et Russie &#8211; un Collectif contre l'OSCE s'est form&#233; &#224; B&#226;le, qui appelle &#224; manifester dans la rue, le vendredi 5 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH81/arton20065-1ad8f.png?1781965210' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='81' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les 4-5 d&#233;cembre prochain, B&#226;le accueillera la Conf&#233;rence des ministres des Affaires &#233;trang&#232;res des 57 Etats membres de l'Organisation pour la s&#233;curit&#233; et la coop&#233;ration en Europe (OSCE), pr&#233;sid&#233;e cette ann&#233;e par la Suisse. Afin de protester contre la tenue de ce sommet &#224; la solde des principaux blocs ou puissances imp&#233;rialistes &#8211; Etats-Unis, pays dominant l'Union europ&#233;enne (UE) et Russie &#8211; un Collectif contre l'OSCE s'est form&#233; &#224; B&#226;le, qui appelle &#224; manifester dans la rue, le vendredi 5 d&#233;cembre &#224; 18 h 30. Solidarit&#233;S soutient cette mobilisation et appelle ses lecteurs et lectrices &#224; y participer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La Conf&#233;rence pour la s&#233;curit&#233; et la coop&#233;ration en Europe (CSCE) a &#233;t&#233; d'abord un forum visant &#224; favoriser &#171; la d&#233;tente &#187; durant les deux derni&#232;res d&#233;cennies de la guerre froide. Parmi ses objectifs centraux : le respect des fronti&#232;res issues de la Seconde Guerre mondiale et la mise en place de m&#233;canismes consensuels pour &#171; la d&#233;fense des droits humains &#187;. De facto, elle a &#233;t&#233; le vecteur d'un projet port&#233; par l'Ostpolitik allemande, depuis la fin des ann&#233;es 1960 : favoriser la r&#233;int&#233;gration des pays de l'Est dans l'&#233;conomie capitaliste mondiale par le rapprochement plut&#244;t que par la confrontation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la chute du bloc sovi&#233;tique et les accords de Dayton de d&#233;cembre 1995, qui ont sanctionn&#233; la fin de la guerre en Bosnie-Herz&#233;govine, et sa mise sous tutelle de l'OTAN, la CSCE a donn&#233; naissance &#224; l'Organisation pour la s&#233;curit&#233; et la coop&#233;ration en Europe (OSCE). Celle-ci entendait promouvoir la d&#233;mocratie repr&#233;sentative et l'&#233;conomie de march&#233; dans les anciens pays de l'Est tout en tentant d'y pr&#233;venir la guerre. Pour cela, elle allait s'efforcer de ma&#238;triser les tensions sociales et politiques suscit&#233;es par la mise en &#339;uvre de politiques de privatisation brutales. Ce furent les heures de gloire de l'OSCE, qui parvint &#224; multiplier son budget annuel par cinq, de 32,4 millions &#8364; en 1995-1997, &#224; 155,8 en 1998-2000, dans un contexte de prostration de la Russie, dont le PIB reculait de plus de 50 % (!) de 1990 &#224; 1999.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant la premi&#232;re moiti&#233; des ann&#233;es 2000, l'OSCE perd du terrain : en 2005, la Russie a retrouv&#233; progressivement son niveau &#233;conomique de 1990, et elle commence &#224; ruer dans les brancards. Ses ambitions de puissance paraissent de moins en moins compatibles avec les int&#233;r&#234;ts des Occidentaux, raison pour laquelle, d&#232;s 2007, &#224; Munich, Poutine d&#233;nonce l'OSCE comme &#171; un instrument au service d'un groupe de pays au d&#233;triment d'un autre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, la crise ukrainienne r&#233;v&#232;le aujourd'hui combien les d&#233;cisions consensuelles de l'OSCE et leur port&#233;e non contraignante sont en train de c&#233;der le pas aux d&#233;monstrations de force de l'arm&#233;e russe, aux gesticulations de l'OTAN, et aux sanctions &#233;conomiques des USA et de l'UE, m&#234;me si les Occidentaux esp&#232;rent encore que le ralentissement &#233;conomique r&#233;cent de la Russie am&#232;nera ses autorit&#233;s &#224; une attitude plus conciliante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conf&#233;rence minist&#233;rielle de d&#233;cembre 2014, pr&#233;sid&#233;e par le fringuant Didier Burkhalter, est l'occasion pour nous de d&#233;noncer cette instance de r&#233;gulation &#8211; bien helv&#233;tique &#8211; des int&#233;r&#234;ts imp&#233;rialistes en Europe, dont la premi&#232;re mission historique a &#233;t&#233; de piloter l'absorption du bloc sovi&#233;tique par le capitalisme mondial. En son sein, les Occidentaux souhaiteraient ne pas remettre en cause les rapports de force &#233;tablis dans les ann&#233;es 1990-2005, aux d&#233;pens d'une puissance russe en repli. A l'inverse, le gouvernement russe voudrait regagner du terrain, haussant le ton de sommet en sommet &#8211; le G20 aujourd'hui &#8211; et comptant avant tout sur sa puissance militaire pour renforcer ses positions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas, les objectifs fondamentaux de l'OSCE sont ceux des dominants, qu'ils soient &#233;tats-uniens, ouest-europ&#233;ens ou russes ; leurs querelles ne nous int&#233;ressent que dans la mesure o&#249; elles peuvent les affaiblir et permettre &#224; ceux d'en bas de reprendre l'initiative. Ces puissances rivales ne visent qu'&#224; d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts de leurs cliques capitalistes contre ceux des autres Etats. Pour le reste, elle se donnent la main afin de r&#233;primer les mouvements populaires, pr&#233;textant la &#171; lutte antiterroriste &#187; : elle contr&#244;lent et brutalisent les mi&#173;grant&#183;e&#183;s, quand elles ne les envoient pas &#224; la mort ; elles sont aussi les principales vendeuses d'armes sur le march&#233; international et ne parlent de r&#232;glement pacifique des conflits que lorsqu'elles entendent d&#233;fendre leurs avantages acquis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi nous condamnons avec la m&#234;me fermet&#233; les politiques n&#233;olib&#233;rales impos&#233;es par les puissances occidentales et par la Russie, qui provoquent toutes deux l'explosion des in&#233;galit&#233;s sociales. En effet, si les entreprises militaires de l'imp&#233;rialisme russe paraissent plus brutales et ses tendances autoritaires plus mena&#231;antes, au moins dans ses &#171; chasses gard&#233;es &#187; eurasiatiques, celles des imp&#233;rialismes occidentaux le sont tout autant en Am&#233;rique latine, en Afrique, ou en Asie&#8230; Face &#224; ce nouveau foyer de tension inter&#173;imp&#233;rialiste en Europe orientale, qui en rappelle d'autres, au si&#232;cle dernier, les anticapitalistes doivent choisir le camp des travailleurs et travailleuses et des peuples, &#224; commencer par celui du peuple ukrainien &#224; qui il appartient de se d&#233;terminer &#233;conomiquement et politiquement sans intervention &#233;trang&#232;re. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Paru en Suisse dans &#171; solidarit&#233;S &#187; n&#176; 258 (20/11/2014) p. 3. &lt;a href=&#034;http://www.solidarites.ch/journal/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.solidarites.ch/journal/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Capitalisme globalis&#233; et environnement pathog&#232;ne : la monoculture du palmier &#224; huile a-t-elle pu provoquer Ebola ?</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Capitalisme-globalise-et-environnement-pathogene-la-monoculture-du-palmier-a</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Capitalisme-globalise-et-environnement-pathogene-la-monoculture-du-palmier-a</guid>
		<dc:date>2014-11-11T08:04:11Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean Batou</dc:creator>


		<dc:subject>Sant&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2014-11-11</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'article que nous mettons aujourd'hui en ligne pr&#233;sente notamment les r&#233;sultats de recherches scientifiques tr&#232;s r&#233;centes qui &#233;tablissent un lien direct entre l'essor de la culture et de la commercialisation de l'huile de palme en Guin&#233;e et dans les pays voisins, et le d&#233;veloppement de la pand&#233;mie d'Ebola. &lt;br class='autobr' /&gt; Ces travaux sont peu connus, parce que publi&#233;s dans des revues scientifiques &#224; diffusion limit&#233;e (biologie, &#233;pid&#233;miologie, &#233;cologie, etc.) et exprim&#233;es dans un langage technique (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Afrique-" rel="directory"&gt;Afrique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2014-11-11-+" rel="tag"&gt;Edition du 2014-11-11&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L100xH150/arton19701-e2d00.jpg?1781965211' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'article que nous mettons aujourd'hui en ligne pr&#233;sente notamment les r&#233;sultats de recherches scientifiques tr&#232;s r&#233;centes qui &#233;tablissent un lien direct entre l'essor de la culture et de la commercialisation de l'huile de palme en Guin&#233;e et dans les pays voisins, et le d&#233;veloppement de la pand&#233;mie d'Ebola.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ces travaux sont peu connus, parce que publi&#233;s dans des revues scientifiques &#224; diffusion limit&#233;e (biologie, &#233;pid&#233;miologie, &#233;cologie, etc.) et exprim&#233;es dans un langage technique parfois difficile. Ils pointent les causes socio-environnementales de la crise sanitaire actuelle, en lien direct avec les effets de la globalisation capitaliste sur des pays d&#233;pendants, validant les articles pr&#233;c&#233;demment &#233;crits par l'auteur &#224; ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pand&#233;mie d'Ebola, qui a d&#233;j&#224; caus&#233; la mort de plus de 5000 personnes en Afrique de l'Ouest, pourrait en tuer plus de 90 000 dans le seul comt&#233; lib&#233;rien de Montserrado, d'ici le 15 d&#233;cembre prochain, si les moyens engag&#233;s sur le terrain n'augmentent pas massivement dans les jours &#224; venir [1]. Rien n'indique en effet que les mesures prises jusqu'ici soient de nature &#224; faire reculer sensiblement ce fl&#233;au. Peut-on d'ailleurs venir &#224; bout durablement d'une telle crise sanitaire sans agir sur ses causes socio-environnementales ? D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; d'approfondir notre compr&#233;hension de cette catastrophe pour en tirer les le&#231;ons n&#233;cessaires, notamment dans une perspective &#233;cosocialiste. Je rappellerai tout d'abord cinq arguments, d&#233;velopp&#233;s avec plus de d&#233;tails dans mes pr&#233;c&#233;dents articles publi&#233;s par Viento Sur [et disponible sur ESSF], le 19 ao&#251;t et le 9 octobre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Le passage du virus de la faune &#224; l'homme (spillover) est li&#233; &#224; des transformations qualitatives de l'environnement r&#233;gional qui r&#233;sultent de la d&#233;forestation, de l'accaparement des ressources naturelles (minerais, bois, etc.), du land grabbing [2] et de l'essor des monocultures d'exportation, ph&#233;nom&#232;nes aggrav&#233;s par le contexte mondial de r&#233;chauffement climatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. L'exposition accrue des communaut&#233;s villageoises &#224; ce nouvel agent pathog&#232;ne r&#233;sulte du r&#233;gime d'accumulation par d&#233;possession qui domine de plus en plus le capitalisme p&#233;riph&#233;rique, marqu&#233; par la privatisation acc&#233;l&#233;r&#233;e des communs, la guerre pour le contr&#244;le des mati&#232;res premi&#232;res, le d&#233;racinement et les migrations forc&#233;es de populations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. L'incapacit&#233; d'endiguer la pand&#233;mie r&#233;sulte de l'effondrement des syst&#232;mes de sant&#233; et des services publics en g&#233;n&#233;ral des pays concern&#233;s, lequel d&#233;coule directement de l'imposition de programmes d'ajustement structurel brutaux aux d&#233;pens des t&#226;ches sociales &#233;l&#233;mentaires des Etats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. L'alliance n&#233;ocoloniale des gros investisseurs &#233;trangers et des bourgeoisies locales vise &#224; garantir leur contr&#244;le exclusif sur la rente. D'o&#249; l'autoritarisme et la r&#233;pression des r&#233;sistances populaires, qui suscitent en retour une profonde m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard des pouvoirs locaux et des intervenants &#233;trangers. Ce contexte politique mine aujourd'hui les tentatives de contr&#244;le de l'&#233;pid&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. La domination de l'industrie pharmaceutique par la qu&#234;te du profit priv&#233; st&#233;rilise la recherche sur les maladies des pays pauvres tant qu'elles ne constituent pas un danger de pand&#233;mie mondiale ou un risque de bioterrorisme. D'o&#249; l'absence de vaccin ou de traitement efficaces contre Ebola, pr&#232;s de 40 ans apr&#232;s sa premi&#232;re apparition en Afrique centrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des travaux scientifiques publi&#233;s au cours de ces derni&#232;res semaines, en particulier dans les domaines de la biologie, de l'&#233;pid&#233;miologie et de l'&#233;cologie humaine, apportent depuis lors des pr&#233;cisions nouvelles sur les liens entre d&#233;veloppement de l'agriculture intensive d'exportation sous la pression du march&#233; mondial, en particulier apr&#232;s le d&#233;but de la crise financi&#232;re en 2007-2008, et l'essor de la pand&#233;mie d'Ebola. De fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale, ils indiquent que les circuits du capital ouvrent la voie &#224; ceux de germes pathog&#232;nes extr&#234;mement dangereux, en particulier dans les pays de la p&#233;riph&#233;rie, qui subissent de la fa&#231;on la plus exp&#233;ditive les effets sociaux de l'accumulation par d&#233;possession en cours. Nous allons tenter d'en pr&#233;senter ici certains r&#233;sultats importants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ecosyst&#232;mes et &#233;pid&#233;mies&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons d&#233;sormais que le virus Ebola est pr&#233;sent en Afrique occidentale depuis plusieurs ann&#233;es : d'abord, parce que des anticorps contre plusieurs de ses vari&#233;t&#233;s ont &#233;t&#233; mis en &#233;vidence dans des &#233;chantillons de sang pr&#233;lev&#233;s en Sierra Leone, il y a cinq ans ; ensuite, parce que les premi&#232;res analyses du g&#233;nome de la souche active depuis plus de dix mois permet de dater son apparition dans la r&#233;gion au milieu des ann&#233;es 2000 [3]. D&#232;s lors, pour quelles raisons les infections ponctuelles provoqu&#233;es par ce germe, non diagnostiqu&#233;es comme telles avant la fin de l'hiver 2014, ont-elles soudain d&#233;bouch&#233; sur une v&#233;ritable &#233;pid&#233;mie ? Parce que, selon une tr&#232;s r&#233;cente &#233;tude : &#171; des changements de politique ou de structure socio&#233;conomique, notamment de l'&#233;conomie qui r&#233;git les plantations, peuvent &#8220;d&#233;-st&#233;riliser&#8220; un &#233;cosyst&#232;me naturel au sein duquel un agent pathog&#232;ne avait pu &#234;tre maintenu jusqu'ici en &#233;quilibre &#224; un bas niveau d'activit&#233;, ou n'avait pas trouv&#233; le moyen d'&#233;voluer &#187; [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A contrario, la petite agriculture paysanne traditionnelle, par sa diversit&#233; spatiale, temporelle et modale, dresse de nombreux obstacles physiques et fonctionnels (que les statisticiens appellent des &#171; bruits stochastiques &#187;) contre la multiplication exponentielle de nombreux germes. Certains chercheurs tentent ainsi de d&#233;terminer, pour chaque type d'&#233;cosyst&#232;me, quel type de modifications socio&#233;conomiques peut faciliter l'&#233;volution et la propagation des agents pathog&#232;nes. Par exemple, il semble bien que la marchandisation des cultures fruiti&#232;res et les effets des politiques gouvernementales conduisant &#224; la d&#233;possession des communaut&#233;s rurales aient favoris&#233; l'accroissement de la densit&#233; des hommes et des animaux autour de ces cultures d'exportation, ainsi que la multiplication des contacts au sein de chaque esp&#232;ce et entre esp&#232;ces. Cette concentration accrue de virus dans un espace circonscrit a favoris&#233; leur prolif&#233;ration en raison de &#171; l'effet Allee &#187; (qui &#233;tablit une relation directe entre densit&#233; et croissance d'une population).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mod&#232;le sugg&#232;re la possibilit&#233; que, dans certaines conditions, les &#171; frottements &#187; propres &#224; un &#233;cosyst&#232;me, qui entravent la circulation des germes, puissent &#234;tre brutalement r&#233;duits. Et cette &#171; fluidit&#233; &#187; nouvelle ne permet d&#232;s lors plus &#224; une intervention d'urgence de contenir efficacement la circulation des virus pour en assurer la r&#233;gression spontan&#233;e. D&#233;sormais, la lutte contre la pand&#233;mie ne peut plus se passer de mesures structurelles visant &#224; restaurer une certaine &#171; viscosit&#233; &#187; du syst&#232;me [5]. L'endiguement d'une pand&#233;mie suppose donc la capacit&#233; d'intervenir aussi sur les transformations en cours des modes de production agricoles, sylvicoles et miniers, engag&#233;es sous la pression de l'&#233;conomie mondiale. Une telle politique exige une action consciente des populations concern&#233;es pour r&#233;sister aux exigences du march&#233; international dans une perspective sociale et &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Tracer l'&#233;mergence des maladies en suivant les circuits du capital &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec d'autres, le bio-&#233;cologiste &#233;tats-unien Robert G. Wallace (University of California, Irvine) d&#233;fend aujourd'hui &#171; l'unit&#233; structurelle de la sant&#233; &#187; (Structural One Health). Ces chercheurs pr&#233;conisent le d&#233;veloppement d'&#171; une nouvelle science qui trace l'origine des maladies en suivant les circuits du capital &#187; [6]. Par exemple, si Ebola a pu rester confin&#233; pendant des ann&#233;es au sein de la faune sauvage, la fin de cette p&#233;riode de &#171; latence &#187; et l'&#233;pid&#233;mie incontr&#244;lable qu'elle a provoqu&#233;e, seraient dues &#224; des transformations importantes des &#233;cosyst&#232;mes d'Afrique occidentale, li&#233;es aux mutations du mode de production de l'huile de palme. Le premier foyer de contagion, dans un village proche de Gu&#233;ck&#233;dou, se trouve en effet situ&#233; dans une zone dens&#233;ment bois&#233;e qui abrite une mosa&#239;que de villages et de plantations du m&#234;me type. On sait que les palmiers &#224; huile attirent tout particuli&#232;rement les grandes chauves-souris frugivores de la for&#234;t, h&#244;tes de pr&#233;dilection du virus, qui peuvent d&#232;s lors le transmettre &#224; l'homme par leurs urines, leurs excr&#233;ments ou leur salive, ce qui pourrait ne pas impliquer n&#233;cessairement la consommation de viande de brousse. La r&#233;gion voisine de Kailahun (Comt&#233; de Lofa) au Lib&#233;ria pr&#233;sente des caract&#233;ristiques analogues, encore aggrav&#233;es par un d&#233;veloppement massif du land grabbing [7].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le palmier &#224; huile est exploit&#233; &#224; l'&#233;tat naturel et cultiv&#233; depuis des centaines d'ann&#233;es en Afrique occidentale. Cependant, sous la pression de la demande internationale, ses cycles de jach&#232;re n'ont cess&#233; de se raccourcir, de 20 ans dans les ann&#233;es 1930, &#224; moins de 10 ans dans les ann&#233;es 2000, entra&#238;nant une densit&#233; accrue des plantations. En Guin&#233;e, la culture de ces arbres a connu une expansion r&#233;cente : 15 000 hectares devraient permettre de commercialiser 84 000 tonnes d'huile &#224; l'horizon 2015 [8]. Et m&#234;me si le secteur artisanal traditionnel continue &#224; dominer cette activit&#233;, la Guinean Oil Palm and Rubber Company (SOGUIPAH), entreprise d'Etat, a servi de courroie de transmission aux pressions des march&#233;s ext&#233;rieurs : introduction d'une vari&#233;t&#233; hybride plus productive, dont les graines ne peuvent &#234;tre obtenues qu'aupr&#232;s de la compagnie [9], r&#233;quisition de terres et &#233;viction de leurs occupants, multiplication des contrats de fermage, cha&#238;nes de production rationalis&#233;es, interventions polici&#232;res pour r&#233;primer les r&#233;sistances populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'aide au d&#233;veloppement &#187; a encore accentu&#233; de telles &#233;volutions, puisque la Banque d'investissement europ&#233;enne a r&#233;cemment financ&#233; le quadruplement de la capacit&#233; de raffinage industriel de la SOGUIPAH, qui interdit d&#233;sormais aux petits producteurs, sous peine de prison, d'extraire leur huile sur un mode artisanal. Ces d&#233;veloppements d&#233;bouchent sur la privatisation des communs : obstacles croissants &#224; la libre exploitation des palmiers &#224; huile naturels ou d&#233;veloppement de petites plantations priv&#233;es sur br&#251;lis. Ainsi, m&#234;me s'il n'y a pas encore de grandes exploitations multinationales en Guin&#233;e, comme au Lib&#233;ria ou &#224; la Sierra Leone, &#171; l'huile de palme y repr&#233;sente un cas typique de consolidation rampante [de la monoculture d'exportation], de privatisation, de commercialisation et de capitalisation [de cette activit&#233;], qui font reculer la production artisanale. Ainsi, m&#234;me si aucune compagnie priv&#233;e ne plante encore directement des palmiers &#224; huile en Guin&#233;e, sous l'effet d'une g&#233;ographie relationnelle, l'impact du march&#233; mondial sur l'agro-&#233;cologie locale commence d&#233;j&#224; &#224; se faire sentir. &#187; [10]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La violence de l'&#233;pid&#233;mie d'Ebola en Afrique occidentale ne fait que transposer sur le plan sanitaire celle qui pr&#233;side &#224; la destruction des &#233;cosyst&#232;mes (d&#233;forestation), &#224; la d&#233;possession des communaut&#233;s rurales (privatisation), au durcissement extr&#234;me des conditions de travail dans les secteurs d'exportation (surexploitation), mais aussi au d&#233;mant&#232;lement des derniers filets sociaux &#233;tablis par les Etats (plans d'ajustement structurel). Elle annonce le prix que le capitalisme globalis&#233; s'appr&#234;te &#224; faire payer aux populations, en particulier les plus pauvres et les plus expos&#233;es, pour la marchandisation toujours croissante de leurs &#233;conomies et les d&#233;s&#233;quilibres environnementaux croissants qu'il g&#233;n&#232;re. Raison de plus pour le combattre au nom d'un projet &#233;cosocialiste qui ne soit pas consid&#233;r&#233; comme un &#171; luxe &#187; pour le Nord, mais comme une n&#233;cessit&#233; urgente pour le monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Fishman, D. et Tuite, A.R., &#171; Ebola : No Time to Waste &#187;, The Lancet, 24 octobre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] accaparement des terres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Schoepp, R. J. et al., &#171; Undiagnosed Acute Viral Febrile Illnesses, Sierra Leone &#187;, Emerging Infectious Diseases, 20, 2014, pp. 1176-1182 ; Gire, S. K. et al., &#8220;Genomic Surveillance Elucidates Ebola Virus Origin and Transmission During the 2014 Outbreak&#8221;, Science, 345, 12 septembre 2014, pp. 1369-1372.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Wallace, R. G. et al., &#171; Did Ebola Emerge in West Africa by a Policy-Driven Phase Change in Agroecology ? &#187;, Environment and Planning, 46, 2014 (sous presse), publi&#233; en ligne le 20 octobre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Osterholm, M. T., &#171; What We Need to Fight Ebola &#187;, Washington Post, 1er ao&#251;t 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Wallace, R. G. et al., &#171; The Dawn of Structural One Health : A New Science Tracking Disease Emergence Along Circuits of Capital &#187;, Social Science and Medicine, 2014 (sous presse, disponible en ligne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Fouladbash, L., Agroforestry and Shifting Cultivation in Liberia : Livelihood Impact, Carbon Tradeoffs, and Socio-political Obstacles, PhD Thesis, Natural Resources and Environment, University of Michigan, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Carrere, R., Oil Palm in Africa : Past, Present and Future Scenarios, World Rainforest Movement, Montevideo, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] En cas de rupture de contrat, l'utilisation des graines des arbres de la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration entra&#238;ne une baisse de rendement de 40% (Delarue, J. et Cochet, H., &#171; Systemic Impact Evaluation : A Methodology for Complex Agricultural Development Projects. The Case of a Contract farming Project in Guinea &#187;, European Journal of Development Research, 25, 2013, pp. 778-796.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Wallace et al., &#171; Did Ebola Emerge&#8230; &#187;, art. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Tribune &#233;crite pour Viento Sur : &lt;a href=&#034;http://www.vientosur.info/spip.php?article9558&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.vientosur.info/spip.php?article9558&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ebola : qui sont les artisans de la mort et comment les combattre ?</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Ebola-qui-sont-les-artisans-de-la-mort-et-comment-les-combattre</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Ebola-qui-sont-les-artisans-de-la-mort-et-comment-les-combattre</guid>
		<dc:date>2014-10-14T07:49:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean Batou</dc:creator>


		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2014-10-14</dc:subject>

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&lt;p&gt;Selon les derniers pronostics du Centers for Desease Control and Prevention (CDC) des Etats-Unis, si la pand&#233;mie d'Ebola continue &#224; progresser au rythme actuel, elle pourrait toucher 1,4 million de personnes au Liberia et en Sierra Leone d'ici janvier 2015, ce qui conduirait &#224; l'an&#233;antissement de 700 000 d'entre elles en un an, faisant ainsi d'Ebola la troisi&#232;me cause de d&#233;c&#232;s de maladie infectieuse en Afrique, apr&#232;s le sida et les affections des voies respiratoires. Pour les deux pays les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Selon les derniers pronostics du Centers for Desease Control and Prevention (CDC) des Etats-Unis, si la pand&#233;mie d'Ebola continue &#224; progresser au rythme actuel, elle pourrait toucher 1,4 million de personnes au Liberia et en Sierra Leone d'ici janvier 2015, ce qui conduirait &#224; l'an&#233;antissement de 700 000 d'entre elles en un an, faisant ainsi d'Ebola la troisi&#232;me cause de d&#233;c&#232;s de maladie infectieuse en Afrique, apr&#232;s le sida et les affections des voies respiratoires. Pour les deux pays les plus durement touch&#233;s, cela pourrait conduire &#224; la disparition de pr&#232;s de 10% de leur population en une ann&#233;e, si l'on tient compte aussi des effets induits d'une telle catastrophe sur l'alimentation et la sant&#233; globales des populations concern&#233;es. Il est donc urgent d'en comprendre les causes pour tenter d'&#233;viter le pire et de pr&#233;venir des trag&#233;dies semblables dans d'autres r&#233;gions du Sud.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Notons tout d'abord que la progression de la maladie semble ma&#238;tris&#233;e au Nig&#233;ria et au S&#233;n&#233;gal, et qu'elle a sensiblement ralenti en Guin&#233;e. En R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo (RDC), o&#249; une &#233;pid&#233;mie parall&#232;le a d&#233;marr&#233; &#224; la fin ao&#251;t, elle para&#238;t actuellement aussi sous contr&#244;le ; il faut dire que ce pays a l'exp&#233;rience de cette maladie depuis 1976. Comment expliquer d&#232;s lors la gravit&#233; particuli&#232;re de la pand&#233;mie au Lib&#233;ria, qui concentre la majorit&#233; absolue des nouveaux cas d&#233;clar&#233;s depuis la mi-ao&#251;t, suivi en deuxi&#232;me position par la Sierra Leone ? Si la Guin&#233;e s'en sort apparemment mieux, c'est que l'&#233;pid&#233;mie a d&#233;marr&#233; dans ses districts forestiers du sud, largement coup&#233;s d'une &#233;conomie qui repose essentiellement sur l'exploitation de la bauxite (1re r&#233;serve au monde) au nord. En r&#233;alit&#233;, le sud du pays regarde vers le Lib&#233;ria et la Sierra Leone, qui lui offrent aussi ses plus proches d&#233;bouch&#233;s maritimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre la gravit&#233; de la situation au Lib&#233;ria, en Sierra Leone et au sud de la Guin&#233;e, il faut donc s'int&#233;resser de plus pr&#232;s aux particularit&#233;s de cette sous-r&#233;gion. J'en citerai quatre, qui constituent ensemble un cocktail explosif :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Depuis la fin des ann&#233;es 1980, le Lib&#233;ria, la Sierra Leone et le sud de la Guin&#233;e sont au c&#339;ur de conflits arm&#233;s pour le contr&#244;le des ressources naturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Apr&#232;s le r&#233;tablissement d'une paix relative, dans la premi&#232;re moiti&#233; des ann&#233;es 2000, la mont&#233;e en fl&#232;che des investissements &#233;trangers dans l'accaparement de terres et le secteur minier poursuit l'expropriation d'une petite paysannerie d&#233;j&#224; fragilis&#233;e par la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La destruction acc&#233;l&#233;r&#233;e de la for&#234;t met en p&#233;ril ses esp&#232;ces animales et pousse leurs parasites microbiens &#224; chercher de nouveaux h&#244;tes aux marges de leur &#233;cosyst&#232;me traditionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. L'effondrement des institutions &#233;tatiques issues des ind&#233;pendances a transf&#233;r&#233; leurs t&#226;ches essentielles &#224; des acteurs ext&#233;rieurs priv&#233;s, &#224; des ONG, voire aux grandes puissances occidentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le cumul de ces quatre caract&#233;ristiques qui fait de ces pays un terrain id&#233;al pour la diffusion du virus Ebola.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Guerres pour le contr&#244;le des ressources naturelles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les guerres civiles qui ont ensanglant&#233; le Lib&#233;ria et la Sierra Leone depuis la fin des ann&#233;es 1980 ont &#233;t&#233; largement port&#233;es par des groupes &#8211; au pouvoir ou rebelles &#8211; rivalisant pour le contr&#244;le des ressources naturelles, en particulier des diamants (blood diamants) et du bois, avec la complicit&#233; de grandes soci&#233;t&#233;s internationales. Elles ont caus&#233; la mort de quelque 200 000 personnes, sans parler des centaines de milliers de bless&#233;s, de mutil&#233;s, de femmes viol&#233;es, d'orphelins, de d&#233;plac&#233;s et de r&#233;fugi&#233;s. La vaste zone foresti&#232;re o&#249; le Lib&#233;ria, la Sierra Leone et le sud de la Guin&#233;e se touchent, a &#233;t&#233; particuli&#232;rement ravag&#233;e par les combats opposant l'arm&#233;e guin&#233;enne aux forces lib&#233;riennes, alli&#233;es aux rebelles de Sierra Leone. De surcro&#238;t, cette zone &#233;loign&#233;e des capitales des trois pays, a continu&#233; &#224; &#234;tre le th&#233;&#226;tre de violences r&#233;p&#233;t&#233;es, pratiquement jusqu'&#224; aujourd'hui, que ce soit dans le district de Kolahun (comt&#233; de Lofa) au Lib&#233;ria , ou dans celui de Gu&#233;ck&#233;dou en Guin&#233;e. C'est dans ce dernier, que l'&#233;pid&#233;mie d'Ebola s'est d&#233;clar&#233;e en d&#233;cembre 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant que le Lib&#233;ria et la Sierra Leone recouvraient une stabilit&#233; relative, appuy&#233;e par la diplomatie et les forces sp&#233;ciales britanniques et US, que prolongeront les missions de paix de l'ONU, et qu'un semblant de d&#233;mocratie repr&#233;sentative se mettait en place (d&#232;s 2005 au Lib&#233;ria, d&#232;s 2005-2007 en Sierra Leone), les affaires reprenaient. L'index international de la &#171; libert&#233; &#233;conomique &#187; (Heritage Foundation et Wall Street Journal) montrent ainsi une am&#233;lioration continuelle des libert&#233;s commerciale, mon&#233;taire, fiscale et des investissements dans ces deux pays, o&#249; seuls les droits des travailleurs et les d&#233;penses publiques ont recul&#233;. Pas de doute possible : la comp&#233;tition internationale pour le contr&#244;le et l'exploitation des ressources naturelles a repris de plus belle, en se passant de la m&#233;diation co&#251;teuse de bandes arm&#233;es, dans le cadre de la nouvelle course au partage de l'Afrique. Durant les derni&#232;res 5 ann&#233;es, de 2009 &#224; 2013, selon la Banque mondiale, le PIB du Lib&#233;ria a cr&#251; en moyenne de 11,1% par an, contre 10,0% en Sierra Leone (la Guin&#233;e reste globalement largement derri&#232;re, avec une croissance moyenne de 2,4% ; il est vrai qu'elle n'a pas subi un conflit aussi destructeur).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Expropriation des communaut&#233;s rurales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Lib&#233;ria et en Sierra Leone, les communaut&#233;s rurales ont &#233;t&#233; les premi&#232;res victimes de la guerre et de l'exploitation sauvage des ressources naturelles par les bellig&#233;rants : les d&#233;placements internes de populations ont touch&#233; pr&#232;s de la moiti&#233; des habitant-e-s, suscitant un flux de r&#233;fugi&#233;s dans les Etats voisins et d&#233;racinant durablement des centaines de milliers de petits agriculteurs. C'est dans ce contexte que de vastes op&#233;rations mini&#232;res et de land grabbing se sont d&#233;velopp&#233;es au cours de ces derni&#232;res ann&#233;es, encourag&#233;es f&#233;brilement par les autorit&#233;s &#8211; en 2012, les all&#233;gements fiscaux conc&#233;d&#233;s &#224; six grandes soci&#233;t&#233;s repr&#233;sentaient 59% du budget de la Sierra Leone (The Guardian, 15 avr. 2014).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Lib&#233;ria, l'accaparement de terres arables par des investisseurs internationaux a explos&#233;, notamment pour des plantations d'h&#233;v&#233;as, de palmiers &#224; huile et d'agro-carburants ; enfin, l'extraction du minerai de fer a fait l'objet de nouvelles concessions. Ce pays d&#233;tient aujourd'hui le record mondial du ratio d'investissements &#233;trangers par rapport au PIB. En m&#234;me temps, 85% de ses habitant-e-s vivent au-dessous du seuil de pauvret&#233;, et 80% d'entre eux sont sans emploi. La Sierra Leone pr&#233;sente le m&#234;me tableau. En novembre 2011, la compagnie suisse Addax Bioenergy du milliardaire vaudois Jean-Claude Gandur inaugurait une grande unit&#233; de production visant &#224; exploiter 20 000 hectares de canne &#224; sucre, une raffinerie d'&#233;thanol pour l'exportation et une centrale &#233;lectrique. Ensemble, les soci&#233;t&#233;s internationales accaparent aujourd'hui quelque 500 000 hectares dans ce seul pays . Ces investisseurs privent ainsi l'agriculture de subsistance d'une partie de ses terres et de l'eau dont elle a besoin. C'est pourquoi, faisant &#233;cho &#224; de nombreuse protestations populaires, le 24 juin dernier, 180 citoyen-nes ont soutenu la D&#233;claration de Freetown contre le land grabbing .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Destruction des &#233;cosyst&#232;mes forestiers&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les zones bois&#233;es des trois pays font l'objet d'une exploitation accrue en raison de la pression d&#233;mographique, aggrav&#233;e par l'afflux de centaines de milliers de r&#233;fugi&#233;s ayant fui les conflits arm&#233;s. En m&#234;me temps, le secteur du bois est c&#233;d&#233; &#224; des concessionnaires internationaux qui tracent des pistes et emploient des arm&#233;es de b&#251;cherons. Les activit&#233;s mini&#232;res artisanales et l'exploitation intensive de la flore et de la faune marchent du m&#234;me pas, si bien que la population qui vit de l'ensemble de ces activit&#233;s doit compter de plus en plus sur le gibier de brousse, chass&#233; &#224; grande &#233;chelle et vendu sur les march&#233;s r&#233;gionaux, pour se nourrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toute la sous-r&#233;gion, la coupe du bois &#224; des fins commerciales a provoqu&#233; une destruction irr&#233;versible de la for&#234;t : elle ne repr&#233;sente plus que 4% de la superficie de la Sierra Leone, tandis que son importance recule au Lib&#233;ria et au sud de la Guin&#233;e, o&#249; elle couvre encore une fraction importante du territoire. C'est ce qui conduit &#224; la destruction acc&#233;l&#233;r&#233;e de sa faune, qui se traduit aussi par la hausse de sa morbidit&#233; plus &#233;lev&#233;e, n'emp&#234;chant pas pour autant la consommation accrue de viande de brousse par l'homme. C'est sans doute aussi la raison pour laquelle les chauves-souris frugivores, porteuses saines du virus Ebola, se d&#233;placent sur des distances toujours plus grandes &#224; la recherche de nourriture : il est d&#232;s lors possible que ce soient elles qui aient amen&#233; d'Afrique centrale, son foyer initial, la souche du virus Ebola qui s&#233;vit actuellement en Afrique Occidentale. Par ailleurs, en lisi&#232;re des for&#234;ts, elles colonisent de plus en plus souvent les arbres fruitiers des zones habit&#233;es (Washington Post, 8 juillet 2014).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Privatisation et externalisation des t&#226;ches publiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1991, la Sierra Leone a &#233;t&#233; soumise &#224; un programme d'ajustement structurel brutal, r&#233;duisant ses d&#233;penses publiques de 40%, ce qui a favoris&#233; l'&#233;clatement de la guerre civile. D&#232;s lors, l'Etat a multipli&#233; les engagements de soci&#233;t&#233;s priv&#233;es &#233;trang&#232;res pour assurer les t&#226;ches publiques contre une part de la rente du diamant : le pays disposait d&#233;sormais de troupes priv&#233;es, de douanes priv&#233;es, d'une Banque centrale priv&#233;e et de p&#234;cheries priv&#233;es&#8230;, suscitant des complicit&#233;s croissantes entre seigneurs de la guerre africains et grandes compagnies internationales . Le Lib&#233;ria a suivi le m&#234;me chemin, qui a conduit n&#233;anmoins &#224; la quasi-disparition de ses infrastructures sanitaires d&#233;j&#224; minimales. Aujourd'hui, il compte 1,4 m&#233;decin et 27,4 infirmier-e-s pour 100 000 hab., contre respectivement 2,2 et 16,6 en Sierra Leone (la moyenne de l'OCDE est de 320 et 890) (Vox, 2 oct. 2014).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la paix retrouv&#233;e au cours des ann&#233;es 2000, des processus analogues ont continu&#233; au grand jour. D&#233;sormais, ce sont des pouvoirs &#171; d&#233;mocratiquement &#233;lus &#187; et internationalement reconnus qui bradent les ressources naturelles de ces pays &#224; des investisseurs &#233;trangers. Ceux-ci ne sont pas tenus d'accepter une participation nationale, m&#234;me ultra-minoritaire, &#224; leur capital ; ils sont autoris&#233;s &#224; rapatrier leurs profits ; ils sont assur&#233;s que toute modification &#233;ventuelle de la loi qui ne leur serait pas favorable ne pourra pas s'appliquer &#224; eux ; ils sont dispens&#233;s d'imp&#244;ts et disposent de la main d'&#339;uvre du pays &#224; des prix d&#233;fiant toute concurrence. Il faut dire que la pr&#233;sidente du Lib&#233;ria a &#233;tudi&#233; l'&#233;conomie aux USA, et qu'elle a travaill&#233; pour Banque mondiale, pour Citibank et pour HSBC ! S'il reste encore un Etat &#171; national &#187;, il ne sert avant tout qu'&#224; r&#233;primer les populations qui osent protester contre les repr&#233;sentants du pouvoir et leurs d&#233;cisions. Contre Ebola, les autorit&#233;s des pays concern&#233;s se sont ainsi focalis&#233;s sur le blocage militaire des routes, l'imposition de quarantaines &#224; des centaines de milliers de personnes et la traque des familles qui ne d&#233;clarent pas leurs malades pour &#233;viter qu'on ne les leur enl&#232;ve sans leur apporter aucun soins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me tableau au sud de la Guin&#233;e, o&#249; les institutions mis&#233;rables du district de Gu&#233;ck&#233;dou n'ont pas pu r&#233;pondre &#224; la croissance exponentielle de sa population au cours de ces 20 derni&#232;res ann&#233;es, de moins de 80 000 habitants &#224; environ 350 000 aujourd'hui. Les infrastructures y sont &#224; tel point inexistantes, que lorsque M&#233;decins sans fronti&#232;res (MSF) y a d&#233;p&#234;ch&#233; ses premi&#232;res &#233;quipes, en mars 2014, l'ONG a d&#251; se d&#233;brouiller pour &#233;tablir une carte de la ville. En une journ&#233;e, &#224; partir d'images satellites, 200 volontaires du monde entier ont &#233;t&#233; sollicit&#233;s pour disposer les quelque 100 000 habitations de l'agglom&#233;ration sur un plan qui ne comportait gu&#232;re plus que deux routes et l'indication de quelques grands p&#233;rim&#232;tres habit&#233;s (New Scientist, n&#176; 2964, 11 avril 2014). Un exploit qui n'est que l'image en miroir de la totale d&#233;sertion des services publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AFRICOM n'est pas l'Arm&#233;e du salut&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le jou&#233; par MSF sur le terrain est aussi embl&#233;matique de la d&#233;mission des organisations onusiennes, comme l'OMS. Avec un budget annuel de 400 millions de dollars financ&#233; &#224; 80% par des dons priv&#233;s, et un corps de 35 000 volontaires, cette ONG a &#233;t&#233; sans conteste le principal acteur sur le terrain de la lutte contre l'&#233;pid&#233;mie en Afrique Occidentale, d&#232;s le printemps 2014. D&#233;bord&#233;e par l'ampleur du probl&#232;me, elle n'a pourtant pas h&#233;sit&#233; &#224; appeler de ses v&#339;ux une aide internationale massive, civile et militaire (Foreign Policy, 22 sept. 2014). A l'exception de Cuba, qui a annonc&#233; l'envoi de 400 m&#233;decins et infirmiers, et en a d&#233;j&#224; d&#233;ploy&#233; la moiti&#233; sur le terrain, ce sont essentiellement les pays les plus engag&#233;s dans le Nouveau partage de l'Afrique qui ont r&#233;pondu &#224; l'appel. La Chine a converti un h&#244;pital de Freetown, qu'elle avait construit pr&#233;alablement, en centre de soins et envoy&#233; le personnel m&#233;dical n&#233;cessaire. Les anciennes puissances coloniales ont fait de petits gestes : la France a annonc&#233; un centre de traitement et un laboratoire en Guin&#233;e, tandis que le Royaume-Uni a promis des h&#244;pitaux de campagne dans quatre zones urbaines de Sierra Leone (New York Times, 1er oct. 2004).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Obama a frapp&#233; un grand coup en d&#233;cidant l'envoi de 3000 hommes de troupe dans les pays les plus touch&#233;s pour contribuer &#224; l'acheminement de l'aide, en lien avec le gouvernement du S&#233;n&#233;gal, avec les ONG de terrain, mais aussi pour d&#233;velopper 17 centres m&#233;dicaux de 100 lits chacun. Le Q.G. de l'op&#233;ration est bas&#233; &#224; Monrovia (Lib&#233;ria), sous la direction d'un g&#233;n&#233;ral d'AFRICOM. Apr&#232;s son intervention au Nig&#233;ria contre Boko Haram, l'arm&#233;e US a une nouvelle occasion de soigner son image sur le continent, alors qu'elle collabore d&#233;j&#224; avec 49 Etats africains sans r&#233;ussir pour le moment &#224; baser le commandement d'AFRICOM sur le continent. Un peu plus d'un mois auparavant, le pr&#233;sident des USA avait r&#233;uni 51 d&#233;l&#233;gations de pays africains &#224; Washington pour un sommet &#233;conomique sans pr&#233;c&#233;dent. &#171; Tombez le masque des public relations et des belles paroles et vous retrouverez la course au p&#233;trole, aux minerais et aux march&#233;s pour les produits US &#187;, notait alors le directeur de Foreign Policy in Focus (6 ao&#251;t 2014).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le diable avait con&#231;u une publicit&#233; pour vendre le capitalisme &#224; l'humanit&#233;, il aurait pr&#233;sent&#233; la Suisse et ses montagnes&#8230; de chocolat, tandis qu'en l'achetant, elle aurait re&#231;u le Lib&#233;ria, la Sierra Leone et Ebola en prime. En effet, l'&#233;pid&#233;mie actuelle est un condens&#233; des cons&#233;quences mortif&#232;res d'un ordre mondial qui se nourrit de la croissance abyssale des in&#233;galit&#233;s : l'exploitation sans limites des hommes et des ressources naturelles, la destruction de l'environnement, une croissance &#224; deux chiffres (pour combien de temps ?) qui ne profite qu'aux investisseurs &#233;trangers et &#224; quelques potentats locaux, des Etats &#224; la solde des multinationales, qui ne savent que r&#233;primer le m&#233;contentement de leurs ressortissant-e-s, des services publics totalement privatis&#233;s, suppl&#233;&#233;s par des ONG charitables, et en cas de crise aig&#252;e, par des arm&#233;es &#233;trang&#232;res visant &#224; p&#233;renniser le syst&#232;me. Les &#171; th&#233;oriciens du complot &#187; qui imaginent qu'Ebola est n&#233; du cerveau malade de scientifique pervers, stipendi&#233;s par la recherche militaire de l'imp&#233;rialisme, ne voient pas que les v&#233;ritables artisans de la mort sont les petits cercles qui profitent de l'ordre actuel du monde, et qu'ils ne pourront &#234;tre d&#233;tr&#244;n&#233;s que par l'action de masse des peuples en lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour contribuer &#224; la sortie de cette barbarie, il faut d&#232;s lors d&#233;noncer les mystifications de ceux qui ne cessent d'annoncer le d&#233;collage de l'Afrique, d&#233;guisent les multinationales en agences de d&#233;veloppement, font passer MSF pour l'OMS, et confondent AFRICOM avec l'Arm&#233;e du salut. En m&#234;me temps, notre solidarit&#233; doit aller avant tout aux mouvements sociaux africains qui combattent le pillage des ressources naturelles, l'expropriation des paysans, la super-exploitation des salari&#233;-e-s, la ruine des services publics ou la r&#233;pression des libert&#233;s d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Tribune &#233;crite pour Viento Sur : &lt;a href=&#034;http://www.vientosur.info/spip.php?article9471&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.vientosur.info/spip.php?article9471&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ukraine : R&#233;sister &#224; la polarisation nationaliste et &#224; l'invasion russe. Construire un Parti d&#233;mocratique de gauche</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Ukraine-Resister-a-la-polarisation-nationaliste-et-a-l-invasion-russe</link>
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		<dc:date>2014-10-07T08:37:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean Batou, Nina Potarskaya</dc:creator>


		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Ukraine</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2014-10-07</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nina Potarskaya est l une des figures de la gauche f&#233;ministe ukrainienne, initiatrice des escouades f&#233;ministes de Maiden et membre de l Opposition de gauche, qui a particip&#233; &#224; l organisation de plusieurs conf&#233;rences successives des forces de gauche &#224; Kiev, en novembre 2013, mars et septembre 2014. La derni&#232;re d entre elles a d&#233;cid&#233; de construire un Parti d&#233;mocratique de gauche, qui est la premi&#232;re tentative de ce type en Ukraine. &lt;br class='autobr' /&gt;
(Tir&#233; du site Europe solidaire sans fronti&#232;res) &lt;br class='autobr' /&gt; Jean (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Ukraine-+" rel="tag"&gt;Ukraine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2014-10-07-+" rel="tag"&gt;Edition du 2014-10-07&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH94/arton19203-5cb0d.jpg?1781536314' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='94' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nina Potarskaya est l une des figures de la gauche f&#233;ministe ukrainienne, initiatrice des escouades f&#233;ministes de Maiden et membre de l Opposition de gauche, qui a particip&#233; &#224; l organisation de plusieurs conf&#233;rences successives des forces de gauche &#224; Kiev, en novembre 2013, mars et septembre 2014. La derni&#232;re d entre elles a d&#233;cid&#233; de construire un Parti d&#233;mocratique de gauche, qui est la premi&#232;re tentative de ce type en Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Tir&#233; du site Europe solidaire sans fronti&#232;res)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean Batou Peux-tu expliquer la dynamique sociale et politique du processus de Maiden, qui a conduit au renversement du r&#233;gime de Yanukovych en f&#233;vrier 2014, et peux-tu essayer de montrer la diff&#233;rence avec le cours des &#233;v&#233;nements &#224; l'Est du pays ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nina Potarskaya &lt;/strong&gt; J'aimerais tout d'abord rappeler la nature des protestations sociales en Ukraine avant et apr&#232;s Maiden. Les enqu&#234;tes d'opinion montrent que durant les quatre derni&#232;res ann&#233;es, les principales raisons du m&#233;contentement populaire, &#224; l'Est comme &#224; l'Ouest du pays, &#233;taient dues &#224; des probl&#232;mes &#233;conomiques. C est pourquoi, dans la derni&#232;re p&#233;riode, la crise &#233;conomique et sociale ont occasionn&#233; des protestations populaires croissantes. La col&#232;re a explos&#233; apr&#232;s la non ratification de l' Accord d'associations Ukraine-UE, qui a conduit aux premi&#232;res manifestations de Maiden, &#224; la fin novembre 2013. Et tous les deux &#224; trois semaines, l'&#233;volution de la situation politique provoquait une escalade, tandis qu un nombre croissant de gens occupaient la rue, sp&#233;cialement apr&#232;s que les forces sp&#233;ciales de la police ont battu et m&#234;me tu&#233; des manifestant-e-s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation &#233;tait diff&#233;rente &#224; l'Est, parce que les russophones, majoritaires dans cette partie de l'Ukraine, suivaient majoritairement les m&#233;dias russes, qui ne disaient rien des v&#233;ritables raisons des manifestations de Maiden. Ils entendaient parler d'un soul&#232;vement organis&#233; par des n&#233;o-nazis qui devait &#234;tre stopp&#233; par tous les moyens. Bien s&#251;r, l'extr&#234;me droite a jou&#233; un r&#244;le important &#224; Maiden, mais il &#233;tait faux de dire que c'&#233;tait un mouvement d'extr&#234;me droite. Ainsi, les m&#233;dias russes ont expliqu&#233; aux gens de l'Est que ce mouvement constituait un r&#233;el danger pour eux, ce qui a pouss&#233; un certain nombre d'entre eux &#224; descendre dans la rue en pensant qu'il fallait faire quelque chose pour lutter contre les fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; l'une des fondatrices et des organisatrices de l'escadron de femmes de Maiden parce que les manifestant-e-s &#233;taient divis&#233;s en diff&#233;rents escadrons. Ce groupe consistait en une vingtaine de femmes tr&#232;s actives disposant d'une influence beaucoup plus large. L'une des actions de cet escadron de femmes a consist&#233; &#224; envoyer une d&#233;l&#233;gation &#224; Kharkov, o&#249; un mouvement anti-Maiden se d&#233;veloppait, pour rencontrer des femmes sur une place occup&#233;e par des manifestant-e-s anti-Maiden. Les premi&#232;res r&#233;actions de ces femmes ont &#233;t&#233; tr&#232;s n&#233;gatives et nous avons m&#234;me &#233;t&#233; physiquement agress&#233;es. Mais lorsque nous avons r&#233;ussi &#224; &#233;tablir un dialogue, nous avons trouv&#233; un langage commun parce que nous avons r&#233;alis&#233; que les pr&#233;occupations sociales de nos mouvements &#233;taient absolument similaires. C'&#233;tait les m&#233;dias qui interpr&#233;taient mal la nature de notre mouvement en manipulant la population, cr&#233;ant ainsi un s&#233;rieux clivage entre les parties orientale et occidentale du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment peut-on &#233;valuer les r&#244;les respectifs des troupes russes et des activistes ukrainiens dans la croissance d'un mouvement s&#233;paratiste qui a conduit &#224; la formation de deux r&#233;publiques populaires auto-proclam&#233;es du Donestk et de Lugansk, en avril-mai 2014 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que des gens du Donbass commen&#231;aient &#224; agir contre ce qu'ils percevaient comme une menace fasciste potentielle, de nombreux Ukrainiens de l'Est ont eu l'impression que comme les Russes avaient pu s'emparer de la Crim&#233;e sans verser le sang, ils allaient vivre le m&#234;me sc&#233;nario. Au d&#233;but, parce beaucoup d Ukrainiens de l'Est ha&#239;ssaient autant Yanukovych que son rival Poroshenko, la perspective d'un Etat s&#233;par&#233; &#233;tait sans doute assez populaire, m&#234;me s'il est difficile de dire dans quelle mesure. Mais comme la situation change tr&#232;s rapidement, l'opinion publique est tr&#232;s volatile. Lorsque l'arm&#233;e ukrainienne a repris le contr&#244;le de Kramatorsk, dans la partie septentrionale du Donetsk, en mai, nous avons eu l'opportunit&#233; de parler &#224; des gens de cette ville, et ils nous ont dit qu'il d&#233;testaient tous les uniformes militaires, quels qu'ils soient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas, alors qu'ils r&#233;alisaient que leur situation n'&#233;tait pas la m&#234;me que celle de la Crim&#233;e, les Ukrainiens de l'Est &#233;taient abreuv&#233;s de rumeurs sur le fait que l enseignement et l'usage de la langue russe allaient &#234;tre interdits, et qu'il fallait qu'ils agissent pour d&#233;fendre leurs droits. A la fin avril, des militaires russes ont commenc&#233; &#224; infiltrer l'Est de l'Ukraine, d&#233;guis&#233;s en civils appartenant &#224; des unit&#233;s d' auto-d&#233;fense, rempla&#231;ant des manifestant-e-s ukrainiens anti-Maiden qui occupaient d&#233;j&#224; certains b&#226;timents officiels. Les Russes sont faciles &#224; reconna&#238;tre parce qu'ils parlent avec un accent diff&#233;rent et qu'ils utilisent des mots et des tournures de phrases diff&#233;rents. Lorsqu'ils ont investi Slavyansk, demandant aux gens de quitter la rue, ils ont employ&#233; un terme typiquement russe pour d&#233;signer la signalisation qui s&#233;pare la chauss&#233;e des zones pi&#233;tonnes. Mais lorsque les militant-e-s anti-Maiden ont r&#233;alis&#233; qu'ils ne seraient plus autoris&#233;s &#224; occuper de nouveau des b&#226;timents, ils sont descendus dans la rue, adoptant une rh&#233;torique pro-russe et portant des drapeaux russes, probablement sous l'influence d agitateurs russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si la taille de ses manifestations est rest&#233;e limit&#233;e, cela ne signifie pas qu'elles n'avaient pas le soutien d'une large partie de la population. Les gens de Lugansk nous ont dit en effet r&#233;cemment que le fait de descendre dans la rue &#233;tait une fa&#231;on peu habituelle de protester dans l'Est de l Ukraine. Pour cela, on ne peut d&#233;duire de leur importance limit&#233;e, que ces manifestations n'&#233;taient pas soutenues. Dans tous les cas, il n'y a aucun moyen concluant pour mesurer la proportion de la population qui soutient les deux &#171; R&#233;publiques populaires &#187; auto-proclam&#233;es du Donestsk et de Lugansk. En ce qui concerne la violence contre les civils, il est aussi difficile de d&#233;partager les responsabilit&#233;s des deux camps, parce que chacun d'eux accuse le camp d'en face. Il n'y a pas de source d'information ind&#233;pendante, et &#224; en croire la population, les deux camps se sont mal comport&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment le sentiment national ukrainien se combine-t-il avec les revendications sociales du peuple ? Les travailleurs ont-ils cess&#233; de se mobiliser pour d&#233;fendre leurs int&#233;r&#234;ts ?Comment pousser les questions sociales en avant, surtout dans une situation de guerre o&#249; les gens arr&#234;tent de penser &#224; leurs revendications sociales ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ao&#251;t, partout, nous avons observ&#233; la croissance des mobilisations patriotiques port&#233;es par un sentiment national de plus en plus marqu&#233;. Les mobilisations antirusses et anti-s&#233;paratistes prennent de l'ampleur &#224; l'Ouest, mais les raisons sociales et politiques pour lesquelles les gens sont descendus dans la rue l'ann&#233;e derni&#232;re, par exemple, pour lutter contre la corruption, occupent de moins en moins le devant de la sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux types de syndicats en Ukraine. La F&#233;d&#233;ration des syndicats vient de la vieille culture sovi&#233;tique et soutient simplement ce que le gouvernement dit ; elle a vraiment jou&#233; un r&#244;le tr&#232;s limit&#233;, dans la r&#233;forme de la l&#233;gislation du travail. Mais il y a aussi des syndicats ind&#233;pendants qui se sont form&#233;s pendant la perestroika ; ils sont beaucoup plus actifs, en particulier au niveau local, et certains d'entre eux sont extr&#234;mement puissants. Cependant, le leader de ces syndicats ind&#233;pendants est un politicien tr&#232;s en vue ; il soutient le gouvernement ukrainien, m&#234;me s'il &#233;vite de recourir &#224; toute forme de discours provocateur. Des positions politiques oppos&#233;es coexistent au sein de cette F&#233;d&#233;ration syndicale, mais rien qui ressemble &#224; une position neutre contre la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel a &#233;t&#233; le r&#233;sultat de la r&#233;cente conf&#233;rence de la gauche &#224; Kiev ? Vois-tu une possibilit&#233; de construire un parti d&#233;mocratique unifi&#233; de la gauche aujourd'hui en Ukraine ? Quelles forces seraient pr&#234;tes &#224; coop&#233;rer dans cette perspective ? Comment vois-tu la forme et le fonctionnement d'un tel parti ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons actuellement la possibilit&#233; de rapprocher des syndicalistes ind&#233;pendants, des membres d ONG et de forces politiques progressistes, tous ensemble sous le parapluie d'un parti d&#233;mocratique de gauche. C'&#233;tait le but de notre derni&#232;re rencontre de Kiev. Cette conf&#233;rence a d&#233;cid&#233; de former un comit&#233; d'organisation qui a commenc&#233; &#224; travailler sur un document fondateur. Nous avons voulu faire &#231;a de fa&#231;on d&#233;mocratique et transparente, mais &#233;videmment, un processus d&#233;mocratique prend du temps. Nous avons d&#233;battu sur notre volont&#233; de faire ensemble de la politique autrement, ce que nous pouvons r&#233;sumer en quelques points tr&#232;s simples. D abord, nous ne voulons pas de membres dont les revenus d&#233;passent un certain montant. Ensuite, les finances du parti doivent &#234;tre un &#171; livre ouvert &#187;, o&#249; toutes les transactions sont rendues publiques : tout ce que nous recevons ou d&#233;pensons doit &#234;tre connu de tous. Enfin, nos d&#233;cisions doivent &#234;tre prises par des assembl&#233;es ouvertes, comprenant autant de militant-e-s de base que possible ; il n'appartient pas &#224; la direction de prendre des d&#233;cisions, c'est pourquoi nous devons d&#233;velopper des proc&#233;dures internes, y compris sur internet, permettant &#224; tous les membres d &#234;tre impliqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;* Entretien r&#233;alis&#233; &#224; Gen&#232;ve, le 17 septembre, par Jean Batou, avec la collaboration de Kirill Buketov. La version compl&#232;te de cet interview est publi&#233;e en anglais sur le site de New Politics (&lt;a href=&#034;http://newpol.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://newpol.org&lt;/a&gt;) est disponible sur ESSF (article 33138), Ukraine : Resisting nationalist polarization and Russian invasion Building a Democratic Left Party.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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