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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Un changement de p&#233;riode historique : crise structurelle et mont&#233;e de l'extr&#234;me droite</title>
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		<dc:date>2024-09-17T06:43:10Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gustave Massiah </dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2024-09-17</dc:subject>
		<dc:subject>Le Monde</dc:subject>

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&lt;p&gt;Nous vivons une p&#233;riode marqu&#233;e par la mont&#233;e des guerres et des violences. Les contradictions sociales, &#233;cologiques, politiques, id&#233;ologiques, toujours tr&#232;s pr&#233;sentes, s'approfondissent dans chaque pays et &#224; l'&#233;chelle mondiale. L'extr&#234;me droite progresse, sous diff&#233;rentes formes, dans un grand nombre de r&#233;gions du monde. &lt;br class='autobr' /&gt; 25 ao&#251;t 2024 | Source : https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article71911 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/extreme_droite_en_allemagne-480b3.png?1781856630' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous vivons une p&#233;riode marqu&#233;e par la mont&#233;e des guerres et des violences. Les contradictions sociales, &#233;cologiques, politiques, id&#233;ologiques, toujours tr&#232;s pr&#233;sentes, s'approfondissent dans chaque pays et &#224; l'&#233;chelle mondiale. L'extr&#234;me droite progresse, sous diff&#233;rentes formes, dans un grand nombre de r&#233;gions du monde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;25 ao&#251;t 2024 | Source : &lt;a href=&#034;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article71911&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article71911&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/09/12/un-changement-de-periode-historique/#more-85532&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/09/12/un-changement-de-periode-historique/#more-85532&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements sociaux et citoyens sont toujours pr&#233;sents et actifs, mais ils sont &#224; la recherche de la d&#233;finition de nouvelles perspectives et de nouvelles strat&#233;gies. L'hypoth&#232;se est que nous sommes dans une crise structurelle qui nous rappelle, par certains c&#244;t&#233;s, celle des ann&#233;es 1930. Elle marque un changement de p&#233;riode au niveau de l'organisation du monde. M&#234;me si les situations ne se reproduisent jamais pareillement, la r&#233;f&#233;rence permet de r&#233;fl&#233;chir &#224; certaines caract&#233;ristiques de la situation actuelle avec l'approfondissement d'une crise &#233;conomique et sociale, des guerres, des alliances entre les droites et les extr&#234;mes droites, des changements g&#233;opolitiques et id&#233;ologiques[3]. L'interrogation porte sur la d&#233;finition de la situation et de la p&#233;riode que nous vivons. Elle rappelle une des derni&#232;res anecdotes sovi&#233;tiques ; celle d'un homme hagard qui, en 1989, sur la place Rouge, interpelle les passants en demandant &#224; chacun : quelle heure est-il ? Traduisons sa question : qu'est-ce qui se passe ? dans quelle p&#233;riode sommes-nous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grandes contradictions &#224; l'&#339;uvre sont toujours celles qui caract&#233;risent le capitalisme contemporain m&#234;me si leur caract&#233;risation change suivant les p&#233;riodes. Les changements concernent toutes les dimensions. Trois grands types de contradictions sont &#224; l'&#339;uvre. La premi&#232;re est la question sociale, les rapports entre les classes sociales, avec l'importance consid&#233;rable des in&#233;galit&#233;s et des discriminations. La deuxi&#232;me est un &#233;l&#233;ment nouveau et d&#233;terminant, la rupture &#233;cologique, et la mani&#232;re de penser le climat, la biodiversit&#233;, la Nature. La prise de conscience de cette contradiction est plus r&#233;cente, la question est toujours controvers&#233;e. La phase s&#233;curitaire du n&#233;olib&#233;ralisme est accentu&#233;e par la rupture &#233;cologique qui introduit une tr&#232;s grande discontinuit&#233;, d&#233;j&#224; sensible, avec la crise climatique et ses cons&#233;quences sur la biodiversit&#233;. La troisi&#232;me concerne les guerres et la d&#233;mocratie, locale, nationale et internationale. La d&#233;mocratie interroge les rapports entre le politique et l'id&#233;ologique. La d&#233;mocratie locale int&#232;gre les territoires et les diff&#233;rentes formes de r&#233;gionalisme et de municipalisme. La d&#233;mocratie nationale interroge les rapports entre les peuples, les nations et les &#201;tats. La d&#233;mocratie mondiale passe par la d&#233;mocratie internationale qui, dans sa forme existante, se r&#233;f&#232;re &#224; un syst&#232;me international qui doit &#234;tre radicalement r&#233;form&#233; et r&#233;invent&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hypoth&#232;se est que la p&#233;riode actuelle correspond &#224; une nouvelle crise structurelle du capitalisme. Ces crises pr&#233;parent et d&#233;finissent une nouvelle phase du mode de production capitaliste. Elles soul&#232;vent aussi la question du d&#233;passement du capitalisme. De nouveaux r&#233;am&#233;nagements des rapports de production se d&#233;finissent et s'imposent. Les structures sociales se transforment et les contradictions sociales s'aiguisent et changent de nature. Dans chacune de ces p&#233;riodes, les classes sociales se red&#233;finissent ainsi que les rapports entre elles. Nous analyserons la p&#233;riode actuelle &#224; partir de la crise de 2007- 2008. Nous commencerons par rappeler deux p&#233;riodes de crises ant&#233;rieures, celle de la crise financi&#232;re de 1873, qui va en fait de 1860 &#224; 1880, et la crise financi&#232;re de 1929, qui va de 1914 &#224; 1945. Nous aborderons ensuite la crise des ann&#233;es 1970 et la domination du n&#233;olib&#233;ralisme. Ces p&#233;riodes ont commenc&#233; par des p&#233;riodes de mont&#233;e des conservatismes et des droites extr&#234;mes ; mais, ensuite, les contradictions sociales et politiques se sont accrues et ont conduit &#224; des red&#233;finitions majeures. Ainsi, en France, la p&#233;riode de crise de 1873 a vu la guerre franco-allemande et Thiers, mais aussi la 1&#232;re Internationale et la Commune. Et pour la crise de 1929, il y a eu, en France, les manifestations massives de l'extr&#234;me droite, en1934 ; mais aussi, le Front Populaire, en 1936. Ce sont des p&#233;riodes de fortes luttes sociales et de guerres. C'est ce qui devrait marquer la p&#233;riode &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Retour sur quelques le&#231;ons de deux des crises structurelles pr&#233;c&#233;dentes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De 1860 &#224; 1880, la crise de la deuxi&#232;me r&#233;volution industrielle et la premi&#232;re internationale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode 1860 &#224; 1880 est une p&#233;riode de crise structurelle du capitalisme[4]. On y retrouve des mutations structurelles du mode de production capitaliste, des guerres, des luttes sociales radicales et r&#233;volutionnaires, des bouleversements politiques, un d&#233;bat id&#233;ologique et th&#233;orique intense. La p&#233;riode est marqu&#233;e par l'arriv&#233;e au pouvoir en Europe de partis qui se rattachent au conservatisme radical et &#224; la droite extr&#234;me, mais les contradictions sociales et politiques se traduisent aussi par des actions et une pens&#233;e r&#233;volutionnaire renouvel&#233;e qui d&#233;passeront la p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode de 1860 &#224; 1880 est celle de la deuxi&#232;me r&#233;volution industrielle, celle du capitalisme industriel et du capitalisme marchand, celle des doctrines lib&#233;rales. C'est une p&#233;riode des grandes usines et de l'urbanisation. L'innovation technologique est intense dans les nouvelles machines et les processus de production. Les secteurs en expansion sont l'&#233;lectricit&#233;, le p&#233;trole, le moteur &#224; combustion, l'acier, les moyens de communication avec le t&#233;l&#233;phone et le t&#233;l&#233;graphe et les c&#226;bles intercontinentaux. La production de masse s'appuie sur les nouvelles cha&#238;nes de montage. Elle pr&#233;pare le taylorisme &#224; partir des ann&#233;es 1880. C'est aussi, avec l'urbanisation, la nouvelle classe ouvri&#232;re, le syndicalisme, les classes moyennes et l'acc&#232;s &#224; la consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode est marqu&#233;e par le krach boursier de 1873, la fermeture de banques, la d&#233;pression &#233;conomique et le ch&#244;mage. La sp&#233;culation sur les chemins de fer accompagne la baisse des prix, les faillites d'entreprise et le ch&#244;mage. Plusieurs guerres marquent cette &#233;poque. La guerre de s&#233;cession en 1861-1865 et la crise &#233;conomique mondiale qui l'accompagne. L'unification de l'Italie, de 1859 &#224; 1871, redessine les fronti&#232;res de l'Europe. La guerre franco-prussienne, 1870-1871, entra&#238;ne la chute de Napol&#233;on III et la proclamation de l'empire allemand &#224; Versailles. L'influence ottomane baisse en Europe. La colonisation europ&#233;enne s'&#233;tend en Afrique et en Asie ; elle est formalis&#233;e par la Conf&#233;rence de Berlin en 1884.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;ponse &#224; cette situation, les mouvements sociaux connaissent un essor remarquable. La Premi&#232;re internationale, l'AIT, Association internationale des travailleurs est cr&#233;&#233;e en 1864, &#224; Londres. Elle sera active de 1864 &#224; 1876 et regroupera des syndicalistes et des intellectuels, dont Marx, Engels, Proudhon, Bakounine, Louise Michel. En 1871, La Commune de Paris va bouleverser la pens&#233;e r&#233;volutionnaire avec son pouvoir autog&#233;r&#233; et ses principes d&#233;mocratiques et sociaux, jusqu'&#224; la Semaine sanglante de mai 1871. A la lumi&#232;re de cette extraordinaire insurrection, Marx red&#233;finira sa conception de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conservateurs radicaux et la droite extr&#234;me dominent toute la p&#233;riode. Au d&#233;but de la p&#233;riode, ils se partagent, et s'affrontent entre bonapartistes et royalistes l&#233;gitimistes. Apr&#232;s la Commune, ce sera la R&#233;publique de Thiers et de Mac Mahon. Entre droite et extr&#234;me droite, il y a des contradictions mais un accord contre l'ennemi socialiste. &#192; la fin de la p&#233;riode, se forment des petites organisations qui pr&#233;figurent les organisations de l'extr&#234;me droite du XX&#232;me si&#232;cle, comme, par exemple, l'Action fran&#231;aise et, d&#233;j&#224;, Charles Maurras. Malgr&#233; une h&#233;g&#233;monie apparente des droites r&#233;actionnaires, les luttes r&#233;volutionnaires ont culmin&#233; avec la Commune ; les luttes sociales ont continu&#233; avec les Bourses du Travail qui ont pr&#233;par&#233; le syndicalisme moderne. Et la 1e internationale a jet&#233; les bases de l'affirmation et de l'organisation de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De 1913 &#224; 1945, la crise du capitalisme fordiste ; le keyn&#233;sianisme, le sovi&#233;tisme et la d&#233;colonisation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La crise de 1929 est marqu&#233;e par un krach boursier, la chute de la production, la baisse de l'investissement, la d&#233;flation et l'accroissement du ch&#244;mage. Le krach boursier de 1929 bouleverse les march&#233;s financiers &#224; l'&#233;chelle mondiale. Il se traduit par la tendance &#224; la surproduction et par la baisse des taux de profit. La crise financi&#232;re de 1929 est la premi&#232;re crise du capitalisme fordiste. Le capitalisme fordiste s'est construit et s'est d&#233;velopp&#233; &#224; partir du secteur de l'automobile. Il combine le travail &#224; la cha&#238;ne, la standardisation des produits et la consommation de masse. Ford lance la premi&#232;re cha&#238;ne de montage en 1913 et double les salaires en 1914 pour permettre aux salari&#233;s d'acheter ses produits et stimuler la demande int&#233;rieure. Le fordisme n&#233;cessite un march&#233; de l'emploi stable et des salaires relativement &#233;lev&#233;s. La crise fordiste acc&#233;l&#232;re l'effondrement de la demande, la surproduction, des faillites d'entreprises et une crise de l'emploi. La consommation de masse repose sur le recours au cr&#233;dit. L'endettement des m&#233;nages se traduit par une consommation insuffisante, le non-remboursement des dettes et des d&#233;s&#233;quilibres &#233;conomiques. La crise fordiste est aggrav&#233;e par les politiques mon&#233;taires et fiscales, les d&#233;s&#233;quilibres commerciaux internationaux et les sp&#233;culations financi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le keyn&#233;sianisme, le capitalisme keyn&#233;sien, est une r&#233;ponse &#224; la crise fordiste. La p&#233;riode du capitalisme keyn&#233;sien est dominante depuis les ann&#233;es 1930 jusqu'aux ann&#233;es 1970. Le keyn&#233;sianisme compl&#232;te le capitalisme fordiste apr&#232;s la crise des ann&#233;es 1930. Keynes propose l'intervention de l'&#201;tat pour g&#233;rer la demande et stabiliser l'&#233;conomie &#224; partir des d&#233;penses publiques. Roosevelt fait adopter en 1934, sous le nom de New-Deal, un nouveau mod&#232;le de d&#233;veloppement, fordiste et keyn&#233;sien. Ce mod&#232;le sera surtout appliqu&#233; en 1945, apr&#232;s la guerre mondiale. Il implique des concessions sociales importantes, formalise le r&#244;le de l'&#201;tat et la protection sociale. Du d&#233;but du 20&#232;me jusqu'aux ann&#233;es 1970, le fordisme va associer la production de masse, l'am&#233;lioration des salaires, la consommation de masse et l'intervention de l'&#201;tat. Le keyn&#233;sianisme, &#224; partir des ann&#233;es 1930, le compl&#233;tera par la r&#233;gulation assur&#233;e par l'&#201;tat, le soutien de l'emploi et des salaires, les d&#233;penses publiques et les investissements dans les infrastructures. La r&#233;gulation passe par les accords collectifs et les n&#233;gociations avec les syndicats. Plusieurs caract&#233;ristiques de cette p&#233;riode restent encore actuelles aujourd'hui dans la p&#233;riode du capitalisme mondialis&#233; qui commence en 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme fordiste, puis fordiste et keyn&#233;sien, d&#233;veloppe plusieurs branches industrielles ; l'automobile, l'&#233;lectrom&#233;nager, la sid&#233;rurgie et la m&#233;tallurgie, la chimie et la p&#233;trochimie, le textile, l'agroalimentaire, la construction. Les grandes entreprises sont les acteurs &#233;conomiques et politiques dominants. La classe dominante allie les dirigeants des entreprises, surtout des grandes entreprises priv&#233;es, et une bourgeoisie d'&#201;tat, acquise &#224; la pr&#233;servation du capitalisme, qui g&#232;re l'&#201;tat et les entreprises publiques et les transforme dans le sens des int&#233;r&#234;ts du capitalisme priv&#233;. L'&#201;tat d&#233;veloppe un secteur public compos&#233; des administrations et des entreprises publiques qui sont transform&#233;es suivant la logique des entreprises priv&#233;es. Les deux classes principales du capitalisme fordiste et keyn&#233;sien opposent la classe ouvri&#232;re et la classe capitaliste, avec ses deux composantes, les actionnaires et les chefs d'entreprise d'un c&#244;t&#233;, et les cadres de la bourgeoisie d'&#233;tat de l'autre. Une cat&#233;gorie de cadres, ing&#233;nieurs et techniciens, de plus en plus nombreuse assure la gestion du syst&#232;me. Une petite bourgeoisie traditionnelle prolonge les cat&#233;gories sociales pr&#233;capitalistes, Les paysans se partagent entre les capitalistes agricoles et les paysans travailleurs, prol&#233;taris&#233;s. Et, d&#233;terminant, il y a toujours le travail des femmes invisibilis&#233;es et prol&#233;taris&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise financi&#232;re de 1929 est significative de la crise structurelle du capitalisme. La r&#233;ponse keyn&#233;sienne se caract&#233;rise par une intervention de l'Etat et la r&#233;gulation des march&#233;s financiers. La p&#233;riode est marqu&#233;e par les guerres qui caract&#233;risent toute p&#233;riode de crise structurelle. Celle-ci l'a &#233;t&#233; particuli&#232;rement. La p&#233;riode, de 1913 &#224; 1945, est marqu&#233;e par les deux guerres mondiales[5]. La premi&#232;re guerre mondiale de 1914 &#224; 1918 ; et la deuxi&#232;me guerre mondiale de 1939 &#224; 1945. Il y a eu beaucoup d'autres guerres qui marquent la sc&#232;ne politique mondiale. Certaines &#233;taient li&#233;es &#224; des r&#233;volutions. Rappelons, parmi d'autres, la guerre civile russe de 1917 &#224; 1923, la guerre gr&#233;co-turque de 1919 &#224; 1922, la guerre civile finlandaise en 1918, la guerre civile irlandaise en 1922, la guerre civile espagnole de 1936 &#224; 1939, la guerre sino-japonaise de 1937 &#224; 1945, la guerre civile chinoise de 1927 &#224; 1945, la r&#233;volution mexicaine de 1910 &#224; 1920.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution sovi&#233;tique en Russie, en 1917, et la r&#233;volution chinoise de 1927 &#224; 1949, vont compl&#232;tement bouleverser l'&#233;tat du monde. Le r&#244;le de l'Union sovi&#233;tique pendant la guerre de 1939 &#224; 1945 va lui donner une place centrale dans l'ordre mondial ; on entre dans un monde &#224; deux blocs qui va caract&#233;riser l'&#233;tat de la plan&#232;te jusqu'en 1989. Cette situation va d&#233;terminer les d&#233;bats politiques et id&#233;ologiques qui seront intenses. Le capitalisme fordiste et keyn&#233;sien ne manque pas de penseurs tr&#232;s actifs dans les universit&#233;s et les centres de recherches occidentaux. En contrepartie, de nombreux penseurs d&#233;fendent une pens&#233;e socialiste tr&#232;s diverse ; comme par exemple L&#233;nine, Mao, Trotski, Gramsci et bien d'autres. Il y a des tentatives de relier le marxisme et le keyn&#233;sianisme, notamment, celles de Joan Robinson et Michal Kalecki.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode est marqu&#233;e par la mont&#233;e en puissance de la d&#233;colonisation. Les luttes de r&#233;sistance &#224; la colonisation n'ont jamais cess&#233; ; les peuples ont toujours r&#233;sist&#233; et ont &#233;t&#233; tr&#232;s violemment r&#233;prim&#233;s. Parmi les grands mouvements qui ont marqu&#233; l'Histoire, rappelons la r&#233;volution anticolonialiste, antiesclavagiste et anti s&#233;gr&#233;gationniste &#224; Haiti, en 1804 et la r&#233;volution paysanne mexicaine avec Zapata en 1905. En 1920, &#224; Bakou, au Congr&#232;s des Peuples d'Orient, une alliance strat&#233;gique est pass&#233;e entre les mouvements de lib&#233;ration nationale et les mouvements communistes de 1917. Cette alliance va permettre l'encerclement des imp&#233;rialismes et l'essor des lib&#233;rations nationales. En 1927, se tient &#224; Bruxelles le premier Congr&#232;s contre le colonialisme et l'imp&#233;rialisme pr&#233;sid&#233; par Albert Einstein et Madame Sun Yat-Sen, autour du mot d'ordre &#171; Libert&#233; nationale, &#233;galit&#233; sociale &#187;. &#192; partir de 1945 commence le mouvement des ind&#233;pendances nationales. L'Indon&#233;sie et le Vietnam proclament leur ind&#233;pendance. La Jordanie, les Philippines, la Syrie le font en 1946. En 1955, &#224; Bandung, le pr&#233;sident d'Indon&#233;sie, Soekarno, invite les chefs d'Etat des dix-sept premiers pays ind&#233;pendants d'Afrique et d'Asie[6] et notamment Tito, Nasser, Nehru et Chou en Lai. Chou en Lai r&#233;sume la situation en ces termes : &#171; les &#201;tats veulent leur ind&#233;pendance, les nations veulent leur lib&#233;ration, les peuples veulent la r&#233;volution &#187;. Les participants d&#233;finissent une orientation, celle du non-alignement. La r&#233;volution cubaine, amorc&#233;e en 1953, est victorieuse en 1956. La conf&#233;rence Tricontinentale, en 1966, &#224; La Havane, amorce l'&#233;mergence d'un Sud par rapport aux deux blocs de l'Ouest et de l'Est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement des non-align&#233;s va tenter de d&#233;finir un mod&#232;le de d&#233;veloppement[7] qui prenne &#224; la fois en compte le mod&#232;le keyn&#233;sien, sur les formes &#233;tatiques de r&#233;gulation, et le mod&#232;le sovi&#233;tique, notamment sur l'industrie lourde et l'agro-industrie. Il met en avant le r&#244;le pr&#233;dominant de l'Etat dans la conduite de l'&#233;conomie. Ce mod&#232;le trouvera en partie son expression dans la d&#233;claration sur le droit au d&#233;veloppement qui sera adopt&#233; en 1986 par l'Assembl&#233;e des Nations Unies[8]. Mais depuis la fin des ann&#233;es 1970, une autre notion du d&#233;veloppement s'est impos&#233;e, celle du n&#233;olib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La droite et l'extr&#234;me droite ont jou&#233; un r&#244;le d&#233;terminant de 1913 &#224; 1945. Pour l'extr&#234;me droite, les fascistes en Italie, les nazis en Allemagne, les franquistes en Espagne sont suivis par des mouvements nationalistes radicaux dans toute l'Europe et sur d'autres continents. L'id&#233;ologie d'extr&#234;me droite se caract&#233;rise par un nationalisme radical, la x&#233;nophobie, l'opposition &#224; la d&#233;mocratie lib&#233;rale, le soutien &#224; l'autoritarisme et au fascisme, les r&#233;f&#233;rences au racisme, &#224; l'antis&#233;mitisme et au militarisme. Les partis de droite comprennent les conservateurs, les monarchistes et les lib&#233;raux &#233;conomiques. Ils d&#233;fendent l'ordre, l'autorit&#233;, le conservatisme social et le libre march&#233; &#233;conomique. Il est int&#233;ressant de rappeler la p&#233;riode de 1934 &#224; 1936 en France, celle des affrontements violents entre extr&#234;me droite et Front populaire. Les Ligues d'extr&#234;me droite organisent les manifestations du 6 f&#233;vrier 1934. En r&#233;ponse, les partis de gauche forment le Front Populaire, une alliance &#233;lectorale, qui gagne les &#233;lections en 1936.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; De la crise des ann&#233;es 1970 au n&#233;olib&#233;ralisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme a fortement &#233;volu&#233; apr&#232;s 1945. De 1945 jusqu'aux ann&#233;es 1970, on est dans un prolongement du capitalisme fordiste et keyn&#233;sien, dans un contexte g&#233;opolitique d'un monde bipolaire partag&#233; entre l'Occident (Am&#233;rique du nord, Europe, Japon) et l'Union sovi&#233;tique et ses alli&#233;s. Dans les ann&#233;es 1970, le capitalisme mondialis&#233; a pris le relais du capitalisme keyn&#233;sien en tant que forme dominante du capitalisme et a mis en place le capitalisme n&#233;olib&#233;ral.[9]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les relations du capitalisme fordiste et keyn&#233;sien au march&#233; national et &#224; la mondialisation sont complexes. Pour le capitalisme keyn&#233;sien, la production de masse est orient&#233;e vers le march&#233; domestique, ce qui justifie les augmentations de salaires et qui l&#233;gitime la r&#233;gulation et le protectionnisme. La mondialisation est limit&#233;e, les exportations sont s&#233;lectives et la priorit&#233; est donn&#233;e au march&#233; national. Les investissements directs &#233;trangers sont contr&#244;l&#233;s. Le post-fordisme va acc&#233;l&#233;rer la transition vers une mondialisation acc&#233;l&#233;r&#233;e. La crise des ann&#233;es 1970 est marqu&#233;e par les chocs p&#233;troliers et une stagflation. La mondialisation accrue se traduit par la priorit&#233; donn&#233;e &#224; la r&#233;duction des co&#251;ts et &#224; la flexibilit&#233; pour s'adapter &#224; l'environnement &#233;conomique mondial, &#224; la d&#233;localisation vers les faibles co&#251;ts de main d'&#339;uvre, &#224; l'explosion du commerce mondial, &#224; la domination des cha&#238;nes d'approvisionnement mondiales, &#224; l'imposition de la flexibilit&#233; pour r&#233;pondre &#224; la priorit&#233; de la demande mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un affrontement Nord-Sud, postcolonial, avait commenc&#233;, en 1953, avec la nationalisation en Iran du p&#233;trole par Mossadegh. Il a &#233;t&#233; renvers&#233;. L'affrontement aura lieu en 1973 avec le quadruplement du prix du p&#233;trole et en 1979, &#224; la suite de la r&#233;volution islamique en Iran, avec un nouveau doublement du prix du p&#233;trole. Mais les &#201;tats p&#233;troliers ne pr&#233;servent pas l'unit&#233; des pays du Sud et laissent les pays occidentaux retourner la situation en leur faveur. En 1975 est cr&#233;&#233; le G5, qui deviendra le G7, qui regroupe les pays dirigeants occidentaux. Ils lancent, en organisant l'endettement des pays du Sud, une contre-offensive qui r&#233;ussit et qui rallie certains pays p&#233;troliers &#224; l'offensive occidentale. Les institutions de Breton-Woods, FMI et Banque Mondiale, vont imposer, &#224; partir d'une gestion inique de la dette, les Programmes d'Ajustement Structurel, les PAS. C'est une entreprise de recolonisation des pays du Sud. De nombreux mouvements contre la dette vont se d&#233;velopper dans les pays du sud, avec des mouvements de soutien dans des pays du nord, mais sans r&#233;ussir &#224; sortir de ce pi&#232;ge qui va fonctionner de 1979 jusqu'&#224; aujourd'hui. Le capitalisme r&#233;ussit une nouvelle mutation avec la mise en place du capitalisme financier et sa strat&#233;gie : marchandisation, privatisation, financiarisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pouss&#233;e de la droite et de l'extr&#234;me droite a commenc&#233;, pendant quarante ans, par une bataille pour l'h&#233;g&#233;monie culturelle autour de cinq offensives. La premi&#232;re offensive, id&#233;ologique, a port&#233; d'abord sur trois questions : contre les droits et particuli&#232;rement contre l'&#233;galit&#233;, les in&#233;galit&#233;s seraient justifi&#233;es parce que &#171; naturelles &#187; ; contre la solidarit&#233;, le racisme et la x&#233;nophobie s'imposent ; contre l'ins&#233;curit&#233;, l'id&#233;ologie s&#233;curitaire serait la seule r&#233;ponse possible. La deuxi&#232;me offensive est militaire et polici&#232;re ; elle a pris la forme de la d&#233;stabilisation des territoires r&#233;tifs, de la multiplication des guerres, de l'instrumentalisation du terrorisme. La troisi&#232;me offensive a port&#233; sur le travail, avec la remise en cause de la s&#233;curit&#233; de l'emploi et la pr&#233;carisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e, par la subordination de la science et de la technologie, notamment du num&#233;rique, &#224; la logique de la financiarisation. La quatri&#232;me offensive a &#233;t&#233; men&#233;e contre l'Etat social par la financiarisation, la marchandisation et la privatisation ; elle a conduit &#224; la corruption syst&#233;matique des classes politiques. La cinqui&#232;me offensive, dans le prolongement de la chute du mur de Berlin en 1989, a port&#233; sur la disqualification des projets progressistes, socialistes ou communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de 1977, commence une nouvelle phase du capitalisme en r&#233;ponse aux difficult&#233;s du capitalisme keyn&#233;sien et au danger g&#233;opolitique de mont&#233;e en puissance d'un Sud postcolonial. La r&#233;ponse est &#224; la fois &#233;conomique et g&#233;opolitique. Sur le plan &#233;conomique, le keyn&#233;sianisme n'&#233;tant pas applicable &#224; l'ensemble de la plan&#232;te, on proposera de promouvoir une nouvelle forme d'organisation capitaliste et imp&#233;rialiste, le n&#233;olib&#233;ralisme. Sur le plan g&#233;opolitique, on s'attachera &#224; marginaliser les Nations Unies et &#224; promouvoir les institutions de Breton-Woods (FMI, Banque Mondiale et OMC). Pour imposer cette nouvelle orientation, la strat&#233;gie est claire : l'endettement des pays du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le capitalisme n&#233;olib&#233;ral&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme n&#233;olib&#233;ral est pr&#233;cis&#233; et exp&#233;riment&#233; au Chili, &#224; partir du coup d'&#201;tat foment&#233; par Pinochet en 1973 qui a permis de mettre en place une politique, appliqu&#233;e par un r&#233;gime fasciste, d&#233;finie &#224; l'Universit&#233; de Chicago par Milton Friedman. Le pr&#233;sident fran&#231;ais Giscard d'Estaing cr&#233;e en 1975, le G5, qui deviendra G7, pour r&#233;pondre au choc p&#233;trolier. La strat&#233;gie est claire : endetter les pays du Tiers-monde ! Et, pour assurer le remboursement de la dette, imposer des PAS, des programmes d'ajustement structurel, organis&#233;s en fonction d'une doxa n&#233;olib&#233;rale et g&#233;r&#233;s par le FMI et la Banque Mondiale. Encore une fois, l'extr&#234;me droite est pr&#233;sente et active dans une p&#233;riode de crise du capitalisme. Le n&#233;olib&#233;ralisme est exp&#233;riment&#233; et impos&#233; par un r&#233;gime fasciste celui de Pinochet au Chili. A partir de la nouvelle th&#233;orie des Chicago-boys ! Elle sera reprise, perfectionn&#233;e et impos&#233;e par Mme Thatcher en Grande Bretagne, Ronald Reagan aux &#201;tats Unis et Giscard d'Estaing en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le s'impose du fait des difficult&#233;s et des &#233;checs des politiques li&#233;es aux mod&#232;les d'ind&#233;pendance nationale. La construction de l'&#201;tat, au d&#233;part moyen du d&#233;veloppement, est devenue une fin en soi. La fonctionnarisation acc&#233;l&#233;r&#233;e et l'urbanisation galopante ont provoqu&#233; un d&#233;s&#233;quilibre structurel des fondamentaux &#233;conomiques (budget, balance commerciale, balance des paiements). La bureaucratie et la corruption ont gangren&#233; les soci&#233;t&#233;s. Le d&#233;ni des droits fondamentaux et l'absence de libert&#233;s ont achev&#233; de r&#233;duire fortement la cr&#233;dibilit&#233; de ces r&#233;gimes. La crise de la d&#233;colonisation, de sa premi&#232;re phase, celle de l'ind&#233;pendance des &#201;tats, est ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mouvement altermondialiste &#233;merge en r&#233;ponse &#224; cette strat&#233;gie du capitalisme et de la financiarisation. En r&#233;ponse &#224; l'affirmation de Madame Thatcher, &#171; il n'y a pas d'alternative &#187;, il affirme &#171; un autre monde est possible &#187;. La premi&#232;re phase de ce mouvement commence, d&#232;s 1979, avec les mouvements contre la dette et contre les programmes d'ajustement structurel. Le mouvement ATTAC, pour la taxation des transactions financi&#232;res et le CADTM, Comit&#233; pour l'annulation des Dettes du Tiers-Monde, relayent et &#233;largissent, dans le monde, les mouvements des pays du Sud contre la dette. A partir de1989, la situation &#233;volue avec la chute du mur de Berlin, l'effondrement du bloc sovi&#233;tique et le passage &#224; un monde unipolaire sous la direction des &#201;tats Unis et du G7. Le G7 va chercher &#224; construire un nouveau syst&#232;me international, conforme &#224; son projet, en compl&#233;tant les institutions de Breton-Woods, le FMI et a Banque Mondiale, par l'OMC, l'Organisation Mondiale du Commerce. Des grandes manifestations internationales de 1989 &#224; 1999, ont lieu contre ces institutions et le G7, &#224; Paris, Madrid, Washington, G&#234;nes et partout dans le monde autour du mot d'ordre, &#171; le droit international ne doit pas &#234;tre subordonn&#233; au droit des affaires &#187;. La r&#233;union de l'OMC &#224; Seattle en 1999 qui devait confirmer l'ordre mondial se heurte &#224; l'opposition des mouvements et aux contradictions internes entre les diff&#233;rents pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Forums Sociaux Mondiaux se succ&#232;dent, apr&#232;s Seattle, et laissent la parole aux mouvements sociaux et citoyens. Le Forum de Bel&#233;m en 2009 regroupe 4500 associations, plus de cent mille personnes. Par rapport &#224; la crise financi&#232;re ouverte en 2008, il avance des propositions imm&#233;diates : le contr&#244;le de la finance, la suppression des paradis fiscaux et judiciaires, la taxe sur les transactions financi&#232;res, l'urgence climatique, la redistribution&#8230; A Bel&#233;m, un ensemble de mouvements, les femmes, les paysans, les &#233;cologistes et les peuples indig&#232;nes, surtout amazoniens, ont pris la parole pour affirmer : il s'agit d'une remise en cause des rapports entre l'esp&#232;ce humaine et la Nature, il ne s'agit pas d'une simple crise du n&#233;olib&#233;ralisme, ni m&#234;me du capitalisme ; il s'agit d'une crise de civilisation, celle qui d&#232;s 1492 a pr&#233;par&#233; une nouvelle g&#233;opolitique et certains fondements de la science contemporaine dans l'exploitation illimit&#233;e de la Nature et de la plan&#232;te. C'est depuis les forums sociaux mondiaux que date la d&#233;finition d'un projet alternatif, celui de la transition sociale, &#233;cologique et d&#233;mocratique. Cette transition s'appuie sur de nouvelles notions et de nouveaux concepts : les biens communs, la propri&#233;t&#233; sociale, le buen vivir, la d&#233;mocratisation radicale de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement de solidarit&#233; international se recompose. Il organise des manifestations contre la guerre. En 1989, &#224; Paris, deux grandes manifestations en r&#233;ponse au G7 qui se r&#233;unit &#224; Versailles : &#171; dette, colonies, apartheid, &#231;a suffat comme &#231;i &#187; et le Sommet des sept peuples parmi les plus pauvres. Se succ&#233;deront alors, en 1994, l'affirmation des zapatistes au Mexique ; en 1995, &#224; Madrid, le sommet contre le FMI et la Banque Mondiale, 50 ans &#231;a suffit ; la cr&#233;ation d'ATTAC en 1998 ; en 2001 les manifestations de G&#232;nes. Et, &#224; partir de 2001 la succession des Forums Sociaux Mondiaux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise financi&#232;re de 2008 est une nouvelle crise profonde du capitalisme. La crise financi&#232;re d&#233;montre la fragilit&#233; du syst&#232;me. Le n&#233;olib&#233;ralisme est r&#233;am&#233;nag&#233; en adoptant une strat&#233;gie aust&#233;ritaire qui combine l'aust&#233;rit&#233; et le s&#233;curitaire. Les luttes sociales se durcissent en r&#233;ponse &#224; cet aust&#233;ritarisme. L'extr&#234;me droite se renforce dans de nombreux pays et revendique, dans cette situation, le nationalisme, l'identit&#233;, la s&#233;curit&#233; et la lutte contre les migrants. La situation s'aggrave avec la pand&#233;mie de Covid. Ce n'est pas la premi&#232;re fois dans l'Histoire que la pand&#233;mie et le climat s'invitent pour rappeler la fragilit&#233; de la situation.[10] Cette pand&#233;mie rend plus sensible la crise climatique et l'actualit&#233; des contradictions sociales, &#233;cologiques et d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes dans un changement de p&#233;riode qui se caract&#233;rise par le durcissement des contradictions. La mont&#233;e des alliances entre les droites et les extr&#234;mes droites sont g&#233;n&#233;rales ; elles instrumentalisent la question des migrations et la question des identit&#233;s nationales. Les mouvements sociaux, f&#233;ministes, antiracistes, &#233;cologistes, des peuples premiers, sont porteurs de nouvelles radicalit&#233;s mais n'ont pas encore de projet commun. Le mouvement social, ouvrier et paysan, est fortement combattu. L'autoritarisme se pr&#233;sente comme une solution par rapport &#224; la m&#233;fiance sur les formes contest&#233;es de d&#233;mocratie[11]. Les Forums sociaux mondiaux continuent &#224; exister mais ils doivent &#234;tre renouvel&#233;s. De nouveaux mouvements explorent de nouvelles perspectives, comme les zapatistes, les femmes du Rojava, les jeunes iraniennes. Ces mouvements mettent en avant le f&#233;minisme, l'&#233;cologie, la d&#233;mocratie locale. Ils explorent les voies d'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup de tonnerre de 1989, avec l'autodissolution de l'empire sovi&#233;tique semble acc&#233;l&#233;rer l'h&#233;g&#233;monie du capitalisme mondialis&#233;. Plus rien ne para&#238;t s'y opposer. On voit fleurir les odes au capitalisme &#233;ternel ; ce serait la fin de l'Histoire ! La crise financi&#232;re de 2007-2008 va interrompre l'euphorie. Il n'est pas s&#251;r que ce soit la crise centrale de la p&#233;riode, comme l'a &#233;t&#233; celle de 1929 ; une autre crise centrale viendra probablement ponctuer le processus. Deux &#233;l&#233;ments nouveaux sont venus compl&#233;ter les crises sociales et d&#233;mocratiques ; la pand&#233;mie et la crise du covid ont boulevers&#233; la sc&#232;ne mondiale, la crise climatique rappelle l'actualit&#233; et l'urgence de la crise &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; partir de 2007 - 2008, une nouvelle crise structurelle du capitalisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En fonction de l'analyse des crises pr&#233;c&#233;dentes, et en faisant l'hypoth&#232;se que nous sommes dans une crise structurelle du capitalisme, nous analyserons l'&#233;volution et la crise du mode de production capitaliste, les luttes sociales, les guerres, la d&#233;colonisation, les d&#233;bats id&#233;ologiques et politiques, la droite et l'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La crise actuelle du mode de production capitaliste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux changements se traduisent par des fortes &#233;volutions dans les rapports de production. Retenons-en deux : la progression exponentielle du num&#233;rique, les interrogations sur l'extractivisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenons quelques donn&#233;es pour appr&#233;cier l'explosion du num&#233;rique. La croissance financi&#232;re des entreprises du num&#233;rique est consid&#233;rable, elle se compte en milliards de dollars[12]. C'est le cas des g&#233;ants technologiques : Apple, Google, Amazon, Facebook. Apple a atteint 2000 milliards de dollars en 2020. Leurs revenus ont explos&#233;, Amazon est pass&#233; de 19 milliards de dollars en 2008 &#224; 469 milliards de dollars en 2021. Les investissements de Recherche-d&#233;veloppement se sont multipli&#233;s, Google est pass&#233; de 2,8 milliards de dollars en 2008 &#224; 31,6 milliards de dollars en 2021. Les innovations technologiques se sont impos&#233;es avec l'IA, l'intelligence artificielle, le blockchain, le cloud computing. Elles ont &#233;t&#233; facilit&#233;es par la progression des start-ups. Les utilisateurs d'internet sont pass&#233;s de 1,5 milliards de personnes en 2008 &#224; plus de 5 milliards en 2023 ; les smartphones sont pass&#233;s de 200 millions de personnes en 2008 &#224; plus de 3,8 milliards en 2021 ; la fr&#233;quentation des r&#233;seaux sociaux de 1 milliard en 2008 &#224; 4,5 milliards en 2021 ; le commerce &#233;lectronique de 1 milliard d'utilisateurs en 2008 &#224; 4,5 milliards en 2021. La part du commerce &#233;lectronique dans le commerce de d&#233;tail est pass&#233; de 3,6% en 2008 &#224; 19,6% en 2021. La num&#233;risation des services transforme les secteurs traditionnels du commerce, des finances, de la sant&#233;, des m&#233;dias. L'&#233;ducation en ligne a explos&#233;. L'impact culturel est visible dans la communication, les messageries, les cultures num&#233;riques, la multiplication des influenceurs et des cr&#233;ateurs de contenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les industries extractives et p&#233;troli&#232;res doivent s'adapter &#224; un environnement en mutation rapide marqu&#233; par la transition &#233;nerg&#233;tique et la volatilit&#233; des march&#233;s. La r&#233;cession &#233;conomique qui a suivi la crise financi&#232;re de 2008 s'est traduite par une r&#233;cession &#233;conomique, la chute de la demande des min&#233;raux et du p&#233;trole et une baisse brutale des prix des mati&#232;res premi&#232;res. Le prix du p&#233;trole a chut&#233; &#224; 30$ en 2009, contre 150$ en 2008 ; la surproduction a provoqu&#233; une nouvelle baisse en 2014 et la pand&#233;mie du COVID, en 2020, a provoqu&#233; une chute historique des prix. Avec le p&#233;trole de schiste, les &#201;tats-Unis sont devenus un des principaux producteurs de p&#233;trole. Les crises g&#233;opolitiques au Moyen-Orient, en Russie et en Afrique ont eu des r&#233;percussions sur les prix et les approvisionnements en p&#233;trole. La demande mondiale en &#233;nergie et en mati&#232;res premi&#232;res devrait &#234;tre affect&#233;e par les interrogations sur une n&#233;cessaire transition &#233;nerg&#233;tique mondiale cherchant &#224; privil&#233;gier des sources d'&#233;nergie durables, la diversification &#233;conomique des pays producteurs, les enjeux environnementaux pour la r&#233;duction des &#233;missions carbone et les investissements dans les &#233;nergies renouvelables. Cette &#233;volution, qui correspond &#224; des enjeux majeurs, aura des cons&#233;quences consid&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme des plateformes utilise les technologies num&#233;riques pour ma&#238;triser les transactions en connectant les utilisateurs. Les plateformes red&#233;finissent les relations, les mod&#232;les d'affaires et les march&#233;s. Elles modifient les formes de r&#233;gulation et de concentration des pouvoirs. Elles concentrent le pouvoir &#233;conomique. Elles exacerbent les in&#233;galit&#233;s et mettent en danger la s&#233;curit&#233; de l'emploi. Elles stimulent l'innovation et aggravent la comp&#233;tition, multipliant les emplois d'ind&#233;pendants et de temporaires. Les premi&#232;res plateformes datent des ann&#233;es 1990 &#224; 2000 avec internet. Elles sont boost&#233;es par les smartphones et les applications mobiles. L'&#233;pid&#233;mie du covid a renforc&#233; les plateformes num&#233;riques, et leurs compl&#233;ments avec les services de livraison, le commerce &#233;lectronique et le t&#233;l&#233;travail. Le capitalisme de plateformes cr&#233;e un nouveau mod&#232;le &#233;conomique ou les plateformes num&#233;riques servent d'interm&#233;diaires pour faciliter les interactions entre les groupes d'utilisateurs &#224; l'exemple de Amazon, Airbnb, Facebook.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise du COVID a aussi acc&#233;l&#233;r&#233; l'adoption du t&#233;l&#233;travail et transform&#233; profond&#233;ment le rapport au travail pour les travailleurs et pour les entreprises. Les entreprises modifient leur organisation du travail pour s'adapter aux nouvelles formes du travail en profitant du travail &#224; domicile et de l'individualisation des travailleurs. Le t&#233;l&#233;travail renforce la flexibilit&#233; du travail et r&#233;duit les formes d'organisation collective des travailleurs. La productivit&#233; &#224; l'&#233;chelle mondiale est affect&#233;e par le ralentissement du temps de travail, l'impact de la crise du Covid et le ralentissement d&#233;mographique dans les pays d&#233;velopp&#233;s. Apr&#232;s 2008, la baisse de la croissance de la productivit&#233; a affect&#233; l'&#233;conomie mondiale et a pes&#233; sur la croissance &#233;conomique, les in&#233;galit&#233;s, la comp&#233;titivit&#233; des entreprises et les niveaux de vie. Elle s'est traduite par une croissance des salaires ralentie et une productivit&#233; r&#233;duite qui a conduit &#224; une stagnation et &#224; une baisse du niveau de vie pour une partie de la population. Les tensions sociales ont accompagn&#233; la stagnation des revenus et les in&#233;galit&#233;s croissantes. L'instrumentalisation de la crise a permis de renforcer les politiques de r&#233;duction des salaires et des droits collectifs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise de la pand&#233;mie et du climat renforce cette tendance de reprise en main par des &#201;tats autoritaires. Elle bouleverse les situations et les &#233;quilibres ; elle interroge la solidarit&#233; internationale, l'internationalisme et l'altermondialisme. A une crise par d&#233;finition mondiale, les r&#233;ponses sont surtout nationales et &#233;tatiques. Les institutions internationales sont peu &#233;cout&#233;es et marginalis&#233;es. Les mouvements r&#233;pondent par des actions de solidarit&#233; locale et par la r&#233;sistance &#224; leurs &#201;tats. Les contradictions s'accentuent. Les affrontements opposent dans beaucoup de pays des alliances s&#233;curitaires et de droite populiste, aux mouvements qui revendiquent les libert&#233;s d&#233;mocratiques, la d&#233;fense des droits sociaux, l'urgence &#233;cologique. L'aust&#233;ritarisme s'est impos&#233;. Le n&#233;olib&#233;ralisme ne cherche pas &#224; convaincre ; il revendique la conjonction de l'aust&#233;rit&#233; et de l'autoritarisme. Pr&#232;s de vingt ans apr&#232;s la chute du mur de Berlin, le n&#233;olib&#233;ralisme abandonne ses r&#233;f&#233;rences aux libert&#233;s. Il ne cherche plus &#224; convaincre, il ne cherche plus qu'&#224; imposer. L'aust&#233;ritarisme marque les limites du n&#233;olib&#233;ralisme en tant que syst&#232;me stable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est probable que nous vivrons le passage &#224; une nouvelle phase du mode de production capitaliste, comme entre 1914 et 1945, la rupture avec le passage au capitalisme fordiste et keyn&#233;sien, formalis&#233; &#224; partir de 1929, avec le New Deal. L'hypoth&#232;se du passage &#224; une nouvelle phase du mode de production capitaliste est tr&#232;s probable ; elle est amorc&#233;e avec les nouvelles formes de production, notamment le num&#233;rique. Elle est aussi interpell&#233;e par les changements dans les classes principales. Nous en avons quelques &#233;l&#233;ments. Dans la classe dominante, par la contradiction entre la financiarisation de la bourgeoisie et la culture des nouveaux dirigeants, cadres et managers du num&#233;rique. Dans la classe ouvri&#232;re, par les contradictions dans l'&#233;volution des formes du salariat et avec le pr&#233;cariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hypoth&#232;se n'est peut-&#234;tre pas seulement celle d'un changement de phase du capitalisme. Immanuel Wallerstein avance l'hypoth&#232;se qu'il s'agit d'une crise structurelle qui met en cause les fondements du mode de production capitaliste[13]. Il consid&#232;re que le mode de production capitaliste est &#233;puis&#233; et que dans les trente prochaines ann&#233;es, il ne devrait plus &#234;tre dominant. Mais, cette crise du capitalisme ne d&#233;boucherait pas sur le socialisme. Un autre mode de production, in&#233;galitaire mais diff&#233;rent, lui succ&#233;derait. Il estimait qu'un nouveau mode de production allait succ&#233;der au capitalisme dans les trente ou quarante prochaines ann&#233;es. Mais, il soulignait que, si la fin du capitalisme est historiquement certaine, cela n'entra&#238;nait pas automatiquement l'av&#232;nement d'un monde id&#233;al. Il pensait qu'un nouveau mode de production &#171; post-capitaliste &#187; pourrait &#234;tre in&#233;galitaire. Il voyait la possibilit&#233; de plusieurs bifurcations : &#171; celle d&#233;bouchant sur un syst&#232;me non capitaliste conservant du capitalisme ses pires caract&#233;ristiques (hi&#233;rarchie, exploitation et polarisation), et celle posant les bases d'un syst&#232;me fond&#233; sur une d&#233;mocratisation relative et un &#233;galitarisme relatif, c'est-&#224;-dire un syst&#232;me d'un type qui n'a jamais encore exist&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette hypoth&#232;se, le capitalisme ne dispara&#238;trait pas, mais il ne serait plus le mode de production dominant dans les formations sociales, un peu comme l'aristocratie n'a pas disparu en laissant la premi&#232;re place &#224; la bourgeoisie. De nouvelles classes sociales principales seraient en gestation dans nos soci&#233;t&#233;s. Le nouveau prol&#233;tariat viendrait du pr&#233;cariat et associerait les pr&#233;caires et certaines formes de salariat. Les nouvelles classes dirigeantes pourraient &#234;tre issues des techniciens et des cadres comme on peut le voir &#224; travers les mutations sociales entrain&#233;es par le num&#233;rique. Les bourgeoisies, parasitaires et renti&#232;res, ne seraient plus dominantes et pourraient laisser la place &#224; de nouvelles classes dirigeantes. Le n&#233;olib&#233;ralisme pourrait &#234;tre toujours pr&#233;sent, mais ne serait plus dominant. Il a d&#233;j&#224; perdu une large part de sa l&#233;gitimit&#233; et il a besoin de durcir ses moyens de r&#233;pression pour maintenir son pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle que soit l'hypoth&#232;se, celle du passage &#224; une nouvelle phase du mode de production capitaliste ou celle du passage &#224; un nouveau mode de production, les changements seront consid&#233;rables et se traduiront par des ann&#233;es de transition marqu&#233;es par des bouleversements sociaux et id&#233;ologiques. Les cons&#233;quences seront consid&#233;rables au niveau de l'&#233;cologie et du changement climatique, au niveau social pour les in&#233;galit&#233;s et les discriminations, au niveau des guerres et de la nature des r&#233;gimes politiques, au niveau de la d&#233;finition m&#234;me des d&#233;mocraties.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Les luttes sociales, les guerres et la deuxi&#232;me phase de la d&#233;colonisation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les luttes sociales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes sociales, sous des formes diverses, sont toujours pr&#233;sentes et d&#233;terminantes. Elles sont tr&#232;s pr&#233;sentes au niveau local et elles sont plus visibles au niveau national quand elles interpellent l'&#201;tat. Elles sont moins visibles au niveau international du fait des remises en cause du champ g&#233;opolitique. Elles concernent surtout les in&#233;galit&#233;s sociales de plus en plus grandes et partout pr&#233;sentes. Les luttes pour la d&#233;mocratie sont aussi tr&#232;s pr&#233;sentes mais sont plus sp&#233;cifiques en fonction des situations locales ; elles convergent tr&#232;s rarement au niveau des grandes r&#233;gions ou au niveau mondial. Les luttes sur les questions &#233;cologiques sont tr&#232;s pertinentes mais se heurtent &#224; une contre-offensive tr&#232;s d&#233;termin&#233;e pour &#233;viter la jonction avec la critique radicale du n&#233;olib&#233;ralisme qui exacerbe les in&#233;galit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les in&#233;galit&#233;s sociales sont consid&#233;rables[14]. En France, avec un taux de pauvret&#233; de 15%, le Smic, salaire minimum, est de 17000 euros par an et la r&#233;mun&#233;ration moyenne d'un PDG du CAC 40 est de 5,5 millions d'euros par an, soit 331 fois le smic. Cette situation est accentu&#233;e par la r&#233;duction des imp&#244;ts sur les revenus du capital. Au niveau mondial, les 1% les plus riches poss&#232;dent 45% de la richesse mondiale en termes de patrimoine net. Oxfam a calcul&#233; que les 1% les plus riches poss&#232;dent, en patrimoine net, plus de deux fois la richesse de 6,9 milliards de personnes les moins dot&#233;es (sur 7,8 milliards de la population mondiale). Il y a une claire conscience de l'ampleur des profits des grandes entreprises et des grands actionnaires et de l'injustice du syst&#232;me ; mais cette prise de conscience ne se traduit pourtant pas par une remise en cause globale du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les grandes luttes sociales ont &#233;t&#233; tr&#232;s fortes depuis 2008. Rappelons, en France&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes contre la r&#233;forme des retraites en 2010, 2019 et 2023 ; celles contre la loi travail en 2016 ; l'&#233;mergence des Gilets jaunes en 2018 ; les luttes pour le climat depuis 2018 ; contre les violences polici&#232;res et le racisme en 2020. Dans le monde, apr&#232;s 2008, il y a eu des mouvements d'ampleur dans plus de 59 pays. Parmi eux, rappelons les Printemps arabes en 2010 et 2011 ; les Indign&#233;s en Espagne en 2011, Occupy Wall Street en 2011 ; Black lives matter, contre la violence polici&#232;re et le racisme, depuis 2013 ; les mobilisations &#224; Hong Kong, pour les libert&#233;s d&#233;mocratiques en 2019 ; les gr&#232;ves mondiales pour le climat, depuis 2018 ; les mouvements au Chili, en Colombie, en Bolivie, en 2019 &#8211; 2020&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes sociales d&#233;pendent de l'&#233;volution des rapports entre les classes sociales. La classe ouvri&#232;re demeure centrale mais elle a &#233;volu&#233; et cette &#233;volution s'acc&#233;l&#232;re. La g&#233;n&#233;ralisation du salariat rend moins visible les rapports sociaux capitalistes. Ce qui est accentu&#233; par la num&#233;risation et, depuis la pand&#233;mie du COVID, par la progression du t&#233;l&#233;travail. Il faut aussi noter l'importance des classes moyennes, malgr&#233; l'affaiblissement de leur situation, et le rapprochement des conditions de vie li&#233;es &#224; l'urbanisation. Le pr&#233;cariat, les travailleurs pr&#233;caires, les secteurs informels, l'ub&#233;risation, le micro-entrepreneuriat repr&#233;sentent de nouvelles formes d'organisation du travail ; il s'est d&#233;velopp&#233; dans le Sud et aussi en Europe. La scolarisation modifie aussi les rapports entre les classes[15]. Le taux de scolarisation &#233;tait, en 2020, de 95% en France et de 76% dans le monde. Il y avait 2,7 millions d'&#233;tudiants dans le sup&#233;rieur en 2021. Dans le monde, le taux de scolarisation dans le secondaire &#233;tait, en 2020, de 70% en Chine et Cor&#233;e du Sud, de 50% en Am&#233;rique Latine, au Moyen Orient et en Afrique du Nord, de 9 &#224; 10% en Afrique. Pour se rendre compte de l'&#233;volution et des cons&#233;quences pour une soci&#233;t&#233;, il y avait trois bacheliers en R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo, au moment de l'ind&#233;pendance, en 1960, dont 2 &#224; Bruxelles ; il y en avait 235000 en 2008 et plus de 700000 en 2023. Ce n'est plus la m&#234;me soci&#233;t&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes sociales ont toujours &#233;t&#233; tr&#232;s fortes et n'ont jamais cess&#233;. Les crises structurelles sont toujours des moments de r&#233;am&#233;nagements g&#233;opolitiques majeurs. Elles s'accompagnent des guerres et des am&#233;nagements du syst&#232;me international.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La g&#233;opolitique, les guerres et le syst&#232;me international&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les crises structurelles sont toujours des moments de r&#233;am&#233;nagements g&#233;opolitiques majeurs. Et ces r&#233;am&#233;nagements g&#233;opolitiques passent par les guerres, par des affrontements, par les nouvelles fronti&#232;res et les am&#233;nagements du syst&#232;me international qui concr&#233;tisent les r&#232;glements des conflits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 1945, il y a de nombreuses guerres pour la d&#233;colonisation qui se prolongent dans des guerres de recomposition r&#233;gionale au Moyen-Orient, en Asie et par des guerres d'intervention des &#201;tats-Unis et de l'Union Sovi&#233;tique. Parmi les principales guerres et les confrontations, citons : la guerre d'Indochine, de 1946 &#224; 1954 et du Vietnam de 1955 &#224; 1975 ; la crise de Suez en 1956 ; la guerre d'Alg&#233;rie, de 1954 &#224; 1962 ; les guerres entre Isra&#235;l et les pays arabes en 1967 et 1973 ; la guerre civile du Liban en 1975 jusqu'en 1990 ; la guerre du Cambodge en 1970 ; l'invasion sovi&#233;tique en Afghanistan en 1979 ; les Malouines en 1982 ; la guerre du Golfe en 1990 ; le g&#233;nocide rwandais en 1994 ; la guerre Iran-Irak de 1980 &#224; 1988 ; la guerre de Yougoslavie de 1991 &#224; 2001 ; la guerre d'Afghanistan de 2001 &#224; 2021 ; les guerres en Irak de 2003 &#224; 2011, la guerre de Lybie en 2011 et depuis 2014 ; les guerres en R&#233;publique d&#233;mocratique du Congo depuis 1994 &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 2008, il y a de nombreuses guerres qui prolongent les guerres de la p&#233;riode r&#233;cente ou qui annoncent le passage &#224; une nouvelle p&#233;riode. On compte ainsi, la guerre entre la G&#233;orgie et la Russie en 2008 ; la guerre civile syrienne depuis 2011 ; l'intervention militaire au Y&#233;men depuis 2015 ; la guerre contre l'&#201;tat islamique en 2014 ; la guerre en Ukraine depuis 2014 ; la guerre civile en Lybie depuis 2014 ; le conflit au Mali depuis 2012 ; le conflit entre l'Azerba&#239;djan et l'Arm&#233;nie en 2020 ; la guerre civile au Soudan du Sud de 2013 &#224; 2018 ; le conflit en R&#233;publique Centre Africaine depuis 2012 ; la guerre au Tigr&#233; depuis 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;gions en guerre se multiplient. Mais deux guerres occupent une place centrale dans la p&#233;riode et sont porteuses de graves cons&#233;quences &#224; l'&#233;chelle mondiale ; la guerre entre la Russie et l'Ukraine et la guerre entre Isra&#235;l et la Palestine. Le conflit au Donbass, depuis 2014 et l'annexion de la Crim&#233;e, a pris une nouvelle dimension avec l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022. Dans un premier temps, l'Ukraine a r&#233;agi de mani&#232;re assez efficace et a contenu l'invasion russe. Le front s'est stabilis&#233; dans le Donbass ; l'arm&#233;e russe impose une tr&#232;s forte pression malgr&#233; l'armement consid&#233;rable, mais insuffisant, apport&#233; par les &#201;tats-Unis et l'Europe &#224; l'Ukraine. Cette guerre interpelle l'ordre international sur plusieurs aspects : d'abord, la n&#233;cessaire r&#233;affirmation de l'interdiction des invasions arm&#233;es comme forme d'intervention dans un conflit politique. Ensuite la question du nucl&#233;aire, du point de vue de la s&#233;curit&#233; des installations et aussi des possibilit&#233;s de d&#233;rive et d'utilisation des armes nucl&#233;aires. La troisi&#232;me question est celle du r&#244;le de l'OTAN dans la recomposition g&#233;ostrat&#233;gique et dans la red&#233;finition des alliances et du syst&#232;me international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre isra&#233;lo-palestinienne est le conflit majeur de la p&#233;riode. Il r&#233;sume et exacerbe, d'une certaine fa&#231;on, l'affrontement entre le Sud et l'Occident ; en mettant aussi en &#233;vidence la diff&#233;rence de positionnement entre les gouvernements des pays du Sud et les opinions publiques de ces pays. Il est marqu&#233; par la place dirigeante de l'extr&#234;me droite isra&#233;lienne dans la gestion du conflit et sa capacit&#233; &#224; imposer son point de vue aux &#201;tats-Unis et &#224; l'Europe. L'intervention du Hamas, marqu&#233;e par certaines actions terroristes, a modifi&#233; le paysage. Une des questions cl&#233;s va &#234;tre celle de la d&#233;finition d'une strat&#233;gie commune par l'ensemble des organisations palestiniennes. La reconnaissance d'un &#201;tat palestinien pose une question imm&#233;diate, celle de la remise en cause de la pr&#233;sence des colons en Cisjordanie qui risque de conduire, comme le soulignent plusieurs Isra&#233;liens, &#224; une guerre civile en Isra&#235;l. Dans un temps futur, des solutions peuvent &#233;merger dans la construction d'une grande r&#233;gion impliquant de nouvelles relations entre le Liban, la Jordanie, la Syrie, la Palestine et un Isra&#235;l qui ne serait plus colonial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La g&#233;opolitique est aujourd'hui organis&#233;e autour des &#201;tats-nations. L'&#233;volution r&#233;cente a renforc&#233; cette organisation. La mont&#233;e des extr&#234;mes droites dans le monde renforce cette imposition d'un monde organis&#233; par les seuls &#201;tats-nations. Il y a toutefois une tendance &#224; l'&#233;mergence d'un autre am&#233;nagement g&#233;opolitique avec l'organisation de grandes r&#233;gions qui ne remplaceraient pas les &#201;tats mais qui les int&#233;greraient dans des ensembles plus larges. Il y a une quinzaine de grandes r&#233;gions qui pourraient &#233;merger avec la Chine, l'Inde et l'Asie du Sud, l'Asie du Sud-Est y compris le Japon et la Cor&#233;e, l'Am&#233;rique du Nord, l'Am&#233;rique centrale avec le Mexique, l'Am&#233;rique du Sud avec le Br&#233;sil et l'Argentine, les Cara&#239;bes, l'Afrique du Nord, le Moyen Orient, l'Afrique du Sud, l'Afrique de l'Ouest et centrale, l'Afrique de l'Est, l'Europe, la Russie, l'Oc&#233;anie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me international est organis&#233; aujourd'hui autour des Nations unies. Il comprend l'ONU et les institutions internationales qui lui sont rattach&#233;es et qui jouent un r&#244;le consid&#233;rable dans le fonctionnement du syst&#232;me international. L'ONU devra &#234;tre r&#233;organis&#233;e[16] ; une sortie de crise structurelle g&#233;opolitique rend n&#233;cessaire cette r&#233;organisation. L'ouverture d'un d&#233;bat sur la reconfiguration d'un syst&#232;me international peut faciliter la mise en avant de propositions pour un syst&#232;me d&#233;mocratique mondial plus avanc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La deuxi&#232;me phase de la d&#233;colonisation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avec l'&#233;volution d&#233;mographique, la d&#233;croissance d&#233;mographique sur plusieurs continents et la croissance d&#233;mographique en Afrique, on va vers un nouvel &#233;quilibre d&#233;mographique mondial en 2050. La p&#233;riode peut &#234;tre aussi caract&#233;ris&#233;e comme celle &#224; la fois d'un renforcement et d'une crise des imp&#233;rialismes. Elle est celle de la d&#233;colonisation qui a commenc&#233; dans les ann&#233;es 1920 et qui s'est traduite par les ind&#233;pendances nationales, &#224; partir de 1944. Nous avons d&#233;j&#224; rappel&#233; la conf&#233;rence de Bandung, en 1955, et la formule sur l'ind&#233;pendance des &#201;tats, la lib&#233;ration des nations et la r&#233;volution pour les peuples. Aujourd'hui, l'&#233;volution des nouveaux &#201;tats ind&#233;pendants et la domination de la sc&#232;ne mondiale par les &#201;tats occidentaux rappelle que la d&#233;colonisation est inachev&#233;e. Les r&#233;organisations g&#233;opolitiques sont &#224; l'&#339;uvre dans le monde. Elles accompagnent une revendication des peuples &#224; une d&#233;soccidentalisation du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'identification des peuples &#224; l'&#201;tat-nation, la p&#233;riode qui vient approfondira et enrichira les rapports entre les peuples, les &#201;tats et les nations. On voit bien les difficult&#233;s quand on pense aux Nations Unies. La Charte, des nations, commence par &#171; Nous les peuples &#187;, et en r&#233;alit&#233;, il s'agit d'une union d'&#201;tats. Au niveau de la Ligue internationale pour les droits des peuples, nous donnons la priorit&#233; aux peuples et nous mettons en avant la d&#233;finition, donn&#233;e par le juriste Charles Chaumont, &#171; un peuple se d&#233;finit par l'histoire de ses luttes &#187;. Le rapport entre peuple et territoire ne peut pas &#234;tre r&#233;duit au rapport entre nation et territoire. Elle confirme aussi que la langue et la culture caract&#233;risent le peuple. Et que l'internationalisme rel&#232;ve des peuples et non des nations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous entrons dans la deuxi&#232;me phase de la d&#233;colonisation. La premi&#232;re phase est celle de l'ind&#233;pendance des &#201;tats colonis&#233;s. Elle a &#233;t&#233; largement entam&#233;e avec l'ind&#233;pendance des colonies et la cr&#233;ation des nouveaux &#201;tats. Mais, il reste encore un certain nombre de situations coloniales, comme vient le rappeler, notamment, la Kanaky. La question de la Palestine est d&#233;terminante pour clore cette premi&#232;re &#233;tape des ind&#233;pendances. La deuxi&#232;me phase de la d&#233;colonisation concerne la possibilit&#233; pour chaque pays de d&#233;finir et de ma&#238;triser son d&#233;veloppement et pour chaque peuple de construire des institutions lui assurant les libert&#233;s et des formes d&#233;mocratiques. Elle concerne aussi la possibilit&#233; pour chaque pays de participer &#224; l'organisation et la gestion de leur grande r&#233;gion et des institutions internationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette perspective est confirm&#233;e par les bouleversements g&#233;opolitiques qui sont en cours. Ils concernent directement les guerres qui accompagnent les bouleversements de l'ordre mondial et notamment la nature des r&#233;gimes politiques et la d&#233;mocratie. Les &#201;tats-Unis sont toujours dominants &#233;conomiquement et militairement, mais leur h&#233;g&#233;monie est de plus en plus contest&#233;e. La confrontation principale se d&#233;place vers l'Asie et oppose les &#201;tats-Unis et la Chine. L'Europe est marginalis&#233;e et la guerre accro&#238;t ses divisions. Les &#201;tats-Unis explorent une alliance avec l'Australie et le Japon qui inclurait la Grande-Bretagne. La Chine renforce les BRICS avec le Br&#233;sil, l'Inde, la Russie et l'Afrique du Sud et entame son &#233;largissement avec, notamment, les pays du Golfe, l'Argentine, l'&#201;gypte, l'&#201;thiopie et l'Iran. De nouvelles puissances renforcent leurs positions r&#233;gionales. L'Inde en Asie du Sud, la Tha&#239;lande et l'Indon&#233;sie en Asie du Sud-Est, l'Australie dans le Pacifique, la Turquie et l'Arabie Saoudite au Moyen-Orient, l'Afrique du Sud, le Nig&#233;ria et le Kenya en Afrique, le Br&#233;sil, le Mexique et le Canada en Am&#233;rique. Dans cette premi&#232;re phase des ind&#233;pendances, nous pouvons distinguer trois sous-p&#233;riodes : de 1944 &#224; 1965, les luttes de lib&#233;ration nationale ; de 1966 &#224; 1973, les &#171; mai 1968 &#187; dans le monde ; de 1973 &#224; 1977, l'offensive p&#233;troli&#232;re de pays du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La souverainet&#233; est une valeur de r&#233;f&#233;rence de plus en plus pris&#233;e. Elle renforce les identitarismes et le poids des int&#233;grismes dans les religions. Elle se traduit par la mont&#233;e des autoritarismes[17] de diff&#233;rentes natures. Les libert&#233;s et la d&#233;mocratie restent des valeurs de r&#233;f&#233;rence, mais en tant que valeurs abstraites. La m&#233;fiance par rapport aux r&#233;gimes politiques est devenue g&#233;n&#233;rale. Elle se traduit par une grande d&#233;fiance par rapport aux institutions internationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est caract&#233;ris&#233;e par la mont&#233;e en puissance de nouveaux blocs &#233;mergents. Ce sont des situations qui se traduisent historiquement par des p&#233;riodes de tensions, de conflits et aussi de guerres. D'autant que cette &#233;volution est tr&#232;s rapide &#224; l'&#233;chelle historique, en quelques dizaines d'ann&#233;es et non en quelques si&#232;cles[18], comme dans les transitions pr&#233;c&#233;dentes. Le Sud global se pr&#233;sente &#224; la fois comme un bloc &#233;mergent et comme une diversit&#233; des &#201;tats-nations du Sud et de leurs int&#233;r&#234;ts nationaux. Depuis 2013, la Chine, l'Inde et le Br&#233;sil sont collectivement en train de d&#233;passer les pays occidentaux en termes de commerce et de production mondiale.[19] L'affirmation politique d'un Sud global et la volont&#233; du multilat&#233;ralisme coexistent avec le renforcement des grandes r&#233;gions g&#233;oculturelles dans l'ordre mondial. Il y a un besoin urgent de r&#233;formes pour faire face &#224; un monde en &#233;volution rapide, pour arriver &#224; une architecture globale. Il faut r&#233;pondre aux d&#233;fis principaux : le maintien de la paix ; la r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s et des discriminations ; le d&#233;fi &#233;cologique ; la red&#233;finition de la d&#233;mocratie. L'ONU, si elle est r&#233;form&#233;e, pourrait jouer un r&#244;le essentiel dans la promotion de ces r&#233;formes n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les d&#233;bats id&#233;ologiques et politiques et la mont&#233;e de l'extr&#234;me droite&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie renvoie &#224; un syst&#232;me d'id&#233;es, elle propose un id&#233;alisme oppos&#233; au r&#233;alisme politique. Marx introduit le terme quand il r&#233;dige, avec Engels, &#171; L'id&#233;ologie allemande &#187;, en1846 (la publication attendra 1932). Il critique une vision de classe &#224; d&#233;passer par la science ; de l&#224; d&#233;coule une vision n&#233;gative des id&#233;ologies. Cette vision est renforc&#233;e par la liaison entre les id&#233;ologies et les utopies. Cette conception part de la R&#233;volution fran&#231;aise qui va marquer le d&#233;bat d'id&#233;es depuis le XIX&#232;me si&#232;cle ; elle int&#232;gre la science newtonienne de la Nature du XVII&#232;me et l'id&#233;e d'un progr&#232;s historique du XVIII&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Immanuel Wallerstein propose de d&#233;finir le d&#233;bat id&#233;ologique &#224; partir de trois id&#233;ologies politiques, toujours pr&#233;sentes, qui suivent la R&#233;volution fran&#231;aise : le conservatisme, le lib&#233;ralisme et le socialisme[20]. Aucune n'a trouv&#233; de configuration d&#233;finitive ; elles s'opposent et s'influencent et se recomposent avec la pr&#233;&#233;minence actuelle du lib&#233;ralisme. Le conservatisme est une r&#233;action au rejet de l'ancien par la modernit&#233; qui met en avant, depuis la r&#233;volution industrielle, le culte du changement et du progr&#232;s qu'il cherche &#224; refuser ou &#224; limiter. Pour cela, il s'agit de garder ou de reconqu&#233;rir le pouvoir dans l'&#201;tat. C'est l'objectif depuis la Restauration qui remet en cause la R&#233;volution. Le lib&#233;ralisme est certain de la v&#233;rit&#233; de la modernit&#233; ; il est universaliste et propose de moderniser les institutions, de supprimer l'irrationnel du pass&#233; et les id&#233;ologies conservatrices. Son programme politique est d'imposer le progr&#232;s. Le socialisme se veut l'h&#233;ritier de la R&#233;volution ; il se diff&#233;rencie des conservateurs par sa volont&#233; d'acc&#233;l&#233;rer le processus historique pour faire avancer le progr&#232;s. Il se diff&#233;rencie des lib&#233;raux en pr&#244;nant la r&#233;volution plus que la r&#233;forme pour affronter la r&#233;sistance au progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie lib&#233;rale propose un sujet, un acteur politique principal ; elle soul&#232;ve la question de la souverainet&#233;. La souverainet&#233; du peuple succ&#232;de &#224; la souverainet&#233; du monarque. Qui est le peuple ? Pour les lib&#233;raux, le peuple est l'ensemble des individus qui sont d&#233;positaires de tous les droits politiques, &#233;conomiques et culturels. L'individu est le sujet historique de la modernit&#233;, tous les individus sont &#233;gaux. Comment prendre des d&#233;cisions collectives et r&#233;concilier les positions ? C'est la question de la d&#233;mocratie politique. Le n&#233;olib&#233;ralisme introduit une rupture avec le lib&#233;ralisme en se d&#233;tournant des pr&#233;occupations de souverainet&#233; et de d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'individu et de la souverainet&#233; est moins explicite chez les conservateurs et les socialistes. Pour les conservateurs, les individus passent, le bien public, le &#171; commonwealth &#187;, restent identiques. Le sujet politique se retrouve dans la famille, les corporations, les &#201;glises, les ordres. Pour les socialistes, le sujet principal, c'est le peuple ; la question reste : comment reconna&#238;tre la volont&#233; g&#233;n&#233;rale du peuple ? Quel sujet incarne la souverainet&#233; du peuple ? Pour les lib&#233;raux, ce sont les individus dit libres, pour les conservateurs, ce sont les groupes traditionnels, pour les socialistes, c'est le groupe entier formant soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sujet, le peuple, a une repr&#233;sentation privil&#233;gi&#233;e, c'est l'&#201;tat. C'est par l'&#201;tat que le peuple exerce sa souverainet&#233;, qu'il est souverain. Le peuple forme une soci&#233;t&#233; ; quel est le rapport entre &#201;tat et soci&#233;t&#233; ? C'est la question de la modernit&#233;. En fait, Les trois id&#233;ologies prennent le parti de la Soci&#233;t&#233; contre l'&#201;tat mais de mani&#232;re diff&#233;rente. Pour les lib&#233;raux, il s'agit de dissocier &#201;tat et vie &#233;conomique. Et, pour la plupart des lib&#233;raux, de r&#233;duire l'&#201;tat au minimum ; l'&#201;tat est le veilleur de nuit. Pour les conservateurs, le sujet, le peuple, a un soutien privil&#233;gi&#233;, l'&#201;tat. Il s'agit de concilier individualisme et &#233;tatisme en soutenant et appuyant les groupes interm&#233;diaires traditionnels : famille, Eglise, corporations. Pour les socialistes, la bourgeoisie s'est empar&#233;e de la souverainet&#233; politique en s'assurant le contr&#244;le exclusif de l'&#201;tat. La position par rapport &#224; l'&#233;volution de l'&#201;tat en grand &#201;tat bureaucratique et moderne se diff&#233;rencie. Pour les conservateurs, l'&#201;tat doit prot&#233;ger les droits traditionnels ; pour les lib&#233;raux, l'&#201;tat doit permettre aux droits traditionnels de s'&#233;panouir ; pour les socialistes l'&#201;tat doit r&#233;aliser la volont&#233; g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rapports entre les trois id&#233;ologies ont &#233;volu&#233;. De la R&#233;volution fran&#231;aise &#224; 1848, les lib&#233;raux s'opposent aux conservateurs. Ils consid&#232;rent que le Progr&#232;s est in&#233;vitable et souhaitable alors que pour les conservateurs, le progr&#232;s est n&#233;faste. Les socialistes sont, au d&#233;but, alli&#233;s des lib&#233;raux. L'alliance entre socialistes et lib&#233;raux soutient la pens&#233;e lib&#233;rale et &#233;galitariste du XVIIIe contre la monarchie absolue. Les deux courants d&#233;fendent la productivit&#233;, base de la politique sociale de l'&#201;tat moderne. Ils d&#233;fendent aussi l'utilitarisme. &#192; partir de 1830, et plus nettement apr&#232;s 1848, il y a une s&#233;paration entre lib&#233;raux et socialistes. Le marxisme ne se limite pas &#224; la pauvret&#233;, il condamne la d&#233;shumanisation par le capitalisme. Il y a un rapprochement entre conservateurs et lib&#233;raux, il s'agit de prot&#233;ger la propri&#233;t&#233; et de combattre la r&#233;volution. Un lib&#233;ralisme mod&#233;r&#233; divise, chez les socialistes les mod&#233;r&#233;s, qu'on appellera sociaux-d&#233;mocrates, qui d&#233;fendent une action politique et des r&#233;formes et les radicaux qui appellent &#224; l'insurrection. De 1848 &#224; 1914, ou 1917, le lib&#233;ralisme domine et l'id&#233;ologie socialiste se r&#233;f&#232;re au marxisme. Le lib&#233;ralisme s'impose, avec une variante lib&#233;rale socialiste qui affiche sa foi dans le progr&#232;s et la productivit&#233; et une variante lib&#233;rale conservatrice. On peut consid&#233;rer que les totalitarismes du XX&#232;me si&#232;cle ont tent&#233; une approche entre conservateurs et socialistes en alliant socialisation et populisme. &#192; partir de 1917 jusqu'&#224; 1968, ou 1989, c'est la domination du lib&#233;ralisme &#224; l'&#233;chelle mondiale, avec un moment de d&#233;bat particulier avec le l&#233;ninisme et avec les tentatives r&#233;currentes de plusieurs appels &#224; d&#233;passer les id&#233;ologies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on d&#233;passer l'id&#233;ologie lib&#233;rale dominante ? C'est la question pos&#233;e depuis les ann&#233;es 1968. A partir de 1989, la version socialiste est impact&#233;e par la chute du marxisme sovi&#233;tique. Les conservateurs se soumettent &#224; la direction n&#233;olib&#233;rale. La liaison entre lib&#233;ralisme et modernit&#233; est remise en cause pour la premi&#232;re fois ; elle s'effondre aujourd'hui avec la crise structurelle du capitalisme. Le n&#233;olib&#233;ralisme dominant est en crise. A partir de la crise de 2007-2008, il a &#233;volu&#233; vers un n&#233;olib&#233;ralisme autoritaire. Cette id&#233;ologie est dominante et m&#234;me h&#233;g&#233;monique. Et pourtant elle est contest&#233;e et ne permet pas de faire soci&#233;t&#233;. L'heure est venue d'&#233;laborer une nouvelle approche. Une nouvelle vision socialiste devra tenir compte de plusieurs questions philosophiques et politiques. Plusieurs pistes sont ouvertes : le refus des in&#233;galit&#233;s, la mise en avant de l'&#233;galit&#233; et des libert&#233;s comme valeurs centrales ; la recherche de nouveaux rapports de production pour permettre de nouvelles formes de production et de nouveaux rapports, individuels et collectifs, entre les classes sociales et les groupes sociaux ; la recherche d'une nouvelle voie tenant compte des imp&#233;ratifs qui d&#233;coulent du climat, de l'&#233;cologie et des luttes contre les pand&#233;mies ; les formes d'organisation sociale d&#233;mocratiques, sur les plans individuels et collectifs, au niveau local, national et international ; de nouveaux rapports g&#233;opolitiques qui organisent les rapports entre les &#201;tats, les nations et les peuples. Ce sont les questions pos&#233;es par la d&#233;finition d'un nouveau programme, d'une nouvelle vision socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vision socialiste est &#224; r&#233;inventer. Il faut pour cela revenir &#224; la 1e Internationale pour r&#233;examiner les fondements du socialisme ; analyser les &#233;checs de la social-d&#233;mocratie subordonn&#233;e au n&#233;olib&#233;ralisme ; faire le deuil du sovi&#233;tisme. Dans le d&#233;bat philosophique, une analyse critique des tentatives pass&#233;es est n&#233;cessaire pour mettre en avant ce qui peut &#234;tre retenu. Parmi les r&#233;f&#233;rences &#224; mettre en avant, Antonio Gramsci est un de ceux qui a le mieux analys&#233; l'&#233;volution et la crise id&#233;ologique. Il d&#233;finissait ainsi la situation des ann&#233;es 1930 en avan&#231;ant une r&#233;flexion qui traduit bien toutes les crises structurelles : &#171; le vieux monde se meurt, le nouveau monde tend &#224; appara&#238;tre et dans ce clair-obscur surgissent les monstres &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'extr&#234;me droite et son alliance avec la droite&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les p&#233;riodes de crises structurelles pr&#233;c&#233;dentes commencent par la mont&#233;e de la droite et de l'extr&#234;me droite. De 1860 &#224; 1880, la droite conservatrice prend la forme du bonapartisme et de la IIIe R&#233;publique avec des p&#233;riodes plus radicales, avec Bismarck et Thiers, et &#224; la fin de la p&#233;riode l'&#233;mergence des groupes d'extr&#234;me-droite qui pr&#233;figurent les mouvements d'extr&#234;me-droite actuels. Mais les r&#233;actions de la gauche sont continues avec la 1e Internationale et avec La Commune. Pour la crise de 1929, la droite conservatrice domine de 1913 &#224; 1945 et impose sa pr&#233;dominance dans la suite des deux guerres mondiales. Elle conduit au fascisme en Italie et en Allemagne. Mais, il y a une grande pr&#233;sence de la gauche, sous diff&#233;rentes formes, et notamment les r&#233;volutions sovi&#233;tique et chinoise. Rappelons que la droite et l'extr&#234;me droite prennent l'offensive en 1934, mais que le Front Populaire s'impose en 1936. Ainsi, la mont&#233;e en puissance de l'extr&#234;me droite n'annule pas l'avenir. Les contradictions demeurent et les issues ne sont pas &#233;crites. On le voit aujourd'hui avec les derni&#232;res &#233;lections. La droite et l'extr&#234;me droite ont progress&#233;. Mais la gauche n'est pas absente et garde ses capacit&#233;s de r&#233;action. En phagocytant et paralysant la droite, l'extr&#234;me droite occupe un espace consid&#233;rable et p&#232;se sur l'ensemble de l'espace politique. La confrontation oppose les deux conceptions radicales de la droite et de la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois id&#233;ologies qui ont accompagn&#233; la r&#233;volution industrielle sont toujours pr&#233;sentes. Au sein de la droite, le n&#233;olib&#233;ralisme est toujours dominant, mais il est fortement contest&#233; et il doit faire face &#224; un durcissement de ses contradictions. Le conservatisme s'est renforc&#233;, mais il a adopt&#233; certaines caract&#233;ristiques du n&#233;olib&#233;ralisme sur la pr&#233;dominance du capitalisme mondialis&#233; par rapport &#224; l'&#201;tat. Un des enjeux de la p&#233;riode est la tentative d'alliance entre la droite et l'extr&#234;me droite avec la pr&#233;dominance de cette derni&#232;re, mais aussi l'acceptation par elle des r&#232;gles du n&#233;olib&#233;ralisme. Le socialisme reste pr&#233;sent &#224; travers les luttes et le refus des propositions n&#233;olib&#233;rales et conservatrices, mais il est encore marqu&#233; par l'&#233;chec du sovi&#233;tisme et n'a pas encore d&#233;fini de nouvelles perspectives. Il faut aussi tenir compte des cons&#233;quences de la nouvelle crise sur les id&#233;ologies existantes, y compris avec la possibilit&#233; que les transformations du capitalisme se traduisent par la d&#233;finition de nouvelles id&#233;ologies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution du n&#233;olib&#233;ralisme, tant l'id&#233;ologie que les politiques n&#233;olib&#233;rales, est d&#233;terminante ; le n&#233;olib&#233;ralisme reste dominant, m&#234;me s'il est en crise. Le n&#233;olib&#233;ralisme s'est impos&#233; apr&#232;s la crise des ann&#233;es 1970 qui marque le passage du capitalisme industriel keyn&#233;sien au capitalisme n&#233;olib&#233;ral mondialis&#233;. Alors que les n&#233;olib&#233;raux pensaient, apr&#232;s la fin de l'Union sovi&#233;tique, en 1989, avoir impos&#233; leur victoire et qu'ils proclamaient, selon les termes de Fukuyama et Huntington, &#171; la fin de l'Histoire &#187;, la crise financi&#232;re de 2007-2008 est venue rappeler les r&#233;alit&#233;s de l'entr&#233;e dans une nouvelle crise structurelle. Cette crise ne se traduit pas, pour l'instant, par le retrait du n&#233;olib&#233;ralisme comme syst&#232;me dominant. Mais elle souligne sa fragilit&#233; et ses contradictions. Le n&#233;olib&#233;ralisme a b&#233;n&#233;fici&#233; de l'&#233;chec du sovi&#233;tisme, de la croissance du march&#233; mondial et de l'expansion du capitalisme dans le Sud global. Mais il est confront&#233; aux nouveaux rapports de production, toujours capitalistes, mais en mutation avec le num&#233;rique et les interrogations sur l'extractivisme. C'est la remise en cause de l'h&#233;g&#233;monie occidentale n&#233;olib&#233;rale et on assiste &#224; des formes de conservatisme donnant plus d'importance &#224; l'&#201;tat, combin&#233; au n&#233;olib&#233;ralisme, comme en Chine, en Russie, en Inde, au Br&#233;sil, et dans une grande partie du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conservatisme est &#224; l'offensive. Il propose une alliance entre la droite et l'extr&#234;me droite, en donnant la direction &#224; celle-ci. Pour cela, il a entam&#233; une &#233;volution. Il centre son offensive sur les couches populaires. Il propose de prendre en compte les revendications des couches populaires sur le pouvoir d'achat, sans le lier directement &#224; la question des revenus. Il met l'accent sur l'identit&#233; et la s&#233;curit&#233;, sur l'&#201;tat et les fronti&#232;res. Il glorifie la Nation et l'&#201;tat-nation. Il centre son offensive contre les migrants et les &#233;trangers. Il cherche une alliance avec le n&#233;olib&#233;ralisme et le capitalisme financier. L'alliance de la droite et de l'extr&#234;me droite se fait sur les positions de la seconde. L'accord comprend le respect du n&#233;olib&#233;ralisme : on ne touche pas aux int&#233;r&#234;ts du patronat et du capitalisme financier. Pour le reste, la droite trouve de plus en plus naturelle les positions de l'extr&#234;me droite. L'alliance entre l'extr&#234;me droite et le n&#233;olib&#233;ralisme reste contradictoire sur certains aspects ; elle b&#233;n&#233;ficie de l'&#233;chec du sovi&#233;tisme et du fait que la gauche garde des possibilit&#233;s de r&#233;action mais n'a pas de projet alternatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut pr&#233;ciser une question sur les rapports entre l'extr&#234;me droite et le fascisme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extr&#234;me droite b&#233;n&#233;ficie de l'effondrement de la droite et pr&#233;sente une continuit&#233; entre elle et la droite. Il faut pr&#233;ciser que l'extr&#234;me droite actuelle n'est pas directement le fascisme qui est un mod&#232;le sp&#233;cifique, m&#234;me si d'une certaine mani&#232;re le fascisme peut repr&#233;senter une exacerbation de l'extr&#234;me droite. Il y a une continuit&#233; historique entre fascisme et extr&#234;me droite ; les groupes qui ont construit la nouvelle extr&#234;me droite venaient souvent des courants fascistes et certains y sont toujours li&#233;s. Pour mesurer la persistance du lien, il faut entendre Giorgia Meloni quand elle fait r&#233;f&#233;rence &#224; Mussolini. Le lien sur les r&#233;f&#233;rences est toujours r&#233;el. Mais la plupart de ceux qui, &#224; la base, soutiennent et adh&#232;rent aux partis d'extr&#234;me droite pour manifester le rejet radical de leur situation, ne se consid&#232;rent pas comme fascistes et ne le sont probablement pas. Ce qui n'est pas le cas d'une partie des dirigeants et du logiciel de l'extr&#234;me droite. Le risque de voir revenir un fascisme constitu&#233; existe et l'action de factions fascistes dans les mouvements d'extr&#234;me droite est r&#233;el. Ce danger est tr&#232;s actuel ; on le voit avec le peu de r&#233;actions, voire l'acceptation, par les pouvoirs occidentaux, de l'organisation d'un g&#233;nocide &#224; Gaza par l'extr&#234;me droite isra&#233;lienne. Pr&#233;cisons aussi qu'il faut diff&#233;rencier l'extr&#234;me droite et le fascisme europ&#233;en des courants d'extr&#234;me droite dans le reste du monde ; les r&#233;f&#233;rences sur l'autoritarisme ne correspondent pas &#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale et s'appuient sur d'autres r&#233;f&#233;rences, notamment la d&#233;colonisation, ce qui ne diminue pas le danger qu'ils repr&#233;sentent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment expliquer l'adh&#233;sion des couches populaires &#224; des organisations d'extr&#234;me droite ?[21] Sans oublier qu'il y a toujours eu des fractions, parfois importante des couches populaires et de la classe ouvri&#232;re qui s'engagent aux c&#244;t&#233;s de l'extr&#234;me droite. Par exemple autour du g&#233;n&#233;ral Boulanger, en 1886, ou avec Jacques Doriot, venu du parti communiste, &#224; partir de 1934. Quelle est la part d'une r&#233;action &#224; la situation et celle d'une adh&#233;sion &#224; des valeurs ? Quelle est la part de l'&#233;chec du sovi&#233;tisme et de la recherche d'un socialisme qu'on ne sait pas d&#233;finir ? L'&#233;volution de la situation explique largement la col&#232;re et la radicalisation des couches populaires et la capacit&#233; de l'extr&#234;me droite &#224; s'en saisir. La premi&#232;re revendication concerne le pouvoir d'achat et la d&#233;t&#233;rioration des conditions de vie, la hausse des prix de biens essentiels, la d&#233;t&#233;rioration de la sant&#233;, de l'&#233;ducation, des autres services publics et de la protection sociale, le non-remboursement des soins, la difficult&#233; d'avoir acc&#232;s &#224; un logement HLM, les cons&#233;quences sociales des d&#233;localisations. Le sentiment que leur situation &#233;conomique se d&#233;grade, que la pauvret&#233; et le ch&#244;mage les menacent, qu'ils sont exclus du progr&#232;s, alimente la peur de l'avenir. La difficult&#233; d'avoir acc&#232;s aux services de l'&#201;tat est accentu&#233;e par la num&#233;risation. La peur de l'avenir et le manque de reconnaissance de la soci&#233;t&#233; &#224; leur &#233;gard accroissent un sentiment d'ins&#233;curit&#233; aliment&#233; par les d&#233;gradations et les violences. Le mouvement des Gilets jaunes et le mouvement pour les retraites ont montr&#233; l'importance, dans les milieux populaires, de la question sociale. L'extr&#234;me droite attire celles et ceux qui se consid&#232;rent exclus de la mondialisation et du progr&#232;s. La question sociale combine le communautarisme et la mondialisation. Elle n'est pas per&#231;ue comme la cons&#233;quence du n&#233;olib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e de l'extr&#234;me droite ne se r&#233;sume pas au pouvoir d'achat ; elle traduit un manque de reconnaissance issu de la soci&#233;t&#233;. Stigmatiser les votants d'extr&#234;me droite ne sert &#224; rien ; il faut comprendre pourquoi ils se sont radicalis&#233;s. Il faut comprendre le r&#244;le des in&#233;galit&#233;s insupportables, le spectacle des fortunes insolentes, la m&#233;fiance des intellectuels et de leur m&#233;pris, le rejet violent de la corruption consid&#233;r&#233;e comme g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Toutes ces situations r&#233;pandues en Europe et dans le monde ont b&#233;n&#233;fici&#233; aux organisations d'extr&#234;me-droite. Elles auraient pu et d&#251;, &#234;tre mieux entendues par la gauche ; mais le d&#233;sastre des gouvernements socialistes, qui ont g&#233;r&#233; le n&#233;olib&#233;ralisme, et la faillite du sovi&#233;tisme ont conduit les couches populaires &#224; &#233;couter les sir&#232;nes des extr&#234;mes droites qui ont su s'en saisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons insist&#233; sur la capacit&#233; de l'extr&#234;me droite &#224; s&#233;duire les couches populaires et les classes moyennes, &#224; travers une combinaison alliant pouvoir d'achat et populisme, parce que ses succ&#232;s sur cette question nous interpellent. Mais la strat&#233;gie du Rassemblement national ne se r&#233;sume pas &#224; cette question. La strat&#233;gie du Rassemblement national articule trois volets : le pouvoir d'achat, s&#233;curit&#233; et identit&#233;, les migrations et les &#233;trangers. Nous avons d&#233;velopp&#233; l'importance donn&#233;e au pouvoir d'achat dans cette strat&#233;gie. Elle soul&#232;ve la question de l'alliance avec le patronat que l'on voit avec le refus, du Rassemblement national, de s'engager sur la hausse des salaires et le SMIC, ainsi que sur les imp&#244;ts. Cette question est au centre des contradictions du conservatisme dans l'alliance entre l'&#233;tatisme et le n&#233;olib&#233;ralisme. Les dirigeants du grand patronat fran&#231;ais font le pari qu'ils pourront trouver des accommodements avec le Rassemblement national, comme ils ont toujours su en construire avec l'extr&#234;me droite dans plusieurs situations historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le deuxi&#232;me volet de sa strat&#233;gie, la conception de l'&#201;tat est directement li&#233;e &#224; l'identit&#233; et &#224; la s&#233;curit&#233;. Le Rassemblement national reste en continuit&#233; avec l'extr&#234;me droite par l'importance donn&#233;e &#224; l'identit&#233; nationale, &#224; la pr&#233;f&#233;rence nationale et, on peut y rajouter, aux positions conservatrices sur les m&#339;urs. Le consensus id&#233;ologique inclut les questions de police, l'autorit&#233;, notamment l'autorit&#233; scolaire, le refus du multiculturalisme, qualifi&#233; de &#171; s&#233;paratisme &#187;. Elle implique la d&#233;signation de boucs &#233;missaires : les migrants et les &#233;trangers ; ceux de l'ext&#233;rieur ou de l'int&#233;rieur. L'identit&#233;, et pour commencer l'identit&#233; nationale fait r&#233;f&#233;rence &#224; une forme d'identit&#233; ethnique, qui fonde les autres aspects de l'identit&#233;. La strat&#233;gie donne une grande importance &#224; la communication, au contr&#244;le des m&#233;dias et des r&#233;seaux. Le Rassemblement national a d&#233;j&#224; annonc&#233; que d&#232;s son arriv&#233;e au pouvoir, il privatiserait la t&#233;l&#233;vision et la radio publiques. Un aspect tr&#232;s important de cette strat&#233;gie comporte la construction d'une internationale conservatrice en Europe et dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un enjeu strat&#233;gique, la question des migrations&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans la strat&#233;gie de l'extr&#234;me droite, la carte ma&#238;tresse, celle qui est mise en avant et r&#233;p&#233;t&#233;e &#224; l'infini, c'est la question des migrations et la haine des migrants. En fait, dans l'histoire de l'extr&#234;me droite, les migrations &#233;taient mises en avant pour masquer l'offensive centrale contre l'&#233;galit&#233;. Mais, en mettant au centre de son action l'offensive contre les migrants, l'extr&#234;me-droite a rencontr&#233; une question strat&#233;gique centrale, la question strat&#233;gique de la mondialisation[22] et du rapport entre &#201;tat-nation et mondialisation capitaliste. Les migrations sont pr&#233;sentes dans les trois grandes contradictions centrales : les contradictions sociales, avec la question du travail et de la concurrence mondiale sur le travail entre la Nord et le Sud ; les contradictions &#233;cologiques, avec le rapport entre d&#233;mographie et mondialisation ; les contradictions d&#233;mocratiques, de la d&#233;mocratie locale et nationale &#224; la d&#233;mocratie mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bataille pour l'h&#233;g&#233;monie culturelle accompagne la crise id&#233;ologique. Elle oppose violemment deux conceptions du monde ; d'un c&#244;t&#233; l'identitarisme et le s&#233;curitarisme, de l'autre l'&#233;galit&#233; et la solidarit&#233;. La bataille porte sur les libert&#233;s avec d'un c&#244;t&#233; une conception individualiste et libertarienne et de l'autre le lien entre les libert&#233;s individuelles et les libert&#233;s collectives. Les id&#233;es d'extr&#234;me droite n'ont pas &#233;t&#233; aussi pr&#233;sentes et fortes depuis la deuxi&#232;me Guerre mondiale. La priorit&#233; donn&#233;e &#224; l'affrontement sur la question des migrants est une instrumentalisation m&#233;diatique. La bataille pour l'h&#233;g&#233;monie culturelle porte d'abord sur l'&#233;galit&#233;. Les migrations sont instrumentalis&#233;es mais elles partagent toujours autant les soci&#233;t&#233;s ; il y a autant d'appels &#224; la haine que de manifestations de solidarit&#233;. Depuis quatre ans, en France, les sondages annuels indiquent que 60% des sond&#233;s sont pour la citoyennet&#233; de r&#233;sidence et la participation des r&#233;sidents &#233;trangers non-communautaires aux &#233;lections locales. Et quand on les interroge sur leurs sujets d'inqui&#233;tude, les Fran&#231;ais mettent en t&#234;te le pouvoir d'achat et l'&#233;cologie ; l'islam arrive en dixi&#232;me position et l'immigration en treizi&#232;me position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le GRECE, Groupement de recherche et d'&#233;tude pour la civilisation europ&#233;enne, fond&#233; en 1968 par Alain de Benoist, a jou&#233; un r&#244;le central dans la Nouvelle droite et le renouvellement de l'extr&#234;me droite. Il d&#233;fend le diff&#233;rentialisme culturel (importance primordiale des diff&#233;rences entre les cultures et les peuples), par rapport au multiculturalisme, sans adh&#233;rer pour autant au racisme biologique. Il emprunte &#224; Gramsci la proposition de mener la bataille culturelle et de gagner d'abord l'h&#233;g&#233;monie culturelle, pour gagner la bataille politique. Il d&#233;fend les cultures traditionnelles en opposition &#224; l'universalisme, et aussi &#224; l'individualisme et au mat&#233;rialisme. Il relie l'&#233;cologie &#224; la pr&#233;servation des cultures locales. Il permet &#224; l'extr&#234;me-droite de s'emparer des th&#232;mes culturels et identitaires. Le Club de l'Horloge, cr&#233;&#233; en 1974, prolonge l'action du GRECE. Il met en avant l'immigration, l'identit&#233; nationale, la critique du multiculturalisme et de l'&#201;tat-providence. Cette critique de l'&#201;tat-providence va permettre une ouverture vers le n&#233;olib&#233;ralisme et l'alliance avec le patronat. La question des migrations est th&#233;oris&#233;e comme une question centrale de construction de l'extr&#234;me droite et d'&#233;largissement vers la droite. En 1976, nous avions cr&#233;&#233; en France, pour r&#233;pondre au Club de l'Horloge, un Club du R&#233;veil, avec quelques militants du GISTI, de la Cimade, du CCFD et du CEDETIM. Mais nous avions sous-estim&#233; le fait que l'offensive du Club de l'Horloge, en attaquant les migrants, visait un objectif plus fondamental, celui de l'&#233;galit&#233;. Le travail du Club de l'Horloge a d&#233;bouch&#233;, &#224; partir de 1995 &#224; 2000, sur le discours identitaire et s&#233;curitaire qui est la version grand public des conceptions ethno-nationalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des migrations s'inscrit dans l'histoire, mais elle joue aujourd'hui un r&#244;le central particulier. C'est une bataille strat&#233;gique qu'il faut resituer dans l'histoire longue ; il faut prendre conscience de ses &#233;volutions et de sa place capitale. L'histoire des migrations se confond avec l'histoire de l'humanit&#233;. Elles s'inscrivent dans le temps long et structurant de l'histoire humaine. Cette histoire a commenc&#233; en Afrique &#224; partir des migrations des N&#233;anderthaliens et de l'Homo Sapiens. Les migrants ne sont pas des intrus ; ils sont partie prenante de l'histoire de chaque soci&#233;t&#233;. Les migrations marquent l'imaginaire de notre monde : citons parmi d'autres le nomadisme, la s&#233;dentarisation avec la ma&#238;trise de l'agriculture, l'exil, les colonisations, les diasporas, l'exode rural. Les migrations, avec l'industrialisation et l'urbanisation font partie des questions strat&#233;giques du peuplement de la plan&#232;te. Il faut revenir sur la question du peuplement. La crainte de l'explosion d&#233;mographique a marqu&#233; les cinquante derni&#232;res ann&#233;es. Depuis le rapport du Club de Rome en 1970, la prise de conscience des limites &#233;cologiques a fait exploser la conception du d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'histoire du capitalisme, il reste encore les traces profondes de l'esclavage et de la colonisation. Aujourd'hui, avec la mondialisation capitaliste dans sa phase n&#233;olib&#233;rale, on peut d&#233;finir trois formes importantes de migrations. Les migrations &#233;conomiques sont caract&#233;ris&#233;es par la diff&#233;rence des situations qu'on peut d&#233;finir pour simplifier par l'imp&#233;rialisme et le n&#233;ocolonialisme. Comme l'exprimait tr&#232;s bien Alfred Sauvy, d&#232;s 1950, &#171; si les richesses sont au Nord et que les hommes sont au Sud, les hommes iront l&#224; o&#249; sont les richesses et vous ne pourrez rien faire pour les en emp&#234;cher &#187;. De plus, les gouvernements et les capitalistes ont recours aux migrations chaque fois qu'ils en ont besoin. Les migrations politiques r&#233;sultent des guerres et des conflits et se traduisent par des vagues de d&#233;placements de r&#233;fugi&#233;s. En g&#233;n&#233;ral, la plupart des r&#233;fugi&#233;s restent dans les r&#233;gions et les pays proches de leur r&#233;gion. Les migrations environnementales qui commencent vont bouleverser les &#233;quilibres de la population mondiale. La question des migrations nous rappelle que la d&#233;colonisation n'est pas termin&#233;e. La premi&#232;re phase de la d&#233;colonisation, celle de l'ind&#233;pendance des &#201;tats, est presque achev&#233;e ; on en voit les limites. La deuxi&#232;me phase, celle de la lib&#233;ration des nations et des peuples commence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le domaine des migrations, et dans la situation actuelle, les ruptures sont consid&#233;rables. Prenons notamment la contradiction entre nomades et s&#233;dentaires qui a accompagn&#233; l'histoire de l'humanit&#233; depuis l'invention de l'agriculture en M&#233;sopotamie. Nous vivons aujourd'hui le passage des populations agricoles, dans pratiquement tous les pays, de la majorit&#233; de la population &#224; environ 5% de la population totale. Cette &#233;volution va bouleverser la situation et l'image m&#234;me des migrants. Il en est de m&#234;me pour la notion des fronti&#232;res. Dans l'histoire longue des migrations, un changement important a eu lieu, entre le XVII&#232;me et le XVIII&#232;me si&#232;cle, avec le passage de l'&#201;tat-empire &#224; l'&#201;tat-nation. Comme l'&#201;tat-empire, Les &#201;tats-nations n'ont pas exist&#233; de tous temps et ne sont pas une forme &#233;ternelle ; l'existence de l'&#201;tat ne pr&#233;suppose pas sa forme et sa nature. L'identit&#233; nationale est d'invention r&#233;cente. Comme le disent si bien &#201;douard Glissant et Patrick Chamoiseau, chaque individu a des identit&#233;s multiples ; il est r&#233;ducteur et faux de vouloir le rabattre &#224; une seule identit&#233;, celle de l'identit&#233; nationale. La libert&#233; de circulation et la citoyennet&#233; de r&#233;sidence font partie des droits &#233;mergents qui se renforceront dans l'avenir. Ces droits sont compl&#233;mentaires du droit de vivre et travailler au pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les migrants sont d&#233;j&#224; des acteurs de la transformation des soci&#233;t&#233;s et du monde. Il y a quelques ann&#233;es, les flux financiers des migrants et des diasporas, vers leurs pays d'origine, repr&#233;sentaient, en 2021, 630 milliards de dollars alors que l'&#171; aide &#187; publique plafonnait &#224; 179 milliards de dollars. On estime que la population mondiale sera de 9 milliards entre 2040 et 2060, et que la population sera en d&#233;croissance, en 2050, dans une trentaine de pays, contre une vingtaine aujourd'hui. La raison en est de l'&#233;mancipation des femmes qui explique que le taux de reproduction se stabilise aujourd'hui &#224; 1,7 enfant par femme. Le vieillissement social devient un probl&#232;me essentiel. Les pays qui s'en sortiraient le mieux sont ceux qui, &#224; l'exemple du Canada, qui compte 20 % de personnes n&#233;es hors du Canada, accepteraient culturellement la diversit&#233; et les migrants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Nouvelle droite a pr&#233;tendu rompre avec le racisme biologique au profit du diff&#233;rencialisme culturel. Mais les d&#233;rapages sont significatifs et le naturel revient au galop. &#192; travers l'immigration, ce que vise le Rassemblement national, c'est une ethnie, les maghr&#233;bins, une langue, l'arabe, une religion, l'islam. Il fait de l'arabe une menace end&#233;mique. Il s'appuie sur le traumatisme qu'a laiss&#233; la guerre d'Alg&#233;rie et sur la m&#233;moire toujours vivace, en France, d'une population issue des r&#233;fugi&#233;s d'Alg&#233;rie. Il construit une image d'un ennemi h&#233;r&#233;ditaire qui n'est pas soluble dans l'&#201;tat de droit. Cette conception a &#233;t&#233; vivifi&#233;e, &#224; partir de 1980, avec les attentats de la rue Copernic ; en 1985 et 1986, de la rue de Rennes ; en 2015, &#224; Charlie Hebdo et du Bataclan et, en 2021, l'assassinat de Samuel Paty, &#8230; L'internationalisme d'extr&#234;me droite et l'internationalisme djihadiste s'accompagnent et se renforcent l'un par l'autre. La tr&#232;s large r&#233;cup&#233;ration islamophobe de la la&#239;cit&#233; a profit&#233; aux courants ethno-nationalistes, au renforcement du repli communautaire et du s&#233;paratisme ethno-religieux. La la&#239;cit&#233; a &#233;t&#233; &#233;rig&#233;e en religion d'&#201;tat et le lib&#233;ralisme culturel a &#233;t&#233; instrumentalis&#233; contre les musulmans. Les principaux courants des droites radicales affirment d&#233;sormais d&#233;fendre les femmes, les Juifs, les homosexuels contre les musulmans. C'est une &#171; d&#233;diabolisation &#187; qui masque la Nouvelle droite. En France, la r&#233;f&#233;rence &#224; la Nation est permanente et on ne compte pas les r&#233;f&#233;rences &#224; son unit&#233; et &#224; sa &#171; grandeur &#187;. C'est un pays qui g&#232;re de mani&#232;re contradictoire son statut d'ancienne puissance coloniale. C'est un pays o&#249; doivent cohabiter anciens colonisateurs et anciens colonis&#233;s. C'est l&#224; aussi o&#249; un parti, clairement antis&#233;mite dans son histoire, se pr&#233;sente comme le meilleur d&#233;fenseur des juifs pour mieux d&#233;fendre, sans avoir besoin de le proclamer, son caract&#232;re anti-arabe et antimusulman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;ponse &#224; l'offensive de l'extr&#234;me droite contre les migrations existe, c'est le droit international. Le droit international d&#233;finit les principes qui devraient guider les politiques migratoires. Il met en avant six principes de base : la dignit&#233; ; les droits des migrants ; la lutte contre le racisme ; la red&#233;finition du d&#233;veloppement ; la libert&#233; de circulation ; le respect du droit international. La dignit&#233; est le fondement de toutes les propositions. &#192; la d&#233;finition que donne l'extr&#234;me droite de l'identit&#233; et de la s&#233;curit&#233;, Il faut opposer la dignit&#233;. Les migrants doivent &#234;tre reconnus dans leur humanit&#233; et comme acteurs de la transformation des soci&#233;t&#233;s de d&#233;part et d'accueil. Ils sont des acteurs de la transformation du monde. Le respect des droits des migrants s'inscrit dans le cadre du respect des droits de tous. Le droit des &#233;trangers doit &#234;tre fond&#233; sur l'&#233;galit&#233; des droits et non sur l'ordre public. Il commence par la r&#233;gularisation des sans-papiers. Il met en avant le droit de vivre et travailler dans son pays et aussi le droit de libre circulation et d'installation. Il propose de reconna&#238;tre la citoyennet&#233; de r&#233;sidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on veut revitaliser la d&#233;mocratie, il faudrait donner le droit de vote aux &#233;trangers non-communautaires, au moins pour les &#233;lections locales. Pour lutter contre l'immigration clandestine et les passeurs, il faut multiplier les permis de travail l&#233;gaux et contr&#244;ler et r&#233;primer les employeurs clandestins. Si l'on souhaite vraiment limiter l'immigration clandestine, il y a une solution : un d&#233;veloppement de l'immigration l&#233;gale. C'est ce qu'on a pu v&#233;rifier en Italie, ou apr&#232;s une diatribe sur l'immigration clandestine, Giorgia Meloni a fini par signer l'accord pour la r&#233;gularisation de 500 000 travailleurs migrants. Il faut le r&#233;p&#233;ter, le droit de vivre et travailler au pays est indissociable de la libert&#233; de circulation et d'installation. L'envie de rester est ins&#233;parable du droit de partir. Les migrations &#233;voluent avec le changement de p&#233;riode historique, avec la deuxi&#232;me phase de la d&#233;colonisation et la mutation de la population mondiale. La prise de conscience de cette &#233;volution sera douloureuse et prendra du temps ; elle fera partie de la r&#233;ponse &#224; l'autoritarisme. La coexistence des peuples, apr&#232;s l'&#201;tat- nation comme forme des &#201;tats et des nations, implique la mutation des &#201;tats et la mutation des nations.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une r&#233;volution conservatrice mondiale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode est marqu&#233;e par une r&#233;volution conservatrice &#224; l'&#233;chelle mondiale qui prend diff&#233;rentes formes suivant les r&#233;gions et les pays. Depuis 40 ans, les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, ont appliqu&#233; violemment des politiques n&#233;olib&#233;rales et ont &#233;limin&#233; tous les obstacles &#224; la rentabilit&#233; des capitaux. Ils ont d&#233;truit progressivement les services publics et se sont attaqu&#233;s &#224; l'&#201;tat de droit. Ils se sont attaqu&#233;s aux syndicats, aux associations et ont remis en cause le lien social et les solidarit&#233;s. L'action publique se pr&#233;occupe d'abord du maintien de l'ordre et de sa propre r&#233;duction ; elle se consid&#232;re elle-m&#234;me comme un co&#251;t. L'extr&#234;me droite progresse particuli&#232;rement l&#224; o&#249; le pouvoir d'achat et les services publics se sont d&#233;grad&#233;s. Les droites radicales travaillent sur les liens entre les id&#233;ologies et la constitution de leur base sociale[23]. L'extr&#234;me droite a reconstruit son discours. Elle a repris &#224; son compte la d&#233;testation de l'&#233;lite, l'opposition entre le peuple et les &#233;lites. Elle attaque la gauche comme le camp des donneurs de le&#231;ons dipl&#244;m&#233;s. Elle s'appuie sur l'id&#233;e que la corruption est g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Et que les allocations profitent aux fraudeurs et aux migrants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lections europ&#233;ennes ont confirm&#233; la mont&#233;e de l'extr&#234;me droite et des autoritarismes en Europe et dans le monde. L'extr&#234;me droite construit une internationale. Elle n'est pas une exception fran&#231;aise ; en Italie, en Autriche, en Hongrie, en Flandre, en Belgique, l'extr&#234;me droite est arriv&#233;e &#233;galement en t&#234;te du scrutin europ&#233;en. La r&#233;volution conservatrice, sous diff&#233;rentes formes, s'&#233;tend en Hongrie, en Russie, en Turquie, en Iran, en Isra&#235;l, en Inde, aux &#201;tats-Unis, en Afrique, en Am&#233;rique latine, et dans plusieurs pays ouest-europ&#233;ens. Apr&#232;s deux ans de gouvernement de Giorgia Meloni en Italie, on voit une grande normalisation de l'extr&#234;me droite. Son parti Fratelli d'Italia n'est plus vu comme l'extr&#234;me droite mais comme la droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extr&#234;me droite s'organise sur le plan international, Il y a des tentatives d'internationales qui regroupent les organisations d'extr&#234;me droite autour des id&#233;ologies nationalistes, conservatrices et anti-immigration. Parmi elles, le Mouvement identitaire en Europe, l'Alliance pour la Paix et la Libert&#233;, Alt-Right (Alternative Right) un mouvement am&#233;ricain qui relie le nationalisme blanc &#224; des id&#233;ologies racistes et supr&#233;macistes blanches. Il est anim&#233; par Steve Bannon, conseiller strat&#233;gique de Trump, qui a cherch&#233; &#224; coordonner des partis d'extr&#234;me-droite pour cr&#233;er un mouvement populiste nationaliste europ&#233;en. La derni&#232;re r&#233;union d'une Internationale de l'extr&#234;me droite, &#171; Viva 24 &#187;, a eu lieu &#224; Madrid, en Espagne, le 19 mai 2024, quelques semaines seulement avant les &#233;lections europ&#233;ennes, &#224; l'initiative de Vox, le parti d'extr&#234;me droite espagnole. &#192; cette rencontre internationale il y avait toute l'extr&#234;me droite europ&#233;enne, les fr&#232;res d'Italie de M&#233;loni, Chega du portugais Andr&#233; Ventura, le Rassemblement National fran&#231;ais &#8230; &#201;taient repr&#233;sent&#233;s &#233;galement les &#171; Trumpistes &#187; nord-am&#233;ricains et beaucoup de partis radicaux sud-am&#233;ricains. Notons en particulier la pr&#233;sence du pr&#233;sident argentin ultralib&#233;ral-libertarien Javier Milei. Plusieurs orateurs ont insist&#233; sur le fait que &#171; l'ann&#233;e de l'extr&#234;me droite mondiale &#187; pourrait &#234;tre 2025. Car en janvier prochain, un nouveau pr&#233;sident des &#201;tats-Unis sera en exercice. Suivant les r&#233;sultats, il pourrait donc exister un axe politique entre les &#201;tats-Unis trumpistes et l'Europe avec une extr&#234;me droite surpuissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode est marqu&#233;e par la mont&#233;e de la multipolarit&#233;. Il s'agit d'une r&#233;volution g&#233;opolitique, d'un saut qualitatif dans un monde radicalement nouveau. Elle repose sur l'intensification des contradictions inh&#233;rentes au syst&#232;me imp&#233;rialiste occidental, en particulier la forme unipolaire qu'il a prise depuis 1991, lorsqu'il a eu les coud&#233;es franches pour dominer le monde apr&#232;s la chute du bloc sovi&#233;tique de l'Est. Les institutions multipolaires telles que les BRICS+, l'Organisation de coop&#233;ration de Shanghai, l'Union &#233;conomique eurasienne et d'autres commencent &#224; construire une alternative au monde unipolaire. Ce qui est en cause, c'est le syst&#232;me, &#233;rig&#233; il y a plus de 500 ans, depuis 1492, qui &#233;l&#232;ve l'accumulation du capital au rang de supr&#233;matie, au-dessus de la communaut&#233;, des individus et des familles, et des traditions civilisationnelles. C'est le syst&#232;me qui a engendr&#233; le g&#233;nocide des indig&#232;nes, l'esclavage des Africains, le pillage du monde, l'appauvrissement, l'oppression et l'endettement des travailleurs dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La multipolarit&#233; ne va pas sans contradictions. Elle pose la question des autoritarismes qui ont fleuri dans toutes les r&#233;gions du monde, &#224; la t&#234;te de chaque bloc. Comme l'analyse fort bien Kavita Krishnan[24], &#171; tous les courants de gauche plaident depuis longtemps pour un monde multipolaire par opposition &#224; un monde unipolaire domin&#233; par les &#201;tats-Unis imp&#233;rialistes. La multipolarit&#233; est devenue la cl&#233; de vo&#251;te du langage commun des autoritarismes mondiaux, y compris des fascistes ; il leur sert &#224; d&#233;guiser leur guerre contre la d&#233;mocratie en guerre contre l'imp&#233;rialisme. Le d&#233;ploiement de la multipolarit&#233; pour d&#233;guiser et l&#233;gitimer le despotisme est incommensurablement rendu possible par l'acceptation par la gauche mondiale de la multipolarit&#233; en tant qu'expression bienvenue de la d&#233;mocratisation anti-imp&#233;rialiste des relations internationales. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e des autoritarismes traduit la d&#233;ception par rapport &#224; la d&#233;mocratie. Les tentatives de d&#233;mocratie n'ont pas &#233;t&#233; capables de corriger les in&#233;galit&#233;s sociales, encore moins de les pr&#233;venir. Le n&#233;olib&#233;ralisme subordonne la d&#233;mocratie &#224; l'aust&#233;ritarisme. Le pouvoir politique est subordonn&#233; au pouvoir des capitalistes. La mutation du capitalisme accroit les contradictions et les incertitudes. L'&#201;tat-nation, cadre de la souverainet&#233; du peuple et donc de la d&#233;mocratie, s'est plus pr&#233;occup&#233;e de la libre circulation des capitaux et des marchandises et a organis&#233; la r&#233;duction des droits sociaux. Il a tol&#233;r&#233;, sinon organis&#233;, le manque de d&#233;mocratie participative, de non-d&#233;veloppement de biens communs, et l'absence de reconnaissance de chaque individu. Comme au moment des autres crises structurelles, nous assistons &#224; une incroyable mont&#233;e de la violence des gangs comme &#224; Ha&#239;ti, et du grand banditisme dans tous les pays. La lutte des classes est toujours pr&#233;sente et encore plus violente, mais les classes sociales sont en transformation, en mutation. La nouvelle phase du capitalisme entra&#238;ne d&#233;j&#224; une mutation des forces sociales. Cette &#233;volution entra&#238;ne la remise en cause d'une gauche d'accompagnement et la n&#233;cessit&#233; d'une gauche de rupture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nouvelles droites se sont impos&#233;es dans chacune des religions en s'appuyant sur les int&#233;grismes. Que l'on pense &#224; l'islamisme radical au sein du monde musulman ; aux catholiques int&#233;gristes, malgr&#233; la surprise du Pape Fran&#231;ois ; aux &#233;vang&#233;listes et aux pentec&#244;tistes extr&#234;mes chez les protestants ; aux juifs int&#233;gristes dans le sionisme ; aux hindouistes de Modi ; aux boudhistes extr&#234;mes en Birmanie. Et, n'oublions pas l'intransigeance de certains la&#239;cards chez les ath&#233;es. Il faut repartir de la confrontation, dans chacune des religions, entre les extr&#234;mes-droites et les tenants d'une universalit&#233; solidaire, de la mobilisation dans chaque religion des personnes qui sont engag&#233;es dans des politiques d'ouverture et d'&#233;mancipation. En donnant la parole &#224; celles et ceux qui s'opposent aux divers int&#233;grismes et &#224; leurs prolongements vers les extr&#234;mes-droites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une alliance de long terme, analogue &#224; celle qui avait reli&#233; les mouvements de lib&#233;ration nationale et les mouvements communistes pendant la premi&#232;re phase de la d&#233;colonisation. Ou &#224; l'alliance entre les mouvements chr&#233;tiens et communistes dans la &#171; th&#233;ologie de la lib&#233;ration &#187; en Am&#233;rique latine. L'&#233;chec du projet socialiste et communiste a cr&#233;&#233; un vide sur la question du sens de l'Histoire, et par extension du sens de la vie. Les religions et les spiritualit&#233;s s'en sont empar&#233;es. Le marxisme sur cette question avait &#233;t&#233; rapide dans ses jugements. Si on reprend le texte de Marx sur la religion, la premi&#232;re partie sur &#171; le soupir des peuples opprim&#233;s &#187; proposait une analyse percutante ; la fin du texte, &#171; la religion est l'opium du peuple &#187; correspondait &#224; la p&#233;riode de mont&#233;e en puissance de la bourgeoisie et &#224; son instrumentalisation de la religion. Dans les luttes pour la d&#233;colonisation, des approches plus compl&#232;tes ont &#233;t&#233; propos&#233;es. Que l'on pense &#224; la th&#233;ologie de la lib&#233;ration en Am&#233;rique Latine, &#224; la place des courants musulmans dans la lutte du mouvement de lib&#233;ration alg&#233;rien. De m&#234;me aujourd'hui, diff&#233;rents courants religieux populaires jouent un r&#244;le important dans la cr&#233;ation de la Via Campesina.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Et maintenant ? Lutter contre l'ancien monde et r&#233;inventer l'alternative&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rappel de quelques conclusions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons quelques conclusions en r&#233;sumant les chapitres pr&#233;c&#233;dents. Cette analyse de la situation est partie de l'hypoth&#232;se que nous &#233;tions dans une crise structurelle du mode de production capitaliste. En fait, le capitalisme fonctionne en crise permanente, mais il conna&#238;t des crises structurelles qui marquent des &#233;volutions qualitatives majeures. Pour en comprendre les caract&#233;ristiques et en mesurer les cons&#233;quences, nous sommes partis de l'analyse de deux crises structurelles pr&#233;c&#233;dentes. Les crises financi&#232;res majeures correspondent &#224; des p&#233;riodes de crises plus longues. La crise financi&#232;re de 1873 correspond &#224; la p&#233;riode de 1860 &#224; 1880 ; c'est la crise de la deuxi&#232;me r&#233;volution industrielle, avec La Commune et la premi&#232;re internationale. La crise de 1929 correspond &#224; la p&#233;riode de 1913 &#224; 1945 ; c'est la premi&#232;re crise du capitalisme fordiste. Nous avons ensuite analys&#233; la crise des ann&#233;es 1970 avec le passage au n&#233;olib&#233;ralisme aujourd'hui dominant. Pour chacune de ces crises, se d&#233;finissent et s'imposent de nouvelles formes des rapports de production et les classes sociales se transforment. On voit aussi comment s'organisent les luttes sociales, les structures sociales et culturelles, les d&#233;bats id&#233;ologiques, les rapports g&#233;opolitiques et internationaux, les guerres. On mesure que dans chacune de ces p&#233;riodes, les contradictions sociales et politiques se renforcent, l'alliance des droites et des extr&#234;mes droites est &#224; l'offensive pour maintenir sa domination sur la soci&#233;t&#233;. On mesure aussi &#224; chaque fois que les luttes de classes s'aiguisent et que les forces de gauche r&#233;sistent, sont souvent &#224; l'offensive et d&#233;finissent des alternatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2007-2008, la crise financi&#232;re correspond &#224; une nouvelle crise structurelle du capitalisme. Elle est loin d'&#234;tre termin&#233;e. C'est une crise du mode de production. Deux changements caract&#233;risent de nouvelles formes dans les rapports de production : la progression exponentielle du num&#233;rique, les interrogations sur l'extractivisme. Les changements seront consid&#233;rables et se traduiront par des ann&#233;es de transition marqu&#233;es par des bouleversements sociaux et id&#233;ologiques. Les cons&#233;quences seront consid&#233;rables au niveau de l'&#233;cologie et du changement climatique, au niveau social pour les in&#233;galit&#233;s et les discriminations, au niveau des guerres et de la nature des r&#233;gimes politiques, au niveau de la d&#233;finition m&#234;me des d&#233;mocraties.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me phase de la d&#233;colonisation ouvre la possibilit&#233; pour chaque pays de d&#233;finir et de ma&#238;triser son d&#233;veloppement et pour chaque peuple de construire des institutions lui assurant les libert&#233;s et des formes d&#233;mocratiques. Elle concerne aussi la possibilit&#233; pour chaque pays de participer &#224; l'organisation et la gestion de leur grande r&#233;gion et des institutions internationales. Elles concernent directement les guerres qui accompagnent les bouleversements de l'ordre mondial et notamment la nature des r&#233;gimes politiques et la d&#233;mocratie. La souverainet&#233; devient la valeur de r&#233;f&#233;rence. Elle renforce les identitarismes et le poids des int&#233;grismes dans les religions. Elle se traduit par la mont&#233;e des autoritarismes de diff&#233;rentes natures. Les libert&#233;s et la d&#233;mocratie restent des valeurs de r&#233;f&#233;rence, mais ne peuvent pas rester des valeurs abstraites. La m&#233;fiance par rapport aux r&#233;gimes politiques est devenue g&#233;n&#233;rale. Elle se prolonge par une grande d&#233;fiance par rapport aux institutions internationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Immanuel Wallerstein explicite les trois id&#233;ologies qui coexistent depuis la R&#233;volution de 1789. Le conservatisme qui met en avant l'&#201;tat, la propri&#233;t&#233;, l'identit&#233; et la souverainet&#233;. Le lib&#233;ralisme qui pr&#244;ne aujourd'hui le march&#233; mondial capitaliste et le n&#233;olib&#233;ralisme. Le socialisme qui reste une r&#233;f&#233;rence des luttes sociales mais qui peine &#224; se relever de l'&#233;chec du sovi&#233;tisme. L'extr&#234;me droite a r&#233;ussi &#224; d&#233;passer la droite et &#224; en rallier une large partie autour d'une strat&#233;gie mettant en avant le pouvoir d'achat, l'identit&#233; et la s&#233;curit&#233;, la lutte contre les migrants et les &#233;trangers. Elle a r&#233;ussi &#224; rallier de larges parties des couches populaires d&#233;&#231;ues par la social-d&#233;mocratie ralli&#233;e au n&#233;olib&#233;ralisme et par l'&#233;chec du sovi&#233;tisme. Elle tente aujourd'hui de passer une alliance avec le patronat n&#233;olib&#233;ral en refusant toute augmentation des imp&#244;ts permettant d'&#233;quilibrer les revenus. L'extr&#234;me droite s'inscrit dans une r&#233;volution conservatrice mondiale et s'appuie sur la mont&#233;e des autoritarismes qui ont r&#233;ussi &#224; capter et d&#233;former les r&#233;f&#233;rences &#224; la souverainet&#233; et &#224; la multipolarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; La d&#233;finition d'une strat&#233;gie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;finition d'une strat&#233;gie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;finition d'une strat&#233;gie doit prendre en compte plusieurs volets : lutter contre le n&#233;olib&#233;ralisme, contre les valeurs identitaires et s&#233;curitaires de l'extr&#234;me droite ; lutter contre les guerres et le danger nucl&#233;aire ; lutter pour une &#233;cologie solidaire ; lutter pour la deuxi&#232;me phase de la d&#233;colonisation ; soutenir l'action des mouvements politiques, sociaux, culturels contre l'alliance des droites et de l'extr&#234;me droite ; exp&#233;rimenter des alternatives au capitalisme n&#233;olib&#233;ral ; r&#233;inventer une alternative socialiste au n&#233;olib&#233;ralisme. C'est l'&#233;laboration et la mise en place de cette strat&#233;gie qui permettra d'engager l'affrontement id&#233;ologique et politique contre l'alliance des droites et de l'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme n&#233;olib&#233;ral est aujourd'hui dominant ; c'est contre lui qu'il faut lutter. L'extr&#234;me droite aurait pr&#233;f&#233;r&#233; un capitalisme national, identitaire et s&#233;curitaire. Elle a fini par accepter la domination du n&#233;olib&#233;ralisme et par chercher l'alliance avec la classe dirigeante, les capitalistes n&#233;olib&#233;raux, mondialistes et dominants &#224; l'&#233;chelle mondiale. Cette alliance introduit une contradiction pour l'extr&#234;me droite. Pour consolider son succ&#232;s aupr&#232;s des couches populaires et des classes moyennes, et pour am&#233;liorer le pouvoir d'achat, qui est la premi&#232;re revendication, il faudrait mettre &#224; contribution les plus riches, ce qu'elle se refuse &#224; envisager. Il lui faut alors refuser des moyens suppl&#233;mentaires &#224; l'&#201;tat en se ralliant &#224; des politiques n&#233;olib&#233;rales. Ce choix correspond &#224; celui qu'avait adopt&#233; l'id&#233;ologie conservatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation internationale est caract&#233;ris&#233;e par la pr&#233;dominance du capitalisme n&#233;olib&#233;ral, elle l'est aussi par la d&#233;colonisation. Apr&#232;s la fin de la premi&#232;re phase de la d&#233;colonisation qui est &#224; peu pr&#232;s termin&#233;e, &#224; l'exception de quelques situations et notamment de la question palestinienne, la situation est caract&#233;ris&#233;e par la domination occidentale, contest&#233;e mais toujours pr&#233;sente. La mont&#233;e d'une forte r&#233;f&#233;rence &#224; la souverainet&#233; diff&#232;re entre la r&#233;f&#233;rence &#224; la d&#233;colonisation, pour la gauche, et pour l'extr&#234;me droite, &#224; la r&#233;f&#233;rence &#224; l'identit&#233; et &#224; l'autoritarisme. Plusieurs &#233;l&#233;ments concourent &#224; ce changement de p&#233;riode historique : les changements g&#233;opolitiques, les guerres, les fanatismes, une d&#233;mographie mondiale contrast&#233;e entre les continents, les migrations, les mutations des &#201;tats-nations.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La mobilisation des mouvements contre l'extr&#234;me droite&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'extr&#234;me droite pr&#233;tend parler au nom du peuple contre toutes les &#233;lites en place. Elle propose de retrouver l'identit&#233; et l'unit&#233; perdue de la nation divis&#233;e par la fragmentation des soci&#233;t&#233;s. Les alliances entre les droites et les extr&#234;mes droites instrumentalisent la question des identit&#233;s nationales et la question des migrations. L'autoritarisme se pr&#233;sente comme une solution par rapport &#224; la m&#233;fiance envers les formes contest&#233;es de d&#233;mocratie. Nous vivons une p&#233;riode de profondes contradictions. Les id&#233;ologies identitaires et s&#233;curitaires sont contradictoires par rapport &#224; l'&#233;mergence des mouvement sociaux, culturels, &#233;cologistes porteurs de nouvelles radicalit&#233;s : le f&#233;minisme, l'antiracisme et les r&#233;voltes contre les discriminations, contre le pr&#233;cariat, pour les peuples premiers, les droits des migrants et les diasporas. Ces mouvements compl&#232;tent le mouvement social, ouvrier et paysan, toujours d&#233;terminant. Ils sont renouvel&#233;s par de nouveaux mouvements qui explorent de nouvelles perspectives &#224; l'exemple des zapatistes, des femmes du Rojava, des jeunes femmes iraniennes. Ils sont porteurs de nouvelles radicalit&#233;s mais n'ont pas encore de projet commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie de ces mouvements est en pleine &#233;volution. Par exemple, le mouvement paysan a r&#233;ussi &#224; mettre en avant l'agriculture paysanne consid&#233;r&#233;e comme plus avanc&#233;e que l'agro-industrie et correspondant plus aux imp&#233;ratifs &#233;cologistes, &#224; rejeter les OGM, et &#224; proposer la souverainet&#233; alimentaire. L'urgence est de d&#233;finir le projet de d&#233;passement et d'&#233;mancipation correspondant &#224; une alliance strat&#233;gique de ces mouvements ; d'inventer les nouvelles formes du politique renouvelant une approche de la d&#233;mocratie. Et de rappeler que les migrantes et les migrants sont le sel de la terre. De m&#234;me, la prise de conscience de la crise &#233;cologique d'approfondit. Le climat et la pand&#233;mie en ont rappel&#233; l'importance et l'urgence. Par son refus de r&#233;pondre &#224; l'urgence climatique, le secteur extractiviste est interpell&#233; et entra&#238;n&#233; dans la crise du mode de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du rapport entre les partis politiques et les mouvements sociaux et culturels est en pleine &#233;volution. Les forums sociaux mondiaux ont exp&#233;riment&#233; une forme de cohabitation &#224; partir des mouvements, et des partis politiques qui leur sont li&#233;s. La situation actuelle montre qu'il faut aller plus loin. Dans beaucoup de pays, la r&#233;sistance &#224; l'alliance entre la droite et l'extr&#234;me droite occupe le champ politique. Et les partis politiques sont en premi&#232;re ligne dans les affrontements &#233;lectoraux. Mais la r&#233;ponse id&#233;ologique, politique et culturelle ne peut se r&#233;sumer &#224; la sc&#232;ne &#233;lectorale. La red&#233;finition des rapports entre les partis politiques et les mouvements sociaux et culturels fait partie d'un chantier majeur, celui de la red&#233;finition du politique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Exp&#233;rimenter des alternatives au capitalisme n&#233;olib&#233;ral&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le mode de production capitaliste s'est d&#233;fini et exp&#233;riment&#233; dans les soci&#233;t&#233;s f&#233;odales, sous un mode de production f&#233;odal dominant. Le d&#233;passement du capitalisme, qu'on peut appeler, pour simplifier, des modes de production socialistes, sera d&#233;fini et exp&#233;riment&#233; dans des soci&#233;t&#233;s ou le mode de production capitaliste est dominant, c'est-&#224;-dire dans les soci&#233;t&#233;s actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons explorer trois propositions : la d&#233;finition et la mise en &#339;uvre d'un financement alternatif au capital priv&#233; et au capital public quand il est subordonn&#233; au capital priv&#233;, le d&#233;veloppement des services publics, la fiscalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut d&#233;j&#224; d&#233;finir des hypoth&#232;ses de financement alternatif au capital priv&#233;. Il s'agit de lutter contre la strat&#233;gie n&#233;olib&#233;rale qui consiste &#224; subordonner toutes les activit&#233;s au capital financier priv&#233;. Cette strat&#233;gie n&#233;olib&#233;rale commence par la subordination du capital public, auquel on substitue des financements priv&#233;s et auquel on impose de fonctionner suivant les logiques et les r&#232;gles du priv&#233;. La m&#234;me logique est recherch&#233;e pour l'&#233;conomie sociale et solidaire dans ses diff&#233;rentes formes coop&#233;ratives, mutuelles et associatives. La subordination prend plusieurs formes. La plus directe est la privatisation ; la plus large passe par l'imposition, &#224; toutes les activit&#233;s, des formes de gestion manag&#233;riale enseign&#233;es par les &#171; Master of business administration &#187; (MBA) qui ont acquis un monopole mondial dans l'enseignement commercial, &#233;conomique et de gestion des entreprises, du secteur public et des associations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut proposer un financement alliant un apport mutualiste, du capital public et du financement des collectivit&#233;s locales, sans intervention de capital priv&#233;. Pour r&#233;pondre &#224; la crise des services publics vampiris&#233;s par le capitalisme n&#233;olib&#233;ral, proposons de cr&#233;er un secteur combinant l'&#233;conomie sociale et solidaire, le mutualisme, les syndicats, le mouvement associatif, les collectivit&#233;s locales, avec un fonctionnement refusant la logique n&#233;olib&#233;rale. On retrouverait ainsi certaines propositions de la 1e Internationale, sur l'&#233;conomie sociale, qui ont pour une part &#233;t&#233; r&#233;cup&#233;r&#233;es et d&#233;vi&#233;es par le capitalisme priv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres initiatives sont possibles. Par exemple, on peut proposer, pour le financement des start-ups non-sp&#233;culatives, si elles sont porteuses d'une innovation scientifique ou technologique, une alternative au financement par le capitalisme n&#233;olib&#233;ral par une alliance de fonds mutualistes, de capital public, des collectivit&#233;s locales qui concurrencerait l'aspiration des initiatives individuelles et collectives par le capital financier n&#233;olib&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces nouvelles formes de financement alternatif au capital priv&#233; doivent aller de pair avec de nouvelle formes d'organisation du travail salari&#233;. Des propositions sont avanc&#233;es par l'Atelier travail et d&#233;mocratie. Citons les propositions de Coralie Perez et Thomas Coutrot[25] qui proposent, comme premi&#232;re mesure, d'instaurer la cod&#233;termination dans les entreprises. Avec au sommet un partage &#233;gal du Conseil d'administration, entre salari&#233;s et actionnaires (ce qui est d&#233;j&#224; le cas en Allemagne). Et &#224; la base un conseil d'&#233;tablissement constitu&#233; uniquement de salari&#233;s avec un pouvoir r&#233;el sur l'organisation du travail et avec un temps, pour les salari&#233;s, consacr&#233; &#224; la discussion sur l'organisation du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rimentation des initiatives alternatives au capitalisme n&#233;olib&#233;ral n&#233;cessite la mobilisation de ressources financi&#232;res pour investir dans l'avenir et construire l'alternative. Le financement des services publics est particuli&#232;rement strat&#233;gique. Il est l'objet d'un affrontement majeur. Les investissements dans la sant&#233;, la protection sociale, l'&#233;ducation, la recherche, les infrastructures de transports, les infrastructures &#233;nerg&#233;tiques sont particuli&#232;rement strat&#233;giques. Ces investissements indispensables vont fortement augmenter et la discussion porte sur la mani&#232;re de les financer. On peut passer par un capital priv&#233;, &#224; partir de la privatisation des services publics existants ou de la cr&#233;ation de services priv&#233;s concurrentiels des services publics existants. On peut aussi passer par un financement public par des ressources fiscales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des recettes fiscales est particuli&#232;rement strat&#233;gique. Surtout si on abandonne l'id&#233;e de recettes gratuites ext&#233;rieures, comme par exemple les avantages tir&#233;s de la colonisation. Il s'agit de l'&#233;quilibre des comptes des diff&#233;rentes collectivit&#233;s locales, nationales, des grandes r&#233;gions, et des institutions mondiales. L'&#201;tat social, dans la p&#233;riode keyn&#233;sienne, a permis une croissance sans pr&#233;c&#233;dent du niveau de vie et de la productivit&#233;. Les recettes fiscales, en Europe, sont pass&#233;es de moins de 10 % du revenu national avant 1914 &#224; 40-50 % dans les ann&#233;es 1980-1990. L'offensive n&#233;olib&#233;rale contre l'&#201;tat social a &#233;t&#233; men&#233;e avec une tr&#232;s grande efficacit&#233;. Elle s'est appuy&#233;e sur la bataille id&#233;ologique contre l'&#233;galit&#233; qui a l&#233;gitim&#233; les in&#233;galit&#233;s de revenus fond&#233;s sur la comp&#233;tence et l'h&#233;ritage, et sur la r&#233;f&#233;rence, mensong&#232;re, &#224; une corruption g&#233;n&#233;ralis&#233;e qui d&#233;l&#233;gitimerait toute action publique. C'est cette offensive qui permet &#224; l'alliance de la droite et de l'extr&#234;me droite de refuser toute hausse d'imp&#244;t et de rejeter toute taxation des hauts revenus, alors que les in&#233;galit&#233;s de revenus ont atteint des niveaux astronomiques. La croissance la plus contestable est celle du nombre de millionnaires dans chaque pays et dans le monde. En France, le nombre de millionnaires est pass&#233; de 1,8 million en 2008 &#224; 2,82 millions en 2022 ; et dans le monde, de 10 millions en 2008 &#224; 62 millions en 2021. Il est difficile de demander un effort suppl&#233;mentaire aux citoyens tant que les milliardaires et les multinationales sont aussi largement exon&#233;r&#233;s de toute contribution. L'acceptation des in&#233;galit&#233;s de richesse est une des d&#233;faites les plus graves de la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;inventer l'alternative, inventer l'apr&#232;s-capitalisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On peut exp&#233;rimenter des alternatives au capitalisme n&#233;olib&#233;ral comme nous l'avons soulign&#233; ; mais pour sortir du capitalisme, il faut inventer, il faut d&#233;finir et imposer, un nouveau mode de production. On peut l'appeler un mode de production socialiste puisqu'il se r&#233;f&#232;re &#224; l'id&#233;ologie qui apr&#232;s la R&#233;volution industrielle s'est oppos&#233; au conservatisme et au lib&#233;ralisme. Mais, il aura peut-&#234;tre un autre nom correspondant &#224; ses nouvelles caract&#233;ristiques. Ce nouveau mode de production ne sera pas la fin des contradictions, la fin de l'Histoire. Ce ne sera pas non plus une soci&#233;t&#233; sans classes, un genre de paradis ! Ce sera une nouvelle &#233;tape, non pr&#233;d&#233;termin&#233;e de la civilisation humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d&#233;j&#224; plusieurs hypoth&#232;ses qui circulent. Le nouveau projet sera formalis&#233; et port&#233; par quelques individus, mais il ne sera pas une r&#233;v&#233;lation individuelle. Il m&#251;rira &#224; travers de nombreux d&#233;bats publics et contradictoires. Il sera port&#233; par un nouveau mouvement philosophique qui d&#233;gagera de nouvelles perspectives, comme l'ont &#233;t&#233; au XVIIe si&#232;cle, le mouvement rationaliste avec Descartes, Spinoza et Leibniz ; le mouvement empiriste avec Locke et Hume ; au XVIIIe si&#232;cle, le mouvement des Lumi&#232;res, avec Kant, Voltaire et Rousseau ; au XIXe si&#232;cle, l'id&#233;alisme avec Hegel et Schelling ; l'utilitarisme avec Bentham et Stuart Mill ; l'existentialisme avec Kierkegaard ; l'anarchisme avec Proudhon, Bakounine, Kropotkine et Emma Goldman ; le marxisme avec Karl Marx, Engels, L&#233;nine, Trotski, Rosa Luxembourg, Gramsci ; au XXe si&#232;cle, l'existentialisme, &#224; nouveau, avec Sartre et Simone de Beauvoir ; la ph&#233;nom&#233;nologie, avec Husserl et Heidegger ; le structuralisme avec L&#233;vi Strauss et Foucault ; l'&#233;cole de Francfort avec Adorno et Horkheimer ; le marxisme encore avec Samir Amin et Wallerstein. Si je cite tous ces noms, c'est pour montrer que les propositions philosophiques ne se r&#233;sument pas &#224; un auteur mais qu'elles r&#233;sultent de d&#233;bats vivants et contradictoires et qu'il faut accentuer la richesse de cette histoire des id&#233;es pour en d&#233;gager de nouvelles. Sans oublier l'apport philosophique des sciences, dites exactes, de leur capacit&#233; d'exp&#233;rimentation et de leur apport m&#233;thodologique que l'on pourrait r&#233;sumer par la formule &#171; libert&#233; d'inventer, obligation de v&#233;rifier &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les p&#233;riodes de luttes sociales, politiques et culturelles sont des p&#233;riodes d'&#233;laboration, d'invention et de v&#233;rification. Deux p&#233;riodes sont encore d'une grande actualit&#233;. Celle que Immanuel Wallerstein appelait la p&#233;riode &#171; des mai1968 dans le monde &#187;[26] qui a propos&#233;, avant d'&#234;tre b&#226;illonn&#233;e, de renouveler le socialisme participatif pour le XXIe si&#232;cle par un nouvel horizon &#233;galitaire &#224; vis&#233;e universelle, une nouvelle id&#233;ologie de l'&#233;galit&#233;, une nouvelle soci&#233;t&#233; bas&#233;e sur l'&#233;galit&#233;, la justice sociale, la participation d&#233;mocratique. Cette contestation des valeurs et des normes de la soci&#233;t&#233; capitaliste, patriarcale et autoritaire est toujours d'actualit&#233;. La deuxi&#232;me p&#233;riode est celle qui a suivi la crise financi&#232;re de 2007-2008. Nous avons assist&#233; &#224; une succession ininterrompue de mouvements partout dans le monde : apr&#232;s Tunis et la place El Tahrir au Caire, les indign&#233;s en Espagne, au Portugal et en Gr&#232;ce, les Occupy &#224; Londres, New York et Montr&#233;al, les &#233;tudiants chiliens et les parapluies de Hong Kong. Les manifestations ont &#233;clat&#233; dans plus de cinquante pays avec des formes nouvelles : ainsi, le Hirak alg&#233;rien, les manifestations &#224; Hong Kong, la d&#233;mission de tout le gouvernement &#224; Beyrouth, &#8230; Ces mouvements, tr&#232;s divers, &#233;clatent en contre-point de l'id&#233;ologie dominante et des r&#233;actions, brutales et autoritaires, des pouvoirs contest&#233;s. &#192; partir de 2020, les pand&#233;mies et le climat occupent le devant de la sc&#232;ne. Ce n'est pas la premi&#232;re fois qu'ils s'invitent dans l'Histoire[27].&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#224; o&#249; cro&#238;t le danger, cro&#238;t aussi ce qui sauve ! (H&#244;lderlin)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les pays de nouveaux mouvements am&#232;nent les &#201;tats &#224; mettre en place des politiques de pr&#233;vention et de soutien aux populations, notamment en termes m&#233;dicaux et sociaux. Les mouvements mettent en avant de nouvelles propositions pour la garantie des droits : droit &#224; la sant&#233;, droit &#224; l'&#233;ducation, droit au revenu qui, il y a peu, avant leCOVID, apparaissait comme compl&#232;tement utopique, droit au travail, droit aux services publics, droit &#224; une action publique qui n'est pas uniquement la bureaucratie et l'&#201;tat, droit des communs par rapport &#224; la propri&#233;t&#233;. Les mouvements mettent en avant une floraison extraordinaire d'id&#233;es nouvelles. &#201;videmment, elles ne vont pas s'imposer tout de suite ; elles sont le support de ce que peut &#234;tre un nouveau monde. Les mouvements sociaux et citoyens r&#233;agissent aux situations ; ils proposent et ils inventent. Ils sont des acteurs directs de l'Histoire. Ils rappellent que les classes sociales structurent les soci&#233;t&#233;s et qu'elles sont capables d'initiatives et d'inventions. Ils illustrent les contradictions sociales et la multiplicit&#233; des formes de la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extr&#234;me droite progresse partout dans le monde, mais elle n'a pas gagn&#233; ! En France, le Rassemblement national a obtenu le plus de voix aux &#233;lections europ&#233;ennes et l&#233;gislatives. Mais, le Nouveau Front populaire a adopt&#233; un programme politique en trois jours et a r&#233;ussi &#224; &#234;tre le premier groupe &#224; l'Assembl&#233;e nationale. La bataille politique entre l'extr&#234;me droite et la gauche commence, les trois prochaines ann&#233;es seront d&#233;cisives. Aux &#201;tats Unis, Trump caracole en t&#234;te des sondages avec un programme affichant le capitalisme, l'h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine, les riches, le racisme, l'anti-migration, l'interdiction de l'avortement. Kamala Harris, pour s'opposer &#224; lui, devra s'appuyer, malgr&#233; l'attachement du parti d&#233;mocrate au capitalisme et &#224; la domination am&#233;ricaine, sur les droits des femmes, les minorit&#233;s, l'antiracisme. Ce sont les th&#232;mes qui se d&#233;gagent pour s'opposer &#224; la mont&#233;e de l'extr&#234;me droite trumpiste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons-le, toutes les crises structurelles du capitalisme ont commenc&#233; par une offensive de la droite et de l'extr&#234;me droite. Et toutes ont connu une exacerbation des contradictions et un renouvellement des id&#233;es de gauche. Nous sommes dans une p&#233;riode de crise structurelle strat&#233;gique. Les contradictions s'aiguisent. Ce n'est pas gagn&#233;, mais la bataille de la prochaine p&#233;riode a commenc&#233;. Les luttes populaires seront d&#233;terminantes. Tout est possible. Le meilleur comme le pire. L'avenir n'est pas &#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gustave Massiah&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Notes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;[1] Cet article peut sembler long et parfois r&#233;p&#233;titif. Les longueurs sont la cons&#233;quence d'un choix p&#233;dagogique ; elles r&#233;pondent &#224; la demande de nombreux militants de retrouver, par rapport &#224; la p&#233;riode actuelle, les r&#233;f&#233;rences dans l'histoire longue des mouvements et des id&#233;es d'&#233;mancipation. L'objectif est de donner &#224; la g&#233;n&#233;ration qui va mener la lutte engag&#233;e, contre le n&#233;olib&#233;ralisme et pour les mouvements sociaux et culturels et la d&#233;colonisation, un rappel de l'histoire de ce mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Merci pour leur lecture attentive et leurs corrections &#224; Jean-Marie Harribey et Jean-Philippe Milesy&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Les donn&#233;es et les r&#233;f&#233;rences proviennent des livres et articles cit&#233;s ; les v&#233;rifications et actualisation ont &#233;t&#233; effectu&#233;es &#224; partir de Encyclopedia Universalis, et de Google et Chatgpt utilis&#233;s comme dictionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Philippe Levillain, La Troisi&#232;me R&#233;publique, 1870-1940, Ed PUF&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eric Hobsbawm, The Age of capital, 1848-1875, Ed Vintage Books&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prosper-Olivier Lissagaray, Histoire de La Commune de 1871, La D&#233;couverte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Jean-Jacques Becker et Serge Berstein, La France de 1914 &#224; 1940, Ed Armand Colin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A.JP. Taylor, The Origins of the Second World War. Ed Penguin Books&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Gustave Massiah, Bandung, un moment historique de la d&#233;colonisation, Conf&#233;rence Bandung, Belgrade, La Havane &#8211; novembre 2022&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Samir Amin, Le d&#233;veloppement in&#233;gal, Editions de Minuit, 1973&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Nations Unies &#8211; D&#233;claration sur le droit au d&#233;veloppement, 1986&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Gustave Massiah, Les mouvements sociaux et citoyens ; Les mouvements sociaux et les strat&#233;gies d'&#233;mancipation. Revue Dirassate, janvier 2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Gustave Massiah, Le r&#244;le de la pand&#233;mie et du climat dans la crise de civilisation, Revue Les Possibles, juin 2020&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Kavita Krishnan, L'autoritarisme est-elle la mantra de la multipolarit&#233; ? 2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Forum &#233;conomique mondial, The digital transformation of industries, site World Economic Forum&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Grande Ecole du num&#233;rique, Enjeux du secteur num&#233;rique : chiffre cl&#233;s et &#233;tudes, &lt;a href=&#034;https://www.grandeecolenumerique.fr..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.grandeecolenumerique.fr..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Immanuel Wallerstein, avec Randall Collins, Michael Mann, Georgi Derluguian et Craig Calhoun, Does Capitalism Have a Future ?, Oxford University Press, 2013&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Immanuel Wallerstein, &#171; Pr&#233;face &#187;Dilemnas of the Global Left&#034; to Gustave Massiah, Strategy for the Alternative to Globalisation, Montr&#233;al, New-York, London, Black Rose Books, 2015&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Observatoire des in&#233;galit&#233;s. &lt;a href=&#034;https://www.inegalites.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.inegalites.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] UNESCO, &lt;a href=&#034;https://www.unesco.org&amp;gt&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.unesco.org&amp;gt&lt;/a&gt; ;artic... ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Gustave Massiah, Les Nations Unies et la r&#233;forme radicale du syst&#232;me international, septembre 2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Kavita Krishnan, la multipolarit&#233; est-elle la mantra de l'autoritarisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Khalid Malik, La grande transition : le non-alignement et la mont&#233;e des pays du Sud Other-NewsThe Great Transition : Non-alignment and the Rise of the Global South&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] PNUD, L'essor du Sud : le progr&#232;s humain dans un monde diversifi&#233;. Rapport sur le d&#233;veloppement humain, 2013&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Immanuel Wallerstein. Trois id&#233;ologies ou une seule ? La probl&#233;matique de la modernit&#233;. Gen&#232;ses. Sciences sociales et histoire, 1992, n&#176;9. &#171; Conservatisme, lib&#233;ralisme, socialisme &#187;, sous la direction d'&#201;tienne Balibar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Parmi les tr&#232;s nombreux textes qui ont propos&#233; des r&#233;flexions sur la mont&#233;e de l'extr&#234;me-droite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Fran&#231;ois Bayart &lt;a href=&#034;https://aoc.media/analyse/2024/06/1..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://aoc.media/analyse/2024/06/1..&lt;/a&gt;. ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain Caill&#233; &lt;a href=&#034;https://www.marianne.net/agora/entr..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marianne.net/agora/entr..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etienne Balibar https://www.alternatives-economique... ;utm_medium=email&amp;amp ;utm_content=06072024&amp;amp ;utm_campaign=quotidienne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ren&#233; Monzat &lt;a href=&#034;https://laviedesidees.fr/Une-nouvel..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://laviedesidees.fr/Une-nouvel..&lt;/a&gt;. avril 2022. Les Droites nationales et radicales en France. R&#233;pertoire critique (Lyon, PUL, 1992), en collaboration avec Jean-Yves Camus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Gustave Massiah, &#171; Les migrations, une r&#233;volution &#224; venir &#187;, 13-12-2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gustave Massiah, &#171; Migrations et mondialisation &#187;, 15-12-2014&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gustave Massiah, &#171; Migrations coop&#233;ration et d&#233;veloppement &#187;, 01-02-1998&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Thomas Frank, dont le Pourquoi les pauvres votent &#224; droite, &#233;crit en 2004, Agone, 2012 et Thomas Piketty, Capital et Id&#233;ologie, Paris, le Seuil, 2019&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] Kavita Krishnan, &#171; La multipolarit&#233;, est-elle le mantra de l'autoritarisme ? &#187;, 24-12-2022&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://aplutsoc.org/202?2/12/24/la..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://aplutsoc.org/202?2/12/24/la..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] Coralie Perez, Thomas Coutrot, Redonner du sens au travail. Une aspiration r&#233;volutionnaire, Le Seuil, Paris, 2022&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Gustave Massiah, &#171; Mai 1968 dans le monde. Une d&#233;ferlante commune au-del&#224; des sp&#233;cificit&#233;s nationales &#187;, Octobre 2007&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] Gustave Massiah, &#171; Le r&#244;le de la pand&#233;mie et du climat dans la crise de civilisation &#187;, Paris, juin 2020. A partir de l'excellent livre de Kyle Harper, Comment l'empire romain s'est effondr&#233;. La D&#233;couverte 2019.&lt;/p&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>Les migrantes et les migrants sont le sel de la terre &#8211; Les migrations, une r&#233;volution &#224; venir</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Les-migrantes-et-les-migrants-sont-le-sel-de-la-terre-Les-migrations-une</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Les-migrantes-et-les-migrants-sont-le-sel-de-la-terre-Les-migrations-une</guid>
		<dc:date>2023-06-13T06:48:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gustave Massiah </dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-06-13</dc:subject>
		<dc:subject>Le Monde</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La question des migrations nous rappelle que la d&#233;colonisation n'est pas termin&#233;e. La premi&#232;re phase de la d&#233;colonisation, celle de l'ind&#233;pendance des &#233;tats, est presque achev&#233;e ; on en voit les limites. La deuxi&#232;me phase, celle de la lib&#233;ration des nations et des peuples commence. Des mouvements sont porteurs de radicalit&#233;s nouvelles : les mouvements ouvrier et syndical, paysans, f&#233;ministe, &#233;cologiste, des peuples premiers, contre le racisme et les discriminations, contre le pr&#233;cariat, pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Le-Monde-" rel="directory"&gt;Le Monde&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2023-06-13-+" rel="tag"&gt;Edition du 2023-06-13&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Le-Monde-614-+" rel="tag"&gt;Le Monde&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH99/migrants_travailleurs-524c0.png?1781856630' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La question des migrations nous rappelle que la d&#233;colonisation n'est pas termin&#233;e. La premi&#232;re phase de la d&#233;colonisation, celle de l'ind&#233;pendance des &#233;tats, est presque achev&#233;e ; on en voit les limites. La deuxi&#232;me phase, celle de la lib&#233;ration des nations et des peuples commence. Des mouvements sont porteurs de radicalit&#233;s nouvelles : les mouvements ouvrier et syndical, paysans, f&#233;ministe, &#233;cologiste, des peuples premiers, contre le racisme et les discriminations, contre le pr&#233;cariat, pour les droits des migrants. La strat&#233;gie de ces mouvements est en pleine &#233;volution.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article66734&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Europe solidaire sans fronti&#232;re&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous vivons une rupture dans l'histoire longue des migrations.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Histoire des migrations se confond avec l'Histoire de l'Humanit&#233; ; elle s'inscrit dans le temps long et structurant de l'histoire humaine. Cette histoire a commenc&#233; en Afrique &#224; partir des migrations des N&#233;anderthaliens et de l'Homo Sapiens. Les migrants ne sont pas des intrus ; ils sont partie prenante de l'histoire de chaque soci&#233;t&#233;. Les migrations marquent l'imaginaire de notre monde : citons parmi d'autres le nomadisme, la s&#233;dentarisation avec la ma&#238;trise de l'agriculture, l'exil, les colonisations, les diasporas, l'exode rural. Les migrations, avec l'industrialisation et l'urbanisation font partie des questions strat&#233;giques du peuplement de la plan&#232;te. Le d&#233;bat sur la question d&#233;mographique a marqu&#233; les cinquante derni&#232;res ann&#233;es. La prise de conscience des limites &#233;cologiques a fait exploser la conception du d&#233;veloppement et le d&#233;bat sur la d&#233;mographie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'histoire du capitalisme, il reste encore les traces profondes de l'esclavage et de la colonisation. Avec la mondialisation capitaliste dans sa phase n&#233;olib&#233;rale, on peut d&#233;finir trois formes importantes de migration. Les migrations &#233;conomiques marqu&#233;es par la diff&#233;rence des situations caract&#233;ris&#233;es, pour simplifier, par l'imp&#233;rialisme et le n&#233;ocolonialisme. Comme l'exprimait tr&#232;s bien Alfred Sauvy d&#232;s 1950, &#171; si les richesses sont au Nord et que les humains sont au Sud, les humains iront l&#224; o&#249; sont les richesses et vous ne pourrez rien faire pour les en emp&#234;cher &#187;. Les migrations politiques r&#233;sultent des guerres et des conflits et se traduisent par les d&#233;placements et les r&#233;fugi&#233;s. Les migrations environnementales qui commencent et qui vont bouleverser les &#233;quilibres de la population mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le domaine des migrations, les ruptures &#224; venir sont consid&#233;rables. L'imaginaire des migrations porte encore la contradiction entre nomades et s&#233;dentaires qui a accompagn&#233; l'histoire de l'humanit&#233; depuis l'invention de l'agriculture en M&#233;sopotamie. Les populations agricoles, dans pratiquement tous les pays, passent de la majorit&#233; de la population &#224; environ 5% de la population totale. Cette &#233;volution, au-del&#224; des tensions et de l'exacerbation des contradictions, va bouleverser la situation et l'image des migrants. La r&#233;duction de la population agricole et la contestation des grands domaines agricoles extensifs par l'agriculture paysanne, vont changer la perception du rapport entre s&#233;dentaires et nomades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me pour la notion des fronti&#232;res. Dans l'histoire longue des migrations, un changement important est intervenu entre le 17e et le 18e si&#232;cle, avec le passage de l'Etat-Empire &#224; l'Etat-Nation. Les Etats-nations n'ont pas exist&#233; de tous temps et ne sont pas une forme &#233;ternelle. L'identit&#233; nationale est d'invention r&#233;cente. Comme le disent si bien Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau, chaque individu a des identit&#233;s multiples ; il est r&#233;ducteur et faux de vouloir le rabattre &#224; une seule identit&#233;, celle de l'identit&#233; nationale. La libert&#233; de circulation et la citoyennet&#233; de r&#233;sidence font partie des droits &#233;mergents qui se renforceront dans l'avenir. Les migrants sont d&#233;j&#224;, de multiple mani&#232;re, des acteurs de la transformation des soci&#233;t&#233;s et du monde. Sur le seul plan financier, les flux des migrants et des diasporas, vers leurs pays d'origine, repr&#233;sentaient, en 2021, 630 milliards de dollars alors que l'&#171; aide &#187; publique plafonnait &#224; 179 milliards de dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode est marqu&#233;e par la succession des crises. La crise financi&#232;re commenc&#233;e avec les subprimes en 2008 a marqu&#233; le d&#233;but de l'&#233;puisement du n&#233;olib&#233;ralisme. Les politiques aust&#233;ritaires, combinant aust&#233;rit&#233; et autoritarisme, ont mis &#224; mal les libert&#233;s sans renouveler le mod&#232;le &#233;conomique. Les id&#233;ologies identitaires et s&#233;curitaires r&#233;pondent &#224; l'&#233;mergence des mouvements sociaux porteurs de nouvelles radicalit&#233;s : le f&#233;minisme, l'antiracisme et les r&#233;voltes contre les discriminations, les peuples premiers, les migrants et les diasporas. La prise de conscience de la crise &#233;cologique s'approfondit, elle se combine avec la crise de la pand&#233;mie. Kyle Harper dans son livre&lt;i&gt; La chute de l'empire romain&lt;/i&gt; rappelle qu'elle a &#233;t&#233; facilit&#233;e par la crise de la pand&#233;mie, avec l'&#233;pid&#233;mie de la rage, et par le climat, avec un &#233;pisode glaciaire. C'est une combinaison qui accompagne les crises de civilisation. La crise s'accompagne d'une crise g&#233;opolitique, qui interroge la multipolarit&#233; et qui ranime les gesticulations militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mographie est en discussion. Deux d&#233;mographes canadiens, Darrell Bricker et John Ibbitson, dans leur livre, &lt;i&gt; &lt;i&gt;la Plan&#232;te vide, le choc de la d&#233;croissance d&#233;mographique mondiale&lt;/i&gt; , remettent en cause les pr&#233;visions des Nations Unies qui pr&#233;voyaient que la population mondiale passerait de 7 &#224; 11 milliards d'ici la fin du si&#232;cle avant de se stabiliser. Ils estiment que le pic sera de 9 milliards entre 2040 et 2060. Et que la population sera en d&#233;croissance dans une trentaine de pays en 2050, contre une vingtaine aujourd'hui, avec un vieillissement important. Les taux de f&#233;condit&#233; dans de nombreux pays sont, d&#233;j&#224;, au taux de remplacement ou en-dessous. L'&#233;mancipation des femmes explique que le taux de reproduction se stabilise &#224; 1,7 enfant par femme. La perception des migrations pourrait changer. Les pays qui s'en sortiraient le mieux seraient ceux qui, &#224; l'exemple du Canada qui compte 20% de personnes n&#233;es hors du Canada, accepteraient culturellement la diversit&#233; et les migrants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bataille pour l'h&#233;g&#233;monie culturelle accompagne la crise id&#233;ologique. Elle oppose violemment deux conceptions du monde ; d'un c&#244;t&#233; l'identitarisme et le s&#233;curitarisme, de l'autre l'&#233;galit&#233; et la solidarit&#233;. La bataille porte sur les libert&#233;s avec d'un c&#244;t&#233; une conception individualiste et libertarienne et de l'autre le lien entre les libert&#233;s individuelles et les libert&#233;s collectives. Les id&#233;es d'extr&#234;me droite n'ont pas &#233;t&#233; aussi pr&#233;sentes et fortes depuis la deuxi&#232;me guerre mondiale. Elles mettent en avant dans la bataille id&#233;ologique la question des migrations. C'est une instrumentalisation m&#233;diatique. La bataille pour l'h&#233;g&#233;monie culturelle porte d'abord sur l'&#233;galit&#233;. Les migrations sont instrumentalis&#233;es mais elles partagent toujours autant les soci&#233;t&#233;s. Il y a autant d'appel &#224; la haine que de manifestations de solidarit&#233;. Depuis quatre ans, les sondages annuels indiquent que 60% des sond&#233;s sont pour la citoyennet&#233; de r&#233;sidence et la participation des r&#233;sidents &#233;trangers aux &#233;lections locales. Et quand on les interroge sur leurs sujets d'inqui&#233;tude, les fran&#231;ais mettent en t&#234;te le pouvoir d'achat et l'&#233;cologie ; l'islam arrive en dixi&#232;me position et l'immigration en treizi&#232;me position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le droit international d&#233;finit les principes qui devraient guider les politiques migratoires. Il met en avant six principes de base : la dignit&#233; ; les droits des migrants ; la lutte contre le racisme ; la red&#233;finition du d&#233;veloppement ; la libert&#233; de circulation ; le respect du droit international. La dignit&#233; est le fondement de toutes les propositions. Les migrants doivent &#234;tre reconnus comme acteurs de la transformation des soci&#233;t&#233;s de d&#233;part et d'accueil et comme acteurs de la transformation du monde. Le respect des droits des migrants s'inscrit dans le cadre du respect des droits de tous. Le droit des &#233;trangers doit &#234;tre fond&#233; sur l'&#233;galit&#233; des droits et non sur l'ordre public. Il commence par la r&#233;gularisation des sans-papiers. Il met en avant le droit de vivre et travailler dans son pays et aussi le droit de libre circulation et d'installation. Il propose de reconna&#238;tre la citoyennet&#233; de r&#233;sidence. Le droit de vivre et travailler au pays est indissociable de la libert&#233; de circulation et d'installation. L'envie de rester est ins&#233;parable du droit de partir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des migrations nous rappelle que la d&#233;colonisation n'est pas termin&#233;e. La premi&#232;re phase de la d&#233;colonisation, celle de l'ind&#233;pendance des &#233;tats, est presque achev&#233;e ; on en voit les limites. La deuxi&#232;me phase, celle de la lib&#233;ration des nations et des peuples commence. Des mouvements sont porteurs de radicalit&#233;s nouvelles : les mouvements ouvrier et syndical, paysans, f&#233;ministe, &#233;cologiste, des peuples premiers, contre le racisme et les discriminations, contre le pr&#233;cariat, pour les droits des migrants. La strat&#233;gie de ces mouvements est en pleine &#233;volution. Par exemple, le mouvement paysan a r&#233;ussi &#224; mettre en avant l'agriculture paysanne consid&#233;r&#233;e comme plus avanc&#233;e que l'agro-industrie et correspondant plus aux imp&#233;ratifs &#233;cologistes, &#224; rejeter les OGMs, et &#224; proposer la souverainet&#233; alimentaire. L'urgence est de d&#233;finir le projet de d&#233;passement et d'&#233;mancipation correspondant &#224; une alliance strat&#233;gique de ces mouvements. Et d'inventer les nouvelles formes du politique renouvelant une approche de la d&#233;mocratie. Les migrantes et les migrants sont le sel de la terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 mars 2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gustave Massiah&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>D&#233;coloniser, Notions, Enjeux et horizons politiques1</title>
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		<dc:date>2023-05-16T06:36:59Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gustave Massiah </dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-05-16</dc:subject>
		<dc:subject>Le Monde</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Cet excellent num&#233;ro de la collection Passerelle2, &#171; D&#233;coloniser, Notions, enjeux et horizons politiques &#187;, pr&#233;sente la pens&#233;e de la d&#233;colonisation aujourd'hui. C'est une pr&#233;sentation claire et p&#233;dagogique des concepts et de la situation. Il permet de comprendre ce qui se joue avec les nouvelles mani&#232;res de penser la phase actuelle de la d&#233;colonisation. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Entre les lignes et les mots (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L96xH150/passerelle24-couv_page_1_-0caa0-be691.jpg?1781856631' class='spip_logo spip_logo_right' width='96' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cet excellent num&#233;ro de la collection Passerelle2, &#171; D&#233;coloniser, Notions, enjeux et horizons politiques &#187;, pr&#233;sente la pens&#233;e de la d&#233;colonisation aujourd'hui. C'est une pr&#233;sentation claire et p&#233;dagogique des concepts et de la situation. Il permet de comprendre ce qui se joue avec les nouvelles mani&#232;res de penser la phase actuelle de la d&#233;colonisation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Entre les lignes et les mots&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2023/05/09/decoloniser-decolonialiser-presentation-du-passerelle-n24/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2023/05/09/decoloniser-decolonialiser-presentation-du-passerelle-n24/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#201;COLONISER, DECOLONIALISER. Pr&#233;sentation du PASSERELLE n&#176;24&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il permet de comprendre comment les notions de colonialit&#233; et de d&#233;colonialit&#233; sont n&#233;s de la convergence entre les mani&#232;res de penser les deux vagues d'ind&#233;pendances nationales, celle de l'Am&#233;rique Latine au 19&#232;me si&#232;cle et celle de l'Asie et de l'Afrique au 20&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence de Bandung, en avril 1955, est un moment historique de la d&#233;colonisation3. Les 17 chefs d'Etat des premiers pays ind&#233;pendants d'Afrique et d'Asie se r&#233;unissent &#224; l'invitation du Pr&#233;sident indon&#233;sien Sukarno, avec le pandit Nehru et Chou en Lai pour l'Asie, Nasser pour l'Egypte et l'Afrique ; Nkrumah, premier pr&#233;sident du Ghana participe &#224; la pr&#233;paration sans y &#234;tre pr&#233;sent et promeut le panafricanisme. Tito, seul chef d'&#201;tat d'un pays europ&#233;en, la Yougoslavie, d&#233;fendra la proposition du non-alignement. Bandung va affirmer avec la d&#233;colonisation, l'&#233;mergence d'un Sud global et le non-alignement. Chou en Lai, &#233;nonce le programme dans son discours, qu'il reprendra quelques mois plus tard aux Nations Unies : &#171; les &#201;tats veulent leur ind&#233;pendance, les Nations veulent leur lib&#233;ration, les peuples veulent la R&#233;volution &#187;. Bandung reste toujours d'actualit&#233;, surtout si on fait l'hypoth&#232;se que la d&#233;colonisation n'est pas termin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1966, apr&#232;s la r&#233;volution cubaine de 1959, la Conf&#233;rence de la Tricontinentale, pr&#233;par&#233;e par Che Guevara et Mehdi Ben Barka, se r&#233;unit &#224; La Havane. C'est la jonction des deux d&#233;colonisations et la naissance politique du Sud global. Les nouvelles luttes en Am&#233;rique Latine se nommeront elles-m&#234;mes &#171; luttes de lib&#233;ration nationale &#187;. il ne faut pas oublier les deux grands moments pr&#233;curseurs de la d&#233;colonisation, la r&#233;volution ha&#239;tienne qui sera victorieuse contre les troupes de Napol&#233;on, en 1804 ; et en 1910, la r&#233;volution mexicaine conduite par Pancho Vila et Emiliano Zapata.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;colonisation n'est pas achev&#233;e. La premi&#232;re phase est &#224; peu pr&#232;s termin&#233;e, &#224; part quelques cas dont la situation embl&#233;matique de la Palestine. L'ind&#233;pendance des &#201;tats est maintenant acquise, on en voit les limites. La deuxi&#232;me phase de la d&#233;colonisation, celle de la lib&#233;ration des nations et des peuples commence. Comment penser la d&#233;colonisation dans cette nouvelle phase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passerelle met en &#233;vidence trois moments de cette pens&#233;e. Une premi&#232;re p&#233;riode est marqu&#233;e par la pens&#233;e anticolonialiste, tr&#232;s bien repr&#233;sent&#233;e par Aim&#233; C&#233;saire et Franz Fanon4, qui d&#233;construit la pens&#233;e colonialiste et qui d&#233;montre l'int&#233;riorisation d'une sup&#233;riorit&#233; europ&#233;enne par les &#233;lites locales. Les &#233;tudes post-coloniales, plut&#244;t anglophones, en Angleterre et aux Etats-Unis, d&#233;veloppent les Subaltern studies, et tentent de les faire reconna&#238;tre dans les Universit&#233;s. Dans les ann&#233;es 1990-2000, les &#233;tudes d&#233;coloniales &#233;mergent des sciences sociales latino-am&#233;ricaines et mettent en avant la colonialit&#233; du pouvoir, du savoir et de l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'insisterai dans un premier temps sur les d&#233;finitions des notions et des concepts de cette nouvelle phase de la d&#233;colonisation. Parce qu'ils sont tr&#232;s bien pr&#233;sent&#233;s dans ce num&#233;ro de la collection Passerelle et qu'il n'y a pas, &#224; ma connaissance, d'autres publications qui les explicitent de mani&#232;re aussi synth&#233;tique. Je reprendrai donc une br&#232;ve pr&#233;sentation de la colonialit&#233; et de la d&#233;colonialit&#233;, du pluriversel, de l'eurocentrisme, de la racisation et de la racialisation, du racisme d'&#201;tat, de l'intersectionnalit&#233; et du point de vue situ&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re notion qui s'impose est celle de la colonialit&#233; et la d&#233;colonialit&#233; (chap 1)5. La fin de la colonisation, l'ind&#233;pendance politique des &#201;tats, n'implique pas la fin de la d&#233;colonialit&#233;. La d&#233;colonialit&#233; vise &#224; relativiser les concepts occidentaux en rappelant les conditions historiques et g&#233;ographiques de leur production. Elle favorise les formes de savoir d&#233;savou&#233;s. Il faut se d&#233;faire de l'emprise occidentale pour imaginer de nouvelles formes culturelles et de nouveaux lexiques conceptuels. On retrouve l'id&#233;e de la d&#233;connexion mise en avant par Samir Amin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anibal Quijano d&#233;finit la colonialit&#233; du savoir et du pouvoir, la face cach&#233;e de la modernit&#233; qui se met en place &#224; partir du 16&#232;me si&#232;cle (chap 2)6. La simultan&#233;it&#233; entre colonialit&#233; et la rationalit&#233; modernit&#233; n'est pas accidentelle. C'est une matrice hi&#233;rarchique raciale, sexuelle, &#233;conomique, &#233;pist&#233;mique par rapport aux non occidentaux. Immanuel Wallerstein et Anibal Quijano montrent que le racisme est consubstantiel au fonctionnement du capitalisme et n'est pas seulement une id&#233;ologie justificatrice &#224; posteriori. Le racisme qui na&#238;t en 1492 est indissociable du capitalisme mondial. L'Ind&#233;pendance politique du 19&#232;me si&#232;cle n'a pas mis fin &#224; la domination &#233;conomique et symbolique. Le colonialisme a pr&#233;c&#233;d&#233; la colonialit&#233;, mais elle lui a surv&#233;cu ; elle est plus profonde et plus durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre notion qui se d&#233;gage est le pluriversel (chap 3)7. L'universel quand il a &#233;t&#233; mis en avant au moment des Lumi&#232;res a permis des progr&#232;s vers l'&#233;mancipation. Mais il a aussi &#233;t&#233; retourn&#233; et a servi &#224; justifier le colonialisme. Il a aussi &#233;rig&#233; la particularit&#233; europ&#233;enne en mod&#232;le universel, en voie unique vers le progr&#232;s et la modernit&#233;. Dans son livre magistral sur l'universalisme europ&#233;en8, Immanuel Wallerstein revient sur la controverse de Vallolid, sur la discussion pour savoir si les indiens avaient une &#226;me, pour montrer que le d&#233;bat sur la colonisation et le droit d'ing&#233;rence est constitutif de l'universalisme occidental. L'universalisme europ&#233;en va rencontrer d'autres civilisations qu'il ne peut pas consid&#233;rer comme primitives parce qu'elles ont des bureaucraties d'Empires, des religions, des langues et des litt&#233;ratures qu'il sait reconna&#238;tre9. Pour r&#233;pondre &#224; ce d&#233;fi il va les enfermer dans une repr&#233;sentation, l'Orientalisme, en consid&#233;rant que ce sont de grandes civilisations, mais qu'elles se sont arr&#234;t&#233;es dans leur histoire. Et qu'on peut, par le commerce et par les armes, les ramener dans l'Histoire. On peut mesurer l'actualit&#233; des critiques d'Anouar Abdel Malek et d'Edward Sa&#239;d sur l'orientalisme et la pertinence de leur d&#233;marche dans la d&#233;construction de l'occidentalisation du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'universel peut se r&#233;v&#233;ler utile et m&#234;me n&#233;cessaire pour parvenir &#224; l'&#233;galit&#233;. Il s'agit de d&#233;coloniser l'universalisme moderne sans tomber dans les particularismes et le relativisme total qui nient l'unit&#233; du genre humain et peuvent conduire aux id&#233;ologies identitaires et communautaristes. Il s'agit d'&#233;viter les &#233;cueils des fondamentalismes eurocentriques et tiers-mondistes. Un v&#233;ritable universalisme s'appuie sur un universel d'arriv&#233;e et de dialogue. Un universel comme approfondissement de notre propre diversit&#233;, ainsi que le d&#233;finissait Aim&#233; C&#233;saire. La mise en avant du plurivers plut&#244;t que d'un universel, la promotion d'un universalisme concret et pluriversel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'eurocentrisme (chap 4)10 traduit un dualisme entre l'Europe, incarnant la civilisation et le progr&#232;s, et le reste du monde, l'arri&#233;ration. Samir Amin qui l'a mis en avant parlait d'occidentalo-centrisme int&#233;grant l'Europe et les &#201;tats-Unis. Il suppose des invariants culturels des peuples occidentaux et non occidentaux irr&#233;ductibles les uns aux autres. Il contribue &#224; l'essentialisation et &#224; l'orientalisation des peuples non occidentaux pr&#233;modernes. Il sous-estime les identit&#233;s non occidentales et les exclut d'un horizon politique commun &#224; l'humanit&#233; au nom des particularit&#233;s ethniques et culturelles. Il r&#233;serve &#224; l'occident l'h&#233;ritage des Lumi&#232;res europ&#233;ennes et ses id&#233;aux de rationalit&#233;, d'autonomie, de d&#233;mocratie et d'universalit&#233; propos&#233;s comme un point d'arriv&#233;e de la civilisation. Il nie le caract&#232;re mondialis&#233; du capitalisme et renvoie les peuples du monde &#224; leur retard. Il d&#233;fend une histoire lin&#233;aire du d&#233;veloppement allant de l'arri&#233;ration vers la civilisation, comme l'a formalis&#233; Rostow11 avec ses cinq &#233;tapes du d&#233;veloppement, un br&#233;viaire de la Banque mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'eurocentrisme cherche &#224; imposer le mythe de de la modernit&#233; capitaliste comme unique possibilit&#233; de l'avenir. En s&#233;parant le culturel et l'&#233;conomique, il masque l'organisation sociale de la production et la lutte des classes. Il cultive l'illusion que la d&#233;mocratie lib&#233;rale peut satisfaire toutes les demandes, qu'un capitalisme progressiste, &#233;galitaire et inclusif serait possible. Il contribue &#224; la l&#233;gitimation de l'ordre social capitaliste. Il contredit la solidarit&#233; entre ouvriers europ&#233;ens et peuples colonis&#233;s et affirme que la colonisation est avantageuse pour les ouvriers europ&#233;ens, qui en profitent, et pour les peuples, qui pourraient ainsi se moderniser. La d&#233;colonisation a d&#233;montr&#233; que la lib&#233;ration des peuples colonis&#233;s peut affaiblir le capitalisme en le privant des b&#233;n&#233;fices de la surexploitation des colonies. Cette hypoth&#232;se a permis en 1920, &#224; Bakou, au Congr&#232;s des Peuples d'Orient, &#224; l'initiative de L&#233;nine et Zinoviev, l'alliance entre les mouvements de lib&#233;ration nationale et les mouvements communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'eurocentrisme d&#233;valorise les modes de vie pr&#233;modernes en proposant une histoire reconstruite entre l'h&#233;ritage grec et chr&#233;tien et les Lumi&#232;res. Il m&#233;conna&#238;t l'histoire avant le 15&#232;me si&#232;cle et la Renaissance. Il nie la liaison entre la Gr&#232;ce, la M&#233;sopotamie, l'Egypte et la Perse ; le rapport entre l'Europe et le monde islamique ; l'importance de l'Islam et du Boudhisme. Il construit un mythe de l'Europe et de la modernit&#233;. Pour Immanuel Wallerstein, l'&#233;v&#233;nement fondateur de la modernit&#233; est la conqu&#234;te de l'Am&#233;rique, le renforcement des &#201;tats-nations europ&#233;ens et l'interconnexion dans un march&#233; mondial, l'origine violente de la conqu&#234;te. Pour Samir Amin, la promesse d'une humanit&#233; et d'une histoire unifi&#233;e a &#233;t&#233; trahie par l'&#233;conomie capitaliste, qui a impos&#233; l'in&#233;galit&#233;, entre producteurs et propri&#233;taires et entre nations. Elle a cr&#233;&#233; la p&#233;riph&#233;rie colonis&#233;e productrice de mati&#232;res premi&#232;res et de main d'&#339;uvre ; l'opposition entre un centre dominant et une p&#233;riph&#233;rie servile. L'eurocentrisme relaie un discours h&#233;g&#233;monique de la puissance &#233;conomique et militaire, et la complicit&#233; des classes dominantes de la p&#233;riph&#233;rie et des capitalistes du centre. L'eurocentrisme, l'occidentalo-centrisme, traduit la lutte des classes &#224; l'&#233;chelle internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat sur la racisation et la racialisation (Chap 5)12 s'est impos&#233; dans le d&#233;bat politique et culturel. La notion de race biologique n'existe pas, mais une construction sociale et politique du racisme existe bien, elle met en avant la notion de race sociale. La racisation consiste &#224; assimiler une personne ou un groupe &#224; une cat&#233;gorie humaine sur la base de caract&#233;ristiques sp&#233;cifiques et de crit&#232;res subjectifs. Les discriminations li&#233;es au racisme syst&#233;mique sont tr&#232;s pr&#233;sentes. Pour une personne, se pr&#233;tendre racis&#233;e c'est refuser de se soumettre, d'&#234;tre r&#233;duit &#224; un objet politique d&#233;fini par les autres mais jamais par soi-m&#234;me ; c'est exiger d'&#234;tre reconnu comme sujet politique. C'est un cri g&#233;n&#233;rationnel, un appel &#224; &#234;tre vu et &#233;cout&#233; et une d&#233;nonciation du racisme syst&#233;mique. Colette Guillaumin a montr&#233; la diversit&#233; des racismes existants : la x&#233;nophobie, l'antis&#233;mitisme, la misogynie, le racisme contre les noir.es, les colonis&#233;.es, les gens du voyage &#8230; Par ces discriminations, le groupe racisant maintient ses privil&#232;ges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La racialisation accompagne l'alt&#233;risation, la conscientisation, l'adaptation &#224; la situation subordonn&#233;e. Elle met en lumi&#232;re les in&#233;galit&#233;s et les discriminations ; et la double discrimination pour les exploit&#233;s. L'origine et la race jouent un r&#244;le dans la construction sociale des in&#233;galit&#233;s. L'analyse contextuelle et intersectionnelle associe la classe et la race. Le wokisme est le mouvement qui appelle les non-racis&#233;s &#224; prendre conscience des violences, injustices et discriminations subies par les groupes racis&#233;s ; contrairement &#224; ce que pr&#233;tendent ses d&#233;tracteurs, ce n'est pas l'obsession de la race, du genre et de l'identit&#233;. Les personnes nomm&#233;es &#171; blanches &#187; sont les non-racis&#233;es ou les non-racialis&#233;es. Les racialis&#233;s sont plus g&#233;n&#233;ralement, aujourd'hui et dans les soci&#233;t&#233;s actuelles, les personnes immigr&#233;es. La lutte d&#233;coloniale combat une conception particuli&#232;re de l'universalisme r&#233;publicain, celle qui reste en phase avec l'histoire coloniale et qui rejette les aspirations &#224; la mixit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat sur le racisme d'Etat (Chap 6)13 s'inscrit dans la d&#233;finition des politiques antiracistes. Eric Fassin propose un historique de l'antiracisme. Dans les ann&#233;es 1980, l'antiracisme id&#233;ologique propose de d&#233;fendre l'universalisme r&#233;publicain contre le culturalisme identitaire de l'extr&#234;me droite. Dans les ann&#233;es 1990, l'antiracisme sociologique, insiste sur l'importance des discriminations raciales au quotidien. A partir des ann&#233;es 2000, l'antiracisme politique met en cause la dimension raciale des politiques publiques qui nourrissent une racialisation de la soci&#233;t&#233;. On le voit avec la cr&#233;ation d'un minist&#232;re de l'identit&#233; nationale, la chasse aux Roms, les campagnes contre l'islam. Les racis&#233;s, &#224; travers leurs exp&#233;riences partag&#233;es, subissent les politiques de stigmatisation. L'assignation &#224; une place minor&#233;e dans l'ordre social d&#233;finit la personne racis&#233;e. La blanchit&#233; est le privil&#232;ge du dominant, on devient blanc quand on monte dans l'ordre social. La France &#233;tant devenue &#171; blanche &#187;, les racis&#233;s peuvent &#234;tre trait&#233;s comme des &#233;trangers. On ne peut pas renvoyer la racialisation &#224; la multiplication des conflits et des agressions. Rokhaya Diallo explicite pourquoi on ne peut pas parler de racisme anti-blanc (Chap 7)14. Quel que soit leur degr&#233; de stigmatisation, les individus blancs ne sont jamais pr&#233;sum&#233;s &#233;trangers, et leur citoyennet&#233; n'est pas remise en cause par le racisme. Ils ne sont pas associ&#233;s dans l'imaginaire collectif fran&#231;ais &#224; des caract&#233;ristiques d&#233;gradantes. Le racisme n'est pas la somme d'actes isol&#233;s, aussi ignobles soient-ils, c'est une id&#233;ologie qui op&#232;re de mani&#232;re syst&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'action publique produit une racialisation qu'elle pr&#233;tend ensuite combattre. La loi sur les signes religieux se pr&#233;tend universelle, il est clair qu'elle vise les musulmans. L'exemple de l'antis&#233;mitisme montre qu'on ne peut s&#233;parer religion et racialisation. La politique de la race repose sur une discrimination directe, les rroms sont nomm&#233;s explicitement dans les politiques qui les visent. Comment diff&#233;rencier le racisme institutionnel et le racisme d'Etat ? Le racisme d'Etat &#233;tait clair dans la France coloniale ; la France postcoloniale ne s'en est pas affranchie. La publication du Manifeste des Indig&#232;nes de la R&#233;publique a co&#239;ncid&#233;, en 2005, avec la loi sur les aspects positifs de la colonisation. Il n'est pas toujours facile de ne pas confondre le racisme institutionnel, racisme dans l'Etat, et le racisme d'Etat, racisme de l'Etat. Le racisme dans l'Etat existerait-il alors malgr&#233; l'Etat ! Pour l'instant, ce sont les mots des racis&#233;s, de l'islamophobie au racisme d'Etat, qui sont frapp&#233;s d'ill&#233;gitimit&#233;. Eric Fassin souligne que, dans sa r&#233;ponse aux critiques, l'Etat avait justifi&#233; le contr&#244;le au faci&#232;s au nom de l'id&#233;e que les &#171; noirs et les arabes &#187; sont d'apparence &#233;trang&#232;re impliquant ainsi que la France serait d'apparence blanche. M&#234;me si un acte de justice a condamn&#233; cette explication, l'Etat ne parle pas que d'une voix et ne peut condamner, comme il le fait, toute discussion sur le racisme d'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intersectionnalit&#233; (Chap 8)15 interpelle les mouvements sociaux. Kimberl&#233; Crenshaw fait connaitre un nouveau mot, l'intersectionnalit&#233;, qui met en &#233;vidence l'articulation des formes de domination et les luttes contre ces dominations. Elle lie les oppressions de classe, de race, de genre et d'orientation sexuelle. Les femmes antiracistes cr&#233;ent les associations qui se revendiquent de l'intersectionnalit&#233;. Les organisations issues des quartiers populaires construisent leur autonomie. La classe ne repr&#233;sente plus le seul front de lutte. Les f&#233;ministes issues de l'immigration postcoloniale marquent leur autonomisation et caract&#233;risent l'Etat comme raciste, sexiste, n&#233;olib&#233;ral et m&#233;diateur des dominations qu'elles subissent. L'intersectionnalit&#233; devient un outil pour analyser et dire l'oppression ; une lecture des oppressions et de leur articulation. Il s'agit de comprendre comment le racisme et le patriarcat interagissent entre eux, et aussi comment ces syst&#232;mes interagissent avec la classe et avec l'h&#233;t&#233;rosexisme. Il s'agit de penser leur interaction et leur complexit&#233;. L'intersectionnel est indissociable de la question raciale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'afro-f&#233;minisme a &#233;t&#233; d&#233;terminant au Forum Social Mondial de Salvador de Bahia, en 2018. Angela Davis a &#233;crit en 1980, un livre fondateur, Femmes, Race et Classe16, avant l'apparition du terme d'intersectionnalit&#233;. Elle analysait les liens conflictuels entre le f&#233;minisme et les luttes d'&#233;mancipation du peuple noir. Elle d&#233;montrait que les luttes sont gagnantes quand elles sont solidaires. Elle y affirmait que les oppressions sp&#233;cifiques doivent &#234;tre articul&#233;es pour d&#233;passer les contradictions et mener un combat global contre le syst&#232;me capitaliste au fondement de toutes les exploitations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de vue situ&#233; (Chap 9)17 fait partie des notions mises en avant par la d&#233;colonialit&#233;18. Il propose de ne pas dissocier les faits sociaux de ceux qui les observent. La parole des non concern&#233;s n'est pas pleinement capable de rendre compte des situations d'oppression. Le concept de savoir situ&#233; est une critique de l'objectivisme qui met &#224; distance les faits sociaux et invisibilise leurs auteurs. Le point de vue situ&#233; produit de l'objectivit&#233; ; il responsabilise. Il fait confiance au point de vue des assujettis. Il propose de partir de ce que l'exp&#233;rience permet de conna&#238;tre. Il ne s'agit pas d'id&#233;aliser ou de s'approprier la vision des moins puissants. Mais, il faut admettre qu'on ne s'invente pas noir, femme ou ouvrier. Le point de vue situ&#233; cr&#233;e du savoir local et permet une richesse interpr&#233;tative. Il ne se suffit toutefois pas &#224; lui-m&#234;me. Chaque situation est singuli&#232;re et le risque de nier les structures rend plus difficile l'&#233;laboration d'une th&#233;orie plus g&#233;n&#233;rale. Par exemple, il ne suffit pas d'avoir l'exp&#233;rience de la domination pour produire du savoir sur la domination. Comme il est possible de rendre compte d'une situation de domination, sans la subir soi-m&#234;me ; en acceptant le risque de ne pas voir ses propres biais, sa propre situation dans la domination et en acceptant de se mettre soi-m&#234;me en difficult&#233; dans le raisonnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je serai plus bref sur la deuxi&#232;me et la troisi&#232;me partie ; je vous laisse les d&#233;couvrir directement en vous procurant la revue. Je ne fais ici que les rappeler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me partie analyse la colonialit&#233; aujourd'hui, dans un monde qui n'a pas fini de se d&#233;coloniser19. Elle traite, en sept chapitres, de l'actualit&#233; du colonialisme, de la mani&#232;re dont il continue &#224; fa&#231;onner le monde d'aujourd'hui. Elle montre comment l'h&#233;ritage du colonialisme continue &#224; produire des dominations&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les habitudes alimentaires et le colonialisme : de la naissance du commerce colonial &#224; l'&#233;conomie mondiale (Chap 10). Elles refl&#232;tent l'organisation coloniale du monde. Le n&#233;ocolonialisme caract&#233;rise le commerce des mati&#232;res premi&#232;res et de la main d'&#339;uvre bon march&#233;. Il caract&#233;rise les relations Nord Sud. La monoculture appauvrit les sols et r&#233;duit la diversit&#233; des cultures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les relations entre le racisme, le colonialisme et le changement climatique (Chap 11). Le changement climatique est d'origine humaine, il r&#233;sulte d'une &#233;lite polluante du nord g&#233;opolitique. La crise climatique frappe toute la plan&#232;te mais elle est racialement discriminatoire. Les communaut&#233;s autochtones ont subi la division, la colonisation, l'exploitation des ressources et l'expropriation des territoires. Le mouvement climatique mondial doit lutter contre toutes les formes de discriminations caus&#233;es par le changement climatique et la d&#233;t&#233;rioration de l'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extractivisme moteur de la recolonisation du P&#233;rou et de l'Am&#233;rique Latine (Chap 12).L'extractivisme se situe dans la continuit&#233; de l'occidentalo-centrisme capitaliste. Il reproduit la violence coloniale contre les peuples, particuli&#232;rement contre les peuples autochtones. Contre l'extractivisme, il faut lutter pour continuer &#224; exister&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'encontre de la colonialit&#233; du secteur de coop&#233;ration et de solidarit&#233; internationales (Chap 13). Elle est &#233;tudi&#233;e &#224; partir de la strat&#233;gie du genre confront&#233;e au d&#233;veloppement. D&#233;construire le savoir sur le d&#233;veloppement fait partie du processus d&#233;colonial. Il est primordial de r&#233;habiliter les savoirs sur le genre, l'intersectionnalit&#233; et l'empowerment. Pour mettre en perspective une justice sociale de genre transformatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Solidarit&#233; s&#233;lective : La strat&#233;gie contemporaine pour g&#233;rer les migrations dans le monde (Chap 14).Le racisme impr&#232;gne la politique migratoire du bloc europ&#233;en ; comme l'ont montr&#233; les diff&#233;rences dans le traitement des politiques migratoires entre les ukrainiens et les autres migrations. Plut&#244;t qu'une gestion raciste des flux migratoires, les gouvernements au pouvoir peuvent s'ils le veulent g&#233;rer les migrations en respectant les droits humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La culture genr&#233;e de la supr&#233;matie d&#233;finit une f&#233;minit&#233; h&#233;g&#233;monique (Chap 15). Les femmes musulmanes voil&#233;es sont distingu&#233;es comme une cat&#233;gorie particuli&#232;re de femmes. Elles sont diff&#233;renci&#233;es, marginalis&#233;es, alt&#233;ris&#233;es. La colonisation a transform&#233; le voile traditionnel en symbole f&#233;minin de l'islam.La construction de la monstruosit&#233; du voile participe de la construction d'une politique d'une nouvelle la&#239;cit&#233;. La femme voil&#233;e est exclue du f&#233;minin. Elle s'oppose &#224; la bonne f&#233;minit&#233;, la f&#233;minit&#233; h&#233;g&#233;monique. Elle endosse une f&#233;minit&#233; paradoxale, &#224; la fois une f&#233;minit&#233; h&#233;r&#233;tique vis-&#224;-vis des tenantes de la nouvelle la&#239;cit&#233; et une f&#233;minit&#233; h&#233;g&#233;monique vis-&#224;-vis des tenants d'une lecture orthodoxe de l'islam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les polices sont toujours au temps des colonies (Chap 16). Une violence extr&#234;me par rapport aux peuples colonis&#233;s est marqu&#233;e par la continuit&#233; coloniale entre la police et le militaire. Des violence immod&#233;r&#233;es et racistes subsistent. Une culture raciste se poursuit par les arguments racistes justifiant la colonisation et jamais combattus. La violence coloniale a impr&#233;gn&#233; la soci&#233;t&#233; et la police fran&#231;aise. L'h&#233;ritage colonial impr&#232;gne l'aspect racialis&#233; du traitement politique dans de nombreux pays. La construction de la police ne se limite pas au racisme et aux r&#233;f&#233;rences coloniales, elle participe au capitalisme et au patriarcat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me partie met en avant des luttes multiples pour continuer &#224; d&#233;coloniser20. Elle est d&#233;clin&#233;e en dix chapitres que je rappelle, pour chacun, en une phrase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;coloniser le syst&#232;me fiscal (Chap 17). Lutter contre les in&#233;galit&#233;s raciales et &#233;conomiques dans le monde n&#233;cessite de d&#233;construire le syst&#232;me mondial des paradis fiscaux et de d&#233;coloniser le syst&#232;me fiscal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dettes coloniales et r&#233;parations (Chap 18). L'entretien avec Sa&#239;d Bouamama insiste sur le fait que l'abolition du n&#233;ocolonialisme n&#233;cessite la restitution et les r&#233;parations des dettes coloniales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutter contre l'amn&#233;sie historique (Chap 19). La d&#233;colonisation de l'Histoire exige de lutter contre l'amn&#233;sie historique. L'histoire g&#233;n&#233;rale de l'Afrique n&#233;cessite de recourir aux traditions orales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;criture quechua sans b&#233;quilles (Chap 20). Le retour sur les questions linguistiques est essentiel. Les publications dans des langues traditionnelles, sans traduction, ou l'&#233;criture sans b&#233;quilles, comme dans le cas du quechua, ont relanc&#233; l'apprentissage des langues&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi on d&#233;boulonne les statues en Am&#233;rique (Chap 21). Une illustration de la destruction symbolique de l'oppression, de l'esclavage et du colonialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fabrique de l'absence, f&#233;minisme d&#233;colonial et n&#233;grophobie (Chap 22). Le mouvement r&#233;volutionnaire noir a &#233;t&#233; de toutes les luttes ; aucun mouvement non-noir n'a laiss&#233; de la place pour les autres groupes, notamment pour les groupes noirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;colonialit&#233; depuis les arts (Chap 23). Il ne s'agit pas de refuser les apports de la modernit&#233; mais de construire des rapports d'&#233;galit&#233; entre la pluralit&#233; de faire l'exp&#233;rience du monde et de permettre aux arts de le traduire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#233;ories d&#233;coloniales compar&#233;es (Chap 24). Les conceptions de l'exp&#233;rience coloniale divergent. Les divergences portent aussi sur la conception de l'Etat-nation, sur la conception de la race et sur l'id&#233;ologie du m&#233;tissage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peur de la mixit&#233; et de l'antiracisme politique, le camp d&#233;colonial (Chap 25). Il a illustr&#233; le d&#233;bat sur la non-mixit&#233; et sur l'antiracisme politique accus&#233;s de favoriser le communautarisme, le d&#233;sordre, le racisme anti-blanc, l'antis&#233;mitisme et de mettre en danger la d&#233;mocratie !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La semaine anticoloniale et antiraciste (Chap 26). Elle a r&#233;pondu au retour en force de l'id&#233;ologie raciste et colonialiste, au sein m&#234;me des institutions ; elle exprime la lutte pour la d&#233;fense des droits ici et ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion provisoire, retour sur la d&#233;colonisation. Ce tr&#232;s important num&#233;ro de Passerelle donne des outils pour comprendre la p&#233;riode que nous vivons. Il restitue l'enjeu de la p&#233;riode, celle de la d&#233;colonisation et illustre les concepts de la colonialit&#233; et la d&#233;colonialit&#233; pour penser la p&#233;riode. Je voudrais resituer les concepts dans une r&#233;flexion plus large sur la d&#233;colonisation et sur l'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La construction du Sud global construit une histoire commune qui int&#232;gre l'histoire des diff&#233;rentes d&#233;colonisations, celles des Am&#233;riques, Am&#233;rique du Nord, Am&#233;rique du Sud et Cara&#239;bes et celles de l'Asie et de l'Afrique. En 1776, l'ind&#233;pendance des &#201;tats-Unis commence par une r&#233;volte des anciens colons. Les guerres d'ind&#233;pendance de l'Am&#233;rique Latine furent essentiellement men&#233;es par la diaspora europ&#233;enne contre les empires europ&#233;ens. Toutes les r&#233;volutions atlantiques, y compris aux &#201;tats-Unis et en France, ont &#233;t&#233; influenc&#233;es par les Lumi&#232;res europ&#233;ennes. Les tensions sociales et raciales sous-jacentes ont eu un grand impact. La radicalisation des classes domin&#233;es pour l'ind&#233;pendance a accompagn&#233; la cr&#233;ation d'une classe cr&#233;ole riche. La r&#233;volution de Ha&#239;ti en 1804 a affirm&#233; le peuple noir. L'abolition de l'esclavage dans les nations ind&#233;pendantes d'Am&#233;rique a &#233;t&#233; achev&#233;e en 1850. La r&#233;volution mexicaine en 1910 va se prolonger dans la r&#233;affirmation des peuples autochtones, les peuples premiers. La doctrine Monroe avait d&#233;fini, d&#232;s 1823, la subordination de l'Am&#233;rique du Sud aux &#201;tats-Unis. Les nouveaux &#201;tats-Nations imposent les rapports d'exploitation et de domination de leurs peuples. Les ind&#233;pendances nationales et les nouveaux &#201;tats n'ont pas aboli les rapports de d&#233;pendance et les rapports coloniaux. Les rapports de domination de la colonisation perdurent malgr&#233; les ind&#233;pendances. Cette situation va conduire &#224; la d&#233;finition de nouveaux concepts autour de la colonialit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Asie et en Afrique, les luttes anticoloniales n'ont jamais cess&#233; depuis le d&#233;but des colonisations. L'alliance strat&#233;gique qui a permis la d&#233;colonisation a &#233;t&#233; d&#233;finie au Congr&#232;s des peuples d'Orient, &#224; Bakou en 1920, entre les mouvements de lib&#233;ration nationale et les mouvements communistes. Elle a &#233;t&#233; confirm&#233;e en 1927, au Congr&#232;s de Bruxelles contre le colonialisme et l'imp&#233;rialisme. Entre la Conf&#233;rence de Bandung en 1955 et la Conf&#233;rence Trilat&#233;rale &#224; la Havane en 1973, des luttes dans le monde vont porter des nouvelles propositions et de nouveaux concepts. En Europe, en Allemagne, en Italie et en France avec Mai 68 ; dans les pays de l'Est, apr&#232;s la mort de Staline en 1953, avec la Hongrie en 1956, jusqu'&#224; la Tch&#233;coslovaquie en 1968 ; en Afrique dans une quinzaine de pays dont le S&#233;n&#233;gal, le Cameroun, le Congo l'Afrique du Sud ; au Japon et en Cor&#233;e ; au Mexique et en Argentine. Les mouvements de jeunesse, entrent en &#233;bullition partout dans le monde. Des jonctions dans plusieurs pays ont lieu entre le mouvement &#233;tudiant et le mouvement ouvrier. C'est une explosion de nouveaux mouvements avec des mouvements des droits des femmes, des mouvements pour le droit &#224; l'avortement, des mouvements contre les d&#233;chets nucl&#233;aires, des mouvements &#233;cologistes, des mouvements paysans pour l'agriculture paysanne, des mouvements pour le droit au logement, des mouvements des migrants, des mouvements pour les libert&#233;s. C'est la p&#233;riode d'&#233;mergence des nouveaux mouvements sociaux et l'entr&#233;e en force des jeunesses dans les mobilisations politiques de masse. Ils portent de nouvelles interrogations sur l'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la d&#233;colonisation, avec l'ind&#233;pendance des &#201;tats se poursuit, la contre-offensive occidentale se pr&#233;pare et va mettre en place une nouvelle phase du capitalisme, le n&#233;olib&#233;ralisme, qui s'impose &#224; partir de 1975. Un affrontement Nord-Sud, post-colonial, aura lieu en 1973 avec le quadruplement du prix du p&#233;trole et en 1979, &#224; la suite de la r&#233;volution islamique en Iran, avec un nouveau doublement du prix du p&#233;trole. Mais les &#201;tats p&#233;troliers ne pr&#233;servent pas l'unit&#233; des pays du Sud et laissent les pays occidentaux retourner la situation en leur faveur. En 1975 est cr&#233;&#233; le G5, qui deviendra le G7, qui regroupe les pays dirigeants occidentaux. Ils lancent, en organisant l'endettement des pays du Sud, une contre-offensive qui r&#233;ussit et qui rallie la plupart des pays p&#233;troliers &#224; l'offensive occidentale. Les institutions de Bretton Woods, FMI et Banque Mondiale, vont imposer, &#224; partir d'une gestion inique de la dette, les Programmes d'Ajustement Structurel, les PAS. C'est une entreprise de recolonisation des pays du Sud. De nombreux mouvements contre la dette vont se d&#233;velopper dans les pays du sud, avec des mouvements de soutien dans des pays du nord, mais sans r&#233;ussir &#224; sortir de ce pi&#232;ge qui va fonctionner de 1979 jusqu'&#224; aujourd'hui. Le capitalisme r&#233;ussit sa nouvelle mutation, n&#233;olib&#233;rale, avec la mise en place du capitalisme financier et sa strat&#233;gie : marchandisation, privatisation, financiarisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mouvement altermondialiste, nouvelle &#233;tape de l'internationalisme &#233;merge en r&#233;ponse &#224; cette strat&#233;gie du capitalisme et de la financiarisation. A partir de 1989, la situation &#233;volue avec la chute du mur de Berlin, l'effondrement du bloc sovi&#233;tique et le passage &#224; un monde unipolaire sous la direction des &#201;tats-Unis et du G7. La r&#233;union de l'OMC &#224; Seattle en 1999 qui devait confirmer l'ordre mondial se heurte &#224; l'opposition des mouvements et aux contradictions internes entre les diff&#233;rents pays. Les Forums Sociaux Mondiaux se succ&#232;dent et laissent la parole aux mouvements sociaux et citoyens. Le Forum de Bel&#233;m en 2009 regroupe 4500 associations, plus de cent mille personnes. Par rapport &#224; la crise financi&#232;re ouverte en 2008, il avance des propositions imm&#233;diates : le contr&#244;le de la finance, la suppression des paradis fiscaux et judiciaires, la taxe sur les transactions financi&#232;res, l'urgence climatique, la redistribution&#8230; On retrouvera l'&#233;cho de ces mesures dans le programme de la commission, sur le Green New Deal, des Nations Unies anim&#233;e par Joseph Stiglitz et Amartya Sen. A Bel&#233;m, un ensemble de mouvements, les femmes, les paysans, les &#233;cologistes et les peuples indig&#232;nes, surtout amazoniens, ont pris la parole pour affirmer : il s'agit d'une remise en cause des rapports entre l'esp&#232;ce humaine et la Nature, il ne s'agit pas d'une simple crise du n&#233;olib&#233;ralisme, ni m&#234;me du capitalisme ; il s'agit d'une crise de civilisation, celle qui d&#232;s 1492 a d&#233;fini certains fondements de la science contemporaine dans l'exploitation illimit&#233;e de la Nature et de la plan&#232;te. C'est la compr&#233;hension de la colonialit&#233; ! C'est de l&#224; que date la d&#233;finition d'un projet alternatif, celui de la transition sociale, &#233;cologique et d&#233;mocratique. Cette transition s'appuie sur de nouvelles notions et de nouveaux concepts : les biens communs, la propri&#233;t&#233; sociale, le buen vivir, la d&#233;mocratisation radicale de la d&#233;mocratie. Un renouvellement de la pens&#233;e est en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise financi&#232;re de 2008 ouvre une crise du n&#233;olib&#233;ralisme qui passe &#224; une nouvelle forme aust&#233;ritaire, combinant aust&#233;rit&#233; et autoritarisme. De nouveaux mouvements traduisent la r&#233;action des peuples dans plus de cinquante pays avec des formes nouvelles, occupy, indign&#233;s, printemps arabes, parapluies, &#8230; Ces mouvements, tr&#232;s divers, r&#233;pondent &#224; l'id&#233;ologie dominante et suscitent les r&#233;actions brutales et autoritaires des pouvoirs contest&#233;s. Nous vivons alors la mont&#233;e de r&#233;gimes qui s'appuient sur des id&#233;ologies racistes, x&#233;nophobes et s&#233;curitaires, soutenues par une partie des populations qui acceptent, &#224; partir de la peur du changement, des propositions conservatrices et r&#233;actionnaires. Des conflits multiples vont se d&#233;velopper, et aussi des guerres qui sont une mani&#232;re de r&#233;tablir l'ordre. Les contradictions s'aiguisent. La prise de conscience &#233;cologique remet en cause les conceptions du d&#233;veloppement21. La conjonction des pand&#233;mies et du changement climatique inscrit une nouvelle crise de civilisation22. La confrontation oppose trois conceptions ; une id&#233;ologie n&#233;olib&#233;rale et les in&#233;galit&#233;s ; une id&#233;ologie identitaire et nationaliste, construite contre les migrations ; une id&#233;ologie progressiste, pour l'&#233;galit&#233; et la solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me phase de la d&#233;colonisation a commenc&#233; alors que la premi&#232;re phase n'est pas compl&#232;tement termin&#233;e. La recherche de nouveaux concepts doit resituer la d&#233;colonisation dans les chemins de l'&#233;mancipation. Elle interroge l'&#201;tat et le pouvoir. Elle remet en question l'&#201;tat-Nation confront&#233; &#224; la volont&#233; de lib&#233;ration des nations et des peuples. Elle remet en cause la strat&#233;gie de transformation qu'avait appliqu&#233; la bourgeoisie et qui s'&#233;non&#231;ait en &#171; cr&#233;er un parti, pour conqu&#233;rir l'&#201;tat, pour changer la soci&#233;t&#233; &#187;. Elle interroge la mondialisation et le syst&#232;me g&#233;opolitique international en pleine mutation. La multipolarit&#233; est une premi&#232;re r&#233;ponse &#224; l'unipolarit&#233;, elle n'est qu'une &#233;tape ; le capitalisme est dominant partout sous diff&#233;rentes formes, la question de la d&#233;mocratie est pos&#233;e partout23, les guerres sont de plus en plus pr&#233;sentes et dangereuses pour l'&#233;quilibre mondial. La question pos&#233;e est celle du d&#233;passement du capitalisme, en crise profonde mais toujours dominant sous de multiples formes. Le d&#233;passement du capitalisme ne prendra pas la forme du socialisme tel qu'il a &#233;t&#233; d&#233;fini par la r&#233;volution de 1917. Les formes de l'&#233;mancipation, de la lib&#233;ration et du rejet des dominations sont &#224; r&#233;inventer. Elles sont port&#233;es par les radicalit&#233;s mises en avant par les mouvements sociaux (ouvrier, paysan, syndical, f&#233;ministe, antiraciste, &#233;cologiste, des migrants, &#8230; Le renouvellement des concepts de la d&#233;colonisation &#224; travers la d&#233;colonialit&#233; est un premier pas dans cette r&#233;invention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gustave Massiah, avril 2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Passerelle n&#176;24, D&#233;coloniser, Notions, Enjeux et horizons politiques, mars 2023 ; R&#233;alisation et coordination : Caroline Weill&lt;br class='autobr' /&gt;
2 La collection Passerelle est &#233;dit&#233;e par l'association RITIMO, r&#233;seau d'information pour la solidarit&#233; internationale et le d&#233;veloppement. &lt;a href=&#034;http://www.ritimo.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.ritimo.org&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
3 Gustave Massiah, &#171; Bandung un moment historique de la d&#233;colonisation &#187;, ao&#251;t 2022 &lt;a href=&#034;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article60633&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article60633&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
4 Fondation Franz Fanon &lt;a href=&#034;https://fondation-frantzfanon.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fondation-frantzfanon.com&lt;/a&gt; / Pr&#233;sidente : Mireille Fanon Mend&#232;s-France&lt;br class='autobr' /&gt;
5 Chap 1. St&#233;phane Dufoix, &#171; Colonialit&#233; et d&#233;colonialit&#233;, mode d'emploi &#187;, Passerelle n&#176;24&lt;br class='autobr' /&gt;
6 Chap 2. Capucine Boidin, &#171; Qu'est-ce que les &#233;tudes d&#233;coloniales latino-am&#233;ricaines ? &#187; Passerelle n&#176;24&lt;br class='autobr' /&gt;
7 Chap 3. Fatima Hurtado Lopez, &#171; Vers un pluriversalisme transmoderne et d&#233;colonial &#187;, Passerelle n&#176;24&lt;br class='autobr' /&gt;
8 Immanuel Wallerstein, L'universalisme europ&#233;en : de la colonisation au droit d'ing&#233;rence, Demopolis, 2008.&lt;br class='autobr' /&gt;
9 Gustave Massiah, &#171; D&#233;construire l'universalisme occidental pour construire un universalisme universel &#187;, cedetim, mars 2012&lt;br class='autobr' /&gt;
10 Chap 4. Sebasti&#225;n Le&#243;n, &#171; L'eurocentrisme, le mythe de la modernit&#233; capitaliste comme seule possibilit&#233;, &#187; Passerelle n&#176;24&lt;br class='autobr' /&gt;
11 WW Rostow, Les &#233;tapes de la croissance &#233;conomique, un manifeste non communiste, Economica, 1997&lt;br class='autobr' /&gt;
12 Chap 5. Sarra El Idrissi, Racisation, racialisation : &#233;mergences, r&#233;sistances et appropriations. Passerelle n&#176;24&lt;br class='autobr' /&gt;
13 Chap 6. Eric Fassin, &#171; Racisme d'Etat : politiques de l'antiracisme. &#187; Passerelle N&#176;24&lt;br class='autobr' /&gt;
14 Chap 7. Rokhaya Diallo, &#171; Pourquoi le racisme anti Blanc.hes n'existe pas &#187;, Passerelle n&#176;24&lt;br class='autobr' /&gt;
15 Chap 8. Fania No&#235;l, &#171; Intersectionnalit&#233; et mouvements sociaux, de quoi parle-t-on ? &#187; Passerelle n&#176;24&lt;br class='autobr' /&gt;
16 Angela Davis, Femmes, Race et Classe, Edition des femmes, 1983&lt;br class='autobr' /&gt;
17 Chap 9. Emmanuel Wathelet, &#171; Une objective subjectivit&#233; ou l'objectivisme sociologique contre le point de vue situ&#233;, &#187; Passerelle n&#176;24&lt;br class='autobr' /&gt;
18 Houria Bouteldja Beaufs et barbares, Editions La Fabrique, Paris 2023. Elle est une des premi&#232;res en France, &#224; se r&#233;f&#233;rer depuis longtemps &#224; la d&#233;colonialit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
19 Les chapitres de la deuxi&#232;me partie ont &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;s par : Chap 10. Maria Blanco Bergrund ; Chap 11. Antonio Zambrano Allende ; Chap 12. Caroline Weill ; Chap 13. Mounia Chadi ; Chap 14. Danae Riva Deneyra ; Chap 15. Hanane Karim ; Chap 16. Mathieu Lopes.&lt;br class='autobr' /&gt;
20 Les chapitres de la troisi&#232;me partie ont &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;s par : Chap 17. Nonhlanhla Makuyana et Guppi Kaur Bola ; Chap 18. CADTM ; Chap 19. Elikia Mbokolo ; Chap 20. Pablo Landeo Mu&#241;oz ; Chap 21. Sabrina Velandia ; Chap 22. Entretien de Selamawit Terrefe par Fania No&#235;l ; Chap 20. Marcelle Bruce ; Chap 21. Breny Mendoza ; Chap 22. Sihame Assbague et Fania No&#235;l ; Chap 23 : semaine anticoloniale.&lt;br class='autobr' /&gt;
21 Gustave Massiah, &#171; Repenser le d&#233;veloppement pour repenser la solidarit&#233; internationale &#187; &lt;a href=&#034;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article49710&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article49710&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
22 Gustave Massiah, &#171; Pand&#233;mie et climat dans la crise de civilisation &#187; &lt;a href=&#034;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article53901&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article53901&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
23 Kavita Krishnan, &#8220;Multipolarity, the mantra of authoritarism&#8221; &lt;a href=&#034;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article65144&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article65144&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Crise en France : Un mouvement social, &#233;cologique et d&#233;mocratique</title>
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		<dc:date>2023-04-25T06:41:35Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gustave Massiah </dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2023-04-25</dc:subject>

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&lt;p&gt;La France est entr&#233;e, en 2023, dans une nouvelle p&#233;riode de crise sociale et politique. La crise a mis en &#233;vidence les contradictions sociales, &#233;cologiques et d&#233;mocratiques. Les mobilisations sont consid&#233;rables. Le mouvement social contre la r&#233;forme des retraites se prolonge. La contestation &#233;cologique s'est radicalis&#233;e et a &#233;t&#233; violemment r&#233;prim&#233;e. Le refus de l'autoritarisme a galvanis&#233; la jeunesse. Comment expliquer la violence des contradictions et la duret&#233; de l'affrontement. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-240-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH85/manif_retraites-3-4affc.jpg?1781856632' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La France est entr&#233;e, en 2023, dans une nouvelle p&#233;riode de crise sociale et politique. La crise a mis en &#233;vidence les contradictions sociales, &#233;cologiques et d&#233;mocratiques. Les mobilisations sont consid&#233;rables. Le mouvement social contre la r&#233;forme des retraites se prolonge. La contestation &#233;cologique s'est radicalis&#233;e et a &#233;t&#233; violemment r&#233;prim&#233;e. Le refus de l'autoritarisme a galvanis&#233; la jeunesse. Comment expliquer la violence des contradictions et la duret&#233; de l'affrontement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2023/04/09/un-mouvement-social-ecologique-et-democratique/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Entre les lignes et les mots&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A peine &#233;lu pour un deuxi&#232;me mandat pr&#233;sidentiel, Emmanuel Macron s'est retrouv&#233; en majorit&#233; relative &#224; l'Assembl&#233;e nationale. Il a pens&#233; que la r&#233;forme des retraites lui permettrait de reconstituer une majorit&#233; avec un parti, Les R&#233;publicains, qui affichait la volont&#233; d'allonger la dur&#233;e des cotisations et le report de l'&#226;ge de d&#233;part pour une retraite compl&#232;te. Il avait pr&#233;vu de consolider cette alliance, encore plus &#224; droite, avec des lois contre l'immigration et contre le droit au logement. Il a sous-estim&#233; la profondeur de la polarisation en trois courants id&#233;ologiques du champ politique entre une droite n&#233;olib&#233;rale, une nouvelle droite identitaire et nationaliste polaris&#233;e par une droite extr&#234;me, une gauche rassembl&#233;e. Cette polarisation s'est affirm&#233;e &#224; l'&#233;chelle internationale. Elle rend difficile, en France, le d&#233;gagement d'une majorit&#233; parlementaire et accentue les d&#233;rives d'un r&#233;gime pr&#233;sidentialiste. Elle met en &#233;vidence l'inadaptation des institutions dans une p&#233;riode de crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le choix de la question des retraites n'&#233;tait pas seulement tactique ; il correspondait &#224; une orientation strat&#233;gique qui ne pr&#233;sentait pas d'urgence mais qui s'inscrit dans la longue p&#233;riode. Elle s'est affirm&#233;e &#224; partir de 1981, quand le gouvernement de gauche gagne les &#233;lections et instaure la retraite &#224; 60 ans et la semaine de trente-cinq heures, pour concr&#233;tiser sa promesse du &#171; temps de vivre &#187;. Le gouvernement de gauche ne s'imagine pas alors la contradiction centrale qu'il va ouvrir. Avant 1982, la question des retraites n'est pas pr&#233;sente dans les mouvements sociaux. A partir de 1982, Elle deviendra une question centrale et r&#233;currente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on revient sur l'histoire des mouvements sociaux en France, on est frapp&#233; par l'importance des luttes sur les retraites. A partir de 1982, il y a de tr&#232;s nombreuses luttes ouvri&#232;res, paysannes, &#233;tudiantes. On compte une quinzaine de mouvements sociaux de grande ampleur qui se traduisent par des mobilisations nationales. En 1984, la marche pour l'&#233;galit&#233; et, en 1986, la gr&#232;ve de la faim des sans-papiers ; et toujours en 1986 la gr&#232;ve &#233;tudiante contre la r&#233;forme Devaquet. Sans oublier en 1984, la seule mobilisation nationale de droite pour l'&#233;cole priv&#233;e. A partir de 1995, sur 9 grandes mobilisations, il y en a six contre les r&#233;formes du r&#233;gime des retraites ; alors qu'il n'y en avait aucune avant. En 1995, contre le plan Jupp&#233; de r&#233;forme des retraites ; en 2003, contre le plan Fillon de r&#233;forme du r&#233;gime des retraites ; en 2010, contre le nouveau plan Fillon ; en 2018 contre le statut des cheminots ; en 2019 contre une r&#233;forme Edouard Philippe ; en 2023 la r&#233;forme actuelle. Depuis 1995, trois mouvements d'ampleur ne concernaient pas les retraites, le contrat de premi&#232;re embauche en 2016, vot&#233; mais officiellement abandonn&#233; par Jacques Chirac, la loi Travail dite loi El Khomry en 2016 et le mouvement des Gilets jaunes en 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se joue donc quelque chose de fondamental sur la question des retraites. C'est l'objectif prioritaire, l'obsession de tous les gouvernements successifs depuis l'instauration de la retraite &#224; soixante ans en 1982. Deux raisons sont avanc&#233;es, l'allongement de la dur&#233;e de vie rendrait impossible le financement des retraites. La concurrence internationale ne le permettrait pas et ruinerait l'&#233;conomie fran&#231;aise. Il s'en est suivi une cascade de r&#233;forme sur les retraites, et de retour sur la semaine de trente-cinq heures, qui se sont heurt&#233;es &#224; des mobilisations sociales consid&#233;rables. Les ann&#233;es qui ont suivi ont donn&#233; une r&#233;ponse &#224; ces craintes. L'&#233;conomie fran&#231;aise ne s'est pas effondr&#233;e sous le choc de la concurrence internationale ; elle a r&#233;sist&#233; pendant quarante-six ans. Le financement des retraites ne s'est pas r&#233;v&#233;l&#233; impossible malgr&#233; la r&#233;duction syst&#233;matique des cotisations sociales dues par les entreprises. Par contre, la situation fran&#231;aise est inacceptable pour le capital europ&#233;en et international. Alors que la tendance est &#224; l'augmentation du temps de travail et de l'&#226;ge de la retraite dans les autres pays. En Europe, il passe &#224; 67 ans et il est pr&#233;vu d'aller jusqu'&#224; 70 ans. L'exception fran&#231;aise est insupportable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut accepter l'id&#233;e que ce n'est pas une paresse particuli&#232;re des salari&#233;s fran&#231;ais qui serait en cause. Ce qui est en cause, ce n'est pas le travail, c'est le travail salari&#233; qui laisse un profit &#224; la classe dirigeante, c'est le travail contraint et exploit&#233;. La revendication n'est pas de travailler moins, elle est d'&#234;tre moins exploit&#233;. L'&#233;volution d&#233;mographique n'annule pas la lutte des classes. Les retrait&#233;s et m&#234;me les actifs ne cherchent pas &#224; moins travailler, ils veulent choisir librement et travailler librement. Ils effectuent d&#233;j&#224; un &#233;norme travail, socialement utile, au niveau du soin des familles et de la vie associative et collective, sans lesquels la soci&#233;t&#233; ne pourrait pas fonctionner, se reproduire et s'am&#233;liorer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme europ&#233;en et international attend des dirigeants fran&#231;ais qu'ils ram&#232;nent leurs travailleurs &#224; la norme commune et qu'ils arr&#234;tent de donner un mauvais exemple en montrant qu'il est possible de r&#233;duire le temps de travail. Cette demande est devenue plus forte depuis 2008 apr&#232;s la crise financi&#232;re qui a montr&#233; l'ampleur de la crise du capitalisme et qui s'est traduit par le tournant vers un n&#233;olib&#233;ralisme aust&#233;ritaire, combinant aust&#233;rit&#233; et s&#233;curitarisme. Emmanuel Macron, soucieux d'&#234;tre reconnu comme un leader europ&#233;en, sinon mondial, et convaincu des bienfaits du capitalisme n&#233;olib&#233;ral, est pr&#234;t &#224; donner des gages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette offensive r&#233;p&#233;t&#233;e pour ramener les travailleurs fran&#231;ais &#224; une norme acceptable par le capitalisme europ&#233;en se heurte &#224; une r&#233;sistance opini&#226;tre. Comment comprendre l'importance de la r&#233;sistance des salari&#233;s ? C'est que la mobilisation pour les retraites fait partie de la r&#233;sistance contre la remise en cause de la r&#233;duction du temps de travail. Ce sont des luttes d'une grande &#226;pret&#233;. Denis Paillard, dans son livre &#171; &lt;i&gt;R&#234;ve g&#233;n&#233;rale, ceux d'en bas et l'&#233;mancipation &#187;1, cite la position r&#233;currente de Marx sur la lutte pour la r&#233;duction du temps de travail, dont la radicalit&#233; R&#234;ve g&#233;n&#233;rale, ceux d'en bas et l'&#233;mancipation tient au fait que ce qui est en jeu c'est le corps m&#234;me du travailleur, de tout travailleur, homme, femme, enfant. Une radicalit&#233; qui n'est pas pr&#233;sente au m&#234;me titre dans les autres luttes, par exemple celles pour l'augmentation des salaires. L'enjeu de ces luttes c'est l'&#233;volution, du fait de l'&#233;volution d&#233;mographique, du partage entre capital et travail, et de la sauvegarde d'un travail socialement utile par rapport au travail exploit&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet affrontement social a tendu les relations ; il s'est prolong&#233; par l'incompr&#233;hension de la situation &#233;cologique. La prise de conscience de l'ampleur des enjeux sur la situation &#233;cologique s'est beaucoup renforc&#233;e notamment dans les jeunes g&#233;n&#233;rations. La demande d'actions et de politiques &#224; l'&#233;chelle des enjeux est de plus en plus pressante. L'&#233;volution du climat inqui&#232;te et ob&#232;re l'avenir. La d&#233;gradation de la situation pour l'air, pour l'eau et pour la terre ne peut pas &#234;tre combattue par des discours sans changement des politiques. La question des m&#233;ga-bassines est pos&#233;e r&#233;guli&#232;rement. La privatisation des r&#233;serves d'eau accentue le danger pour les nappes phr&#233;atiques. La recherche de solutions par des grands travaux non ma&#238;tris&#233;s et privatis&#233;s s'oppose &#224; la mobilisation et au changement de mod&#232;le de transformation port&#233; par les mobilisations &#233;cologiques. Les avertissements se heurtent &#224; l'indiff&#233;rence officielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement social &#233;cologiste a pris une grande importance. Il s'inqui&#232;te de l'inefficacit&#233; des grandes conf&#233;rences et demande des interventions concr&#232;tes et des engagements politiques r&#233;els. La manifestation contre les grandes bassines a montr&#233; la convergence entre les jeunes g&#233;n&#233;rations, les paysans travailleurs et les mouvements associatifs. La crainte de la cr&#233;ation de nouvelles ZAD (Zones A D&#233;fendre) a &#233;t&#233; agit&#233;e par le pouvoir pour justifier une politique de maintien de l'ordre agressive et violente. Le pouvoir a attaqu&#233; violemment les manifestants, pr&#233;textant la pr&#233;sence d'&#233;l&#233;ments violents, surestimant la pr&#233;sence de black-blocs et d&#233;clarant la guerre &#224; une menace fantasm&#233;e qualifi&#233;e d'ultragauche. Ces &#233;l&#233;ments de langage traduisent la surexcitation du ministre de l'int&#233;rieur et l'ont conduit &#224; demander la dissolution des Soul&#232;vements de la Terre, un mouvement de convergence entre les jeunes, les paysans travailleurs et les associations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La violence de la r&#233;pression contre les manifestants et contre les &#233;cologistes contribue &#224; radicaliser de larges secteurs de la jeunesse. L'utilisation de la proc&#233;dure du 49-3, permettant d'&#233;viter le vote au Parlement, a servi de r&#233;v&#233;lateur &#224; la d&#233;rive autoritariste du pouvoir. L'ent&#234;tement &#224; faire passer en force une r&#233;forme qui est rejet&#233;e, d'apr&#232;s des sondages r&#233;currents par les deux-tiers des &#233;lecteurs en France et par pr&#232;s de 90% des actifs et en utilisant une proc&#233;dure qui permet d'&#233;viter un vote de l'Assembl&#233;e nationale a &#233;t&#233; un r&#233;v&#233;lateur des d&#233;rives autoritaires. La proc&#233;dure est peut-&#234;tre l&#233;gale, mais peut-on consid&#233;rer comme d&#233;mocratique une proc&#233;dure rejet&#233;e par les deux-tiers des &#233;lecteurs. En opposant la l&#233;galit&#233; &#224; la majorit&#233; de la population, on met en grand danger les institutions et la d&#233;mocratie. La col&#232;re est tr&#232;s forte et ne se calmera pas de sit&#244;t. Le retrait de la r&#233;forme des retraites, dont le recul de l'&#226;ge de la retraite &#224; 64 ans, pourrait ouvrir des perspectives pour une v&#233;ritable n&#233;gociation pour une r&#233;forme du syst&#232;me des retraites et le respect de la r&#233;duction du temps de travail. On n'&#233;vitera pas aussi le d&#233;bat sur la r&#233;forme des institutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement social et &#233;cologiste est aussi un mouvement d&#233;mocratique. Il met en avant le refus de l'autoritarisme. Il refuse aussi le m&#233;pris. Il remet en cause la m&#233;ritocratie qui cherche &#224; relier les cadres &#224; la classe dirigeante, &#224; la bourgeoisie financi&#232;re. Le contr&#244;le g&#233;n&#233;ral par une classe financi&#232;re omnipotente alimente l'id&#233;e d'une g&#233;n&#233;ralisation de la corruption et le rejet du politique. Les contradictions de la nouvelle p&#233;riode s'aiguisent. Des mouvements sont porteurs de radicalit&#233;s nouvelles : les mouvements ouvrier et syndical, paysan, f&#233;ministe, &#233;cologiste, des peuples premiers, contre le racisme et les discriminations, contre le pr&#233;cariat, pour les droits des migrants, pour le droit au logement. La strat&#233;gie de ces mouvements est en pleine &#233;volution. La mont&#233;e des id&#233;ologies s&#233;curitaires et identitaires des extr&#234;mes droites partout dans le monde traduisent, notamment, la peur de l'avenir et la r&#233;sistance &#224; ces nouvelles radicalit&#233;s. L'avenir est ouvert ! La convergence des luttes sociales, &#233;cologistes, d&#233;mocratiques amorce une strat&#233;gie d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gustave Massiah, 2 avril 2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Denis Paillard, R&#234;ve G&#233;n&#233;rale, ceux d'en bas et l'&#233;mancipation, Editions Syllepse, Paris, 2022&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un livre important de Andr&#233; Grimaldi</title>
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		<dc:date>2022-11-29T08:11:38Z</dc:date>
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		<dc:creator>Andr&#233; Grimaldi , Gustave Massiah </dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>

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&lt;p&gt;Andr&#233; Grimaldi vient de publier un livre tr&#232;s important, L'H&#244;pital nous a sauv&#233;s, sauvons-le ! avec une belle pr&#233;face d'Alain Supiot. Un livre incisif de cent pages, un manifeste sur une question vitale, pour la sant&#233; publique. Un manifeste qui, apr&#232;s un diagnostic et un traitement, propose dix mesures pour sauver l'h&#244;pital public. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Entre les lignes et les mots &lt;br class='autobr' /&gt;
Il part d'un constat : l'h&#244;pital est malade. Chaque semaine, on assiste &#224; la fermeture totale ou partielle, la nuit, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L103xH150/arton55006-f780b.jpg?1781856633' class='spip_logo spip_logo_right' width='103' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Andr&#233; Grimaldi vient de publier un livre tr&#232;s important, L'H&#244;pital nous a sauv&#233;s, sauvons-le ! avec une belle pr&#233;face d'Alain Supiot. Un livre incisif de cent pages, un manifeste sur une question vitale, pour la sant&#233; publique. Un manifeste qui, apr&#232;s un diagnostic et un traitement, propose dix mesures pour sauver l'h&#244;pital public.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/11/22/un-livre-important-de-andre-grimaldi/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Entre les lignes et les mots&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il part d'un constat : l'h&#244;pital est malade. Chaque semaine, on assiste &#224; la fermeture totale ou partielle, la nuit, d'un service d'urgences. Entre 5 et 30% des lits sont ferm&#233;s par manque de personnel. Il y a une p&#233;nurie croissante de sages-femmes dans les maternit&#233;s. Et pourtant l'h&#244;pital public a pris en charge 85% des patients atteints par le covid. L'h&#244;pital n'est pas seulement la r&#233;f&#233;rence en mati&#232;re de sant&#233;, il joue un r&#244;le essentiel dans les territoires, c'est souvent le premier employeur local. Le choc de la pand&#233;mie et de la crise sanitaire du covid met en avant le d&#233;bat sur la refondation de l'h&#244;pital public. Il y a une grande urgence car comme l'explique Andr&#233; Grimaldi, la frustration alimente la fatigue d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le diagnostic&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sauver l'h&#244;pital public, Andr&#233; Grimaldi pr&#233;sente un diagnostic, propose un traitement et met en avant dix mesures. Le diagnostic explicite les trois maladies aux effets cumulatifs qui minent l'h&#244;pital public : l'h&#244;pital est malade des d&#233;faillances de la m&#233;decine de ville ; il est malade des d&#233;fauts de la grande r&#233;forme de la m&#233;decine en 1958 ; il est malade de la politique de l'h&#244;pital-entreprise, sous contrainte budg&#233;taire, qui caract&#233;rise la gestion &#233;tatique actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;decine lib&#233;rale, depuis sa charte de 1927, d&#233;fend le travail solitaire en cabinet, la libert&#233; d'installation, le paiement &#224; l'acte. Les syndicats m&#233;dicaux majoritaires sont hostiles, jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1990, &#224; un service public de la m&#233;decine de proximit&#233;, une m&#233;decine de premier recours, avec des professionnels m&#233;dicaux qui travailleraient en &#233;quipe et accepteraient des r&#233;mun&#233;rations forfaitaires. Le syndicat des m&#233;decins g&#233;n&#233;ralistes (MG France), cr&#233;&#233; en 1986, demande la fin du &#171; tout paiement &#224; l'acte &#187;. Un changement est amorc&#233; avec les nouvelle formes d'exercice, les 500 centres de sant&#233;, les 2000 maisons m&#233;dicales pluri-professionnelles, les 200 communaut&#233;s professionnelles de territoires de sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 1970, on met place un numerus clausus pour limiter le nombre des m&#233;decins, sous pr&#233;texte, &#171; qu'en sant&#233;, c'est l'offre qui d&#233;termine la demande &#187;. Alors qu'on aurait pu relativiser le paiement &#224; l'acte, revoir la r&#233;partition des activit&#233;s entre m&#233;decins et param&#233;dicaux travaillant en &#233;quipe, r&#233;guler la libert&#233; d'installation. La participation des m&#233;decins lib&#233;raux &#224; la permanence des soins n'&#233;tant plus obligatoire, moins de 40% des m&#233;decins g&#233;n&#233;ralistes prennent encore des gardes et pour beaucoup l'h&#244;pital est devenu le m&#233;decin traitant de premier recours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refus de toute contrainte sur la libert&#233; d'installation, contrairement &#224; d'autres pays, se traduit par le d&#233;veloppement, en France, des d&#233;serts m&#233;dicaux. La question des d&#233;serts m&#233;dicaux est fortement pos&#233;e [1]. Parmi les plus de 17 ans, 6,3 millions de personnes sont sans m&#233;decin traitant en France, selon l'Assurance maladie. Une quarantaine de d&#233;partements sont d&#233;sormais sous le seuil critique de 40 sp&#233;cialistes pour 100 000 habitants, contre une vingtaine en 2012. Les m&#233;decins sont les seuls professionnels de sant&#233; dont la r&#233;partition g&#233;ographique ne fait pas l'objet d'une r&#233;gulation ; sages-femmes, infirmiers ou encore pharmaciens ne peuvent pas s'installer o&#249; ils le souhaitent. Il est temps de remettre en cause la libert&#233; totale d'installation des m&#233;decins pour lutter efficacement contre les d&#233;serts m&#233;dicaux, ne serait-ce qu'en conditionnant l'installation dans les territoires de sant&#233; ayant une densit&#233; m&#233;dicale situ&#233;e dans le quintile sup&#233;rieur &#224; un d&#233;part en retraite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un d&#233;sert m&#233;dical est souvent sous-dot&#233; non seulement en m&#233;decins et en professionnels de sant&#233;, mais aussi plus largement en services publics et en infrastructures. La lutte contre les d&#233;serts m&#233;dicaux passe par l'exercice pluri-professionnel, incarn&#233; par les maisons de sant&#233; et les centres de sant&#233;, o&#249; exercent non seulement des m&#233;decins mais aussi des param&#233;dicaux, des patients ressources et des m&#233;diateurs de sant&#233; pratiquant une nouvelle m&#233;decine : la m&#233;decine &#171; communautaire &#187; (non communautariste). Leur cr&#233;ation rel&#232;ve de la responsabilit&#233; de l'Etat (les ARS) agissant en coordination avec les collectivit&#233;s territoriales et les CHU, avec l'aide de la f&#233;d&#233;ration des centres de sant&#233; et des maisons de sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'h&#244;pital public est malade des limites de la r&#233;forme, progressiste, de 1958. La cr&#233;ation des CHU, les Centres Hospitaliers Universitaires, &#233;tait une grande avanc&#233;e. Elle a instaur&#233; le travail &#224; temps plein des m&#233;decins hospitaliers ; la triple mission de soins, d'enseignement et de recherches ; la fin progressive des salles communes et l'humanisation de l'h&#244;pital. La biologie a remplac&#233; l'anatomie comme r&#233;f&#233;rence. Mais, il avait fallu accepter une concession, la cr&#233;ation d'un secteur priv&#233; dans l'h&#244;pital public. Avec le temps, les aspects n&#233;gatifs se sont accentu&#233;s. On a vu s'accro&#238;tre la coupure de l'h&#244;pital avec la ville, la sur-sp&#233;cialisation au d&#233;triment de la prise en charge globale, la difficult&#233; de prise en charge des patients admis aux urgences et qui n'ont pas trouv&#233; de place dans les services sp&#233;cialis&#233;s. On a vu aussi la hi&#233;rarchisation du pouvoir entre les hospitaliers universitaires et les praticiens hospitaliers. Et tandis que la profession se f&#233;minisait, plus on montait dans la hi&#233;rarchie m&#233;dicale hospitali&#232;re, moins il y avait de femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux missions se rajoutent aux trois pr&#233;c&#233;dentes, les soins, l'enseignement et la recherche. Il s'agit de la gestion et des activit&#233;s de sant&#233; publique. On peut distinguer quatre m&#233;decines : les maladies b&#233;nignes en ville, les maladies graves et complexes &#224; l'h&#244;pital, au d&#233;triment des maladies chroniques, et de la sant&#233; publique. En fait, la sp&#233;cialisation marginalise les g&#233;n&#233;ralistes. Au d&#233;triment de la nature intrins&#232;que de la m&#233;decine, la singularit&#233; de la prise en charge de l'acte th&#233;rapeutique et la relation m&#233;decin/malade. La m&#233;decine devient une m&#233;decine prescriptive d'actes et d'examens plus qu'une m&#233;decine pr&#233;ventive. La sant&#233; publique est rel&#233;gu&#233;e et marginalis&#233;e. Le syst&#232;me de soins r&#233;pare plus qu'il ne soigne et surtout ne pr&#233;vient. En sant&#233; publique de terrain, les soignants doivent aller vers les personnes les plus &#233;loign&#233;es des services de soins. Les m&#233;decins lib&#233;raux se m&#233;fient de la sant&#233; publique ; ils y voient la main de l'Etat. Les hospitaliers centr&#233;s sur les progr&#232;s de la biotechnologie se m&#233;fient des professionnels de sant&#233; publique qui ne sont pas m&#233;decins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me maladie de l'h&#244;pital r&#233;sulte de l'application &#224; la sant&#233; de la politique n&#233;olib&#233;rale dominante &#224; l'&#233;chelle mondiale. L'h&#244;pital public a &#233;t&#233; fragilis&#233; par la r&#233;forme des 35 heures qui n'a pas &#233;t&#233; compens&#233;e par une embauche de personnel suffisante, avec un blocage des salaires, une optimisation des temps de travail &#171; &#224; la minute &#187;, des horaires variables d'une semaine &#224; l'autre, une instabilit&#233; des jours de repos, une mobilit&#233; impos&#233;e des affectations. Les gains de productivit&#233; se sont accompagn&#233;s de l'impossibilit&#233; pour les infirmi&#232;res d'assurer le suivi des patients et par la remise en cause du travail d'&#233;quipe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique n&#233;olib&#233;rale impos&#233;e &#224; l'H&#244;pital est simple : tout ce qui peut &#234;tre mesur&#233; doit &#234;tre valoris&#233; et mis en concurrence sur le march&#233;. La seule bonne gestion est la gestion priv&#233;e fond&#233;e sur l'int&#233;ressement financier d'un prestataire. La gestion publique est align&#233;e sur la gestion priv&#233;e. La tarification &#224; l'activit&#233; a &#233;t&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e aux activit&#233;s de soins. La convergence tarifaire est instaur&#233;e entre h&#244;pitaux publics et cliniques commerciales. Les cliniques commerciales sont domin&#233;es aujourd'hui par quatre cha&#238;nes internationales financiaris&#233;es (Ramsay, Elsan, Vivalto, Almaviva) qui choisissent les activit&#233;s profitables et d&#233;laissent les activit&#233;s non rentables. Les professionnels peuvent y gagner deux &#224; quatre fois plus qu'&#224; l'h&#244;pital et les patients doivent payent les d&#233;passements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gouvernance d'entreprise est impos&#233;e en 2009, par la loi Bachelot avec la suppression du secteur public hospitalier, et la transformation des services cliniques en p&#244;les de gestion. La tarification par activit&#233; a permis de mettre en &#339;uvre la concurrence avec le priv&#233; lucratif et l'adoption par l'h&#244;pital d'une gestion priv&#233;e de type commercial. L'h&#244;pital est devenu une entreprise comme une autre, il doit chercher &#224; vendre ; il faut tout mesurer pour tout valoriser. Le business plan a remplac&#233; le projet m&#233;dical. A partir de 2010, il s'agit de r&#233;duire les d&#233;penses de sant&#233;. Les tarifs sont dissoci&#233;s des co&#251;ts r&#233;els. Le parlement vote ainsi chaque ann&#233;e le d&#233;ficit des h&#244;pitaux. Comme dans l'industrie automobile, la r&#232;gle devient : pas de stock, des flux. Le taux d'occupation des lits doit atteindre 100%. En 15 ans, 70 000 lits ont &#233;t&#233; ferm&#233;s, l'investissement a baiss&#233; de 40%, les tarifs ont baiss&#233; de 7% et la dette est pass&#233;e de 10 &#224; 30 milliards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de 2019, ce sont les crises en cascade ; la psychiatrie, les EHPAD, les urgences, la crise g&#233;n&#233;ralis&#233;e des h&#244;pitaux. En 2020, 10 milliards sont accord&#233;s aux augmentations salariales mais sans aucun changement des modes de financement et de la gouvernance des h&#244;pitaux. La fermeture des lits a continu&#233; ; avec 3 400 en 2019 et 5 700 en 2020. Malgr&#233; l'opposition des soignants et de la majorit&#233; des citoyens, les gouvernants s'appuient sur les soci&#233;t&#233;s de consulting (Capgemini, Boston Consulting, Mac Kinsey, Ylios, Eurogroup). C'est la promotion de la novlangue (le client remplace le patient ; on ne r&#233;pond plus &#224; des besoins, on gagne des parts de march&#233; ; on fragmente les collectifs de travail, on restructure en rattachant les services de soins dans les p&#244;les de gestion). On cherche des boucs &#233;missaires, on r&#233;p&#232;te que les syndicats sont conservateurs, les m&#233;decins sont attach&#233;s &#224; leurs privil&#232;ges, le statut est ringard, l'Etat est scl&#233;ros&#233;. On d&#233;tourne les propositions, par exemple, la territorialisation ne cherche plus &#224; construire un service public ville &#8211; h&#244;pital int&#233;gr&#233; mais &#224; dissoudre le service public dans des partenariats publics priv&#233; : au priv&#233; le rentable, au public le reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le traitement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les crises se succ&#232;dent et leurs effets se cumulent ; crises climatiques, &#233;conomiques et sociales, d&#233;mographiques et migratoires, politiques. Toutes provoquent des crises sanitaires. L'ensemble forme une catastrophe. Andr&#233; Grimaldi rappelle que la sant&#233; est une fonction r&#233;galienne de l'Etat. Le discours du pr&#233;sident de la R&#233;publique, en mars 2020, rappelait pour calmer le jeu, le principe de la sant&#233; gratuite, pour chacun et chacune, pour tous et toutes, sans conditions de revenu, de parcours ou de profession. Il admet que ce qui d&#233;finit la sant&#233;, ce ne sont pas des co&#251;ts ou des charges ; que ce sont des biens pr&#233;cieux, des atouts indispensables. Le risque est r&#233;el de voir s'imposer, pour la sant&#233;, la gouvernance verticale et le manque d'efficacit&#233; de l'Etat centralis&#233; et bureaucratique. Alors que la priorit&#233; est d'appliquer &#224; la sant&#233; les principes de subsidiarit&#233;, de d&#233;mocratie participative et une vraie d&#233;centralisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le traitement propos&#233; par Andr&#233; Grimaldi est de consid&#233;rer la sant&#233; comme un bien commun sup&#233;rieur qui se traduit par un service public de sant&#233; int&#233;gr&#233;, ville-h&#244;pital, cog&#233;r&#233; entre l'administration et les professionnels, avec la participation des usagers et des collectivit&#233;s territoriales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela, la priorit&#233; est de renforcer la premi&#232;re ligne de d&#233;fense, la m&#233;decine de premier recours, et de reconstruire l'h&#244;pital public menac&#233; d'effondrement. La strat&#233;gie s'appuie sur quatre recommandations. La premi&#232;re recommandation concerne l'organisation de la territorialit&#233; du syst&#232;me de sant&#233; ; elle implique une juste r&#233;partition des moyens sur le territoire, l'absence de s&#233;lection des patients, la participation &#224; la permanence des soins, l'application du juste soin au moindre co&#251;t pour la collectivit&#233; et sans d&#233;passement des honoraires. La seconde recommandation porte sur la reconnaissance du travail en &#233;quipe pluri-professionnelle qui s'appuie sur un projet territorial de sant&#233; valid&#233; par les agences r&#233;gionales de sant&#233; et les collectivit&#233;s territoriales. La troisi&#232;me recommandation met en avant l'organisation d'un service public de sant&#233; ; il peut inclure des professionnels lib&#233;raux, des centres ou des &#233;tablissements priv&#233;s s'ils respectent les principes du service public. La quatri&#232;me recommandation porte sur la protection des &#233;tablissements publics qui ne peuvent pas &#234;tre vendus ou rachet&#233;s par des groupes commerciaux priv&#233;s comme on a pu le voir r&#233;cemment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dix mesures pour sauver l'h&#244;pital&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sant&#233; est un bien commun sup&#233;rieur qui conditionne la jouissance de tous les autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut la soumettre au d&#233;bat d&#233;mocratique et tirer les le&#231;ons de la crise pand&#233;mique. Le traitement se traduit par dix mesures pour sauver l'h&#244;pital. Il s'agit en fait de dix ensembles de mesures compl&#233;mentaires qui d&#233;finissent un programme d'action complet et coh&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dix ensembles de mesures :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Pr&#233;parer un plan quinquennal de sant&#233; publique, d&#233;clin&#233; par r&#233;gion, en en fixant la temporalit&#233; et le financement ;&lt;br class='autobr' /&gt;
2) R&#233;duire les actes et les examens inutiles ; supprimer des rentes et les frais de gestion des assurances sant&#233; compl&#233;mentaires. Supprimer les visites m&#233;dicales promotionnelles des industriels aupr&#232;s des m&#233;decins, la pr&#233;sentation des m&#233;dicaments sur internet est suffisante&lt;br class='autobr' /&gt;
3) Limiter la tarification &#224; l'activit&#233; aux activit&#233;s standardis&#233;es programm&#233;es, financer les soins palliatifs par un prix de journ&#233;e, utiliser la dotation annuelle &#233;voluant d'une ann&#233;e sur l'autre en fonction de crit&#232;res simples d'activit&#233;, rejeter la pens&#233;e manag&#233;riale des grandes surfaces commerciales et des compagnies a&#233;riennes de march&#233; dans la gestion hospitali&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
4) Am&#233;liorer la qualit&#233; des soins en la faisant &#233;valuer anonymement par les patients et les professionnels et en publier les r&#233;sultats, renoncer au paiement dit &#224; la qualit&#233;, le &#171; pay for performance &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
5) Introduire la cogestion entre administration et soignants avec la participation des usagers ; redonner le pouvoir aux services cliniques, dissocier les responsabilit&#233;s de gestion des titres universitaires ; reconna&#238;tre les cinq missions des &#233;quipes m&#233;dicales&lt;br class='autobr' /&gt;
6) Recruter et former 100 000 infirmi&#232;res et infirmiers ; revaloriser la permanence des soins, le travail de nuit, des week-ends, des jours f&#233;ri&#233;s, porter le montant des salaires au niveau des pays europ&#233;ens frontaliers, d&#233;velopper les infirmi&#232;res sp&#233;cialis&#233;es sur la base de la validation des acquis d'exp&#233;rience et de formation, avec une reconnaissance du statut et une promotion salariale.&lt;br class='autobr' /&gt;
7) Construire le service public de sant&#233; int&#233;gr&#233; ville-h&#244;pital, introduire une planification sanitaire d&#233;centralis&#233;e, en concertation avec les agences r&#233;gionales de sant&#233;, les collectivit&#233;s locales, les &#233;tablissements publics et priv&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
8) Aider &#224; la r&#233;sorption des d&#233;serts m&#233;dicaux : &#233;tablir des contrats d'engagement en &#233;change d'un salaire pendant les &#233;tudes, d&#233;finir un statut de praticien d&#233;tach&#233; dans un d&#233;sert m&#233;dical, organiser des consultations sp&#233;cialis&#233;es hospitali&#232;res &#224; la demande des g&#233;n&#233;ralistes, faciliter la t&#233;l&#233;m&#233;decine, encourager les maisons de sant&#233; pluri-professionnelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
9) Simplifier l'admission en facult&#233; de m&#233;decine &#224; partir des diff&#233;rentes fili&#232;res universitaires. Transformer les facult&#233;s de m&#233;decine en facult&#233;s de sant&#233;. Reconna&#238;tre la formation professionnelle certifiante financ&#233;e par une taxe sur les industries de sant&#233; proportionnelles aux dividendes vers&#233;s &#224; leurs actionnaires&lt;br class='autobr' /&gt;
10) Doubler les moyens attribu&#233;s &#224; la recherche m&#233;dicale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dix mesures sont compl&#233;t&#233;es par un plan d'urgence pour les urgences. Il propose de r&#233;guler l'acc&#232;s aux urgences par un appel t&#233;l&#233;phonique pr&#233;alable &#224; l'acc&#232;s aux soins par les m&#233;decins hospitaliers ou g&#233;n&#233;ralistes ; d'embaucher et de garder les infirmi&#232;res et infirmiers sortant des &#233;coles en revalorisant les salaires et les conditions de travail, de cr&#233;er des services de m&#233;decine polyvalente d'aval des urgences avec des lits en nombre suffisant ; d'instaurer une participation aux gardes de l'ensemble des m&#233;decins hospitaliers et lib&#233;raux du territoire n'ayant pas de consultation sans rdv .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pr&#233;face d'Alain Supiot&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre est introduit par une belle pr&#233;face d'Alain Supiot. L'h&#244;pital public s'effondre. Comment en est-on arriv&#233; l&#224; et comment r&#233;tablir notre syst&#232;me de sant&#233; ? La r&#233;ponse est dans le diagnostic et le traitement expos&#233;s par Andr&#233; Grimaldi. Alain Supiot part du constat que de nombreux soignants quittent avec peine les h&#244;pitaux. Beaucoup partent et les candidats se font rare pour les remplacer ou venir en renfort. Entre renoncer &#224; soigner les malades et &#234;tre contraints de les maltraiter, que choisir ? Le gouvernement face &#224; cette s&#233;cession silencieuse, pense qu'il n'y a qu'une seule r&#233;ponse, l'argent, le signal prix. C'est ce qui le conduit &#224; cr&#233;er des postes de contractuels mieux pay&#233;s que le personnel statutaire et &#224; acc&#233;l&#233;rer la dislocation des collectifs de travail engendr&#233;e depuis vingt ans par la gouvernance de l'h&#244;pital par les nombres. Il compl&#232;te par le signal prix d'une p&#233;nalit&#233; financi&#232;re et une r&#233;orientation des patients pour sauver les services d'urgence submerg&#233;s par l'incapacit&#233; de la m&#233;decine de ville &#224; assurer les soins de premier secours&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain Supiot rappelle que pr&#233;server la vie humaine a toujours &#233;t&#233; une des premi&#232;res fonctions du politique et est une mission d'int&#233;r&#234;t public aussi loin que l'on remonte dans l'histoire des institutions, de Babylone &#224; l'empire romain et pendant tout le Moyen-&#226;ge. Le tournant majeur accompagne l'instauration de l'Etat social, invention juridique des d&#233;mocraties du XX&#232;me si&#232;cle ; il repose sur la solidarit&#233; et non sur la charit&#233; et se traduit par les services publics et la S&#233;curit&#233; Sociale. L'h&#244;pital public repose sur ces deux piliers de l'Etat social compl&#233;t&#233;s par l'Assurance maladie cr&#233;&#233;e en 1946. Comme l'explique Andr&#233; Grimaldi, la charte de la m&#233;decine lib&#233;rale de 1927 a mis en danger la m&#233;decine de premier recours et le service public de la m&#233;decine. C'est la marque du n&#233;o-corporatisme &#224; la fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les impasses du mod&#232;le de l'h&#244;pital entreprise, explique Alain Supiot, sont celles de la gouvernance par les nombres. Ce nouveau r&#233;gime normatif, renforc&#233; par l'imaginaire cybern&#233;tique, appr&#233;hende les humains comme des machines communicationnelles mues par des calculs d'utilit&#233; et capables d'atteindre des objectifs chiffr&#233;s, qu'on leur impose par des indicateurs chiffr&#233;s, en r&#233;troagissant par rapports aux signaux. Ce mod&#232;le de management des entreprises s'est &#233;tendu &#224; l'administration publique, au management public. C'est le &#171; new public management &#187; qui accompagne, depuis le trait&#233; de Maastricht, le pilotage des Etats membres. Dans l'h&#244;pital public, les soignants d&#233;noncent, depuis 2015, avec la tarification &#224; l'unit&#233;, l'imp&#233;ratif de &#171; soigner l'indice plut&#244;t que le patient &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain Supiot explicite cette obstination qui r&#233;pond &#224; un objectif, celui de la privatisation du syst&#232;me de sant&#233; qui avec 220 milliards d'euros repr&#233;sente un eldorado. La politique mise en &#339;uvre, celle du salami, consiste &#224; privatiser l'ensemble par petites tranches. La remise en cause de la solidarit&#233; au profit de la charit&#233; a &#233;t&#233; confirm&#233;e par l'Organisation Mondiale du Commerce, l'OMC, en 1994 en donnant la primaut&#233; &#224; la propri&#233;t&#233; des brevets commerciaux sur le droit &#224; la sant&#233;. En dynamitant les assurances compl&#233;mentaires, on pr&#233;tend augmenter le pouvoir d'achat sans augmenter les salaires, en supprimant les cotisations sociales sans augmenter les imp&#244;ts. Cherchez la mystification ! si l'Etat ne puisait pas dans les caisses de la S&#233;curit&#233; Sociale, pour baisser les cotisations sociales, celle-ci serait exc&#233;dentaire depuis plusieurs ann&#233;es. La privatisation et la financiarisation de l'h&#244;pital public reviendraient &#224; indexer l'activit&#233; hospitali&#232;re sur la cr&#233;ation de valeur pour les actionnaires au d&#233;triment de la qualit&#233; des soins comme on a pu le voir pour les Ehpad.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dix mesures sont urgentes, il faut les discuter dans des Etats g&#233;n&#233;raux de la sant&#233; mettant en avant le principe de la d&#233;mocratie sanitaire. Alain Supiot insiste : il faut lire, relire et faire lire le livre d'Andr&#233; Grimaldi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Alternatives Economiques n&#176;428 &#8211; 11/2022, D&#233;serts m&#233;dicaux : faut-il contraindre l'installation des m&#233;decins ?entretien avec Elise Fraih qui pr&#233;side l'intersyndicale Reagjir (Regroupement autonome des g&#233;n&#233;ralistes jeunes install&#233;s et rempla&#231;ants) et Laure Artru est vice-pr&#233;sidente de l'Association de citoyens contre les d&#233;serts m&#233;dicaux (ACCDM), cr&#233;&#233;e en 2016 pour alerter contre le manque de m&#233;decins et l'injustice sociale qui en d&#233;coule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; Grimaldi : L'H&#244;pital nous a sauv&#233;s, sauvons-le !&lt;br class='autobr' /&gt;
10 mesures pour sauver l'h&#244;pital public&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;face d'Alain Supiot&lt;br class='autobr' /&gt;
Editions Odile Jacob, Paris 2022, 112 pages, 11,90 euros&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.odilejacob.fr/catalogue/medecine/medecine-generale/hopital-nous-a-sauves-sauvons-le-_9782415003746.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.odilejacob.fr/catalogue/medecine/medecine-generale/hopital-nous-a-sauves-sauvons-le-_9782415003746.php&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Gustave Massiah, novembre 2022&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Construire un programme d'&#233;mancipation &#224; partir des mouvements sociaux</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Construire-un-programme-d-emancipation-a-partir-des-mouvements-sociaux</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Construire-un-programme-d-emancipation-a-partir-des-mouvements-sociaux</guid>
		<dc:date>2022-10-04T06:59:09Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gustave Massiah </dc:creator>


		<dc:subject>D&#233;bats</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-10-04</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nous sommes entr&#233;s dans une p&#233;riode de rupture fondamentale, une p&#233;riode de transition marqu&#233;e par de fortes contradictions. Les diff&#233;rentes instances, sociales, &#233;cologiques, g&#233;opolitiques, politiques, id&#233;ologiques, entrent en crise et ces crises se combinent. Cette situation rappelle la crise des ann&#233;es 1930 avec les crises &#233;conomiques et sociales, les guerres mondiales, la mont&#233;e des fascismes, les r&#233;volutions socialistes. Pour comprendre la situation nouvelle, il faut partir des (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Debats-138-" rel="directory"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Debats-515-+" rel="tag"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-10-04-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-10-04&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH64/arton54229-fc298.png?1781856634' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='64' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous sommes entr&#233;s dans une p&#233;riode de rupture fondamentale, une p&#233;riode de transition marqu&#233;e par de fortes contradictions. Les diff&#233;rentes instances, sociales, &#233;cologiques, g&#233;opolitiques, politiques, id&#233;ologiques, entrent en crise et ces crises se combinent. Cette situation rappelle la crise des ann&#233;es 1930 avec les crises &#233;conomiques et sociales, les guerres mondiales, la mont&#233;e des fascismes, les r&#233;volutions socialistes. Pour comprendre la situation nouvelle, il faut partir des contradictions et de leurs &#233;volutions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Europe Solidaire Sans Fronti&#232;res&lt;br class='autobr' /&gt;
29 septembre 2022&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Gustave Massiah&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette p&#233;riode de crises renforce l'hypoth&#232;se d'une transition qui concerne le mode de production dominant, le capitalisme. Ces transitions sont en g&#233;n&#233;ral longues, avec des moments d'acc&#233;l&#233;ration. &#192; l'exemple de la transition entre le f&#233;odalisme et le capitalisme qui a vu la bourgeoisie l'emporter sur l'aristocratie en tant que classe dominante. S'agit-il dans le cas actuel d'une transition interne au capitalisme comme celles qui ont vu le capitalisme industriel succ&#233;der au capitalisme marchand ou celle qui a vu capitalisme financier succ&#233;der au capitalisme industriel ; ou s'agit-il d'une crise qui remet en cause le capitalisme lui-m&#234;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous vivons une p&#233;riode de profondes incertitudes, une p&#233;riode de bifurcations entre plusieurs avenirs possibles. Les mouvements sociaux doivent d&#233;finir et adapter leur strat&#233;gie. Si l'orientation g&#233;n&#233;rale est toujours celle de l'&#233;mancipation et de la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts des classes opprim&#233;es, les objectifs &#224; court terme et les alliances d&#233;pendent de l'&#233;volution de la situation et des rapports de forces. Comment caract&#233;riser la situation nouvelle et d&#233;finir des propositions sociales et &#233;cologiques ? Quelle strat&#233;gie et quelles propositions, dans cette situation, pour les mouvements sociaux citoyens ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;marche propos&#233;e met en avant cinq propositions : approfondir l'analyse de la situation ; partir des nouvelles radicalit&#233;s ; inscrire les nouvelles radicalit&#233;s dans les luttes des classes ; r&#233;inventer l'instance du politique ; red&#233;finir l'internationalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 1. Approfondir l'analyse de la situation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#233;volution du capitalisme&lt;/strong&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'espace mondial est capitaliste. Le capitalisme para&#238;t l'avoir emport&#233; et ne semble pas remis en cause malgr&#233; ses contradictions. Alors m&#234;me que le capitalisme est en crise et peut-&#234;tre &#233;puis&#233;, la d&#233;finition de son d&#233;passement reste &#224; d&#233;finir et &#224; comprendre. Les cons&#233;quences de l'&#233;cologie, visibles avec l'&#233;volution climatique, ne font que commencer. On assiste d&#233;j&#224; &#224; diverses &#233;volutions avec des liaisons inattendues entre le n&#233;olib&#233;ralisme et des formes de capitalisme d'&#233;tat comme en Chine et en Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise du n&#233;olib&#233;ralisme est ouverte depuis 2008, prolong&#233;e par la crise du climat et de la pand&#233;mie et par les guerres. Il s'agit d'une crise de cette phase de la mondialisation, le n&#233;olib&#233;ralisme, et du cycle marchandisation &#8211; mondialisation - financiarisation. Et probablement d'une crise plus profonde du capitalisme lui-m&#234;me et de la r&#233;ponse aust&#233;ritaire (aust&#233;rit&#233; et s&#233;curitaire) &#224; la crise financi&#232;re de 2008. Il s'agit notamment de la contradiction &#233;cologique qui se traduit d&#233;j&#224; par des contradictions au sein du capital, comme par exemple celles entre extractivistes et secteurs du num&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du d&#233;passement du capitalisme est ouverte. Elle ouvre la discussion sur la d&#233;finition les alternatives. Elle s'inscrit dans la discussion sur la transition &#233;cologique, sociale, d&#233;mocratique et g&#233;opolitique. Ce sont les grandes contradictions &#224; l'&#339;uvre, en y rajoutant la transition id&#233;ologique et culturelle. Il reste maintenant &#224; nourrir chacune de ces dimensions &#224; partir des nouvelles propositions de construction d'un autre monde possible et n&#233;cessaire. Il faut aussi d&#233;velopper les alternatives, les nouveaux rapports sociaux de d&#233;passement du capitalisme dans les soci&#233;t&#233;s actuelles, comme les rapports sociaux capitalistes marchands se sont d&#233;velopp&#233;s dans les soci&#233;t&#233;s f&#233;odales avant que le mode de production capitaliste ne devienne dominant et que les superstructures politiques bourgeoises ne s'imposent. Fernand Braudel avait not&#233; son int&#233;r&#234;t pour la proposition de Samir Amin de distinguer les transitions longues, notamment la chute de l'empire romain, et les transitions courtes comme celle que la bourgeoisie avait dirig&#233; dans la construction du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Immanuel Wallerstein, dans la longue pr&#233;face qu'il a r&#233;dig&#233; pour la version anglaise du livre Une strat&#233;gie altermondialiste[1] estimait que la p&#233;riode de d&#233;passement du capitalisme &#233;tait en cours et que dans les trente prochaines ann&#233;es nous verrions s'imposer de nouveaux modes de production dominants. Le capitalisme n'&#233;tant pas &#233;ternel, quelles nouvelles classes, quels nouveaux rapports sociaux pourraient lui succ&#233;der ? Il pr&#233;cisait que le d&#233;passement du capitalisme n'&#233;tait pas forc&#233;ment le socialisme, qu'il s'agirait probablement d'un nouveau mode de production in&#233;galitaire et que l'enjeu &#233;tait celui de la Nature et de l'importance des in&#233;galit&#233;s structurantes de l'ordre mondial &#233;mergent et des nouvelles formes de propri&#233;t&#233; qui d&#233;termineraient les nouveaux rapports de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles seraient les nouvelles classes sociales qui structureront les soci&#233;t&#233;s ? G&#233;rard Dum&#233;nil et Dominique L&#233;vy[2] rappellent que les nouvelles classes sociales qui ont d&#233;fini le capitalisme n'&#233;taient pas les classes sociales principales de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale, l'aristocratie et la paysannerie ; ce sont des classes nouvelles qui sont n&#233;es dans le processus du nouveau mode de production capitaliste : la bourgeoisie et la classe ouvri&#232;re. Ils proposent de reconna&#238;tre comme nouvelle classe dominante le &#171; cadrisme &#187; n&#233; de la s&#233;paration entre actionnaires et managers. De m&#234;me, on peut estimer que le nouveau prol&#233;tariat d&#233;coulerait du &#171; pr&#233;cariat &#187; soumis &#224; de nouvelles formes d'exploitation et qui succ&#233;derait au r&#244;le qu'a jou&#233; le salariat pour la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Les mutations de l'imp&#233;rialisme&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rosa Luxemburg et L&#233;nine ont renouvel&#233; l'analyse de l'imp&#233;rialisme en liant l'imp&#233;rialisme au capitalisme et en le d&#233;finissant comme stade supr&#234;me du capitalisme. Et aujourd'hui, le capitalisme d&#233;termine, sans aucun doute, l'imp&#233;rialisme dominant. Dans l'hypoth&#232;se, possible, d'un nouveau mode de production dominant, l'imp&#233;rialisme pourrait changer de nature. De nouvelle formes de domination, de nouvelles formes de puissances, pourraient remplacer la subordination au capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps long de la d&#233;colonisation inachev&#233;e modifie d&#233;j&#224; le syst&#232;me international. Chou En Lai avait d&#233;clar&#233; &#224; Bandung, en 1955, &#171; les Etats veulent leur ind&#233;pendance, les nations veulent leur lib&#233;ration, les peuples veulent la r&#233;volution &#187;. L'ind&#233;pendance des Etats est en partie r&#233;alis&#233;e mais reste inachev&#233;e ; le syst&#232;me international est &#224; red&#233;finir ; la lib&#233;ration des nations remet en question le mod&#232;le de l'Etat-Nation. Les nouvelles radicalit&#233;s sont tr&#232;s marqu&#233;es par les nouvelles prises de consciences comme on peut le voir notamment avec le mouvement des droits des femmes, les luttes contre le racisme et les discriminations, les luttes des peuples autochtones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation g&#233;opolitique a d&#233;j&#224; profond&#233;ment chang&#233;. Les rapports de puissance, les alliances, les blocs sont en recomposition[3]. L'hypoth&#232;se des conflits inter-imp&#233;rialistes doit &#234;tre approfondie. Les trois puissances dominantes d&#233;veloppent des formes d'imp&#233;rialismes qui sont de nature diff&#233;rente, m&#234;me si elles mettent toutes en &#339;uvre une doxa n&#233;olib&#233;rale. Les Etats Unis sont toujours la puissance dominante et contr&#244;lent l'Europe et le Japon dans la triade dominante. La Russie rappelle avec insistance son existence. La Chine g&#232;re assez adroitement sa mont&#233;e en puissance. L'alliance des BRICS illustre, avec le Br&#233;sil, l'Inde, et l'Afrique du Sud, la mont&#233;e des puissances r&#233;gionales. Une nouvelle forme de non-alignement est en gestation. L'hypoth&#232;se d'un Sud Global reste &#224; d&#233;finir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre en Ukraine illustre les contradictions de la situation et l'impr&#233;visibilit&#233; des &#233;volutions. Elle ne r&#233;sume pas, &#224; elle seule, la situation. L'invasion russe est contraire au droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes dans le cadre du droit international. En mettant en cause la responsabilit&#233; de L&#233;nine dans l'affirmation de ce droit, Poutine souligne la diff&#233;rence entre la Russie actuelle et la r&#233;volution sovi&#233;tique. Certes, la strat&#233;gie am&#233;ricaine et le r&#244;le jou&#233; par l'OTAN ne sont pas n&#233;gligeables. Ils ne permettent pas pour autant de remettre en cause le droit de r&#233;sister &#224; une occupation. La strat&#233;gie am&#233;ricaine met en &#339;uvre tous les moyens pour sauvegarder sa position dominante et pr&#233;parer ses r&#233;ponses &#224; la mont&#233;e en puissance de la Chine. L'Europe a choisi de suivre les positions am&#233;ricaines. Une grande partie des pays du Sud ont pris leurs distances et sont &#224; la recherche d'une nouvelle division internationale du travail et d'un non-alignement ; c'est l'hypoth&#232;se d'un &#171; Bandung 2 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;La pand&#233;mie et le climat dans la crise de civilisation&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pand&#233;mies et le climat occupent le devant de la sc&#232;ne. Ce n'est pas la premi&#232;re fois qu'ils s'invitent dans l'Histoire. Dans un livre excellent, Kyle Harper[4] discute de leur r&#244;le dans la chute de l'empire romain occidental et montre comment ils ont r&#233;v&#233;l&#233; la perte de r&#233;silience de Rome. Ce qui nous am&#232;ne &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; la perte de r&#233;silience et &#224; la chute probable de l'empire am&#233;ricain ainsi qu'au d&#233;placement du centre du monde et &#224; la mont&#233;e de l'Asie. Ce qui nous am&#232;ne aussi &#224; consid&#233;rer que nous vivons actuellement une crise de civilisation qui sera longue. Elle inscrit dans l'horizon le d&#233;passement du capitalisme. Cette crise nous conduit &#224; revenir sur la compr&#233;hension des transitions entre civilisations et &#224; consid&#233;rer l'effondrement annonc&#233; par la crise &#233;cologique, qui n'est pas forc&#233;ment la fin de l'Histoire, comme un passage vers l'&#233;mergence de nouvelles civilisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous vivons n'est pas une parenth&#232;se, c'est une rupture. D'abord par l'ampleur du ph&#233;nom&#232;ne. Il est clair que nous allons vivre avec des pand&#233;mies. Celle que nous avons v&#233;cue n'est pas un accident. La pand&#233;mie n'est qu'une facette de la rupture. La covid-19 n'est pas la cause de la rupture et des grandes discontinuit&#233;s. Mais, c'est plus qu'un r&#233;v&#233;lateur. Elle a accentu&#233; la prise de conscience de la rupture &#233;cologique. L'&#233;cologie s'impose comme incontournable dans la compr&#233;hension de l'&#233;volution. Le climat, la biodiversit&#233;, la cohabitation des esp&#232;ces, interrogent le rapport entre l'esp&#232;ce humaine et la Nature. Il s'agit d'une remise en cause philosophique, la fin du temps infini ; le temps fini[5] et l'irruption de l'urgence par rapport &#224; la possibilit&#233; d'une vie digne sur cette plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le climat et la pand&#233;mie impriment de mani&#232;re ind&#233;l&#233;bile plusieurs grandes contradictions. Ils remettent en cause la mani&#232;re de penser toutes les dimensions de la transformation des soci&#233;t&#233;s, et notamment le d&#233;veloppement, la mondialisation, le syst&#232;me international et g&#233;opolitique, le rapport entre l'individuel et le collectif, la d&#233;fense des libert&#233;s et la d&#233;mocratie, les in&#233;galit&#233;s et les discriminations, le rapport entre les esp&#232;ces, les mani&#232;res dont les soci&#233;t&#233; traitent de la mort, la place du travail et des revenus, la place de l'action publique, des Etats, des nations et des peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conjonction de la crise sanitaire de la covid-19 et de l'urgence climatique est un r&#233;v&#233;lateur de la perte de r&#233;silience du syst&#232;me international. Les contradictions &#233;cologiques mettent en cause les rapports de l'esp&#232;ce humaine et de la Nature. Les contradictions &#233;conomiques et sociales mettent en cause le syst&#232;me dominant, celui du capitalisme n&#233;olib&#233;ral. Les contradictions politiques mettent en cause les institutions, les &#201;tats et la d&#233;mocratie. Les contradictions id&#233;ologiques et culturelles mettent en cause la compr&#233;hension du monde. Les contradictions g&#233;opolitiques mettent en cause le syst&#232;me international. Les d&#233;bats sont ouverts sur tous ces aspects ; l'ensemble correspond &#224; une crise de civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise sanitaire de la covid-19 a soulign&#233; l'affaiblissement des &#201;tats-Unis en tant que p&#244;le dominant et la faiblesse de l'organisation du syst&#232;me international dans son incapacit&#233; &#224; r&#233;pondre &#224; une crise globale. La crise sanitaire a aussi d&#233;montr&#233; l'inad&#233;quation du syst&#232;me international. Les r&#233;ponses &#224; une crise globale ont &#233;t&#233; nationales, sans grande concertation. Les Nations unies ont d&#233;montr&#233; leur paralysie et leur inad&#233;quation. Apr&#232;s l'&#233;quilibre bipolaire jusqu'en 1989 et un &#233;pisode unipolaire de plus en plus instable, la possibilit&#233; d'une multipolarit&#233; est ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Une crise id&#233;ologique d&#233;terminante&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes engag&#233;s dans une violente bataille pour l'h&#233;g&#233;monie culturelle au sens o&#249; l'entendait Antonio Gramcsi. Elle oppose deux conceptions du monde : une vision identitaire et s&#233;curitaire port&#233;e par les extr&#234;mes droites dans le monde et une vision &#233;galitaire et solidaire port&#233;e par les luttes et les nouvelles radicalit&#233;s. Cette bataille interpelle les libert&#233;s et oppose une conception libertarienne des &#233;go&#239;smes individuels et une conception progressiste des libert&#233;s individuelles et collectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la d&#233;mocratie est au c&#339;ur de ces affrontements. Elle est la plus difficile. Sur les grandes orientations d'un d&#233;passement du capitalisme, on voit quelques rep&#232;res. Sur le plan du social, on voit bien qu'il faut mettre en &#339;uvre l'&#233;galit&#233; et refuser les discriminations. Pour l'&#233;cologie, on comprend que l'on peut rejeter le productivisme et d&#233;fendre d'autres rapports avec la Nature. Sur le plan g&#233;opolitique, on peut faire progresser le droit international par rapport au droit des affaires. Pour la d&#233;mocratie, la prochaine &#233;tape reste &#224; inventer. Elle passe par la critique de la conception am&#233;ricaine et europ&#233;enne de la d&#233;mocratie, de ses limites et de sa subordination &#224; la propagande occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re p&#233;riode de luttes n'a pas permis de d&#233;finir des propositions dans ce domaine. Pourtant, depuis 2011, des situations insurrectionnelles dans plus de 47 pays ont mis en avant la volont&#233; des peuples pour la d&#233;mocratie et le refus des corruptions. La remise en cause, dans ces mouvements, de la d&#233;l&#233;gation et de la repr&#233;sentation et la mont&#233;e des abstentions interpelle la d&#233;mocratie repr&#233;sentative ; les formes de d&#233;mocratie directe sont difficiles &#224; d&#233;finir. La question de la d&#233;mocratie dans le d&#233;passement du capitalisme n'est pas nouvelle. Le Manifeste communiste affirmait d&#233;j&#224;, en 1848, que &#171; la premi&#232;re &#233;tape dans la r&#233;volution ouvri&#232;re est la constitution du prol&#233;tariat en classe dominante, la conqu&#234;te de la d&#233;mocratie &#187;. Et que &#171; Tous les mouvements historiques ont &#233;t&#233;, jusqu'ici, accomplis par des minorit&#233;s ou au profit des minorit&#233;s. Le mouvement prol&#233;tarien est le mouvement spontan&#233; de l'immense majorit&#233; au profit de l'immense majorit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 2. Partir des nouvelles radicalit&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prendre conscience du temps long n'enl&#232;ve rien &#224; la libert&#233; d'&#233;crire l'Histoire, d'inventer des nouveaux chemins par rapport aux incertitudes et aux contradictions. Qu'est-ce qui risque de se passer maintenant ? Deux grandes possibilit&#233;s vont cohabiter et s'affronter. La premi&#232;re, c'est la tentative de reprise en main. Ceux qui, &#224; un moment donn&#233;, ont &#233;t&#233; oblig&#233;s de l&#226;cher du lest, vont essayer de reprendre les pouvoirs &#233;conomiques, financiers, politiques, y compris policiers et militaires. C'est ce que nous avons d&#233;j&#224;, avec la mont&#233;e de r&#233;gimes qui s'appuient sur des id&#233;ologies racistes, x&#233;nophobes et s&#233;curitaires soutenues par une partie des populations qui acceptent, face &#224; la peur du changement, les propositions conservatrices et r&#233;actionnaires. Les Trump, Orban, Modi, Bolsonaro vont continuer &#224; prosp&#233;rer. Nous allons probablement voir se multiplier des formes de ce capitalisme apparu apr&#232;s la crise de 2007-2008, un n&#233;olib&#233;ralisme aust&#233;ritaire, qui risque de devenir un n&#233;olib&#233;ralisme dictatorial. Les reprises de contr&#244;le vont &#234;tre tr&#232;s brutales, ce sera la strat&#233;gie du choc d&#233;crite par Naomi Klein[6]. Elles ne se limiteront pas aux attaques contre les libert&#233;s et &#224; l'augmentation des violences polici&#232;res. Des conflits multiples vont se d&#233;velopper, des guerres aussi dont on sait qu'elles sont une mani&#232;re de r&#233;tablir l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En face, les r&#233;sistances seront &#233;galement puissantes. On va assister &#224; une multiplication de protestations, de manifestations, de r&#233;voltes. Ces mouvements s'appuient sur des changements qui &#233;taient d&#233;j&#224; en cours avant la pand&#233;mie. Nous allons &#233;galement assister &#224; l'&#233;mergence d'id&#233;es et de propositions nouvelles. Nous retrouvons la situation d&#233;crite par Antonio Gramsci. Dans ses Carnets de prison, il &#233;crivait en 1937 : &#171; Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde &#224; appara&#238;tre, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres &#187;. Nous y sommes : les monstres sont l&#224;, le vieux monde se meurt, o&#249; est donc le nouveau monde ? C'est celui que les nouvelles radicalit&#233;s anticipent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les radicalit&#233;s des id&#233;es nouvelles sont port&#233;es par des mouvements tr&#232;s offensifs (f&#233;ministes, antiracistes, &#233;cologistes, les acteurs du num&#233;rique, les peuples autochtones, les migrants, la d&#233;colonisation). Les id&#233;es d'extr&#234;me droite peuvent &#234;tre lues comme la r&#233;action aux changements radicaux, aux bouleversements annonc&#233;s par ces mouvements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Les droits des femmes et le genre&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'&#233;mancipation f&#233;ministe a pris une place majeure. Il s'agit d'une nouvelle &#233;tape dans les longues luttes des femmes pour leur lib&#233;ration. C'est une r&#233;volution consid&#233;rable. Il s'agit d'un bouleversement majeur dans les soci&#233;t&#233;s, qui remet en cause les rapports entre les sexes et les rapports de genre. Il interpelle le patriarcat et la domination masculine et interroge les formes de fragilit&#233;. La profondeur de la remise en cause se traduit par des formes de panique et suscite chez certains hommes des r&#233;actions extr&#234;mement violentes. C'est une r&#233;volution radicale qui se r&#233;pand dans tous les pays et dans toutes les cultures nationales ou religieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affolement dans les rapports sociaux se traduit par un affolement dans la th&#233;orie. L'affirmation de la n&#233;cessit&#233; de prendre en compte les rapports de genre et les rapports au racisme pour comprendre les rapports de classe suscite une r&#233;action tr&#232;s violente. Certains y lisent une remise en cause des rapports de classe plut&#244;t qu'une n&#233;cessit&#233; d'approfondir la compr&#233;hension de leur r&#233;alit&#233;. Alors que la r&#233;alit&#233; est inverse comme le d&#233;montre si bien Angela Davis[7]. L'intersectionnalit&#233; est pr&#233;sent&#233;e comme un choix pour les minorit&#233;s par rapport &#224; la compr&#233;hension des rapports de classe. L'afrof&#233;minisme, dans les pays o&#249; il se manifeste, montre bien le lien &#233;troit entre les couches populaires, les revendications f&#233;ministes et les groupes &#171; racis&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;L'&#233;cologie&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question &#233;cologique s'est impos&#233;e comme une question centrale, notamment au travers de la prise en compte des modifications li&#233;es au changement climatique et &#224; la perte de la biodiversit&#233;. La prise de conscience de l'urgence &#233;cologique a beaucoup tard&#233;. Les constats et les mises en garde concernant le climat n'ont pas &#233;t&#233; &#233;cout&#233;s depuis les ann&#233;es 1970 et jusqu'&#224; ces derni&#232;res ann&#233;es. Bien que les cercles dirigeants, &#224; l'exemple des entreprises extractivistes des combustibles fossiles, aient eu vent des recherches tr&#232;s t&#244;t, elles ont cherch&#233; durant des d&#233;cennies &#224; semer le doute et masquer leur responsabilit&#233;. Si bien qu'aucune mesure s&#233;rieuse n'a &#233;t&#233; mise en &#339;uvre. La prise de conscience de l'importance des mesures n&#233;cessaires commence &#224; faire son chemin. Elle devrait commencer par les mesures de correction des &#233;missions des gaz &#224; effet de serre en ce qui concerne les politiques &#233;nerg&#233;tiques. Elle interpelle les logiques des politiques mises en &#339;uvre et la remise en cause du mod&#232;le de d&#233;veloppement. La notion m&#234;me de d&#233;veloppement, et sa subordination &#224; la croissance productiviste, est aujourd'hui fondamentalement critiqu&#233;e[8]. La question est devenue civilisationnelle. Il s'agit d'une r&#233;volution culturelle majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'urgence est mise en avant par les populations et cette pr&#233;occupation transpara&#238;t dans les mouvements d'opinion car les cons&#233;quences sont de plus en plus visibles. Les jeunes g&#233;n&#233;rations y sont de plus en plus sensibles. Les autorit&#233;s affirment en tenir compte ; mais, dans le m&#234;me temps elles continuent &#224; d&#233;velopper les m&#234;mes politiques. Dans certains domaines, notamment &#224; propos du d&#233;bat sur les politiques &#233;nerg&#233;tiques ou les politiques urbaines par exemple, elle se traduit souvent par la recherche de solutions technologiques qui ne remettraient pas en cause la dynamique de croissance &#233;conomique. Alors que les questions &#233;cologiques sont directement li&#233;es aux in&#233;galit&#233;s de richesses !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cologie s'impose comme incontournable dans la compr&#233;hension de l'&#233;volution des relations g&#233;opolitiques mondiales, mais aussi dans une dimension plus anthropologique. Le climat, la biodiversit&#233;, la cohabitation des esp&#232;ces, interrogent le rapport entre l'esp&#232;ce humaine et la Nature. Il s'agit d'une remise en cause philosophique, la fin du temps infini qui repousse toujours les solutions &#224; demain, et de l'espace infini qui d&#233;couvre toujours de nouveaux territoires &#224; exploiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le num&#233;rique&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels sont les changements profonds qui construisent le nouveau monde et qui pr&#233;figurent les contradictions de l'avenir ? Le num&#233;rique et les biotechnologies ne sont pas le seul bouleversement en cours mais ils en marquent beaucoup d'autres. Le num&#233;rique renouvelle le langage et l'&#233;criture et les biotechnologies interrogent les limites du corps humain. Il y a plusieurs bouleversements en cours, des r&#233;volutions inachev&#233;es et incertaines. Elles bouleversent le monde ; elles sont aussi porteuses d'espoirs et marquent d&#233;j&#224; l'avenir et le pr&#233;sent. Pour l'instant, elles provoquent des refus et de grandes violences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le num&#233;rique est une r&#233;volution technologique qui a de fortes interactions avec le changement social sans pour autant le surd&#233;terminer. Les mouvements sociaux du num&#233;rique marquent les nouvelles g&#233;n&#233;rations[9]. Les activistes des mouvements sociaux ont jou&#233; un r&#244;le dans le d&#233;veloppement du num&#233;rique m&#234;me si leurs apports ont &#233;t&#233; confisqu&#233;s et d&#233;vi&#233;s par les GAFAM. Il existe &#233;galement des opposants &#224; l'int&#233;rieur du monde num&#233;rique qui forment un mouvement social sp&#233;cifique qui converge avec les mouvements sociaux et peut les renforcer. Ils peuvent jouer un r&#244;le moteur dans la lutte contre les GAFAM et contre l'impunit&#233; et le pouvoir exorbitants des multinationales du num&#233;rique. Ils et elles peuvent s'opposer &#224; la contre-attaque des autorit&#233;s sur le terrain m&#234;me du num&#233;rique et de l'information (surveillance de masse, d&#233;sinformation, infox...) et doter les mouvements des outils num&#233;riques qui permettront de r&#233;sister aux plateformes h&#233;g&#233;moniques et d'inscrire les mouvements dans la d&#233;termination des strat&#233;gies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le racisme et les discriminations&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du racisme est, avec la question f&#233;ministe, l'objet de r&#233;actions qui s'y opposent avec une grande violence. Les deux mouvements les plus radicaux aujourd'hui aux &#201;tats-Unis, devenus des r&#233;f&#233;rences dans une large partie du monde, sont #MeToo et Black Live Matters. La question du racisme en liaison avec la question des migrations renvoie au caract&#232;re inachev&#233; de la d&#233;colonisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refus du racisme et des discriminations est une des caract&#233;ristiques majeures de la situation mondiale. Contrairement &#224; ce qu'esp&#232;rent certains, il ne suffit pas de tourner la page de la colonisation. Le racisme trouve ses sources dans l'histoire longue, et on voit resurgir la question de l'esclavage et de la traite dont les cons&#233;quences marquent encore profond&#233;ment l'organisation du monde et l'imaginaire des soci&#233;t&#233;s. Il ne s'agit pas seulement de la reconnaissance et des r&#233;parations. Le refus du racisme est aussi un &#233;l&#233;ment d&#233;terminant de l'avenir. Il est porteur de la d&#233;finition de l'Humanit&#233; comme sujet de son propre devenir. Il renforce la reconnaissance de l'&#233;galit&#233; comme valeur cardinale et comme marqueur de la diff&#233;rence entre les valeurs progressistes et les valeurs r&#233;actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Les peuples autochtones&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'irruption des peuples autochtones sur le devant de la sc&#232;ne introduit de profonds changements. Ni&#233;s par les colonisations et l'esclavage, victimes de g&#233;nocides, ils ont surv&#233;cu et se pr&#233;sentent &#224; nouveau sur le devant de la sc&#232;ne mondiale. Leur pr&#233;sence reconstitue l'histoire longue de l'Humanit&#233;. Ils rappellent que les civilisations se nourrissent de leurs histoires et que le progr&#232;s n'est pas la n&#233;gation du pass&#233;. Ils rappellent que les civilisations ont invent&#233; une pluralit&#233; de r&#233;ponses et que l'avenir ne se construit pas par la n&#233;gation de l'Histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les peuples autochtones rappellent des valeurs que le capitalisme a ni&#233;es et refoul&#233;es. Ils d&#233;montrent que les rapports &#224; la Nature sont multiples et inscrivent une d&#233;marche &#233;cologique dans l'histoire longue de l'Humanit&#233;. Ils rappellent que la culture s'inscrit dans l'histoire longue. On peut prendre par exemple la signification d'une nouvelle valeur, celle du &#171; buen vivir &#187;, qui ne saurait se r&#233;sumer au &#171; bien-vivre &#187;, et qui traduit la richesse et la profondeur des civilisations encore vivantes et toujours n&#233;cessaires &#224; l'avenir de l'Humanit&#233;, de ses savoirs et de ses sagesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;La question des migrations&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les migrations ont accompagn&#233; l'histoire de l'Humanit&#233; depuis ses d&#233;buts ; elles commencent avec l'Homme de N&#233;anderthal et l'Homo sapiens. &#192; chaque p&#233;riode, les migrations s'adaptent et prennent des caract&#233;ristiques nouvelles[10]. Aujourd'hui avec la phase du n&#233;olib&#233;ralisme comme phase de la mondialisation capitaliste, les migrations prennent trois formes : les migrations &#233;conomiques qui prolongent et modifient les migrations de travail marqu&#233;es par l'&#233;volution industrielle du XXe si&#232;cle ; les migrations politiques li&#233;es aux situations de guerres et de r&#233;pressions ; les migrations environnementales qui vont prendre une importance majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les migrations vont prendre de nouvelles formes avec l'&#233;volution de la d&#233;mographie mondiale. Plusieurs d&#233;mographes estiment que la population mondiale sera en d&#233;croissance[11]. Il faut revenir sur la question d&#233;mographique. Beaucoup de pays sont au taux de remplacement d&#233;mographique ou en dessous de ce taux. On estime que la population sera en d&#233;croissance dans une trentaine de pays en 2050, contre une vingtaine aujourd'hui. L'explication renvoie &#224; l'&#233;mancipation des femmes et &#224; l'&#233;volution vers un taux de f&#233;condit&#233; de 1,7 enfant par femme. Dans plusieurs r&#233;gions du monde le vieillissement social devient un probl&#232;me essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs &#233;l&#233;ments nouveaux vont modifier la question des migrations dans la prochaine p&#233;riode. Le choc de la d&#233;croissance d&#233;mographique dans de nombreux pays, notamment dans les pays les plus industrialis&#233;s et la rupture &#233;cologique ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; mentionn&#233;s. Citons aussi la r&#233;duction dans de nombreux pays de la population agricole. &#192; l'image de l'&#233;volution dans les pays industrialis&#233;s, elle passe de la majorit&#233; de la population &#224; environ 5 % de la population. Cette &#233;volution pourra modifier le rapport entre nomades et s&#233;dentaires qui a &#233;t&#233; marquant depuis l'invention de l'agriculture en M&#233;sopotamie. D'autres modifications accompagneront les &#233;volutions des caract&#233;ristiques des &#201;tats-Nations qui ont d&#233;fini les formes de gestion des fronti&#232;res des trois derniers si&#232;cles. Ce sont les pays qui accepteront les migrants et d&#233;velopperont des cultures d'accueil qui seront les plus porteurs d'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui caract&#233;rise aujourd'hui les migrations, au niveau des mobilisations des migrants et aussi au niveau de ceux qui en font la cause de tous les maux, ce sont les r&#233;f&#233;rences &#224; l'esclavage et &#224; la colonisation. C'est parce que la d&#233;colonisation n'est pas termin&#233;e et que l'imaginaire relie la premi&#232;re colonisation &#224; la seconde, celle des empires coloniaux et de l'imp&#233;rialisme comme stade supr&#234;me du capitalisme. Les luttes contre le racisme et les discriminations se r&#233;f&#232;rent &#224; la d&#233;colonisation et la prolongent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;La d&#233;colonisation inachev&#233;e&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois des nouvelles radicalit&#233;s, le racisme et les discriminations, les peuples autochtones, les politiques de migrations renvoient directement &#224; la d&#233;colonisation. Et les trois autres ne peuvent pas &#234;tre compris si on en fait abstraction. C'est parce que nous sommes dans une p&#233;riode caract&#233;ris&#233;e par l'actualit&#233; de la d&#233;colonisation. La premi&#232;re phase de la d&#233;colonisation, celle de l'ind&#233;pendance des &#201;tats est &#224; peu pr&#232;s termin&#233;e, mais la d&#233;colonisation est tr&#232;s loin d'&#234;tre achev&#233;e. Elle caract&#233;rise la p&#233;riode actuelle dans tous ses aspects, &#233;conomiques, sociaux, &#233;cologiques, g&#233;opolitiques, id&#233;ologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant qu'&#224; partir de 1980, les pays dominants, &#201;tats-Unis, Europe et Japon, ont repris le contr&#244;le de la mondialisation en imposant le n&#233;olib&#233;ralisme. Ils ont mis fin &#224; la tentative des pays du Sud d'&#233;quilibrer les &#233;changes internationaux en leur imposant l'endettement et les programmes d'aust&#233;rit&#233; dits d'ajustement structurel. La deuxi&#232;me phase de la d&#233;colonisation commence, celle de la lib&#233;ration des nations et des peuples. Elle interpelle la forme des &#201;tats-nations comme on peut le voir &#224; travers les tentatives d'&#201;tats plurinationaux d'une part et les &#233;volutions des formes de la mondialisation d'autre part. Elle interroge aussi le r&#244;le que pourraient jouer les grandes r&#233;gions g&#233;oculturelles dans l'&#233;volution du syst&#232;me international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;colonisation reste &#224; l'ordre du jour en r&#233;ponse aux in&#233;galit&#233;s dans le syst&#232;me mondial et aussi dans la conscience de l'histoire longue des formes de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 3. Inscrire les nouvelles radicalit&#233;s dans les luttes des classes&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La synth&#232;se entre les nouvelles radicalit&#233;s et les luttes de classes est la question centrale ; et elle suscite des d&#233;bats contradictoires et passionn&#233;s. Les nouvelles radicalit&#233;s ne sont pas ext&#233;rieures aux luttes de classes ; elles en font partie. Elles s'inscrivent dans les luttes de classes et elles pr&#233;figurent leur &#233;volution. Chacune des nouvelles radicalit&#233;s est incompr&#233;hensible si on ne la resitue pas par rapport aux appartenances de classes. Elles pr&#233;figurent les mutations des classes sociales dans l'&#233;volution du mode de production capitaliste. Elles pr&#233;figurent les nouvelles classes sociales dans l'hypoth&#232;se d'une transition plus profonde, dans l'hypoth&#232;se du passage &#224; un nouveau mode de production qui succ&#232;derait au mode de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse doit partir des deux classes principales, la bourgeoisie et la classe ouvri&#232;re et de leurs &#233;volutions. La fraction financi&#232;re et mondialis&#233;e de la bourgeoisie est pour l'instant la classe dirigeante. Elle a r&#233;ussi &#224; int&#233;grer, par l'actionnariat, une partie des cadres, mais elle ne donne pas de r&#233;ponse &#224; la masse des cadres qui se sont multipli&#233;s avec la scolarisation massive et le num&#233;rique. Elle a r&#233;ussi &#224; contr&#244;ler la formation &#224; travers l'id&#233;ologie du &#171; management &#187; et de la &#171; business administration &#187;. Mais elle rencontre de nouvelles contradictions &#224; partir de deux nouvelles radicalit&#233;s, celle de l'&#233;cologie qui remet en cause le productivisme, et celle du num&#233;rique qui modifie la conception m&#234;me de l'encadrement. Elle ne donne pas de r&#233;ponse &#224; l'ensemble des cadres en tant que classe en formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mondialisation et l'internationalisation des cha&#238;nes de valeurs ont modifi&#233; les conditions ouvri&#232;res. La pr&#233;carisation sous diff&#233;rentes formes caract&#233;rise aujourd'hui les proc&#232;s de production internationalis&#233;s. Le salariat a chang&#233; de nature, il ne caract&#233;rise plus uniquement la classe ouvri&#232;re. Le salariat ne d&#233;finit plus une condition, il est devenu un statut partag&#233; par de nombreuses cat&#233;gories. Les syndicats de salari&#233;s ne repr&#233;sentent plus uniquement le mouvement ouvrier ; ils restent toutefois marqu&#233;s par leur histoire et constituent une forme d'organisation qui prolonge la m&#233;moire ouvri&#232;re et pr&#233;parent les alliances de classes entre producteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution du mouvement paysan est significative de la nature et du r&#244;le des mouvements sociaux. Quand Bernard Lambert, un des fondateurs de Paysan-travailleurs et de la Conf&#233;d&#233;ration paysanne, d&#233;clare au Larzac, en 1973, &#171; les paysans ne seront plus jamais des Versaillais &#187; en rappelant la mani&#232;re dont la bourgeoisie fran&#231;aise avait utilis&#233; les paysans contre la Commune, il s'appuie sur le travail qu'il a men&#233; pour d&#233;finir les &#171; paysans-travailleurs &#187; en d&#233;montrant que leur subordination au capital les avait transform&#233;s en quasi-salari&#233;s. La Via Campesina est aujourd'hui un des mouvements les plus nombreux au monde. Ses membres ont r&#233;ussi &#224; persuader le monde, et &#224; se persuader eux-m&#234;mes, que l'agriculture paysanne est plus moderne que l'agro-industrie, compatible avec les contraintes &#233;cologiques, et ont d&#233;fini les revendications avanc&#233;es, notamment la souverainet&#233; alimentaire et le refus des OGM. Elle indique des voies pour penser &#224; l'&#233;volution des classes sociales, au rapport entre les classes sociales et &#224; l'orientation d'un projet politique international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nouvelles radicalit&#233;s permettent de mieux comprendre les mutations en cours des classes sociales et les rapports entre les classes. Elles impliquent de situer la r&#233;flexion &#224; l'&#233;chelle de la mondialisation. D'abord parce que chacune des radicalit&#233;s ne peut se comprendre qu'&#224; l'&#233;chelle mondiale. Ensuite parce que certaines des radicalit&#233;s impliquent que l'on tienne compte, dans l'analyse de la situation, d'une &#233;volution majeure, celle de la d&#233;colonisation. Comme nous l'avons indiqu&#233;, trois des nouvelles radicalit&#233;s d&#233;coulent directement de la d&#233;colonisation comme facteur d&#233;terminant de l'&#233;volution : le racisme et les discriminations, les peuples autochtones, la question des migrations. Les trois autres (le f&#233;minisme, l'&#233;cologie, le num&#233;rique) ne peuvent &#234;tre comprises si on ne tient pas compte de la d&#233;colonisation inachev&#233;e comme facteur majeur de la situation actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Les nouvelles radicalit&#233;s transforment les luttes de classes&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partir des nouvelles radicalit&#233;s est donc une des mani&#232;res de comprendre les &#233;volutions des luttes de classes et de les inscrire dans une d&#233;marche commune. Il ne s'agit pas de les consid&#233;rer comme subordonn&#233;es &#224; une instance sup&#233;rieure mais au contraire de les rattacher structurellement les unes aux autres et de les int&#233;grer dans un projet commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'abord de renforcer le mouvement ouvrier et le mouvement paysan &#224; toutes les &#233;chelles, locales, nationales et mondiales. Il ne s'agit pas de les consid&#233;rer comme des r&#233;f&#233;rences mythiques et abstraites mais de partir de leurs complexit&#233;s et de la richesse de leurs r&#233;alit&#233;s. Ce sont les conditions ouvri&#232;res et paysannes qui permettent le mieux de comprendre les situations des producteurs de plus-values et leurs &#233;volutions. En &#233;largissant la compr&#233;hension aux diff&#233;rentes formes de pr&#233;cariat, on peut mieux saisir l'&#233;volution du prol&#233;tariat en constitution. On peut aussi mieux prendre en compte l'&#233;volution des projets d'&#233;mancipation dont ils sont porteurs. La compl&#233;mentarit&#233; des mouvements ouvriers et paysans est aussi une mani&#232;re de tenir compte des rapports avec la Nature et des ouvertures &#233;cologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;f&#233;rence principale, c'est celle de l'&#233;galit&#233;. C'est le marqueur historique de la gauche[12] depuis la R&#233;volution fran&#231;aise, confirm&#233; par La Commune. Cette valeur a &#233;t&#233; confirm&#233;e par le refus des in&#233;galit&#233;s et des discriminations qui est devenu d&#233;terminant du point de vue id&#233;ologique et politique. Le mouvement ouvrier et le mouvement paysan sont porteurs de cette r&#233;f&#233;rence &#224; l'&#233;galit&#233; et du refus des in&#233;galit&#233;s. Le refus des in&#233;galit&#233;s s'est &#233;largi et concerne maintenant les in&#233;galit&#233;s sociales et &#233;cologiques. La prise de conscience remet en cause les oligarchies et les in&#233;galit&#233;s sont de plus en plus reli&#233;es &#224; la mise en cause de la corruption.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en avant de l'&#233;galit&#233; comme valeur de r&#233;f&#233;rence s'est concr&#233;tis&#233;e par la revendication des droits. Cette &#233;volution a &#233;t&#233; confirm&#233;e par la pand&#233;mie et les r&#233;ponses &#224; la pand&#233;mie qui a mis en avant l'importance des droits : droit &#224; la sant&#233;, droit &#224; l'&#233;ducation, droit au revenu qui, il y a peu, apparaissait comme compl&#232;tement utopique, droit au travail, droit au logement et droit &#224; la ville, droit aux services publics. &#192; cela viennent s'ajouter de nouvelles propositions pour l'obtention de droits : droit &#224; une action publique qui ne soit pas uniquement la bureaucratie et l'&#201;tat, droit des communs par rapport &#224; la propri&#233;t&#233;. Nous avons brutalement une floraison extraordinaire d'id&#233;es nouvelles. &#201;videmment, elles ne vont pas s'imposer tout de suite. Elles pr&#233;figurent ce que pourrait &#234;tre le nouveau monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un chantier d&#233;terminant de l'avenir est celui de la d&#233;mocratie dans l'entreprise[13]. L'entreprise reste un espace herm&#233;tique par rapport &#224; l'&#233;galit&#233; des droits et &#224; la d&#233;mocratie. La premi&#232;re priorit&#233; est de lib&#233;rer les entreprises de la dictature des actionnaires, principalement de l'actionnariat financier. De tr&#232;s nombreuses propositions existent pour donner leur place aux diff&#233;rentes parties prenantes : les salari&#233;s de l'entreprise, ouvriers, employ&#233;s, techniciens et cadres ; les chercheurs ; les sous-traitants ; les fournisseurs ; les collectivit&#233;s locales des territoires concern&#233;s ; les Etats, les distributeurs ; les clients ; etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le salariat en tant que statut facilite la prise en compte des droits. On arrive alors &#224; une r&#233;flexion sur l'&#233;volution du salariat. Le salaire ne se r&#233;sume pas &#224; un revenu, il est porteur de nombreux droits. Si le salariat est un statut social et non le marqueur d'une condition sociale, ne faudrait-il pas g&#233;n&#233;raliser le salariat &#224; toute la population ? De tr&#232;s nombreuses hypoth&#232;ses circulent autour de cette hypoth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste une question qui n'est pas secondaire. Si le refus des in&#233;galit&#233;s est si pr&#233;sent et si l'&#233;galit&#233; peut &#234;tre une r&#233;f&#233;rence, comment expliquer la mont&#233;e des id&#233;es d'extr&#234;me droite dans le d&#233;bat public ? Les raisons renvoient &#224; la crise id&#233;ologique dont nous avons d&#233;j&#224; parl&#233;. L'extr&#234;me droite a &#233;volu&#233; dans son discours ; elle ne se revendique plus autant des in&#233;galit&#233;s, et pour s&#233;duire les couches populaires, il lui arrive de parler d'&#233;galit&#233; ; mais elle se garde de tenir pour responsables des in&#233;galit&#233;s, les plus riches et les plus puissants. Elle agite la peur de ceux qui sont plus pauvres et des &#233;trangers. Nous sommes dans la bataille pour l'h&#233;g&#233;monie culturelle qui construit l'identit&#233; et la s&#233;curit&#233; contre l'&#233;galit&#233; et la solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;4. R&#233;inventer l'instance du politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le politique est interpell&#233; par le projet de changement de la soci&#233;t&#233; &#224; ses diff&#233;rentes &#233;chelles : locale, nationale et mondiale. Le politique est marqu&#233; par des bouleversements profonds. Les rapports de production n'ont pas chang&#233; de nature, mais nous vivons des mutations li&#233;es aux cultures que portent les nouvelles technologies, notamment le num&#233;rique et les biotechnologies. Les modes de pens&#233;e sont boulevers&#233;s par la r&#233;volution &#233;cologique. La r&#233;volution majeure des droits des femmes, au-del&#224; des r&#233;actions violentes qui la rejettent, commence &#224; peine &#224; produire ses effets et conduit &#224; un bouleversement incroyable des soci&#233;t&#233;s. C'est la r&#233;invention de la d&#233;mocratie qui est au c&#339;ur des mutations et des interrogations. La d&#233;mocratie &#233;conomique et sociale reste une n&#233;cessit&#233;. Elle est &#224; r&#233;inventer. Il est clair que la d&#233;mocratie ne se r&#233;sume pas au march&#233;, mais il appara&#238;t aussi que l'Etat ne suffit pas &#224; d&#233;finir le contraire du march&#233; et &#224; garantir la d&#233;mocratie. La d&#233;mocratie culturelle et politique n&#233;cessite la r&#233;invention du politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abstention aux &#233;lections interpelle ; elle traduit l'impression que la transformation du pouvoir ne passe plus par les &#233;lections. Une des questions pos&#233;es est celle du rapport entre les mouvements, les partis et les gouvernements. Le politique ne se restreint pas aux partis. Dans tous les mouvements, une revendication s'affirme : le rejet de la corruption. La d&#233;fiance par rapport aux partis et aux formes traditionnelles du politique s'exprime par la condamnation syst&#233;matique de la corruption syst&#233;mique. La fusion entre le politique et le financier corrompt structurellement la classe politique dans son ensemble. Le rejet de la corruption va au-del&#224; de la corruption financi&#232;re ; il s'agit de la corruption politique. Elle est visible dans les politiques impos&#233;es et dans le m&#233;lange des int&#233;r&#234;ts. Comment faire confiance quand ce sont les m&#234;mes, avec parfois un autre visage, qui appliquent les m&#234;mes politiques, celles du capitalisme financier. La subordination du politique au financier annule le politique. Elle remet en cause l'autonomie de la classe politique et la confiance qui peut lui &#234;tre accord&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La radicalit&#233; ne signifie pas automatiquement une avanc&#233;e progressiste. Il faut prendre en compte la droitisation des soci&#233;t&#233;s. La mont&#233;e des courants fascistes, d'extr&#234;me droite et populistes r&#233;actionnaires est sensible et emprunte parfois certaines des formes des mouvements d'&#233;mancipation. Elle prend d'ailleurs des formes diff&#233;rentes avec le n&#233;o-conservatisme libertarien aux &#201;tats-Unis, les diverses formes de national-socialisme en Europe, le jihadisme arm&#233; au Moyen-Orient, le hindouisme extr&#233;miste en Inde, etc. Dans plusieurs des nouveaux mouvements, la gauche classique est battue en br&#232;che et des courants de droite paraissent quelquefois imposer leurs points de vue. Dans leur ensemble toutefois, les mouvements sociaux portent la contestation de l'ordre dominant et une volont&#233; d'&#233;mancipation. La diff&#233;renciation est relativement simple, pass&#233;e les premiers effets de surprise. Ce qui diff&#233;rencie les mouvements, c'est l'orientation strat&#233;gique : l'acc&#232;s aux droits pour tous et l'&#233;galit&#233; des droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements sont spontan&#233;s, radicaux, h&#233;t&#233;rog&#232;nes. C'est le cas des mouvements apparus &#224; partir de 2011 en r&#233;action &#224; la crise du n&#233;olib&#233;ralisme. Certains affirment que ces mouvements ont &#233;chou&#233; parce qu'ils n'avaient pas de perspective ou de strat&#233;gie et qu'ils ne se sont pas dot&#233;s d'organisation. Cette critique m&#233;rite d'&#234;tre approfondie. Elle n'est pas suffisante car elle sous-estime les r&#233;pressions qui ont r&#233;pondu &#224; ces mouvements. Les mouvements ne rejettent pas toutes les formes d'organisation ; ils en exp&#233;rimentent des nouvelles. Celles-ci ont d&#233;montr&#233; leur int&#233;r&#234;t dans l'organisation des mobilisations, la r&#233;activit&#233; aux situations et l'expression de nouveaux imp&#233;ratifs. La question des formes d'organisation par rapport aux pouvoirs est toujours &#224; l'ordre du jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le changement des repr&#233;sentations&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant tr&#232;s longtemps les repr&#233;sentations du politique opposaient deux p&#244;les : une droite qui revendiquait l'ordre et une approche conservatrice ; une gauche qui se pr&#233;sentait comme porteuse du changement et du progr&#232;s social. La droite comprenait une extr&#234;me droite r&#233;actionnaire et la gauche comptait une extr&#234;me gauche qui se pr&#233;sentait comme r&#233;volutionnaire. Cette repr&#233;sentation a laiss&#233; la place &#224; une nouvelle configuration avec trois p&#244;les de r&#233;f&#233;rence : une droite n&#233;olib&#233;rale, dirigeante du capitalisme et qui inclut une &#171; gauche de gouvernement &#187; ; une droite nationaliste, identitaire et s&#233;curitaire, polaris&#233;e par l'extr&#234;me droite ; une gauche progressiste et plus radicale qui se revendique de l'&#233;galit&#233;. Cette configuration n'est pas propre &#224; la France, on la retrouve dans plusieurs pays. Dans le syst&#232;me &#233;lectoral et id&#233;ologique de la France, elle rend plus difficile la d&#233;finition d'une majorit&#233; &#233;lectorale. Elle accompagne la mont&#233;e de l'extr&#234;me droite &#224; l'&#233;chelle mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La droite n&#233;olib&#233;rale se r&#233;f&#232;re &#224; la forme dominante du capitalisme dans la phase de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale. Elle caract&#233;rise le camp de la Triade (&#201;tats-Unis, Europe, Japon) et de l'imp&#233;rialisme dominant. Elle a impos&#233;, aux nouveaux pays du Sud, la dette, les programmes d'ajustement structurel et les guerres. Elle pensait l'avoir emport&#233; avec la chute du mur de Berlin en 1989 et qu'elle pourrait imposer un nouvel ordre mondial g&#233;r&#233; par le FMI, la Banque mondiale et l'OMC (Organisation mondiale du commerce). Mais la crise de 2007-2008, la pand&#233;mie, le climat et les guerres ont mis son mod&#232;le en crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La droite nationaliste revendique par rapport &#224; la droite n&#233;olib&#233;rale la d&#233;fense de l'&#201;tat-Nation dans la mondialisation. Elle revendique le s&#233;curitarisme et l'identitarisme. Elle revendique la fiert&#233; coloniale et ne craint pas d'affirmer son racisme. Elle s'organise dans les courants extr&#233;mistes des diff&#233;rentes religions et dans les affirmations &#233;vang&#233;listes. Elle oppose ces valeurs &#224; l'&#233;galit&#233; et la solidarit&#233; port&#233;e par la gauche. Elle r&#233;agit tr&#232;s violemment contre les nouvelles radicalit&#233;s qui bouleversent le monde qu'elle voudrait pr&#233;server. Elle m&#232;ne la guerre contre les &#233;trangers et les migrants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche est en recomposition. Elle doit construire un projet politique commun unifi&#233; &#224; partir des histoires de ses diff&#233;rentes composantes (communistes, socialistes, &#233;cologistes, r&#233;volutionnaires). Elle doit prolonger la premi&#232;re phase de la d&#233;colonisation qui, de 1920 &#224; 1955, a d&#233;bouch&#233; sur les ind&#233;pendances des &#201;tats et sur un syst&#232;me international inabouti. Elle doit accepter les perspectives ouvertes par les nouvelles radicalit&#233;s. Elle doit inscrire ces nouvelles radicalit&#233;s dans les luttes de classes et renforcer les mouvements ouvriers et paysans. Elle doit mener la bataille pour l'h&#233;g&#233;monie culturelle contre les d&#233;rives identitaires et s&#233;curitaires de l'extr&#234;me droite et contre les discriminations et les in&#233;galit&#233;s port&#233;es par la mondialisation n&#233;olib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les situations dans les tr&#232;s nombreux pays qui ont connu des mouvements radicaux apr&#232;s 2011 ont multipli&#233; les exemples d'innovations et de propositions de renouvellement du politique. Ces exemples ont &#233;t&#233; &#233;cras&#233;s par les r&#233;pressions ; mais il en appara&#238;t tout le temps des nouveaux. C'est ce que l'on voit aujourd'hui dans plusieurs pays d'Am&#233;rique latine. C'est ce qu'on a vu aussi aux &#201;tats-Unis avec les propositions port&#233;es par les quatre jeunes femmes parlementaires, membres du DSA (Democratic Socialists of America), proches de Bernie Sanders, dont Alexandria Ocasio-Cortez. Elles cherchent &#224; valoriser les prolongements politiques de #MeToo et de Black Live Matters. Elles pr&#244;nent un vaste plan d'investissement, un Green New Deal, pour stopper le r&#233;chauffement climatique, tout en promouvant la justice sociale et la sant&#233; publique. C'est ce qu'on retrouve aussi avec les tentatives d'&#233;mergence d'un Sud Global h&#233;ritier de la d&#233;colonisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Les mouvements sociaux interpellent les partis politiques et la forme-parti&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements sociaux sont des mouvements politiques. Ils assument directement une partie des t&#226;ches d'organisation qui relevaient traditionnellement des partis politiques, notamment le leadership reconnu et les n&#233;gociations. Cette structuration traditionnelle est largement remise en cause du fait de la grande m&#233;fiance des activistes, et plus g&#233;n&#233;ralement des populations mobilis&#233;es, par rapport aux institutions politiques et particuli&#232;rement par rapport aux partis politiques. Dans certains cas, des partis politiques d'une forme relativement traditionnelle sont issus des mouvements, ou plut&#244;t d'une partie des mouvements. Dans d'autres cas, des formes d'organisation structur&#233;es incluant certains partis ont &#233;t&#233; reconnues. Les mouvements des insurrections depuis 2011 ont produit de nombreuses tentatives souvent inabouties, comme par exemple les &#171; indign&#233;s &#187;, les &#171; occupy &#187;, &#171; l'Union des professionnels &#187; soudanais, le &#171; Hirak alg&#233;rien &#187;... Ces prolongements doivent &#234;tre &#233;valu&#233;s et approfondis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements sociaux sont eux aussi en red&#233;finition. Nous avons d&#233;j&#224; cit&#233; le mouvement paysan avec la Via Campesina qui a appuy&#233; les mobilisations &#224; partir d'un renouvellement radical de ses mots d'ordre autour de l'agriculture paysanne, du refus des OGM, de la souverainet&#233; alimentaire. Par ailleurs, les mouvements sociaux sont confront&#233;s &#224; la difficile n&#233;gociation avec les pouvoirs et aux risques d'ONG&#233;isation qui les accompagnent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recherche d'une nouvelle synth&#232;se, ou &#224; tout le moins d'une meilleure articulation entre la forme mouvement et la forme-parti est &#224; l'ordre du jour. Elle implique la remise en cause des formes d'organisation des partis, aussi bien des partis parlementaires que des partis d'avant-garde. Aucun mouvement n'accepte d'&#234;tre repr&#233;sent&#233; par des partis dans le jeu institutionnel, mais pour autant, des victoires au sein des institutions renforcent la conscience globale et les mouvements. Comment tenir cette contradiction sur le long terme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;La question strat&#233;gique de la transformation sociale et du pouvoir&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La remise en cause de la forme parti est directement li&#233;e &#224; la question strat&#233;gique. La question fondamentale pos&#233;e au mouvement r&#233;volutionnaire est la question strat&#233;gique, celle de la transformation sociale et du pouvoir. Immanuel Wallerstein a beaucoup insist&#233; sur le n&#233;cessaire renouvellement de la strat&#233;gie r&#233;volutionnaire. Il rappelait que la bourgeoisie avait d&#233;fini une strat&#233;gie, depuis Cromwel, d&#232;s 1530 : cr&#233;er un parti, pour conqu&#233;rir l'&#201;tat, pour changer la soci&#233;t&#233;. Dans la I&#232;re Internationale, le d&#233;bat a port&#233; sur l'adoption de cette strat&#233;gie pour construire le socialisme. Apr&#232;s bien des d&#233;bats, notamment apr&#232;s la Commune, et le d&#233;bat sur l'&#201;tat, le mouvement ouvrier a reconduit cette strat&#233;gie avec la IIe et la IIIe Internationale. Aujourd'hui, la question est ouverte. Cr&#233;er un parti pour conqu&#233;rir l'&#201;tat se traduit par un parti-&#201;tat avant m&#234;me d'avoir conquis l'&#201;tat, et l'&#201;tat n'est pas un moyen neutre pour construire une nouvelle soci&#233;t&#233;. C'est ce qui a conduit le mouvement altermondialiste &#224; rechercher l'autonomie de la soci&#233;t&#233; par rapport &#224; l'&#201;tat et &#224; approfondir la distinction entre la forme mouvement et la forme parti. Cette interrogation sur l'&#201;tat remet au centre du d&#233;bat la d&#233;finition m&#234;me de la d&#233;mocratie interpell&#233;e par un changement culturel profond des nouvelles g&#233;n&#233;rations sur les questions de la repr&#233;sentation et de la d&#233;l&#233;gation. La conqu&#234;te de l'&#201;tat a permis &#224; la bourgeoisie d'imposer le capitalisme, il est peu probable qu'elle permette d'en sortir. Ce qui est en jeu, c'est la d&#233;finition d'une nouvelle strat&#233;gie de transformation politique.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; 5. Reconstruire l'internationalisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Les in&#233;galit&#233;s et les injustices sont devenues insupportables&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des questions nouvelles et essentielles est celle de l'articulation entre les formes mouvements et les formes-partis. Il s'agit du renouvellement du politique. Elle est caract&#233;ris&#233;e par une forte &#233;volution : les mouvements sociaux montrent que les in&#233;galit&#233;s, les discriminations et les injustices sont devenues insupportables. Les mouvements sociaux annoncent une nouvelle &#232;re &#224; l'&#233;chelle mondiale. Une &#232;re analogue &#224; celle de l'affirmation des droits au XVIIIe si&#232;cle, &#224; celle des nationalit&#233;s en 1848, aux r&#233;volutions socialistes du XXe si&#232;cle, &#224; celle de la d&#233;colonisation de la seconde moiti&#233; du XXe si&#232;cle, &#224; celle de la contre-culture et de la lib&#233;ration des femmes des ann&#233;es 1960 et 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;volution encore souterraine, mais dont les mouvements localis&#233;s, massifs et r&#233;p&#233;t&#233;s, forment les principaux points d'accroche, est port&#233;e par l'id&#233;e partag&#233;e &#224; l'&#233;chelle mondiale que les in&#233;galit&#233;s, les discriminations, les injustices, l'arbitraire et la corruption sont insupportables. Et que la r&#233;volte pour les rejeter est l&#233;gitime. D'autant plus l&#233;gitime qu'il s'agit de l'avenir de l'Humanit&#233; elle-m&#234;me, confront&#233;e &#224; une crise climatique et &#233;cologique majeure que les pouvoirs en place refusent de prendre en compte. Les r&#233;voltes ne sont pas seulement des soul&#232;vements de refus. Les r&#233;voltes deviennent des r&#233;volutions quand des issues apparaissent possibles. Si les in&#233;galit&#233;s et les injustices sont devenues insupportables et inacceptables, c'est aussi parce qu'un monde sans in&#233;galit&#233;s et sans injustices appara&#238;t possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Internationalisme et altermondialisme&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conjonction de la pand&#233;mie et du climat confirme d'une certaine mani&#232;re le mouvement altermondialiste ; elle l'oblige aussi &#224; se r&#233;inventer pour tenir compte de l'&#233;volution de la situation. Le mouvement altermondialiste affirme que la r&#233;ponse &#224; la mondialisation n&#233;olib&#233;rale doit se d&#233;ployer &#224; toutes les &#233;chelles : locales, nationales, par grandes r&#233;gions g&#233;oculturelles, mondiale. La r&#233;f&#233;rence n'est pas le nationalisme, c'est l'internationalisme et l'altermondialisme. C'est la construction d'un autre monde possible et n&#233;cessaire, au sens propre du terme, qui doit faire l'objet d'une r&#233;flexion globale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement r&#233;volutionnaire de la prochaine p&#233;riode est aussi confront&#233; &#224; la n&#233;cessaire red&#233;finition de l'internationalisme. L'altermondialisme se propose comme un prolongement de l'internationalisme prenant en compte la mondialisation n&#233;olib&#233;rale comme une nouvelle phase du capitalisme. L'internationalisme est aujourd'hui confront&#233; &#224; la n&#233;cessaire red&#233;finition de la p&#233;riode qui n'a pas encore tenu compte de la rupture de la d&#233;colonisation. Si on revient &#224; la formule de Chou En Lai &#224; Bandoung, en 1955, les &#201;tats ont eu leur ind&#233;pendance et on en voit les limites, les nations veulent leur lib&#233;ration ce qui entra&#238;nera une &#233;volution profonde des &#201;tats au-del&#224; des &#201;tats-Nations, c'est une &#233;volution qui commence &#224; peine. Et comment peut s'organiser le syst&#232;me mondial &#224; partir de la lib&#233;ration des peuples ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement altermondialiste s'est affirm&#233; comme le mouvement anti-syst&#233;mique du n&#233;olib&#233;ralisme. Le mouvement altermondialiste doit se renouveler. Il a connu plusieurs p&#233;riodes dans son opposition au n&#233;olib&#233;ralisme. La d&#233;nomination altermondialiste s'impose &#224; partir de 1980, alors que, en tant que mouvement antisyst&#233;mique, l'altermondialisme se construit &#224; partir de 1980 comme nouvelle &#233;tape de l'internationalisme. De 1979 &#224; 1989, il a &#233;t&#233; port&#233; par les luttes contre la dette et l'ajustement structurel dans les pays du sud. De 1990 &#224; 1999, il a organis&#233; des grandes manifestations mondiales contre l'imposition d'un nouvel ordre mondial contr&#244;l&#233; par les institutions de Bretton Woods (FMI, Banque Mondiale, Organisation mondiale du commerce) autour du mot d'ordre : &#171; le droit international ne doit pas &#234;tre subordonn&#233; au droit des affaires &#187;. Apr&#232;s les manifestations de Seattle, en 1999, il a oppos&#233; le Forum social mondial au Forum Economique Mondial de Davos. &#192; partir de 2000, il organise les Forums sociaux mondiaux. En 2007-2008, la crise financi&#232;re, est suivie &#224; partir de 2011 par des insurrections dans plusieurs dizaines de pays. Le n&#233;olib&#233;ralisme entame une mutation aust&#233;ritaire, combinant aust&#233;rit&#233; et s&#233;curitarisme. Depuis 2008, la succession des crises ouvre une nouvelle p&#233;riode : crise financi&#232;re, r&#233;ponse aust&#233;ritaire du capitalisme m&#234;lant aust&#233;rit&#233; et autoritarisme, insurrections populaires depuis 2011, prise de conscience de la crise climatique et &#233;cologique, crise pand&#233;mique, crise id&#233;ologique, crise g&#233;opolitique et militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements r&#233;actionnaires, identitaires et d'extr&#234;me droite se renforcent en r&#233;ponse aux nouvelles formes de contestation des mouvements sociaux, salari&#233;s et paysans, d'&#233;mancipation f&#233;ministe, &#233;cologistes. Dans les nouveaux mouvements, les mouvements antiracistes et les peuples autochtones se r&#233;f&#232;rent directement &#224; la d&#233;colonisation. La crise de la pand&#233;mie et du climat ouvre une nouvelle crise de civilisation. Le mouvement altermondialiste est confront&#233; &#224; un n&#233;cessaire renouvellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Les rapports entre le local, le national et le mondial&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements sociaux renouvellent les rapports entre le local, le national et le mondial. Les mouvements sociaux se d&#233;finissent toujours &#224; l'&#233;chelle nationale ; leurs revendications s'adressent aux pouvoirs de leur &#201;tat, de leur pays. Ils ont aussi un ancrage local ; ce sont des mouvements de places, on les appelle par le nom des villes o&#249; ils se d&#233;roulent, parfois m&#234;me de la place o&#249; de la rue qu'ils occupent. Ils ont aussi et d'embl&#233;e une dimension mondiale ; c'est &#224; cette &#233;chelle qu'ils prennent leur sens. Les mouvements donnent leur sens aux territoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mouvements sont une r&#233;ponse &#224; la mondialisation capitaliste et &#224; sa phase n&#233;olib&#233;rale. On peut les consid&#233;rer comme une nouvelle phase de l'altermondialisme. Le mouvement altermondialiste rappelle que la transformation de chaque soci&#233;t&#233; ne peut pas &#234;tre envisag&#233;e en dehors du changement du monde. Il s'appuie sur un droit international construit autour du respect des droits fondamentaux. Il propose, en lieu et place d'une d&#233;finition du d&#233;veloppement fond&#233;e sur la croissance productiviste et les formes de domination, une strat&#233;gie de la transition &#233;cologique, sociale, d&#233;mocratique et g&#233;opolitique. Comme le proposent Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau[14], &#224; la mondialisation capitaliste, nous opposons la mondialit&#233; et les identit&#233;s multiples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie interpelle l'articulation du local au global. Le local implique la liaison entre les territoires et les institutions d&#233;mocratiques de proximit&#233;. Le niveau national implique la red&#233;finition du politique, de la repr&#233;sentation et de la d&#233;l&#233;gation dans la d&#233;mocratie, le renforcement de l'action publique et le contr&#244;le d&#233;mocratique du pouvoir d'&#201;tat. Les grandes r&#233;gions sont les espaces des politiques environnementales, g&#233;oculturelles et de la multipolarit&#233;. Le niveau mondial est celui de l'urgence &#233;cologique, des institutions internationales, du droit international, qui doit s'imposer par rapport au droit des affaires ; et de la libert&#233; de circulation et d'installation, notamment des droits des migrants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Soyons attentifs &#224; l'inattendu&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avenir s'inscrit dans le temps long. &#192; quelles situations historiques nous renvoie la situation actuelle ? La situation des ann&#233;es 1930 pourrait servir de r&#233;f&#233;rence avec la coexistence des guerres mondiales, du fascisme, du socialisme et de la d&#233;colonisation. Il y a toutefois une diff&#233;rence, il n'y a pas de pouvoir socialiste et le capitalisme, sous diff&#233;rentes formes, r&#232;gne partout, m&#234;me s'il est partout en crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre p&#233;riode pr&#233;sente un grand int&#233;r&#234;t, celle de la I&#232;re Internationale, pendant laquelle il existait de nombreux mouvements porteurs du socialisme mais pas de pouvoir socialiste institu&#233;. Dans cette p&#233;riode, un grand moment historique, avec La Commune, va bouleverser les positions et relancer le d&#233;bat sur l'Etat, notamment avec Marx et les anarchistes. Nous sommes dans une p&#233;riode de profonds bouleversements. Dans ces p&#233;riodes, les contradictions conduisent &#224; des nouveaux chemins et cr&#233;ent de l'inattendu. Soyons attentifs &#224; l'inattendu qui va changer les situations et permettra de red&#233;finir les perspectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29 Ao&#252;t 2022&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gustave Massiah&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Immanuel Wallerstein, &#171; Dilemmas for the Global Left &#187;, Preface to Gustave Massiah, in collaboration with Elise Massiah, Strategy for the alternative to globalization, Black Rose Books, Montreal, 2011&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] G&#233;rard Dum&#233;nil &amp;amp ; Dominique L&#233;vy, La grande bifurcation, en finir avec le n&#233;olib&#233;ralisme, La D&#233;couverte, Paris 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Bertrand Badie, &#171; Les &#171; alliances de bloc &#187; sont mortes et l'Occident ne le comprend pas &#187; &#8211; OrientXXI, 20 juin 2022 - &lt;a href=&#034;https://orientxxi.info/magazine/bertrand-badie-les-alliances-de-bloc-sont-mortes-et-l-occident-ne-le-comprend,5706&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://orientxxi.info/magazine/bertrand-badie-les-alliances-de-bloc-sont-mortes-et-l-occident-ne-le-comprend,5706&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Gustave Massiah, &#171; Le r&#244;le des pand&#233;mies et du climat dans la crise de civilisation &#187;, Les Possibles, juin 2020. &#192; partir du livre de Kyle Harper : La chute de Rome. Comment l'empire romain s'est effondr&#233;, La D&#233;couverte, 2019 (version fran&#231;aise de The Fate of Rome, Priceton University Press, 2017)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Genevi&#232;ve Azam, Le temps du monde fini, Les liens qui lib&#232;rent, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Naomi Klein, La strat&#233;gie du choc, la mont&#233;e d'un capitalisme du d&#233;sastre, Actes Sud 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(The Shock doctrine, the rise of disaster capitalisme, Ed Knopf Canada, 2007)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Angela Davis, Femme, race et classe, &#201;d. Des femmes, Antoinette Fouque, Paris 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Gustave Massiah, &#171; Repenser le d&#233;veloppement pour repenser la solidarit&#233; internationale &#187;, CRID, mai 2019&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Gustave Massiah, &#171; Les mouvements sociaux &#224; l'&#232;re du num&#233;rique &#187;, &#224; partir du livre de Zeynep Tufekci, Editions C&amp;amp ;F, novembre 2019&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Gustave Massiah, &#171; Une approche altermondialiste des migrations &#187;, ao&#251;t 2020&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Darrell Bricker et John Ibbitson, Plan&#232;te vide, le choc de la d&#233;croissance d&#233;mographique mondiale. &#201;ditions Les Ar&#232;nes, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Shlomo Sand, Une br&#232;ve histoire mondiale de la gauche, La D&#233;couverte, 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thomas Piketty, Une br&#232;ve histoire de l'&#233;galit&#233;, Le Seuil, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Les Cahiers de Lasaire, De la crise sanitaire &#224; la transition &#233;cologique, Les Cahiers n&#176; 59, Avril 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau, &#171; De Loin &#187;, Lettre ouverte, d&#233;cembre 2005.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Les migrations, une r&#233;volution &#224; venir</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gustave Massiah </dc:creator>


		<dc:subject>Le Monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-09-13</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;J'appr&#233;cie beaucoup la d&#233;cision de Paul Raskin de consacrer un d&#233;bat &#224; la question de la population mondiale en lien avec la question environnementale. Je voudrais mettre l'accent sur une question centrale directement li&#233;e &#224; la question de la population mondiale ; il s'agit de la question des migrations. Il me para&#238;t en effet que nous sommes dans une p&#233;riode de bifurcation dans l'histoire longue des migrations. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Entre les lignes et les mots &lt;br class='autobr' /&gt;
L'Histoire des migrations se confond (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-09-13-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-09-13&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH79/arton53936-1f1bc.jpg?1781856635' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;J'appr&#233;cie beaucoup la d&#233;cision de Paul Raskin de consacrer un d&#233;bat &#224; la question de la population mondiale en lien avec la question environnementale. Je voudrais mettre l'accent sur une question centrale directement li&#233;e &#224; la question de la population mondiale ; il s'agit de la question des migrations. Il me para&#238;t en effet que nous sommes dans une p&#233;riode de bifurcation dans l'histoire longue des migrations.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/09/09/les-migrations-une-revolution-a-venir/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Entre les lignes et les mots&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Histoire des migrations se confond avec l'Histoire de l'Humanit&#233;. Elles s'inscrivent dans le temps long et structurant de l'histoire humaine. Cette histoire a commenc&#233; en Afrique &#224; partir des migrations des N&#233;anderthaliens et de l'Homo Sapiens. Les migrants ne sont pas des intrus ; ils sont partie prenante de l'histoire de chaque soci&#233;t&#233;. Les migrations marquent l'imaginaire de notre monde : citons parmi d'autres le nomadisme, la s&#233;dentarisation avec la ma&#238;trise de l'agriculture, l'exil, les colonisations, les diasporas, l'exode rural.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les migrations, avec l'industrialisation et l'urbanisation font partie des questions strat&#233;giques du peuplement de la plan&#232;te. Il faut revenir sur la question du peuplement. La crainte de l'explosion d&#233;mographique a marqu&#233; les derni&#232;res cinquante derni&#232;res ann&#233;es. Depuis le rapport du club de Rome en 1970, la prise de conscience des limites &#233;cologiques a fait exploser la conception du d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'histoire du capitalisme, il reste encore les traces profondes de l'esclavage et de la colonisation. Aujourd'hui, avec la mondialisation capitaliste dans sa phase n&#233;olib&#233;rale, on peut d&#233;finir trois formes importantes de migration. Les migrations &#233;conomiques caract&#233;ris&#233;es par la diff&#233;rence des situations qu'on peut d&#233;finir pour simplifier par l'imp&#233;rialisme et le n&#233;ocolonialisme. Comme l'exprimait tr&#232;s bien Alfred Sauvy d&#232;s 1950, &#171; si les richesses sont au Nord et que les hommes sont au Sud, les hommes iront l&#224; o&#249; sont les richesses et vous ne pourrez rien faire pour les en emp&#234;cher &#187;. Les migrations politiques r&#233;sultent des guerres et des conflits et se traduisent par des d&#233;placements de r&#233;fugi&#233;s. Les migrations environnementales qui commencent vont bouleverser les &#233;quilibres de la population mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous vivons une p&#233;riode de profonde rupture marqu&#233;e par la succession des crises. La crise financi&#232;re commenc&#233;e avec les subprimes en 2008 a marqu&#233; le d&#233;but de l'&#233;puisement du n&#233;olib&#233;ralisme. Les politiques aust&#233;ritaires, combinant aust&#233;rit&#233; et autoritarisme, ont mis &#224; mal les libert&#233;s sans renouveler le mod&#232;le &#233;conomique. Les id&#233;ologies identitaires et s&#233;curitaires r&#233;pondent &#224; l'&#233;mergence des mouvement sociaux porteurs de nouvelles radicalit&#233;s : le f&#233;minisme, l'antiracisme et les r&#233;voltes contre les discriminations, les peuples premiers, les migrants et les diasporas. La prise de conscience de la crise &#233;cologique d'approfondit, elle se combine avec la crise de la pand&#233;mie. Kyle Harper rappelle que la chute de l'empire romain a &#233;t&#233; facilit&#233;e par la crise de la pand&#233;mie, la rage, et le climat, un &#233;pisode glaciaire. C'est une combinaison qui accompagne les crises de civilisation. La crise s'accompagne d'une crise g&#233;opolitique, porteuse de multipolarit&#233;, qui ranime les gesticulations militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le domaine des migrations, les ruptures sont consid&#233;rables. Prenons notamment la contradiction entre nomades et s&#233;dentaires qui a accompagn&#233; l'histoire de l'humanit&#233; depuis l'invention de l'agriculture en M&#233;sopotamie. Nous vivons aujourd'hui le passage des populations agricoles dans pratiquement tous les pays qui passent de la majorit&#233; de la population &#224; environ 5% de la population totale. Cette &#233;volution va bouleverser la situation et l'image m&#234;me des migrants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me pour la notion des fronti&#232;res. Dans l'histoire longue des migrations, un changement important, entre le 17&#232;me et le 18&#232;me si&#232;cle, avec le passage de l'Etat-Empire &#224; l'Etat-Nation. Les Etats-nations n'ont pas exist&#233; de tous temps et ne sont pas une forme &#233;ternelle. L'identit&#233; nationale est d'invention r&#233;cente ; comme le disent si bien Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau, chaque individu a des identit&#233;s multiples ; il est r&#233;ducteur et faux de vouloir le rabattre &#224; une seule identit&#233;, celle de l'identit&#233; nationale. La libert&#233; de circulation et la citoyennet&#233; de r&#233;sidence font partie des droits &#233;mergents qui se renforceront dans l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les migrants sont d&#233;j&#224; des acteurs de la transformation des soci&#233;t&#233;s et du monde. Il y a quelques ann&#233;es, les flux financiers des migrants et des diasporas, vers leurs pays d'origine, repr&#233;sentaient en 2021 630 milliards de dollars alors que l'&#171; aide &#187; publique plafonnait &#224; 179 milliards de dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Acceptons l'hypoth&#232;se des deux d&#233;mographes canadiens, Darrell Bricker et John Ibbitson, qui analysent dans leur livre, la Plan&#232;te vide, le choc de la d&#233;croissance d&#233;mographique mondiale. Ils remettent en cause les pr&#233;visions des Nations Unies qui estiment que la population mondiale passera se 7 &#224; 11 milliards d'ici la fin du si&#232;cle avant de se stabiliser. Ils estiment que le pic sera de 9 milliards entre 2040 et 2060. Et que la population sera en d&#233;croissance dans une trentaine de pays en 2050 (contre une vingtaine aujourd'hui). Les taux de f&#233;condit&#233; ne sont pas astronomiques dans les pays en d&#233;veloppement. Beaucoup sont au taux de remplacement ou au-dessous. La raison en est de l'&#233;mancipation des femmes qui explique que le taux de reproduction se stabilise &#224; 1,7 enfant par femme. Le vieillissement social devient un probl&#232;me essentiel. Les pays qui s'en sortiraient le mieux sont ceux qui, &#224; l'exemple du Canada qui compte 20% de personnes n&#233;es hors du Canada, accepteraient culturellement la diversit&#233; et les migrants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gustave Massiah, 11-06-2022&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Great transition network&lt;br class='autobr' /&gt;
June discussion : The population debate revisited&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://greattransition.org/gti-forum/the-population-debate-revisited&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://greattransition.org/gti-forum/the-population-debate-revisited&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une &#233;mission sur France Culture, en fran&#231;ais, sur le m&#234;me th&#232;me&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/divers-aspects-de-la-pensee-contemporaine/l-union-rationaliste-pour-une-politique-de-l-accueil-et-de-l-hospitalite-5405103&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/divers-aspects-de-la-pensee-contemporaine/l-union-rationaliste-pour-une-politique-de-l-accueil-et-de-l-hospitalite-5405103&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adresse e-mail :&lt;br class='autobr' /&gt;
Adresse e-mail&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le d&#233;fi de l'immigration au Qu&#233;bec : Dignit&#233;, solidarit&#233; et r&#233;sistance</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/LE-DEFI-DE-L-IMMIGRATION-AU-QUEBEC-DIGNITE-SOLIDARITE-ET-RESISTANCE</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/LE-DEFI-DE-L-IMMIGRATION-AU-QUEBEC-DIGNITE-SOLIDARITE-ET-RESISTANCE</guid>
		<dc:date>2022-05-03T07:53:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gustave Massiah </dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-05-03</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les migrations s'inscrivent aujourd'hui dans la phase n&#233;olib&#233;rale de la mondialisation. Elles sont fortement d&#233;termin&#233;es par les politiques n&#233;olib&#233;rales, par la financiarisation et la domination du capitalisme financier. Ces politiques donnent la primaut&#233; &#224; la croissance et subordonnent la croissance au march&#233; mondial des capitaux. &lt;br class='autobr' /&gt; 27 avril 2022 |- R&#233;sistances, NCS num&#233;ro 27 hiver 2022. &lt;br class='autobr' /&gt;
La transformation sociale est con&#231;ue comme l'ajustement structurel de chaque soci&#233;t&#233; au march&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-theme-quebec-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-05-05-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-05-03&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH87/arton52634-29ae2.png?1781856636' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='87' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les migrations s'inscrivent aujourd'hui dans la phase n&#233;olib&#233;rale de la mondialisation. Elles sont fortement d&#233;termin&#233;es par les politiques n&#233;olib&#233;rales, par la financiarisation et la domination du capitalisme financier. Ces politiques donnent la primaut&#233; &#224; la croissance et subordonnent la croissance au march&#233; mondial des capitaux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;27 avril 2022 |- &lt;a href=&#034;https://www.cahiersdusocialisme.org/les-propositions-altermondialistes-sur-les-migrations/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;sistances, NCS num&#233;ro 27&lt;/a&gt; hiver 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transformation sociale est con&#231;ue comme l'ajustement structurel de chaque soci&#233;t&#233; au march&#233; mondial passant par le champ libre laiss&#233; aux entreprises mondiales consid&#233;r&#233;es comme les seules porteuses de modernit&#233;. Elle se traduit par la lib&#233;ralisation des &#233;conomies livr&#233;es &#224; la rationalit&#233; du march&#233; mondial des capitaux, par les privatisations et l'abandon de la notion de service public entendu au sens du droit &#233;gal d'acc&#232;s pour tous et toutes. Ces politiques ont des effets dramatiques pour chacune des soci&#233;t&#233;s et pour le monde. Cette logique conduit &#224; la pr&#233;dominance du droit des affaires et de la concurrence dans le droit international et dans le droit de chaque pays. Les migrations, comme le climat et l'&#233;cologie, d&#233;montrent que plusieurs des probl&#232;mes de la p&#233;riode ne sont compr&#233;hensibles et ne peuvent &#234;tre envisag&#233;s qu'&#224; l'&#233;chelle mondiale. On retrouve plusieurs propositions &#233;manant du mouvement altermondialiste pour affronter cette situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;galit&#233; des droits et l'acc&#232;s &#233;gal aux droits pour toutes et tous&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des migrations &#233;tant par d&#233;finition mondiale, la r&#233;glementation et la r&#233;gulation des migrations devraient relever du droit international. Une premi&#232;re tentative a &#233;t&#233; tent&#233;e avec la Convention internationale pour le respect des droits des migrants et de leurs familles. Nous en demandons la mise en &#339;uvre. Il est scandaleux que cette convention adopt&#233;e par les Nations unies ne soit toujours ratifi&#233;e, plusieurs ann&#233;es apr&#232;s, par aucun pays d'&#233;migration, et notamment par la France, et par aucun pays europ&#233;en. M&#234;me s'il faut pr&#233;ciser que cette convention est tr&#232;s insatisfaisante sur plusieurs aspects de la d&#233;fense des droits des migrants et migrantes, et que, m&#234;me si elle va dans le bon sens et renforce le droit international, elle ne constitue pour le mouvement altermondialiste qu'une premi&#232;re &#233;tape.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat international s'est &#224; nouveau saisi de la question avec la cr&#233;ation, dans le cadre des Nations unies, en 2007, d'un Forum mondial sur la migration et le d&#233;veloppement (FMMD). C'est un processus informel, non contraignant, ouvert aux &#201;tats membres et observateurs des Nations unies ainsi qu'&#224; des organisations ayant un statut d'observateur. Un processus de la soci&#233;t&#233; civile accompagne le FMMD. Il m&#233;lange des ONG, des soci&#233;t&#233;s priv&#233;es et des associations de migrants. Le onzi&#232;me FMMD, &#224; Marrakech, en d&#233;cembre 2018, a adopt&#233; des propositions &#171; pour une immigration s&#251;re, l&#233;gale et reconnue &#187;. Ce pacte est non contraignant et son application d&#233;pend de la bonne volont&#233; des &#201;tats. Il pr&#233;conise, pour les &#201;tats, de d&#233;velopper des voies l&#233;gales de migrations, sous forme de visas, de couloirs humanitaires, de lev&#233;e des exigences de visas dans les situations de vuln&#233;rabilit&#233;. Malgr&#233; quelques propositions int&#233;ressantes, ce pacte comprend aussi des aspects dangereux pour les droits de la personne (encouragement au fichage, non-remise en cause de la criminalisation des migrants ou des politiques d'externalisation des fronti&#232;res).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La lutte contre les discriminations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La phase actuelle de la mondialisation capitaliste, le n&#233;olib&#233;ralisme, a fait exploser les in&#233;galit&#233;s. Les in&#233;galit&#233;s s'appuient sur les discriminations et les renforcent. Le racisme fait accepter les discriminations ; il fait aussi accepter la pr&#233;carit&#233;, la pauvret&#233; et l'exploitation. L'enjeu est double pour les dominants. Il s'agit d'abord, pour limiter les r&#233;sistances au capitalisme, de diviser les couches populaires et de rallier les couches moyennes. Il s'agit aussi de fermer les voies alternatives en remettant en cause la valeur de l'&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve ainsi les explications de Gramsci sur l'importance de l'h&#233;g&#233;monie culturelle qui permet &#224; un syst&#232;me de domination de s'imposer et d'&#234;tre accept&#233; par les couches sociales domin&#233;es. Dans cette bataille culturelle, la d&#233;finition d'un projet porteur d'une alternative d'&#233;mancipation est essentielle. Le mouvement altermondialiste affirme que l'antiracisme est une valeur positive fondamentale. Pour qu'il puisse jouer son r&#244;le, il faut accepter de regarder &#224; quel point le racisme et les discriminations ont marqu&#233; nos soci&#233;t&#233;s ; et continuent de les caract&#233;riser. On les retrouve sous des formes diverses &#224; travers les diff&#233;rentes d&#233;clinaisons du racisme &#8211; anti-arabe, antimaghr&#233;bin, islamophobe, antinoir, antis&#233;mite &#8211; ; du sexisme ; de la colonisation et de la d&#233;sali&#233;nation des colonisateurs ; du refus d'accepter la vivacit&#233; de la m&#233;moire de l'esclavage et de la traite n&#233;gri&#232;re ; de la colonialit&#233; qui marque la nature de l'&#201;tat ; de la racialisation des politiques ; du traitement des migrants et migrantes et des Roms comme boucs &#233;missaires&#8230; Il ne s'agit pas de miasmes du pass&#233; qui n'ont que peu d'importance. Il ne s'agit pas non plus de contradictions secondaires qui dispara&#238;tront d'elles-m&#234;mes apr&#232;s la lib&#233;ration &#233;conomique et sociale. Il s'agit des contreforts et des arcs-boutants qui font tenir le syst&#232;me dominant et qui le reproduisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La libert&#233; de circulation et d'&#233;tablissement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les droits reconnus par la D&#233;claration universelle des droits de l'homme, figure en bonne place le droit de circuler librement. L'article 13 de la D&#233;claration stipule que &#171; toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa r&#233;sidence &#224; l'int&#233;rieur d'un &#201;tat. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays &#187;. Le fait que cet &#233;nonc&#233; apparaisse &#224; tant de gens hors de port&#233;e, voire stup&#233;fiant, en dit long sur la r&#233;gression des id&#233;aux de libert&#233; et de la d&#233;fense des droits dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les n&#233;cessit&#233;s de d&#233;fense de l'ordre public, mises en avant, se r&#233;v&#232;lent le plus souvent comme des pr&#233;textes par rapport au contr&#244;le des mouvements et des populations, y compris des populations des pays d'arriv&#233;e. Dans tous les cas, des mesures de r&#233;gulation, en principe provisoires, ne peuvent fonder un r&#233;gime permanent qui repose sur la n&#233;gation des droits et des libert&#233;s. Les murs que l'on &#233;l&#232;ve en pensant se prot&#233;ger accroissent le plus souvent les peurs et l'ins&#233;curit&#233;. Ils se r&#233;v&#232;lent inefficaces par rapport &#224; des politiques de compr&#233;hension, d'hospitalit&#233; et de bon voisinage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les murs finissent par envahir les t&#234;tes et les polluer. Les politiques de visas, destin&#233;es &#224; d&#233;courager les d&#233;placements, sont fond&#233;es sur l'humiliation et le confinement (containment) des pauvres ; elles d&#233;rivent vers la corruption dans les services de d&#233;livrance. Les ligues des droits humains en Europe ont demand&#233; la suppression des visas de court s&#233;jour (moins de trois mois), ce qui &#233;tait la situation la plus courante, en Europe, il y a quarante ans. La libert&#233; de circulation fait toujours l'objet de d&#233;bats passionn&#233;s et contradictoires qui m&#234;lent plusieurs questions et conduisent &#224; des positions divergentes. Les positions de ceux qui nourrissent la crainte atavique des &#233;trangers et la m&#233;fiance des s&#233;dentaires par rapport aux nomades affleurent vite dans les discussions publiques et sont attis&#233;es par les politiques s&#233;curitaires. Elles sont en g&#233;n&#233;ral absentes dans le courant altermondialiste. Cette divergence refl&#232;te deux visions du monde !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La libert&#233; d'&#233;tablissement est souvent consid&#233;r&#233;e comme un danger pour les droits sociaux conquis &#224; l'&#233;chelle nationale. La repr&#233;sentation qui domine est celle des migrations provoqu&#233;es par les classes dominantes pour jouer la concurrence entre les travailleurs et travailleuses, peser sur les salaires et les conditions de travail. Il s'agit d'une d&#233;localisation sur place, un des volets d'une offensive g&#233;n&#233;rale contre les salari&#233;&#183;e&#183;s. Cette analyse est tr&#232;s largement exacte quant &#224; la volont&#233; du patronat mais pas quant &#224; ses cons&#233;quences. Il n'est d'ailleurs pas d&#233;montr&#233; que les migrations et la libert&#233; de circulation exercent une pression &#224; la baisse sur les salaires dans les pays d'accueil. De plus, la justesse partielle du diagnostic ne fournit pas automatiquement la r&#233;ponse. Il s'agit de trouver une riposte qui permette d'&#233;viter de tomber dans le pi&#232;ge de la division entre travailleurs dans chaque pays et les migrants, et entre les travailleurs des diff&#233;rents pays. Il n'y a pas de recette magique, il faut construire une d&#233;marche. Ce qui est s&#251;r c'est qu'accepter une union sacr&#233;e contre les immigr&#233;&#183;e&#183;s conduit tout droit &#224; une catastrophe pour tous et toutes. D'autant que les faits d&#233;mentent ce diagnostic. Les travailleuses et les travailleurs immigr&#233;s contribuent &#224; l'&#233;quilibre des d&#233;ficits sociaux et leurs contributions sont exc&#233;dentaires par rapport &#224; leurs d&#233;penses. C'est le ch&#244;mage et non l'immigration qui met en danger la protection sociale. Les r&#233;ponses sont aussi &#224; rechercher dans un des chantiers majeurs du droit international, celui de la protection sociale universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces principes de base d&#233;finissent les positions du mouvement altermondialiste sur les questions des migrations. Leur approfondissement permet de rejoindre la coh&#233;rence des positions g&#233;n&#233;rales du mouvement et contribue &#224; construire une coh&#233;rence. Ils se r&#233;f&#232;rent &#224; la solidarit&#233; internationale comme une des principales valeurs de r&#233;f&#233;rence par rapport au cours dominant de la mondialisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gustave Massiah est &#233;conomiste, &#233;crivain et militant altermondialiste&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un premier hommage &#224; Pierre Beaudet</title>
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		<dc:date>2022-03-22T07:27:25Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gustave Massiah </dc:creator>


		<dc:subject>Les n&#244;tres</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-03-22</dc:subject>

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&lt;p&gt;Pierre &#233;tait un ami, un camarade, un fr&#232;re. Pierre est toujours pr&#233;sent et l'avenir sera marqu&#233; par tout ce qu'il a apport&#233;. En pr&#233;parant ce premier hommage, il y a tellement de souvenirs qui me remontent en m&#233;moire ! Je vais commencer par quelques retours et j'y reviendrai dans les diff&#233;rentes manifestations d'hommages qui lui seront rendus. &lt;br class='autobr' /&gt; 15 mars 2022 &lt;br class='autobr' /&gt;
Pierre &#233;tait un roc sur lequel on pouvait s'appuyer. Un roc plein d'humour et d'humanit&#233;. Il aimait la vie et la r&#233;volution. R&#234;ver et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton51973-56619.png?1781051573' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pierre &#233;tait un ami, un camarade, un fr&#232;re. Pierre est toujours pr&#233;sent et l'avenir sera marqu&#233; par tout ce qu'il a apport&#233;. En pr&#233;parant ce premier hommage, il y a tellement de souvenirs qui me remontent en m&#233;moire ! Je vais commencer par quelques retours et j'y reviendrai dans les diff&#233;rentes manifestations d'hommages qui lui seront rendus.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;15 mars 2022&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre &#233;tait un roc sur lequel on pouvait s'appuyer. Un roc plein d'humour et d'humanit&#233;. Il aimait la vie et la r&#233;volution. R&#234;ver et travailler &#224; faire vivre la r&#233;volution, n'est-ce pas le meilleur moyen d'aimer la vie en oeuvrant &#224; construire un monde plus juste et plus fraternel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1980, Marc Mangenot nous apprend qu'un lieu de r&#233;sistance, une librairie de Montr&#233;al, est interdite et va fermer. Le cedetim exprime sa solidarit&#233;. Nous faisons la connaissance d'un jeune homme engag&#233; dans le mouvement ind&#233;pendantiste radical qu&#233;b&#233;cois et tr&#232;s attentif aux revendications des peuples premiers du Canada. C'est la premi&#232;re rencontre avec Pierre Beaudet. Commence alors une amiti&#233; de quarante ans qui ne se d&#233;mentira jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre rappellera son parcours dans On a raison de se r&#233;volter, une chronique des ann&#233;es 1970. Il raconte les deux p&#244;les de son engagement, d'un c&#244;t&#233; la transformation radicale de la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise et de l'autre les mouvements r&#233;volutionnaires dans le monde. En 1994, il participe &#224; la cr&#233;ation d'Alternatives avec la d&#233;termination de cr&#233;er une association radicale construite &#224; partir d'un mouvement large. Il s'agit de d&#233;montrer dans la pratique qu'on peut ne pas se laisser entra&#238;ner par certaines des d&#233;rives de l'ong&#233;isation tout en pratiquant une ouverture qui permet d'appuyer les mouvements qui d&#233;fendent des perspectives radicales en mati&#232;re de d&#233;fense des droits fondamentaux. C'est l'&#233;mergence des mouvements sociaux et politiques qui, sans &#234;tre des partis politiques, renouvellent l'engagement politique &#224; partir des luttes sociales, politiques et id&#233;ologiques. C'est aussi l'ouverture vers les mouvements syndicaux, ouvriers, salari&#233;s et paysans, les peuples autochtones, les mouvements des pays du Sud qui s'&#233;largira aux nouvelles radicalit&#233;s, au f&#233;minisme et aux mouvements de genre, &#224; l'&#233;cologie et au climat, &#224; la lutte antiraciste et contre les discriminations. C'est l'invention d'une nouvelle culture de l'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre va s'engager dans les d&#233;bats sur le d&#233;veloppement &#224; partir d'une d&#233;marche critique. Il combinera les approches de l'engagement politique radical avec la pratique dans la conduite de programmes d'action, de la recherche th&#233;orique, de l'enseignement. Il inscrira cet engagement dans la discussion critique sur le d&#233;veloppement en mettant en avant les grands enjeux de la solidarit&#233; et de la coop&#233;ration internationale. Il analysera les effets n&#233;gatifs de la mondialisation et soutiendra les pratiques d'autonomie en Afrique, en Am&#233;rique Latine et en Asie. Il appuiera directement les actions de mouvements dans de nombreux pays, en Angola, au Br&#233;sil, en Inde, au Pakistan, en Afrique du Sud, en Palestine, au Niger, &#8230; Chaque fois qu'un mouvement d&#233;fend son autonomie et s'inscrit dans la d&#233;fense des droits fondamentaux, il cherchera, &#224; partir de la camaraderie avec les animateurs de ces mouvements, &#224; r&#233;unir les moyens pour les renforcer et les faire reconna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alternatives et le cedetim s'engagent dans une longue histoire commune. D'abord dans le soutien aux mouvements des peuples des pays du Sud. Ensuite, dans l'&#233;mergence du mouvement altermondialiste avec les luttes contre la dette et les programmes d'ajustement structurel, contre les politiques des institutions internationales, le FMI, la Banque Mondiale, puis l'OMC. Nous apprendrons beaucoup de choses d'Alternatives. De la longue lutte contre la Zone de Libre &#233;change des Am&#233;riques qui commencera d&#232;s 1994 jusqu'aux grandes mobilisations de 2001. Et de mani&#232;re plus directe avec l'exp&#233;rience internationaliste d'Alternatives, notamment son programme de volontaires qui nous servira &#224; d&#233;finir le lancement d'&#201;changes et Partenariats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1998, avec Pierre, nous travaillons &#224; Bruxelles, avec Samir Amin et Fran&#231;ois Houtard, pour lancer le Forum Mondial des Alternatives, le FMA. Le FMA participera en janvier 1999 au Contre-Sommet de Davos avec quelques organisations, notamment Attac, la KTCU de Cor&#233;e du Sud, le MST Br&#233;silien, des paysans burkinab&#233;s, des femmes qu&#233;b&#233;coises. Ce Contre-Sommet pr&#233;c&#233;dera les manifestations contre l'OMC &#224; Seattle en d&#233;cembre 1999. Et pr&#233;c&#233;dera le premier FSM &#224; Porto-Alegre en janvier 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de 2001, l'altermondialisme ouvre une nouvelle p&#233;riode de rencontres et de visibilit&#233; internationaliste. C'est le d&#233;but des Forums sociaux &#224; Porto Alegre en 2001. Dans le m&#234;me temps, le mouvement qu&#233;b&#233;cois joue un r&#244;le majeur dans les mobilisations qui auront raison de la Zone de libre &#233;change des Am&#233;riques. Pierre et Alternatives Montr&#233;al jouent un r&#244;le de premier plan dans la succession des forums sociaux, &#224; Porto Alegre (2001, 2002, 2003, 2005), Mumba&#239; (2004), Bamako (2006), Caracas (2006), Karachi (2006), Nairobi (2007), Belem (2009), Dakar (2011), Tunis (2013, 2015), Montr&#233;al (2016), Salvador de Bahia (2018).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre et Alternatives Montr&#233;al, avec le Cedetim-IPAM &#224; Paris proposent de construire Alternatives International, Alterinter, avec des mouvements luttant contre les injustices sociales, le n&#233;olib&#233;ralisme, l'imp&#233;rialisme et la guerre. On y retrouve Alternatives citoyens Niger &#224; Niamey, Alternatives Asie &#224; New Delhi, Alternatives Information Center &#224; J&#233;rusalem, Alternatives Terrazul &#224; Fortaleza, le Forum des Alternatives Maroc &#224; Rabat, Teacher Creative Center &#224; Ramallah, Un Ponte Per &#224; Rome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise financi&#232;re de 2008 interpelle le mouvement des Forums sociaux mondiaux. Il est clair qu'il s'agit d'une rupture. Le Forum de Bel&#233;m est l'apog&#233;e du processus des FSM. Les mouvements porteurs de nouvelles radicalit&#233; &#233;mergent dans le Forum. Le mouvement paysan, le mouvement f&#233;ministe, les peuples autochtones, les mouvements antiracistes et contre les discriminations, les migrants mettent en avant l'hypoth&#232;se d'une crise de civilisation, de la civilisation qui s'est impos&#233;e depuis 1492. La proposition d'un possible compromis, celui d'un green new deal, avanc&#233; par la commission des Nations Unies pr&#233;sid&#233;e par Joseph Stiglitz et Amartya Sen, fait long feu. C'est l'aust&#233;ritarisme qui s'impose, une nouvelle version du n&#233;olib&#233;ralisme combinant aust&#233;rit&#233; et autoritarisme. Les contradictions s'exacerbent avec les insurrections et les flamb&#233;es des printemps arabes, des indignados et des occupy d'un c&#244;t&#233; et de l'autre les r&#233;pressions, les dictatures et les guerres. Pierre d&#233;veloppe dans cette p&#233;riode ses capacit&#233;s de pessimisme actif, soucieux des &#233;checs et des r&#233;pressions et attentif &#224; tout ce qui &#233;merge de nouveau. Il n'anime plus Alternatives ; il se plonge dans l'enseignement et s'investit dans le mouvement social au Qu&#233;bec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2010, nous sommes &#224; Ramallah au Forum Mondial sur l'&#233;ducation ; Alterinter accompagne Refaat qui avec le Teacher Creative Center, est un des principaux animateurs du Forum de Ramallah. Nous discutons &#224; trois, Pierre, Vinod et moi de la situation. Nous savons qu'il faut renouveler fondamentalement le processus des forums et nous savons qu'en attendant de d&#233;gager une nouvelle voie, il faut continuer &#224; les assumer. Que faire alors ? Dans la discussion anim&#233;e qui s'engage, nous nous retrouvons &#224; partir d'une phrase de Gramcsi, sur la n&#233;cessit&#233; d'un intellectuel collectif international des mouvements sociaux. Nous venons de lancer intercoll. C'est le lancement d'un nouveau projet qui va bien nous occuper. C'est avec une grande tristesse que nous assistons au d&#233;part de Vinod qui nous a tant apport&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous commen&#231;ons par une rencontre internationale &#224; Paris. Puis, avec le soutien de Pierre, Shenjing et Mei organisent un s&#233;minaire &#224; Taiwan avec des intellectuels chinois engag&#233;s dans les diff&#233;rents courants d'opinion en Chine. Pierre fera un expos&#233; brillant d&#233;finissant intercoll ; il expliquera que le d&#233;fi est d'&#234;tre capable de traduire les concepts dans les diff&#233;rentes cultures pour construire une culture d'engagement international. Ainsi dira-t-il, il s'agit de savoir comment les diff&#233;rentes cultures pourront comprendre et s'approprier une nouvelle notion comme &#171; buen vivir &#187; qu'on ne peut r&#233;duire &#224; &#171; bien vivre &#187;. Nicolas Haeringer fera &#233;voluer intercoll vers intercoll.net, un r&#233;seau de sites internet. Et Glauber le d&#233;veloppera dans plusieurs directions. Pierre va cr&#233;er &#224; Montr&#233;al, avec Ronald Cameron, Plateforme altermondialiste qui sera un des vecteurs d'intercoll.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque fois que je retourne dans mes souvenirs, je retrouve des &#233;changes avec Pierre, des interrogations et des r&#233;flexions. Et, &#224; chaque fois, les discussions s'orientent vers des interrogations fondamentales, un retour sur nos sources de r&#233;f&#233;rence autour du marxisme et de l'internationalisme. Et &#224; chaque fois, la discussion s'oriente vers des propositions d'initiatives innovantes, de nouveaux chemins &#224; explorer, de nouveaux engagements, vers l'optimisme de la volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre aimait &#233;crire et il &#233;crivait beaucoup et tr&#232;s bien. Il aimait les livres, les revues et les journaux. On peut retrouver sur internet les 579 articles qu'il va r&#233;diger pour Presse toi &#224; gauche. Il lance Plateforme altermondialiste et aussi Les nouveaux cahiers du socialisme. Il pr&#233;pare des livres qu'il compose, pour chaque livre, avec une &#233;quipe de trois ou quatre personnes et dans lesquels il donne la parole et il suscite des contributions multiples. C'&#233;tait un magnifique &#233;diteur internationaliste. On trouvera ci-dessous les titres de quelques un des livres qu'il a &#233;crit et coordonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre avait une volont&#233; farouche et une grande force de travail. Il savait que la r&#233;volution n'&#233;tait pas l'arriv&#233;e dans un monde meilleur, un genre de paradis, la r&#233;solution de toutes les contradictions. Mais il savait que chaque r&#233;volution ouvre un nouveau monde, des nouveaux possibles ; qu'elle permet un d&#233;passement, un d&#233;passement de soi, qu'elle cr&#233;e de l'inattendu et renouvelle l'espoir. Son histoire, c'est celle de la passion et de l'engagement. Avec parfois, et m&#234;me souvent, des d&#233;ceptions et des &#233;checs, des d&#233;faites. Mais sans jamais tomber dans la d&#233;sillusion et le renoncement. Avec sa capacit&#233; de r&#233;sistance, sa volont&#233; farouche et son enthousiasme intact.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre avait son Internationale form&#233;e par toutes celles et tous ceux, dans toutes les parties du monde, qu'il aimait et qui l'aimaient. Je voudrais dire toute mon affection &#224; ses ami.e.s et camarades. En commen&#231;ant par Anne, Alexandre et Victor qui ont contribu&#233; &#224; sa force et &#224; ce qu'il a apport&#233; pour l'avenir d'un autre monde possible, d'un nouveau monde meilleur et juste.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques livres de Pierre Beaude&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
t
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pierre Beaudet, Les grandes mutations de l'apartheid, Ed L'Harmattan, 1991
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pierre Beaudet, On a raison de se r&#233;volter, Ed Ecosoci&#233;t&#233;, 2008
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pierre Beaudet , Jessica Schafer , Paul Haslam, Introduction au d&#233;veloppement international, Ed PUO, 2008
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pierre Beaudet, Qui aide qui ?, Ed Bor&#233;al, 2009
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pierre Beaudet, Rapha&#235;l Canet, Marie-Jos&#233; Massicotte, L'altermondialisme : Forums sociaux, r&#233;sistances et nouvelle culture politique, Ed Ecosoci&#233;t&#233;, 2010
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Flavie Achard, S&#233;bastien Bouchard, Pierre Beaulne, Pierre Beaudet, Etat : pouvoirs et contre-pouvoirs - Nouveaux cahiers sociaux, 2010, Ed Ecosoci&#233;t&#233;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pierre Beaudet, F. Guillaume Dufour, Andr&#233;a L&#233;vy, Louis Marion, Sid Ahmed Soussi, &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Du Prol&#233;tariat au pr&#233;cariat. Le travail &#224; l'ombre du capitalisme contemporain &#187;Les nouveaux cahiers du socialisme, 2012
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pierre Beaudet, Marc Becker, Jos&#233; Carlos Mariategui, Harry E. Vanden, Indianisme et paysannerie en Am&#233;rique latine : socialisme et lib&#233;ration, Ed Syllepse, 2013
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pierre Beaudet, Raphael Canet, Am&#233;lie Nguyen, Passer de la r&#233;flexion &#224; l'action, Les grands enjeux de la coop&#233;ration et de la solidarit&#233; internationale. Ed M 2013
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pierre Beaudet, Thierry Drapeau, L'internationale sera le genre humain, de l'Association internationale des travailleurs &#224; aujourd'hui, Ed M, 2015
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pierre Beaudet, Quel socialisme ? Quelle d&#233;mocratie ?, Ed Varia Qu&#233;bec, 2016
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pierre Beaudet, Un jour &#224; Luanda, Ed Varia Qu&#233;bec, 2018&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La Banque Mondiale d&#233;voil&#233;e</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-Banque-Mondiale-devoilee</link>
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		<dc:date>2022-02-01T07:47:59Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gustave Massiah </dc:creator>


		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-02-01</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#201;ric Toussaint propose un nouveau livre [1], une histoire critique de la Banque Mondiale. C'est une v&#233;ritable somme et une analyse critique, forc&#233;ment critique. Elle s'inscrit dans une activit&#233; continue et ininterrompue, scientifique et militante. &#201;ric Toussaint est le fondateur et un des principaux animateurs du CADTM, cr&#233;&#233; en 1990 comme Comit&#233; pour l'Annulation de la Dette du Tiers-Monde et renomm&#233; ensuite, en 2016, Comit&#233; pour l'abolition des dettes ill&#233;gitimes. Il est aussi connu pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-02-01-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-02-01&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L100xH150/arton51196-70841.png?1781856637' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#201;ric Toussaint propose un nouveau livre [1], une histoire critique de la Banque Mondiale. C'est une v&#233;ritable somme et une analyse critique, forc&#233;ment critique. Elle s'inscrit dans une activit&#233; continue et ininterrompue, scientifique et militante. &#201;ric Toussaint est le fondateur et un des principaux animateurs du CADTM, cr&#233;&#233; en 1990 comme Comit&#233; pour l'Annulation de la Dette du Tiers-Monde et renomm&#233; ensuite, en 2016, Comit&#233; pour l'abolition des dettes ill&#233;gitimes. Il est aussi connu pour ses recherches et ses expertises qui ont &#233;t&#233; diffus&#233;es dans plus d'une vingtaine de livres, notamment Le Syst&#232;me dette : histoire des dettes souveraines et de leur r&#233;pudiation [2], et plusieurs centaines d'articles ainsi que, dans de nombreux pays, dans l'action des comit&#233;s pour l'annulation de la dette et dans les comit&#233;s d'audit de la dette.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;27 janvier 2022 | tir&#233; d'Entre les lignes entre les mots&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une pr&#233;face percutante, Gilbert Achcar souligne que les deux institutions, Banque Mondiale (BM) et Fond Mon&#233;taire International (FMI), ont surtout s&#233;vi dans les pays du Sud ce qui explique en partie la mise en tutelle et les retards de ces pays par rapport aux pays du Nord. Elles ont mis en &#339;uvre les mesures cl&#233;s de la mutation n&#233;olib&#233;rale en imposant ses grands axiomes : la privatisation des entreprises publiques ; la r&#233;duction du secteur public qui occupe une place beaucoup plus importante dans les &#233;conomies du Nord ; la pr&#233;carisation du travail avec encore moins de droits que pour les travailleurs du Nord ; la r&#233;duction des d&#233;ficits budg&#233;taires, et donc des d&#233;penses sociales et des investissements publics ; le choix pour des investissements priv&#233;s lib&#233;r&#233;s de toute r&#233;gulation publique. Le n&#233;olib&#233;ralisme p&#232;se plus lourdement sur les pays du Sud, d'autant qu'il ne se soucie m&#234;me plus de pr&#233;tendre &#224; la d&#233;mocratie lib&#233;rale et soutient syst&#233;matiquement les dictatures. Le levier du n&#233;olib&#233;ralisme a &#233;t&#233; constitu&#233; par la dette. C'est ce qui a permis &#224; &#201;ric Toussaint, fondateur du CADTM, de devenir un des meilleurs connaisseurs, expert et critique de la Banque Mondiale et du Fonds Mon&#233;taire International, et un excellent p&#233;dagogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre d'&#201;ric Toussaint est un mod&#232;le d'expertise citoyenne. Il pr&#233;sente L'histoire de la BM, et du FMI &#224; partir de la BM, des origines &#224; 2021. Il s'appuie sur sept &#233;tudes de pays : Philippines (1946 &#224; 1986) ; Turquie (1980 &#224; 1990) ; Indon&#233;sie (1947 &#224; 2005) ; Cor&#233;e du Sud (1945 &#224; 1978) ; Mexique (1970 &#224; 2005) ; &#201;quateur (1990 &#224; 2019) ; Rwanda (1980 &#224; 1990). Il examine au fil des chapitres la situation dans plus d'une trentaine de pays du Sud. Le livre examine les politiques de la BM sur quelques-unes des questions majeures de la situation actuelle : la crise &#233;cologique et le changement climatique ; les r&#233;actions populaires &#224; partir du printemps arabe (2011) ; le genre et une approche f&#233;ministe de la critique de la BM port&#233;e par Camille Bruneau ; les droits humains. Le livre pose en conclusion la question de l'impunit&#233; et de la justiciabilit&#233; de la BM et propose la suppression de la BM et du FMI et leur remplacement par des institutions internationales d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#232;s de quatre-vingt ans d'histoire de la Banque Mondiale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'action de la BM s'apparente &#224; un coup d'&#233;tat permanent. Elle a apport&#233; un appui financier, technique et &#233;conomique &#224; un nombre impressionnant de dictatures, &#224; l'apartheid et aux d&#233;penses coloniales des puissances coloniales. Elle a aussi pes&#233; sur l'&#233;volution des pays qui se sont d&#233;mocratis&#233;s en exigeant le remboursement des dettes pass&#233;es par les dictatures et elle a impos&#233; le n&#233;olib&#233;ralisme par l'ajustement structurel. A partir de 1989, la BM impose le &#171; consensus de Washington &#187; qui d&#233;finit les th&#232;ses de l'&#233;cole de Chicago qui a formalis&#233; le n&#233;olib&#233;ralisme. L'agenda proclam&#233; de ce consensus est la r&#233;duction de la pauvret&#233; par la croissance, le libre-jeu du march&#233;, le libre- &#233;change, la limitation des actions &#233;conomiques des pouvoirs publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'action de la BM s'apparente &#224; un coup d'&#233;tat permanent. Elle a apport&#233; un appui financier, technique et &#233;conomique &#224; un nombre impressionnant de dictatures&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agenda cach&#233; est d'imposer le n&#233;olib&#233;ralisme par la crise de la dette et le contr&#244;le des soci&#233;t&#233;s. Il s'agit, au nom de la lib&#233;ralisation, d'imposer l'action coercitive des institutions publiques multilat&#233;rales, le groupe BM, FMI, OMC. Les pays sont pi&#233;g&#233;s par la toile d'araign&#233;e tiss&#233;e par le groupe de la BM et form&#233;e par ses filiales. La BM impose et finance la privatisation ; la SFI, Soci&#233;t&#233; Financi&#232;re Internationale, investit dans les soci&#233;t&#233;s privatis&#233;es ; l'AMGI, Agence multilat&#233;rale de garantie des investissements, garantit les investissements ; le CIRDI Centre international pour le r&#232;glement des diff&#233;rends relatifs aux investissements, contr&#244;le le jugement en cas de litige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A travers l'histoire de la BM, le livre pr&#233;sente une histoire de l'&#233;conomie mondiale apr&#232;s la premi&#232;re guerre mondiale, la crise de 1929 et la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A travers l'histoire de la BM, le livre pr&#233;sente une histoire de l'&#233;conomie mondiale apr&#232;s la premi&#232;re guerre mondiale, la crise de 1929 et la deuxi&#232;me guerre mondiale. En 1931, l'Allemagne arr&#234;te le remboursement de la dette de guerre ; les europ&#233;ens arr&#234;tent de rembourser la dette aux &#201;tats-Unis qui r&#233;duisent leurs exportations de capitaux ; le capitalisme se grippe. Keynes souligne qu'un pays cr&#233;ancier doit aider les pays d&#233;biteurs &#224; payer leurs exportations et que les dons peuvent &#234;tre pr&#233;f&#233;rables aux pr&#234;ts. Roosevelt en tire la le&#231;on entre 1941 et 1944 ; on voit poindre la logique du plan Marshall de 1948. Les &#201;tats Unis, pour prot&#233;ger et favoriser leurs exportateurs, cr&#233;ent l'Export import Bank of Washington en 1934 et la Banque Interam&#233;ricaine en 1940. Pour que les pays remboursent, on en fait des actionnaires et les droits de vote sont calcul&#233;s sur les apports ; c'est le mod&#232;le qui servira pour le FMI et la BM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Harry White, ministre de Roosevelt est un keyn&#233;sien qui pr&#233;voit deux institutions publiques fortes avec un Fonds charg&#233; d'assurer la stabilit&#233; des taux de change en instaurant un contr&#244;le sur les mouvements de capitaux et des subventions &#224; l'exportation et une Banque pour fournir des capitaux et stabiliser les prix des mati&#232;res premi&#232;res avec ses capitaux et sa monnaie l'unitas. Les milieux financiers refusent la r&#232;glementation de la circulation des capitaux priv&#233;s et leur concurrence par des capitaux publics. Le plan est revu &#224; la baisse : pas de monnaie internationale (le bancor de Keynes ou l'unitas de White) ; la banque doit emprunter aupr&#232;s des priv&#233;s ; pas de stabilisation des cours des mati&#232;res. La premi&#232;re conf&#233;rence de Bretton Woods se tiendra du 1er au 22 juillet 1944 ; 44 pays y participeront. Il n'y a pas d'accord avec l'URSS qui d&#233;nonce les institutions cr&#233;&#233;es comme des filiales de Wall Street.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1946 &#224; 1962, la BM va aider la reconstruction de l'Europe et va aider les m&#233;tropoles coloniales dans l'exploitation de leurs colonies. Elle va soutenir les pays du Nord et leurs entreprises et intervenir dans la guerre froide en contrant les Nations Unies et ses agences. Au d&#233;part, il s'agit de tirer la le&#231;on des ann&#233;es 1930 en promouvant les Nations Unies et Bretton Woods.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1946 &#224; 1962, la BM a aid&#233; les m&#233;tropoles coloniales dans l'exploitation de leurs colonies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de 1947, Wall Street, &#224; laquelle la BM doit emprunter, commence &#224; la contr&#244;ler les institutions financi&#232;res internationales. La politique des pr&#234;ts de la BM impose des co&#251;ts &#233;lev&#233;s pour les emprunteurs, avec des taux d'int&#233;r&#234;t proches du march&#233; augment&#233;s d'une commission et des p&#233;riodes de remboursement assez courtes. La BM s&#233;lectionne des projets rentables et impose des r&#233;formes &#233;conomiques draconiennes. Elle oriente les investissements vers les exportations et l'argent pr&#234;t&#233; repart dans les pays du nord qui b&#233;n&#233;ficient de 96% des d&#233;penses ; il n'y a pas eu un seul pr&#234;t pour une &#233;cole avant 1962.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Plan Marshall de 1948 et les accords de Londres de 1953 sur la dette allemande r&#233;duisent le r&#244;le de la BM. La dette allemande est am&#233;nag&#233;e et tr&#232;s fortement r&#233;duite ; elle est r&#233;gl&#233;e en 1960 et les grandes entreprises allemandes sont sauvegard&#233;es. La strat&#233;gie est de construire le bloc occidental contre l'URSS et d'&#233;viter la contagion r&#233;volutionnaire et les exemples de la Chine apr&#232;s 1949 et de Cuba apr&#232;s 1959. C'est ce qui conduit la BM &#224; parler du sous-d&#233;veloppement et &#224; d&#233;clarer s'int&#233;resser &#224; la pauvret&#233;, aux in&#233;galit&#233;s, &#224; la sant&#233;, &#224; la scolarisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;viter une contagion r&#233;volutionnaire la BM s'est int&#233;ress&#233;e &#224; la pauvret&#233;, aux in&#233;galit&#233;s, &#224; la sant&#233;, &#224; la scolarisation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1960 &#224; 1980, la BM est toujours sous l'influence et le contr&#244;le des &#201;tats-Unis qui d&#233;tiennent un droit de veto de fait. L'influence des milieux d'affaires est croissante et sert de r&#233;f&#233;rence. La BM cr&#233;e des filiales ind&#233;pendantes des gouvernements. Elle s'oppose aux politiques de substitution des importations et &#224; la satisfaction des march&#233;s int&#233;rieurs. Elle s'oppose aux gouvernements progressistes et soutient les dictatures comme on peut le voir avec Pinochet au Chili, les colonels br&#233;siliens, Somoza au Nicaragua, Mobutu au Zaire, Ceausescu en Roumanie, au Vietnam du Sud, &#224; Marcos aux Philippines, &#224; Suharto en Indon&#233;sie, au coup d'&#233;tat militaire en Turquie en 1980, &#8230; Trois chapitres d&#233;taillent les politiques de la BM aux Philippines, en Turquie et en Indon&#233;sie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1960 &#224; 1973 la BM augmente les pr&#234;ts parall&#232;lement aux investissements priv&#233;s. A partir du premier choc p&#233;trolier en 1973, la BM pr&#234;te en concurrence avec le priv&#233;. Apr&#232;s le deuxi&#232;me choc p&#233;trolier en 1979, c'est l'heure de la riposte : la hausse des taux d'int&#233;r&#234;t et la baisse des cours des mati&#232;res premi&#232;res conduit au pi&#232;ge de l'endettement. Le transfert net sur la dette s'inverse : entre 1983 et 1991, les pays en d&#233;veloppement remboursent plus qu'ils n'empruntent. La dette s'envole ; elle atteint 2600 milliards en 2004 dont 23% de dette multilat&#233;rale aux Institutions financi&#232;res internationales, 20% de dette publique bilat&#233;rale aux &#201;tats et 57% au priv&#233;. A partir de 1980 l'ajustement structurel est impos&#233; par le FMI et la BM. La crise de la dette mexicaine illustre cette &#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1980 l'ajustement structurel est impos&#233; par le FMI et la BM&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'envol&#233;e des taux d'int&#233;r&#234;t am&#233;ricains et la chute des revenus p&#233;troliers conduit &#224; un surendettement colossal. L'ajustement structurel se traduit par une r&#233;cession, des pertes d'emplois massives, la chute pouvoir d'achat, la privatisation des entreprises, la concentration des richesses. C'est la fin des politiques progressistes mexicaines men&#233;es de la r&#233;volution de 1910 aux ann&#233;es 1940.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La BM devient l'huissier des cr&#233;anciers, pour les banques priv&#233;es, am&#233;ricaines et aussi europ&#233;ennes et japonaises. Elle va forcer &#224; convertir les dettes priv&#233;es en dettes publiques. FMI et BM fixent les r&#232;gles : les cr&#233;anciers agissent collectivement, les pays endett&#233;s s&#233;par&#233;ment avec d&#233;fense de former un front commun. Ils doivent payer obligatoirement les int&#233;r&#234;ts, il n'y a pas d'annulation ou de r&#233;duction, que des r&#233;&#233;chelonnements et l'int&#233;gration des int&#233;r&#234;ts dans le calcul du transfert net. Ils doivent s'engager &#224; r&#233;aliser les politiques d'aust&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FMI et BM fixent les r&#232;gles : les cr&#233;anciers agissent collectivement, les pays endett&#233;s s&#233;par&#233;ment avec d&#233;fense de former un front commun&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours se durcit par rapport aux dirigeants des pays en d&#233;veloppement. Ils doivent appliquer les plans d'aust&#233;rit&#233; des programmes d'ajustement structurel. Il s'agit de disculper les institutions financi&#232;res internationales et les pays du nord et de rendre responsables les dirigeants nationaux des pays du Sud. En fait, la complicit&#233; entre les banquiers du nord et les classes dirigeantes du sud se renforce. Elle passe par les fuites de capitaux, la corruption, le placement dans les paradis fiscaux aupr&#232;s des m&#234;mes banques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cheryl Payer [3], d&#232;s 1975, analyse les Programmes d'ajustement structurel : abolition du contr&#244;le des changes et sur les importations ; d&#233;valuation de la monnaie ; contr&#244;le de l'inflation par la hausse des taux d'int&#233;r&#234;ts et des r&#233;serves de change ; contr&#244;le du d&#233;ficit public par la baisse des d&#233;penses ; augmentation des taxes et tarifs des services publics ; abolition des subventions ; accueil des investissements &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;sistances aux Programmes d'ajustement structurel sont tr&#232;s importantes. En Am&#233;rique Latine, le Consensus de Cathag&#232;ne regroupe onze pays d&#233;biteurs de 1984 &#224; 1987. En Afrique, Thomas Sankara met en avant l'annulation de la dette en 1987. En 1989-1991, la BM et le FMI triomphent avec la chute de l'URSS. Au contre-G7, qui se d&#233;roule &#224; Paris en juillet 1989, le mot d'ordre est &#171; dette, colonies, apartheid, &#231;a suffat comme ci ! &#187; ; le CADTM s'en saisira et le prolongera. Un all&#232;gement des dettes est propos&#233; par le plan Brady en 990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;sistances aux Programmes d'ajustement structurel sont tr&#232;s importantes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant il appara&#238;t clairement, en 995, que la crise de la dette n'est pas r&#233;solue. En 1996, la BM lance une nouvelle initiative de r&#233;duction, le PPTE, Programme pour les Pays Tr&#232;s Endett&#233;s. Le Ghana de Jerry Rawlings refuse de s'y associer. Les critiques contre la BM et contre les orientations n&#233;olib&#233;rales, prennent plus d'importance avec Jubil&#233; 2000 et les manifestations &#224; Washington et &#224; Madrid, &#224; l'occasion du cinquantenaire de Bretton Woods, autour du mot d'ordre &#171; 50 ans &#231;a suffit ! &#187;. La BM doit aussi faire face &#224; une crise interne avec le d&#233;part de son &#233;conomiste en chef, Joseph Stiglitz, qui critique ses orientations. Elle est aussi interpell&#233;e par un rapport de la commission Meltzer au S&#233;nat des &#201;tats-Unis qui revendique toujours le contr&#244;le de la BM et de ses orientations mais qui donne l'occasion &#224; des critiques aux &#201;tats-Unis de s'exprimer. La BM affiche alors un objectif d'action pour la r&#233;duction de la pauvret&#233;. Ce qui n'emp&#234;che pas la BM d'&#234;tre compromise dans le g&#233;nocide au Rwanda en 1994 et d'intervenir dans les offensives contre l'Irak. Pour autant les orientations des Programmes d'ajustement structurel et du consensus de Washington restent toujours les r&#233;f&#233;rences de la BM et du FMI comme on a pu le voir au Sri Lanka, &#224; Ha&#239;ti, en &#201;quateur, en Tunisie et en &#201;gypte. Le chapitre sur l'Equateur montre les avanc&#233;es et les limites des r&#233;sistances d'un &#201;tat aux politiques du FMI et de la BM &#224; partir de 2006 et jusqu'&#224; un tournant en 2011 qui accepte les oukases de la BM. &#201;ric Toussaint a particip&#233; activement aux travaux de la Commission d'audit int&#233;gral du cr&#233;dit (CAIC) &#224; Quito 2007-2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ces critiques, dans les ann&#233;es 2000, le d&#233;bat au sein de la BM est analys&#233; par son &#233;conomiste en chef Anna Krueger qui pointe la diff&#233;rence avec les ann&#233;es 1970. Elle &#233;voque le choix entre poursuivre ses activit&#233;s en priorit&#233; &#171; pour &#187; les pays pauvres ou se concentrer sur les &#171; soft issues &#187;, les droits des femmes, l'environnement et les ongs. Elle r&#233;affirme la poursuite de l'agenda n&#233;olib&#233;ral qui se d&#233;cline avec le maintien des institutions multilat&#233;rales, le contr&#244;le par les &#201;tats-Unis, l'annulation des dettes pour les PPTE, l'attribution de dons plut&#244;t que des pr&#234;ts, la prise en charge des services par le secteur priv&#233;, la lutte contre la corruption.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Banque Mondiale et les grandes questions strat&#233;giques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire critique de la BM permet &#224; &#201;ric Toussaint, tout au long du livre de passer en revue quelques grandes questions strat&#233;giques : le d&#233;bat sur les th&#233;ories du d&#233;veloppement ; le climat et la crise &#233;cologique ; la pand&#233;mie ; les printemps arabes ; la prise en compte du genre ; les droits humains ; les rapports aux Nations Unies ; un syst&#232;me multilat&#233;ral alternatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre pr&#233;sente une analyse des th&#233;ories de la Banque Mondiale. Elles sont caract&#233;ris&#233;es de mensonges th&#233;oriques sur le d&#233;veloppement. C'est en fait une vision conservatrice et ethnocentrique qui se r&#233;f&#232;re &#224; une id&#233;ologie du d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre pr&#233;sente une analyse des th&#233;ories de la Banque Mondiale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet est de s'appuyer sur l'endettement ext&#233;rieur, d'attirer des investissements &#233;trangers et d'importer des biens de consommation. Le livre passe en revue et critique diff&#233;rentes th&#233;ories. Le mod&#232;le de Samuelson magnifie le libre-&#233;change. Le mod&#232;le de Rostow sur les cinq &#233;tapes du d&#233;veloppement codifie le mod&#232;le des pays occidentaux. L'insuffisance suppos&#233;e de l'&#233;pargne justifie le financement ext&#233;rieur. Le mod&#232;le &#224; double d&#233;ficit, &#233;pargne et devises, se traduit par la priorit&#233; aux exportations et par la dette ext&#233;rieure en devises. L'effet de ruissellement affirme que les retomb&#233;es positives de la croissance pour les riches finiront par b&#233;n&#233;ficier aux pauvres. Les in&#233;galit&#233;s sont suppos&#233;es d&#233;couler de la croissance comme le formaliserait la courbe de Kuznets. Le chapitre sur la Cor&#233;e du Sud d&#233;masque le miracle revendiqu&#233; par la BM pour justifier ses orientations. Il montre que la Cor&#233;e du Sud a mis en &#339;uvre une politique oppos&#233;e &#224; celle que met en avant la BM avec une action de l'&#201;tat massive, la substitution d'importations, une industrialisation initiale appuy&#233;e sur la r&#233;forme agraire, une industrie lourde. Un mod&#232;le &#233;tatiste contraire au mod&#232;le pr&#233;sent&#233; comme la r&#233;f&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'action pour le climat et la crise &#233;cologique n'apparaissent dans les d&#233;clarations de la BM que tr&#232;s tardivement. Le mod&#232;le de la BM est destructeur des droits humains et de l'environnement. Les projets soutenus par la BM se traduisent par la d&#233;forestation, les m&#233;gaprojets &#233;nerg&#233;tiques, la destruction des protections naturelles des c&#244;tes par les mangroves, les industries extractives, l'agrobusiness, les privatisations et l'accaparement des terres, les monocultures d'exportation, le soutien des entreprises semenci&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique de la BM d&#233;truit les droits humains et l'environnement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lawrence Summers, son &#233;conomiste en chef, d&#233;clarera en 1991 que les pays en d&#233;veloppement sont en r&#233;alit&#233; sous-pollu&#233;s. Ce qui n'a pas emp&#234;ch&#233; la Conf&#233;rence de Rio pour l'environnement de confier &#224; la BM la gestion du Fonds Mondial de protection de l'environnement. Et Anne Krueger affirmera en 2003 que la croissance se traduit forc&#233;ment par une d&#233;gradation de l'environnement, l'am&#233;lioration ne pouvant intervenir que dans un deuxi&#232;me temps. Le tournant est amorc&#233; en 2006, sans aucune autocritique, &#224; partir du rapport Stern. La prise de conscience aux &#201;tats-Unis apr&#232;s l'ouragan Katrina, &#224; la Nouvelle Orl&#233;ans, facilite le tournant de la BM et son int&#233;r&#234;t pour l'environnement. Elle va soutenir la Commission globale pour l'&#233;conomie et le climat qui d&#233;fend le capitalisme vert. Malgr&#233; la commission des barrages et la commission des industries extractives, la BM continue &#224; mettre en &#339;uvre son mod&#232;le productiviste. Ce qui ne l'emp&#234;che pas de s'auto-f&#233;liciter pour son action pour l'environnement ; bien que l'on voie mal de quelle action il s'agit ! &#201;ric Toussaint propose que les dettes qui ont servi &#224; des projets nocifs pour l'environnement, alors que la BM savaient qu'ils l'&#233;taient, soient consid&#233;r&#233;es comme des dettes odieuses et soient annul&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des ann&#233;es 2010 &#224; la pand&#233;mie, la p&#233;riode est caract&#233;ris&#233;e par la qu&#234;te rat&#233;e d'une nouvelle image. En 2014, le FMI dit avoir appris de la crise financi&#232;re de 2008. Mais, chassez le naturel, il revient au galop ! En fait, la contraction des d&#233;penses publiques concerne 119 pays ; ce sont toujours des programmes d'ajustement structurel qui sont mis en &#339;uvre. En 2021 on assiste &#224; nouvelle &#233;tape aust&#233;ritaire, combinant aust&#233;rit&#233; et autoritarisme ; des mesures d'aust&#233;rit&#233; sont attendues dans 159 pays pour 2022. Les d&#233;penses li&#233;es &#224; la pand&#233;mie se traduisent par des d&#233;ficits budg&#233;taires et une dette croissante. Le programme Doing business qui devait renouveler les programmes d'ajustement structurel tout en prolongeant les orientations n&#233;olib&#233;rales est abandonn&#233; en 2021. Les politiques de sant&#233; avaient &#233;t&#233; mises &#224; mal par l'ajustement structurel. Il n'y a eu aucune annulation des dettes pendant la pand&#233;mie. Entre mars 2020 et 2021, la BM a re&#231;u plus de remboursements des pays en d&#233;veloppement qu'elle n'a octroy&#233; de dons ou de pr&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'incompr&#233;hension du FMI et de la BM par rapport aux printemps arabes est r&#233;v&#233;latrice. La BM n'a pas vu venir les printemps arabes et en r&#233;ponse, a confirm&#233; ses orientations. Elle n'a pas compris les r&#233;voltes contre les dictateurs, Ben Ali en Tunisie et Moubarak en &#201;gypte, qui &#233;taient ses favoris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La BM n'a pas compris les r&#233;voltes contre les dictateurs, Ben Ali en Tunisie et Moubarak en &#201;gypte, qui &#233;taient ses favoris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle affirme que la situation des couches populaires s'&#233;tait am&#233;lior&#233;e et que la pauvret&#233; et les in&#233;galit&#233;s &#233;taient en baisse avant 2011. Elle explique les soul&#232;vements par le m&#233;contentement des couches moyennes alors que le Moyen Orient est une des r&#233;gions les plus in&#233;galitaires dans le monde. La BM consid&#232;re que l'augmentation des in&#233;galit&#233;s est n&#233;cessaire pour le d&#233;veloppement. On trouve m&#234;me dans certains textes de la BM cette id&#233;e incroyable : &#171; ce n'est pas l'in&#233;galit&#233; qui est grave, c'est l'aversion pour l'in&#233;galit&#233; &#187;. La BM n'a pas chang&#233; d'orientation dans la r&#233;gion arabe. Elle pr&#233;conise toujours de privatiser les entreprises publiques, de laisser jouer le march&#233;, de rendre les jeunes plus comp&#233;titifs et les femmes plus performantes. Le CADTM avance une approche alternative qui s'appuierait sur la prise de conscience populaire, l'auto-organisation, des politiques sociales ambitieuses, plus de justice, une lib&#233;ration par rapport &#224; l'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La BM pr&#233;tend prendre en compte le genre. Dans un chapitre brillant, Camille Bruneau d&#233;monte cette pr&#233;tention et pr&#233;sente une lecture &#233;co-f&#233;ministe de la dette et de la BM. Elle souligne que les enjeux de genre sont imbriqu&#233;s avec des syst&#232;mes d'oppression et des rapports sociaux in&#233;galitaires et que les actions de la BM sont contraires &#224; toutes les perspectives d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enjeux de genre sont imbriqu&#233;s avec des syst&#232;mes d'oppression et des rapports sociaux in&#233;galitaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes sont impact&#233;es en tant que femmes dans un syst&#232;me patriarcal et par l'accroissement g&#233;n&#233;ral des in&#233;galit&#233;s ; elles subissent les impacts genr&#233;s des programmes d'ajustement structurel et des politiques de la BM. Elle souligne le travail sous pay&#233; et gratuit d'une majorit&#233; de femmes qui seraient &#171; naturellement &#187; vou&#233;e au travail de care (soins, soutien, services). Les femmes sont les premi&#232;res concern&#233;es avec un statut marginal sur le march&#233; du travail, les licenciements et la pr&#233;carisation, la subordination du travail domestique. La dette accentue la division sexuelle et raciale du travail el les violences sexistes. Jusqu'en 1982, les femmes sont consid&#233;r&#233;es comme des paysannes arri&#233;r&#233;es et des m&#232;res de trop d'enfants. A partir de 1990, on commence &#224; mettre en avant la r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s entre hommes et femmes. En 1995, la Conf&#233;rence de P&#233;kin met en avant les droits des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes subissent les impacts genr&#233;s des programmes d'ajustement structurel et des politiques de la BM&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la BM, la r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s passe par la participation &#224; l'&#233;conomie. En 2001, la BM avance la premi&#232;re gender mainstreaming strategy. En 2006, on met en avant les in&#233;galit&#233;s et les discriminations de genre avec des propositions : investir dans la protection sociale, sant&#233;, &#233;ducation des filles, eau et toujours, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et la productivit&#233;. En 2007, le gender action plan avance que l'&#233;galit&#233; des sexes est un atout &#233;conomique. En 2015, la BM parle de croissance inclusive. C'est une action de communication plus qu'une conscience f&#233;ministe ; la priorit&#233; est toujours &#224; la dette contre les d&#233;penses sociales. Pour le FMI, les femmes sont &#171; un des actifs les plus sous-utilis&#233;s de l'&#233;conomie &#187; ; la r&#233;ponse, c'est la mise au travail salari&#233; des femmes. Il y a eu, avec l'&#233;volution g&#233;n&#233;rale, des am&#233;liorations : le recul de l'&#226;ge de la maternit&#233;, l'acc&#232;s &#224; l'&#233;cole, l'&#233;galit&#233; formelle, la formation. Mais elles ont &#233;t&#233; remises en cause par les programmes d'ajustement structurel, les politiques agricoles qui accroissent les in&#233;galit&#233;s, les projets extractivistes qui d&#233;truisent les territoires, la destruction des services publics compens&#233;s par le travail gratuit des femmes. L'acc&#232;s au microcr&#233;dit a &#233;t&#233; organis&#233; comme le droit et le devoir des femmes &#224; s'endetter en n&#233;gligeant le travail de care et le travail gratuit. La vision de l'&#233;galit&#233;, quand elle est affich&#233;e, vise &#224; permettre aux femmes de rivaliser sur les march&#233;s du travail, financiers, fonciers, des produits. Elle ne concerne pas l'acc&#232;s aux structures du pouvoir ou leur remise en cause et elle impacte n&#233;gativement les in&#233;galit&#233;s de genre. La dette &#233;conomique s'accompagne d'une dette &#233;cologique et d'une dette reproductive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La BM et le FMI devraient respecter les droits humains. En tant qu'institutions sp&#233;cialis&#233;es des Nations Unies, elles sont tenues de le faire. Et pourtant, les institutions financi&#232;res internationales refusent d'&#234;tre soumises aux trait&#233;s internationaux et aux droits qu'ils reconnaissent. La BM pr&#233;tend qu'elle doit se limiter aux consid&#233;rations &#233;conomiques et n'a pas &#224; prendre en compte les droits humains. Elle avait pourtant &#233;tendu ses comp&#233;tences &#224; la corruption, au blanchiment, au terrorisme, &#224; la gouvernance. La BM et le FMI ne reconnaissent pas les droits collectifs des populations et des individus, Elles avancent une vision n&#233;olib&#233;rale et n'ont pas de respect des droits sociaux, &#233;conomiques culturels, civils et politiques. Le seul droit qu'elles reconnaissent vraiment et font passer avant tout, c'est le droit individuel &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul droit que BM et FMI reconnaissent vraiment et font passer avant tout, c'est le droit individuel &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les programmes d'ajustement structurel ne respectent pas les droits humains. La Commission des Droits de l'Homme des Nations Unies, au niveau des sous commissions Droits &#233;conomiques sociaux et culturels et Droits civils et politiques ont conclu &#224; une violation des droits humains par les programmes d'ajustement structurel. Pour la BM, il faut emp&#234;cher les &#201;tats d'intervenir dans l'&#233;conomie par rapport au priv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre montre dans un de ses premiers chapitres les rapports difficiles entre la BM et le FMI, d'une part, et le syst&#232;me des Nations Unies. Les pays en d&#233;veloppement avaient propos&#233; la cr&#233;ation du Fonds Sp&#233;cial de Nations Unies pour le d&#233;veloppement &#233;conomique, le Sunfed. La BM avait r&#233;agi en cr&#233;ant l'AID (Agence internationale pour le d&#233;veloppement) pour proposer des pr&#234;ts aux pays pauvres. Le d&#233;saccord porte toujours sur la r&#232;gle des institutions internationales : un pays, une voix. L'ONU a r&#233;ussi &#224; convaincre l'OIT (Organisation Internationale du Travail), l'UNESCO, la FAO (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture) d'adopter cette r&#232;gle mais pas la BM et le FMI. Par ailleurs, quand on rappelle &#224; la BM et au FMI que toute organisation internationale, sujet de droit, doit respecter le droit international et les droits humains, elles pr&#233;tendent que seuls les &#201;tats, leurs actionnaires par ailleurs, seraient responsables des politiques men&#233;es, m&#234;me si elles leurs sont impos&#233;es par les institutions financi&#232;res internationales. Pourtant, ces politiques ont des r&#233;percussions directes sur la vie et les droits fondamentaux des peuples. La Charte des Nations Unies est un trait&#233; international qui codifie les relations internationales ; la D&#233;claration Universelle des Droits de l'Homme est une obligation. La D&#233;claration sur le droit au d&#233;veloppement, adopt&#233;e en 1986 par l'Assembl&#233;e G&#233;n&#233;rale des Nations Unies est tout simplement ignor&#233;e. &#201;ric Toussaint pose alors la question de l'impunit&#233; de la BM et du FMI. Il examine pourquoi porter plainte et qui peut le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre se termine par une ouverture : un plaidoyer pour abolir et remplacer la BM et le FMI. Ce plaidoyer commence par 32 th&#232;ses &#224; charge pour r&#233;sumer un r&#233;quisitoire d'accusation fond&#233;e. Il propose de d&#233;finir une nouvelle architecture d&#233;mocratique internationale et indique quelques pistes pour y parvenir. L'OMC, Organisation Mondiale du Commerce, devrait &#234;tre red&#233;finie pour garantir la r&#233;alisation des trait&#233;s internationaux fondamentaux, &#224; commencer par la DUDH, D&#233;claration Universelle des Droits Humains, et les trait&#233;s environnementaux. L'Organe de R&#232;glement des Diff&#233;rends de l'OMC serait supprim&#233;. La nouvelle Banque Mondiale serait largement r&#233;gionalis&#233;e ; elle accorderait des pr&#234;ts &#224; bas taux d'int&#233;r&#234;t et des dons compatibles avec les droits sociaux et environnementaux et les droits humains en privil&#233;giant l'int&#233;r&#234;t des peuples et pas celui des cr&#233;anciers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre se termine par une ouverture : un plaidoyer pour abolir et remplacer la BM et le FMI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau FMI assurerait la stabilit&#233; des monnaies ; il m&#232;nerait la lutte contre la sp&#233;culation, interdirait les paradis fiscaux et la fraude fiscale, contr&#244;lerait les mouvements de capitaux. Il pourrait aussi mettre en &#339;uvre la collecte des taxes internationales. Des fonds mon&#233;taires r&#233;gionaux pourraient &#234;tre cr&#233;&#233;s. La d&#233;finition des trois institutions financi&#232;res internationales seraient r&#233;affirm&#233;es en tant qu'institutions sp&#233;cialis&#233;es des Nations Unies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Nations Unies devraient aussi &#234;tre r&#233;form&#233;es en donnant plus d'importance &#224; l'Assembl&#233;e G&#233;n&#233;rale et en supprimant le droit de veto et le statut de membre permanent au Conseil de s&#233;curit&#233;. Un dispositif international de droit, un pouvoir judiciaire international, devrait compl&#233;ter la Cour Internationale de La Haye et la Cour P&#233;nale Internationale. Le droit international ne serait pas subordonn&#233; au droit des affaires. Pour assurer une transformation sociale &#233;quitable et solidaire, il faudra rejeter le mod&#232;le de d&#233;veloppement li&#233; au mod&#232;le de croissance productiviste. Pour cela, il faudra briser la spirale infernale de l'endettement et abolir les dettes odieuses, en se r&#233;f&#233;rant &#224; la doctrine juridique de la dette odieuse d&#233;finie par Alexander Sack depuis 1927. Le financement &#233;conomique et social peut &#234;tre assur&#233; par des emprunts l&#233;gitimes et des imp&#244;ts socialement justes, sans r&#233;pondre &#224; l'endettement par la charit&#233;. Les autorit&#233;s nationales d&#233;mocratiques doivent pouvoir suspendre le paiement des dettes publiques et annuler les dettes ill&#233;gitimes, en s'appuyant sur un audit citoyen. Pour achever la d&#233;colonisation, il faudra d&#233;finir un syst&#232;me international de redistribution des revenus et des richesses et inventer des m&#233;canismes de d&#233;cisions sur la destination et l'utilisation des fonds. Il s'agira aussi de constituer des regroupements r&#233;gionaux avec une banque r&#233;gionale commune et un fonds r&#233;gional mon&#233;taire commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques prolongements&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir du r&#233;sum&#233; du livre nous avons une histoire critique de la BM et aussi une analyse, &#224; partir de la logique dominante repr&#233;sent&#233;e par la BM, de quelques-unes des grandes questions qui se posent aujourd'hui dans l'ordre international. Dans ce livre, &#201;ric Toussaint emploie un style direct ; il s'appuie sur une expertise et une approche scientifique et ensuite tranche et propose une action vigoureuse et radicale. Il ne se r&#233;fugie pas dans des interrogations telles que &#171; il faudrait &#233;tudier la question de la dette &#187;, il analyse la dette et puis affirme, &#171; il faut annuler les dettes odieuses &#187;. Je suis assez fortement d'accord avec les analyses et les conclusions d'&#201;ric Toussaint ; je voudrais maintenant proposer quelques r&#233;flexions en compl&#233;ment pour nourrir le d&#233;bat sur l'ordre international en mettant l'accent sur quelques questions. Il s'agit de prolongements par rapport au livre ; en me lib&#233;rant de la centralit&#233; de la BM, je mettrai plus l'accent sur les d&#233;bats par rapport &#224; l'internationalisme. Je n'aborderai que quatre questions : la p&#233;riodisation des quatre-vingt derni&#232;res ann&#233;es ; les mouvements porteurs de radicalit&#233; ; le keyn&#233;sianisme dans le d&#233;bat th&#233;orique et les alliances ; les alternatives du point de vue des institutions internationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette approche met l'accent sur l'importance du mouvement de d&#233;colonisation et sur ses succ&#232;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat sur la p&#233;riodisation permet de mettre en lumi&#232;re les contradictions de l'ordre mondial. Le livre est consacr&#233; &#224; l'histoire, critique, de la BM ; il part donc de l'&#233;volution de la BM et du FMI et de leurs politiques. D&#232;s le d&#233;part, il avertit de l'importance de la lutte des classes dans chaque pays et dans le monde, sans oublier la domination patriarcale. Je voudrais, en compl&#233;ment, resituer cette histoire de la BM dans le mouvement de la d&#233;colonisation en accordant plus d'importance &#224; ce mouvement et &#224; son prolongement, l'altermondialisme. Cette approche met l'accent sur l'importance du mouvement de d&#233;colonisation et sur ses succ&#232;s. En fait la BM et le FMI, en tant que mandataires des pays occidentaux, n'ont pas toujours &#233;t&#233; les meneurs du jeu. Bien s&#251;r ils ont &#233;t&#233; offensifs et n'ont pas manqu&#233; de contraindre et d'agresser les pays du Sud ; mais ils ont aussi &#233;t&#233; en partie mis sur la d&#233;fensive par rapport aux avanc&#233;es de la d&#233;colonisation. Sur la longue p&#233;riode, et malgr&#233; les difficult&#233;s et les agressions, le mouvement principal est celui de la d&#233;colonisation et de l'importance des luttes et des avanc&#233;es des peuples contre la domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La BM et le FMI, en tant que mandataires des pays occidentaux, n'ont pas toujours &#233;t&#233; les meneurs du jeu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la longue p&#233;riode, les luttes des peuples remettent en cause l'imp&#233;rialisme et mettent en avant la revendication de lib&#233;ration nationale et d'ind&#233;pendance. L'histoire des luttes anticoloniales est ancienne ; elle commence avec la r&#233;sistance aux conqu&#234;tes coloniales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur la longue p&#233;riode, et malgr&#233; les difficult&#233;s et les agressions, le mouvement principal est celui de la d&#233;colonisation &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le droit &#224; l'autod&#233;termination des peuples est affirm&#233; &#224; l'issue de la premi&#232;re guerre mondiale. Un mouvement politique international de la d&#233;colonisation se construit. Le Congr&#232;s des Peuples d'Orient, &#224; Bakou en 1920, propose l'alliance strat&#233;gique entre les mouvements de lib&#233;ration nationale et les mouvements ouvriers. Le Congr&#232;s des Peuples Opprim&#233;s, &#224; Bruxelles en 1927, met en avant le droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes et &#224; l'ind&#233;pendance nationale. L'imp&#233;rialisme est identifi&#233; comme le stade supr&#234;me du capitalisme. Cette alliance va ouvrir une longue p&#233;riode de luttes de lib&#233;ration, de 1920 &#224; 1945, qui va progressivement mettre les puissances coloniales sur la d&#233;fensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1944 &#224; 1980, ce sont les pays d&#233;colonis&#233;s qui sont &#224; l'offensive. Apr&#232;s la Conf&#233;rence de Bretton Woods, en 1944, commence une p&#233;riode avec la reconstruction de l'Europe d'un c&#244;t&#233;, les soul&#232;vements anticoloniaux, les massacres coloniaux et les premi&#232;res ind&#233;pendances en Afrique et en Asie de l'autre. En 1955, a lieu, &#224; Bandung (en Indon&#233;sie) la rencontre des 29 premiers &#201;tats ind&#233;pendants d'Afrique et d'Asie. On y discutera de la poursuite de la d&#233;colonisation, des risques de troisi&#232;me guerre mondiale et du non-alignement, des politiques de d&#233;veloppement des nouveaux &#201;tats, des d&#233;bats aux Nations Unies [4]. Apr&#232;s Bandung, la d&#233;colonisation s'&#233;tend avec le Ghana en 1957, la Guin&#233;e en 1958, l'Alg&#233;rie en 1962, les colonies portugaises en 1975, la d&#233;faite am&#233;ricaine au Vietnam en 975. De 1945 &#224; 1980, la BM et le FMI sont contest&#233;s et parfois sur la d&#233;fensive par les avanc&#233;es des pays d&#233;colonis&#233;s, de la r&#233;volution cubaine et de l'&#233;largissement de Bandung &#224; la Tricontinentale et de la premi&#232;re phase mouvement des non-align&#233;s en 1961. Ce mouvement continuera avec la fin de l'apartheid en 1990. La contradiction la plus forte se situe entre 1973 et 1979. En 1973, le Mouvement des Non Align&#233;s, r&#233;uni &#224; Alger adopte le Nouvel Ordre &#201;conomique Mondial qui sera vot&#233; aux Nations Unies en 1974. Il propose le contr&#244;le des mati&#232;res premi&#232;res, le financement du d&#233;veloppement, l'industrialisation, le contr&#244;le des technologies, le contr&#244;le des multinationales. Fin 1973, &#224; la suite de la guerre entre Isra&#235;l et les pays arabes, les pays du Golfe r&#233;duisent leur production. Le prix du p&#233;trole est multipli&#233; par quatre. En 1979, la r&#233;volution islamique en Iran se traduit par un nouveau doublement des prix. La cr&#233;ation en 1975 du G5 qui deviendra le G7, organise la riposte : endetter les pays du Sud, imposer des plans d'ajustement structurel, mettre en place le n&#233;olib&#233;ralisme, contr&#244;ler le Sud et accentuer la crise du bloc sovi&#233;tique. La r&#233;ponse par les non-align&#233;s est rendue difficile par la division entre pays p&#233;troliers et pays non-p&#233;troliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1980 &#224; 1989, c'est une p&#233;riode d'offensive de la BM et du FMI, sous contr&#244;le des &#201;tats-Unis. Le n&#233;olib&#233;ralisme devient la doctrine dominante. Il a &#233;t&#233; exp&#233;riment&#233; au Chili par les Chicago boys de Milton Friedman qui ont impos&#233; la subordination totale au march&#233; qui d&#233;finit l'ajustement structurel. Il a aussi &#233;t&#233; pr&#233;par&#233; par le directoire des pays imp&#233;rialistes, le G5 qui deviendra G7, qui lance la contre-offensive de l'endettement &#224; partir de la mise en &#339;uvre du recyclage des p&#233;trodollars. Le mot d'ordre est : endettez-les ! Le Mouvement des non-align&#233;s refuse, dans un premier temps, de suivre les orientations du consensus de Washington et des institutions de Bretton Woods (le Fonds Mon&#233;taire International, la Banque Mondiale et l'Organisation Mondiale du Commerce l'OMC). Les Non Align&#233;s sont confront&#233;s apr&#232;s la chute du mur de Berlin, en 1989 &#224; la d&#233;finition m&#234;me du Non Alignement. Les pays occidentaux d&#233;signent un nouvel ennemi au nom du choc des civilisations : l'Islam. Les guerres d'Afghanistan, les deux guerres d'Irak, la destruction de la Libye, les interventions isra&#233;liennes, le jeu trouble des monarchies du Golfe, vont donner du souffle au djihadisme et renforcer les discriminations contre les musulmans en Europe et aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement altermondialiste s'affirme comme le mouvement anti-syst&#233;mique du n&#233;olib&#233;ralisme [5]. D&#232;s 1980, il met en avant le refus de la dette et des plans d'ajustement structurel. Les comit&#233;s contre la dette sont tr&#232;s actifs dans les pays du Sud, par exemple aux Philippines, au Cameroun et en Am&#233;rique Latine. En 1988, &#224; Berlin, le Tribunal Permanent des Peuples, tribunal d'opinion qui succ&#232;de au Tribunal Russell, condamne le FMI et la BM [6]. En 1989, c'est le triomphe de Bretton Woods et des &#201;tats-Unis ; la chute du mur de Berlin. L'imp&#233;rialisme est confront&#233; &#224; une nouvelle question, la red&#233;finition du syst&#232;me international qui va consolider sa victoire. Il tente de marginaliser les Nations Unies en accusant les pays du Sud de contr&#244;ler l'Assembl&#233;e G&#233;n&#233;rale, il privil&#233;gie Bretton Woods autour de la BM et du FMI et compl&#232;te ces institutions avec L'OMC, l'Organisation Mondiale du Commerce. De 1989 &#224; 1999, le mouvement altermondialiste cible Bretton Woods, l'OMC et le G7. Ce sont les grandes manifestations &#224; Berlin, Washington et Madrid autour du mot d'ordre : le droit international ne doit pas &#234;tre subordonn&#233; au droit aux affaires. En 1999, l'&#233;chec de la Conf&#233;rence de Seattle qui devait affirmer le r&#244;le central de l'OMC montre les difficult&#233;s de Bretton Woods &#224; imposer son h&#233;g&#233;monie. C'est &#224; Seattle que s'affirment les nouveaux mouvements qui vont constituer la base de l'altermondialisme (mouvement syndical mondial, mouvement paysan, mouvement des femmes, mouvement &#233;cologiste, mouvement de solidarit&#233; internationale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de 2000, le mouvement altermondialiste organise les Forums sociaux mondiaux en opposition, et en alternative, au Forum &#233;conomique mondial de Davos. En 2008, la crise financi&#232;re, constitue une nouvelle rupture dans l'&#233;volution du n&#233;olib&#233;ralisme. Elle est suivie &#224; partir de 2011 par des insurrections dans plusieurs dizaines de pays, ouvre une nouvelle p&#233;riode ; ce sont les printemps arabes, mais aussi les indign&#233;s et les &#171; occupy &#187;. Le n&#233;olib&#233;ralisme entame une mutation aust&#233;ritaire, combinant aust&#233;ritarisme et s&#233;curitarisme. Les mouvements r&#233;actionnaires, identitaires et d'extr&#234;me droite, se renforcent en r&#233;ponse aux nouvelles formes de contestation des mouvements sociaux salari&#233;s et paysans, d'&#233;mancipation f&#233;ministe, &#233;cologistes, antiracistes, des peuples autochtones, des migrants. La crise de la pand&#233;mie et du climat ouvre une nouvelle crise de civilisation. Le mouvement altermondialiste est confront&#233; &#224; un n&#233;cessaire renouvellement. Mais, le syst&#232;me dominant, celui de Bretton Woods et des &#201;tats-Unis est aussi interpell&#233; dans sa pr&#233;tention &#224; d&#233;finir un d&#233;veloppement qui vise en fait le contr&#244;le des peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Croiser la strat&#233;gie de domination, toujours &#224; l'&#339;uvre, avec l'histoire des r&#233;ponses des peuples&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai insist&#233; sur cette lecture de la p&#233;riode parce que, en compl&#233;ment de l'analyse du livre qui donne une lecture tr&#232;s juste de l&#8216;histoire de la BM dans sa volont&#233; de d&#233;finir l'avenir, il nous faudra croiser la strat&#233;gie de domination, toujours &#224; l'&#339;uvre, avec l'histoire des r&#233;ponses des peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me r&#233;flexion que je proposerai, en prolongement du livre, concerne les mouvements sociaux et citoyens porteurs des r&#233;sistances et des nouvelles radicalit&#233;s. Le mouvement altermondialiste ne se limite pas aux forums sociaux mondiaux. Il est le mouvement anti-syst&#233;mique du n&#233;olib&#233;ralisme comme mod&#232;le dominant de la mondialisation capitaliste. Le livre comprend une analyse de ces mouvements par rapport &#224; l'action de la BM et du FMI. Il faudra prolonger ces analyses en partant de l'histoire de ces mouvements et de leurs propositions. Le mouvement ouvrier, et plus largement le mouvement des salari&#233;s et de leurs syndicats, est confront&#233; aux nouvelles formes du travail, en liaison avec l'&#233;volution scientifique et technique. Compte tenu de son r&#244;le fondamental, son &#233;volution et ses mutations seront centrales ; la strat&#233;gie par rapport au travail est un &#233;l&#233;ment d&#233;terminant. Le mouvement paysan a engag&#233; une &#233;volution consid&#233;rable avec La Via Campesina. L'agriculture paysanne se r&#233;v&#232;le plus moderniste que l'agro-industrie, plus adapt&#233;e aux imp&#233;ratifs &#233;cologiques et porteuses de propositions strat&#233;giques avec la souverainet&#233; alimentaire et l'agriculture biologique. Le mouvement &#233;cologiste est porteur d'une rupture fondamentale et radicale sur la conception du d&#233;veloppement et de la transformation des soci&#233;t&#233;s et de la plan&#232;te. Le mouvement des femmes introduit un bouleversement dans les mani&#232;res de penser le sexe et le genre, il est porteur d'une rupture civilisationnelle. Le mouvement des peuples autochtones et le mouvement contre le racisme prolongent le mouvement de la d&#233;colonisation. Il en est de m&#234;me avec les mouvements de migrants et de solidarit&#233; avec les migrants. Tous ces mouvements doivent d&#233;finir leur strat&#233;gie par rapport aux ruptures dans l'&#233;volution et au changement de p&#233;riode. C'est dans cette approche que se d&#233;finira un nouveau projet commun porteur d'&#233;mancipation. Cette approche permettra de prolonger et de renouveler la d&#233;finition du droit au d&#233;veloppement, pr&#233;sent&#233; dans le livre et qui avait &#233;t&#233; adopt&#233; par l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des Nations Unies en 1986.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les mouvements sociaux doivent d&#233;finir leur strat&#233;gie par rapport aux ruptures dans l'&#233;volution et au changement de p&#233;riode&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me r&#233;flexion, en prolongement du livre, concerne la question de la th&#233;orie et des alliances. Je l'aborderai &#224; travers la question du keyn&#233;sianisme. Le livre analyse, &#224; plusieurs reprises, le keyn&#233;sianisme et ses contradictions dans la d&#233;finition m&#234;me de Bretton Woods et dans son rejet radical par le n&#233;olib&#233;ralisme [7]. Nous sommes confront&#233;s &#224; une situation difficile ; il s'agit de tirer les le&#231;ons de l'&#233;chec du sovi&#233;tisme comme voie de construction du socialisme et de l'&#233;chec de la sociale d&#233;mocratie comme projet de transformation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tirer les le&#231;ons de l'&#233;chec du sovi&#233;tisme comme voie de construction du socialisme et de l'&#233;chec de la sociale d&#233;mocratie comme projet de transformation sociale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les compromissions du keyn&#233;sianisme avec le capitalisme et les &#201;tats imp&#233;rialistes permettent de le comprendre. Pourtant, le keyn&#233;sianisme a &#233;t&#233; contradictoire, ses r&#233;f&#233;rences &#224; l'action publique, &#224; l'emploi, &#224; la monnaie, au commerce international ne sont pas inint&#233;ressantes. Certains des disciples de Keynes, comme Joan Robinson par exemple, se sont inscrits dans des d&#233;marches marxistes. Sur le plan politique aussi, Olaf Palme en Su&#232;de par exemple a d&#233;montr&#233; l'int&#233;r&#234;t de certaines positions internationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les compromissions du keyn&#233;sianisme avec le capitalisme et les &#201;tats imp&#233;rialistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la question des alliances met en &#233;vidence l'int&#233;r&#234;t des approches keyn&#233;siennes de Joseph Stiglitz ou Paul Krugman dans leurs critiques de la BM et du FMI. L'approche de Alexandria Ocasio Cortes (AOC), de Democratic Socialist of Americas et de Bernie Sanders, pour un &#171; internationalist green new deal &#187; montre des renouvellements possibles de la pens&#233;e keyn&#233;sienne. Il s'agit d'ouvrir le d&#233;bat sur les alternatives possibles au capitalisme et au n&#233;olib&#233;ralisme en approfondissant l'approche critique du keyn&#233;sianisme et du sovi&#233;tisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La quatri&#232;me r&#233;flexion, en prolongement du livre, concerne les alternatives du point de vue des institutions internationales. Les quelques pages en conclusion du livre proposent des pistes tout &#224; fait int&#233;ressantes. La d&#233;marche est de resituer les institutions financi&#232;res internationales dans le cadre des Nations Unies tout en mettant en avant la n&#233;cessaire r&#233;forme du syst&#232;me des Nations Unies. C'est un chantier essentiel. C'est celui du droit international et celui de l'&#233;volution g&#233;opolitique et de la possible multipolarit&#233;. Une des pistes pour cette r&#233;forme est de s'appuyer sur les Conf&#233;rences internationales qui avaient &#233;t&#233; organis&#233;es par les Nations Unies pour r&#233;sister &#224; la marginalisation recherch&#233;e par Bretton Woods et les &#201;tats-Unis. Notamment la Conf&#233;rence de Rio en 1992 sur environnement et d&#233;veloppement, prolong&#233;es par les COP Climat ; la Conf&#233;rence de Copenhague sur les droits sociaux, la Conf&#233;rence de P&#233;kin sur les droits des femmes, la Conf&#233;rence d'Istanbul sur le logement, la ville et les collectivit&#233;s locales. Se pose alors la question de la d&#233;colonisation inachev&#233;e. La premi&#232;re phase de la d&#233;colonisation, celle de l'ind&#233;pendance des &#201;tats, est presque achev&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Se pose la question de la d&#233;colonisation inachev&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a pu en mesurer l'importance, les contradictions et les limites, d'autant que le n&#233;olib&#233;ralisme peut &#234;tre caract&#233;ris&#233; comme une forme de recolonisation. La deuxi&#232;me phase de la d&#233;colonisation, celle de la lib&#233;ration des nations et des peuples commence. Elle interroge la nature des &#201;tats et de la d&#233;mocratie. Nous sommes &#224; l'articulation des deux phases de la d&#233;colonisation, celle de l'ind&#233;pendance des &#201;tats qui n'est pas encore achev&#233;e et celle, qui s'ouvre, de la d&#233;finition des nouveaux possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma recension est un peu longue parce que c'est un livre important &#224; lire et &#224; diffuser. Le r&#233;sum&#233; de la pr&#233;sentation de l'histoire de la Banque Mondiale voudrait d&#233;montrer que ce livre remarquable est une r&#233;f&#233;rence pour la compr&#233;hension de l'histoire &#233;conomique mondiale et pour la mise en &#233;vidence des logiques des pouvoirs dominants du mode actuel et de certaines des grandes questions strat&#233;giques qui caract&#233;risent la p&#233;riode &#224; venir. Les prolongements s'inscrivent dans l'ouverture du d&#233;bat qui concerne les logiques &#224; l'&#339;uvre, les r&#233;sistances et les alternatives n&#233;cessaires dans les luttes pour une &#233;mancipation internationaliste des peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gustave Massiah&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] &#201;ric Toussaint, Banque Mondiale, une histoire critique, &#201;ditions Syllepse, Paris, 2021&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] &#201;ric Toussaint, Le Syst&#232;me Dette : Histoire des dettes souveraines et de leur r&#233;pudiation, &#201;ditions Les liens qui lib&#232;rent, Paris, 2017&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Cheryl Payer, The Debt Trap : The International Monetary Fund and the Third World, Editions Monthly Review Press Classic Titles, New York, 1975&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Gustave Massiah, Bandung, un moment historique de la d&#233;colonisation, d&#233;cembre 2021&lt;a href=&#034;https://www.cadtm.org/Bandung-un-moment-historique-de-la-decolonisation&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cadtm.org/Bandung-un-moment-historique-de-la-decolonisation&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Immanuel Wallerstein, Dilemmas for the Global Left, Preface to Gustave Massiah, in collaboration with Elise Massiah, Strategy for the alternative to globalization, Black Rose Books, Montreal, 2011&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Robert Triffin, &#233;conomiste reconnu, avait assur&#233; une d&#233;fense critique du FMI, d&#233;fense parce qu'il consid&#233;rait que des institutions internationales sont n&#233;cessaires, mais critique par rapport aux politiques impos&#233;es par le FMI et la BM. L'acte d'accusation avait &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; par Gustave Massiah ; Cheryl Payer avait particip&#233; &#224; la session, et &#233;tait intervenu sur le FMI et l'Inde &lt;a href=&#034;https://www.ritimo.fr/opac_css/index.php?lvl=notice_display&amp;id=3881&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ritimo.fr/opac_css/index.php?lvl=notice_display&amp;id=3881&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Dans la pr&#233;paration de Bretton Woods, Pierre Mend&#232;s France avait propos&#233; une monnaie &#8211; mati&#232;res premi&#232;res (expos&#233; du d&#233;bat avec Pierre Mend&#232;s France dans le Bulletin de liaison du cedetim n&#176;1 &#8211; 1967)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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