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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>La guerre en Ukraine, le r&#233;cit dominant et la gauche anti-imp&#233;rialiste</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-guerre-en-Ukraine-le-recit-dominant-et-la-gauche-anti-imperialiste</link>
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		<dc:date>2022-08-30T06:43:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Bihr, Yannis Thanassekos</dc:creator>


		<dc:subject>Ukraine</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;bats : quel soutien &#224; la lutte du peuple ukrainien ? </dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-08-23</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Alain Bihr et &#171; 9 juillet 2022 La guerre en Ukraine, le r&#233;cit dominant et la gauche anti-imp&#233;rialiste2022-07-18T10:54:27+00:00Strat&#233;gie &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Sous la pression de ses contradictions internes, la mondialisation du capital implose, accumulant les crises (&#233;conomiques, sociales, financi&#232;res, sanitaires, &#233;cologiques) et pr&#233;cipite le monde dans une nouvelle &#232;re d'affrontements et de guerres inter-imp&#233;rialistes. L'invasion de l'Ukraine par l'imp&#233;rialisme russe est le dernier sympt&#244;me en date de cette (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Debats-quel-soutien-a-la-lutte-du-peuple-ukrainien-+" rel="tag"&gt;D&#233;bats : quel soutien &#224; la lutte du peuple ukrainien ? &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-08-23-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-08-23&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH73/arton53687-091a0.jpg?1782013491' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='73' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Alain Bihr et &#171; 9 juillet 2022 La guerre en Ukraine, le r&#233;cit dominant et la gauche anti-imp&#233;rialiste2022-07-18T10:54:27+00:00Strat&#233;gie &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la pression de ses contradictions internes, la mondialisation du capital implose, accumulant les crises (&#233;conomiques, sociales, financi&#232;res, sanitaires, &#233;cologiques) et pr&#233;cipite le monde dans une nouvelle &#232;re d'affrontements et de guerres inter-imp&#233;rialistes. L'invasion de l'Ukraine par l'imp&#233;rialisme russe est le dernier sympt&#244;me en date de cette r&#233;organisation des rapports de force entre les multiples p&#244;les imp&#233;rialistes (&#201;tats-Unis, Union europ&#233;enne, Japon, Chine, Russie). Et, depuis le d&#233;but du conflit, le lavage des cerveaux, auquel s'adonnent avec jouissance les grands m&#233;dias et les intellectuels en treillis qui y ont porte ouverte, distille une hyst&#233;rie guerri&#232;re qui asphyxie la pens&#233;e. Toute tentative d'expliquer et de comprendre comment nous en sommes arriv&#233;s l&#224;, est imm&#233;diatement disqualifi&#233;e, voire d&#233;nonc&#233;e, comme pro-russe ou crypto-russe, accus&#233;e de chercher des circonstances att&#233;nuantes &#224; l'agression russe. Malheureusement, une partie de la gauche qui se veut radicale participe &#224; sa fa&#231;on &#224; cet &#171; &#233;tat de guerre &#187; qui s'empare des esprits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un r&#233;cit unilat&#233;ral&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne suffit plus de reconna&#238;tre la responsabilit&#233; premi&#232;re de Poutine dans le d&#233;clenchement de la guerre et de condamner avec fermet&#233; son agression imp&#233;rialiste. Il ne suffit pas d'exiger le cessez-le feu et le retrait imm&#233;diat des troupes russes du territoire ukrainien. Il ne suffit pas de reconna&#238;tre le droit du peuple ukrainien &#224; l'autod&#233;termination et de proclamer haut et fort notre solidarit&#233; avec lui. Il ne suffit pas de d&#233;noncer le r&#233;gime absolutiste du capitalisme russe. Il ne suffit pas de soutenir tous ceux et toutes celles qui, en Russie m&#234;me, s'opposent &#224; la guerre, au risque de leur libert&#233; et de leur vie. Non, tout cela ne suffit pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#234;tre conforme au r&#233;cit dominant (car il ne s'agit que d'un r&#233;cit et non pas d'une analyse un tant soit peu r&#233;fl&#233;chie de la pr&#233;sente situation g&#233;opolitique), il faut encore &#171; sataniser &#187; unilat&#233;ralement l'autocrate russe, le comparer voire l'identifier &#224; Staline ou &#224; Hitler, quand ce n'est pas &#224; Ivan le Terrible. Lui, dont on connaissait pourtant d&#233;j&#224; les agressions brutales en Tch&#233;tch&#233;nie, en G&#233;orgie et en Syrie, qui n'avaient pas alors suscit&#233; un tel branle-bas de combat : il est vrai qu'en ces occasions, il n'a massacr&#233; que des Caucasiens et des Levantins, pour la plupart m&#234;me pas chr&#233;tiens !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, surtout, ce m&#234;me r&#233;cit exige de fermer les yeux et de se taire s'agissant des strat&#233;gies et des man&#339;uvres de l'imp&#233;rialisme des Etats-Unis, en Europe tout comme dans l'Indopacifique. Il faut ainsi ne pas rappeler comment, depuis 1991, imposant son h&#233;g&#233;monie &#224; ses alli&#233;s europ&#233;ens, soumettant r&#233;guli&#232;rement l'Union europ&#233;enne &#224; ses diktats (dont les ventes de mat&#233;riel militaire &#224; un co&#251;t exorbitant ne sont pas les moindres), les Etats-Unis ont &#233;tendu l'Otan jusqu'aux portes de la Russie, en y int&#233;grant d'anciennes R&#233;publiques sovi&#233;tiques (Estonie, Lettonie, Lituanie), sans exclure d'y int&#233;grer ult&#233;rieurement l'Ukraine elle-m&#234;me et sans attendre de l'avoir inclue pour y envoyer, apr&#232;s 2014, du mat&#233;riel militaire ultramoderne, en entra&#238;ner les troupes et y stationner des conseillers et formateurs militaires. Et &#233;videmment, il n'est pas question de rappeler davantage les mises en garde pr&#233;coces sur les cons&#233;quences probables d'une telle extension de l'Otan en Europe centrale et orientale. Telle celle lanc&#233;e d&#232;s 1997 par George Kenan alors que cette extension n'&#233;tait encore qu'un projet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#233;largissement de l'OTAN serait la plus fatale erreur de la politique am&#233;ricaine depuis la fin de la guerre froide. On peut s'attendre &#224; ce que cette d&#233;cision attise les tendances nationalistes, antioccidentales et militaristes de l'opinion publique russe ; qu'elle relance une atmosph&#232;re de guerre froide dans les relations Est-Ouest et oriente la politique &#233;trang&#232;re russe dans une direction qui ne correspondra vraiment pas &#224; nos souhaits &#187;[1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas question non plus de rappeler que, op&#233;rant dans le cadre de l'Otan mais en violation de la charte de celle-ci, les Etats-Unis se sont les premiers mis &#224; &#171; rectifier &#187; les fronti&#232;res internationales en Europe en intervenant contre la Serbie en 1999 pour favoriser la s&#233;cession du Kosovo, en violation de la l&#233;galit&#233; internationale puisqu'ils op&#233;raient sans mandat de l'Organisation des Nations unies. Pas question non plus de rappeler que, instrumentalisant l'Otan ou op&#233;rant en dehors d'elle, ils ont agress&#233; deux autres Etats souverains, l'Afghanistan en 2001 et l'Irak en 2003, l&#224; encore en violation de la l&#233;galit&#233; internationale, en couvrant leurs agressions de mensonges &#233;normes dans l'un et l'autre cas (le soi-disant appui des talibans afghans &#224; Al-Qa&#239;da dans le premier, la soi-disant possession d'&#171; armes de destruction massive &#187; par Saddam Hussein dans le second). Pas question davantage de mentionner le retrait unilat&#233;ral en 2002 des Etats-Unis du trait&#233; ABM (Anti-Balistic Missiles, limitant et r&#232;glementant le d&#233;ploiement des missiles antimissiles), trait&#233; sign&#233; en 1972 avec l'URSS et confirm&#233; dans les ann&#233;es 1990 par la Russie comme par l'ensemble des &#233;tats postsovi&#233;tiques. Retrait suivi &#224; partir de 2007-2008 par un d&#233;but de d&#233;ploiement en Europe centrale (notamment en R&#233;publique tch&#232;que, en Pologne et en Roumanie) d'&#233;l&#233;ments du Missile Defense (le &#171; bouclier &#187; antimissiles &#233;tats-unien) en contravention flagrante de l'Acte fondateur Otan-Russie sign&#233; en 1997. Et, dans ces conditions, il n'est pas question enfin de se demander si, au vu de ces &#233;l&#233;ments, les autorit&#233;s russes n'avaient pas quelques raisons de s'inqui&#233;ter des intentions &#233;tats-uniennes, sans qu'il soit n&#233;cessaire d'invoquer leur l&#233;gendaire parano&#239;a obsidionale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; campistes, campistes et demi !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces questions, et quelques autres, ont malgr&#233; tout trouv&#233; des personnes, des organisations, des leaders politiques et m&#234;me quelques gouvernements (en Am&#233;rique latine : Cuba, Nicaragua, Venezuela) se r&#233;clamant de la gauche anti-imp&#233;rialiste, pour les poser. Les uns sont all&#233;s jusqu'&#224; justifier sur cette base l'agression russe, les autres se contentant de souligner les responsabilit&#233;s occidentales (et notamment &#233;tats-uniennes) dans la gen&#232;se de cette guerre et refusant par cons&#233;quent d'&#234;tre enr&#244;l&#233;s dans une croisade antirusse sous la banni&#232;re &#233;toil&#233;e, qu'il s'agisse de celle des Etats-Unis ou de celle de l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'ils se soient aussit&#244;t fait agresser (verbalement) et qu'ils aient &#233;t&#233; r&#233;duits &#224; un quasi silence m&#233;diatique par le parti occidentaliste n'est &#233;videmment pas pour nous &#233;tonner. Notre &#233;tonnement est n&#233; de ce que, parmi les crois&#233;s en question, se soient trouv&#233;s des membres de cette m&#234;me gauche anti-imp&#233;rialiste, accusant les pr&#233;c&#233;dents de tomber dans l'&#233;ternel pi&#232;ge du campisme qui veut que l'ennemi de mon ennemi puisse &#234;tre sinon un ami du moins un alli&#233; de circonstances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les seconds ont ainsi accus&#233; les premiers de se faire les complices, objectifs sinon subjectifs, de l'agression russe et de trahir le peuple ukrainien qui lutte pour sa lib&#233;ration et son autod&#233;termination. Bien plus, certains d'entre eux ont d&#233;fendu la n&#233;cessit&#233; de secourir ce peuple par l'envoi massif d'armes lourdes, d&#233;fensives ou m&#234;me offensives, ce qui dans la situation g&#233;opolitique actuelle ne peut &#234;tre le fait que de l'OTAN. Appel du reste largement entendu : les strat&#232;ges occidentaux, &#233;tats-uniens, britanniques, espagnols et m&#234;me allemands, inondent &#224; pr&#233;sent ouvertement l'arm&#233;e ukrainienne et ses fractions ultranationalistes d'armes de plus en plus sophistiqu&#233;es. Avec pour cons&#233;quence certaine de faire perdurer la guerre, accompagn&#233;e de son cort&#232;ge de victimes et de destructions, et surtout au risque de mettre le feu aux poudres : de cr&#233;er les conditions d'une extension et d'une g&#233;n&#233;ralisation du conflit, sous la forme d'un affrontement direct entre Otan et Russie, aux d&#233;veloppements nucl&#233;aires potentiels. De m&#234;me, l'imminente adh&#233;sion &#224; l'Otan de la Su&#232;de et de la Finlande, jusqu'alors neutres, ne fera qu'aggraver une situation d&#233;j&#224; extr&#234;mement tendue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, sous le rapport du campisme, ces &#171; anti-imp&#233;rialistes &#187; d&#233;noncent volontiers la paille qui est fich&#233;e dans l'&#339;il de certains de leurs adversaires tout en ne remarquant pas la poutre qui obstrue le leur. Ni plus ni moins, ils nous intiment de choisir entre un imp&#233;rialisme soi-disant &#171; d&#233;mocratique &#187; et &#171; lib&#233;ral &#187; et un imp&#233;rialisme autocratique et absolutiste. Et comme concr&#232;tement, sur le champ de bataille ukrainien, seul le premier peut garantir la d&#233;faite du second, et donc la libert&#233; de l'Ukraine, le choix serait automatique. Et, dans leurs analyses, ils font eux aussi d&#233;lib&#233;r&#233;ment l'impasse sur la dimension inter-imp&#233;rialiste du conflit en cours pour n'y voir que le conflit d'un jeune Etat-nation aux prises avec les vis&#233;es et men&#233;es imp&#233;rialistes de son voisin. Sans compter qu'ils ferment pudiquement les yeux sur les tribulations internes dudit jeune &#201;tat-nation, dont les vertus d&#233;mocratiques restent &#224; prouver, contrairement &#224; ses aptitudes &#224; la corruption qui n'ont vraiment rien &#224; envier &#224; son grand voisin agresseur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur la question nationale dans le cadre des conflits inter-imp&#233;rialistes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la Grande Guerre, la gauche radicale s'est distingu&#233;e par une approche bien plus complexe de ce qui se joue dans les guerres inter-imp&#233;rialistes. Toutes proportions gard&#233;es, il y a dans l'actuelle configuration conflictuelle, des &#233;l&#233;ments de similitude avec le contexte historique qui a pr&#233;cipit&#233; le d&#233;clenchement de la Premi&#232;re Guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les guerres imp&#233;rialistes r&#233;organisent invariablement l'espace (les terres, les mers, les airs) et redessinent, tout aussi immanquablement, les fronti&#232;res selon des zones d'influences de puissances en guerre. Dans l'espace europ&#233;en, lors de la Premi&#232;re et de la Seconde Guerre mondiale, les territoires qui ont pay&#233; au prix fort les effets de cette r&#233;organisation des espaces et de fronti&#232;res ont &#233;t&#233; ceux du Centre-Est et du Sud-Est europ&#233;en, Russie comprise. La m&#234;me chose se joue aujourd'hui avec la guerre en Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les guerres inter-imp&#233;rialistes propulsent invariablement sur l'avant-sc&#232;ne historique les &#171; int&#233;r&#234;ts nationaux &#187;, tout en subordonnant cependant leur sort aux objectifs que s'assignent les principales puissances imp&#233;rialistes en conflit, qui usent et abusent de leur pr&#233;tention &#224; s'&#233;riger en puissances protectrices. Il en a &#233;t&#233; ainsi en juin-juillet 1914 avec la Serbie &#171; soutenue &#187; par l'Empire tsariste, la France et le Royaume-Uni face &#224; l'Empire austro-hongrois et son alli&#233; allemand ; des pays Baltes, de la Pologne et de l'Ukraine (d&#233;j&#224; !) appuy&#233;s financi&#232;rement et militairement par la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis face &#224; la jeune R&#233;publique sovi&#233;tique ; de la Pologne en septembre 1939 d&#233;fendue (bien mal) face &#224; l'Allemagne nazie et l'URSS stalinienne ; de la Cor&#233;e du Sud d&#233;fendue entre 1950 et 1953 par une coalition d'Etats occidentaux et affid&#233;s conduite par les Etats-Unis face &#224; la Cor&#233;e du Nord soutenue par ses &#171; fr&#232;res &#187; du camp &#171; socialiste &#187; jusqu'au Vietnam dont la r&#233;unification nationale aura oppos&#233; les deux m&#234;mes camps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par l&#224; m&#234;me, en instrumentalisant la &#171; question nationale &#187;, les puissances imp&#233;rialistes font d'une pierre deux coup. Sur le plan int&#233;rieur, elles font valoir le primat des &#171; int&#233;r&#234;ts nationaux &#187; sur les &#171; int&#233;r&#234;ts de classes &#187; (la sacro-sainte Unit&#233; nationale) alors que, sur le plan international, elles prennent en otage les aspirations nationales &#224; l'autod&#233;termination des peuples pour se doter de nouveaux protectorats, de nouvelles zones d'influence, de nouveaux &#171; espace vitaux &#187;, sur les ruines des dites aspirations. Cette m&#234;me configuration se joue aujourd'hui encore avec la guerre en Ukraine. Le principe de l'&#171; autod&#233;termination de peuples &#187; n'est pas un article de foi anhistorique. Il doit toujours &#234;tre r&#233;fl&#233;chi en fonction des contextes historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mots d'ordre anti-imp&#233;rialistes &#233;l&#233;mentaires, &#171; faire la guerre &#224; la guerre &#187; et &#171; transformer les guerres imp&#233;rialistes en guerres civiles &#187; (entendons : en guerres de classe), demeurent certes th&#233;oriquement pertinents et leur justesse s'est confirm&#233;e, en Russie et au c&#339;ur de l'Europe lors de la Grande Guerre et vers la fin et au lendemain de la Seconde guerre mondiale, en Yougoslavie, en Gr&#232;ce, dans les r&#233;voltes et r&#233;volutions anticoloniales en Asie et en Afrique. Aujourd'hui, malheureusement, dans le cadre de la guerre en Ukraine, nous sommes loin, sous tous les rapports, d'un tel contexte pour esp&#233;rer voir &#233;clore la possibilit&#233; d'une telle radicalisation &#233;mancipatrice. Certains militants de la gauche radicale qui soutiennent l'envoi massif d'armes lourdes et offensives en Ukraine pour infliger une d&#233;faite &#224; l'envahisseur russe, pr&#233;tendent qu'avec ces armes nous aurons en fait &#171; un peuple en armes &#187; lequel, galvanis&#233; par la &#171; guerre de lib&#233;ration &#187;, d&#233;clenchera une dynamique sociale de radicalisation politique contre ses propres &#171; oligarques &#187; (c'est la d&#233;nomination locale de la haute bourgeoisie !) et contre ses &#171; protecteurs occidentaux &#187; du moment &#8211; les Etats-Unis, l'Otan, l'UE &#8211; en exigeant notamment l'annulation de la dette ukrainienne. Ils r&#234;vent ! D'autres, moins optimistes, soutiennent qu'en &#233;liminant, ou tout au moins en r&#233;duisant au maximum la menace russe, une d&#233;faite de Poutine gr&#226;ce l'armement des Occidentaux, aurait un double effet positif : d'une part, elle amorcerait une d&#233;sescalade de l'actuelle course aux armements et, de l'autre, elle rendrait possible une meilleure r&#233;sistance de l'Union Europ&#233;enne face aux dictats de l'Otan. Mais on peut tout aussi bien soutenir l'inverse : une d&#233;faite des Russes donnerait du vent aux ailes des faucons du Pentagone dans leur strat&#233;gie de restauration de l'h&#233;g&#233;monie de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain &#8211; fortement d&#233;valu&#233;e &#224; la suite de leur fiasco en Irak et en Afghanistan &#8211; par la prise en &#233;tau tout autant de la Russie que de la Chine dans l'Indopacifique (cf. le trait&#233; r&#233;cemment conclu, Australia-United Kingdom-United States, AUKUS).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, l'empathie envers les souffrances du peuple ukrainien qui lutte, qui s'auto organise et qui r&#233;siste &#224; la brutale agression russe, est absolument justifi&#233;e et l&#233;gitime mais il ne faut pas que la subjectivit&#233; fasse obstacle &#224; la distance et au sang-froid qu'exige toute analyse m&#234;me &#224; chaud. L'hypertrophie de l'optimisme de la volont&#233; et l'hypotrophie du pessimisme de la raison conduisent trop souvent, sinon toujours, &#224; des lendemains qui d&#233;chantent, au fracas des illusions. Dans les conditions actuelles et m&#234;me dans celles qui verront le jour en cas de prolongation de la guerre, il y a plus de chances de voir s'imposer la logique des forces ultranationalistes ukrainiennes (souvent sous-estim&#233;es), que la logique des forces &#233;mancipatrices qu'escompte une certaine gauche radicale europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que faire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au vu des &#233;l&#233;ments pr&#233;c&#233;dents, sans nullement nous laisser impressionner par les mises en demeure de s'aligner sur les positions occidentales, nous proposons &#224; la gauche anti-imp&#233;rialiste op&#233;rant dans le cadre des Etats occidentaux d'adopter les positions suivantes et de mener campagne pour :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Exiger le retrait de toutes les forces russes de l'ensemble du territoire ukrainien tel que d&#233;fini par ses fronti&#232;res internationalement reconnues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; R&#233;affirmer le droit de tous les peuples (nations, nationalit&#233;s, minorit&#233;s nationales, etc.) de la r&#233;gion &#224; disposer d'eux-m&#234;mes (&#224; se donner la forme politique qu'ils choisiront) au terme d'un processus d&#233;mocratiquement organis&#233; et internationalement contr&#244;l&#233;, dans un cadre qui ne menace aucun d'entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Exiger le retrait de nos Etats respectifs de l'Otan (cela vaut notamment pour les Etats europ&#233;ens) et la dissolution de cette derni&#232;re qui n'est plus qu'une machine &#224; fomenter des guerres au profit de l'imp&#233;rialisme &#233;tats-unien en y enr&#244;lant leurs alli&#233;s europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; D&#233;noncer l'envoi des armes en Ukraine comme une menace grave pour le maintien de la paix mondiale. D&#233;noncer de m&#234;me comme tout aussi dangereux les programmes de r&#233;armement qui ont &#233;t&#233; annonc&#233;s en Europe occidentale (et notamment en Allemagne) depuis le d&#233;clenchement de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Soutenir tous les individus et mouvements qui, en Russie comme en Ukraine, luttent contre la guerre en cours et militent pour le retour &#224; la paix. Cela implique notamment les d&#233;serteurs russes aussi bien qu'ukrainiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Exiger le retour &#224; la table de n&#233;gociations, afin de promouvoir la paix et non la guerre. Faire pression en vue de la conclusion d'un nouveau trait&#233; paneurop&#233;en, une nouvelle architectonique de s&#233;curit&#233; europ&#233;enne incluant la Russie, dans le cadre de la Conf&#233;rence sur la s&#233;curit&#233; et la coop&#233;ration en Europe (ou tout autre cadre idoine) et sous l'&#233;gide des Nations unies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Note&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Cit&#233; par David Teurtrie, &#171; Ukraine, pourquoi la crise ? &#187;, Le Monde diplomatique, f&#233;vrier 2022, page 8. George Kenan (1904-2005) a &#233;t&#233; le concepteur de la politique d'&#171; endiguement &#187; (containment) du soi-disant communisme sovi&#233;tique sous les administrations Truman (1945-1953) et Eisenhower (1953-1961). On ne peut donc gu&#232;re le suspecter de russophilie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire hors-ligne :&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La guerre en Ukraine et la gauche anti-imp&#233;rialiste. Une anticritique</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-guerre-en-Ukraine-et-la-gauche-anti-imperialiste-Une-anticritique</link>
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		<dc:date>2022-08-30T06:43:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Bihr, Yannis Thanassekos</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Ukraine</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre en Ukraine</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-08-30</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La publication de l'article d'Alain Bihr et Yannis Thanassekos, sous le titre &#171; La guerre en Ukraine, le r&#233;cit dominant et la gauche anti-imp&#233;rialiste &#187;, a suscit&#233; de nombreuses r&#233;actions et objections, dont celle-ci, collective, publi&#233;e sur notre site. &#192; ces critiques, Alain Bihr et Yannis Thanassekos ont souhait&#233; r&#233;pondre par ce texte qui pr&#233;cise et d&#233;veloppe plus longuement leur propos. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Contrtetemps (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Guerre-en-Ukraine-+" rel="tag"&gt;Guerre en Ukraine&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH107/arton53789-08ace.jpg?1782013492' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='107' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La publication de l'article d'Alain Bihr et Yannis Thanassekos, sous le titre &#171; La guerre en Ukraine, le r&#233;cit dominant et la gauche anti-imp&#233;rialiste &#187;, a suscit&#233; de nombreuses r&#233;actions et objections, dont celle-ci, collective, publi&#233;e sur notre site. &#192; ces critiques, Alain Bihr et Yannis Thanassekos ont souhait&#233; r&#233;pondre par ce texte qui pr&#233;cise et d&#233;veloppe plus longuement leur propos.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Contrtetemps&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/guerre-ukraine-gauche-anti-imperialiste-anticritique/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/guerre-ukraine-gauche-anti-imperialiste-anticritique/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain Bihr et Yannis Thanassekos 24 ao&#251;t 2022&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous avons entrepris de r&#233;diger l'article intitul&#233; &#171; La guerre en Ukraine, le r&#233;cit dominant et la gauche anti-imp&#233;rialiste &#187;[1], nous poursuivions un double but. Il s'agissait, d'une part, d'alerter nos propres rangs sur le danger politique qui les mena&#231;ait du fait de la reprise, par certains de ses membres, du discours non seulement dominant mais quasi exclusif (du moins dans l'espace public officiel) sur la guerre en Ukraine, ses tenants et ses aboutissants, et, pis encore, du fait de leur ralliement (au moins ponctuel et temporaire) aux positions politiques subs&#233;quentes : appui inconditionnel &#224; l'Ukraine, soutien militaire de la part de l'Otan, train de sanctions &#233;conomiques et financi&#232;res &#224; l'encontre de la Russie, etc. Mais, conscients de ce que l'&#233;v&#233;nement en question et la situation politique qui en r&#233;sulte sont complexes et instruits par des pr&#233;c&#233;dents historiques similaires (mais non pas identiques), nous tenions aussi bien &#224; ouvrir un d&#233;bat avec ceux-l&#224; m&#234;mes que cet article mettait en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En en faisant r&#233;agir certains d'entre eux, soit sous forme d'&#233;changes priv&#233;s (courriels), soit publiquement, nous avons au moins cr&#233;&#233; les conditions d'un tel &#233;change. Nous avons r&#233;pondu personnellement &#224; chacun-e. Nous proposons ici une r&#233;ponse synth&#233;tique qui passera en revue leurs critiques les plus courantes et s'efforcera de r&#233;pondre &#224; chacune d'elles, de mani&#232;re &#224; rendre publics les termes du d&#233;bat et &#224; permettre &#224; chacun-e de se prononcer. Nous les examinerons par ordre d'importance croissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Plusieurs de nos critiques nous ont reproch&#233; de n'avoir pas d&#233;nomm&#233; pr&#233;cis&#233;ment les personnes, groupes, organisations, etc., dont nous avons critiqu&#233; les positions. L'un d'eux a m&#234;me estim&#233; que, ce faisant, &#171; il (notre article) prend la solution l&#226;che de ne f&#226;cher personne &#187;. Ce qu'est venue d&#233;mentir la virulence de certaines des interpellations que nous avons re&#231;ues, dont la sienne propre au demeurant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, nous avons d&#233;lib&#233;r&#233;ment choisi de ne nommer personne pour quatre raisons. D'une part, &#231;'aurait &#233;t&#233; sinon impossible du moins difficile. Le nombre de ceux et celles qui ont exprim&#233; et continuent &#224; exprimer les positions que nous avons attaqu&#233;es est tel qu'un article court (comme celui que nous voulions &#233;crire pour qu'il ait quelques chances de para&#238;tre) ne pouvait se permettre de s'alourdir de citations en cascade. De surcro&#238;t les positions que nous critiquions &#233;taient souvent tellement r&#233;p&#233;titives d'un texte &#224; l'autre et d'une r&#233;action &#224; l'autre, que tout recensement aurait &#233;t&#233; laborieux et scolastique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, la chose nous est apparue inutile. Et les r&#233;actions que nous avons enregistr&#233;es nous ont donn&#233; raison. Les principaux et principales int&#233;ress&#233;-e-s se sont reconnu-e-s sans peine dans les cibles que nous avions d&#233;sign&#233;es, sans quoi ils et elles ne nous auraient pas r&#233;pondu &#8211; et surtout pas avec une telle hostilit&#233;. C'est donc que ces cibles &#233;taient ais&#233;ment identifiables sans avoir &#224; &#234;tre d&#233;nomm&#233;es explicitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, nous avons eu le souci &#8211; et nous l'avons toujours &#8211; d'&#233;viter les querelles interpersonnelles qui virent trop souvent &#224; la pol&#233;mique st&#233;rile, tournant &#224; la guerre des ego pour &#233;viter d'aborder les questions de fond. Les susceptibilit&#233;s froiss&#233;es qu'ont manifest&#233;es certaines des r&#233;pliques re&#231;ues montrent que, l&#224; encore, nous avons bien fait&#8230; D'ailleurs, une th&#232;se vaut par son contenu propre (dont fait partie son argumentation), non pas par la ou les personnes qui la d&#233;fendent, quels que puissent en &#234;tre et le nombre et la qualit&#233;. Une erreur r&#233;p&#233;t&#233;e treize fois ne se transforme pas en v&#233;rit&#233; pour autant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons enfin qu'un certain nombre de nos critiques ont &#233;t&#233; et restent pour nous des camarades. Le fait de n'avoir pas voulu tomber dans la pol&#233;mique, d'avoir d&#233;lib&#233;r&#233;ment &#233;cart&#233; toute attaque ad hominem et toute formule condescendante ou blessante a &#233;galement r&#233;pondu au souci de sauver ce qui peut l'&#234;tre de cette camaraderie politique et de ne pas hypoth&#233;quer l'avenir en &#233;veillant des animosit&#233;s inutiles. Un souci que tous nos interlocuteurs n'ont malheureusement pas tous partag&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour toutes ces raisons, nous continuerons &#224; maintenir l'anonymat sans cependant nous priver de citer certains passages des messages que nous avons re&#231;us, quand cela nous para&#238;tra utile ou quand cela s'av&#232;rera n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Certains de nos interlocuteurs nous ont &#233;galement reproch&#233; de n'avoir pas manifest&#233; de compassion &#224; l'&#233;gard des souffrances endur&#233;es par les populations ukrainiennes ni d'admiration pour leur &#171; r&#233;sistance h&#233;ro&#239;que &#187; dans le cadre de la &#171; juste guerre &#187; qu'elles m&#232;nent contre l'agression russe &#8211; les seules choses qui semblent compter &#224; leurs yeux embu&#233;s. Ce que l'un d'eux a r&#233;sum&#233; en qualifiant notre propos d'&#171; abstrait &#187;, de &#171; d&#233;sincarn&#233; &#187; en somme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par leur rappeler qu'il est toujours aventureux de &#171; s'arroger le monopole du c&#339;ur &#187;&#8230; Car, finalement, qui a le plus de c&#339;ur : celui qui manifeste bruyamment de l'empathie avec les victimes ou celui qui cherche aussi rigoureusement que possible &#224; d&#233;signer le ou les responsables ? D'autant plus qu'avoir du c&#339;ur ne constitue en rien une garantie quant &#224; la v&#233;rit&#233; de ce que l'on avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous justifierons notre d&#233;faut apparent de c&#339;ur par deux raisons. D'abord par la volont&#233; de ne pas c&#233;der aux pi&#232;ges de la contagion &#233;motionnelle. Car mettre en avant les horreurs de la guerre (les destructions, les morts et les bless&#233;s, les victimes civiles, de pr&#233;f&#233;rence femmes et enfants, les crimes de guerre, etc.) ou l'h&#233;ro&#239;sme dans la guerre, comme l'ont fait massivement et continuent &#224; le faire &#171; nos &#187; m&#233;dias, est le moyen le plus efficace pour susciter ou, du moins, entretenir les effets d'effroi et de sid&#233;ration que provoque la guerre, qui sont de puissants obstacles &#224; toute r&#233;flexion : &#224; toute prise de distance par rapport aux &#233;v&#233;nements et aux affects qu'ils suscitent, sans laquelle aucune analyse ni aucune &#233;valuation rationnelle ne sont possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, face &#224; un &#233;v&#233;nement politique (et quel &#233;v&#233;nement peut-il &#234;tre plus politique que le d&#233;clenchement et la poursuite d'une guerre ?), &#224; qui veut prendre position politique par rapport &#224; lui, il est impossible d'en rester au stade du pathos : de l'empathie pour les victimes et de l'admiration pour leur r&#233;silience. Sauf &#224; r&#233;duire le politique aux sentiments, &#224; l'affect et &#224; l'humanitaire. Face &#224; une famine par exemple, faut-il se contenter de plaindre les affam&#233;s et ceux qui meurent de faim et en appeler &#224; l'organisation de secours sous forme d'acheminement et de distribution de nourriture, comme le proposeront la Croix-Rouge, les agences ad hoc de l'Onu, les ONG, etc. ? Ou une d&#233;marche politique n'implique-t-elle pas, en plus ou ind&#233;pendamment de cela, de rechercher les causes &#233;conomiques, sociales, politiques, etc., du ph&#233;nom&#232;ne, qu'elles soient internes au pays o&#249; s&#233;vit cette famine ou qu'elles se situent dans les rapports que ce pays entretient avec ses voisins et, plus largement, dans son inscription au sein de la division internationale du travail telle qu'elle est fa&#231;onn&#233; par le d&#233;ploiement mondial des rapports capitalistes de production sous l'action conjugu&#233;e des entreprises transnationales, des Etats centraux, des organisations financi&#232;res internationales (Banque mondiale, FMI, etc.) ? C'est mutatis mutandis ce que nous avons propos&#233; face &#224; la guerre en Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, nos opposants en ont fait autant, mais en r&#233;duisant leur analyse &#224; la d&#233;signation de la Russie de Poutine comme l'unique (ou du moins le principal) coupable, ils n'ont pas pu prendre volontairement et explicitement leur distance par rapport au pathos, confort&#233;s en cela par le discours dominant, v&#233;hicul&#233; par la quasi-totalit&#233; de &#171; nos &#187; m&#233;dias et de l'ensemble de &#171; nos &#187; gouvernants. Une facilit&#233; qui nous &#233;tait interdite et que nous nous sommes pr&#233;cis&#233;ment interdite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;es, il nous a &#233;t&#233; reproch&#233; d'oublier ce qu'ont &#233;t&#233; les positions prises par la gauche internationaliste et anti-imp&#233;rialiste en des circonstances ant&#233;rieures similaires, en soutenant les peuples agress&#233;s contre leurs agresseurs et en se portant &#224; leur secours sans h&#233;sitation aucune. Et d'&#233;voquer, selon le cas ou tout d'un bloc, des contextes historiques aussi sp&#233;cifiques et singuliers que celui de la guerre d'Espagne, une guerre civile aux dimensions internationales (1936-1939), celui des transactions de Munich, pr&#233;lude &#224; la Seconde guerre mondiale (1938-1939), celui de la guerre &#224; la fois civile et internationale au Vietnam (1946-1975), celui de la guerre d'Alg&#233;rie impliquant une quasi guerre civile en m&#233;tropole (1954-1962), celui des guerres d'Afghanistan (1980-1989, 1996-2021), etc. : m&#234;me s'ils reconnaissent eux-m&#234;mes qu'il y a des diff&#233;rences notables entre eux, ils les consid&#232;rent finalement comme des contextes aux enjeux transf&#233;rables non seulement de l'un &#224; l'autre mais aussi similaires (donc transf&#233;rables) &#224; ceux du contexte actuel de la guerre en Ukraine !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pensons que proc&#233;der de la sorte est commettre une erreur fonci&#232;re de m&#233;thode. En effet, tout &#233;v&#233;nement historique est singulier et doit d'abord s'appr&#233;hender, s'analyser et se comprendre dans sa singularit&#233; historique, en fonction de son contexte historique propre, lui m&#234;me singulier m&#234;me s'il peut relever de d&#233;terminations g&#233;n&#233;rales. C'est le sens de la fameuse formule l&#233;niniste : il faut conduire &#171; une analyse concr&#232;te de la situation concr&#232;te &#187;[2]. Ce n'est qu'une fois cette analyse men&#233;e et sur les bases de ses r&#233;sultats que l'on peut proc&#233;der &#224; une comparaison entre cet &#233;v&#233;nement historique et d'autres, d'apparence semblable, pour d&#233;terminer ce qu'ils ont en commun et de diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or ce n'est nullement la d&#233;marche suivie par ceux de nos opposants, qui nous ont reproch&#233; de ne pas avoir rapproch&#233; l'actuelle guerre en cours en Ukraine de celles &#233;voqu&#233;es plus haut, pour en d&#233;duire ce qu'il fallait en penser et quelle attitude politique adopter en cons&#233;quence. Eux ont mis la charrue avant les b&#339;ufs : ils sont partis d'un tel rapprochement a priori, sans s'&#234;tre donn&#233; pr&#233;alablement la peine de se pencher sur l'&#233;v&#233;nement contemporain dans sa singularit&#233;. Autrement dit, ils ont plaqu&#233; un sch&#233;ma tout fait sur l'&#233;v&#233;nement en question, sur la base de similitudes apparentes qui peuvent &#234;tre parfaitement trompeuses et qui, de fait, le sont pour une bonne part, comme nous allons le voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, la critique ici examin&#233;e pr&#233;sente le m&#234;me d&#233;faut majeur que la pr&#233;c&#233;dente : l'absence ou le d&#233;ficit d'analyse de l'&#233;v&#233;nement. A cette diff&#233;rence pr&#232;s que les tenants de la premi&#232;re pensaient pouvoir s'en dispenser au b&#233;n&#233;fice de l'intensit&#233; et de la sinc&#233;rit&#233; de leur engagement path&#233;tique tandis que les tenants de la seconde (mais c'&#233;taient quelquefois les m&#234;mes) croyaient pouvoir &#234;tre quittes de la n&#233;cessit&#233; de proc&#233;der &#224; une telle analyse en reprenant des sch&#233;mas d'analyse tout faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. D'une telle &#171; analyse concr&#232;te de la situation concr&#232;te &#187;, notre article donnait un exemple que nous livrions par cela m&#234;me &#224; la discussion. Elle articulait deux affirmations connexes. D'une part, l'actuelle guerre en cours en Ukraine ne peut se comprendre et s'&#233;valuer comme &#233;tant seulement (ce qui implique qu'elle est aussi !) un conflit entre la puissance imp&#233;rialiste russe, cherchant &#224; reconstituer l'espace de l'ancienne URSS voire celui de l'ancien Empire tsariste, et le jeune Etat-nation ukrainien n&#233; de l'&#233;clatement de feu l'URSS ; elle met aussi en jeu un conflit interimp&#233;rialiste entre l'ensemble du bloc occidental, h&#233;g&#233;monis&#233; sous la conduite des Etats-Unis dans le cadre de l'Otan, et la Russie, qui trouve son origine dans la collision entre l'expansion du premier en Europe centrale et orientale et la remont&#233;e en puissance de la seconde. D'autre part, de ces deux conflits, le second surd&#233;termine le premier, en expliquant notamment pourquoi ce dernier a fini par conduire &#224; la guerre, mais n'y a conduit qu'au terme de tout un processus dont nous avons rappel&#233; quelques-unes des principales phases[3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette th&#232;se reconnaissait donc d'embl&#233;e le caract&#232;re complexe du conflit en cours, complexe en ce sens qu'il combine deux conflits diff&#233;rents et quant &#224; leurs dimensions et quant &#224; leurs enjeux, que notre analyse se proposait de pr&#233;ciser, d'articuler et de hi&#233;rarchiser. Au vu du d&#233;roulement du conflit depuis lors, il convient d'ailleurs de complexifier encore davantage l'analyse puisque, manifestement, il est en train de fournir aux Etats-Unis les moyens de r&#233;affirmer et de renforcer leur h&#233;g&#233;monie relativement &#224; leurs alli&#233;s europ&#233;ens, donc de faire &#233;voluer en leur faveur le rapport de force (lui-m&#234;me complexe) qui les oppose &#224; ces derniers, en faisant &#224; nouveau passer au premier plan ses composants strat&#233;giques et militaires, plan sur lequel les premiers disposent d'une sup&#233;riorit&#233; manifeste &#224; l'&#233;gard des seconds. Et les Etats-Unis sont simultan&#233;ment gagnants sur le plan des cons&#233;quences des sanctions &#233;conomiques et financi&#232;res prises &#224; l'encontre de la Russie et des contre-sanctions de cette derni&#232;re (en mati&#232;re d'exportations de c&#233;r&#233;ales et de gaz notamment), qui frappent bien davantage les Europ&#233;ens que leur mentor am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment au nom de la complexit&#233; de ce conflit que nous nous sommes &#233;lev&#233;s contre la simplicit&#233; (en fait l'unilat&#233;ralit&#233;) de ce que nous avons appel&#233; &#171; le r&#233;cit dominant &#187;, celui massivement narr&#233; par &#171; nos &#187; m&#233;dias et &#171; nos &#187; gouvernants, ne retenant que le conflit entre Russie et Ukraine pour rejeter dans l'ombre et passer sous silence celui entre la Russie et l'Occident &#8211; partant leur propre responsabilit&#233; dans la gen&#232;se de la situation qui a conduit &#224; la guerre. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment la m&#234;me simplicit&#233; que nous avons reproch&#233;e &#224; la position adopt&#233;e par celles et ceux des membres de la gauche radicale (en principe anticapitaliste et donc anti-imp&#233;rialiste), reprenant pour l'essentiel ledit &#171; r&#233;cit dominant &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, une discussion conduite selon les r&#232;gles de la disputatio la plus classique aurait voulu que celles d'entre elles et ceux d'entre eux qui entreprendraient de nous r&#233;pondre s'en prennent pr&#233;cis&#233;ment &#224; cette th&#232;se, &#233;l&#233;ment central de notre article, en cherchant &#224; en d&#233;montrer les limites, les insuffisances voire la fausset&#233; radicale. Or il n'en a rien &#233;t&#233;. Au mieux, certains ont-ils conc&#233;d&#233; que, certes, le conflit mettait aussi en jeu les rapports entre Russie et Occident mais pour r&#233;cuser imm&#233;diatement cet &#233;l&#233;ment comme secondaire et non pertinent et (r&#233;)affirmer que seul importait le conflit entre Russie et Ukraine. D'autres ont estim&#233; que la dimension interimp&#233;rialiste du conflit &#233;tait purement imaginaire et que sa mobilisation dans nos analyses nous rendait objectivement si ce n'est subjectivement complice de l'agresseur russe. Les plus m&#233;prisants n'ont &#233;voqu&#233; notre th&#232;se que pour la d&#233;nigrer imm&#233;diatement (ce qui est assur&#233;ment plus facile que de la discuter s&#233;rieusement) en la qualifiant de &#171; n&#233;ocampiste &#187; et en nous accusant d'&#234;tre, au choix, des &#171; munichois &#187; ou des &#171; rouges-bruns &#187; et de pratiquer &#171; l'anti-imp&#233;rialisme des imb&#233;ciles &#187;. La plupart n'en ont tout simplement pas fait mention comme si elle &#233;tait insignifiante. A moins qu'ils n'aient craint que nous r&#233;pondre sur ce point ne les expose au risque d'aggraver encore leur lecture unilat&#233;rale des &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entendons-nous bien. Ce qui nous a &#233;tonn&#233;s, ce n'est pas que nos critiques aient persist&#233; et sign&#233; dans l'approche du conflit qui est la leur. C'est que, face &#224; une th&#232;se contraire, ils l'aient fait sans aucune argumentation s&#233;rieuse, soit pro (en faveur de leur th&#232;se) soit contra (en s'en prenant &#224; nos propres arguments). Rien n'a ainsi &#233;t&#233; object&#233; aux rappels auxquels nous avons proc&#233;d&#233; du non-respect des engagements pris par les dirigeants occidentaux de ne pas &#233;tendre l'Otan en Europe centrale et orientale lors de la d&#233;composition du &#171; bloc socialiste &#187; au tout d&#233;but des ann&#233;es 1990 ; des mises en garde r&#233;p&#233;t&#233;es sur les cons&#233;quences potentielles d'une telle expansion en termes de mont&#233;e de tensions entre la Russie et les puissances occidentales ; des violations r&#233;p&#233;t&#233;es au cours des trois derni&#232;res d&#233;cennies de l'ordre international par les Etats-Unis et certains de leurs alli&#233;s, dans ou hors du cadre de l'Otan, initiant ainsi plusieurs agressions et guerres injustes ; du retrait unilat&#233;ral des Etats-Unis d'un certain nombre de trait&#233;s visant &#224; l'interdiction ou &#224; la limitation de certains types d'armements ; etc.[4]. Tout cela a &#233;t&#233; superbement ignor&#233;, &#233;ventuellement r&#233;duit au rang de d&#233;tails insignifiants et irrelevants de la g&#233;opolitique la plus r&#233;cente, jamais vraiment discut&#233; comme causes, pertinentes ou non, de la situation pr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quelques rares objections sur l'un ou l'autre de ces diff&#233;rents points ont &#233;t&#233; inconsistantes. Ainsi : &#171; Ce n'est pas l'Otan qui s'est &#233;tendu &#224; l'Est, ce sont les pays de l'ancienne zone sovi&#233;tique qui ont sollicit&#233; l'Otan pour y &#234;tre int&#233;gr&#233;s &#187;. Comme le rappellent les actuelles candidatures &#224; l'adh&#233;sion &#224; l'Otan de la Finlande et de la Su&#232;de, la proc&#233;dure d'adh&#233;sion implique toujours une demande formelle de la part de l'Etat candidat, qui doit &#234;tre accept&#233;e par l'ensemble des Etats d&#233;j&#224; membres de l'organisation. Ceux-ci avaient donc tout loisir de refuser les candidatures des Etats d'Europe centrale et orientale, s'ils l'avaient voulu. Mais, pr&#233;cis&#233;ment, leur volont&#233; a &#233;t&#233; contraire : lors d'un sommet de l'Otan qui s'est tenu &#224; Madrid en 1997, la Hongrie, la Pologne et la R&#233;publique tch&#232;que ont &#233;t&#233; officiellement convi&#233;es &#224; rejoindre l'Alliance atlantique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou encore, est-ce bien s&#233;rieux de pr&#233;tendre que rappeler les responsabilit&#233;s occidentales dans la gen&#232;se de la situation g&#233;opolitique qui a conduit &#224; la guerre actuelle en Ukraine serait se faire les porte-parole de Moscou ? Accuser l'Otan reviendrait-il &#224; disculper Poutine ? Quand quelqu'un commet un forfait ind&#233;niable, que tout le d&#233;signe manifestement comme le coupable et que tout le monde (ou presque) le d&#233;nonce comme tel, en quoi est-ce le disculper que de montrer que l'affaire est un peu plus compliqu&#233;e que cela, en ce que l'accomplissement du forfait implique &#233;galement les manoeuvres d'un troisi&#232;me larron qui se trouve &#234;tre aussi parmi les principaux accusateurs du coupable manifeste ? C'est tout simplement tenter d'apporter un surcro&#238;t d'intelligibilit&#233; &#224; une s&#233;quence que le rouleau compresseur id&#233;ologico-m&#233;diatique, que cet acteur de l'ombre est en mesure d'activer, cherche &#224; r&#233;duire &#224; un sch&#233;ma manich&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui &#233;tonne dans cet argument, c'est la confusion qu'il &#233;tablit entre explication ou compr&#233;hension et justification : essayer d'expliquer ou de comprendre des ph&#233;nom&#232;nes, qui plus est complexes, reviendrait &#224; les justifier, &#224; leur procurer des titres de l&#233;gitimit&#233;. Vieille rengaine ! Emmanuel Valls, alors Premier ministre, l'avait d&#233;j&#224; servie apr&#232;s les attentats de novembre 2015 &#224; Paris en accusant historiens, sociologues et politologues qui cherchaient &#224; expliquer ces actes terroristes, de vouloir les justifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me la critique la plus d&#233;taill&#233;e et la plus construite qui ait &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;e s'av&#232;re d&#233;faillante sous ce rapport[5]. Elle aussi n'&#233;chappe pas &#224; l'ironie facile : se r&#233;f&#233;rer comme facteur explicatif aux contradictions interimp&#233;rialistes qui traversent l'actuelle phase de mondialisation serait aussi peu &#171; s&#233;rieux &#187; que d'invoquer &#171; celles de la Providence divine ou du Cosmos &#187; ! Evidemment, il ne nous est pas expliqu&#233; en quoi consisterait un tel manque de s&#233;rieux. Cela nous renseigne au moins sur le cas que les auteurs de cette critique font de la th&#233;orie de l'imp&#233;rialisme&#8230; Apr&#232;s quoi ils nous reprochent de &#171; ramener l'inconnu au connu &#187;, comme si cela n'&#233;tait pas la d&#233;marche propre de toute connaissance jusqu'au point de mettre en &#233;vidence la part de r&#233;sidu irr&#233;ductible au connu, part qu'ils se gardent bien de nommer en l'occurrence : qu'y aurait-il d'inconnu dans la situation pr&#233;sente qui r&#233;sisterait aux sch&#233;mas d'analyse que nous avons propos&#233;s ? Le lecteur ne le saura pas davantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A moins qu'il ne s'agisse &#171; des silences g&#234;nants &#187; qu'ils nous reprochent imm&#233;diatement par apr&#232;s, portant &#224; la fois &#171; sur les hauts et les bas des relations russo-am&#233;ricaines de l'implosion de l'URSS &#224; 2014 &#187;, &#171; l'histoire r&#233;cente des collaborations avec le r&#233;gime de Poutine tout comme les relations &#233;troites entre le r&#233;gime russe et certains fractions du capitalisme allemand ou encore les ventes d'armes de pays occidentaux &#224; la Russie apr&#232;s 2014 &#187; ou encore l' &#171; agenda imp&#233;rialiste qui lui [le r&#233;gime russe] est propre &#187;. Si silence il y a eu de notre part par rapport &#224; cet agenda, il n'a rien de g&#234;nant relativement &#224; notre th&#232;se centrale. Il ne nous &#233;tait pas n&#233;cessaire de nous attarder sur ce point, tant le &#171; r&#233;cit dominant &#187; en a fait ses choux gras, alors que nous proposions pr&#233;cis&#233;ment un autre menu. Quant aux deux autres points, ils renvoient &#224; un type de contradictions pr&#233;sentes dans toutes les men&#233;es imp&#233;rialistes, contradictions qui ne peuvent interloquer que ceux qui transforment l'imp&#233;rialisme en une puissance&#8230; providentielle ou cosmique ! Sans compter l'&#233;vident changement de r&#233;gime qu'a constitu&#233; le passage de la &#171; direction &#187; Eltsine &#224; la direction Poutine puis les diff&#233;rentes &#233;tapes de la politique int&#233;rieure et ext&#233;rieure men&#233;e par ce dernier, sous la pression occidentale ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, nous devons constater que l'ensemble des r&#233;ponses que nous avons re&#231;ues n'ont aucunement entrepris de discuter s&#233;rieusement les deux volets de notre &#171; analyse concr&#232;te de la situation concr&#232;te &#187; rappel&#233;s ci-dessus. Pis encore ! Quand, dans les r&#233;ponses que nous leur avons adress&#233; personnellement, nous avons propos&#233; &#224; nos critiques d'en discuter publiquement, nous nous sommes heurt&#233;s &#224; plusieurs reprises &#224; des refus cat&#233;goriques. Lorsque dans un d&#233;bat, m&#234;me pol&#233;mique, l'une des parties vise &#224; ce que l'autre partie apparaisse comme un &#171; paria &#187;, un &#171; pestif&#233;r&#233; &#187;, le d&#233;bat n'a plus aucune valeur ni aucun sens. Ou nos interlocuteurs craindraient-ils tout simplement une telle discussion publique ? La seule exception aura &#233;t&#233; l'article publi&#233; par Contretemps et nous nous en sommes f&#233;licit&#233;s[6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. A d&#233;faut d'une critique des deux affirmations centrales de notre propos, nous avons eu &#224; subir celle, r&#233;p&#233;t&#233;e de multiples fois et sur divers tons, de notre d&#233;sapprobation de l'aide multiforme apport&#233;e par les forces militaires de l'Otan &#224; l'Ukraine, alors m&#234;me que cette derni&#232;re d&#233;coule des premi&#232;res, comme nous allons le voir dans un moment. Cette d&#233;sapprobation nous a notamment valu, &#224; nouveau, l'accusation de nous faire les complices et les supp&#244;ts de Poutine, voire (moyennant une identification de ce dernier &#224; Staline sur laquelle il nous faudra revenir) de d&#233;fendre une position qui &#171; n'est partag&#233;e que par les staliniens nostalgiques de l'URSS &#187; ou qu'&#171; Alain de Benoist pourrait contresigner ce qui est dit [dans notre article] &#187;. Rien de moins ! Consolons-nous en constatant qu'en l'occurrence la cat&#233;gorie de stalinien est devenue encore un plus &#233;lastique qu'elle ne l'&#233;tait d&#233;j&#224; et que cela nous vaut aussi d'&#234;tre mis dans le m&#234;me sac que des gens bien divers, dont&#8230; le pape Fran&#231;ois[7] !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Expliquons-nous une fois pour toutes &#224; ce sujet. Face &#224; l'agression russe, les populations vivant en Ukraine n'ont d'autre choix imm&#233;diat que de se d&#233;fendre &#8211; d&#232;s lors du moins qu'elles s'identifient comme Ukrainien-iennes et s'identifient &#224; l'Etat-nation ukrainien. Elles en ont aussi le droit, reconnu internationalement. Partant, elles ont parfaitement le droit encore de faire appel &#224; l'aide internationale, y compris sur un plan strictement militaire (envoi d'armements et de munition, aide &#224; la formation et &#224; l'entra&#238;nement des troupes, enr&#244;lement de volontaires internationaux, etc.) Et c'est au nom de cet ensemble de droits que les Etats occidentaux se sont port&#233;s au secours des Ukrainiens en lutte, approuv&#233;s en cela par la partie de la gauche radicale que nous avons mise en cause. Mais toute la question est de savoir si nous, membres de cette gauche en principe anti-imp&#233;rialiste, devons et pouvons en rester l&#224; : &#224; simplement r&#233;p&#233;ter les principes de droit international qui viennent d'&#234;tre rappel&#233;s. R&#233;pondre par l'affirmative, comme le fait le &#171; r&#233;cit dominant &#187; dans ses diff&#233;rentes d&#233;clinaisons, c'est (a) pr&#233;cis&#233;ment ent&#233;riner une perception borgne du conflit qui le r&#233;duit &#224; la seule dimension d'un affrontement international entre la Russie et l'Ukraine. Et c'est surtout (b) consid&#233;rer que, sur un plan g&#233;opolitique, il n'y a pas d'autre cadre analytique et axiologique possible (ou du moins sup&#233;rieur) que celui d&#233;fini par la division du monde en Etats-nations, qui est pr&#233;cis&#233;ment une des caract&#233;ristiques fondamentales du monde dans sa configuration capitaliste, et par la pr&#233;valence des int&#233;r&#234;ts nationaux et des droits aff&#233;rents dans ce cadre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne consid&#233;rons pour l'instant que le premier point ; nous reviendrons sur le second dans un moment. D&#232;s lors que l'on consid&#232;re que le conflit actuel en Ukraine est surd&#233;termin&#233; par la rivalit&#233; entre l'Occident et la Russie, comme nous le pensons, trois arguments militent en faveur d'une d&#233;nonciation et non pas d'une approbation de l'aide militaire multiforme que les Occidentaux apportent &#224; l'Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, cette aide permet aux premiers de poursuivre et d'amplifier pendant la guerre la politique qui a pr&#233;cis&#233;ment conduit &#224; la guerre ; pour eux aussi, &#171; la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens &#187; (Clausewitz). Comme l'a opportun&#233;ment rappel&#233; Wolgang Streeck (ancien directeur de l'Institut Max-Plank), &#171; &#224; la grande joie du gouvernement ukrainien, les &#201;tats-Unis et d'autres pays occidentaux, dont le Royaume-Uni, ont &#233;galement indiqu&#233; que, pour eux, l'objectif de la guerre &#233;tait une &#8220;victoire&#8221; sur la Russie qui affaiblirait &#8220;de mani&#232;re d&#233;cisive&#8221; son arm&#233;e et son &#233;conomie, tout en faisant en sorte que Poutine soit jug&#233; par un tribunal p&#233;nal international &#187; [8] ; et Biden a m&#234;me &#233;t&#233; plus explicite en souhaitant &#171; faire tomber le r&#233;gime de Poutine &#187;[9], etc., d&#251;t-on pour cela se battre jusqu'aux&#8230; derniers Ukrainiens ! C'est pourquoi les dirigeants occidentaux ont tout int&#233;r&#234;t &#224; ce que cette guerre dure (ils font d'ailleurs tout &#224; cette fin, en entretenant les illusions de la direction politico-militaire de l'Ukraine, tout en veillant &#224; mesurer leur appui) et que tout gain territorial des Russes se paie du prix le plus fort, sans compter le prix que paient imm&#233;diatement les populations civiles prises dans les combats en Ukraine m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, l'approbation par une partie de la gauche radicale de l'aide militaire occidentale est tout simplement inutile du point de vue m&#234;me que privil&#233;gient ceux qui la pr&#233;conisent et l'exigent : elle n'ajoute strictement rien au soutien militaire dont l'Ukraine b&#233;n&#233;ficie de la part des Etats occidentaux, qui n'ont pas attendu cette approbation pour assurer ce soutien et qui peuvent parfaitement se passer de cette approbation. Mais, si elle n'est d'aucun b&#233;n&#233;fice pour les Ukrainiens, cette derni&#232;re nuit par contre gravement &#224; la gauche anti-imp&#233;rialiste &#224; laquelle nous sommes cens&#233;s appartenir. Car cela n'a pas d'autre effet que de la rallier &#224; la politique de l'Otan, de la transformer en force suppl&#233;tive de &#171; nos &#187; gouvernements en cautionnant toute leur responsabilit&#233; dans cette affaire, en la privant du m&#234;me coup de toute autonomie politique et en l'amenant &#224; renier ses propres valeurs, id&#233;aux et horizon politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, cette aide militaire revient &#224; jouer avec le feu&#8230; nucl&#233;aire ! Car le risque est bien que ce Kriegsspiel ne finisse par d&#233;raper, en conduisant &#224; une confrontation directe entre la Russie et l'Otan, qui peut elle-m&#234;me conduire aux extr&#234;mes (la guerre nucl&#233;aire, chimique et bact&#233;riologique) que les militaires des deux camps pr&#233;parent depuis des d&#233;cennies. Diff&#233;rents sc&#233;narios sont possibles. Que se passera-t-il quand les Russes en auront marre de prendre sur la gueule des obus et des missiles fournis par les Occidentaux, fussent-ils tir&#233;s par des Ukrainiens, et qu'il leur prendra l'envie d'en faire autant avec les premiers en bombardant leurs arsenaux situ&#233;s en Pologne et en Roumanie ou simplement leurs voies et moyens d'acheminement des armements vers l'Ukraine ? Et si Poutine est ce fou sanguinaire, pr&#234;t &#224; tout pour parvenir &#224; ses fins, que certains se plaisent &#224; d&#233;crier, ne faut-il pas craindre qu'il mette en &#339;uvre une riposte &#171; rapide et foudroyante &#187; (selon ses propres termes) d&#232;s lors qu'il estimera que les int&#233;r&#234;ts vitaux de la Russie sont en jeu, comme il en a brandi la menace &#224; plusieurs reprises ? Une situation qui pourrait rapidement se pr&#233;senter en cas d'affrontement direct entre l'Otan et la Russie au vu de l'avantage manifeste dont disposerait la premi&#232;re sur le plan des forces conventionnelles, ne laissant d&#232;s lors &#224; la seconde que le choix de capituler ou de passer &#224; la vitesse sup&#233;rieure, en recourant &#224; l'armement nucl&#233;aire, tactique d'abord, strat&#233;gique en cas de r&#233;plique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous r&#233;pondra que le risque d'un tel affrontement est limit&#233;, que les Occidentaux veillent &#224; ne pas d&#233;passer certaines &#171; lignes rouges &#187; et en interdisent le franchissement &#224; leurs clients ukrainiens (par exemple : pas de bombardements du territoire russe). Mais qui fixe ces &#171; lignes &#187; ? Pour le moment, ce sont les faucons revanchards du Pentagone qui semblent &#234;tre &#224; la man&#339;uvre, de la m&#234;me farine que ceux qui avaient initi&#233; et conduit les guerres en Afghanistan, en Irak, en Libye, dont on ne peut pas dire qu'ils aient brill&#233; par leur prudence et leur retenue, en d&#233;pit des avertissements pourtant &#233;mis par certains membres de leur propre administration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nos camarades, qui se f&#233;licitent de voir l'Otan engag&#233; dans ce Kriegsspiel, devraient peut-&#234;tre aussi s'interroger sur les gagnants de ce jeu guerrier&#8230; et sur ses perdants aussi ! Parmi les premiers figurent incontestablement les industries d'armements, dont les carnets de commande grossissent au rythme du d&#233;stockage des arsenaux occidentaux au b&#233;n&#233;fice des Ukrainiens et de la mise en &#339;uvre des plans massifs de r&#233;armement d&#233;cr&#233;t&#233;s par tous les gouvernements occidentaux face &#224; la soi-disant menace russe[10]. Quant aux seconds, ils comptent toutes les populations qui vont payer le prix de cette nouvelle course aux armements, que ce soit sous la forme d'un surcro&#238;t d'imp&#244;ts ou, plus s&#251;rement encore, sous celle de coupes claires dans les d&#233;penses publiques civiles en faveur des prestations sociales, services publics et &#233;quipements collectifs. Curieux que des gens qui se r&#233;clament de la gauche puissent se rendre aussi aveugl&#233;ment complices de ce type de politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dernier lieu enfin, approuver une telle aide militaire, c'est s'inscrire totalement dans une logique de guerre qui ne laisse aucune possibilit&#233; (du moins dans l'imm&#233;diat) de parvenir &#224; une paix n&#233;goci&#233;e, autrement dit &#224; une issue diplomatique. L&#224; encore, il est singulier que nos propres rangs reprennent, sans plus d'examen, le discours guerrier de &#171; nos &#187; dirigeants disant qu'il n'y aurait pas d'autre solution, dans l'imm&#233;diat, qu'une d&#233;faite militaire russe sur le terrain, dont il faudrait cr&#233;er les conditions par l'aide militaire multiforme apport&#233;e &#224; l'Ukraine et les sanctions &#233;conomiques et financi&#232;res &#224; l'encontre de la Russie. Ce faisant, les n&#244;tres ignorent ou m&#233;connaissent compl&#232;tement que c'est faute que la voie de la diplomatie n'ait pas &#233;t&#233; emprunt&#233;e avant le conflit (parce que les Occidentaux ne le voulaient pas, ne croyant pas &#224; la possibilit&#233;/capacit&#233; de la Russie d'entrer en guerre, ou pire qu'ils d&#233;siraient cette guerre &#8211; une hypoth&#232;se qu'on ne saurait &#233;carter a priori) qu'on se trouve, maintenant que le conflit est engag&#233;, dans une situation o&#249; cette voie est tr&#232;s &#233;troite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pour l'&#233;largir, il serait de la responsabilit&#233; de la gauche anti-imp&#233;rialiste, plut&#244;t que de hurler avec les loups guerriers, de commencer par d&#233;noncer les responsabilit&#233;s qui sont celles de &#171; nos &#187; dirigeants dans la gen&#232;se de la situation actuelle, autrement dit &#171; son &#187; imp&#233;rialisme, l'imp&#233;rialisme du camp dans lequel l'ont plac&#233; l'histoire et la g&#233;opolitique actuelle, puis de chercher &#224; mobiliser l'opinion publique, et d'abord parmi les travailleurs qui subissent d'ores et d&#233;j&#224; les &#171; d&#233;g&#226;ts collat&#233;raux &#187; de la guerre en termes socio-&#233;conomiques, en faveur pr&#233;cis&#233;ment d'une solution diplomatique, de tenter d'impulser un mouvement visant &#224; faire pression sur &#171; nos &#187; gouvernements pour qu'ils sortent de cette logique guerri&#232;re et entrent dans la voie d'une r&#233;solution diplomatique du conflit. Ce qu'ils auraient d&#251; faire d&#232;s le d&#233;but et ce qui aurait sans doute permis d'&#233;viter la guerre en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En menant une telle campagne et en tentant de provoquer de telles mobilisations, nous serions bien plus fid&#232;les &#224; nos valeurs, aux combats pass&#233;s de notre tradition et &#224; notre id&#233;al politique qu'en cautionnant les fauteurs de guerre occidentaux, qui sont aussi nos ennemis directs, et en m&#234;lant nos voix aux leurs. Car d&#233;fendre cette voie, c'est d&#233;fendre la cause de la paix, qui est aussi dans l'int&#233;r&#234;t des populations ukrainiennes et russes comme dans celui de l'humanit&#233; en g&#233;n&#233;ral. Nous y reviendrons encore plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. La quasi-totalit&#233; des r&#233;actions critiques qui nous ont &#233;t&#233; adress&#233;es invoquent syst&#233;matiquement le principe de l'autod&#233;termination des peuples, principe que nous aurions, d'apr&#232;s elles, refus&#233; de reconna&#238;tre au peuple ukrainien. Etrange lecture ! Nous affirmions pourtant ce droit d'entr&#233;e dans notre article. Cependant, pour aller au-del&#224; de l'affirmation principielle et pour montrer la complexit&#233; historique et politique (th&#233;orique aussi) du probl&#232;me, nous avons consacr&#233; tout un paragraphe (intitul&#233; &#171; Sur la question nationale dans le cadre des conflits inter-imp&#233;rialistes &#187;) mettant en garde contre des usages h&#226;tifs et d&#233;contextualis&#233;s dudit principe. Tous nos contradicteurs ont ignor&#233; ou tout simplement contourn&#233; cette partie de notre analyse, renouvelant ainsi la lecture biais&#233;e de notre article d&#233;j&#224; d&#233;nonc&#233;e plus haut. En substance, nous disions que le principe de l'autod&#233;termination des peuples n'est pas un article de foi intangible, qu'il n'est pas davantage suspendu dans le vide, qu'il est toujours fonction de contextes et de rapports de forces, internes et externes, qui le surd&#233;terminent et en fonction desquels il convient de l'interpr&#233;ter. Bref, il ne constitue pas une valeur absolue. Apr&#232;s tout, comme Rosa Luxemburg l'a signal&#233;, m&#234;me des Etats-nations conservateurs, r&#233;pressifs, voire des empires coloniaux, peuvent se l&#233;gitimer en brandissant pour leur propre compte &#171; le droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes &#187;[11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque notre propos sur cette question n'a pas &#233;t&#233; entendu, d&#233;ployons-en toutes les implications. Commen&#231;ons par constater que, dans le syst&#232;me mondial des Etats-nations, tel qu'il r&#233;sulte de l'expansion plan&#233;taire des rapports capitalistes de production, toute auto-d&#233;termination est toujours et en m&#234;me temps une h&#233;t&#233;ro-d&#233;termination : chacun de ces Etats n'acquiert et ne peut conserver sa souverainet&#233; que dans le cadre de rapports complexes faits &#224; la fois de coop&#233;ration, de concurrence, de rivalit&#233; et de conflit d'int&#233;r&#234;ts, g&#233;n&#233;rant une hi&#233;rarchie mouvante entre ces Etats, le degr&#233; et la forme d'autonomie de chacun &#233;tant finalement d&#233;termin&#233; par sa place dans cette hi&#233;rarchie. Et cela vaut tout particuli&#232;rement pour les petits Etats-nations, oblig&#233;s qu'ils sont, pour s'assurer de degr&#233;s d'autonomie variables, de conclure des alliances (confinant souvent plus &#224; la vassalisation qu'&#224; des relations entre pairs) avec les grandes puissances du moment, puissances qui dessinent et redessinent selon leurs propres int&#233;r&#234;ts les espaces et les fronti&#232;res pour se donner des zones d'influence et de s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un pareil cadre, il serait na&#239;f de croire qu'il y ait en la mati&#232;re des &#171; dons gratuits &#187;[12]. Dans l'&#232;re de guerres inter-imp&#233;rialistes qu'a ouverte la Grande Guerre, les tensions entre les r&#233;elles aspirations &#224; l'autod&#233;termination et les non moins r&#233;elles contraintes de l'h&#233;t&#233;rod&#233;termination, prennent, pour les peuples victimes du fracas des armes, les dimensions d'une &#171; crise existentielle &#187;, qui alimente le pathos national et nationaliste et qu'instrumentalisent &#224; volont&#233;, chacune &#224; sa fa&#231;on, les strat&#233;gies des puissances imp&#233;rialistes en conflit mais aussi les diff&#233;rentes bourgeoisies nationales. La guerre en Ukraine r&#233;actualise aujourd'hui cette vieille probl&#233;matique qui remonte au &#171; printemps des peuples &#187;, &#224; l'&#233;poque des &#171; r&#233;volutions et des contre-r&#233;volutions &#187; du milieu du XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, nous savons que la question nationale et celle des nationalit&#233;s traversent la pens&#233;e marxiste dans ses diff&#233;rentes variantes, depuis Marx et Engels jusqu'&#224; nos jours &#8211; tradition de pens&#233;e que partage sans doute un grand nombre de nos critiques. On sait que Rosa Luxemburg (s'inspirant des &#233;crits de Marx et surtout d'Engels au sujet des r&#233;volutions et des contre-r&#233;volutions en Europe entre 1846 et 1850[13]), a &#233;t&#233; extr&#234;mement critique, parfois m&#234;me de fa&#231;on violente, &#224; l'&#233;gard du principe de l'autod&#233;termination et des &#171; guerres nationales &#187;[14] qualifi&#233;s de &#171; fiction &#187;, de &#171; mot d'ordre creux &#187; au service de l'imp&#233;rialisme[15], th&#232;ses auxquelles s'opposa L&#233;nine dans un c&#233;l&#232;bre d&#233;bat[16]. Trotski pour sa part, r&#233;solument oppos&#233;, comme L&#233;nine, &#224; la politique des nationalit&#233;s de Staline, a d&#233;fendu (contre ses propres amis) le droit &#224; l'autod&#233;termination de l'Ukraine, mais d'une Ukraine &#171; sovi&#233;tique, ouvri&#232;re, paysanne unie, libre et ind&#233;pendante &#187; pr&#233;cise-t-il, y compris son droit de faire s&#233;cession par rapport &#224; un &#201;tat sovi&#233;tique bureaucratiquement d&#233;form&#233; et totalitaire, v&#233;ritable repoussoir pour le peuple ukrainien. Et pas seulement pour lui : c'&#233;tait le cas aussi du peuple finlandais comme l'a attest&#233; l'&#233;chec patent de l'intervention militaire sovi&#233;tique sur le territoire finlandais &#224; partir de fin novembre 1939 (la &#171; guerre d'Hiver &#187;). Ajoutons encore que, pour Trotsky, la juste revendication de l'ind&#233;pendance de nationalit&#233;s opprim&#233;es dans la glaciation stalinienne de l'URSS &#233;tait ins&#233;parable de leur lutte contre la bureaucratie stalinienne et son &#233;ventuel renversement dans la perspective des &#171; &#201;tats-Unis sovi&#233;tiques d'Europe &#187;. Sa d&#233;fense de l'autod&#233;termination des peuples opprim&#233;s s'inscrivait toujours dans la perspective de la r&#233;volution permanente[17].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas ici de d&#233;terminer qui a eu raison et qui a eu tort dans ce terrible climat de feu et de sang, m&#234;lant interventions &#233;trang&#232;res, guerre civile, r&#233;volution et contre-r&#233;volution, au cours duquel les lignes de forces et les alliances se sont bouscul&#233;es en Europe (1917-1939). Nous sommes &#224; mille lieues d'un tel contexte. Il s'agit tout simplement de prendre acte du fait que, comme nous le disions plus haut, la validit&#233; de principes ne se juge pas in abstracto, qu'il s'agit toujours de proc&#233;der &#224; l'&#233;valuation de contextes historiques et de rapports de force qui d&#233;passent largement et qui surd&#233;terminent les intentions des acteurs &#8211; o&#249; l'on est une nouvelle fois renvoy&#233; &#224; la n&#233;cessit&#233; incontournable de &#171; l'analyse concr&#232;te de la situation concr&#232;te &#187;. Les aspirations &#224; l'autod&#233;termination et les contraintes de l'h&#233;t&#233;rod&#233;termination saisissent au vif les peuples, victimes par procuration de guerres interimp&#233;rialistes, se conciliant ici, se heurtant ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Personne ne peut contester le droit du peuple ukrainien, sauvagement agress&#233; par l'imp&#233;rialisme russe, de se tourner, du moins &#224; partir de 2014, vers l'Occident (Etats-Unis, Union europ&#233;enne, Otan) en tant qu'h&#233;t&#233;rod&#233;termination de son droit &#224; l'existence propre comme Etat-nation. Nous l'avons rappel&#233; nous-m&#234;me plus haut. Mais cela ne nous interdit pas d'examiner et d'&#233;valuer les conditions dans lesquelles il est amen&#233; pr&#233;sentement &#224; exercer ce droit ni le contenu qu'il est ainsi appel&#233; &#224; lui donner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte de cette &#171; guerre hybride &#187;, &#224; la fois &#171; chaude &#187; et &#171; froide &#187;[18] qu'est la guerre en Ukraine, l'exercice de ce droit l'a conduit &#224; &#171; choisir &#187; de se mettre sous la protection du bloc occidental, en aspirant &#224; en devenir membre le plus rapidement possible[19].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon certains de nos interlocuteurs, ce choix se l&#233;gitime par deux arguments. D'une part par le fait que malgr&#233; leurs imperfections, leurs cruels manquements &#224; leurs propres principes, voire en d&#233;pit de leurs contradictions constitutives, l'Occident, l'Union europ&#233;enne en particulier, voire l'Otan, offriraient des formes de vie qui s'inscrivent dans la longue tradition politique de conqu&#234;tes d&#233;mocratiques, de l'&#201;tat de droit, du respect des droits fondamentaux, des libert&#233;s individuelles et collectives, de l'universalisme et du cosmopolitisme, bref des formes de vie infiniment plus positives et plus attrayantes pour les peuples que celles propos&#233;es par l'Empire absolutiste russe, aujourd'hui comme hier. Sous ce rapport, la demande d'aide militaire de l'Ukraine aux Etats-Unis et &#224; l'Otan serait tout &#224; fait l&#233;gitime, &#224; condition que cette aide ne d&#233;passe pas, pr&#233;cisent-ils, un certain niveau ; ce qui risquerait de d&#233;clencher une confrontation directe entre l'Occident et la Russie dont on a vu qu'elle pourrait d&#233;boucher finalement sur une conflagration nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, le choix du peuple ukrainien de se tourner vers l'Occident, plus pr&#233;cis&#233;ment l'Union Europ&#233;enne, se l&#233;gitimerait aussi en raison de ce que r&#233;v&#232;lerait cette guerre elle-m&#234;me, &#224; savoir son caract&#232;re bien plus citoyen-d&#233;mocratique que national-nationaliste &#8211; sans pour autant n&#233;gliger, pr&#233;cisent-ils encore, la pr&#233;sence active en Ukraine des courants ultra r&#233;actionnaires et nationalistes extr&#234;mes[20]. Ces arguments m&#233;ritent discussion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; d&#233;fense de l'Occident &#187; et de l'Union europ&#233;enne, malgr&#233; toutes les r&#233;serves &#233;mises, ne peut que nous laisser perplexes. Depuis les ann&#233;es 1970 et la d&#233;ferlante des politiques n&#233;olib&#233;rales et de leurs ravages, les &#171; d&#233;mocraties occidentales &#187;, celles en particulier des &#201;tats membres de l'Union europ&#233;enne, ne sont plus que l'ombre d'elles-m&#234;mes, elles s'effondrent litt&#233;ralement : la d&#233;gradation de la condition salariale sous l'effet du ch&#244;mage et de la pr&#233;carit&#233; et l'aggravation syst&#233;matique des in&#233;galit&#233;s sociales se sont accompagn&#233;es du d&#233;mant&#232;lement syst&#233;matique de l'&#201;tat de droit, de la g&#233;n&#233;ralisation de mesures d'&#233;tat d'exception, des lois de &#171; s&#233;curit&#233; globale &#187;, de la mise sous tutelle de l'appareil judiciaire, du corsetage de la sph&#232;re publique, du renforcement des appareils r&#233;pressifs, de la criminalisation des mouvements sociaux, de l'infiltration voire de la prise d'assaut des institutions par de puissants partis d'extr&#234;me droite, etc., pour ne retenir que ces quelques &#233;l&#233;ments de cette irr&#233;parable d&#233;rive des fondements de la d&#233;mocratie lib&#233;rale. On a m&#234;me invent&#233;, pour d&#233;crire cette crise, un &#233;trange n&#233;ologisme en forme d'oxymore, celui de &#171; d&#233;mocraties illib&#233;rales &#187; &#8211; y compris pour d&#233;signer des &#171; vielles d&#233;mocraties &#187; comme la France, sans parler de la Hongrie et de la Pologne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, au moins depuis 1992, l'Ukraine subit les assauts des politiques n&#233;olib&#233;rales[21] et le r&#233;cent sommet &#224; Lugano sur la &#171; reconstruction de l'Ukraine &#187; nous donne d&#233;j&#224; un avant-go&#251;t de ce que peut esp&#233;rer &#171; recevoir &#187; le peuple ukrainien de l'Occident malgr&#233; ses &#171; manquements &#224; ses propres principes &#187; pendant ou apr&#232;s la fin de cette guerre : la brutalisation de ces m&#234;mes politiques n&#233;olib&#233;rales[22] qui ravagent encore et toujours toute l'Europe et le m&#234;me mod&#232;le de &#171; d&#233;mocratie illib&#233;rale &#187; que nous vivons ici et maintenant[23].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tout &#224; fait l&#233;gitime que le peuple ukrainien, pris en &#233;tau, choisisse cette voie, aussi douloureuse et peu enthousiasmante soit-elle (sauf &#224; se bercer d'illusions), plut&#244;t que celle du &#171; despotisme asiatique &#187; (ou ce qui passe pour tel). Mais alors pourquoi ne pas avoir cherch&#233; &#224; obtenir de pareils acquis par la voie de n&#233;gociations avec la Russie, sous contr&#244;le international impliquant l'Union Europ&#233;enne et les Etats-Unis, de mani&#232;re &#224; pr&#233;venir la guerre, plut&#244;t que par celle du sang vers&#233; &#171; jusqu'aux derniers Ukrainiens &#187; qui semble avoir pr&#233;valu jusqu'ici ? Nous y reviendrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'autre argument, celui d'apr&#232;s lequel les forces d&#233;mocratiques et civiques au sein de la soci&#233;t&#233; ukrainienne mobilis&#233;e par la guerre, l'emporteraient sur les forces nationalistes et ultra-nationalistes toujours agissantes, c'est une hypoth&#232;se, s&#233;duisante certes, mais que rien en l'&#233;tat ne semble valider. Au contraire, apr&#232;s six mois d'&#226;pres combats, ce qui est exalt&#233; aujourd'hui dans les discours officiels ukrainiens, ce sont, sous couvert d'&#171; unit&#233; nationale &#187;, les forces nationalistes et &#171; l'h&#233;ro&#239;que r&#233;sistance &#187; des unit&#233;s Azov et des &#171; volontaires &#233;trangers &#187; dans des villes martyrs comme Marioupol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de m&#234;me pour cet autre argument (exprimant l&#224; encore davantage un souhait ou un espoir qu'un fait av&#233;r&#233;), formul&#233; dans certaines r&#233;actions critiques que nous avons re&#231;ues, d'apr&#232;s lequel la r&#233;sistance unanime des Ukrainien-nes (toutes classes confondues), le d&#233;ploiement de formes d'engagements et de solidarit&#233;s horizontales au sein de la soci&#233;t&#233;, voire l'&#233;mergence de formes de vie et d'organisations autonomes, auraient eu pour effet de propulser sur l'avant-sc&#232;ne le peuple ukrainien comme un sujet politique actif, potentiellement capable de prendre son destin en main &#8211; la formule du &#171; peuple en armes &#187; constitue un des leitmotiv chez nombre de nos contradicteurs. Certes, des groupes et des r&#233;seaux anticapitalistes radicaux existent, notamment parmi la jeunesse, de m&#234;me que sur le plan syndical, mais ils constituent des minorit&#233;s et sont loin de pouvoir s'imposer et transformer, &#224; terme, cette guerre de &#171; lib&#233;ration nationale &#187; en une confrontation avec le pouvoir en place dans une perspective politique et sociale &#233;mancipatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces espoirs hyperboliques, qui sous-tendent, explicitement ou implicitement, l'argumentaire de nos contradicteurs, s'expliquent, selon nous, par ce que nous nommerons le syndrome de substitution, d&#233;j&#224; rep&#233;rable en d'autres circonstances. Apr&#232;s l'accumulation effr&#233;n&#233;e au cours des derni&#232;res d&#233;cennies de d&#233;faites de grande ampleur subies par les mouvements sociaux et politiques, non seulement de ceux qui aspiraient &#224; des ruptures avec le capitalisme et le n&#233;ocolonialisme mais aussi de ceux qui, plus modestement, visaient la sauvegarde des acquis des luttes sociales ant&#233;rieures, apr&#232;s nombre de &#171; printemps des peuples &#187; d&#233;faits, tant au centre (dans l'amertume des trahisons) qu'en p&#233;riph&#233;rie (dans le sang), la gauche radicale anticapitaliste est, &#224; ne pas en douter, au d&#233;sespoir. Pour ne pas sombrer dans la m&#233;lancolie et l'inaction, la tentation est alors grande de chercher un sujet politique actif de substitution, et ce sans prise en consid&#233;ration des rapports de force, internes et externes (g&#233;opolitiques) qui surd&#233;terminent les possibilit&#233;s mais aussi les limites d'une perspective &#233;mancipatrice. Hier, pour certains, ce sujet politique de substitution s'est incarn&#233; dans les &#171; gardiens de la r&#233;volution &#187; iraniens sous l'autorit&#233; du guide Khomeiny. Aujourd'hui, pour certains autres (qui sont quelquefois les m&#234;mes), ce sujet de substitution est repr&#233;sent&#233; par &#171; la r&#233;sistance h&#233;ro&#239;que de David qu'est le peuple ukrainien contre le Goliath qu'est la Russie de Poutine qui impressionne et inspire les peuples et les opprim&#233;(e)s du monde entier &#187; et dont la &#171; victoire finale (&#8230;) aura des cons&#233;quences cataclysmiques (&#8230;) encouragement et source d'inspiration pour les mouvements (&#8230;) d'&#233;mancipation sociale et de lib&#233;ration nationale au-del&#224; des limites europ&#233;ennes ! &#187; [24]. Nous avons dit &#171; qu'ils r&#234;vaient &#187; et cela les a heurt&#233;s au plus haut point. En retour ils nous ont accus&#233;s d'ignorer la &#171; subjectivit&#233; ukrainienne &#187; (!)[25]. Ce qu'il est impossible d'ignorer cependant, aussi bien par nous que par nos critiques, c'est le fait incontestable que c'est bien la soci&#233;t&#233; ukrainienne et le peuple ukrainien qui payent depuis pr&#232;s de six mois maintenant le prix fort de cette guerre par procuration &#224; laquelle se livrent les deux camps imp&#233;rialistes &#8211; celui du bloc occidental et celui de la puissance russe, pour s'assurer mutuellement de zones d'influence et de s&#233;curit&#233;, non ? Et qu'est-ce que &#171; la subjectivit&#233; &#187; d'un &#201;tat-nation sinon le fondement archa&#239;que de toutes les mythologies stato-nationales : la traduction en termes contemporains de la vielle id&#233;e de &#171; l'&#226;me du peuple &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; ou en de&#231;&#224; de ce syndrome de substitution, il est peut-&#234;tre une autre raison encore expliquant l'attachement de nos critiques &#224; la cause ukrainienne. Elle transpara&#238;t dans le reproche qu'ils nous ont adress&#233;, parfois de fa&#231;on agressive, d'avoir d&#233;nonc&#233; leur discours unilat&#233;ral diabolisant exclusivement l'agresseur russe. Comment expliquer cette unilat&#233;ralit&#233; qui fait de Poutine l'ennemi diabolique principal, sinon le seul ennemi ? Il nous semble y reconna&#238;tre un ph&#233;nom&#232;ne d&#233;j&#224; rencontr&#233; chez certains militants et compagnons de route : le recyclage d'un antistalinisme mal dig&#233;r&#233;, un recyclage qui laisse entendre qu'il y aurait une continuit&#233; historique sous-jacente entre l'Empire tsariste, l'URSS stalinienne et Poutine, &#233;galement honnis &#8211; la s&#233;quence de la R&#233;volution bolchevique restant d&#232;s lors suspendue dans le vide, sans qu'on sache quand situer exactement le d&#233;but de sa d&#233;rive totalitaire, en 1919, en 1922, en 1924, en 1928, en 1935, en 1939 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ceux de nos critiques &#8211; et ils sont nombreux &#8211; qui proc&#232;dent de la tradition trotskiste devraient pourtant savoir que, pour sa part, Trotski &#8211; qui n'a pas besoin d'exhiber des titres d'antistalinisme &#8211; n'a pas manqu&#233;, jusqu'au seuil de la Seconde guerre mondiale (il fut assassin&#233; 21 ao&#251;t 1940), d'appeler hardiment, contre nombre de ses propres amis, &#224; la d&#233;fense inconditionnelle de l'URSS, surtout face &#224; la menace fasciste[26]. Surtout, leur formation marxiste devrait en principe leur &#233;viter d'ignorer l'ampleur des transformations &#233;conomiques, sociales, politiques et id&#233;ologiques intervenues apr&#232;s 1917 en Russie ainsi que dans l'ensemble des R&#233;publiques sovi&#233;tiques, tout comme d'ailleurs les bouleversements, quelquefois de m&#234;me ampleur quoique d'orientation diff&#233;rente, intervenus apr&#232;s 1991 &#8211; une fois encore, camarades, rien ne dispense de &#171; l'analyse concr&#232;te de la situation concr&#232;te &#187; plut&#244;t que de s'abandonner &#224; des rapprochements historiques aussi fallacieux que superficiels. Et ils devraient enfin s'interroger sur le fait que Poutine, qui leur fait tant horreur, s'il convoque volontiers les traditions de la Sainte Russie orthodoxe, ne cesse de rejeter l'h&#233;ritage de l'URSS, tenu par lui comme largement responsable des malheurs de la Russie actuelle, notamment en ce qu'elle a fourni &#224; l'Ukraine le cadre de son ind&#233;pendance. Bref, le recyclage d'un antistalinisme visc&#233;ral &#224; l'encontre de Poutine constitue une d&#233;robade face aux n&#233;cessit&#233;s de l'analyse de ce qui se joue aujourd'hui dans cette guerre par procuration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. En dehors de logiques de substitution (de sujet politique) et du recyclage de l'antistalinisme envers le r&#233;gime ex&#233;crable de Poutine, que peut dire et faire la gauche radicale sans devenir complice de la cynique hypocrisie de l'Occident qui semble d&#233;couvrir, d'un coup, aujourd'hui seulement, que la guerre, que toute guerre, fait couler du sang, chez les civils et chez les combattants, et qu'elle inflige des souffrances inou&#239;es et provoque des catastrophes &#224; vaste &#233;chelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde s'accorde sur la valeur proclam&#233;e de la paix et de sa pr&#233;servation par des m&#233;canismes internationaux, juridiques et politiques, mis en place depuis fort longtemps. Mais, pour tous nos contradicteurs, r&#233;clamer la paix dans le contexte de cette guerre d'agression, men&#233;e au m&#233;pris flagrant de toutes les conventions internationales, serait non seulement insuffisant mais encore na&#239;f, voire proprement utopique. C'est le dernier reproche qu'ils nous ont unanimement adress&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, d'autres, avant nous, l'ont dit et redit[27]. Depuis l'Antiquit&#233; jusqu'&#224; nos jours, l'histoire n'a connu que deux types de paix. Une paix conclue &#224; la suite de la d&#233;faite ou de la capitulation de l'une ou de l'autre des parties aux prises et une paix par la voie de pourparlers et de n&#233;gociations impliquant des compromis et des concessions de part et d'autre. Pour la partie de la gauche radicale favorable &#224; l'envoi d'armes &#224; l'Ukraine par l'Otan, l'option d'une paix par n&#233;gociation impliquant des concessions, est rejet&#233;e pour plusieurs raisons. Poutine, nous disent-ils, est intraitable et on ne peut lui faire confiance. Il a voulu rayer l'Ukraine de la carte. Gr&#226;ce &#224; la r&#233;sistance populaire, toutes classes confondues, il n'y est pas parvenu, mais il est d&#233;cid&#233;, comme il l'a fait avec la Crim&#233;e, d'annexer des r&#233;gions particuli&#232;rement riches et strat&#233;giques du pays (Donbass). Il semblerait m&#234;me, ajoutent-ils, qu'au sein de l'Europe, voire des Etats-Unis et de l'Otan, il y ait des tra&#238;tres &#224; la cause ukrainienne qui pousseraient aussi vers un tel r&#232;glement pour mettre fin au conflit. Inacceptable, irrecevable, affirment-ils ! Une telle paix par concessions impliquerait la mise en &#233;chec de dynamiques d&#233;clench&#233;es par la r&#233;sistance populaire et une r&#233;gression irr&#233;cup&#233;rable de la soci&#233;t&#233; ukrainienne dans son &#233;tat d'avant la &#171; r&#233;volution &#187; de 2014. En plus, elle donnerait libre cours aux pr&#233;tentions et projets expansionnistes de Poutine. Sous ces pr&#233;misses, toute paix par n&#233;gociations, toute paix sans vainqueur ni vaincu, est &#233;videmment exclue du champ des possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; savoir si la strat&#233;gie pour laquelle opte pour le moment l'Otan, &#233;nonc&#233;e du reste avec fracas par Zelensky, celle du &#171; jusqu'au dernier Ukrainien &#187;, en vue de la d&#233;faite/capitulation totale de l'agresseur russe, est une strat&#233;gie tenable, r&#233;aliste, en d&#233;pit des risques d'une mont&#233;e du conflit aux extr&#234;mes, aux cons&#233;quences incalculables, qu'elleimplique. Reste surtout &#224; savoir si une telle strat&#233;gie jusqu'au-boutiste est bonne pour le peuple ukrainien, pour les travailleurs ukrainiens et pour la jeunesse ukrainienne&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apparemment et contre toute attente, nos contradicteurs pensent que oui ! Selon eux en effet, une victoire de l'Ukraine (et par cons&#233;quent une d&#233;faite de la Russie) aurait une double cons&#233;quence hautement positive aussi bien pour le peuple ukrainien que pour toute l'Europe : s'agissant du premier, elle donnerait aux dynamiques nourries par la guerre de lib&#233;ration un nouvel &#233;lan, une nouvelle confiance en soi, elle permettrait de surmonter les anciennes divisions et conduire &#224; une politique plus socialement responsable[28]. Tandis que, pour l'Europe, cette m&#234;me victoire de l'Ukraine signifierait sinon l'&#233;limination du moins la r&#233;duction drastique de la menace russe ; et elle permettrait de surcro&#238;t, gr&#226;ce &#224; cela, de diminuer la d&#233;pendance de l'Europe &#224; l'&#233;gard de l'Otan et des Etats-Unis ainsi que l'arr&#234;t de la course aux armements[29].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les initiateurs de ce type d'&#233;chafaudages strat&#233;giques n'ont visiblement pas conscience de leur irr&#233;alit&#233;, qui n'en annule pas pour autant les effets potentiellement d&#233;sastreux. Sauf &#224; miser sur une escalade du conflit impliquant directement l'Otan, avec tout ce que cela impliquerait, rien ne permet de soutenir la possibilit&#233; d'une d&#233;faite de la Russie. Ni les rapports de force militaires tout au long de lignes de fronts, ni la r&#233;solution ferme de l'imp&#233;rialisme russe de stabiliser de facto l'occupation de territoires qui vont du Donbass jusqu'&#224; la Crim&#233;e, ne rendent possible une sortie du bourbier actuel sans pourparlers pr&#233;alables et sans n&#233;gociations. Les retomb&#233;es d'ordre &#233;conomique (notamment les ruptures d'approvisionnement en denr&#233;es alimentaires et en produits &#233;nerg&#233;tiques fossiles) qui, du fait de cette guerre, taraudent le monde sans &#233;pargner les pays europ&#233;ens, et qui risquent de prendre des allures catastrophiques dans certaines r&#233;gions p&#233;riph&#233;riques, poussent dans le m&#234;me sens. Sans vouloir &#233;voquer ici davantage les cons&#233;quences du conflit sur un plan &#233;cologique, dont la moindre n'est pas qu'il sert de pr&#233;texte (y compris aux Gr&#252;nen) &#224; diff&#233;rer une fois de plus les mesures les plus &#233;l&#233;mentaires et les plus urgentes pour r&#233;duire et ralentir la catastrophe en cours, quand il ne justifie pas des retours en arri&#232;re (comme la relance du nucl&#233;aire et du charbon).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous plaidons donc en faveur de l'ouverture de n&#233;gociations qui devraient associer, non seulement les deux bellig&#233;rants directs (Russie et Ukraine) mais l'ensemble des parties au conflit, dont font partie les puissances occidentales, sous l'&#233;gide de l'Onu et de la Conf&#233;rence sur la s&#233;curit&#233; et la coop&#233;ration en Europe. Et c'est bien pourquoi, plus haut, nous avons souhait&#233; voir la gauche radicale de tous les Etats occidentaux s'engager dans des mobilisations visant &#224; faire pression sur &#171; leurs &#187; gouvernements pour qu'ils abandonnent leur posture guerri&#232;re et s'engagent s&#233;rieusement sur la voie de telles n&#233;gociations. Ajoutons que l'ouverture de ces derni&#232;res serait possible m&#234;me sans un cessez-le-feu pr&#233;alable : somme toute, les n&#233;gociations entre le Vietnam et l'Occident ont dur&#233; cinq ans (1968-1973) alors que, simultan&#233;ment, les combats ont connu des moments d'une intensit&#233; sans &#233;gale jusqu'alors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de notre article nous avions formul&#233; quelques propositions quant aux positions que devrait adopter la gauche anti-imp&#233;rialiste en vue de telles n&#233;gociations. Elles demeurent valables. Mais nous reprenons ici l'une d'entre elles en la compl&#233;tant au vu de l'&#233;volution de la situation depuis lors : &#171; R&#233;affirmer le droit de tous les peuples (nations, nationalit&#233;s, minorit&#233;s nationales, etc.) de la r&#233;gion &#224; disposer d'eux-m&#234;mes (&#224; se donner la forme politique qu'ils choisiront) au terme d'un processus d&#233;mocratiquement organis&#233; et internationalement contr&#244;l&#233;, dans un cadre qui ne menace aucun d'entre eux. &#187;. La r&#233;solution de la guerre civile, qui se d&#233;roule depuis 2014 dans le Donbass, exige &#233;galement des pourparlers et l'organisation, sous contr&#244;le d'observateurs internationaux garants des int&#233;r&#234;ts de toutes les parties concern&#233;es, d'un r&#233;f&#233;rendum sur la d&#233;finition de son statut. Le cas de la Crim&#233;e, annex&#233;e &#224; titre de r&#233;plique aux &#233;v&#233;nements de 2014 et, d&#233;j&#224;, &#224; l'envoi d'armes par l'Otan en Ukraine, demande aussi la recherche d'une semblable solution &#233;quilibr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Toutefois, dans la situation actuelle, la gauche anticapitaliste et anti-imp&#233;rialiste ne saurait se limiter &#224; formuler des propositions concernant la seule guerre en Ukraine. Dans le contexte de la crise multidimensionnelle du capitalisme s&#233;nescent, le champ de bataille s'&#233;largit bien au-del&#224; des plaines ukrainiennes. Et c'est d&#233;j&#224; ce que nous signalions en introduction &#224; notre pr&#233;c&#233;dent article.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, apr&#232;s les r&#233;cents sommets du G7 en Bavi&#232;re et de l'Otan &#224; Madrid, il n'y plus de place pour le doute. Pour l'heure, &#224; la faveur de l'implication de l'Otan dans le conflit russo-ukrainien, les Etats-Unis sont parvenus &#224; enr&#244;ler toute l'Europe dans leur strat&#233;gie de r&#233;affirmation non seulement de leur h&#233;g&#233;monie au sein du monde occidental mais encore de leur volont&#233; d'exercer seuls un leadership mondial, en ne tol&#233;rant aucun autre rival strat&#233;gique. Apr&#232;s l'effondrement du &#171; socialisme r&#233;ellement existant &#187;, le monde bipolaire d'apr&#232;s 1945 s'est effondr&#233; lui aussi, en volant en &#233;clat. Prenant appui sur la transnationalisation du capital favoris&#233;e par les politiques n&#233;olib&#233;rales de lib&#233;ralisation et de d&#233;r&#233;glementation, de nouveaux p&#244;les d'accumulation du capital ont eu tendance &#224; &#233;merger parmi certaines formations ant&#233;rieurement semi-p&#233;riph&#233;riques ou m&#234;me p&#233;riph&#233;riques : Chine, Inde, Russie, Br&#233;sil en sont les principales. Parmi elles, la Chine se pose de plus en plus en candidate &#224; faire partie du club tr&#232;s ferm&#233; des puissances centrales, voire &#224; y occuper le premier plan, bousculant ainsi les positions ant&#233;rieures des vieilles puissances centrales. C'est ce que les Etats-Unis n'entendent pas permettre, en &#233;tant pr&#234;ts &#224; tout pour faire &#233;chouer un pareil sc&#233;nario. Mais ils ne peuvent y parvenir qu'en s'assurant le concours d'alli&#233;s (vassaux serait plus exact) tant sur le th&#233;&#226;tre asiatique (c'est le sens de l'Aukus, le trait&#233; conclu entre l'Australie, le Royaume-Uni et les Etats-Unis couvrant l'espace indopacifique) que sur le th&#233;&#226;tre europ&#233;en via l'Otan, en attendant de r&#233;unir les deux. Lors du r&#233;cent sommet de l'Otan &#224; Madrid, son secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral a d'ailleurs affirm&#233; qu'elle avait vocation &#224; s'&#233;tendre bien au-del&#224; du seul th&#233;&#226;tre europ&#233;en vers le th&#233;&#226;tre indo-pacifique. Nous sommes convaincus que le conflit que l'Occident m&#232;ne actuellement contre la Russie par Ukraine interpos&#233;e en pr&#233;pare un autre de plus grande ampleur encore contre la Chine, dont les derni&#232;res provocations (la visite de Nancy Pelosi &#224; Taipei) constituent les prodromes. Et il est de la responsabilit&#233; de la gauche anti-imp&#233;rialiste de d&#233;noncer ces pr&#233;paratifs de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ores et d&#233;j&#224;, &#224; la faveur de leur implication conjointe dans la guerre en Ukraine, Biden a r&#233;ussi &#224; obtenir en quelques semaines ce que n'avait pas r&#233;ussi Trump durant tout son mandat : tous les gouvernements europ&#233;ens, membres de l'Otan ou non, se pr&#233;cipitent pour se mettre en conformit&#233; avec la r&#232;gle imposant que 2 % de leur PIB soient consacr&#233;s &#224; leurs d&#233;penses militaires. Dans ces conditions, le fameux projet, tant vant&#233;, d'int&#233;gration politique de l'Union europ&#233;enne, non seulement dispara&#238;t de l'agenda mais encore se trouve radicalement transform&#233; : son int&#233;gration politique s'est mu&#233;e ipso facto en son int&#233;gration carr&#233;ment militaire sous les auspices de l'Otan. Dans ces conditions, le &#171; d&#233;ficit d&#233;mocratique &#187; de l'Union, dont se plaignaient des europ&#233;anistes de bon aloi, qui &#233;tait d&#233;j&#224; un euph&#233;misme, est devenu franchement une farce. Et il appartiendrait aussi &#224; la gauche radicale de d&#233;noncer toute cette &#233;volution pr&#233;cipit&#233;e plut&#244;t que faire silence &#224; son sujet sous pr&#233;texte qu'elle servirait les int&#233;r&#234;ts du peuple ukrainien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, les classes dominantes profitent d'ores et d&#233;j&#224; des retomb&#233;es de cette guerre pour enclencher un nouveau cycle de politiques n&#233;olib&#233;rales brutales en Europe et pour chercher &#224; y r&#233;duire &#224; n&#233;ant ce qui reste encore de miettes de la d&#233;mocratique lib&#233;rale. Le champ de bataille ukrainien s'&#233;largit ainsi en champ de bataille de classes. D&#233;j&#224; la ministre des Affaires &#233;trang&#232;res allemande, ayant troqu&#233; ses habits verts pour le treillis, sugg&#232;re au gouvernement allemand de se pr&#233;parer &#224; faire face au danger de possibles mouvements de r&#233;volte populaire[30]. Il serait temps aussi pour la gauche radicale de se rappeler que notre ennemi principal se trouve ici, dans nos m&#233;tropoles, et qu'il nous revient d'orienter tous nos efforts pour combattre les strat&#233;gies de plus en plus explicites de &#171; nos &#187; classes dominantes visant &#224; an&#233;antir ce qui reste du mouvement ouvrier par une politique de la terre br&#251;l&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face aux convulsions d'un capitalisme en proie &#224; des contradictions et conflits de plus en plus violents, il nous semble que la position politique juste est celle qui, d'une part, assure l'autonomie maximale de nos positions politiques par rapport &#224; toutes les autres et qui, d'autre part, tient compte d'abord et surtout de l'int&#233;r&#234;t des classes populaires, du prol&#233;tariat en particulier, notamment dans sa dimension internationale. La r&#233;affirmer et la tenir est le meilleur secours que nous puissions apporter au peuple ukrainien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : &#171; Taamira &#187;, Hamed Abdalla, 1937. Avec l'aimable autorisation de Samir Abdalla.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/guerre-ukraine-recit-dominant-gauche-anti-imperialiste/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/guerre-ukraine-recit-dominant-gauche-anti-imperialiste/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] La formule se trouve employ&#233;e par L&#233;nine dans un article publi&#233; le 12 juin 1920 et reproduit dans &#338;uvres, Tome 31 (avril &#8211; d&#233;cembre 1920), Paris, Editions sociales, 1961, page 168. Dans cet article, L&#233;nine d&#233;finit &#171; l'analyse concr&#232;te d'une situation concr&#232;te &#187; comme &#171; la substance m&#234;me, l'&#226;me vivante du marxisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] D'autres que nous ont d&#233;fendu des positions similaires ou voisines, entre autres : Stathis Kouvelakis : &#171; l'invasion de l'Ukraine par la Russie s'inscrit dans un contexte plus large, fa&#231;onn&#233; par l'&#233;tat des rapports de force au niveau europ&#233;en et mondial. Or, et c'est le point d&#233;cisif, sur lequel je reviendrai dans un instant, ceux-ci restent domin&#233;s par l'imp&#233;rialisme &#233;tatsunien et ses alli&#233;s du &#8220;camp occidental&#8221;, qui portent une lourde responsabilit&#233; dans l'escalade de la tension ayant conduit &#224; la guerre actuelle &#187; (&#171; La guerre en Ukraine et l'anti-imp&#233;rialisme aujourd'hui. Une r&#233;ponse &#224; Gilbert Achcar &#187;, Contretemps, 7 mars 2022) ; David Mandel : &#171; (&#8230;) le but de cet article est de fournir, dans la mesure du possible dans un espace aussi limit&#233;, les &#233;l&#233;ments contextuels n&#233;cessaires absents des comptes rendus officiels et des grands m&#233;dias canadiens. Ces &#233;l&#233;ments montreront que l'OTAN et le gouvernement ukrainien partagent, ainsi que la Russie, une lourde responsabilit&#233; dans la guerre &#187; (&#171; The War in Ukraine : Truth is the Whole &#187;, The Bullet, 13 mars 2022, &lt;a href=&#034;https://socialistproject.ca/2022/03/war-in-ukraine-truth-is-the-whole&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://socialistproject.ca/2022/03/war-in-ukraine-truth-is-the-whole&lt;/a&gt;) ; Alex Callinikos : &#171; La guerre en Ukraine est une bataille entre rivaux imp&#233;rialistes, aliment&#233;e par la concurrence capitaliste (&#8230;) les puissances imp&#233;rialistes occidentales instrumentalisent la lutte nationale ukrainienne contre l'imp&#233;rialisme russe pour leurs propres int&#233;r&#234;ts &#187; (&#171; Le grand coup de force : l'imp&#233;rialisme et la guerre en Ukraine &#187;, Revue L'Anticapitaliste, n&#176;134, avril 2022) ; Noam Chomsky : &#171; En revanche, l'invasion russe de l'Ukraine a sans aucun doute &#233;t&#233; provoqu&#233;e &#8211; cependant, dans le climat actuel, il faut ajouter le truisme selon lequel la provocation ne justifie pas l'invasion. Une foule de diplomates et d'analystes politiques am&#233;ricains de haut niveau ont averti Washington depuis 30 ans qu'il &#233;tait imprudent et inutilement provocateur d'ignorer les pr&#233;occupations de la Russie en mati&#232;re de s&#233;curit&#233;, notamment ses lignes rouges : pas d'adh&#233;sion &#224; l'OTAN pour la G&#233;orgie et l'Ukraine situ&#233;es dans le c&#339;ur g&#233;ostrat&#233;gique de la Russie &#187; (&#171; Propaganda Wars Are Raging as Russia's War on Ukraine Expands &#187;, interview &#224; Truthout, 28 avril 2022, &lt;a href=&#034;https://truthout.org/articles/noam-chomsky-propaganda-wars-are-raging-as-russias-war-on-ukraine-expands&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://truthout.org/articles/noam-chomsky-propaganda-wars-are-raging-as-russias-war-on-ukraine-expands&lt;/a&gt;) ; Edgar Morin : &#171; L'Ukraine est martyre non seulement de la Russie, mais de l'aggravation des relations conflictuelles entre &#201;tats-Unis et Russie avec &#233;videmment la question de l'&#233;largissement de l'Otan, lui-m&#234;me ins&#233;parable des inqui&#233;tudes suscit&#233;es par la guerre russe en Tch&#233;tch&#233;nie et son intervention militaire en G&#233;orgie. Le salut de l'Ukraine n'est pas seulement de se lib&#233;rer de l'invasion russe, mais aussi de se lib&#233;rer de l'antagonisme entre la Russie et les &#201;tats-Unis. Cette double lib&#233;ration permettrait aux nations de l'Union europ&#233;enne de s'affranchir de ce conflit et de lier s&#233;curit&#233; et autonomie &#187; (Marianne, 4 mai 2022) ; Vincen&#231; Navarro : &#171; Il existe un conflit, principalement entre l'OTAN d'un c&#244;t&#233; et la Russie de l'autre, qui atteint sa dimension militaire dans la guerre en Ukraine, qui cr&#233;e une crise &#233;norme qui affecte de mani&#232;re tr&#232;s n&#233;gative le bien-&#234;tre de la majorit&#233; de la population mondiale, &#224; la fois du Nord et du Sud et d'un bloc et de son oppos&#233;, y compris aussi ceux qui ne sont dans aucun bloc. Et ce qui est tr&#232;s inqui&#233;tant, c'est que, comme dans toute guerre, les grands m&#233;dias participent &#224; cette guerre, se transformant en moyens de promotion et de propagande plut&#244;t que d'information &#187; (&#171; El conflicto entre la OTAN y Rusia centrado en la guerra de Ucrania era previsible, predecible y evitable : &#191;Por qu&#233; contin&#250;a ? &#187;, P&#249;blico, 27 juillet 2022, &lt;a href=&#034;https://blogs.publico.es/vicenc-navarro/2022/07/27/el-conflicto-entre-la-otan-y-rusia-centrado-en-la-guerra-de-ucrania-era-previsible-predecible-y-evitable-por-que-continua&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://blogs.publico.es/vicenc-navarro/2022/07/27/el-conflicto-entre-la-otan-y-rusia-centrado-en-la-guerra-de-ucrania-era-previsible-predecible-y-evitable-por-que-continua&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Dans une interview donn&#233;e &#224; SheerPost le 17 juin 2022 (soit largement apr&#232;s la r&#233;daction de notre article), Noam Chomsky apporte toute une s&#233;rie d'informations suppl&#233;mentaires sur l'amplification et l'acc&#233;l&#233;ration du processus d'int&#233;gration r&#233;elle sinon formelle de l'Ukraine dans l'Otan apr&#232;s 2014, encore accrues apr&#232;s la prise de fonction de Biden, et sanctionn&#233;es par la Charte de partenariat strat&#233;gique sign&#233;e entre le secr&#233;taire d'Etat Antony Blinken en novembre 2021. Cf. In Ukraine, &#171; Diplomacy Has Been Ruled Out &#187; &lt;a href=&#034;https://scheerpost.com/2022/06/17/noam-chomsky-in-ukraine-diplomacy-has-been-ruled-out&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://scheerpost.com/2022/06/17/noam-chomsky-in-ukraine-diplomacy-has-been-ruled-out&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Cf. S&#233;bastien Abbet et alii, &#171; Une gauche enr&#244;l&#233;e dans un croisade antirusse sous banni&#232;re &#233;toil&#233;e ? &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/guerre-ukraine-russie-poutine-gauche-reponse-bihr-thanassekos&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/guerre-ukraine-russie-poutine-gauche-reponse-bihr-thanassekos&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Voici le mail envoy&#233; &#224; Ugo Palheta au lendemain de la publication de cette r&#233;ponse : &#171; Cher Ugo, S&#233;bastien Abbet nous avait inform&#233; de la r&#233;daction de cette r&#233;ponse. C'est une bonne chose que Contretemps l'ait publi&#233;e : par notre article, nous d&#233;sirions pr&#233;cis&#233;ment ouvrir un d&#233;bat. Nous comptons d'ailleurs le prolonger en pr&#233;parant d'ores et d&#233;j&#224; une r&#233;ponse synth&#233;tique aux diff&#233;rentes r&#233;actions significatives que notre article a produites et qui nous ont &#233;t&#233; communiqu&#233;es. Tr&#232;s cordialement, Alain Bihr &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Dans une interview au Corriere della Serra du 3 mai 2022, celui-ci a en effet d&#233;clar&#233; : &#171; Les aboiements de l'Otan aux portes de la Russie ont pouss&#233; le chef du Kremlin &#224; r&#233;agir et &#224; faire la guerre &#224; l'Ukraine. Je ne sais pas si cette col&#232;re a &#233;t&#233; provoqu&#233;e, mais cela a aid&#233; la col&#232;re &#224; monter (&#8230;) Il y a deux ans, &#224; G&#234;nes (Italie), un navire rempli d'armes est arriv&#233;, tout devait &#234;tre transf&#233;r&#233; sur un cargo puis achemin&#233; au Y&#233;men. Les dockers ont refus&#233; de transborder le chargement. Ils ont dit : nous pensons aux petits enfants du Y&#233;men. C'&#233;tait un geste magnifique. Il en faudrait d'autres comme cela &#187; &lt;a href=&#034;https://www.marianne.net/monde/europe/la-colere-de-poutine-et-les-aboiements-de-lotan-le-pape-francois-se-confie-sur-la-guerre-en-ukraine&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marianne.net/monde/europe/la-colere-de-poutine-et-les-aboiements-de-lotan-le-pape-francois-se-confie-sur-la-guerre-en-ukraine&lt;/a&gt; Signalons aussi que des organisations aussi diff&#233;rentes que le Socialist Workers Party en Grande-Bretagne, Sinistra anticapitalista en Italie, Podemos et Anticapitalistas en Espagne, Syriza et le Parti communiste en Gr&#232;ce, entre autres, se sont oppos&#233;s &#224; l'implication de leurs pays respectifs dans cette guerre par l'envoi en Ukraine d'armes puis&#233;es dans leurs propres arsenaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] &#171; Le r&#233;armement de l'Allemagne et la guerre en Ukraine &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/rearmement-allemagne-guerre-ukraine-russie-streeck&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/rearmement-allemagne-guerre-ukraine-russie-streeck&lt;/a&gt; mis en ligne le 31 juillet 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] &lt;a href=&#034;https://www.lefigaro.fr/flash-actu/ukraine-downing-street-dit-vouloir-faire-tomber-poutine-puis-attenue-ses-propos-20220228&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lefigaro.fr/flash-actu/ukraine-downing-street-dit-vouloir-faire-tomber-poutine-puis-attenue-ses-propos-20220228&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Les m&#234;mes qui poussent &#224; ce r&#233;armement se gaussent quelquefois de la faiblesse manifest&#233;e par les forces arm&#233;es russes, tenues en &#233;chec ou du moins contenues par des forces ukrainiennes sensiblement inf&#233;rieures, du moins sur le papier. Alors, la Russie, tigre de papier ou ogre capable de ne faire qu'une bouch&#233;e de l'Europe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Rosa Luxemburg, La crise de la social-d&#233;mocratie, suivi de sa critique par L&#233;nine, Bruxelles, Ed. La taupe, 1970, p. 174.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Rappelons en passant, parmi d'autres exemples, la trag&#233;die du peuple kurde, exemple cit&#233; par certains de nos interlocuteurs pour prouver que nous ne pouvons nous opposer &#224; l'envoi d'armes &#224; un peuple opprim&#233;, quand bien m&#234;me ces armes proviendraient des Etats-Unis ou de l'Otan. Les Etats-Unis ont en effet soutenu militairement les combattants kurdes, dans leurs propres int&#233;r&#234;ts de croisade contre les djihadistes et les talibans. Cependant, cela ne les a pas emp&#234;ch&#233;s, peu de temps apr&#232;s, s'orientant vers d'autres strat&#233;gies, de l&#226;cher cyniquement et sans scrupules les Kurdes pour les livrer ainsi, en proie facile, &#224; l'arm&#233;e du pr&#233;sident turc Tayyip Erdogan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Roman Rosdolsky a s&#233;v&#232;rement critiqu&#233; les th&#232;ses d'Engels dans son ouvrage, Friedrich Engels et les peuples &#171; sans histoire &#187;. La question nationale dans la r&#233;volution de 1848, Page 2 &#8211; Syllepse, 2018. Il cite aussi, h&#226;tivement, des textes de Rosa Luxemburg, dont celui intitul&#233; &#171; Fragment sur la guerre, la question nationale et la r&#233;volution, 1918 &#187;, texte qui m&#233;rite davantage notre attention dans le contexte actuel. Le d&#233;bat reste ouvert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] &#171; (&#8230;) la d&#233;fense de la patrie est une pure fiction qui emp&#234;che toute saisie d'ensemble de la situation historique dans son contexte mondial &#187;, &#171; A propos de cet imp&#233;rialisme d&#233;cha&#238;n&#233; il ne peut plus y avoir de guerres nationales &#187; (Rosa Luxemburg, op. cit., p. 180 et 220). Elle a &#233;t&#233; jusqu'&#224; f&#233;liciter les deux d&#233;put&#233;s du Parti social-d&#233;mocrate serbe qui avaient refus&#233; de voter les cr&#233;dits de guerre alors m&#234;me que l'Empire austro-hongrois mena&#231;ait la Serbie : &#171; S'il y a y un Etat qui a pour lui le droit &#224; la d&#233;fense nationale d'apr&#232;s tous les indices formels ext&#233;rieurs, c'est bien la Serbie. Priv&#233;e de son unit&#233; nationale par les annexions de l'Autriche, menac&#233;e dans son existence nationale, accul&#233;e &#224; la guerre par l'Autriche, la Serbie m&#232;ne une v&#233;ritable guerre de d&#233;fense pour sauvegarder son existence et sa libert&#233;. Si la position du groupe social-d&#233;mocrate allemand est juste, alors les sociaux-d&#233;mocrates serbes qui ont protest&#233; contre la guerre devant le parlement de Belgrade et qui ont refus&#233; les cr&#233;dits de guerre sont tout simplement des traitres : ils auraient trahi les int&#233;r&#234;ts vitaux de leur propre pays. En r&#233;alit&#233;, les Serbes Lapchewitch et Kazlerowitch ne sont pas seulement entr&#233;s en lettres d'or dans l'histoire du socialisme international, mais ont fait preuve d'une p&#233;n&#233;trante vision historique des circonstances r&#233;elles de la guerre, et par l&#224; ils ont rendu un signal&#233; service &#224; leur pays et &#224; l'instruction de leur peuple &#187; (Rosa Luxemburg, op. cit., p. 181). Nous ne donnons pas cette r&#233;f&#233;rence &#224; titre de comparaison mais pour montrer la radicalit&#233; dont fait preuve la r&#233;volutionnaire dans le feu de l'action politique. Voir aussi Rosa Luxemburg, Sur la r&#233;volution. &#201;crits politiques (1917-1918), Paris, &#201;d. La D&#233;couverte, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Cit&#233; par Rosdolsky, op.cit., p.50 et ailleurs, p. 49 et 129 o&#249; il nous livre les positions les plus violentes de R. Luxemb urg contre le principe de l'autod&#233;termination des peuples tout en les mettant en rapport avec les &#233;crits d'Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Rosa Luxemburg, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] L&#233;on Trotsky, &#171; La question ukrainienne &#187;, 22 avril 1939, &#338;uvres, 1939. &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390422b.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390422b.html&lt;/a&gt;. Voir aussi, L&#233;on Trotsky, &#171; Le droit de peuples de disposer d'eux-m&#234;mes et la r&#233;volution prol&#233;tarienne &#187;, Entre l'imp&#233;rialisme et la r&#233;volution, Bruxelles, &#201;d. La Taupe, 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Etienne Balibar, &lt;a href=&#034;https://aoc.media/analyse/2022/07/04/nous-sommes-dans-la-guerre/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://aoc.media/analyse/2022/07/04/nous-sommes-dans-la-guerre/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Nous n'examinerons pas ici la question de savoir dans quelle mesure ce &#171; choix &#187; est bien celui du peuple ukrainien en tant que tel ou plut&#244;t celui de ses dirigeants actuels. Rappelons simplement que, au cours des deux derni&#232;res d&#233;cennies, les dirigeants ukrainiens, &#233;lus ou non, ont repr&#233;sent&#233; des options diverses sous ce rapport, les uns affirmant une orientation pro-russe, les autres une orientation pro-occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] E. Balibar, idem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Entretien avec Yuliya Yurchenko , &#171; La lutte pour l'autod&#233;termination de l'Ukraine (I) &#187;, &lt;a href=&#034;https://alencontre.org/europe/russie/la-lutte-pour-lautodetermination-de-lukraine-i.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://alencontre.org/europe/russie/la-lutte-pour-lautodetermination-de-lukraine-i.html&lt;/a&gt; mis en ligne le 13 avril 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Vitaly Dudin, &#171; La reconstruction de l'Ukraine doit profiter &#224; la population. Mais l'Occident &#224; d'autres id&#233;es &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/author/vitaliy-dudin&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/author/vitaliy-dudin&lt;/a&gt; mis en ligne le 28 juillet 2022. L'auteur pense qu'&#171; &#224; court terme la guerre de la Russie a affaibli le pouvoir des travailleurs ukrainiens. Mais &#224; long terme, le mouvement ouvrier ukrainien pourrait se d&#233;velopper et am&#233;liorer les conditions d'emploi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Au demeurant, les autorit&#233;s ukrainiennes prennent actuellement elles-m&#234;mes les devants sur cette voie : &#171; Le 19 juillet 2022, le parlement ukrainien a adopt&#233; le projet de loi 5371, qui a aboli les droits du travail pour 94 % des travailleurs ukrainiens. Cette loi introduit une lib&#233;ralisation extr&#234;me des relations de travail, elle discrimine les employ&#233;s de toutes les micro, petites et moyennes entreprises et les prive de protection syndicale et syndicale. Les syndicats ukrainiens se sont activement oppos&#233;s &#224; la promotion de ce projet de loi antisyndical pendant deux ans. Malgr&#233; de nombreuses mises en garde de la Conf&#233;d&#233;ration syndicale internationale, de la Conf&#233;d&#233;ration syndicale europ&#233;enne et de l'Organisation internationale du travail concernant l'incompatibilit&#233; de ce projet de loi avec les principes et les normes de la l&#233;gislation europ&#233;enne, les conventions de l'OIT, les conclusions de scientifiques et d'experts, le Parlement de l'Ukraine l'a adopt&#233;. Parmi les cons&#233;quences de l'adoption d'une telle loi figureront des violations massives des droits des travailleurs et de nouveaux d&#233;parts du segment le plus qualifi&#233; de la population &#233;conomiquement active d'Ukraine. La situation est compliqu&#233;e par la guerre sanglante d&#233;clench&#233;e par l'agresseur russe contre le peuple ukrainien. &#187;&lt;a href=&#034;https://www.labourstartcampaigns.net/show_campaign.cgi?c=5149&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.labourstartcampaigns.net/show_campaign.cgi?c=5149&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] &lt;a href=&#034;https://www.contra-xreos.gr/arthra/2940-maziko-diethnes-kinima-enantia-ston-polemo&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contra-xreos.gr/arthra/2940-maziko-diethnes-kinima-enantia-ston-polemo&lt;/a&gt; (traduit du grec).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] Taras Bilous, &#171; La guerre en Ukraine, la s&#233;curit&#233; internationale et la gauche &#187; &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/guerre-ukraine-securite-internationale-gauche&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/guerre-ukraine-securite-internationale-gauche&lt;/a&gt; mis en ligne le 14 juin 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] L&#233;on Trotsky, &#171; Une fois de plus : L'Union Sovi&#233;tique et sa d&#233;fense &#187; (4 novembre 1937), &#171; L'URSS dans la guerre &#187; (25 septembre 1939), dans le volume L&#233;on Trotsky, D&#233;fense du marxisme, Paris, E.D.I, 1972. D'autres textes dans ce volume portent sur la d&#233;fense sans conditions de l'URSS face &#224; la guerre imminente ainsi que sur la question finlandaise que nous avons pr&#233;c&#233;demment &#233;voqu&#233;e (&#171; la guerre d'Hiver &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] On peut se r&#233;f&#233;rer notamment aux prises de position d'Edgar Morin dans diff&#233;rents articles qu'il a donn&#233;s &#224; Marianne au cours des mois de mai et juin dernier, dont nous avons cit&#233; certains plus haut et dont nous nous inspirons ici pour partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Entretien de Taras Bilous, &#171; Humanitarian aide is not enough &#187; : &lt;a href=&#034;https://commons.com.ua/en/humanitarian-aid-not-enough-d/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://commons.com.ua/en/humanitarian-aid-not-enough-d/&lt;/a&gt; mis en ligne le 22 juin 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] Taras Bilous, idem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] &#171; La ministre allemande des Affaires &#233;trang&#232;res Annalena Baerbock (Verts) s'attend &#224; des troubles en Allemagne si les livraisons de gaz en provenance de Russie devaient compl&#232;tement dispara&#238;tre. &#187; &lt;a href=&#034;https://www.ad-hoc-news.de/wirtschaft/bundesaussenministerin-annalena-baerbock-gruene-rechnet-mit-unruhe-in/62873617&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ad-hoc-news.de/wirtschaft/bundesaussenministerin-annalena-baerbock-gruene-rechnet-mit-unruhe-in/62873617&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Politique, bureaucratie et &#171; &#233;tat d'urgence &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Politique-bureaucratie-et-etat-d-urgence</link>
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		<dc:date>2010-07-27T08:23:49Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Yannis Thanassekos</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>Crise &#233;conomique</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2010-07-27</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le premier argument rh&#233;torique desdits &#171; responsables politiques &#187; est celui pr&#233;cis&#233;ment de &#171; l'&#233;tat d'exception &#187; : l'urgence et la radicalit&#233; des r&#233;formes exige imp&#233;rativement, d'apr&#232;s eux, la mise sous tutelle de tous les m&#233;canismes d&#233;lib&#233;ratifs et de n&#233;gociations &#8211; qui risquent de retarder ou d'entraver l'application des r&#233;formes &#8211; au profit de la seule &#171; d&#233;cision souveraine &#187; qui appartient &#224; la sph&#232;re de l'ex&#233;cutif, ce qui revient &#224; d&#233;clarer explicitement le pays en &#171; &#233;tat de si&#232;ge &#187;. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH112/arton4950-4f5aa.jpg?1782013492' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le premier argument rh&#233;torique desdits &#171; responsables politiques &#187; est celui pr&#233;cis&#233;ment de &#171; l'&#233;tat d'exception &#187; : l'urgence et la radicalit&#233; des r&#233;formes exige imp&#233;rativement, d'apr&#232;s eux, la mise sous tutelle de tous les m&#233;canismes d&#233;lib&#233;ratifs et de n&#233;gociations &#8211; qui risquent de retarder ou d'entraver l'application des r&#233;formes &#8211; au profit de la seule &#171; d&#233;cision souveraine &#187; qui appartient &#224; la sph&#232;re de l'ex&#233;cutif, ce qui revient &#224; d&#233;clarer explicitement le pays en &#171; &#233;tat de si&#232;ge &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis les travaux pionniers de Max Weber, la bureaucratie a fait l'objet d'innombrables recherches en tant qu'institution moderne rationnelle &#8211; rationalit&#233; bureaucratique. Sans revenir sur cette vaste th&#233;matique qui pr&#233;occupe la sociologie et la politologie, retenons, parmi d'autres param&#232;tres, deux de principales caract&#233;ristiques de l'institution bureaucratique : 1) la s&#233;paration radicale qu'elle op&#232;re entre les &#171; moyens &#187; et les &#171; fins &#187; et 2) son irr&#233;sistible propension &#224; traduire/r&#233;duire tout probl&#232;me social, politique ou &#233;conomique en une question purement technique &#224; r&#233;soudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, indiff&#233;rente aux finalit&#233;s et aux cons&#233;quences des d&#233;cisions qu'elle ex&#233;cute docilement, elle n'a de cesse que de d&#233;socialiser et de d&#233;politiser en permanence les enjeux des rapports sociaux afin de les ramener &#224; sa propre sph&#232;re : celle de &#171; moyens &#187; &#8211; la rationalit&#233; instrumentale. Elle ne peut voir le &#171; monde &#187; et la &#171; soci&#233;t&#233; &#187; que comme une &#171; classe de probl&#232;mes techniques &#187; &#224; r&#233;soudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce dispositif tout aussi structurel que mental, d&#233;coule bien &#233;videmment l'irresponsabilit&#233; sociale et politique de l'institution elle-m&#234;me et du bureaucrate en tant qu'individu. Et cette irresponsabilit&#233; est l&#233;gitim&#233;e, aussi bien au niveau de la conscience qu'au niveau politique, par la pr&#233;tendue &#171; neutralit&#233; axiologique &#187; des moyens mis en &#339;uvre dans tout calcul rationnel. Aussi, l'unique crit&#232;re pour la pleine satisfaction du bureaucrate parfait, du bureaucrate heureux, est celui du &#171; travail bien fait &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;duction de soi (du bureaucrate) au statut d'un pur moyen n'est possible que par r&#233;duction de l' &#171; autre &#187; &#224; ce m&#234;me statut : le bureaucrate ne peut voir l'autre, ici l'usager, devenu &#224; pr&#233;sent simple &#171; client &#187;, qu'&#224; travers son propre miroir : pur moyen pour atteindre un but. Il n'est pas n&#233;cessaire d'&#234;tre philosophe ou sociologue pour voir dans cette configuration institutionnelle le paroxysme de la r&#233;ification de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Rien n'est plus &#233;tranger &#224; la bureaucratie que la maxime morale qui nous oblige &#224; &#171; ne jamais consid&#233;rer soi-m&#234;me et les autres comme un pur moyen, mais seulement et toujours comme une fin &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#233;oriciens classiques de l'Etat moderne &#8211; Etat de droit fond&#233; sur le principe d&#233;mocratique &#8211; &#233;taient conscients de cette sp&#233;cificit&#233; de la bureaucratie et de ses dangereuses potentialit&#233;s. Aussi, avaient-ils pris soin, au moins sur le plan th&#233;orique, &#224; s&#233;parer la sph&#232;re &#171; Bureaucratique &#187; (administration r&#233;glement&#233;e et d&#233;personnalis&#233;e des rapports entre citoyens et autorit&#233;s) de la sph&#232;re &#171; Politique &#187; (lieu de d&#233;lib&#233;rations sur les finalit&#233;s du vivre ensemble). &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous savons toutefois que sur le plan de l'&#233;volution concr&#232;te de nos soci&#233;t&#233;s, non seulement cette s&#233;paration et cet &#233;quilibre &#171; th&#233;oriques &#187; n'ont jamais &#233;t&#233; respect&#233;s mais qu'au contraire, une tendance lourde, li&#233;e &#224; la logique m&#234;me du syst&#232;me, poussait irr&#233;sistiblement &#224; rendre les fronti&#232;res entre ces deux sph&#232;res particuli&#232;rement poreuses jusqu'&#224; leur confusion, si ce n'est, parfois, leur fusion int&#233;grale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombre de ph&#233;nom&#232;nes des trois derni&#232;res d&#233;cennies t&#233;moignent de ce processus de r&#233;duction drastique de la sph&#232;re politique &#224; la sph&#232;re bureaucratique, r&#233;duction qui a comme cons&#233;quence in&#233;vitable la transformation tout aussi drastique du &#171; personnel politique &#187; &#8211; issu pourtant des urnes &#8211; en une &#233;lite de &#171; fonctionnaires &#187; et de &#171; bureaucrates &#187; z&#233;l&#233;s. La d&#233;ferlante du n&#233;olib&#233;ralisme, et singuli&#232;rement la vaste et brutale politique d'aust&#233;rit&#233; mise en &#339;uvre actuellement dans tous les pays, poussent &#224; son paroxysme ce double mouvement structurel. En dehors des d&#233;g&#226;ts et des co&#251;ts humains que provoque la sauvagerie n&#233;olib&#233;rale, ce processus de transformations institutionnelles ne peut qu'affecter, &#224; terme, les fondements m&#234;mes du syst&#232;me d&#233;mocratique et de l'Etat de droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; sph&#232;re d&#233;lib&#233;rative &#187; (&#224; la fois espace conflictuel et lieu d'&#233;laboration de la volont&#233; collective et des finalit&#233;s de la maison commune) d&#233;p&#233;rit de plus en plus au profit de la seule &#171; sph&#232;re d&#233;cisionnelle &#187; et de son outil par excellence, l'ex&#233;cutif (gouvernement) et l'administration (bureaucratie). Elabor&#233;e par le juriste nazi Carl Schmitt dans les ann&#233;es 1920 et 1930, la th&#233;orie &#171; d&#233;cisionniste &#187; d'apr&#232;s laquelle &#171; est souverain celui qui d&#233;cide de l'&#233;tat d'exception &#187;, fait aujourd'hui retour aussi bien chez les intellectuels qu'au niveau de strat&#232;ges n&#233;olib&#233;raux. Elle s'inscrit d&#233;j&#224; &#224; grands pas dans les r&#233;alit&#233;s institutionnelles et politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, l'application du vaste programme de r&#233;formes n&#233;olib&#233;rales impos&#233;es par le FMI la BCE et la Commission europ&#233;enne entra&#238;ne, dans tous les pays concern&#233;s, la d&#233;claration de facto d'un &#171; &#233;tat d'urgence &#187;, d'un &#171; &#233;tat d'exception &#187;. L' &#171; exception &#187; devient ainsi la &#171; r&#232;gle &#187;. On s'oriente &#224; terme vers des syst&#232;mes et des r&#233;gimes formellement d&#233;mocratiques, autoritaires quant au fond, mis sous tutelle par les imp&#233;ratifs de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale. Et ce mouvement s'observe aussi bien dans les &#171; veilles d&#233;mocraties &#187; que dans les d&#233;mocraties plus r&#233;centes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les pays europ&#233;ens sont confront&#233;s, &#224; de degr&#233;s variables, &#224; cette tendance lourde, mais il y en a un qui excelle aujourd'hui par ses performances dans ce processus de r&#233;duction acc&#233;l&#233;r&#233;e du &#171; politique &#187; au &#171; bureaucratique &#187; et, cons&#233;cutivement, dans la transformation brutale de ses &#171; responsables politiques &#187; en simples &#171; fonctionnaires &#187; et &#171; bureaucrates &#187; z&#233;l&#233;s. C'est la Gr&#232;ce, le maillon le plus faible pr&#233;cis&#233;ment de la cha&#238;ne n&#233;olib&#233;rale [1]. Rien de plus r&#233;v&#233;lateur &#224; cet &#233;gard que le type de discours publics et de rh&#233;torique des responsables gouvernementaux, socialistes de surcro&#238;t, pour &#171; pr&#233;senter &#187;, &#171; expliquer &#187; et &#171; justifier &#187; l'avalanche de r&#233;formes dict&#233;es par le FMI, la Banque Centrale Europ&#233;enne et la Commission du m&#234;me nom : r&#233;formes du syst&#232;me des pensions, de la S&#233;curit&#233; sociale, des Services publics, de la Sant&#233;, de l'Education, du r&#233;seau banquier, etc. [2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier argument rh&#233;torique desdits &#171; responsables politiques &#187; est celui pr&#233;cis&#233;ment de &#171; l'&#233;tat d'exception &#187; : l'urgence et la radicalit&#233; des r&#233;formes exige imp&#233;rativement, d'apr&#232;s eux, la mise sous tutelle de tous les m&#233;canismes d&#233;lib&#233;ratifs et de n&#233;gociations &#8211; qui risquent de retarder ou d'entraver l'application des r&#233;formes &#8211; au profit de la seule &#171; d&#233;cision souveraine &#187; qui appartient &#224; la sph&#232;re de l'ex&#233;cutif, ce qui revient &#224; d&#233;clarer explicitement le pays en &#171; &#233;tat de si&#232;ge &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette rh&#233;torique catastrophiste et apocalyptique du parti socialiste au pouvoir a &#233;t&#233; adopt&#233;e aussi, sans d&#233;lais, par le principal parti de l'opposition de droite ainsi que par le parti de l'extr&#234;me droite sans parler bien &#233;videmment de la majeure partie des m&#233;dias qui font leur beurre en cultivant peurs et paniques : &#171; Le naufrage ou la soumission, il n'y a pas d'autres voies, choisissez &#187;, &#171; l'apocalypse ou l'ob&#233;issance, il n'y a pas d'autres solutions, choisissez &#187;&#8230; Le Premier ministre socialiste d&#233;clarait r&#233;cemment &#224; la presse grecque et &#233;trang&#232;re : &#171; Je suis triste de devoir prendre des mesures qui p&#233;nalisent tous ceux qui n'ont aucune responsabilit&#233; dans la crise actuelle, mais c'est ainsi, il y a de moments o&#249; des d&#233;cisions dures et graves doivent &#234;tre prises &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les discours des ministres du gouvernement pr&#233;c&#233;dent de droite &#8211; dont la politique sauvage a mis &#224; sac l'&#233;conomie du pays et ses finances publiques &#8211;, excellaient, il y a &#224; peine quelques ann&#233;es, par leur cynisme brutal et l'arrogance abjecte des vainqueurs. S'ils ne rel&#232;vent pas de ce m&#234;me cynisme &#8211; encore que&#8230;&#8211;, les discours du &#171; socialiste &#187; Papandr&#233;ou et de ses ministres, rel&#232;vent en revanche, froidement, de la froideur du &#171; fait accompli &#187; et de la &#171; d&#233;cision souveraine &#187; du Prince ! Il n'y a qu'&#224; entendre les discours des ministres grecs les plus impliqu&#233;s dans le train de r&#233;formes n&#233;olib&#233;rales en cours (ministres de l'&#233;conomie, du travail, des finances, et de la sant&#233;), pour avoir litt&#233;ralement froid au dos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suivons leur &#171; raisonnement &#187; et leur &#171; rh&#233;torique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier temps : sourds aux tumultes de la rue, insensibles aux souffrances et aux sacrifices impos&#233;s &#224; la majeure partie de la population grecque, et singuli&#232;rement aux plus d&#233;munis, ils entonnent la cascade de mesures et de d&#233;cisions prises dans les termes de la plus plate rh&#233;torique technocratique et gestionnaire : &#171; La crise est &#187;, &#171; c'est un fait &#187;. &#171; Le d&#233;ficit public est &#187;, &#171; c'est un fait &#187;, &#171; la dette publique explose &#187;, &#171; c'est un fait &#187; &#171; Il n'y a rien d'autre &#224; faire que de r&#233;duire les salaires, les pensions, les d&#233;penses publiques, augmenter la TVA etc., &#187;, &#171; c'est un fait &#187;. Ces quatre &#171; faits &#187; ont, dans la t&#234;te desdits responsables gouvernementaux, la puissance de &#171; faits accomplis &#187;, mieux, de &#171; faits naturels &#187;, au sens strict du terme, c'est-&#224;-dire des &#171; faits &#187; ind&#233;pendants de la volont&#233; humaine et des choix qui peuvent faire l'objet de d&#233;lib&#233;rations. Ils &#233;chappent par cons&#233;quent &#224; toute discussion, &#224; toute mise en question, &#224; toute contestation possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me temps : tous ces &#171; faits &#187; qui se connectent avec une foule d'autres &#171; faits &#187; consid&#233;r&#233;s tout aussi &#171; naturels &#187; que la rotation de la terre sur elle-m&#234;me &#8211; orthodoxie mon&#233;taire, privatisations, d&#233;r&#233;gulation du march&#233; et du travail, comp&#233;titivit&#233;, flexibilit&#233;, colonisation par le capital des secteurs d'activit&#233;s qui lui &#233;chappaient jusqu'ici, marchandisation de la sant&#233; et de l'Education, &#233;conomie et souverainet&#233;s &#233;tatiques mises &#224; la disposition des al&#233;as de la Bourse, agences de cotation, tests d'endurance du syst&#232;me bancaire, etc., &#8211;, tous ces &#171; faits &#187; posent des &#171; probl&#232;mes &#187;, des probl&#232;mes immenses, qu'il faut r&#233;soudre toutes affaires cessantes. Il faut transformer les soci&#233;t&#233;s, vaincre leurs pr&#233;tendues inerties et leurs r&#233;elles r&#233;sistances afin de les &#171; harmoniser &#187; avec ces &#171; faits naturels &#187;. Pour ce faire, il faut des &#171; d&#233;cisions souveraines &#187;, des d&#233;cisions en &#171; &#233;tat d'urgence &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me temps : &#171; La mondialisation n&#233;olib&#233;rale est &#187;, &#171; il n'y a rien &#224; faire &#187;, &#171; c'est un fait &#187; &#8211; fait &#171; naturel &#187; lui aussi. Dans ces conditions, mondialisation n&#233;olib&#233;rale d'une part, &#171; &#233;tat d'urgence &#187; de l'autre, la &#171; d&#233;cision souveraine &#187; rel&#232;ve en tout premier lieu des instances supranationales, FMI, BCE et Commission europ&#233;enne (CE). Inutile de pr&#233;ciser que les deux premi&#232;res institutions ne disposent d'aucune l&#233;gitimit&#233; d&#233;mocratique-&#233;lective. Quant &#224; la troisi&#232;me, la Commission europ&#233;enne, le simulacre du &#171; contr&#244;le &#187; qu'exercerait sur elle le Parlement du m&#234;me nom, n'est plus &#224; d&#233;montrer. On l'a vu, entre autres, avec l'adoption du dernier Trait&#233; et lors de la deuxi&#232;me nomination &#224; sa t&#234;te de l'in&#233;narrable Barroso, ce pitre du n&#233;olib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;me temps : les d&#233;cisions ainsi dict&#233;es doivent &#234;tre appliqu&#233;es, ex&#233;cut&#233;es sur le champ. C'est le sens du fameux &#171; M&#233;morandum &#187; sign&#233; il y a quelques mois entre le gouvernement grec d'une part, le FMI, la BCE et la CE de l'autre. Les parlements nationaux deviennent alors des simples &#171; chambres d'enregistrement &#187; &#8211; s'ils ren&#226;clent, on passe de force, s'il y a des manifestations et de mobilisations on fait la sourde oreille et/ou on r&#233;prime ; quant aux gouvernements nationaux, ils se comportent comme de dociles organes d'ex&#233;cution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est ici que l' &#171; homme politique &#187; se mue purement et simplement en bureaucrate type, en technocrate, adoptant le fond et la forme de l'agir bureaucratique tel que nous l'avons d&#233;crit plus haut :&lt;br class='autobr' /&gt;
1) il s&#233;pare radicalement les &#171; moyens &#187; et les &#171; fins &#187; &#8211; en tant que bureaucrate, il est l'homme des seuls &#171; moyens &#187;, les &#171; fins &#187; non seulement lui &#233;chappent, mais il se donne pour r&#232;gle expresse de s'abstenir de toute &#233;valuation les concernant et&lt;br class='autobr' /&gt;
2) partant de cette visi&#232;re r&#233;ductrice, il ram&#232;ne toute question, sociale, politique, &#233;conomique, etc., &#224; un &#171; probl&#232;me &#187; purement technique &#224; r&#233;soudre &#8211; en tant que bureaucrate, il est l'homme de proc&#233;dures quantitatives : calculer, compter, d&#233;nombrer, g&#233;rer des flux et des reflux, r&#233;duire, augmenter, mettre en &#233;quation, etc., homme robot, soumis &#224; l'empire d'une logique purement comptable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'articulation de ces deux caract&#233;ristiques fondamentales de toute bureaucratie se noue au-dedans du concept d'&#171; efficacit&#233; &#187;. Le seul titre de &#171; l&#233;gitimit&#233; &#187; qu'exhibe la bureaucratie est celui de son &#171; efficacit&#233; &#187;. A son autel, il est dispos&#233; &#224; sacrifier &#8211; sans m&#234;me s'en rendre compte &#8211; toute autre consid&#233;ration ext&#233;rieure &#224; la &#171; sph&#232;re de moyens &#187;, &#224; savoir toutes les consid&#233;rations relatives &#224; l'&#233;quit&#233;, &#224; la justice sociale, &#224; la dignit&#233; humaine, &#224; l'&#233;galit&#233;, &#224; la solidarit&#233; entre tout ce qui porte visage humain, les trois g&#233;n&#233;rations des Droits de l'Homme et, par voie de cons&#233;quence, les principes m&#234;mes de la D&#233;mocratie d&#233;lib&#233;rative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour se donner bonne conscience, &#171; bonne conscience juridique &#187;, ils se targuent de la stricte l&#233;galit&#233; des d&#233;cisions qu'ils prennent, contraints et forc&#233;s, en &#171; situation d'urgence &#187; &#8211; l&#233;galit&#233; dont il est permis par ailleurs de douter de son caract&#232;re &#171; strict &#187;, mais peu importe. Nous savons en revanche que tr&#232;s souvent, surtout en situation d&#233;cr&#233;t&#233;e &#171; d'exception &#187;, la conscience juridique n'est &#171; bonne &#187; et vraiment &#171; tranquille &#187; que lorsque la l&#233;galit&#233; est oublieuse de sa s&#339;ur a&#238;n&#233;e, la l&#233;gitimit&#233;. Et lorsque l&#233;galit&#233; et l&#233;gitimit&#233; sont affect&#233;es de strabisme, lorsqu'elles se s&#233;parent et s'&#233;cartent dangereusement, alors il faut s'attendre &#224; tout et craindre le pire&#8230; Leur divorce ne se conclut jamais &#224; l'amiable&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est malheureusement l'image que nous renvoie aujourd'hui la plupart des ministres et des responsables socialistes grecs, l'image de bureaucrates z&#233;l&#233;s, efficaces, froids, born&#233;s et t&#234;tus. Leurs discours publics et leur rh&#233;torique semblent indiquer qu'ils ont abdiqu&#233; de penser, si penser signifie encore &#171; juger &#187; des finalit&#233;s du vivre ensemble &#8211; une vie digne d'&#234;tre v&#233;cue. Il est vrai que lesdits &#171; ministres &#187; ont pris sur leurs fr&#234;les &#233;paules &#8211; la plupart sont relativement jeunes &#8211; le poids d'un travail immense, v&#233;ritablement &#171; surhumain &#187; si ce n'est &#171; inhumain &#187;, poids qui les emp&#234;che sans doute de r&#233;fl&#233;chir et de penser au-del&#224; de leurs t&#226;ches imm&#233;diates et &#224; court terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, en ces mois torrides d'&#233;t&#233; grec, le premier ministre a pris soin de s'adresser publiquement &#224; ses ministres : &#171; Je sais l'immense travail que vous avez accompli, mais je vous en conjure, prenez quelques jours de vacances, sans honte ni culpabilit&#233;, vous le m&#233;ritez, mais sachez bien qu'en rentrant un travail colossal vous attend &#187;. Des paroles qui, dans le contexte actuel, p&#232;sent de tout leur pesant d'or.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dernier point enfin, lequel, s'il appara&#238;t hyperbolique, ne doit pas nous emp&#234;cher de s'interroger sur les potentialit&#233;s de cette r&#233;duction de la sph&#232;re politique &#224; la sph&#232;re techno-bureaucratique. Des historiens et des philosophes contemporains se sont pench&#233;s sur la cat&#233;gorie de &#171; crimes de bureaux &#187; pour tenter de comprendre la sp&#233;cificit&#233; des m&#233;canismes qui ont rendu possible les innombrables crimes, crimes de masse, commis dans les ann&#233;es 1930, d&#233;but des ann&#233;es 1940, par les r&#233;gimes totalitaires qu'il est inutile de nommer ici. Nous savons &#224; pr&#233;sent, que dans cette complexe Institution criminelle d'Etat, la bureaucratie joua, en dehors et &#224; c&#244;t&#233; des appareils de r&#233;pression proprement dit, un r&#244;le capital, d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bourreaux n'&#233;taient pas tous des &#171; monstres &#187; &#8211; il y en a eu bien &#233;videmment &#8211;, mais des hommes ordinaires, des bureaucrates besogneux et consciencieux dans leur propre sph&#232;re, la &#171; sph&#232;re des moyens &#187; et des &#171; techniques &#187;. Ils avaient une foule de &#171; probl&#232;mes &#187; &#224; r&#233;soudre : d&#233;nombrer, classer, &#233;tablir de priorit&#233;s, g&#233;rer des flux, calculer, coordonner, ajuster des quantit&#233;s, organiser de d&#233;placements&#8230; etc. La finalit&#233; de toutes ces op&#233;rations &#8211; qui ont scell&#233; le sort de millions de personnes &#8211; &#233;tait pour eux, &#171; hors champ &#187;, elle n'&#233;tait pas de leur ressort. Ils y &#233;taient indiff&#233;rents. Ils ne faisaient que leur travail et ils le faisaient sans haine, mais avec pr&#233;cision et z&#232;le. Des bureaucrates types. La derni&#232;re parole d'Eichmann &#224; son proc&#232;s fut : &#171; coupable mais pas responsable &#187;. Pour avoir assist&#233; au proc&#232;s et observ&#233; attentivement Eichmann, H. Arendt dira &#224; son sujet : &#171; Il n'est pas un monstre. Il est tout simplement un homme qui avait cess&#233; de penser &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour &#233;viter tout malentendu je tiens &#224; affirmer clairement : par cette remarque je ne sugg&#232;re absolument aucune comparaison ni m&#234;me une quelconque mise en rapport. Une telle insinuation serait absurde, stupide et odieuse. Toutefois, les r&#233;f&#233;rences &#224; d'autres contextes historiques, bien que sans commune mesure, voire m&#234;me sans un rapport direct avec des contextes pr&#233;sents, peuvent nous inciter &#224; s'ouvrir &#224; quelques questionnements pour une compr&#233;hension plus lucide et plus vigilante des enjeux qui taraudent nos soci&#233;t&#233;s dites &#171; postmodernes &#187;. On ne joue pas impun&#233;ment avec des mots comme &#171; &#233;tat d'exception &#187;, &#171; &#233;tat d'urgence &#187;, &#171; &#233;tat de si&#232;ge &#187;, &#171; nous ou le d&#233;luge &#187;&#8230; etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yannis Thanassekos Ath&#232;nes, juillet 2010&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] Voir mon article dans A Contre Courant, n&#176; 215, juin-juillet 2010 et dans le Bulletin du Cadtm du 21 juin 2010 : La crise grecque : le maillon le plus faible de la &#171; cha&#238;ne n&#233;olib&#233;rale &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Mon propos ici ne pr&#233;tend pas d'analyser ou de commenter les r&#233;formes en question. Elles sont la copie conforme des mesures d'aust&#233;rit&#233; s&#233;v&#232;re mise en &#339;uvres dans tous les pays europ&#233;ens et &#224; ce titre elles ont d&#233;j&#224; fait l'objet de nombreuses analyses critiques qui d&#233;noncent leur inanit&#233; et leur inhumanit&#233;. C'est le discours et le rh&#233;torique des responsables politiques qui m'int&#233;resse&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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