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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Autour du 10 novembre : Quand l'islamophobie prend le masque de la la&#239;cit&#233;</title>
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		<dc:date>2019-11-19T07:53:20Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Annick Coup&#233;, Pierre Khalfa</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-11-19</dc:subject>

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&lt;p&gt;L'appel &#224; la manifestation le 10 novembre contre l'islamophobie a mis de nouveau en lumi&#232;re les divisions de la gauche sur ce sujet. Alors que les actes et les discours antimusulmans se multiplient, il devrait avoir &#224; gauche un r&#233;flexe unitaire antiraciste, cela n'a pas &#233;t&#233; totalement le cas. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Europe solidaire sans fronti&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le PS a publiquement attaqu&#233; la manifestation. Le PCF n'y appelle pas officiellement et son secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral a annonc&#233; qu'il n'y serait pas pr&#233;sent, de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2019-11-19-+" rel="tag"&gt;Edition du 2019-11-19&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton41161-590d8.jpg?1781496134' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'appel &#224; la manifestation le 10 novembre contre l'islamophobie a mis de nouveau en lumi&#232;re les divisions de la gauche sur ce sujet. Alors que les actes et les discours antimusulmans se multiplient, il devrait avoir &#224; gauche un r&#233;flexe unitaire antiraciste, cela n'a pas &#233;t&#233; totalement le cas.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article51205&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Europe solidaire sans fronti&#232;re&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PS a publiquement attaqu&#233; la manifestation. Le PCF n'y appelle pas officiellement et son secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral a annonc&#233; qu'il n'y serait pas pr&#233;sent, de m&#234;me que Yannick Jadot et ce malgr&#233; la pr&#233;sence de nombreux responsables communistes et d'EELV. On a m&#234;me pu entendre Fran&#231;ois Ruffin expliquer qu'il ne se rendrait pas &#224; la manifestation parce qu'il jouait au foot le dimanche et s'excusant d'avoir sign&#233; l'appel, ayant lu le texte trop rapidement parce qu'il mangeait des gaufres en Belgique avec ses enfants&#8230;(1)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment expliquer cette division et plus largement le refus d'une partie de la gauche politique, sociale ou associative de prendre en charge la question de l'islamophobie ? Un premier d&#233;bat porte sur le terme lui-m&#234;me qui est refus&#233; par certains &#224; gauche au nom qu'il serait un obstacle &#224; la n&#233;cessaire critique des religions. On peut discuter &#224; perte de vue sur le mot, mais cette discussion ne doit pas faire obstacle &#224; la chose elle-m&#234;me : le racisme qui touche les musulmanes et les musulmans en tant que tels, parce qu'ils sont ou suppos&#233;s &#234;tre de religion musulmane. On a l&#224; un racisme qui est tr&#232;s similaire au racisme anti-juif : des individus sont assign&#233;s &#224; une identit&#233; par&#233;e de stigmates n&#233;gatifs. Le terme antis&#233;mitisme, qui renvoie les juifs &#224; une pseudo origine s&#233;mitique, est au moins, sinon plus, aussi insatisfaisant que le terme islamophobie. Il s'est pourtant impos&#233; pour d&#233;signer le racisme anti-juif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais derri&#232;re le d&#233;bat sur le mot, il y a une question qui taraude la gauche et plus largement la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, c'est celle de la la&#239;cit&#233;. Non seulement, la droite, longtemps r&#233;tive, et l'extr&#234;me droite qui en vomissait l'id&#233;e semblent en &#234;tre devenues les d&#233;fenseurs intransigeants, mais la gauche qui en avait fait un &#233;tendard s'av&#232;re incapable d'en d&#233;finir un contenu qui fasse consensus en son sein. Cette situation s'explique par deux s&#233;ries de facteurs. Le premier renvoie &#224; des d&#233;bats tranch&#233;s non sans mal avec la loi de 1905 mais qui reviennent aujourd'hui en force &#224; propos, second facteur, de la place de l'islam en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Petit retour sur l'histoire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1905, le d&#233;bat principal porte sur la d&#233;finition m&#234;me de la la&#239;cit&#233;. Si les positions d&#233;fendues par les uns et les autres ont pu &#233;voluer lors des d&#233;bats, on peut n&#233;anmoins distinguer deux grands blocs qui, sans &#234;tre homog&#232;nes, sont porteurs d'une vision tr&#232;s diff&#233;rente de la la&#239;cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve d'un c&#244;t&#233; un bloc form&#233; par les partisans d'une la&#239;cit&#233; antireligieuse et par ceux d'un contr&#244;le &#233;troit sur l'&#201;glise. Pour les premiers, la&#239;cit&#233; et ath&#233;isme se confondent et, face aux religions, l'&#201;tat ne saurait &#234;tre neutre. Son r&#244;le est de les combattre au nom de l'&#233;mancipation humaine. Reprenant le mot d'ordre de Voltaire &#171; &#233;crasons l'inf&#226;me &#187;, ils &#233;rigent la la&#239;cit&#233; en moyen de lutte contre les religions. Les seconds, dont le repr&#233;sentant le plus connu est &#224; l'&#233;poque &#201;mile Combes, se situent dans la tradition gallicane qui a domin&#233; les rapports de l'&#201;glise et de l'&#201;tat en France. Le gallicanisme, dont au XVIIe si&#232;cle l'&#233;v&#234;que Bossuet a &#233;t&#233; un des th&#233;oriciens, combine deux &#233;l&#233;ments : d'une part, l'&#201;tat a le droit d'intervenir dans les affaires religieuses, d'autre part, il doit promouvoir le d&#233;veloppement d'une &#201;glise nationale autonome par rapport &#224; la papaut&#233;. Ainsi, sous des formes diverses, c'est le gouvernement qui nommait en fait les &#233;v&#234;ques jusqu'&#224; la loi de s&#233;paration de 1905. Apr&#232;s la R&#233;volution fran&#231;aise, le gallicanisme s'est incarn&#233; dans le r&#233;gime du Concordat mis en place en 1801 par Bonaparte, r&#233;gime dont Combes demande la prorogation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces postions sont battues en 1905 par un bloc anim&#233; par Aristide Briand, Ferdinand Buisson et Jean Jaur&#232;s. Ce qui s'impose, c'est l'id&#233;e d'une la&#239;cit&#233; s&#233;paratiste. La loi de 1905, dans laquelle d'ailleurs le mot &#171; la&#239;cit&#233; &#187; ne figure pas, correspond &#224; une double rupture : rupture d'une part avec la volont&#233; des &#201;glises d'exercer un magist&#232;re sur le politique ; rupture d'autre part avec la tradition gallicane et concordataire, l'&#201;tat n'ayant plus son mot &#224; dire ni sur l'organisation interne du culte, ni sur les questions relatives au dogme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi de 1905 promeut donc une double ind&#233;pendance, celle du politique par rapport au religieux, mais aussi des &#201;glises par rapport &#224; l'&#201;tat. L'&#201;tat la&#239;que, qui se distingue d'un &#201;tat ath&#233;e, traite toutes les convictions de fa&#231;on &#233;gale, il n'en privil&#233;gie aucune. Les convictions philosophiques comme la foi religieuse rel&#232;vent du choix individuel. L'&#201;tat la&#239;que respecte donc la libert&#233; de conscience (art. 1 de la loi de 1905). Il faut, dans ce cadre, insister sur un point. Dans un &#201;tat la&#239;que, ce sont les institutions publiques qui sont la&#239;ques, pas les individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La la&#239;cit&#233; admet l'existence des religions, mais en les cantonnant strictement &#224; leur objet, le religieux. La loi de 1905 traite donc, en th&#233;orie, toutes les religions de fa&#231;on &#233;galitaire. La religion catholique perd ainsi son statut particulier de &#171; religion de la grande majorit&#233; des Fran&#231;ais &#187; que le Concordat lui avait attribu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un &#233;quilibre instable&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;paration est un &#233;quilibre instable. Le d&#233;bat en 1905 se focalise sur la question de l'organisation des cultes et sur la r&#233;daction de l'article 4 de la loi qui cr&#233;e les associations cultuelles devant se voir attribuer les &#233;tablissements de culte. Ces derni&#232;res devront &#171; se conformer aux conditions g&#233;n&#233;rales du culte dont elles se proposent d'assurer l'exercice &#187;. C'est, sans l'&#233;crire explicitement, indiquer que les associations cultuelles catholiques seront plac&#233;es sous l'autorit&#233; de l'&#201;glise (2). Mais les associations cultuelles sont refus&#233;es par l'&#201;glise, et il faudra attendre en 1924 un accord entre le Saint-Si&#232;ge et l'&#201;tat fran&#231;ais portant sur la cr&#233;ation d'associations dioc&#233;saines pr&#233;sid&#233;es obligatoirement par les &#233;v&#234;ques pour que le conflit s'apaise. Alors que la loi de 1905 ne fait aucune distinction entre les religions, la religion catholique obtient donc, de fait, un statut &#224; part, statut confirm&#233; par le fait que des f&#234;tes religieuses chr&#233;tiennes deviennent des jours f&#233;ri&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, la loi ne s'appliquera pas en Alsace-Moselle o&#249; le r&#233;gime concordataire allemand perdurera pour l'essentiel. Si la R&#233;publique &#171; ne subventionne aucun culte &#187; (article 2), cela n'emp&#234;che pas l'&#201;tat de financer les aum&#244;neries et de permettre l'entretien sur fonds publics des lieux de culte mis gratuitement &#224; disposition (articles 12 et 13 compl&#233;t&#233;s par la loi de 1908). Le refus de financement des cultes sur fonds publics conna&#238;t donc des exceptions notables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la suite, les affrontements vont se polariser sur l'&#233;cole, terrain o&#249; le camp la&#239;que subira d&#233;faite sur d&#233;faite, que ce soit en 1959 avec la loi Debr&#233;, ou en 1984 avec l'&#233;chec de la loi Savary(3). Mais, surtout, l'&#201;glise catholique n'a pas renonc&#233; &#224; &#233;dicter des lois morales qu'elle juge sup&#233;rieures aux lois s&#233;culi&#232;res. Elle s'oppose ainsi au nom de la &#171; loi naturelle &#187; &#224; la loi sur le divorce et &#224; celle sur l'IVG. Lors de la loi sur le mariage pour tous ou sur la PMA, on a pu voir que les religions, &#224; l'exception notable de la F&#233;d&#233;ration protestante de France, n'avaient pas renonc&#233; &#224; leur comportement dominateur en voulant imposer leur conception de la famille &#224; la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'islam impens&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi de 1905 n'a jamais &#233;t&#233; appliqu&#233;e dans les colonies fran&#231;aises, et notamment en Alg&#233;rie, et ce malgr&#233; la demande des responsables musulmans. Les autorit&#233;s coloniales pr&#233;f&#233;raient en effet maintenir un contr&#244;le &#233;troit sur tous ceux qui &#233;taient soumis au code de l'indig&#233;nat, &#224; tel point que le terme &#171; musulman &#187; a pris &#224; l'&#233;poque une connotation ethnique d&#233;tach&#233;e de son caract&#232;re religieux. La Cour d'appel d'Alger a statu&#233; en 1903 que ce terme &#171; n'a pas un sens purement confessionnel, mais qu'il d&#233;signe au contraire l'ensemble des individus d'origine musulmane qui, n'ayant point &#233;t&#233; admis au droit de cit&#233;, ont n&#233;cessairement conserv&#233; leur statut personnel musulman, sans qu'il y ait lieu de distinguer s'ils appartiennent ou non au culte mahom&#233;tan &#187;. Et la Cour de parler d'&#171; indig&#232;nes musulmans chr&#233;tiens &#187; (sic).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refus d'appliquer les lois de la R&#233;publique aux musulmans a &#233;t&#233; une constante et, h&#233;las, l'empreinte du colonialisme n'a pas disparu, puisque l'&#201;tat continue &#224; vouloir avoir son mot &#224; dire sur la religion musulmane, comme le montrent les tentatives r&#233;guli&#232;res de la part des gouvernements de faire surgir un &#171; islam de France &#187; dans la plus pure tradition gallicane. Il s'agit en fait, pour les autorit&#233;s, de cr&#233;er un organisme qui puisse parler au nom de tous les musulmans. Or, la loi de 1905 ne conna&#238;t que des associations cultuelles, pas les cultes en tant que tels. Son article 2 postule que la R&#233;publique ne reconna&#238;t aucun culte. La volont&#233; de cr&#233;er de toutes pi&#232;ces un organisme repr&#233;sentant les musulmans en France rel&#232;ve d'une vision concordataire dans laquelle l'&#201;tat reconna&#238;t et pr&#233;tend organiser les cultes. L'&#201;tat participe ainsi &#224; la cr&#233;ation d'une communaut&#233; musulmane &#224; laquelle sont, de fait, assign&#233;s tous les individus suppos&#233;s musulmans. C'est d'ailleurs ce qui s'&#233;tait pass&#233; lors du Concordat de 1801 avec le juda&#239;sme. La loi de 1905 a justement voulu rompre avec cette conception, m&#234;me si actuellement le Conseil repr&#233;sentatif des institutions juives (CRIF) prolonge l'esprit concordataire avec les d&#233;rives communautaristes qui en sont issues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi de 1905 est une loi de s&#233;paration qui implique que l'&#201;tat doit renoncer &#224; r&#233;gimenter les cultes. Un &#201;tat la&#239;que n'a rien &#224; dire sur ce que doit &#234;tre le dogme religieux. Il n'a pas &#224; intervenir sur la fa&#231;on dont les croyants vivent leur foi &#224; condition que ceux-ci respectent les lois en vigueur. Imagine-t-on un gouvernement l&#233;gif&#233;rer sur la messe en latin ou sur le port d'une perruque pour les femmes juives orthodoxes ? Par contre, une partie de l'opinion ne semble pas choqu&#233;e que la puissance publique puisse dire ce qui est ou pas acceptable dans l'islam. De plus, l'&#233;galit&#233; de traitement entre les religions n'est pas aujourd'hui assur&#233;e puisque la religion musulmane, qui n'&#233;tait pas pr&#233;sente en France en 1905, n'a pu b&#233;n&#233;ficier de la mise &#224; disposition gratuite des lieux de culte et de leur entretien par la puissance publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, c'est la question de la place de l'islam, devenu deuxi&#232;me religion du pays, qui se pose aujourd'hui avec en arri&#232;re-fond le d&#233;bat sur &#171; l'identit&#233; fran&#231;aise &#187;. Pour Marine Le Pen &#171; pour m&#233;riter la nationalit&#233; fran&#231;aise, il faut parler fran&#231;ais, manger fran&#231;ais, vivre fran&#231;ais &#187; (4). Nicolas Sarkozy n'est pas en reste : &#171; On ne peut pas continuer &#224; utiliser le mot &#8216;&#8216;int&#233;gration'', il faut utiliser le mot &#8216;&#8216;assimilation'' (&#8230;) L'int&#233;gration, c'est je viens comme je suis, je ne change rien &#224; ce que je suis''. L'assimilation, c'est &#8216;&#8216;on vous accueille tel que vous &#234;tes mais vous adoptez la langue, la culture, l'histoire, le mode de vie du pays qui vous accueille'' (5) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re une remarque apparemment de bons sens &#8211; pour vivre en France, il vaut mieux parler fran&#231;ais -, c'est une conception d'une soci&#233;t&#233; homog&#232;ne, dont les racines seraient chr&#233;tiennes ou, pour certains, jud&#233;o-chr&#233;tiennes, oubliant opportun&#233;ment ainsi que la chr&#233;tient&#233; a pers&#233;cut&#233; les juifs pendant des si&#232;cles. L'Autre est accept&#233; &#224; condition de nier la part musulmane de son identit&#233; et d'&#234;tre semblable &#224; une vision mythifi&#233;e de ce qu'est un citoyen fran&#231;ais. &#192; l'inverse de la n&#233;cessit&#233; de faire vivre l'unit&#233; du corps social dans sa diversit&#233;, l'exigence de l'assimilation &#8211; un mot issu du vocabulaire colonial -, tourn&#233;e aujourd'hui essentiellement vers les musulmanes et les musulmans, implique de leur demander de ne plus revendiquer leur appartenance religieuse, d'&#234;tre invisibles dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Combattre l'int&#233;grisme religieux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est ind&#233;niable que des id&#233;es int&#233;gristes sont d&#233;velopp&#233;es dans certains lieux de culte musulman et plus globalement que les fondamentalismes religieux chr&#233;tien, juif ou musulman semblent marquer des points. Plus globalement, comme on peut le voir r&#233;guli&#232;rement, les religions n'ont pas renonc&#233; &#224; vouloir imposer leurs normes sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans un &#201;tat de droit, qui plus est la&#239;que, chaque individu a le droit de pratiquer et de pr&#234;cher le dogme religieux qu'il d&#233;sire, dans le respect des limites mises &#224; la libert&#233; d'expression. La libert&#233; d'expression ne permet pas d'appeler publiquement &#224; la mort d'autrui, ni de faire l'apologie de crimes de guerre, de crimes contre l'humanit&#233;, ni d'appeler &#224; la haine contre un groupe ethnique ou national donn&#233;. On ne peut pas non plus user de la libert&#233; d'expression pour appeler &#224; la haine ou &#224; la violence envers un sexe, une orientation sexuelle ou un handicap. La loi actuelle permet donc de sanctionner non seulement des actes d&#233;lictueux, mais les d&#233;clarations qui les encouragent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que citoyens.es, nous pouvons critiquer tel ou tel aspect des religions chr&#233;tienne, juive ou musulmane, ou m&#234;me consid&#233;rer, si l'on est ath&#233;e, que toute religion est obscurantiste. Nous pouvons, nous devons, en tant que citoyens, combattre le fondamentalisme religieux, mais la puissance publique doit &#234;tre garante du libre exercice du culte et de la possibilit&#233; pour chacune et chacun de faire valoir ses opinions &#224; condition de ne pas violer la loi. L'&#233;quilibre instable de la loi de 1905 se retrouve ici dans des circonstances radicalement diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es port&#233;es par l'int&#233;grisme religieux, quel qu'il soit, sont effectivement contraires &#224; toute perspective d'&#233;mancipation, plus particuli&#232;rement encore celle des femmes, et &#224; l'existence m&#234;me d'une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique. Comment les affronter et emp&#234;cher leur d&#233;veloppement ? La force de l'int&#233;grisme religieux tient &#224; sa capacit&#233; &#224; donner un sens global &#224; la vie des individus qui embrassent la foi. Le combattre suppose de faire vivre concr&#232;tement un autre imaginaire social. Dans une soci&#233;t&#233; o&#249; la concurrence entre individus est promue comme valeur supr&#234;me, o&#249; la comp&#233;titivit&#233; devient l'objectif majeur de la vie sociale et o&#249; la devise louis-philipparde &#171; enrichissez-vous &#187; semble le seul horizon, c'est en promouvant pratiquement dans la r&#233;alit&#233; sociale les valeurs de solidarit&#233;, d'&#233;galit&#233; et de justice sociale, c'est par l'&#233;ducation quotidienne &#224; l'&#233;galit&#233; entre les femmes et les hommes que sera ass&#233;ch&#233; le terreau de l'int&#233;grisme et que ses adeptes seront marginalis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La la&#239;cit&#233;, s&#233;paration du public et du priv&#233; ou s&#233;paration du politique et du religieux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Affirmer que la la&#239;cit&#233;, c'est, comme on l'entend parfois, la s&#233;paration du public et du priv&#233;, c'est confondre foi et religion. Si la foi est une affaire individuelle priv&#233;e, la religion est, par d&#233;finition m&#234;me, une affaire collective. On sait que le mot &#171; religion &#187; trouve son origine dans le mot latin religare signifiant &#171; relier &#187;. Une religion relie les individus entre eux sur la base d'un dogme qui se traduit par des pratiques collectives et individuelles, ce qui pose la question de sa pr&#233;sence dans l'espace public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat sur la neutralit&#233; de l'espace public a &#233;t&#233; tranch&#233; en 1905, lorsqu'un amendement portant sur l'interdiction du port de la soutane dans l'espace public avait &#233;t&#233; rejet&#233;. S'affirmait ainsi le fait l'espace public n'est pas neutre. C'est un espace de libert&#233; dans lequel les individus peuvent manifester, dans le respect des lois en vigueur (6), leur appartenance religieuse ou leurs convictions, qu'elles soient philosophiques, politiques ou syndicales. Ainsi, la loi de 1905 permet que les processions et les manifestations religieuses soient autoris&#233;es si elles ne cr&#233;ent pas de trouble &#224; l'ordre public et les lieux de culte peuvent &#234;tre apparents. Les convictions peuvent s'exercer dans l'espace public, mais sans exercer d'emprise sur celui-ci. Un homme juif peut, s'il le d&#233;sire, porter la kippa dans la rue, de m&#234;me qu'un musulman le kamis, un moine bouddhiste une robe safran et une femme musulmane ou juive orthodoxe un voile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interdiction r&#233;cente faite aux d&#233;put&#233;s d'arborer des signes religieux et politiques &#224; l'Assembl&#233;e nationale est donc une atteinte aux libert&#233;s individuelles (7). Rappelons que seuls les fonctionnaires, en tant que mandataires de la puissance publique, sont astreints &#224; un devoir de neutralit&#233; mais &#233;videmment pas les &#233;lus. Concernant les signes religieux, rappelons aussi que, d&#233;put&#233;s, l'abb&#233; Pierre et le chanoine Kir venaient habill&#233;s en soutane &#224; l'Assembl&#233;e sans que cela ne provoque alors la moindre pol&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pire m&#234;me, la revendication de neutralit&#233; de l'espace public ne peut qu'aboutir &#224; des mesures liberticides. Car pourquoi s'arr&#234;ter en si bon chemin ? Si l'espace public doit &#234;tre neutre, il doit alors &#234;tre possible d'y interdire, par exemple, toute expression syndicale ou politique qui, par d&#233;finition, viole cette neutralit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de la question religieuse, nous ne pouvons pas &#234;tre par principe favorable &#224; une s&#233;paration du public et du priv&#233;. Ainsi par exemple, nous sommes pour que le contrat de travail, contrat entre deux personnes priv&#233;es, soit encadr&#233; par des r&#233;glementations publiques (le code du travail) comme nous sommes favorables &#224; ce que les relations entre des acteurs &#233;conomiques priv&#233;s soient encadr&#233;s par la puissance publique. De m&#234;me, les f&#233;ministes se sont battues pour que ce qui rel&#232;ve des relations de couple ne soit pas trait&#233; simplement comme des affaires priv&#233;es mais puissent &#234;tre soumis &#224; une intervention publique, comme par exemple dans le cas de violences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La focalisation sur le voile&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat sur le port du voile a pris en France des allures paroxystiques. Nous n'entrerons pas ici dans le d&#233;bat qui ne saurait se r&#233;sumer &#224; savoir si le voile est un sympt&#244;me de l'oppression des femmes ou si, &#224; l'oppos&#233;, il est l'affirmation d'une identit&#233; musulmane librement choisie( 8). Quelle que soit l'opinion de chacun, il est clair que la la&#239;cit&#233; est brandie ici par beaucoup pour stigmatiser les femmes qui le portent et montrer l'islam du doigt. Il faut pourtant remarquer que la mise en &#339;uvre de la&#239;cit&#233; en France ne s'est pas accompagn&#233;e d'une am&#233;lioration du sort des femmes. Malgr&#233; la loi de 1905, les progr&#232;s en mati&#232;re d'&#233;galit&#233; femmes/hommes sont rest&#233;s tr&#232;s limit&#233;s. La France a ainsi le triste privil&#232;ge d'avoir le temps le plus long, parmi les pays occidentaux, entre l'instauration du droit de vote pour les hommes et celui du suffrage universel g&#233;n&#233;ralis&#233;. Pire, la la&#239;cit&#233; fut utilis&#233;e comme pr&#233;texte par des courants la&#239;ques pour refuser le droit de vote aux femmes, ces derni&#232;res &#233;tant cens&#233;es &#234;tre sous l'influence de leur cur&#233;. Il a fallu attendre les ann&#233;es 1970 et 1980 pour que les femmes obtiennent l'&#233;galit&#233; juridique et que les &#233;tablissements scolaires deviennent obligatoirement mixtes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel que soit le jugement sur la loi de 2004 portant sur l'interdiction des signes religieux &#224; l'&#233;cole, force est de constater qu'elle a ouvert les vannes &#224; des d&#233;rives importantes : tentation r&#233;currente d'interdire aux m&#232;res voil&#233;es d'accompagner les enfants lors de sorties scolaires alors m&#234;me qu'elles ne sont pas des agents publics ; chasse aux coiffes, assimil&#233;es au voile et tentative d'interdiction des jupes trop longues consid&#233;r&#233;es comme un signe religieux ; tentative de la part de personnalit&#233;s de droite et de gauche d'imposer l'interdiction du voile dans les universit&#233;s ; proposition de la majorit&#233; du S&#233;nat, &#224; l'&#233;poque de gauche, d'interdire le port du foulard aux assistantes maternelles. Le voile est consid&#233;r&#233; comme le signe &#224; bannir absolument au nom de la la&#239;cit&#233;, alors m&#234;me que la loi de 1905 garantit la libert&#233; de conscience et celle d'afficher ses convictions religieuses dans l'espace public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi de 2010 interdit le port du voile int&#233;gral dans l'espace public. Pr&#233;c&#233;d&#233;e d'une agitation m&#233;diatique intense, cette interdiction, qui ne concerne que quelques centaines de femmes sur le territoire national, est pr&#233;sent&#233;e par ses d&#233;fenseurs comme une loi en d&#233;fense de la la&#239;cit&#233;. Sauf que, pour ne pas &#234;tre retoqu&#233;e par le Conseil constitutionnel, elle sera justifi&#233;e juridiquement par des motifs d'ordre public. Certes, comme le dit Jean Baub&#233;rot, &#171; M&#234;me choisi, le voile int&#233;gral se fourvoie. Le refus du risque d'uniformisation sociale conduit &#224; porter un uniforme int&#233;gral &#8211; ce qui est tr&#232;s diff&#233;rent du fait de manifester son identit&#233; par tel ou tel signe &#8211; et, par ce fait m&#234;me, on englobe sa personne dans une seule identit&#233;, on gomme ses autres caract&#233;ristiques personnelles, on efface son individualit&#233; &#187;( 9). Mais ajoute-t-il &#171; une loi qui conduirait celles qui subissent le port du voile int&#233;gral &#224; ne plus pouvoir se d&#233;placer dans l'espace public induirait une situation pire que la situation actuelle. Et, pour le voile int&#233;gral choisi, le contraindre irait le plus souvent &#224; l'encontre du convaincre. Or c'est essentiellement de convaincre qu'il s'agit &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Khalfa et Annick Coup&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Le grand entretien, France Inter, mercredi 6 novembre 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) Cette position fait &#233;clater le camp &#171; s&#233;paratiste &#187; dont une partie, avec Ferdinand Buisson, refuse de voir l'autorit&#233; hi&#233;rarchique de l'&#201;glise confort&#233;e par la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) La loi Debr&#233; instaure, sous diverses formes, un r&#233;gime de subventions publiques des &#233;coles priv&#233;es. Elle provoqua le lancement, par le Comit&#233; national d'action la&#239;que (CNAL) d'une p&#233;tition qui recueillit plusieurs millions de signatures. La loi Savary visait &#224; cr&#233;er un service public unifi&#233; de l'&#233;ducation regroupant public et priv&#233;. Elle fut retir&#233;e devant les imposantes mobilisations impuls&#233;es par l'&#201;glise catholique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(4) Propos tenus le 28 novembre 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(5) Propos tenus le 7 f&#233;vrier 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(6) Nous laissons de c&#244;t&#233; la discussion sur le rapport entre la l&#233;galit&#233; et la l&#233;gitimit&#233; qui est &#224; la source de la d&#233;sob&#233;issance civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(7)Voir le communiqu&#233; de la Ligue des droits de l'homme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(8) Il faut cependant remarquer que, dans ce d&#233;bat, la parole des femmes musulmanes concern&#233;es est en g&#233;n&#233;ral peu prise en compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(9) Audition devant la Mission d'information sur la pratique du port du voile int&#233;gral sur le territoire national, 21 octobre 2009.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Annick Coup&#233; : Syndicats, Gilets Jaunes. &#171; Il nous faut mieux comprendre les contradictions entre les diff&#233;rentes formes de domination &#187;</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Annick Coup&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Les gilets jaunes</dc:subject>
		<dc:subject>Les gilets jaunes</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-02-12</dc:subject>

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&lt;p&gt;Alors que le mouvement des Gilets Jaunes est en phase de d&#233;passer les records de long&#233;vit&#233; du mouvement social en France, la CGT et Solidaires ont appel&#233; &#224; une journ&#233;e de gr&#232;ve interprofessionnelle le 5 f&#233;vrier. L'&#233;quipe du Fil a rencontr&#233; Annick Coup&#233; pour discuter de l'avenir du mouvement syndical et social. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du blogue de Christine Delphy. &lt;br class='autobr' /&gt;
On est dans une situation que je n'ai jamais connue avec, dans le m&#234;me moment, un mouvement durable et d&#233;termin&#233; pour plus de justice sociale, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH91/arton37775-cfd42.jpg?1781496134' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='91' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alors que le mouvement des Gilets Jaunes est en phase de d&#233;passer les records de long&#233;vit&#233; du mouvement social en France, la CGT et Solidaires ont appel&#233; &#224; une journ&#233;e de gr&#232;ve interprofessionnelle le 5 f&#233;vrier. L'&#233;quipe du Fil a rencontr&#233; Annick Coup&#233; pour discuter de l'avenir du mouvement syndical et social.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;https://christinedelphy.wordpress.com/2019/02/11/annick-coupe-syndicats-gilets-jaunes-il-nous-faut-mieux-comprendre-les-contradictions-entre-les-differentes-formes-de-domination/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blogue de Christine Delphy&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est dans une situation que je n'ai jamais connue avec, dans le m&#234;me moment, un mouvement durable et d&#233;termin&#233; pour plus de justice sociale, la mont&#233;e d'un mouvement large contre le r&#233;chauffement climatique et un espace politique dans une crise immense. Le capitalisme n'a jamais &#233;t&#233; &#224; ce point d&#233;l&#233;gitim&#233; et la gauche, dans son ensemble, est en d&#233;composition sur pied.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement syndical est enferr&#233; dans sa propre crise. &#199;a fait des ann&#233;es qu'il est travers&#233; de profondes divergences entre ses deux p&#244;les, le syndicalisme d'accompagnement et le syndicalisme de transformation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appel tardif lanc&#233; par la CGT &#224; une journ&#233;e de gr&#232;ve et de mobilisation interprofessionnelle le 5 f&#233;vrier rel&#232;ve de ces difficult&#233;s. Il est un signe donn&#233; pour dire que le mouvement des Gilets jaunes peut se raccorder &#224; un syndicalisme de lutte. Mais il est lanc&#233; alors m&#234;me que les analyses au sujet de ce mouvement sont tr&#232;s cliv&#233;es, y compris au sein de la CGT. Une partie des syndicalistes continue de voir ce mouvement comme une contestation r&#233;actionnaire. Et tou.te.s, favorables ou non &#224; ce mouvement, sont confront&#233;.e.s &#224; la critique que leur renvoie les Gilets jaunes. Sur les ronds-points, il y a beaucoup de salari&#233;.es qui soit sont pr&#233;caires ou ch&#244;meuses et ch&#244;meurs, soit sont dans des secteurs o&#249; le syndicalisme est absent. Ils et elles ont rarement fait l'exp&#233;rience d'un syndicalisme utile &#224; leur cot&#233; et nourrissent donc une d&#233;fiance &#224; son endroit. Ce mouvement est donc aussi une remise en cause du syndicalisme tel qu'il existe aujourd'hui, c'est-&#224;-dire concentr&#233; dans les grandes boites, dans certains secteurs et dans le service public. Nous nous le prenons en pleine figure. Cette situation n'est pas un choix du mouvement syndical, qui depuis des ann&#233;es cherche &#224; se d&#233;senclaver, mais cela cr&#233;e une r&#233;elle difficult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vois pas d'autres solutions que de se confronter &#224; cette situation, en entrant autant que possible dans le mouvement. Ce n'est &#233;videmment pas simple car les forces du syndicalisme sont pr&#233;cis&#233;ment dans les territoires o&#249; le mouvement des Gilets jaunes s'est moins d&#233;velopp&#233;, comme en r&#233;gion parisienne. Dans les petites et moyennes villes, la situation peut &#234;tre diff&#233;rente. L&#224;, des syndicalistes, connu.es comme tels, sont pr&#233;sent.es sur des ronds-points et le plus souvent il n'y a pas de difficult&#233; si ils/elles acceptent d'&#234;tre un.e parmi d'autres. Mais il y a aussi des endroits o&#249; c'est plus compliqu&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mouvement r&#233;v&#232;le un monde du travail encore plus &#233;clat&#233; que nous ne le disons. Il n'y a pas seulement des diff&#233;rences entre salari&#233;.es en CDI, pr&#233;caires et ch&#244;meurs/ch&#244;meuses. Il y a aussi des diff&#233;rences entre les lieux de r&#233;sidence. Les salari&#233;.es des grandes villes, o&#249; il y a encore de l'activit&#233;, se sentent surement un peu plus &#224; l'abri &#8230; Mais il y a un sentiment largement partag&#233; par toutes et tous que, globalement, cela ne va pas. D'o&#249; le soutien au mouvement que r&#233;v&#232;lent les sondages. Inversement, ce mouvement des Gilets jaunes ne se d&#233;veloppe pas forc&#233;ment dans les territoires o&#249; syndicats et associations de luttes sont bien pr&#233;sents ; et pourtant nous retrouvons certaines de nos id&#233;es et revendications dans les exigences des Gilets jaunes. Il y a de la circulation d'id&#233;es et des communaut&#233;s de questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut mieux comprendre les contradictions qui existent dans notre soci&#233;t&#233; entre les diff&#233;rentes formes de domination. Cette exigence ne concerne pas que les syndicats, elle concerne l'ensemble des mouvements sociaux. Et il nous faut retravailler sur les chemins de l'unification des opprim&#233;.e.s. Cela ne se fera pas par le haut, par des appels g&#233;n&#233;raux &#224; la convergence des luttes, d&#233;connect&#233;e de des contradictions et des r&#233;alit&#233;s diverses v&#233;cues par les un.es et les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que la r&#233;ponse est celle de droits &#233;gaux pour toutes et tous. Cela permet de ne pas laisser de terrains &#224; l'extr&#234;me droite qui investit le champs du social avec ses id&#233;es racistes et d'exclusion dans ses bagages. Cela permet de poser, &#224; cot&#233; de la question de la r&#233;partition des richesses, des sujets plus transversaux comme par exemple le service public, mais aussi les questions d'&#233;galit&#233; femmes/hommes, des discriminations racistes ou le droit &#224; un environnement sain&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois aussi qu'il nous faut user avec pr&#233;caution de la notion de convergence. Assa Traor&#233;, comme d'autres militant.es des luttes des quartiers populaires, le dit souvent et fermement : la convergence se fait souvent sur le terrain des plus forts, c'est-&#224;-dire des salari&#233;.es les plus stables et le plus organis&#233;.es. Si on veut faire cause commune avec les habitant.es des banlieues et ceux des villes petites et moyennes ou des zones rurales, il faut construire ensemble ces terrains de luttes et pas chercher une convergence en forme de ralliement. Il faut prendre la mesure des r&#233;alit&#233;s qui sont parfois contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce chemin n'est pas facile. J'ai aussi constat&#233; depuis pas mal d'ann&#233;es qu'il est parfois difficile pour les militant.es de faire le travail de convictions dans les entreprises quand les id&#233;es d'extr&#234;me droite progressent. L'entreprise n'est plus le lieu de &#171; socialisation &#187; qu'elle a pu &#234;tre dans d'autres p&#233;riodes. La diversit&#233; des statuts au sein d'un m&#234;me lieu de travail, les pressions sur les conditions de travail&#8230; tout cela ne facilite pas le travail militant sur le terrain&#8230; D'o&#249; parfois cette oscillation entre des appels parfois incantatoires &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et les difficult&#233;s de concr&#233;tiser les mobilisations le terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les mouvements sociaux doivent surement tous repenser leurs actions, leurs strat&#233;gies, leurs r&#233;flexions sur une perspective d'&#233;mancipation au XXIe si&#232;cle. Mais il n'y a pas de lieux pour cela aujourd'hui o&#249; pourraient se retrouver syndicalistes, militant.es associatifs, intellectuel.les&#8230; C'est une vraie difficult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Annick Coup&#233;, ancienne porte-parole de l'Union syndicale Solidaires et actuellement engag&#233;e dans Attac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://lefildescommuns.fr/2019/02/04/mouvement-social-entretien-avec-annick-coupe/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://lefildescommuns.fr/2019/02/04/mouvement-social-entretien-avec-annick-coupe/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Annick Coup&#233;, Pierre Khalfa : La la&#239;cit&#233; en question</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Annick-Coupe-Pierre-Khalfa-La-laicite-en-question</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Annick Coup&#233;, Pierre Khalfa</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-08-07</dc:subject>

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&lt;p&gt;Affirmer que la la&#239;cit&#233;, c'est, comme on l'entend parfois, la s&#233;paration du public et du priv&#233;, c'est confondre foi et religion. Si la foi est une affaire individuelle priv&#233;e, la religion est, par d&#233;finition m&#234;me, une affaire collective. On sait que le mot &#171; religion &#187; trouve son origine dans le mot latin religare signifiant &#171; relier &#187;. Une religion relie les individus entre eux sur la base d'un dogme qui se traduit par des pratiques collectives et individuelles, ce qui pose la question de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2018-08-07-+" rel="tag"&gt;Edition du 2018-08-07&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH90/arton35526-2b3d5.jpg?1781496135' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='90' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Affirmer que la la&#239;cit&#233;, c'est, comme on l'entend parfois, la s&#233;paration du public et du priv&#233;, c'est confondre foi et religion. Si la foi est une affaire individuelle priv&#233;e, la religion est, par d&#233;finition m&#234;me, une affaire collective. On sait que le mot &#171; religion &#187; trouve son origine dans le mot latin religare signifiant &#171; relier &#187;. Une religion relie les individus entre eux sur la base d'un dogme qui se traduit par des pratiques collectives et individuelles, ce qui pose la question de sa pr&#233;sence dans l'espace public.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du blogue de &lt;a href=&#034;https://christinedelphy.wordpress.com/2018/08/01/annick-coupe-pierre-khalfa-la-laicite-en-question/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Christine Delphy&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La la&#239;cit&#233;, s&#233;paration du public et du priv&#233; ou s&#233;paration du politique et du religieux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat sur la neutralit&#233; de l'espace public a &#233;t&#233; tranch&#233; en 1905, lorsqu'un amendement portant sur l'interdiction du port de la soutane dans l'espace public avait &#233;t&#233; rejet&#233;. S'affirmait ainsi le fait que l'espace public n'est pas neutre. C'est un espace de libert&#233; dans lequel les individus peuvent manifester, dans le respect des lois en vigueur1, leur appartenance religieuse ou leurs convictions, qu'elles soient philosophiques, politiques ou syndicales. Ainsi, la loi de 1905 permet que les processions et les manifestations religieuses soient autoris&#233;es, si elles ne cr&#233;ent pas de trouble &#224; l'ordre public, et les lieux de culte peuvent &#234;tre apparents. Les convictions peuvent s'exercer dans l'espace public, mais sans exercer d'emprise sur celui-ci. Un homme juif peut, s'il le d&#233;sire, porter la kippa dans la rue, de m&#234;me qu'un musulman le qamis, un moine bouddhiste une robe safran et une femme musulmane ou juive orthodoxe un voile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interdiction r&#233;cente faite aux d&#233;put&#233;.es d'arborer des signes religieux et politiques &#224; l'Assembl&#233;e nationale est donc une atteinte aux libert&#233;s individuelles2. Rappelons que seul.es les fonctionnaires, en tant que mandataires de la puissance publique, sont astreint.es &#224; un devoir de neutralit&#233; mais &#233;videmment pas les &#233;lu.es. Concernant les signes religieux, rappelons aussi que, d&#233;put&#233;s, l'abb&#233; Pierre et le chanoine Kir venaient habill&#233;s en soutane &#224; l'Assembl&#233;e, sans que cela ne provoque alors la moindre pol&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de la question religieuse, nous ne pouvons pas &#234;tre par principe favorables &#224; une s&#233;paration du public et du priv&#233;. Ainsi par exemple, nous sommes pour que le contrat de travail, contrat entre deux personnes priv&#233;es, soit encadr&#233; par des r&#233;glementations publiques (le code du travail) comme nous sommes favorables &#224; ce que les relations entre des acteurs &#233;conomiques priv&#233;s soient encadr&#233;s par la puissance publique. De m&#234;me, les f&#233;ministes se sont battues pour que ce qui rel&#232;ve des relations de couple ne soit pas trait&#233; simplement comme des affaires priv&#233;es mais puissent &#234;tre soumis &#224; une intervention publique, comme par exemple dans le cas de violences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Observatoire de la la&#239;cit&#233;3, organisme rattach&#233; au premier ministre, r&#233;sume ainsi ce qu'est la la&#239;cit&#233; d'apr&#232;s la loi de 1905 : &#171; La la&#239;cit&#233; repose sur trois principes et valeurs : la libert&#233; de conscience et celle de manifester ses convictions dans les limites du respect de l'ordre public, la s&#233;paration des institutions publiques et des organisations religieuses, et l'&#233;galit&#233; de tous devant la loi quelles que soient leurs croyances ou leurs convictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La la&#239;cit&#233; garantit aux croyants et aux non-croyants le m&#234;me droit &#224; la libert&#233; d'expression de leurs convictions. Elle assure aussi bien le droit d'avoir ou de ne pas avoir de religion, d'en changer ou de ne plus en avoir. Elle garantit le libre exercice des cultes et la libert&#233; de religion, mais aussi la libert&#233; vis-&#224;-vis de la religion : personne ne peut &#234;tre contraint au respect de dogmes ou prescriptions religieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La la&#239;cit&#233; suppose la s&#233;paration de l'&#201;tat et des organisations religieuses. L'ordre politique est fond&#233; sur la seule souverainet&#233; du peuple des citoyens, et l'&#201;tat &#8211; qui ne reconna&#238;t et ne salarie aucun culte &#8211; ne r&#233;git pas le fonctionnement interne des organisations religieuses. De cette s&#233;paration se d&#233;duit la neutralit&#233; de l'&#201;tat, des collectivit&#233;s territoriales et des services publics, non de ses usagers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;publique la&#239;que assure ainsi l'&#233;galit&#233; des citoyens face &#224; l'administration et au service public, quelles que soient leurs convictions ou croyances. La la&#239;cit&#233; n'est pas une opinion parmi d'autres mais la libert&#233; d'en avoir une. Elle n'est pas une conviction mais le principe qui les autorise toutes, sous r&#233;serve du respect de l'ordre public. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Petit retour sur l'histoire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1905, le d&#233;bat principal porte sur la d&#233;finition m&#234;me de la la&#239;cit&#233;. Si les positions d&#233;fendues par les uns et les autres ont pu &#233;voluer lors des d&#233;bats, on peut n&#233;anmoins distinguer deux grands blocs qui, sans &#234;tre homog&#232;nes, sont porteurs d'une vision tr&#232;s diff&#233;rente de la la&#239;cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve d'un c&#244;t&#233; un bloc form&#233; par les partisans d'une la&#239;cit&#233; antireligieuse et par ceux d'un contr&#244;le &#233;troit sur l'&#201;glise. Pour les premiers, la&#239;cit&#233; et ath&#233;isme se confondent et, face aux religions, l'&#201;tat ne saurait &#234;tre neutre. Son r&#244;le est de les combattre au nom de l'&#233;mancipation humaine. Reprenant le mot d'ordre de Voltaire, &#171; &#233;crasons l'inf&#226;me &#187;, ils &#233;rigent la la&#239;cit&#233; en moyen de lutte contre les religions. Les seconds, dont le repr&#233;sentant le plus connu est &#224; l'&#233;poque &#201;mile Combes, se situent dans la tradition gallicane qui a domin&#233; les rapports de l'&#201;glise et de l'&#201;tat en France. Le gallicanisme, dont au XVIIe si&#232;cle l'&#233;v&#234;que Bossuet a &#233;t&#233; un des th&#233;oriciens, combine deux &#233;l&#233;ments : d'une part, l'&#201;tat a le droit d'intervenir dans les affaires religieuses, d'autre part, il doit promouvoir le d&#233;veloppement d'une &#201;glise nationale autonome par rapport &#224; la papaut&#233;. Ainsi, sous des formes diverses, c'est le gouvernement qui nommait en fait les &#233;v&#234;ques jusqu'&#224; la loi de s&#233;paration de 1905. Apr&#232;s la R&#233;volution fran&#231;aise, le gallicanisme s'est incarn&#233; dans le r&#233;gime du Concordat mis en place en 1801 par Bonaparte, r&#233;gime dont Combes demande la prorogation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces positions sont battues en 1905 par un bloc anim&#233; par Aristide Briand, Ferdinand Buisson et Jean Jaur&#232;s. Ce qui s'impose, c'est l'id&#233;e d'une la&#239;cit&#233; s&#233;paratiste. La loi de 1905, dans laquelle d'ailleurs le mot &#171; la&#239;cit&#233; &#187; ne figure pas, correspond &#224; une double rupture : rupture d'une part avec la volont&#233; des &#201;glises d'exercer un magist&#232;re sur le politique ; rupture d'autre part avec la tradition gallicane et concordataire, l'&#201;tat n'ayant plus son mot &#224; dire ni sur l'organisation interne du culte, ni sur les questions relatives au dogme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi de 1905 promeut donc une double ind&#233;pendance, celle du politique par rapport au religieux, mais aussi des &#201;glises par rapport &#224; l'&#201;tat. L'&#201;tat la&#239;que, qui se distingue d'un &#201;tat ath&#233;e, traite toutes les convictions de fa&#231;on &#233;gale, il n'en privil&#233;gie aucune. Les convictions philosophiques comme la foi religieuse rel&#232;vent du choix individuel. L'&#201;tat la&#239;que respecte donc la libert&#233; de conscience (art. 1 de la loi de 1905). La la&#239;cit&#233; admet l'existence des religions, mais en les cantonnant strictement &#224; leur objet, le religieux. La loi de 1905 traite donc, en th&#233;orie, toutes les religions de fa&#231;on &#233;galitaire. La religion catholique perd ainsi son statut particulier de &#171; religion de la grande majorit&#233; des Fran&#231;ais &#187; que le Concordat lui avait attribu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un &#233;quilibre instable&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;paration est un &#233;quilibre instable. Le d&#233;bat en 1905 se focalise sur la question de l'organisation des cultes et sur la r&#233;daction de l'article 4 de la loi qui cr&#233;e les associations cultuelles devant se voir attribuer les &#233;tablissements de culte. Ces derni&#232;res devront &#171; se conformer aux conditions g&#233;n&#233;rales du culte dont elles se proposent d'assurer l'exercice &#187;. C'est, sans l'&#233;crire explicitement, indiquer que les associations culturelles catholiques seront plac&#233;es sous l'autorit&#233; de l'&#201;glise4. Mais les associations cultuelles sont refus&#233;es par l'&#201;glise, et il faudra attendre en 1924 un accord entre le Saint-Si&#232;ge et l'&#201;tat fran&#231;ais portant sur la cr&#233;ation d'associations dioc&#233;saines pr&#233;sid&#233;es obligatoirement par les &#233;v&#234;ques pour que le conflit s'apaise. Alors que la loi de 1905 ne fait aucune distinction entre les religions, la religion catholique obtient donc, de fait, un statut &#224; part, statut confirm&#233; par le fait que des f&#234;tes religieuses chr&#233;tiennes deviennent des jours f&#233;ri&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, la loi ne s'appliquera pas en Alsace-Moselle o&#249; le r&#233;gime concordataire allemand perdurera pour l'essentiel. Si la R&#233;publique &#171; ne subventionne aucun culte &#187; (article 2), cela n'emp&#234;che pas l'&#201;tat de financer les aum&#244;neries et de permettre l'entretien sur fonds publics des lieux de culte mis gratuitement &#224; disposition (articles 12 et 13 compl&#233;t&#233;s par la loi de 1908). Le refus de financement des cultes sur fonds publics conna&#238;t donc des exceptions notables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la suite, les affrontements vont se polariser sur l'&#233;cole, terrain o&#249; le camp la&#239;que subira d&#233;faite sur d&#233;faite, que ce soit en 1959 avec la loi Debr&#233;, ou en 1984 avec l'&#233;chec de la loi Savary5. Mais, surtout, l'&#201;glise catholique n'a pas renonc&#233; &#224; &#233;dicter des lois morales qu'elle juge sup&#233;rieures aux lois s&#233;culi&#232;res. Elle s'oppose ainsi au nom de la &#171; loi naturelle &#187; &#224; la loi sur le divorce et &#224; celle sur l'IVG. Lors de la loi sur le mariage pour tous, on a pu voir que les religions, &#224; l'exception notable de la F&#233;d&#233;ration protestante de France, n'avaient pas renonc&#233; &#224; leur comportement dominateur en voulant imposer leur conception de la famille &#224; la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'islam impens&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi de 1905 n'a jamais &#233;t&#233; appliqu&#233;e dans les colonies fran&#231;aises, et notamment en Alg&#233;rie, et ce malgr&#233; la demande des responsables musulmans. Les autorit&#233;s coloniales pr&#233;f&#233;raient en effet maintenir un contr&#244;le &#233;troit sur tous ceux et toutes celles qui &#233;taient soumis au code de l'indig&#233;nat, &#224; tel point que le terme &#171; musulman &#187; a pris &#224; l'&#233;poque une connotation ethnique, d&#233;tach&#233;e de son caract&#232;re religieux. La Cour d'appel d'Alger a statu&#233; en 1903 que ce terme &#171; n'a pas un sens purement confessionnel, mais qu'il d&#233;signe au contraire l'ensemble des individus d'origine musulmane qui, n'ayant point &#233;t&#233; admis au droit de cit&#233;, ont n&#233;cessairement conserv&#233; leur statut personnel musulman, sans qu'il y ait lieu de distinguer s'ils appartiennent ou non au culte mahom&#233;tan &#187;. Et la Cour de parler d'&#171; indig&#232;nes musulmans chr&#233;tiens &#187; (sic).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refus d'appliquer les lois de la R&#233;publique aux musulmans a &#233;t&#233; une constante et, h&#233;las, l'empreinte du colonialisme n'a pas disparu, puisque l'&#201;tat continue &#224; vouloir avoir son mot &#224; dire sur la religion musulmane, comme le montrent les tentatives r&#233;guli&#232;res de la part des gouvernements de faire surgir un &#171; islam de France &#187; dans la plus pure tradition gallicane. Il s'agit en fait, pour les autorit&#233;s, de cr&#233;er un organisme qui puisse parler au nom de tous les musulmans. Or, la loi de 1905 ne conna&#238;t que des associations cultuelles, pas les cultes en tant que tels. Son article 2 postule que la R&#233;publique ne reconna&#238;t aucun culte. La volont&#233; de cr&#233;er de toutes pi&#232;ces un organisme repr&#233;sentant les musulmans en France rel&#232;ve d'une vision concordataire dans laquelle l'&#201;tat reconna&#238;t et pr&#233;tend organiser les cultes. L'&#201;tat participe ainsi &#224; la cr&#233;ation d'une communaut&#233; musulmane &#224; laquelle sont, de fait, assign&#233;s tous les individus suppos&#233;s musulmans.C'est d'ailleurs ce qui s'&#233;tait pass&#233; lors du Concordat de 1801 avec le juda&#239;sme. La loi de 1905 a justement voulu rompre avec cette conception, m&#234;me si actuellement le Conseil repr&#233;sentatif des institutions juives (CRIF) prolonge l'esprit concordataire avec les d&#233;rives communautaristes qui en sont issues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est ind&#233;niable que des id&#233;es int&#233;gristes sont d&#233;velopp&#233;es dans certains lieux de culte musulman et plus globalement que les fondamentalismes religieux chr&#233;tien, juif ou musulman semblent marquer des points. Mais, dans un &#201;tat de droit, qui plus est la&#239;que, chaque individu a le droit de pratiquer et de pr&#234;cher le dogme religieux qu'il d&#233;sire, dans le respect des limites mises &#224; la libert&#233; d'expression6. En tant que citoyens et citoyennes, nous pouvons critiquer tel ou tel aspect des religions chr&#233;tienne, juive ou musulmane, ou m&#234;me consid&#233;rer, si l'on est ath&#233;e, que toute religion est obscurantiste. Nous pouvons, nous devons, en tant que citoyens et citoyennes, combattre le fondamentalisme religieux ; mais la puissance publique doit &#234;tre garante du libre exercice du culte et de la possibilit&#233; pour chacune et chacun de faire valoir ses opinions &#224; condition de ne pas violer la loi. L'&#233;quilibre instable de la loi de 1905 se retrouve ici dans des circonstances radicalement diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es port&#233;es par l'int&#233;grisme religieux, quel qu'il soit, sont effectivement contraires &#224; toute perspective d'&#233;mancipation, plus particuli&#232;rement encore celle des femmes, et &#224; l'existence m&#234;me d'une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique. Comment les affronter et emp&#234;cher leur d&#233;veloppement ? La force de l'int&#233;grisme religieux tient &#224; sa capacit&#233; &#224; donner un sens global &#224; la vie des individus qui embrassent la foi. Le combattre suppose de faire vivre concr&#232;tement un autre imaginaire social. Dans une soci&#233;t&#233; o&#249; la concurrence entre individus est promue comme valeur supr&#234;me, o&#249; la comp&#233;titivit&#233; devient l'objectif majeur de la vie sociale et o&#249; la devise louis-philipparde &#171; enrichissez-vous &#187; semble le seul horizon, c'est en promouvant pratiquement dans la r&#233;alit&#233; sociale les valeurs de solidarit&#233;, d'&#233;galit&#233; et de justice sociale, c'est par l'&#233;ducation quotidienne &#224; l'&#233;galit&#233; entre les femmes et les hommes que sera ass&#233;ch&#233; le terreau de l'int&#233;grisme et que ses adeptes seront marginalis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi de 1905 est une loi de s&#233;paration qui implique que l'&#201;tat doit renoncer &#224; r&#233;gimenter les cultes. Un &#201;tat la&#239;que n'a rien &#224; dire sur ce que doit &#234;tre le dogme religieux. Il n'a pas &#224; intervenir sur la fa&#231;on dont les croyants et croyantes vivent leur foi &#224; condition que ceux-ci et celles-ci respectent les lois en vigueur. Imagine-t-on un gouvernement l&#233;gif&#233;rer sur la messe en latin ou sur le port d'une perruque pour les femmes juives orthodoxes ? Par contre, une partie de l'opinion ne semble pas choqu&#233;e que la puissance publique puisse dire ce qui est ou pas acceptable dans l'islam. De plus, l'&#233;galit&#233; de traitement entre les religions n'est pas aujourd'hui assur&#233;e puisque la religion musulmane, qui n'&#233;tait pas pr&#233;sente en France en 1905, n'a pu b&#233;n&#233;ficier de la mise &#224; disposition gratuite des lieux de culte et de leur entretien par la puissance publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, c'est la question de la place des musulmans et de l'islam, devenu deuxi&#232;me religion du pays, qui se pose aujourd'hui avec en arri&#232;re-fond le d&#233;bat sur &#171; l'identit&#233; fran&#231;aise &#187;. Pour Marine Le Pen &#171; pour m&#233;riter la nationalit&#233; fran&#231;aise, il faut parler fran&#231;ais, manger fran&#231;ais, vivre fran&#231;ais7 &#187;. Nicolas Sarkozy n'est pas en reste : &#171; On ne peut pas continuer &#224; utiliser le mot &#8216;&#8216;int&#233;gration'', il faut utiliser le mot &#8216;&#8216;assimilation''(&#8230;) L'int&#233;gration, c'est je viens comme je suis, je ne change rien &#224; ce que je suis''. L'assimilation, c'est &#8216;&#8216;on vous accueille tel que vous &#234;tes mais vous adoptez la langue, la culture, l'histoire, le mode de vie du pays qui vous accueille''8 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re une remarque apparemment de bons sens &#8211; pour vivre en France, il vaut mieux parler fran&#231;ais -, c'est une conception d'une soci&#233;t&#233; homog&#232;ne, dont les racines seraient chr&#233;tiennes ou, pour certains, jud&#233;o-chr&#233;tiennes, oubliant opportun&#233;ment ainsi que la chr&#233;tient&#233; a pers&#233;cut&#233; les juifs pendant des si&#232;cles. L'Autre est accept&#233; &#224; condition de nier la part musulmane de son identit&#233; et d'&#234;tre semblable &#224; une vision mythifi&#233;e de ce qu'est un citoyen fran&#231;ais. &#192; l'inverse de la n&#233;cessit&#233; de faire vivre l'unit&#233; du corps social dans sa diversit&#233;, l'exigence de l'assimilation &#8211; un mot issu du vocabulaire colonial -, tourn&#233;e aujourd'hui essentiellement vers les musulmans, implique de leur demander de ne plus revendiquer leur appartenance religieuse, d'&#234;tre invisibles dans la soci&#233;t&#233;. Cette exigence se couvre dans de nombreux cas de la parure de la la&#239;cit&#233; avec notamment la revendication d'une neutralit&#233; de l'espace public alors m&#234;me, on l'a vu, que cette exigence est contraire &#224; la loi de 1905.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En finir avec la diversion que constitue la question religieuse&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de cent ans apr&#232;s la loi de s&#233;paration de l'&#201;glise et de l'&#201;tat, la la&#239;cit&#233; reste une question sensible. Parce que la question de la place des &#233;coles religieuses priv&#233;es n'est pas r&#233;gl&#233;e et que les r&#233;gimes d'exception continuent d'exister. Parce que le traitement &#233;galitaire des religions, au fondement de la loi de 1905, n'est pas aujourd'hui respect&#233;. Parce que la la&#239;cit&#233; tend &#224; &#234;tre assimil&#233;e &#224; une conception identitaire niant la diversit&#233; et la pluralit&#233; des composantes de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. Parce que l'&#233;cart grandissant entre les id&#233;aux de la R&#233;publique et la R&#233;publique r&#233;elle, min&#233;e par la souffrance sociale, les discriminations multiples et les politiques s&#233;curitaires, ne pourra pas &#234;tre r&#233;solu par le recours incantatoire &#224; la la&#239;cit&#233;. Il est donc temps, comme le disait Jaur&#232;s, d'en finir avec la diversion que constitue la question religieuse, pour que &#171; la d&#233;mocratie puisse se donner tout enti&#232;re &#224; l'&#339;uvre immense et difficile de r&#233;forme sociale &#187; (La D&#233;p&#234;che du Midi, 15 ao&#251;t 1904).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Annick Coup&#233;, Pierre Khalfa&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les utopiques. Cahier de r&#233;flexions&lt;br class='autobr' /&gt;
N&#176; 8 &#8211; &#233;t&#233; 2008&lt;br class='autobr' /&gt;
Antiracisme et question sociale&lt;br class='autobr' /&gt;
Union syndicales Solidaires&lt;br class='autobr' /&gt;
Editions Syllepse&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.syllepse.net/antiracisme-et-question-sociale-_r_37_i_745.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.syllepse.net/antiracisme-et-question-sociale-_r_37_i_745.html&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Paris 2018, 192 pages, 8 euros&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- Nous laissons de c&#244;t&#233; la discussion sur le rapport entre la l&#233;galit&#233; et la l&#233;gitimit&#233; qui est &#224; la source de la d&#233;sob&#233;issance civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Voir le communiqu&#233; de la Ligue des droits de l'homme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- &lt;a href=&#034;http://www.gouvernement.fr/observatoire-de-la-laicite&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.gouvernement.fr/observatoire-de-la-laicite&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4- Cette position fait &#233;clater le camp &#171; s&#233;paratiste &#187; dont une partie, avec Ferdinand Buisson, refuse de voir l'autorit&#233; hi&#233;rarchique de l'&#201;glise confort&#233;e par la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5- La loi Debr&#233; instaure, sous diverses formes, un r&#233;gime de subventions publiques des &#233;coles priv&#233;es. Elle provoqua le lancement, par le Comit&#233; national d'action la&#239;que (CNAL) d'une p&#233;tition qui recueillit plusieurs millions de signatures. La loi Savary visait &#224; cr&#233;er un service public unifi&#233; de l'&#233;ducation regroupant public et priv&#233;. Elle fut retir&#233;e devant les imposantes mobilisations impuls&#233;es par l'&#201;glise catholique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6- La libert&#233; d'expression ne permet pas d'appeler publiquement &#224; la mort d'autrui, ni de faire l'apologie de crimes de guerre, crimes contre l'humanit&#233;, ni d'appeler &#224; la haine contre un groupe ethnique ou national donn&#233;. On ne peut pas non plus user de la libert&#233; d'expression pour appeler &#224; la haine ou &#224; la violence envers un sexe, une orientation sexuelle ou un handicap.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7- Propos tenus le 28 novembre 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8- Propos tenus le 7 f&#233;vrier 2015.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Contribution aux d&#233;bats : F&#233;minisme et lutte contre l'islamophobie</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Contribution-aux-debats-Feminisme-et-lutte-contre-l-islamophobie</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Contribution-aux-debats-Feminisme-et-lutte-contre-l-islamophobie</guid>
		<dc:date>2015-03-24T08:58:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Annick Coup&#233;, C&#233;cile Ropiteaux, Esther Jeffers, Sigrid G&#233;rardin, Sophie Zafari</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-03-24</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Des d&#233;saccords existent dans diff&#233;rentes organisations et au sein du mouvement f&#233;ministe sur la fa&#231;on d'articuler les combats antiraciste et f&#233;ministe, la place de la lutte contre l'islamophobie dans ce combat, les cadres d'action, etc. Ils sont r&#233;apparus derni&#232;rement, en particulier &#224; l'occasion du meeting du 6 mars intitul&#233; &#171; Contre l'islamophobie et le climat de guerre s&#233;curitaire &#187;. Nous souhaiterions que le d&#233;bat puisse se poursuivre sereinement sur cette question car il nous semble que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Mouvement-des-femmes-" rel="directory"&gt;Mouvement des femmes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2015-03-24-+" rel="tag"&gt;Edition du 2015-03-24&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton21396-58c69.png?1781496135' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Des d&#233;saccords existent dans diff&#233;rentes organisations et au sein du mouvement f&#233;ministe sur la fa&#231;on d'articuler les combats antiraciste et f&#233;ministe, la place de la lutte contre l'islamophobie dans ce combat, les cadres d'action, etc. Ils sont r&#233;apparus derni&#232;rement, en particulier &#224; l'occasion du meeting du 6 mars intitul&#233; &#171; Contre l'islamophobie et le climat de guerre s&#233;curitaire &#187;. Nous souhaiterions que le d&#233;bat puisse se poursuivre sereinement sur cette question car il nous semble que les enjeux sont d&#233;cisifs pour l'avenir de nos luttes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous sommes particuli&#232;rement inqui&#232;tes de la mont&#233;e du racisme en g&#233;n&#233;ral, et des attaques contre des populations d&#233;crites comme &#171; dangereuses &#187;. Ces attaques s'inscrivent dans une p&#233;riode de crise sociale et de politiques d'aust&#233;rit&#233; particuli&#232;rement dures pour les personnes et les groupes les plus fragilis&#233;s, mais aussi dans un climat id&#233;ologique - celui du &#171; choc des civilisations &#187; - qui, au nom de la &#171; guerre contre le terrorisme &#187; entretient la haine contre ceux et celles qui sont d&#233;crits, en tous les cas trait&#233;s, comme &#171; &#233;trangers et &#233;trang&#232;res &#187; et repr&#233;senteraient une menace pour la R&#233;publique, pour la s&#233;curit&#233;, la la&#239;cit&#233;, les droits des femmes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'antis&#233;mitisme est un racisme sp&#233;cifique prenant les Juifs comme cible parce que de confession juive, l'islamophobie est le racisme sp&#233;cifique prenant les personnes de religion musulmane, ou suppos&#233;es telles, comme cible. Il constitue un terreau privil&#233;gi&#233; au d&#233;veloppement de l'extr&#234;me droite (tracts &#233;lectoraux FN tr&#232;s &#233;loquents). Mais c'est aussi devenu la manifestation d'un racisme d'&#201;tat qui se traduit par la relance r&#233;guli&#232;re d'initiatives l&#233;gislatives visant &#224; stigmatiser les musulman-es (notamment les femmes musulmanes, cf le port du voile &#224; l'universit&#233;) ou &#224; les d&#233;signer comme des terroristes en puissance (retrait de la nationalit&#233; fran&#231;aise, contr&#244;le des d&#233;parts &#224; l'&#233;tranger, etc.). Tout cela conduit &#224; une multiplication de paroles et d'actes racistes touchant des personnes de confession musulmane ou suppos&#233;es telles. Les femmes en sont les premi&#232;res victimes : 81,5 % des agressions physiques islamophobes sont dirig&#233;es contre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, il nous semble urgent et n&#233;cessaire d'organiser des initiatives qui d&#233;noncent ce racisme ainsi que la politique s&#233;curitaire qui cible principalement les musulman-es et les jeunes des quartiers, et d'exprimer notre solidarit&#233; avec elles et eux. Le meeting du 6 mars r&#233;pondait &#224; cette urgence et &#233;tait port&#233; par nombre de personnalit&#233;s et d'organisations avec qui nous partageons bien des combats, notamment contre le sexisme et les LGBTphobies, m&#234;me si ce n'est pas le cas de quelques-unes d'entre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre l'islamophobie est aujourd'hui un enjeu qui devrait concerner tous les mouvements sociaux qui sont porteurs d'&#233;mancipation. R&#233;ussir &#224; mobiliser contre cette forme de discrimination ne peut qu'encourager les combats contre d'autres formes de discrimination. Construire des lieux de d&#233;bat et de mobilisation, faire converger ces luttes, est le meilleur moyen d'&#234;tre plus fort et de faire cesser ces injustices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'urgence et le d&#233;fi du combat antiraciste et de la lutte contre l'islamophobie ne signifient pas d'abandonner ou de passer par pertes et profits un seul de nos combats f&#233;ministes. Nous n'avons aucune complaisance &#224; l'&#233;gard de certaines id&#233;es ou positions qui doivent &#234;tre combattues (notamment concernant les opposants au mariage pour tous et toutes). Mais nous avons le sentiment que la pr&#233;sence, le soutien de f&#233;ministes et d'organisations f&#233;ministes, contre cette mont&#233;e de l'islamophobie fait davantage bouger les choses sur le terrain de l'oppression des femmes que la stigmatisation et le rejet (et on se rappelle qu'il n'y a pas si longtemps des militant-es de gauche &#233;taient plus que r&#233;ticents sur le mariage pour tous et les droits y aff&#233;rents).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons l'exp&#233;rience de la n&#233;cessit&#233; de construire des lieux de convergences permettant &#224; des moments donn&#233;s, sur des sujets donn&#233;s, de construire des rapports de forces. Ainsi en est-il du combat syndical o&#249; les questions d'unit&#233; se travaillent alors m&#234;me qu'il y a des d&#233;saccords (parfois tr&#232;s importants) entre organisations. De la m&#234;me fa&#231;on, dans les mobilisations qui se construisent actuellement en vue de la Conf&#233;rence Climat, des r&#233;seaux religieux sont pr&#233;sents. Ou encore, dans la lutte qui est men&#233;e contre les paradis fiscaux, avec Attac nous nous retrouvons dans des r&#233;seaux au c&#244;t&#233; d' organisations li&#233;es &#224; l'&#233;glise catholique. Nous ne leur avons pas impos&#233;, comme pr&#233;alable &#224; toute discussion, de prendre position sur le droit &#224; l'avortement ou le mariage pour tous et toutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons le sentiment que l'on demande toujours plus de certificats de bonne conduite (la&#239;cit&#233;, principes r&#233;publicains, f&#233;minisme, questions LGBT...) aux musulman-es (individuellement ou &#224; leurs organisations) comme si leur religion &#233;tait intrins&#232;quement incompatible avec nos &#171; valeurs &#187;. Le mouvement f&#233;ministe devrait &#234;tre le plus &#224; m&#234;me de d&#233;noncer les discours dominants &#224; la fois racistes et sexistes qui confisquent la parole des domin&#233;es et nient leurs r&#233;sistances. Car il a, dans ce domaine, une longue exp&#233;rience et sait que les luttes qui touchent &#224; l'&#233;mancipation et aux discriminations ne peuvent se faire &#224; la place des personnes concern&#233;es. C'est ce que nous avons toujours d&#233;fendu dans nos organisations respectives. Et nous sommes souvent choqu&#233;es par le discours stigmatisant utilis&#233; pour parler des femmes issues de l'immigration, y compris au sein de nos mouvements. Il faut cesser de parler &#224; leur place, de les d&#233;poss&#233;der de toute pens&#233;e, de nier leurs parcours et leur engagement, notamment f&#233;ministe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, nous assistons, profond&#233;ment atterr&#233;es, &#224; une rupture au sein des organisations, y compris celles qui luttent pour l'&#233;galit&#233; et les droits des femmes ; nous sommes convaincues de la n&#233;cessit&#233; de ne pas hi&#233;rarchiser les luttes et, au contraire, de tout faire pour montrer ce qu'elles ont de commun. Cette rupture est pr&#233;judiciable &#224; la fois pour la lutte contre le sexisme et celle contre le racisme, car cela affaiblit le rapport de forces dont nous avons pourtant grandement besoin pour faire avancer l'&#233;galit&#233; r&#233;elle entre les femmes et les hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement f&#233;ministe conna&#238;t, aujourd'hui, les m&#234;mes d&#233;bats que ceux qui traversent nombre de nos organisations. De notre point de vue, en tant que f&#233;ministes il nous semble qu'il est n&#233;cessaire de faire cesser les exclusions sous toutes leurs formes, de reprendre les discussions sur les strat&#233;gies pour construire des fronts, et la capacit&#233; &#224; rassembler sur des enjeux pr&#233;cis, sans nier les d&#233;saccords ou effacer les d&#233;bats n&#233;cessaires. Cela est particuli&#232;rement vrai pour les cadres unitaires que sont le CNDF et la MMF que nous avons contribu&#233;s &#224; construire, et auxquels nous sommes profond&#233;ment attach&#233;es. Nous pensons qu'ils doivent favoriser et permettre l'expression de ces d&#233;bats en leur sein, faute de quoi ils sont vou&#233;s &#224; voir leur influence et leur capacit&#233; d'action se r&#233;duire comme une peau de chagrin dans l'avenir. Ce n'est pas ce que nous souhaitons !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contribution n'&#233;puise pas le sujet de l'articulation du combat f&#233;ministe et de l'antiracisme, en particulier contre l'islamophobie. Mais elle cherche &#224; convaincre qu'il est dans l'int&#233;r&#234;t des f&#233;ministes de s'allier aux autres luttes et de cr&#233;er des lieux de convergence, tout comme il est dans l'int&#233;r&#234;t des antiracistes et de ceux qui luttent contre l'islamophobie de soutenir les revendications f&#233;ministes. Nous voulons convaincre que tourner le dos aux autres mobilisations, sous pr&#233;texte qu'elles n'ont pas d'embl&#233;e la bonne position sur toutes les questions, est sectaire et mortif&#232;re pour l'avenir de nos luttes. Nous voulons mettre en garde contre le fait d'opposer les luttes f&#233;ministes et les combats contre l'islamophobie. Nous voulons convaincre qu'il est possible de s'allier &#224; d'autres dans la lutte contre les discriminations islamophobes sans renoncer &#224; notre combat f&#233;ministe, ni &#224; le rel&#233;guer au second plan.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>France. D&#233;clin du syndicalisme, impuissance des partis politiques et mont&#233;e des populismes</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/France-Declin-du-syndicalisme-impuissance-des-partis-politiques-et-montee-des</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/France-Declin-du-syndicalisme-impuissance-des-partis-politiques-et-montee-des</guid>
		<dc:date>2014-05-13T09:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Annick Coup&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2014-05-13</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;C'est un fait : le syndicalisme fran&#231;ais est faible num&#233;riquement et divis&#233;. Ce constat est mis en avant depuis longtemps pour montrer que la situation est inverse dans d'autres pays. Pour autant, ces derniers sont &#233;galement concern&#233;s par ce &#171; d&#233;clin &#187; du syndicalisme, ce qui suppose que ces difficult&#233;s touchent &#224; d'autres raisons, qui ne sont pas sp&#233;cifiquement fran&#231;aises. &lt;br class='autobr' /&gt;
Publi&#233; par Alencontre le 25 - mars - 2014 &lt;br class='autobr' /&gt; Les &#233;volutions du salariat ont un impact &#233;vident sur les capacit&#233;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-240-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2014-05-13-+" rel="tag"&gt;Edition du 2014-05-13&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH96/arton17635-648c7.jpg?1781496135' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='96' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est un fait : le syndicalisme fran&#231;ais est faible num&#233;riquement et divis&#233;. Ce constat est mis en avant depuis longtemps pour montrer que la situation est inverse dans d'autres pays. Pour autant, ces derniers sont &#233;galement concern&#233;s par ce &#171; d&#233;clin &#187; du syndicalisme, ce qui suppose que ces difficult&#233;s touchent &#224; d'autres raisons, qui ne sont pas sp&#233;cifiquement fran&#231;aises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; par Alencontre le 25 - mars - 2014&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les &#233;volutions du salariat ont un impact &#233;vident sur les capacit&#233;s d'organisation collective, et donc sur des formes de structuration syndicale qui, pour l'essentiel, ont &#233;t&#233; pens&#233;es dans des p&#233;riodes de plus grande stabilit&#233; du salariat et d'entreprises de tailles plus importantes. L'existence d'un ch&#244;mage de masse durable, le d&#233;veloppement des diff&#233;rentes formes de pr&#233;carit&#233; et d'instabilit&#233; ne favorisent pas l'engagement syndical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Largement pr&#233;sentes sur le march&#233; du travail, les femmes, pour leur part, n'ont pas encore pris la place qui leur revient dans le syndicalisme, qui reste encore trop marqu&#233; par une vision traditionnelle de la place des hommes &#8211; la sph&#232;re publique, le monde du travail &#8211; et de celle des femmes &#8211; la sph&#232;re priv&#233;e, familiale &#8211;, et qui n'&#233;chappe pas au syst&#232;me de domination patriarcale &#224; l'&#339;uvre dans notre soci&#233;t&#233;. Il y a l&#224; un d&#233;fi pour le syndicalisme qui, s'il ne le rel&#232;ve pas, se prive d'une possibilit&#233; de renouvellement et d'&#233;largissement de son influence, notamment dans des secteurs d'activit&#233; o&#249; les femmes sont largement pr&#233;sentes, comme celui des services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, le fonctionnement actuel du capitalisme financier vise avant tout la rentabilit&#233; financi&#232;re pour satisfaire des actionnaires qui n'ont pas de visage et sont abrit&#233;s par des fonds de pension qui se d&#233;placent en permanence sur diff&#233;rents march&#233;s financiers &#224; travers la plan&#232;te. Les salari&#233;-es manquent ainsi d'interlocuteurs lorsqu'il s'agit de demander des comptes. Au sein des multinationales, les responsabilit&#233;s sont dilu&#233;es dans des montages complexes, entre soci&#233;t&#233; m&#232;re, filiales, sous-traitants, entreprises franchis&#233;es, holding, etc., tout cela permettant notamment d'&#233;chapper aux r&#233;glementations nationales, quand elles existent encore, en mati&#232;re de fiscalit&#233; et de droits sociaux. La mondialisation, toujours plus importante, vise &#224; d&#233;velopper sans cesse plus la concurrence exacerb&#233;e entre pays, entre r&#233;gions, entre travailleurs, d'un bout &#224; l'autre de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ces &#233;volutions qui d&#233;stabilisent les fondements traditionnels du syndicalisme et ses structures, les r&#233;ponses n'ont pas &#233;t&#233; suffisantes. &#192; ces &#233;l&#233;ments &#171; ext&#233;rieurs &#187; au syndicalisme, il faut ajouter des &#233;l&#233;ments intrins&#232;ques au syndicalisme lui-m&#234;me. Ainsi, en France, le d&#233;bat sur la n&#233;cessaire ind&#233;pendance du syndicalisme n'est toujours pas r&#233;gl&#233;. La r&#233;forme des retraites r&#233;alis&#233;e par le gouvernement de Fran&#231;ois Hollande en 2013 avec l'appui de certains syndicats, alors m&#234;me qu'elle s'inscrivait dans la droite ligne de celle men&#233;e par Nicolas Sarkozy en 2010, contre laquelle l'ensemble des syndicats fran&#231;ais &#233;taient descendus dans la rue &#224; de nombreuses reprises en 2010, en l&#224; pour en t&#233;moigner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de transformation sociale est de moins en moins port&#233;e et une partie du mouvement syndical se situe davantage dans une logique d'accompagnement. Cela a des cons&#233;quences tr&#232;s concr&#232;tes sur les positionnements des uns et des autres : il suffit de voir les d&#233;saccords qui se sont fait jour en 2013 sur le dossier des retraites ou sur la loi dite de &#171; s&#233;curisation de l'emploi &#187;. L'absence de perspective globale, de vision politique &#8211; non pas au sens partidaire, mais bien d'enjeu de soci&#233;t&#233; &#8211; affaiblit la dynamique syndicale, m&#234;me s'il ne s'agit pas de revenir &#224; des visions fig&#233;es qui pouvaient &#234;tre pr&#233;sentes au sein du mouvement syndical et social dans les ann&#233;es 1970. Il ne s'agit pas de d&#233;cr&#233;ter un projet de soci&#233;t&#233; &#171; cl&#233; en main &#187;, mais de poser des jalons importants, comme la question du partage des richesses et du travail, de l'acc&#232;s pour toutes et tous aux droits fondamentaux, de l'&#233;radication des discriminations, de la prise en compte des contraintes &#233;cologiques, de l'organisation de la soci&#233;t&#233;, de la place des services publics, de qui d&#233;cide pour produire quoi, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un contexte de crise syst&#233;mique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ces questions sont propres au syndicalisme et le concernent sp&#233;cifiquement, elles touchent aussi plus globalement les mouvements sociaux, dans un contexte de crise syst&#233;mique qui perdure depuis l'irruption de la crise financi&#232;re, en 2008. Cette derni&#232;re a r&#233;v&#233;l&#233; au grand jour la catastrophe que repr&#233;sente le fonctionnement actuel du capitalisme, la d&#233;r&#233;glementation financi&#232;re g&#233;n&#233;ralis&#233;e intervenue depuis un quart de si&#232;cle, la toute-puissance des march&#233;s financiers, &#224; qui les gouvernements et les institutions politiques internationales ont l&#226;ch&#233; la bride depuis trop longtemps. Le TINA (&#171; There is no alternative &#187;) de Margaret Thatcher des ann&#233;es 80 s'est ainsi g&#233;n&#233;ralis&#233;. Si la crise a r&#233;v&#233;l&#233; la fragilit&#233; m&#234;me du syst&#232;me actuel et lui a retir&#233; de sa cr&#233;dibilit&#233;, les rapports de forces &#233;tablis par les mouvements sociaux n'ont pas permis pour l'instant d'imposer d'autres choix, malgr&#233; l'ampleur de ceux-ci dans certains pays. En Europe, au contraire, les politiques d'aust&#233;rit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;es se poursuivent, en d&#233;pit de leur inefficacit&#233; &#233;conomique et de leurs r&#233;percussions sociales. &#192; l'image de la France, les alternances politiques ne changent quasiment rien sur les logiques de fond, les gouvernements successifs poursuivant trop souvent les m&#234;mes choix &#233;conomiques, &#224; coup de d&#233;r&#233;glementation, de r&#233;duction &#224; marche forc&#233;e des d&#233;ficits publics, d'absence de volont&#233; r&#233;elle d'engager la n&#233;cessaire transition &#233;cologique ou une v&#233;ritable r&#233;forme d'ampleur pour plus de justice fiscale. Et lorsqu'un candidat fait campagne sur le changement et la n&#233;cessit&#233; d'affronter la finance, et que son action depuis son arriv&#233;e au pouvoir tourne le dos &#224; ces engagements, cela ne peut nourrir qu'une certaine m&#233;fiance vis-&#224;-vis du &#171; politique &#187;. Quand cela se double d'un scandale financier de taille impliquant un ministre du Budget cens&#233; organiser la lutte contre la fraude fiscale, dans laquelle il est lui-m&#234;me impliqu&#233;, cela rajoute une dose de rejet d'un monde politique qui appara&#238;t de plus en plus li&#233; au monde des affaires&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, les in&#233;galit&#233;s et les pr&#233;carit&#233;s gagnent du terrain. Les zones de rel&#233;gation sociale se multiplient, que ce soit dans les quartiers populaires aux portes des grandes villes ou dans des zones rurales ou semi-rurales : les citoyen-nes s'y sentent abandonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces &#233;l&#233;ments nourrissent une crise d&#233;mocratique forte : la classe politique est discr&#233;dit&#233;e, elle n'est plus repr&#233;sentative de la population, et semble vivre dans un autre monde. Les institutions r&#233;publicaines deviennent des lieux vides de sens et de tout d&#233;bat politique digne de ce nom, &#224; quelques exceptions pr&#233;s. Le syndicalisme est aussi touch&#233; par ces distanciations, dans la mesure o&#249; il appara&#238;t, lui aussi, comme une institution &#233;loign&#233;e du terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diff&#233;rents mouvements sociaux ont &#233;merg&#233; dans le monde ces derni&#232;res ann&#233;es, &#224; c&#244;t&#233; des organisations syndicales. Si en France, des mouvements comme celui des &#171; Indign&#233;s &#187; sont rest&#233;s quasi inexistants, un certain nombre de luttes &#171; sp&#233;cifiques &#187; existent en dehors du mouvement syndical depuis des ann&#233;es. Des mouvements comme ceux des sans-papiers, pour le droit au logement se sont d'abord construits en dehors du syndicalisme, m&#234;me si quelques jonctions se sont faites (voir les mouvements de gr&#232;ve des sans-papiers en 2009/2010). C'&#233;tait d&#233;j&#224; le cas des mouvements de ch&#244;meurs dans les ann&#233;es 90. Le mouvement altermondialiste a pos&#233;, lui, des questions plus globales sur le type de soci&#233;t&#233;, les enjeux &#233;cologiques, les rapports Nord-Sud, le poids de la finance, la d&#233;mocratie directe mais aussi la remise en cause des fonctionnements pyramidaux des organisations &#171; classiques &#187;, partis ou syndicats. Ces mouvements posent des questions sur des sujets non-pris (ou mal-pris) en charge par le syndicalisme en g&#233;n&#233;ral et par l'affaiblissement de son contenu politique. Ces diff&#233;rents mouvements sont porteurs pour les uns de revendications th&#233;matiques limit&#233;es et pr&#233;cises (le droit au logement, la r&#233;gularisation des sans-papiers&#8230;) pour les autres, de remises en cause globales de l'ordre n&#233;olib&#233;ral. Ils ont pour particularit&#233; de se d&#233;velopper, d'exister en dehors du milieu de travail. Doit-on en conclure que l'avenir sera fait de ces seuls &#171; nouveaux &#187; mouvements sociaux qui &#224; eux seuls seraient capables d'embrasser les diff&#233;rents aspects de la question sociale, les diff&#233;rentes revendications ? La r&#233;ponse est sans doute en partie dans la capacit&#233; du syndicalisme &#224; comprendre de quoi sont porteurs ces mouvements, &#224; reprendre des questions interprofessionnelles plus globales de soci&#233;t&#233; qui ont &#233;t&#233; port&#233;es &#224; d'autres &#233;poques dans le mouvement ouvrier, des questions de transformation sociale dans un contexte de crise syst&#233;mique au XXIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte que nous assistons &#224; une mont&#233;e des &#171; populismes &#187;, en France comme en Europe. Derri&#232;re ce terme, on retrouve l'expression de col&#232;res qui se c&#244;toient les unes &#224; c&#244;t&#233; des autres, sans avoir n&#233;cessairement d'int&#233;r&#234;ts communs, comme le mouvement des &#171; bonnets rouges &#187; fin 2013 en Bretagne : des salari&#233;s et des patrons, des petits producteurs ruin&#233;s par des logiques productivistes et des repr&#233;sentants de l'agroalimentaire qui ont port&#233; cette logique, soud&#233;s par une d&#233;fense d'un pseudo-int&#233;r&#234;t r&#233;gional commun. En France, comme en Europe, le d&#233;bat politique pour l'instant est marqu&#233; par une mont&#233;e de la droite extr&#234;me, un Front national (FN) &#171; d&#233;complex&#233; &#187; et relook&#233; autour de Marine Le Pen, dont l'objectif est d&#233;sormais la conqu&#234;te du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel &#171; d&#233;bouch&#233; politique &#187; pour la contestation sociale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation actuelle est marqu&#233;e par cette contradiction. D'un c&#244;t&#233;, il existe des col&#232;res sociales importantes, qui restent toutefois isol&#233;es et ne p&#232;sent pas, pour l'instant, sur les choix politiques et &#233;conomiques. De l'autre, l'extr&#234;me-droite progresse et ses id&#233;es se d&#233;veloppent par capillarit&#233; dans toute la soci&#233;t&#233;. Dans ce contexte, la question du &#171; d&#233;bouch&#233; politique &#187; est pos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Longtemps, pour les mouvements sociaux et le syndicalisme en particulier, la r&#233;ponse &#233;tait assez simple : il suffisait de s'en remettre aux partis politiques de gauche et de se caler sur les &#233;ch&#233;ances &#233;lectorales, en donnant plus ou moins ouvertement des consignes de vote. Cela ne peut plus fonctionner aujourd'hui. &#192; la base de cette &#171; r&#233;partition des t&#226;ches &#187; existait l'id&#233;e plus ou moins implicite de subordination du social au politique et de partage des r&#244;les : aux partis politiques la vision globale, aux mouvements sociaux et aux syndicats les revendications imm&#233;diates. Cette conception a quelque peu fait faillite. La hi&#233;rarchie entre le social et le politique a &#233;t&#233; remise en cause par les mouvements sociaux, par des associations comme Attac ou une organisation syndicale comme Solidaires. M&#234;me les conf&#233;d&#233;rations traditionnelles qui ont &#233;t&#233; historiquement porteuses de cette conception l'ont progressivement abandonn&#233;e, au moins dans les textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience de la gauche au pouvoir (avec l'arriv&#233;e de Fran&#231;ois Mitterrand en 1981, ou la p&#233;riode 1997-2002 avec Lionel Jospin comme Premier ministre) a refroidi les ardeurs de ceux et celles qui pensaient qu'il suffisait d'une alternance politique pour que cela d&#233;bouche sur une alternative politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui plus est, la s&#233;paration entre social et politique est de moins en moins pertinente. Par exemple la question des retraites ne peut &#234;tre trait&#233;e sous le seul angle d&#233;mographique ; il s'agit bien d'un choix de soci&#233;t&#233; : quelle place, dans la r&#233;partition des richesses, attribuer &#224; la prise en charge des personnes retrait&#233;es ? Ou la place et l'avenir des services publics comme une seule question comptable, d&#233;coulant d'&#233;conomies &#224; tout prix dans les d&#233;penses publiques, sans en faire un d&#233;bat citoyen sur les besoins fondamentaux des populations, urbaines ou rurales ? Ou encore le d&#233;bat sur le soi-disant &#171; co&#251;t du travail &#187; qui devient une &#233;vidence alors m&#234;me que la question du rapport capital/travail n'est pas mise sur la table. En fait, tout d&#233;bat &#171; social &#187; est n&#233;cessairement un d&#233;bat politique, un d&#233;bat citoyen : en ce sens, il ne peut y avoir un &#171; partage des t&#226;ches &#187; sur ces sujets entre ce qui rel&#232;verait strictement du r&#244;le des partis ou de celui des syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne signifie pas que partis et syndicats ont la m&#234;me place ou la m&#234;me fonction dans la soci&#233;t&#233; : les syndicats n'ont pas vocation &#224; acc&#233;der au pouvoir, mais au contraire d'assumer la fonction de contre-pouvoir. Mais il y a une m&#234;me responsabilit&#233; &#224; construire les rapports de forces pour changer les choses, du moins pour ceux qui s'inscrivent dans la transformation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mergence de &#171; nouveaux &#187; mouvements sociaux r&#232;gle-t-elle la tension entre le champ politique et le champ syndical et permet-elle de d&#233;passer cette contradiction ? Ces mouvements sont critiques sur ce qui ne fonctionne pas ou plus dans les institutions politiques, et au-del&#224; sur les mouvements sociaux &#171; anciens &#187;. Ces critiques sont en partie fond&#233;es et pose la capacit&#233; du syndicalisme &#224; se refonder, &#224; se r&#233;-inventer face aux nombreux d&#233;fis auxquels il est confront&#233;. Soit, il se fige sur ses structures et son fonctionnement soit il se remet en cause, cherche les r&#233;ponses en t&#226;tonnant, exp&#233;rimentant, en acceptant de s'ouvrir et de travailler avec des mouvements qui fonctionnent davantage en r&#233;seaux horizontaux. Des coop&#233;rations peuvent se faire : dans la lutte de Notre-Dame-des-Landes, &#224; c&#244;t&#233; de la Conf&#233;d&#233;ration paysanne, Solidaires est impliqu&#233; pas seulement en terme de solidarit&#233; mais en lien avec sa volont&#233; d'affronter la n&#233;cessaire articulation entre urgences &#233;cologiques et urgences sociales. Les Forums sociaux permettent aussi ces coop&#233;rations, qui supposent d'accepter la confrontation qui peut parfois &#234;tre difficile, mais indispensable pour qui veut construire des alliances et des rapports de forces&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donner du contenu &#224; la question du d&#233;bouch&#233; politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne peut pr&#233;tendre disposer d'un mod&#232;le d&#233;finitif d'un processus de transformation sociale, ni de formes achev&#233;es d'une nouvelle organisation sociale. Quelques questions pourraient n&#233;anmoins &#234;tre mises en chantier d&#232;s &#224; pr&#233;sent. Il est, en effet, n&#233;cessaire de porter des revendications qui cassent la logique de la concurrence de &#171; tous contre tous &#187;, et donc de d&#233;fendre les droits collectifs ou le syst&#232;me de protection sociale qui garantit chacun-e contre les al&#233;as de la vie, c'est-&#224;-dire tout ce qui est aujourd'hui mis en cause par les politiques n&#233;olib&#233;rales. Tout en continuant de penser le droit &#224; l'emploi et le temps de travail, il faut reprendre la r&#233;flexion sur la division du travail et la hi&#233;rarchie des revenus : comment mettre en &#339;uvre la rotation des t&#226;ches, la polyvalence, tout cela supposant des politiques de formation dans ce sens. La division du travail pose notamment la question de la hi&#233;rarchie des salaires, mais &#233;galement la remise en cause de tout ce qui a contribu&#233; &#224; l'individualisation (int&#233;ressement, participation, stock-option&#8230;) et &#224; affaiblir le financement de la protection sociale. Si la d&#233;fense du &#171; pouvoir d'achat &#187; reste une n&#233;cessit&#233; au vu du partage de plus en plus in&#233;gal des richesses produites, &#224; l'explosion des dividendes vers&#233;es &#224; une minorit&#233;, on ne peut en rester l&#224;. Cette question du niveau et de la hi&#233;rarchie des salaires doit aussi &#234;tre comprise comme un &#233;l&#233;ment pour freiner la consommation des plus favoris&#233;s et des actionnaires, avec un mode de vie qui tire la soci&#233;t&#233; toute enti&#232;re vers un consum&#233;risme exacerb&#233;. En ce sens, il y a des convergences &#224; construire dans la r&#233;flexion et la mobilisation avec ceux qui d&#233;noncent la concentration des richesses (et des pouvoirs) par une minorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'information est &#233;galement un enjeu important pour conna&#238;tre et ma&#238;triser ce qui se passe dans les entreprises, les multinationales, les donneurs d'ordre et les sous-traitants. Les multinationales se donnent les moyens de rendre opaques leurs comptes, leurs choix d'investissement, de strat&#233;gie financi&#232;re, de restructuration&#8230; afin d'emp&#234;cher les salari&#233;&#183;e&#183;s de regarder tout cela de pr&#232;s. Les droits existants (CE, CCE, Comit&#233; de groupe) sont insuffisants pour faire face &#224; cette strat&#233;gie de la dissimulation : il faut donc les renforcer et en cr&#233;er de nouveaux. L&#224; aussi, cet enjeu de l'information ne se joue pas uniquement dans l'entreprise mais bien aussi d'un point de vue g&#233;n&#233;ral : c'est un enjeu d&#233;mocratique en tant que tel pour toute la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;appropriation du travail et de son organisation doit &#234;tre &#224; l'ordre du jour. Les horaires d&#233;cal&#233;s, l'&#233;clatement des collectifs de travail et des statuts au sein d'une m&#234;me entreprise, les restructurations permanentes des entreprises, la production &#224; flux tendu, la perte de sens y compris dans les services publics&#8230; tout cela engendre stress, d&#233;sint&#233;r&#234;t, souffrance au travail. Cela doit devenir un enjeu de luttes collectives pour sortir du mal-&#234;tre au travail et pour se r&#233;approprier ensemble les enjeux d'organisation du travail en lien avec les finalit&#233;s de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grandes questions ouvertes dans les ann&#233;es 1960 autour des id&#233;es d'autogestion, de contr&#244;le ouvrier restent d'actualit&#233; pour ceux et celles qui ont toujours comme objectif l'&#233;mancipation individuelle et collective. Les conditions de travail doivent &#234;tre favorables &#224; l'exercice de l'intelligence critique des individus. Plus les travailleurs/travailleuses sont autonomes dans le choix des buts et des moyens de leur travail, plus ils/elles peuvent participer &#224; une vraie d&#233;mocratie, &#224; la d&#233;lib&#233;ration dans tous les aspects des choix politiques, &#233;conomiques et citoyens. D'une certaine fa&#231;on, ces questions ressurgissent, sous d'autres formes, dans les mouvements sociaux de ces derni&#232;res ann&#233;es : le besoin de d&#233;mocratie directe, transversale, s'est exprim&#233; largement dans les mouvements comme celui des Indign&#233;s, ou dans des luttes comme celle des Fralib&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les richesses produites n'ont jamais &#233;t&#233; aussi grandes, mais cela s'inscrit dans une logique productiviste, consum&#233;riste, totalement contradictoire avec les besoins de transition &#233;cologique. Il faut donc repenser la production de richesses en fonction des besoins sociaux, mais en articulant cela avec la n&#233;cessaire transition &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du niveau de d&#233;cision reste ouverte : comment reprendre la question du plan, de la planification, en la liant avec la question d&#233;mocratique, ce qu'on appelait la &#171; planification d&#233;mocratique &#187;. Celle-ci ne peut pas reposer sur les seuls salari&#233;-es au sein des entreprises et des services publics : il faut imaginer des espaces (assembl&#233;es de citoyens/citoyennes par exemple) o&#249; s'&#233;laborent les besoins (en tenant compte des imp&#233;ratifs &#233;cologiques) de la population dans sa diversit&#233; et au plus pr&#232;s d'elle. Et il faut construire les outils d'une articulation r&#233;gionale, nationale, europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nouvelles technologies et leur fonctionnement horizontal sont des outils utiles pour les mobilisations et peuvent favoriser la d&#233;mocratie, &#224; condition que cela aide &#224; la confrontation des points de vue pour b&#226;tir du collectif et non pour conforter l'addition de points de vue individuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste bien s&#251;r la question centrale de la propri&#233;t&#233; des moyens de production : nationalisation, socialisation, appropriation des moyens de production et d'&#233;changes. Tous ces termes apparaissent aujourd'hui &#171; d'un autre temps &#187; et pourtant au vu de l'impasse dans laquelle nous met et nous m&#232;ne le capitalisme financier, il faut sans nul doute les reprendre, les retravailler dans le sens d'une utopie transformatrice m&#234;me si nous n'avons pas/plus de sch&#233;ma global pr&#233;d&#233;termin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment faire ce chemin ? Inscrire ces id&#233;es dans les combats d'aujourd'hui et notamment autour de l'id&#233;e de ne plus laisser la finance, le march&#233; d&#233;cider de nos vies. Il nous faut appuyer toutes les exp&#233;rimentations sociales concr&#232;tes qui montrent qu'il est possible de fonctionner autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alors la question du d&#233;bouch&#233; politique en r&#233;sum&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du d&#233;bouch&#233; politique est donc avant tout une question de d&#233;bat citoyen sur les contenus des politiques &#224; mettre en &#339;uvre, imm&#233;diatement et &#224; plus long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bataille des id&#233;es est un &#233;l&#233;ment essentiel dans la construction d'un rapport de forces. Sans celle-ci, sans la conviction largement partag&#233;e qu'un autre monde est possible et n&#233;cessaire, qui passe par des r&#233;orientations des politiques, voire de vraies ruptures et des orientations strat&#233;giques alternatives, on ne pourra avancer dans la transformation sociale. D&#232;s aujourd'hui, il s'agit bien pour le syndicalisme de faire vivre au XXIe si&#232;cle la &#171; double besogne &#187; d&#233;finie dans la Charte d'Amiens lors du congr&#232;s de la CGT en 1906 : organiser les r&#233;sistances aux politiques n&#233;olib&#233;rales et mettre en avant des revendications imm&#233;diates permettant d'am&#233;liorer les conditions de vie du plus grand nombre, salari&#233;-es, ch&#244;meurs et retrait&#233;-es, jeunes en formation, tout en mettant en avant la n&#233;cessit&#233; du d&#233;passement du capitalisme, des politiques n&#233;olib&#233;rales actuelles, etc. Ces propositions doivent permettre une mise en d&#233;bat citoyenne dans lequel il y a place pour un &#233;change avec les partis politiques. Il s'agit bien de trouver le moyen de se confronter et de coop&#233;rer avec les partis politiques qui s'inscrivent dans la perspective de transformation sociale, tout en &#233;vitant la confiscation repr&#233;sentative qui peut encore tenter certains (m&#234;me inconsciemment&#8230;) ; il s'agit de travailler &#224; d&#233;passer la simple d&#233;mocratie repr&#233;sentative qui est aujourd'hui &#224; bout de souffle et d'ouvrir le d&#233;bat, et les pratiques, sur la d&#233;mocratie directe &#224; tous les niveaux. Et cette question concerne aussi le syndicalisme lui-m&#234;me !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout du compte, il s'agit pour les mouvements sociaux et pour le syndicalisme de pr&#233;server une autonomie en &#233;vitant deux impasses : s'en remettre aux partis politiques pour la transformation sociale ou refuser toute coop&#233;ration, toute confrontation avec eux, alors m&#234;me qu'ils sont une partie de la r&#233;alit&#233; dans laquelle nous agissons. Il est donc possible de construire des alliances, des convergences pour la transformation sociale en s'appuyant sur des luttes, des initiatives citoyennes, des exp&#233;rimentations sociales, sans &#234;tre d&#233;pendants du calendrier &#233;lectoral. C'est bien s'il y a mobilisation sociale, au sens large du terme, que des changements politiques existeront, au-del&#224; des seuls rendez-vous &#233;lectoraux.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Annick Coup&#233; est porte-parole de l'Union syndicale Solidaires. L'article a &#233;t&#233; publi&#233; en mars 2014, r&#233;f. &lt;a href=&#034;http://solidaires.org/IMG/pdf/IRIS-janv2014.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://solidaires.org/IMG/pdf/IRIS-janv2014.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>France - &#171; Il faut un affrontement central avec ce gouvernement &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/France-Il-faut-un-affrontement-central-avec-ce-gouvernement</link>
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		<dc:date>2010-10-05T08:23:14Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Annick Coup&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>Mouvement syndical</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2010-10-05</dc:subject>

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&lt;p&gt;Annick Coup&#233; est porte-parole de l'Union syndicale Solidaires, constitu&#233;e &#224; partir de dix syndicats autonomes, non conf&#233;d&#233;r&#233;s. Cette union regroupe actuellement 45 f&#233;d&#233;rations ou syndicats nationaux appartenant &#224; des secteurs professionnels divers, public et priv&#233;, comme SUD-Rail, SUD-Education, SUD-A&#233;rien, Solidaires Finances ou SUD-Sant&#233;. Solidaires, qui revendique 90 000 adh&#233;rents, d&#233;fend un syndicalisme de contre-pouvoir et de lutte. &lt;br class='autobr' /&gt; Tout en participant depuis deux ans &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH125/arton5474-55de0.png?1781399498' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='125' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Annick Coup&#233; est porte-parole de l'Union syndicale Solidaires, constitu&#233;e &#224; partir de dix syndicats autonomes, non conf&#233;d&#233;r&#233;s. Cette union regroupe actuellement 45 f&#233;d&#233;rations ou syndicats nationaux appartenant &#224; des secteurs professionnels divers, public et priv&#233;, comme SUD-Rail, SUD-Education, SUD-A&#233;rien, Solidaires Finances ou SUD-Sant&#233;. Solidaires, qui revendique 90 000 adh&#233;rents, d&#233;fend un syndicalisme de contre-pouvoir et de lutte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tout en participant depuis deux ans &#224; l'intersyndicale, Solidaire r&#233;clame le retrait du projet de loi de r&#233;forme des retraites et appelle &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Dans l'entretien qu'elle a accord&#233; au Monde, &#224; quelques jours de la journ&#233;e de gr&#232;ves et de manifestations du jeudi 23 septembre, Mme Coup&#233; appelle &#224; l'&#233;largissement de la mobilisation et &#224; &#171; un affrontement central &#187; avec un pouvoir dont elle d&#233;nonce &#171; l'arrogance &#187;. Elle proposera &#224; l'intersyndicale d'organiser, avant le 5octobre, une nouvelle mobilisation interprofessionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le vote de la r&#233;forme des retraites &#224; l'Assembl&#233;e peut-il d&#233;mobiliser les salari&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Annick Coup&#233; &#8211; En faisant respecter &#224; tout prix &#171; son &#187; calendrier &#224; l'Assembl&#233;e, le gouvernement veut dire aux salari&#233;s &#171; la r&#233;forme est pass&#233;e ! &#187; Mais le sentiment que cette r&#233;forme est injuste persiste. Chacun voit que c'est insupportable : les jeunes qui gal&#232;rent, les femmes aux carri&#232;res incompl&#232;tes, les salari&#233;s &#226;g&#233;s vir&#233;s des entreprises, les m&#233;tiers p&#233;nibles&#8230; C'est toujours aux m&#234;mes qu'on demande les sacrifices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles remont&#233;es avez-vous du terrain sur le climat social et politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie quotidienne de nombreux salari&#233;s est marqu&#233;e par les difficult&#233;s : pouvoir d'achat, conditions de travail, d&#233;valorisation des agents publics, pr&#233;carit&#233;, peur du ch&#244;mage. Il y a beaucoup de col&#232;re face &#224; l'arrogance du pouvoir. On nous dit qu'il n'y a pas d'argent pour les retraites mais les banques, sauv&#233;es par l'Etat &#224; coup de milliards d'euros sans aucune contrepartie, se sont refait une sant&#233;. Les profits du CAC40 n'ont jamais &#233;t&#233; aussi hauts. Le bouclier fiscal symbolise cette politique : une moyenne de 362126 euros pour 1169 m&#233;nages les plus fortun&#233;s ! Le gouvernement agit d'abord en faveur des poss&#233;dants, du patronat et des rentiers&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Elys&#233;e observait le 7 septembre au soir que les taux de gr&#233;vistes &#233;tait inf&#233;rieur &#224; ceux de 2003 contre la r&#233;forme Fillon. Comptez-vous, jeudi, sur une participation &#224; la gr&#232;ve en hausse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2003, la mobilisation &#233;tait celle du secteur public. Le priv&#233; avait &#233;t&#233; durement touch&#233; en 1993. Aujourd'hui, le mouvement est interprofessionnel. On a constat&#233; des taux de gr&#233;vistes pas vus depuis longtemps dans les h&#244;pitaux, &#224; La Poste, &#224; France T&#233;l&#233;com, &#224; la m&#233;t&#233;o ou &#224; la SNCF. Des d&#233;brayages importants ont eu lieu dans l'industrie, la banque ou le commerce&#8230; Cette mobilisation s'enracine dans le pays. La gr&#232;ve, c'est vrai, est un engagement difficile pour les salari&#233;s. Mais gr&#232;ves et manifestations sont les deux faces d'une m&#234;me d&#233;termination. Le 23, la mobilisation doit s'&#233;largir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Programmer des mobilisations &#224; r&#233;p&#233;tition, n'est-ce pas courir le risque de voir le mouvement s'effriter ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pas d'autre choix, face au m&#233;pris gouvernemental, que d'amplifier le rapport de forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous demandez le retrait de la r&#233;forme des retraites, ce que ne demande pas l'intersyndicale. Et vous &#234;tes favorable &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, &#224; tout le moins reconductible. Pourquoi restez-vous &#224; l'intersyndicale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intersyndicale s'est mise d'accord sur un compromis pour dire que le projet est &#171; injuste et inacceptable &#187;. Mais nous savons que pour imposer une autre r&#233;forme, il faut d'abord gagner le retrait du projet actuel ! Pour cela, il faut pr&#233;parer un affrontement central avec ce gouvernement qui passera par un mouvement d'ensemble tel que Nicolas Sarkozy sera oblig&#233; de reculer, comme Jacques Chirac sur le contrat premi&#232;re embauche (CPE) ! Personne ne peut dire &#224; l'avance quelle forme cela peut prendre : gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, gr&#232;ves reconductibles, manifestation &#224; r&#233;p&#233;tition&#8230; La question n'est pas de d&#233;cider &#224; la place des salari&#233;s mais de porter cet objectif. Dans l'intersyndicale, il y a d&#233;bat sur la strat&#233;gie d'action comme sur les revendications. L'allongement de la dur&#233;e de cotisation mise en avant par Fran&#231;ois Ch&#233;r&#232;que dans sa tribune du Monde du 9 septembre est loin de faire l'unanimit&#233;. Mais l'unit&#233; syndicale reste d&#233;cisive pour les mobilisations et nous y sommes attach&#233;s car nous voulons gagner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Certains secteurs, en particulier les transports, sont-ils pr&#234;ts &#224; se lancer dans des gr&#232;ves reconductibles ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la veille du 23, c'est une question qui se discute, et bien au-del&#224; de Solidaires. Des appels unitaires se multiplient en ce sens. Le 24, beaucoup d'assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales sont pr&#233;vues, souvent &#224; l'appel de plusieurs syndicats. Dans la chimie, par exemple, la CGT pose comme nous la question de la gr&#232;ve reconductible dans les raffineries et cette id&#233;e fait son chemin&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous sentez-vous en mesure de rallier &#224; vos arguments une partie de la CGT ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas que la CGT nous rallie : il s'agit de construire avec les salari&#233;s le meilleur rapport de forces possible pour gagner ! Cette question est pos&#233;e tout autant dans les autres syndicats, et Solidaires ne pr&#233;tend pas avoir la &#171; recette magique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La direction de la CGT ne croit pas possible une r&#233;&#233;dition du mouvement de 1995. Et vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de mod&#232;le ni de lutte exemplaire &#224; dupliquer&#8230; Si en 1995, le gouvernement a recul&#233;, comme en Guadeloupe l'an dernier, c'est parce qu'il y avait un mouvement d'ensemble, appuy&#233; sur des gr&#232;ves et des manifestations massives. Et aujourd'hui, il y a plus de pr&#233;carit&#233;, plus d'&#233;clatement du salariat, le poids de la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bernard Thibault juge risqu&#233; de faire porter &#224; une partie des salari&#233;s, par exemple les cheminots, la responsabilit&#233; d'une gr&#232;ve qui resterait isol&#233;e et pourrait provoquer un retournement de l'opinion contre les gr&#233;vistes&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur un tel dossier, une gr&#232;ve qui resterait isol&#233;e et ne serait pas massivement soutenue, quel qu'en soit le secteur, ne permettrait s&#251;rement pas de gagner. A l'inverse, attendre que tous les secteurs partent en gr&#232;ve en m&#234;me temps conduit aussi &#224; l'impasse. Pour Solidaires, il s'agit bien de continuer &#224; &#233;largir la mobilisation sans freiner les secteurs qui ont plus de capacit&#233; &#224; se mobiliser collectivement et qui peuvent cr&#233;er une dynamique d'ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Exiger le retrait du projet de loi sur les retraites, c'est demander &#224; Nicolas Sarkozy de capituler. En le faisant, ne vous mettez-vous pas, vous aussi, dans une position compl&#232;tement bloqu&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce projet n'est soutenu par aucun syndicat, les salari&#233;s le rejettent et la majorit&#233; de nos concitoyens soutiennent largement les actions. La responsabilit&#233; d'un gouvernement est de prendre la mesure de cette situation ! Si un d&#233;bat de fond est n&#233;cessaire sur l'avenir des retraites, cela suppose de mettre tout sur la table, notamment la question de la r&#233;partition des richesses et du blocage des cotisations patronales&#8230; Mais pour cela, l'actuel projet doit &#234;tre retir&#233;. Il n'est pas n&#233;gociable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment voyez-vous l'apr&#232;s-23 septembre ? Pensez-vous que le S&#233;nat puisse amender le projet de loi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#224; craindre que comme &#224; l'Assembl&#233;e, les ordres viennent d'en haut et que les vell&#233;it&#233;s de certains s&#233;nateurs de la majorit&#233; soient recadr&#233;es par l'Elys&#233;e. C'est le niveau du rapport de forces qui fera bouger les choses. Apr&#232;s le 23, il faudra tr&#232;s vite un nouveau rendez-vous interprofessionnel avant le d&#233;marrage du d&#233;bat au S&#233;nat le 5 octobre. Des manifestations le week-end permettraient d'articuler les mouvements reconductibles et une large mobilisation de tous, notamment du priv&#233; o&#249; il est plus difficile de faire gr&#232;ve. Rien n'est jou&#233;, il est encore possible de gagner.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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