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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>En Iran, l'Empire am&#233;ricain &#224; la rencontre de son propre d&#233;clin</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/En-Iran-l-Empire-americain-a-la-rencontre-de-son-propre-declin</link>
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		<dc:date>2026-04-21T08:18:59Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hassina Mecha&#239;</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre au Proche-Orient</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Iran</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2026-04-21</dc:subject>

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&lt;p&gt;La guerre contre l'Iran pourrait devenir celle qui r&#233;v&#232;le la fin de l'Empire am&#233;ricain. Washington touche, sur les bords du d&#233;troit d'Ormuz, aux limites de sa puissance et de sa volont&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du blogue de l'auteur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un article c&#233;l&#232;bre paru en 2002, Robert Kagan &#233;crivait que la division du travail strat&#233;gique d'un monde post seconde guerre mondiale consistait &#224; ce que Washington &#8220;pr&#233;pare le d&#238;ner&#8221; quand les Europ&#233;ens se chargeaient de &#8220;faire la vaisselle&#8221;. Le politologue am&#233;ricain (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH97/capture_d_e_cran_le_2026-04-20_a_13.49_31-f97ea.png?1782004209' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='97' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La guerre contre l'Iran pourrait devenir celle qui r&#233;v&#232;le la fin de l'Empire am&#233;ricain. Washington touche, sur les bords du d&#233;troit d'Ormuz, aux limites de sa puissance et de sa volont&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/collectif-chronik/blog/140426/en-iran-l-empire-americain-la-rencontre-de-son-propre-declin&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blogue de l'auteur&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un article c&#233;l&#232;bre paru en 2002, Robert Kagan &#233;crivait que la division du travail strat&#233;gique d'un monde post seconde guerre mondiale consistait &#224; ce que Washington &#8220;pr&#233;pare le d&#238;ner&#8221; quand les Europ&#233;ens se chargeaient de &#8220;faire la vaisselle&#8221;. Le politologue am&#233;ricain pointait &#233;galement la propension des &#201;tats-Unis au recours &#224; la force comme instrument de relations internationales, &#8220;tout comme leur penchant pour l'unilat&#233;ralisme et leur rejet du droit international&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque 24 ans plus tard, la guerre d&#233;clench&#233;e contre l'Iran ce 28 f&#233;vrier lui donne encore raison. Mais il semble que le reste du monde, et plus seulement l'Europe, devra aussi s'atteler &#224; rassembler p&#233;niblement une vaisselle bris&#233;e par une administration am&#233;ricaine qui d&#238;ne en t&#234;te &#224; t&#234;te avec Isra&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, malgr&#233; ce d&#238;ner martial, Ormuz deviendra-t-il pour l'hegemon &#233;tats-unien ce que Suez a &#233;t&#233; pour l'hegemon britannique : un goulet d'&#233;tranglement o&#249; viennent choir et mourir les empires ? En 1956, sur les bords du canal de Suez, la Grande-Bretagne fit la d&#233;monstration de son impuissance &#224; changer le cours des choses. Elle y perdit aussi l'instrument mon&#233;taire de sa puissance, le d&#233;clin de la livre sterling ayant &#233;t&#233; acc&#233;l&#233;r&#233;e par la pression de Washington, alors oppos&#233; &#224; cette exp&#233;dition punitive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les bords du d&#233;troit d'Ormuz, les &#201;tats-Unis pourraient conna&#238;tre le m&#234;me destin. Et comme tout empire, ils ont l'obsession de leur d&#233;clin qu'ils per&#231;oivent d&#233;j&#224; et souhaitent emp&#234;cher. Pour s'en persuader, il suffit de lire le petit livre sur la nouvelle strat&#233;gie de s&#233;curit&#233; am&#233;ricaine. 33 pages qui d&#233;vide l'obsession hypnotique d'un &#8220;effacement civilisationnel&#8221; de l'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand l'hyperpuissance am&#233;ricaine claudique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le monde de Clausewitz, une guerre se justifie par des gains politiques &#224; en attendre. Elle est une &#8220;continuation&#8221; de la politique par des moyens militaires. Dans le monde de Trump, la guerre n'a d'autre but qu'elle-m&#234;me, en tautologie nihiliste. La guerre est la continuation de la guerre et c'est dans cette temporalit&#233; fig&#233;e que le monde se trouve d&#233;sormais enferm&#233;, la politique ne se glissant que dans de rares interstices de r&#233;pit. Mais le r&#233;el est t&#234;tu et le r&#233;el strat&#233;gique l'est doublement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un pays peut manquer de la puissance n&#233;cessaire &#224; sa strat&#233;gie politique. C'est le cas d'Isra&#235;l, qui s'appuie lourdement sur les &#201;tats-Unis en termes d'armements et cr&#233;dits ouverts pour imposer son h&#233;g&#233;monie au Moyen-Orient. Il arrive aussi que la strat&#233;gie manque alors m&#234;me que la puissance est r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les &#201;tats-Unis, la guerre contre l'Iran est une monstration de puissance qui peine pourtant &#224; se transformer en gains politiques. Or, pour un empire, c'est l&#224; aussi un signe de d&#233;clin quand sa strat&#233;gie politique et militaire peine &#224; se hisser &#224; la hauteur de sa puissance militaire, en inad&#233;quation ou hiatus imp&#233;rial. En paradoxe ultime, la puissance am&#233;ricaine devient non seulement incapable de ma&#238;triser les enjeux, mais elle s'av&#232;re aussi impuissante et vaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le 23 f&#233;vrier, soit quelques jours avant le d&#233;clenchement de la guerre, le Wall Street Journal indiquait que des responsables du Pentagone et le g&#233;n&#233;ral Dan Caine, chef d'&#233;tat-major interarm&#233;es, avaient mis en garde Trump contre les dangers d'une campagne prolong&#233;e contre l'Iran. Des questions ont m&#234;me &#233;t&#233; soulev&#233;es concernant les stocks de munitions et la possibilit&#233; que l'utilisation d'armes repr&#233;sente un risque accru pour la s&#233;curit&#233; nationale des &#201;tats-Unis en cas de nouveaux conflits. Le Pentagone a envisag&#233;, selon la presse &#233;tats-unienne, de d&#233;tourner vers le Moyen-Orient des armes destin&#233;es &#224; l'Ukraine, car la guerre en Iran &#233;puise certaines des munitions les plus critiques de l'arm&#233;e am&#233;ricaine. L'appel de Trump aux fabricants d'armes am&#233;ricains pour qu'ils quadruplent la production d'armements de pointe est venu confirmer ces craintes du Pentagone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La puissance est d'abord mat&#233;rielle. Washington semble beaucoup plus b&#233;n&#233;ficier d'un reliquat d'une puissance en voie d'&#233;puisement. D&#233;j&#224; des articles alertent sur le stock d'armes drastiquement entam&#233;s par cette guerre en Iran. Le Washington Post rapporte de son c&#244;t&#233; que les &#201;tats-Unis ont lanc&#233; plus de 850 missiles de croisi&#232;re Tomahawk en quatre semaines de guerre contre l'Iran. Or selon des sp&#233;cialistes interrog&#233;s par le quotidien, avant le lancement de l'op&#233;ration Epic Fury fin f&#233;vrier, la Marine am&#233;ricaine disposait probablement de 4 000 &#224; 4 500 missiles Tomahawk. D'autres analystes navals estiment que ce nombre pourrait &#234;tre bien inf&#233;rieur, peut-&#234;tre plus proche de 3 000. Washington aurait donc &#233;puis&#233; un quart &#224; un tiers de ses stocks de missiles en moins d'un mois de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cet arsenal, T&#233;h&#233;ran a d&#233;ploy&#233; des drones bon march&#233; et faciles &#224; produire. Mais au-del&#224; de la question de stocks largement entam&#233;s par Washington dans leur soutien &#224; Isra&#235;l ou l'Ukraine, la guerre contre l'Iran montre comment des armes bon march&#233;, des drones d'attaque faciles &#224; produire, en viennent &#224; modifier la nature de la guerre. Une analyse notamment d&#233;velopp&#233;e par Robert Pape dans un article publi&#233; par Foreign Affairs. Pour ce professeur de sciences politique &#224; l'universit&#233; de Chicago, les frappes iraniennes sur les voisins du Golfe et installations n&#233;cessaires &#224; l'architecture &#233;conomique mondiale s'inscrivent dans ce qu'il nomme &#8220;une strat&#233;gie d'escalade horizontale&#8221;, qui consiste &#224; transformer les enjeux d'un conflit &#8220;en &#233;largissant son champ d'action et en prolongeant sa dur&#233;e&#8221;. Autrement dit, &#224; faire durer la guerre en impliquant d'autres acteurs. Une strat&#233;gie qui profite &#224; la partie la plus faible du conflit, estime l'analyste am&#233;ricain puisqu'elle permet &#8220;&#224; un bellig&#233;rant plus faible de modifier les calculs d'un adversaire plus puissant.&#8221; Pour ce sp&#233;cialiste de la guerre a&#233;rienne, en s'appuyant aussi sur l'essentiel facteur que sont le temps et la g&#233;ographie, l'Iran fa&#231;onne son propre r&#233;cit sur l'ordre r&#233;gional.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Iran, la puissance am&#233;ricaine est certes l&#224;, manifeste et expos&#233;e. Comme le signale le chercheur Ali Vaez dans le New York Times, Donald Trump a sans doute eu raison lorsqu'il a d&#233;clar&#233; que les &#201;tats-Unis avaient remport&#233; tous les &#233;changes tactiques contre l'Iran. Ce qu'il a omis d'indiquer, et d'admettre, est qu'il a malgr&#233; tout r&#233;ussi &#224; perdre le contr&#244;le des &#233;v&#233;nements. Les armes pleuvent, dans une guerre verticale. Mais l'Iran a d&#233;velopp&#233; une strat&#233;gie de d&#233;ploiement et d'&#233;largissement horizontal de la guerre, mena&#231;ant tout &#224; la fois les pays arabes voisins et l'architecture &#233;nerg&#233;tique mondiale. D&#232;s lors, les mots pleuvent aussi, Trump multipliant des paroles incons&#233;quentes qui viennent pallier le manque absolu de strat&#233;gie et de vision. L'Empire gesticule et tonne inutilement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Iran, l'hyperpuissance am&#233;ricaine claudique. Elle boite et tangue d'une jambe sur l'autre. Et, paradoxe strat&#233;gique, sa puissance hypertrophi&#233;e semble la source m&#234;me de son incapacit&#233; &#224; &#233;craser son adversaire. On atteint l&#224; les limites de l'effectivit&#233; de la puissance, ce que Bertrand Badie et d'autres nomment d&#233;j&#224; &#8220;l'impuissance de l'hyper-puissance&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Empire d&#233;cr&#233;dibilis&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec cette guerre, Washington dilapide un capital de cr&#233;dibilit&#233; et de conduite rationnelle qu'il pensait visiblement solide. En Iran, la &#8220;relation sp&#233;ciale&#8221; entre Londres et Washington a s&#233;rieusement tangu&#233;, Londres ayant oppos&#233; un refus net de s'associer aux frappes sur l'Iran, et m&#234;me d'autoriser &#224; utiliser leurs bases militaires conjointes dans cette guerre. D&#233;sormais, le Premier ministre britannique, Keir Starmer, souhaite m&#234;me que son pays se rapproche de l'Europe. L'insularit&#233; strat&#233;gique ne r&#233;siste pas face &#224; un alli&#233; am&#233;ricain erratique et impr&#233;visible. Une Europe qui d'ailleurs a oppos&#233; aussi un front du refus &#224; Trump. Mi-mars, les pays europ&#233;ens ont refus&#233; de s'engager davantage dans le conflit, alors m&#234;me que le pr&#233;sident am&#233;ricain leur demandait d'aider les &#201;tats-Unis &#224; r&#233;tablir la circulation maritime dans le d&#233;troit d'Ormuz. Dans le d&#233;tail, le chancelier allemand, Friedrich Merz a affirm&#233; que le conflit au Moyen-Orient &#8220;n'&#233;tait pas la guerre de l'Otan&#8221; quand la cheffe de la diplomatie europ&#233;enne, Kaja Kallas soulignait que &#8220;l'Europe n'a pas int&#233;r&#234;t &#224; se lancer dans une guerre &#224; dur&#233;e ind&#233;termin&#233;e&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette guerre intempestive, et l'irrationalit&#233; strat&#233;gique qui l'entoure, risque m&#234;me de sonner le glas de l'instrument le plus aff&#251;t&#233; de la puissance militaire am&#233;ricaine et de sa capacit&#233; de projection imp&#233;riale, l'OTAN. Rejouant presque le c&#233;l&#232;bre &#8220;I want my money back&#8221; de Thatcher, Donald Trump multiplie les menaces de claquer la porte de l'organisation mise en place apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale. Dans le monde de &#8220;real estate&#8221; de Donald Trump, les &#201;tats-Unis n'en ont pas eu pour leur argent et l'OTAN a &#233;t&#233; un investissement &#224; perte. De son c&#244;t&#233;, Marco Rubio affirme que si les &#201;tats-Unis ont aid&#233; &#8220;dans les guerres&#8221; (notamment en Ukraine pr&#233;sent&#233;e comme une guerre europ&#233;enne) lorsque les Am&#233;ricains en ont eu besoin, &#8220;l'OTAN n'a pas r&#233;pondu favorablement&#8221; aux demandes &#233;tatsuniennes pour l'Iran. Pourtant, l'OTAN a beaucoup moins &#233;t&#233; un fardeau pour les &#201;tats-Unis qu'un instrument de puissance. Ce sont aussi les r&#233;seaux d'alliances qui font l'Empire. Dans l'establishment s&#233;curitaire am&#233;ricain, tel qu'il transpara&#238;t dans la presse du pays, un retrait am&#233;ricain de l'organisation est d&#233;crit comme catastrophique pour l'Am&#233;rique en tant que puissance mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse &#233;tats-unienne interroge d&#233;sormais frontalement la confiance que les &#201;tats-Unis peuvent encore attendre des pays europ&#233;ens pour assurer leur d&#233;fense. Au c&#339;ur du doute europ&#233;en, l'article 5 du trait&#233; de l'Otan, qui r&#233;git la solidarit&#233; militaire entre alli&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux yeux de leurs alli&#233;s historiques, les &#201;tats-Unis contribuent beaucoup plus au d&#233;sordre mondial qu'ils ne l'emp&#234;chent. Il n'est plus l'Empire bienveillant, Cit&#233; sur la Colline cens&#233;e r&#233;pandre la bonne parole et l'action juste dans le monde. Un imp&#233;rialisme missionnaire qui, sous Trump, a perdu ses oripeaux pour ne r&#233;v&#233;ler que l'amateurisme le plus t&#234;tu et l'avidit&#233; la plus crue. La notion de &#8220;rogue state&#8221; (&#201;tat voyou) est d&#233;sormais accol&#233;e aux &#201;tats-Unis, tant la destruction de l'ordre international n&#233; de la Seconde Guerre mondiale, celui-l&#224; m&#234;me qui a assis et assur&#233; sa puissance, est mise en &#339;uvre par l'Administration Trump.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette guerre aura m&#234;me r&#233;ussi &#224; alarmer les pays du Golfe, pourtant particuli&#232;rement demandeurs et d&#233;pendants du parapluie am&#233;ricain au Moyen-Orient. Ces pays ont navigu&#233;, au d&#233;but des attaques contre l'Iran, entre strat&#233;gie de d&#233;fense et retenue devant les destructions caus&#233;es par l'Iran. La r&#233;gion du Golfe est devenue la victime collat&#233;rale d'une guerre d&#233;cid&#233;e par Isra&#235;l et Washington, mais ce sont les monarchies de la r&#233;gion qui supportent le co&#251;t d'un conflit qu'elles ont aussi tent&#233; d'&#233;viter. Leur mod&#232;le &#233;conomique, b&#226;ti sur les routes commerciales et &#233;nerg&#233;tiques, subit des dommages importants avec la fermeture du d&#233;troit d'Ormuz. Face &#224; ce d&#233;sastre, l'Iran pousse le sarcasme jusqu'&#224; annoncer &#234;tre pr&#234;te &#224; &#233;tablir &#171; une union r&#233;gionale de s&#233;curit&#233; et militaire avec ses chers voisins &#187;, sans la pr&#233;sence des &#201;tats-Unis ni d'Isra&#235;l. Quand l'Empire est moqu&#233; et ridiculis&#233;, c'est qu'il est d&#233;j&#224; moins craint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa logique bien &#224; lui de diplomatie transactionnelle et de respect de la seule force, en virilisme clownesque (dont les sc&#232;nes d'humiliation dans le Bureau oval sont l'illustration la plus &#233;vidente), Donald Trump a oubli&#233; que l'Empire am&#233;ricain d&#233;pendait aussi d'un r&#233;seau d'&#201;tats alli&#233;s, affid&#233;s, vassaux, peu importe le terme qu'on voudra utiliser. Un Empire seul n'existe pas. Ou alors il est isol&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8220;It's China, stupid&#8221;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre effet paradoxal de cette guerre contre l'Iran est qu'elle profite non pas aux int&#233;r&#234;ts de Washington, mais &#224; ceux de Moscou et de P&#233;kin. Selon la presse &#233;conomique, en trois semaines, les revenus quotidiens du p&#233;trole russe ont doubl&#233;, passant de 116 millions &#224; 234 millions d'euros. Surtout, le front iranien a fait reculer la question ukrainienne dans l'attention d&#233;j&#224; vacillante de Donald Trump. Et comme indiqu&#233;, des armes destin&#233;es au front russo-ukranien pourraient &#234;tre d&#233;tourn&#233;es vers le Moyen-Orient, notamment des missiles de d&#233;fense a&#233;rienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Iran, Washington est tomb&#233; dans le &#8220; pi&#232;ge de Thucydide &#8221;. Cette expression d&#233;signe un fait constant dans les relations internationales : un empire aspire &#224; l'exclusivit&#233; de sa puissance, au risque de la guerre de trop qui permettra l'&#233;mergence du rival. Ce qui a valu pour Ath&#232;nes et Sparte dans leur affrontement lors de la guerre du P&#233;loponn&#232;se, vaut pour Washington et P&#233;kin sur le terrain iranien. On peut m&#234;me se demander si cette guerre contre l'Iran ne serait pas le premier affrontement, indirect en l'&#233;tat, entre les deux pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre a vis&#233; indirectement la Chine. Selon de nombreux analystes, elle devait exposer la d&#233;pendance chinoise au p&#233;trole, iranien notamment, et son incapacit&#233; &#224; aider ses alli&#233;s. Cette guerre devait aussi faire &#339;uvre de &#8220;monstration&#8221; et capacit&#233; de projection de la puissance am&#233;ricaine. Pourtant P&#233;kin y observe surtout un adversaire faire la preuve de son incapacit&#233; &#224; concevoir et accepter les cons&#233;quences m&#234;mes de ses propres actes, comme la fermeture du d&#233;troit d'Ormuz. La Chine s'offre m&#234;me le luxe de rappeler &#224; l'ordre et au respect du droit international Washington. Elle s'inscrit aussi dans une autre forme de temporalit&#233;, opposant &#224; la f&#233;brilit&#233; trumpienne une prudence qui imprime pour le reste du monde l'id&#233;e d'une puissance tranquille qui contraste avec la menace am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le relatif silence chinois s'explique ais&#233;ment alors que Donald Trump temp&#234;te et en appelle &#224; P&#233;kin pour rouvrir le d&#233;troit d'Ormuz, arguant que la Chine &#8220;tire 90% de son p&#233;trole du d&#233;troit&#8221;. En r&#233;alit&#233;, 45 % du p&#233;trole import&#233; par la Chine par voie maritime transite par ce d&#233;troit et P&#233;kin s'est pr&#233;par&#233; &#224; cette guerre, s'assurant une autonomie &#233;nerg&#233;tique. L'Iran fait aussi le jeu de la Chine, visant ce qui fait le c&#339;ur de la puissance am&#233;ricaine, le dollar. T&#233;h&#233;ran a en effet autoris&#233; le passage de navires en provenance d'&#201;tats &#171; non hostiles &#187;, moyennant un droit de transit pouvant atteindre 2 millions de dollars, de pr&#233;f&#233;rence r&#233;glables en yuans. Une fa&#231;on d'encourager le petroyuan en remplacement du p&#233;trodollar, dans un contexte international de m&#233;fiance install&#233;e envers les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre contre l'Iran offre &#224; la Chine un formidable laboratoire dans lequel il observe en temps r&#233;el le d&#233;ploiement de l'armement am&#233;ricain. Et ses failles &#233;videmment. Pendant que Washington s'&#233;chine en Iran, il disperse ses forces et les &#233;loigne de la zone indo-pacifique. &#192; la grande satisfaction de P&#233;kin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une guerre religieuse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit alternatif fa&#231;onn&#233; par l'Iran fonctionne aussi parce que le r&#233;cit am&#233;ricain est de plus en plus incoh&#233;rent, contradictoire et inaudible, m&#234;me par ses alli&#233;s les plus proches. L&#224; est l'autre aspect de la puissance : la capacit&#233; d'inscrire la guerre dans une narration qui emporte le soutien et indique un but atteignable aussi bien que juste. L'Empire, aussi imp&#233;rieux qu'il soit, doit pourtant justifier son pouvoir, sa domination et ses exc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#201;tats-Unis ne sont m&#234;me pas donn&#233; la peine de justifier juridiquement cette guerre contre l'Iran. Ni devant le Congr&#232;s am&#233;ricain, ni devant l'ONU. Autrement dit, cette guerre ne s'appuie sur aucune autorisation pr&#233;alable, nationale comme internationale. Elle ne se justifie pas plus par la l&#233;gitime d&#233;fense, des responsables du Pentagone ayant tr&#232;s vite admis devant des repr&#233;sentants du S&#233;nat am&#233;ricain aucun danger imminent venant d'Iran ne mena&#231;ait les &#201;tats-Unis. Le magist&#232;re moral des &#201;tats-Unis, n&#233; essentiellement de la Seconde Guerre mondiale, s'est &#233;puis&#233; aussi vite que ses stocks d'armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand ni le droit, la strat&#233;gie ou le simple bon sens politique ne peuvent &#234;tre convoqu&#233;s, reste &#224; trouver autre chose. C'est du c&#244;t&#233; de la religion et de la civilisation que Trump, Hegseth, Huckabee ou encore Netanyahou se sont tourn&#233;s. Ils ont multipli&#233; les r&#233;f&#233;rences &#224; un substrat biblique, rejouant en Iran une lutte eschatologique et une mission divine que Trump en nouveau Oint, remplirait en Iran. Le s&#233;nateur Lindsey Graham a affirm&#233;, peu avant la guerre, que &#171; Si l'Am&#233;rique abandonne Isra&#235;l, Dieu abandonnera l'Am&#233;rique&#8288; &#187;. Le secr&#233;taire d'&#201;tat &#224; la guerre, Pete Hegseth a d&#233;clar&#233; que l'Am&#233;rique se trouvait &#171; &#224; l'endroit exact o&#249; elle devait &#234;tre &#187;, &#171; &#224; genoux, reconnaissant la providence de notre Seigneur et Sauveur J&#233;sus-Christ &#187;. Du c&#244;t&#233; isra&#233;lien, N&#233;tanyahou compare, apr&#232;s le Hamas, l'Iran aux Amal&#233;cites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'alerte est surtout venue du c&#244;t&#233; des soldats am&#233;ricains engag&#233;s dans cette guerre. Selon le Guardian, la Military Religious Freedom Foundation (MRFF) a re&#231;u plus de 200 plaintes de soldats, portant sur la rh&#233;torique religieuse accompagnant cette guerre. Leurs commandants leur ont pr&#233;sent&#233; la guerre contre l'Iran comme &#171; sanctionn&#233;e par la Bible &#187;, affirmant m&#234;me que Trump avait &#233;t&#233; &#171; oint par J&#233;sus pour allumer le signal de feu en Iran et provoquer l'Armageddon et son retour sur Terre &#187;. Une rh&#233;torique qualifi&#233;e de &#8220;militarisme chr&#233;tien&#8221;, l'accouplement de notions aussi antagonistes rendant encore plus tragique l'affaire. Car il s'agit l&#224; beaucoup plus d'une &#8220;simonie diplomatique&#8221;, le sacr&#233; et la religion &#233;tant instrumentalis&#233;s comme de vulgaires leviers de puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le dernier homme dans le dernier empire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il arrive que m&#234;me la religion se r&#233;v&#232;le incapable d'expiquer un tel d&#233;cha&#238;nement d'irrationnalit&#233; strat&#233;gique et politique. Le nihilisme peut alors aider pour une guerre o&#249; le chaos et la destruction deviennent les seuls buts. Dans ce nihilisme imp&#233;rial, Trump figurerait alors le dernier homme nietzsch&#233;en : &#171; La terre est devenue petite, et dessus saute le dernier homme, qui rend tout petit. Sa race est indestructible comme celle du puceron &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trump est celui qui d&#233;forme le r&#233;el, au gr&#233; de sa seule volont&#233;, celle-ci &#233;tant entendue comme la seule mesure du r&#233;el et du monde. La r&#233;alit&#233; en devient comme filandreuse, fa&#231;onn&#233;e de simulacre en simulacre, de distorsion en distorsions. Trump avale les faits et les r&#233;gurgite en logorrh&#233;e aussi fine et vertigineuse qu'un fil de funambule. Notre fascination tient aussi &#224; cela : nous observons h&#233;b&#233;t&#233;s cette travers&#233;e du r&#233;el, persuad&#233;s qu'il finira par tomber. Mais le fil des mots continue &#224; se tendre au-dessus d'un n&#233;ant, entre deux extr&#233;mit&#233;s tout aussi fumeuses, et la parole se dilue et se perd. Certes, on pourrait y voir les signes &#233;vidents d'un d&#233;clin cognitif ou d'un travers qui le fait traiter les affaires du monde comme un &#233;pisode de &#8220;The Apprentice&#8221;, le &#8220;you're fired&#8221; prenant la forme d'&#233;limination concr&#232;te de dirigeants r&#233;calcitrants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre de Trump contre l'Iran est un nihilisme verbeux. Au m&#233;pris du r&#233;el, il pourrait d'ailleurs d&#233;clarer la victoire, comme le craignent d&#233;j&#224; ses alli&#233;s isra&#233;liens. D'ailleurs il l'a fait plusieurs fois, de la proclamation d'une victoire &#233;crasante &#224; l'annonce d'un retrait tout aussi triomphal ou de pourparlers avec l'Iran &#233;videmment exceptionnels. Il peut tout autant temp&#234;ter et menacer de destructions tout autant exceptionnelles. L&#224; aussi, il l'a d&#233;j&#224; fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Nous sommes un empire, d&#233;clarait Karl Rove, &#8220;lorsque nous agissons, nous cr&#233;ons notre propre r&#233;alit&#233;. Et pendant que vous &#233;tudiez cette r&#233;alit&#233;, judicieusement, comme vous le souhaitez, nous agissons &#224; nouveau et nous cr&#233;ons d'autres r&#233;alit&#233;s nouvelles, que vous pouvez &#233;tudier &#233;galement, et c'est ainsi que les choses se passent.&#034;&#034; Sauf que pour Trump, il s'agit moins d'agir que de parler. Et c'est l&#224; aussi l'indice d'un d&#233;clin de puissance. Voil&#224; pourquoi Trump accumule parfois lors d'une m&#234;me s&#233;quence, une affirmation puis son contraire. Ce qui importe, pour Trump comme pour l'Empire qui d&#233;cline, n'est pas le sens de ce qui est dit mais que quelque chose soit constamment dit. Un bruit permanent qui remplit et sature l'espace de plus en plus r&#233;duit de l'entendement et de l'attention. Pendant que nous nous arr&#234;tons &#224; sa derni&#232;re d&#233;claration, tentant de la d&#233;crypter, Trump est d&#233;j&#224; &#224; la suivante, aussi contradictoire soit-elle. Le sens et la logique ne sont pas son affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement, tout ce nihilisme imp&#233;rial ne tient qu'&#224; coups d'exp&#233;dients, de rafistolages rh&#233;toriques. Trump est un bonimenteur qui, comme le dernier homme nietzsch&#233;en, cligne des yeux et fait de la retape. Vulgairement. Il suffirait alors de se d&#233;tourner, de se boucher les oreilles, et voil&#224; l'emprise r&#233;duite &#224; rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sidence de Trump a r&#233;v&#233;l&#233; une chute imp&#233;riale. La foi in&#233;branlable qu'avait l'Am&#233;rique en sa bonne foi (et l&#224;, entendez-le dans tous les sens), et dans sa capacit&#233; &#224; fa&#231;onner le monde se brise aussi. Ce qui sortira d'un monde post-am&#233;ricain reste la grande inconnue. Une inconnue angoissante que beaucoup d'alli&#233;s am&#233;ricains refusaient jusque-l&#224; d'affronter. L'irrationalit&#233; am&#233;ricaine, son m&#233;pris pour ses alli&#233;s, pourraient avoir tout modifi&#233;.&lt;/p&gt;
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		<title>Gaza ou la f&#233;rocit&#233; m&#233;diatique</title>
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		<dc:date>2025-09-09T06:52:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hassina Mecha&#239;</dc:creator>


		<dc:subject>M&#233;dias</dc:subject>
		<dc:subject>Palestine</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2025-09-09</dc:subject>
		<dc:subject>Conflit Isra&#233;lo-palestinien</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#192; Gaza, les bombes ont fait leur &#339;uvre de destruction quand les mots, souvent distordus, sanctifi&#233;s, r&#233;&#233;crits, ont pr&#233;par&#233; le terrain. Les m&#233;dias occidentaux, en relayant sans recul le r&#233;cit isra&#233;lien, ont &#233;rig&#233; un d&#233;cor de guerre qui a sacrifi&#233; la voix des Palestiniens, l&#224; o&#249; l'information aurait d&#251; dire la v&#233;rit&#233; et non la fabriquer. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du blogue de l'auteur. L'auteur est journaliste. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nous avons cr&#233;&#233; une l&#233;gende &#224; partir d'un massacre &#187;, Baldwin &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La perception n'est pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Asie-Proche-Orient-" rel="directory"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Palestine-+" rel="tag"&gt;Palestine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2025-09-09-+" rel="tag"&gt;Edition du 2025-09-09&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Conflit-Israelo-palestinien-+" rel="tag"&gt;Conflit Isra&#233;lo-palestinien&lt;/a&gt;

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; Gaza, les bombes ont fait leur &#339;uvre de destruction quand les mots, souvent distordus, sanctifi&#233;s, r&#233;&#233;crits, ont pr&#233;par&#233; le terrain. Les m&#233;dias occidentaux, en relayant sans recul le r&#233;cit isra&#233;lien, ont &#233;rig&#233; un d&#233;cor de guerre qui a sacrifi&#233; la voix des Palestiniens, l&#224; o&#249; l'information aurait d&#251; dire la v&#233;rit&#233; et non la fabriquer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/collectif-chronik/blog/060925/gaza-ou-la-ferocite-mediatique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blogue de l'auteur&lt;/a&gt;. L'auteur est journaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous avons cr&#233;&#233; une l&#233;gende &#224; partir d'un massacre &#187;, Baldwin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La perception n'est pas fantaisiste, elle est destructrice &#187;, Emerson&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les mots justes, trouv&#233;s au bon moment, sont de l'action &#187;, affirmait la philosophe Hannah Arendt, pour qui le &#171; dire du monde &#187; est autant le &#171; faire du monde &#187;. La fonction performative du langage est aussi vieille que le &#171; Fiat Lux &#187;. Ce qui est construit par les mots peut &#234;tre per&#231;u r&#233;el dans son existence et ses cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ramen&#233;e aux m&#233;dias, la remarque d'Arendt revient &#224; poser que le journalisme est aussi action. Il ne se contente pas de dire le r&#233;el. Il tisse la perception du monde. Les m&#233;dias op&#232;rent une mise au monde et une institutionnalisation de leur interpr&#233;tation des faits. Cet ordonnancement m&#233;diatique puissant doit &#234;tre compris pour une vraie citoyennet&#233;. Car le drame est que ce qui est vrai pour les &#171; mots justes &#187; l'est tout autant pour les mots injustes. Voici pour la th&#233;orie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le massacre du 7 octobre 2023, et la guerre contre Gaza qui a suivi, ont ouvert une parenth&#232;se m&#233;diatique singuli&#232;re en raison de l'anomalie paroxystique de cette couverture m&#233;diatique. C'est &#224; dessein que je pr&#233;cise &#171; contre Gaza &#187; et non &#171; &#224; Gaza &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.972mag.com/israeli-intelligence-database-83-percent-civilians-militants/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la population civile &#233;tant la premi&#232;re victime de ce conflit&lt;/a&gt;. Un &#171; anath&#232;me &#187; disent certains politiques isra&#233;liens, reprenant ainsi les termes bibliques de la conqu&#234;te de Canaan. &#171; Futuricide &#187; posent des juristes tant l'arm&#233;e isra&#233;lienne s'est acharn&#233;e &#224; emp&#234;cher tout avenir pour les Palestiniens dans la Bande de Gaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans quelle mesure le narratif m&#233;diatique a permis et accompagn&#233; cette guerre contre Gaza est la question qui devrait nous hanter. Quels mots injustes, pour reprendre la cat&#233;gorisation d'Arendt, ont fourni le sous-bassement rh&#233;torique aux crimes que de nombreux juristes qualifient d&#233;j&#224; de crime de g&#233;nocide ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les m&#233;dias n'ont pas construit la route qui m&#232;ne aux crimes de guerre, ils l'ont pour certains pav&#233;e, la rendant praticable et facile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au commencement donc, il y a une stup&#233;faction. Les exemples abondent de ce qu'il faut bien appeler une distorsion m&#233;diatique des faits. Au lieu d'interroger et de douter de chaque affirmation de l'arm&#233;e isra&#233;lienne, les m&#233;dias ont endoss&#233; leur r&#233;cit univoque. Un grand renversement des principes m&#234;mes du journalisme, qui enseigne pourtant que la premi&#232;re r&#232;gle est celle des 5W ou &#171; who, what, where, when, why &#187;. Pourtant, le &#171; pourquoi &#187; n'existe pas quand il s'agit des Palestiniens. Des victimes sans cause, comme flottant dans les limbes de l'&#233;v&#232;nement autog&#233;n&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet oc&#233;an d'&#233;tonnements, un exemple. Ce &#171; Merci, mon Colonel &#187; qui venait conclure chaque prise de parole d'Olivier Rafowitz sur des plateaux fran&#231;ais. Le mot semblait rouler avec gourmandise dans la bouche des journalistes qui concluaient ainsi le d&#233;roul&#233; du parole du porte-parole francophone de l'arm&#233;e isra&#233;lienne. Sans doute, le frisson &#224; peu de frais de toucher la chose militaire, d' &#171; en &#234;tre &#187; depuis un plateau tv confortable. C'&#233;tait l&#224; l'acquiescement &#224; un tapis de mots qui venait justifier les tapis de bombes qui avaient trou&#233; le ciel, la terre et la chair de Gaza. Ce &#171; Mon Colonel &#187; faisait des journalistes les suppl&#233;tifs empress&#233;s de la communication isra&#233;lienne. Des soldats en somme, pour l'autre guerre, l'informationnelle, sans laquelle la guerre sur le terrain aurait &#233;t&#233; moins ais&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce colonel remerciera &#224; son tour BFMTV de faire &#8220;du travail excellent par rapport &#224; la pr&#233;sentation du conflit &#187;. La pr&#233;sentation seule, celle qui fige dans un pr&#233;sent d&#233;contextualis&#233;. Car jamais ces journalistes ne poseront la seule question qui vaille devant le repr&#233;sentant d'une arm&#233;e qui emp&#234;che tout journaliste d'acc&#233;der au terrain. Pourquoi ce blocus informationnel ? Rompez !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant le traitement m&#233;diatique de Gaza, il m'est souvent arriv&#233; de repenser &#224; un apologue de la tradition juive. On raconte qu'au 19e si&#232;cle, passant par hasard dans un shtetl polonais, un c&#233;l&#232;bre archer remarqua un nombre important de cible avec la fl&#232;che fig&#233;e &#224; chaque fois dans le mille. Il voulut rencontrer cet archer de talent et devant son insistance, les villageois finissent par lui pr&#233;senter un homme tout tremblant de vieillesse. Le visiteur, &#233;tonn&#233;, veut voir de ses yeux les prouesses de l'archer cacochyme. Ce dernier se saisit de l'arc, ferme les yeux, tire sa fl&#232;che au hasard et va tranquillement dessiner la cible &#224; la craie&#8230;la fl&#232;che au milieu. Voil&#224; comment op&#232;rent certains m&#233;dias. Le r&#233;el importe peu, une fois la fl&#232;che du r&#233;cit fig&#233;e. Il s'agit simplement, par la repr&#233;sentation m&#233;diatique, de maintenir ce r&#233;cit au centre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;raison m&#233;diatique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit m&#233;diatique de Gaza a &#233;t&#233; tiss&#233; de ces sc&#232;nes r&#233;p&#233;t&#233;es, lesquelles venaient cr&#233;er comme une alter-r&#233;alit&#233;, une distorsion des faits et du r&#233;el. Et on ne cessera de s'&#233;tonner que le dispositif m&#233;diatique ait produit tant d'irrationalit&#233;. Comment ce m&#234;me dispositif r&#233;gl&#233; a produit de la fiction au lieu de rendre compte du r&#233;el ? Il m'est souvent arriv&#233;, &#224; titre personnel, d'avoir l'&#233;trange impression de me trouver devant un conte de f&#233;es naturalis&#233; plut&#244;t que face &#224; un travail journalistique. Le dispositif m&#233;diatique sur Gaza rationalise (de plus en plus laborieusement) l'irrationnel et l'inacceptable. La lingua franca m&#233;diatique normalise le g&#233;nocide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, la couverture de Gaza a d'abord renouvel&#233; les travers inh&#233;rents aux m&#233;dias. Banalit&#233; de la m&#233;sinformation et de la d&#233;sinformation. La communication d'Isra&#235;l a mis&#233; sur ces effets structurels. Les m&#233;dias mainstream ou Corporate media, comme disent les anglo-saxons, fonctionnent d'abord en vase clos et s'abreuvent aux m&#234;mes sources. Une structuration du r&#233;cit par les grandes agences de presse internationales qui fournissent le mat&#233;riau premier. Les m&#233;dias sont &#233;galement conservateurs au sens o&#249; ils tendent &#224; valider l'ordre existant, quel que soit cet ordre. La parole institutionnelle rassure les journalistes, et de glissement en glissement, ils s'en font d&#233;sormais les rapporteurs et relais disciplin&#233;s plut&#244;t que les questionneurs distants. La sociologie des journalistes participe aussi de ce conservatisme. Chaque journaliste apporte avec lui un univers mental et social. Que certains n'en aient pas conscience, comme le poisson rouge ignore qu'il &#233;volue dans l'eau et qu'il est constamment mouill&#233;, n'emp&#234;che pas ce fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit m&#233;diatique fonctionne par la r&#233;p&#233;tition, l'amplification et la saturation. &#8220;L'esprit de gramophone&#8221;, selon l'intuition g&#233;niale de George Orwell pour qui la propagande des d&#233;mocraties se faisait moins par la r&#233;p&#233;tition de la force que par la force de la r&#233;p&#233;tition. Ce m&#233;canisme a jou&#233; sa part pour Gaza, notamment avec la r&#233;p&#233;tition de formules, dont la plus p&#233;remptoire et paralysante : &#8220;Isra&#235;l a le droit de se d&#233;fendre&#8221;. Pourtant, Isra&#235;l se d&#233;fend contre une population civile occup&#233;e qui, elle, a juridiquement le droit de se d&#233;fendre contre cette m&#234;me occupation. Dans les limites du droit international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imposition du r&#233;cit premier a &#233;galement jou&#233;, &#224; travers le recours &#224; des codes journalistiques rassurants. D'o&#249; ces sc&#232;nes d'&#8221;explication&#8221; (en h&#233;breu, Hasbara) sous les h&#244;pitaux palestiniens bombard&#233;s car accus&#233;s d'&#234;tre des QG du Hamas, images et visites fournies gracieusement par l'IDF. Constat d&#233;plorable pour notre profession, cette communication a fleuri sur la paresse des m&#233;dias qui se sont fait chambre d'&#233;chos et de validation plut&#244;t qu'instance de v&#233;rification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre m&#233;canisme de communication sur lequel s'est appuy&#233; l'arm&#233;e isra&#233;lienne, celui de l'habituation. Un paradigme s'est install&#233; devant les exactions isra&#233;liennes &#224; Gaza : d'abord le scandale, puis l'habituation et enfin le trop-plein qui pousse &#224; l'apathie morale. Ainsi les bombardements d'h&#244;pitaux ont d'abord choqu&#233;, puis leur r&#233;p&#233;tition est devenue un d&#233;j&#224;-vu et un d&#233;j&#224;-dit m&#233;diatiques pour lesquels l'indignation n'avait plus de souffle. Si bien qu'en mai 2025, &#224; la t&#233;l&#233;vision isra&#233;lienne, le d&#233;put&#233; Zvi Sukkot a pu d&#233;clarer : &#171; Vous pouvez tuer 100 Gazaouis en une nuit, et personne ne s'en soucie &#187;. C'est cela l'habituation m&#233;diatique, un dynamique constante de l'acceptable et donc de l'inacceptable. Les m&#233;dias ont fini par normaliser les situations anormales car &#171; When everything is outrageous, nothing is outrageous &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette guerre contre Gaza n'a pas &#233;chapp&#233; &#224; un aplanissement des faits. Le dispositif m&#233;diatique objectivise toute parole et opinion, la pla&#231;ant sur le m&#234;me plan que les faits. Ce m&#233;tier est aussi en lambeaux par la multiplication des doxosophes ou pr&#233;dicateurs de plateau, plus commun&#233;ment appel&#233;s &#8220;&#233;ditorialistes&#8221;. La grande ruse de l'&#233;ditorialiste est qu'il n'est pas tenu &#224; la v&#233;rification des faits mais &#224; leur seule interpr&#233;tation. Il ne s'agit plus de savoir mais de croire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; d&#233;faut de r&#233;alit&#233;, le r&#233;cit m&#233;diatique de Gaza a produit un effet de r&#233;alit&#233; par la r&#233;p&#233;tition, l'&#233;quivalence entre faits et opinion, le recours &#224; des experts inexp&#233;riment&#233;s, aux slogans. Autrement dit, par le recours, via un discours aux apparences rationnelles, &#224; une mythologie. Car c'est l&#224; la force du dispositif m&#233;diatique, il rationalise, conf&#232;re &#224; un r&#233;cit le vernis de la d&#233;monstration et du r&#233;el. La structuration entre logos et mythos ne veut d&#232;s lors plus rien &#171; dire &#187;, dans tous les sens du terme. La diff&#233;rence entre le discours logique et l'art de la fable, voire de l'affabulation, dispara&#238;t sur certains m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons aussi assist&#233;, avec Gaza, &#224; une p&#233;trification du langage et &#224; sa descente dans le non-sens. Un br&#233;viaire de mots, psalmodi&#233;s comme un credo. Ainsi &#171; Isra&#235;l est la seule d&#233;mocratie du Moyen-Orient &#187;, sans que jamais on n'interroge la sant&#233; d'une d&#233;mocratie effective seulement pour une partie de la population qui vit entre la mer et le Jourdain. Quand bien m&#234;me la presse isra&#233;lienne alerte sur le glissement illib&#233;ral du pays avec un Netanyahou si occup&#233; &#224; survivre politiquement qu'il met au pas les contre-pouvoirs du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la couverture m&#233;diatique de Gaza (et il faut peser l'ambivalence du mot &#8220;couverture&#8221;, qui tient autant du d&#233;voilement que de l'occultation), nous avons assist&#233; &#224; la disparition du r&#233;el. Le grand paradoxe, ou la grande perversit&#233;, est que cette disparition s'est faite sous couvert d'information et de r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'avenir du r&#233;el qui se joue l&#224; aussi. L'hyperr&#233;alisme induit par le dispositif m&#233;diatique a accouch&#233; d'un nihilisme m&#233;diatique comme destruction de la r&#233;alit&#233;. En bout de cha&#238;ne m&#233;diatique, le peuple palestinien en paie le prix du sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'effacement en occultation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne cesse d'&#234;tre frapp&#233;e par la mythologie qui accompagne le r&#233;cit m&#233;diatique sur Isra&#235;l. Tout se passe comme si s'op&#233;rait sur ce pays un transfert d'une sacralit&#233; &#233;trange par un Occident aux cieux pourtant vid&#233;s de sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par sacralit&#233;, il faut entendre ce mot au sens premier, religieux : s&#233;par&#233;. Isra&#235;l est un pays &#8220;mis &#224; part&#8221;. Une absence de normalit&#233; qui se per&#231;oit dans un paradoxe &#233;pais : Isra&#235;l est tellement moral qu'il &#233;chappe aux r&#232;gles morales communes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette sacralisation d'Isra&#235;l en vient &#224; attribuer &#224; ce pays des caract&#233;ristiques quasi divines. Le nom de ce pays ne doit pas &#234;tre &#8220;pris en vain&#8221;, comme le nom de Dieu dans le d&#233;calogue, notamment avec cette incapacit&#233; &#224; le nommer et d&#233;signer sa responsabilit&#233; dans les crimes commis &#224; Gaza. D'o&#249; ces titres flottants, o&#249; la cons&#233;quence &#233;tait nomm&#233;e sans que jamais la cause ne le soit. Les Palestiniens meurent, la famine s'installe, les h&#244;pitaux sont d&#233;truits comme par la magie d'une volont&#233; d&#233;sincarn&#233;e et anonyme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isra&#235;l ne bombarde pas mais &#8220;frappe&#8221;, comme le ferait un Dieu punisseur et omniscient. Ce pays appara&#238;t alors comme ontologiquement &#8220;innocent&#8221; et donc irresponsable. Une th&#233;odic&#233;e en somme que le r&#233;cit m&#233;diatique vient construire. La guerre contre Gaza doit &#234;tre saisie dans un tel pr&#233;requis narratif, d'autant plus puissant qu'il est non-dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette incapacit&#233; m&#233;diatique &#224; nommer la responsabilit&#233; d'Isra&#235;l tout en d&#233;crivant les cons&#233;quences de ses actes a constitu&#233; un v&#233;ritable obstacle &#233;pist&#233;mologique pour les m&#233;dias, surtout occidentaux. Un &#233;cueil non nomm&#233; qui a donn&#233; lieu &#224; toutes ces circonvolutions absurdes observ&#233;es d&#232;s qu'il s'agissait de nommer les actes isra&#233;liens. D'o&#249; le recours au vocabulaire de la catastrophe naturelle ou encore &#224; la trag&#233;die, avec sa cohorte de d&#233;responsablisation. Ainsi, il a &#233;t&#233; plus facile &#224; certains m&#233;dias de parler de &#8220;crise humanitaire&#8221; pour la famine &#224; Gaza que de documenter les entraves des autorit&#233;s isra&#233;liennes &#224; l'entr&#233;e de vivres, pourtant parfaitement document&#233;es par les ONG, l'ONU ou surtout des journalistes palestiniens et isra&#233;liens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre observation, le r&#233;cit m&#233;diatique s'inscrit dans une chronologie comme d&#233;but&#233;e seulement le 7 octobre. L'interpr&#233;tation du massacre du 7 octobre a &#233;t&#233; comme fig&#233;e dans un &#233;ternel pr&#233;sent, sans cesse r&#233;actualis&#233;. Un &#233;v&#233;nement sans cause, comme apparu soudainement dans un vide serein et paisible. Si rien n'excuse ce massacre de civils isra&#233;liens, comme tout massacre de civils, il s'inscrit dans un continuum historique. Ne pas appr&#233;hender les &#233;v&#233;nements ainsi est se condamner &#224; les reproduire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision m&#233;diatique de l'histoire isra&#233;lo-palestinienne rappelle ce que le philosophe Charles Mills appelle une &#171; &#233;pist&#233;mologie de l'ignorance &#187;. Les &#233;v&#232;nements semblent se produire dans un vide o&#249; le r&#244;le du colonialisme, de l'imp&#233;rialisme, du racisme, dans la formation des dynamiques contemporaines est tout simplement ignor&#233;. Ce vide &#233;pist&#233;mologique a rendu l&#224; encore le r&#233;cit m&#233;diatique incomplet, voire absurde. Rien n'explique le 7 octobre quand tout se justifie par ce m&#234;me &#233;v&#232;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne comme certains m&#233;dias occidentaux ont &#233;t&#233; travers&#233;s par des &#171; &#201;tats de d&#233;ni &#187;, selon l'expression et le livre &#233;ponyme de Stanley Cohen, lequel s'est inspir&#233; de son exp&#233;rience de militant des droits humains en Isra&#235;l pendant la premi&#232;re Intifada &#224; la fin des ann&#233;es 1980. S'appuyant sur cette exp&#233;rience, le sociologue isra&#233;lien d&#233;crit un r&#233;pertoire de d&#233;nis employ&#233;s en Isra&#235;l : &#171; Cela ne s'est pas produit &#187; (nous n'avons tortur&#233; personne) ; &#171; Ce qui s'est produit est autre chose &#187; (il ne s'agissait pas de torture, mais de &#171; pressions physiques mod&#233;r&#233;es &#187;) ; &#171; Il n'y avait pas d'alternative &#187; (la torture un mal n&#233;cessaire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, &#034;Il n'y a pas de g&#233;nocide &#224; Gaza&#034; ; &#034;il n'y a pas de journalistes &#224; Gaza&#034; ; &#034;il n'y a pas de famine &#224; Gaza&#034; ; &#8220;il n'y a pas de civils &#224; Gaza&#8221;. Autant de n&#233;gations qui me rappellent la blague juive de ce chaudron neuf qui n'avait jamais &#233;t&#233; pr&#234;t&#233; mais a &#233;t&#233; rendu trou&#233;. Gaza est comme ce chaudron tout &#224; la fois neuf et trou&#233;, perdu et jamais pr&#234;t&#233; : une impossibilit&#233; &#233;pist&#233;mologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre cons&#233;quence de cette sacralisation d'Isra&#235;l, se note dans le r&#233;cit m&#233;diatique une sur-pr&#233;sence d'Isra&#235;l qui a pour pendant exact l'effacement des Palestiniens. Les Palestiniens sont g&#233;n&#233;ralement d&#233;crits comme &#233;tant &#171; morts &#187; ou &#171; tu&#233;s &#187; dans des frappes a&#233;riennes, sans mention de l'auteur de ces frappes. Les victimes isra&#233;liennes, en revanche, sont &#171; massacr&#233;es &#187; et &#171; &#233;gorg&#233;es &#187;. S'ils apparaissent, les corps des Palestiniens sont une masse indistincte-, foule, groupe, tas, dans la vie comme dans la mort. &#192; l'oppos&#233;, chaque Isra&#233;lien est individualis&#233;, dot&#233; d'affects trop souvent refus&#233;s aux Palestiniens. L'hyperbole pour d&#233;crire les souffrances isra&#233;liennes a eu pour pendant l'euph&#233;misation, voire la silenciation des souffrances palestiniennes. La couverture de la guerre contre Gaza est aussi, paradoxalement, l'itin&#233;raire de la disparition d'un peuple en sursis, comme tout peuple colonis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le r&#233;cit m&#233;diatique fait de Gaza, si les Palestiniens apparaissent, ils ne le sont qu'&#224; travers leurs corps meurtris. Peu de place est faite &#224; leur psych&#233;, d&#233;sir et volont&#233;. Ils sont &#233;ternels sujets et objets d'un r&#233;cit qui les d&#233;pouille de leur agentivit&#233; et souverainet&#233; individuelle. En revanche, les affects isra&#233;liens sont mis en avant, en psych&#233; individuelle dont seuls les Isra&#233;liens semblent dot&#233;s. Avec cet effacement m&#233;diatique, les Palestiniens ont subi tout autant une violence physique qu'une violence symbolique. Le drame est que ce traitement m&#233;diatique diff&#233;renci&#233; a donn&#233; lieu &#224; une &#8220;&#233;conomie&#8221; macabre et raciste, o&#249; se trouvent fig&#233;es les cat&#233;gories de victime, la violence l&#233;gitime, et in fine la justification de la destruction. Gaza r&#233;v&#232;le ainsi un ensauvagement polic&#233; et une radicalisation des m&#233;dias occidentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre la d&#233;vastation physique, les Palestiniens se sont vus opposer le refus implicite de raconter eux-m&#234;mes cette guerre et ce qu'elle leur fait. Je me suis souvent demand&#233; dans quelle mesure cela tenait aussi &#224; des r&#233;flexes racistes inconscients, la parole &#8220;arabe&#8221; &#233;tant syst&#233;matiquement d&#233;pr&#233;ci&#233;e et suspecte quand celle d'Isra&#235;l, pr&#233;sent&#233;e et per&#231;ue comme conforme aux normes occidentales de rationalit&#233;, &#233;tait re&#231;ue sans recul et doute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Edward Sa&#239;d avait d&#233;j&#224; d&#233;crit ce m&#233;canisme de d&#233;possession de la parole sur soi. Ce que l'intellectuel palestinien appelait &#8220;Permission to narrate&#8221; ou l'autorisation de raconter. &#8220;D&#232;s les d&#233;buts des sp&#233;culations occidentales sur l'Orient, la seule chose que l'Orient ne pouvait pas faire &#233;tait de se repr&#233;senter lui-m&#234;me&#8221;, analysait-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le traitement m&#233;diatique de Gaza n'a rien de nouveau sous les cieux s&#233;pia de l'orientalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit palestinien, ou plut&#244;t le t&#233;moignage, &#8203;&#8203;a &#233;t&#233; d'embl&#233;e soup&#231;onn&#233;, l&#224; o&#249; le r&#233;cit isra&#233;lien &#233;tait m&#233;diatiquement objectivit&#233;. Alors m&#234;me que les m&#233;dias se contentaient trop souvent des d&#233;n&#233;gations officielles isra&#233;liennes. Ainsi les Palestiniens, qu'ils soient journalistes, associatifs et civils, ont tr&#232;s vite affirm&#233; que l'aide du GHF servait surtout &#224; organiser des massacres. Il aura fallu que Ha'Aretz rassemble des t&#233;moignages de soldats isra&#233;liens confirmant ce fait pour que cela soit diffus&#233;. Mais m&#234;me l&#224;, certains m&#233;dias occidentaux ont pr&#233;f&#233;r&#233; titr&#233; sur les r&#233;ponses isra&#233;liennes plut&#244;t que sur l'enqu&#234;te elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, comment ne pas y d&#233;celer un effet de cet orientalisme qui attache aux peuples s&#233;mites les travers de fourberie, d'exag&#233;ration et de mensonge. Ce que la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne a ramass&#233; dans le mot-valise &#8220;Pallywood&#8221; qui emporte l'id&#233;e que les Palestiniens mettent en sc&#232;ne leur propre souffrance. En cela, et je ne cesse de m'en &#233;tonner, la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne projette sur les Palestiniens ce regard orientaliste qui, au c&#339;ur de l'antis&#233;mitisme europ&#233;en, &#233;tait projet&#233; sur les Juifs. L'histoire de cet antis&#233;mitisme est travers&#233;e de ces m&#234;mes accusations d'exag&#233;ration et de lamento, m&#234;me au plus fort des massacres et pers&#233;cutions. M&#234;me au sortir des camps de concentration et d'extermination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout se passe comme si c'&#233;tait op&#233;r&#233; un transfert tragique, celui de l'orientalisme europ&#233;en vis-&#224;-vis des Juifs vers la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne vis-&#224;-vis des Palestiniens. C'est peut-&#234;tre en cela que la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne est profond&#233;ment une soci&#233;t&#233; orientaliste et donc une soci&#233;t&#233; occidentale, selon l'intuition d'Edward Sa&#239;d pour qui Orientalisme et Occidentalisme fonctionnent en sym&#233;trie invers&#233;e. C'est par cet orientalisme, et donc par le traitement des Palestiniens, qu'Isra&#235;l entend aussi s'affirmer comme partie prenante de l'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les petits soldats de l'occidentalisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout r&#233;cit est travers&#233; d'un m&#233;ta-r&#233;cit, sous-texte ou pr&#233;-texte, d'autant plus puissant qu'il est implicite. Le r&#233;cit m&#233;diatique n'&#233;chappe pas &#224; cette r&#232;gle. Depuis le 7 octobre 2023, des m&#233;ta-r&#233;cits ont singularis&#233; la couverture de la guerre contre Gaza. Ce sont ceux-ci qui font aussi que le g&#233;nocide &#224; Gaza a &#233;t&#233; permis par ce r&#233;cit m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, il me semble que la colonisation des Palestiniens et le g&#233;nocide des Gazaouis a &#233;t&#233; implicitement vus par les m&#233;dias occidentaux, comme la r&#233;paration du g&#233;nocide juif. Et c'est sans doute l&#224; que g&#238;t le n&#339;ud tragique de ce qui se joue &#224; Gaza et plus largement en Palestine. Le sang vers&#233; reste innocent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette grille de lecture est tout droit issue de la Seconde Guerre Mondiale, quand l'Occident a d&#251; se rejustifier apr&#232;s un g&#233;nocide industriel d'ampleur in&#233;dite. Sur les cendres et le scandale d'Auschwitz, l'Occident a reconstruit sa fausse innocence. En soutenant co&#251;te que co&#251;te le gouvernement isra&#233;lien, l'Occident est persuad&#233; d'avoir tourn&#233; le dos &#224; ce qui a men&#233; aux horreurs de la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, &#224; Gaza, l'Occident r&#233;p&#232;te ses fautes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la couverture m&#233;diatique de Gaza et la Palestine, il s'est agi beaucoup moins de d&#233;fendre Isra&#235;l que de d&#233;fendre l'Occident auquel Isra&#235;l a &#233;t&#233; identifi&#233; (et s'est identifi&#233;). &#192; la retraumatisation constante d'Isra&#235;l &#224; travers un vocabulaire emprunt&#233; au plus fort des pers&#233;cutions europ&#233;ennes (pogrom, extermination, g&#233;nocide) a fait &#233;cho la rejustification ou la r&#233;demption, au sens quasi religieux, de l'Occident. Plus Isra&#235;l est sans &#233;quivoque la seule victime, plus l'Occident se justifie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce r&#233;cit li&#233; &#224; cette guerre fondatrice s'&#233;choue et se brise d&#233;sormais &#224; Gaza. Un autre r&#233;cit a &#233;merg&#233;, celui des pays du sud. Il est ainsi significatif que ce soit l'Afrique du sud, pays qui sait dans sa chair ce qu'est le racisme, qui a la premi&#232;re saisi les instances internationales, CIJ comme CPI, pour alerter sur la situation &#224; Gaza. &#192; cette initiative sud-africaine se sont tr&#232;s vite ajout&#233;s d'autres pays, le groupe de La Haye, dont la majorit&#233; sont d'anciennes colonies europ&#233;ennes. Rompus au colonialisme europ&#233;en, ces pays consid&#232;rent Gaza comme l'un des derniers scandales coloniaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gaza fait sens et signe comme la persistance d'un ordre mondial occidental qui s'accroche &#224; ses derniers privil&#232;ges. C'est pourquoi il faut imaginer Isra&#235;l comme un double ou une projection de l'Occident. Un pays auquel est autoris&#233; des comportements que l'Occident se refuse ouvertement et s'accorde plus discr&#232;tement. Alors que la politique ethnique est mal vue en Occident, Isra&#235;l est autoris&#233; &#224; la pousser jusqu'&#224; ses extr&#234;mes meurtriers, comme l'apartheid, la colonisation, les guerres dites pr&#233;ventives et r&#233;ellement pr&#233;datrices. Quand un Louis Sarkozy affirme qu' &#171; ils cr&#232;vent tous. Isra&#235;l fait le travail de l'humanit&#233; &#187;, que le chancelier Merz affirme en marge du G7 (groupe occidental s'il en est) qu' &#171; Isra&#235;l fait le sale boulot pour nous &#187; ou que, en religiosit&#233; hallucin&#233;e, le s&#233;nateur am&#233;ricain Ted Cruz affirme qu' &#034;dans la Bible, ceux qui b&#233;nissent Isra&#235;l seront b&#233;nis&#034;, tous font d'Isra&#235;l le gladiateur ou le proxy de l'Occident, pour parler le langage moderne de la g&#233;opolitique. Autrement dit, Isra&#235;l m&#232;ne les guerres symboliques et r&#233;elles d'un Occident alarm&#233; par sa propre chute. Telle est l'incoh&#233;rence au c&#339;ur de l'ordre lib&#233;ral occidental que Gaza a aussi r&#233;v&#233;l&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Gaza s'affrontent donc deux m&#233;ta-r&#233;cits : celui issu de la Seconde Guerre Mondiale, lequel a fond&#233; l'ordre international occidental dans lequel nous vivons depuis. Et celui issu des d&#233;colonisations. Qui l'emportera se joue aussi dans la petite enclave gazaouie. Quand Benjamin Netanyahou affirme qu'Isra&#235;l est aux avants postes de la lutte pour la &#8220;civilisation occidentale&#8221;, il s'agit tout &#224; la fois de cr&#233;er une solidarit&#233; automatique comme d'indiquer, comme l'affirment aussi Manuel Valls, Bernard Henri L&#233;vy ou encore en 2014 Jos&#233;-Maria Aznar que &#8220;si Isra&#235;l tombe, l'Occident tombe aussi&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e racialiste et civilisationnelle a d&#233;traqu&#233; nos m&#233;dias. Le supr&#233;macisme international a fait &#233;cho au supr&#233;macisme national et inversement. La couverture de Gaza en a &#233;t&#233; impr&#233;gn&#233;e, avec la projection sur Isra&#235;l du nihilisme europ&#233;en cristallis&#233; en mont&#233;e des extr&#234;mes et figuration de l'Islam comme ennemi int&#233;rieur et ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car il existe un lien entre l'islamophobie en Occident et le soutien &#224; Isra&#235;l. La communication isra&#233;lienne pr&#233;sente ainsi la question palestinienne non pas comme une lutte nationale mais comme une guerre de religion entre Juifs et Musulmans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lecture convient aussi bien aux messianistes &#233;vang&#233;liques qu'aux milliardaires catholiques, tous engag&#233;s dans une strat&#233;gie de reconqu&#234;te culturelle de la sph&#232;re occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gaza restera une plaie ouverte pour les m&#233;dias occidentaux. Ils se sont fait les soldats z&#233;l&#233;s d'un occidentalisme plut&#244;t que les d&#233;fenseurs de principes universels. Un g&#233;nocide plus tard, la couverture de Gaza a raviv&#233; les clich&#233;s et tropes les plus dangereux de l'antis&#233;mitisme. L&#224; est aussi la gravit&#233; du traitement m&#233;diatique de la guerre &#224; Gaza. L&#224; est aussi notre grande responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Isra&#235;l : autopsie du suicide d'une Nation</title>
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		<dc:creator>Hassina Mecha&#239;</dc:creator>


		<dc:subject>Isra&#235;l - Palestine</dc:subject>
		<dc:subject>Isra&#235;l</dc:subject>
		<dc:subject>Palestine</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2024-10-15</dc:subject>
		<dc:subject>Conflit Isra&#233;lo-palestinien</dc:subject>

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&lt;p&gt;Isra&#235;l est toujours per&#231;ue comme en sursis, dans une existence conquise de haute lutte mais sans cesse menac&#233;e par un environnement r&#233;gional hostile. Et si le vrai danger existentiel qui p&#232;se sur Isra&#235;l venait de lui-m&#234;me ? &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du blogue de l'auteur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Juges 21-25, &#171; En ce temps-l&#224;, il n'y avait pas de roi en Isra&#235;l ; chacun faisait ce qui semblait juste &#224; ses yeux &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Proverbes 29-18 : &#171; Quand il n'y a point de vision, le peuple est sans frein &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Isra&#235;l n'a pas de politique (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Palestine-+" rel="tag"&gt;Palestine&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L115xH150/capture_d_e_cran_le_2024-10-14_a_12.03_49-4b086.png?1782004209' class='spip_logo spip_logo_right' width='115' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Isra&#235;l est toujours per&#231;ue comme en sursis, dans une existence conquise de haute lutte mais sans cesse menac&#233;e par un environnement r&#233;gional hostile. Et si le vrai danger existentiel qui p&#232;se sur Isra&#235;l venait de lui-m&#234;me ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/collectif-chronik/blog/061024/israel-autopsie-du-suicide-d-une-nation&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blogue de l'auteur&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juges 21-25, &#171; En ce temps-l&#224;, il n'y avait pas de roi en Isra&#235;l ; chacun faisait ce qui semblait juste &#224; ses yeux &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proverbes 29-18 : &#171; Quand il n'y a point de vision, le peuple est sans frein &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Isra&#235;l n'a pas de politique &#233;trang&#232;re, seulement une politique int&#233;rieure &#187;. Malgr&#233; son absolu cynisme en mati&#232;re de relations internationales, Henry Kissinger avait une capacit&#233; certaine &#224; ramasser le r&#233;el en une formule quasi axiomatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; observer Isra&#235;l et ce qui en est commun&#233;ment dit, seule la pression g&#233;opolitique expliquerait de fa&#231;on univoque la politique ext&#233;rieure du pays. Tout comme son incapacit&#233; &#224; se normaliser dans son environnement r&#233;gional. Mais, &#224; suivre l'axiome &#171; kissingerien &#187;, il est aussi possible de consid&#233;rer que la politique &#233;trang&#232;re isra&#233;lienne est tout autant un sous-produit de sa situation politique int&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon cette dynamique centrifuge &#233;clair&#233;e par Kissinger, l'&#233;tat de guerre permanent que vit Isra&#235;l depuis sa cr&#233;ation pourrait donc aussi &#234;tre le signe d'un effort continu de pacification des tensions int&#233;rieures du pays par l'externalisation et l'exportation de celles-ci. Que les minorit&#233;s int&#233;rieures, les territoires occup&#233;s palestiniens ou les pays voisins figurent cet ext&#233;rieur. S'op&#232;reraient alors une purgation et un transfert vers l'ext&#233;rieur de la violence sociale et politique du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours selon l'explication de Kissinger, c'est &#224; la seule condition d'une alerte existentielle permanente que la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne n'implose pas. Autrement dit, cet &#233;tat de guerre permanent est aussi la continuation par d'autres moyens et vers d'autres buts des forces dislocatrices qui traversent la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, depuis le 7 octobre, la mise en place concomitante d'un front int&#233;rieur et d'un front ext&#233;rieur s'observe. Les guerres men&#233;es par le pays coexistent avec une exacerbation croissante de la conflictualit&#233; int&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout se passe comme si la conflictualit&#233; ext&#233;rieure ne suffisait plus &#224; r&#233;soudre et &#233;vacuer la fracturation latente de l'&#201;tat d'Isra&#235;l et de sa soci&#233;t&#233;. Plus encore, ces deux dynamiques semblent se conjuguer, se r&#233;pondre, s'additionner, voire se multiplier dans un large mouvement destructeur. Et c'est peut-&#234;tre l&#224; que g&#238;t le plus grave danger existentiel pour Isra&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En suivant cette hypoth&#232;se, Benjamin Netanyahou joue, &#224; l'&#233;vidence, un r&#244;le d'acc&#233;l&#233;rateur. Si ce dirigeant a toujours habilement mani&#233; la dynamique centrifuge qui purgeait son pays, il alimente d&#233;sormais les tensions internes qui menacent la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne. Et plus la situation int&#233;rieure lui &#233;chappe et s'emplit de positions inconciliables, plus Benjamin Netanyahou ouvrira de nouveaux fronts dans ses guerres ext&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le front libanais, appel&#233; en Isra&#235;l de fa&#231;on significative la &#171; guerre du nord &#187; qui vient s'ajouter &#224; celle de l'ouest (Gaza) et celle de l'est (Cisjordanie), illustre ce sch&#233;ma encastr&#233; non seulement dans l'&#233;thos du Premier ministre mais aussi dans l'instabilit&#233; chronique d'Isra&#235;l. Comme si le pays ne disposait toujours pas des m&#233;canismes int&#233;rieurs n&#233;cessaires et suffisamment forts pour se pacifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sociologie, l'anomie est une situation o&#249; se trouvent les individus lorsque les r&#232;gles sociales qui guident leurs conduites et leurs aspirations perdent leur pouvoir, sont incompatibles entre elles. Ou lorsque, bouscul&#233;es par les changements sociaux, elles sont concurrenc&#233;es et doivent s'effacer devant d'autres normes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un pays, organisation norm&#233; s'il en est, peut aussi se trouver en situation d'anomie. L'anomie isra&#233;lienne tient &#224; plusieurs facteurs : effilochement du tissu social, pouss&#233;e de l'extr&#234;me-droite religieuse, sape du sentiment de confiance envers l'&#201;tat, pression de la guerre, communaut&#233;s qui vivent en parall&#232;le ou en opposition mais non ensemble&#8230; Cette anomie int&#233;rieure est renforc&#233;e par une autre anomie, internationale celle-l&#224;. Les guerres isra&#233;liennes actuelles se placent dans un vide international, entre repli &#233;lectoral ou de longue dur&#233;e des &#201;tats-Unis et impuissance organis&#233;e de l'ONU.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour &#224; &#171; Sde Teiman &#187; : quand l'arm&#233;e vacille&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Institution centrale de l'ordre social, &#233;conomique et politique isra&#233;lien, l'arm&#233;e n'&#233;chappe pas &#224; ces tensions. Lorsque les historiens se pencheront sur ce qui aura &#233;t&#233; le signe le plus flagrant d'une soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne en voie de fracturation, un chapitre entier sera consacr&#233; non pas &#224; la guerre &#224; Gaza mais &#224; la prise d'assaut de la base militaire de Sde Teiman, le 29 juillet dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout est parti de l'arrestation par la police militaire des Forces de d&#233;fense isra&#233;liennes (IDF) de neuf r&#233;servistes au sein du camp de d&#233;tention de la base militaire de Sde Teiman. Ces soldats devaient &#234;tre interrog&#233;s apr&#232;s qu'un prisonnier palestinien, d&#233;tenu dans l'&#233;tablissement, avait &#233;t&#233; transport&#233; d'urgence &#224; l'h&#244;pital. Les r&#233;servistes &#233;taient soup&#231;onn&#233;s d'avoir commis sur lui des s&#233;vices graves et de l'avoir sodomis&#233; de force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, apr&#232;s avoir tent&#233; d'entrer dans la prison militaire de Sde Teiman pour les lib&#233;rer, des manifestants d'extr&#234;me droite ont envahi la base militaire de Beit Lid, laquelle abrite aussi la police militaire et certains tribunaux de Tsahal. Selon la presse isra&#233;lienne, les assaillants, dont certains semblaient arm&#233;s, ont &#233;t&#233; encourag&#233;s par des membres ultranationalistes de la coalition gouvernementale, &#233;galement pr&#233;sents sur place. Ceux-ci entendaient contester les processus internes de l'arm&#233;e pour juger ses propres soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ministre du Patrimoine Amichay Eliyahu, les d&#233;put&#233;s Zvi et Nissim Vaturi ont m&#234;me &#233;t&#233; film&#233;s parmi les personnes for&#231;ant l'entr&#233;e de la base. Le ministre de la S&#233;curit&#233; nationale Itamar Ben Gvir comme celui des Finances, Bezalel Smotrich, ont de leur c&#244;t&#233; mobilis&#233; leurs partisans ou justifi&#233; cet assaut. Les journalistes pr&#233;sents ont not&#233; que la police isra&#233;lienne, plac&#233;e sous l'autorit&#233; du ministre Ben Gvir, &#233;tait rest&#233;e relativement passive et n'avait arr&#234;t&#233; aucun des manifestants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; politique, le ministre de la D&#233;fense, Yoav Gallant a alert&#233; contre ce &#171; grave &#187; incident qui portait &#8220;gravement atteinte &#224; la d&#233;mocratie isra&#233;lienne &#187;. Ya&#239;r Lapid, chef du parti d'opposition Yesh Atid, via X, a affirm&#233; que le message envoy&#233; par les d&#233;put&#233;s qui ont pris d'assaut les bases de Tsahal est qu'&#8220;Ils en ont fini avec la d&#233;mocratie, ils en ont fini avec l'&#201;tat de droit&#8221;. &#8220;Ce n'est pas une &#233;meute, c'est une tentative de coup d'&#201;tat men&#233;e par une milice arm&#233;e &#187;, a-t-il poursuivi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse isra&#233;lienne a &#233;t&#233; vivement alarm&#233;e par ce double assaut. Le tr&#232;s influent &#233;ditorialiste Ben Caspit y a vu une &#8220;marche vers la guerre civile&#8221; et un abandon de l'&#201;tat de droit, alors m&#234;me que les institutions isra&#233;liennes, estime-t-il, y compris l'arm&#233;e du pays, fonctionnent conform&#233;ment &#224; la loi depuis la d&#233;claration de l'ind&#233;pendance du pays en 1948.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le journaliste Barak Ravid, d'Axios, cet incident traduit &#8220;la d&#233;sint&#233;gration de la cha&#238;ne de commandement de Tsahal et de l'ordre public interne de l'arm&#233;e, encourag&#233;e par des politiciens ultranationalistes qui, pendant des ann&#233;es, ont qualifi&#233; l'arm&#233;e d'institution &#8216;lib&#233;rale' et ont affirm&#233; qu'elle faisait partie d'un &#8216;&#201;tat profond' qui avait besoin d'&#234;tre d&#233;mantel&#233;&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ha'Aretz, tout aussi alarm&#233;, cite de son c&#244;t&#233; des sources de la D&#233;fense selon lesquelles les &#233;v&#233;nements dans les deux bases refl&#232;tent &#171; la d&#233;sint&#233;gration de la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne &#187; et pour lesquelles cet incident est &#034;plus dangereux que l'Iran et le Hezbollah r&#233;unis.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces alarmes ont &#233;t&#233; d'autant plus vives que les militants d'extr&#234;me-droite ont obtenu gain de cause avec la lib&#233;ration des 9 soldats alors que la prison a &#233;t&#233; qualifi&#233;e, dans la presse internationale et du pays, de &#171; Guantanamo &#224; l'isra&#233;lienne &#187;. L' arrestation des soldats avait pourtant &#233;t&#233; une fa&#231;on pour l'arm&#233;e d'indiquer &#224; la communaut&#233; internationale que le syst&#232;me judiciaire isra&#233;lien a les ressources pour juger les manquements au droit isra&#233;lien et au droit international commis par ses soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sde Teiman n'est pas un &#233;piph&#233;nom&#232;ne. L'incident a &#233;branl&#233; quelques socles de la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne dont le prestige de l'arm&#233;e et l'inviolabilit&#233; de ses bases. De la m&#234;me fa&#231;on, il a &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233; comme une fa&#231;on de sortir ou d'exempter Isra&#235;l du syst&#232;me international et de toute responsabilit&#233; qui en d&#233;coule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une tentation contre laquelle avait pourtant mis en garde Aharon Barak, qui fut pr&#233;sident de la Cour Supr&#234;me isra&#233;lienne, et qui avait rappel&#233; qu' &#171; Isra&#235;l n'est pas une &#238;le enclav&#233;e, mais fait partie d'un syst&#232;me international &#187;. Un syst&#232;me auquel il doit th&#233;oriquement rendre des comptes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le face-&#224;-face de l'Arm&#233;e et de la Police&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Sde Teiman, devant l'absence de r&#233;action de la police ou sa relative passivit&#233;, l'arm&#233;e isra&#233;lienne a &#233;t&#233; contrainte de se d&#233;ployer face &#224; des manifestants ultranationalistes rest&#233;s impunis. Dans cet instantan&#233; figurant une mise en opposition de la Police et de l'Arm&#233;e, se cristallise l'une des lignes de fracture qui menacent la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces tensions sont d'abord affaires d'hommes. Yoav Gallant a des relations notoirement ex&#233;crables avec Benjamin Netanyahou et Itamar Ben Gvir, ministre de la S&#233;curit&#233; nationale. Les prises de position du ministre de la D&#233;fense, sur la question des otages, sur l'hypoth&#232;se d'une &#171; victoire totale &#187; sur le Hamas avanc&#233;e par Netanyahu et qu'il a qualifi&#233; d'&#171; absurde &#187; , comme ses r&#233;ticences &#224; ouvrir un front libanais ou son objection &#224; l'exemption des &#233;tudiants de yeshiva du service militaire, indiquent d'une crise de confiance entre l'appareil militaire et le Premier ministre, flanqu&#233; de ses alli&#233;s d'extr&#234;me-droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le Premier ministre a exclu Itamar Ben-Gvir du cabinet de guerre, il lui a toutefois conc&#233;d&#233; la s&#233;curit&#233; int&#233;rieure. Une fa&#231;on &#233;galement de contenir Yoav Gallant, aussi per&#231;u comme l'homme des Am&#233;ricains, en accordant de larges pouvoirs au trublion d'extr&#234;me-droite sous la responsabilit&#233; de qui la Police a &#233;t&#233; plac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le gouvernement a &#233;t&#233; mis en place en novembre 2022, la presse isra&#233;lienne avait craint que Ben Gvir ne forme une milice pour son usage politique. La distribution massive d'armes &#224; des civils, apr&#232;s le 7 octobre, a raviv&#233; cette crainte. Apr&#232;s que des objections ont &#233;t&#233; soulev&#233;es contre la cr&#233;ation d'une garde nationale qui rendrait directement compte au ministre, celui-ci a obtenu le vote d'une loi sur mesure. Une loi analys&#233;e par &lt;a href=&#034;https://www.haaretz.com/opinion/editorial/2024-09-15/ty-article-opinion/who-needs-a-militia-when-we-have-ben-gvirs-police-force/00000191-f201-d2a0-a7f5-ff1b670c0000&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ha'Aretz&lt;/a&gt; comme &#171; une autre &#233;tape cruciale vers l'&#233;clatement final de la d&#233;mocratie isra&#233;lienne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette loi, adopt&#233;e en d&#233;cembre 2022, accorde de larges pouvoirs en mati&#232;re de police au ministre de la S&#233;curit&#233; nationale. Son adoption &#233;tait une condition essentielle pos&#233;e par Ben Gvir pour rejoindre le gouvernement de Benjamin Netanyahu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, cette loi sur mesure permet au ministre de la S&#233;curit&#233; int&#233;rieure de &#171; d&#233;finir les politiques de la police et les principes g&#233;n&#233;raux de son fonctionnement &#187;. Elle autorise &#233;galement au ministre de d&#233;finir la politique en mati&#232;re d'enqu&#234;tes, apr&#232;s consultation du procureur, du commissaire de police et des officiers charg&#233;s des enqu&#234;tes. Autrement dit, l'un des premiers actes du gouvernement a &#233;t&#233; d'octroyer &#224; un ministre d'extr&#234;me-droite religieuse et ultra-nationaliste le contr&#244;le op&#233;rationnel de la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Cour supr&#234;me comme la Procureure g&#233;n&#233;rale ont tent&#233; de maintenir et garantir l'ind&#233;pendance de la Police et de ses enqu&#234;tes apr&#232;s que des groupes de la soci&#233;t&#233; civile ont contest&#233; les pouvoirs &#233;tendus de Ben Gvir, s'inqui&#233;tant que les dispositions vagues de la loi cr&#233;ent un risque de politisation de l'institution polici&#232;re. Mais le ministre a d&#233;j&#224; laiss&#233; son empreinte sur la police, en nommant des responsables qui lui sont inf&#233;od&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;t&#233;, un incident a ainsi derni&#232;rement confort&#233; les craintes des m&#233;dias et des citoyens isra&#233;liens. Une jeune femme, qui avait jet&#233; une poign&#233;e de sable dans la direction de Ben Gvir, a &#233;t&#233; violemment arr&#234;t&#233;e et plac&#233;e en garde &#224; vue durant 24H. Beaucoup y ont vu la confirmation que la Police, forte de 30.000 hommes, se conforme d&#233;j&#224; aux ordres et au programme d'un ultranationaliste extr&#233;miste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crainte est d'autant plus forte dans un contexte de manifestations r&#233;guli&#232;res de la soci&#233;t&#233; civile du pays. En 2023, la Cour supr&#234;me a explicitement interdit &#224; Ben Gvir de donner des instructions &#224; la police en raison de pr&#233;occupations concernant le maintien de l'ordre lors des manifestations antigouvernementales. Cependant, Itamar Ben-Gvir a notoirement prot&#233;g&#233; des officiers accus&#233;s de violences durant ces manifestations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis que Ben-Gvir a pris la direction de la police du pays, la police a &#233;t&#233; accus&#233;e de laxisme face &#224; la violence des colons en Cisjordanie occup&#233;e, de tactiques agressives contre les manifestants antigouvernementaux et de ne pas avoir r&#233;ussi &#224; mettre un terme aux attaques d'extr&#234;me droite contre les convois humanitaires &#224; Gaza assi&#233;g&#233;e. Dans le m&#234;me temps, Ben-Gvir a cherch&#233; &#224; modifier unilat&#233;ralement le statu quo qui r&#233;git le lieu saint le plus inflammable de J&#233;rusalem, l'enceinte de la mosqu&#233;e al-Aqsa ou Mont du Temple. &#171; Un jour, le tyran (Benjamin Netanyahou) jettera un coup d'&#339;il par-dessus son &#233;paule et constatera que l'homme qu'il a nomm&#233; pour assurer sa s&#233;curit&#233; commence &#224; constituer sa propre arm&#233;e. &#187;, avertit de son c&#244;t&#233; l'analyste &lt;a href=&#034;https://www.haaretz.com/opinion/2024-09-19/ty-article-opinion/.premium/israelis-beware-the-police-are-your-enemy/00000192-067b-de04-a7f3-ce7f0c070000&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Yossi Klein&lt;/a&gt; dans un article alarm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous Ben Gvir, Isra&#235;l conna&#238;t une recrudescence des crimes violents, un nombre record de meurtres et une forte augmentation du nombre d'accidents de voiture mortels. En particulier, les crimes violents dans les villes et villages palestiniens isra&#233;liens ont atteint des niveaux records, passant de 116 meurtres en 2022 &#224; 244 en 2023. Pr&#232;s de 170 Arabes isra&#233;liens ont &#233;t&#233; assassin&#233;s en 2024. Dans son &#233;ditorial du 15 septembre, Ha'Aretz notait ainsi que sept citoyens arabes ont &#233;t&#233; tu&#233;s en Isra&#235;l en moins de 24 heures. Mais rien de tout cela n'est une priorit&#233; pour la police de Ben-Gvir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conflictualit&#233; int&#233;rieure isra&#233;lienne s'est accrue, que celle-ci concerne les Palestiniens de Cisjordanie, ceux de citoyennet&#233; isra&#233;lienne, les manifestants contre la politique de Netanyahou, les familles des otages ou l'arm&#233;e comme lors de l'assaut de Sde Teiman. Une violence qui se diffuse et qui vient comme pointer une anomie naissante en Isra&#235;l. Une anomie entendue non pas au sens de l'absence ou d'organisation ou de loi, mais au sens de disparition des valeurs communes &#224; un groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette anomie int&#233;rieure semble r&#233;pondre, en miroir, &#224; une autre anomie, celle constat&#233;e dans la guerre men&#233;e &#224; Gaza et dans les territoires occup&#233;s. Dans la chaine de commandement comme dans le comportement individuels ou en groupes de certains soldats isra&#233;liens, l'anomie prend alors la forme non pas de l'absence de toute norme ni m&#234;me de toute morale mais du refus de celles-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isra&#235;l a toujours affirm&#233; &#234;tre tout &#224; la fois une d&#233;mocratie et un &#201;tat de droit. Un &#201;tat r&#233;git par la loi et s'inscrivant dans un syst&#232;me international. La Police comme institution encadr&#233;e par des normes rigoureuses, et non inf&#233;od&#233;e &#224; un parti politique ou un homme, participe en th&#233;orie de ces principes. Pourtant &#171; [p]lus Ben Gvir et Smotrich seront en charge de la s&#233;curit&#233; nationale et de la Cisjordanie, plus il sera impossible de croire que les d&#233;cisions en mati&#232;re de s&#233;curit&#233; ne sont pas biais&#233;es par des consid&#233;rations personnelles et de partis politiques &#187;, observe dans &lt;a href=&#034;https://www.haaretz.com/israel-news/2024-09-16/ty-article/.premium/in-new-nadir-for-israel-african-asylum-seekers-offered-legal-status-for-fighting-in-gaza/00000191-f6d0-db99-adfb-f6fa0e0e0000&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ha'Aretz&lt;/a&gt;, Mordecha&#239; Kremnitzer de l'Israel democracy institute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La possibilit&#233; d'un schisme int&#233;rieur sur fond de colonisation acc&#233;l&#233;r&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre transfert de pouvoirs significatifs a &#233;t&#233; de fa&#231;on discr&#232;te, porteur &#233;galement d'un possible schisme. Politique et territorial celui-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 29 mai dernier, l'arm&#233;e isra&#233;lienne a discr&#232;tement c&#233;d&#233; d'importants pouvoirs en Cisjordanie occup&#233;e &#224; l'administration de Bezalel Smotrich. Bon nombre des pouvoirs exerc&#233;s auparavant par la cha&#238;ne de commandement militaire, de la r&#233;glementations en mati&#232;re de construction jusqu'&#224; l'administration de l'agriculture, de la sylviculture, des parcs et des zones de baignade, sont d&#233;sormais sous la responsabilit&#233; de ce ministre d'extr&#234;me-droite. Ce transfert r&#233;duit &#233;galement les contr&#244;les juridiques sur l'expansion et le d&#233;veloppement des colonies. Autrement dit, Smotrich, qui vit lui-m&#234;me dans une colonie ill&#233;gale, supervisera lois et r&#233;glementations r&#233;gissant la vie des 800000 colons mais &#233;galement des millions de Palestiniens de Cisjordanie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce transfert de pouvoir a &#233;t&#233; compris comme venant affirmer la souverainet&#233; isra&#233;lienne en Cisjordanie. Il est largement consid&#233;r&#233; comme une &#233;tape significative vers l'annexion de jure par Isra&#235;l de grandes parties de la Cisjordanie. Les Accords d'Oslo, d&#233;j&#224; moribonds, ne sont plus. La colonisation n'est plus rampante mais ouverte. 2024 aura d'ailleurs &#233;t&#233; l'ann&#233;e lors de laquelle la plus grande superficie de terres de Cisjordanie a &#233;t&#233; d&#233;clar&#233;e &#171; Domaines de l'&#201;tat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, officiellement, le pouvoir a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; comme essentiellement administratif. Mais sur le terrain les colons surarm&#233;s, leur impunit&#233; et leur autonomisation croissante par rapport &#224; l'&#201;tat d'Isra&#235;l emportent les germes d'une autonomie plus large pour eux et de cette m&#234;me anomie en germe &#224; l'&#233;chelle du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici Bezalel Smotrich intronis&#233; t&#233;trarque ou satrape de ce qu'il nomme &#171; Jud&#233;e-Samarie &#187;. Pourtant la CIJ et l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de l'ONU ont estim&#233; que la pr&#233;sence isra&#233;lienne dans les territoires palestiniens constitue bel et bien une occupation et un crime international, requ&#233;rant d&#232;s lors le retrait isra&#233;lien de ces m&#234;mes territoires. D&#233;j&#224; dans les documents officiels isra&#233;liens, la r&#233;gion figure une division administrative &#224; part, nomm&#233;e &#171; Gouvernorat de Jud&#233;e et Samarie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre la violation continue du droit international et la possibilit&#233; d'une guerre civile si ce m&#234;me droit international venait &#224; s'appliquer, Isra&#235;l a choisi et choisira toujours la premi&#232;re hypoth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les pouvoirs &#233;largis qu'a obtenus Bezalel Smotrich suffisent d&#233;j&#224; pour cr&#233;er une entit&#233; politique autonome. Une entit&#233; peupl&#233;e de 800 000 colons qui pourraient d&#233;cider de ne plus appliquer les lois profanes de l'&#201;tat d'Isra&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 7 octobre a &#233;t&#233; compris par beaucoup comme la traduction humaine d'une eschatologie cach&#233;e et en voie d'accomplissement. Les colons en Cisjordanie sont en effet toujours plus gagn&#233;s par une fi&#232;vre messianiste. En t&#233;moigne le mouvement dit des &#171; Jeunes des Collines &#187;. Quand l'autorit&#233; de l'&#201;tat isra&#233;lien contreviendra de fa&#231;on frontale &#224; un mode de vie et &#224; des normes qui se veulent comme d&#233;coulant de la seule autorit&#233; de la Loi religieuse juive, que se passera-t-il alors ? D&#233;j&#224; le projet de conscription des Haredim ou ultra-orthodoxes en donne un aper&#231;u en termes de refus et de d&#233;sob&#233;issance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Histoire se r&#233;p&#233;tera-t-elle ? Selon la Bible, apr&#232;s la mort du Roi Salomon, un schisme apparut qui mena &#224; la scission de l'Isra&#235;l antique en deux entit&#233;s politiques rivales : le royaume d'Isra&#235;l et le Royaume de Jud&#233;e. Dans la volont&#233; d'assurer une souverainet&#233; juive sur la Cisjordanie, Benjamin Netanyahou peut aussi &#234;tre l'instrument involontaire d'une r&#233;p&#233;tition de cette scission antique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une soci&#233;t&#233; en lente fracturation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'histoire d'Isra&#235;l, les risques de scission ont d&#233;j&#224; exist&#233;. Le pays a travers&#233;, entre autres, les manifestations massives qui ont suivi la guerre du Liban en 1982, l'assassinat d'un Premier ministre en 1995 et le retrait forc&#233; de 8 600 colons qui ont quitt&#233; le bloc de Gush Katif, &#224; Gaza en 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre br&#232;che s'est ouverte depuis le 7 octobre, qui se cristallise notamment dans la question des otages. La presse isra&#233;lienne a document&#233; les obstacles sciemment pos&#233;s par Netanyahou &#224; tout accord. Derni&#232;rement, c'est sur le corridor de Philadelphie, sur lequel Netanyahou entendait garder le contr&#244;le, que les pourparlers ont achopp&#233;. Philadelphie, ou l'amour des fr&#232;res&#8230;il faut pr&#234;ter sens aux mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La certitude qui s'installe que le gouvernement isra&#233;lien a pr&#233;f&#233;r&#233; abandonner ses citoyens au profit de calculs politiques pour les uns ou de proph&#233;ties fumeuses pour les autres a approfondi les tensions du corps social isra&#233;lien qui court depuis quelques ann&#233;es. La stigmatisation des familles des otages et de leur soutien participe de ce d&#233;litement, ces familles &#233;tant de plus en plus ouvertement trait&#233;es comme des ennemis int&#233;rieurs politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abandon effectif des otages retenus par le Hamas a aussi montr&#233; que deux soci&#233;t&#233;s isra&#233;liennes, deux visions aussi, se font face et peuvent s'affronter : celle d'un Isra&#235;l qui refuse la guerre perp&#233;tuelle et aspire &#224; un cessez-le-feu contre un Isra&#235;l qui voit dans ces &#233;v&#232;nements tragiques l'occasion de concr&#233;tiser le &#171; grand Isra&#235;l &#187; messianiste. Un Isra&#235;l la&#239;que, qui se revendique d'une tradition sioniste mais qu'il consid&#232;re comme aboutie et close. Face &#224; cet Isra&#235;l, dont beaucoup des otages sont issus, se tient un Isra&#235;l religieux qui inscrit les &#233;v&#232;nements dans une lecture religieuse et dans une dynamique territoriale, consid&#233;r&#233;e comme non aboutie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un sens, cette fracture poursuit et approfondit la crise institutionnelle que le pays connaissait avant le 7 octobre, en raison du d&#233;sir du gouvernement isra&#233;lien et de Benjamin Netanyahu de r&#233;duire l'ind&#233;pendance de la Cour supr&#234;me. Celle-ci est garante du contr&#244;le judiciaire et de la protection des libert&#233;s civiles, notamment parce que le pays ne dispose que d'une seule chambre l&#233;gislative. Le pays n'a pas non plus de constitution formelle, mais un ensemble de 13 lois fondamentales que la Cour supr&#234;me utilise comme constitution de facto. Autrement dit, la Cour Supr&#234;me avait d&#233;velopp&#233; un contr&#244;le juridique des actes politiques, ce qui a sembl&#233; insupportable pour Netanyahou et ses alli&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, la r&#233;forme que voulait impulser le premier ministre consistait notamment &#224; annuler les d&#233;cisions rendues par la haute juridiction par une simple majorit&#233; d'une voix &#224; la Knesset. Une Knesset pourtant contr&#244;l&#233;e par des partis extr&#233;mistes pour lesquelles la loi de l'&#201;tat n'est au mieux qu'une modalit&#233; pour g&#233;n&#233;raliser l'application de la loi religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette possible mise au pas de la plus haute instance judiciaire du pays avait suscit&#233; de s&#233;rieuses inqui&#233;tudes et provoqu&#233; de vastes manifestations contre ce qui &#233;tait alors qualifi&#233; de &#171; coup d'&#201;tat judiciaire &#187;. Lors des manifestations qui ont suivi le projet de loi, l'arm&#233;e traditionnellement socle de coh&#233;sion du pays avait montr&#233; des signes de tension avec plus de 1 000 r&#233;servistes de l'arm&#233;e de l'air qui avaient alors song&#233; &#224; boycotter leur devoir militaire si le projet de loi progressait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des responsabilit&#233;s qui ont men&#233; au 7 octobre sera forc&#233;ment pos&#233;e et peut approfondir ces ruptures entre l'arm&#233;e et le pouvoir politique. Certes Benjamin Netanyahou a indiqu&#233; que la cr&#233;ation d'une commission d'enqu&#234;te devra attendre la fin de la guerre, tout en se d&#233;douanant par avance de toute responsabilit&#233; et ou en laissant ses proches charger l'arm&#233;e isra&#233;lienne des d&#233;faillances qui ont men&#233; &#224; cette catastrophe humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la tension qui monte entre lui et l'appareil militaire et s&#233;curitaire ne s'apaisera pas quand il faudra pointer les responsabilit&#233;s. Pour les observateurs isra&#233;liens, si l'arm&#233;e isra&#233;lienne se retrouve comme bouc &#233;missaire du 7 octobre et de l'&#233;chec des actions militaires qui ont suivi, elle devra choisir entre accepter sa marginalisation ind&#233;finie ou se heurter frontalement au pouvoir politique. De ce choix d&#233;coulera aussi l'avenir d'Isra&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est ainsi symptomatique que les r&#233;f&#233;rences &#224; l'affaire Altalena se multiplient dans les d&#233;bats m&#233;diatiques isra&#233;liens. Le 26 mai 1948, Ben Gourion publiait un ordre portant sur la formation des Forces de d&#233;fense isra&#233;liennes (IDF). Or, certaines milices sionistes, dont l'Irgoun et le L&#233;hi avaient alors refus&#233; cette institutionnalisation afin de pr&#233;server un certain degr&#233; d'ind&#233;pendance politique. Ce fut le d&#233;but de cette affaire Altalena, lorsque les IDF, domin&#233;es par la Haganah, tent&#232;rent de bloquer une cargaison d'armes &#224; bord du cargo Altalena et destin&#233; &#224; l'Irgoun. L'affrontement avait entra&#238;n&#233; la mort de nombreux membres de l'Irgoun, des arrestations massives et le bombardement du navire lui-m&#234;me. Cette mini-guerre civile dans le tout jeune &#201;tat isra&#233;lien a abouti &#224; un &#233;quilibre historique que le 7 octobre a peut-&#234;tre boulevers&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'anomie qui gagne la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne, la guerre devient non pas une situation perturbatrice de la coexistence sociale mais un moyen d'assurer cette derni&#232;re. Et avec l'anomie, c'est aussi le sens m&#234;me de l'alt&#233;rit&#233; qui s'efface.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la Nakba continuelle, un 7 octobre continu fait miroir. Chaque jour est une r&#233;p&#233;tition de ce trauma. Le risque &#224; terme est de sortir des cat&#233;gories encore norm&#233;es de la paix et de la guerre pour entrer dans un nihilisme. Une &#233;tanch&#233;it&#233; entre les faits et les valeurs qui ne peut &#234;tre que destructrice pour tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'y aura pas de guerre civile [en Isra&#235;l] &#187; r&#233;p&#232;te &#224; l'envi Benjamin Netanyahou, lors de chaque crise int&#233;rieure. Il sera pourtant peut-&#234;tre celui qui livrera le pays &#224; ses apories, contradictions renforc&#233;es paradoxalement par des choix politiques cens&#233;s les pr&#233;venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel Samson arcbout&#233; entre ses deux piliers &#224; Gaza&#8230;&lt;/p&gt;
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		<title>&#034;Mad Men&#034;, la s&#233;rie d'une Am&#233;rique cr&#233;pusculaire</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Mad-Men-la-serie-d-une-Amerique-crepusculaire</link>
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		<dc:date>2010-10-19T08:08:57Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hassina Mecha&#239;</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>T&#233;l&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2010-10-19</dc:subject>

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&lt;p&gt;D&#232;s le g&#233;n&#233;rique, la note est donn&#233;e : un homme cravat&#233;, &#171; costumis&#233; &#187;, voit son lieu de travail s'&#233;crouler lentement dans une d&#233;liquescence funeste. Puis il tombe ind&#233;finiment d'un gratte-ciel, le long de publicit&#233;s g&#233;antes pour l'american way of life. &lt;br class='autobr' /&gt; D&#232;s le g&#233;n&#233;rique, la note est donn&#233;e : un homme cravat&#233;, &#171; costumis&#233; &#187;, voit son lieu de travail s'&#233;crouler lentement dans une d&#233;liquescence funeste. Puis il tombe ind&#233;finiment d'un gratte-ciel, le long de publicit&#233;s g&#233;antes pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH113/arton5647-5536a.jpg?1782004209' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#232;s le g&#233;n&#233;rique, la note est donn&#233;e : un homme cravat&#233;, &#171; costumis&#233; &#187;, voit son lieu de travail s'&#233;crouler lentement dans une d&#233;liquescence funeste. Puis il tombe ind&#233;finiment d'un gratte-ciel, le long de publicit&#233;s g&#233;antes pour l'american way of life.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;D&#232;s le g&#233;n&#233;rique, la note est donn&#233;e : un homme cravat&#233;, &#171; costumis&#233; &#187;, voit son lieu de travail s'&#233;crouler lentement dans une d&#233;liquescence funeste. Puis il tombe ind&#233;finiment d'un gratte-ciel, le long de publicit&#233;s g&#233;antes pour l'american way of life.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au long de la chute, se devinent des slogans, comme autant de lambeaux d'une splendeur pass&#233;e : &#171; Enjoy the best America has to offer &#187; ou encore &#171; It's the gift that never fails &#187;. L'esprit de l'Am&#233;rique, son tropisme mercantile s'&#233;croulent dans un foisonnement de publicit&#233;s de papier glac&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que de symboles, donc, pour cette chute finale du haut de ce que l'on imagine &#234;tre l'Empire State Building, litt&#233;ralement le b&#226;timent de l'&#201;tat-Empire. Comme de vagues r&#233;miniscences, s'interposent alors d'autres images de chutes greff&#233;es dans notre inconscient collectif iconographique : celles de corps tombant le long des Twin Towers 11 septembre 2001 ; celles de statues &#233;rig&#233;es &#224; la gloire de dictateurs, d'&#201;tats ou d'Empires. Le N&#233;m&#233;sis cr&#233;pusculaire qui viendrait apr&#232;s l'Hybris imp&#233;rial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette s&#233;rie raconte le quotidien d'une agence de publicit&#233; new-yorkaise dans les ann&#233;es 60. Au-del&#224; de l'histoire de ses personnages, elle d&#233;crit avec une rare acuit&#233; les relations humaines, familiales, sociales, raciales de cette &#233;poque. C'est l'&#226;ge d'or de l'Am&#233;rique triomphante, forte &#233;conomiquement, puissante militairement et omnipr&#233;sente culturellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une &#233;poque quasi mythologique pour l'Am&#233;rique, celle o&#249; les femmes et les hommes portent chapeaux mous et ont les cheveux laqu&#233;s ou ultra-brillantin&#233;s. Le v&#234;tement y est un fort marqueur, jupes empes&#233;es (pas de pantalons pour les femmes) et costumes boutonn&#233;s. La mise y est de mise, et le v&#234;tement fait de chacun l'arch&#233;type d'une classe sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;galement une s&#233;rie o&#249; l'on fume et l'on boit &#224; tout va, &#224; toute heure, car alors on ignorait que fumer tue. Boire excessivement y est &#233;galement un signe de vigueur sociale et non plus comme aujourd'hui le sympt&#244;me de probl&#232;mes existentiels. In vino virilitas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rapports entre hommes et femmes sont, sous nos regards contemporains, marqu&#233;s d'une misogynie si crue qu'elle en devient presque na&#239;ve. La femme y ondule, louvoie, se plie ; elle est souvent renvoy&#233;e &#224; ses colifichets de m&#233;nag&#232;re et &#224; sa seule utilit&#233; organique et sociale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les petits Blancs, s&#251;rs d'eux, appellent les Noirs &#171; negroes &#187; et ne semblent m&#234;me pas apercevoir cette cohorte silencieuse de petites mains - liftier, femmes de m&#233;nage, cireurs de chaussures - lesquels jettent parfois sur cette arrogance blanche un regard o&#249; le m&#233;pris le dispute &#224; la r&#233;signation douloureuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mad Men , c'est la s&#233;rie qui pr&#233;sente une &#233;poque b&#233;nie de toute-puissance et d'innocence, diffus&#233;e dans une Am&#233;rique post-bushienne qui sombre et qui doute, qui se mortifie et est mortifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est un choc entre deux Am&#233;riques : celle qui tombe et regarde dans le reflet cathodique son glorieux pass&#233; - miroir, miroir, dis-moi qui &#233;tait la plus puissante ? En c'est en cela que Mad Men , comme toute s&#233;rie &#224; succ&#232;s, est un sympt&#244;me, une immense psych&#233; cathodique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute s&#233;rie peut devenir un spectacle au sens de Debord. Elle peut ainsi traduire un inconscient collectif, une cristallisation des mouvements profonds d'une soci&#233;t&#233;. Et qui plus que l'Am&#233;rique, dans laquelle l'image est ic&#244;ne, pouvait produire ces s&#233;ries qui disent tellement d'elle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voyez plut&#244;t. Sous le r&#232;gne du nasillard cowboy ultra-lib&#233;ral Reagan, la s&#233;rie texane Dallas c&#233;l&#233;brait le pouvoir de l'argent et du darwinisme social. &#192; l'image de la famille Ewing, c'&#233;tait alors l'Am&#233;rique du p&#233;trole et du dollar arrogant. C'&#233;tait celle o&#249; l'Empire-JR laissait &#233;clater &#224; la face du monde entier son ambivalence morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis vint C&#244;te ouest qui traduira les profondes aspirations de repli de l'Am&#233;rique. Cette s&#233;rie fut le spin off de Dallas, tout comme d'une certaine fa&#231;on Bush p&#232;re, vice-pr&#233;sident de Reagan, &#233;tait de fait le produit d&#233;riv&#233; de son pr&#233;d&#233;cesseur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'esprit de Dallas est celui de la famille, celui de C&#244;te ouest est surtout celui de la communaut&#233;, de l'Am&#233;rique qui se love sur elle et sur ses probl&#232;mes internes, dans la suburb* des classes moyennes. Ce que ne comprendra pas Bush p&#232;re qui avait ax&#233; sa pr&#233;sidence sur les relations internationales : &#171; It's the economy, stupid &#187;, lui lancera son vainqueur, Bill Clinton. Cet obscur gouverneur de l'Arkansas, &#201;tat de l'int&#233;rieur s'il en est, approfondira ainsi le repli de l'Am&#233;rique sur elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, la s&#233;rie qui marquera durablement le double mandat de Clinton sera Friends : l'histoire d'une bande d'adulescents vivant dans une quasi autarcie existentielle. Rien ne vient perturber leur vie ferm&#233;e, ni les m&#233;andres du monde, ni la maladie, ni la mort. C'est l'Am&#233;rique sympathique mais fonci&#232;rement &#233;go&#239;ste qui transparait alors : farces sur farces et aucune ouverture vers l'Autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Am&#233;rique de la peur, de la parano&#239;a sera celle de Bush fils. Les deux s&#233;ries embl&#233;matiques en seront &#233;videmment 24h chrono et Desperate Housewives. 24H chrono illustrera une Am&#233;rique traumatis&#233;e par le 11 septembre : dans un monde terrifiant, toutes les m&#233;thodes, y compris la torture, semblent bonnes pour se d&#233;fendre. La s&#233;rie Desperate Housewives sera le versant de la peur int&#233;rieure : dans la paisible suburb pastellis&#233;e, le danger se renouvelle continuellement, souvent sous la forme la plus anodine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la transition menant de Bush Junior &#224; Obama, deux s&#233;ries retiennent l'attention : Dexter et Damages. Dexter ou l'histoire d'un expert en m&#233;decine l&#233;gale le jour, qui tue des psychopathes monstrueux la nuit : un serialkiller de serialkillers en somme, tout comme l'Am&#233;rique, toute bard&#233;e de l&#233;galisme, pr&#233;tendra user des m&#233;thodes de terroristes pour combattre le terrorisme. &#201;tat voyou malgr&#233; elle contre les &#171; Vrais &#187; &#201;tats voyous. Damages aussi est la s&#233;rie de l'autojustification : elle montre une avocate, mettant au service de causes qu'elles estiment justes, des m&#233;thodes plus que contestables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux s&#233;ries peuvent &#234;tre ainsi consid&#233;r&#233;es comme la justification subliminale d'Abou Ghra&#239;b ou de Guantanamo. Loin du manich&#233;isme l&#233;nifiant habituel, ces deux s&#233;ries brouillent les rep&#232;res moraux classiques, l&#233;gitimant l'ill&#233;gal dans le cas de Dexter et l&#233;galisant l'ill&#233;gitime dans le cas de Damages .&lt;br class='autobr' /&gt;
Mad Men est, quant &#224; elle, la s&#233;rie des ann&#233;es Obama, qui en est para&#238;t-il un grand fan. Paradoxal fan d'ailleurs, car cette s&#233;rie d&#233;crit une Am&#233;rique blanche et m&#233;prisante des minorit&#233;s dans laquelle jamais Afro-Am&#233;ricain n'aurait pu &#234;tre &#233;lu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Mad men &#233;voluent dans une soci&#233;t&#233; raciste, misogyne, enfum&#233;e, alcoolique, cynique, sans l'hygi&#233;nisme javellis&#233; actuel et se moquant grassement des r&#232;gles de la di&#233;t&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A brave old world, donc, un pass&#233; d'apparence tr&#232;s empes&#233;, tr&#232;s codifi&#233; mais bousculant paradoxalement les certitudes contemporaines. Tout se passe comme si cette mise en ab&#238;me cathodique sugg&#233;rait que, finalement la lib&#233;ration sexuelle, la reconnaissance des minorit&#233;s, le lib&#233;ralisme au sens politique du terme, ont g&#233;n&#233;r&#233; aussi les r&#232;gles sociales rigides du politiquement correct tr&#232;s rigide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'on se dit aussi que le succ&#232;s ph&#233;nom&#233;nal de cette s&#233;rie aux &#201;tats-Unis tient peut-&#234;tre &#224; un curieux sentiment de transgression pour cette Am&#233;rique contemporaine stratifi&#233;e, m&#233;dus&#233;e par le politiquement acceptable. Les femmes humili&#233;es, les Noirs ignor&#233;s, la reproduction des &#233;lites fi&#232;rement affirm&#233;e, voil&#224; qui ravive de (bons ?) vieux souvenirs, donc, pour l'Am&#233;rique actuelle qui doute.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi sous pr&#233;texte de cette reconstitution, Mad Men lib&#232;re parfois une vision moisie de l'Am&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces Mad Men, ce sont aussi ceux de L'empire, de l'&#201;tat empire, phare du monde qui semble &#224; notre &#233;poque peu &#224; peu s'&#233;teindre. Ces hommes vivent &#224; l'apog&#233;e de l'Empire am&#233;ricain, ils font et ils sont l'Am&#233;rique toute-puissante, l'Empire du sens et des sens, au carrefour des puissances. Pourtant, le fait que d&#232;s le g&#233;n&#233;rique tout s'&#233;croule au milieu d'un artifice d'images de la soci&#233;t&#233; de consommation sugg&#232;re que ce qui a fait la force de l'Am&#233;rique, son consum&#233;risme, sera &#233;galement l'origine de sa chute. Hypoth&#232;se confirm&#233;e a posteriori par la crise des subprimes et de la surconsommation &#224; temp&#233;rament. C'est ainsi la chute de l'Empire &#224; cr&#233;dit qui nous est annonc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224; &#224; imaginer que les sc&#233;naristes sugg&#232;rent qu'il faudrait revenir aux fondamentaux de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine des ann&#233;es 60 pour que les USA redeviennent un Empire, il n'y qu'un pas symbolique, sc&#233;naristique, &#224; franchir. Mad Men, c'est donc l'Empire 24 images seconde, l'empire &#224; son nadir**, qui n'est plus qu'une s&#233;rie &#224; succ&#232;s, miroir d'une r&#233;alit&#233; qui n'est plus&#8230;comme une reductio ad television.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une s&#233;rie d&#233;riv&#233;e ou spin-off (aussi utilis&#233; en France) est une s&#233;rie t&#233;l&#233;vis&#233;e ou bande dessin&#233;e qui se d&#233;roule dans le m&#234;me univers de fiction qu'une s&#233;rie pr&#233;c&#233;dente, mais avec de nouveaux personnages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Une suburb est le nom donn&#233; aux &#201;tats-Unis pour d&#233;crire les banlieues p&#233;riph&#233;riques relativement r&#233;centes des villes, compos&#233;es de pavillons individuels entour&#233;s de jardins. Ces suburbs sont g&#233;n&#233;ralement tr&#232;s grandes et &#233;loign&#233;es du centre, une voiture &#233;tant quasiment indispensable pour sortir de la banlieue et pouvoir aller en ville ou ailleurs. Ces suburbs font parties int&#233;grante de l'american way of life, symbolisant la r&#233;ussite, le r&#234;ve am&#233;ricain, la tranquillit&#233;, et la s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;** Le nadir (de l'arabe nazir : oppos&#233; ) en astronomie est le point de la sph&#232;re c&#233;leste repr&#233;sentatif de la direction verticale descendante, en un lieu donn&#233; (par opposition &#224; z&#233;nith). Par extension, peut signifier &#171; le point le plus bas &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mis en ligne sur Sisyphe, le 13 octobre 2010&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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