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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Quel bilan tirez-vous des ann&#233;es Obama ?</title>
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		<dc:creator>Patrick Vallelian</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
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		<dc:subject>Edition du 2012-11-06</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;(De New York) Bien assis dans le canap&#233; de son appartement de Manhattan, Benjamin Barber, d&#233;mocrate n&#233; en 1939, ancien conseiller de Bill Clinton et proche de Hillary, se dit d&#233;&#231;u par les quatre ans du &#171; professeur de droit &#187; &#224; la Maison Blanche. &lt;br class='autobr' /&gt;
(tir&#233; de Rue 89 - L'Hebdo ) &lt;br class='autobr' /&gt; L'Hebdo : Comment juger la campagne de Barack Obama pour sa r&#233;&#233;lection ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Benjamin Barber : Disons qu'Obama va gagner m&#234;me s'il n'a aucun m&#233;rite &#224; cela. C'&#233;tait pli&#233; d'avance face &#224; un Mitt Romney qui m'a n&#233;anmoins (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Elections-americaines-+" rel="tag"&gt;&#201;lections am&#233;ricaines&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2012-11-06-+" rel="tag"&gt;Edition du 2012-11-06&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH106/arton12155-5746d.png?1782042142' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='106' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;(De New York) Bien assis dans le canap&#233; de son appartement de Manhattan, Benjamin Barber, d&#233;mocrate n&#233; en 1939, ancien conseiller de Bill Clinton et proche de Hillary, se dit d&#233;&#231;u par les quatre ans du &#171; professeur de droit &#187; &#224; la Maison Blanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(tir&#233; de Rue 89 - L'Hebdo )&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Hebdo : Comment juger la campagne de Barack Obama pour sa r&#233;&#233;lection ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin Barber : Disons qu'Obama va gagner m&#234;me s'il n'a aucun m&#233;rite &#224; cela. C'&#233;tait pli&#233; d'avance face &#224; un Mitt Romney qui m'a n&#233;anmoins surpris par son attitude claire et d&#233;cid&#233;e. Lors du premier d&#233;bat t&#233;l&#233;vis&#233; notamment, il a largement domin&#233; un Pr&#233;sident ind&#233;cis dont la performance &#233;tait d&#233;sastreuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi, alors, l'ancien gouverneur du Massachusetts ne peut-il pas gagner ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que le Tea Party, les extr&#233;mistes qui le soutiennent, est fini. D'abord, cette frange repr&#233;sente une minorit&#233; en voie de disparition dans notre pays. Ils sont blancs, vieux, conservateurs, chr&#233;tiens. Ils d&#233;testent les autres, c'est-&#224;-dire les homosexuels, les Latinos, les Asiatiques... Ils veulent une Am&#233;rique du XIXe si&#232;cle. Mais cette Am&#233;rique va changer de visage ces prochaines ann&#233;es. Elle sera plus latino, plus asiatique. Plus m&#233;tisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comme Obama finalement ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exactement. Cela dit, Obama n'est pas celui qu'on croit. Beaucoup de d&#233;mocrates le voient tr&#232;s progressif, tr&#232;s lib&#233;ral. Il y a quatre ans, ils &#233;taient contents qu'un Afro-Am&#233;ricain soit &#233;lu. C'&#233;tait un joli symbole, surtout apr&#232;s les ann&#233;es Bush et un &#233;v&#233;nement important dans notre histoire. D'ailleurs, Barack Obama avait su faire briller les yeux des Am&#233;ricains. Ils ont vot&#233; pour lui parce qu'il incarnait l'espoir, la nouveaut&#233;, une nouvelle mani&#232;re de faire des affaires, de faire de la politique, de g&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'a rien fait de tout cela. Il n'a pas chang&#233; la vie des gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qui s'est pass&#233; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etre &#233;lu &#224; la pr&#233;sidence est une chose. Mais &#234;tre un vrai Pr&#233;sident en est une autre. Il faut savoir gouverner. Et si Obama, d&#232;s son arriv&#233;e &#224; la Maison Blanche, a voulu montrer une attitude tr&#232;s professorale, tr&#232;s fair-play avec ses adversaires politiques, tr&#232;s consensuelle, tr&#232;s gentille en fait, tout en &#233;tant tr&#232;s prudent, il n'a pas su &#234;tre un homme de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'a rien d'un Lyndon Johnson qui a &#233;t&#233; probablement le plus grand Pr&#233;sident du si&#232;cle aux Etats-Unis. Lui &#233;tait un combattant, un manipulateur aussi. Il avait la capacit&#233; de dealer avec les gens avec duret&#233; et gentillesse. Il aimait les gens, mais savait aussi taper du poing sur la table quand il le fallait. Obama est un Pr&#233;sident faible qui m'a d&#233;&#231;u.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avez-vous un exemple de cette faiblesse ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa gestion du dossier de l'assurance maladie par exemple. Les r&#233;publicains qui se sont jur&#233; sa perte l'ont roul&#233; facilement dans la farine. Et lui n'a rien vu venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule mani&#232;re de contr&#244;ler le syst&#232;me de sant&#233;, un syst&#232;me obligatoire, &#233;tait de cr&#233;er une caisse publique qui pouvait maintenir des prix bas. Mais lorsqu'il a fallu n&#233;gocier cette question, Obama a d'embl&#233;e annonc&#233; qu'il &#233;tait pr&#234;t &#224; l'abandonner pour faire avancer le projet. Il n'a m&#234;me pas dit qu'il aimait cette id&#233;e, qu'il voulait se battre pour elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-il na&#239;f finalement ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on parle de pouvoir, oui. Clairement. Il a typiquement une attitude de professeur de droit. Mais fondamentalement, il ne sait pas comment le pouvoir fonctionne. Il n'est pas bon, d'autant qu'il n'a confiance en personne, si ce n'est en sa femme Michelle et quelques conseillers tri&#233;s sur le volet. Ensuite, il n'a &#233;t&#233; que s&#233;nateur. Il n'avait pas l'exp&#233;rience du pouvoir ex&#233;cutif avant d'&#234;tre &#233;lu. Ce n'est pas un hasard si les meilleurs Pr&#233;sidents ont souvent &#233;t&#233; des gouverneurs dans une autre vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel bilan tirez-vous des ann&#233;es Obama ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus gros probl&#232;me d'Obama, c'est qu'en quatre ans, il n'a pas fait grand-chose, m&#234;me si ce n'est pas compl&#232;tement de sa faute. Je bl&#226;me surtout le syst&#232;me politique am&#233;ricain qui a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; pour ne pas marcher. Sans une supermajorit&#233; au S&#233;nat (100 &#233;lus) et au Congr&#232;s (435 repr&#233;sentants), n'importe quel Pr&#233;sident aurait du mal &#224; faire passer ses projets. Et encore. Il lui faut composer avec les int&#233;r&#234;ts r&#233;gionaux qui obligent ses propres &#233;lus &#224; prendre des positions contraires parfois aux int&#233;r&#234;ts de son parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce syst&#232;me a &#233;t&#233; imagin&#233; au XVIIIe si&#232;cle par des gens qui avaient peur d'un pouvoir central trop fort. Du coup, ils ont pari&#233; sur le f&#233;d&#233;ralisme, la d&#233;centralisation du pouvoir avec un S&#233;nat tr&#232;s puissant o&#249; les petits Etats peuvent bloquer les plans du Pr&#233;sident et des r&#233;gions les plus peupl&#233;es ou une Cour supr&#234;me qui peut &#233;galement tout arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, nos campagnes politiques sont trop longues. Imaginez que Romney est en route depuis deux ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, il n'a pas r&#233;ussi &#224; sortir le pays de la r&#233;cession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectivement. Alors bien s&#251;r, la situation &#233;tait catastrophique &#224; son arriv&#233;e. Bien s&#251;r, il est parti de loin. Bien s&#251;r, bien s&#251;r, bien s&#251;r... Il a probablement &#233;vit&#233; que la r&#233;cession ne devienne une grosse d&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste que ses plans de relance &#233;taient trop l&#233;gers malgr&#233; les 700 milliards de dollars mis sur la table. C'&#233;tait la moiti&#233; de ce qu'il fallait. Au moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, sa r&#233;gulation de Wall Street &#233;tait trop timide. Mais c'est normal. Obama est tr&#232;s proche des milieux bancaires qui aujourd'hui investissent massivement dans sa campagne. Et pour cause, il leur a donn&#233; des milliards qui n'ont pas servi &#224; sauver le petit propri&#233;taire endett&#233; mais les banquiers eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle &#233;tait la solution alors ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donner cet argent aux 4 millions d'Am&#233;ricains qui ont perdu leur maison &#224; cause de leur surendettement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on dit aussi qu'Obama, s'il est r&#233;&#233;lu, va enfin appliquer la politique progressiste qu'on attend de lui, notamment en mati&#232;re d'environnement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous vous trompez. Obama est clairement un centriste. Il est prop&#233;trole, pro-industrie, provoiture, prodrone, pro-arm&#233;e... Il aime l'id&#233;e de l'ind&#233;pendance &#233;nerg&#233;tique et ne fera rien contre l'exploitation du gaz de schiste. Vous savez, ce n'est pas parce que vous &#234;tes noir de peau que vous ne pouvez pas &#234;tre conservateur dans l'&#226;me.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un autre d&#233;&#231;u&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin Barber n'est pas le seul intellectuel progressiste &#224; &#234;tre d&#233;&#231;u par la pr&#233;sidence Obama.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son dernier livre, &#171; L'Illusion Obama &#187;, John R. MacArthur analyse lui aussi l'action du sortant. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le directeur du r&#233;put&#233; Harper's Magazine, une publication de r&#233;f&#233;rence aux USA et plut&#244;t &#224; gauche, casse la baraque en d&#233;non&#231;ant un d&#233;mocrate tr&#232;s, trop proche de Wall Street. Tr&#232;s, trop attir&#233; par les lumi&#232;res de l'argent. Un politicien tr&#232;s, trop proche aussi des Daley, les &#171; parrains &#187; d&#233;mocrates de Chicago, dignes descendants des mafieux des ann&#233;es 20, qui ont favoris&#233; l'ascension du premier pr&#233;sident m&#233;tis des USA...&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>En Pennsylvanie, chez les damn&#233;s de la r&#233;volution des gaz de schiste</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/En-Pennsylvanie-chez-les-damnes-de-la-revolution-des-gaz-de-schiste</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/En-Pennsylvanie-chez-les-damnes-de-la-revolution-des-gaz-de-schiste</guid>
		<dc:date>2012-10-30T09:27:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Vallelian</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Gaz de schiste</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2012-10-30</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Alors que Lucien Bouchard et le lobby qu&#233;b&#233;cois des gaz de schiste et autres &#233;nergies fossiles se remobilisent pour nous vendre les &#034;avantages&#034; de l'exploitation des gaz du sous-sol qu&#233;b&#233;cois, les citoyenNEs am&#233;ricainEs font la preuve par 10 que cette industrie comporte des travers inacceptables pour l'environnement. Un t&#233;moignage publi&#233; sur Rue89 en fait de nouveau la preuve. (PTAG) &lt;br class='autobr' /&gt;
Pollution, maladies, promesses d'emplois non tenues : la population du comt&#233; de Susquehanna, en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Gaz-de-schiste-399-+" rel="tag"&gt;Gaz de schiste&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2012-10-30-+" rel="tag"&gt;Edition du 2012-10-30&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton12077-4963d.png?1782042142' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alors que Lucien Bouchard et le lobby qu&#233;b&#233;cois des gaz de schiste et autres &#233;nergies fossiles se remobilisent pour nous vendre les &#034;avantages&#034; de l'exploitation des gaz du sous-sol qu&#233;b&#233;cois, les citoyenNEs am&#233;ricainEs font la preuve par 10 que cette industrie comporte des travers inacceptables pour l'environnement. Un t&#233;moignage publi&#233; sur Rue89 en fait de nouveau la preuve. (PTAG)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pollution, maladies, promesses d'emplois non tenues : la population du comt&#233; de Susquehanna, en Pennsylvanie, paie le prix de l'exploitation des gaz de schiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; sur le site de Rue89.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(De Susquehanna, Pennsylvanie) Tammy Manning regarde son petit-fils gambader dans le pr&#233;, &#224; l'or&#233;e des cultures de ma&#239;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet Etat de l'Est, les denses for&#234;ts succ&#232;dent aux champs, aux p&#226;turages et aux fermes qui s'accrochent aux pentes douces des collines. Aucune industrie, aucune usine n'avait d&#233;figur&#233; ce paysage fa&#231;onn&#233; par l'&#233;conomie laiti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'&#233;tait avant que le gaz de schiste ne contamine les esprits. Que les tours de forage n'envahissent les lieux. Que les routes de terre soient prises d'assaut par d'&#233;normes camions-citernes. Que de gigantesques torches n'illuminent jour et nuit les alentours en crachant bruyamment leurs flammes. Que les arbres ne laissent la place &#224; des stations de pompage. Que les pipelines dessinent de grosses saign&#233;es dans cet environnement pr&#233;serv&#233; jusque-l&#224;. Et que la poussi&#232;re ne recouvre le tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Promesses d'emplois non-tenues&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est 18 heures et la journ&#233;e a &#233;t&#233; belle, reconna&#238;t Tammy, 44 ans, m&#232;re de trois enfants et grand-m&#232;re de trois petits-enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais l&#224;, j'aurais besoin d'une bonne bi&#232;re &#187;, lance-t-elle &#224; Vera Scroggins, une activiste anti-gaz de schiste qui lui rend visite pour faire le point sur ses &#171; probl&#232;mes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un doux euph&#233;misme pour parler de l'enfer qu'elle vit. Elle qui cumule les m&#233;nages chez les particuliers et dans les entreprises pour joindre les deux bouts, alors que son mari vient d'&#234;tre licenci&#233; de son emploi de menuisier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Histoire de rappeler que le taux de ch&#244;mage de ce &#171; swing state &#187; (Etat qui h&#233;site entre d&#233;mocrates et r&#233;publicains &#224; chaque &#233;lection pr&#233;sidentielle), a encore augment&#233; en ao&#251;t pour rejoindre celui du pays, autour de 8%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfer de Tammy ne se cache pas derri&#232;re ces funestes statistiques. Son enfer, c'est &#224; l'industrie p&#233;troli&#232;re qu'elle le doit. A ces compagnies am&#233;ricaines, mais aussi europ&#233;ennes comme Total et Norse Energy, qui trouent le sol de sa r&#233;gion depuis quelques ann&#233;es &#224; la recherche du nouveau miracle &#233;conomique de l'Oncle Sam : les hydrocarbures non conventionnels, ces fameux gaz et p&#233;trole de schiste dont l'Europe a interdit l'extraction. Provisoirement du moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fracturation hydraulique horizontale ou &#171; fracking &#187; : voil&#224; l'ennemi sournois de l'habitante de Franklin Forks, un petit village perdu dans le comt&#233; de Susquehanna et travers&#233; par la route menant &#224; Dimock, le &#171; ground zero &#187; de cette nouvelle industrie qui consiste &#224; injecter sous pression des millions de litres d'eau charg&#233;s de produits chimiques dans les entrailles de la terre pour fracturer la roche et en extraire l'or noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette ru&#233;e, de ces promesses d'emplois &#8211; non tenues, du moins pour les habitants du coin qui, comme s&#339;ur Anne, ne voient pas le boom &#233;conomique venir et vivent toujours aussi chichement &#8211;, Tammy n'en veut pas. Ou plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; L'eau est devenue grise &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suis &#224; bout &#187;, l&#226;che-t-elle en rappelant que son malheur vient de l'&#233;norme gisement Marcellus qui dormait sous leurs pieds et que les hommes, pour l'argent, ont r&#233;veill&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'eau de notre puits, la richesse des gens d'ici, est devenue grise du jour au lendemain. C'&#233;tait en d&#233;cembre dernier. Puis un de mes petits-enfants qui vit sous notre toit est tomb&#233; malade. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ailleurs, les gens se plaignent d'infections pulmonaires, de plaques qui apparaissent sur la peau, de cancers en hausse, de maux de t&#234;te permanents, d'asthme...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est insupportable &#187;, t&#233;moigne Rebecca Roter, qui a fui la pollution de New York pour se r&#233;fugier dans le village de Brooklyn, &#224; deux pas de Dimock.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D'autant que du gaz et de la poussi&#232;re de silice s'en &#233;chappent. Aujourd'hui, je dois prendre des m&#233;dicaments pour respirer normalement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des grosses bulles dans l'eau&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autorit&#233;s ont demand&#233; des analyses qui montrent que quelque chose cloche. Les p&#233;troliers, eux, minimisent. Les politiciens ferment les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, pour Vera Scroggins, le coupable est tout trouv&#233; : c'est le m&#233;thane qui, lib&#233;r&#233; par la fracturation hydraulique, remonte sournoisement vers la surface en se faufilant &#224; travers les fissures rocheuses pour atteindre la nappe phr&#233;atique, puis l'air libre, tuant parfois des animaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tammy confirme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Notre eau sentait mauvais. Puis, on a vu de grosses bulles remonter dans nos tuyaux et &#224; la surface du lac tout proche. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais elle, &#224; la diff&#233;rence de voisins, n'a pas vu son robinet cracher des flammes &#224; cause du m&#233;thane :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Depuis, les autorit&#233;s nous ont install&#233; un r&#233;servoir &#224; c&#244;t&#233; de la maison. Mais c'est &#224; nous de payer l'eau amen&#233;e par camion. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'arsenic au radium. Un exemple parmi des centaines dans la r&#233;gion souligne Ray Kemble, dont le jardin, avec ses banderoles d&#233;non&#231;ant la pollution, t&#233;moigne de la lutte contre l'industrie du gaz.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des communaut&#233;s &#171; tr&#232;s divis&#233;es &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ici, tout le monde ou presque a perdu son eau &#187;, peste cet homme &#224; tout faire qui livre chaque jour ses amis avec son petit camion. Un business comme un autre, regrette-t-il, cigare au bec, avant de fustiger ses voisins qui s'accommodent tr&#232;s bien de l'industrie du gaz. &#171; Par peur des toutes-puissantes compagnies p&#233;troli&#232;res qui ach&#232;tent les politiciens jusqu'&#224; Washington DC &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faux, r&#233;torque l'un des &#171; pro-gaz &#187;, qui traitent les opposants de &#171; terroristes &#187;. Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Parce qu'ils ne font pas confiance au gouvernement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argument fait rire Vera Scroggins :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La r&#233;gion est pauvre. Et beaucoup touchent de l'argent pour le gaz qu'on extrait de leur sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autres se taisent parce qu'ils travaillent directement ou indirectement pour elles. Les communaut&#233;s sont tr&#232;s divis&#233;es ici. Mais ce qu'il y a de certain, c'est que les industries p&#233;troli&#232;res ont tout achet&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont m&#234;me achet&#233; des propri&#233;t&#233;s trop expos&#233;es &#224; la pollution provoqu&#233;e par les dizaines de produits chimiques toxiques (m&#233;thanol, &#233;thyl&#232;ne glycol, acide sulfurique) qui sont m&#233;lang&#233;s &#224; l'eau inject&#233;e dans les couches de schiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Arsenic, benz&#232;ne et uranium&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et personne ne sait vraiment ce qu'ils deviennent une fois qu'ils sont dans le sol et qu'entre 40 et 75% de ces fluides ne sont jamais r&#233;cup&#233;r&#233;s... Pire, l'eau qui reflue &#224; la surface, avec le gaz, fait remonter des poisons autrement plus dangereux comme l'arsenic, le benz&#232;ne ou encore des produits radioactifs tels que du radium, du radon ou de l'uranium.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, Tammy ne sait pas si elle doit rester ou partir. Mais pour aller o&#249;, se demande-t-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et surtout qui voudrait acheter une maison dont l'eau est pollu&#233;e ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que repr&#233;sentent les pri&#232;res d'une Tammy Manning face aux &#233;normes r&#233;serves de gaz de schiste &#8211; 666 trillions de m3 au niveau mondial, soit le triple des r&#233;serves de gaz conventionnel &#8211; qui sont d&#233;sormais &#224; port&#233;e de tuyaux et de pipelines des usines am&#233;ricaines ? A un prix tr&#232;s bas.&lt;br class='autobr' /&gt;
A la recherche du miracle &#233;conomique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les Etats se battent contre le marasme &#233;conomique, rien ne devrait stopper cet afflux d'argent frais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mieux, &#233;crit Edward Morse dans un rapport [PDF] publi&#233; en mars 2012 : les USA pourraient devenir un nouveau g&#233;ant p&#233;trolier en 2020. Pour le responsable de la recherche sur les mati&#232;res premi&#232;res de la banque Citigroup, cette ind&#233;pendance &#233;nerg&#233;tique cr&#233;erait entre 2,7 et 3,6 millions d'emplois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des perspectives qui font scintiller des &#233;toiles dans les yeux des deux candidats &#224; la pr&#233;sidentielle. Mitt Romney parce qu'il a d&#233;j&#224; promis d'ouvrir en grand les portes du paradis aux p&#233;troliers. Barack Obama parce qu'il sait que sa r&#233;&#233;lection d&#233;pend de l'emploi &#8211; 400 000 auraient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s gr&#226;ce au gaz de schiste &#8211; et qu'un peu de populisme &#224; la sauce nationaliste ne fait jamais de mal &#224; personne... M&#234;me pas &#224; un prix Nobel de la paix qui &#171; a oubli&#233; ses promesses de promotion de l'&#233;nergie verte &#187;, tonne Albert Appleton, un expert new yorkais en protection des eaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Notre pays se trompe en investissant dans ces hydrocarbures. C'est du court terme. On ne prend pas en compte le vrai impact sur l'environnement, le vrai co&#251;t &#224; long terme des pollutions sur les nappes phr&#233;atiques et les eaux de surface. Et surtout on n&#233;glige le vrai avenir, le renouvelable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, personne ne veut entendre ce discours. L'&#233;conomie doit repartir. Tel est le mot d'ordre. Quoi qu'il en co&#251;te. A Tammy, Ray, Vera, Rebecca et aux autres.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quatre mois apr&#232;s, les oubli&#233;s des inondations pakistanaises</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Quatre-mois-apres-les-oublies-des-inondations-pakistanaises</link>
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		<dc:date>2010-11-23T07:32:19Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Vallelian</dc:creator>


		<dc:subject>Asie</dc:subject>
		<dc:subject>Pakistan</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2010-11-23</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ces flots en furie, 40 fois plus puissants qu'en temps normal, ont ensuite d&#233;val&#233; les pentes d&#233;nud&#233;es par une d&#233;forestation incontr&#244;l&#233;e pour s'abattre sur les plaines avant de rejoindre l'Indus, sorte de cordon ombilical qui traverse le pays du nord au sud sur plus de 2 900 kilom&#232;tres. &lt;br class='autobr' /&gt; L'aide internationale se fait toujours attendre apr&#232;s les inondations qui ont d&#233;vast&#233; le Pays des purs cet &#233;t&#233;. Pourtant, les besoins sont &#233;normes. &#171; Mais qu'est-ce que nous avons fait &#224; Allah ? &#187;, se (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Asie-Proche-Orient-" rel="directory"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Asie-+" rel="tag"&gt;Asie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Pakistan-251-+" rel="tag"&gt;Pakistan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2010-11-23-+" rel="tag"&gt;Edition du 2010-11-23&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH107/arton5947-87462.png?1781897030' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='107' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ces flots en furie, 40 fois plus puissants qu'en temps normal, ont ensuite d&#233;val&#233; les pentes d&#233;nud&#233;es par une d&#233;forestation incontr&#244;l&#233;e pour s'abattre sur les plaines avant de rejoindre l'Indus, sorte de cordon ombilical qui traverse le pays du nord au sud sur plus de 2 900 kilom&#232;tres.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'aide internationale se fait toujours attendre apr&#232;s les inondations qui ont d&#233;vast&#233; le Pays des purs cet &#233;t&#233;. Pourtant, les besoins sont &#233;normes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Mais qu'est-ce que nous avons fait &#224; Allah ? &#187;, se lamente Akbar Ali. &#171; Pourquoi ce d&#233;luge qui a d&#233;truit nos vies en une seule vague ? Est-ce une punition divine ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de r&#233;pondre, le jeune Pachtoun d'une trentaine d'ann&#233;es baisse la t&#234;te et pose ses yeux fatigu&#233;s et noy&#233;s par les larmes sur son deuxi&#232;me fils, un b&#233;b&#233; de 2 mois et demi, qui dort paisiblement dans ses bras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ses c&#244;t&#233;s, son autre fils de 10 ans et sa fille de 7 ans. Derri&#232;re lui, son &#233;pouse, le visage en partie cach&#233; sous un voile, est plong&#233;e dans un silence de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Akbar Ali, qui a r&#233;ussi &#224; sauver sa famille des flots ce maudit jeudi de la fin juillet 2010, quand la rivi&#232;re Swat a d&#233;vast&#233; son village perch&#233; sur les contreforts de l'Himalaya, se tait, assis en tailleur sur le sol en plastique orange d'une des tentes du camp de la gare d&#233;saffect&#233;e de Charsaada.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les inondations, &#171; un ch&#226;timent divin &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Croissant-Rouge local vient de l'ouvrir pour 1 000 survivants gr&#226;ce au financement de la Croix-Rouge suisse. Dehors, des dizaines d'enfants jouent dans les all&#233;es de ce camp de fortune et sur les rails rouill&#233;s tout proches.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils savent que les trains ne s'arr&#234;tent plus depuis belle lurette dans cette ville de 100 000 habitants aux allures de gros bourg commer&#231;ant, situ&#233;e dans le nord du Pakistan. Plus pr&#233;cis&#233;ment dans la province de Khyber Pakhtunkhwa, l&#224; o&#249; les talibans m&#232;nent la vie dure aux forces de l'ordre, omnipr&#233;sentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peshawar n'est qu'&#224; quelques encablures. Tout comme les zones tribales o&#249; r&#232;gnent les fous de Dieu et cet Afghanistan en guerre qu'on peut atteindre apr&#232;s quelques heures de route poussi&#233;reuse, en franchissant la passe de Khyber.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Oui, ce qui nous arrive est un ch&#226;timent divin &#187;, finit par dire Akbar Ali qui l&#232;ve ses deux yeux noirs vers ses invit&#233;s tout en chassant de sa main gauche l'escadrille de mouches qui tournent autour du nourrisson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le montagnard, qui n'est qu'un &#233;tranger parmi d'autres dans cette cit&#233; r&#233;guli&#232;rement endeuill&#233;e par des attentats suicide des islamistes, explique :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nous avons p&#233;ch&#233;. Et Allah, f&#226;ch&#233;, a d&#233;cha&#238;n&#233; la nature contre nous. Nous sommes devenus &#233;go&#239;stes. Et violents. C'est pour cela que Dieu nous a punis. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors ce fut le d&#233;luge, les plus &#233;normes inondations qu'a connues le Pakistan. &#171; De m&#233;moire d'homme, on n'a jamais vu cela &#187;, constate celui qui arrondit ses fins de mois en conduisant des camions sur les routes d&#233;fonc&#233;es et dangereuses des montagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un bilan humain et mat&#233;riel catastrophique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quelques minutes cet &#233;t&#233;, des ruisseaux de montagne aliment&#233;s par les monstrueuses pluies de la mousson se sont transform&#233;s en torrents d&#233;vastateurs. Rasant ponts et villages. Tuant 1 000 personnes, rien que dans la vall&#233;e de Swat, d&#233;licieusement appel&#233;e la Suisse du Pakistan &#224; cause de ses paysages alpins. Et r&#233;duisant des millions de Pakistanais &#224; une pauvret&#233; crasse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces flots en furie, 40 fois plus puissants qu'en temps normal, ont ensuite d&#233;val&#233; les pentes d&#233;nud&#233;es par une d&#233;forestation incontr&#244;l&#233;e pour s'abattre sur les plaines avant de rejoindre l'Indus, sorte de cordon ombilical qui traverse le pays du nord au sud sur plus de 2 900 kilom&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fleuve sacr&#233; a alors d&#233;bord&#233; tout au long de son parcours vers la mer d'Oman, poussant des millions de personnes &#224; chercher refuge sur les hauteurs, les barrages, les canaux d'irrigation et les digues n'ayant la plupart du temps pas tenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois mois apr&#232;s le d&#233;but de la catastrophe, le bilan fait froid dans le dos. Selon l'ONU, elle a fait plus de 9,7 milliards de francs suisses (7,2 milliards d'euros) de d&#233;g&#226;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle a d&#233;truit et endommag&#233; plus de 10 000 &#233;coles, pas loin de 200 h&#244;pitaux et centres de sant&#233;, des milliers de ponts, des routes, des villages entiers ou environ 1,9 million de maisons, alors que la plupart des rivi&#232;res ont chang&#233; de lit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois en se d&#233;pla&#231;ant de plusieurs kilom&#232;tres, comme &#231;a a &#233;t&#233; de cas de la rivi&#232;re Swat, pr&#232;s de la maison de Kazeh, 50 ans, qui tente, &#224; la pelle, d'&#233;vacuer les trois &#224; quatre m&#232;tres de boue s&#233;ch&#233;e, presque du b&#233;ton, qui recouvrent encore la cour de sa demeure &#233;ventr&#233;e par les flots. &#171; Avant les inondations, elle coulait &#224; deux kilom&#232;tres de l&#224;. Aujourd'hui, c'est &#224; quelques m&#232;tres de chez moi. J'ai peur. Mais je n'ai pas le choix. Je n'ai nulle part o&#249; aller &#187;, dit-il en r&#233;ajustant son pakol, le chapeau rond que portent les Pachtouns.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un sc&#233;nario &#224; la &#171; Apocalypse now &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus du tiers du pays a &#233;t&#233; touch&#233; et aujourd'hui encore des r&#233;gions enti&#232;res ont les pieds dans l'eau alors que des r&#233;coltes enti&#232;res de riz, de canne &#224; sucre, de ma&#239;s, de bl&#233;, de coton, ont sombr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bilan humain est lui aussi tr&#232;s lourd : plus de 2 000 morts et 3 000 bless&#233;s graves. Mais le plus inqui&#233;tant, c'est le nombre de sinistr&#233;s plong&#233;s dans une mis&#232;re totale. Ils sont plus de 21 millions sur 176 millions de Pakistanais, dont 12 millions n&#233;cessitent encore une aide d'urgence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Apocalypse now &#187;, titrait en septembre Newsline, le mensuel de Karachi. Des mots trop faibles probablement pour d&#233;crire le drame que traverse la puissance nucl&#233;aire du sous-continent indien et qui d&#233;passe les autorit&#233;s pakistanaises. Mais comment pourraient-il en &#234;tre autrement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme des millions de ses concitoyens, Akbar Ali a lui aussi tout perdu. Habits, animaux, nourriture, argent, maison, terre. Lui, c'&#233;tait &#224; la fin juillet. &#171; Tout s'est pass&#233; tr&#232;s vite &#187;, se rappelle-t-il :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; En quelques minutes, la rivi&#232;re qui coulait &#224; trois kilom&#232;tres a tout emport&#233;. Et quand l'imam du village a donn&#233; l'alerte du haut de son minaret, il &#233;tait trop tard. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune paysan a juste eu le temps de se r&#233;fugier sur le toit de sa petite b&#226;tisse avec ses enfants et sa femme, alors enceinte de huit mois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sous une pluie battante. Par chance, un h&#233;licopt&#232;re de l'arm&#233;e a pu emmener son &#233;pouse &#224; l'h&#244;pital de Charsaada, o&#249; elle a donn&#233; naissance &#224; Akhtar Ali, &#171; notre Mo&#239;se &#187;, pr&#233;cise son p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des survivants qui &#171; tol&#232;rent &#187; les Occidentaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, la famille Ali, qui a &#233;t&#233; chass&#233;e de l'&#233;cole o&#249; elle avait dans un premier temps trouv&#233; refuge, attend impatiemment la &#171; Watan card &#187;, sorte de carte de solidarit&#233; qui lui permettra d'obtenir 20 000 roupies (171 euros) pour reconstruire sa maison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme des millions d'autres, elle compte aussi sur une aide concr&#232;te du gouvernement d'Islamabad, un soutien qui ne vient pas, &#224; la diff&#233;rence de celui de la Suisse dont le drapeau va bient&#244;t flotter sur le vieux b&#226;timent de la gare de Charsaada, &#224; c&#244;t&#233; du croissant islamique blanc sur fond vert du Pakistan, promet Muhammad Yousaf Jan, le coordinateur du Croissant-Rouge pour la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les talibans vont s'&#233;trangler en voyant une croix flotter au vent &#187;, sourit cet ancien officier sup&#233;rieur de l'arm&#233;e pakistanaise, issu d'une famille noble de la vall&#233;e de Swat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une bravade dont se moque la population locale. Ce qui compte pour elle, c'est d'&#234;tre aid&#233;e, m&#234;me si elle se m&#233;fie de ces Occidentaux aux habitudes colonisatrices. &#171; On ne vous aime pas. On vous tol&#232;re &#187;, r&#233;sume un survivant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec 52 millions de francs, la Suisse est d'ailleurs un des plus gros donateurs apr&#232;s les Etats-Unis (364 millions d'euros), l'Arabie saoudite (186 millions d'euros), la Grande-Bretagne (74 millions d'euros) et l'Australie (52 millions).&lt;br class='autobr' /&gt;
Muhammad Ateeb Siddiqui, directeur des op&#233;rations du Croissant-Rouge pakistanais, confie :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est une surprise pour nous, mais une bonne. Peut-&#234;tre que votre pays a des choses &#224; se faire pardonner. Veut-il redorer son blason apr&#232;s l'interdiction des minarets qui est tr&#232;s mal pass&#233;e ici ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une interpr&#233;tation que ne veut pas confirmer la Conf&#233;d&#233;ration suisse qui tente de tourner cette page. Et pour cause, Berne est en train de n&#233;gocier son billet d'entr&#233;e dans le club des Amis du Pakistan, comme l'a r&#233;v&#233;l&#233; L'Hebdo (21 octobre 2010).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une organisation qui veut bien appuyer le Pays des purs, mais &#224; condition qu'il chasse Al Qaeda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Pas assez de morts &#187; pour mobiliser l'aide internationale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste que l'aide &#233;trang&#232;re -environ 1,7 milliard de francs, soit 1,2 milliard d'euros- ne suffit pas pour r&#233;pondre &#224; l'urgence. Stacey Winston, porte-parole du Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA), s'inqui&#232;te :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La situation est tr&#232;s grave, la r&#233;ponse internationale &#224; nos appels est trop lente. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ? La jeune Am&#233;ricaine, qui sirote un th&#233; au bar du Serena, un des cinq &#233;toiles d'Islamabad situ&#233; dans un quartier s&#233;curis&#233;, n'y va pas par quatre chemins :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'image du Pakistan est catastrophique. Les donateurs ont peur de la corruption &#233;tatique et que leur aide profite aux talibans. Et puis, paradoxalement, &#224; la diff&#233;rence d'un tremblement de terre comme celui qui a d&#233;vast&#233; Ha&#239;ti, il n'y a pas assez de morts et la long&#233;vit&#233; du d&#233;sastre est unique dans l'histoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Difficile donc de mobiliser les bonnes volont&#233;s de la plan&#232;te. Surtout pour un pays qui est accus&#233; d'h&#233;berger et de prot&#233;ger Oussama Ben Laden, l'ennemi public num&#233;ro un.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Muhammad Ateeb Siddiqui abonde :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je peux comprendre les inqui&#233;tudes occidentales. Mais je peux vous assurer que nous faisons de notre mieux et que cet argent n'ira pas dans les poches des islamistes. Jamais. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chol&#233;ra, gale, dengue et malaria&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, le temps n'est pas &#224; la politique, mais &#224; l'urgence. Car le temps presse. Dans le nord, l'hiver, rude, approche &#224; grands pas. &#171; Il est important d'offrir un maximum de tentes aux personnes d&#233;plac&#233;es qui ne peuvent pas rentrer chez elles &#187;, s'inqui&#232;te Muhammad Youssaf Jan, drap&#233; dans sa shalwar kameez battue par un vent frais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Akbar Ali confirme, lui qui veut rentrer au plus vite dans son village pour reconstruire sa maison :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les temp&#233;ratures descendent la nuit pr&#232;s de z&#233;ro degr&#233; d&#232;s novembre. Je ne veux pas passer l'hiver dans une tente. J'ai peur que mes enfants n'y survivent pas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le centre du pays, la situation est &#233;galement critique, mais c'est vers le sud que les regards se tournent d&#233;sormais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non pas &#224; cause du froid -la r&#233;gion se trouve sous le tropique du Cancer- mais de l'eau stagnante qui a transform&#233; la r&#233;gion en un oc&#233;an parsem&#233; d'&#238;lots o&#249; quelques villageois tentent de survivre dans leurs maisons en pis&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nous craignons une &#233;pid&#233;mie de malaria et de dengue &#224; cause des moustiques. La gale fait des ravages, tout comme la diarrh&#233;e &#187;, confie Farooq Memon, m&#233;decin et directeur des h&#244;pitaux de Hyderabad, 3 millions d'habitants, la deuxi&#232;me ville de la province du Sindh apr&#232;s Karachi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une centaine de cas de chol&#233;ra ont &#233;galement &#233;t&#233; recens&#233;s par l'Organisation mondiale de la sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il reste encore plusieurs centaines de milliers de naufrag&#233;s qui n'ont re&#231;u aucune ration alimentaire. &#171; On meurt de faim au Pakistan &#187;, estime un humanitaire :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le gouvernement s'en moque compl&#232;tement. De toute mani&#232;re, ce sont les plus vuln&#233;rables qui sont touch&#233;s, et un Pakistanais sur dix est d&#233;j&#224; sous-aliment&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je me dis que j'aurais d&#251; me laisser emporter par l'eau &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un enfer que conna&#238;t Anwar, 45 ans, qui en para&#238;t 60 tant la peau de son visage a &#233;t&#233; tann&#233;e par le soleil du sud. Ce paysan sindhi vient de trouver refuge dans le camp de Khatta, pr&#232;s de Hyderabad, apr&#232;s trois semaines de marche.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Avec ma famille [il a cinq enfants], nous sommes rest&#233;s bloqu&#233;s plusieurs semaines dans notre village, pi&#233;g&#233;s par l'eau. Mais comme nous n'avions plus rien &#224; manger ni &#224; boire, nous avons tent&#233; notre chance &#224; travers les flots. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Slalomant entre les brigands des autoroutes qui se sont reconvertis dans le piratage et les serpents d'eau, ils ont pu atteindre la terre ferme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis, il vit dans une tente &#171; offerte par la Suisse &#187;. Mais il ne va pas bien. Comme les millions de sinistr&#233;s qui ne savent pas ce qu'ils vont devenir :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je suis triste. Je pleure souvent et je me dis que j'aurais d&#251; me laisser emporter par l'eau. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors comme le Pachtoun Akbar Ali, qui survit &#224; plus de 1 000 kilom&#232;tres de l&#224;, Anwar attend. Un signe de Dieu. Son pardon peut-&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article tir&#233; du site web de rue89.com&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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