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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Tensions sociales en Chine du Sud : vers une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ? (2e partie)</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Tensions-sociales-en-Chine-du-Sud-vers-une-greve-generale-2e-partie-8922</link>
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		<dc:date>2011-12-13T13:03:20Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean Ruffier</dc:creator>


		<dc:subject>Chine</dc:subject>
		<dc:subject>Chine</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2011-12-13</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'&#232;re des ouvriers chinois ob&#233;issants et mal pay&#233;s touche &#224; sa fin. Une &#233;tude du CNRS dans le Sud de la Chine montre une combativit&#233; nouvelle qui pourrait d&#233;boucher sur une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Presse-toi &#224; gauche publie la deuxi&#232;me et derni&#232;re partie de cet article tir&#233; du site de Rue89.com. &lt;br class='autobr' /&gt; Les employeurs d&#233;sempar&#233;s face aux tensions &lt;br class='autobr' /&gt;
Face &#224; ces changements d'attitude des ouvriers, les employeurs priv&#233;s semblent souvent d&#233;sempar&#233;s. Les employeurs chinois priv&#233;s &#233;taient habitu&#233;s &#224; des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2011-12-13-+" rel="tag"&gt;Edition du 2011-12-13&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH105/arton8922-e1535.png?1679021192' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='105' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'&#232;re des ouvriers chinois ob&#233;issants et mal pay&#233;s touche &#224; sa fin. Une &#233;tude du CNRS dans le Sud de la Chine montre une combativit&#233; nouvelle qui pourrait d&#233;boucher sur une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Presse-toi &#224; gauche publie la deuxi&#232;me et derni&#232;re partie de cet article tir&#233; du site de Rue89.com.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les employeurs d&#233;sempar&#233;s face aux tensions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ces changements d'attitude des ouvriers, les employeurs priv&#233;s semblent souvent d&#233;sempar&#233;s. Les employeurs chinois priv&#233;s &#233;taient habitu&#233;s &#224; des ouvriers dociles, mais peu fid&#232;les. Ils s'accommodaient d'un fort turn-over d'autant qu'ils n'avaient aucune difficult&#233; &#224; recruter. Le turn-over apparaissait comme le meilleur moyen de g&#233;rer les tensions. Lorsque le recrutement de nouveaux salari&#233;s se faisait plus difficile, il leur suffisait d'augmenter un peu les salaires, ou d'am&#233;liorer les conditions de logement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les interviews de patrons que nous pratiquions en profondeur, le personnel ouvrier n'apparaissait que tr&#232;s rarement comme une pr&#233;occupation importante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, ces m&#234;mes patrons se retrouvent face &#224; des gens qui discutent ouvertement des salaires et cela est nouveau pour eux. Ils en appellent &#224; l'autorit&#233;, aux vertus confuc&#233;ennes de l'ob&#233;issance et font preuve de rudesse dans les rapports avec les ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces employeurs sont d'autant plus d&#233;munis devant ces changements qu'ils ont peu d'occasions d'en discuter en profondeur avec des coll&#232;gues. Rappelons que les employeurs chinois n'ont pas plus de droits pour s'organiser que les salari&#233;s chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir communiste conna&#238;t suffisamment la pens&#233;e de Karl Marx pour comprendre que si la Chine devient capitaliste, les capitalistes devraient un jour ou l'autre prendre le pouvoir. Le pouvoir fait donc tout ce qu'il peut pour retarder le moment ou cette proph&#233;tie marxiste va se r&#233;aliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce fait, les patrons chinois n'ont gu&#232;re de lieux pour r&#233;fl&#233;chir ensemble &#224; des strat&#233;gies communes, et pas vraiment de moyens de s'exprimer collectivement. Il y a bien des organisations patronales officielles, mais elles sont enti&#232;rement dirig&#233;es par des fonctionnaires. Les seuls &#224; pouvoir parler pour les patrons sont les organisations patronales de Hong-Kong ou les chambres de commerce &#233;trang&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants d'entreprises occidentales sont &#233;galement pris de court par ces changements d'attitude des ouvriers. A la diff&#233;rence de la plupart de leurs homologues chinois, ils ont g&#233;n&#233;ralement mis en place un minimum de gestion du personnel, et ils essaient d'avoir de bonnes relations avec leurs salari&#233;s. De ce fait, ils connaissent mieux le personnel et savent g&#233;n&#233;ralement qui est susceptible de d&#233;clencher des troubles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Augmenter les salaires ne suffit plus&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ils avaient l'impression de pouvoir maintenir la paix sociale en anticipant les revendications. Leur personnel semblait satisfait de la situation et ne se plaignait pratiquement jamais ni du salaire, ni des conditions de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or voici, que depuis quelques mois, ils se rendent compte que les augmentations de salaires, ou les avantages conc&#233;d&#233;s, ne suffisent plus &#224; calmer les discussions dans les ateliers. Ils ont l'impression de faire des cadeaux &#224; des gens qui leur disent, qu'en fait ils devraient leur donner plus. Cette situation est nouvelle pour eux en Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, ils s'attendaient &#224; devoir augmenter les salaires. Ils avaient &#233;t&#233; plut&#244;t &#233;tonn&#233;s de ne pas avoir &#224; le faire plus t&#244;t. Cela dit, en mati&#232;re de salaires, les employeurs occidentaux ont des visions diff&#233;rentes selon que leur activit&#233; est tourn&#233;e vers le march&#233; chinois ou non. S'ils sont en Chine pour tirer profit des bas co&#251;ts et des facilit&#233;s industrielles, ils sont r&#233;tifs aux augmentations de salaire et ils ont tendance &#224; prendre le salaire minimum comme salaire de base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'ils visent le march&#233; chinois, le fait qu'une partie plus grande de la richesse nationale soit redistribu&#233;e leur fait entrevoir cette croissance du march&#233; chinois qui devrait rendre profitable leur activit&#233; et que souvent ils attendent depuis des ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui visent le march&#233; chinois, ont g&#233;n&#233;ralement des politiques plus &#224; long terme et plus favorables &#224; leur main d'&#339;uvre. D'ailleurs, ce sont dans ces soci&#233;t&#233;s &#233;trang&#232;res tourn&#233;es vers le march&#233; chinois que les salari&#233;s chinois souhaitent le plus travailler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; des ouvriers qui n'ont pas peur des conflits, on a un pouvoir beaucoup plus divis&#233; sur la question du risque social. Le pouvoir politique chinois n'est pas un mod&#232;le de d&#233;mocratie. Les modes de d&#233;signation ignorent les &#233;lections et se font par d&#233;signation de haut en bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un pouvoir moins monolithique qu'on le pense&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce pouvoir est cependant beaucoup moins monolithique que ne l'&#233;taient ceux de l'Europe de l'Est lorsque cette derni&#232;re &#233;tait socialiste. Les visions, strat&#233;gies et situations du pouvoir central sont tr&#232;s diff&#233;rentes de celles des pouvoirs municipaux, ou des pouvoirs provinciaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La personnalit&#233; des cadres du Parti compte aussi beaucoup. Entrer au Parti est une opportunit&#233; qui n'est pas offerte &#224; tout le monde et demande souvent beaucoup d'efforts. Mais les motivations des entrants sont tr&#232;s vari&#233;es : certains souhaitent d&#233;fendre des options id&#233;ologiques ou morales, quand d'autres visent plut&#244;t leur enrichissement personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde des pouvoirs chinois est travers&#233; par des d&#233;bats tr&#232;s vifs sur les politiques &#224; mettre en &#339;uvre. Cela est particuli&#232;rement visible en mati&#232;re de gestion des conflits du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir central intervient assez peu sur ces conflits. S'il le fait, c'est toujours en d&#233;saveu des autorit&#233;s locales et souvent de mani&#232;re brutale. Son principal souci est son maintien au pouvoir, et c'est &#224; cette aune qu'il jugera ou non d'intervenir. Il s'est toujours oppos&#233; violemment &#224; la cr&#233;ation d'organisations militantes autonomes, quitte &#224; nuire au d&#233;veloppement &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Chine est une &#171; cryptocratie &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir ne nie pas la croissance du nombre de conflits sociaux. Certes, les statistiques des conflits sont donn&#233;es au compte-goutte et ne sont pas toujours tr&#232;s fiables, mais depuis deux ans, le pouvoir note une augmentation constante du nombre de conflits et annonce s'attendre &#224; d'autres conflits plus grands. Une mani&#232;re de dire qu'il est pr&#234;t &#224; toute &#233;ventualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, nous savons tr&#232;s peu de choses sur ce pouvoir central. La Chine reste pour l'essentiel une &#171; cryptocratie &#187;. Les principaux dirigeants vivent dans l'ombre et ne laissent filtrer que tr&#232;s peu d'informations sur les conflits qui les animent. Bien souvent, on a au sommet deux dirigeants, dont l'un semble incarner l'ouverture, quand l'autre joue la carte de la continuit&#233;, un peu comme deux marionnettes dont on ne saurait pas qui tire les ficelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Chine dispose d'une forme de pouvoir qui a peu d'&#233;quivalent ailleurs ou dans le pass&#233;. Il s'agit non pas d'un pouvoir personnel mais d'une oligarchie ou gouvernement d'un petit nombre. C'est un petit groupe de dirigeants, constitu&#233; initialement de rescap&#233;s de la longue marche, qui a pris le pouvoir en 1949.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce petit groupe forme une petite soci&#233;t&#233; ferm&#233;e qui se reproduit en son sein et conserve depuis soixante ans les r&#234;nes du pouvoir. Les observateurs &#233;trangers s'entendent en g&#233;n&#233;ral pour dire que les d&#233;cisions essentielles sont prises par un collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une oligarchie &#224; la long&#233;vit&#233; exceptionnelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce collectif tient fermement les r&#234;nes d'un Parti communiste de plusieurs centaines de milliers de personnes. L'oligarchie permet de r&#233;soudre le probl&#232;me de la transmission du pouvoir d'une g&#233;n&#233;ration &#224; l'autre. Les m&#234;mes personnes qui sont responsables des erreurs de la planification initiale, puis des crimes de la R&#233;volution culturelle, sont aujourd'hui ceux qui dirigent la politique dite de socialisme de march&#233; ou d'ouverture. Cela explique la long&#233;vit&#233; du r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On mesure mieux le pouvoir de cette oligarchie quand on constate que 98% des milliardaires chinois sont apparent&#233;s &#224; des personnes qui tiennent ou ont tenu des fonctions minist&#233;rielles. L'avantage du groupe sur la personne, c'est que lorsque les erreurs du dirigeant sont visibles, il se trouve g&#233;n&#233;ralement dans le groupe des gens qui ont d&#233;j&#224; un plan pour corriger les effets des erreurs et proposer des solutions alternatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants chinois ne sont pas plus intelligents que les dirigeants des autres pays, mais leur syst&#232;me est plus &#171; pardonnant &#187;, c'est-&#224;-dire qu'il corrige au fur et &#224; mesure les erreurs des dirigeants. Et la dur&#233;e du collectif est potentiellement infinie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir central ne travaille pas pour la post&#233;rit&#233;, comme le ferait un potentat qui sait qu'il va mourir ; il ne travaille pas non plus pour aligner des r&#233;sultats &#224; la date des &#233;lections suivantes, puisqu'il n'y a pas vraiment d'&#233;lections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a la possibilit&#233; et l'int&#233;r&#234;t de se projeter et de projeter son pays dans le long terme. Du fait de la grande opacit&#233; de ce pouvoir central, il est donc tr&#232;s difficile de pr&#233;voir comment il r&#233;agirait &#224; une crise sociale majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ralement, ce sont les autorit&#233;s municipales qui ont &#224; charge d'intervenir sur les conflits du travail. Ce sont elles qui g&#232;rent la vie quotidienne des Chinois. Elles g&#232;rent notamment les droits sociaux qui varient consid&#233;rablement d'une ville &#224; l'autre. Le salaire minimum est g&#233;n&#233;ralement fix&#233; ville par ville. Le syndicat appara&#238;t dans les faits comme une autorit&#233; municipale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autorit&#233;s municipales sont en premi&#232;re ligne en cas de troubles. Bien s&#251;r, elles sont sensibles &#224; la pression du pouvoir central, mais leur action vise plut&#244;t &#224; montrer qu'elles contr&#244;lent la situation. Il est arriv&#233; que des municipalit&#233;s prennent &#224; leur charge les derniers salaires des salari&#233;s en cas de faillite de leur entrepreneur. Comme toutes les villes, elles souhaitent accueillir plus d'entreprises et recevoir plus de taxes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela veut dire que dans les conflits, elles seront plut&#244;t sensibles aux arguments des employeurs plut&#244;t qu'&#224; ceux des ouvriers. Ainsi, les villes peuvent envoyer la police, ou mobiliser le syndicat pour terminer un conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Guangdong, laboratoire de l'exp&#233;rimentation sociale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La province du Guangdong joue une partition un peu diff&#233;rente. Elle a la mission et l'ambition de se trouver en pointe du d&#233;veloppement &#233;conomique et de l'ouverture politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une feuille de route d&#233;j&#224; ancienne, mais r&#233;actualis&#233;e r&#233;cemment. Dans son programme, la province veut prendre la forme d'un pays d&#233;velopp&#233; et abandonner les attributs du tiers-monde. Elle veut s'orienter vers les technologies de pointe, les industries &#224; haute valeur ajout&#233;e, les activit&#233;s &#233;conomiques de cr&#233;ation. Elle est d'ailleurs la province qui fait le plus de recherche et d&#233;veloppement, qui d&#233;pose le plus de brevets, qui re&#231;oit le plus d'investissements &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le num&#233;ro un de la province, le secr&#233;taire du Parti, prend r&#233;guli&#232;rement des positions avant-gardistes. Il a pouss&#233; &#224; des lois sociales plus contraignantes que nulle part ailleurs et, surtout, il entend les faire appliquer. Cela devrait mettre en difficult&#233; celles des industries dont la strat&#233;gie repose principalement sur l'exploitation des bas co&#251;ts de main d'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, le num&#233;ro deux, le gouverneur de la province, appara&#238;t plus soucieux d'harmonie sociale, c'est-&#224;-dire qu'il voudrait &#233;viter les tensions qui ne manqueront pas de surgir si un nouveau mod&#232;le de production met trop de monde de c&#244;t&#233;. Cette opposition entre deux t&#234;tes est une situation assez classique, nous l'avons dit. Mais, elle peut donner l'impression d'un pouvoir h&#233;sitant, ce qui ne facilite pas la t&#226;che de ceux qui ont &#224; g&#233;rer des conflits. La province a pris des positions de pointe en mati&#232;re de repr&#233;sentation des salari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les salari&#233;s n'ont actuellement aucun v&#233;ritable mode de repr&#233;sentation du fait de la r&#233;pression violente de toute organisation visant &#224; repr&#233;senter les salari&#233;s. Cette situation rend particuli&#232;rement difficile la gestion des conflits, les directions devant deviner pourquoi il y a conflit sans pouvoir rencontrer de repr&#233;sentants des personnes en conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, en 2010, le secr&#233;taire du Parti de la province a plusieurs fois insist&#233; sur la n&#233;cessit&#233; d'&#233;lire directement des repr&#233;sentants des salari&#233;s. Il a m&#234;me propos&#233; une loi en ce sens, mais a d&#233;cid&#233; de temporiser du fait de l'opposition d'une association patronale de Hong-Kong.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'h&#233;sitation du pouvoir est particuli&#232;rement visible lorsque l'on regarde de pr&#232;s les dirigeants syndicaux. Les responsables syndicaux du Guangdong sont tr&#232;s divis&#233;s sur le r&#244;le des syndicats et la strat&#233;gie &#224; mener dans les conflits. Dans la constitution chinoise, le syndicat est d'abord un organe de propagande du Parti tourn&#233; vers les salari&#233;s. Une grande partie de l'action syndicale consiste en diverses campagnes d'&#233;ducation sociale. Le syndicat ne repr&#233;sente pas les salari&#233;s, il les d&#233;fend en cherchant ce qui peut am&#233;liorer la situation ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le syndicat cherche &#224; r&#233;duire les tensions sociales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis un an, le syndicat se voit assigner une nouvelle mission par le pouvoir central : il s'agit d'aider &#224; r&#233;duire les tensions sociales. La premi&#232;re cons&#233;quence est d'augmenter la pr&#233;sence du syndicat dans les entreprises. En fait, le syndicat est surtout pr&#233;sent dans les entreprises d'Etat et dans les Joint-Ventures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, il cherche &#224; entrer dans les entreprises 100% &#233;trang&#232;res. Ces derni&#232;res n'y sont en g&#233;n&#233;ral pas tr&#232;s favorables dans la mesure o&#249; elles per&#231;oivent le syndicat comme une instance bureaucratique qui alourdit le fonctionnement de l'entreprise, augmente les co&#251;ts sociaux, sans vraiment faire baisser les tensions dans les entreprises. Le syndicat est pratiquement absent des entreprises priv&#233;es chinoises. Le syndicat peut m&#234;me devenir une nuisance en cas de conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, en cas de gr&#232;ve, le syndicat n'h&#233;site pas &#224; prendre l'initiative pour renvoyer des salari&#233;s gr&#233;vistes, ou embaucher des non-gr&#233;vistes. Cela peut d&#233;sorganiser les ateliers, tout en cr&#233;ant un ressentiment contre l'entreprise. Il n'est pas rare que le syndicat envoie des milices pour taper sur les gr&#233;vistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parfois, le syndicat se range du c&#244;t&#233; des travailleurs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, le syndicat est parcouru de d&#233;bats. Nous avons personnellement particip&#233; &#224; des s&#233;ances d'&#233;changes entre syndicalistes chinois et fran&#231;ais, o&#249; les premiers demandaient aux seconds des conseils en mati&#232;re de compr&#233;hension des salari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#233;galement pu constater que dans le Guangdong, le d&#233;bat interne peut aller plus loin. On pourrait parler d'une tendance centriste qui consid&#232;re qu'en cas de conflit du travail, le r&#244;le du syndicat est de se situer &#224; mi-chemin entre les patrons et les salari&#233;s, afin de trouver au plus vite la solution au conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a enfin des syndicalistes cantonais qui estiment qu'ils doivent se placer r&#233;solument du c&#244;t&#233; des travailleurs contre les patrons. Cette position est plus facile &#224; tenir quand le patron est &#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, dans le Guangdong, nous avons vu un syndicat intervenir dans une usine en gr&#232;ve pour faire &#233;lire par la base des d&#233;l&#233;gu&#233;s d'ateliers, lesquels ont &#233;t&#233; charg&#233;s de n&#233;gocier la sortie du conflit. Ce conflit s'est sold&#233; par une augmentation importante et rapide des salaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les conflits ne se r&#233;solvent pas aussi bien pour les ouvriers. Il arrive, surtout dans le cas de patrons priv&#233;s chinois, que les ouvriers n'obtiennent rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les activistes, acteurs non contr&#244;l&#233; de la lutte sociale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne saurions terminer ce tour d'horizon des acteurs des conflits sans parler des activistes. Il y a des militants de la condition ouvri&#232;re qui &#233;chappent au syndicat et se battent pour l'am&#233;lioration du sort des ouvriers. Certains agissent dans le cadre d'ONG de formation ou de conseil. Ce sont souvent des &#233;tudiants qui d&#233;cident de passer un peu de leur temps &#224; aider les ouvriers &#224; s'en sortir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur action consiste essentiellement &#224; les informer de leurs droits et des institutions qui peuvent prendre leur d&#233;fense en cas d'abus. Ces personnes sont courageuses en ce sens que leurs ONG peuvent constituer les embryons d'une organisation ouvri&#232;re ; ils courent donc de vrais risques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, les autorit&#233;s reconnaissent parfois l'utilit&#233; de leur action qui se maintient g&#233;n&#233;ralement dans un cadre l&#233;gal. Ainsi, le syndicat peut exiger qu'un employeur les paie pour donner &#224; leurs salari&#233;s une formation sur leurs droits. On pourrait dire que le principal ressort de ces militants est la compassion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe d'autres activistes plus d&#233;cid&#233;s &#224; d&#233;fendre les droits des travailleurs, y compris par des gr&#232;ves. Ces activistes sont plus difficiles &#224; rencontrer car ils sont pourchass&#233;s par les autorit&#233;s. Ils n'en sont pas moins actifs. Ainsi, on a entendu des personnes se vanter de s'&#234;tre fait embaucher dans de grosses entreprises pour d&#233;clencher une gr&#232;ve. Une fois la gr&#232;ve termin&#233;e, ces activistes ont tendance &#224; dispara&#238;tre dans la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur action n'est pas tr&#232;s difficile car ils tiennent un discours assez proche des opinions d'une grande partie des ouvriers. En gros, ils expliquent aux autres ouvriers qu'ils sont exploit&#233;s et que leur situation peut s'am&#233;liorer par la lutte. Et surtout, ils donnent le d&#233;part du conflit. Ce fut le cas d'une multinationale o&#249; les activistes avaient r&#233;ussi &#224; persuader de nombreux ouvriers de se mettre en gr&#232;ve. Une date et une heure avait m&#234;me &#233;t&#233; fix&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment venu, personne n'osait d&#233;clencher la gr&#232;ve. Un activiste a alors coup&#233; le courant de son atelier. Les ouvriers ont lert&#233; par SMS leurs coll&#232;gues des autres ateliers, et la gr&#232;ve a d&#233;marr&#233; ainsi. Elle a fait t&#226;che d'huile sur d'autres usines de la m&#234;me entreprise, ou d'entreprises sous-traitantes de cette derni&#232;re. Elle a dur&#233; plusieurs semaines et s'est termin&#233;e par de fortes augmentations de salaires mais aussi des licenciements et le d&#233;part de tous les militants et de certains gr&#233;vistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous n'avons pas atteint le pic des conflits&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne peut dire la forme que prendront les conflits &#224; venir. Ce panorama des acteurs, la d&#233;termination et l'absence de peur des ouvriers d'un c&#244;t&#233;, le d&#233;sarroi patronal et l'ind&#233;cision des autorit&#233;s de l'autre, tout cela laisse penser que ces conflits vont se multiplier. Certains militants ou intellectuels imaginent m&#234;me qu'ils pourront prendre la forme d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#224; partir de conflits localis&#233;s faisant t&#226;che d'huile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule chose qui semble assur&#233;e est que nous n'avons pas atteint le pic des conflits. Il y a encore de la marge pour les augmentations de salaires. Tous ces &#233;l&#233;ments font pr&#233;voir que les salaires vont monter rapidement dans le Sud de la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons vu, cela n'affectera gu&#232;re la pr&#233;sence des entreprises &#233;trang&#232;res. Certes, il deviendra moins int&#233;ressant de s'installer en Chine pour chercher des bas salaires, mais ceux qui y sont d&#233;j&#224; r&#233;fl&#233;chiront avant de partir ailleurs, alors qu'un pouvoir d'achat nouveau est en train d'appara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le printemps des ouvriers du Sud de la Chine a donc commenc&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; L'auteur remercie Zhao Wei, de l'&#233;cole de commerce de Saint-Etienne, qui a relu et corrig&#233; cet article.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Tensions sociales en Chine du Sud : vers une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ? (1&#232;re partie))</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Tensions-sociales-en-Chine-du-Sud-vers-une-greve-generale-1ere-partie</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Tensions-sociales-en-Chine-du-Sud-vers-une-greve-generale-1ere-partie</guid>
		<dc:date>2011-12-06T13:20:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean Ruffier</dc:creator>


		<dc:subject>Chine</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2011-12-06</dc:subject>
		<dc:subject>Chine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'&#232;re des ouvriers chinois ob&#233;issants et mal pay&#233;s touche &#224; sa fin. Une &#233;tude du CNRS dans le Sud de la Chine montre une combativit&#233; nouvelle qui pourrait d&#233;boucher sur une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Presse-toi &#224; gauche publie la premi&#232;re partie de cet article tir&#233; du site de Rue89.com. La semaine prochaine. les r&#233;actions patronales et gouvernementales et le nouveau visage de la contestation ouvri&#232;re en Chine. &lt;br class='autobr' /&gt; Si le Sud de la Chine &#8211; particuli&#232;rement la province du Guangdong &#8211; est devenu l'atelier (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH91/arton8855-27940.png?1679021192' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='91' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'&#232;re des ouvriers chinois ob&#233;issants et mal pay&#233;s touche &#224; sa fin. Une &#233;tude du CNRS dans le Sud de la Chine montre une combativit&#233; nouvelle qui pourrait d&#233;boucher sur une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Presse-toi &#224; gauche publie la premi&#232;re partie de cet article tir&#233; du site de Rue89.com. La semaine prochaine. les r&#233;actions patronales et gouvernementales et le nouveau visage de la contestation ouvri&#232;re en Chine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si le Sud de la Chine &#8211; particuli&#232;rement la province du Guangdong &#8211; est devenu l'atelier du monde, cela est d&#251; &#224; plusieurs raisons ; mais la plus mentionn&#233;e est celle de l'existence d'une main d'&#339;uvre travailleuse, ob&#233;issante, et acceptant sans rechigner bas salaires et mauvaises conditions de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces vingt derni&#232;res ann&#233;es, la croissance a &#233;t&#233; ininterrompue et les salaires ont peu boug&#233;. Les statistiques officielles chinoises montrent m&#234;me que ces salaires auraient plut&#244;t diminu&#233; en proportion du produit industriel brut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un printemps ouvrier en Chine du Sud ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis un an, on voit se multiplier les conflits du travail. De ce fait, les salaires montent. Les journaux ont m&#234;me fait &#233;tat de plusieurs conflits, dans des entreprises ta&#239;wanaises ou japonaises, lesquels se sont sold&#233;s par de tr&#232;s cons&#233;quentes hausses de salaires. Le mouvement est tellement fort que de plus en plus d'observateurs parlent de la possibilit&#233; d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en Chine du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans pouvoir pr&#233;dire ce qui rel&#232;ve de l'impr&#233;visible, il nous semble que les conditions sont r&#233;unies pour un printemps ouvrier en Chine du sud, explosif ou rampant, mouvement qui a d&#233;j&#224; commenc&#233; ; tout porte &#224; penser qu'il va se d&#233;velopper dans les mois qui viennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Centre franco-chinois de recherches sur les organisations, de l'universit&#233; Sun Yatsen &#224; Canton, a men&#233; des observations de terrain et des discussions avec les entreprises, les syndicats, les activistes et les pouvoirs politiques dont nous voudrions rendre compte dans cet article et qui permettent de se faire une id&#233;e de ce &#224; quoi il faut attendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi fait-on gr&#232;ve ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mancur Olson est un &#233;conomiste am&#233;ricain c&#233;l&#232;bre pour une th&#233;orisation de l'action collective publi&#233;e en 1965. D'apr&#232;s lui, la gr&#232;ve est d'abord le r&#233;sultat d'un calcul : les ouvriers regardent ce qu'ils risquent de perdre (heures non-pay&#233;es, r&#233;pression) et ce qu'ils risquent de gagner (augmentation de salaires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette id&#233;e de recherche de l'int&#233;r&#234;t correspond bien &#224; l'&#233;tat d'esprit de nombres d'ouvriers chinois. D'apr&#232;s Olson, il n'y a pas de gr&#232;ve sans contrainte, car on a toujours int&#233;r&#234;t individuellement &#224; ce que les autres fassent gr&#232;ve pour avoir une augmentation, mais pas &#224; faire soi-m&#234;me gr&#232;ve pour ne pas perdre de salaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contrainte demande un minimum d'organisation, et cela explique pourquoi les gr&#232;ves &#233;taient si difficiles &#224; organiser jusqu'ici en Chine, car on sait &#224; quel point l'&#201;tat chinois &#233;crase violemment tout d&#233;but d'organisation concurrente du Parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers d'aujourd'hui ne ressemblent gu&#232;re &#224; ceux d'hier. Dans la Chine des trente premi&#232;res ann&#233;es du r&#233;gime communiste, &#234;tre ouvrier voulait dire avoir un certain niveau d'instruction et le privil&#232;ge de travailler pour l'Etat. C'&#233;tait une fonction envi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;formes ont r&#233;duit consid&#233;rablement l'importance num&#233;rique des ouvriers d'entreprises d'&#201;tat au profit d'entreprises priv&#233;es. Celles-ci ont massivement embauch&#233; des jeunes sans instruction venus des campagnes pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une nouvelle g&#233;n&#233;ration d'ouvriers&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trente ans apr&#232;s le d&#233;collage industriel, nous sommes maintenant &#224; la deuxi&#232;me g&#233;n&#233;ration d'ouvriers d'origine rurale. Cette deuxi&#232;me g&#233;n&#233;ration est plus instruite que ne l'&#233;tait la premi&#232;re. Elle a l'exp&#233;rience de la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration, et surtout elle n'a connu que la croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re g&#233;n&#233;ration d'ouvriers d'origine rurale avait connu la guerre civile et des p&#233;riodes de famine. La g&#233;n&#233;ration actuelle sait ce qu'est la mis&#232;re, mais elle a rarement &#233;t&#233; confront&#233;e &#224; la famine, et tr&#232;s exceptionnellement &#224; la r&#233;pression. C'est une g&#233;n&#233;ration qui croit en son avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces ouvriers ont quitt&#233; des villages que les jeunes fuient et o&#249; s&#233;vit un ch&#244;mage end&#233;mique. Le revenu moyen des paysans chinois tourne aujourd'hui autour de 100 euros par an, celui des ouvriers est dix fois sup&#233;rieur. Les ouvriers d'origine rurale ont donc exp&#233;riment&#233; une v&#233;ritable promotion sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vingt ans d'observation des usines chinoises m'ont montr&#233; des &#233;volutions dans les mentalit&#233;s de ces ouvriers, &#233;volutions que nous lions &#224; l'exp&#233;rience concr&#232;te v&#233;cue par ces derniers. Il est impossible de d&#233;crire la vari&#233;t&#233; des opinions des ouvriers chinois, mais on peut tenter de sortir certaines constantes de discours lorsque ces derniers renvoient &#224; des situations observ&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse insiste beaucoup sur les conditions de travail qui ne sont souvent pas meilleures que dans les autres pays du tiers-monde. Ces conditions du travail sont naturellement mal v&#233;cues, mais elles sont aussi per&#231;ues comme une fatalit&#233;, et, globalement, ne se d&#233;gradent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, l'intensit&#233; au travail monte. Il y a vingt ans, la plupart des usines que j'observais n'avaient pas des conditions de travail enviables, mais le rythme de travail &#233;tait rarement soutenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait de nombreuses raisons &#224; cela : d'une part, les salaires &#233;taient si bas qu'il n'&#233;tait pas n&#233;cessaire d'exiger une forte quantit&#233; de travail. Peut-&#234;tre la raison principale est qu'il n'est pas simple de faire travailler des ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si on travaille trop, on finit par s'user, m&#234;me si on est Chinois&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Taylor a bien montr&#233; qu'il faut mobiliser beaucoup de travail intellectuel pour parvenir &#224; augmenter l'intensit&#233; au travail, et les usines chinoises manquent d'organisateurs. C'est donc tr&#232;s progressivement que les rythmes de travail y ont augment&#233;. Les horaires se sont allong&#233;s du fait d'une demande croissante de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les employ&#233;s et les cadres ont aussi connu une croissance de l'intensit&#233; de leur travail. Les salari&#233;s chinois ne rechignaient pas &#224; travailler longtemps, mais l'intensit&#233; de leur travail et l'am&#233;lioration de leur qualit&#233; de vie justifiaient cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les derni&#232;res ann&#233;es du XXe si&#232;cle, les ouvriers r&#233;clamaient plus d'heures de travail car ils voulaient augmenter leur revenu, le travailler plus pour gagner plus &#233;tait tr&#232;s &#224; la mode &#224; l'&#233;poque. Cette boulimie de travail a nourri une forme de nationalisme triomphant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des ann&#233;es 2004-2006, nous entendions des amis chinois qui se gaussaient de la suppos&#233;e paresse des Occidentaux, lesquels, selon eux, &#233;taient plus soucieux de multiplier les jours de repos que de d&#233;velopper leur &#233;conomie nationale. Ils nous disaient que l'&#233;conomie chinoise allait devenir la plus puissante car les Chinois, eux, ne craignaient pas le travail, et acceptaient de travailler beaucoup pour des salaires limit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces discours s'entendent moins aujourd'hui. Il faut dire que les rythmes de travail se sont accrus. Il faut dire aussi que l'on peut travailler intens&#233;ment pendant plusieurs ann&#233;es, mais pas ind&#233;finiment. Si on travaille trop, on finit par s'user, m&#234;me si on est Chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Travailler moins et gagner plus&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, nous entendons nombre de Chinois dire qu'ils veulent moins travailler. Les ouvriers mettent plus souvent l'investissement dans le travail en relation avec les gains qui en r&#233;sultent. Ils &#233;mettent souvent des constats d&#233;sabus&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On a travaill&#233; de plus en plus dur pendant des ann&#233;es, et regardez qui s'est enrichi &#8211; pas nous ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ces ouvriers gagnent plus que leurs parents, ils se trouvent aussi dans un monde plus compliqu&#233;. Les salaires des ouvriers chinois n'ont pas augment&#233; au rythme de la croissance &#233;conomique chinoise. Ils restent des salaires de pays du tiers-monde dans une r&#233;gion qui arrive au PIB par habitant des pays europ&#233;ens les moins ais&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire sa vie comme ouvrier devient un casse-t&#234;te. Les prix du logement se sont envol&#233;s. Alors que la majorit&#233; des urbains poss&#232;dent leur logement, les ouvriers se rendent compte qu'ils n'y arriveront pas. Se marier implique de trouver un logement en dehors des dortoirs bon march&#233;. &#201;lever un enfant en ville s'av&#232;re souvent hors de port&#233;e financi&#232;re pour un ouvrier. Le choix est souvent fait de laisser l'enfant aux grands-parents &#224; la campagne, ou de repousser ind&#233;finiment la naissance. Et depuis peu, les co&#251;ts de la nourriture s'envolent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelques ann&#233;es, les ouvriers auraient pris leur sort avec fatalit&#233;, car ils ne voyaient pas de moyen d'am&#233;lioration. Mais aujourd'hui, ils ont entendu parler des salaires obtenus dans d'autres usines &#224; la suite de gr&#232;ves, et ils trouvent qu'ils sont mal pay&#233;s. Ils n'ont pas connu de r&#233;pression, sont habitu&#233;s &#224; changer d'entreprise facilement et ils ne craignent pas le ch&#244;mage ; d&#232;s lors, ils n'ont pas peur de faire gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire qu'&#224; la diff&#233;rence de leurs parents, ces ouvriers sont g&#233;n&#233;ralement des enfants uniques, c'est-&#224;-dire qu'ils ont &#233;t&#233; habitu&#233;s &#224; des adultes qui leur c&#232;dent tout : ils supportent d'autant plus mal les frustrations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'ils ne se mettent pas plus souvent en gr&#232;ve, c'est que la plupart d'entre eux ne savent pas comment s'y prendre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Tensions sociales en Chine du Sud : vers une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ? (2e partie)</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Tensions-sociales-en-Chine-du-Sud-vers-une-greve-generale-2e-partie</link>
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		<dc:date>2011-02-01T13:14:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean Ruffier</dc:creator>


		<dc:subject>Chine</dc:subject>
		<dc:subject>Asie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2011-02-01</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Presse-toi &#224; gauche ! poursuit la publication d'un long article sur la situation de la classe ouvri&#232;re en Chine. La recherche de Jean Ruffier montre les tensions qui s'accumulent dans l'atelier du monde et que les mobilisations chez Honda notamment pourraient &#234;tre les signes avant-coureurs de confrontations majeures entre les salari&#233;Es des grandes entreprises et le patronat chinois. Voici la deuxi&#232;me et derni&#232;re partie de l'article. &lt;br class='autobr' /&gt; Les employeurs d&#233;sempar&#233;s face aux tensions &lt;br class='autobr' /&gt;
Face &#224; ces (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2011-02-01-+" rel="tag"&gt;Edition du 2011-02-01&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH142/arton6410-f81e9.png?1679021192' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='142' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Presse-toi &#224; gauche ! poursuit la publication d'un long article sur la situation de la classe ouvri&#232;re en Chine. La recherche de Jean Ruffier montre les tensions qui s'accumulent dans l'atelier du monde et que les mobilisations chez Honda notamment pourraient &#234;tre les signes avant-coureurs de confrontations majeures entre les salari&#233;Es des grandes entreprises et le patronat chinois. Voici la deuxi&#232;me et derni&#232;re partie de l'article.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les employeurs d&#233;sempar&#233;s face aux tensions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ces changements d'attitude des ouvriers, les employeurs priv&#233;s semblent souvent d&#233;sempar&#233;s. Les employeurs chinois priv&#233;s &#233;taient habitu&#233;s &#224; des ouvriers dociles, mais peu fid&#232;les. Ils s'accommodaient d'un fort turn-over d'autant qu'ils n'avaient aucune difficult&#233; &#224; recruter. Le turn-over apparaissait comme le meilleur moyen de g&#233;rer les tensions. Lorsque le recrutement de nouveaux salari&#233;s se faisait plus difficile, il leur suffisait d'augmenter un peu les salaires, ou d'am&#233;liorer les conditions de logement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les interviews de patrons que nous pratiquions en profondeur, le personnel ouvrier n'apparaissait que tr&#232;s rarement comme une pr&#233;occupation importante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, ces m&#234;mes patrons se retrouvent face &#224; des gens qui discutent ouvertement des salaires et cela est nouveau pour eux. Ils en appellent &#224; l'autorit&#233;, aux vertus confuc&#233;ennes de l'ob&#233;issance et font preuve de rudesse dans les rapports avec les ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces employeurs sont d'autant plus d&#233;munis devant ces changements qu'ils ont peu d'occasions d'en discuter en profondeur avec des coll&#232;gues. Rappelons que les employeurs chinois n'ont pas plus de droits pour s'organiser que les salari&#233;s chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir communiste conna&#238;t suffisamment la pens&#233;e de Karl Marx pour comprendre que si la Chine devient capitaliste, les capitalistes devraient un jour ou l'autre prendre le pouvoir. Le pouvoir fait donc tout ce qu'il peut pour retarder le moment ou cette proph&#233;tie marxiste va se r&#233;aliser.&lt;br class='autobr' /&gt;
De ce fait, les patrons chinois n'ont gu&#232;re de lieux pour r&#233;fl&#233;chir ensemble &#224; des strat&#233;gies communes, et pas vraiment de moyens de s'exprimer collectivement. Il y a bien des organisations patronales officielles, mais elles sont enti&#232;rement dirig&#233;es par des fonctionnaires. Les seuls &#224; pouvoir parler pour les patrons sont les organisations patronales de Hong-Kong ou les chambres de commerce &#233;trang&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants d'entreprises occidentales sont &#233;galement pris de court par ces changements d'attitude des ouvriers. A la diff&#233;rence de la plupart de leurs homologues chinois, ils ont g&#233;n&#233;ralement mis en place un minimum de gestion du personnel, et ils essaient d'avoir de bonnes relations avec leurs salari&#233;s. De ce fait, ils connaissent mieux le personnel et savent g&#233;n&#233;ralement qui est susceptible de d&#233;clencher des troubles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Augmenter les salaires ne suffit plus&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ils avaient l'impression de pouvoir maintenir la paix sociale en anticipant les revendications. Leur personnel semblait satisfait de la situation et ne se plaignait pratiquement jamais ni du salaire, ni des conditions de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or voici, que depuis quelques mois, ils se rendent compte que les augmentations de salaires, ou les avantages conc&#233;d&#233;s, ne suffisent plus &#224; calmer les discussions dans les ateliers. Ils ont l'impression de faire des cadeaux &#224; des gens qui leur disent, qu'en fait ils devraient leur donner plus. Cette situation est nouvelle pour eux en Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, ils s'attendaient &#224; devoir augmenter les salaires. Ils avaient &#233;t&#233; plut&#244;t &#233;tonn&#233;s de ne pas avoir &#224; le faire plus t&#244;t. Cela dit, en mati&#232;re de salaires, les employeurs occidentaux ont des visions diff&#233;rentes selon que leur activit&#233; est tourn&#233;e vers le march&#233; chinois ou non. S'ils sont en Chine pour tirer profit des bas co&#251;ts et des facilit&#233;s industrielles, ils sont r&#233;tifs aux augmentations de salaire et ils ont tendance &#224; prendre le salaire minimum comme salaire de base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'ils visent le march&#233; chinois, le fait qu'une partie plus grande de la richesse nationale soit redistribu&#233;e leur fait entrevoir cette croissance du march&#233; chinois qui devrait rendre profitable leur activit&#233; et que souvent ils attendent depuis des ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui visent le march&#233; chinois, ont g&#233;n&#233;ralement des politiques plus &#224; long terme et plus favorables &#224; leur main d'&#339;uvre. D'ailleurs, ce sont dans ces soci&#233;t&#233;s &#233;trang&#232;res tourn&#233;es vers le march&#233; chinois que les salari&#233;s chinois souhaitent le plus travailler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; des ouvriers qui n'ont pas peur des conflits, on a un pouvoir beaucoup plus divis&#233; sur la question du risque social. Le pouvoir politique chinois n'est pas un mod&#232;le de d&#233;mocratie. Les modes de d&#233;signation ignorent les &#233;lections et se font par d&#233;signation de haut en bas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un pouvoir moins monolithique qu'on le pense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce pouvoir est cependant beaucoup moins monolithique que ne l'&#233;taient ceux de l'Europe de l'Est lorsque cette derni&#232;re &#233;tait socialiste. Les visions, strat&#233;gies et situations du pouvoir central sont tr&#232;s diff&#233;rentes de celles des pouvoirs municipaux, ou des pouvoirs provinciaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La personnalit&#233; des cadres du Parti compte aussi beaucoup. Entrer au Parti est une opportunit&#233; qui n'est pas offerte &#224; tout le monde et demande souvent beaucoup d'efforts. Mais les motivations des entrants sont tr&#232;s vari&#233;es : certains souhaitent d&#233;fendre des options id&#233;ologiques ou morales, quand d'autres visent plut&#244;t leur enrichissement personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde des pouvoirs chinois est travers&#233; par des d&#233;bats tr&#232;s vifs sur les politiques &#224; mettre en &#339;uvre. Cela est particuli&#232;rement visible en mati&#232;re de gestion des conflits du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir central intervient assez peu sur ces conflits. S'il le fait, c'est toujours en d&#233;saveu des autorit&#233;s locales et souvent de mani&#232;re brutale. Son principal souci est son maintien au pouvoir, et c'est &#224; cette aune qu'il jugera ou non d'intervenir. Il s'est toujours oppos&#233; violemment &#224; la cr&#233;ation d'organisations militantes autonomes, quitte &#224; nuire au d&#233;veloppement &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Chine est une &#171; cryptocratie &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir ne nie pas la croissance du nombre de conflits sociaux. Certes, les statistiques des conflits sont donn&#233;es au compte-goutte et ne sont pas toujours tr&#232;s fiables, mais depuis deux ans, le pouvoir note une augmentation constante du nombre de conflits et annonce s'attendre &#224; d'autres conflits plus grands. Une mani&#232;re de dire qu'il est pr&#234;t &#224; toute &#233;ventualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, nous savons tr&#232;s peu de choses sur ce pouvoir central. La Chine reste pour l'essentiel une &#171; cryptocratie &#187;. Les principaux dirigeants vivent dans l'ombre et ne laissent filtrer que tr&#232;s peu d'informations sur les conflits qui les animent. Bien souvent, on a au sommet deux dirigeants, dont l'un semble incarner l'ouverture, quand l'autre joue la carte de la continuit&#233;, un peu comme deux marionnettes dont on ne saurait pas qui tire les ficelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Chine dispose d'une forme de pouvoir qui a peu d'&#233;quivalent ailleurs ou dans le pass&#233;. Il s'agit non pas d'un pouvoir personnel mais d'une oligarchie ou gouvernement d'un petit nombre. C'est un petit groupe de dirigeants, constitu&#233; initialement de rescap&#233;s de la longue marche, qui a pris le pouvoir en 1949.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce petit groupe forme une petite soci&#233;t&#233; ferm&#233;e qui se reproduit en son sein et conserve depuis soixante ans les r&#234;nes du pouvoir. Les observateurs &#233;trangers s'entendent en g&#233;n&#233;ral pour dire que les d&#233;cisions essentielles sont prises par un collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une oligarchie &#224; la long&#233;vit&#233; exceptionnelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce collectif tient fermement les r&#234;nes d'un Parti communiste de plusieurs centaines de milliers de personnes. L'oligarchie permet de r&#233;soudre le probl&#232;me de la transmission du pouvoir d'une g&#233;n&#233;ration &#224; l'autre. Les m&#234;mes personnes qui sont responsables des erreurs de la planification initiale, puis des crimes de la R&#233;volution culturelle, sont aujourd'hui ceux qui dirigent la politique dite de socialisme de march&#233; ou d'ouverture. Cela explique la long&#233;vit&#233; du r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On mesure mieux le pouvoir de cette oligarchie quand on constate que 98% des milliardaires chinois sont apparent&#233;s &#224; des personnes qui tiennent ou ont tenu des fonctions minist&#233;rielles. L'avantage du groupe sur la personne, c'est que lorsque les erreurs du dirigeant sont visibles, il se trouve g&#233;n&#233;ralement dans le groupe des gens qui ont d&#233;j&#224; un plan pour corriger les effets des erreurs et proposer des solutions alternatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants chinois ne sont pas plus intelligents que les dirigeants des autres pays, mais leur syst&#232;me est plus &#171; pardonnant &#187;, c'est-&#224;-dire qu'il corrige au fur et &#224; mesure les erreurs des dirigeants. Et la dur&#233;e du collectif est potentiellement infinie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir central ne travaille pas pour la post&#233;rit&#233;, comme le ferait un potentat qui sait qu'il va mourir ; il ne travaille pas non plus pour aligner des r&#233;sultats &#224; la date des &#233;lections suivantes, puisqu'il n'y a pas vraiment d'&#233;lections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a la possibilit&#233; et l'int&#233;r&#234;t de se projeter et de projeter son pays dans le long terme. Du fait de la grande opacit&#233; de ce pouvoir central, il est donc tr&#232;s difficile de pr&#233;voir comment il r&#233;agirait &#224; une crise sociale majeure.&lt;br class='autobr' /&gt;
G&#233;n&#233;ralement, ce sont les autorit&#233;s municipales qui ont &#224; charge d'intervenir sur les conflits du travail. Ce sont elles qui g&#232;rent la vie quotidienne des Chinois. Elles g&#232;rent notamment les droits sociaux qui varient consid&#233;rablement d'une ville &#224; l'autre. Le salaire minimum est g&#233;n&#233;ralement fix&#233; ville par ville. Le syndicat appara&#238;t dans les faits comme une autorit&#233; municipale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les autorit&#233;s municipales sont en premi&#232;re ligne en cas de troubles. Bien s&#251;r, elles sont sensibles &#224; la pression du pouvoir central, mais leur action vise plut&#244;t &#224; montrer qu'elles contr&#244;lent la situation. Il est arriv&#233; que des municipalit&#233;s prennent &#224; leur charge les derniers salaires des salari&#233;s en cas de faillite de leur entrepreneur. Comme toutes les villes, elles souhaitent accueillir plus d'entreprises et recevoir plus de taxes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela veut dire que dans les conflits, elles seront plut&#244;t sensibles aux arguments des employeurs plut&#244;t qu'&#224; ceux des ouvriers. Ainsi, les villes peuvent envoyer la police, ou mobiliser le syndicat pour terminer un conflit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Guangdong, laboratoire de l'exp&#233;rimentation sociale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La province du Guangdong joue une partition un peu diff&#233;rente. Elle a la mission et l'ambition de se trouver en pointe du d&#233;veloppement &#233;conomique et de l'ouverture politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une feuille de route d&#233;j&#224; ancienne, mais r&#233;actualis&#233;e r&#233;cemment. Dans son programme, la province veut prendre la forme d'un pays d&#233;velopp&#233; et abandonner les attributs du tiers-monde. Elle veut s'orienter vers les technologies de pointe, les industries &#224; haute valeur ajout&#233;e, les activit&#233;s &#233;conomiques de cr&#233;ation. Elle est d'ailleurs la province qui fait le plus de recherche et d&#233;veloppement, qui d&#233;pose le plus de brevets, qui re&#231;oit le plus d'investissements &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le num&#233;ro un de la province, le secr&#233;taire du Parti, prend r&#233;guli&#232;rement des positions avant-gardistes. Il a pouss&#233; &#224; des lois sociales plus contraignantes que nulle part ailleurs et, surtout, il entend les faire appliquer. Cela devrait mettre en difficult&#233; celles des industries dont la strat&#233;gie repose principalement sur l'exploitation des bas co&#251;ts de main d'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, le num&#233;ro deux, le gouverneur de la province, appara&#238;t plus soucieux d'harmonie sociale, c'est-&#224;-dire qu'il voudrait &#233;viter les tensions qui ne manqueront pas de surgir si un nouveau mod&#232;le de production met trop de monde de c&#244;t&#233;. Cette opposition entre deux t&#234;tes est une situation assez classique, nous l'avons dit. Mais, elle peut donner l'impression d'un pouvoir h&#233;sitant, ce qui ne facilite pas la t&#226;che de ceux qui ont &#224; g&#233;rer des conflits. La province a pris des positions de pointe en mati&#232;re de repr&#233;sentation des salari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les salari&#233;s n'ont actuellement aucun v&#233;ritable mode de repr&#233;sentation du fait de la r&#233;pression violente de toute organisation visant &#224; repr&#233;senter les salari&#233;s. Cette situation rend particuli&#232;rement difficile la gestion des conflits, les directions devant deviner pourquoi il y a conflit sans pouvoir rencontrer de repr&#233;sentants des personnes en conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, en 2010, le secr&#233;taire du Parti de la province a plusieurs fois insist&#233; sur la n&#233;cessit&#233; d'&#233;lire directement des repr&#233;sentants des salari&#233;s. Il a m&#234;me propos&#233; une loi en ce sens, mais a d&#233;cid&#233; de temporiser du fait de l'opposition d'une association patronale de Hong-Kong.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'h&#233;sitation du pouvoir est particuli&#232;rement visible lorsque l'on regarde de pr&#232;s les dirigeants syndicaux. Les responsables syndicaux du Guangdong sont tr&#232;s divis&#233;s sur le r&#244;le des syndicats et la strat&#233;gie &#224; mener dans les conflits. Dans la constitution chinoise, le syndicat est d'abord un organe de propagande du Parti tourn&#233; vers les salari&#233;s. Une grande partie de l'action syndicale consiste en diverses campagnes d'&#233;ducation sociale. Le syndicat ne repr&#233;sente pas les salari&#233;s, il les d&#233;fend en cherchant ce qui peut am&#233;liorer la situation ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le syndicat cherche &#224; r&#233;duire les tensions sociales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis un an, le syndicat se voit assigner une nouvelle mission par le pouvoir central : il s'agit d'aider &#224; r&#233;duire les tensions sociales. La premi&#232;re cons&#233;quence est d'augmenter la pr&#233;sence du syndicat dans les entreprises. En fait, le syndicat est surtout pr&#233;sent dans les entreprises d'Etat et dans les Joint-Ventures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, il cherche &#224; entrer dans les entreprises 100% &#233;trang&#232;res. Ces derni&#232;res n'y sont en g&#233;n&#233;ral pas tr&#232;s favorables dans la mesure o&#249; elles per&#231;oivent le syndicat comme une instance bureaucratique qui alourdit le fonctionnement de l'entreprise, augmente les co&#251;ts sociaux, sans vraiment faire baisser les tensions dans les entreprises. Le syndicat est pratiquement absent des entreprises priv&#233;es chinoises. Le syndicat peut m&#234;me devenir une nuisance en cas de conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, en cas de gr&#232;ve, le syndicat n'h&#233;site pas &#224; prendre l'initiative pour renvoyer des salari&#233;s gr&#233;vistes, ou embaucher des non-gr&#233;vistes. Cela peut d&#233;sorganiser les ateliers, tout en cr&#233;ant un ressentiment contre l'entreprise. Il n'est pas rare que le syndicat envoie des milices pour taper sur les gr&#233;vistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parfois, le syndicat se range du c&#244;t&#233; des travailleurs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, le syndicat est parcouru de d&#233;bats. Nous avons personnellement particip&#233; &#224; des s&#233;ances d'&#233;changes entre syndicalistes chinois et fran&#231;ais, o&#249; les premiers demandaient aux seconds des conseils en mati&#232;re de compr&#233;hension des salari&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons &#233;galement pu constater que dans le Guangdong, le d&#233;bat interne peut aller plus loin. On pourrait parler d'une tendance centriste qui consid&#232;re qu'en cas de conflit du travail, le r&#244;le du syndicat est de se situer &#224; mi-chemin entre les patrons et les salari&#233;s, afin de trouver au plus vite la solution au conflit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a enfin des syndicalistes cantonais qui estiment qu'ils doivent se placer r&#233;solument du c&#244;t&#233; des travailleurs contre les patrons. Cette position est plus facile &#224; tenir quand le patron est &#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, dans le Guangdong, nous avons vu un syndicat intervenir dans une usine en gr&#232;ve pour faire &#233;lire par la base des d&#233;l&#233;gu&#233;s d'ateliers, lesquels ont &#233;t&#233; charg&#233;s de n&#233;gocier la sortie du conflit. Ce conflit s'est sold&#233; par une augmentation importante et rapide des salaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les conflits ne se r&#233;solvent pas aussi bien pour les ouvriers. Il arrive, surtout dans le cas de patrons priv&#233;s chinois, que les ouvriers n'obtiennent rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les activistes, acteurs non contr&#244;l&#233; de la lutte sociale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne saurions terminer ce tour d'horizon des acteurs des conflits sans parler des activistes. Il y a des militants de la condition ouvri&#232;re qui &#233;chappent au syndicat et se battent pour l'am&#233;lioration du sort des ouvriers. Certains agissent dans le cadre d'ONG de formation ou de conseil. Ce sont souvent des &#233;tudiants qui d&#233;cident de passer un peu de leur temps &#224; aider les ouvriers &#224; s'en sortir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur action consiste essentiellement &#224; les informer de leurs droits et des institutions qui peuvent prendre leur d&#233;fense en cas d'abus. Ces personnes sont courageuses en ce sens que leurs ONG peuvent constituer les embryons d'une organisation ouvri&#232;re ; ils courent donc de vrais risques.&lt;br class='autobr' /&gt;
En m&#234;me temps, les autorit&#233;s reconnaissent parfois l'utilit&#233; de leur action qui se maintient g&#233;n&#233;ralement dans un cadre l&#233;gal. Ainsi, le syndicat peut exiger qu'un employeur les paie pour donner &#224; leurs salari&#233;s une formation sur leurs droits. On pourrait dire que le principal ressort de ces militants est la compassion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe d'autres activistes plus d&#233;cid&#233;s &#224; d&#233;fendre les droits des travailleurs, y compris par des gr&#232;ves. Ces activistes sont plus difficiles &#224; rencontrer car ils sont pourchass&#233;s par les autorit&#233;s. Ils n'en sont pas moins actifs. Ainsi, on a entendu des personnes se vanter de s'&#234;tre fait embaucher dans de grosses entreprises pour d&#233;clencher une gr&#232;ve. Une fois la gr&#232;ve termin&#233;e, ces activistes ont tendance &#224; dispara&#238;tre dans la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur action n'est pas tr&#232;s difficile car ils tiennent un discours assez proche des opinions d'une grande partie des ouvriers. En gros, ils expliquent aux autres ouvriers qu'ils sont exploit&#233;s et que leur situation peut s'am&#233;liorer par la lutte. Et surtout, ils donnent le d&#233;part du conflit. Ce fut le cas d'une multinationale o&#249; les activistes avaient r&#233;ussi &#224; persuader de nombreux ouvriers de se mettre en gr&#232;ve. Une date et une heure avait m&#234;me &#233;t&#233; fix&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment venu, personne n'osait d&#233;clencher la gr&#232;ve. Un activiste a alors coup&#233; le courant de son atelier. Les ouvriers ont lert&#233; par SMS leurs coll&#232;gues des autres ateliers, et la gr&#232;ve a d&#233;marr&#233; ainsi. Elle a fait t&#226;che d'huile sur d'autres usines de la m&#234;me entreprise, ou d'entreprises sous-traitantes de cette derni&#232;re. Elle a dur&#233; plusieurs semaines et s'est termin&#233;e par de fortes augmentations de salaires mais aussi des licenciements et le d&#233;part de tous les militants et de certains gr&#233;vistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous n'avons pas atteint le pic des conflits&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne peut dire la forme que prendront les conflits &#224; venir. Ce panorama des acteurs, la d&#233;termination et l'absence de peur des ouvriers d'un c&#244;t&#233;, le d&#233;sarroi patronal et l'ind&#233;cision des autorit&#233;s de l'autre, tout cela laisse penser que ces conflits vont se multiplier. Certains militants ou intellectuels imaginent m&#234;me qu'ils pourront prendre la forme d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#224; partir de conflits localis&#233;s faisant t&#226;che d'huile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule chose qui semble assur&#233;e est que nous n'avons pas atteint le pic des conflits. Il y a encore de la marge pour les augmentations de salaires. Tous ces &#233;l&#233;ments font pr&#233;voir que les salaires vont monter rapidement dans le Sud de la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons vu, cela n'affectera gu&#232;re la pr&#233;sence des entreprises &#233;trang&#232;res. Certes, il deviendra moins int&#233;ressant de s'installer en Chine pour chercher des bas salaires, mais ceux qui y sont d&#233;j&#224; r&#233;fl&#233;chiront avant de partir ailleurs, alors qu'un pouvoir d'achat nouveau est en train d'appara&#238;tre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Tensions sociales en Chine du Sud : vers une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ? (1&#232;re partie)</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Tensions-sociales-en-Chine-du-Sud-vers-une-greve-generale-1ere-partie-6353</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Tensions-sociales-en-Chine-du-Sud-vers-une-greve-generale-1ere-partie-6353</guid>
		<dc:date>2011-01-25T13:35:35Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean Ruffier</dc:creator>


		<dc:subject>Chine</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2011-01-25</dc:subject>
		<dc:subject>Asie/Proche-Orient</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Presse-toi &#224; gauche ! entreprend la publi- cation d'un long article sur la situation de la classe ouvri&#232;re en Chine. La recherche de Jean Ruffier montre les tensions qui s'accu- mulent dans l'atelier du monde et que les mobilisations chez Honda notamment pourraient &#234;tre les signes avant-coureurs de confrontations majeures entre les salari&#233;Es des grandes entreprises et le patronat chinois. &lt;br class='autobr' /&gt; L'issue de ces luttes pourraient influer sur le rapport de force &#224; l'&#233;chelle mondial. L'&#232;re des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Asie-Proche-Orient-" rel="directory"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Chine-+" rel="tag"&gt;Chine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2011-01-25-+" rel="tag"&gt;Edition du 2011-01-25&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Asie-Proche-Orient-423-+" rel="tag"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH127/arton6353-63fc3.png?1679021192' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='127' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Presse-toi &#224; gauche ! entreprend la publi- cation d'un long article sur la situation de la classe ouvri&#232;re en Chine. La recherche de Jean Ruffier montre les tensions qui s'accu- mulent dans l'atelier du monde et que les mobilisations chez Honda notamment pourraient &#234;tre les signes avant-coureurs de confrontations majeures entre les salari&#233;Es des grandes entreprises et le patronat chinois.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'issue de ces luttes pourraient influer sur le rapport de force &#224; l'&#233;chelle mondial. L'&#232;re des ouvriers chinois ob&#233;issants et mal pay&#233;s touche &#224; sa fin. Une &#233;tude du CNRS dans le Sud de la Chine montre une combativit&#233; nouvelle qui pourrait d&#233;boucher sur une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le Sud de la Chine &#8211; particuli&#232;rement la province du Guangdong &#8211; est devenu l'atelier du monde, cela est d&#251; &#224; plusieurs raisons ; mais la plus mentionn&#233;e est celle de l'existence d'une main d'&#339;uvre travailleuse, ob&#233;issante, et acceptant sans rechigner bas salaires et mauvaises conditions de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces vingt derni&#232;res ann&#233;es, la croissance a &#233;t&#233; ininterrompue et les salaires ont peu boug&#233;. Les statistiques officielles chinoises montrent m&#234;me que ces salaires auraient plut&#244;t diminu&#233; en proportion du produit industriel brut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un printemps ouvrier en Chine du Sud ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis un an, on voit se multiplier les conflits du travail. De ce fait, les salaires montent. Les journaux ont m&#234;me fait &#233;tat de plusieurs conflits, dans des entreprises ta&#239;wanaises ou japonaises, lesquels se sont sold&#233;s par de tr&#232;s cons&#233;quentes hausses de salaires. Le mouvement est tellement fort que de plus en plus d'observateurs parlent de la possibilit&#233; d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en Chine du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans pouvoir pr&#233;dire ce qui rel&#232;ve de l'impr&#233;visible, il nous semble que les conditions sont r&#233;unies pour un printemps ouvrier en Chine du sud, explosif ou rampant, mouvement qui a d&#233;j&#224; commenc&#233; ; tout porte &#224; penser qu'il va se d&#233;velopper dans les mois qui viennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Centre franco-chinois de recherches sur les organisations, de l'universit&#233; Sun Yatsen &#224; Canton, a men&#233; des observations de terrain et des discussions avec les entreprises, les syndicats, les activistes et les pouvoirs politiques dont nous voudrions rendre compte dans cet article et qui permettent de se faire une id&#233;e de ce &#224; quoi il faut attendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi fait-on gr&#232;ve ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mancur Olson est un &#233;conomiste am&#233;ricain c&#233;l&#232;bre pour une th&#233;orisation de l'action collective publi&#233;e en 1965. D'apr&#232;s lui, la gr&#232;ve est d'abord le r&#233;sultat d'un calcul : les ouvriers regardent ce qu'ils risquent de perdre (heures non-pay&#233;es, r&#233;pression) et ce qu'ils risquent de gagner (augmentation de salaires).&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette id&#233;e de recherche de l'int&#233;r&#234;t correspond bien &#224; l'&#233;tat d'esprit de nombres d'ouvriers chinois. D'apr&#232;s Olson, il n'y a pas de gr&#232;ve sans contrainte, car on a toujours int&#233;r&#234;t individuellement &#224; ce que les autres fassent gr&#232;ve pour avoir une augmentation, mais pas &#224; faire soi-m&#234;me gr&#232;ve pour ne pas perdre de salaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contrainte demande un minimum d'organisation, et cela explique pourquoi les gr&#232;ves &#233;taient si difficiles &#224; organiser jusqu'ici en Chine, car on sait &#224; quel point l'Etat chinois &#233;crase violemment tout d&#233;but d'organisation concurrente du Parti.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les ouvriers d'aujourd'hui ne ressemblent gu&#232;re &#224; ceux d'hier. Dans la Chine des trente premi&#232;res ann&#233;es du r&#233;gime communiste, &#234;tre ouvrier voulait dire avoir un certain niveau d'instruction et le privil&#232;ge de travailler pour l'Etat. C'&#233;tait une fonction envi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;formes ont r&#233;duit consid&#233;rablement l'importance num&#233;rique des ouvriers d'entreprises d'Etat au profit d'entreprises priv&#233;es. Celles-ci ont massivement embauch&#233; des jeunes sans instruction venus des campagnes pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une nouvelle g&#233;n&#233;ration d'ouvriers&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trente ans apr&#232;s le d&#233;collage industriel, nous sommes maintenant &#224; la deuxi&#232;me g&#233;n&#233;ration d'ouvriers d'origine rurale. Cette deuxi&#232;me g&#233;n&#233;ration est plus instruite que ne l'&#233;tait la premi&#232;re. Elle a l'exp&#233;rience de la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration, et surtout elle n'a connu que la croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re g&#233;n&#233;ration d'ouvriers d'origine rurale avait connu la guerre civile et des p&#233;riodes de famine. La g&#233;n&#233;ration actuelle sait ce qu'est la mis&#232;re, mais elle a rarement &#233;t&#233; confront&#233;e &#224; la famine, et tr&#232;s exceptionnellement &#224; la r&#233;pression. C'est une g&#233;n&#233;ration qui croit en son avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces ouvriers ont quitt&#233; des villages que les jeunes fuient et o&#249; s&#233;vit un ch&#244;mage end&#233;mique. Le revenu moyen des paysans chinois tourne aujourd'hui autour de 100 euros par an, celui des ouvriers est dix fois sup&#233;rieur. Les ouvriers d'origine rurale ont donc exp&#233;riment&#233; une v&#233;ritable promotion sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vingt ans d'observation des usines chinoises m'ont montr&#233; des &#233;volutions dans les mentalit&#233;s de ces ouvriers, &#233;volutions que nous lions &#224; l'exp&#233;rience concr&#232;te v&#233;cue par ces derniers. Il est impossible de d&#233;crire la vari&#233;t&#233; des opinions des ouvriers chinois, mais on peut tenter de sortir certaines constantes de discours lorsque ces derniers renvoient &#224; des situations observ&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse insiste beaucoup sur les conditions de travail qui ne sont souvent pas meilleures que dans les autres pays du tiers-monde. Ces conditions du travail sont naturellement mal v&#233;cues, mais elles sont aussi per&#231;ues comme une fatalit&#233;, et, globalement, ne se d&#233;gradent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, l'intensit&#233; au travail monte. Il y a vingt ans, la plupart des usines que j'observais n'avaient pas des conditions de travail enviables, mais le rythme de travail &#233;tait rarement soutenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait de nombreuses raisons &#224; cela : d'une part, les salaires &#233;taient si bas qu'il n'&#233;tait pas n&#233;cessaire d'exiger une forte quantit&#233; de travail. Peut-&#234;tre la raison principale est qu'il n'est pas simple de faire travailler des ouvriers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si on travaille trop, on finit par s'user, m&#234;me si on est Chinois&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Taylor a bien montr&#233; qu'il faut mobiliser beaucoup de travail intellectuel pour parvenir &#224; augmenter l'intensit&#233; au travail, et les usines chinoises manquent d'organisateurs. C'est donc tr&#232;s progressivement que les rythmes de travail y ont augment&#233;. Les horaires se sont allong&#233;s du fait d'une demande croissante de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les employ&#233;s et les cadres ont aussi connu une croissance de l'intensit&#233; de leur travail. Les salari&#233;s chinois ne rechignaient pas &#224; travailler longtemps, mais l'intensit&#233; de leur travail et l'am&#233;lioration de leur qualit&#233; de vie justifiaient cela.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les derni&#232;res ann&#233;es du XXe si&#232;cle, les ouvriers r&#233;clamaient plus d'heures de travail car ils voulaient augmenter leur revenu, le travailler plus pour gagner plus &#233;tait tr&#232;s &#224; la mode &#224; l'&#233;poque. Cette boulimie de travail a nourri une forme de nationalisme triomphant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des ann&#233;es 2004-2006, nous entendions des amis chinois qui se gaussaient de la suppos&#233;e paresse des Occidentaux, lesquels, selon eux, &#233;taient plus soucieux de multiplier les jours de repos que de d&#233;velopper leur &#233;conomie nationale. Ils nous disaient que l'&#233;conomie chinoise allait devenir la plus puissante car les Chinois, eux, ne craignaient pas le travail, et acceptaient de travailler beaucoup pour des salaires limit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces discours s'entendent moins aujourd'hui. Il faut dire que les rythmes de travail se sont accrus. Il faut dire aussi que l'on peut travailler intens&#233;ment pendant plusieurs ann&#233;es, mais pas ind&#233;finiment. Si on travaille trop, on finit par s'user, m&#234;me si on est Chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Travailler moins et gagner plus&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, nous entendons nombre de Chinois dire qu'ils veulent moins travailler. Les ouvriers mettent plus souvent l'investissement dans le travail en relation avec les gains qui en r&#233;sultent. Ils &#233;mettent souvent des constats d&#233;sabus&#233;s :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; On a travaill&#233; de plus en plus dur pendant des ann&#233;es, et regardez qui s'est enrichi &#8211; pas nous ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ces ouvriers gagnent plus que leurs parents, ils se trouvent aussi dans un monde plus compliqu&#233;. Les salaires des ouvriers chinois n'ont pas augment&#233; au rythme de la croissance &#233;conomique chinoise. Ils restent des salaires de pays du tiers-monde dans une r&#233;gion qui arrive au PIB par habitant des pays europ&#233;ens les moins ais&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire sa vie comme ouvrier devient un casse-t&#234;te. Les prix du logement se sont envol&#233;s. Alors que la majorit&#233; des urbains poss&#232;dent leur logement, les ouvriers se rendent compte qu'ils n'y arriveront pas. Se marier implique de trouver un logement en dehors des dortoirs bon march&#233;. Elever un enfant en ville s'av&#232;re souvent hors de port&#233;e financi&#232;re pour un ouvrier. Le choix est souvent fait de laisser l'enfant aux grands-parents &#224; la campagne, ou de repousser ind&#233;finiment la naissance. Et depuis peu, les co&#251;ts de la nourriture s'envolent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelques ann&#233;es, les ouvriers auraient pris leur sort avec fatalit&#233;, car ils ne voyaient pas de moyen d'am&#233;lioration. Mais aujourd'hui, ils ont entendu parler des salaires obtenus dans d'autres usines &#224; la suite de gr&#232;ves, et ils trouvent qu'ils sont mal pay&#233;s. Ils n'ont pas connu de r&#233;pression, sont habitu&#233;s &#224; changer d'entreprise facilement et ils ne craignent pas le ch&#244;mage ; d&#232;s lors, ils n'ont pas peur de faire gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire qu'&#224; la diff&#233;rence de leurs parents, ces ouvriers sont g&#233;n&#233;ralement des enfants uniques, c'est-&#224;-dire qu'ils ont &#233;t&#233; habitu&#233;s &#224; des adultes qui leur c&#232;dent tout : ils supportent d'autant plus mal les frustrations.&lt;br class='autobr' /&gt;
S'ils ne se mettent pas plus souvent en gr&#232;ve, c'est que la plupart d'entre eux ne savent pas comment s'y prendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La semaine prochaine :&lt;br class='autobr' /&gt;
Les employeurs d&#233;sempar&#233;s face aux tensions&lt;br class='autobr' /&gt;
Augmenter les salaires ne suffit plus&lt;br class='autobr' /&gt;
Un pouvoir moins monolithique qu'on le pense&lt;br class='autobr' /&gt;
La Chine est une &#171; cryptocratie &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une oligarchie &#224; la long&#233;vit&#233; exceptionnelle&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Guangdong, laboratoire de l'exp&#233;rimentation sociale&lt;br class='autobr' /&gt;
Le syndicat cherche &#224; r&#233;duire les tensions sociales&lt;br class='autobr' /&gt;
Parfois, le syndicat se range du c&#244;t&#233; des travailleurs&lt;br class='autobr' /&gt;
Les activistes, acteurs non contr&#244;l&#233; de la lutte sociale&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous n'avons pas atteint le pic des conflits&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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