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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Alg&#233;rie : situation et t&#226;ches du Hirak. Entretien avec Hocine Belalloufi</title>
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		<dc:date>2020-03-17T07:37:32Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hocine Belalloufi </dc:creator>


		<dc:subject>Alg&#233;rie</dc:subject>
		<dc:subject>Alg&#233;rie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-03-10</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Cet entretien avec Hocine Belalloufi a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; par Lu&#237;s Leiria publi&#233; le 25 f&#233;vrier en portugais sur le site Esquerda.net, et fait suite &#224; plusieurs contributions de sa part publi&#233;es sur le site de Contretemps. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de la revue Contretemps. &lt;br class='autobr' /&gt;
Hocine Belalloufi est journaliste et militant de gauche bas&#233; &#224; Alger. Ancien coordinateur de la r&#233;daction de l'Alger r&#233;publicain de 2003 &#224; 2008 , il est &#233;galement l'auteur de deux ouvrages : La d&#233;mocratie en Alg&#233;rie. R&#233;forme ou r&#233;volution ? (Apic (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Afrique-" rel="directory"&gt;Afrique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Algerie-+" rel="tag"&gt;Alg&#233;rie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Algerie-1500-+" rel="tag"&gt;Alg&#233;rie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-10-mars-2020-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-03-10&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH115/arton42529-9eeca.png?1781209787' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='115' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cet entretien avec Hocine Belalloufi a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; par Lu&#237;s Leiria publi&#233; le 25 f&#233;vrier en portugais sur le site &lt;a href=&#034;http://esquerda.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Esquerda.net&lt;/a&gt;, et fait suite &#224; plusieurs contributions de sa part publi&#233;es sur le &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/author/hocine-bellaloufi/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site de Contretemps&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de la revue &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/algerie-entretien-belalloufi-bloc-alternatif/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Contretemps&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hocine Belalloufi est journaliste et militant de gauche bas&#233; &#224; Alger. Ancien coordinateur de la r&#233;daction de l'Alger r&#233;publicain de 2003 &#224; 2008 , il est &#233;galement l'auteur de deux ouvrages : La d&#233;mocratie en Alg&#233;rie. R&#233;forme ou r&#233;volution ? (Apic et Lazhari-Labter, Alger, 2012) et Grand Moyen Orient : guerres ou paix ? (Lazhari-Labter, Alger, 2008).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il vient de publier aux &#233;ditions Le Croquant le livre intitul&#233; &lt;a href=&#034;https://www.editions-croquant.org/component/mijoshop/product/602-algerie-2019-2020-le-peuple-insurge&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Alg&#233;rie 2019-2020 : Le peuple insurg&#233;. Entre r&#233;forme et r&#233;volution&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans l'analyse que vous avez r&#233;cemment publi&#233;e sur Contretemps, vous dites que le Hirak reste sur l'offensive strat&#233;gique, mais que le r&#233;gime a remport&#233;, avec les &#233;lections, une victoire tactique. Quelle voie doit suivre le mouvement pour arriver &#224; la victoire ? Croyez-vous qu'&#224; cette date du 1er anniversaire (22 f&#233;vrier, 53e semaine), le Hirak pourra remporter une victoire tactique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour remporter une victoire tactique &#224; la date du 1er anniversaire du 22 f&#233;vrier, il faudrait que le Hirak obtienne un objectif ce jour-l&#224; comme, par exemple, la lib&#233;ration de tous les d&#233;tenus ou la possibilit&#233; de se r&#233;unir sans demander une autorisation pr&#233;alable ou encore l'all&#232;gement significatif d'une pr&#233;sence polici&#232;re massive lors des manifestations des mardis et vendredis&#8230; J'esp&#232;re me tromper mais rien n'indique que le pouvoir soit pr&#234;t &#224; c&#233;der quelque chose de consistant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Hirak reste encore en situation de d&#233;fensive tactique car il doit arracher tous ces acquis que sont la lib&#233;ration des d&#233;tenus, l'arr&#234;t des interpellations, le droit de r&#233;union et celui de manifestation qui reste interdit de fait dans certaines villes du pays&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il se trouve toujours en situation d'offensive strat&#233;gique car il reste puissant et s'est m&#234;me renforc&#233; depuis quelques semaines. Et le pouvoir reste sur la d&#233;fensive strat&#233;gique. Il n'est pas sorti de sa crise organique car il se sait ill&#233;gitime et refus&#233; par une grande partie de la population, parce qu'il n'a pas r&#233;ussi &#224; reconstruire la fa&#231;ade d&#233;mocratique du r&#233;gime autoritaire (Parlement en ruine, partis en fin de vie&#8230;) et parce qu'il se trouve dans l'incapacit&#233; de r&#233;soudre la crise d'h&#233;g&#233;monie d'une bourgeoisie divis&#233;e entre fraction lib&#233;rale actuellement dirigeante, mais qui doit imp&#233;rativement composer avec la pression populaire sur le plan &#233;conomique et social et opposition ultralib&#233;rale dont certains repr&#233;sentants sont m&#234;me au gouvernement, mais dont la politique ne peut &#234;tre appliqu&#233;e du fait de cette m&#234;me pression populaire et de son caract&#232;re profond&#233;ment antinational, ce qui heurte de plein fouet la conscience et les int&#233;r&#234;ts d'une partie de l'Etat profond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas facile et sans doute impossible, pour une seule personne et dans le cadre d'un entretien, d'indiquer la voie &#224; suivre pour permettre au mouvement d'arriver &#224; la victoire. Il faut d'abord clarifier ce que l'on entend par victoire. Si l'on entend par l&#224;, le renversement du pouvoir par une r&#233;volution et l'instauration d'un r&#233;gime d&#233;mocratique provenant d'une situation de double-pouvoir, je ne pense pas que le Hirak soit, aujourd'hui, en capacit&#233; d'y parvenir, ni m&#234;me qu'il en ait l'intention. Il ne s'agit pas ici d'un choix subjectif, mais d'une capacit&#233; objective. Si, en revanche, et sur la base d'une appr&#233;ciation objective du rapport de force, le Hirak fait pression sur le pouvoir pour le contraindre &#224; n&#233;gocier une transition co-pilot&#233;e (comme dans l'exemple du Soudan), alors il serait possible, &#224; certaines conditions, d'esp&#233;rer une victoire. Une telle n&#233;gociation, cela doit &#234;tre clair, ne serait possible que si le pouvoir accepte les pr&#233;alables que sont la lib&#233;ration totale des d&#233;tenus politiques, l'annulation des condamnations et amendes inflig&#233;es aux personnes jug&#233;es, l'ouverture du champ politique (droits d'expression, de manifestation, de r&#233;union et d'organisation, libert&#233;s syndicales, droit de gr&#232;ve sans entrave&#8230;), l'ouverture du champ m&#233;diatique, l'arr&#234;t des interf&#233;rences dans la Justice, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le contraindre &#224; n&#233;gocier, il faudrait que la mobilisation se renforce en faisant, en particulier, jonction avec les mouvements sociaux qui se multiplient dans le pays mais qui agissent aujourd'hui en parall&#232;le et non en symbiose avec le Hirak. C'est &#224; cela qu'il faut travailler en menant une lutte politique et id&#233;ologique au sein du Hirak pour combattre et vaincre la position &#233;litiste bourgeoise qui oppose &#171; revendications politiques &#187; consid&#233;r&#233;e comme noble &#224; &#171; revendications sociales &#187; consid&#233;r&#233;es de mani&#232;re p&#233;jorative comme relevant de pr&#233;occupations vulgaires. Il faut faire triompher l'id&#233;e, au sein du Hirak, que les revendications sociales sont des revendications politiques dans la mesure o&#249; elles renvoient &#224; des politiques &#233;conomiques. Il faut en m&#234;me temps travailler &#224; amener les mouvements sociaux (syndicats, groupes de citoyens luttant pour le logement&#8230;) &#224; comprendre la n&#233;cessit&#233; de d&#233;passer le cadre corporatiste ou local en int&#233;grant leurs luttes au combat pour un r&#233;gime d&#233;mocratique et social. Une image exprime la n&#233;cessit&#233; de la jonction des revendications politiques et sociales. Lors de la marche &#233;tudiante, mais en r&#233;alit&#233; populaire, du mardi 11 f&#233;vrier &#224; Alger, le Hirak est pass&#233; devant un rassemblement de citoyens protestants devant l'Assembl&#233;e populaire communale (APC) d'Alger-centre contre leur exclusion d'un programme de relogement. Le Hirak a continu&#233; sa marche de son c&#244;t&#233; et les citoyens ont continu&#233; &#224; brandir leurs pancartes et &#224; crier leurs slogans devant l'&#233;difice public. C'est une telle jonction qu'il s'agit de construire dans les mois &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Hirak pourrait alors devenir le creuset de tous les combats partiels, locaux et de corporation et reposer sur ses trois fondements : social, d&#233;mocratique et anti-imp&#233;rialiste. Cette derni&#232;re dimension existe d&#233;j&#224; &#224; travers la solidarit&#233; avec la Palestine (mais malheureusement pas encore avec le peuple sahraoui), la lutte contre l'exploitation du gaz de schiste, le refus de la loi sur les hydrocarbures, et l'opposition aux ing&#233;rences imp&#233;rialistes (fran&#231;aise, am&#233;ricaine ou &#233;miratie&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan d&#233;mocratique, le Hirak doit soutenir en particulier la lutte des magistrats et des avocats pour l'ind&#233;pendance de la Justice par rapport au gouvernement, poursuivre son combat pour la lib&#233;ration des d&#233;tenus et la fin des intimidations et interpellations de marcheurs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant du principe que le Hirak ne peut objectivement se structurer en tant que tel, il faut travailler &#224; l'&#233;mergence et/ou au renforcement des syndicats, des associations, des partis. Tout cela n&#233;cessite du temps, mais il s'agit l&#224; de conditions indispensables &#224; toute victoire car le pouvoir s'est attach&#233;, depuis plusieurs d&#233;cennies d&#233;j&#224;, &#224; briser tous les cadres de lutte et d'organisation syndicaux, associatifs et partisans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des conditions d'une victoire possible, dans le futur, r&#233;side dans la poursuite d'une &#171; lutte de mouvement &#187; pour imposer, par de grandes manifestations, le retour &#224; l'expression libre de la souverainet&#233; populaire par l'ouverture d'une transition d&#233;mocratique et dans le renforcement d'une &#171; lutte de position &#187; visant &#224; arracher le maximum de libert&#233;s, droits et acquis politiques d&#233;mocratiques, &#233;conomiques et sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Consid&#233;rez-vous que le nouveau gouvernement d'Abdelmadjid Tebboune et la mort du g&#233;n&#233;ral Ga&#239;d Salah ont apport&#233; des changements &#224; la politique du gouvernement ? Quelle confiance m&#233;ritent les promesses de dialogue faites par le nouveau pr&#233;sident ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau gouvernement d'Abdelmadjid Tebboune est oblig&#233; d'apporter des changements car il ne peut poursuivre une politique qui a provoqu&#233; l'explosion du 22 f&#233;vrier 2019. Il se doit de gommer les aspects les plus outranciers de la gouvernance de Bouteflika en rompant avec le culte de la personnalit&#233; dont ce dernier &#233;tait l'objet, en louant lors de ses interventions le &#171; Hirak moubarak &#187; (b&#233;ni) &#8211; sans l'existence duquel il ne serait jamais parvenu &#224; la Pr&#233;sidence &#8211;, en faisant quelques ouvertures d&#233;mocratiques dans son projet de Constitution en pr&#233;paration concernant les libert&#233;s, en poursuivant la lutte contre la corruption (projet de criminalisation de la fraude fiscale&#8230;) et en axant, comme on a pu l'observer il y a quelques jours lors de sa rencontre nationale avec les walis (pr&#233;fets), son action sur l'am&#233;lioration imm&#233;diate des conditions de vie des couches d&#233;sh&#233;rit&#233;es, en particulier dans les campagnes, les hauts-plateaux, les zones montagnardes et le Sahara.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir est donc contraint, par la peur politique que lui inspirent le Hirak et le m&#233;contentement populaire qui d&#233;passe le Hirak, d'op&#233;rer des changements dans sa politique. Mais les limites de ces changements transparaissent clairement avec les interpellations et condamnations de marcheurs, le refus de lib&#233;rer les d&#233;tenus et d'accorder des salles de r&#233;union &#224; des militants et autres hirakistes, la poursuite de la r&#233;pression pour emp&#234;cher les marches du vendredi dans certaines villes&#8230; Ces limites peuvent m&#234;me &#234;tre d&#233;crypt&#233;es &#224; travers les d&#233;clarations successives d'Abdelmadjid Tebboune. Il s'agit pour lui de &#171; retrouver la confiance des citoyens &#187; et non pas de permettre &#224; ces citoyens de d&#233;cider eux-m&#234;mes de l'architecture institutionnelle de l'Etat (Constitution) et de la politique &#233;conomique, sociale et &#233;trang&#232;re du gouvernement, bref de devenir enfin le v&#233;ritable souverain et constituant du pays. Le pouvoir veut apporter des changements dans le cadre du r&#233;gime actuel et non changer de r&#233;gime, ce qui se comprend tout &#224; fait de son point de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face aux promesses du pouvoir et aux changements qu'il compte apporter et qui constitueront autant de victoires pour le Hirak si elles se mat&#233;rialisent, il faut que le Hirak ait sa propre feuille de route et qu'il se donne les moyens de rassembler pour construire un bloc social majoritaire alternatif dans le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lorsque la presse parle de &#171; militants influents du Hirak &#187;, fait-elle r&#233;f&#233;rence &#224; une sorte de direction anonyme ? Qui dirige vraiment le Hirak ? Le fait que le mouvement n'ait pas de direction connue ne pourrait-il pas &#234;tre un obstacle &#224; des n&#233;gociations avec le gouvernement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectivement, le Hirak n'a pas de direction. Ni connue ni inconnue m&#234;me s'il y a bien &#233;videmment beaucoup de candidats, non d&#233;clar&#233;s formellement mais dont on peut ais&#233;ment saisir les intentions, &#224; cette fonction politique. Le Hirak a beaucoup de respect pour les d&#233;tenus politiques actuels, &#224; venir ou lib&#233;r&#233;s, mais cela ne se traduit nullement jusqu'ici par une influence politique sur le mouvement. Le Hirak n'est pas dirig&#233; par une force politique. Il s'agit d'une n&#233;buleuse &#224; l'int&#233;rieur de laquelle de nombreux courants interviennent mais sans qu'aucun d'entre eux ne d&#233;tienne une quelconque h&#233;g&#233;monie. Comment pourrait-il d'ailleurs en &#234;tre autrement lorsque l'on sait dans quel &#233;tat sont les forces politiques et culturelles du pays ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette absence de direction formelle ne constitue pas &#224; mon avis un obstacle infranchissable &#224; la tenue de n&#233;gociations. Le Hirak pourra toujours donner son approbation &#224; la formation d'un groupe de n&#233;gociateurs ou le d&#233;noncer lors de ses manifestations hebdomadaires. De m&#234;me qu'il pourra toujours donner son approbation aux r&#233;sultats de ces n&#233;gociations ou les refuser. Le Hirak est un mouvement de pression sur le pouvoir, il ne s'est pas &#224; ce jour organis&#233; et dot&#233; d'une direction pour entamer des n&#233;gociations ou pour se constituer en alternative directe au pouvoir, mais il pourrait tout &#224; fait d&#233;l&#233;guer directement ou indirectement une sorte de repr&#233;sentation. Je pense qu'il trouvera lui-m&#234;me les moyens de le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle relation le Hirak entretient-il avec certains h&#233;ros de l'ind&#233;pendance, chefs historiques du FLN, revendiqu&#233;s lors des manifestations, comme Abane Ramdane et Amirouche ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde a salu&#233; le fait que le Hirak, les jeunes g&#233;n&#233;rations en particulier, se reconnaisse dans les figures historiques du mouvement de lib&#233;ration nationale. Ces figures, dont vous avez cit&#233; quelques noms, repr&#233;sentent des symboles de la lutte pour l'&#233;mancipation nationale du peuple alg&#233;rien face au colonialisme fran&#231;ais. Il est naturel que le Hirak qui lutte aujourd'hui pour l'&#233;mancipation politique du peuple se reconnaisse dans ces figures du pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;pine dorsale de l'&#201;tat alg&#233;rien est l'arm&#233;e, comme en t&#233;moigne cette crise. Est-il possible de le vaincre politiquement, &#233;tant la plus puissante d'Afrique et l'une des plus grandes du monde ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas &#224; mon avis de vaincre l'arm&#233;e. On a vu o&#249; menait, en Libye et en Syrie, la confusion entre lutte contre le r&#233;gime et lutte contre l'Etat. Le Hirak lutte pour un changement de r&#233;gime. Il n'est pas contre l'Etat ni l'arm&#233;e, mais contre la confiscation de la souverainet&#233; populaire par le r&#233;gime dont la haute hi&#233;rarchie militaire fait partie. Il a d&#232;s le d&#233;but scand&#233; &#171; arm&#233;e-peuple, fr&#232;res-fr&#232;res &#187; et il demande en m&#234;me temps un &#171; r&#233;gime civil et non militaire &#187;, c'est-&#224;-dire un r&#233;gime d&#233;mocratique. L'une des t&#226;ches politiques principales des forces politiques consiste aujourd'hui &#224; penser l'articulation pouvoir civil/arm&#233;e au service du peuple afin de ne pas tomber dans le formalisme parlementaire bourgeois qui pr&#233;tend que l'arm&#233;e doit &#234;tre neutre/apolitique &#8211; ce qu'elle n'est jamais &#8211; pour mieux mener des politiques antipopulaires. L'arm&#233;e doit faire de la politique, une politique au service des masses, et sous le contr&#244;le du politique, des &#233;lus du peuple. Il s'agit l&#224; &#224; mon avis d'un principe g&#233;n&#233;ral qui m&#233;rite r&#233;flexion et approfondissement pour &#234;tre mis en pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En contestant les &#233;lections du 12 d&#233;cembre, les wilayas de la Kabylie ont &#233;t&#233; au premier plan de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale d&#233;clench&#233;e. Comment expliquez-vous ce r&#244;le d'avant-garde ? Des raisons historiques ? L'organisation des comit&#233;s de citoyens ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi, la Kabylie est au premier rang du combat, mais elle n'en est pas l'avant-garde. J'entends la notion de force d'avant-garde au sens l&#233;niniste du terme, c'est-&#224;-dire une force sociale qui r&#233;pond &#224; deux conditions. Primo, &#234;tre en mesure d'entrainer effectivement derri&#232;re elle le reste du pays. Secundo &#234;tre reconnue comme avant-garde par ces forces. Autrement, on occupe, au mieux la premi&#232;re place du combat, ce qui est une place &#233;minente, respectable et m&#234;me enviable et, au pire, on se situe trois pas devant les forces &#224; entrainer et non un pas et un seul, ce que doit &#234;tre l'avant-garde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir &#224; la Kabylie, j'ai d&#233;j&#224; utilis&#233; la formule suivante dans un livre sur la question d&#233;mocratique : &#171; La Kabylie est &#224; l'avant-garde du combat d&#233;mocratique, mais elle n'en est pas l'avant-garde &#187;. Il me semble de ce point de vue que les mots d'ordre de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et de boycott ne pouvaient pas r&#233;ussir le 12 d&#233;cembre 2019 du fait du d&#233;veloppement in&#233;gal des luttes &#224; l'&#233;chelle du pays. La Kabylie se trouve effectivement en avance sur le reste du pays, mais elle n'a pas r&#233;ussi &#224; entrainer ce reste derri&#232;re elle. C'est pourquoi le mot d'ordre de gr&#232;ve n'a pas r&#233;ussi ailleurs et c'est pourquoi des Alg&#233;riens ont vot&#233; le 12, y compris certains qui avaient particip&#233; au Hirak &#224; certains moments. La cause de cet &#233;chec n'est pas la Kabylie en tant que telle. Elle r&#233;side dans le caract&#232;re in&#233;gal du d&#233;veloppement de la conscience, de la lutte et de l'organisation politique, syndicale et associative dans le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;gion dont la langue et la culture ont &#233;t&#233; opprim&#233;es depuis des d&#233;cennies, la Kabylie est tr&#232;s vite entr&#233;e en r&#233;bellion pour pr&#233;server son capital culturel et linguistique. La revendication d&#233;mocratique constituait dans ces conditions le vecteur quasi naturel de ce combat &#171; identitaire &#187;. La Kabylie fut donc le berceau du MCB et de nombreuses autres organisations (enfants de chouhada, ligues des droits de l'homme, mouvements estudiantin, f&#233;ministe, culturel&#8230; R&#233;gion montagneuse ayant mieux r&#233;sist&#233; que d'autres r&#233;gions &#224; la destruction de ses structures sociales traditionnelles, la Kabylie &#233;tait mieux organis&#233;e au niveau des villages (tadjmat, twiza&#8230;). Ce qui ne signifie pas que les autres r&#233;gions en &#233;taient totalement d&#233;pourvues. Enfin, en tant que zone d'&#233;migration massive vers la France, nombreux &#233;taient les travailleurs kabyles disposant d'une exp&#233;rience syndicale, associative, politique &#224; travers les luttes men&#233;es au sein de la m&#233;tropole coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour toutes ces raisons, la Kabylie &#233;tait au premier rang du combat d&#233;mocratique, ce qui ne signifie pas m&#233;caniquement que les Kabyles &#233;taient tous des d&#233;mocrates convaincus dans leur discours et dans leur pratique. Mais elle occupait la premi&#232;re place du combat d&#233;mocratique parce qu'elle en avait un besoin pressant. Cela constitue un acquis pr&#233;cieux pour cette r&#233;gion et pour toute l'Alg&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, le reste du pays a fait un &#233;norme bond politique en avant depuis une ann&#233;e. Il a en particulier refus&#233; de tomber dans le pi&#232;ge de la division r&#233;gionaliste dans lequel le pouvoir a tent&#233; de le pousser &#224; compter de juin 2019. Il reste maintenant &#224; acc&#233;l&#233;rer la mise &#224; niveau du reste du pays avec la Kabylie. C'est justement aux partis, syndicats et associations que revient cette t&#226;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment voyez-vous la formation du Pacte de l'Alternative D&#233;mocratique ? Quel r&#244;le peut-il jouer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les initiatives visant &#224; contribuer au renforcement et au succ&#232;s du Hirak sont les bienvenues et sont &#224; saluer. Le PAD a incontestablement fait avancer l'id&#233;e d'Assembl&#233;e constituante souveraine dans la conscience politique du pays. Son action dans la r&#233;gion de Beja&#239;a qui est un vieux berceau des luttes syndicales et politiques a permis de montrer ce que la jonction entre forces politiques, associatives et syndicales pouvaient apporter en termes de mobilisation, de conscientisation et d'organisation. Mais l'exp&#233;rience de Beja&#239;a s'av&#232;re malheureusement unique &#224; ce jour. La premi&#232;re t&#226;che du PAD et de tous ceux qui se reconnaissent dans sa d&#233;marche consiste &#224; &#233;tendre cette exp&#233;rience dans les autres wilayas (d&#233;partements) afin d'&#233;viter de donner l'impression d'une structure suspendue dans le vide et &#224; la renomm&#233;e essentiellement m&#233;diatique. Il s'agit pour cela d'introduire la question sociale dans le Hirak et d'amener par un travail patient les syndicats &#224; jouer leur r&#244;le dans ce mouvement, ce qui n'est malheureusement pas le cas &#224; ce jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, le mot d'ordre d'Assembl&#233;e constituante souveraine qu'il convient de continuer &#224; propager ne sera effectivement op&#233;rationnel, et cessera de ce fait d'&#234;tre essentiellement propagandiste, le jour o&#249; le mouvement populaire aura impos&#233; une transition. C'est sur cette question que le combat doit porter aujourd'hui et qu'une tactique de lutte doit &#234;tre d&#233;finie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'oublions pas enfin que les forces politiques, syndicales et associatives ont &#233;t&#233; lamin&#233;es par le r&#233;gime lib&#233;ral autoritaire, par les effets sociaux, politiques et id&#233;ologiques du lib&#233;ralisme &#233;conomique (destruction du tissu industriel, compression d'effectifs, recul du syndicalisme, mont&#233;e de l'individualisme&#8230;) et par l'islamisme durant les d&#233;cennies 1980 et 1990. Un v&#233;ritable rouleau compresseur est pass&#233; sur le mouvement populaire. Il s'agit aujourd'hui de le reconstruire car les forces qui composent le PAD n'ont pas &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;es par ce recul historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont les chemins que la classe ouvri&#232;re alg&#233;rienne doit suivre pour s'organiser de mani&#232;re ind&#233;pendante ?&lt;strong&gt;}&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat, qui se compose de la classe ouvri&#232;re industrielle et agricole, mais &#233;galement des employ&#233;s, des ch&#244;meurs, des retrait&#233;s, des techniciens&#8230; doit consolider son organisation syndicale et renouer avec une vision de classe de son combat. Les travailleurs luttent d&#233;j&#224;, certains s'organisent en syndicats mais ils restent sous h&#233;g&#233;monie de forces petites-bourgeoises. L'influence des id&#233;es de classe port&#233;es autrefois par des formations de classe a fortement recul&#233;. Or, seul un parti de classe sera en mesure de les amener &#224; rompre avec cette vision et &#224; d&#233;velopper leur propre vision. Mais un tel parti de classe &#8211; ne parlons pas d'un parti r&#233;volutionnaire &#8211; n'existe malheureusement pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re t&#226;che consiste donc &#224; travailler &#224; sa construction. A sa construction, pas &#224; sa proclamation. Il est facile de se tailler une id&#233;ologie r&#233;volutionnaire, d'&#233;laborer un semblant de programme radical, de propager un sigle et une organisation que les travailleurs n'auraient qu'&#224; rejoindre, qu'&#224; habiter. C'est ce que nous faisons depuis des d&#233;cennies et &#231;a ne fonctionne pas. Il ne s'agit donc pas de se substituer aux travailleurs mais d'effectuer le travail politique (&#233;ducation populaire, travail syndical, lutte politique&#8230;) pour amener les plus conscients d'entre eux &#224; prendre en charge eux-m&#234;mes la construction de leur parti car la premi&#232;re t&#226;che, dans un pays o&#249; les travailleurs n'ont pas conquis leur ind&#233;pendance de classe, consiste &#224; l'arracher. Cela n&#233;cessitera un certain temps et une maturit&#233; politique des militants de la cause des travailleurs afin qu'ils distinguent le n&#233;cessaire de l'accessoire, qu'ils rompent avec le dogmatisme et le sectarisme sans renoncer le moins du monde &#224; leurs convictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'heure est au rassemblement des travailleurs dans les syndicats et dans un parti de classe. Le temps de la clarification voire de la rupture entre courants r&#233;volutionnaire et r&#233;formiste adviendra plus tard. Quand il se posera concr&#232;tement dans les luttes de classes d'aujourd'hui et non pas en fonction d'appr&#233;ciations historiques. Dans le cas contraire, nous assisterons, comme c'est malheureusement le cas dans la plupart des pays, &#224; une lutte id&#233;ologique permanente entre sectes coup&#233;es des masses et sans ancrage parmi les travailleurs, donc inutiles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Alg&#233;rie : vers le point de non-retour ?</title>
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		<dc:date>2019-06-04T08:39:21Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hocine Belalloufi </dc:creator>


		<dc:subject>Alg&#233;rie</dc:subject>
		<dc:subject>Alg&#233;rie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-06-04</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le mouvement populaire n&#233; le 22 f&#233;vrier 2019 vient de remporter une nouvelle manche politique importante. A la date limite du 25 mai, aucun des 77 candidats au scrutin pr&#233;sidentiel pr&#233;vu le 4 juillet n'&#233;tait parvenu &#224; r&#233;unir le nombre de signatures n&#233;cessaires pour valider sa candidature. Trois dirigeants de petits partis s'&#233;taient quant &#224; eux retir&#233;s de la course. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du site de la revue Contretemps. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le maintien de la pression populaire, la prise de position hostile de nombreux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Algerie-1500-+" rel="tag"&gt;Alg&#233;rie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2019-06-04-+" rel="tag"&gt;Edition du 2019-06-04&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH99/arton39392-8c8f1.jpg?1781209787' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le mouvement populaire n&#233; le 22 f&#233;vrier 2019 vient de remporter une nouvelle manche politique importante. A la date limite du 25 mai, aucun des 77 candidats au scrutin pr&#233;sidentiel pr&#233;vu le 4 juillet n'&#233;tait parvenu &#224; r&#233;unir le nombre de signatures n&#233;cessaires pour valider sa candidature. Trois dirigeants de petits partis s'&#233;taient quant &#224; eux retir&#233;s de la course.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/algerie-point-non-retour/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site de la revue Contretemps&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le maintien de la pression populaire, la prise de position hostile de nombreux magistrats et le refus de plus de 400 Pr&#233;sidents d'Assembl&#233;es populaires communales-APC (maires) d'organiser le scrutin ont fait avorter l'op&#233;ration de collecte des signatures. L'&#233;lection ne pourra donc se tenir &#224; la date pr&#233;vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois mois apr&#232;s son &#233;mergence sur la sc&#232;ne politique, le bilan du mouvement populaire est impressionnant. Son caract&#232;re massif, unitaire et pacifique et son refus de toute ing&#233;rence &#233;trang&#232;re ont imm&#233;diatement dissuad&#233; le pouvoir de recourir &#224; une r&#233;pression brutale, malgr&#233; la persistance, &#224; ce jour, de menaces, provocations et d'actions arbitraires (interpellations, tabassages&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement a &#233;galement impos&#233; le droit de manifester, un d&#233;but d'ouverture encore largement insuffisant dans les principaux m&#233;dias publics et priv&#233;s, l'agr&#233;ment de nouveaux partis et associations&#8230; Il a par la suite contraint Abdelaziz Bouteflika &#224; annuler le scrutin pr&#233;sidentiel du 18 avril, &#224; renoncer &#224; briguer un cinqui&#232;me mandat et &#224; limoger son premier ministre Ahmed Ouyahia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a exacerb&#233; les contradictions au sein du r&#233;gime entre ceux qui, autour de Bouteflika, tentaient de piloter une transition contr&#244;l&#233;e et ceux qui, derri&#232;re le vice-ministre de la D&#233;fense et chef d'&#233;tat-major de l'Arm&#233;e Nationale Populaire (ANP), le g&#233;n&#233;ral de corps d'arm&#233;e Ahmed Ga&#239;d Salah, refusaient de sortir du cadre constitutionnel. Ces tensions internes au pouvoir pousseront Ga&#239;d Salah &#224; destituer, sous couvert de &#171; d&#233;mission &#187;, Abdelaziz Bouteflika.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le mouvement populaire a obtenu la d&#233;mission du pr&#233;sident du Conseil constitutionnel Tayeb Bela&#239;z et provoqu&#233; l'&#233;chec de la conf&#233;rence de dialogue national initi&#233;e par le chef de l'Etat par int&#233;rim, Abdelkader Bensalah&#8230; A ce jour, la lutte continue, &#224; l'issue encore incertaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. L'&#233;volution du champ politique et ses enjeux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La force tranquille du mouvement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vendredi apr&#232;s vendredi, tranquillement mais avec une d&#233;termination intacte, les Alg&#233;riens de tous &#226;ges, de tous sexes et de toutes conditions sociales investissent massivement les rues des 48 wilayas (d&#233;partements) du pays pour crier leur refus de la &#171; solution constitutionnelle &#187;, de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle du 4 juillet et exiger l'ouverture d'une v&#233;ritable transition d&#233;mocratique. La chaleur printani&#232;re et le ramadan qui soumet les organismes et les esprits &#224; rude &#233;preuve n'ont pas entam&#233; la mobilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; l'obstination du pouvoir &#224; imposer sa &#171; solution constitutionnelle &#187;, aux menaces de Ga&#239;d Salah et au retour de la r&#233;pression &#224; Alger lors des marches du mois de mai (barrages filtrants &#224; l'entr&#233;e d'Alger, interpellation arbitraire et violente de manifestants emmen&#233;s vers des commissariats &#224; plusieurs dizaines de kilom&#232;tres de la capitale&#8230;), le mouvement populaire maintient intacte sa revendication d'un changement de r&#233;gime par la voie d'une transition d&#233;mocratique. Les Alg&#233;riens n'ont pas voulu d'une monarchie. Ils ne veulent pas davantage d'un r&#233;gime militaire, m&#234;me &#224; fa&#231;ade civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La puissance du mouvement est telle qu'elle a creus&#233; des affluents encore fragiles mais prometteurs. Le premier d'entre eux est le mouvement &#233;tudiant qui rena&#238;t de ses cendres en faisant voler en &#233;clats la chape de plomb qui pesait sur une universit&#233; domin&#233;e par les organisations estudiantines fantoches et corrompues du pouvoir. De fa&#231;on in&#233;gale et &#224; des rythmes propres &#224; chaque universit&#233;, les &#233;tudiants se mobilisent, font gr&#232;ve et manifestent chaque mardi dans pratiquement tous les chefs-lieux de wilaya.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mobilisation permanente a permis de renouer avec l'organisation en Comit&#233;s autonomes qui cherchent &#224; se coordonner au niveau local dans un premier temps puis aux niveaux r&#233;gional et national &#224; l'avenir. Le mouvement &#233;tudiant renoue ainsi progressivement avec son r&#244;le traditionnel d'avant-garde du mouvement populaire. Il &#233;trenne chaque mardi une partie des mots d'ordre qui sont repris par les marcheurs du vendredi, mots d'ordre qui constituent g&#233;n&#233;ralement la r&#233;ponse du mouvement populaire aux d&#233;clarations et d&#233;cisions de Ga&#239;d Salah et, plus rarement, de Bensalah.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second affluent, encore plus important sur le plan strat&#233;gique, auquel le mouvement populaire a ouvert la voie est le mouvement syndical. Jusqu'au 22 f&#233;vrier dernier, la centrale historique, l'Union G&#233;n&#233;rale des Travailleurs Alg&#233;riens (UGTA), &#233;tait totalement caporalis&#233;e par sa direction anti-ouvri&#232;re qui comptait l'embrigader une fois de plus dans la campagne d'Abdelaziz Bouteflika pour un cinqui&#232;me mandat. Certes, bien avant cette date, de nombreuses sections syndicales menaient des gr&#232;ves dans les entreprises, en contradiction formelle avec les engagements pris par son Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral Abdelmadjid Sidi Sa&#239;d &#224; chaque r&#233;union tripartite (gouvernement, organisations patronales, UGTA) en vue d'assurer la paix sociale. Mais le m&#233;contentement n&#233; de la politique de collaboration de classe du Secr&#233;tariat national et de Sidi Sa&#239;d qui avaient plac&#233; la centrale syndicale &#224; la remorque du Forum des chefs d'entreprises (FCE) et du gouvernement restait diffus. Il ne s'exprimait pas ouvertement et, surtout, ne d&#233;bouchait pas sur l'&#233;mergence d'une opposition syndicale organis&#233;e et luttant pour l'ind&#233;pendance du syndicat par rapport au pouvoir et au patronat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la naissance d'une telle tendance que le mouvement populaire a provoqu&#233;e. Nous avions reproduit, dans un article pr&#233;c&#233;dent[1], un extrait du communiqu&#233; de l'Union locale (UL) UGTA de la zone industrielle de Rouiba (Est de la capitale) qui avait contribu&#233; &#224; amorcer la contestation au sein de la centrale. Le 6 avril, une coordination se formait &#224; l'issue d'une rencontre de repr&#233;sentants de quatre Unions de wilayas (UW) affirmant leur soutien au mouvement &#171; d'&#233;dification d'une nouvelle r&#233;publique &#187; et revendiquant le d&#233;part de Sidi Sa&#239;d et de tous les dirigeants du syndicat impliqu&#233;s dans la d&#233;rive de la centrale. Le 10 du m&#234;me mois, ils seront rejoints par des membres de la Commission ex&#233;cutive nationale (CEN), instance supr&#234;me entre deux congr&#232;s, et plus tard par la F&#233;d&#233;ration nationale des travailleurs de la m&#233;tallurgie et de la m&#233;canique, de l'&#233;lectricit&#233; et de l'&#233;lectronique (FNTMMEE) ainsi que les UL de Rouiba et l'UW de Ouargla (Sud)[2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des rassemblements organis&#233;s les 17 avril et le 1er mai 2019 devant le si&#232;ge de la Maison du peuple, si&#232;ge central de la Centrale, par cette coordination, appel&#233;e &#171; Comit&#233; national de r&#233;appropriation de l'UGTA par les travailleurs &#187;, draineront beaucoup de syndicalistes, de travailleurs et de militants de gauche. Le Comit&#233; lancera une p&#233;tition nationale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; pour l'organisation d'un congr&#232;s national extraordinaire de l'UGTA avant la fin de l'ann&#233;e en cours dans lequel ne devront si&#233;ger que des d&#233;l&#233;gu&#233;(e)s dument mandat&#233;(e)s par la base &#187;[3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22 mai, le Comit&#233; organisait une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale accompagn&#233;e de rassemblements et de marches dans diff&#233;rentes r&#233;gions du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, cette action de r&#233;novation ne sera pas ais&#233;e car beaucoup de syndicalistes d&#233;&#231;us ont quitt&#233; l'UGTA ces vingt derni&#232;res ann&#233;es &#8211; en particulier dans la Fonction publique &#8211; et l'organisation a perdu la confiance de nombreux travailleurs. Les r&#233;novateurs devront de surcro&#238;t faire face aux man&#339;uvres de la bureaucratie qui a avanc&#233; la date du 13&#232;me congr&#232;s aux 21 et 22 juin prochain pour couper l'herbe sous les pieds des opposants et verrouiller l'appareil. Sidi Sa&#239;d a de surcro&#238;t suspendu plusieurs cadres syndicaux qui avaient rejoint la contestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La clef du succ&#232;s d&#233;pendra de la capacit&#233; des contestataires &#224; entrainer dans leur combat la base syndicale et la grande masse des salari&#233;s. Dans cette perspective, ils ne pourront faire l'&#233;conomie d'une plateforme de revendications pour que la r&#233;appropriation de l'UGTA ne se r&#233;duise pas &#224; la reconqu&#234;te de l'appareil, mais d&#233;bouche sur un grand mouvement social ayant vocation &#224; int&#233;grer, sous sa propre banni&#232;re, le mouvement populaire et lui donner ainsi une dimension sociale explicite qu'il n'a pas encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement populaire a boost&#233; les syndicats autonomes (Conf&#233;d&#233;ration des syndicats autonomes &#8211; CSA &#8211; et Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale autonome des travailleurs en Alg&#233;rie &#8211; CGATA) qui peuvent agir plus facilement. Il a &#233;galement contribu&#233; &#224; rapprocher les deux segments du mouvement syndical (autonomes et r&#233;novateurs de l'UGTA) d&#233;sormais acquis &#224; la n&#233;cessit&#233; de mener une politique de front-uni syndical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On assiste par ailleurs &#231;&#224; et l&#224; &#224; l'&#233;mergence de collectifs de femmes susceptibles de se renforcer au vu de la massive participation f&#233;minine &#224; la mobilisation populaire, &#224; tout le moins dans les grandes villes du pays, et, plus structurellement, de la pr&#233;sence de plus en plus massive, voire dominante, des femmes &#224; l'universit&#233; (60% d'&#233;tudiantes) et dans le monde du travail : &#233;ducation, sant&#233;, justice, administration, m&#233;dias, textile, pharmaceutique&#8230; Les ch&#244;meurs, quant &#224; eux, multiplient les actions de rue, m&#234;me si cela ne d&#233;bouche pas encore sur un processus d'auto-organisation stable. L'une des r&#233;v&#233;lations du mouvement est incontestablement le syndicat national des magistrats (SNM) dont le nouveau pr&#233;sident a rejoint tr&#232;s t&#244;t le mouvement populaire dans lequel cette organisation s'inscrit r&#233;solument, aux c&#244;t&#233;s des avocats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, &#224; l'heure pr&#233;sente, le mouvement populaire ne se structure pas en tant que tel, ne d&#233;gage aucune direction et refuse de d&#233;l&#233;guer qui que ce soit pour le repr&#233;senter, parler et n&#233;gocier en son nom. Mais l'&#233;veil politique massif de la population contribue grandement &#224; la reconstruction du tissu syndical, associatif et politique du pays, comme si ce mouvement pressentait que sa vie serait relativement br&#232;ve. Il joue ainsi objectivement le r&#244;le de semeur de graines dont certaines commencent &#224; germer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le pouvoir r&#233;el sur deux fronts &#224; la fois&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essentiellement incarn&#233; par Ahmed Ga&#239;d Salah et le commandement militaire au nom duquel il s'exprime, le pouvoir r&#233;el combat politiquement sur deux fronts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En interne, il fait face &#224; une coalition de deux clans, celui de Sa&#239;d Bouteflika (fr&#232;re et conseiller de l'ex-Pr&#233;sident) et celui du g&#233;n&#233;ral Mohamed Medi&#232;ne, dit Toufik, ancien patron de l'ex-D&#233;partement du renseignement et de la s&#233;curit&#233; (DRS). Ces deux clans s'&#233;taient affront&#233;s au cours du quatri&#232;me mandat de Bouteflika (2014-2019) auquel Toufik s'&#233;tait oppos&#233;. Ayant remport&#233; la bataille avec le soutien de Ga&#239;d Salah, l'ex-pr&#233;sident envoya Toufik &#224; la retraite et restructura les services de s&#233;curit&#233; &#224; la t&#234;te desquels il nomma le g&#233;n&#233;ral Bachir Tartag.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anciennement rivaux, ces deux clans se sont r&#233;cemment r&#233;concili&#233;s pour former une faction oppos&#233;e &#224; celle de Ga&#239;d Salah. Aucune question de principe n'oppose ces deux factions qui ont conjointement soutenu et particip&#233; aux quatre mandats d'Abdelaziz Bouteflika et s'appr&#234;taient, en ce d&#233;but d'ann&#233;e 2019, &#224; r&#233;cidiver en vue d'un un cinqui&#232;me. Durant vingt ann&#233;es, elles ont partag&#233; sans broncher la politique autoritaire, lib&#233;rale et antisociale du pr&#233;sident sortant et la corruption qui l'a accompagn&#233;e, celle-l&#224; m&#234;me que le chef d'&#233;tat-major fait mine de d&#233;couvrir aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur actuel affrontement porte en r&#233;alit&#233; sur la meilleure fa&#231;on de pr&#233;server le r&#233;gime. Par l'acceptation d'une nouvelle transition contr&#244;l&#233;e en vue de gagner du temps et de peser sur le processus de reconfiguration du r&#233;gime, pour ce qui est de Sa&#239;d Bouteflika et de ses acolytes. Par le refus ferme et d&#233;finitif de sortir du cadre de l'actuelle Constitution, pour ce qui est du Commandement de l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet affrontement, Ga&#239;d Salah a pris l'offensive en contraignant Bouteflika &#224; d&#233;missionner, entrainant de facto l'activation de l'article 102 de la Constitution qui attribue la fonction de chef de l'Etat par int&#233;rim au pr&#233;sident du Conseil de la nation (S&#233;nat), Bensalah, pour une p&#233;riode de 90 jours (jusqu'au 9 juillet) au cours de laquelle une nouvelle pr&#233;sidentielle doit se tenir (fix&#233;e au 4 juillet). Ga&#239;d Salah a conserv&#233; l'initiative en jetant en prison ses principaux adversaires (Sa&#239;d Bouteflika- Toufik et Tartag) accus&#233;s &#171; d'atteinte &#224; l'autorit&#233; de l'arm&#233;e et complot contre l'autorit&#233; de l'Etat &#187;. Utilisant le th&#232;me de la lutte contre la corruption, tr&#232;s populaire aupr&#232;s des Alg&#233;riens, il a plac&#233; derri&#232;re les barreaux les principaux oligarques (Ali Haddad, Issad Rebrab et les fr&#232;res Kouninef) qui soutenaient ses adversaires et a envoy&#233; les anciennes figures politiques de l'&#232;re Bouteflika &#224; compara&#238;tre devant les juges : les ex-Premiers ministres Ahmed Ouyahia par ailleurs Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du RND et Abdelmalek Sellal, les anciens ministres et chefs ou ex-chefs de partis tels que Djamel Ould Abbes (FLN), Amara Benyounes (MPA), Amar Ghoul (TAJ), l'ancien Directeur g&#233;n&#233;ral de la s&#233;curit&#233; nationale (DGSN) Abdelghani Hamel&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bataille se poursuit aux niveaux des partis de la &#171; coalition pr&#233;sidentielle &#187;, du Parlement et des organisations satellitaires. Directement cibl&#233;s par la Justice, les dirigeants de deux petites formations (MPA et TAJ) se sont rapidement mis au garde-&#224;-vous en soutenant l'option constitutionnaliste. Les principaux partis, le RND et le FLN ont se sont &#233;galement prononc&#233; en faveur de la voie constitutionnaliste. Mais le RND est inaudible, totalement paralys&#233; par la fracture qui le d&#233;chire et l'&#233;p&#233;e de Damocl&#232;s qui p&#232;se sur la t&#234;te de son chef. Le FLN ne parvient pas davantage &#224; sortir de la crise. Son comit&#233; central a destitu&#233; il y a quelques semaines son secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral Moad Bouchareb, plac&#233; &#224; ce poste il y a six mois &#224; peine par Bouteflika, et l'a remplac&#233; par l'homme d'affaires Mohamed Djemai. Mais Bouchareb refuse &#224; ce jour de c&#233;der le perchoir de l'APN qu'il a conquis par un coup de force ill&#233;gal en octobre 2018 en renversant avec les autres d&#233;put&#233;s de sa formation l'ancien pr&#233;sident Sa&#239;d Bouhadja. Ces &#171; repr&#233;sentants du peuple &#187; sont maintenant divis&#233;s entre partisans et adversaires de Bouchareb, ce qui freine le processus de &#171; redressement &#187; du premier parti de la coalition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me incertitude du c&#244;t&#233; des organisations satellites du pouvoir. Apr&#232;s l'arrestation d'Ali Haddad, le FCE semblait en voie d'&#233;mancipation vis-&#224;-vis du clan Bouteflika. Mais les partisans de l'homme d'affaires et ex-pr&#233;sident de l'association patronale sont revenus r&#233;cemment &#224; la charge en s'emparant du poste de pr&#233;sident par int&#233;rim charg&#233; de pr&#233;parer l'&#233;lection du futur pr&#233;sident. La m&#234;me incertitude r&#232;gne &#224; l'UGTA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef de l'Etat par int&#233;rim, Bensalah, et son Premier ministre Noureddine Bedoui ne peuvent sortir du cadre constitutionnel fix&#233; par Ga&#239;d Salah, m&#234;me s'ils n'ont pas fait preuve d'un z&#232;le particulier dans la mise en place de la Haute instance ind&#233;pendante de surveillance des &#233;lections (HIISE) et la pr&#233;paration le scrutin du 4 juillet. Alors que le Premier ministre reste muet, le chef de l'Etat par int&#233;rim nomme et d&#233;gomme &#224; profusion les responsables d'institutions &#233;tatiques et d'entreprises publiques. Ces d&#233;cisions ressemblent fort &#224; un acte de r&#233;sistance &#224; l'&#233;gard de Ga&#239;d Salah.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Confront&#233; au mouvement populaire, Salah essaie de passer en force. Apr&#232;s avoir fait mine de le soutenir, de le prot&#233;ger face &#224; la r&#233;pression de la police et de certains corps de s&#233;curit&#233;, et exprim&#233; sa disposition &#224; l'accompagner afin qu'il r&#233;alise toutes ses revendications, Ga&#239;d Salah cherche de plus en plus ouvertement &#224; le mater.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'obstine &#224; vouloir imposer sa solution constitutionnelle, ne d&#233;nonce plus les entraves et la r&#233;pression des marches dans la capitale et ne met pas en garde les forces de police contre les provocations &#224; l'&#233;gard des manifestants. Il semble d&#233;sormais laisser libre cours &#224; l'attitude ostentatoirement r&#233;pressive de la police et de la gendarmerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ga&#239;d Salah exige du mouvement qu'il renonce &#224; son mot d'ordre de changement de r&#233;gime et qu'il s'inscrive dans sa d&#233;marche de maintien du r&#233;gime lib&#233;ral autoritaire &#224; fa&#231;ade d&#233;mocratique. Il amalgame le mot d'ordre de changement de r&#233;gime &#224; la position d&#233;fendue par la &#171; bande &#224; Bouteflika &#187;. Il accuse &#233;galement ceux qui ne partagent pas son point de vue de vouloir affaiblir l'arm&#233;e, de se mettre en travers de l'ANP et son commandement et d'aller &#224; l'encontre des int&#233;r&#234;ts de l'Alg&#233;rie. Bref, il met en garde et menace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son insistance &#224; vouloir sauver le r&#233;gime autoritaire risque de pr&#233;cipiter le pays dans une situation impr&#233;visible. La Constitution dont il se r&#233;clame &#224; tout bout de champ s'av&#232;re pourtant totalement ill&#233;gitime, tout comme le r&#233;gime qui, depuis 1980, a renonc&#233; au projet de d&#233;veloppement souverain, accept&#233; l'inique ordre &#233;conomique international et l'ordre imp&#233;rialiste r&#233;gional, pr&#244;n&#233; le passage au lib&#233;ralisme, instrumentalis&#233; l'islamisme pour l&#233;gitimer la propri&#233;t&#233; priv&#233; des moyens de production dans un pays visc&#233;ralement attach&#233; &#224; l'&#233;galit&#233; sociale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'enjeu politique du moment&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu politique principal du moment est de savoir si le r&#233;gime autoritaire restera en place ou si une voie s'ouvrira enfin pour un v&#233;ritable changement d&#233;mocratique. Maintien du r&#233;gime ou ouverture d'une transition d&#233;mocratique, tels sont les deux termes de l'&#233;quation politique nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant refus&#233; depuis des semaines la tenue d'une pr&#233;sidentielle dans le cadre des lois, des institutions et du personnel dirigeant actuels, le peuple alg&#233;rien ne se contentera certainement pas d'un simple report de la date du scrutin. Il ne tol&#232;re plus d'&#234;tre dup&#233; comme ce fut le cas lorsque le pouvoir fit certaines concessions politiques et des promesses (1988-1992, 2001-2002 et 2011) avant de se r&#233;tracter et de reconduire le r&#233;gime autoritaire. Instruit par ces douloureuses exp&#233;riences, le peuple s'est lev&#233; pour que soit enfin instaur&#233;e sa souverainet&#233; bafou&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, et apr&#232;s son &#233;chec &#224; tenir un scrutin pr&#233;sidentiel le 4 juillet, le pouvoir admettra-t-il enfin que l'unique souverain l&#233;gitime du pays est le peuple ? Sera-t-il pr&#234;t &#224; composer et &#224; renoncer &#224; sa chim&#233;rique &#171; solution constitutionnelle &#187; ou cherchera-t-il encore &#224; l'imposer en recourant &#224; des man&#339;uvres dilatoires voire &#224; la r&#233;pression ? S'il se contente de fixer une autre date et ne proc&#232;de qu'&#224; des changements politiques cosm&#233;tiques, il se heurtera fatalement &#224; un nouveau refus. S'il recourt &#224; la r&#233;pression, il ne subsistera alors que deux issues possibles : une r&#233;volution d&#233;mocratique ou une dictature militaro-polici&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir optera-t-il pour un coup de force &#224; la Sissi alors qu'aucune menace ne p&#232;se sur la R&#233;publique ? Choisira-t-il l'option soudanaise ponctu&#233;e de morts et de bless&#233;s, pour finalement se r&#233;soudre &#224; l'ouverture d'une transition partag&#233;e ? Prendra-t-il la mesure des changements politiques intervenus depuis trois mois pour accompagner l'aspiration l&#233;gitime du peuple alg&#233;rien &#224; prendre en main son propre destin ? Cette derni&#232;re solution &#233;pargnerait au pays nombre de morts et de destructions et &#233;loignerait le spectre d'un affrontement perdant-perdant doubl&#233; d'une possible ing&#233;rence imp&#233;rialiste dont on peut, &#224; titre d'exemple, mesurer les cons&#233;quences d&#233;sastreuses en Libye.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La balle se situe d&#233;sormais dans les mains du pouvoir. Or, dans ses derni&#232;res interventions, Ga&#239;d Salah maintient la n&#233;cessit&#233; d'organiser rapidement une &#233;lection pr&#233;sidentielle, m&#234;me s'il n'&#233;voque plus la date du 4 juillet. Voil&#224; pourquoi la mobilisation populaire doit se poursuivre. Le caract&#232;re massif des manifestations actuelles, alors que l'on a entam&#233; la derni&#232;re semaine de ramadan, ne laisse aucun doute quant &#224; la d&#233;termination des Alg&#233;riens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le coup d'apr&#232;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si sa d&#233;termination reste intacte, le mouvement populaire n'est toujours pas dans une dynamique r&#233;volutionnaire visant &#224; renverser le pouvoir pour se substituer &#224; lui. Il reste dans une dynamique de r&#233;forme radicale visant &#224; un changement de r&#233;gime par une pression constante et croissante en vue d'amener le pouvoir &#224; composer[4]. La situation pourrait &#233;voluer &#224; l'avenir et le mouvement devrait alors s'adapter au nouveau contexte en adoptant une autre tactique. Il ne faut donc rien exclure a priori. Mais &#224; l'heure qu'il est, l'option la plus probable reste celle de la pression-n&#233;gociation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'av&#232;re toujours possible d'appeler le peuple &#224; faire une r&#233;volution d&#233;mocratique. Mais la radicalit&#233; concr&#232;te incite plut&#244;t &#224; rechercher un d&#233;bouch&#233; politique conforme &#224; la nature du mouvement, &#224; ses aspirations et exigences, &#224; sa force, mais aussi &#224; ses limites et contradictions. Car le but est de sortir de cette crise par une victoire, partielle certes pour les partisans d'une soci&#233;t&#233; socialiste, mais r&#233;elle et substantielle, les r&#233;volutions ne se r&#233;alisant pas en un jour et, surtout, n'ob&#233;issant pas &#224; la volont&#233; subjective de tel ou tel groupe militant, de tel ou tel th&#233;oricien. Le mouvement actuel peut &#234;tre compar&#233; &#224; une gr&#232;ve dans une entreprise dont l'objectif principal, au-del&#224; de la satisfaction de diverses revendications imm&#233;diates (salaires, conditions de travail&#8230;), est de renforcer l'unit&#233; des travailleurs et donc leur force, leur organisation et leur moral en pr&#233;vision des luttes futures. Il n'est pas, en toutes circonstances, de renverser la direction de l'entreprise, d'exproprier les expropriateurs et, pourquoi pas, de prendre le pouvoir dans le pays. De tels objectifs ne peuvent &#234;tre avanc&#233;s &#8211; pas propag&#233;s, mais avanc&#233;s concr&#232;tement comme mots d'ordres &#8211; qu'au cours d'une situation r&#233;volutionnaire. Agir autrement revient &#224; confondre propagande et agitation sur la base d'une incompr&#233;hension totale des enjeux politiques r&#233;els de la conjoncture, du rapport de forces entre les protagonistes et donc de la capacit&#233; objective du camp populaire ainsi que de sa volont&#233; subjective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu de toute &#233;ventuelle n&#233;gociation serait d'ouvrir la voie &#224; une v&#233;ritable transition et non &#224; un simple report de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle. Cela implique de changer les autoritaires r&#232;gles du jeu politique afin de passer d'une d&#233;mocratie de fa&#231;ade &#224; un v&#233;ritable r&#233;gime d&#233;mocratique. Il existe plusieurs types de transition n&#233;goci&#233;e. En Alg&#233;rie aujourd'hui, on en compte au moins deux, pilot&#233;s par des instances provisoires dont le contenu, la forme, la composition et la fonction exacts d&#233;coulent du rapport de forces entre les camps en pr&#233;sence et de l'existence ou non d'un compromis entre eux. Mise en place de r&#233;formes structurelles pr&#244;n&#233;es par le FMI, la Banque mondiale et les forces du march&#233; au profit du capital &#233;tranger et de la bourgeoisie compradore ? Ou satisfaction des revendications sociales des travailleurs et des masses populaires, pr&#233;servation de la propri&#233;t&#233; du peuple sur les richesses et le patrimoine de la nation, r&#233;habilitation du r&#244;le de l'Etat dans le d&#233;veloppement &#233;conomique et social, lutte contre les in&#233;galit&#233;s par une remise en cause des oligarques, garantie des libert&#233;s d&#233;mocratiques et syndicales ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier type de transition pourrait se traduire par une s&#233;rie de r&#233;formes plus ou moins profondes visant &#224; s'engager dans un nouveau cycle &#233;lectoral et &#224; assoir sa l&#233;gitimit&#233; : amendement de certaines lois (&#233;lectorale, sur les partis, les associations&#8230;), dissolution de quelques institutions (Parlement&#8230;) suivie ou non de leur remplacement (Commission constitutionnelle), r&#233;vision de la composition de certaines autres (Conseil constitutionnel, Conseil d'Etat, Conseil sup&#233;rieur de la magistrature&#8230;), ouverture des champs m&#233;diatique et politique (libre acc&#232;s aux lieux de r&#233;union, droit de manifester&#8230;), installation d'une instance nationale ind&#233;pendante d'organisation des op&#233;rations &#233;lectorales (&#233;tablissement du fichier &#233;lectoral, fixation du calendrier &#233;lectoral, contr&#244;le de l'op&#233;ration &#233;lectorale, proclamation des r&#233;sultats avant leur confirmation par le Conseil constitutionnel), campagne d'incitation &#224; l'inscription des citoyens en &#226;ge de voter sur les listes &#233;lectorales&#8230; Les forces politiques et les personnalit&#233;s qui soutiennent cette voie ont pour perspective, &#224; moyen terme, la tenue d'un scrutin pr&#233;sidentiel suivi d'&#233;lections l&#233;gislatives et locales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second type de transition redonne au peuple son r&#244;le d'unique constituant auquel il appartiendra de trancher souverainement sur toutes les questions institutionnelles par l'&#233;lection, apr&#232;s d&#233;bat dans la soci&#233;t&#233;, d'une Assembl&#233;e constituante. Les d&#233;put&#233;s qui y si&#232;geraient seraient charg&#233;s d'&#233;laborer une nouvelle Constitution qui, une fois r&#233;dig&#233;e, serait soumise &#224; r&#233;f&#233;rendum. Dans ce type de transition, on ne pr&#233;sume pas a priori de l'architecture institutionnelle &#224; mettre en place ni du choix de telle ou telle &#233;lection (pr&#233;sidentielle, s&#233;natoriale, d&#233;partementale, municipale&#8230;) car il se peut, &#224; titre d'exemple, que la Constituante d&#233;cide justement de supprimer les institutions pr&#233;sidentielle et s&#233;natoriale. Il convient donc de laisser le soin aux d&#233;put&#233;s &#233;lus de trancher ces questions avant de revenir au cycle &#233;lectoral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le choix de tel ou tel type de transition reste subordonn&#233; &#224; la victoire sur les partisans du maintien du r&#233;gime actuel et d&#233;pendra in fine du rapport de forces sur le terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. Les enjeux de classe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'une fois la transition amorc&#233;e qu'appara&#238;tront un peu plus clairement aux yeux des larges masses les enjeux de classe de la conjoncture politique, enjeux actuellement masqu&#233;s par la revendication d&#233;mocratique commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;clin&#233; sous diff&#233;rentes variantes (nationaliste, islamiste, la&#239;que, d&#233;mocrate, voire &#171; de gauche &#187;), le discours dominant nie l'existence en Alg&#233;rie du capitalisme et des classes sociales caract&#233;ristiques de ce mode de production. Les &#233;v&#232;nements politiques que nous vivons seraient exempts de toute dimension de classe. S'appuyant sur une lecture du Capital de Karl Marx et des manuels d'&#233;conomie politique ou sur une simple comparaison d'avec le fonctionnement actuel des pays capitalistes d&#233;velopp&#233;s, beaucoup d'intellectuels, de politiques, de journalistes et de citoyens &#224; leur suite concluent que l'Alg&#233;rie n'est &#171; m&#234;me pas &#187; un pays capitaliste. Ils le regrettent d'ailleurs en consid&#233;rant que l'instauration du capitalisme repr&#233;senterait &#171; d&#233;j&#224; un immense progr&#232;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un pays capitaliste domin&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, dans ce pays domin&#233; qu'est Alg&#233;rie, le capitalisme ne pouvait en aucun cas ressembler au mode de production abstrait d&#233;crit par les classiques du marxisme ni au capitalisme dominant tel qu'il existe aujourd'hui dans les pays du G7. Le caract&#232;re particulier de la phase de d&#233;veloppement capitaliste que nous vivons (processus d'accumulation primitive priv&#233;e) a forg&#233; et continue forc&#233;ment de forger une structure de classe particuli&#232;re avec ses pratiques propres et des formes de conscience de classe originales. Tel est l'aspect sp&#233;cifique du d&#233;veloppement capitaliste qui constitue, lui, l'aspect universel du d&#233;veloppement de la formation sociale alg&#233;rienne depuis 40 ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, tout ce que nos partisans d'un capitalisme abstrait id&#233;alis&#233; d&#233;testent et rejettent comme non capitaliste constitue justement notre capitalisme r&#233;el, celui d'un pays domin&#233; avec sa corruption g&#233;n&#233;ralis&#233;e, sa bourgeoisie atrophi&#233;e, compradore et d&#233;linquante, une classe ouvri&#232;re d&#233;cim&#233;e par la d&#233;sindustrialisation du pays cons&#233;cutive &#224; l'infitah (&#171; ouverture &#187; aux capitaux priv&#233;s) en cours depuis 1980, le choix de privil&#233;gier le commerce et l'import au d&#233;triment de l'industrie, la mono-exportation d'hydrocarbures, l'&#233;vasion fiscale et l'exportation de capitaux, la sp&#233;culation&#8230; Telle est l'histoire r&#233;elle du d&#233;veloppement capitaliste dans notre pays. On comprend qu'elle ne plaise pas, mais elle ne rel&#232;ve nullement d'une d&#233;viance normative car s'il existe des exemples de d&#233;veloppement capitaliste, il n'existe pas, sauf chez les experts-id&#233;ologues du FMI, de la Banque mondiale&#8230;, de mod&#232;le unique pr&#234;t &#224; l'emploi. Le capitalisme domine &#224; l'&#233;chelle mondiale mais ses formes concr&#232;tes varient d'un pays &#224; l'autre en fonction de l'histoire de l'articulation de ce mode de production avec ceux qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;, des formes de son insertion dans un capitalisme mondial polaris&#233; entre pays dominants et pays domin&#233;s, de la formation sp&#233;cifique de ses classes et fractions de classes par le biais de l'&#233;conomie et de la lutte des classes, de la forme et du r&#244;le originaux de l'Etat&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Alg&#233;rie est bien un pays capitaliste domin&#233; dont la configuration est le produit d'une histoire concr&#232;te. Aujourd'hui, elle se compose (de mani&#232;re approximative) d'une majorit&#233; &#233;crasante de salari&#233;s (plus de 70%) actifs, au ch&#244;mage ou retrait&#233;s, d'une petite bourgeoisie traditionnelle et nouvelle (autour de 20%) et d'une minorit&#233; bourgeoise (entrepreneurs, importateurs, gros commer&#231;ants&#8230;) ainsi que de gros propri&#233;taires terriens (moins de 10%). Et la lutte actuelle est bien, au sens universel mais dans les conditions sp&#233;cifiques du pays, une lutte de classes. Lorsque les masses populaires investissent la rue en criant aux tenants du pouvoir &#171; vous vous &#234;tes gav&#233;s des richesses du pays &#187;, elles signifient qu'une infime minorit&#233; a d&#233;poss&#233;d&#233; la majorit&#233; de ce qui lui appartenait formellement par le biais de la propri&#233;t&#233; publique des moyens de production. Le peuple a pu observer que les positions de pouvoir, ou &#224; proximit&#233; de celui-ci, ont permis l'obtention illicite de capitaux (argent) et l'accumulation priv&#233;e, c'est-&#224;-dire l'acquisition de moyens de production par une fraction minoritaire de la soci&#233;t&#233; et la chute, pour la majorit&#233;, dans la condition de prol&#233;taires ne disposant que de leur force de travail pour vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce processus de d&#233;possession, au profit du capital alg&#233;rien mais aussi, et de plus en plus, &#224; celui du capital international, n'est pas achev&#233; et fait au contraire l'objet d'une intense lutte qui oppose les travailleurs au pouvoir, mais qui traverse &#233;galement l'appareil d'Etat comme on a pu l'observer avec l'incapacit&#233; &#224; ce jour de privatiser certains secteurs strat&#233;giques comme celui des hydrocarbures (loi Khelil), ou la r&#233;cup&#233;ration par l'Etat du complexe sid&#233;rurgique d'El Hadjar brad&#233; au capital international (Arcelor Mittal) qui l'a totalement d&#233;structur&#233; avant de le revendre au prix fort &#224; la puissance publique. Ce tour de passe-passe a donn&#233; le temps &#224; des groupes &#233;trangers (le turc Tosyali &#224; Bethioua, le groupe Qatar international &#224; Bellara &#8230;) de construire de nouveaux complexes sid&#233;rurgiques, publics mais ins&#233;r&#233;s dans des cha&#238;nes de production internationale dont la maitrise &#233;chappe totalement &#224; l'Alg&#233;rie. Rappelons en d&#233;cembre 2018 la vente par le groupe priv&#233; espagnol Grupo Villar Mir de ses parts dans le groupe Fertial, anciennement soci&#233;t&#233; &#233;tatique d&#233;nomm&#233;e Asmidal, au profit du groupe Haddad, vente qui gr&#226;ce &#224; la mobilisation des travailleurs fut annul&#233;e in extr&#233;mis par l'Etat qui fit jouer son droit de pr&#233;emption. Un sc&#233;nario identique se r&#233;p&#232;te aujourd'hui avec l'accord entre Anadarko et Total qui permettrait au groupe fran&#231;ais de poss&#233;der pr&#232;s de la moiti&#233; de la production nationale de GNL et de gaz de schiste, si l'on ajoute ce contrat &#224; son actuel capacit&#233; de production. L&#224; aussi, l'Etat semble avoir d&#233;cid&#233; de faire jouer son droit de pr&#233;emption avant de se r&#233;tracter. Affaire &#224; suivre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, bien que dissimul&#233;s, les enjeux de classe sont bien pr&#233;sents dans les luttes politiques quotidiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les ambitions entrav&#233;es de la bourgeoisie alg&#233;rienne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les partisans du capitalisme, il existe quelques analystes r&#233;alistes et lucides de la conjoncture et de ses enjeux. C'est le cas d'un chroniqueur qui analyse, de mani&#232;re sym&#233;trique &#224; la vision des socialistes, la r&#233;alit&#233; en termes de classes et de luttes des classes. Dans une chronique hebdomadaire publi&#233;e peu de temps avant le soul&#232;vement du 22 f&#233;vrier, El Kadi Ihsane porte un regard extr&#234;mement critique sur le capitalisme alg&#233;rien actuel &#224; partir d'un exemple r&#233;v&#233;lateur &#224; ses yeux, celui de l'&#233;chec de l'investissement de l'ETRHB6 dans le football et les m&#233;dias[5]. Et il prononce en conclusion un r&#233;quisitoire sans concession sur la r&#233;alit&#233; du capitalisme alg&#233;rien, de la bourgeoisie et de son Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comparant au capitalisme tunisien, El Kadi explique &#171; combien le capitalisme alg&#233;rien des ann&#233;es Bouteflika est factice, peu &#233;thique et proche de la d&#233;linquance. &#187; Ne s'arr&#234;tant pas &#224; ce jugement de valeur, il pr&#233;cise, plus objectivement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La bourgeoisie alg&#233;rienne li&#233;e au syst&#232;me de pouvoir n'est pas arriv&#233;e &#224; cr&#233;er une &#233;conomie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprochant &#224; Bouteflika de n'avoir pas permis &#171; le d&#233;veloppement d'un business des m&#233;dias &#187; qu'il emp&#234;che encore en 2019, le chroniqueur explique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Dans un pays capitaliste &#8216;'normal'', la bourgeoisie investit tous les secteurs d'activit&#233; qui peuvent &#233;largir le cycle du capital et son influence sur la soci&#233;t&#233; en vue de la reproduction de sa position dominante. L'Etat, en fait son Etat, le lui permet. Il r&#233;gule, fait semblant de veiller &#224; l'&#233;quit&#233; dans la concurrence, mais au final, lui c&#232;de le soft power de l'influence. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de comparer la situation entre le pays de l'ancien colonisateur et le n&#244;tre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; En France, les principaux m&#233;dias sont d&#233;tenus par une dizaine de milliardaires, qui souvent gagnent de l'argent dans la fili&#232;re et contr&#244;lent la production de l'information et la formation des opinions. En Alg&#233;rie, les capitalistes proches du clan pr&#233;sidentiel n'ont pas r&#233;ussi &#224; le convaincre de laisser faire la m&#234;me chose. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il met en exergue la responsabilit&#233; du pouvoir et des capitalistes qui lui sont proches dans cet &#233;tat de fait, El Kadi n'omet pas de pr&#233;ciser, de mani&#232;re extr&#234;mement lucide, que&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; cela est surtout symptomatique de la faiblesse politique de la bourgeoisie alg&#233;rienne &#224; l'abri d'un r&#233;gime politique qui ne peut pas lui garantir une consolidation de son statut face au retournement, toujours &#233;ruptif, des opinions populaires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regrettant le monopole de la t&#233;l&#233;vision publique alg&#233;rienne sur la diffusion des rencontres de championnat, qui &#171; constitue une &#233;viction de revenus pour les investisseurs dans le football &#187;, alors que les droits d'image repr&#233;sentent l'une &#171; des principales sources de revenus des clubs professionnels dans le capitalisme &#8216;'normal'' &#187;, le chroniqueur note que ce fait&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; renseigne sur le retard de l'&#233;cosyst&#232;me du business alg&#233;rien qui ne sait pas cr&#233;er les march&#233;s de son d&#233;veloppement quand l'Etat, format&#233; par les ann&#233;es Bouteflika, se bloque. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et El Kadi de conclure avec d&#233;pit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La bourgeoisie alg&#233;rienne ne produit pas de soft power. Elle ne fait pas r&#234;ver le peuple. Celle qui importe, se cache. Celle qui d&#233;veloppe du service se positionne discr&#232;tement, celle qui investit dans l'industrie attend son heure. Mais aucune ne p&#232;se sur l'histoire. Elle n'a collectivement m&#234;me pas &#233;t&#233; en mesure de produire de vrais oligarques. Pour conduire son suppos&#233; pouvoir politique &#224; &#233;largir historiquement le cercle du profit. &#187; Un pouvoir qu'il assimile, en ce qui concerne l'&#232;re Bouteflika, &#224; &#171; des ann&#233;es du business d'apartheid sans dessein national. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette chronique d'El Kadi, comme c'est souvent le cas chez lui, tente d'&#233;veiller la conscience de classe des capitalistes alg&#233;riens par une lecture des contradictions et enjeux sociaux objectifs et subjectifs de la soci&#233;t&#233;. Il &#233;voque tour &#224; tour les conditions forc&#233;ment non &#233;thiques de l'accumulation primitive du capital, les r&#233;criminations de la fraction capitaliste ultralib&#233;rale &#224; l'&#233;gard d'un pouvoir accus&#233; d'avoir men&#233; un business d'apartheid alors m&#234;me, rappelle-t-il non sans une pointe de cynisme, que le r&#244;le de l'Etat capitaliste &#171; normal &#187; est d'&#234;tre faussement neutre, mais en r&#233;alit&#233; au service de la bourgeoisie. R&#233;crimination &#233;galement &#224; l'&#233;gard de la fraction li&#233;e au r&#233;gime Bouteflika jug&#233;e incapable de peser sur le pouvoir pour &#233;largir le cercle de ses profits et assurer la reproduction de sa position dominante. Plus globalement, il explique &#224; sa mani&#232;re la crise d'h&#233;g&#233;monie de la bourgeoisie alg&#233;rienne incapable de faire r&#234;ver le peuple en lui offrant un &#171; dessein national &#187; et de se doter d'un pouvoir &#224; m&#234;me de &#171; lui garantir une consolidation de son statut face au retournement, toujours &#233;ruptif, des opinions populaires. &#187; C'est incontestablement un brillant et lucide analyste que le courant marxiste d'Alg&#233;rie a perdu, le jour o&#249; El Kadi est pass&#233; dans le camp d'en face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc &#224; la lumi&#232;re de tous ces enjeux de classes que l'on peut tenter de comprendre la tactique des diff&#233;rentes forces sociales et les recompositions politiques qui risquent de se produire dans les mois et ann&#233;es &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les vell&#233;it&#233;s r&#233;volutionnaires de la bourgeoisie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie alg&#233;rienne est faible, divis&#233;e, en proie &#224; une crise d'h&#233;g&#233;monie. Alors qu'elle est la classe dominante, elle ne tient pas encore les appareils d'Etat. C'est &#224; leur conqu&#234;te que sa fraction ultralib&#233;rale entr&#233;e en opposition est partie depuis plusieurs ann&#233;es afin de se lib&#233;rer du carcan historique que font peser sur elle des appareils d'Etat encore aux mains d'une petite-bourgeoisie dont l'histoire reste marqu&#233;e par la r&#233;volution alg&#233;rienne d'avant et d'apr&#232;s l'ind&#233;pendance. Une petite-bourgeoisie qui refuse de passer brutalement &#224; l'&#233;conomie de march&#233;, de s'ins&#233;rer &#171; &#224; pieds joints &#187; dans le capitalisme global en position subalterne et de se soumettre totalement &#224; l'ordre imp&#233;rialiste r&#233;gional. L'enjeu essentiel pour la bourgeoisie priv&#233;e men&#233;e par sa fraction ultralib&#233;rale est de passer du statut de classe dominante &#224; celui de classe gouvernante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir longtemps et instamment, mais sans r&#233;sultat, demand&#233; au pouvoir de se mettre directement &#224; leur service, les hommes d'affaires, dont nombre d'anciens militaires, ont progressivement investi les appareils d'Etat : au moyen de l'achat de charges publiques (maires, d&#233;put&#233;s&#8230;) par le biais des partis de la coalition pr&#233;sidentielle (FLN, RND, MPA, TAJ&#8230;), mais aussi de l'opposition ultralib&#233;rale (Talaie El Hourriyet, MSP, RCD&#8230;) ; par l'investissement massif dans les m&#233;dias priv&#233;s (presse &#233;crite, t&#233;l&#233;s priv&#233;es et web radios&#8230;) mais aussi, de plus en plus, publics, ainsi que par la mise en place de relais (associations, think-tanks&#8230;). Ils se sont organis&#233;s dans des syndicats et associations patronales de plus en plus puissantes afin d'imposer leurs int&#233;r&#234;ts &#224; l'Ex&#233;cutif. Mais celui-ci les dompta rapidement en reprenant en main leur organisation phare (FCE) dont l'ancien pr&#233;sident R&#233;da Hamiani fut d&#233;gomm&#233; par un &#171; coup d'&#233;tat scientifique &#187; dont le pouvoir a le secret. Quelques dissidents, &#224; l'instar d'Issad Rebrab (Cevital), se repli&#232;rent sur la gestion de leurs affaires en attendant des jours meilleurs pendant que la majorit&#233; d&#233;cida d'accompagner le pouvoir dans l'espoir de peser progressivement sur ses orientations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux tactiques ayant &#233;chou&#233;, ce qui n'entrava pas outre-mesure son d&#233;veloppement massif et la croissance de sa puissance financi&#232;re et de sa capacit&#233; de p&#233;n&#233;tration dans les institutions, la fraction opposante, entra &#224; l'instar du patron de Cevital, dans une opposition de plus en plus active, tentant de mobiliser la rue au cours des deux derni&#232;res ann&#233;es avant de monter dans le train du mouvement du 22 f&#233;vrier pour &#171; en finir avec le r&#233;gime actuel &#187;. Le pouvoir r&#233;el, celui de la tr&#232;s haute hi&#233;rarchie militaire, a fini par les mettre tous d'accord en envoyant les repr&#233;sentants des diff&#233;rentes fractions de cette bourgeoisie en prison ! Cela est tr&#232;s symbolique de l'&#233;chec politique de la bourgeoisie alg&#233;rienne. Mais cet &#233;chec n'est sans doute que provisoire car le pouvoir actuel, reli&#233; par mille et un fils invisibles, mais aussi visibles, aux d&#233;tenteurs de capitaux, et n'ayant pas d'autre projet alternatif au d&#233;veloppement capitaliste, ne pourra finalement que passer la main, t&#244;t ou tard, aux repr&#233;sentants politiques de cette bourgeoisie ascendante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce processus interviendra-t-il par le biais d'une r&#233;volution ? Le pouvoir r&#233;el consentira-t-il finalement &#224; n&#233;gocier le passage de t&#233;moins aux repr&#233;sentants politiques du nouveau capitalisme alg&#233;rien ? Tels sont les enjeux actuels qui devraient logiquement pousser le pouvoir et son opposition bourgeoise &#224; trouver un compromis au sommet menant &#224; des r&#233;formes politiques limit&#233;es suivies d'une &#233;lection pr&#233;sidentielle qui verrait le nouveau Premier magistrat du pays disposer d'une l&#233;gitimit&#233; lui permettant enfin de r&#233;aliser les r&#233;formes &#233;conomiques et sociales structurelles tant d&#233;sir&#233;es, mais toujours insuffisamment r&#233;alis&#233;es. La bourgeoisie se m&#233;fie en effet comme de la peste du &#171; retournement, toujours &#233;ruptif, des opinions populaires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est justement au nom de ce sc&#233;nario, probable bien que non in&#233;luctable, que certains marxistes se refusent &#224; soutenir le mouvement populaire qu'ils r&#233;duisent au r&#244;le peu glorieux de Cheval de Troie de la bourgeoisie. Aucun marxiste, et certainement pas L&#233;nine, n'ont cach&#233; le fait que l'instauration d'un r&#233;gime d&#233;mocratique bourgeois servait les int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie. Mais ils ont relev&#233; que ce r&#233;gime &#233;tait &#233;galement profitable au prol&#233;tariat en facilitant, d'une part, son organisation en classe ind&#233;pendante et, d'autre part, en faisant &#233;merger &#224; ses yeux la contradiction qui l'oppose &#224; la bourgeoisie, alors que cette contradiction reste masqu&#233;e tant que la question d&#233;mocratique n'est pas r&#233;solue. C'est exactement ce qui s'est pass&#233; en Tunisie o&#249; les travailleurs peuvent lutter et s'organiser plus librement que sous la dictature de Ben Ali et o&#249; les enjeux de classes sont pass&#233;s au premier plan de la conjoncture : mod&#232;le de d&#233;veloppement, conditions de vie et de travail, ch&#244;mage, inflation, &#233;tranglement financier par les pr&#234;ts du FMI, des USA, de l'UE et des monarchies du Golfe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, la t&#226;che des partisans du socialisme n'est pas de se d&#233;tourner du combat d&#233;mocratique et encore moins de l'opposer au projet anticapitaliste, mais de les lier tous deux au contraire dans un processus ininterrompu et, pour ne froisser personne, appel&#233; &#224; passer par des phases.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alger, le 30 mai 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hocine Belalloufi, dont nous avons d&#233;j&#224; publi&#233; &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/author/hocine-bellaloufi/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;plusieurs articles&lt;/a&gt; sur le soul&#232;vement alg&#233;rien, est journaliste et militant du PST bas&#233; &#224; Alger. Ancien coordinateur de la r&#233;daction de l'Alger r&#233;publicain de 2003 &#224; 2008 , il est &#233;galement l'auteur de deux ouvrages : La d&#233;mocratie en Alg&#233;rie. R&#233;forme ou r&#233;volution ? (Apic et Lazhari-Labter, Alger, 2012) et Grand Moyen Orient : guerres ou paix ? (Lazhari-Labter, Alger, 2008).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Hocine Belalloufi, &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/algerie-crise-regime/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Alg&#233;rie : d'une crise de r&#233;gime &#224; une crise politique &#187;&lt;/a&gt;, Contretemps&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Pour plus de d&#233;tails sur la gen&#232;se de cette dynamique, se reporter &#224; l'article de Hocine Guernane, Syndicat : la contestation dans l'UGTA et les gr&#232;ves. &lt;a href=&#034;https://www.dzvid.com/2019/05/04/syndicat-la-contestation-dans-lugta-et-les-greves/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.dzvid.com/2019/05/04/syndicat-la-contestation-dans-lugta-et-les-greves/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] &lt;a href=&#034;https://www.dzvid.com/2019/05/13/un-million-de-signatures-pour-se-reapproprier-lugta/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.dzvid.com/2019/05/13/un-million-de-signatures-pour-se-reapproprier-lugta/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] H. Belalloufi, &lt;a href=&#034;http://contretemps.eu/algerie-debut-lutte-prolongee/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Ce n'est qu'un d&#233;but &#187;&lt;/a&gt;, Contretemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] El Kadi Ihsane, &#171; Youcef Goucem-Ali Haddad, l'autre &#233;pisode dramatique du capitalisme alg&#233;rien &#187;, La Semaine Eco, El Watan &#233;conomique du 4 f&#233;vrier 2019. elwatan.com/analyse-eco/youcef-goucem-ali-haddad-lautre-episode-dramatique-du-capitalisme-algerien-04-02-2019. L'ETRHB (Entreprise des travaux routiers, hydrauliques et du b&#226;timent) est le groupe priv&#233; de Ali Haddad, l'ancien Pr&#233;sident du FCE actuellement emprisonn&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Alg&#233;rie : ce n'est qu'un d&#233;but</title>
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		<dc:date>2019-04-09T08:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hocine Belalloufi </dc:creator>


		<dc:subject>Alg&#233;rie</dc:subject>
		<dc:subject>Alg&#233;rie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-04-09</dc:subject>

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&lt;p&gt;La mobilisation du peuple alg&#233;rien a donc fini par payer. Un mois et demi apr&#232;s l'irruption des masses populaires sur la sc&#232;ne politique, le 22 f&#233;vrier 2019, Abdelaziz Bouteflika a fini par d&#233;missionner le 2 avril. Il n'aura finalement pas achev&#233; son mandat et sera sorti par la petite porte de l'Histoire. Les manifestations de toute la population chaque vendredi et celles des travailleurs, &#233;tudiants, avocats, magistrats, architectes, m&#233;decins, retrait&#233;s&#8230; durant les jours de semaines, ainsi (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH85/arton38621-970eb.jpg?1781209788' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La mobilisation du peuple alg&#233;rien a donc fini par payer. Un mois et demi apr&#232;s l'irruption des masses populaires sur la sc&#232;ne politique, le 22 f&#233;vrier 2019, Abdelaziz Bouteflika a fini par d&#233;missionner le 2 avril. Il n'aura finalement pas achev&#233; son mandat et sera sorti par la petite porte de l'Histoire. Les manifestations de toute la population chaque vendredi et celles des travailleurs, &#233;tudiants, avocats, magistrats, architectes, m&#233;decins, retrait&#233;s&#8230; durant les jours de semaines, ainsi que les gr&#232;ves locales et les gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales sectorielles sont venues &#224; bout de la volont&#233; du clan pr&#233;sidentiel de se maintenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Infatigable militant syndical et politique dont le c&#339;ur ardent mais fatigu&#233; a l&#226;ch&#233; dans la nuit du 3 au 4 avril 2019.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/algerie-debut-lutte-prolongee/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site de la revue Contretemps&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hocine Belalloufi, journaliste et militant du PST bas&#233; &#224; Alger, analyse les ressorts de cette mobilisation populaire et ouvre le d&#233;bat strat&#233;gique sur ses perspectives. Ancien coordinateur de la r&#233;daction de l'Alger r&#233;publicain de 2003 &#224; 2008 , il est &#233;galement l'auteur de deux ouvrages : La d&#233;mocratie en Alg&#233;rie. R&#233;forme ou r&#233;volution ? (Apic et Lazhari-Labter, Alger, 2012) et Grand Moyen Orient : guerres ou paix ? (Lazhari-Labter, Alger, 2008).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fin de partie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mission de Bouteflika est une immense victoire politique, remport&#233;e en d&#233;pit d'une ultime man&#339;uvre du pr&#233;sident d&#233;missionnaire qui, en &#233;change de son renoncement &#224; candidater &#224; un cinqui&#232;me mandat, cherchait jusqu'ici &#224; piloter une transition contr&#244;l&#233;e afin d'assurer la perp&#233;tuation du r&#233;gime autoritaire-lib&#233;ral &#224; fa&#231;ade d&#233;mocratique en place depuis trois d&#233;cennies. En effet, dans sa lettre du 11 mars au peuple alg&#233;rien, Bouteflika, prenant acte de son &#233;chec &#224; passer en force pour un cinqui&#232;me mandat :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; renon&#231;ait formellement et officiellement &#224; se pr&#233;senter &#224; la pr&#233;sidentielle,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; annulait en violation de sa propre l&#233;galit&#233; le scrutin pr&#233;sidentiel du 18 avril et annon&#231;ait l'ouverture d'une transition non limit&#233;e dans le temps &#224; l'issue de son quatri&#232;me mandat,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; se maintenait tout aussi ill&#233;galement en poste jusqu'&#224; la fin de la transition annonc&#233;e,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; cong&#233;diait le Premier ministre Ahmed Ouyahia et chargeait le ministre de l'Int&#233;rieur Noureddine Bedoui de former un nouveau gouvernement ouvert, y compris &#224; l'opposition,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; annon&#231;ait son intention de convoquer dans les plus brefs d&#233;lais une Conf&#233;rence nationale inclusive, compos&#233;e de repr&#233;sentants des partis politiques du pouvoir et de l'opposition, des &#171; &#233;lites &#187; et autres &#171; personnalit&#233;s ind&#233;pendantes &#187; de la &#171; soci&#233;t&#233; civile &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ancien diplomate alg&#233;rien et onusien Lakhdar Brahimi fut rappel&#233; pour piloter de mani&#232;re informelle la pr&#233;paration de cette Conf&#233;rence nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La man&#339;uvre fut rejet&#233;e par les Alg&#233;riens qui multipli&#232;rent durant toute la semaine les marches, sit-in, gr&#232;ves&#8230; qui culmin&#232;rent dans les immenses manifestations des vendredis 15 et 22 mars. Cette mobilisation exacerba les dissensions au sein du pouvoir. Le vice-Premier ministre et chef d'&#233;tat-major de l'arm&#233;e, Ahmed Ga&#239;d Salah, qui fut l'un des soutiens les plus d&#233;termin&#233;s du Pr&#233;sident, n'&#233;voquait plus son nom dans ses discours et insistait sur les liens privil&#233;gi&#233;s unissant le peuple &#224; l'ANP. Les deux principaux partis de la coalition pr&#233;sidentielle, le RND et le FLN, connurent des d&#233;missions individuelles et collectives de militants et d'&#233;lus et des demandes de limogeage de leurs dirigeants respectifs, Ahmed Ouyahia et Moad Bouchareb.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit de ces difficult&#233;s, &#224; la veille de la manifestation du vendredi 22 mars, le pouvoir persistait dans sa volont&#233; de mettre en &#339;uvre le sc&#233;nario pr&#233;sidentiel du 11 mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;termination populaire a fini par provoquer l'&#233;clatement des contradictions au sein du pouvoir. En d&#233;pit du mauvais temps, hommes et femmes de toutes conditions sociales, jeunes et vieux, et m&#234;me des enfants, investirent massivement la rue le 22 mars pour r&#233;it&#233;rer avec force leur refus des propositions de sortie de crise avanc&#233;es par Bouteflika et maintenir leur exigence du d&#233;part du r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;termination affecta durement la coh&#233;sion interne du r&#233;gime. Alors que le nouveau gouvernement tardait &#224; voir le jour, les candidats ne se bousculant pas au portillon, les rangs du RND et du FLN se d&#233;sagr&#233;g&#232;rent. Nombre de militants et d'&#233;lus et m&#234;me les dirigeants les plus ha&#239;s, &#224; l'instar de leurs Secr&#233;taires g&#233;n&#233;raux respectifs Ahmed Ouyahia et Moad Bouchareb, se ralli&#232;rent sans vergogne au mouvement. Le Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'UGTA (Union g&#233;n&#233;rale des Travailleurs Alg&#233;riens) ne tarda pas &#224; s'aligner&#8230; Les plus opportunistes qui soutenaient jusque-l&#224; le Pr&#233;sident demand&#232;rent publiquement son d&#233;part &#224; l'issue de son quatri&#232;me mandat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Toi aussi Brutus &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils furent finalement rejoints le 26 mars par l'homme fort du pouvoir. Ahmed Ga&#239;d Salah soutint que la seule solution r&#233;sidait d&#233;sormais dans l'application de l'article 102 de la Constitution1 qui pr&#233;voit la d&#233;mission du Pr&#233;sident de la R&#233;publique ou sa destitution pour &#233;tat d'emp&#234;chement ou de d&#233;c&#232;s. La manifestation du vendredi 29 qui mettait dans le m&#234;me sac les diff&#233;rents clans du pouvoir poussa Gaid Salah &#224; accentuer la pression sur Bouteflika afin qu'il d&#233;missionne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, le chef d'&#233;tat-major se pr&#233;sente en bras arm&#233;, non plus du Pr&#233;sident qu'il a poignard&#233;, mais du mouvement populaire dont il serait le d&#233;fenseur. Il fait mine de d&#233;couvrir la corruption end&#233;mique qui gangr&#232;ne le pays. Il cherche ainsi &#224; r&#233;colter les fruits de la d&#233;mission de Bouteflika.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, jusqu'au 26 mars, le d&#233;part du chef de l'&#201;tat ne figurait ni &#224; son agenda personnel ni &#224; celui d'Ahmed Ga&#239;d Salah ni &#224; celui d'aucun dirigeant. Tous entendaient imposer l'option Bouteflika. En candidat &#224; un 5e mandat d'abord, puis en pilote d'une transition contr&#244;l&#233;e. Les millions de manifestants des vendredis les en dissuad&#232;rent. Cette victoire est donc bien celle du peuple qui a brav&#233; les interdits du pouvoir en manifestant chaque jour aux quatre coins du pays sans demander d'autorisation administrative ni m&#234;me les d&#233;clarer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nouvelle man&#339;uvre du r&#233;gime&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La joie et la fiert&#233; d'avoir contraint Bouteflika &#224; abdiquer ne doivent cependant pas masquer le fait que le r&#233;gime autoritaire-lib&#233;ral &#224; fa&#231;ade d&#233;mocratique reste en place. Le peuple alg&#233;rien n'a pas encore, et de loin, recouvr&#233; sa souverainet&#233; bafou&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; solution constitutionnelle &#187; du chef d'&#233;tat-major constitue une man&#339;uvre politique de repl&#226;trage du r&#233;gime. Elle sacrifie le Pr&#233;sident dans le but de faire avorter toute perspective de transition d&#233;mocratique et de changement de Constitution. L'article 102 implique le maintien de l'actuelle Constitution, du gouvernement, du Conseil constitutionnel, des deux chambres du Parlement et de toutes les institutions du r&#233;gime autoritaire&#8230; Quelques droits sont d&#233;j&#224; conc&#233;d&#233;s, provisoirement, en mati&#232;re de cr&#233;ation d'associations, de syndicats et de partis, mais le pouvoir pourrait se maintenir comme il le fit apr&#232;s Octobre 1988 car c'est &#224; lui que reviendra la charge d'organiser les futures pr&#233;sidentielles dont personne ne peut douter qu'elles seront remport&#233;es par le candidat du r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle issue repr&#233;senterait m&#234;me une r&#233;gression par rapport &#224; la man&#339;uvre de Bouteflika du 11 mars, dans la mesure o&#249; elle exclurait m&#234;me sa fantoche Conf&#233;rence nationale inclusive&#8230; Avec l'article 102, on passerait de la transition bouteflikienne contr&#244;l&#233;e et pilot&#233;e par le pouvoir &#224; l'absence de transition. Il s'agirait fondamentalement d'un retour au 21 f&#233;vrier ! C'est pourquoi de nombreux manifestants ont avanc&#233; le mot d'ordre d'application des articles 7 &#224; 12 qui restituent au peuple sa souverainet&#233; pleine et enti&#232;re, en lieu et place de l'article 102.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ouverture de l'acte 2 de la lutte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout indique que le mouvement populaire ne conna&#238;tra pas la d&#233;crue souhait&#233;e par le num&#233;ro deux du RND, Chihab Seddik. Aujourd'hui 5 avril2, il devrait rejeter de nouveau massivement l'option du maintien du r&#233;gime que repr&#233;sente l'application de l'article 102.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestations spontan&#233;es qui se succ&#232;dent depuis le 31 mars dans tout le pays (&#233;tudiants, avocats, retrait&#233;s&#8230;), l'appel de la Conf&#233;d&#233;ration des syndicats autonomes (CSA) &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale le 10 avril, gr&#232;ve soutenue par les Juges et les fonctionnaires du secteur de la Justice, et les marches nocturnes qui ont suivi l'annonce de la d&#233;mission du Pr&#233;sident le 2 avril prouvent que le mouvement populaire exige un changement complet et ne tombe pas dans le panneau qui pr&#233;sente Bouteflika en bouc-&#233;missaire de tout le r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mission du Pr&#233;sident a fait appara&#238;tre au-devant de la sc&#232;ne le pouvoir r&#233;el, le noyau dur du r&#233;gime. Ce pouvoir r&#233;el n'est pas celui de l'ANP. L'arm&#233;e nationale populaire est constitu&#233;e des djounoud (soldats), sous-officiers et officiers. Mais le pouvoir r&#233;el est celui de la tr&#232;s haute hi&#233;rarchie militaire qui constitue le bras arm&#233; du r&#233;gime. De 1962 &#224; ce jour, elle n'a eu de cesse de faire et d&#233;faire les Pr&#233;sidents et soutient, depuis 1980, une politique lib&#233;rale antinationale, antisociale et antid&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce bras arm&#233; qui a ramen&#233; et perp&#233;tu&#233; le r&#232;gne de Bouteflika durant vingt longues ann&#233;es et ce, en violation de leur propre Constitution impos&#233;e de force au peuple alg&#233;rien. Et alors que ce dernier est en train de combattre pour arracher sa citoyennet&#233;, ils voudraient qu'il se reconnaisse dans cette Constitution qui les a maintenus dans un &#233;tat de subordination politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Le pouvoir constituant appartient au peuple &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tentant de d&#233;voyer la mobilisation populaire par un artifice juridique (l'article 102) dans le but de sauver un r&#233;gime autoritaire corrompu, le noyau dur a pris la lourde responsabilit&#233; et le risque de placer face &#224; face le peuple et l'arm&#233;e et de mettre ainsi en danger l'&#201;tat alg&#233;rien face aux app&#233;tits de l'imp&#233;rialisme (G7, OTAN, Isra&#235;l&#8230;), de la r&#233;action r&#233;gionale (monarchies arabes, Turquie&#8230;) et de leurs relais int&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement populaire ne s'est pas tromp&#233;. Il ne s'est pas tourn&#233; contre l'ANP dont la fonction consiste &#224; d&#233;fendre le peuple, ses acquis et son bien-&#234;tre social, sa souverainet&#233; nationale sur ses richesses, ses fronti&#232;res et sa souverainet&#233; politique. Ils ont par millions scand&#233;s : &#171; Djeich-chaab, khawa khawa &#187; (l'arm&#233;e et le peuple sont fr&#232;res). Ils en ont fait de m&#234;me avec les &#233;l&#233;ments de la police qu'ils se sont abstenus d'affronter lors des manifestations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils s'opposent en revanche au projet de la tr&#232;s haute hi&#233;rarchie militaire de maintenir le r&#233;gime. Le recours aux articles 7 &#224; 12 de l'actuelle Constitution peuvent constituer une fen&#234;tre d&#233;bouchant sur l'expression libre d'une souverainet&#233; populaire trop longtemps bafou&#233;e. Mais la solution &#224; la pr&#233;sente crise ne peut &#234;tre que politique et non constitutionnelle. Elle implique d'installer un gouvernement provisoire charg&#233; de d&#233;fendre la souverainet&#233; nationale, de satisfaire les revendications populaires et d'organiser un vaste d&#233;bat dans tout le pays couronn&#233; par l'&#233;lection d'une Assembl&#233;e Constituante souveraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux projets antid&#233;mocratiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois projets &#233;mergent aujourd'hui, dont un seul correspond aux int&#233;r&#234;ts populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier, d&#233;fendu par le pouvoir, entend maintenir l'inique ordre constitutionnel en vigueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me est celui d'une transition courte, par le haut, qui maintiendrait ou r&#233;am&#233;nagerait quelques aspects de l'actuelle Constitution. C'est le projet de l'opposition ultralib&#233;rale, toutes tendances confondues (la&#239;cs, nationalistes, islamistes). Il exprime les int&#233;r&#234;ts de la fraction compradore de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous pr&#233;texte d'urgence, il vise l'&#233;lection d'un Pr&#233;sident qui aurait, enfin, la &#171; l&#233;gitimit&#233; &#187; d'imposer au peuple les &#171; sacrifices n&#233;cessaires &#224; son bonheur &#187; : fin des subventions aux prix des produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;, de l'&#233;lectricit&#233;, de l'eau, du gaz, de l'essence&#8230; et aux acquis en mati&#232;re de sant&#233;, d'&#233;ducation. Transformation du Code du Travail en Code du Capital, allongement de l'&#226;ge de la retraite, blocage des salaires, entraves aux droits de gr&#232;ve et d'organisation syndicale. Ouverture de l'&#233;conomie alg&#233;rienne &#224; l'&#233;conomie capitaliste mondiale par le retour &#224; l'endettement externe, la convertibilit&#233; du dinar, l'abaissement total des barri&#232;res douani&#232;res&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insistance du courant ultralib&#233;ral &#224; mettre au mus&#233;e l'UGTA est aussi r&#233;v&#233;latrice que suspecte. Alors que les syndicalistes et les travailleurs conscients se battent pour se r&#233;approprier cette organisation tomb&#233;e sous la coupe d'une bureaucratie anti-ouvri&#232;re, les ultralib&#233;raux veulent dissoudre cet outil strat&#233;gique de d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts des travailleurs. Un outil strat&#233;gique dans la perspective d'une alternative nationale (anti-imp&#233;rialiste), d&#233;mocratique (antiautoritaire) et sociale (antilib&#233;rale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une Assembl&#233;e Constituante pour redonner la parole au peuple&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me projet est port&#233;, avec des nuances, par les partis, mouvements et personnalit&#233;s qui d&#233;fendent l'&#233;lection d'une Assembl&#233;e Constituante. Le peuple, et lui seul, doit choisir sous quel type de r&#233;gime il entend vivre : parlementaire, pr&#233;sidentiel, ou autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il lui revient de d&#233;cider s'il veut maintenir la monarchique fonction pr&#233;sidentielle ou s'il pr&#233;f&#232;re que le Parlement, &#233;lu &#224; la proportionnelle int&#233;grale, &#233;lise un gouvernement qui pr&#233;side. S'il veut ou non un S&#233;nat charg&#233; de contr&#244;ler et de contrer la volont&#233; de l'Assembl&#233;e populaire nationale, s'il pr&#233;f&#232;re &#233;lire des repr&#233;sentants pour un ou plusieurs mandats. S'il entend introduire un droit de r&#233;vocation &#224; l'&#233;gard de tout &#233;lu qui trahirait ses mandants, respecter ou non l'ind&#233;pendance de la Justice, contr&#244;ler ou non le gouvernement. S'il doit introduire, aux c&#244;t&#233;s de la vieille d&#233;mocratie repr&#233;sentative poussi&#233;reuse, des formes de d&#233;mocratie directe : comit&#233;s de quartiers et de villages, d'entreprises, d'institutions scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le climat de politisation de masse actuel, l'id&#233;e de Constituante est en train de faire son chemin dans les consciences, contre l'avis du pouvoir et de l'opposition ultralib&#233;rale. Les adversaires du retour &#224; la v&#233;ritable souverainet&#233; du peuple avancent de mis&#233;rables arguties.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est celle du &#171; vide constitutionnel &#187;. Ils dramatisent les choses &#224; dessein, en vue d'effrayer la population. Attention nous pr&#233;viennent-ils, les institutions s'&#233;crouleront si nous sortons du cadre de l'actuelle Constitution. Ils oublient que, de 1962 &#224; 1976, l'Alg&#233;rie a v&#233;cu sans Constitution. Cela n'a pas emp&#234;ch&#233; l'&#201;tat de fonctionner, de hisser le pays parmi les principaux leaders du Non-alignement, de r&#233;cup&#233;rer les richesses naturelles du sol et du sous-sol, d'am&#233;liorer la condition des masses populaires en mati&#232;re d'&#233;ducation, de sant&#233; et de travail, de lancer les bases d'une industrie devant lesquelles la mis&#233;rable &#233;conomie de bazar actuelle ne p&#232;se pas lourd&#8230; Le peuple mobilis&#233; est &#224; m&#234;me de se doter d'un cadre transitoire pour aller vers une Constituante charg&#233;e d'&#233;laborer une nouvelle architecture institutionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me argutie est celle de &#171; l'urgence &#187;. Or, le passage d'un r&#233;gime dictatorial ou autoritaire &#224; un r&#233;gime d&#233;mocratique ne peut s'op&#233;rer en un clin d'&#339;il. Assurer la participation r&#233;elle et massive du peuple s'av&#232;re fondamental si l'on entend donner des bases solides au futur r&#233;gime d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin la troisi&#232;me r&#233;side dans un &#171; danger islamiste &#187; totalement exag&#233;r&#233; et qui banalise la victoire du peuple alg&#233;rien sur l'islamisme arm&#233;. Cette position ignore l'&#233;volution d'une soci&#233;t&#233; profond&#233;ment impr&#233;gn&#233;e de culture religieuse mais absolument pas gagn&#233;e au projet d'Etat th&#233;ocratique comme le prouvent les mots d'ordre scand&#233;s lors des manifestations, la pr&#233;sence plus que massive des femmes dans le mouvement et le d&#233;ploiement g&#233;n&#233;ralis&#233; de l'embl&#232;me national qui signifie que l'identit&#233; alg&#233;rienne est politique et non culturelle (religieuse, linguistique&#8230;). L'islamisme doit continuer &#224; &#234;tre combattu politiquement et non par l'instauration d'un r&#233;gime censitaire ou d'une nouvelle d&#233;mocratie de fa&#231;ade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions d'instauration d'un r&#233;gime d&#233;mocratique murissent ind&#233;niablement, m&#234;me si la route est sem&#233;e d'embuches. S'abstenir de lutter sous pr&#233;texte d'une absence de garanties &#233;quivaut &#224; pr&#244;ner le maintien du statu quo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles perspectives strat&#233;giques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;stabilis&#233; un moment par la soudainet&#233; et l'ampleur du mouvement populaire, le pouvoir, par l'interm&#233;diaire du chef d'&#233;tat-major, entend reprendre la main en for&#231;ant le Conseil constitutionnel &#224; enclencher l'application de l'article 102 qu'il pr&#233;sente comme la r&#233;ponse idoine aux revendications populaires, feignant par l&#224;-m&#234;me d'ignorer que le r&#233;gime lib&#233;ral autoritaire dont il fait partie n'est pas parti avec Bouteflika.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le peuple ne l'entend pas de cette oreille. Les manifestations populaires de joie qui ont imm&#233;diatement suivi l'annonce de la d&#233;mission du Pr&#233;sident ont clairement indiqu&#233; que le peuple ne se contenterait pas d'une demi-victoire. Le pouvoir se trouve ainsi directement confront&#233; &#224; la contestation des masses et devra choisir entre un coup d'&#201;tat ou reculer encore jusqu'&#224; abdiquer face &#224; la volont&#233; populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour parvenir &#224; ses fins, le mouvement populaire doit redoubler d'efforts et de mobilisation. Mais pour produire leurs pleins effets, ces efforts et mobilisation devront &#234;tre int&#233;gr&#233;s &#224; une tactique juste qui repose sur une appr&#233;ciation objective du rapport de forces entre les camps en pr&#233;sence et de son &#233;volution et sur une claire conscience des enjeux politiques r&#233;els qui en d&#233;coulent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une situation r&#233;volutionnaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit des apparences, nous ne sommes pas dans une situation r&#233;volutionnaire m&#234;me si le moment poss&#232;de incontestablement des potentialit&#233;s en ce sens. Les choses pourraient bien &#233;videmment changer, mais &#224; l'heure o&#249; ces lignes sont &#233;crites, nous n'en sommes pas l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Caract&#233;ris&#233;e par une dualit&#233; de pouvoir dans laquelle ceux d'en bas ne veulent plus et ceux d'en haut ne peuvent plus, une situation r&#233;volutionnaire entraine fatalement, &#224; un moment donn&#233;, un affrontement direct entre l'ancien pouvoir finissant et le nouveau naissant, ce qui implique de faire une r&#233;volution au cours de laquelle le nouveau pouvoir doit renverser l'ancien et prendre sa place. Dans une telle conjoncture, les r&#233;volutionnaires et les secteurs les plus d&#233;termin&#233;s du mouvement populaire doivent prendre l'offensive pour s'emparer du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, conscient de sa force mais &#233;galement de ses limites, le mouvement populaire n'a pas, &#224; ce jour, opt&#233; pour la tactique du buffle qui fonce sur sa cible pour la culbuter d'un coup de t&#234;te, mais pour celle du boa constrictor qui enserre sa proie et resserre lentement ses anneaux sur elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Alg&#233;riens manifestent, revendiquent et se rassemblent en semaine ainsi que les vendredis. Les travailleur&#183;se&#183;s et les &#233;tudiant&#183;e&#183;s ont recours, &#224; maintes reprises, &#224; la gr&#232;ve. Mais ils n'occupent pas les places de fa&#231;on permanente et n'adh&#232;rent pas au mot d'ordre de d&#233;sob&#233;issance civile, comme le fit le FIS en 1991 lors de sa gr&#232;ve insurrectionnelle. Ils ne cherchent pas l'affrontement direct avec la police, mais l'&#233;vitent au contraire soigneusement. Ils ne marchent pas sur la Pr&#233;sidence &#224; Alger ou sur le si&#232;ge des wilayas (pr&#233;fectures) pour s'en emparer. Ils n'ont pas &#224; ce jour cr&#233;&#233; de comit&#233;s populaires qui viendraient doubler les structures officielles de base de l'Etat (mairies) comme ce fut le cas en Kabylie en 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils occupent la rue tous les vendredis pour manifester leur force, indiquer la porte de sortie aux tenants du r&#233;gime, exercer des pressions sur ce dernier afin d'exacerber ses contradictions et faire comprendre aux dirigeants qu'ils doivent tous partir. Puis ils rentrent chez eux, retournent au travail et vaquent &#224; leurs occupations en attendant de mesurer l'effet politique r&#233;el de leur action sur le pouvoir et se pr&#233;parer aux prochains rounds. Les millions d'Alg&#233;rien&#183;ne&#183;s qui ont manifest&#233; jusqu'ici sont dans une dynamique de pression sur le pouvoir et non de renversement de celui-ci. Cela pourrait changer &#224; l'avenir, mais ce n'est pas le cas pour le moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir, de son c&#244;t&#233;, ne peut pas tout. Du 22 f&#233;vrier au 2 avril, date de la d&#233;mission de Bouteflika, il &#233;tait sur la d&#233;fensive. Mais il n'est pas totalement impuissant et tente de reprendre l'initiative politique &#224; travers l'application de l'article 102 afin de faire rentrer le fleuve de la contestation populaire dans son lit. Il dispose par ailleurs de forces (arm&#233;e, gendarmerie, police) dont rien n'indique qu'il serait incapable de les utiliser en cas de besoin. Les policiers, gendarmes et militaires n'ont pas fraternis&#233; avec le peuple. S'ils n'ont pas r&#233;prim&#233; les manifestants, c'est qu'ils n'en avaient pas re&#231;u l'ordre et non parce qu'ils seraient d&#233;j&#224; pass&#233;s du c&#244;t&#233; du mouvement populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces &#233;l&#233;ments objectifs am&#232;nent &#224; conclure que nous restons dans une situation pr&#233;r&#233;volutionnaire caract&#233;ris&#233;e par le fait que ceux d'en bas ne veulent plus, mais que ceux d'en haut, bien qu'affaiblis, peuvent encore. Le mouvement populaire peut de ce fait se d&#233;finir comme un mouvement de r&#233;forme radical. R&#233;forme, dans la mesure o&#249; il cherche &#224; changer le r&#233;gime en exer&#231;ant sur lui une pression sans chercher &#224; le renverser par le biais d'un affrontement direct. Radical, car il ne se contentera pas de modifications cosm&#233;tiques et agit sans faiblesse et par des voies extra-institutionnelles pour atteindre son objectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'enjeu politique du moment&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans de telles conditions, quel est l'enjeu politique principal du moment ? Cet enjeu r&#233;side dans la capacit&#233; ou non du pouvoir &#224; imposer sa solution de repl&#226;trage du r&#233;gime. Le mouvement doit, &#224; l'inverse, l'emp&#234;cher d'atteindre ce but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quelles conditions le mouvement populaire actuel peut-il y parvenir ? Telle est la question qui se pose &#224; nous. Ce mouvement a des points forts. Il est massif, national, rassembleur (interclassiste, interg&#233;n&#233;rationnel, mixte, tous les courants d'opposition&#8230;). Il a prouv&#233; sa d&#233;termination durant six semaines et obtenu des r&#233;sultats politiques importants, dont la d&#233;mission de Bouteflika. Il a fait sauter la chape de plomb qui pesait sur la vie politique du pays et ouvert ainsi la voie &#224; une dynamique d'expression (manifestations, gr&#232;ves&#8230;) et d'auto-organisation de masse. Il dispose de potentialit&#233;s encore inexploit&#233;es au sein de la classe ouvri&#232;re et de la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est travers&#233; par des contradictions secondaires (sociales, politiques, id&#233;ologiques) qui peuvent &#224; tout moment devenir principales et le diviser voire le faire &#233;clater. On peut mesurer ce risque en voyant la teneur des r&#233;actions aux agressions commises contre des groupes f&#233;ministes lors de la manifestation du 29 mars &#224; Alger. Car si le mouvement est uni pour en finir avec le r&#233;gime, il ne l'est pas sur la tactique &#224; mettre en &#339;uvre pour l'atteindre. Il n'est pas davantage uni sur la perspective : quelle alternative ? Par quoi remplacer l'actuel r&#233;gime ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces questions ne sont pas tranch&#233;es. L'absence d'organisation interne et le refus, compr&#233;hensible dans un premier temps, de la pr&#233;sence en son sein des forces politiques risquent fort de l'emp&#234;cher de se doter d'une tactique efficace. Pour toutes ces raisons, le mouvement a besoin de temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour un mouvement populaire prolong&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour cela, que, tenant compte des forces et faiblesses du mouvement, il convient de l'inscrire dans la dur&#233;e et non de chercher une issue politique imm&#233;diate. La mobilisation populaire a besoin de temps pour s'&#233;tendre encore, s'organiser &#224; la base, se doter d'une direction comprise, en premier lieu, comme une orientation cons&#233;quente et non une improbable structure dirigeante. Cela ne se fera pas en un jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient, par ailleurs, de combiner de mani&#232;re r&#233;fl&#233;chie et active, et non pas inconsciente et passive, une strat&#233;gie qui combine &#171; guerre de mouvement &#187; et &#171; guerre de position &#187;. La &#171; guerre de mouvement &#187; prend principalement la forme des grandes manifestations du vendredi qui doivent se renforcer ou, &#224; tout le moins, se maintenir au niveau de mobilisation actuel et rester les plus unies possible. Elle doit &#233;galement prendre la forme de gr&#232;ves sectorielles et/ou g&#233;n&#233;rales ponctuelles, &#224; l'instar de celle &#224; laquelle appelle la Conf&#233;d&#233;ration des syndicats autonomes (CSA) le 10 avril prochain. Cette &#171; guerre de mouvement &#187; a pour objectif d'exercer une pression croissante sur le pouvoir actuel afin d'exacerber ses contradictions, d'isoler ses partisans les plus r&#233;pressifs et de le forcer, finalement, &#224; reculer puis &#224; acc&#233;der aux revendications du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; guerre de position &#187; vise quant &#224; elle &#224; s'emparer de places-fortes. L'acc&#232;s aux m&#233;dias publics et la jouissance effective des libert&#233;s d'expression, de manifestation, de r&#233;union et d'organisation associative, syndicale et politique et du droit de gr&#232;ve&#8230; constituent des places-fortes &#224; conqu&#233;rir ou reconqu&#233;rir, &#233;largir et d&#233;fendre. Cela a commenc&#233; &#224; se faire par le biais de manifestations et de gr&#232;ves locales. La r&#233;appropriation de l'UGTA par les travailleurs et les syndicalistes repr&#233;sente une autre position strat&#233;gique &#224; investir. Le processus est engag&#233;, mais n'a pas encore atteint une dimension suffisante pour faire tomber la direction bureaucratique de la centrale. Elle doit se doubler de la construction d'un Front syndical avec les syndicats autonomes afin de travailler &#224; reconstruire l'unit&#233; du camp des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient, comme cela a commenc&#233; &#224; se faire, de reconstruire un mouvement &#233;tudiant autonome et d&#233;mocratique ainsi qu'un mouvement de femmes, en attendant d'effectuer une perc&#233;e dans le monde paysan. L'un des objectifs pourrait consister &#224; travailler &#224; la r&#233;int&#233;gration au sein de l'UGTA de l'ancienne F&#233;d&#233;ration nationale des travailleurs agricoles qui avait &#233;t&#233; arbitrairement et autoritairement transf&#233;r&#233;e &#224; l'Union nationale des paysans alg&#233;riens (UNPA).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre t&#226;che consiste &#224; soutenir, renforcer et &#233;largir le camp des associations, syndicats et mouvements qui se d&#233;finissent comme &#171; soci&#233;t&#233; civile &#187; et &#224; les gagner &#224; la perspective de l'Assembl&#233;e constituante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se peut &#233;galement qu'un processus d'auto-organisation dans les quartiers des villes et dans les villages s'enclenche et que des comit&#233;s populaires &#233;mergent. Mais personne ne peut le d&#233;cr&#233;ter. Il convient n&#233;anmoins de rester attentif &#224; cette &#233;ventualit&#233; qui pourrait se r&#233;aliser &#224; un certain degr&#233; de d&#233;veloppement du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Construire une direction politique cons&#233;quente&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face au pouvoir et devant les incons&#233;quences et trahisons in&#233;vitables des forces de l'opposition ultralib&#233;rale, il convient de construire une direction politique, c'est-&#224;-dire une orientation politique &#224; m&#234;me de doter le mouvement des moyens de r&#233;aliser ses ambitions et de conna&#238;tre un d&#233;veloppement qualitatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette direction ne pourra &#234;tre port&#233;e que par un p&#244;le des partisans de l'Assembl&#233;e constituante. La lutte politique, distincte de la lutte id&#233;ologique, vise avant tout &#224; ajouter de la force &#224; la force et &#224; la mettre en &#339;uvre en vue de peser sur le rapport de forces et remporter la partie, totalement ou partiellement. Elle n'exige donc pas que les forces qui s'agr&#232;gent poss&#232;dent la m&#234;me id&#233;ologie, d&#233;fendent le m&#234;me programme historique ni m&#234;me qu'elles s'accordent &#224; la virgule pr&#232;s sur la d&#233;finition de l'Assembl&#233;e constituante. Elle demande simplement que ces forces s'accordent, &#224; un moment donn&#233;, pour frapper ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face au pouvoir et aux forces ultralib&#233;rales, la formation d'un tel p&#244;le est une t&#226;che urgente. Le mouvement ne pourra, en effet, avancer et effectuer un saut qualitatif que s'il passe d'une position l&#233;gitime de refus, &#224; une position de proposition et de mise en &#339;uvre d'une alternative politique. Or, le seul mot d'ordre qui permet au peuple de retrouver sa pleine et enti&#232;re souverainet&#233; est celui d'Assembl&#233;e constituante souveraine. La formation de ce p&#244;le est possible car des partis d&#233;fendent ce m&#234;me mot d'ordre qui commence &#224; se frayer un chemin dans la conscience populaire. Le PT, le FFS et le PST sont ainsi plac&#233;s devant une responsabilit&#233; historique. Il ne faut en aucun cas opposer le travail de construction/reconstruction du mouvement populaire &#224; la base &#224; celui de l'action conjointe des forces politiques au sommet. Des collectifs pour une Assembl&#233;e constituante souveraine pourraient ainsi &#234;tre construits conjointement &#224; la base par les militants de ces diff&#233;rents partis et par tous ceux qui partagent cette id&#233;e sans &#234;tre militants d'un parti. Il convient plus que jamais de frapper ensemble, m&#234;me si chacun marche s&#233;par&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	Constitution de la R&#233;publique Alg&#233;rienne D&#233;mocratique et Populaire (RADP).&lt;br class='autobr' /&gt;
2.	Cet article a &#233;t&#233; achev&#233; avant le d&#233;but des manifestations de ce 5 avril.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Alg&#233;rie : premi&#232;re victoire, la lutte continue !</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Algerie-premiere-victoire-la-lutte-continue</link>
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		<dc:date>2019-03-19T08:50:35Z</dc:date>
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		<dc:creator>Hocine Belalloufi </dc:creator>


		<dc:subject>Alg&#233;rie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-03-19</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Hocine Belalloufi analyse sur le vif le premier recul du pouvoir en Alg&#233;rie suite au mouvement populaire des derni&#232;res semaines, et la mani&#232;re dont Bouteflika tente de conserver le contr&#244;le de la situation en proposant une &#171; conf&#233;rence nationale &#187; dont seront in&#233;vitablement exclues les classes populaires et leurs pr&#233;occupations, sociales et d&#233;mocratiques. Il &#233;voque enfin quelques pistes pour approfondir le mouvement. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du site de la revue Contretemps. &lt;br class='autobr' /&gt;
Hocine Belalloufi vit et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Afrique-" rel="directory"&gt;Afrique&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Algerie-+" rel="tag"&gt;Alg&#233;rie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2019-03-19-+" rel="tag"&gt;Edition du 2019-03-19&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton38300-5363f.jpg?1781209788' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Hocine Belalloufi analyse sur le vif le premier recul du pouvoir en Alg&#233;rie suite au mouvement populaire des derni&#232;res semaines, et la mani&#232;re dont Bouteflika tente de conserver le contr&#244;le de la situation en proposant une &#171; conf&#233;rence nationale &#187; dont seront in&#233;vitablement exclues les classes populaires et leurs pr&#233;occupations, sociales et d&#233;mocratiques. Il &#233;voque enfin quelques pistes pour approfondir le mouvement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/algerie-premiere-victoire/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site de la revue Contretemps&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hocine Belalloufi vit et travaille &#224; Alger. Journaliste, ancien coordinateur de la r&#233;daction de l'Alger r&#233;publicain de 2003 &#224; 2008 et militant du Parti Socialiste des Travailleurs (PST), il est &#233;galement l'auteur de deux ouvrages : La d&#233;mocratie en Alg&#233;rie. R&#233;forme ou r&#233;volution ? (Apic et Lazhari-Labter, Alger, 2012) et Grand Moyen Orient : guerres ou paix ? (Lazhari-Labter, Alger, 2008).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les immenses manifestations populaires des vendredis 22 f&#233;vrier, 1er et 8 mars 2019 couronn&#233;es par une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale entam&#233;e le 10 mars ont fini par faire reculer le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 11 mars, Bouteflika a annonc&#233; par lettre son renoncement &#224; briguer un 5e mandat, l'annulation de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle du 18 avril et &#171; des changements importants au sein du Gouvernement &#187;. Cette annonce a &#233;t&#233; suivie de la d&#233;mission du Premier ministre honni, Ahmed Ouyahia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce recul ne doit pas &#234;tre banalis&#233; car il acte l'&#233;chec d'une tentative de passage en force et constitue de ce fait un ind&#233;niable succ&#232;s politique. Mobilis&#233; et uni, le peuple peut arracher des victoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Conf&#233;rence nationale de Bouteflika : une man&#339;uvre antid&#233;mocratique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Bouteflika tente dans le m&#234;me temps de reprendre l'initiative politique qui lui &#233;chappait depuis le 22 f&#233;vrier. Il annonce une sortie de crise par le haut afin de rester ill&#233;galement en place apr&#232;s le 18 avril et de garder la main sur l'in&#233;luctable processus de changement afin de sauver son r&#233;gime lib&#233;ral autoritaire &#224; fa&#231;ade d&#233;mocratique. Il cherche ainsi &#224; r&#233;&#233;diter l'exp&#233;rience de 1988 lorsque la transition politique fut enti&#232;rement pilot&#233;e par les institutions de l'&#232;re du parti unique (Pr&#233;sidence, Gouvernement, Assembl&#233;e Populaire Nationale &#8211; APN &#8211; &#8230;), avec le r&#233;sultat que l'on sait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, Bouteflika conserve l'APN et le S&#233;nat &#224; majorit&#233; FLN [l'ex-parti unique], le Conseil constitutionnel dont il a nomm&#233; le Pr&#233;sident et toutes les institutions antid&#233;mocratiques du r&#233;gime. Il limoge Ouyahia, mais le remplace par son ministre de l'Int&#233;rieur, Noureddine Bedoui, l'homme qui mena&#231;ait le peuple il y a quelques semaines &#224; peine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il entend imposer la forme, le contenu et le rythme du changement &#224; travers un mar&#233;cage institutionnel. La Conf&#233;rence nationale qui sera convoqu&#233;e vise fondamentalement &#224; emp&#234;cher le peuple de choisir lui-m&#234;me son destin. Il veut rassembler, sans mandat du peuple, des &#171; &#233;lites &#187; autoproclam&#233;es venant des rangs du pouvoir et de l'opposition, flanqu&#233;es de &#171; personnalit&#233;s ind&#233;pendantes &#187; et d'autres notables afin de noyer les quelques voix ind&#233;pendantes restantes pour adopter, en circuit ferm&#233;, un projet de Constitution que le peuple, pourtant unique v&#233;ritable souverain, n'aura qu'&#224; ratifier. Toute cette proc&#233;dure devrait de surcro&#238;t durer plus de deux ann&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inaudibles depuis trois semaines, les partis de la coalition pr&#233;sidentielle (FLN, RND, MPA, TAJ) ont timidement exprim&#233; leur soutien &#224; l'initiative de Bouteflika. Dans le but de rallier l'opposition ultralib&#233;rale qui se prononce pour elle aussi pour une Conf&#233;rence nationale, le Pr&#233;sident lui fait miroiter la perspective all&#233;chante de &#171; r&#233;formes &#233;conomiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trop peu et trop tard, car le peuple exige un vrai changement politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La promesse de changement de Bouteflika arrive trop tard et s'av&#232;re trop limit&#233;e. Il ne s'agit plus de repl&#226;trer le r&#233;gime, mais de le changer. Le peuple alg&#233;rien s'est exprim&#233;. Il ne veut pas que Bouteflika reste en place et refuse le maintien des hommes et des institutions actuelles. Les couches populaires rejettent majoritairement sa politique antisociale et antinationale qui enrichit une poign&#233;e d'oligarques et d'importateurs, favorise le pillage des richesses nationales par les multinationales et plonge dans la mis&#232;re les travailleurs et les couches populaires. Cette politique offre pour uniques horizons &#224; la jeunesse populaire le ch&#244;mage et la pr&#233;carit&#233;, la drogue, le fond de la M&#233;diterran&#233;e ou un exil incertain dans une Europe en crise. Aussi cette politique ne peut &#234;tre impos&#233;e que de fa&#231;on antid&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi les manifestations ont continu&#233; au lendemain m&#234;me de l'annonce de Bouteflika, le pr&#233;sident qui communique avec son peuple exclusivement par lettre. Les manifestants refusent le prolongement du quatri&#232;me mandat au-del&#224; du 18 avril et r&#233;clament le d&#233;part de Bouteflika. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale d&#233;clench&#233;e le 10 mars se maintient alors qu'un processus de r&#233;appropriation de l'UGTA par ses adh&#233;rents et ses structures de base est enclench&#233;. Les partis politiques de gauche ont tous refus&#233; d'adh&#233;rer &#224; l'initiative pr&#233;sidentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout indique que le peuple r&#233;investira massivement la rue le 15 mars pour crier son refus des man&#339;uvres du pouvoir et maintenir son exigence d'un v&#233;ritable changement politique. Signe des temps, l'opposition ultralib&#233;rale elle-m&#234;me a refus&#233; le deal de Bouteflika bien qu'elle ne soit pas acquise majoritairement au mot d'ordre d'Assembl&#233;e constituante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conf&#233;rence nationale ou Assembl&#233;e constituante souveraine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la man&#339;uvre de Bouteflika qui entend ravir l'initiative politique au Hirak (mouvement) et enterrer ce dernier dans les murs d'une enceinte ferm&#233;e appel&#233;e Conf&#233;rence nationale, l'unique solution d&#233;mocratique consiste &#224; redonner la parole au peuple, non pour qu'il se prononce par un &#171; oui &#187; ou un &#171; non &#187; lors d'un r&#233;f&#233;rendum mais pour qu'il d&#233;cide, &#224; la suite d'un d&#233;bat populaire, de l'&#233;lection &#224; la proportionnelle int&#233;grale d'une Assembl&#233;e constituante souveraine. Une Assembl&#233;e charg&#233;e de r&#233;diger un projet de Constitution, de satisfaire imm&#233;diatement les revendications sociales des masses populaires et de pr&#233;server les int&#233;r&#234;ts de la nation face aux oligarques et &#224; l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mots d'ordre scand&#233;s par les manifestants sont particuli&#232;rement clairs &#224; l'endroit des puissances imp&#233;rialistes. Ils expriment un refus clair des ing&#233;rences imp&#233;rialistes, que celles-ci se manifestent sous la forme d'un soutien &#224; Bouteflika (France) ou d'un soutien hypocrite au mouvement (Washington).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Poursuivre le mouvement et indiquer une perspective politique populaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, tout le monde est conscient du pi&#232;ge tendu par Bouteflika. La manifestation du 15 mars constituera un test d&#233;cisif pour exprimer le refus de cette &#233;ni&#232;me man&#339;uvre du pouvoir. Voil&#224; pourquoi les forces politiques et sociales, toutes tendances confondues, pr&#233;parent cette mobilisation afin qu'elle soit la plus massive et combative possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La protestation populaire a plus que jamais besoin d'unit&#233;. Mais les forces politiques (PT, FFS, PST&#8230;) et sociales (syndicats, mouvements et associations&#8230;) qui, en son sein, luttent &#224; la fois pour la d&#233;fense de la souverainet&#233; nationale face &#224; l'imp&#233;rialisme et pour la souverainet&#233; populaire et la justice sociale face &#224; l'autoritarisme et aux politiques lib&#233;rales doivent urgemment converger pour constituer un p&#244;le cons&#233;quent qui garantira que le mouvement ne soit pas d&#233;voy&#233; et amen&#233; sur une voie de garage. T&#244;t ou tard, en effet, les classes et fractions de classes dominantes, qu'elles soutiennent le pouvoir ou l'opposition, trouveront un terrain d'entente, passeront un compromis pour d&#233;fendre leurs int&#233;r&#234;ts et emp&#234;cher les classes populaires, avec &#224; leur t&#234;te les travailleurs, d'offrir une perspective d&#233;mocratique, mais aussi sociale (antilib&#233;rale) et nationale (anti-imp&#233;rialiste).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le p&#244;le populaire, qu'il s'agit de construire dans une situation de m&#233;fiance g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#224; l'&#233;gard des partis, doit pouvoir se constituer pour :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; accro&#238;tre la pression sur le pouvoir en amplifiant la mobilisation, l'auto-organisation populaire et la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; d&#233;noncer la Conf&#233;rence nationale qui vise &#224; repl&#226;trer le r&#233;gime et lui opposer le mot d'ordre d'Assembl&#233;e constituante souveraine,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; encourager le processus fondamental de r&#233;appropriation de l'UGTA ainsi que le processus d'auto-organisation des citoyens (&#233;tudiants, avocats, juges, journalistes&#8230;),&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; propager l'id&#233;e de constitution d'un Front syndical rassemblant les militants d'une UGTA r&#233;nov&#233;e et ceux des syndicats autonomes combatifs afin que la classe des travailleurs joue un r&#244;le politique central dans la mobilisation,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; se mobiliser massivement tous les vendredis dans toutes les wilayas du pays,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; faire barrage aux ing&#233;rences imp&#233;rialistes, quelle que soit la forme sous laquelle elles se pr&#233;sentent : soutien du gouvernement fran&#231;ais &#224; Bouteflika ou soutien des USA au mouvement. Le peuple alg&#233;rien n'a pas besoin du soutien hypocrite et empoisonn&#233; de Washington.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alger, le 13 mars 2019.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Alg&#233;rie : d'une crise de r&#233;gime &#224; une crise politique</title>
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		<dc:date>2019-03-12T09:02:39Z</dc:date>
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		<dc:creator>Hocine Belalloufi </dc:creator>


		<dc:subject>Alg&#233;rie</dc:subject>
		<dc:subject>Alg&#233;rie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-03-12</dc:subject>

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&lt;p&gt;Hocine Belalloufi vit et travaille &#224; Alger. Journaliste, ancien coordinateur de la r&#233;daction de l'Alger r&#233;publicain de 2003 &#224; 2008 et militant du Parti Socialiste des Travailleurs (PST), il est &#233;galement l'auteur de deux ouvrages La d&#233;mocratie en Alg&#233;rie. R&#233;forme ou r&#233;volution ? (Apic et Lazhari-Labter, Alger, 2012) et Grand Moyen Orient : guerres ou paix ? (Lazhari-Labter, Alger, 2008). &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du site de la revue Contretemps. &lt;br class='autobr' /&gt;
La crise politique qui secoue l'Alg&#233;rie aujourd'hui n'est pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2019-03-12-+" rel="tag"&gt;Edition du 2019-03-12&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton38212-7ce78.jpg?1781209788' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Hocine Belalloufi vit et travaille &#224; Alger. Journaliste, ancien coordinateur de la r&#233;daction de l'Alger r&#233;publicain de 2003 &#224; 2008 et militant du Parti Socialiste des Travailleurs (PST), il est &#233;galement l'auteur de deux ouvrages La d&#233;mocratie en Alg&#233;rie. R&#233;forme ou r&#233;volution ? (Apic et Lazhari-Labter, Alger, 2012) et Grand Moyen Orient : guerres ou paix ? (Lazhari-Labter, Alger, 2008).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/algerie-crise-regime/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site de la revue Contretemps&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise politique qui secoue l'Alg&#233;rie aujourd'hui n'est pas tomb&#233;e du ciel. Elle s'inscrit dans la continuit&#233; d'une crise ant&#233;rieure, celle du r&#233;gime, qu'elle approfondit et qu'elle est venue couronner. Tout indique que le r&#233;gime politique actuel est finissant. La promesse de Bouteflika d'une Conf&#233;rence nationale inclusive ouverte &#224; toutes les forces, une fois r&#233;&#233;lu &#224; un nouveau mandat de cinq ans, prouve que le pouvoir lui-m&#234;me a pris conscience que son r&#233;gime ne correspond plus aux int&#233;r&#234;ts des forces sociales dominantes, qu'il ne peut plus &#234;tre maintenu en l'&#233;tat et qu'il doit changer. Mais il tente une derni&#232;re man&#339;uvre dans l'espoir de conserver la main sur l'in&#233;luctable processus de changement. Comme ce fut d&#233;j&#224; le cas par le pass&#233;, en particulier apr&#232;s octobre 1988.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps du changement est arriv&#233;. Mais plusieurs questions se posent. La premi&#232;re est de savoir si ce changement adviendra ou si le pays retombera sous la coupe d'une dictature ? La deuxi&#232;me question est de savoir comment ce changement adviendra. Dans le sang et les larmes ou sans trop de soubresauts et de d&#233;g&#226;ts ? Par le biais d'un coup de force au sein du pouvoir ou par le biais de la mobilisation populaire ? Ou des deux &#224; la fois ? Sur quoi peut d&#233;boucher ce changement ? C'est toutes ces questions qu'il nous faut tenter d'&#233;claircir, en mettant au centre de l'attention la lutte que se livrent les diff&#233;rentes forces sociales sur la sc&#232;ne politique, sans avoir la pr&#233;tention d'apporter des r&#233;ponses d&#233;finitives tant la situation politique est mouvante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I &#8211; AUX ORIGINES DE LA CRISE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour sur la crise du r&#233;gime&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; ancienne, la crise du r&#233;gime se manifeste par une crise de repr&#233;sentation concr&#233;tis&#233;e en premier lieu par une d&#233;saffection populaire massive sur le plan &#233;lectoral. Selon les chiffres officiels de participation qui sont syst&#233;matiquement gonfl&#233;s, il n'y avait que 50,7% de votants &#224; la derni&#232;re &#233;lection pr&#233;sidentielle de 2014 contre 74,56% &#224; celle de 2009. Entre les deux &#233;lections, le candidat Abdelaziz Bouteflika a perdu 4,5 millions de voix. Pourtant, la coalition pr&#233;sidentielle (Front de lib&#233;ration national-FLN, Rassemblement national d&#233;mocratique-RND, Mouvement populaire alg&#233;rien-MPA et Tadjamoue Amal Al Djazair-TAJ) et ses satellites patronaux (Forum des chefs d'entreprise-FCE) et salari&#233;s (Union g&#233;n&#233;rale des travailleurs alg&#233;riens-UGTA), le gouvernement et l'administration monopolisent, en particulier gr&#226;ce aux t&#233;l&#233;s publiques et priv&#233;es, une vie politique atone dans laquelle toute opposition est marginalis&#233;e. En dehors de la client&#232;le du r&#233;gime, la majorit&#233; des Alg&#233;riens ne votent pas. Plusieurs millions d'entre eux, les jeunes en particulier, ne sont pas inscrits sur les listes &#233;lectorales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les principales institutions &#171; &#233;lues &#187; ne refl&#232;tent pas les r&#233;sultats &#233;lectoraux. La pr&#233;sidence du Conseil de la nation (S&#233;nat) et le poste de Premier ministre sont d&#233;tenus respectivement par Abdelkader Bensalah et Ahmed Ouyahia, deux dirigeants d'un parti minoritaire, le RND. Les s&#233;natoriales de d&#233;cembre 2018 furent le th&#233;&#226;tre d'une fraude massive entre partis &#171; alli&#233;s &#187; de la &#171; majorit&#233; pr&#233;sidentielle &#187; au profit du FLN dont Abdelaziz Bouteflika est le pr&#233;sident d'honneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le putsch contre le pr&#233;sident de l'Assembl&#233;e populaire nationale (APN), Said Bouhadja, en octobre 2018 a confirm&#233; l'absence de cr&#233;dibilit&#233; institutionnelle. L'homme fut &#233;ject&#233; ill&#233;galement de son poste et de son bureau par des sbires de son propre parti (FLN) et ceux des formations de la &#171; coalition pr&#233;sidentielle &#187;. Le Premier ministre Ahmed Ouyahia enfila &#224; l'occasion les bottes de Bismarck pour affirmer : &#171; La force prime la Constitution &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la crise a fini par rattraper le principal parti du pouvoir, le FLN. Et c'est dans la plus grande opacit&#233; qu'en novembre 2018, le Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral et la direction putschiste furent destitu&#233;s, non par un vote des &#171; dirigeants &#187;, mais par une d&#233;cision venue de la pr&#233;sidence de la R&#233;publique. Le parti se trouve depuis en pleine &#171; r&#233;organisation &#187; et ce, &#224; la veille des &#233;lections d'avril prochain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;saffection n'&#233;pargne pas les partis d'opposition qui peinent &#224; convaincre et mobiliser, toutes tendances confondues et qui vivent des crises organiques r&#233;currentes. Idem pour les syndicats patronaux et de travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La majorit&#233; des Alg&#233;riens ne croit plus &#224; la possibilit&#233; d'une alternance politique dans le cadre du r&#233;gime actuel. Les islamistes radicaux qui avaient conquis le c&#339;ur de nombreux citoyen.e.s dans les ann&#233;es 1980-1990 ne sont plus cr&#233;dibles politiquement, mais aucune autre force n'a r&#233;ussi &#224; occuper l'espace ainsi lib&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entam&#233; il y a exactement vingt ans, le r&#232;gne de Bouteflika a &#233;t&#233; ponctu&#233; par une impressionnante et incessante s&#233;rie de scandales : trafics de coca&#239;nes, affaires de corruption sur le foncier, les grands chantiers publics (autoroute Est-Ouest) et la passation de march&#233;s avec des multinationales &#233;trang&#232;res (multiples affaires Sonatrach-ENI-Saipem), affaire Khalifa de dilapidation des deniers publics au profit d'une soci&#233;t&#233; mont&#233;e par un golden-boy, privatisations au dinar symbolique&#8230; La liste des scandales serait trop longue &#224; &#233;grener, mais tous ont en commun de concerner des membres de la nomenklatura (ministres, responsables de la police et de l'arm&#233;e&#8230;) et/ou leurs enfants et de la nouvelle classe bourgeoise affairiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup d'Alg&#233;riens consid&#232;rent la corruption comme une simple d&#233;rive par rapport &#224; une norme abstraite, religieuse ou la&#239;que, qui commande de ne pas voler. Le ph&#233;nom&#232;ne est ainsi saisi dans sa dimension purement morale. Cette vision moraliste spontan&#233;e est consolid&#233;e par le discours conscient des ultralib&#233;raux d'opposition qui nous content la fable d'un capitalisme sans corruption o&#249; chacun aura ce qu'il m&#233;rite. Un bon capitalisme qui existerait ailleurs, mais pas en Alg&#233;rie. Il suffit de suivre l'actualit&#233; mondiale pour se rendre compte que la corruption n'&#233;pargne aucune contr&#233;e (USA, UE, Japon, Cor&#233;e du Sud, Br&#233;sil&#8230;) et que certains Etats &#171; respectables &#187; sont m&#234;me sp&#233;cialis&#233;s dans le recyclage des sommes qui en sont issues : la Suisse, le Luxembourg, Monaco, Panama et autres &#238;les pas si vierges que &#231;a&#8230; Car la corruption n'est pas une d&#233;viance. Elle repr&#233;sente au contraire une n&#233;cessit&#233; objective pour les poss&#233;dants, condamn&#233;s &#224; se battre &#224; perp&#233;tuit&#233; les uns contre les autres pour pr&#233;server leurs parts de march&#233;, en acqu&#233;rir de nouvelles, garnir leurs carnets de commandes, &#233;vincer leurs concurrents et &#233;chapper au fisc qui prend leur argent pour construire des routes, des &#233;coles, des h&#244;pitaux&#8230; Elle constitue un syst&#232;me ou fait partie, plus exactement, du syst&#232;me capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Alg&#233;rie, la corruption a jou&#233; un r&#244;le historique particulier au cours des quarante derni&#232;res ann&#233;es. Elle a contribu&#233;, aux c&#244;t&#233;s des lois de d&#233;mant&#232;lement du secteur public, &#224; d&#233;poss&#233;der le peuple alg&#233;rien de ce qui lui appartenait formellement par le biais de la propri&#233;t&#233; juridique publique : entreprises, foncier agricole et urbain, biens mobiliers et immobiliers&#8230; Elle a contribu&#233; &#224; la mise en coupe r&#233;gl&#233;e du commerce ext&#233;rieur pour substituer un monopole priv&#233; &#224; l'ancien monopole public. Il ne s'agit donc pas d'un accident de parcours, encore moins d'une erreur ou d'une d&#233;viance, mais d'un processus n&#233;cessaire pour permettre &#224; une minorit&#233; ill&#233;gitime d'accumuler du capital pendant que la majorit&#233; de la population subissait un processus de prol&#233;tarisation lui enjoignant de vendre sa force de travail pour vivre. Cette dimension de la corruption n'a pas &#233;chapp&#233; &#224; la population, qui a bien saisi le rapport qu'elle instaurait entre pouvoir et richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a ainsi assist&#233; &#224; une concentration des pouvoirs et &#224; une mont&#233;e concomitante de l'autoritarisme. L'Ex&#233;cutif a &#233;t&#233; consid&#233;rablement renforc&#233; au cours des diff&#233;rents mandats de Bouteflika. Le caract&#232;re hyper-pr&#233;sidentiel de la constitution taill&#233;e &#224; sa mesure et l'apparition d'un culte de la personnalit&#233; outrancier et grotesque ne d&#233;coulent pas seulement de la m&#233;galomanie l&#233;gendaire du personnage. Ils expriment plus s&#251;rement la n&#233;cessit&#233; objective de concentrer les pouvoirs autour d'une personne pour unifier les diff&#233;rentes factions et imposer des politiques antipopulaires ou qui ne font pas forc&#233;ment consensus au sein m&#234;me du pouvoir. Cela fut, &#224; titre d'exemple le cas sur la question amazighe, avec la reconnaissance de la langue berb&#232;re comme langue officielle et l'instauration d'une Acad&#233;mie nationale de la langue amazighe&#8230;, que Bouteflika a tranch&#233;e, sous la pression des masses, alors m&#234;me qu'il n'existe pas de consensus au sein du pouvoir sur cette question. Idem sur certaines questions &#233;conomiques et sociales : privatisations, subventions des prix de produits de consommation, prix du gaz et de l'&#233;lectricit&#233;, de l'eau&#8230; Le revers de la m&#233;daille r&#233;side cependant dans le fait que cette hyper-concentration des pouvoirs a rendu et rendra d&#233;licate la formation d'un consensus interne sur le nom d'un successeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refus de toute n&#233;gociation r&#233;elle voire de simple consultation avec les partis d'opposition, les syndicats et autres associations, l'absence d'espaces et d'instances de m&#233;diation pour g&#233;rer pacifiquement et l&#233;galement les contradictions dans la soci&#233;t&#233; et m&#234;me au sein du pouvoir, les atteintes r&#233;p&#233;t&#233;es aux libert&#233;s d&#233;mocratiques et syndicales (entraves aux droits de gr&#232;ve, de manifestation, de r&#233;union, d'association&#8230;), la r&#233;pression contre tous les contestataires, la partialit&#233; outranci&#232;re des t&#233;l&#233;s publiques et priv&#233;es (cr&#233;&#233;es ill&#233;galement par des relais du pouvoir) et les menaces &#224; peine voil&#233;e du vice-ministre de la D&#233;fense et du ministre de l'Int&#233;rieur ne peuvent manquer de provoquer, et provoquent effectivement, des mobilisations populaires. Les v&#233;ritables fomentateurs de r&#233;volutions ne sont pas les r&#233;volutionnaires mais les r&#233;gimes autoritaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#232;glements de compte internes et les d&#233;cisions contradictoires qui se multiplient confirment que l'homog&#233;n&#233;it&#233; du pouvoir se fissure. L'inamovible patron des services de s&#233;curit&#233;, le g&#233;n&#233;ral Mohamed Medi&#232;ne dit &#171; Toufik &#187;, avait &#233;t&#233; limog&#233; une ann&#233;e apr&#232;s la r&#233;&#233;lection de Bouteflika &#224; un quatri&#232;me mandat en 2014 et le D&#233;partement du renseignement et de la s&#233;curit&#233; (DRS) qu'il dirigeait restructur&#233;. En 2018, l'arraisonnement d'un navire contenant 701 kg de coca&#239;ne a d&#233;bouch&#233; sur le limogeage d'Abdelghani Hamel, le chef de la Direction g&#233;n&#233;rale de la s&#251;ret&#233; nationale-DGSN. Son successeur n'a tenu que quelques mois, plusieurs mesures dont des remaniements qu'il avait op&#233;r&#233;s au sein des services de police ayant &#233;t&#233; gel&#233;es par le ministre de l'Int&#233;rieur. De hauts grad&#233;s de l'Arm&#233;e nationale populaire (ANP) ont &#233;t&#233; interdits de sortie du territoire national et leurs comptes bancaires gel&#233;s avant qu'ils ne soient mis aux arr&#234;ts. Leur lib&#233;ration inexpliqu&#233;e est intervenue quelques temps apr&#232;s. Sept anciens cadres de la police accus&#233;s d'atteinte &#224; la s&#251;ret&#233; de l'Etat suite &#224; des manifestations de policiers contre leurs difficiles conditions de travail en 2014 ont &#233;t&#233; acquitt&#233;s le 26 f&#233;vrier 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des principaux signes de la crise du r&#233;gime r&#233;side dans son incapacit&#233; &#224; achever le processus des r&#233;formes &#233;conomiques structurelles d&#233;but&#233;es il y a 40 ann&#233;es. Le cap est mis sur le lib&#233;ralisme depuis 1980, mais l'Etat continue de diriger l'&#233;conomie. Les richesses &#233;nerg&#233;tiques (hydrocarbures) et mini&#232;res restent dans le domaine public au grand dam des ultralib&#233;raux du pouvoir et de l'opposition, des puissances imp&#233;rialistes (G7) et de leurs institutions financi&#232;res (FMI, Banque mondiale&#8230;). De grosses entreprises publiques qui avaient &#233;t&#233; privatis&#233;es (Sider El Hadjar au profit d'ArcelorMittal, Asmidal devenue Fertial apr&#232;s que le groupe espagnol Grupo Villar Mir soit devenu actionnaire majoritaire&#8230;) sont revenus dans le giron de l'Etat. La tentative de Ali Haddad, chef du principal syndicat patronal (Forum des chefs d'entreprises-FCE), de racheter avec la complicit&#233; du Premier ministre Ouyahia les parts du groupe espagnol a &#233;t&#233; d&#233;jou&#233;e gr&#226;ce &#224; la mobilisation des travailleurs du complexe. Bouteflika a contraint l'Ex&#233;cutif &#224; exercer le droit de pr&#233;emption de l'Etat qui est redevenu majoritaire dans cette entreprise. La loi de bradage des hydrocarbures adopt&#233;e en 2005 ne fut pas promulgu&#233;e par le Pr&#233;sident et sera finalement amend&#233;e une ann&#233;e apr&#232;s. La loi sur les investissements qui stipule que les entreprises alg&#233;riennes s'associant avec des partenaires &#233;trangers doivent d&#233;tenir la majorit&#233; des parts (51/49) est maintenue depuis dix ann&#233;es. Les importations sont en forte baisse du fait de mesures gouvernementales (contingentement, interdictions, lourdes taxes&#8230;). Le gouvernement continue par ailleurs de construire des logements sociaux, de subventionner les prix, de maintenir la sant&#233; et l'&#233;cole publiques gratuites, de refuser l'endettement ext&#233;rieur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contradiction entre, d'une part, le cap clairement fix&#233; et assum&#233; sur l'horizon lib&#233;ral et, d'autre part, les pauses, revirements et reculs permanents, attise depuis de nombreuses ann&#233;es les tensions au sein du r&#233;gime et emp&#234;che le gouvernement de passer en force. Elle alimente &#233;galement une opposition d&#233;mocrate ultralib&#233;rale ainsi qu'un m&#233;contentement populaire croissant. Le ch&#244;mage touche 11,7% de la population active et culmine &#224; 28,3% chez les jeunes (16 &#224; 24 ans). Les dipl&#244;m&#233;s ne trouvent pas de d&#233;bouch&#233;s alors que 43% des salari&#233;s ne sont pas d&#233;clar&#233;s &#224; la S&#233;curit&#233; sociale. Le pouvoir d'achat des travailleurs, ch&#244;meurs, paysans sans terres et paysans pauvres, petits artisans et commer&#231;ants&#8230; chute sous le triple effet de la hausse des prix, de la d&#233;pr&#233;ciation du dinar et d'une stagnation des salaires et des pensions. La r&#233;duction de l'engagement de l'Etat dans l'Education et la Sant&#233; sanctionne lourdement les classes d&#233;sh&#233;rit&#233;es. Le pouvoir remet en cause ce qui reste de l'Etat social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette politique favorise en revanche les classes dominantes (capitalistes alg&#233;riens et &#233;trangers, propri&#233;taires terriens, importateurs, gros commer&#231;ants, hautes professions lib&#233;rales&#8230;) qui profitent de l'ill&#233;gitime d&#233;possession du peuple alg&#233;rien (privatisation, &#171; partenariat &#187; public-priv&#233;&#8230;), et de l'aide g&#233;n&#233;reuse que le pouvoir leur accorde. Les multinationales qui se vantent d'exporter des engrais ou du ciment (Fertial, Lafarge&#8230;) le font gr&#226;ce au gaz subventionn&#233; par l'Etat. Le ciment est export&#233; &#224; moiti&#233; prix et Sonelgaz conna&#238;t un d&#233;ficit de 23 milliards de dollars !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la l&#233;gitime r&#233;sistance des masses, la seule r&#233;ponse est la r&#233;pression : recours &#224; la Justice pour entraver le droit de gr&#232;ve, transformation du Code du Travail en Code du Capital, arrestations arbitraires de fonctionnaires, de bloggeurs et de journalistes, interdiction des manifestations et interpellation de militants, tabassage des supporteurs de football&#8230; Les patrons du priv&#233; et du public s'attaquent directement aux syndicalistes : Sonelgaz, Air Alg&#233;rie, Libert&#233;, Cevital&#8230; Le pouvoir d&#233;fend de plus en plus clairement les int&#233;r&#234;ts des classes dominantes compradores qui constituent le v&#233;ritable Cheval de Troie de l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des derniers signes, et non des moindres, de la crise du r&#233;gime appara&#238;t justement dans sa difficult&#233; &#224; r&#233;sister aux pressions imp&#233;rialistes. Le pouvoir soutient toujours la cause des peuples sahraoui et palestinien, a refus&#233; de cautionner les interventions imp&#233;rialistes en Libye, en Syrie et au Y&#233;men&#8230; Il refuse toute participation de l'ANP &#224; des op&#233;rations hors des fronti&#232;res ainsi que l'installation de bases militaires &#233;trang&#232;res en Alg&#233;rie et n'accepte pas l'installation de centres de transits pour migrants&#8230; Mais il m&#233;nage et d&#233;fend de plus en plus le r&#233;gime criminel saoudien, ne se prononce pas publiquement sur la d&#233;stabilisation du Venezuela, s'av&#232;re incapable d'entraver le &#171; retour d'Isra&#235;l &#187; dans le Sahel et de s'opposer &#224; la multiplication des bases militaires et des interventions am&#233;ricaines ou fran&#231;aises dans la r&#233;gion&#8230; Derni&#232;rement, pour la seule p&#233;riode du 18 f&#233;vrier au 1er mars, l'ANP a particip&#233;, au Burkina Faso puis en Mauritanie, &#224; des man&#339;uvres militaires de grande envergure d&#233;nomm&#233;es &#171; Flintlock 2019 &#187; plac&#233;es sous la supervision du Commandement des forces arm&#233;es am&#233;ricaines pour l'Afrique (Africom). Des man&#339;uvres &#171; Phoenix Express &#187; organis&#233;es par l'Africom en Gr&#232;ce en mai 2018 avaient vu la participation de la marine alg&#233;rienne&#8230; On constate donc un infl&#233;chissement indubitable de la politique &#233;trang&#232;re qui ne peut qu'alimenter les contradictions au sein d'un r&#233;gime traditionnellement tourn&#233; vers l'URSS, puis la Russie (en mati&#232;re militaire particuli&#232;rement) et qui, surtout, tenait autrefois &#224; son non-alignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut conclure que le r&#233;gime alg&#233;rien n'est ni monarchiste ni v&#233;ritablement r&#233;publicain. Ce n'est ni une dictature, ni une d&#233;mocratie. Ce n'est ni une th&#233;ocratie ni un r&#233;gime la&#239;c. Il n'est pas pro-imp&#233;rialiste, mais n'est plus anti-imp&#233;rialiste. Il n'est pas ultralib&#233;ral, mais n'est pas antilib&#233;ral. Son incapacit&#233; &#224; trancher les contradictions de la soci&#233;t&#233; alg&#233;rienne ainsi que celles qui le traversent reconduit en permanence les conditions de la crise. Cet immobilisme est r&#233;v&#233;lateur de son incapacit&#233; &#224; se r&#233;former. Nous sommes de ce fait condamn&#233;s &#224; revivre des crises politiques plus ou moins violentes qui risquent de se transformer en crise de l'Etat propice aux r&#233;volutions, mais aussi aux aventures imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une crise d'h&#233;g&#233;monie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement au discours ass&#233;n&#233; par les ultralib&#233;raux, la crise du r&#233;gime renvoie aux enjeux et aux luttes de classes qui traversent la soci&#233;t&#233; alg&#233;rienne. Elle d&#233;coule plus particuli&#232;rement de l'incapacit&#233; h&#233;g&#233;monique des classes dominantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique de lib&#233;ralisation est men&#233;e par la bourgeoisie int&#233;rieure. Cette fraction de classe n'est pas nationale en ce sens qu'elle n'a plus de projet souverain et refuse d'affronter &#233;conomiquement, politiquement et diplomatiquement l'ordre imp&#233;rialiste mondial. Mais elle d&#233;pend souvent de la commande publique et a encore besoin de la protection de l'Etat pour accumuler face au march&#233; international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fraction se heurte &#224; deux &#233;cueils. Le premier tient aux r&#233;sistances actives et passives des masses et d'une partie de l'appareil d'Etat. Pour faire passer ses r&#233;formes, cette fraction dirig&#233;e par le pouvoir est contrainte de constamment louvoyer, avancer, reculer. Elle n'a pas r&#233;ussi, &#224; ce jour, &#224; mener &#224; terme ses r&#233;formes &#233;conomiques structurelles et ne s'est pas totalement int&#233;gr&#233;e &#224; l'ordre imp&#233;rialiste&#8230; Mais elle ne veut pas, &#224; l'inverse, revenir &#224; une politique de d&#233;veloppement national et de r&#233;sistance &#224; l'ordre imp&#233;rialiste comme le font encore, totalement ou partiellement et avec plus ou moins de cons&#233;quence et de d&#233;termination, certains Etats : Iran, Cor&#233;e du Nord, Cuba, Venezuela, Syrie, Liban&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'application de sa politique &#233;conomique et sociale lib&#233;rale (blocage des salaires et des pensions, remise en cause du code du Travail, ch&#244;mage&#8230;) la contraint &#224; louvoyer, mais elle n'h&#233;site pas &#224; recourir &#224; la force contre les masses travailleuses et les classes populaires qui refusent de voir leurs acquis partir en fum&#233;e. Cette fraction de la bourgeoisie s'av&#232;re ainsi incapable d'obtenir le consentement des exploit&#233;s et domin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second &#233;cueil auquel se heurte la fraction int&#233;rieure r&#233;side dans son incapacit&#233; &#224; obtenir l'adh&#233;sion de l'autre fraction de la bourgeoisie, la fraction compradore qui d&#233;fend une conception ultralib&#233;rale d'int&#233;gration/soumission au march&#233; mondial et &#224; l'ordre imp&#233;rialiste. Celle-ci s'est consid&#233;rablement renforc&#233;e au cours des trois derni&#232;res d&#233;cennies &#224; la faveur de la guerre civile qui a facilit&#233; la casse et la spoliation des entreprises publiques ordonn&#233;es par le FMI (Plan d'ajustement structurel-PAS sign&#233; en 1994) et la transformation de l'&#233;conomie alg&#233;rienne qui se voulait productive et industrielle en une &#233;conomie de bazar bas&#233;e sur l'import-import. Cette fraction compradore fait dans la surench&#232;re, ne cesse de souligner le manque de volont&#233; du pouvoir en mati&#232;re de r&#233;formes structurelles et d'int&#233;gration au march&#233; mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fraction de la bourgeoisie int&#233;rieure est donc prise en &#233;tau par les masses populaires d'un c&#244;t&#233; et par la fraction compradore soutenue par l'imp&#233;rialisme de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fraction compradore est partie depuis plusieurs ann&#233;es &#224; la conqu&#234;te du pouvoir. Elle dispose de partis formels traditionnels dont les principaux sont le Mouvement de la Soci&#233;t&#233; pour la paix-MSP de tendance Fr&#232;res musulmans, le Rassemblement pour la Culture et la d&#233;mocratie-RCD de tendance la&#239;que, le parti Talaie El Houriat de l'ancien Premier ministre Ali Benflis, quelques partis et personnalit&#233;s regroup&#233;es dans le mouvement Mouwatana (Patrie)&#8230; Mais elle s'appuie aussi et surtout sur un parti r&#233;el, organique, constitu&#233; de m&#233;dias traditionnels et &#233;lectroniques, de think tanks, de mouvements comme celui qui soutient le premier oligarque du pays, Issad Rebrab, et de personnalit&#233;s qui forment un ensemble souvent plus dynamique que les partis formels. Cette fraction compradore dispose du soutien des centres imp&#233;rialistes (puissances occidentales, FMI, Banque mondiale&#8230;) qui exercent des pressions constantes sur le pouvoir alg&#233;rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fraction influence une partie importante de personnes et de groupes de la fraction adverse qui partagent au fond sa vision de la n&#233;cessit&#233; de r&#233;formes &#233;conomiques et sociales structurelles, mais qui n'osaient pas, &#224; ce jour, prendre ouvertement position en sa faveur, de peur des r&#233;actions du pouvoir. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, l'int&#233;gration dans le r&#233;gime de nouveaux riches &#224; travers les partis, les institutions &#233;lues (APN, S&#233;nat, APW, APC&#8230;) et la pr&#233;sence directe ou indirecte de militaires ou de leurs proches dans les milieux d'affaires contribuent fortement &#224; la modification du rapport de forces &#224; son profit. Car sa rivale qui dirige aujourd'hui le pays travaille pour elle du fait de son incons&#233;quence qui la rend incapable de revenir &#224; une politique de d&#233;veloppement national et social. Il lui faudrait pour cela s'appuyer sur les masses populaires, ce &#224; quoi elle se refuse obstin&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fraction compradore conna&#238;t donc une dynamique ascendante. Elle travaille &#224; conqu&#233;rir l'h&#233;g&#233;monie au sein des classes dominantes. Mais ses accointances avec les forces capitalistes mondiales et les Etats imp&#233;rialistes lui ali&#232;nent une partie de l'Etat profond alg&#233;rien issu de la guerre de lib&#233;ration nationale et des politiques de d&#233;veloppement national des deux premi&#232;res d&#233;cennies de l'ind&#233;pendance. Ces secteurs sont tr&#232;s sourcilleux en mati&#232;re d'ind&#233;pendance et de s&#233;curit&#233; nationales. La fraction compradores &#233;prouve par ailleurs les plus grandes difficult&#233;s &#224; obtenir le consentement des exploit&#233;s et opprim&#233;s car son projet &#233;conomique et social ultralib&#233;ral est plus dur et implacable vis-&#224;-vis des masses. Peut-elle, dans ces conditions, acc&#233;der au pouvoir par la voie des urnes ? Et si elle y parvenait &#224; la faveur d'une crise ou du fait qu'elle constitue actuellement la seule alternative politique au pouvoir actuel, quelle serait la r&#233;action des masses populaires ? Les travailleurs, les ch&#244;meurs et la jeunesse n'&#233;tant pas pr&#234;ts &#224; accepter cette politique, cette fraction risque fort, alors qu'elle se pr&#233;tend d&#233;mocrate, de gouverner de fa&#231;on antid&#233;mocratique pour faire passer sa potion ultralib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette incapacit&#233; h&#233;g&#233;monique des deux fractions de la bourgeoisie qui est &#224; l'origine de la crise du r&#233;gime, c'est-&#224;-dire de son incapacit&#233; &#224; gouverner en &#233;tant unie et en obtenant le consentement des exploit&#233;s et domin&#233;s. Le r&#233;gime ne peut donc se d&#233;mocratiser. Cette crise dure depuis des ann&#233;es et s'approfondissait. Elle a connu une acc&#233;l&#233;ration au cours de l'ann&#233;e 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II &#8211; UNE CRISE POLITIQUE OUVERTE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Passage &#224; une crise politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise d'h&#233;g&#233;monie aurait pu se poursuivre durant quelques mois encore, voire quelques ann&#233;es. Mais la pr&#233;sidentielle d'avril prochain a constitu&#233; le facteur d&#233;clenchant de la crise politique avec l'annonce de la candidature de Bouteflika &#224; un cinqui&#232;me mandat et, comble du cynisme et du m&#233;pris des gouvernants &#224; l'&#233;gard du peuple, de l'affirmation selon laquelle les citoyens &#233;taient heureux de cette candidature, voire l'auraient ardemment sollicit&#233;e. Cela, ni les masses, ni les diff&#233;rentes oppositions ne pouvaient le tol&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'au 21 f&#233;vrier 2019, aucune force politique ou sociale ne mena&#231;ait le pouvoir. Ce dernier n'&#233;tait contest&#233; qu'en paroles, par des opposants impuissants et marginalis&#233;s. M&#234;me les gr&#232;ves de travailleurs qui tendaient &#224; se multiplier ne l'inqui&#233;taient pas vraiment. Aussi s'appr&#234;tait-il &#224; reconduire le pr&#233;sident sortant ou, plus exactement, sa photo encadr&#233;e exhib&#233;e en toutes occasions (c&#233;r&#233;monies officielles, meetings&#8230;) par ses z&#233;l&#233;s et int&#233;ress&#233;s partisans. Le statu quo semblait constituer l'horizon ind&#233;passable du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le 22 f&#233;vrier a constitu&#233; le point de rupture avec, &#224; la suite d'appels anonymes lanc&#233;s sur les r&#233;seaux sociaux, l'irruption spectaculaire des masses sur la sc&#232;ne politique, suivie, une semaine plus tard, d'un d&#233;ferlement populaire historiquement in&#233;dit dans les 48 wilayas (d&#233;partements) du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mobilisation des masses a chang&#233; la donne politique. Elle a bris&#233; le mur de la peur, permis la reconqu&#234;te du droit de manifester dans tout le pays et particuli&#232;rement &#224; Alger o&#249; il &#233;tait interdit depuis 2001. Elle a pouss&#233; le gouvernement &#224; sanctionner certains maires des partis de la coalition pr&#233;sidentielle qui avaient entrav&#233; la qu&#234;te de parrainages aupr&#232;s de citoyens de la part de divers candidats &#224; la candidature. Elle a contraint les m&#233;dias publics, sous la pression de leur propre personnel (journalistes, techniciens&#8230;), &#224; rendre compte de mani&#232;re plus &#233;quitable de la situation dans le pays. Elle a lib&#233;r&#233; la parole et les initiatives et ouvert la voie &#224; des protestations et manifestations de multiples cat&#233;gories sociales : &#233;tudiants, avocats, journalistes, enseignants, m&#233;decins et param&#233;dicaux, artistes et &#233;crivains, lyc&#233;ens&#8230; Cela a culmin&#233; dans les marches historiques du 1er mars qui demandaient le d&#233;part de tout le r&#233;gime et non plus celui du seul Bouteflika.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces manifestations qui se poursuivent &#224; ce jour et qui devraient prendre une nouvelle dimension le 8 mars ont amen&#233; le pouvoir &#224; lancer une derni&#232;re man&#339;uvre pour tenter de conserver la main alors m&#234;me qu'il a perdu, momentan&#233;ment ou durablement il est trop t&#244;t pour le dire, l'initiative. Dans une lettre cens&#233;e &#233;maner de Bouteflika et lue &#224; la t&#233;l&#233;vision, le candidat proposait, s'il &#233;tait r&#233;&#233;lu, la tenue d'une Conf&#233;rence nationale ouverte et inclusive dans la foul&#233;e du scrutin afin de d&#233;finir des r&#233;formes politiques, mais aussi des r&#233;formes &#233;conomiques que les citoyens n'ont pas revendiqu&#233;es au cours des manifestations. Cette conf&#233;rence devrait fixer la date d'une &#233;lection pr&#233;sidentielle anticip&#233;e &#224; laquelle Bouteflika s'engage &#224; ne pas participer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les Alg&#233;riens ont d&#233;j&#224; donn&#233;&#8230; Le soir m&#234;me de l'annonce, des manifestations de jeunes ont spontan&#233;ment &#233;clat&#233; dans de nombreuses villes, relay&#233;es le lendemain par de nouvelles manifestations d'&#233;tudiants &#224; travers le pays et l'annonce anonyme d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pour la semaine du 10 au 15 mars. Plus que jamais, le mouvement populaire est uni autour du mot d'ordre de &#171; Non au cinqui&#232;me mandat &#187; et de d&#233;part de tout le r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les camps en pr&#233;sence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux camps se font face depuis le 22 f&#233;vrier. Le camp du pouvoir et le camp populaire ou camp du peuple. Chaque camp rassemble en son sein des forces sociales disparates qui n'ont pas les m&#234;mes int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camp du peuple agglom&#232;re des cat&#233;gories sociales et des forces politiques diff&#233;rentes voire oppos&#233;es mais unies sur les objectifs politiques imm&#233;diats : la non-reconduction de Bouteflika et le changement de r&#233;gime, ce dernier mot d'ordre n'&#233;tant pas forc&#233;ment exprim&#233; de la sorte. Ces deux revendications constituent &#224; la fois le ressort et le ciment de ce camp. Il est soutenu par toutes les forces politiques d'opposition : d&#233;mocrates ultralib&#233;raux (la&#239;cs et islamistes confondus), partis de gauche au sens large : Front des forces socialistes-FFS, Parti des travailleurs-PT, Parti socialiste des travailleurs-PST et une s&#233;rie de groupes de gauche plus ou moins formels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se nourrissant de sa propre dynamique, ce camp a d&#233;sormais plac&#233; le refus des &#233;lections du 18 avril en t&#234;te de ses objectifs. Il n'a pas de programme politique plus &#233;labor&#233;, n'est pas structur&#233;, ne dispose pas de porte(s)-parole(s) et encore moins de direction identifi&#233;e et reconnue. Mais ces faiblesses constituent paradoxalement, &#224; ce stade, des points forts et ne l'emp&#234;chent pas d'avoir l'initiative, d'&#234;tre &#224; l'offensive et d'engranger soutiens et ralliements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boule de feu en mouvement, ce camp multiplie les actions : grandes manifestations du vendredi dans les 48 wilayas du pays, manifestations permanentes d'&#233;tudiants, et lyc&#233;ens, d'avocats, d'artistes, de personnels de sant&#233;&#8230; Il est &#224; l'offensive. Apr&#232;s avoir r&#233;impos&#233; son droit de manifester, il est en phase de passer &#224; une &#233;tape sup&#233;rieure, celle des gr&#232;ves. Gr&#232;ves locales et/ou sectorielles d'abord (d&#233;j&#224; entam&#233;e dans certaines universit&#233;s, pr&#233;vue dans l'Education nationale &#224; l'appel de l'intersyndicale autonome le 13 mars&#8230;). Puis gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale avec des appels anonymes ou &#233;manant de vieilles structures syndicales ressuscit&#233;es &#224; l'occasion, comme la Conf&#233;d&#233;ration syndicale des forces productives (COSYFOP), pour la p&#233;riode du 10 au 15 mars. Sur le net circule m&#234;me le mot d'ordre de d&#233;sob&#233;issance civile repris de textes du Front islamique du Salut (FIS) propag&#233;s lors de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale appel&#233;e par ce parti en juin 1991.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dynamique offensive du mouvement populaire lui permet d'engranger des soutiens provenant de syndicats de travailleurs, d'associations et de mouvements. Il enregistre &#233;galement le ralliement de personnes comme, &#224; titre d'exemple, celui d'adh&#233;rents du syndicat patronal FCE qui soutient Bouteflika, des maires et militants du FLN&#8230; Il convient &#233;galement de noter des ralliements assez significatifs politiquement. Celui de l'Organisation nationale des Moudjahidine (anciens combattants) qui constituait la colonne vert&#233;brale de la &#171; famille r&#233;volutionnaire &#187; sur laquelle le pouvoir s'appuyait et qui, en plus du soutien qu'elle apporte aux manifestants, d&#233;nonce &#171; la collision entre des parties influentes au sein du pouvoir et des hommes d'affaires v&#233;reux qui ont b&#233;n&#233;fici&#233; de mani&#232;re illicite de l'argent public &#187;. Il en va de m&#234;me pour l'Association des anciens du MALG (Minist&#232;re de l'armement et des liaisons g&#233;n&#233;rales durant la guerre de lib&#233;ration) qui n'est autre que l'anc&#234;tre des services secrets alg&#233;riens, dirig&#233;e par l'ancien ministre de l'Int&#233;rieur Dahou Ould Kablia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camp du pouvoir se compose essentiellement d'appareils : la pr&#233;sidence de la R&#233;publique, l'&#233;tat-major de l'ANP, la gendarmerie nationale, les services de s&#233;curit&#233; et la DGSN, le gouvernement et d'autres institutions (Cour supr&#234;me, Conseil constitutionnel, APN et S&#233;nat&#8230;), les partis de la coalition pr&#233;sidentielle, le dispositif m&#233;diatique public et priv&#233; et les directions d'organisations satellites du pouvoir : Union g&#233;n&#233;rale des travailleurs alg&#233;riens (UGTA), FCE, Union nationale des femmes alg&#233;riennes, une dizaine d'organisations estudiantines parasitaires&#8230; mais aussi des associations &#224; caract&#232;re religieux influentes : confr&#233;ries soufies (zaouias) et l'Association des oul&#233;mas musulmans alg&#233;riens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce camp est bien organis&#233;, disciplin&#233; et dispose de la force publique, de l'administration, d'un appareil m&#233;diatique imposant et des moyens financiers et mat&#233;riels de l'Etat. Mais il a, &#224; contrario, perdu l'initiative, se trouve en situation de d&#233;fensive, s'isole et perd chaque jour un peu plus de soutiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fortement et fermement contest&#233; par la rue, ce camp est sonn&#233;. Hier arrogant et monopolisant la parole m&#233;diatique, ses dirigeants ne sont plus seulement inaudibles, ils sont muets. Leur campagne en faveur du 5e mandat est totalement &#224; l'arr&#234;t. Ils ne peuvent tenir de meetings et n'apparaissent plus dans leurs t&#233;l&#233;s qu'ils squattaient pourtant depuis des d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un seul d'entre eux s'exprime aujourd'hui, le chef de la &#171; Grande muette &#187; ! Partie prenante du cercle pr&#233;sidentiel, le g&#233;n&#233;ral Ahmed Ga&#239;d Salah met en garde, menace et r&#233;affirme que l'ANP qu'il dirige est garante de la stabilit&#233; du pays et de la tenue de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle &#224; la date pr&#233;vue. C'est donc d&#233;sormais autour de ce rendez-vous que se cristallise le conflit politique. Annulation/report ou maintien du scrutin. Cela signifie que le seul dirigeant qui s'exprime se situe sur une ligne d&#233;fensive &#171; l&#233;galiste &#187;, &#171; l&#233;gitimiste &#187;. Le probl&#232;me pour lui est que la l&#233;gitimit&#233; politique pour imposer son choix lui fait d&#233;faut. Il dispose certes de la force brute (arm&#233;e, gendarmerie) pour &#233;ventuellement r&#233;primer et instaurer une dictature. Mais une r&#233;pression de cette ampleur et l'instauration d'un Etat d'exception n&#233;cessitent au pr&#233;alable de d&#233;l&#233;gitimer au maximum le camp adverse et de reprendre l'initiative. Or, le camp du peuple a tir&#233; des le&#231;ons des exp&#233;riences libyenne et syrienne. Il est populaire, massif et pacifique, appelle policiers et militaires &#224; ne pas r&#233;primer et il refuse de jouer le r&#244;le de cheval de Troie de l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune raison objective ne permet aujourd'hui de justifier un &#233;ventuel recours &#224; la force. Cette solution serait par ailleurs des plus incertaines. Elle provoquerait sans doute une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et une d&#233;sob&#233;issance civile et pourrait m&#234;me engendrer le chaos et des interventions &#233;trang&#232;res tant d&#233;nonc&#233;es par le vice-ministre de la D&#233;fense et chef d'&#233;tat-major de l'ANP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin se pose le probl&#232;me des r&#233;actions au sein m&#234;me des forces de s&#233;curit&#233;. Le pouvoir alg&#233;rien est des plus opaques et donne l'impression de n'&#234;tre jamais sorti de la clandestinit&#233; de la guerre de lib&#233;ration nationale. Mais des indices d&#233;montrent l'existence, &#224; tout le moins, d'un malaise en son sein voire de dissidences qui ont sans doute jou&#233; un r&#244;le dans l'&#233;closion du mouvement, gr&#226;ce en particulier &#224; l'anonymat des r&#233;seaux sociaux. Il ne faut pas &#234;tre na&#239;f. La spontan&#233;it&#233; des manifestations ne signifie pas qu'aucune main invisible n'est intervenue dans son d&#233;clenchement. Il n'existe pas de mouvement de cette ampleur chimiquement pur et les manipulations &#233;ventuelles d'agents m&#233;contents des services de s&#233;curit&#233;, dont nombre de structures ont &#233;t&#233; d&#233;mantel&#233;es au cours de ces derni&#232;res ann&#233;es, illustreraient surtout le fait, si elles se confirmaient, que la crise actuelle n'est pas simplement une crise entre ceux d'en haut et ceux d'en bas, mais &#233;galement une crise entre ceux d'en haut. Le fait que des masses &#233;normes de citoyens se soient mobilis&#233;es confirme simplement que le malaise &#233;tait l&#224; et qu'il &#233;tait profond. Comme en 1988, la m&#232;che allum&#233;e par des mains pas si d&#233;sint&#233;ress&#233;es que cela ne pouvait aboutir &#224; une explosion que si le baril de poudre (le m&#233;contentement) &#233;tait d&#233;j&#224; rempli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour toutes ces raisons, une r&#233;pression de grande intensit&#233;, qui n&#233;cessiterait sans doute un bain de sang, reste toujours possible, mais peu probable pour l'instant du fait des dangers qu'elle ferait courir &#224; ceux-l&#224; m&#234;me qui la d&#233;clencheraient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une situation d'&#233;quilibre relatif&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la veille de l'acte 3 du 8 mars, la mobilisation populaire ne faiblit pas. Elle s'enracine au contraire parmi les &#233;tudiants et les enseignants universitaires, les lyc&#233;ens, les avocats, les artistes ainsi que d'autres cat&#233;gories professionnelles qui multiplient les rassemblements et manifestations et qui amorcent tant bien que mal et de mani&#232;re encore insuffisante et in&#233;gale un processus d'auto-organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette force du mouvement a plusieurs cons&#233;quences. Des candidats &#224; la candidature se retirent les uns apr&#232;s les autres de la mascarade &#233;lectorale du 18 avril, &#224; l'instar du Pr&#233;sident du MSP. D'autres, repr&#233;sentant g&#233;n&#233;ralement des partis (FFS, RCD&#8230;), avaient d&#233;j&#224; annonc&#233; leur refus de prendre part au scrutin. Mokrane A&#239;t-Larbi, avocat respect&#233;, d&#233;fenseur des droits de l'Homme et vieux militant d&#233;mocrate a quitt&#233; la direction de campagne du candidat Ali Ghediri, un g&#233;n&#233;ral-major dissident, ainsi que le processus &#233;lectoral. En d&#233;pit de l'incompr&#233;hensible acharnement du pouvoir &#224; la maintenir, la pr&#233;sidentielle a perdu sa cr&#233;dibilit&#233;. La bataille politique se d&#233;roule d&#233;sormais hors du champ &#233;lectoral, dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les oppositions de droite et de gauche se radicalisent. La figure symbolique du camp d&#233;mocrate ultralib&#233;ral, le patron du groupe Cevital Issad Rebrab, qui mobilise depuis plusieurs mois ses ouvriers et employ&#233;s avec le soutien des partis de l'opposition ultralib&#233;rale pour protester contre &#171; le blocage de ses investissements &#187; par les pouvoirs publics, a fait annuler la marche du 5 mars initialement pr&#233;vue &#224; Tizi Ouzou (Kabylie). Mais il a expliqu&#233; son geste par le fait que l'heure n'est &#171; pas aux revendications sectorielles &#187;, mais au &#171; changement de r&#233;gime &#187;. Le temps est loin o&#249; l'homme soutenait que les industriels ne devaient pas s'occuper de politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le FFS, le PT et le PST appellent de leur c&#244;t&#233; &#224; soutenir le mouvement populaire, &#224; refuser le scrutin pr&#233;sidentiel et se prononcent en faveur de l'&#233;lection d'une Assembl&#233;e constituante. Le PT se prononce pour la cr&#233;ation de comit&#233;s populaires, appelle &#224; la convergence des forces qui soutiennent l'Assembl&#233;e constituante et consid&#232;re que la transition vise &#224; organiser le pillage de l'Alg&#233;rie. Le FFS a annonc&#233; le retrait de tous ses parlementaires de l'APN et du S&#233;nat. Le PST, qui a avanc&#233; avec constance le mot d'ordre d'Assembl&#233;e constituante, appelle &#224; l'auto-organisation des masses et &#224; pr&#233;parer une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale afin de faire basculer le rapport de forces. Tout comme le PT, le PST refuse les ing&#233;rences imp&#233;rialistes et milite pour que les travailleurs et leurs syndicats entrent dans le mouvement avec leurs propres revendications. Les deux partis appellent &#224; la r&#233;appropriation de l'UGTA par ses militants v&#233;ritables. La gauche est confort&#233;e dans sa d&#233;marche par les prises de position successives de syndicats autonomes qui appellent &#224; rejoindre le mouvement et avancent, pour certains, le mot d'ordre de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Des secteurs de l'UGTA contredisent la clique anti-ouvri&#232;re du Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral qui soutient Bouteflika et appellent &#224; une r&#233;union de la direction de leur organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair d&#233;sormais que ceux d'en bas ne veulent plus. Ils l'on exprim&#233; clairement et massivement de toutes les fa&#231;ons possibles, en particulier dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en d&#233;pit des d&#233;fections qui se multiplient et s'acc&#233;l&#232;rent &#224; mesure que le mouvement populaire se d&#233;veloppe, ceux d'en haut peuvent encore. Ils ne peuvent pas tout, mais ils disposent encore de la capacit&#233; de r&#233;primer. L'arm&#233;e masse des troupes pr&#232;s des villes et des grands axes strat&#233;giques du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes pas dans une situation r&#233;volutionnaire, mais dans une situation qui ne demande pas grand-chose pour devenir pr&#233;r&#233;volutionnaire. Son &#233;volution va d&#233;pendre de trois facteurs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; le maintien et le renforcement de la dynamique de mobilisation populaire pacifique et, de plus en plus, d'auto-organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; l'approfondissement, ou non, des contradictions au sein du camp du pouvoir et son acceptation, ou non, d'un changement politique profond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; la capacit&#233; ou non des forces politiques du camp du peuple &#224; maintenir l'unit&#233; du mouvement tout en ouvrant des perspectives pour faire basculer d&#233;finitivement le rapport de forces et contraindre le pouvoir &#224; c&#233;der.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les enjeux politiques imm&#233;diats&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; du pouvoir, la tentative de passage en force est act&#233;e par le maintien de la candidature de Bouteflika, m&#234;me si elle s'accompagne d'une man&#339;uvre visant &#224; gagner du temps pour &#233;teindre l'incendie. Mais elle fait face &#224; une opposition croissante &#224; l'ext&#233;rieur et m&#234;me en son sein. L'attitude de raideur du pouvoir rend pour l'instant difficile tout compromis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lentement mais s&#251;rement, le camp du peuple s'&#233;largit, se renforce, s'organise. Ce camp n'a aucun int&#233;r&#234;t &#224; entrer dans un choc frontal avec le pouvoir. Il a au contraire besoin de temps pour toujours mieux s'enraciner et s'organiser. Il s'av&#232;re en particulier urgent que sa base populaire (travailleurs, ch&#244;meurs, retrait&#233;s, &#233;tudiants, lyc&#233;ens&#8230;) se reconstruise apr&#232;s les coups sociaux et politiques majeurs qu'elle a essuy&#233;s au cours des quatre derni&#232;res d&#233;cennies : coup d'Etat, guerre civile, Plan d'ajustement structurel, remises en cause des acquis sociaux, r&#233;pression&#8230; Il doit en m&#234;me temps clarifier ses perspectives politiques et choisir entre deux options, celle de l'opposition ultralib&#233;rale et celle de la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition ultralib&#233;rale qui, &#224; ce stade, fait partie du camp du peuple, a-t-elle la volont&#233; et les moyens de poursuivre son appui &#224; la mobilisation populaire ou finira-t-elle par n&#233;gocier avec le pouvoir une sortie de crise au profit des classes dominantes ? Cette derni&#232;re hypoth&#232;se est fort probable. Consid&#233;rant que l'heure de sa domination historique a sonn&#233; et qu'elle doit non seulement r&#233;gner mais aussi gouverner, elle entend en finir avec toute entrave &#224; son libre d&#233;ploiement. C'est ce qui explique son radicalisme vis-&#224;-vis du pouvoir. La bourgeoisie entend saisir l'occasion historique pour &#233;jecter d&#233;finitivement la petite bourgeoisie tenante &#224; ce jour des appareils d'Etat et qui l'a, depuis si longtemps, brid&#233;e dans son d&#233;veloppement. Mais elle craint en m&#234;me temps d'&#234;tre d&#233;bord&#233;e par des masses populaires qui ne se contenteront pas de la hisser au pouvoir mais qui finiront par mettre en avant leurs propres revendications, leurs propres objectifs politiques. La r&#233;volution inachev&#233;e en Tunisie a confirm&#233; que la chute de la dictature et l'instauration d'une d&#233;mocratie parlementaire bourgeoise ne constituent pas la fin de l'histoire. Pas pour la majorit&#233; laborieuse du peuple. L'entr&#233;e dans le mouvement de l'Union locale UGTA de l'historique bastion ouvrier de Rouiba-Regha&#239;a &#224; l'Est d'Alger a clarifi&#233; les enjeux en montrant ce que la classe ouvri&#232;re attend :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ne pouvant rester en marge des aspirations populaires profondes qui s'expriment, nous joignons nos voix pour dire oui &#224; un changement de syst&#232;me. Un syst&#232;me qui pr&#233;serve la propri&#233;t&#233; inali&#233;nable du peuple sur les richesses naturelles de la nation, r&#233;habilite le r&#244;le de l'Etat dans le d&#233;veloppement &#233;conomique et social et la lutte contre la pauvret&#233; et les in&#233;galit&#233;s. Un syst&#232;me qui se d&#233;marque des oligarchies et revalorise la valeur du travail et qui place l'homme au centre du d&#233;veloppement. Un syst&#232;me qui garantit les libert&#233;s individuelles, collectives et le libre exercice du droit syndical. &#187; C'est l'exact contraire du projet de l'aile ultralib&#233;rale. Voil&#224; pourquoi cette derni&#232;re, qui est partisane d'un cours &#233;conomique beaucoup plus radical que celui du pouvoir actuel avance la perspective d'une transition d&#233;bouchant sur une &#233;lection pr&#233;sidentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aile gauche du camp populaire (FFS, PT, PST) propose pour sa part, de mani&#232;re plus ou moins cons&#233;quente, une solution par le bas qui redonne la parole au peuple et le r&#233;tablit imm&#233;diatement dans son r&#244;le d'unique souverain &#224; travers la perspective d'&#233;lection d'une Assembl&#233;e constituante. Pour le PT et le PST celle-ci sera charg&#233;e de d&#233;terminer le type de r&#233;gime &#224; mettre en place, de proclamer imm&#233;diatement les libert&#233;s d&#233;mocratiques et de satisfaire sans attendre les aspirations et revendications sociales des travailleurs et d&#233;munis. Le PST propose de construire une convergence d&#233;mocratique antilib&#233;rale et anti-imp&#233;rialiste rassemblant les partis, syndicats et mouvements sociaux qui partagent cette vision. Mais elle a du retard &#224; rattraper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, la pression doit augmenter afin de contraindre le pouvoir &#224; renoncer d&#233;finitivement au scrutin du 18 avril. La poursuite des manifestations est indispensable. Mais seule une tr&#232;s puissante vague sera en mesure de faire c&#233;der le pouvoir. Il faut d&#232;s maintenant propager l'id&#233;e de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alger, le 7 mars 2019.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un tournant majeur dans la r&#233;volution tunisienne</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Un-tournant-majeur-dans-la-revolution-tunisienne</link>
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		<dc:date>2013-06-18T08:19:39Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hocine Belalloufi </dc:creator>


		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
		<dc:subject>Tunisie</dc:subject>
		<dc:subject>La r&#233;volution arabe en marche</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2013-06-18</dc:subject>

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&lt;p&gt;En maintenant co&#251;te que co&#251;te son appel &#224; la tenue de son congr&#232;s annuel pourtant formellement interdit par le gouvernement tunisien et en d&#233;clarant la guerre &#224; ce dernier ainsi qu'au parti Ennahdha qui avait soutenu sans ambigu&#239;t&#233; la position du Premier ministre Ali L&#226;rayedh, le mouvement salafiste Ansar Ashariaa a choisi la voie de l'affrontement direct avec les autorit&#233;s tunisiennes. Son incapacit&#233; &#224; tenir son pari a ind&#233;niablement constitu&#233; un &#233;chec politique retentissant pour ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH130/arton14469-fc394.jpg?1781209788' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='130' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En maintenant co&#251;te que co&#251;te son appel &#224; la tenue de son congr&#232;s annuel pourtant formellement interdit par le gouvernement tunisien et en d&#233;clarant la guerre &#224; ce dernier ainsi qu'au parti Ennahdha qui avait soutenu sans ambigu&#239;t&#233; la position du Premier ministre Ali L&#226;rayedh, le mouvement salafiste Ansar Ashariaa a choisi la voie de l'affrontement direct avec les autorit&#233;s tunisiennes. Son incapacit&#233; &#224; tenir son pari a ind&#233;niablement constitu&#233; un &#233;chec politique retentissant pour ce mouvement. Les cons&#233;quences politiques de cet &#233;pisode devraient toutefois s'av&#233;rer plus lourdes encore. La Tunisie post-Ben Ali a de toute &#233;vidence entam&#233; un tournant politique majeur. De quel type est ce tournant ? Afin de l'appr&#233;cier correctement, il convient pr&#233;alablement de revenir sur la nature des &#233;v&#233;nements politiques qui secouent ce pays depuis la fin de l'ann&#233;e 2010. Que se passe-t-il depuis cette date ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La question n'est pas ais&#233;e tant r&#232;gne la confusion dans l'opinion publique, les m&#233;dias et m&#234;me chez nombre de politiques. Pr&#233;dominent en effet des visions subjectives. A en croire les m&#233;dias du Nord qui donnent g&#233;n&#233;ralement le la, on a ador&#233; le &#171; printemps arabe &#187; en g&#233;n&#233;ral et la &#171; r&#233;volution du jasmin &#187; en particulier, avant de br&#251;ler &#171; l'hiver islamiste &#187; qui leur a succ&#233;d&#233;. L'impressionnisme domine car les outils d'analyse politique sont superbement ignor&#233;s. Cela emp&#234;che d'appr&#233;hender objectivement la situation, de d&#233;celer les contradictions &#224; l'&#339;uvre, d'appr&#233;cier leur nature, leur importance et leur combinaison. Les &#233;v&#233;nements sont la plupart du temps per&#231;us de fa&#231;on fig&#233;e, instantan&#233;e et non pas de mani&#232;re dynamique, &#233;volutive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Tunisie conna&#238;t un processus r&#233;volutionnaire&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre voisin de l'Est, &#224; l'instar de l'Egypte, du Y&#233;men, du Bahre&#239;n et de nombre d'Etats du monde arabe est entr&#233;, &#224; compter de la fin 2010, dans un processus r&#233;volutionnaire. Quelle signification peut-on accorder &#224; cette affirmation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Tunisie, Ben Ali n'a pas d&#233;missionn&#233;. Ni l'arm&#233;e ni la police n'ont pris le pouvoir&#224; la suite d'un coup d'Etat. Le dictateur a &#233;t&#233; pouss&#233; dehors par un mouvement populaire initi&#233; par de jeunes ch&#244;meurs (dipl&#244;m&#233;s ou non) des r&#233;gions int&#233;rieures abandonn&#233;es &#224; leur triste sort par le r&#233;gime en place. Ce mouvement s'est &#233;tendu &#224; la jeunesse scolaris&#233;e (lyc&#233;ens, coll&#233;giens&#8230;) ainsi qu'aux travailleurs (ouvriers, employ&#233;s&#8230;) et aux classes moyennes (avocats, m&#233;decins, universitaires&#8230;). Le soul&#232;vement populaire extra-institutionnel a emprunt&#233; la voie classique des explosions r&#233;volutionnaires : gr&#232;ves, manifestations&#8230; La r&#233;pression polici&#232;re n'a pu en venir &#224; bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La puissance de ce mouvement a attis&#233; les contradictions au sein de la dynamique bourgeoisie tunisienne dont les secteurs &#233;cart&#233;s du partage du g&#226;teau par le clan Ben Ali-Trabelsi ont refus&#233; de porter secours &#224; la dictature &#224; d&#233;faut d'avoir particip&#233; directement &#224; son renversement. Cette participation passive de ces secteurs exclus de la bourgeoisie &#224; la r&#233;volution s'est exprim&#233;e, politiquement, dans le refus de la haute hi&#233;rarchie militaire de faire intervenir la troupe contre le mouvement populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit en m&#234;me temps d'un processus, car la r&#233;volution lanc&#233;e &#224; la suite de la mort de Mohamed Bouazizi ne s'est pas achev&#233;e avec la chute de Ben Ali. Visant non seulement le d&#233;part du dictateur, mais aussi et surtout la chute du r&#233;gime dictatorial lui-m&#234;me, elle se poursuit au contraire et se poursuivra jusqu'&#224; ce qu'elle ait r&#233;alis&#233; toutes ses t&#226;ches ou, &#224; l'inverse, qu'elle ait &#233;chou&#233; sous les coups d'une contre-r&#233;volution militaro-polici&#232;re, th&#233;ocratique ou d'une intervention imp&#233;rialiste. Mais m&#234;me en cas d'&#233;chec, le processus r&#233;volutionnaire tunisien se rel&#232;vera et finira par repartir de l'avant car les causes qui lui ont donn&#233; naissance sont objectives. Elles sont arriv&#233;es &#224; maturit&#233; et aucune des forces dominantes ne pourra d&#233;sormais les &#233;touffer. Il s'av&#232;re donc tout &#224; fait naturel que ce processus r&#233;volutionnaire soit long et chaotique. Mais de quelle nature est-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une r&#233;volution nationale, d&#233;mocratique et sociale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution qui a &#233;clat&#233; en d&#233;cembre 2010 fut dirig&#233;e contre la dictature qui &#233;touffait, depuis des d&#233;cennies d&#233;j&#224;, le peuple tunisien. Il &#233;tait naturel qu'elle cible le pr&#233;sident Ben Ali qui incarnait cette dictature implacable interdisant toute libert&#233; d'expression, toute revendication et qui harcelant tout opposant avant de l'emprisonner ou de le forcer &#224; l'exil. Cette r&#233;volution populaire a r&#233;v&#233;l&#233; le refus du peuple tunisien d'accepter plus longtemps l'oppression, sa soif de libert&#233; et son aspiration dominante &#224; vivre sous un r&#233;gime d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce caract&#232;re d&#233;mocratique de la r&#233;volution tunisienne ne doit pas masquer son soubassement &#233;conomique et social. Ce n'est pas pour rien que le mouvement est parti des zones les plus d&#233;laiss&#233;es et enclav&#233;es du pays, celles de l'int&#233;rieur qui n'ont jamais profit&#233; des bienfaits du &#171; miracle tunisien &#187; tant vant&#233; par les politiques, institutions financi&#232;res et m&#233;dias des puissances du Nord amis de la dictature. Et ce n'est pas tout &#224; fait par hasard si elle fut provoqu&#233;e par l'immolation d'un jeune vendeur ambulant issu d'une famille dont les terres avaient &#233;t&#233; hypoth&#233;qu&#233;es. Ce sont d'ailleurs les jeunes des couches d&#233;favoris&#233;es qui se soul&#232;veront en premier et qui continuent d'ailleurs jusqu'&#224; aujourd'hui &#224; se r&#233;volter r&#233;guli&#232;rement comme on a pu l'observer il y a quelques mois encore &#224; S&#233;liana, Sidi Bouzid, Gafsa&#8230; contre la poursuite des politiques n&#233;olib&#233;rales qui les frappent durement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;mocratique et sociale, la r&#233;volution tunisienne poss&#232;de aussi un caract&#232;re national en ce sens qu'elle remet en cause un r&#233;gime antinational qui s'imposait &#224; son peuple gr&#226;ce au soutien des grandes puissances &#233;trang&#232;res (UE, Etats-Unis). Un r&#233;gime qui appliquait &#224; la lettre les politiques de r&#233;gression sociale n&#233;olib&#233;rale &#233;labor&#233;es par ces instruments de pillage et d'exploitation des peuples que sont le FMI, la Banque mondiale, l'OMC&#8230; Le soutien ind&#233;fectible dont b&#233;n&#233;ficiait le r&#233;gime Ben Ali de la part des Etats imp&#233;rialistes r&#233;sultait surtout de sa mod&#233;ration vis-&#224;-vis de l'Etat colonial, raciste et expansionniste isra&#233;lien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce triple caract&#232;re national, d&#233;mocratique et social de la r&#233;volution tunisienne, triple caract&#232;re que l'on retrouve dans les processus r&#233;volutionnaire d'autres pays du monde arabe, ne se d&#233;duit pas m&#233;caniquement de mots d'ordre et de programmes explicites avanc&#233;s formellement par les partis, syndicats, mouvements&#8230; Il n'appara&#238;t pas toujours clairement aux yeux de ceux qui participent &#224; ces r&#233;volutions. Mais il ressort indubitablement de l'analyse des causes de l'explosion populaire et de l'aspiration g&#233;n&#233;rale que celle-ci r&#233;v&#232;le : aspiration &#224; vivre libre et &#224; jouir de la justice sociale dans un Etat r&#233;ellement souverain car d&#233;fendant les int&#233;r&#234;ts de son peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que ces trois &#233;l&#233;ments soient indissolublement li&#233;s n'emp&#234;che pas l'un ou l'autre de dominer &#224; un moment donn&#233; avant de c&#233;der la place &#224; un autre, en fonction de la conjoncture. L'accent a d'abord port&#233; sur la question d&#233;mocratique avant de se concentrer de plus en plus, au fil du temps, sur les questions sociales. La question d&#233;mocratique peut revenir au devant de la sc&#232;ne &#224; la faveur de la r&#233;sistance &#224; l'offensive salafiste. De m&#234;me que la question nationale peut devenir pr&#233;dominante &#224; propos de l'imposition par le FMI de politiques antipopulaires ou de l'alignement, fortement contest&#233;, du pouvoir sur la politique du Qatar en Libye et en Syrie par exemple&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les phases de la r&#233;volution tunisienne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe donc des phases et des tournants dans ce processus, des avanc&#233;es, des reculs entrecoup&#233;s de moments de stagnation. Au cours de ces diff&#233;rents moments de lutte, les forces politiques et sociales se liguent pour atteindre un objectif particulier, des alliances se font et se d&#233;font, des h&#233;g&#233;monies entrent en crise, certains se perdant alors que d'autres, &#224; l'inverse, se forgent et se conqui&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que la r&#233;volution a cibl&#233; dans une premi&#232;re phase le dictateur en chef afin de faire sauter le verrou de la dictature. Elle a dans une seconde phase cibl&#233; le deuxi&#232;me gouvernement de Mohamed Ghannouchi form&#233; le 27 janvier 2011 sous la pr&#233;sidence de Fouad Mebazaa (nomm&#233; par le Conseil constitutionnel en remplacement de Ben Ali). Les manifestations populaires d&#233;sormais emmen&#233;es par l'Union g&#233;n&#233;rale des travailleurs tunisiens (UGTT) feront tomber un mois plus tard le cabinet Ghannouchi dans lequel le parti de Ben Ali, le Rassemblement constitutionnel d&#233;mocratique (RCD), d&#233;tenait pas moins de huit minist&#232;res ! Cette chute mettait fin au r&#234;ve caress&#233; par les partisans de l'ancien pr&#233;sident d'une dictature de Ben Ali sans Ben Ali.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une troisi&#232;me phase s'ouvrira alors avec la formation du gouvernement dirig&#233; par Ca&#239;d Essebsi accompagn&#233;e de la dissolution formelle du bras politique de la dictature, le RCD. Elle sera essentiellement consacr&#233;e &#224; pr&#233;parer l'&#233;lection d'une Assembl&#233;e constituante. Elle r&#233;v&#232;lera un certain &#233;quilibre entre les forces d&#233;sireuses d'en finir avec l'ensemble du r&#233;gime de Ben Ali et celles qui, derri&#232;re Ca&#239;d Essebsi, vieux politicien averti, tenteront de freiner les ardeurs r&#233;volutionnaires. Cette phase sera principalement marqu&#233;e par l'entr&#233;e en sc&#232;ne du mouvement islamiste qui n'avait pas particip&#233; initialement &#224; la r&#233;volution. Bien organis&#233;, l&#233;gitim&#233; par la r&#233;pression subie sous Bel Ali par ses militants et dirigeants emprisonn&#233;s, tortur&#233;s ou exil&#233;s et soutenu par le Qatar et l'Arabie saoudite, Ennahdha va rapidement devenir la premi&#232;re force politique du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La quatri&#232;me phase commence avec la victoire incontestable mais relative du parti de Rached Ghannouchi au scrutin de la Constituante, l'&#233;lection &#224; la pr&#233;sidence de la R&#233;publique de Moncef Marzouki (centre gauche) et la formation d'un gouvernement de coalition &#224; dominance islamiste dirig&#233; par Hamadi Jebali. Cette phase constituante, d&#233;but&#233;e en octobre 2011, s'&#233;ternisera cependant, les d&#233;put&#233;s ne parvenant pas &#224; trouver un accord sur un projet de Loi fondamentale. La politique de la coalition gouvernementale (Ennahda, Congr&#232;s pour la R&#233;publique et Ettakatol) se caract&#233;risera en premier lieu par la poursuite de la politique &#233;conomique n&#233;olib&#233;rale men&#233;e par Ben Ali et qui ne pouvait qu'accentuer le marasme social et la r&#233;volte populaire. Le second caract&#232;re de la politique du gouvernement tiendra dans son laxisme &#224; l'&#233;gard de la mouvance salafiste qui travaille &#224; terroriser la soci&#233;t&#233; en s'attaquant aux femmes, aux artistes et intellectuels aux militants des autres partis, aux syndicalistes et &#224; tous ceux qui ne partagent pas leur projet politique r&#233;actionnaire. Enfin le troisi&#232;me caract&#232;re r&#233;sidera dans l'alignement ouvert de la Tunisie sur la politique du Qatar, de l'UE et des Etats-Unis. Ce sera le cas notamment avec la participation en pointe des autorit&#233;s tunisiennes aux actions des &#171; amis du peuple syrien &#187; qui ne sont rien d'autre en r&#233;alit&#233; que ses ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cinqui&#232;me phase, celle que nous vivons, a d&#233;but&#233; avec le meurtre de Chokri Bela&#239;d en f&#233;vrier 2013. Cet assassinat perp&#233;tr&#233; par des salafistes a entrain&#233; la chute du cabinet de Hamadi Jebali et la formation, &#224; la suite d'une longue crise qui a secou&#233; Ennahdha soumis &#224; une tr&#232;s forte pression politique, du gouvernement d'Ali Larayedh. Form&#233; le 13 mars 2013, le nouveau cabinet a vu les islamistes d'Ennahdha perdre trois minist&#232;res de souverainet&#233; : les Affaires &#233;trang&#232;res, l'Int&#233;rieur et la Justice. Cette phase se caract&#233;rise par une fermet&#233; croissante &#224; l'&#233;gard du courant salafiste qui avait b&#233;n&#233;fici&#233; d'une r&#233;elle tol&#233;rance sous le laxiste gouvernement pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le tournant actuel et ses enjeux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tous les grands mouvements islamistes de la mouvance des Fr&#232;res musulmans, Ennahdha est soumis &#224; une pression contradictoire entre, d'un c&#244;t&#233;, la fid&#233;lit&#233; &#224; son cr&#233;do historique &#8211; celui de l'Etat th&#233;ocratique &#8211; et, de l'autre, son r&#233;alisme politique et l'int&#233;gration sociale croissante de ses &#233;lites qui l'am&#232;nent &#224; lorgner vers une d&#233;marche de type d&#233;mocrate-musulmane caract&#233;ris&#233;e par l'acceptation des institutions de la d&#233;mocratie parlementaire bourgeoise. Cette tendance &#224; l'islam-d&#233;mocratisation se trouve renforc&#233;e par les &#233;checs successifs des partis islamistes dans le monde &#8211; &#224; commencer par l'Alg&#233;rie &#8211;, l'effet de plus en plus repoussoir des exp&#233;riences de r&#233;gimes th&#233;ocratiques comme ceux du Soudan et de l'Iran et, &#224; contrario, du succ&#232;s m&#234;me relatif de la voie suivie par Erdogan en Turquie. Cette d&#233;cantation qui n'a rien de m&#233;canique ni d'irr&#233;versible qui lib&#232;re une place pour un courant de l'islamisme beaucoup plus radical : le salafisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certain qu'une partie du mouvement et de la direction d'Ennahdha a tent&#233; d'int&#233;grer le courant salafiste &#224; sa strat&#233;gie de prise du pouvoir. Le laxisme de Jebali et de Ghannouchi &#224; l'&#233;gard de leurs &#171; enfants salafistes &#187; avait une signification politique. Il visait &#224; laisser se d&#233;velopper le bras arm&#233; de l'islamisme afin de pr&#233;parer un &#233;ventuel &#233;crasement ult&#233;rieur de ses adversaires tout en n'assumant pas ouvertement cet aspect de leur strat&#233;gie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, cette strat&#233;gie est pr&#233;cis&#233;ment en train d'&#233;chouer sous nos yeux, ce qui constitue un tournant majeur &#224; m&#234;me, &#224; certaines conditions, de faire positivement progresser la r&#233;volution tunisienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conjonction de plusieurs facteurs internes et externes explique cet &#233;chec. Citons entre autre la r&#233;sistance acharn&#233;e de la population de se laisser embrigader ou terroriser, la d&#233;termination de l'opposition non-islamiste &#8211; d&#233;mocratique, progressiste et de l'ancien r&#233;gime &#8211;, de l'UGTT&#8230; Il convient &#233;galement de prendre en consid&#233;ration les pressions exerc&#233;es par les grandes puissances occidentales &#8211; surtout apr&#232;s l'attaque de l'ambassade des Etats-Unis &#224; Tunis, afin que le gouvernement rompe avec les djihadistes devenus incontr&#244;lables en Libye et en Syrie et qui menacent les plans de Washington.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'enjeu politique central&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, l'enjeu politique central aujourd'hui r&#233;side dans la d&#233;faite de l'islamisme car il s'agit d'un courant porteur d'un projet antid&#233;mocratique, autoritaire, dictatorial. Un projet qui s'av&#232;re de surcro&#238;t antisocial, les islamistes appliquant sans &#233;tat d'&#226;me aucun les politiques d'ajustement structurels du FMI et de la Banque mondiale dont les peuples paient l'addition. Un projet qui s'int&#232;gre parfaitement par ailleurs &#224; l'agenda des grandes puissances et d'Isra&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La poursuite et l'approfondissement du processus r&#233;volutionnaire visant &#224; l'instauration d'une v&#233;ritable d&#233;mocratie &#224; caract&#232;re national et social en Tunisie implique donc d'infliger une d&#233;faite irr&#233;versible aux salafistes. Une telle d&#233;faite priverait Ennhadha de son bras arm&#233;, ce qui l'affaiblirait encore davantage apr&#232;s l'&#233;chec de sa gestion &#233;conomique et sociale gouvernementale. Elle favorisera incontestablement la d&#233;cantation au sein du parti de Rached Ghannouchi en renfor&#231;ant le camp mod&#233;r&#233; d'Ennahdha qui peut et aspire &#224; se transformer en courant d&#233;mocrate-musulman, courant conservateur, mais qui accepte le r&#233;gime d&#233;mocratique, donc le principe d'un Etat civil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que le gouvernement et Ennahadha aient conjointement d&#233;clar&#233; la guerre aux salafistes constitue une excellente nouvelle. Elle ne peut que contribuer &#224; en finir avec ce courant extr&#233;miste, &#224; favoriser la mont&#233;e des mod&#233;r&#233;s d'Ennahadha ou une scission en son sein et &#224; affaiblir les radicaux. L'emp&#234;chement du congr&#232;s salafiste et la lutte qui lui est d&#233;sormais livr&#233;e constituent ainsi une grande victoire politique pour tous les partisans de la d&#233;mocratie. Cela signifie qu'un des ennemis de cette derni&#232;re a subi une d&#233;faite et se trouve en difficult&#233;, m&#234;me s'il n'a pas encore &#233;t&#233;, loin de l&#224;, vaincu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire totale sur le salafisme est une condition sine qua non de la poursuite du processus r&#233;volutionnaire car ce courant repr&#233;sente l'un des visages d'une contre-r&#233;volution qui vise &#224; emp&#234;cher le peuple tunisien d'acc&#233;der &#224; la souverainet&#233;. L'autre avantage d'une telle victoire r&#233;side dans l'accroissement des divisions au sein d'Ennahdha, dans son affaiblissement g&#233;n&#233;ral et dans le renforcement des mod&#233;r&#233;s en son sein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ne jamais oublier le coup d'apr&#232;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le danger salafiste en particulier, et islamiste en g&#233;n&#233;ral, ne doit pas faire oublier un autre danger qui appara&#238;tra au grand jour ult&#233;rieurement et dont les contours et la force se jouent aujourd'hui. Pointe en effet une nouvelle contradiction que le mouvement populaire d&#233;mocratique doit appr&#233;hender d&#232;s maintenant et g&#233;rer &#224; sa mani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe en effet deux conceptions du combat contre le salafisme. La conception des dominants et la conception des domin&#233;s. La premi&#232;re tente de r&#233;gler le probl&#232;me par des moyens exclusivement s&#233;curitaires. Le danger d'une telle option r&#233;side dans le fait que la police et nombre d'appareils d'Etat de l'ancien r&#233;gime qui n'ont &#233;t&#233; ni &#233;pur&#233;s ni r&#233;form&#233;s confisquent la r&#233;volution &#224; leur profit et l'emp&#234;chent ainsi d'aller jusqu'au bout, de r&#233;aliser toutes ses t&#226;ches. On assisterait alors &#224; une contre-r&#233;volution la&#239;que. Des forces politiques font justement l'amalgame entre les r&#233;voltes populaires des victimes du n&#233;olib&#233;ralisme (S&#233;liana, Gafsa&#8230;) et les r&#233;voltes salafistes pour mieux &#233;craser demain les premi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde option, celle des domin&#233;s, consid&#232;re que l'&#233;crasement du salafisme n'est pas du seul ressort de la police, mais rel&#232;ve &#233;galement du combat populaire. Elle se prononce pour une mobilisation de la population contre le salafisme, mais &#233;galement autour de ses revendications d&#233;mocratiques (plus de libert&#233;s) et sociales (emploi, pouvoir d'achat, logement&#8230;). Elle se r&#233;v&#232;le par ailleurs extr&#234;mement coh&#233;rente, contrairement &#224; la politique du gouvernement et du pr&#233;sident Marzouki, en combattant le salafisme en Tunisie mais aussi en Syrie&#8230; et en r&#233;sistant aux ing&#233;rences et aux diktats des puissances imp&#233;rialistes, de leurs institutions (FMI, Banque mondiale&#8230;) et de leurs relais qataris et saoudiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cas de victoire sur le salafisme, ces deux camps se retrouveront in&#233;luctablement face &#224; face. La r&#233;volution tunisienne entrera alors dans sa deuxi&#232;me &#233;tape. Afin que les domin&#233;s triomphent, il convient qu'ils n'abandonnent pas la lutte contre le salafisme et la direction de cette lutte aux forces dominantes (Gouvernement Larayedh, police&#8230;) comme les incitent &#224; le faire les forces proches de l'ancien r&#233;gime de Ben Ali (Nida Ettounes&#8230;) qui se placent sans condition derri&#232;re les forces de police pour casser le salafisme aujourd'hui, mais &#233;galement pour casser tout mouvement populaire d&#233;mocratique qui menacerait demain les int&#233;r&#234;ts des dominants qu'ils repr&#233;sentent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mobilisation de la population contre le salafisme poss&#232;de ainsi le double avantage de h&#226;ter la victoire sur cet ennemi du peuple en l'emp&#234;chant de tromper ce dernier et d'emp&#234;cher les anti-islamistes autoritaires et partisans de l'ancien r&#233;gime de s'abriter derri&#232;re le slogan du retour &#224; l'ordre et du refus des manifestations pour briser l'&#233;lan r&#233;volutionnaire du peuple tunisien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Paru sur Alg&#233;rie Confluences, jeudi 23 mai 2013.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Bahre&#239;n r&#233;v&#233;lateur de la &#171; nouvelle r&#233;volution arabe &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-Bahrein-revelateur-de-la-nouvelle-revolution-arabe</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Le-Bahrein-revelateur-de-la-nouvelle-revolution-arabe</guid>
		<dc:date>2013-02-26T08:56:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hocine Belalloufi </dc:creator>


		<dc:subject>La r&#233;volution arabe en marche</dc:subject>
		<dc:subject>La r&#233;volution arabe</dc:subject>
		<dc:subject>Bahre&#239;n</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2013-02-26</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La courageuse lutte du peuple bahre&#239;ni pour sa libert&#233; confirme que la r&#233;volte populaire qui s'est r&#233;pandue dans les pays du monde arabe &#224; la suite de l'immolation du tunisien Mohamed Bouazizi constitue un v&#233;ritable processus r&#233;volutionnaire. 20 f&#233;vrier 2013 &lt;br class='autobr' /&gt; En &#233;pit d'une terrible r&#233;pression men&#233;e par les forces de police de l'Emir Hamad ben Issa El-Khalifa, le peuple du Bahre&#239;n poursuit, depuis deux ann&#233;es maintenant, sa mobilisation en faveur des libert&#233;s. Le m&#233;rite de ce peuple s'av&#232;re (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Bahrein-+" rel="tag"&gt;Bahre&#239;n&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2013-02-26-+" rel="tag"&gt;Edition du 2013-02-26&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH101/arton13254-0dfac.png?1781034439' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='101' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La courageuse lutte du peuple bahre&#239;ni pour sa libert&#233; confirme que la r&#233;volte populaire qui s'est r&#233;pandue dans les pays du monde arabe &#224; la suite de l'immolation du tunisien Mohamed Bouazizi constitue un v&#233;ritable processus r&#233;volutionnaire. 20 f&#233;vrier 2013&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En &#233;pit d'une terrible r&#233;pression men&#233;e par les forces de police de l'Emir Hamad ben Issa El-Khalifa, le peuple du Bahre&#239;n poursuit, depuis deux ann&#233;es maintenant, sa mobilisation en faveur des libert&#233;s. Le m&#233;rite de ce peuple s'av&#232;re d'autant plus grand qu'il fait face &#224; l'adversit&#233; des puissants de ce monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les monarchies p&#233;troli&#232;res de la p&#233;ninsule arabique (Arabie saoudite en t&#234;te) membres du Conseil de coop&#233;ration du Golfe (CCG) ont directement pr&#234;t&#233; main-forte &#224; l'Emir en envoyant 1 500 militaires lourdement arm&#233;s pour mater des manifestants pacifiques. Les &#171; grandes d&#233;mocraties &#187; d'Am&#233;rique et d'Europe qui contr&#244;lent les m&#233;dias internationaux, y compris El Djazeera, organisent quant &#224; elles un huis-clos autour de la r&#233;pression qui s'abat sur la population de l'&#233;mirat. Lorsque la presse occidentale &#233;voque la r&#233;volte, c'est pour affirmer qu'elle &#233;mane de l'Iran qui cherche &#224; d&#233;stabiliser ce &#171; petit royaume &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; L'aide multiforme des &#171; grandes d&#233;mocraties &#187; &#224; la dictature bahre&#239;nie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aide des &#171; grandes d&#233;mocraties &#187; ne s'arr&#234;te pas l&#224;. Alors que la r&#233;pression polici&#232;re faisait encore plusieurs victimes ces derniers jours, on apprenait que les policiers bahre&#239;nis attaquent les manifestants avec de la chevrotine. Interdite d'utilisation pour la chasse dans la plupart des d&#233;partements fran&#231;ais, cette arme a rendu borgnes nombre de manifestants bahre&#239;nis cribl&#233;s de plombs ! Les forces de r&#233;pression du &#171; petit royaume &#187; recourent &#233;galement aux gaz lacrymog&#232;nes g&#233;n&#233;reusement fournis par la France. [1] A c&#244;t&#233; des projectiles am&#233;ricains et britanniques, on trouve de nombreuses cartouches du groupe fran&#231;ais Alsetex, sp&#233;cialis&#233;e dans la &#171; gestion d&#233;mocratique des foules &#187; [2]...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autorit&#233;s fran&#231;aises ont officiellement interdit l'exportation de mat&#233;riel de maintien de l'ordre le 17 f&#233;vrier 2011. Mais une ann&#233;e apr&#232;s, des grenades et autres projectiles de la marque Alsetex continuaient d'&#234;tre utilis&#233;s par le r&#233;gime de Manama. Se trouve-t-on devant un cas d'exportation ill&#233;gale ? S'agit-il d'un cas de r&#233;exportation de cartouches vendues &#224; l'Arabie saoudite, au Qatar ou &#224; un quelconque &#233;mirat voisin membre du CCG ? A moins qu'il ne s'agisse de contournement de l'interdiction officielle comme le suspectent nombre d'observateurs fran&#231;ais &#224; la suite de la lecture de la mouture 2012 du rapport annuel du Parlement fran&#231;ais sur les exportations d'armes ? [3] Le doute est d'autant plus permis que Paris forme les forces anti&#233;meutes du Bahre&#239;n. [4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arriv&#233;e d'un pr&#233;sident de gauche &#224; la t&#234;te de l'Etat fran&#231;ais n'a pas boulevers&#233; les relations de la d&#233;mocratie avec la petite dictature du Golfe. Fran&#231;ois Hollande n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; recevoir &#224; l'Elys&#233;e le dictateur en chef du &#171; petit royaume &#187; du Golfe. [5]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Washington disposent pour sa part d'une base militaire abritant la 5e flotte am&#233;ricaine. On comprend mieux la bienveillance dont Washington fait preuve &#224; l'&#233;gard de Manama.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le peuple du Bahre&#239;n m&#232;ne un combat de longue haleine contre des adversaires redoutables aux plans interne et externe. Ce combat poss&#232;de aussi un caract&#232;re symbolique qui d&#233;passe largement le cadre de ce pays car il met &#224; mal deux discours sym&#233;triques tout aussi faux l'un que l'autre sur le processus actuel dans le monde arabe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Le premier choc de la r&#233;volution arabe absorb&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier, celui des dominants (dirigeants arabes et leurs ma&#238;tres imp&#233;rialistes), tente de limiter le ph&#233;nom&#232;ne du &#171; printemps arabe &#187; aux r&#233;voltes intervenues dans les &#171; Etats voyous &#187; (Libye, Syrie&#8230;). L'actualit&#233; semble lui donner raison. En effet, si on aborde la question en terme de syst&#232;me de domination imp&#233;rialiste sur la r&#233;gion du monde arabe et, plus globalement, sur celle du Grand Moyen-Orient (GMO), on constate que l'imp&#233;rialisme a, jusqu'ici, r&#233;ussi &#224; absorber le choc des r&#233;voltes populaires de Tunisie, d'Egypte et du Y&#233;men.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transition dans ces pays est relativement contr&#244;l&#233;e en ce sens qu'elle n'a pas remis en cause les fondamentaux du syst&#232;me. La chute des dictateurs locaux (Ben Ali, Moubarak, Saleh) a g&#233;n&#233;ralement d&#233;bouch&#233; sur l'instauration de libert&#233;s d&#233;mocratiques, la tenue d'&#233;lections pluralistes et la formation de gouvernements issus de l'opposition, mais elle n'a pas m&#233;caniquement fait tomber les anciens r&#233;gimes. L'arm&#233;e reste toujours, &#224; des degr&#233;s divers, au c&#339;ur du syst&#232;me de pouvoir. La police n'a pas &#233;t&#233; &#233;pur&#233;e ni r&#233;form&#233;e. Les forces politiques arriv&#233;es au gouvernement &#8211; les Fr&#232;res musulmans en l'occurrence &#8211; ne contr&#244;lent pas l'ensemble de l'appareil d'Etat et ne sont pas, de ce fait, totalement ma&#238;tresses du pouvoir. Elles doivent au contraire faire face &#224; une lutte souterraine des partisans de l'ancien r&#233;gime qui agissent insidieusement pour revenir aux affaires ou, &#224; tout le moins, pour contraindre les nouveaux locataires du gouvernement &#224; composer avec eux. Les nouveaux gouvernants islamistes ont d'ailleurs des accointances avec les grandes puissances et leurs relais qataris et saoudiens et ne remettent nullement en cause la domination imp&#233;rialiste sur leurs Etats respectifs et sur la r&#233;gion. On constate par ailleurs que la r&#233;volte n'a nulle part d&#233;bouch&#233; sur l'instauration d'un nouveau r&#233;gime politique totalement diff&#233;rent et oppos&#233; au pr&#233;c&#233;dent. La r&#233;volution a d&#233;but&#233;, mais elle n'est ni achev&#233;e ni assur&#233;e de la victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fondamentaux du syst&#232;me de domination imp&#233;rialiste n'ont pas davantage vari&#233; dans les autres domaines. Les politiques n&#233;olib&#233;rales impos&#233;es depuis des d&#233;cennies sont reconduites par les gouvernements en place alors m&#234;me que la polarisation sociale exacerb&#233;e qu'elles ont entrain&#233;e entre une minorit&#233; d'affairistes et une majorit&#233; paup&#233;ris&#233;e constitue la cause profonde des explosions populaires de 2011. Sur le plan diplomatique, on constate que les grandes lignes de la politique &#233;trang&#232;re men&#233;e par Ben Ali, Moubarak ou Saleh restent stables. La Tunisie (le gouvernement dirig&#233;e par l'islamiste Jebali et la pr&#233;sidence dirig&#233;e par le la&#239;c Merzouki) a &#233;t&#233; embarqu&#233;e par le Qatar dans sa croisade contre les r&#233;gimes libyen et, surtout, syrien. L'Egypte des Fr&#232;res musulmans n'a pas remis en cause son trait&#233; de paix avec Isra&#235;l ni son alliance privil&#233;gi&#233;e avec les Etats-Unis ni m&#234;me le blocus inhumain qu'elle impose &#224; Gaza !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui, de ce point de vue, consid&#232;rent que les Am&#233;ricains ont &#171; plac&#233; &#187; les islamistes au gouvernement, directement ou par l'interm&#233;diaire de leurs relais saoudiens et qataris, se trompent. Ce sont les &#233;lecteurs tunisiens et &#233;gyptiens qui ont envoy&#233; les islamistes au gouvernement. Les Etats-Unis, comme tous les imp&#233;rialistes, sont pragmatiques. Ils s'adaptent et sont pr&#234;ts &#224; travailler avec n'importe quelle force politique &#224; m&#234;me de garantir la perp&#233;tuation de leurs int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques, politiques, diplomatiques et militaires. Ils peuvent tout &#224; la fois travailler avec les islamistes (au pouvoir ou dans l'opposition), les d&#233;mocrates la&#239;cs et les militaires et autres membres des anciens r&#233;gimes. Ils ne mettent jamais tous leurs &#339;ufs dans le m&#234;me panier car ils n'ont pas d'amis, mais seulement des int&#233;r&#234;ts &#224; pr&#233;server. La fa&#231;on particuli&#232;rement in&#233;l&#233;gante de laisser tomber leurs anciens agents dans la r&#233;gion (Ben Ali, Moubarak&#8230;) est l&#224; pour le prouver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier choc du processus r&#233;volutionnaire dans le monde arabe a d'autant mieux &#233;t&#233; amorti que les mouvements populaires qui avaient contest&#233; les &#171; r&#233;gimes amis &#187; de Jordanie, du Maroc ou d'Oman ont reflu&#233; et ne menacent pas les pouvoirs en place. Une fois absorb&#233; ce premier choc, les dirigeants imp&#233;rialistes et leurs relais arabes ont profit&#233; de l'extension de la r&#233;volte des peuples de la r&#233;gion pour retourner la notion de &#171; printemps arabe &#187; &#224; leur profit. Ils l'ont transform&#233;e en arme dirig&#233;e contre les r&#233;gimes vis-&#224;-vis desquels ils avaient un lourd contentieux historique (Libye) ou qui restent rebelles &#224; leur domination totale (Syrie, Soudan&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grandes puissances esp&#232;rent ainsi confisquer &#224; leur profit exclusif le processus r&#233;volutionnaire en cours et l'orienter selon leur bon-vouloir. Mais la courageuse r&#233;sistance du peuple bahre&#239;ni, au c&#339;ur m&#234;me du dispositif imp&#233;rialiste de la r&#233;gion, vient casser cette construction purement id&#233;ologique et remettre les pendules &#224; l'heure. Ce n'est pas, loin de l&#224;, le dernier de ses m&#233;rites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Un symbole du refus du statu quo&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second discours aussi dangereux que le premier est celui des sceptiques qui estiment qu'il n'y a pas eu de r&#233;volution dans le monde arabe depuis 2011. Les plus mod&#233;r&#233;s consentent, du bout des l&#232;vres, &#224; qualifier de r&#233;voltes les mouvements populaires qui ont abouti &#224; la chute de Ben Ali, Moubarak et Saleh. Mais l'incapacit&#233; de ces r&#233;voltes &#224; jeter bas totalement, compl&#232;tement, purement et sans ambigu&#239;t&#233; aucune les r&#233;gimes en place et l'arriv&#233;e au gouvernement de partis islamistes constituent &#224; leurs yeux la preuve irr&#233;futable qu'il ne peut s'agir de R&#233;volutions ! Les sceptiques consid&#232;rent que les r&#233;volutions ne peuvent &#233;chouer, &#234;tre partielles, limit&#233;es, d&#233;voy&#233;es. Elles peuvent encore moins se transformer en leur contraire. Il n'y a de r&#233;volutions que de r&#233;volutions r&#233;ussies&#8230; On juge un arbre &#224; ses fruits, pensent-ils. Il faudra donc attendre la fin de l'Histoire pour se prononcer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impr&#233;gn&#233;s d'une conception polici&#232;re de l'histoire, les plus extr&#233;mistes jugent que les &#171; r&#233;volutions arabes &#187; ont &#233;t&#233; concoct&#233;es au sein d'un cabinet noir form&#233; de n&#233;oconservateurs du Parti r&#233;publicain avant d'&#234;tre appliqu&#233;es &#224; partir des bureaux de la CIA et du Pentagone. Le &#171; printemps arabe &#187; repr&#233;senterait ainsi une des formes de la mise en &#339;uvre du projet de Grand Moyen-Orient de Georges Walker Bush. L'intervention militaire directe de l'OTAN en Libye et la strat&#233;gie de d&#233;stabilisation indirecte de l'Etat syrien le prouveraient. De m&#234;me que la pr&#233;sence d'activistes locaux form&#233;s aux Etats-Unis et en Serbie aux techniques &#171; r&#233;volutionnaires &#187; de l'Oncle Sam. Le but de ce &#171; printemps arabe &#187; consisterait &#224; asservir davantage les peuples en pla&#231;ant au pouvoir un courant islamiste charg&#233; d'assurer l'ordre imp&#233;rialiste sur la r&#233;gion. Il viserait surtout &#224; d&#233;truire les r&#233;gimes rebelles (Libye, Syrie, Soudan&#8230;) en vue de pr&#233;parer la chute de la R&#233;publique islamique d'Iran, clef de vo&#251;te qui emp&#234;che jusqu'ici la r&#233;gion de tomber enti&#232;rement dans l'escarcelle de l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte populaire au Bahre&#239;n apporte un d&#233;menti cinglant &#224; cette vision. Le fait que les r&#233;volutions tunisienne, &#233;gyptienne et y&#233;m&#233;nite n'aient pas d&#233;bouch&#233; sur le renversement des r&#233;gimes autoritaires pro-imp&#233;rialistes et que le rapport de forces n'aie pas permis ailleurs d'en finir avec les autocrates (Jordanie, Maroc, Oman, Bahre&#239;n) ne signifie pas que le &#171; printemps arabe &#187; n'a servi qu'&#224; renverser El Kadhafi et &#224; tenter de d&#233;truire la Syrie. Les r&#233;volutions sont des processus qui durent longtemps et qui passent par des &#233;tapes et des phases diff&#233;rentes. La lutte du peuple bahre&#239;ni prouve que les peuples de la r&#233;gion acceptent de moins en moins la dictature des r&#233;gimes en place, r&#233;gimes qui travaillent pour le compte de leurs ma&#238;tres &#233;trangers comme l'illustre l'existence d'une immense base navale militaire am&#233;ricaine dans le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, les peuples des pays du monde arabe se r&#233;voltent tous, &#224; des degr&#233;s divers et sous des formes diff&#233;rentes, contre leurs r&#233;gimes. Que ceux-ci soient alli&#233;s &#224; l'imp&#233;rialisme ou qu'ils refusent de se soumettre enti&#232;rement &#224; lui, ils sont contest&#233;s par leurs peuples. Et &#224; travers eux, c'est l'ensemble du syst&#232;me de domination qui est contest&#233;. Ce processus peut effectivement &#234;tre enray&#233; ici ou l&#224;, &#234;tre vaincu ailleurs voire retourn&#233; dans d'autres pays, mais il se poursuit et se poursuivra car les peuples de la r&#233;gion ne supportent plus la mis&#232;re et les in&#233;galit&#233;s sociales croissantes du syst&#232;me n&#233;olib&#233;ral. Ils ne tol&#232;rent plus l'oppression polici&#232;re, l'absence de libert&#233; et le statut g&#233;n&#233;ral de sujets. Ils n'acceptent plus les agressions et ing&#233;rences &#233;trang&#232;res dans leurs affaires int&#233;rieures et entendent en finir avec les r&#233;gimes qui participent au maintien et &#224; la reproduction de cet ordre ou qui ne s'y opposent pas r&#233;ellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hocine Belalloufi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mercredi 20 F&#233;vrier 2013&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Jean-Marc Manach : A quoi servent les &#171; agents anti&#233;meutes toxiques &#187; fran&#231;ais au Bahre&#239;n ? 21 janvier 2013 &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Idem&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Idem&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Idem&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Armin Arefi : France-Bahre&#239;n : quand Fran&#231;ois Hollande re&#231;oit un dictateur. Le Point.fr &#8211; publi&#233; le 06/08/2012. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.lepoint.fr/monde/france-..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lepoint.fr/monde/france-..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Paru dans La Nation n&#176; 91 du 20 au 26 f&#233;vrier 2013 : &lt;a href=&#034;http://www.lanation.info/Le-Bahrein..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lanation.info/Le-Bahrein..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Une intervention au-dessus de tout soup&#231;on&#8230;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Une-intervention-au-dessus-de-tout-soupcon</link>
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		<dc:date>2013-01-22T09:11:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hocine Belalloufi </dc:creator>


		<dc:subject>Mali</dc:subject>
		<dc:subject>Mali</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2013-01-22</dc:subject>

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&lt;p&gt;L'intervention militaire fran&#231;aise au Mali semble jusqu'ici faire consensus, dans ce pays comme dans le reste du monde. Cela n'enl&#232;ve rien &#224; son caract&#232;re d'aventure n&#233;ocoloniale. Comment expliquer un tel paradoxe ? &lt;br class='autobr' /&gt;
(tir&#233; du journal La nation) &lt;br class='autobr' /&gt; La guerre d&#233;clench&#233;e par l'ex&#233;cutif fran&#231;ais constitue &#224; ce jour un succ&#232;s aupr&#232;s des gouvernements &#233;trangers et de l'opinion publique fran&#231;aise et internationale. Les arguments mesur&#233;s mais g&#233;n&#233;ralement bien construits avanc&#233;s par quelques (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Mali-799-+" rel="tag"&gt;Mali&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2013-01-22-+" rel="tag"&gt;Edition du 2013-01-22&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH97/arton12882-0dc01.png?1781209789' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='97' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'intervention militaire fran&#231;aise au Mali semble jusqu'ici faire consensus, dans ce pays comme dans le reste du monde. Cela n'enl&#232;ve rien &#224; son caract&#232;re d'aventure n&#233;ocoloniale. Comment expliquer un tel paradoxe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(tir&#233; du journal La nation)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La guerre d&#233;clench&#233;e par l'ex&#233;cutif fran&#231;ais constitue &#224; ce jour un succ&#232;s aupr&#232;s des gouvernements &#233;trangers et de l'opinion publique fran&#231;aise et internationale. Les arguments mesur&#233;s mais g&#233;n&#233;ralement bien construits avanc&#233;s par quelques opposants &#224; cette guerre (Dominique de Villepin, Jean-Luc M&#233;lenchon, No&#235;l Mam&#232;re&#8230;) ne parviennent pas &#224; juguler, dans les m&#233;dias fran&#231;ais, le flot ininterrompu de louanges adress&#233;es au &#171; pr&#233;sident Hollande, chef des Arm&#233;es &#187; et &#224; son gouvernement partis &#171; sauver le peuple malien &#187;. La parole de ces opposants n'est r&#233;percut&#233;e dans les grands m&#233;dias de l'Hexagone que pour perp&#233;tuer le mythe d'une authentique d&#233;mocratie. Qui, en dehors de ces quelques voix, ose encore critiquer l'exercice solitaire du pouvoir par Fran&#231;ois Hollande qui a d&#233;clench&#233; cette guerre sans en r&#233;f&#233;rer au Parlement ? Mais il ne s'agit l&#224; que de l'aspect formel du probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on cependant r&#233;duire ce succ&#232;s aupr&#232;s des opinions publiques &#224; une pure mystification ? A un pur produit du matraquage m&#233;diatique ? Au r&#233;sultat d'une propagande massive et syst&#233;matique ? Cela est peu probable. Le conditionnement de l'opinion publique en faveur de la guerre date de longtemps. Il apparaissait clairement aux yeux de tous que le pr&#233;sident Hollande voulait sa guerre au Mali. Mais ce conditionnement reposait, en partie, sur un fond de v&#233;rit&#233;, sur une r&#233;alit&#233; objective qui passe au premier plan en ce d&#233;but de conflit et qui donne une consistance &#224; cette derni&#232;re intervention du gendarme fran&#231;ais de l'Afrique. Il s'av&#232;rera impossible d'entamer un travail de d&#233;construction du discours dominant fran&#231;ais &#8211; soutenu et relay&#233; par les &#171; amis africains &#187; &#8211; en faveur d'une intervention militaire au Mali si l'on ne prend pas en consid&#233;ration la r&#233;elle adh&#233;sion d'une grande partie des Maliens &#224; cette ing&#233;rence de l'Hexagone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le peuple malien pare au plus press&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le pr&#233;sident Malien par int&#233;rim qui a formellement et explicitement demand&#233; aux troupes fran&#231;aises d'intervenir directement dans son pays. Confront&#233; &#224; l'avanc&#233;e des groupes arm&#233;s islamistes (An&#231;ar Eddine, Mujao, Aqmi&#8230;) qui avaient franchi le fleuve Niger s&#233;parant le Sud du pays encore sous autorit&#233; de Bamako du Nord pass&#233; sous la domination de la r&#233;bellion, Dioncounda Traor&#233; a appel&#233; Paris au secours. Les va-t-en guerre justifient d'ailleurs le lancement des op&#233;rations militaires par cet artifice juridique formel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en demeure pas moins qu'un consensus appara&#238;t au sein de la soci&#233;t&#233; malienne. Aucune force politique significative, aucune fraction de ce qui subsiste de l'arm&#233;e malienne ne s'est oppos&#233;e frontalement &#224; cette intervention. Nous n'avons pas affaire ici &#8211; contrairement &#224; ce que nous avons connu dans un pass&#233; lointain ou proche avec les Mobutu, Bokassa et autres Ouattara&#8230; &#8211; &#224; une demande formul&#233;e par un pouvoir qui appelle ses ma&#238;tres imp&#233;rialistes &#224; venir mater sa propre population. Il appara&#238;t au contraire que la majorit&#233; du peuple malien, au Sud, se sent soulag&#233;e par l'intervention fran&#231;aise qui lui &#233;pargne de subir la domination des groupes arm&#233;s islamistes. Il semble par ailleurs que la population du Nord, qui vivait depuis pr&#232;s d'une ann&#233;e sous le joug de ces m&#234;mes groupes, se sente lib&#233;r&#233;e par leur d&#233;part des grandes villes (Tombouctou, Kidal, Gao).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les Maliens seraient-ils soudainement devenus ali&#233;n&#233;s &#224; l'ancienne puissance coloniale qui continue pourtant &#224; exploiter et dominer leur pays dans un cadre n&#233;ocolonial ? Seraient-ils politiquement aveugles et sourds en ne saisissant pas les motifs r&#233;els de cette intervention ? Cela est peu probable. Les Maliens savaient tr&#232;s bien que leur Etat s'&#233;tait effondr&#233; et qu'il ne disposait pas de moyens d'autod&#233;fense suffisants pour enrayer la conqu&#234;te du Sud de leur pays par les groupes islamistes venus de l'Azawad. Quant &#224; une &#233;ventuelle reconqu&#234;te du Nord par une arm&#233;e en pleine d&#233;composition, elle rel&#232;ve tout simplement, pour l'instant, du domaine de l'impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Maliens ont donc par&#233; au plus press&#233;. Les dirigeants qui sont partie prenante du syst&#232;me de domination n&#233;ocolonial ont appel&#233; la France &#224; intervenir afin de pr&#233;server leurs int&#233;r&#234;ts et leur position politique dominante. Les opposants et le reste du peuple soutiennent activement ou passivement cette intervention pour faire &#233;chec &#224; leur ennemi principal du moment qui mena&#231;ait de placer tout le pays sous sa botte et d'asservir l'ensemble du peuple malien. Paris s'appuie d'ailleurs sur ce &#171; consensus &#187; malien pour l&#233;gitimer, aux yeux de sa population et des &#171; gouvernements amis &#187; son intervention arm&#233;e. Hollande et Fabius tentent de leur c&#244;t&#233; de convaincre les peuples africains qu'ils sont les seuls amis du peuple malien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La responsabilit&#233; politique imm&#233;diate des islamistes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apparente l&#233;gitimit&#233; de l'intervention fran&#231;aise bas&#233;e sur un consensus sans doute provisoire, mais actuellement indubitable, au sein de la population malienne met en lumi&#232;re la nature des groupes arm&#233;s islamistes. Contrairement &#224; l'image que le gouvernement fran&#231;ais, ses amis africains et les m&#233;dias internationaux tentent de r&#233;pandre au sein de l'opinion publique, les groupes arm&#233;s qui se sont empar&#233;s du Nord et qui mena&#231;aient de conqu&#233;rir le Sud ne sont pas des &#171; groupes terroristes criminels, trafiquants et contrebandiers &#187;. Ils recourent certainement &#224; la terreur, au crime, aux trafics en tout genre et &#224; la contrebande. Mais cela n'enl&#232;ve rien au fait qu'il s'agit de groupes dot&#233;s d'une id&#233;ologie (l'islamisme), d'un projet politique (l'instauration d'un r&#233;gime th&#233;ocratique ou, &#224; tout le moins, l'imposition de la charia) et de moyens militaires pour le porter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, loin de se r&#233;v&#233;ler &#234;tre d'authentiques mouvements de lib&#233;ration du peuple malien vis-&#224;-vis de la domination n&#233;ocoloniale fran&#231;aise et de ses valets locaux qui participent au pillage des richesses de leur propre pays et &#224; l'exploitation et &#224; la domination de leur propre peuple, ces groupes rebelles islamistes sont venus asservir encore davantage la population malienne pourtant d&#233;j&#224; largement musulmane. Ignorant superbement la mis&#232;re dans laquelle vit la majorit&#233; des Maliens du Nord, ne portant aucune attention &#224; leur situation de marginalisation culturelle et politique impos&#233;e par Bamako, m&#233;prisant totalement leurs coutumes et mode de vie et ne cherchant surtout pas &#224; r&#233;pondre &#224; la soif de gestion de leurs propres affaires par ces m&#234;mes populations domin&#233;es, les rebelles islamistes n'ont cherch&#233; qu'&#224; imposer &#224; une population civile sans d&#233;fense leur vision &#233;troite, rigide et autoritaire de l'islam et leur ordre moral r&#233;actionnaire. Comme si le port du voile pour les femmes, l'interdiction de boire et de fumer pour tous, l'abolition de la mixit&#233;, l'instauration d'une justice d'exception et de ch&#226;timents corporels et la destruction de mausol&#233;es abritant les d&#233;pouilles mortelles de quelques saints locaux constituaient des revendications de la population et un programme pour en finir avec le ch&#244;mage, la mis&#232;re, la sous-administration, l'absence de politique s&#233;rieuse en mati&#232;re de sant&#233; et d'&#233;ducation&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'oppression renforc&#233;e exerc&#233;e sur une population sans d&#233;fense, l'indigence politique des islamistes et la menace de conqu&#234;te de tout le Mali pour y instaurer un r&#233;gime th&#233;ocratique ont repr&#233;sent&#233; le meilleur argument en faveur du soutien, m&#234;me passif, &#224; une intervention militaire &#233;trang&#232;re au Mali. Voil&#224; le r&#233;sultat concret et imm&#233;diat de la politique men&#233;e par An&#231;ar Eddine, le Mujao et Aqmi. Cela confirme que l'islamisme, en tant que courant politico-id&#233;ologique, n'a rien d'un courant &#233;mancipateur au service des peuples et qu'il repr&#233;sente au contraire une terrible r&#233;gression par rapport aux mouvements de lib&#233;ration nationale qui essaimaient sur le continent, comme &#224; l'&#233;chelle du monde arabe et de l'Asie, il y a plus de soixante ann&#233;es de cela !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La vraie question&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'islamisme porte ainsi la responsabilit&#233; politique imm&#233;diate de la nouvelle op&#233;ration du gendarme fran&#231;ais de l'Afrique. Il joue le r&#244;le de facteur d&#233;clenchant. Mais l'islamisme ne constitue en aucun cas la cause fondamentale de cette intervention. Il ne repr&#233;sente qu'un effet de la crise structurelle de l'Etat malien et, plus globalement, de la crise conjointe qui frappe les r&#233;gions du Sahel et du monde arabe. Il prosp&#232;re sur cette crise et sur l'incapacit&#233; des forces politiques traditionnelles &#224; apporter des r&#233;ponses satisfaisantes aux maux dont souffrent les peuples. &lt;br class='autobr' /&gt;
La question politique fondamentale qui se pose aujourd'hui au Mali n'est pas celle de l'islamisme. La v&#233;ritable question est : pourquoi l'Etat malien s'est-il effondr&#233; ? Comment peut-il &#234;tre menac&#233; par des groupes rebelles form&#233;s de quelques milliers de combattants ? Les strat&#232;ges et autres &#171; experts en terrorisme international &#187; nous expliquent que cela constitue une cons&#233;quence directe de la guerre en Libye. Cela est notoirement faux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la campagne libyenne des Etats-Unis, de leurs alli&#233;s europ&#233;ens et de leurs suppl&#233;tifs et financiers arabes a ind&#233;niablement favoris&#233; l'armement des groupes rebelles qui infestaient le Sahel, elle n'explique pas la faiblesse et la crise des Etats de cette zone, celle du Mali en premier lieu. Pourquoi ces groupes rebelles qui se sont approvisionn&#233;s en armes et en munitions diverses dans les rayons du supermarch&#233; libyen ne peuvent-ils d&#233;stabiliser un pays comme l'Alg&#233;rie ? Ou le Maroc ? Voire m&#234;me la Tunisie qui ne parvient pourtant pas &#224; se stabiliser et qui traverse encore une situation r&#233;volutionnaire ? Pourquoi ne sont-ils toujours pas parvenus &#224; renverser le r&#233;gime de Bachar El Assad qui fait pourtant face &#224; la r&#233;volte d'une partie de sa population sur laquelle est venue se greffer une grossi&#232;re ing&#233;rence militaire des groupes t&#233;l&#233;guid&#233;s et/ou soutenus par l'Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie, sous l'&#339;il bien veillant des puissances imp&#233;rialistes (Etats-Unis, UE&#8230;) et le regard plus ou moins approbateur d'Isra&#235;l ? &lt;br class='autobr' /&gt;
L'Etat malien vivait une crise structurelle depuis longtemps d&#233;j&#224;. Les dirigeants imp&#233;rialistes, leurs relais m&#233;diatiques et leurs &#171; amis africains &#187; tentent justement de d&#233;tourner l'attention des peuples de cette question essentielle. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'ils sont les premiers responsables de cette crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La domination imp&#233;rialiste, premi&#232;re responsable de l'effondrement de l'Etat malien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants fran&#231;ais et leurs m&#233;dias nous assurent que le temps de la Fran&#231;afrique est d&#233;sormais clos, qu'il a expir&#233; avec la disparition de Jacques Foccart et de ses r&#233;seaux. Durant pr&#232;s d'un demi-si&#232;cle, cet ancien &#171; Monsieur Afrique &#187; des locataires de l'Elys&#233;e joua directement ou indirectement un r&#244;le d'interface semi-officiel entre les dirigeants fran&#231;ais et leurs homologues corrompus et soumis d'Afrique de l'Ouest et du Centre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pr&#233;tendit que Nicolas Sarkozy mit fin &#224; ces r&#233;seaux d'amiti&#233;s un peu particuli&#232;res. Il ne fit en r&#233;alit&#233; que remplacer Foccart par son ancien collaborateur Robert Bourgi. Hollande est d&#233;sormais pr&#233;sent&#233; comme le pr&#233;sident de la rupture avec le temps de la Fran&#231;afrique. Il n'en est rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t la c&#233;l&#232;bre sentence attribu&#233;e &#224; Confucius : &#171; Quand le sage d&#233;signe la lune, l'idiot regarde le doigt &#187;. Les politiques de droite et de gauche qui pr&#233;sident aux destin&#233;es de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais nous prennent pour des simples d'esprit en cherchant &#224; fixer notre attention sur le doigt (les r&#233;seaux Foccart) afin que nous ne nous occupions pas de la lune, c'est-&#224;-dire des rapports de pillage et de domination n&#233;ocoloniaux des pays africains par la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suppression annonc&#233;e des r&#233;seaux Foccart ou Bourgi &#8211; en admettant qu'ils aient formellement disparu &#8211; aurait entrain&#233; celle des rapports de domination n&#233;ocolonial. Une telle affirmation est fausse. La France dispose de multiples moyens pour assurer la reproduction de sa domination sur le continent. Des moyens &#233;conomiques avec la pr&#233;sence en position de dominance voire de monopole de ses grands groupes industriels (Total, Bouygues, Bollor&#233;, Areva&#8230;), le r&#244;le dominant de ses banques (BNP-Paribas, Soci&#233;t&#233; g&#233;n&#233;rale, Cr&#233;dit agricole) sur le commerce des mati&#232;res premi&#232;res et des produits de base entre les deux continents, le r&#244;le central de la Banque de France et du Tr&#233;sor fran&#231;ais dans la politique mon&#233;taire de pays de la zone du Franc CFA, le syst&#232;me d'endettement, la corruption des dirigeants&#8230; Des moyens militaires avec la pr&#233;sence de troupes fran&#231;aises et le maintien tr&#232;s officiel de multiples bases militaires dans les pays d'Afrique de l'ouest et du centre (Gabon, C&#244;te d'Ivoire, Centrafrique, Tchad&#8230;). Des moyens politiques avec l'appareil administratif et culturel fran&#231;ais, la place de la France au Conseil de s&#233;curit&#233; de l'ONU&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;seaux, Foccart, Bourgi ou autres, peuvent jouer un r&#244;le tr&#232;s important &#224; un moment donn&#233;, mais ne forment qu'un des aspects de la politique globale de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais dont il pourrait tout &#224; fait se passer, si n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rapports de pillage, d'exploitation et de domination n&#233;ocoloniaux entre Paris et Bamako ainsi que les autres capitales africaines sont donc des rapports objectifs nullement d&#233;termin&#233;s par l'existence ou non de r&#233;seaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces rapports ont asservi l'&#233;conomie du pays, qui dispose pourtant d'&#233;normes potentialit&#233;s, et ont affaibli progressivement l'Etat malien. Celui-ci a tent&#233;, en 1962, de se d&#233;gager des rapports de domination que lui imposait l'ancien colonisateur en quittant la zone du Franc CFA. Il y reviendra en 1984. Les politiques n&#233;olib&#233;rales impos&#233;es au cours des ann&#233;es 1990 par le FMI fragiliseront encore davantage l'&#233;conomie locale qui sera de plus en plus ouverte et soumise aux int&#233;r&#234;ts du capital international, fran&#231;ais en particulier (privatisations, bradage&#8230;). Cette insertion croissante dans le march&#233; mondial se traduira par une paup&#233;risation g&#233;n&#233;rale de la population et une perte de substance de l'Etat : r&#233;tr&#233;cissement de la couverture administrative, contraction de la prise en charge des secteurs de l'&#233;ducation et de la sant&#233; puis, au final, des structures de s&#233;curit&#233; du pays (police, arm&#233;e, justice&#8230;). Les &#233;lites dirigeantes furent de plus en plus d&#233;connect&#233;es des int&#233;r&#234;ts des couches sociales populaires et productives et le plus souvent coopt&#233;es par les grandes puissances, en d&#233;pit de l'instauration d'une d&#233;mocratie formelle. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est dans ce processus qu'il convient de chercher la cause de l'incapacit&#233; de l'Etat malien &#224; r&#233;agir et &#224; r&#233;sister aux groupes arm&#233;s rebelles et non dans l'armement acquis par ces m&#234;mes rebelles en Libye. La France, qui vient de d&#233;gager des moyens militaires et financiers colossaux, n'a jamais agi de la sorte pour aider les peuples africains lorsqu'ils &#233;taient en situation de grand danger (famines, guerres civiles&#8230;). En cinquante ann&#233;es et plus d'ind&#233;pendance, elle qui se targue d'&#234;tre l'amie des peuples africains n'a pas r&#233;ussi &#224; aider l'un d'entre eux, &#224; tout le moins, &#224; sortir de sa situation de pays sous-d&#233;velopp&#233;. Elle leur a au contraire enfonc&#233; encore davantage la t&#234;te sous l'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Mali plac&#233; sous protectorat fran&#231;ais&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rarement un dirigeant politique n'aura &#233;t&#233; aussi rapidement d&#233;menti par les faits. Il y a quinze jours &#224; peine, Fran&#231;ois Hollande r&#233;agissait &#224; l'avanc&#233;e des rebelles qui mena&#231;aient de renverser le pr&#233;sident centrafricain Fran&#231;ois Boziz&#233; &#224; Bangui, en d&#233;clarant : &#171; Si nous sommes pr&#233;sents, ce n'est pas pour prot&#233;ger un r&#233;gime, c'est pour prot&#233;ger nos ressortissants et nos int&#233;r&#234;ts et en aucune fa&#231;on pour intervenir dans les affaires int&#233;rieures d'un pays, en l'occurrence la Centrafrique &#187;1. &#171; Ce temps-l&#224; est termin&#233;&#034;, avait-il pr&#233;cis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la vue de ce qui se passe au Mali, de telles d&#233;clarations feraient sourire si le conflit malien ne provoquait pas souffrances, morts et catastrophes aux populations de ce pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que la rapidit&#233; avec laquelle la France s'est port&#233;e &#171; au secours &#187; de Bamako aura un prix. Le Mali sera de plus en plus redevable vis-&#224;-vis de Paris et l'Hexagone, faisons-lui confiance, n'h&#233;sitera pas &#224; se faire payer rubis sur ongle. La porte des richesses sera grande ouverte aux grands groupes fran&#231;ais qui renforceront la prospection et l'exploitation des richesses du sous-sol malien &#8211; p&#233;trole, uranium et autres m&#233;taux rares&#8230; &#8211; au d&#233;triment du concurrent chinois. L'emprise financi&#232;re de Paris sur Bamako en sortira renforc&#233;e et de nouvelles richesses (agricoles en particulier) pourraient &#234;tre livr&#233;es &#224; la rapacit&#233; des grands groupes et des banques du Nord. Quand &#224; la pr&#233;sence militaire, elle risque tout simplement d'&#234;tre permanente avec l'installation de bases multiples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut cependant pas exclure que la situation ne tourne pas aussi facilement &#224; l'avantage de la France et de ses alli&#233;s et que l'on s'installe dans un sc&#233;nario de conflit asym&#233;trique de longue dur&#233;e avec &#171; bavures &#187; &#224; r&#233;p&#233;tition frappant la population. Celle-ci pourrait alors se retourner contre ses &#171; sauveurs &#187; qui l'a arrach&#233;e des griffes des rebelles islamistes. Fera-t-elles alors appel &#224; ces m&#234;mes groupes islamistes ? Construira-t-elle plut&#244;t de nouvelles organisations porteuses de projets &#233;mancipateurs ? C'est tout l'enjeu de la nouvelle p&#233;riode qui s'ouvre sous nos yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Le Monde du 28 d&#233;cembre 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>A propos de la situation politique au Qu&#233;bec</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/A-propos-de-la-situation-politique-au-Quebec</link>
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		<dc:creator>Hocine Belalloufi </dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
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		<dc:subject>Edition du 2012-07-31</dc:subject>

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&lt;p&gt;Rabah Moulla est militant de la justice sociale et de la d&#233;mocratie depuis pr&#232;s de 30 ans. Il vit au Qu&#233;bec depuis six ans o&#249; il s'implique dans les luttes sociales et d&#233;mocratiques. &lt;br class='autobr' /&gt;
Entrevue donn&#233;e au journal alg&#233;rien LA NATION &lt;br class='autobr' /&gt;
Mardi 17 Juillet 2012 &lt;br class='autobr' /&gt; Pouvez-vous nous dresser un tableau de la sc&#232;ne politique actuelle du Qu&#233;bec ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Au Qu&#233;bec, il y a comme une atmosph&#232;re de fin de r&#232;gne. Le gouvernement du parti lib&#233;ral du Qu&#233;bec (PLQ) bat des records d'impopularit&#233; depuis quelques (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2012-07-31-+" rel="tag"&gt;Edition du 2012-07-31&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH99/arton11005-e6bfe.png?1781209789' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Rabah Moulla est militant de la justice sociale et de la d&#233;mocratie depuis pr&#232;s de 30 ans. Il vit au Qu&#233;bec depuis six ans o&#249; il s'implique dans les luttes sociales et d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entrevue donn&#233;e au journal alg&#233;rien LA NATION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 17 Juillet 2012&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pouvez-vous nous dresser un tableau de la sc&#232;ne politique actuelle du Qu&#233;bec ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Qu&#233;bec, il y a comme une atmosph&#232;re de fin de r&#232;gne. Le gouvernement du parti lib&#233;ral du Qu&#233;bec (PLQ) bat des records d'impopularit&#233; depuis quelques ann&#233;es suite notamment &#224; une s&#233;rie de scandales de corruption qui ont &#233;clabouss&#233; la sc&#232;ne politique provinciale dont plusieurs mettent en cause l'entourage du parti au pouvoir. Mais le premier ministre, Jean Charest, ne d&#233;sesp&#232;re pas de gagner les prochaines &#233;lections tant l'opposition officielle (Deuxi&#232;me parti en nombre de si&#232;ges au parlement) form&#233;e par le parti Qu&#233;b&#233;cois (PQ), Centre et souverainiste, ne domine pas dans les intentions de vote en raison du flou qui caract&#233;rise son projet sur plusieurs questions (&#201;conomie, r&#233;f&#233;rendum sur la souverainet&#233;, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Coalition pour l'avenir du Qu&#233;bec (CAQ), un parti qui vient d'&#234;tre constitu&#233; par un ancien d&#233;put&#233; du PQ qui revient en politique un an apr&#232;s l'avoir quitt&#233;e, en proposant de mettre de c&#244;t&#233; le d&#233;bat sur la souverainet&#233; et se consacrer &#224; la &#034;relance du Qu&#233;bec&#034; en ayant en ligne de mire les fonctionnaires, les enseignants et les syndicats. La CAQ se positionne &#224; droite de l'&#233;chiquier politique. Enfin, il y a Qu&#233;bec Solidaire (QS), fond&#233; en 2006, seul parti class&#233; clairement &#224; gauche. Qu&#233;bec Solidaire f&#233;d&#232;re, en son sein, un large spectre de groupes qui vont de l'extr&#234;me gauche &#224; la social-d&#233;mocratie. Il a r&#233;ussi &#224; faire &#233;lire son premier d&#233;put&#233; d&#232;s 2008 en la personne d'Amir Khadir, d'origine iranienne et qui, depuis son entr&#233;e au parlement, fait entendre un autre son de cloche face au discours politique et &#233;conomique domin&#233; par les tenants du n&#233;o-lib&#233;ralisme. Dans ce contexte, le gouvernement a mis en &#339;uvre un train de mesures lib&#233;rales de tarification des services publics : instauration d'une taxe-sant&#233; - m&#234;me montant pour tout le monde quelque soit le revenu au lieu d'un imp&#244;t progressif -, augmentation des tarifs d'&#233;lectricit&#233;, hausse des frais de scolarit&#233;. Dans le secteur de l'&#233;ducation, au del&#224; de la hausse compens&#233;e, pour les plus d&#233;munis, par l'aide aux &#233;tudes, c'est le principe d'accessibilit&#233; &#224; tous que le gouvernement tente de remettre en cause au nom d'un autre principe cher aux lib&#233;raux, celui de l'utilisateur-payeur. Par leur mouvement de gr&#232;ve lanc&#233; en f&#233;vrier dernier, les &#233;tudiants refusent la marchandisation de l'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que repr&#233;sente, financi&#232;rement, socialement et politiquement, la d&#233;cision du gouvernement qu&#233;b&#233;cois d'augmenter les frais universitaires ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement a initialement d&#233;cid&#233; d'une hausse des frais de scolarit&#233; de l'ordre de 1 625 $ &#233;tal&#233;e sur 5 ans soit une augmentation annuelle de 325 $. Avec cette hausse, le gouvernement voulait faire passer les frais de scolarit&#233; de 2 168 $ &#224; 3 793 $ en 2017 alors qu'ils &#233;taient de 1668 $ en 2007 soit une augmentation de 127 % en 10 ans. Puis, pour tenter de venir &#224; bout du mouvement de contestation, le gouvernement a d&#233;cid&#233; d'&#233;taler la hausse sur 7 ans (2012-2019) mais au bout, les frais de scolarit&#233; atteindraient 3 946 $ soit une augmentation de pr&#232;s de 82 %. Il a aussi bonifi&#233; le r&#233;gime des pr&#234;ts et bourses dont b&#233;n&#233;ficient les &#233;tudiants issus des milieux pauvres. Au bout du compte, ce que le gouvernement r&#233;cup&#232;re de cette hausse des frais de scolarit&#233;, il le perd presque par les frais d'int&#233;r&#234;ts qu'il paie - avec l'argent du contribuable - aux banques priv&#233;es qui pr&#234;tent aux &#233;tudiants avant que ces derniers ne prennent le relais une fois leurs &#233;tudes achev&#233;es. L'impact pr&#233;vu de ces hausses est l'accroissement de l'endettement des &#233;tudiants et de leurs familles et la baisse du nombre d'&#233;tudiants poursuivant des &#233;tudes universitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#233;tudiants des provinces anglophones du Canada ne se sont pas mobilis&#233;s aux c&#244;t&#233;s des &#233;tudiants du Qu&#233;bec. Quelles en sont selon vous les raisons ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu des manifestations de soutien aux &#233;tudiants qu&#233;b&#233;cois un peu partout au Canada comme &#224; Toronto, Ottawa ou Vancouver pour ne citer que les grandes villes du pays. Des syndicats et associations professionnelles pancanadiennes ont aussi offert un soutien financier aux organisations &#233;tudiantes du Qu&#233;bec. D'autre part, pendant qu'au Qu&#233;bec, le gouvernement veut imposer cette hausse, son homologue de l'Ontario a d&#233;cid&#233; de r&#233;duire les frais de scolarit&#233;. Cela dit, il faut reconnaitre qu'il y a un &#233;cart entre le Qu&#233;bec et le reste du Canada en mati&#232;re de capacit&#233; de mobilisation. Il y a au Qu&#233;bec, des traditions de luttes sociales et d&#233;mocratiques associ&#233;es au combat, depuis des d&#233;cennies, des Francophones du Canada pour la sauvegarde de leur culture et leur langue, dans un contexte d'Am&#233;rique du Nord domin&#233; par l'Anglais et la culture US. Ce combat qui s'est illustr&#233; par la r&#233;volution tranquille dans les ann&#233;es 60, a fait prendre conscience &#224; la majorit&#233; des Qu&#233;b&#233;cois de la n&#233;cessit&#233; de la construction d'une soci&#233;t&#233; juste et solidaire qui passe notamment par l'accessibilit&#233; de l'&#233;ducation &#224; tous les enfants du peuple et un syst&#232;me de sant&#233; public et universel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La minorit&#233; anglophone du Qu&#233;bec a-t-elle pris part au mouvement ? Son &#233;ventuelle mobilisation a-t-elle eu des cons&#233;quences sur les relations entre les deux communaut&#233;s linguistiques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plusieurs d&#233;partements des universit&#233;s anglophones Concordia et McGill qui sont en gr&#232;ve. La chaine de t&#233;l&#233;vision &#233;tudiante, anglophone, Concordia University Television (CUTV), s'est aussi illustr&#233;e en offrant une couverture en direct des manifestations &#233;tudiantes &#224; Montr&#233;al. En affichant un soutien clair aux gr&#233;vistes, elle a jou&#233; un r&#244;le crucial comme m&#233;dia alternatif &#224; une certaine presse priv&#233;e favorable &#224; la hausse et qui cache mal son hostilit&#233; au mouvement de gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois par ailleurs qu'il est plus juste de poser la question en termes d'appartenance de classe. Les soutiens &#224; l'augmentation des frais de scolarit&#233; se recrutent plus facilement chez les couches sociales ais&#233;es pendant que les partisans du mouvement de protestation sont g&#233;n&#233;ralement de la classe moyenne et des couches populaires qui sont les plus touch&#233;es par les effets de la crise. Wesmount est certes connu pour &#234;tre un quartier anglophone de Montr&#233;al mais il est surtout un quartier des riches parmi lesquels on d&#233;nombre des Francophones et ce n'est pas l&#224; que le mouvement des casseroles s'est fait le plus entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel est le contenu de la loi sp&#233;ciale adopt&#233;e par le gouvernement qu&#233;b&#233;cois le 18 mai dernier ? Existe-t-il un risque r&#233;el de remise en cause du caract&#232;re d&#233;mocratique des institutions qu&#233;b&#233;coises ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi sp&#233;ciale 78 comprend essentiellement deux volets. Le premier porte sur la suspension de la session d'hiver 2012 dans les &#233;tablissements en gr&#232;ve et la reprise des cours au mois d'Ao&#251;t. Le deuxi&#232;me et c'est ce volet qui a soulev&#233; la col&#232;re de la population qui le juge comme une atteinte grave au droit de manifestation. Il oblige notamment les directions d'&#233;tablissements &#224; assurer l'enseignement m&#234;me lorsqu'une gr&#232;ve a &#233;t&#233; vot&#233;e de fa&#231;on d&#233;mocratique et interdit aux organisations &#233;tudiantes d'entraver l'acc&#232;s &#224; l'enseignement et m&#234;me de manifester &#224; moins de 50 m de leur &#233;tablissement. Il restreint consid&#233;rablement le droit aux manifestations en imposant aux organisateurs de fournir &#224; la police un ensemble d'informations relatives &#224; l'organisation de la manifestation ou de la marche (date, heure, la dur&#233;e, lieu, itin&#233;raire, moyens de transport utilis&#233;s.etc, responsabilit&#233; des organisations &#233;tudiantes quant aux actes et gestes pos&#233;s par tous les participants &#224; la manifestation). Enfin, la loi pr&#233;voit de lourdes amendes pouvant aller jusqu'&#224; 35 000 $ pour les leaders &#233;tudiants et &#224; 125 000 $ pour des organisations syndicales. Ces sommes peuvent &#234;tre doubl&#233;es en cas de r&#233;cidive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;vidence, avec cette loi, il y a un recul des libert&#233;s fondamentales et c'est une institution d&#233;mocratique (parlement) form&#233;e de repr&#233;sentants du peuple qui restreint ces libert&#233;s. Il faut dire que ce n'est pas la premi&#232;re fois qu'on assiste &#224; ce qui s'apparente &#224; une entorse &#224; la vie d&#233;mocratique au Qu&#233;bec. Il y a un an, le m&#234;me parlement avait adopt&#233; une autre loi (loi 204) pour prot&#233;ger, contre toute contestation devant les tribunaux, une entente conclue par la ville de Qu&#233;bec avec un des plus importants groupes priv&#233;s (Qu&#233;becor) de la province pour la gestion du futur amphith&#233;&#226;tre qui sera construit aux frais du contribuable. Cette entente a &#233;t&#233; vot&#233;e par les d&#233;put&#233;s du PLQ et par une majorit&#233; de d&#233;put&#233;s du PQ tandis que les d&#233;put&#233;s de la CAQ ont appuy&#233; la loi sp&#233;ciale 78 apr&#232;s quelques amendements cosm&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette loi est-elle &#224; l'origine du basculement de la population aux c&#244;t&#233;s des &#233;tudiants ou la solidarit&#233; populaire &#224; l'endroit du mouvement de contestation universitaire &#233;tait-elle ant&#233;rieure ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ind&#233;niablement, autant le gouvernement devait compter sur le soutien d'une partie de la population sur la &#034;justesse&#034; de sa d&#233;cision de hausser les frais de scolarit&#233; qu'il avait r&#233;ussi &#224; &#034;vendre&#034;, dans ce contexte de crise, en martelant sur toutes les tribunes que les &#233;tudiants devaient payer leur &#034;juste part tout comme l'&#201;tat et le contribuable&#034; au lieu de vouloir &#034;refiler la facture au contribuable&#034; autant sa gestion du conflit &#233;tudiant a &#233;t&#233; s&#233;v&#232;rement jug&#233;e par la population. Ont aussi &#233;chou&#233; ses tentatives de diabolisation de l'aile radicale du mouvement &#233;tudiant repr&#233;sent&#233;e par la CLASSE [1] et de son porte-parole (Gabriel Nadeau-Dubois) - pr&#233;sent&#233;s comme des anarchistes ou des marxistes qui veulent juste d&#233;stabiliser l'&#233;conomie dans le contexte de l'Am&#233;rique du Nord o&#249; m&#234;me le mot socialiste a une connotation subversive -. L'adoption de la loi 78 a &#233;t&#233; per&#231;ue comme une atteinte aux libert&#233;s fondamentales par de larges pans de la population et a donc sonn&#233; l'heure de la mobilisation contre le gouvernement pour l'ensemble de son &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment s'est manifest&#233; ce passage d'un mouvement strictement &#233;tudiant &#224; un mouvement de contestation populaire ? Comment le mouvement-est-il organis&#233; ? Quelles sont les places respectives des syndicats, associations et autres partis ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la grande marche du 22 mars &#224; Montr&#233;al, les &#233;tudiants ont pu b&#233;n&#233;ficier du soutien et de la solidarit&#233; de plusieurs secteurs de la soci&#233;t&#233; : Artistes, intellectuels, infirmiers, fonctionnaires..etc. Des enseignants ont lanc&#233; le mouvement Profs contre la hausse. C&#244;t&#233; partis politiques, outre le soutien clair de Qu&#233;bec Solidaire et la participation de ses membres aux manifestations, on peut relever que le PQ a tir&#233; la le&#231;on de son vote pour la loi 204 et a vite arbor&#233; le Carr&#233; rouge signe de son opposition &#224; la hausse des frais de scolarit&#233;. Les syndicats ont apport&#233; un soutien financier aux organisations &#233;tudiantes et ont invit&#233; leurs membres &#224; prendre part aux grandes manifestations qui se d&#233;roulent notamment le 22 de chaque mois. Le 22 avril dernier, &#224; l'occasion de la journ&#233;e de la Terre, une mar&#233;e humaine a envahi les rues de Montr&#233;al et a esquiss&#233; les bases d'une alternative par l'appel lanc&#233; pour la d&#233;fense du bien commun, le partage des richesses, le respect des droits de tous les citoyens et de l'environnement. Ceci &#233;tant et pour l'instant ce mouvement de contestation populaire, malgr&#233; son ampleur historique, ne s'est pas donn&#233; une direction unifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La saison estivale ne semble pas avoir arr&#234;t&#233; le mouvement de protestation ? Quelles sont ses perspectives ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si leur intensit&#233; a diminu&#233; depuis le d&#233;but de l'&#233;t&#233; - ce qui est somme toute pr&#233;visible -, les manifestations continuent et les organisations &#233;tudiantes esp&#232;rent qu'elles reprendront de leur vigueur &#224; la reprise au mois d'Ao&#251;t. Le gouvernement est sans doute en train de compter ses soutiens dans la population sur la question de la hausse des frais de scolarit&#233; avant de d&#233;cider s'il va en faire un enjeu &#233;lectoral et d&#233;clencher d&#232;s l'automne les &#233;lections ou dans le cas contraire c&#233;der sur le fond de la question : l'accessibilit&#233; aux &#233;tudes universitaires. Je crois quand m&#234;me que quelque soit l'issue du mouvement, les &#233;tudiants ont d&#233;j&#224; gagn&#233;. Ils ont montr&#233; la voie de la r&#233;sistance et permis de jeter les bases d'une alternative &#224; la politique de marchandisation de l'&#233;ducation et de la sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce mouvement a-t-il un rapport ou des effets sur la &#171; question nationale &#187; qu&#233;b&#233;coise, c'est-&#224;-dire sur la question du maintien de cette province dans l'&#233;tat f&#233;d&#233;ral canadien ou, &#224; l'inverse, de l'accession de cette province &#224; l'ind&#233;pendance ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux souverainistes voient le projet de pays comme un moyen qui va permettre la construction d'une soci&#233;t&#233; juste et &#233;galitaire qui garantira notamment l'acc&#232;s &#224; l'&#233;ducation pour tous les enfants du peuple. Il convient de noter que la majorit&#233; des forces de gauche qu&#233;b&#233;coise est souverainiste. Alors oui je pense qu'il y a lien un lien m&#234;me indirect avec la question nationale. Est-ce que ce mouvement va favoriser le retour cette question dans le d&#233;bat public ? Ce n'est pas exclu s'il prend de l'ampleur et parvient &#224; s'imposer comme une v&#233;ritable alternative au syst&#232;me en place. Au final, il reviendra au peuple Qu&#233;b&#233;cois de d&#233;cider de son avenir.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Note :&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] Coalition large des Associations pour une Solidarit&#233; Syndicale &#201;tudiante. La Classe repr&#233;sente plus de la moiti&#233; des &#233;tudiants gr&#233;vistes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le point de non-retour approche en Syrie</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-point-de-non-retour-approche-en-Syrie</link>
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		<dc:date>2012-02-07T08:26:57Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hocine Belalloufi </dc:creator>


		<dc:subject>La r&#233;volution arabe en marche</dc:subject>
		<dc:subject>La r&#233;volution arabe</dc:subject>
		<dc:subject>Syrie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2012-02-07</dc:subject>

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&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements se pr&#233;cipitent dans le dossier syrien. La crise interne et les man&#339;uvres ext&#233;rieures constituaient, &#224; l'origine, deux ph&#233;nom&#232;nes relativement autonomes. Mais ils convergent de plus en plus et pourraient fusionner pour d&#233;boucher sur une guerre civile doubl&#233;e d'une intervention &#233;trang&#232;re. On atteindrait alors, un point de non-retour, aux cons&#233;quences impr&#233;visibles. &lt;br class='autobr' /&gt; Cela fera bient&#244;t une ann&#233;e que la r&#233;volte d'une partie de la population syrienne a d&#233;but&#233;. On avance le chiffre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH113/arton9316-e1b0f.png?1781209789' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements se pr&#233;cipitent dans le dossier syrien. La crise interne et les man&#339;uvres ext&#233;rieures constituaient, &#224; l'origine, deux ph&#233;nom&#232;nes relativement autonomes. Mais ils convergent de plus en plus et pourraient fusionner pour d&#233;boucher sur une guerre civile doubl&#233;e d'une intervention &#233;trang&#232;re. On atteindrait alors, un point de non-retour, aux cons&#233;quences impr&#233;visibles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cela fera bient&#244;t une ann&#233;e que la r&#233;volte d'une partie de la population syrienne a d&#233;but&#233;. On avance le chiffre de plus de 5 000 personnes tu&#233;es, de milliers de bless&#233;s et de milliers de r&#233;fugi&#233;s, de centaines de disparus et d'un nombre non pr&#233;cis&#233; d'emprisonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de se calmer, les choses ne font qu'empirer. Les combats opposant l'arm&#233;e officielle aux rebelles de l'Arm&#233;e syrienne libre (ALS) ont atteint les faubourgs de la capitale. Les insurg&#233;s ont finalement &#233;t&#233; contraints par l'arm&#233;e de se retirer lundi des quelques quartiers qu'ils avaient r&#233;ussi &#224; occuper &#224; l'Est de Damas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e avait d&#233;j&#224; lanc&#233; une attaque, il y a quelques jours, contre les bases de l'opposition &#224; Hama et &#224; Homs. Le but de ces trois offensives est de reconqu&#233;rir le terrain perdu face &#224; une ALS qui n'est pas une v&#233;ritable arm&#233;e, mais qui b&#233;n&#233;ficie de l'arriv&#233;e de militaires d&#233;serteurs, de la pr&#233;sence de civils en armes, de la r&#233;cup&#233;ration d'armes et de l'aide de forces ext&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit de la duret&#233; des affrontements et de l'importance des moyens employ&#233;s, du c&#244;t&#233; du pouvoir en particulier, aucun protagoniste n'a r&#233;ussi jusqu'ici &#224; l'emporter. L'opposition ne parvient pas &#224; renverser le r&#233;gime qui ne semble pas conna&#238;tre, pour l'instant, de d&#233;fections politiques importantes. Ce dernier, de son c&#244;t&#233;, n'arrive pas &#224; &#233;craser le soul&#232;vement pacifique et arm&#233; d'une partie de la population et de l'opposition. Nous nous trouvons dans une situation d'&#233;quilibre des forces&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;quilibre ressemble fort &#224; une impasse. Jusqu'ici, les deux protagonistes ne voulaient pas r&#233;ellement n&#233;gocier. Mais le r&#233;gime est confront&#233; &#224; une r&#233;bellion arm&#233;e qui prend de l'ampleur et qui est soutenue politiquement et militairement par tout ce que le r&#233;gime baasiste compte d'ennemis et d'adversaires : Etats-Unis, France, Angleterre, Allemagne, Qatar, Arabie saoudite, Turquie, Kurdes d'Irak, opposants irakiens sunnites, opposition libanaise&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seul Isra&#235;l semble dans une position de r&#233;serve, mais jusqu'&#224; quand ? Le r&#233;gime se trouve &#233;galement soumis &#224; des pressions politiques, &#233;conomiques et financi&#232;res exerc&#233;es par Washington, Paris, Londres, Berlin, les r&#233;gimes arabes et la Ligue du m&#234;me nom&#8230; Il a donc l&#226;ch&#233; du lest en acceptant la pr&#233;sence d'observateurs envoy&#233;s par la Ligue arabe et l'ouverture de discussions informelles avec l'opposition sugg&#233;r&#233;e par Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;quilibre des forces m&#232;ne &#224; l'impasse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En face, l'opposition est divis&#233;e. Le Conseil national syrien (CNS) refuse obstin&#233;ment, depuis plusieurs mois, de n&#233;gocier quoi que ce soit avec le r&#233;gime dont il demande invariablement le d&#233;part. Il vient d'opposer une fin de non-recevoir &#224; la proposition russe de discussions informelles avec le r&#233;gime. Le CNS consid&#232;re que le d&#233;part de Bachar El Assad et de son r&#233;gime constitue une revendication &#171; scell&#233;e et non n&#233;gociable &#187;. Seulement voil&#224;, en politique il ne suffit pas de vouloir, encore faut-il pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'&#233;tant pas en mesure de renverser le r&#233;gime, le Conseil national syrien, dirig&#233; par Burhan Ghalioun, est amen&#233; &#224; s'inscrire dans une logique de demande d'intervention &#233;trang&#232;re. Celle des arm&#233;es arabes d'abord. Mais celles-ci risquant d'essuyer un &#233;chec militaire face &#224; une arm&#233;e syrienne beaucoup plus puissante que ne l'&#233;tait l'arm&#233;e libyenne, le CNS lance en r&#233;alit&#233; un appel aux grandes puissances du Conseil de s&#233;curit&#233; de l'ONU &#8211; &#224; l'OTAN plus pr&#233;cis&#233;ment &#8211; afin qu'elles interviennent militairement. Le CNS a par ailleurs refus&#233; de ratifier un projet d'accord avec l'autre composante de l'opposition, le Comit&#233; pour le changement d&#233;mocratique (CNCD). Il entend &#234;tre l'unique repr&#233;sentant de l'opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le CNCD, pour ce qui le concerne, se d&#233;clare oppos&#233; &#224; la militarisation de la r&#233;volte populaire laquelle ne peut que provoquer la mort de nombreuses personnes, en particulier civiles, sans que la chute du r&#233;gime ne soit garantie. Il rejette &#233;galement toute intervention &#233;trang&#232;re, en particulier occidentale. Il compte apparemment sur la dur&#233;e de la pression exerc&#233;e par la population sur le r&#233;gime pour amener ce dernier ou une partie de ce dernier &#224; n&#233;gocier. Mais le CNCD semble moins influent en Syrie et n'a visiblement pas r&#233;ussi &#224; mobiliser le monde du travail qui, par une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, serait en mesure de forcer le r&#233;gime &#224; faire des concessions substantielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La tentation libyenne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les man&#339;uvres de d&#233;stabilisation &#224; l'encontre de la Syrie se sont multipli&#233;es ces derniers mois, sous couvert de soutien &#224; la partie de la population r&#233;prim&#233;e par le r&#233;gime baasiste. La Ligue arabe, sous h&#233;g&#233;monie qatarie et saoudienne, c'est-&#224;-dire am&#233;ricaine, tente de r&#233;&#233;diter le sc&#233;nario libyen pour pousser &#224; une intervention arm&#233;e de l'OTAN. Elle a retir&#233; ses observateurs de Syrie et refus&#233; qu'ils poursuivent leur mission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, par l'interm&#233;diaire du Maroc, membre non-permanent du Conseil de s&#233;curit&#233; de l'ONU, la Ligue arabe pr&#233;sente un projet de r&#233;solution demandant l'arr&#234;t des violations des droits de l'Homme et l'ouverture d'une transition politique pr&#233;voyant le d&#233;part et le remplacement du pr&#233;sident Bachar El Assad. Ni la Ligue, ni les grandes puissances, n'ont jamais demand&#233; &#224; l'opposition (CNS et ALS) de faire preuve de retenue et de n&#233;gocier. La perspective de mesures de r&#233;torsion est brandie uniquement contre le r&#233;gime de Damas s'il ne r&#233;pond pas positivement &#224; la demande du Conseil. Les Etats-Unis et l'UE (essentiellement la France, l'Angleterre et l'Allemagne), la Turquie, le Qatar et l'Arabie saoudite soutiennent la Ligue dans son entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette sainte-alliance n'a jamais demand&#233; au Conseil de s&#233;curit&#233; de prot&#233;ger les populations du Bahre&#239;n, du Sultanat d'Oman, du Y&#233;men et d'Arabie saoudite, confront&#233;es &#224; la r&#233;pression de leurs r&#233;gimes respectifs ou &#224; celle d'arm&#233;es et de polices &#233;trang&#232;res (cas du Bahre&#239;n o&#249; l'Arabie saoudite a d&#233;ploy&#233; des militaires pour contrer la contestation populaire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que l'unique motivation des grandes puissances occidentales et de leurs relais dans la r&#233;gion, est de briser la cha&#238;ne T&#233;h&#233;ran-Bagdad-Damas-Beyrouth, en son maillon le plus faible, la Syrie. Le coup serait triple en cas de r&#233;ussite. Le Hezbollah et la r&#233;sistance nationale libanaise se trouveraient coup&#233;s de leurs arri&#232;res strat&#233;giques alors que l'Iran se retrouverait plus que jamais accul&#233; dans le Golfe persique, ses capacit&#233;s d'intervention au Proche-Orient s'amenuisant consid&#233;rablement. Les pourparlers entre les Etats-Unis et les Talibans qui s'amorcent sous les auspices du Qatar, et ceux que l'Arabie saoudite s'appr&#234;te &#224; lancer entre ces m&#234;mes Talibans et le gouvernement de Hamid Karza&#239;, confirment la strat&#233;gie d'encerclement, de l'Iran chiite, par les sunnites. La Russie, enfin, perdrait son dernier alli&#233; strat&#233;gique dans le monde arabe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Confront&#233; &#224; une offensive sans pr&#233;c&#233;dent, Damas b&#233;n&#233;ficie du soutien de la Russie et de la Chine. Moscou et P&#233;kin se prononcent contre toute intervention &#233;trang&#232;re, contre des sanctions et contre un changement de r&#233;gime. Les Russes continuent de fournir des armes &#224; la Syrie. Le parapluie russe tend &#224; devenir vital pour la survie du r&#233;gime de Bachar El Assad. Que Moscou retire son appui, et les grandes puissances se jetteront, sur la Syrie, comme une meute de chiens de chasse sur leur proie. L'avenir du r&#233;gime baasiste se joue donc en grande partie &#224; Moscou et &#224; P&#233;kin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le lancement d'une offensive militaire en Syrie, sans l'aval de la Russie constituerait un pari os&#233; et risqu&#233; car susceptible de provoquer une r&#233;action de Moscou (rappelons-nous le pr&#233;c&#233;dent g&#233;orgien) et le chaos dans toute la r&#233;gion. Aucun pays ne sortirait indemne d'une d&#233;stabilisation de la Syrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Paru sur La Nation, Mardi 31 Janvier 2012 :&lt;br class='autobr' /&gt;
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