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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Gouvernement de gauche et &#171; point L &#187;. Extrait du dernier livre de Fr&#233;d&#233;ric Lordon</title>
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		<dc:date>2019-10-08T08:15:23Z</dc:date>
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		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Lordon</dc:creator>


		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-10-08</dc:subject>

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&lt;p&gt;C'est ici qu'on atteint ce que je serais tent&#233; de nommer le &#171; point L &#187; &#8211; je vais te dire pourquoi &#171; L &#187; dans un instant. Car ce point de crise maximale est un point de bifurcation. &#192; notre gouvernement fictif il reste deux solutions et deux seulement, aucune interm&#233;diaire : soit il s'affale, d&#233;pose les armes et organise la cosm&#233;tique de la reddition, Tsipras augment&#233; en quelque sorte, &#171; d&#233;monstration &#187; en vraie grandeur de ce que rompre avec la sagesse n&#233;olib&#233;rale &#171; est impossible (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2019-10-08-+" rel="tag"&gt;Edition du 2019-10-08&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L98xH150/arton40614-22229.jpg?1781651660' class='spip_logo spip_logo_right' width='98' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est ici qu'on atteint ce que je serais tent&#233; de nommer le &#171; point L &#187; &#8211; je vais te dire pourquoi &#171; L &#187; dans un instant. Car ce point de crise maximale est un point de bifurcation. &#192; notre gouvernement fictif il reste deux solutions et deux seulement, aucune interm&#233;diaire : soit il s'affale, d&#233;pose les armes et organise la cosm&#233;tique de la reddition, Tsipras augment&#233; en quelque sorte, &#171; d&#233;monstration &#187; en vraie grandeur de ce que rompre avec la sagesse n&#233;olib&#233;rale &#171; est impossible &#187;, condamnation pour des d&#233;cennies de toute exp&#233;rience de gauche ; soit il maintient, mais alors il doit faire le constat que l'&#233;normit&#233; des forces adverses, mortelles, n'est plus accommodable dans le cadre des institutions de la vie &#171; d&#233;mocratique &#187; ordinaire, dont il est pr&#233;cis&#233;ment av&#233;r&#233; en cette situation qu'elles n'ont rien de d&#233;mocratique : les proc&#233;dures d&#233;mocratiques qui se veulent purement formelles, c'est-&#224;-dire con&#231;ues sans &#233;gard pour les contenus substantiels dont elles doivent &#234;tre l'honn&#234;te arbitre, n'en finissent pas de trahir leur attachement &#224; un contenu particulier, le contenu de l'ordre propri&#233;taire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La fiction formaliste ne peut &#234;tre maintenue que si son jeu livre invariablement la reconduction (sous des formes vari&#233;es a minima pour faire illusion &#171; d&#233;mocratique &#187;) du contenu toujours-d&#233;j&#224;-&#233;lu &#8211; et d&#233;ni&#233; comme tel. Et d&#232;s que le formalisme livre autre chose, alors les masques tombent, et la force arm&#233;e donne &#8211; again : tout &#231;a est vieux comme 1848.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il faut bien comprendre, c'est le type de situation qui se nouerait dans le cas de notre exp&#233;rience de pens&#233;e : en trois d&#233;cennies de n&#233;olib&#233;ralisme, le capital a consid&#233;rablement d&#233;plac&#233; ses normes. Le d&#233;cha&#238;nement, je veux dire l'accumulation ind&#233;finie des conqu&#234;tes, l'enfoncement des acquis sociaux comme dans du beurre, l'encouragement constant de tous les gouvernements et de toutes les instances internationales, tout &#231;a refait un habitus &#8211; un habitus de la position &#233;crasante dans le rapport de force, donc un habitus qui a perdu toute disposition &#224; transiger dans le compromis. C'est anecdotique, mais significatif : souviens-toi du toll&#233; d&#233;clench&#233; par des startupers au d&#233;but du mandat Hollande, ils s'&#233;taient fait appeler &#171; les Pigeons &#187; parce qu'il &#233;tait question de relever la fiscalit&#233; sur les plus-values financi&#232;res (dont ils font leurs fortunes, et en fait leur raison premi&#232;re d'&#171; entreprendre &#187;). Bien s&#251;r, effray&#233;, le gouvernement avait aussit&#244;t renonc&#233; &#224; ses insignifiants projets fiscaux. On comprend qu'&#224; remporter en longue p&#233;riode de si faciles victoires sur des choses aussi b&#233;nignes, on d&#233;veloppe une intol&#233;rance radicale &#224; tout &#171; recul &#187;. Imagine un peu ce que donneraient les &#171; reculs &#187; que nous sommes en train d'envisager. Ce que &#231;a donnerait ? L'entr&#233;e en guerre du capital, imm&#233;diate, &#224; outrance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point L tire les conclusions de cet &#233;tat de fait, qui est un &#233;tat de guerre &#8211; et c'est donc &#171; L &#187; comme L&#233;nine. Dans les conditions de raidissement normatif du capital jusqu'&#224; l'intransigeance extr&#234;me apr&#232;s trois d&#233;cennies d'avanc&#233;es ininterrompues, une exp&#233;rience gouvernementale de gauche n'a que le choix de s'affaler ou de passer dans un autre r&#233;gime de l'affrontement &#8211; in&#233;vitablement command&#233; par la mont&#233;e en intensit&#233; de ce dernier, mont&#233;e dont le niveau est fix&#233; par les forces du capital. Un autre r&#233;gime, &#231;a veut dire en mobilisant des moyens litt&#233;ralement extra-ordinaires, j'entends hors de l'ordinaire institutionnel de la fausse d&#233;mocratie. Par exemple : r&#233;instauration flash d'un contr&#244;le des capitaux, sortie de l'euro, donc reprise en main imm&#233;diate de la Banque de France, mais aussi nationalisation des banques par simple saisie1, et surtout suspension, voire expropriation, des m&#233;dias sous contr&#244;le du capital. C'est un point d&#233;cisif. On ne m&#232;ne pas une politique qui suppose un soutien puissant de l'opinion dans des conditions d'adversit&#233; m&#233;diatique g&#233;n&#233;rale, maximale, d&#233;clar&#233;e, principielle. Il faut donc arriver avec un sch&#233;ma tout arm&#233; de refonte enti&#232;re du secteur des m&#233;dias, &#224; l'image de celui que Pierre Rimbert avait propos&#233; il y a quelques ann&#233;es2. Comme on voit, les urgences simultan&#233;es d'un tel gouvernement sont celles d'un double arraisonnement imm&#233;diat : de la finance et des m&#233;dias du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est assez &#233;vident qu'aucun compte ne devra &#234;tre tenu de toutes les interdictions juridiques, comme celles que prononcerait in&#233;vitablement le Conseil constitutionnel par exemple (il suffit de rappeler son comportement depuis les nationalisations de 1981 jusqu'&#224; sa validation des lois successives de licenciement &#171; de comp&#233;titivit&#233; &#187;) : si l'on s'arr&#234;te aux institutions de l'ordre propri&#233;taire au moment o&#249; l'on entreprend d'abattre l'ordre propri&#233;taire, il est certain qu'on n'ira pas tr&#232;s loin&#8230; erreur &#233;quivalente &#224; celle de la Commune qui, mesm&#233;ris&#233;e, a mis le genou &#224; terre devant le fronton de la Banque de France, et s'est interdit de s'emparer de son or. Il suffit sans doute de dire ces choses pour apercevoir dans quel univers nous fait basculer le franchissement du point L. D'aucuns diraient qu'il s'agit d'un univers de type &#171; dictature du prol&#233;tariat &#187;. Aux r&#233;serves pr&#232;s quant &#224; la signification du mot &#171; prol&#233;tariat &#187;, ce ne serait pas faux. Il suffira de se rappeler en quels termes L&#233;nine la d&#233;finissait : la d&#233;mocratie, en principe, c'est la loi de la majorit&#233;, donc la dictature de la majorit&#233; (puisqu'elle impose ses vues &#224; la minorit&#233;), et il se trouve au surplus que, dans les institutions distordues qu'elle se donne dans l'ordre capitaliste, la dictature d&#233;mocratique ne fonctionne qu'au profit de la minorit&#233; (du capital). La dictature du prol&#233;tariat, ou dictature de la majorit&#233;, n'est donc rien d'autre que la &#171; d&#233;mocratie &#187; ramen&#233;e &#224; son concept.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu te souviens comme moi de cette sc&#232;ne d&#233;chirante du film Reprise, tourn&#233;e &#224; l'entr&#233;e des usines Wonder en juin 68, avec ce c&#233;g&#233;tiste patelin qui explique &#224; une femme qu'allez, il faut y retourner, qu'on a beaucoup obtenu, qu'on aura m&#234;me davantage la prochaine fois &#8211; et elle qui crie sa d&#233;testation de ce travail ignoble. En faisant un effort, on pourrait, sinon se couler dans la logique de ce syndicaliste de l'&#233;poque, au moins y voir le reflet d'une conjoncture dans laquelle, en effet, il &#233;tait possible d'obtenir &#171; quelque chose &#187; du capital, sous r&#233;serve &#233;videmment, conform&#233;ment d'ailleurs aux termes du compromis fordien, de ne pas attenter &#224; sa souverainet&#233; sur la production. Pourvu donc que cette pr&#233;misse demeure intouch&#233;e, le capital &#171; r&#233;pondait &#187; au rapport de force, tel qu'il &#233;tait encore arm&#233; par les structures &#233;conomiques de l'&#233;poque, qui limitaient objectivement sa latitude strat&#233;gique, donc son pouvoir de n&#233;gociation. Mais plus rien de tout &#231;a ne tient apr&#232;s quatre d&#233;cennies de n&#233;olib&#233;ralisme no limit. Plus aucune retenue, plus aucune contention, plus aucune d&#233;cence &#8211; puisque la modification des structures a supprim&#233; tous les int&#233;r&#234;ts &#224; la retenue, &#224; la contention et &#224; la d&#233;cence. C'est vraiment cela, ce d&#233;placement de ce qu'on pourrait appeler pour faire image la position psychique du capital, qu'il importe d'avoir en t&#234;te pour &#234;tre au clair quant &#224; ce qu'il est permis d'esp&#233;rer dans le cadre des structures &#233;conomiques et des institutions &#171; d&#233;mocratiques &#187; d'aujourd'hui : rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut vraiment prendre la mesure de toutes les transformations qui se sont effectu&#233;es en trente ans de n&#233;olib&#233;ralisme, des transformations qui, du c&#244;t&#233; des dominants, ont refait un pli, ont refait tout un habitus : l'habitus du d&#233;cha&#238;nement. Litt&#233;ralement : d&#233;-cha&#238;nement. Le type humain du dominant capitaliste a &#233;t&#233; modifi&#233; : jadis il y avait l'arrogance, le m&#233;pris de classe, etc., bien s&#251;r tout ceci est rest&#233;, mais s'y sont ajout&#233;s toute une s&#233;rie de traits sociopathiques nouveaux. J'admets que la cat&#233;gorie de &#171; sociopathe &#187; n'est pas tr&#232;s raffin&#233;e, mais ici elle suffira bien pour dire ce qu'il y a &#224; voir &#8211; avec en prime cette ironie de retourner les cat&#233;gories du DSM contre le syst&#232;me dont il est l'&#233;manation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;-cha&#238;nement &#224; l'&#233;tage des structures s'est exprim&#233; en un d&#233;-cha&#238;nement &#224; l'&#233;tage des psych&#233;s, pour engendrer des types que rien ne retient, et notamment aucune consid&#233;ration de moralit&#233; ou de sensibilit&#233; &#224; la souffrance d'autrui. Nous avons cette conversation au moment o&#249; a lieu le proc&#232;s des dirigeants de France T&#233;l&#233;com. Leurs propos, leur syst&#232;me de d&#233;fense, leurs auto-justifications, mis en regard des t&#233;moignages de leurs victimes ou des proches de leurs victimes : tout est stup&#233;fiant. Je sais que je vais dire une trivialit&#233;, mais ces gens &#8211; les capitalistes d'aujourd'hui &#8211; consid&#232;rent les hommes comme des choses. La chosification, l'objectalisation des hommes, c'est cela le propre du sociopathique, objectalisation qui dispense de tout sentiment moral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour notre malheur, ce propre s'est trouv&#233; d'embl&#233;e inscrit dans les sch&#232;mes fondamentaux de la rationalit&#233; &#233;conomique, instrumentale, celle qui agence des moyens &#224; des fins, et qui ne discute pas de la nature des moyens. Nous le savons m&#234;me depuis Kant puisque celui-ci nous avait mis en garde en nous enjoignant d'agir &#171; de telle sorte que tu traites l'humanit&#233; aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en m&#234;me temps comme une fin, et jamais comme un moyen &#187;3 &#8211; c'est donc bien que la possibilit&#233; de l'abus est constitu&#233;e depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; tout le moins le capitalisme n&#233;olib&#233;ral, arm&#233; de rationalit&#233; &#233;conomique, lui a-t-il donn&#233; une extension inou&#239;e &#8211; ressources humaines, et tout est dit. Le plus frappant, et le plus caract&#233;ristique, dans le proc&#232;s France T&#233;l&#233;com, c'est que les pr&#233;venus, &#224; l'&#233;vidence, ne comprennent absolument pas ce qui leur est reproch&#233; ou, plus exactement, parviennent sans cesse &#224; le ramener &#224; un syst&#232;me de justifications admissibles &#224; leurs yeux, au simple respect de la &#171; n&#233;cessit&#233; &#233;conomique &#187;, sans doute regrettable &#224; certains &#233;gards, mais qui, enfin, s'impose et dont ils ne sont, &#224; la limite, que les desservants quasi m&#233;caniques. Un syst&#232;me qui broie les individus jusqu'&#224; la mort, op&#233;r&#233; par d'autres individus qui se pr&#233;valent d'un commandement sup&#233;rieur (ici la &#171; loi du march&#233; &#187;), c'est une configuration qui nous rappelle des choses &#8211; Adorno et Horkheimer, me semble-t-il, ont produit une ou deux id&#233;es &#224; ce sujet&#8230; Mais ce qui me para&#238;t le plus important dans tout &#231;a, c'est que nous avons affaire &#224; des enferm&#233;s. Rien ni personne ne pourra leur faire apercevoir la monstruosit&#233; de leurs actes. Plus rien ne pourra se frayer un chemin jusqu'&#224; leur conscience morale. Il faut bien voir la g&#233;n&#233;ralit&#233; du portrait, bien au-del&#224; du cas particulier France T&#233;l&#233;com &#8211; depuis plus de 25 ans, la souffrance au travail est suffisamment document&#233;e pour qu'on sache &#224; quoi s'en tenir : &#224; un fait justiciable d'une &#233;pid&#233;miologie. Et pour qu'on sache &#233;galement comment le rapporter &#224; une certaine configuration des structures &#233;conomiques du capitalisme contemporain, donc, &#224; une certaine configuration des psych&#233;s des dominants dans ces structures, telles qu'elles expriment ces structures et les effectuent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on voit tout autant combien le type sociopathique s'est r&#233;pandu partout, pas seulement dans les entreprises mais, fatalement, dans l'&#201;tat &#233;galement. Macron n'en est-il pas la plus parfaite incarnation ? Il &#233;borgne, mutile, mais &#231;a n'a aucune importance, &#231;a n'existe pas. &#192; l'&#233;vidence, &#231;a ne lui a pas &#244;t&#233; une minute de sommeil. Comme toujours, seul un peu de recul historique permet de prendre la mesure des d&#233;rives en longue p&#233;riode. Pasqua, avait-on rapport&#233;, avait &#233;t&#233; atteint par la mort de Malik Oussekine &#8211; Pasqua ! C'&#233;tait en 1986. Trente ans plus tard, disparition compl&#232;te du moindre mouvement de conscience : Macron, Castaner, Lallement, ces gens-l&#224; dorment dans la plus compl&#232;te satisfaction de leurs actes, comme il y a peu Lombard, Wen&#232;s et Barberot (les dirigeants de France T&#233;l&#233;com). Il faut voir tout &#231;a pour se rendre &#224; l'id&#233;e qu'avec ce type il n'y a pas, il n'y a plus, de transaction, d'atermoiement, ou de compromis possibles. Il faut se d&#233;faire de l'espoir na&#239;f qu'on pourrait &#224; force d'explications lui faire entendre raison, lui ouvrir les yeux, le ramener &#224; la morale commune ou au respect minimum de l'humanit&#233; des hommes, pour ren&#233;gocier un arrangement macrosocial diff&#233;rent. C'est fini, c'est trop tard. Eux ont pass&#233; le 38e parall&#232;le, on ne pourra plus les rattraper. Quand on a affaire &#224; des cas particuliers, il y a bien la neutralisation judiciaire-carc&#233;rale. Quand on a affaire &#224; une configuration historique enti&#232;re, il n'y a plus que la solution de l'affrontement global &#8211; nous y voil&#224; de nouveau reconduit : gigantomachie. Tout d&#233;fi au pouvoir totalitaire du capital aura &#224; passer par ce point d'&#233;preuve, aura &#224; apercevoir que, toute possibilit&#233; de compromis ayant disparu, la situation se clarifie dramatiquement en guerre &#224; outrance. Jusque, disons, la fin des ann&#233;es 1990, des marges de ren&#233;gociation existaient encore &#8211; j'entends par l&#224; qu'une politique publique d&#233;lib&#233;r&#233;ment engag&#233;e pour retordre le rapport de force moins en d&#233;faveur du travail pouvait peut-&#234;tre encore esp&#233;rer ne rencontrer que des r&#233;sistances, pas la guerre ouverte. Plus maintenant. En trente ans, la d&#233;rive psychique du capital a radicalement repositionn&#233; les enjeux. Ou l'on assume &#231;a, et l'on pourra &#233;ventuellement faire quelque chose de la conqu&#234;te du pouvoir d'&#201;tat, ou on ne l'assume pas et mieux vaut repartir planter ses choux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'assumer n'est pas tout &#8211; condition n&#233;cessaire seulement. Encore faut-il en avoir les moyens de puissance. C'est ici qu'on mesure l'illusion de pouvoir attach&#233;e &#224; la seule &#171; conqu&#234;te du pouvoir &#187; sous la forme d'un &#171; gouvernement &#187; &#8211; quelques dizaines de types dans des palais, c'est-&#224;-dire dans le vide, &#224; plus forte raison quand toute la structure institutionnelle qui fait l'effectivit&#233; du pouvoir est, soit en train de se retourner contre eux, soit en train de s'effondrer. Alors il faut manifester &#224; nouveau le nombre, et il n'y a pas d'autre solution que de le reconvoquer sous sa forme brute, &#233;l&#233;mentaire : le nombre comme nombre, physiquement. Dans la rue donc. Si la multitude ne fait pas conna&#238;tre sa force imm&#233;diate de multitude, ce sont les forces adverses, r&#233;actionnaires, qui l'emporteront. C'est pourquoi, si on la prend au pied de la lettre, une exp&#233;rience gouvernementale de gauche est impossible. Prendre l'expression &#224; la lettre, c'est &#224; la fois indiquer que par &#171; gauche &#187; il faut entendre la contestation de l'emprise du capital sur la soci&#233;t&#233; enti&#232;re, peut-&#234;tre jusqu'&#224; son annulation compl&#232;te, et par &#171; gouvernementale &#187;, il faut entendre une politique qui ne passerait que par l'activation des structures &#233;tatiques au sens le plus &#233;troit du terme. Au point d'intransigeance o&#249; en est venu le capitalisme n&#233;olib&#233;ral, cette exp&#233;rience, ainsi d&#233;finie, n'a aucune chance. Elle n'en retrouve qu'au moment o&#249; le nombre se manifeste dans son concret brut : comme nombre prenant la rue, occupant les lieux, intimant la crainte aux forces r&#233;actionnaires &#8211; ce dont nous avons eu la pr&#233;figuration quand les Gilets jaunes se sont rendus spontan&#233;ment &#224; cette &#233;vidence pourtant &#233;norme, mais soigneusement ignor&#233;e depuis si longtemps, que le rapport des forces doit &#234;tre manifest&#233; par d&#233;fi &#224; l'ennemi sur son propre terrain : les quartiers riches &#8211; et pas le navrant Bastille-Nation. Quand l'&#233;meute d&#233;vaste le VIIIe arrondissement, le changement d'ambiance est imm&#233;diat. Seule la pression physique de la multitude, c'est-&#224;-dire faisant r&#233;-&#233;prouver corporellement aux dominants leur situation minoritaire, est &#224; m&#234;me de d&#233;sarmer leur arrogance &#8211; et de leur r&#233;apprendre &#224; raser les murs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question n'est pas seulement celle de la situation minoritaire des dominants &#171; les plus dominants &#187;, mais &#233;galement de rendre tr&#232;s minoritaire le bloc social dont ils parviennent &#224; s'entourer &#8211; ce que Bruno Amable et Stefano Palombarini nomment &#171; le bloc bourgeois &#187;4. Une condition du &#171; tr&#232;s minoritaire &#187; que, typiquement, n'aurait pas satisfaite, par exemple, la pr&#233;sidentielle de 2017 si l'inutile Hamon, apportant ses voix d&#232;s le premier tour, avait permis &#224; M&#233;lenchon de passer et de nous mettre devant notre exp&#233;rience de pens&#233;e devenue r&#233;alit&#233;. Il est tout &#224; fait certain qu'acc&#233;der au pouvoir avec un soutien objectif aussi mesur&#233; que ce score de premier tour ne suffisait nullement &#224; cr&#233;er les conditions auxquelles je pense : les conditions du nombre de masse mobilis&#233;. Dont une r&#233;alisation a &#233;t&#233; donn&#233;e en 1936. Sans gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale : rien. Supposons que la machine &#224; remonter le temps nous permette de revenir en avril 2017, de machiner Hamon, et puis voil&#224;, M&#233;lenchon est &#233;lu. Que se passe-t-il ? &#192; l'&#233;vidence Tsipras redux : temp&#234;te g&#233;n&#233;rale &#8211; alors qu'il ne s'agit, je le rappelle, que de restaurer plus ou moins le rapport de force dans son &#233;tat d'il y a 40 ans, tol&#233;r&#233; alors, intol&#233;rable aujourd'hui (par le capital bien s&#251;r), et c'est &#224; cela qu'on mesure le d&#233;placement normatif gigantesque parcouru entre-temps. Temp&#234;te, donc, d'abord financi&#232;re, ensuite m&#233;diatique, et retraite en rase campagne. En deux mois, grand maximum, peut-&#234;tre m&#234;me deux semaines !, l&#224; o&#249; il avait fallu deux ans pour les &#171; socialistes &#187; de 1981 &#8211; c'est qu'entre-temps, de la furie financi&#232;re des march&#233;s &#224; la v&#233;role capitaliste des m&#233;dias, en passant par l'&#233;gout permanent des cha&#238;nes d'information, tout a cr&#251; et embelli, et dans d'invraisemblables proportions. Un M&#233;lenchon &#233;lu en 2017 se retrouve au pouvoir avec un soutien mesur&#233; par un score de premier tour de 20&#8239;% et quelques, seul au sommet d'un appareil d'&#201;tat dont certaines composantes strat&#233;giques s'appr&#234;tent &#224; faire d&#233;fection, si ce n'est &#224; saboter activement. Et face &#224; une hostilit&#233; &#233;cumante de la quasi-totalit&#233; du pouvoir &#233;conomique et symbolique en face de lui. Comment veux-tu que &#231;a ne se finisse pas en une terrible d&#233;faite ? Dont on peut l&#233;gitimement se demander d'ailleurs si l'int&#233;ress&#233; ne l'a pas lui-m&#234;me d&#233;j&#224; int&#233;gr&#233;e par anticipation, et n'a pas d&#233;j&#224; pr&#233;par&#233; sa rh&#233;torique du &#171; repli offensif &#187; ou quelque autre fourbi de ce genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour qu'il ne puisse pas faire retraite sur des &#171; positions pr&#233;par&#233;es &#224; l'avance &#187;, il faut que le nombre ne lui laisse pas d'autre choix que d'avancer vers le point L, et de le franchir. Alors on a peut-&#234;tre une configuration praticable qui fait droit &#224; tous les bords de la contradiction : les masses mobilis&#233;es &#224; la fois pour surveiller le pouvoir, le river &#224; sa ligne, et lui donner la force de faire, c'est-&#224;-dire mobilis&#233;es pour tenir ensemble que 1) le pouvoir d'&#201;tat, c'est de la puissance cristallis&#233;e macroscopique, seule &#224; m&#234;me de d&#233;faire la puissance macroscopique du capital, mais 2) en tant que tel, l'&#201;tat n'est qu'un lieu vide et sans pouvoir &#8211; en fait sans force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le nombre &#233;crasant, c'est aussi, peut-&#234;tre surtout, la condition pour que cette &#171; dictature du prol&#233;tariat &#187; ne d&#233;g&#233;n&#232;re pas en guerre civile, donc &#224; terme en dictature tout court. Plus le nombre est grand, plus les dominants d&#233;pos&#233;s sentent qu'ils sont maintenant num&#233;riquement et symboliquement domin&#233;s. Il y a des disproportions quantitatives qui d&#233;samorcent d'embl&#233;e toute tentative d'aller &#224; la guerre, qui font comprendre &#171; en face &#187; que cette guerre est sans objet parce qu'elle est d&#233;j&#224; perdue. J'ai &#233;voqu&#233; un peu l&#233;g&#232;rement tout &#224; l'heure l'alternative entre assumer le point L et rentrer planter ses choux, mais c'est tout de m&#234;me une affaire de la derni&#232;re gravit&#233;, tout ce dont nous parlons. L'ordre propri&#233;taire-capitaliste n'a jamais recul&#233; &#224; la perspective de la r&#233;pression sanglante et de la guerre sauvage quand il s'est senti en p&#233;ril. L'histoire nous a plus qu'abondamment montr&#233; de quoi il &#233;tait capable, o&#249; il pla&#231;ait les enjeux, et quels moyens il n'h&#233;sitait pas &#224; se donner. Ce sont les dominants qui fixent le niveau de la violence et r&#232;glent les intensit&#233;s de la trag&#233;die de l'histoire. Le nombre, en sa puissance &#233;crasante, affirmative et dissuasive, est le seul antidote au d&#233;cha&#238;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas voil&#224; : dans une conjoncture telle que celle &#224; laquelle je pense, nous aurions &#224; faire &#224; une forme in&#233;dite de l'&#201;tat : l'&#201;tat &#171; habituel &#187; auquel on aurait retir&#233; ses composantes d&#233;fectrices et auquel on aurait ajout&#233; les masses mobilis&#233;es. C'est ce nouvel ensemble qui formerait, sans doute transitoirement, l'&#201;tat. En quelque sorte un &#201;tat obtenu par l'&#233;quivalent d'une transition de phase : la potentia multitudinis jusqu'ici cristallis&#233;e dans toute l'&#233;paisseur institutionnelle de l'appareil s'est en partie d&#233;faite, mais une quantit&#233; &#233;quivalente, en fait sup&#233;rieure, de puissance de la multitude la remplace quoique sous une autre forme : la puissance des masses en &#233;tat de mobilisation. Il s'agit donc, litt&#233;ralement, d'une question de m&#233;tamorphose de la puissance politique : de la forme cristallis&#233;e-institutionnelle on retourne, pour une part, &#224; la forme brute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une politique de transformation sociale passant par l'&#201;tat est donc sous condition de cette transition de phase, d'une mobilisation de masse durable. La question remonte alors d'un cran : sous quelles conditions la condition est-elle elle-m&#234;me plac&#233;e, je veux dire : qu'est-ce qui produit de la mobilisation de masse durable ? Durable, c'est-&#224;-dire au moins jusqu'&#224; ce que s'accomplisse la m&#233;tamorphose inverse de la pr&#233;c&#233;dente, car elle se produira : une recristallisation de la potentia multitudinis mais dans un tout nouvel appareil institutionnel de l'&#201;tat, cette fois notionnellement conforme aux nouvelles orientations de la politique. Mais avec de nouveau r&#233;arm&#233; le risque de la capture s&#233;paratrice : les masses retournent &#224; leurs occupations, la division du travail politique reprend ses droits, litt&#233;ralement des fonctionnaires prennent en charge (les fonctions), bref font fonctionner&#8230; et de nouveau on est dans le p&#233;nible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. J'avais d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; ce m&#233;canisme au moment de la crise financi&#232;re de 2008, il se pourrait d'ailleurs qu'il redevienne d'actualit&#233; d'ici peu&#8230; : &#171; Pour un syst&#232;me socialis&#233; du cr&#233;dit &#187;, blog La Pompe &#224; Phynance, Le monde diplomatique, 5 janvier 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Pierre Rimbert, &#171; Projet pour une presse libre &#187;, Le monde diplomatique, d&#233;cembre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Kant, Fondements de la m&#233;taphysique des m&#339;urs, Vrin, coll. &#171; Biblioth&#232;que des textes philosophiques &#187;, 1997, p.&#8239;105.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Bruno Amable et Stefano Palombarini, L'illusion du bloc bourgeois. Alliances sociales et avenir du mod&#232;le fran&#231;ais, nouvelle &#233;dition, Raisons d'agir, 2018.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La r&#233;volution des balais ? </title>
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		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Lordon</dc:creator>


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&lt;p&gt;Cahuzac, dont les accointances droiti&#232;res deviennent moins incompr&#233;hensibles sous cette perspective &#8212; entre droites, on peut bien se parler &#8212;, n'est donc pas une p&#233;rip&#233;tie puisqu'il est fatal que certains finissent par convertir en mani&#232;res personnelles les mani&#232;res politiques de leur groupe de passer avec armes et bagages du c&#244;t&#233; de l'argent. &lt;br class='autobr' /&gt;
(Blog du diplo) &lt;br class='autobr' /&gt; On pourrait ici, m&#233;taphoriquement bien s&#251;r, se r&#233;f&#233;rer &#224; une th&#233;orie math&#233;matique tr&#232;s puissante, la th&#233;orie dite des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L108xH150/arton13832-e897b.png?1781651660' class='spip_logo spip_logo_right' width='108' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cahuzac, dont les accointances droiti&#232;res deviennent moins incompr&#233;hensibles sous cette perspective &#8212; entre droites, on peut bien se parler &#8212;, n'est donc pas une p&#233;rip&#233;tie puisqu'il est fatal que certains finissent par convertir en mani&#232;res personnelles les mani&#232;res politiques de leur groupe de passer avec armes et bagages du c&#244;t&#233; de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Blog du diplo)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On pourrait ici, m&#233;taphoriquement bien s&#251;r, se r&#233;f&#233;rer &#224; une th&#233;orie math&#233;matique tr&#232;s puissante, la th&#233;orie dite des catastrophes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plus exactement : la th&#233;orie des singularit&#233;s des vari&#233;t&#233;s diff&#233;rentiables &#8212; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dont l'une des th&#232;ses les plus fortes &#233;nonce qu'une structure s'exprime enti&#232;rement dans ses singularit&#233;s. En d'autres termes, il est des accidents locaux qui ne sont pas des erreurs adventices de la structure globale mais bien l'expression de sa n&#233;cessit&#233;. Ca n'est donc pas seulement, comme on dit parfois, que &#171; le poisson pourrit par la t&#234;te &#187;, le corps primitivement sain n'&#233;tant gagn&#233; que par apr&#232;s, mais que la pourriture de la t&#234;te r&#233;v&#232;le la malfa&#231;on de l'ensemble. C'est pourquoi on ne saurait davantage faire erreur, comme malheureusement Christian Salmon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christian Salmon, &#171; Son langage est devenu inquisiteur, n&#233;gatif, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, en ne voyant dans les appels au &#171; coup de balai &#187;, qu'une &#233;ruption moralisatrice quand, &#224; la lumi&#232;re de cette &#171; th&#233;orie des singularit&#233;s &#187;, ou des &#171; p&#233;rip&#233;ties &#187;, ces appels sont en fait enti&#232;rement rattachables &#224; une analyse profond&#233;ment politique. Pour y acc&#233;der cependant, encore faut-il d&#233;laisser un instant le plan fait-diversier de l'&#233;pisode, et m&#234;me celui de la politique de surface qui, sans surprise, n'appellera pas d'autre r&#233;ponse que les indigentes propositions &#224; base de transparence, de d&#233;claration de patrimoine et de solennelles promesses de ne plus &#234;tre avocat d'affaire en m&#234;me temps que d&#233;put&#233; &#8212; soit le contournement parfait des enjeux fondamentaux qui s'expriment dans l'affaire Cahuzac. Changer une structure globale, oui c'est l'affaire d'un coup de balai, d'un grand coup de balai m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evidemment &#231;a n'est pas l&#224; exactement un langage fait pour complaire aux becs fin et aux museaux d&#233;licats. Il est vrai que ceux-l&#224; ont si profond&#233;ment partie li&#233;e au syst&#232;me &#224; balayer qu'on ne saurait s'&#233;tonner que la proposition du balai les scandalise. Editorialistes confits, journalistes install&#233;s, experts grassement pay&#233;s, suppl&#233;tifs conscients ou inconscients de l'ordre social, tous sont bien d'accord que &#171; la violence est le dernier moyen de r&#233;gler les probl&#232;mes politiques &#187;. On pourrait sans doute prolonger avantageusement &#224; la caste de ces publicistes les analyses de Bourdieu, qui montrait comment le rapport scolastique au monde, permis par l'ignorance des urgences mat&#233;rielles, telles les n&#233;cessit&#233;s concr&#232;tes de boucler les fins de mois ou les angoisses d'un avenir trop incertain, comment ce rapport rend possible la distance au monde du lector, universitaire ou &#233;ditorialiste, qui tient sa position de recul pour l'effet de sa vertu intellectuelle, et le calme qui l'accompagne pour celui de sa vertu morale. Aux affranchis de la n&#233;cessit&#233;, tous les emportements, tous les &#233;clats de voix ne sont que lamentables violences. Leur d&#233;nonciation peut alors se donner la hauteur de vue des grands principes, agr&#233;ment&#233;s comme il se doit de la condamnation &#171; des populismes &#187;, cet asile de l'ignorance m&#233;diatique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une rectification m&#233;thodique des m&#233;susages m&#233;diatiques du &#171; populisme &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et les pr&#233;cepteurs autoproclam&#233;s, qu'aucune urgence n'assaille jamais, se r&#233;pandre en le&#231;ons de maintien d&#233;mocratique : &#171; la violence, le dernier des moyens bla bla&#8230; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils tomberont certainement de leur chaise si on vient leur dire, au contraire, que dans certaines situations de confiscation des pouvoirs au b&#233;n&#233;fice exclusif des dominants et de blocage institutionnel patent&#233;, le retour &#224; une certaine forme de violence, lorsque toutes les solutions politiques &#171; froides &#187; sont vou&#233;es &#224; demeurer inop&#233;rantes, &#224; l'image des pantomimes &#233;lectorales qui ne donnent &#224; choisir qu'entre Jospin et Chirac, Royal et Sarkozy, Sarkozy et Hollande, le retour &#224; une certaine forme de violence, donc, pourrait &#234;tre le premier des moyens, en fait le seul restant, de faire sauter quelques verrous. Grands d&#233;nonciateurs de la corruption (des autres &#8212; car entre les m&#233;nages des vedettes des m&#233;dias et les jetons de pr&#233;sence des experts, l'h&#244;pital ne cesse de se foutre de la charit&#233;), la cons&#233;quence est, de toutes leur vertus intellectuelles manquantes, celle qui leur manque le plus. Lib&#233;ration, par exemple, &#224; qui il arrivera de penser que &#171; le n&#233;olib&#233;ralisme est vraiment trop injuste &#187; ne saurait pousser l'encha&#238;nement de ses id&#233;es jusqu'&#224; consid&#233;rer que le n&#233;olib&#233;ralisme vraiment trop injuste est un ordre de domination, qu'on n'a jamais vu les dominants quitter d'eux-m&#234;mes leurs positions de domination, et qu'un v&#339;u cons&#233;quent de justice sociale ne peut exclure qu'il faille les pousser dehors &#8212; car ils ne rendront pas les cl&#233;s spontan&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi les incons&#233;quents demeurent-ils scandalis&#233;s par les images de balai &#8212; eux pr&#233;f&#232;rent &#233;pousseter &#224; la pince &#224; &#233;piler &#8212;, et &#171; la violence &#187; les horrifie. Enfin certaines violences plut&#244;t que d'autres &#8212; qui les laissent de marbre. La violence &#233;vocatrice du balai est abominable, mais celle qui conduit quelques d&#233;sesp&#233;r&#233;s &#224; s'immoler devant P&#244;le emploi en revanche ne laisse pas de trace plus d'une journ&#233;e, celle des suicid&#233;s de la valeur actionnariale, &#224; Orange ou ailleurs, pas davantage, quant &#224; la mis&#232;re des vies bris&#233;es par les temps partiels, les reclassements &#224; cinquante kilom&#232;tres du domicile ou les horaires tournants, elles n'existent m&#234;me pas. L'aust&#233;rit&#233; : pas violente. Les baisses de salaire impos&#233;es &#224; des gens qui survivent &#224; peine : pas violentes. La flexibilisation qui rend les salari&#233;s corv&#233;ables &#224; merci : pas violente. Les plans de licenciement boursiers, les propositions de reclassement en Roumanie &#224; 200 euros le mois : pas du tout violents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi chacun juge-t-il de la violence selon sa position sociale et, comme toujours, ses jugements de violence en disent plus long sur lui que sur les &#171; violences &#187; jug&#233;es. Ils en disent long sur des satisfactions d'existences totalement ignorantes du malheur d'existences autres que les leurs &#8212; hormis quelques oblats verbaux caract&#233;ristiques du &#171; socialisme pleurnichard &#187; &#8212;, mais aussi sur le m&#233;lange de d&#233;n&#233;gation et d'incons&#233;quence que ces satisfactions d&#233;terminent. Car il faut &#234;tre aveugle, born&#233; ou totalement cr&#233;tin pour imaginer encore que la moindre modification significative du syst&#232;me n&#233;olib&#233;ral puisse venir du jeu normal des institutions politiques pr&#233;sentes o&#249;, pr&#233;cis&#233;ment, le syst&#232;me en question a trouv&#233; un inexpugnable refuge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question, en forme d'alternative, du &#171; soul&#232;vement ou du Parlement &#187; ne se pose pas, ou ne se pose plus : la &#171; voie parlementaire &#187; a eu tout le temps de faire ses preuves &#8212; et elles sont faites : depuis deux d&#233;cennies ici, et dans tous les pays de l'Europe aust&#233;ritaire. La chose parodique que, dans une entreprise de correction du langage d&#233;cid&#233;ment imp&#233;rative, on ne devrait plus nommer &#171; d&#233;mocratie &#187;, mais, par exemple &#224; la mani&#232;re d'Alain Badiou, &#171; capitalo-parlementarisme &#187;, cette chose a plus qu'abondamment d&#233;montr&#233; quels int&#233;r&#234;ts elle servait ind&#233;fectiblement quand le pouvoir n'est plus disput&#233; qu'entre la droite d&#233;complex&#233;e et la droite complex&#233;e. Sauf mutation endog&#232;ne de la droite complex&#233;e &#8212; &#233;videmment impossible (sauf vers l'abandon des complexes&#8230;) &#8212;, la vraie gauche, telle qu'elle a d&#233;j&#224; &#233;merg&#233; mais telle qu'elle ne cesse de se heurter &#224; tous les verrouillages du capitalo-parlementarisme, la vraie gauche doit se faire conna&#238;tre, l&#224; o&#249; elle le peut. S'il n'y a plus que la rue quand toutes les autres avenues de la politique institutionnelle sont, non pas formellement, mais r&#233;ellement bouch&#233;es, ainsi soit-il !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soul&#232;vements aiment &#224; se donner des signes, ils ont raison. La r&#233;volution tunisienne a eu le jasmin, comme jadis la r&#233;volution portugaise les &#339;illets, et l'argentine... les casseroles ! Alors, oui, pourquoi pas le balai ? Comme appel au d&#233;part de la droite se faisant passer pour la gauche, mais aussi comme exigence de nouvelles institutions qui offriraient r&#233;ellement sa chance &#224; la vraie gauche. On r&#234;ve : un mouvement arm&#233; de balais, mani&#232;re, pour l'heure toute symbolique, de narguer les gate-keepers satisfaits de l'espace m&#233;diatique, qui s'acharnent &#224; disqualifier pour cause de violence verbale toutes les tentatives s&#233;rieuses d'en finir avec la violence sociale, une foule de balais rigolarde, non plus de R&#233;publique &#224; Nation, mais devant l'Assembl&#233;e, rue de Solf&#233;rino, et puis surtout sous les fen&#234;tres des &#233;pouvant&#233;s : de Pujadas, de Lib&#233;ration, de Patrick Cohen et de Pascale Clark, du Nouvel Obs, d'Aphatie et de Canal, inspir&#233;e, quitte &#224; faire une fois dans le contre-emploi, par Bernanos et sa r&#233;jouissante devise : &#171; jamais nous ne nous lasserons d'offenser les imb&#233;ciles &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Plus exactement : la th&#233;orie des singularit&#233;s des vari&#233;t&#233;s diff&#233;rentiables &#8212; et qui n'a qu'un rapport tr&#232;s lointain avec ce que nous nommons commun&#233;ment des &#233;v&#233;nements catastrophiques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christian Salmon, &#171; Son langage est devenu inquisiteur, n&#233;gatif, culpabilisant &#187;, entretien Lib&#233;ration, 5 avril 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une rectification m&#233;thodique des m&#233;susages m&#233;diatiques du &#171; populisme &#187; et un rappel des significations v&#233;ritables de ce terme, voir Annie Collovald, Le &#171; populisme du FN &#187; : un dangereux contresens, Editions du Croquant, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Euro, terminus ?</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Euro-terminus</link>
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		<dc:date>2012-06-05T08:40:54Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Lordon</dc:creator>


		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2012-06-04</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La science &#233;conomique n'existe pas. Il n'y a que de l'&#233;conomie politique. Il faut pourtant toujours des &#233;v&#233;nements extr&#234;mes pour dessiller ceux qui feignent de croire, ou pire, croient de bonne foi, que l'administration des choses pourrait remplacer la d&#233;lib&#233;ration des hommes. &#199;a tombe bien, en voil&#224; un qui s'annonce. &lt;br class='autobr' /&gt;
(tir&#233; de son blogue - Le Monde diplomatique - La pompe &#224; phynance) &lt;br class='autobr' /&gt; La perspective d'une sortie de la Gr&#232;ce de l'euro, puis celle d'une possible d&#233;composition de la monnaie (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-70-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-135-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2012-06-04-+" rel="tag"&gt;Edition du 2012-06-04&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH92/arton10616-1d7c9.png?1781651661' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='92' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La science &#233;conomique n'existe pas. Il n'y a que de l'&#233;conomie politique. Il faut pourtant toujours des &#233;v&#233;nements extr&#234;mes pour dessiller ceux qui feignent de croire, ou pire, croient de bonne foi, que l'administration des choses pourrait remplacer la d&#233;lib&#233;ration des hommes. &#199;a tombe bien, en voil&#224; un qui s'annonce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(tir&#233; de son blogue - Le Monde diplomatique - La pompe &#224; phynance)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La perspective d'une sortie de la Gr&#232;ce de l'euro, puis celle d'une possible d&#233;composition de la monnaie unique par effet de contagion, promettent de rappeler &#224; grand spectacle ce qu'il en co&#251;te d'ignorer la part politique de l'&#233;conomie. Car il suffirait de figurer l'encha&#238;nement possible des choses sous la forme d'un arbre de d&#233;cision pour apercevoir que, quoique configur&#233; par des contraintes &#233;conomiques, chacun de ses points de bifurcation a fondamentalement la nature d'un acte politique de souverainet&#233;. La Gr&#232;ce continuera-t-elle de se soumettre &#224; l'aust&#233;rit&#233; ? &#8212; politique. D&#233;cidera-t-elle le d&#233;faut en grand ? &#8212; politique. L'Europe r&#233;agira-t-elle en tentant de la garder dans l'euro ou en la poussant dehors ? &#8212; politique. Est-ce la Gr&#232;ce elle-m&#234;me qui anticipera en r&#233;armant sa banque centrale et en retournant &#224; la drachme ? &#8212; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais politiques plus encore les mouvements r&#233;actionnels des corps sociaux qui finissent toujours par passer le point o&#249; l'&#233;tranglement de l'aust&#233;rit&#233; combin&#233; &#224; la d&#233;possession de souverainet&#233; deviennent intol&#233;rables et, tr&#232;s l&#233;gitimement, cherchent &#224; toute force une voie de sortie, pour le meilleur &#8212; Syriza qui pourrait &#234;tre le germe d'une r&#233;affirmation des peuples contre les orthodoxies financi&#232;res (celles des march&#233;s et des gouvernements m&#234;l&#233;es) &#8212; ou pour le pire &#8212; cette sinistre Aube Dor&#233;e, reproche vivant fait &#224; l'Europe lib&#233;rale, suppos&#233;ment justifi&#233;e pour que &#171; plus jamais &#231;a &#187; et dont tous les actes concourent inexorablement &#224; faire revenir &#171; &#231;a &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; N&#233;m&#233;sis politique &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf &#224; avoir l'entendement tout &#224; fait obtur&#233;, le r&#233;sultat hautement probable d'une politique &#233;conomique europ&#233;enne qui n'aura rien appris de l'histoire, rien compris des erreurs d'il y a quatre-vingts ans, celles de Hoover, de Laval&#8230; et surtout de Br&#252;nning, pouvait &#234;tre annonc&#233; du moment m&#234;me [1] o&#249;, fi&#232;re de ses r&#232;gles disciplinaires, de ses trait&#233;s et de ses pactes, consciencieusement occup&#233;e &#224; donner satisfaction aux march&#233;s qu'elle a elle-m&#234;me install&#233;s en position de tutelle, l'Europe, contre toute logique &#233;conomique, a d&#233;cid&#233; qu'il n'&#233;tait pas d'autre voie pour stabiliser les dettes publiques que la restriction g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Il ne faut pas s'y tromper : la Gr&#232;ce, sans doute le pays le plus fragile et le plus d&#233;s&#233;quilibr&#233; ex ante de la zone euro, n'est que l'&#233;claireur d'un parcours o&#249; bon nombre d'autres pays sont d&#233;j&#224; engag&#233;s derri&#232;re elle &#8212; ne pas esp&#233;rer de fin de crise si d'aventure un miracle, d&#233;sormais il faut au moins &#231;a, parvenait &#224; sauver l'&#171; &#233;claireur &#187;... Car l'aberration historique dans laquelle s'est engag&#233;e l'Europe est dot&#233;e d'une tr&#232;s grande g&#233;n&#233;ralit&#233;, et produira inexorablement ses effets partout o&#249; elle est appliqu&#233;e. La rechute en r&#233;cession des &#233;conomies europ&#233;ennes et l'incapacit&#233; &#224; tenir (d'intenables) engagements de d&#233;ficit, &#224; l'image notamment de l'Espagne, en t&#233;moignent pourtant assez mais, dans une logique formellement stalinienne, d'ailleurs d&#233;j&#224; vue &#224; l'&#339;uvre au moment de la transition russe, la conclusion tir&#233;e par les lib&#233;raux europ&#233;ens tient que les contrari&#233;t&#233;s du r&#233;el s'expliquent moins par les exc&#232;s de leur politique que par l'insuffisance de ses applications. Inutile de pr&#233;ciser que cette logique-l&#224; n'a pas d'autre terme que le champ de ruines fumantes &#8212; pr&#233;cis&#233;ment l&#224; o&#249; la Gr&#232;ce se trouve conduite d'une main tr&#232;s s&#251;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; un chemin que les corps sociaux, sans doute stupidement attach&#233;s &#224; quelque archa&#239;que r&#233;flexe de conservation de soi, ren&#226;clent pourtant &#224; suivre jusqu'au bout. La succession des plans de sauvetage, accompagn&#233;s de conditions d'ajustement structurel si bien pens&#233;es qu'elles appelaient et leur propre &#233;chec et &#8212; parce que la logique europ&#233;enne est &#233;trange &#8212; leur propre reconduction, a &#233;t&#233; une descente aux enfers. La Gr&#232;ce depuis 2009 a &#233;t&#233; plong&#233;e dans une r&#233;cession organis&#233;e qui lui a fait perdre 15 points de PIB cumul&#233;s, le taux de ch&#244;mage y est de 22 %, l'&#233;volution des salaires r&#233;els contin&#251;ment en territoire n&#233;gatif depuis 2010 (jusqu'&#224; - 12 % en 2011 !) &#8212; mais il faudrait en fait prendre le temps de dresser le tableau social concret qui correspond &#224; ces abstractions macro&#233;conomiques. Et voil&#224; qu'un gouvernement de technocrates se pr&#233;sente ing&#233;nument porteur d'un &#233;ni&#232;me plan d'ajustement &#224; hauteur de 5 points de PIB suppl&#233;mentaires. Malencontreusement une &#233;ch&#233;ance &#233;lectorale passe par l&#224;. Et l'on s'&#233;tonne que le paysage politique grec vole en &#233;clats, plus des deux tiers des &#233;lecteurs se rangeant derri&#232;re les partis refusant l'aust&#233;rit&#233;, quelle surprise en effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'elle a oubli&#233; ce qu'elle devait &#234;tre &#8212; une &#233;conomie politique &#8212; la science &#233;conomique de l'ajustement structurel, intrins&#232;quement fausse au demeurant car, m&#234;me le peuple applaudissant l'aust&#233;rit&#233;, jamais elle ne parviendrait &#224; ses fins, la &#171; science &#233;conomique &#187;, donc, finit par chuter sur ses propres impens&#233;s : il y a des populations, il y a de la politique, et un beau jour le peuple dit non. La panique europ&#233;enne pr&#233;sente est l'autre nom du retour du peuple, l'oubli&#233; qui se rappelle au bon souvenir de la Construction, laquelle en toute innocence avait fait l'impasse sur lui, le gouvernement, c'est bien connu, &#233;tant tellement plus simple sans l'importune pr&#233;sence des gouvern&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce retour et rien d'autre qui s&#232;me l'effroi dans une Europe volontairement vassalis&#233;e aux march&#233;s, et port&#233;e avec eux &#224; croire que les populations ne pouvaient d&#233;cemment venir interf&#233;rer avec l'administration des choses. Et, quand les politiques macro&#233;conomiques d'elles-m&#234;mes d&#233;raillaient d&#233;j&#224; et depuis tr&#232;s longtemps, la conscience du d&#233;raillement ne se fait vraiment que lorsque le peuple le fait enfin savoir. Mais que se passe-t-il donc dans les t&#234;tes europ&#233;ennes qui puisse leur faire croire qu'un pays pourrait ainsi accepter de se regarder d&#233;p&#233;rir pieds et poings li&#233;s jusqu'au dernier degr&#233; de l'agonie ? : pas de croissance possible car aust&#233;rit&#233;, pas de d&#233;valuation possible car monnaie unique, m&#234;me pas de possibilit&#233; de se prot&#233;ger contre le run qui assaille les banques priv&#233;es grecques, puisque l'article 63 interdit toute restriction aux mouvements des capitaux ! Sous les yeux du pouvoir politique, le syst&#232;me bancaire grec est en train de se vider sans que personne n'y puisse rien opposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Sortie, mode d'emploi &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evidemment l'impossibilit&#233; d'opposer est toujours conditionnelle &#224; un certain cadre institutionnel, en l'occurrence celui des trait&#233;s, dont il suffit de sortir pour recouvrer quelques degr&#233;s de libert&#233; &#8212; et se sauver. Sauf &#224; ce que l'Europe modifie du tout au tout sa politique insens&#233;e, la Gr&#232;ce se trouve rendue en ce point o&#249; le geste de sa propre sauvegarde va bient&#244;t s'imposer sans appel. Sa survie passe alors par un arrachement radical :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; D&#233;faut complet sur sa dette souveraine. Le d&#233;faut ne r&#232;gle sans doute aucun des probl&#232;mes structurels de la Gr&#232;ce. Si elle n'est certainement pas un Etat failli, un failed State, puisque l'ordre l&#233;gal d'un Etat de droit et la s&#251;ret&#233; y r&#232;gnent, la Gr&#232;ce cependant pourrait &#234;tre proche d'une failed administration, notamment dans sa composante principale, &#224; savoir l'organisation du pr&#233;l&#232;vement fiscal [2]. Mais cette refonte-l&#224; appartient aux moyen et long termes, or l'urgence c'est de ne pas mourir ! Le d&#233;faut s'impose alors, car le d&#233;ficit est maintenant imputable aux trois quarts au service de la dette &#8212; 6 points de PIB sur 8 de d&#233;ficit. La Gr&#232;ce en effet a r&#233;duit &#224; marche forc&#233;e son d&#233;ficit primaire de 10 points de PIB d&#233;but 2010 &#224; un peu plus de 2 points de PIB fin 2011 [3], niveau &#8212; parfaitement g&#233;rable &#8212; qui serait alors celui du d&#233;ficit tout court, le service de la dette disparaissant du jour au lendemain apr&#232;s un d&#233;faut total.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; R&#233;armement de la banque centrale nationale. Mais dira-t-on, pr&#233;cis&#233;ment, il resterait deux point de PIB de d&#233;ficit &#224; financer&#8230; alors m&#234;me que la Gr&#232;ce ne disposera plus d'acc&#232;s &#224; aucune source de financement externe, ni les march&#233;s, ni bien s&#251;r les fonds de l'Europe (Fonds europ&#233;en de stabilit&#233; financi&#232;re [FESF], m&#233;canisme europ&#233;en de stabilit&#233; [MES]) ou du FMI apr&#232;s que le pays se soit affranchi de la tro&#239;ka et de ses ajustements structurels. C'est pourquoi il n'est pas d'autre solution possible &#8212; mais celle-ci est possible ! &#8212; que la reprise en main souveraine de sa banque centrale nationale, r&#233;armement qui signifie de facto sortie de l'eurosyst&#232;me de banques centrales, donc de l'eurozone, et retour &#224; la drachme. C'est la Banque de Gr&#232;ce qui financera, par cr&#233;ation mon&#233;taire, le d&#233;ficit transitoire qu'un retour &#224; la croissance ach&#232;vera de r&#233;sorber.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; D&#233;valuation. Ce retour &#224; la croissance sera d'autant plus vigoureux qu'&#224; l'abandon d'une politique budg&#233;taire r&#233;cessionniste s'ajoutera le coup de fouet aux exportations cons&#233;cutif &#224; l'in&#233;vitable d&#233;valuation de la drachme. Contrairement &#224; ce que sugg&#232;rent Artus et Castillo [4], la d&#233;valuation sera efficace, comme en t&#233;moigne le fait que de 2009 &#224; 2011 l'effondrement du salaire r&#233;el (jusqu'&#224; -12 %) a eu des effets sur la balance courante dont le d&#233;ficit est pass&#233; de 16 &#224; 10 points de PIB, et ceci largement du fait de la remont&#233;e des exportations, preuve que le commerce ext&#233;rieur grec est sensible aux effets de taux de change r&#233;el. Il ne faut pas craindre en tout cas que la d&#233;valuation soit d'ampleur &#8212; au dernier trimestre 2008, la couronne islandaise a bien perdu les deux tiers de sa valeur sans dommage pour le pays, sachant que la m&#233;ga-fluctuation initiale est g&#233;n&#233;ralement corrig&#233;e pour faire revenir ensuite la parit&#233; &#224; des niveaux plus convenablement ajust&#233;s. Ajoutons que, dans une &#233;conomie en chute libre comme l'est la Gr&#232;ce, le risque d'inflation de court-moyen terme est des plus mod&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arguera-t-on alors de l'alourdissement du poids des dettes ? L'objection ne tient pas pour la dette souveraine qui aura &#233;t&#233; compl&#232;tement annul&#233;e. Quant aux dettes des agents priv&#233;s &#8212; pr&#232;s de 70 milliards d'euros [5] &#8212;, celles qui ont &#233;t&#233; contract&#233;es sous droit grec seront unilat&#233;ralement relibell&#233;es en drachmes, donc sans impact de change. Celles de droits &#233;trangers donneront lieu soit &#224; des d&#233;fauts, soit &#224; des pertes &#8212; les plus probablement concern&#233;es &#233;tant les grandes entreprises, tout de m&#234;me les agents les plus profitables du pays et les plus capables de prendre des pertes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Reprise en main du secteur bancaire et contr&#244;le des capitaux. Le d&#233;faut cependant n'aura-t-il pas des cons&#233;quences internes du fait de la d&#233;tention de titres souverains par le secteur bancaire priv&#233; grec ? En premier lieu, et c'est au moins l'un des avantages de la restructuration act&#233;e d&#233;but 2012, les trois quarts de la dette grecque sont d&#233;sormais aux mains du secteur public (banques centrales, FESF, FMI), les banques priv&#233;es grecques n'en d&#233;tenant plus que 7,4 %, soit 23 milliards d'euros [6]. En tout cas c'est l&#224; le deuxi&#232;me avantage du r&#233;armement de la banque centrale nationale que de lui permettre d'&#233;mettre autant de monnaie que n&#233;cessaire, &#224; la fois pour maintenir les banques dans la liquidit&#233;, &#233;ventuellement reconstituer leurs fonds propres, et compenser (selon des crit&#232;res &#224; d&#233;terminer) les pertes des &#233;pargnants grecs de bout de cha&#238;ne. Il est probable que le gouvernement doive &#233;galement reprendre les commandes dans les banques priv&#233;es (par exemple par r&#233;quisition) afin de coordonner une reprise du cr&#233;dit &#224; l'&#233;chelle macro&#233;conomique qui n'a aucune chance tant que les banques resteront prises dans les logiques de leurs int&#233;r&#234;ts particuliers actionnariaux. Et si l'on parle de reprendre en mains le secteur bancaire et financier, logiquement le contr&#244;le des capitaux vient parachever le &#171; package de rupture &#187;, seul moyen d'enrayer le run qui est d'ailleurs d&#233;j&#224; en train de grossir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Caveat ! Est-il n&#233;cessaire de redire que rien de tout &#231;a ne r&#232;gle par soi le probl&#232;me de fond de l'&#233;conomie grecque ? &#8212; mais cr&#233;e au moins les conditions d'une possible r&#233;solution, en restaurant un horizon de croissance de moyen terme, ce qui n'est d&#233;j&#224; pas si mal. Ce moyen terme pourtant s'arr&#234;te l&#224; o&#249; la Gr&#232;ce se montrerait pour de bon incapable de reconstruire une &#233;conomie politique du pr&#233;l&#232;vement fiscal, c'est-&#224;-dire les institutions politiques permettant de fixer une assiette ad&#233;quate de l'imp&#244;t &#8212; et d'y soumettre tous les groupes sociaux actuellement r&#233;calcitrants &#8212;, et celles administratives permettant de le percevoir effectivement. Il est bien certain qu'&#224; d&#233;faut de cette reconstruction, la persistance d'un manque &#224; gagner fiscal chronique vouerait de nouveau la Gr&#232;ce au d&#233;ficit permanent en ne lui laissant que la possibilit&#233; de la cr&#233;ation mon&#233;taire pour le financer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une configuration tr&#232;s semblable qu'a connue l'Allemagne des ann&#233;es 1920, dans un syst&#232;me de m&#233;diations politiques permettant aux dominants de faire valider leur refus de l'imp&#244;t alors que le budget devait faire face au service d'une dette colossale. Quoique cette derni&#232;re fut alors le fait des r&#233;parations, on ne peut manquer d'&#234;tre frapp&#233; par l'homologie formelle du probl&#232;me&#8230; et, pour toutes les r&#233;serves que doit inspirer un comparatisme sauvage, de penser &#224; ce qui s'en &#233;tait suivi lorsque &#233;tait rest&#233;e seule la banque centrale en position de solder les impasses budg&#233;taires incomblables autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; D&#233;sastres r&#233;els, d&#233;sastres fantasm&#233;s &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais avant m&#234;me le caveat le coryph&#233;e est entr&#233; en sc&#232;ne pour proph&#233;tiser les d&#233;sastres &#8212; plus exactement des d&#233;sastres suppos&#233;s qui devraient faire renoncer &#224; l'id&#233;e d'&#233;chapper aux d&#233;sastres r&#233;els. La version technocratique de la proph&#233;tie s'&#233;meut des 200 &#224; 250 milliards d'euros de dette grecque d&#233;tenus par les entit&#233;s &#171; tro&#239;kiennes &#187;. En cas de d&#233;faut total, le FMI en sera de 20 milliards d'euros &#8212; on ne peut pas dire que ce soit rien et pourtant, curieusement, nous retiendrons nos larmes. Le FESF, lui, plongerait de 107 milliards d'euros, c'est d&#233;j&#224; autre chose. Les pertes se r&#233;partiront entre les pays contributeurs au prorata des apports (20,3 % pour la France soit 21,5 milliards d'euros tout de m&#234;me), &#224; l'occasion de quoi on va s'apercevoir des limites des strat&#233;gies qui pensaient r&#233;gler le surendettement des uns en surendettant les autres qui ne l'&#233;taient pas encore. A la figure de M&#252;nchausen (le baron qui croyait pouvoir se sortir de la vase en tirant sur ses propres lacets) il faudra en tout cas ajouter celle de N&#233;m&#233;sis, d&#233;esse de la vengeance &#8212; car il y a comme une sorte de justice immanente &#224; ce que les pays du &#171; centre &#187; qui ont si bien pouss&#233; la Gr&#232;ce au d&#233;sastre en aient leur part de retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etonnamment cependant le plus fort de l'alarme est sonn&#233; &#224; propos des pertes possibles de la Banque centrale europ&#233;enne (BCE), expos&#233;e &#224; la dette grecque &#224; la fois par sa politique de rachat ferme sur les march&#233;s secondaires et par ses programmes de refinancement (notamment le LTRO) qui ont charg&#233; son bilan en collat&#233;raux douteux. Pour ce qui est de la seule d&#233;tention ferme, il y va tout de m&#234;me de 45 milliards d'euros [7]. Et voici l'oracle de malheur : les d&#233;valorisations de ses actifs grecs vont entamer les fonds propres de la BCE et forcer &#224; la recapitaliser. Or ses seuls actionnaires sont les Etats-membres de la zone, d&#233;j&#224; &#224; la ramasse financi&#232;rement et qui, apr&#232;s leur part de bouillon FESF, prendront mal, et leurs opinions publiques avec, d'avoir &#224; remettre au pot pour une recapitalisation de la BCE (dont la France par exemple devrait assumer 14 %)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Sauver Willy (avec Willy = BCE) ?... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tout est faux, ou bien malhonn&#234;te, dans cette histoire de BCE en danger. On se demande en effet s'il faut invoquer la b&#234;tise ou la duplicit&#233; pour rendre raison de ces discours dont certains vont jusqu'&#224; faire de la BCE une sorte de zombie-bank, plus levi&#233;ris&#233;e que ne l'&#233;tait Lehman Brothers en septembre 2008 &#8212; le lecteur, convenablement apeur&#233;, est invit&#233; &#224; conclure de lui-m&#234;me que les &#171; m&#234;mes cons&#233;quences &#187; devraient s'ensuivre &#8212;, asseyant son bilan &#224; un coussin ultra mince de 2 % de fonds propres, quand B&#226;le III exige 7,5 % des banques priv&#233;es. &#171; Tout &#231;a n'est pas s&#233;rieux &#187; conclut d'un ton grave Georges Ugeux qui se trouve trop seul &#224; avoir la clairvoyance inqui&#232;te [8] et se r&#234;ve peut-&#234;tre en moderne Cassandre, extralucide mais in&#233;cout&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, tout &#231;a n'est pas s&#233;rieux, &#224; ceci pr&#232;s que le &#171; &#231;a &#187; en question renvoie moins aux suppos&#233;s p&#233;rils auxquels la BCE se serait d&#233;raisonnablement expos&#233;e qu'aux divagations du commentateur qui n'a pas tout &#224; fait compris qu'il &#233;tait de la derni&#232;re ineptie d'appliquer les cat&#233;gories ordinaires de l'&#233;conomie financi&#232;re &#224; la banque centrale, entit&#233; par construction absolument d&#233;rogatoire du &#171; droit commun &#187;. Source ultime et souveraine de la cr&#233;ation mon&#233;taire, une banque centrale, par d&#233;finition, se moque comme d'une guigne de sa levi&#233;risation, de ses ratios de solvabilit&#233; ou de sa propre liquidit&#233; (!), consid&#233;rations qui n'ont rigoureusement aucun sens pour elle ; et s'il lui a fallu des fonds propres au commencement de son existence, c'&#233;tait tout simplement pour avoir de quoi se construire un b&#226;timent et financer son besoin en fonds de roulement (recrutements, consommations interm&#233;diaires). En temps normal, oui, la banque centrale fait des profits sur ses op&#233;rations ordinaires, gr&#226;ce auxquels elle continue de couvrir ses charges, payer quelques dividendes &#224; ses actionnaires (les Etats) et faire du report &#224; nouveau ou quelques investissements en &#233;quipements divers. Mais l'&#233;ventualit&#233; de faire des pertes et de &#171; d&#233;truire ses fonds propres &#187; est pour elle en principe un non-&#233;v&#233;nement pour cette raison simple que, &#233;mettrice m&#234;me de la monnaie, elle peut mon&#233;tiser ses propres pertes et, si besoin est, s'auto-recapitaliser par cr&#233;ation mon&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait donc temps pour quelques commentateurs d'apercevoir le non-sens qui consiste &#224; user des cat&#233;gories &#233;conomiques ordinaires &#224; propos d'agents &#233;conomiques extra-ordinaires. Car, de m&#234;me qu'il est inepte de parler de &#171; faillite &#187; &#224; propos d'un Etat (un Etat est souverain et ne laisse pas saisir ses actifs, il fait d&#233;faut et envoie la terre enti&#232;re se faire voir chez Plumeau), de m&#234;me la banque centrale n'est pas justiciable des arguments de l'&#233;conomie bancaire ordinaire, et si l'on peut tout de m&#234;me parler &#224; son propos de profits et de pertes, ces notions n'ont pas pour elle exactement le m&#234;me sens, entendre les m&#234;mes cons&#233;quences, que pour n'importe qui d'autre, et ceci pr&#233;cis&#233;ment parce que la banque centrale est dans l'&#233;conomie l'instance ultime de validation (ou de non validation) des pertes de tous les autres agents &#8212; &#224; commencer par les siennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, lorsqu'une entreprise fait temporairement des pertes [9], elle les soumet &#224; la validation de sa banque qui lui accordera (ou non) des cr&#233;dits pour les surmonter. La banque elle-m&#234;me apporte ses propres pertes consolid&#233;es, notamment issues de d&#233;cisions de validation qui ont mal tourn&#233;, &#224; la validation de l'&#233;tage sup&#233;rieur, celui de la banque centrale. Et puis ? Et puis stop ! Car la banque centrale est le sommet du syst&#232;me, c'est-&#224;-dire la source ultime et souveraine de validation de toutes les validations. De m&#234;me qu'il n'y pas de nuages &#171; au-dessus &#187; du soleil, il n'y a rien au-del&#224; de la banque centrale, perspective sans doute un peu effrayante pour tous ceux qui croient, &#224; la mani&#232;re des nostalgiques de l'&#233;talon-or, qu'il y a quelque part dans l'&#233;conomie des ancrages ultimes &#171; r&#233;els &#187; et substantiels &#8212; qui ne mentent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tous ceux-l&#224;, il va donc falloir trouver des mots rassurants afin d'expliquer qu'en fait non : dans l'&#233;conomie en particulier comme dans le monde social en g&#233;n&#233;ral, il n'y a que des ancrages institutionnels, en derni&#232;re analyse (clause importante) cristallisations autor&#233;alisatrices de croyances collectives&#8230; mais (donc) toujours susceptibles d'&#234;tre d&#233;faits. C'est pourquoi d'ailleurs pas tout &#224; fait &#171; et puis stop ! &#187;. Car, tout extraordinaire qu'elle soit, la banque centrale ne saurait &#233;chapper &#224; cette condition et, comme pour toute institution, la possibilit&#233; de la d&#233;composition ne peut &#234;tre chass&#233;e de son horizon. Elle prendra la forme soit d'une s&#233;dition politique (populaire) &#224; l'encontre de ses orientations de politique mon&#233;taire (la direction que la BCE s'attache si bien &#224; prendre&#8230;), soit d'un rejet de la monnaie en p&#233;riode hyper-inflationniste, c'est-&#224;-dire quand son passif aura enfl&#233; au point, non pas d'alarmer les central bank watchers qui consultent son bilan toute les semaines et croient leur marotte universellement partag&#233;e, mais quand par un effet de percolation les agents commenceront &#224; &#233;prouver concr&#232;tement l'exc&#232;s de liquidit&#233; environnant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas elle n'aura en aucun cas la figure que lui fantasme Georges Ugeux qui confond banque priv&#233;e et banque centrale, et croit que Lehman Brothers donne &#224; la BCE de profondes le&#231;ons &#224; m&#233;diter pour son propre compte &#8212; mais tout ceci sans doute pour mieux donner lui-m&#234;me consistance et n&#233;cessit&#233; au titre-vocation de son blog qui en appelle &#224; &#171; d&#233;mystifier la finance &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &#8230; ou l'emp&#234;cher (Willy) de nager ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cette affaire de corne-cul de &#171; banque centrale &#224; recapitaliser &#187;, il n'y a cependant pas que les simplets. Il y a aussi, comme d'habitude, les cyniques. Ceux-l&#224; opposent moins une incapacit&#233; intellectuelle qu'un refus de principe &#224; l'id&#233;e que la banque centrale puisse s'autocr&#233;diter et mon&#233;tiser ses propres pertes. Car, bien dans la ligne du mon&#233;tarisme, l'id&#233;e de valider des paris perdus, quand bien m&#234;me il revient &#224; la banque centrale d'assumer la fonction de pr&#234;teur en dernier ressort, et de laisser cro&#238;tre son passif, c'est-&#224;-dire la masse mon&#233;taire, cette id&#233;e leur est non pas inaccessible mais insupportable. Aussi tiennent-ils sans rel&#226;che, &#224; l'usage des impressionnables, le discours du &#171; trou dans les fonds propres &#187; et de la &#171; n&#233;cessaire recapitalisation &#187; qui co&#251;tera tant aux Etats-actionnaires, c'est-&#224;-dire &#8212; ici : n&#233;on clignotant &#8212; aux contribuables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evidemment le contribuable, &#171; d&#251;ment &#187; &#233;clair&#233; par les &#171; d&#233;mystificateurs de la finance &#187;, n'est pas tout &#224; fait en &#233;tat de savoir que l'id&#233;e de la banque centrale refinanc&#233;e par les Etats est simplement bouffonne car l'instance ultime du refinancement c'est la banque centrale ! C'est pourtant cette bouffonnerie que voudraient faire advenir les doctrinaires de l'orthodoxie mon&#233;tariste. En v&#233;rit&#233; il faut lire leur &#171; raisonnement &#187; &#224; l'envers et consid&#233;rer les conclusions all&#233;gu&#233;es comme des pr&#233;misses : parce qu'on a pos&#233; ex ante que la Gr&#232;ce ne doit pas faire d&#233;faut, il s'en d&#233;duit, mais par n&#233;cessit&#233; fonctionnelle plus que logique, que le d&#233;faut est &#8212; doit para&#238;tre &#8212; un &#233;v&#233;nement catastrophique pour la banque centrale &#8212; alors que, a fortiori pour un si petit encours, il n'en est rien pour elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Contagion &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette part &#171; technique &#187; de l'oracle ne vaut pas grand-chose, celle qui, l&#233;g&#232;rement angoiss&#233;e, cherche &#224; percer les myst&#232;res de la &#171; contagion &#187; &#8212; quid d'autres possibles sortants apr&#232;s un &#233;ventuel d&#233;part de la Gr&#232;ce ? &#8212; est autrement consid&#233;rable. Malheureusement, r&#233;tive &#224; l'&#233;visc&#233;ration des poulets ou &#224; l'herm&#233;neutique du marc de caf&#233;, la r&#233;ponse &#224; la question est&#8230; qu'on ne peut pas r&#233;pondre. En tout cas pas &#224; coup s&#251;r. Car, charme particulier des dynamiques de march&#233;, un &#233;v&#233;nement donn&#233; ne d&#233;ploie ses cons&#233;quences qu'au travers de la m&#233;diation du jugement et de l'opinion collective de la finance &#8212; impr&#233;dictible ex ante&#8230; La sortie de la Gr&#232;ce pourrait donc, en th&#233;orie, &#234;tre re&#231;ue tout aussi bien sur le mode du soulagement &#8212; d&#233;barrass&#233; du corps mort, l'euro repart du bon pied &#8212; que dans l'angoisse du domino suivant. En pratique, c'est plut&#244;t de ce second c&#244;t&#233; que la balance aurait tendance &#224; pencher, et pour la raison d&#233;j&#224; mentionn&#233;e que la Gr&#232;ce n'est que l'&#233;claireur avanc&#233; d'un mouvement beaucoup plus g&#233;n&#233;ral, et que ce qu'il lui arrive en ce moment est peu ou prou au programme de tous les autres qui suivent un chemin similaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Portugal pourrait bient&#244;t appeler &#224; l'aide pour une deuxi&#232;me tranche de sauvetage, mais c'est surtout du c&#244;t&#233; de l'Espagne o&#249; l'enfoncement dans la r&#233;cession et l'impossibilit&#233; de tenir les objectifs de r&#233;duction du d&#233;ficit le disputent &#224; la s&#233;v&#233;rit&#233; de la crise bancaire, les deux nouant d'ailleurs entre eux de toxiques interactions. Car, &#224; la suite de l'&#233;clatement de la bulle immobili&#232;re, c'est bien l'effondrement de la croissance qui fait exploser le volume des mauvaises cr&#233;ances bancaires &#8212; 8,4 % des pr&#234;ts sont ainsi av&#233;r&#233;s douteux dixit la Banque d'Espagne. Si l'attention s'est surtout port&#233;e sur Bankia, conglom&#233;rat de raccroc forg&#233; puis nationalis&#233; dans l'urgence pour sauver de la d&#233;b&#226;cle sept caisses d'&#233;pargne (cajas), le reste du syst&#232;me bancaire espagnol vaut &#224; peine mieux, comme en t&#233;moigne la r&#233;cente vague de d&#233;gradation annonc&#233;e par Moody's. Les estimations les plus impr&#233;cises circulent quant aux besoins de recapitalisation du syst&#232;me bancaire espagnol &#8212; jusqu'&#224; 60 voire 80 milliards d'euros. Quelle part pourrait en &#234;tre assum&#233;e par les banques priv&#233;es elles-m&#234;mes, quelle part &#233;cherra &#224; l'Etat &#8212; qui n'a vraiment pas besoin de &#231;a &#8212; ? nul ne le sait pour l'heure. Entre temps la d&#233;t&#233;rioration de la situation des banques menace &#224; tout instant de d&#233;clencher un run, &#224; l'image de Bankia qui a perdu plus d'un milliard d'euros en quelques jours, le syst&#232;me bancaire dans son ensemble accusant lui une fuite de 31 milliards d'euros en un mois&#8230; L'inconv&#233;nient du run c'est qu'il ne pr&#233;vient pas et que, pass&#233; un point critique, il devient foudroyant, et menace de disloquer compl&#232;tement l'&#233;conomie &#8212; &#224; peu pr&#232;s tout ce dont l'Espagne a urgemment besoin&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc peu dire que l'Espagne a tout ce qu'il faut pour attirer la foudre. Or le passage par les march&#233;s de sa fronti&#232;re marquerait la cessation des illusions : le FESF, quoique transform&#233; en MES, &#233;ventuellement assist&#233; du FMI, et dont les ressources d'ensemble ont &#233;t&#233; port&#233;es en un ultime effort &#224; 750 milliards d'euros (effectivement ?) mobilisables, n'est plus &#224; la hauteur d'un client comme l'Espagne, &#224; plus forte raison apr&#232;s les tirages de la Gr&#232;ce, du Portugal et de l'Irlande&#8230; et sans m&#234;me &#233;voquer la possibilit&#233; que l'Italie la suive de pr&#232;s. Si par une de ces propagations funestes (et en l'occurrence probable) dont les march&#233;s ont le secret, la Gr&#232;ce sortant de l'euro conduisait surtout les investisseurs &#224; se retourner contre l'Espagne et l'Italie, alors la monnaie unique europ&#233;enne aurait v&#233;cu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; La mauvaise &#233;conomie de &#171; l'oubli du peuple &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut pourtant revenir sur la part politique de l'&#233;conomie politique europ&#233;enne pour saisir vraiment le fond du d&#233;sastre, en remarquant notamment qu'entre janvier, o&#249; le programme LTRO de la BCE est accueilli (pour la &#233;ni&#232;me fois) aux vivats de &#171; la crise est finie &#187;, et mai o&#249; tout est de nouveau &#224; feu et &#224; sang, la diff&#233;rence est que le peuple, grec en l'occurrence, a parl&#233;. Redisons que c'est en ce point pr&#233;cis que se tient l'&#233;cart entre une &#171; science &#233;conomique &#187; et une &#233;conomie politique. Car de m&#234;me que des patrons, laiss&#233;s &#224; leur id&#233;al fantasm&#233;, pourraient sans difficult&#233; pousser le raisonnement &#233;conomique jusqu'&#224; &#233;num&#233;rer tranquillement les avantages du salaire z&#233;ro [10], de m&#234;me les gouvernants europ&#233;ens d'aujourd'hui poursuivent sans ciller la logique de l'ajustement structurel avec des taux de ch&#244;mage &#224; 25 %, des taux de suicide en hausse et des esp&#233;rances de vie en baisse [11], jusqu'&#224; ce que&#8230; Jusqu'&#224; ce que les &#171; int&#233;ress&#233;s &#187;, on veut dire les pr&#233;pos&#233;s au ch&#244;mage, au suicide et &#224; la vie raccourcie, finissent par rappeler leur pr&#233;sence, mat&#233;riel humain ordinairement tenu pour quantit&#233; n&#233;gligeable mais qui de temps &#224; autre recouvre sa qualit&#233; de sujet politique, et r&#233;affirme ses int&#233;r&#234;ts vitaux, avec parfois une violence en proportion des n&#233;gations dont elle a fait l'objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;r&#233;e au niveau collectif, la qualit&#233; de sujet politique a pour autre nom &#171; souverainet&#233; &#187;. Si l'on veut le dernier mot des tares r&#233;dhibitoires de la construction europ&#233;enne, c'est bien de ce c&#244;t&#233;, et non dans les encha&#238;nements &#233;conomiques vicieux que par ailleurs elle se sera ing&#233;ni&#233;e &#224; mettre en place, qu'il faut chercher : une construction politique sans sujet, c'est-&#224;-dire sans peuple, voil&#224; l'extravagante exp&#233;rience historique &#224; laquelle l'Union europ&#233;enne se sera livr&#233;e. March&#233;s financiers, r&#232;gles des trait&#233;s, gouvernements de technocrates ill&#233;gitimes, plans de marche imp&#233;ratifs enjoints par la BCE [12], pro-consuls (g&#233;n&#233;ralement allemands) missionn&#233;s pour prendre les commandes [13], et autres formes de mise sous tutelle par &#171; tro&#239;ka &#187; interpos&#233;e : extraordinaire conjonction de forces extra-politiques &#339;uvrant, le sachant ou non, &#224; la destruction de corps sociaux. Et, l'ignorant tout &#224; fait, &#224; la destruction de l'Europe elle-m&#234;me &#8212; o&#249; l'on voit que certaines &#171; &#233;conomies &#187; s'av&#232;rent en fait ruineuses.&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; La paix &#187; et &#171; l'amiti&#233; entre les peuples &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; disaient-ils&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car voil&#224; d&#233;j&#224; quelques splendides r&#233;sultats : des touristes allemands agress&#233;s en Gr&#232;ce, des couvertures de presse injurieuses, celle de Focus par exemple avec sa V&#233;nus de Milo faisant un doigt d'honneur, ou bien appelant &#224; vendre les Cyclades ou l'Acropole, des pancartes de manifestants grecs repr&#233;sentant Angela Merkel en uniforme nazi, ou bien la fameuse &#171; task force &#187; de Reichenbach rebaptis&#233;e &#171; Third Reich is back &#187;, il est &#233;vident que la paix entre les peuples europ&#233;ens fait sous nos yeux de stup&#233;fiants progr&#232;s. Se souvient-on que sonn&#233;s, dans les cordes, et &#224; cours d'arguments, l'ultime redoute des partisans des &#171; oui &#187; (au trait&#233; de Maastricht et au TCE de 2005), le bunker suppos&#233; indestructible, consistait &#224; &#226;nonner &#171; plus jamais la guerre &#187; ou &#171; l'amiti&#233; des peuples europ&#233;ens &#187;. Il fallait accepter la banque centrale ind&#233;pendante, la concurrence non fauss&#233;e et le pacte de stabilit&#233; pour &#171; la paix &#187;, le plus pr&#233;cieux des biens, au nom duquel par cons&#233;quent n'importe quoi devait &#234;tre aval&#233;. Nul doute qu'un r&#233;f&#233;rendum se tiendrait-il sur le TSCG, &#171; la paix &#187; ferait, comme &#224; chaque fois, un retour en force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf que voil&#224; : &#171; l'Europe de la paix &#187; est en fait une machine &#224; destructions sociales qui engendre de la guerre. De la guerre interne avec des r&#233;surgences d'extr&#234;me droite un peu partout, depuis longtemps d&#233;j&#224; mais d&#233;sormais sous des formes carabin&#233;es &#8212; car un parti nazi entrant dans un parlement europ&#233;en (l'Aube Dor&#233;e grecque) c'est quand m&#234;me un accomplissement assez remarquable. Tous ceux qui ont depuis des ann&#233;es consciencieusement travaill&#233; &#224; repousser toute id&#233;e d'une connexion entre la mont&#233;e des extr&#234;mes droites et le fl&#233;au n&#233;olib&#233;ral, notamment europ&#233;en, auront sans doute plus de difficult&#233; &#224; soutenir qu'entre le d&#233;sastre &#233;conomique grec et l'av&#232;nement de l'Aube Dor&#233;e il n'y a aucun lien de cause &#224; effet&#8230; Il y a celui du peuple socialement violent&#233; et politiquement tenu pour rien, combinaison qui a d&#233;j&#224; prouv&#233; sa toxicit&#233; dans l'histoire. On jugera donc l'Europe &#224; ses r&#233;sultats : des r&#233;gressions sociales sans pr&#233;c&#233;dent, et la r&#233;surgence de possibilit&#233;s qu'on croyait d&#233;finitivement appartenir au pass&#233;, comme un coup d'Etat militaire en Gr&#232;ce par exemple (qui ne manquerait pas de se produire si la faillite venait &#224; menacer le paiement des salaires de l'appareil de force).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guerre interne mais aussi guerre externe, pour l'heure heureusement sous la seule forme de l'inimiti&#233; entre les peuples, qui ridiculise les pr&#233;ambules ronflants des trait&#233;s europ&#233;ens, et au compte de laquelle il faudrait &#233;videmment verser les tensions gr&#233;co-allemandes &#233;voqu&#233;es &#224; l'instant, mais aussi ce fait inou&#239; que dans l'Europe d'aujourd'hui on puisse de nouveau entendre un discours, tel celui du d&#233;put&#233; (europ&#233;en) britannique Nigel Farage [14], s'inqui&#233;tant de &#171; la domination &#187; &#8212; non pas de l'h&#233;g&#233;monie mais bien de la domination&#8230; &#8212; d'un Etat-membre (il s'agit de l'Allemagne &#233;videmment), chose encore moins anodine quand elle fait ouvertement r&#233;f&#233;rence &#224; la domination du 3&#232;me Reich et &#224; la guerre mondiale qu'il avait fallu mener pour la r&#233;duire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evidemment le discours europ&#233;iste aura t&#244;t fait de disqualifier ce genre de propos comme europhobie patent&#233;e de longue date (Farage est membre de l'UKIP, un parti britannique ouvertement anti-europ&#233;en), mais comme toujours sans &#234;tre capable de faire la diff&#233;rence entre deux op&#233;rations intellectuelles pourtant aussi diff&#233;rentes que d&#233;livrer une approbation et identifier un sympt&#244;me. M&#234;me &#224; l'eurob&#233;at le plus endurci, quelques alarmes devraient tinter au simple constat que, indicibles il y a peu encore, pareilles choses se disent &#224; nouveau. Pour d&#233;sagr&#233;able qu'il soit, l'on devra bien faire &#233;galement le constat qu'elles ont pour objet l'Allemagne. Et pire encore accorder que ce choix d'objet et l'argument d'ensemble sont loin d'&#234;tre mal fond&#233;s ! Au moment o&#249; m&#234;me les insoup&#231;onnables Pays-Bas connaissent et le d&#233;rapage budg&#233;taire et les turbulences politiques de l'aust&#233;rit&#233;, au moment o&#249; les march&#233;s financiers, le FMI et jusqu'&#224; la presse financi&#232;re anglosaxonne la plus id&#233;ologiquement engag&#233;e en faveur du n&#233;olib&#233;ralisme disent l'aberration de politiques de restriction autodestructrices, il appara&#238;t de plus en plus clairement que seul l'acharnement doctrinaire de l'Allemagne porte le poids de la catastrophe europ&#233;enne. Et l'on aper&#231;oit enfin dans toute son ampleur l'aberration inaugurale qui aura consist&#233; &#224; imposer &#224; tous le mod&#232;le d'un seul. D&#233;cid&#233;ment l'Allemagne nous co&#251;te&#8230; On se retiendra de voir dans les actuelles d&#233;vastations &#233;conomiques et sociales une nouvelle mani&#232;re de mettre le continent &#224; feu et &#224; sang, mais tout de m&#234;me, c'est bien son obstination et elle seule qui est en train de ruiner l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En finir avec le boulet du &#171; couple franco-allemand &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au passage, il ne manquerait pas de sel de lui soumettre ses propres contradictions. Car l'Allemagne-la-rigueur est bien la m&#234;me qui n'h&#233;site pas &#224; mettre 100 milliards d'euros sur la table pour sauver la banque Hypo Real Estate de ses petits d&#233;bords. Mais y a-t-il l&#224; rien qui ne soit &#224; l'image du colossal scandale des sauvetages respectifs des banques et des Etats ? Les unes seront sauv&#233;es &#224; presque 0 %, les autres aux 5 % du FESF et du FMI. Aux premi&#232;res l'argent gratuit donc, et l'inconditionnalit&#233; en prime : a-t-on entendu exiger quoi que ce soit des banques en contrepartie de leur sauvetage&#8230; et de l'immense d&#233;sastre qu'elles ont laiss&#233; derri&#232;re elle ? Aux seconds l'argent prohibitif avec, en plus, la conditionnalit&#233; de l'ajustement structurel ! Mais le meilleur pour la fin : l'Allemagne, droite dans ses bottes et qui mettra l'Europe &#224; l'agonie plut&#244;t que d'autoriser le moindre financement mon&#233;taire des Etats, n'a visiblement aucun probl&#232;me avec la cr&#233;ation mon&#233;taire &#224; centaines de milliards d'euros quand elle est dirig&#233;e vers les banques [15], et c'est peut-&#234;tre &#224; ce genre de &#171; diff&#233;rence &#187; que l'orthodoxie montre le mieux son vrai visage&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est maintenant temps de prendre conscience qu'il n'y aura aucune solution de survie de la monnaie europ&#233;enne, et en fait de l'Union tout enti&#232;re, sans une modification radicale de la position allemande &#8212; et l'acceptation de tout ce qu'elle a toujours refus&#233; : r&#233;vision profonde des missions de la banque centrale, autorisations d'actions ponctuelles de cr&#233;ation mon&#233;taire au profit des Etats, abandon du dogme de l'&#233;quilibre fiscal structurel, contr&#244;le des capitaux, etc. &#8212; et l'on &#233;value d'ici la probabilit&#233; de la chose&#8230; La solution est donc ailleurs qu'&#224; Berlin : &#224; Paris ! Elle suppose de renoncer enfin au mythe catastrophique du &#171; couple franco-allemand &#187; et d'accepter d'entrer en rude confrontation avec l'Allemagne. Cette derni&#232;re apr&#232;s tout n'avait-elle pas, au moment de la chute du Mur, impos&#233; &#224; toute l'Europe, France en t&#234;te, son ultimatum : ou l'adoption inconditionnelle de mon mod&#232;le de politique &#233;conomique et l'euro selon mes directives, ou l'&#233;loignement de l'Europe et le d&#233;port vers la Russie. Il n'est donc que temps de lui pr&#233;senter l'ultimatum inverse et d'autant plus l&#233;gitimement qu'il y va des int&#233;r&#234;ts vitaux des peuples europ&#233;ens : si l'Europe cr&#232;ve de suivre le mod&#232;le allemand, il faut l'abandonner ou nous referons une autre Europe sans vous [16].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la probabilit&#233; de cette autre chose est-elle beaucoup plus grande ? Par r&#233;flexe incorpor&#233; au point d'&#234;tre devenu quasi-reptilien, les &#233;lites fran&#231;aises arrivant au pouvoir, et sp&#233;cialement les &#233;lites &#171; socialistes &#187;, ont pour tout premier mouvement de faire le p&#232;lerinage de Berlin et de psalmodier la gloire indestructible du-couple-franco-allemand. Mais l'Allemagne est devenue n&#233;faste &#224; l'Europe et, par transitivit&#233;, ce couple &#233;galement. Il est malheureusement &#224; craindre que seuls des &#233;v&#233;nements consid&#233;rables, entendre des destructions de tr&#232;s grande ampleur comme l'effondrement bancaire europ&#233;en g&#233;n&#233;ralis&#233;, puissent &#233;ventuellement conduire le pouvoir socialiste fran&#231;ais actuel &#224; sortir de son h&#233;b&#233;tude et de sa pusillanimit&#233; pour envisager &#8212; mais tautologiquement ! &#8212; que, l'Europe en ruine, le concept de moteur franco-allemand de l'Europe perd beaucoup de son sens&#8230; Et songer &#224; refaire autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Voir &#171; Crise, la crois&#233;e des chemins &#187; et &#171; En route vers la Grande D&#233;pression ? &#187;, La Pompe &#224; phynance, mai 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Voir &#224; ce sujet Anastassios Anastassiadis, &#171; L'Etat grec, son pass&#233; et son avenir &#187;, entretien avec Nicolas Delalande, La Vie des Id&#233;es, 23 f&#233;vrier 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Donn&#233;es BCE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Patrick Artus et J&#233;sus Castillo, Natixis, Special Report, n&#176; 55, 15 mai 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] The Economist, 19 mai 2012, donn&#233;es Banque des R&#232;glements Internationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Donn&#233;es Natixis, Special Report, n&#176; 55, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Id.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Georges Ugeux, &#171; La Banque Centrale Europ&#233;enne risque-t-elle d'exploser en pr&#234;tant aux banques ? &#187;, blog D&#233;mystifier la finance, Lemonde.fr, 12 f&#233;vrier 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] On peut ici g&#233;n&#233;raliser la notion de &#171; pertes &#187; &#224; toute situation de tension de tr&#233;sorerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Au prix &#233;videmment d'une erreur connue sous le nom de &#171; sophisme de composition &#187;, car si d'aventure tous les patrons parvenaient &#224; obtenir du travail contre salaire z&#233;ro, leur production ne rencontrerait plus aucune demande (sauf &#224; devenir une &#233;conomie ouverte &#224; 100 %... c'est-&#224;-dire un non-pays).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Voir Stathis Kouvelakis, &#171; Gr&#232;ce : destruction programm&#233;e d'un pays &#187;, Revue des Livres, n&#176; 4, mars-avril 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Comme celle envoy&#233;e le 5 ao&#251;t 2011 par Jean-Claude Trichet, pr&#233;sident de la BCE, &#224; Silvio Berlusconi, pr&#233;sident du conseil italien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] En euph&#233;mismes europ&#233;ens, Horst Reichenbach est plut&#244;t nomm&#233; &#171; chef de la task-force europ&#233;enne &#187; en Gr&#232;ce&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Intervention au Parlement europ&#233;en, 16 novembre 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Le programme LTRO (Long Term Refinancing Operations) de la BCE met &#224; disposition des banques un total d'approximativement mille milliards d'euros de liquidit&#233; &#224; trois ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Point de vue d&#233;fendu ici depuis un certain temps d&#233;j&#224;&#8230; voir &#171; &#199;a n'est pas la Gr&#232;ce qu'il faut exclure, c'est l'Allemagne ! &#187;, mars 2010.&lt;br class='autobr' /&gt;
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		<title>Hollande, ultime recours ?? </title>
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		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Lordon</dc:creator>


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&lt;p&gt;Extrait du dernier article &#034;Front national : m&#234;mes causes, m&#234;mes effets... &#034; paru son son blog : http://blog.mondediplo.net/2012-05-02-Front-national-memes-causes-memes-effets &lt;br class='autobr' /&gt; Dans l'intervalle, on accordera sans peine qu'il faut de l'estomac pour avaler les &#171; France qui souffre &#187; d&#233;bit&#233;es ad nauseam par Nicolas Sarkozy, Jean-Fran&#231;ois Cop&#233; et leur clique. Mais d'une part il n'y a aucune raison de c&#233;der &#224; une sorte de loi de Gresham par laquelle, de m&#234;me que la mauvaise monnaie chasse la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans l'intervalle, on accordera sans peine qu'il faut de l'estomac pour avaler les &#171; France qui souffre &#187; d&#233;bit&#233;es ad nauseam par Nicolas Sarkozy, Jean-Fran&#231;ois Cop&#233; et leur clique. Mais d'une part il n'y a aucune raison de c&#233;der &#224; une sorte de loi de Gresham par laquelle, de m&#234;me que la mauvaise monnaie chasse la bonne, les usages hypocrites chasseraient les usages pertinents. Et d'autre part, la question de la sinc&#233;rit&#233; pourrait bien &#234;tre finalement secondaire &#8212; &#233;trange et anachronique reliquat du d&#233;bat th&#233;ologique de l'attrition et de la contrition &#8212; : si la &#171; d&#233;mocratie &#187; &#233;lectorale a un seul avantage c'est peut-&#234;tre, dans certaines conditions (rares), de forcer les gouvernants &#224; au moins dire des choses que jamais ils ne diraient spontan&#233;ment, et m&#234;me, encore au-del&#224; (bien au-del&#224;), de les forcer parfois &#224; les faire. La seule question int&#233;ressante est donc moins celle de la sinc&#233;rit&#233; que celle de la jonction du geste &#224; la parole, qui n'est pas une affaire de disposition int&#233;rieure mais de rapport de force ext&#233;rieur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est bien certain, pour l'heure, qu'entre le FN qui rafle la mise, Sarkozy qui court derri&#232;re, et le Front de Gauche encore &#224; sa maturation, l'&#233;tat du rapport de force en question n'est pas exactement un motif de r&#233;jouissance. C'est donc le PS de Hollande qui est l'ultime recours &#8212; nous voil&#224; propres&#8230; Car &#171; l'ultime recours &#187;, devenu depuis vingt ans &#233;tranger &#224; la souffrance sociale et aux classes qui l'expriment, d&#233;n&#233;gateur des destructions de la mondialisation et de l'Europe lib&#233;rale, liquidateur r&#233;p&#233;t&#233; de ses propres embryons de promesses progressistes, incarnation jusqu'&#224; la caricature sociologique de l'isolement des gouvernants, ignorant tout des conditions de vie des gouvern&#233;s, ce &#171; recours &#187;-l&#224; porte &#224; part &#233;gale la coresponsabilit&#233; historique du d&#233;sastre politique pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien pourquoi les maigrelets engagements du candidat &#171; socialiste &#187; ne peuvent jouir que d'un cr&#233;dit tr&#232;s limit&#233;, particuli&#232;rement sur les questions qui d&#233;cident de tout : la finance et l'Europe. Confirmant que le socialisme de gouvernement a &#233;t&#233; historiquement le meilleur ami de la d&#233;r&#233;glementation financi&#232;re, Fran&#231;ois Hollande, sit&#244;t d&#233;nonc&#233; &#171; l'ennemi sans visage &#187;, s'est empress&#233; d'aller &#224; Londres rassurer la City quant &#224; l'innocuit&#233; de ses intentions v&#233;ritables. On ne s'&#233;tonnera donc pas de trouver dans son programme sous le titre ronflant de &#171; Dominer la finance &#187; des propositions &#224; l'&#233;tat de simples songes, ou d'inoffensives bluettes, &#224; l'image d'une agence de notation publique &#8212; probl&#232;me dont il faut rappeler sans cesse qu'il est totalement p&#233;riph&#233;rique &#8212;, ou d'un projet de contr&#244;le des produits d&#233;riv&#233;s, pourtant crucial mais laiss&#233; &#224; l'&#233;tat de pure &#233;vocation, toutes choses d'ailleurs renvoy&#233;es &#224; d'improbables initiatives de l'Europe &#8212; dont la passivit&#233; et l'incapacit&#233; &#224; avoir produit la moindre avanc&#233;e r&#233;gulatrice s&#233;rieuse, cinq ans apr&#232;s le d&#233;clenchement de la plus grande crise financi&#232;re de l'histoire, en disent pourtant assez long sur le degr&#233; auquel elle est commise &#224; la financiarisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus gros morceau encore, le Trait&#233; sur la stabilit&#233;, la coordination et la gouvernance (TSCG), dont le candidat Hollande a promis d'un ton martial mais pas trop tout de m&#234;me qu'il demanderait la ren&#233;gociation &#8212; et l'on pense in&#233;vitablement au sine qua non de Jospin &#224; propos du Trait&#233; d'Amsterdam... A tous les niveaux d&#233;cid&#233;ment, les m&#234;mes causes entra&#238;nent les m&#234;mes effets, avec en plus une aisance croissante dans le reniement, devenu pratique habituelle. Michel Sapin, potentiel ministre de l'&#233;conomie, s'en va ainsi rassurer le Financial Times et jurer que son candidat &#171; ne dit pas que nous devons ren&#233;gocier la discipline budg&#233;taire &#187; [5] &#8212; au moins c'est clair. Tout l'article du Monde qui relate ces savants ajustements anticip&#233;s est de la m&#234;me &#233;difiante farine : &#171; il faut &#224; ses [Fran&#231;ois Hollande] yeux compl&#233;ter le trait&#233; en adjoignant &#224; la &#8220;r&#232;gle d'or&#8221; un volet &#8220;croissance&#8221; &#187; &#8212; &#171; compl&#233;ter &#187; qui ne signifie donc pas &#171; retrancher &#187;, et &#171; adjoindre &#187; qui veut dire &#171; conserver &#187;... Mais le meilleur tient sans doute &#224; l'&#233;nonc&#233; &#224; peine voil&#233; des conditions auxquelles le pr&#233;sident Hollande a d'ores et d&#233;j&#224; pr&#233;vu de rendre les armes de bonne gr&#226;ce : &#171; les socialistes font savoir qu'un pacte non modifi&#233; (c'est moi qui souligne), mais accompagn&#233; d'un protocole additionnel, et de conclusions du Conseil europ&#233;en plus substantielles sur la croissance pourrait &#234;tre acceptable par la France &#187;. &#171; Les socialistes font savoir &#187; que la verroterie avec laquelle on les ach&#232;te est toujours aussi modique : comme en 1997, des mots suffiront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se peut-il que la sortie de Mario Draghi, pr&#233;sident de la BCE, appelant &#224; sauver la croissance en train de p&#233;rir pour de bon sous les plans d'aust&#233;rit&#233; magnifiquement coordonn&#233;s, puisse modifier sensiblement la donne ? A l'&#233;vidence bon nombre de pays serrent les dents des absurdit&#233;s de l'aust&#233;rit&#233; en p&#233;riode de crise, et sont visiblement en attente d'une possible coalition (&#224; laquelle la France apporterait une contribution importante) qui permettrait de desserrer la contrainte. Si la chose se produisait, elle devrait cependant moins au volontarisme transformateur de Fran&#231;ois Hollande qu'&#224; la cristallisation fortuite d'une situation politique nouvelle apr&#232;s l'accumulation d'&#233;checs (le dernier en date &#233;tant l'Espagne) et surtout l'ajout &#224; la liste des Pays-Bas, jusqu'ici membre insoup&#231;onnable du hard core triple-A, mais d&#233;sormais lui aussi hors des clous et condamn&#233; &#224; la rigueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que &#171; la chose &#187; se produise reste pourtant tr&#232;s improbable. Car dans un de ces faux-semblants rh&#233;toriques qui est comme la marque de fabrique d'un n&#233;olib&#233;ralisme devenu ill&#233;gitime, la &#171; croissance &#187; de Mario Draghi parle de tout ce qu'on veut sauf de ce dont il est vraiment question, &#224; savoir : en finir avec l'aberrante obligation de r&#233;duire les d&#233;ficits &#224; toute force en p&#233;riode de r&#233;cession, &#233;quivalent fonctionnel des contresens que furent les politiques de Hoover en 1929, de Laval en 1935&#8230; ou de Br&#252;ning en 1931. Bien plut&#244;t il s'agira &#8212; il en est en fait d&#233;j&#224; question depuis assez longtemps &#8212; de &#171; politiques structurelles &#187;, c'est-&#224;-dire de quelques pas de plus dans la d&#233;r&#233;glementation (des services, du march&#233; du travail, etc.), contresens ajout&#233; au contresens car ces politiques ne visent qu'&#224; relancer la croissance par la comp&#233;titivit&#233; et les exports, ce qui signifie d'une part que leur g&#233;n&#233;ralisation les voue &#224; l'inefficacit&#233; collective (la comp&#233;titivit&#233; par la d&#233;flation salariale n'est jamais qu'un avantage relatif&#8230; qui dispara&#238;t comme tel lorsque tout le monde la poursuit), et d'autre part, qu'&#224; supposer m&#234;me ces politiques efficaces, elles ne produiraient leurs effets au mieux qu'&#224; horizon de plusieurs ann&#233;es &#8212; pas vraiment &#224; la hauteur des urgences d'une relance r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De &#171; compl&#233;ment &#187; en &#171; adjonction &#187; en tout cas, le candidat Hollande a d&#233;j&#224; fait savoir que le dispositif central du TSCG, &#224; savoir la r&#232;gle d'or comme m&#233;canisme aveugle de r&#233;duction des d&#233;ficits, n'attirait pas de sa part la moindre critique de fond. Et on l'a moins encore entendu exprimer la moindre protestation &#224; l'id&#233;e de l'empire des march&#233;s financiers sur les politiques &#233;conomiques, ni le premier projet d'y rem&#233;dier s&#233;rieusement. D&#233;sormais accoutum&#233; &#224; la verroterie, on peut compter sur lui pour valider les prodigieuses avanc&#233;es qui verront, &#224; l'occasion de l'un de ces irr&#233;parables sommets dont l'Europe a pris l'habitude, &#171; la-croissance &#187; rejoindre en mots toutes les dispositions qui la tuent en fait.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Leur dette, notre d&#233;mocratie (vid&#233;o)</title>
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		<dc:date>2012-01-24T08:29:52Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Lordon</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Vid&#233;os</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2012-01-24</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#034;Leur dette, notre d&#233;mocratie&#034; : Fr&#233;d&#233;ric Lordon par BTrenaissance &lt;br class='autobr' /&gt; &#034;Leur dette, notre d&#233;mocratie&#034; : Fr&#233;d&#233;ric Lordon par BTrenaissance &lt;br class='autobr' /&gt;
Fr&#233;d&#233;ric Lordon est un &#233;conomiste fran&#231;ais n&#233; le 15 janvier 1962. Il est directeur de recherche au CNRS et chercheur au Centre de sociologie europ&#233;enne (CSE). Il est membre de l'association les &#233;conomistes atterr&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans une situation d'urgence et alors que l'Allemagne n'est pas pr&#234;te &#224; renoncer &#224; sa croyance mon&#233;taire et &#224; son (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-International-111-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-135-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Videos-333-+" rel="tag"&gt;Vid&#233;os&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;iframe frameborder=&#034;0&#034; width=&#034;240&#034; height=&#034;135&#034; src=&#034;http://www.dailymotion.com/embed/video/xnrsv2_leur-dette-notre-democratie-frederic-lordon_news&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/video/xnrsv2_leur-dette-notre-democratie-frederic-lordon_news&#034; target=&#034;_blank&#034;&gt;&#034;Leur dette, notre d&#233;mocratie&#034; : Fr&#233;d&#233;ric Lordon&lt;/a&gt; &lt;i&gt;par &lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/BTrenaissance&#034; target=&#034;_blank&#034;&gt;BTrenaissance&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/video/xnrsv2_leur-dette-notre-democratie-frederic-lordon_news&#034; target=&#034;_blank&#034;&gt;&#034;Leur dette, notre d&#233;mocratie&#034; : Fr&#233;d&#233;ric Lordon&lt;/a&gt; &lt;i&gt;par &lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/BTrenaissance&#034; target=&#034;_blank&#034;&gt;BTrenaissance&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon est un &#233;conomiste fran&#231;ais n&#233; le 15 janvier 1962. Il est directeur de recherche au CNRS et chercheur au Centre de sociologie europ&#233;enne (CSE). Il est membre de l'association les &#233;conomistes atterr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une situation d'urgence et alors que l'Allemagne n'est pas pr&#234;te &#224; renoncer &#224; sa croyance mon&#233;taire et &#224; son mod&#232;le de politique &#233;conomique, Fr&#233;d&#233;ric Lordon, qui intervenait lors de la derni&#232;re table ronde de la journ&#233;e organis&#233;e par Attac, en partenariat avec Mediapart, dimanche 16 janvier, a rappel&#233; l'ensemble des configurations envisageables : 1) la nation, 2) l'union compl&#232;te (mais &#224; moyen terme sans l'Allemagne), 3) une unification partielle. Pour lui, si la troisi&#232;me de ces configurations s'av&#233;rait non viable, et si la seconde &#233;tait inaccessible, au moins est-on s&#251;r que l'option nationale offre une solution disponible &#224; la restauration du principe de souverainet&#233; populaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> &#034;Les ingr&#233;dients du d&#233;sastre&#034;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Les-ingredients-du-desastre</link>
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		<dc:date>2012-01-10T08:20:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Lordon</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2012-01-10</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Vou&#233; &#224; se perdre dans la prolif&#233;ration des &#233;v&#233;nements de premi&#232;re grandeur, comme seules les crises historiques en r&#233;servent, l'exercice de la r&#233;trospective &#233;conomique a tout d'une gageure. Si vraiment il fallait donner une coh&#233;rence &#224; l'ann&#233;e 2011, il est possible que, d'abord entendu en son sens &#233;tymologique, et puis peut-&#234;tre en son sens ordinaire, ce soit le mot d'apocalypse qui, appliqu&#233; &#224; la construction europ&#233;enne, convienne le mieux. &lt;br class='autobr' /&gt;
(tir&#233; du site Les inRocks) &lt;br class='autobr' /&gt; L'apocalypse, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Le-Monde-" rel="directory"&gt;Le Monde&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-135-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2012-01-10-+" rel="tag"&gt;Edition du 2012-01-10&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH110/arton9053-b4feb.png?1781651662' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='110' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Vou&#233; &#224; se perdre dans la prolif&#233;ration des &#233;v&#233;nements de premi&#232;re grandeur, comme seules les crises historiques en r&#233;servent, l'exercice de la r&#233;trospective &#233;conomique a tout d'une gageure. Si vraiment il fallait donner une coh&#233;rence &#224; l'ann&#233;e 2011, il est possible que, d'abord entendu en son sens &#233;tymologique, et puis peut-&#234;tre en son sens ordinaire, ce soit le mot d'apocalypse qui, appliqu&#233; &#224; la construction europ&#233;enne, convienne le mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(tir&#233; du site Les inRocks)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'apocalypse, c'est la r&#233;v&#233;lation, et ce que l'ann&#233;e 2011 aura r&#233;v&#233;l&#233;, visibles sans doute depuis longtemps mais &#224; qui avait au moins le d&#233;sir de voir, ce sont les irr&#233;parables tares de la monnaie europ&#233;enne, d&#233;sormais mises en pleine lumi&#232;re, accablantes, incontestables aux yeux m&#234;mes des plus born&#233;s soutiens de &#034;L'Europe&#034;, ce g&#233;n&#233;rique qui n'a jamais eu de sens sinon celui de rejeter dans l'enfer &#034;nationaliste&#034; des &#034;anti-Europ&#233;ens&#034; tous ceux qui avaient &#224; redire, non pas &#224; l'Europe, mais &#224; cette Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'impasses intellectuelles aux cons&#233;quences mat&#233;rielles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il aura donc fallu l'extr&#233;mit&#233; de cette crise pour faire appara&#238;tre que toute la construction de l'euro a repos&#233; - par n&#233;gation calcul&#233;e ou par franche b&#234;tise ? on ne le saura pas - sur l'ignorance crasse de la souverainet&#233; comme principe fondamental de la grammaire politique moderne - o&#249; l'on aper&#231;oit que des impasses intellectuelles peuvent emporter de terribles cons&#233;quences mat&#233;rielles. De toutes les atteintes que ce principe aura eu &#224; subir, la pire sans doute aura tenu au choix de remettre d&#233;lib&#233;r&#233;ment la surveillance et la normalisation des politiques &#233;conomiques aux march&#233;s de capitaux, agencement express&#233;ment voulu par l'Allemagne, soup&#231;onnant, en l'absence de tout m&#233;canisme institutionnel capable de les rendre ex&#233;cutoires, que les r&#232;gles des trait&#233;s (et du pacte de stabilit&#233;) ne vaudraient rapidement pas beaucoup plus qu'un &#034;chiffon de papier&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit d'y ajouter un mod&#232;le de Banque centrale europ&#233;enne (BCE) tr&#232;s exactement d&#233;calqu&#233; de la Bundesbank et destin&#233; lui aussi &#224; garantir le primat des obsessions allemandes (exclusivit&#233; de la mission anti-inflationniste, interdiction des financements mon&#233;taires des d&#233;ficits budg&#233;taires et de toute forme de garantie des dettes publiques) pour avoir, combin&#233;s, les principaux ingr&#233;dients du d&#233;sastre. Inexistant en 2007, le &#034;probl&#232;me des dettes publiques&#034; ne se constitue que par la r&#233;cession cons&#233;cutive &#224; la crise des subprimes, mais encore est-il g&#233;rable jusqu'au d&#233;but 2010. C'est la sp&#233;culation sur les march&#233;s obligataires qui, faisant monter les taux d'int&#233;r&#234;t, donc le service de la dette, le transforme en une insoluble crise d&#232;s lors que la BCE refuse obstin&#233;ment tout cr&#233;dit direct aux finances publiques, toute garantie des dettes et toute formule de leur restructuration !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Incapables de concevoir l'impasse dans laquelle ils se sont mis, les gouvernements de la zone euro auront pass&#233; leur ann&#233;e &#224; explorer des solutions qui ne font que la verrouiller davantage : leur asservissement aux injonctions des march&#233;s les conduit &#224; des politiques d'aust&#233;rit&#233; dont la &#034;coordination&#034; garantit la r&#233;cession g&#233;n&#233;ralis&#233;e, donc l'effondrement des recettes fiscales, donc la d&#233;t&#233;rioration des dettes ; chaque tour de vis suppl&#233;mentaire impos&#233; aux Etats secourus n'a pas d'autre effet que de les plonger dans des difficult&#233;s plus profondes et d'intensifier les effets de contagion ; la liste des Etats attaqu&#233;s par la sp&#233;culation n'a donc cess&#233; de s'allonger jusqu'&#224; gagner les pays du coeur de la zone, la France notamment dont la notation ne tient plus qu'&#224; un fil ; et le pauvre Fonds europ&#233;en de stabilit&#233; financi&#232;re (FESF) est si visiblement d&#233;bord&#233; qu'aucune des contorsions de l'ing&#233;nierie financi&#232;re ne parvient plus &#224; lui rendre un semblant de pertinence : c'est la BCE, dont les possibilit&#233;s de cr&#233;ation mon&#233;taire sont virtuellement infinies, et non un fonds, dont les moyens financiers sont par construction limit&#233;s, qui devraient faire le back up des dettes souveraines europ&#233;ennes - mais voil&#224;, la BCE ne veut pas...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ces inextricables contradictions que, dans leur r&#233;currence presque comique, les sommets de l'eurozone n'ont pas cess&#233; de reparcourir, pour se heurter toujours aux m&#234;mes murs, et se conclure par les m&#234;mes path&#233;tiques communiqu&#233;s triomphateurs mais d&#233;pourvus de toute solution, puisque des solutions, tant que l'on reste dans le cadre actuel, il n'y en a pas !... et qu'il est &#224; craindre que la transformation du cadre, c'est-&#224;-dire la modification des trait&#233;s, appartienne &#224; un horizon temporel sans rapport avec l'urgence d'une crise au bord de devenir foudroyante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#034;Tout &#231;a ne pourra pas durer &#233;ternellement&#034;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, les corps sociaux, qui ont d&#233;j&#224; aval&#233; &#224; leurs frais le sauvetage de la finance, puis assist&#233;, m&#233;dus&#233;s, &#224; son retournement contre les Etats qui l'avaient secourue et, pire encore, la voient exiger de ces derniers des politiques de rigueur n'ayant d'autre finalit&#233; que d'&#233;viter au secteur bancaire de nouvelles pertes, les corps sociaux, donc, contemplent l'&#233;vanouissement d&#233;finitif de leur souverainet&#233; et leur d&#233;possession de tout pouvoir politique r&#233;el. Car l'Europe n'est plus qu'un gigantesque sol&#233;cisme politique, o&#249; l'on trouve c&#244;te &#224; c&#244;te : l'empire exclusif des march&#233;s sur la d&#233;finition des politiques &#233;conomiques, conduites non plus d'apr&#232;s les int&#233;r&#234;ts du seul ayant droit l&#233;gitime de la puissance publique - le peuple -, mais selon les r&#233;quisits d'un tiers intrus au contrat social - le groupe informe des cr&#233;anciers internationaux - ; la neutralisation de toute expression financi&#232;re de la souverainet&#233; politique par la soumission des budgets nationaux auxdites &#034;r&#232;gles d'or&#034;, ou par leur contr&#244;le a priori par les instances europ&#233;ennes ; la quasi-&#233;viction des gouvernants par des curateurs missionn&#233;s par des organisations internationales, &#224; l'image de la Gr&#232;ce d&#233;sormais aux mains de ladite &#034;tro&#239;ka&#034; (FMI, Commission europ&#233;enne, BCE), ou de l'extravagante feuille de route envoy&#233;e telle quelle par la BCE au pr&#233;sident du Conseil italien (il s'agissait alors de M. Berlusconi) ; enfin les tentatives d&#233;sesp&#233;r&#233;es de r&#233;obtenir les faveurs des march&#233;s par la nomination de gouvernements d'&#034;experts&#034;, tels ceux de MM. Monti et Papademos, gouvernements pr&#233;tendument apolitiques, &#233;videmment on ne peut plus politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#231;a ne pourra pas durer &#233;ternellement. D'abord parce que la construction &#233;conomique s'appr&#234;te &#224; s'effondrer sous le poids de ses propres malfa&#231;ons et que l'on s'approche chaque jour davantage du point critique o&#249; la panique financi&#232;re, en avance m&#234;me sur les d&#233;fauts souverains, mettra de nouveau &#224; bas le syst&#232;me bancaire entier, ne laissant plus que les banques centrales comme uniques institutions capables, avec le risque que le refus de la BCE conduise au r&#233;armement forc&#233; des banques centrales nationales, donc &#224; l'&#233;clatement de l'euro. Mais &#231;a ne pourra pas durer non plus parce qu'on ne d&#233;pouille pas impun&#233;ment les corps sociaux de leurs pr&#233;rogatives souveraines, en tout cas sans s'exposer au risque que vienne un jour o&#249; ceux-ci d&#233;cident de la r&#233;cup&#233;rer violemment - et, un peu &#224; la mani&#232;re de ce qu'avait montr&#233; Karl Polanyi &#224; propos des ann&#233;es 30, la chose peut ne pas &#234;tre belle &#224; voir...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La laideur cependant n'est pas non plus une fatalit&#233;, car c'est aussi une opportunit&#233; historique de renverser l'ordre n&#233;olib&#233;ral qui est en train de se former dans ce bouillonnement de contradictions. Et de se d&#233;barrasser par la m&#234;me occasion de tous ses desservants, ceux-l&#224; m&#234;mes qui ont des d&#233;cennies durant expliqu&#233; au bas peuple que l'ordre du monde est id&#233;al, qu'il avait de toute fa&#231;on la force d'une donn&#233;e de nature et que l'on ne saurait se rebeller contre la loi de la gravitation, qu'au demeurant la construction europ&#233;enne telle qu'elle est (&#233;tait...), elle aussi intouchable dans sa perfection m&#234;me, &#233;tait l&#224; pour notre suppl&#233;ment de bonheur, qu'il fallait &#234;tre au choix archa&#239;que, frileux ou x&#233;nophobe pour trouver &#224; y redire. Tous ces gens, hommes politiques de gauche, de droite, experts d&#233;vou&#233;s, chroniqueurs multicartes, &#233;ditorialistes suffisants et insuffisants comme disait non sans cruaut&#233; Bourdieu, tous ces r&#233;p&#233;titeurs, vou&#233;s &#224; la p&#233;dagogie du peuple obtus, se sont tromp&#233;s sur tout, et les voil&#224; qui contemplent sid&#233;r&#233;s l'&#233;croulement du monde dont ils ont &#233;t&#233; si longtemps les oblats. Et l'on se prend &#224; r&#234;ver de les voir eux aussi partir par la bonde &#224; l'occasion de la grande lessive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lesinrocks.com/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.lesinrocks.com/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Avons-nous seulement compris ce qu'est le n&#233;olib&#233;ralisme ? (vid&#233;o)</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Avons-nous-seulement-compris-ce-qu-est-le-neoliberalisme-video</link>
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		<dc:date>2011-11-15T08:32:27Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Laval, Fr&#233;d&#233;ric Lordon</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Vid&#233;os</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2011-11-15</dc:subject>

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&lt;p&gt;AVONS-NOUS SEULEMENT COMPRIS CE QU'EST LE... par Revue-des-Livres &lt;br class='autobr' /&gt; AVONS-NOUS SEULEMENT COMPRIS CE QU'EST LE... par Revue-des-Livres&lt;/p&gt;


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&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/video/xluwxp_avons-nous-seulement-compris-ce-qu-est-le-neoliberalisme-3-3_news&#034; target=&#034;_blank&#034;&gt;AVONS-NOUS SEULEMENT COMPRIS CE QU'EST LE...&lt;/a&gt; &lt;i&gt;par &lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/Revue-des-Livres&#034; target=&#034;_blank&#034;&gt;Revue-des-Livres&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>&#171; il faut fermer la Bourse ! &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/il-faut-fermer-la-Bourse</link>
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		<dc:date>2011-07-05T08:24:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Lordon</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2011-07-05</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon dresse un constat froid et lucide du fonctionnement des march&#233;s financiers. Destruction de valeur, vampirisation des entreprises par les &#233;tablissements financiers, le chercheur au CNRS en d&#233;duit une solution radicale mais aux cons&#233;quences positive. Chiche : qui osera lui r&#233;pondre ? &lt;br class='autobr' /&gt; Dans un long papier paru dans le Monde Diplomatique vous pr&#233;conisez la fermeture de la Bourse. Est-ce vos options politiques de dangereux gauchiste d&#233;sireux de couper des t&#234;tes, ou vos (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L107xH150/arton7619-9230e.png?1781651663' class='spip_logo spip_logo_right' width='107' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon dresse un constat froid et lucide du fonctionnement des march&#233;s financiers. Destruction de valeur, vampirisation des entreprises par les &#233;tablissements financiers, le chercheur au CNRS en d&#233;duit une solution radicale mais aux cons&#233;quences positive. Chiche : qui osera lui r&#233;pondre ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans un long papier paru dans le Monde Diplomatique vous pr&#233;conisez la fermeture de la Bourse. Est-ce vos options politiques de dangereux gauchiste d&#233;sireux de couper des t&#234;tes, ou vos motivations s'inspirent-elles d'une argumentation compatible avec un monde capitaliste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;F.L. :&lt;/strong&gt; Les id&#233;ologues lib&#233;raux, qui ont l'amn&#233;sie int&#233;ress&#233;e, voudraient faire oublier cette p&#233;riode du fordisme dans laquelle la finance a &#233;t&#233; cadenass&#233;e, la Bourse inexistante&#8230; et la croissance &#233;tincelante. Or que je sache, le fordisme, &#231;a n'&#233;tait pas le Gosplan ni les soviets mais bien le capitalisme. Mais la vraie r&#233;ponse &#224; cette question est ailleurs. Elle consiste &#224; dire que, dans la logique m&#234;me des entreprises d'aujourd'hui, la Bourse est une aberration :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) les entreprises vont moins s'approvisionner en capital &#224; la Bourse qu'elles n'y vont s'en faire d&#233;pouiller, puisque ce que les actionnaires leur extorquent (en dividendes et en rachat d'actions) finit par l'emporter sur ce qu'ils leur apportent, de sorte que ce n'est plus la Bourse qui finance les entreprises mais les entreprises qui financent la Bourse ;&lt;br class='autobr' /&gt; 2) la contrainte actionnariale censure une part de plus en plus importante de l'investissement en &#233;cartant les projets jug&#233;s insuffisamment rentables (et l'&#171; insuffisance &#187; commence &#224; 10% voire 15%...), par cons&#233;quent la Bourse est un frein au d&#233;veloppement &#233;conomique ; &lt;br class='autobr' /&gt;
3) les entreprises sont soumises par l'actionnaire &#224; des contraintes de gestion (modes manag&#233;riales successives, court-termisme&#8230;) incompatibles avec la conduite de moyen-long terme de projets industriels ; &lt;br class='autobr' /&gt;
4) et le comble du paradoxe est atteint lorsque les actionnaires finalement d&#233;couragent eux-m&#234;mes le financement par action puisque les nouvelles &#233;missions ont des propri&#233;t&#233;s dilutives&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais la Bourse s'est impos&#233;e dans le paysage, tout comme la m&#233;t&#233;o ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;F.L. :&lt;/strong&gt; C'est l&#224; typiquement le genre d'&#233;nonc&#233; qui offre un concentr&#233; pur de l'id&#233;ologie n&#233;olib&#233;rale : la naturalisation des faits sociaux. Alain Minc n'est pas capable de b&#226;tir un &#171; argument &#187; &#233;conomique sans invoquer la loi de la pesanteur. Or la Bourse est une forme institutionnelle, elle n'est pas sortie du cul d'une poule ni tomb&#233;e du ciel. Elle a &#233;t&#233; faite de main d'homme. Par cons&#233;quent elle peut &#234;tre d&#233;faite s'il appara&#238;t qu'on y a plus d'avantages que d'inconv&#233;nients &#8211; ce qui me semble notoirement le cas. Il y a eu un moment o&#249; on s'est dit que l'institution &#171; monarchie de droit divin &#187; &#233;tait p&#233;nible. Elle a fini dans le m&#234;me panier que la t&#234;te du roi et depuis &#231;a va mieux. On pourrait dire cependant que c'est bien la loi de la pesanteur qui a fait tomber le couteau de la guillotine&#8230; Mutatis mutandis bien s&#251;r &#8211; on n'est pas des sauvages &#8211; il se pourrait, vu sous cet angle, que MM. Minc &amp; Co d&#233;couvrent un jour un aspect de la loi de la pesanteur qui ne leur &#233;tait pas apparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Bourse de Paris n'est-elle pas d&#233;j&#224; ferm&#233;e ? Le palais Brongniard n'est-il pas depuis longtemps transform&#233; en mini palais des Congr&#232;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;F.L. : &lt;/strong&gt; C'est la seule chose vraiment regrettable puisque &#231;a rend plus difficile sa destruction physique, dont les bonnes propri&#233;t&#233;s symboliques et carnavalesques ne devraient pas &#234;tre m&#233;connues. Au moins, mai 68 avait eu la possibilit&#233; de mettre le feu au palais Brongniart&#8230; Mais vous-m&#234;me feignez l'innocence et savez bien que la Bourse existe, simplement sous la forme moins spectaculaire de tr&#232;s gros serveurs informatiques bien planqu&#233;s quelque part &#8211; o&#249; d'ailleurs ? Question int&#233;ressante, n'est-il pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#233;volutions techniques en mati&#232;re de finance que vous &#233;voquez ont-elles profond&#233;ment modifi&#233; le rapport de force entre la finance et l'&#233;conomie productive ? &lt;/strong&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;F.L. :&lt;/strong&gt; C'est bien peu de le dire. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment parce que ce rapport de force s'est renvers&#233; du tout au tout qu'il est urgent de remettre des limites au capital actionnarial qui n'en conna&#238;t aucune et, de lui-m&#234;me, ne s'en imposera aucune. C'est pourquoi les appels &#224; la mod&#233;ration qui ont pour nom &#171; moralisation du capitalisme &#187; sont d'une indigence qui partage entre le rire et les larmes. L'emprise acquise sur les firmes par le capital actionnarial au travers de la configuration pr&#233;sente du capitalisme est un fl&#233;au que l'on ne r&#233;duira que par les m&#234;mes moyens qui l'ont impos&#233; : une transformation radicale de structures. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des contraintes de gestion aberrantes et des effets d'anti-financement r&#233;sument ce fl&#233;au qui na&#238;t bien moins de la d&#233;pendance financi&#232;re des entreprises aux apporteurs de capitaux (les capitaux, les &#171; apporteurs &#187; les leurs prennent !) que du contr&#244;le des &#233;quipes dirigeantes par le cours de Bourse : si les actionnaires sont m&#233;contents, des ventes font baisser le cours, l'entreprise devient op&#233;able&#8230; et le patron &#233;jectable. L'histoire r&#233;cente du capitalisme est (en partie) l'histoire d'une lutte de puissance entre deux fractions du capital : le capital financier et le capital industriel, le premier ayant re&#231;u de la modification des structures un pouvoir in&#233;dit qui lui a permis de d&#233;poss&#233;der le second de son ancienne souverainet&#233;. Et de lui imposer tout et n'importe quoi. Et &#224; la fin le capital industriel passe le mistigri au salariat&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les promesses faites par la finance, en r&#233;alit&#233; celles issues de la lib&#233;ralisation des march&#233;s, avec &#224; la cl&#233; plus de croissance, plus de richesse, n'ont-elles donc pas &#233;t&#233; tenues ? Apr&#232;s tout, sans la Bourse, pas de Google, non plus de Microsoft ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;F.L. : &lt;/strong&gt; C'est vous qui le dites et il faudrait un ou deux arguments pour le soutenir. Que des Google ou des Microsoft soient apparus pendant la p&#233;riode de d&#233;r&#233;glementation financi&#232;re ne prouve nullement que celle-ci soit la cause sine qua non de ceux-l&#224;. La seule chose dont on soit certain est que, sans Bourse, pas de Bill Gates et de Larry Page multi-milliardaires&#8230; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut pas dire que ce soit un avantage &#233;conomique ind&#233;niable. Il est vrai cependant que le financement des start-ups technologiques est l'argument de dernier recours pour justifier la finance actionnariale mais au travers de ce compartiment tr&#232;s sp&#233;cial et en fait tr&#232;s &#233;troit de l'amor&#231;age et du venture capital. La perspective de l'introduction en Bourse y est pr&#233;sent&#233;e comme strat&#233;gique pr&#233;cis&#233;ment du fait que le financement de l'innovation radicale est hautement incertain, finit mal neuf fois sur dix, et qu'il faut d&#233;crocher le pompon sur la dixi&#232;me pour rattraper les neuf autres. Mais une telle &#233;conomie de la p&#233;r&#233;quation est tr&#232;s concevable hors de la Bourse et on pourrait parfaitement l'imaginer op&#233;r&#233;e au travers d'instruments de dette un peu sophistiqu&#233;s &#224; base de taux d'int&#233;r&#234;t variables index&#233;s sur les profits des start-ups par exemple. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien dans leur financement ne justifie incontestablement de maintenir un passage par la Bourse, &#224; part le d&#233;sir de l'enrichissement hors de proportion de cr&#233;ateurs d'entreprise et de business angels mus au moins autant par le projet de faire fortune que par celui de cr&#233;er quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de la contribution de la finance &#224; la croissance, je vous sugg&#232;re de comparer le taux de croissance moyen des trente glorieuses, donc sans finance d&#233;r&#233;gul&#233;e et avec une Bourse croupion (5% l'an en moyenne), et celui de la p&#233;riode de hourrah-d&#233;r&#233;gulation depuis deux d&#233;cennies. L'affaire est vite vue. Et ceci n'est nullement un plaidoyer pass&#233;iste mais simplement l'id&#233;e &#8211; logique &#8211; qu'un contre-exemple suffit &#224; ruiner une g&#233;n&#233;ralit&#233;, dont nous ne devrions donc plus &#234;tre prisonniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fermeture de la Bourse peut elle s'envisager dans un seul pays ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;F.L. : &lt;/strong&gt; Pour le coup oui ! Ce sont toutes les mesures &#171; interm&#233;diaires &#187; qui font hurler au p&#233;ril de la fuite des capitaux. Mais en fermant la Bourse, c'est nous qui mettons les capitaux &#224; la porte ! Et pour autant ceci ne signifie nullement une &#233;conomie priv&#233;e de fonds propres. L'id&#233;ologie actionnariale a fini par faire oublier que les capitaux propres, ce sont les entreprises qui les s&#233;cr&#232;tent par leurs profits&#8230; dont elles vont se faire d&#233;pouiller &#224; la Bourse. L'autofinancement, le cr&#233;dit bancaire et &#233;ventuellement des march&#233;s obligataires constituent un mode de financement tout &#224; fait viable de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une fois la bourse ferm&#233;e, ou iraient les cerveaux bien form&#233;s que les super r&#233;mun&#233;rations issues de la finances attirent dans les salles de march&#233; ? &lt;/strong&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;F.L. :&lt;/strong&gt; De deux choses l'une, ou bien ils foutraient le camp et iraient exercer leurs nuisances ailleurs, ou ils mettraient leurs suppos&#233;es intelligences au service d'activit&#233; socialement plus utiles et dans les deux cas on ne s'en porterait que mieux. Il est grand temps de se d&#233;sintoxiquer de l'id&#233;ologie des &#171; comp&#233;tents &#187;, dont l'incomp&#233;tence est pourtant spectaculairement d&#233;montr&#233;e jour apr&#232;s jour, mais dont il faudrait n&#233;anmoins satisfaire toutes les exigences sous la menace de les voir partir. La question des bonus et des r&#233;mun&#233;rations est enti&#232;rement captive de cette grande illusion. Je dis que le d&#233;part des &#171; meilleurs &#187; traders est une b&#233;n&#233;diction : &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) ne resteront que les moins finauds auxquels il faudra ne confier que les produits les moins sophistiqu&#233;s&#8230; donc les moins risqu&#233;s ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) si le probl&#232;me &#233;conomique pos&#233; par les bonus ne doit pas &#234;tre sur-estim&#233;, le probl&#232;me politique de justice sociale et d'in&#233;galit&#233;s obsc&#232;nes est lui de premi&#232;re importance, c'est pourquoi, non pas limiter mais interdire les bonus, et &#233;ventuellement faire fuir les traders, est une solution &#224; envisager tr&#232;s s&#233;rieusement car ces extravagantes r&#233;mun&#233;rations ont le caract&#232;re d'un trouble &#224; l'ordre public ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) la finance est un p&#244;le d'attraction qui a profond&#233;ment distordu l'allocation du capital humain dans la division du travail en captant des esprits qui seraient infiniment mieux employ&#233;s ailleurs. Quant aux &#171; comp&#233;tents &#187; non traders, s'ils savaient&#8230; Il y en a quinze derri&#232;re eux qui feraient le travail aussi bien qu'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En fait, ce n'est pas vraiment la fermeture de la Bourse que vous pr&#244;nez, mais une sorte de ralentissement de son cours, que vous d&#233;crivez comme infernal. En quoi, la fin de la cotation permanente, c'est &#224; dire en continue des titres est-elle apte &#224; redistribuer les cartes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;F.L. :&lt;/strong&gt; Mais si mon bon monsieur, c'est bel et bien la fermeture de la Bourse que je pr&#244;ne ! Je conc&#232;de que c'est un peu rude &#224; avaler&#8230; Cependant pour les petits estomacs, j'ai une sorte de formule &#224; la carte, avec un &#233;tagement de recettes anti-actionnariales rang&#233;es dans l'ordre de l'&#233;pic&#233; croissant. En amuse-bouche, je propose, en effet, de commencer par une formule de &#171; ralentissement &#187; en abolissant la cotation en continu, remplac&#233;e par un fixing mensuel (ou plurimestriel). Puis on entre dans le roboratif avec le SLAM (Shareholder Limited Authorized Margin) qui est un imp&#244;t non pas sur les profits d'entreprise (comme on le lit parfois) mais sur la rentabilit&#233; actionnariale, et qui plus est un imp&#244;t de plafonnement : c'est-&#224;-dire qui prend tout au-del&#224; d'un certain seuil maximal autoris&#233; de rentabilit&#233;, le but de la man&#339;uvre &#233;tant de cisailler les incitations actionnariales &#224; pressurer toujours davantage les entreprises puisque tout ce qu'elles leur feront cracher en plus pour les actionnaires leur sera confisqu&#233;. Le plat de r&#233;sistance bien s&#251;r, c'est la fermeture de la Bourse elle-m&#234;me. Chacun puisera l&#224; dedans selon son app&#233;tit politique et la conjoncture du moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pensez-vous que les partis de gauche de gouvernement soient capables d'int&#233;grer vos arguments ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;F.L. : &lt;/strong&gt; Les partis de gauche de gouvernement mangent des graines et font &#224; peine cuicui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; de la Revue Marianne.fr, mars 2010&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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