<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.pressegauche.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
	<link>https://www.pressegauche.org/</link>
	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.pressegauche.org/spip.php?id_auteur=2910&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
		<url>https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L144xH36/ptag-logo-1200x300px-02d59.png?1781022263</url>
		<link>https://www.pressegauche.org/</link>
		<height>36</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Le monde comme projet Manhattan Des laboratoires du nucl&#233;aire &#224; la guerre g&#233;n&#233;ralis&#233;e au vivant</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-monde-comme-projet-Manhattan-Des-laboratoires-du-nucleaire-a-la-guerre</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Le-monde-comme-projet-Manhattan-Des-laboratoires-du-nucleaire-a-la-guerre</guid>
		<dc:date>2017-11-21T08:22:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marc Royer</dc:creator>


		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2017-11-21</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le monde comme projet Manhattan Des laboratoires du nucl&#233;aire &#224; la guerre g&#233;n&#233;ralis&#233;e au vivant &lt;br class='autobr' /&gt;
de Jean-Marc Royer Pr&#233;face d'Annie Th&#233;baud Mony - Postface de Anselm Jappe &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;but ao&#251;t 1945, le monde, fascin&#233;, d&#233;couvre la puissance du feu nucl&#233;aire. Les bombardements d'Hiroshima et Nagasaki, deux villes choisies dans le but de &#171; causer le maximum de d&#233;g&#226;ts et de pertes en vies humaines &#187;, est l'aboutissement in&#233;vitable du projet Manhattan. Initi&#233; et men&#233; dans le plus grand secret, ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Livres-et-periodiques-" rel="directory"&gt;Livres et p&#233;riodiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres et revues&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2017-11-21-+" rel="tag"&gt;Edition du 2017-11-21&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L103xH150/arton32731-d3b23.jpg?1782114306' class='spip_logo spip_logo_right' width='103' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le monde comme projet Manhattan Des laboratoires du nucl&#233;aire &#224; la guerre g&#233;n&#233;ralis&#233;e au vivant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;de Jean-Marc Royer&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;face d'Annie Th&#233;baud Mony - Postface de Anselm Jappe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but ao&#251;t 1945, le monde, fascin&#233;, d&#233;couvre la puissance du feu nucl&#233;aire. Les bombardements d'Hiroshima et Nagasaki, deux villes choisies dans le but de &#171; causer le maximum de d&#233;g&#226;ts et de pertes en vies humaines &#187;, est l'aboutissement in&#233;vitable du projet Manhattan. Initi&#233; et men&#233; dans le plus grand secret, ce dernier a r&#233;uni quatre ann&#233;es durant la fine fleur de la science internationale, les industries de pointe &#233;tatsuniennes (de Monsanto &#224; Westinghouse) et la puissance de l'&#233;tat adoss&#233; &#224; son arm&#233;e. Retra&#231;ant en un r&#233;cit gla&#231;ant et solidement document&#233; l'histoire secr&#232;te de ce projet, Jean-Marc Royer montre comment la recherche d'une &#171; solution totale &#187; y prit vite le pas dans les esprits sur toute consid&#233;ration humaine. En cela, le nucl&#233;aire constitue une transgression majeure des interdits sociaux fondamentaux sous l'&#233;gide d'un puissant imaginaire structur&#233; par la &#171; rationalit&#233; calculatrice &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or le projet Manhattan est le strict contemporain d'une autre entreprise de mort massive, celle qui culmine &#224; Auschwitz-Birkenau. La th&#232;se de ce livre est que ces deux moments (Auschwitz et Hiroshima) sont les &#171; points de bascule &#187; d'une histoire inaugur&#233;e un si&#232;cle plus t&#244;t dans l'alliance entre mode de connaissance scientifique, capitalisme industriel et &#201;tats-nations, qui a d&#233;bouch&#233; sur les premi&#232;res lois eug&#233;nistes et les massacres de la &#171; Grande Guerre &#187;. Ces &#171; secrets de famille &#187; de l'Occident sont l'origine refoul&#233;e de la guerre g&#233;n&#233;ralis&#233;e au vivant que m&#232;ne aujourd'hui la civilisation capitaliste, avec le consentement de foules subjugu&#233;es par cette mort &#233;rotis&#233;e depuis 1945. L'auteur en appelle alors &#224; l'&#233;laboration d'une th&#233;orie critique radicale et &#224; l'historicisation de ces points de bascule pour que, levant le voile du refoulement, nous puissions faire face &#224; ce qui menace d&#233;sormais toute vie sur terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Marc Royer est ing&#233;nieur de l'&#201;cole nationale de l'aviation civile et a &#233;tudi&#233; la sociologie, la psychanalyse et l'histoire. Il est notamment l'auteur d'un appel intitul&#233; &#171; Hiroshima, Tchernobyl, Fukushima, des crimes contre l'humanit&#233; &#187; et de La science, creuset de l'inhumanit&#233;. D&#233;coloniser l'imaginaire occidental (L'Harmattan, 2012).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quinze th&#232;ses sur le nucl&#233;aire</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Quinze-theses-sur-le-nucleaire</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Quinze-theses-sur-le-nucleaire</guid>
		<dc:date>2013-04-09T08:14:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marc Royer</dc:creator>


		<dc:subject>Nucl&#233;aire</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2013-04-09</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Article publi&#233; dans la revue Ecologie et Politique de mars 2013 &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces th&#232;ses ne sont que la suite d'un travail sur la place du mode de connaissance scientifique dans l'imaginaire occidental. Elles se situent r&#233;solument du c&#244;t&#233; de la philosophie et de l'anthropologie politiques qu'impose l'&#232;re nucl&#233;aire et sur les traces de G&#252;nther Anders, Michel Henry, Jean-Claude Mich&#233;a, Majid Rahnema, Corn&#233;lius Castoriadis, Jean-Pierre Lebrun 1. &lt;br class='autobr' /&gt; Premi&#232;re th&#232;se &lt;br class='autobr' /&gt; Ce 6 ao&#251;t 1945, l'&#233;nergie nucl&#233;aire (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Environnement-41-" rel="directory"&gt;Environnement&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Nucleaire-+" rel="tag"&gt;Nucl&#233;aire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2013-04-09-+" rel="tag"&gt;Edition du 2013-04-09&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH85/arton13687-5af78.png?1782114307' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Article publi&#233; dans la revue Ecologie et Politique de mars 2013&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces th&#232;ses ne sont que la suite d'un travail sur la place du mode de connaissance scientifique dans l'imaginaire occidental. Elles se situent r&#233;solument du c&#244;t&#233; de la philosophie et de l'anthropologie politiques qu'impose l'&#232;re nucl&#233;aire et sur les traces de G&#252;nther Anders, Michel Henry, Jean-Claude Mich&#233;a, Majid Rahnema, Corn&#233;lius Castoriadis, Jean-Pierre Lebrun 1.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Premi&#232;re th&#232;se&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce 6 ao&#251;t 1945, l'&#233;nergie nucl&#233;aire s'est d'embl&#233;e et massivement impos&#233;e &#224; la conscience de l'humanit&#233; comme un commandement adress&#233; &#224; chacun, car, d&#232;s le lendemain, tous les pouvoirs (sauf Staline qui fulminait), tous les journaux, tous les intellectuels, tous les &#233;ditorialistes, tous les philosophes, &#224; l'exception de Bernard Charbonneau, Albert Camus et G&#252;nther Anders, se sont abandonn&#233;s &#224; cette lourde menace, ou pire, l'ont c&#233;l&#233;br&#233;e comme une grande r&#233;volution scientifique, voire la promesse d'une &#232;re nouvelle pour l'humanit&#233; 2. Mais entre l'exhortation g&#233;n&#233;rale &#224; c&#233;l&#233;brer le progr&#232;s, et la conscience diffuse qu'un meurtre de masse venait peut-&#234;tre encore d'&#234;tre commis (les photos publiques d'Auschwitz dataient de quelques semaines), tout s'est pass&#233; comme si une gigantesque injonction subliminale avait &#233;t&#233; adress&#233;e &#224; l'humanit&#233; dans son ensemble, que l'on pourrait ainsi formuler : &#171; tu admireras ma science du d&#233;sastre &#187;, ou, autrement dit, &#171; tu honoreras ce qui d&#233;truit l'humanit&#233; &#224; laquelle tu appartiens &#187;. Ainsi, comme aux temps des Pharaons, la prosternation fut g&#233;n&#233;rale devant cette &#233;clatante d&#233;monstration de toute-puissance et, d&#232;s le premier jour, le grand oeuvre du refoulement fut initi&#233; : il fut &#224; la mesure de la menace qui pesait pour la premi&#232;re fois sur l'ensemble du vivant et de l'&#233;cosph&#232;re. Cet &#233;t&#233;-l&#224;, les trois coups mortif&#232;res de la toute- puissance occidentale ont retenti 3 ; le second acte de cette trag&#233;die n'est pas termin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deuxi&#232;me th&#232;se &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les premi&#232;res photos (vues du ciel, et transmises par les militaires), montrent la d&#233;vastation des villes d'Hiroshima et Nagasaki (il faudrait plut&#244;t dire leur volatilisation) qui fut si compl&#232;te que les mots manqu&#232;rent pour le dire : les militaires, les politiques et m&#234;me les scientifiques, avaient d&#233;j&#224; &#233;prouv&#233; cette stup&#233;faction inou&#239;e le seize juillet pr&#233;c&#233;dent lors du premier essai &#224; Alamagordo. En cons&#233;quence, outre les aspects purement destructifs de cette nouvelle arme scientifique, des effets d'un autre ordre &#233;taient &#171; attendus, et m&#234;me esp&#233;r&#233;s &#187;, (d'une mani&#232;re quasi mystique 4), et que l'on pourrait formuler de la mani&#232;re suivante : en sid&#233;rant les esprits, il s'agissait de ficher, au creux des inconscients, une munition anti- personnelle &#224; retardement, destin&#233;e &#224; faire des trous dans l'ordre symbolique du sujet (le langage) longtemps apr&#232;s l'explosion. Depuis, ces trous dans l'ordre symbolique n'ont fait que cro&#238;tre et sont devenus les niches d'une nouvelle servitude, car un des moyens dont dispose l'id&#233;ologie pour devenir inintelligible et invuln&#233;rable, c'est justement d'infiltrer le langage, les mots de chaque jour. D'autre part, cette forte stup&#233;faction des consciences a constitu&#233; ce que l'on pourrait appeler l'exp&#233;rimentation princeps (&#224; cette &#233;chelle) de la &#171; strat&#233;gie du choc &#187;, laquelle, &#8211; combin&#233;e au dispositif 5 &#224; 360&#176; &#8211; inaugure ainsi l'usage d'un des leviers de la gouvernance propre au totalitarisme d&#233;mocratique 6. Condition insuffisante, certes, mais n&#233;cessaire : c'est dans la critique radicale de cet ordre symbolique embarqu&#233; (embedded) et dans celle de l'imaginaire qu'on lui propose &#224; peu de frais, que le sujet a des chances de maintenir une parole vivante, et le monde de survivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Troisi&#232;me th&#232;se &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Levinas a attir&#233; l'attention sur le fait, pour lui paradoxal, qu'une civilisation, qui avait proclam&#233; la valeur absolue de la personne, ait industriellement massacr&#233; ou laiss&#233; massacrer six millions d'&#234;tres humains du seul fait qu'ils &#233;taient juifs, tziganes, homosexuels, intern&#233;s en psychiatrie ou opposants. Il ajoutait que, malheureusement, la culture occidentale n'avait pu l'emp&#234;cher. Or, le premier g&#233;nocide du si&#232;cle, d&#233;j&#224; perp&#233;tr&#233; par l'Allemagne, le fut entre 1904 et 1908 en Namibie, contre les Hereros 7 tandis que d&#232;s ce moment-l&#224;, les pratiques eug&#233;nistes &#224; la base du nazisme y fleurissaient 8 comme aux &#201;tats-Unis et ailleurs 9. Une constatation s'impose : cette civilisation &#233;tait d&#233;j&#224; corrod&#233;e de l'int&#233;rieur, &#224; un point inimaginable aujourd'hui ; il &#233;tait donc vain d'en attendre un secours face &#224; la barbarie 10. N'en d&#233;plaise aux antiquaires de l'Histoire et de la Philosophie, il faut consid&#233;rer ensemble Auschwitz et Hiroshima parce qu'ils sont l'avers et le revers d'une m&#234;me m&#233;daille, et qu'ils ont marqu&#233; &#224; jamais la conscience de l'humanit&#233; et le devenir de la plan&#232;te de leurs sceaux ind&#233;l&#233;biles. Ce n'est pas seulement que la mort industrielle et scientifique y montrait son vrai visage, en 1945 ; il s'est alors ouvert une nouvelle p&#233;riode de l'histoire humaine et de l'Anthropoc&#232;ne dont toutes les dimensions sont encore m&#233;connues ou tr&#232;s largement m&#233;sestim&#233;es, ce qui fait que l'on parle encore de mani&#232;re laudative des trente ann&#233;es qui ont suivi la seconde Guerre mondiale comme de &#171; trente glorieuses &#187; ann&#233;es alors que jamais, depuis la nuit des temps, la Terre, le vivant et l'humanit&#233; n'avaient &#233;t&#233; confront&#233;s &#224; d'aussi dures &#233;preuves. Deux exemples : sait-on que, depuis 1945, plus de cinquante millions de personnes sont mortes des suites d'accidents automobiles et qu'autant sont gravement handicap&#233;es &#224; vie 11 ? Et qui sait que, depuis cette date les 2 400 explosions atomiques &#8211; et tous les autres avatars du nucl&#233;aire &#8211; auront provoqu&#233; plus de soixante-cinq millions de morts ? C'est-&#224;-dire que ces deux non-&#233;v&#232;nements auront fait deux fois plus de victimes que la seconde Guerre mondiale 12 tout en restant insu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quatri&#232;me th&#232;se &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de leurs sp&#233;cificit&#233;s, Auschwitz et Hiroshima ont plusieurs traits en commun dont l'un d'entre eux est capital : ce sont des crimes commis contre l'Humanit&#233; 13. De ce fait, la g&#233;n&#233;ration d'apr&#232;s-guerre a eu en cadeau dans son berceau les signifiants des plus radicales exp&#233;riences de d&#233;shumanisation que le monde ait jamais connues. L'effet de ces d&#233;sastres n'est toujours pas apur&#233; dans les consciences (et la civilisation) occidentales, ce qui contribue &#224; mettre entre parenth&#232;ses tout sens moral et &#224; refouler ce qui en fait l'inhumanit&#233; radicale. La transmission entre g&#233;n&#233;rations en est profond&#233;ment affect&#233;e : sur quel cr&#233;dit moral la parole des ascendants peut-elle encore s'appuyer ? L'av&#232;nement de l'image t&#233;l&#233;visuelle, (qui a pr&#233;par&#233; celle de l'informatique g&#233;n&#233;ralis&#233;e), est venu approfondir cette c&#233;sure par la pr&#233;valence d'une proc&#233;dure de connaissance qui se voudrait imm&#233;diate (dans les deux sens du terme), c'est-&#224;-dire sans aucun interm&#233;diaire et &#171; en temps r&#233;el &#187;. C'est ainsi que la parole des anciens et notre langue maternelle sont progressivement mises hors-jeu. Or, cette transmission entre g&#233;n&#233;rations, c'est l'apprentissage de la but&#233;e, de la limite ; quand il fait d&#233;faut, il se fait par le passage &#224; l'acte avec tous les effets d&#233;l&#233;t&#232;res et mortif&#232;res que cela entra&#238;ne. Cet &#233;tat des choses (visible aussi bien au plan individuel et collectif que politique) est porteur des plus gros dangers pour notre monde en tant que nous avons acquis les possibilit&#233;s technoscientifiques de tout d&#233;truire d'une mani&#232;re syst&#233;mique, que ce soit violemment, tr&#232;s lentement, ou m&#234;me en faisant passer cet an&#233;antissement minutieux pour un projet salvateur (Cf. les projets de g&#233;o-ing&#233;nierie nanotechnologique comme recours contre les effets des surcro&#238;ts de gaz &#224; effet de serre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cinqui&#232;me th&#232;se &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce qui pr&#233;c&#232;de (y compris les profonds traumas de guerres) constitue le terreau d'une &#233;volution sociale et psychique in&#233;dite qui a &#233;t&#233; favoris&#233;e et s'incarne &#224; merveille dans &#171; l'American Way of life &#187; : la jouissance de l'objet 14 et la tyrannie de l'imm&#233;diat fondent une double &#171; forclusion du sujet &#187; 15. Les dispositions psychiques elles-m&#234;mes, qui permettaient de penser, de sublimer, ont progressivement &#233;t&#233; d&#233;valu&#233;es : ce qui est de l'ordre de la Culture, de la cr&#233;ation, de la r&#233;flexion critique, est partout mis au ban, sans avoir m&#234;me besoin de le formuler, encore moins de le planifier ; l'efficacit&#233; imm&#233;diate, le taux de retour sur investissement ou l'image de marque sont devenus les crit&#232;res d'un utilitarisme universellement admis et promu. Cela a engendr&#233;, avec le leurre g&#233;n&#233;ralis&#233; d'un pr&#233;tendu individualisme 16 (en fait un conformisme totalement et vulgairement format&#233;), une irr&#233;sistible &#171; m&#232;reversion &#187; 17 de la d&#233;mocratie dont la figure s'est progressivement tourn&#233;e vers une sorte de totalitarisme d&#233;mocratique. La mise en place de cet &#201;tat politique doit beaucoup au coup de ma&#238;tre initial (encore tr&#232;s largement sous-estim&#233;, car peu &#233;tudi&#233;, et dont les archives sont encore pour partie inaccessibles), qu'a repr&#233;sent&#233; le Manhattan Project durant les ann&#233;es de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sixi&#232;me th&#232;se &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'appelle &#171; secrets de la famille occidentale &#187; tout ce qui a conduit &#224; Auschwitz et &#224; Hiroshima. Ceux-ci, d'indicibles apr&#232;s-guerre, sont devenus innommables &#224; la seconde g&#233;n&#233;ration et deviennent inimaginables pour la troisi&#232;me, celle d'aujourd'hui. Cela a &#233;galement entra&#238;n&#233; des ruptures de m&#233;moire qui compliquent la n&#233;cessaire conscience du &#171; peu d'avenir que contient le temps o&#249; nous sommes &#187; 18. En plus de la difficult&#233; accrue qui s'ensuit pour affronter l'immensit&#233; de ces crimes voil&#233;s contre l'humanit&#233;, cela entra&#238;ne &#233;videmment leur refoulement. Il en r&#233;sulte que la mort &#224; grande &#233;chelle v&#233;hicul&#233;e par l'&#233;nergie atomique (et cette civilisation industrielle) a &#233;t&#233; prise dans la banquise de profonds d&#233;nis, ce qui a fortement contribu&#233; &#224; anesth&#233;sier la conscience de cette CHOSE et de ses dangers &#224; tous les niveaux de la soci&#233;t&#233; : civile, technicienne, scientifique, philosophique et politique. La privatisation &#171; des exploitants &#187; en cours depuis trente ans, avec son cort&#232;ge de d&#233;motivations et de suicides reconnus apr&#232;s-coup, d'externalisations et de d&#233;parts massifs &#224; la retraite, occasionnent d'autres types de ruptures de m&#233;moire propre aux macro-syst&#232;mes sociotechniques &#224; interactions complexes et couplages forts 19 qui sont totalement in&#233;dits par leur extension et leur diversit&#233;. D'autres facteurs historiques, sociaux, organisationnels et techniques, notamment le vieillissement des installations jusqu'&#224; soixante ans, comme le souhaite EDF, augmentent la probabilit&#233; d'une occurrence de catastrophe nucl&#233;aire majeure dans ce pays, jusqu'&#224; la rendre in&#233;luctable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Septi&#232;me th&#232;se &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France entretient de dr&#244;les de liens avec sa m&#233;moire historique, et pour cause. Comme il y eut une dr&#244;le de guerre de septembre 1939 &#224; mai 1940, une profonde d&#233;faite de juin 1940 &#224; juin 1944, une curieuse collaboration durant ces quatre ann&#233;es, une troublante lib&#233;ration import&#233;e d'outre-Atlantique et initialement pr&#233;vue en occupation militaire 20, il s'est mis en place une &#233;trange victoire d'ao&#251;t 1944 &#224; octobre 1945. Que l'historiographie fran&#231;aise ait eu besoin d'&#234;tre &#233;branl&#233;e, trente ans apr&#232;s, par un chercheur &#233;tranger, Robert Paxton, pour ouvrir les yeux sur ce douloureux pass&#233;, n'est pas sans signification pour ce qui nous pr&#233;occupe. Car dans ce pays, plus que partout ailleurs, le nucl&#233;aire s'est &#233;tabli sur le profond d&#233;ni d'une r&#233;alit&#233; historique plus que d&#233;sagr&#233;able &#224; affronter, sans parler de la r&#233;it&#233;ration de ces am&#232;res d&#233;faites, quelques ann&#233;es plus tard, en Indochine et en Alg&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce d&#233;ni de tout un pan du pass&#233; (de 1940 &#224; 1962, presque le temps d'une g&#233;n&#233;ration), largement partag&#233; dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, qui coule encore, souterrainement, dans tout l'imaginaire de la classe politique &#224; travers le fantasme de &#171; glorieuses ann&#233;es &#187;. C'est ce qui explique aussi le statut intouchable et enkyst&#233; du nucl&#233;aire dont ils esp&#233;raient une r&#233;demption et qui en conserve une part de sacr&#233; &#224; leurs yeux, sacralit&#233; illustr&#233;e par la locution suivante : &#171; l'ind&#233;pendance-&#233;nerg&#233;tique-et-militaire-de-la-Nation &#187; 21. &#201;rig&#233; en principe intangible qui infuse dans la haute administration, dans les grands corps et parmi les technocrates, ce profond d&#233;ni est caract&#233;ristique de l'imaginaire des politiques fran&#231;ais : ils veulent encore tous croire dur comme fer que le nucl&#233;aire fran&#231;ais est exceptionnellement s&#251;r et qu'il n'y a donc pas lieu d'affoler la population, ni m&#234;me de s'en pr&#233;occuper. Cela constitue &#233;videmment une des meilleures mani&#232;res de pr&#233;parer l'av&#232;nement d'un accident majeur car ce fut exactement l'&#233;tat d'esprit du &#171; village nucl&#233;aire &#187; japonais (politiques, administrateurs, r&#233;gulateurs, industriels et exploitants confondus 22) &#224; la veille de Fukushima &#8211; un &#233;tat caract&#233;ris&#233; par une incomp&#233;tence &#224; peine croyable, la dissimulation, les malversations, une impr&#233;paration maximale &#8211; et ce sera exactement la m&#234;me chose en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Huiti&#232;me th&#232;se &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans les semaines suivant Nagasaki, avant m&#234;me la cr&#233;ation de la &#171; joint commission 23 &#187; puis de l'Atomic Bomb Casualty Commission 24, que se sont mis en place les termes d'un d&#233;bat sur les contaminations aux faibles doses qui n'en finit pas depuis plus de soixante ans, alors que c'est une question de sant&#233; publique de premi&#232;re importance. &#201;tudier ce qui s'est vraiment pass&#233; juste apr&#232;s le d&#233;sastre, au Japon, en 1945, reste d'une br&#251;lante actualit&#233; : autant que l'on sache, des pans entiers de cette r&#233;alit&#233; sont encore sous le sceau du secret. J'emploie l'expression autant que l'on sache, car, au fur et &#224; mesure que l'on se penche sur l'histoire de cette industrie nucl&#233;aire civile et militaire, on prend conscience qu'elle est marqu&#233;e du double sceau du secret et de la mort. Cette question m&#233;riterait &#233;galement d'&#234;tre examin&#233;e d'un point de vue &#233;pist&#233;mologique : au village nucl&#233;aire international qui d&#233;nie ces effets en les nommant &#171; stochastiques &#187;, c'est-&#224;-dire non d&#233;terministes, il faudrait renvoyer l'ind&#233;terminisme fondamental qui caract&#233;rise tout ce qui concerne les ph&#233;nom&#232;nes engendr&#233;s par le bombardement neutronique non contr&#244;l&#233; d'un noyau d'uranium ou de plutonium.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Neuvi&#232;me th&#232;se &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dimensions exceptionnelles du &#171; Manhattan Project &#187; n'ont pas &#233;t&#233; suffisamment &#233;tudi&#233;es ou prises en compte pour de multiples raisons et dans de multiples domaines. Or ce projet inaugure ce &#171; dispositif &#224; 360&#176; &#187; caract&#233;ristique d'une d&#233;rive des &#201;tats, synchrone de l'imp&#233;riale &#171; American Way of life &#187; qui fut non n&#233;gociable depuis ses d&#233;buts. Sur le mode d'une rationalit&#233; calculatrice sans v&#233;rit&#233;, avec la science pour puissant r&#233;f&#233;rent universel, le totalitarisme d&#233;mocratique qui s'est progressivement mis en place n'a pas pris pour mod&#232;le celui des ann&#233;es 30 en Europe. Le &#171; plus jamais &#231;a &#187; est donc totalement inad&#233;quat pour d&#233;crypter cette mutation &#233;conomique et politique du lien social. L'encerclement id&#233;ologique des individus qui s'en est suivi a pour pendant la mis&#233;rable &#171; circularit&#233; des raisons de vivre &#187; que la production industrielle de masse a impos&#233; avec la consommation de ses produits par ses propres producteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dixi&#232;me th&#232;se &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que contient la piscine N&#176;4 de Fukushima, ce ne sont pas seulement trois cents tonnes d'assemblages neufs et irradi&#233;s, c'est l'&#233;quivalent de trois &#171; coeurs &#187; de r&#233;acteurs (50 % de plus qu'&#224; Tchernobyl). Elle contient le danger, suspendu &#224; trente m&#232;tres de hauteur, de rayer de la carte une grande partie du Japon, avec des cons&#233;quences mondiales impr&#233;visibles 25. Qu'en disent les autorit&#233;s, le village nucl&#233;aire international et les m&#233;dias, en particulier en France ? Les uns sont dans leur d&#233;ni constitutif, quant aux autres, il faut avoir entendu, au moins une fois dans sa vie, ce type de conf&#233;rence de presse pour en croire ses oreilles 26&#8230; Au temps de l'Anthropoc&#232;ne, la notion de catastrophe sous-entend la d&#233;vastation totale de l'&#233;cosph&#232;re comme horizon, m&#234;me si les sp&#233;cificit&#233;s, les spatialit&#233;s et les temporalit&#233;s des diverses catastrophes ne sont pas pr&#233;visibles. Depuis les ann&#233;es 40, le monde est devenu un laboratoire d'essais de la toute-puissance &#224; l'&#233;chelle1:1. Les animaux sont devenus des produits industriels d&#232;s 1865 &#224; Chicago ; les &#234;tres humains, eux, de la chair &#224; canon, des cobayes 27, des ressources, puis des variables d'ajustement selon les besoins ; quant au vivant, aujourd'hui brevetable, il est en passe d'&#234;tre enti&#232;rement aux mains de trusts transnationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Onzi&#232;me th&#232;se &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme il y eut des Faurisson, il y a des n&#233;gationnistes de l'Anthropoc&#232;ne. Il est de la toute premi&#232;re importance de comprendre que la toute puissance &#8211; au besoin arm&#233;e &#8211; fut et reste le cadre dans lequel ils ont v&#233;cu, dans lequel ils demeurent, et qui a fa&#231;onn&#233; leur &#234;tre int&#233;rieur : ils s'y accrocheront jusqu'&#224; la derni&#232;re minute. En ce sens, avec Auschwitz, le nucl&#233;aire, &#171; fils-a&#238;n&#233;-de-la-science &#187; reste une cl&#233; de vo&#251;te capitale de l'imaginaire occidental qui m&#232;ne le monde &#224; sa perte. La toute-puissance nucl&#233;aire repr&#233;sente le saut de la mort o&#249; certains veulent entra&#238;ner l'Humanit&#233; et l'&#233;cosph&#232;re. La d&#233;construction de cet imaginaire, pi&#232;ce &#224; pi&#232;ce, est une condition n&#233;cessaire, bien qu'insuffisante, pour pr&#233;server notre humanit&#233; au quotidien et aussi celle de nos descendants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Douzi&#232;me th&#232;se &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme le n&#233;olib&#233;ralisme financier n'a plus besoin de parler politique pour faire la politique du monde, mieux, pour mettre &#224; genoux des dirigeants politiques partout asservis &#224; leurs soifs de liquidit&#233;s, le nucl&#233;aire, qui, partout, a &#233;t&#233; promu par des complexes scientifico-militaro-industriels et a &#233;t&#233; impos&#233; par des minorit&#233;s,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;se pr&#233;sente comme l'assurance d'un confort &#224; bon march&#233; incontournable, encourag&#233; en cela par la consommation de masse et une politique de croissance illusoire. Encourag&#233; aussi par l'absence d'&#233;tudes exhaustives contradictoires en la mati&#232;re, il se paye le luxe de se pr&#233;senter sur le papier glac&#233; des m&#233;dias comme une &#233;nergie propre et &#233;conomique. Et m&#234;me apr&#232;s la catastrophe de Fukushima, s'il advenait que des am&#233;nagements de s&#233;curit&#233; en viennent &#224; lui &#234;tre impos&#233;s, le village nucl&#233;aire international a d'ores et d&#233;j&#224; pr&#233;par&#233; sa r&#233;ponse : il exige d'ores et d&#233;j&#224; en contrepartie de pouvoir prolonger l'exploitation des installations le plus longtemps possible 28, c'est-&#224;-dire jusqu'&#224; la derni&#232;re minute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Treizi&#232;me th&#232;se. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la domination sans partage du mode de connaissance scientifique, tous les verrous qui rendaient le r&#233;el incontournable et avivaient ainsi le DESIR ont saut&#233;. Le r&#233;el a alors acquis un autre statut : de fondamentalement inatteignable, il est pr&#233;tendument devenu &#224; la port&#233;e de l'homme demain matin. Cela peut s'&#233;noncer autrement : les sciences peuvent nous dire tout le vrai, plus rien ne peut &#233;chapper, la transparence est possible et toute entrave &#224; la jouissance imm&#233;diate trouvera sa solution finale (c'est ainsi que doivent se penser les projets de g&#233;o-ing&#233;nierie). Ce paradigme de la toute-puissance est au coeur de l'invention et de l'utilisation de l'&#233;nergie atomique. C'est, &#8211; avec ses dangers incommensurables &#8211; ce qui fait du nucl&#233;aire l'essence philosophique incontournable du politique postmoderne. En ce sens, la toute- puissance constitutive du nucl&#233;aire participe bien plus que d'une id&#233;ologie ou d'un r&#233;cit de fondation. Elle s'appuie et rel&#232;ve d'une nouvelle conception de l'humanit&#233; et son anthropologie reste &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quatorzi&#232;me th&#232;se. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La synergie avec le n&#233;olib&#233;ralisme financiaris&#233; est devenue envahissante, tr&#232;s pr&#233;occupante m&#234;me, car la consigne sociale de celui-ci est de faire sauter toutes les bornes, de gommer la notion m&#234;me de limite, pour pouvoir miser sur une croissance et une expansion sans fins, avec pour horizon une catastrophe plan&#233;taire &#224; laquelle les uns et les autres pr&#233;parent subrepticement les populations 29. Au niveau individuel, il est devenu hautement recommand&#233; de faire appel &#224; la technoscience pour &#233;viter d'avoir &#224; se confronter au r&#233;el et &#224; &#233;prouver la perte, la solitude, la finitude, notre mortalit&#233; &#8211; autrement dit la condition humaine qui nous am&#232;nerait &#224; prendre conscience et &#224; r&#233;agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quinzi&#232;me th&#232;se. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique, pour identifier les &#233;l&#233;ments n&#233;gatifs d'un ordre social et politique, a besoin d'un horizon de sens, et le seul qui vaille, en ces domaines, c'est celui de l'&#233;mancipation. Or, de ce c&#244;t&#233;-l&#224;, le ciel s'&#233;tait bien obscurci, et pour de multiples raisons, depuis quelque temps. Ce qui fait que, souvent, l'analyse n'a plus de points d'appui, plus de rep&#232;res, &#233;vite m&#234;me soigneusement de d&#233;velopper toute probl&#233;matique : &#171; on se r&#233;f&#232;re &#224; un ensemble de connaissances tr&#232;s &#233;labor&#233;es mais qui deviennent sans cons&#233;quences, dont il ne sera rien tir&#233;. C'est par exemple ce que l'on rencontre fr&#233;quemment dans certains discours acad&#233;miques : une accumulation de connaissances tr&#232;s d&#233;velopp&#233;es, tr&#232;s int&#233;ressantes, un d&#233;ploiement de savoirs rigoureux et argument&#233;s qui, pourtant, peuvent tr&#232;s bien ne jamais devoir engager leur auteur et se r&#233;v&#232;lent d&#232;s lors sans aucun effet 30 &#187;. C'est le prix, depuis trente ans, des d&#233;faites, des reniements, de l'envahissement n&#233;olib&#233;ral et d'une forme de servage in&#233;dite dans l'histoire de l'humanit&#233;. Faute de cet horizon d'&#233;mancipation, le devenir catastrophique du monde et du vivant &#8211; qu'il ait pour origine des activit&#233;s industrielles, nucl&#233;aires ou financi&#232;res &#8211; est venu en prendre la place dans la critique. Et apr&#232;s tout, ce pourrait &#234;tre un retour salutaire &#224; la mat&#233;rialit&#233;, &#224; la r&#233;alit&#233;&#8230; de ce que nous vivons..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Le temps est venu de lancer des groupes de recherche, des conf&#233;rences ou des s&#233;minaires autonomes, bref toute forme d'&#233;laboration intellectuelle ind&#233;pendante, sans laquelle aucun changement de cap ne pourra se faire. Sans oublier que les r&#233;seaux informatiques ne pourront jamais rivaliser avec l'action coordonn&#233;e des hommes, le devenir de tous les &#171; printemps arabes &#187; est une malheureuse illustration de cette autre n&#233;cessit&#233; : celle de &#171; penser le monde &#187; avant que d'autres le fassent &#224; notre place et s'emparent de l'espace de d&#233;mocratie ainsi cr&#233;&#233;. Les militaires, les &#233;conomistes, les politiques lib&#233;raux, avaient tr&#232;s t&#244;t compris (d&#232;s 1947 avec la soci&#233;t&#233; du Mont P&#232;lerin) qu'il ne pouvait y avoir d'issue politique en leur faveur sans avoir au pr&#233;alable gagn&#233; la bataille des id&#233;es : ils ont financ&#233; les radios, les t&#233;l&#233;visions, les universit&#233;s, les &#171; think- tank &#187; par milliers pour d&#233;faire l'ex-URSS puis les mouvements contestataires des ann&#233;es 60 et ont pr&#233;par&#233; patiemment l'av&#232;nement n&#233;olib&#233;ral. Hors cette lutte d&#233;termin&#233;e sur le terrain des id&#233;es, il n'y a pas d'autre possibilit&#233; de les emp&#234;cher de mener le monde et notre humanit&#233; &#224; leur perte. Le nombre de d&#233;cennies qu'il nous reste pour les arr&#234;ter se compte vraisemblablement sur les doigts d'une main. Pour le moment, ce que nous avons tous &#224; y gagner, c'est qu'il n'y a pas non plus d'autre mani&#232;re de rester humain, jour apr&#232;s jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) En 2011, pour le vingt-cinqui&#232;me &#171; anniversaire de Tchernobyl &#187; et suite &#224; la catastrophe de Fukushima, un appel 31 intitul&#233; &#171; Hiroshima, Tchernobyl, Fukushima : des crimes contre l'Humanit&#233; &#187; fut publi&#233;. Cet appel &#224; la conscience morale et politique, sign&#233; par un certain nombre de philosophes et de personnalit&#233;s &#8211; Paul Ari&#232;s, Marc Atteia, Marie-Christine Gamberini, Rapha&#235;l Granvaud, Alain Gras, Fran&#231;ois Jarrige, Eva Joly, Baudouin Jurdant, Paul Lannoye, Serge Latouche, Frederick Lemarchand, Corinne Lepage, St&#233;phane Lhomme, Jean-Marie Matagne, Jean-Marie Pelt, Pierre Rabhi, Jacques Testart, Alexe&#239; Yablokov &#8211; traduit en six langues (dont le japonais et le chinois) fit le tour du monde sur Internet. Fallait-il le transformer en p&#233;tition internationale ou le laisser subsister ainsi, fragile, &#224; la surface de la m&#233;moire, comme l'&#233;motion qui suit l'&#233;coute d'une oeuvre musicale, surtout quand l'artiste indique au public que le silence qui suit fait partie de l'interpr&#233;tation qu'il vient de lui donner ? En tous cas, nous avons eu la satisfaction de constater (y compris aux Etats-Unis) qu'il n'est pas rare maintenant de voir CES CRIMES appel&#233;s par leurs noms. Cet appel est une illustration des possibilit&#233;s immenses de chacun d'entre nous, pour peu que nous en sentions la n&#233;cessit&#233; en tant qu'&#234;tre humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Une des marques essentielles d'une oeuvre artistique, c'est qu'elle bouleverse notre &#234;tre. Et, lorsqu'une chape de plomb p&#232;se sur les m&#233;moires et les consciences, une oeuvre d'art peut contribuer de mani&#232;re d&#233;cisive &#224; dessiller nos regards, car elle a ce pouvoir incomparable de nous rendre envisageable (et m&#234;me repr&#233;sentable) ce qui est socialement refoul&#233; et qui fait d&#233;faut dans l'&#233;laboration intellectuelle. En France, des films comme Les sentiers de la gloire de Stanley Kubrick, Le chagrin et la piti&#233; de Marcel Oph&#252;ls, et Shoah de Claude Lanzmann, quelques r&#233;serves que l'on y fasse, furent des &#233;v&#233;nements multidimensionnels aussi bien par leur propos que leur ampleur de vues. De m&#234;me, les oeuvres de Primo Levi, Robert Antelme, David Rousset, Charlotte Delbo, Jorge Semprun, Jean Am&#233;ry, furent d'une importance d&#233;cisive lorsque dans l'apr&#232;s-guerre, il fallut rendre la voix &#224; ces rescap&#233;s des camps de la mort alors que l'on s'&#233;chinait &#224; en &#233;touffer la parole une seconde fois. Autrement dit, lorsque le silence ou le refoulement sont de mise, les artistes ont un r&#244;le de d&#233;voilement irrempla&#231;able 32. Or il s'est pass&#233; quelque chose de fondamental &#224; Hiroshima sur le plan de la trag&#233;die, du path&#233;tique, du politique, de la vie elle-m&#234;me. Souvenons-nous que les cinquante-cinq r&#233;acteurs japonais ont avant tout &#233;t&#233; construits sur les failles de cette m&#233;moire. Il y aura d'autres Fukushima, ici m&#234;me, car du point de vue de la m&#233;moire, nous avons des b&#233;ances au moins aussi imposantes que celles du peuple japonais, et le d&#233;ni en plus (le parall&#232;le entre les deux pays est d'ailleurs fort instructif). C'est pourquoi nous attendons avec impatience des Canto G&#233;n&#233;ral &#233;crits par des Patrick Chamoiseau, &#201;douard Glissant, Viviane Forrester, Andr&#233; Velter, Armand Gatti, Beaudoin de Bodinat et orchestr&#233;s par un Mikis Theodorakis. C'est un Sophocle, un Euripide ou un Eschyle que nous esp&#233;rons, pour mettre en sc&#232;ne la trag&#233;die, unique, que l'humanit&#233; et le monde sont en train de vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Marc Royer d&#233;cembre 2012/janvier 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je tiens &#224; remercier Paul Ari&#232;s et Christophe Bonneuil pour leurs encouragements, Alain Gras, Quentin Hardy, Serge Latouche et Sandrine Marchal pour leur relecture de cet article.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Et sur celles de Michel Henry, Jean-Claude Mich&#233;a, Majid Rahnema, Corn&#233;lius Castoriadis, Jean-Pierre Lebrun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Roger Belb&#233;och a lu la presse internationale. Il fait part de ce travail dans une interview (en bas de page) sur &lt;a href=&#034;http://www.dissident-media.org/infonucleaire/brevet_bombea.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.dissident-media.org/infonucleaire/brevet_bombea.html&lt;/a&gt;. Tout cela revenait aussi &#224; pr&#233;senter cette explosion comme l'implacable illustration du fait que, dor&#233;navant, nul ne pourrait plus jamais arr&#234;ter la marche du Progr&#232;s car sa puissance d&#233;passait maintenant, et de loin, toute volont&#233; humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 16 juillet, 6 et 9 ao&#251;t 1945.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 Les premiers mots d'Oppenheimer furent ceux de la Bhagavad-G&#238;t&#226; : &#171; Maintenant, je suis devenu la mort, le destructeur des mondes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Dispositif : &#171; tout ce qui a, d'une mani&#232;re ou d'une autre, la capacit&#233; de capturer, d'orienter, de d&#233;terminer, d'intercepter, de modeler, de contr&#244;ler, et d'assurer les gestes, les conduites, les opinions et les discours des &#234;tres vivants &#187;, Giorgio Agamben, Qu'est-ce qu'un dispositif ? Rivages, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 Il s'agit l&#224;, pour le dire vite, de l'utilisation des moyens d&#233;mocratiques contre la d&#233;mocratie, ce qui tend &#224; devenir syst&#233;matique en Occident. Une autre forme en est la d&#233;n&#233;gation des votes populaires rejetant les diff&#233;rents trait&#233;s europ&#233;ens ou, les &#171; ajustements &#187; l&#233;gislatifs et constitutionnels des pouvoirs ex&#233;cutifs afin de se soustraire aux poursuites judiciaires encourues &#224; la suite d'agissements d&#233;lictueux ou criminels ou pire encore et plus r&#233;cemment, la nomination de quatre financiers ayant transit&#233; par la m&#234;me banque, Goldmann Sachs, &#224; la t&#234;te de responsabilit&#233;s gouvernementales europ&#233;ennes en dehors de tout processus d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 Ingolf Diener, Namibie, une histoire, un devenir, &#201;ditions Karthala, Paris, 2000, &lt;a href=&#034;http://www.lautresite.com/new/edition/explo/hereros/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lautresite.com/new/edition/explo/hereros/&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;http://pressafrique.com/m102.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://pressafrique.com/m102.html&lt;/a&gt;. De m&#234;me, au Congo, entre 1890 et 1907, durant le r&#232;gne du roi L&#233;opold II de Belgique des massacres de masse avec ordre d'extermination des villageois ont &#233;t&#233; constat&#233;s, tout comme dans l'Oubangui-Chari. Sources : Arthur Conan Doyle, Le crime du Congo belge, Nuits rouges, 2005. Adam Hochschild, Les fant&#244;mes du roi L&#233;opold ; la terreur coloniale dans l'&#201;tat du Congo, Tallandier, 2007. Jules Marchal, E.D. Morel contre L&#233;opold II ; l'histoire du Congo, 1900-1910, t. 1 et 2, Harmattan, 2003, 2010. Joseph Conrad, Au coeur des t&#233;n&#232;bres, Flammarion, 2012. &lt;a href=&#034;http://www.pressafrique.com/m396.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.pressafrique.com/m396.html&lt;/a&gt; et Stephen Smith, G&#233;raldine Faes, Bokassa 1er ; un empereur fran&#231;ais, Calmann-L&#233;vy, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 En 1915 d&#233;j&#224;, un scientifique am&#233;ricain, Vernon M. L. Kellogg est nomm&#233; directeur du Comit&#233; d'aide aux Belges par le gouvernement des USA. C'est &#224; ce titre qu'il se trouve au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral allemand en 1917 et qu'il en rapporte un livre peu connu &#034; Headquarters Nights, a record of conversations and experiences at the headquarters of the german army in France and Belgium &#034; dans lequel il rapporte les th&#233;ories &#226;prement discut&#233;es au GQG allemand qu'il a fr&#233;quent&#233; au jour le jour. J'en ai traduit quelques extraits dans mon ouvrage, La science creuset de l'inhumanit&#233;. D&#233;coloniser l'imaginaire occidental, l'Harmattan, 2012, pp 49 et 152.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 Et jusque dans la l&#233;gislation su&#233;doise des ann&#233;es 1970. Cf. Andr&#233; Pichot, La Soci&#233;t&#233; pure. De Darwin &#224; Hitler, Flammarion, coll. &#171; Champs &#187;, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 Cf. mon ouvrage, opus cit&#233;, pp 43-65 et 82-85.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 Contribution personnelle au s&#233;minaire GATSEG de Dominique Pestre, Sezin Top&#231;u, Soraya Boudia, Amy Dahan. Mai 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 Je renvoie &#224; ce sujet &#224; la publication du Comit&#233; Europ&#233;en sur le risque de l'Irradiation, (CERI) Recommandations 2003 du CERI, &#201;d Frison Roche, 2004, p 168 ou au rapport en anglais sur : &lt;a href=&#034;http://www.euradcom.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.euradcom.org&lt;/a&gt; ou aux publications de l'acad&#233;mie des sciences de New-York ou bien encore &#224; mon ouvrage Note XV. Activit&#233;s nucl&#233;aires depuis 1965 : plus de soixante-cinq millions de morts, p 178.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 Cf. &#224; ce sujet l'appel international &#171; Hiroshima, Tchernobyl, Fukushima : des crimes contre l'humanit&#233; &#187; traduit en plusieurs langues et sign&#233; par une vingtaine de philosophes et personnalit&#233;s publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 La premi&#232;re bombe atomique qui explosa le 16 juillet 1945 avait pour nom de code Gadget.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 Forclusion ou enfermement. Dire que le &#171; sujet &#187;, au sens philosophique, est forclos ou &#171; barr&#233; &#187;, comme aurait dit Lacan, c'est dire qu'il ne peut advenir &#224; lui-m&#234;me. Autrement dit, les sujets c&#232;dent le pas &#224; leurs ombres, dans une qu&#234;te sans fin de la jouissance imm&#233;diate, ce qui convient &#224; merveille au syst&#232;me marchand qui sous-tend le &#171; totalitarisme d&#233;mocratique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 Cf. &#224; ce sujet l'oeuvre de Corn&#233;lius Castoriadis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 Concept emprunt&#233; &#224; Jean-Pierre Lebrun dans son ma&#238;tre ouvrage, La condition de l'homme n'est pas sans conditions, Deno&#235;l, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18 Beaudoin de Bodinat, La vie sur Terre. R&#233;flexion sur le peu d'avenir que contient le temps o&#249; nous sommes, Encyclop&#233;die des nuisances, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19 Extension du concept d'Alain Gras : les Macro syst&#232;mes complexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 Occupation militaire pr&#233;par&#233;e par les &#201;tats-unis sous le nom d'AMGOT, Allied Military Government of Occupied Territories.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 &#171; Ind&#233;pendance &#187; largement appuy&#233;e sur un n&#233;ocolonialisme plus destructeur que l'ancien. Cf. &#224; ce sujet Rapha&#235;l Granvaud, Areva en Afrique ; une face cach&#233;e du nucl&#233;aire fran&#231;ais, Agone, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 Cf. &#224; ce sujet le rapport de la commission ind&#233;pendante de la Di&#232;te japonaise sur Fukushima, The national Diet of Japan. Fukushima Nuclear Accident Independent Investigation Commission (NAIIC), ann&#233;e 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23 En septembre et octobre 1945 au moins trois commissions &#233;tats-uniennes diff&#233;rentes se rendirent au Japon. Cela commen&#231;ait &#224; tirer &#224; hue et &#224; dia. Mac Arthur exigea donc une r&#233;union de ces entit&#233;s de mani&#232;re &#224; mieux les contr&#244;ler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24 Atomic Bomb Casualty Commission, fond&#233;e en 1946 par les &#201;tats-Unis dans le Japon occup&#233; pour r&#233;cup&#233;rer le maximum d'&#233;l&#233;ments, d'enqu&#234;tes et de travaux sur les irradiations et les contaminations atomiques afin d'en interdire l'acc&#232;s ou l'usage ult&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25 CF. l'&#233;tude que j'ai coordonn&#233;e avec P. Fetet, publi&#233;e sur son blog : &lt;a href=&#034;http://ddata.over-&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://ddata.over-&lt;/a&gt; blog.com/4/37/62/00/piscine-4/Piscine-du-R4-V9&#8212;2-.pdf&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 Pour se faire une id&#233;e pr&#233;cise ce cette complicit&#233;, il faut absolument regarder la seconde partie de la conf&#233;rence de presse de l'ASN du 28 juin 2012 sur son site : &lt;a href=&#034;http://www.asn.fr/index.php/S-&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.asn.fr/index.php/S-&lt;/a&gt; informer/Actualites/2012/Rapport-de-l-ASN-2011-il-y-aura-un-avant-et-un-apres-Fukushima.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27 Entre 1942 et 1961, diverses &#171; exp&#233;riences &#187; d'irradiation et d'inoculation radioactives furent pratiqu&#233;es sur des enfants et des adultes civils et militaires &#233;tats-uniens d&#233;nomm&#233;s HP, Human Products : JP Desbordes, Les cobayes de l'apocalypse nucl&#233;aire, Roularta, 2011, pp 54 &#224; 62.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28 Ce qui revient &#224; tenter de reprendre d'une main ce que l'on a accord&#233; de l'autre, sans parler de toutes des strat&#233;gies de lobbying destin&#233;es &#224; affaiblir le contenu des recommandations applicables, ni des lenteurs bureaucratiques opposables, ni du d&#233;tournement des r&#232;gles dans l'application des proc&#233;dures obligatoires, ni des externalisations galopantes. Cf. &#224; ce sujet le rapport de la commission ind&#233;pendante de la Di&#232;te japonaise sur Fukushima, opus cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29 Cf. le projet Ethos in bulletin Criirad : &lt;a href=&#034;http://www.criirad.org/actualites/tchernobylfrancbelarus/conclusionsonu_aieasept05/tu22mensonges.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.criirad.org/actualites/tchernobylfrancbelarus/conclusionsonu_aieasept05/tu22mensonges.pdf&lt;/a&gt; ou la vid&#233;o de Michel Fernex : &lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=tyiSRxLYAss&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.youtube.com/watch?v=tyiSRxLYAss&lt;/a&gt; ou encore : &lt;a href=&#034;http://www.dissident-media.org/infonucleaire/codirpa.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.dissident-media.org/infonucleaire/codirpa.html&lt;/a&gt; ou bien encore l'&#233;tude des projets Ethos, Core, Sage, Parex in Marc Atteia, Le technoscientisme, le totalitarisme contemporain, Yves Michel, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 Jean-Pierre Lebrun, La condition humaine n'est pas sans condition, Deno&#235;l, 2010, p 23. Voir aussi Un monde sans limite, &#233;r&#232;s, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31 Publi&#233; par les Zindign&#233;(e)s en novembre 2011 et mis en ligne par Pierre Fetet sur le blog d&#233;di&#233; &#224; Fukushima : &lt;a href=&#034;http://fukushima.over-blog.fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://fukushima.over-blog.fr/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;32 L'horreur &#233;conomique de Viviane Forrester, un essai publi&#233; en 1996, diffus&#233; &#224; trois cent cinquante mille exemplaires et probablement lu par un million de Fran&#231;ais, traduit en vingt-quatre langues a, de ce point de vue, constitu&#233; un &#233;v&#233;nement qui &#233;tait l'oeuvre, comme dans toutes les p&#233;riodes troubles, d'un artiste, en l'occurrence d'un &#233;crivain-essayiste. D'o&#249; cette derni&#232;re th&#232;se en forme de triple appel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quinze th&#232;ses sur le nucl&#233;aire</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Quinze-theses-sur-le-nucleaire-12649</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Quinze-theses-sur-le-nucleaire-12649</guid>
		<dc:date>2012-12-18T09:09:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marc Royer</dc:creator>


		<dc:subject>Environnement</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2012-12-18</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; La le&#231;on pourra s'&#233;crire ainsi : toute authentique science politique nouvelle &#8211; de celle qu'invoquait autrefois imp&#233;rativement Tocqueville, et qu'il convoquait comme une n&#233;cessit&#233; alarm&#233;e &#8211; ne s'amorcera dor&#233;navant que d'une &#233;thique de la d&#233;sillusion, portail des oeuvres de lucidit&#233;. Il n'y aura probablement plus d'autre &#201;thique pertinente aujourd'hui que celle qui s'amorce dans l'orientation de cet &#034;axe&#034;. Qui y &#233;tablit ses bases. Qui ne dit pas le Bien, mais qui scrute d'abord le Mal. &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Environnement-41-" rel="directory"&gt;Environnement&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Environnement-187-+" rel="tag"&gt;Environnement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2012-12-18-+" rel="tag"&gt;Edition du 2012-12-18&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH112/arton12649-0669e.png?1782114307' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La le&#231;on pourra s'&#233;crire ainsi : toute authentique science politique nouvelle &#8211; de celle qu'invoquait autrefois imp&#233;rativement Tocqueville, et qu'il convoquait comme une n&#233;cessit&#233; alarm&#233;e &#8211; ne s'amorcera dor&#233;navant que d'une &#233;thique de la d&#233;sillusion, portail des oeuvres de lucidit&#233;. Il n'y aura probablement plus d'autre &#201;thique pertinente aujourd'hui que celle qui s'amorce dans l'orientation de cet &#034;axe&#034;. Qui y &#233;tablit ses bases. Qui ne dit pas le Bien, mais qui scrute d'abord le Mal. &#187; &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G&#233;rard Rabinovitch, Inqui&#232;te ton voisin comme toi-m&#234;me. Notes critiques sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ces th&#232;ses ne sont que la suite d'un travail sur la place de la connaissance scientifique dans l'imaginaire occidental et les pr&#233;liminaires d'un travail au long cours. Elles se situent r&#233;solument du c&#244;t&#233; de la r&#233;flexion philosophique qu'impose l'&#232;re nucl&#233;aire et sur les traces de G&#252;nther Anders&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et sur celles de Michel Henry, Jean-Claude Mich&#233;a, Majid Rahnema, Corn&#233;lius (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re th&#232;se &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce 6 ao&#251;t 1945, l'&#233;nergie nucl&#233;aire s'est d'embl&#233;e massivement impos&#233;e &#224; la conscience de l'humanit&#233; comme un commandement adress&#233; &#224; chacun, car, d&#232;s le lendemain, tous les pouvoirs (sauf Staline qui fulminait), tous les journaux, tous les intellectuels, tous les &#233;ditorialistes, tous les philosophes, sauf Albert Camus et G&#252;nther Anders, se sont abandonn&#233;s &#224; cette lourde menace, ou pire, l'ont c&#233;l&#233;br&#233; comme une grande r&#233;volution scientifique, voir la promesse d'une &#232;re nouvelle pour l'humanit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roger Belb&#233;och a lu la presse internationale. Il fait part de ce travail (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais entre l'exhortation g&#233;n&#233;rale &#224; c&#233;l&#233;brer le progr&#232;s, et la conscience diffuse qu'un meurtre de masse venait peut-&#234;tre encore d'&#234;tre commis (les photos publiques d'Auschwitz dataient de quelques semaines), tout s'est pass&#233; comme si une gigantesque injonction subliminale avait &#233;t&#233; adress&#233;e &#224; l'humanit&#233; dans son ensemble, que l'on pourrait ainsi formuler : &lt;i&gt;&#171; tu admireras ma science du d&#233;sastre &#187;&lt;/i&gt;, autrement dit,&lt;i&gt; &#171; tu honoreras ce qui d&#233;truit l'humanit&#233; &#224; laquelle tu appartiens &#187;&lt;/i&gt;. Ainsi, comme aux temps des Pharaons, la prosternation fut g&#233;n&#233;rale devant cette &#233;clatante d&#233;monstration de toute-puissance et, d&#232;s le premier jour, le grand oeuvre du refoulement fut initi&#233; : il fut &#224; la mesure de la menace qui pesait pour la premi&#232;re fois sur l'ensemble du vivant et de l'&#233;cosph&#232;re. Cet &#233;t&#233;-l&#224;, les trois coups mortif&#232;res de la toute-puissance occidentale ont retenti&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;16 juillet, 6 et 9 ao&#251;t 1945.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; le second acte de cette trag&#233;die n'est pas termin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deuxi&#232;me th&#232;se &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les premi&#232;res photos (vues du ciel, et transmises par les militaires), montrent la d&#233;vastation des villes d'Hiroshima et Nagasaki (il faudrait plut&#244;t dire leur volatilisation) qui fut si compl&#232;te que les mots manqu&#232;rent pour le dire. Et c'&#233;tait bien un des buts poursuivis en exhibant ce d&#233;sastre apr&#232;s-coup, car, outre l'aspect purement destructif de cette nouvelle arme scientifique, les autres r&#233;sultats recherch&#233;s furent largement atteints, que l'on pourrait r&#233;sumer dans la formule suivante : ficher au creux des inconscients une munition anti-personnelle &#224; retardement destin&#233;e &#224; faire des trous dans l'ordre symbolique du sujet (le langage) longtemps apr&#232;s l'explosion. Depuis, ces trous dans l'ordre symbolique n'ont fait que cro&#238;tre et sont devenus les niches d'une nouvelle servitude, car un des moyens dont dispose l'id&#233;ologie pour devenir inintelligible et invuln&#233;rable, c'est justement d'infiltrer le langage, les mots de chaque jour. D'autre part, cette forte sid&#233;ration des consciences a constitu&#233; ce que l'on pourrait appeler l'exp&#233;rimentation princeps (&#224; cette &#233;chelle) de la &#171; strat&#233;gie du choc &#187;, laquelle inaugure ainsi (combin&#233;e au dispositif &#224; 360&#176;) l'usage d'un des leviers de la gouvernance propre au totalitarisme d&#233;mocratique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit l&#224;, pour le dire vite, de l'utilisation des moyens d&#233;mocratiques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Condition non suffisante, mais n&#233;cessaire : c'est dans la critique radicale de cet ordre symbolique embarqu&#233; (embedded) et dans celle de l'imaginaire qu'on lui propose &#224; peu de frais, que le sujet a des chances de maintenir une parole vivante, et le monde de survivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Troisi&#232;me th&#232;se &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Levinas avait attir&#233; l'attention sur le fait, pour lui paradoxal, qu'une civilisation, qui avait proclam&#233; la valeur absolue de la personne, a industriellement massacr&#233; ou laiss&#233; massacrer six millions d'&#234;tres humains du seul fait qu'ils &#233;taient juifs, tziganes, homosexuels, intern&#233;s en psychiatrie ou opposants. Il ajoutait que, malheureusement, la culture occidentale n'avait pas pu l'emp&#234;cher. Or, le premier g&#233;nocide du si&#232;cle, &#233;galement perp&#233;tr&#233; par l'Allemagne, le fut entre 1904 et 1908 en Namibie, contre les Herero&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ingolf Diener, &#034; Namibie, une histoire, un devenir &#034;, Editions Karthala, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; tandis qu'&#224; ce moment-l&#224;, les pratiques eug&#233;nistes fleurissaient aux Etats-Unis, en Allemagne (et en Su&#232;de jusque dans les ann&#233;es 1970&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#224; ce sujet Andr&#233; Pichot, La Soci&#233;t&#233; pure. De Darwin &#224; Hitler, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Une constatation s'impose : la culture fut infiltr&#233;e de l'int&#233;rieur et ce n'&#233;tait certainement pas de ce c&#244;t&#233;-l&#224; qu'un rempart solide pouvait &#234;tre dress&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. mon ouvrage La science creuset de l'inhumanit&#233;. D&#233;coloniser l'imaginaire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Parce qu'ils sont l'avers et le revers d'une m&#234;me &#171; m&#233;daille occidentale &#187;, il faut, n'en d&#233;plaise aux antiquaires de l'Histoire et de la Philosophie, consid&#233;rer ensemble Auschwitz et Hiroshima, qui ont marqu&#233; &#224; jamais la conscience de l'humanit&#233; et le devenir de la plan&#232;te de leurs sceaux ind&#233;l&#233;biles. Ce n'est pas seulement que la mort industrielle et scientifique y montrait son vrai visage, en 1945 ; il s'est alors ouvert une nouvelle p&#233;riode de l'histoire humaine et de l'Anthropoc&#232;ne dont toutes les dimensions sont encore m&#233;connues ou tr&#232;s largement m&#233;sestim&#233;es, ce qui fait que l'on parle encore de mani&#232;re laudative des trente ann&#233;es qui ont suivi la seconde Guerre mondiale comme de &#171; trente glorieuses &#187; ann&#233;es alors que jamais, depuis la nuit des temps, la Terre, le vivant et l'humanit&#233; n'avaient &#233;t&#233; confront&#233;s &#224; d'aussi dures &#233;preuves. Un seul exemple : qui se soucie de ce que, depuis 1945, les plus de 2 400 explosions atomiques &#8211; et tous les autres avatars du nucl&#233;aire &#8211; auront provoqu&#233; plus de soixante-cinq millions de morts, c'est-&#224;-dire plus que la seconde Guerre mondiale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je renvoie &#224; ce sujet &#224; la publication Comit&#233; Europ&#233;en sur le risque de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quatri&#232;me th&#232;se &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de leurs sp&#233;cificit&#233;s, Auschwitz et Hiroshima ont plusieurs traits en commun dont l'un d'entre eux est capital : ce sont des crimes commis contre l'Humanit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#224; ce sujet l'appel international &#171; Hiroshima, Tchernobyl, Fukushima : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De ce fait, la g&#233;n&#233;ration d'apr&#232;s-guerre a eu en cadeau dans son berceau les signifiants des plus radicales exp&#233;riences de d&#233;shumanisation que le monde ait jamais connues. L'effet de ces d&#233;sastres n'est toujours pas apur&#233; dans les consciences et la civilisation occidentales, ce qui contribue &#224; mettre entre parenth&#232;ses tout sens moral et &#224; refouler ce qui en fait l'inhumanit&#233; radicale. La transmission entre g&#233;n&#233;rations en est profond&#233;ment affect&#233;e (sur quel cr&#233;dit moral la parole des ascendants peut-elle encore s'appuyer ?), ce que l'av&#232;nement de l'image t&#233;l&#233;visuelle, puis de l'informatique g&#233;n&#233;ralis&#233;e, redouble par la pr&#233;valence d'une proc&#233;dure de connaissance qui se voudrait imm&#233;diate dans les deux sens du terme, c'est-&#224;-dire sans aucun interm&#233;diaire et &#171; en temps r&#233;el &#187;. C'est ainsi que la parole des ascendants et la langue maternelle sont progressivement mises hors jeu. Or, cette transmission entre g&#233;n&#233;rations, c'est l'apprentissage de la but&#233;e, de la limite ; quand il fait d&#233;faut, il se fait par le passage &#224; l'acte avec tous les effets d&#233;l&#233;t&#232;res et mortif&#232;res que cela entra&#238;ne. Cet &#233;tat des choses (valable aussi bien au plan individuel ou collectif que politique) est porteur des plus gros dangers pour notre monde en tant que nous avons acquis les possibilit&#233;s technoscientifiques de tout d&#233;truire d'une mani&#232;re syst&#233;mique, que ce soit violemment, tr&#232;s lentement, ou m&#234;me en faisant passer cet an&#233;antissement minutieux pour un projet salvateur (Cf. les projets de g&#233;o-ing&#233;nierie nanotechnologique comme recours contre les effets des surcro&#238;ts de gaz &#224; effet de serre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cinqui&#232;me th&#232;se &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela (y compris les profonds traumas de guerres) constitue le terreau d'une &#233;volution sociale et psychique in&#233;dite qui a &#233;t&#233; favoris&#233; et s'incarne &#224; merveille dans &#171; l'American Way of life &#187; : la jouissance de l'objet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La premi&#232;re bombe atomique qui explosa le 16 juillet 1945 avait pour nom de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et la tyrannie de l'imm&#233;diat fondent une double &#171; forclusion du sujet &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Forclusion ou enfermement. Dire que le &#171; sujet &#187;, au sens philosophique, est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les dispositions psychiques elles-m&#234;mes, qui permettaient de penser, de sublimer, ont progressivement &#233;t&#233; d&#233;valu&#233;es : ce qui est de l'ordre de la Culture, de la cr&#233;ation, de la r&#233;flexion critique, est partout mis au ban sans avoir m&#234;me besoin de le formuler, encore moins de le planifier ; l'efficacit&#233; imm&#233;diate, le taux de retour sur investissement ou l'image de marque sont devenus les crit&#232;res d'un utilitarisme universellement admis et promu. Cela a engendr&#233;, avec le leurre g&#233;n&#233;ralis&#233; d'un pr&#233;tendu individualisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#224; ce sujet l'oeuvre de Corn&#233;lius Castoriadis.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (en fait un conformisme totalement et vulgairement format&#233;), une irr&#233;sistible m&#232;reversion &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Concept emprunt&#233; &#224; Jean-Pierre Lebrun dans son ma&#238;tre ouvrage, La condition (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de la d&#233;mocratie dont la figure s'est progressivement tourn&#233;e vers une sorte de totalitarisme d&#233;mocratique. La mise en place de cet &#201;tat politique doit beaucoup &#224; un coup de ma&#238;tre initial, encore tr&#232;s largement sous-estim&#233; (car peu &#233;tudi&#233; et pour partie encore inaccessible), qu'a repr&#233;sent&#233; le Manhattan Project durant les ann&#233;es de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sixi&#232;me th&#232;se (Premi&#232;re forme du d&#233;ni) &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les secrets de la famille occidentale (qu'est-ce qui a conduit &#224; Auschwitz et &#224; Hiroshima ?), d'indicible apr&#232;s-guerre, sont devenus innommables &#224; la seconde g&#233;n&#233;ration et deviennent inimaginables pour la troisi&#232;me, celle d'aujourd'hui. Cela a aussi entra&#238;n&#233; des ruptures de m&#233;moire qui compliquent la n&#233;cessaire conscience du &lt;i&gt;&#171; peu d'avenir que contient le temps o&#249; nous sommes &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Beaudoin de Bodinat, La vie sur Terre. R&#233;flexion sur le peu d'avenir que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En plus de la difficult&#233; accrue qui s'ensuit pour affronter l'immensit&#233; de ces crimes voil&#233;s contre l'humanit&#233;, cela entra&#238;ne &#233;videmment leur refoulement. Il en r&#233;sulte que la mort &#224; grande &#233;chelle v&#233;hicul&#233;e par l'&#233;nergie atomique (et cette civilisation industrielle) a &#233;t&#233; prise dans la banquise de profonds d&#233;nis, ce qui a fortement contribu&#233; &#224; anesth&#233;sier la conscience de LA CHOSE et de ses dangers &#224; tous les niveaux de la soci&#233;t&#233; civile, technicienne, scientifique, philosophique et politique. La privatisation des exploitants en cours depuis trente ans, avec son cort&#232;ge de d&#233;motivations et de suicides connus apr&#232;s-coup, d'externalisations et de d&#233;parts massifs &#224; la retraite, occasionnent d'autres types de ruptures de m&#233;moire propre aux &lt;i&gt;macro-syst&#232;mes sociotechniques &#224; interactions complexes et couplages forts&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Extension du concept d'Alain Gras : les Macro syst&#232;mes complexes.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui sont totalement in&#233;dits par leur extension et leur diversit&#233;. D'autres facteurs historiques, sociaux, organisationnels et techniques, notamment le vieillissement des installations jusqu'&#224; soixante ans, comme le souhaite EDF, augmentent la probabilit&#233; d'une occurrence de catastrophe nucl&#233;aire majeure dans ce pays jusqu'&#224; la rendre in&#233;luctable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Septi&#232;me th&#232;se (autres formes du d&#233;ni)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France entretient de dr&#244;les de liens avec sa m&#233;moire historique, et pour cause. D'ao&#251;t 1944 &#224; octobre 1945 s'est mise en place une &#233;trange victoire, comme il y eut une dr&#244;le de guerre de septembre 1939 &#224; mai 1940, une &lt;i&gt;profonde d&#233;faite &lt;/i&gt; de juin 1940 &#224; juin 1944,&lt;i&gt; une curieuse collaboration &lt;/i&gt; durant ces quatre ann&#233;es et, pour finir, une &#233;trange et troublante lib&#233;ration import&#233;e d'outre-atlantique et initialement pr&#233;vue en AMGOT&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Allied Military Government of Occupied Territories ou gouvernement militaire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Que l'historiographie fran&#231;aise ait eu besoin d'&#234;tre &#233;branl&#233;e, trente ans apr&#232;s, par un chercheur &#233;tranger, Robert Paxton, pour ouvrir les yeux sur ce douloureux pass&#233;, n'est pas sans signification pour ce qui nous pr&#233;occupe. Ici plus que partout ailleurs, le nucl&#233;aire s'est &#233;tabli sur le profond d&#233;ni d'une r&#233;alit&#233; historique plus que d&#233;sagr&#233;able &#224; affronter et, de plus, la r&#233;it&#233;ration de ces amers souvenirs quelques ann&#233;es plus tard, en Indochine et en Alg&#233;rie. C'est ce d&#233;ni, largement partag&#233; dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, qui coule encore, souterrainement, dans tout l'imaginaire de la classe politique ; c'est ce qui explique le statut intouchable de LA CHOSE (qu'ils esp&#233;raient comme une r&#233;demption) et qui en conserve une part de sacr&#233; &#224; leurs yeux : &#171; l'ind&#233;pendance &#233;nerg&#233;tique et militaire de la Nation &#187; (largement appuy&#233;e sur un n&#233;ocolonialisme plus destructeur que l'ancien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#224; ce sujet Rapha&#235;l Granvaud, Areva en Afrique ; une face cach&#233;e du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). &#201;rig&#233; en principe intangible qui infuse dans la haute administration, dans les grands corps et parmi les technocrates, ce profond d&#233;ni est caract&#233;ristique de l'imaginaire des politiques fran&#231;ais : ils veulent encore tous croire dur comme fer que le nucl&#233;aire fran&#231;ais est exceptionnellement s&#251;r et qu'il n'y a donc pas lieu d'affoler la population, ni m&#234;me de s'en pr&#233;occuper. Cela constitue&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;videmment une des meilleures mani&#232;res de pr&#233;parer l'av&#232;nement d'un accident majeur. Ce fut exactement l'&#233;tat d'esprit du &#171; village nucl&#233;aire &#187; japonais (politiques, administrateurs, r&#233;gulateurs, industriels et exploitants confondus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#224; ce sujet le rapport de la commission Ind&#233;pendante de la Di&#232;te (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) &#224; la veille de Fukushima &#8211; un &#233;tat caract&#233;ris&#233; par une incomp&#233;tence &#224; peine croyable, la dissimulation, les malversations, une impr&#233;paration maximale &#8211; et ce sera exactement la m&#234;me chose en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Huiti&#232;me th&#232;se &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans les premi&#232;res semaines et les premiers mois suivants Nagasaki, avant la cr&#233;ation de la &#171; joint commission&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En septembre et octobre 1945 au moins trois commissions &#233;tats-uniennes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; puis de l'ABCC&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Atomic Bomb Casualty Commission, fond&#233;e en 1946 par le Etats-Unis dans le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que se sont mis en place les termes d'un d&#233;bat sur les contaminations aux faibles doses qui n'en finit pas depuis plus de soixante ans, alors que c'est une question de sant&#233; publique de premi&#232;re importance. &#201;tudier ce qui s'est vraiment pass&#233; juste apr&#232;s&lt;i&gt; le d&#233;sastre, au Japon, en 1945&lt;/i&gt;, reste d'actualit&#233; : autant que l'on sache, des pans entiers de cette r&#233;alit&#233; sont encore sous le sceau du secret. J'emploie l'expression &lt;i&gt;autant que l'on sache&lt;/i&gt;, car, au fur et &#224; mesure que l'on se penche sur l'histoire de cette industrie nucl&#233;aire civile et militaire, on prend conscience qu'elle est marqu&#233;e &lt;i&gt;du double sceau du secret et de la mort&lt;/i&gt;. Cette question m&#233;riterait &#233;galement d'&#234;tre examin&#233;e d'un point de vue &#233;pist&#233;mologique : au village nucl&#233;aire international qui d&#233;nie ces effets en les nommant &#171; stochastiques &#187;, c'est-&#224;-dire non d&#233;terministes, il faudrait renvoyer l'ind&#233;terminisme fondamental qui caract&#233;rise tout ce qui concerne les ph&#233;nom&#232;nes engendr&#233;s par le bombardement neutronique non contr&#244;l&#233; d'un noyau d'uranium ou de plutonium.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Neuvi&#232;me th&#232;se &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dimensions exceptionnelles du &#171; Manhattan Project &#187; n'ont pas &#233;t&#233; suffisamment &#233;tudi&#233;es ou prises en compte pour de multiples raisons et dans de multiples domaines. Or ce projet inaugure un &#171; dispositif &#224; 360&#176; &#187; caract&#233;ristique d'une d&#233;rive des &#201;tats, synchrone de l'imp&#233;riale &#171; American Way of life &#187; et non n&#233;gociable depuis ses d&#233;buts. Sur le mode d'une rationalit&#233; calculatrice sans v&#233;rit&#233;, avec la science pour puissant r&#233;f&#233;rent universel, le totalitarisme d&#233;mocratique qui s'est progressivement mis en place n'a pas pris pour mod&#232;le celui des ann&#233;es 30 en Europe. Le &lt;i&gt;&#171; plus jamais &#231;a &#187;&lt;/i&gt; est donc totalement inad&#233;quat pour d&#233;crypter cette mutation &#233;conomique et politique du lien social. L'encerclement id&#233;ologique des individus qui s'en est suivi a pour pendant la mis&#233;rable &#171; circularit&#233; des raisons de vivre &#187; que la production industrielle de masse a impos&#233; avec la consommation de ses produits par ses propres producteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dixi&#232;me th&#232;se &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que contient la piscine N&#176;4 de Fukushima, ce ne sont pas seulement trois cents tonnes d'assemblages neufs et irradi&#233;s, c'est l'&#233;quivalent de trois &#171; coeurs &#187; de r&#233;acteurs (50 % de plus qu'&#224; Tchernobyl). Elle contient le danger, suspendu &#224; trente m&#232;tres de hauteur, de rayer de la carte une grande partie du Japon, avec des cons&#233;quences mondiales impr&#233;visibles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CF. l'&#233;tude que j'ai coordonn&#233;e avec Pierre Fetet, publi&#233;e sur son blog :&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Qu'en disent les autorit&#233;s, le village nucl&#233;aire international et les m&#233;dias, en particulier en France ? Les uns sont dans leur d&#233;ni constitutif, quant aux autres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;23 Pour s'en faire une id&#233;e pr&#233;cise, il faut absolument regarder la seconde (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230; Au temps de l'Anthropoc&#232;ne, la notion de catastrophe sous-entend la d&#233;vastation totale de l'&#233;cosph&#232;re comme horizon, m&#234;me si les sp&#233;cificit&#233;s, les spatialit&#233;s et les temporalit&#233;s des diverses catastrophes ne sont pas pr&#233;visibles. Depuis les ann&#233;es 40, le monde est devenu un laboratoire d'essais de la toute-puissance &#224; l'&#233;chelle1:1. Les animaux sont devenus des produits industriels d&#232;s 1865 &#224; Chicago, les &#234;tres humains de la chair &#224; canon, &lt;i&gt;des cobayes &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entre 1942 et 1961, diverses &#171; exp&#233;riences &#187; d'irradiation et d'inoculation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, des ressources, des variables d'ajustement selon les besoins, et le vivant, aujourd'hui brevetable, est en passe d'&#234;tre enti&#232;rement aux mains de trusts &#233;tats-uniens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Onzi&#232;me th&#232;se &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme il y eut des Faurisson, il y a des n&#233;gationnistes de l'Anthropoc&#232;ne : il est de la toute premi&#232;re importance de comprendre que le nucl&#233;aire fut (et reste) le cadre dans lequel ils ont grandi et v&#233;cu. En ce sens, avec Auschwitz, le nucl&#233;aire reste une cl&#233; de vo&#251;te capitale de l'imaginaire occidental qui m&#232;ne le monde &#224; sa perte. Le nucl&#233;aire repr&#233;sente le saut de la mort o&#249; certains veulent entra&#238;ner l'Humanit&#233; et l'&#233;cosph&#232;re. La d&#233;construction de cet imaginaire, pi&#232;ce &#224; pi&#232;ce, est une condition n&#233;cessaire, bien qu'insuffisante, pour pr&#233;server notre humanit&#233; au quotidien et aussi celle de nos descendants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Douzi&#232;me th&#232;se &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme le n&#233;olib&#233;ralisme financier n'a plus besoin de parler politique pour faire la politique du monde, mieux, pour mettre &#224; genoux des dirigeants politiques partout asservis &#224; leurs soifs de liquidit&#233;s, le nucl&#233;aire n'a pas besoin de se d&#233;fendre : la consommation de masse est son meilleur argument. Le pire, ce sont ceux qui &#226;nonnent les arguments &#233;cologiques ou &#233;conomiques d'EDF sans m&#234;me avoir pris le temps de les v&#233;rifier ou ceux qui pr&#233;tendent nous sortir de l&#224;, dans des d&#233;cennies, tout en pr&#233;servant la continuit&#233; de ce syst&#232;me mortif&#232;re sur plus de trente ans, c'est-&#224;-dire au terme qu'EDF s'est fix&#233; pour l'exploitation des centrales nucl&#233;aires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Treizi&#232;me th&#232;se&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nucl&#233;aire, essence du politique postmoderne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec la domination sans partage du mode de connaissance scientifique, tous les verrous qui rendaient incontournable le r&#233;el et avivaient le DESIR ont saut&#233;. Le r&#233;el a ainsi acquis un autre statut : de fondamentalement inatteignable, il est pr&#233;tendument devenu &#224; la port&#233;e de l'homme demain matin. Cela peut s'&#233;noncer autrement : les sciences peuvent nous dire tout le vrai, plus rien ne peut &#233;chapper, la transparence est possible et&lt;i&gt; toute entrave &#224; la jouissance imm&#233;diate trouvera sa solution finale&lt;/i&gt; (c'est ainsi que doivent se penser les projets de g&#233;o-ing&#233;nierie). Ce paradigme de la toute-puissance est au coeur de l'invention et de l'utilisation de l'&#233;nergie atomique. C'est, avec ses dangers incommensurables, ce qui fait du nucl&#233;aire l'essence philosophique incontournable du politique postmoderne. En ce sens, la toute-puissance constitutive du nucl&#233;aire participe bien plus que d'une id&#233;ologie ou d'un r&#233;cit de fondation. Elle s'appuie et rel&#232;ve d'une nouvelle conception de l'humanit&#233;, post-prom&#233;th&#233;enne, et son anthropologie reste &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quatorzi&#232;me th&#232;se. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La synergie avec le n&#233;olib&#233;ralisme financiaris&#233; est devenue envahissante, car la consigne sociale de celui-ci est de faire sauter toutes les bornes, de gommer la notion m&#234;me de limite, pour pouvoir miser sur une croissance et une expansion sans fins, avec pour horizon une catastrophe plan&#233;taire &#224; laquelle les uns et les autres pr&#233;parent subrepticement les populations&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. le projet Ethos in le bulletin de la Criirad : ou la vid&#233;o de Michel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au niveau individuel, il est devenu hautement recommand&#233; de faire appel &#224; la technoscience pour &#233;viter d'avoir &#224; se confronter au r&#233;el et &#224; &#233;prouver la perte, la solitude, la finitude, notre mortalit&#233; &#8211; autrement dit la condition humaine qui nous am&#232;nerait &#224; r&#233;agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quinzi&#232;me th&#232;se. Appels &#224; la surrection des consciences.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique, pour identifier les &#233;l&#233;ments n&#233;gatifs d'un ordre social et politique, a besoin d'un horizon de sens, et le seul qui vaille, en ces domaines, c'est celui de l'&#233;mancipation. Or, de ce c&#244;t&#233;-l&#224;, le ciel s'&#233;tait bien obscurci, et pour de multiples raisons, depuis quelque temps. Ce qui fait que, souvent, l'analyse n'a plus de points d'appui, plus de rep&#232;res, &#233;vite m&#234;me soigneusement de d&#233;velopper toute probl&#233;matique : &#171; on se r&#233;f&#232;re &#224; un ensemble de connaissances tr&#232;s &#233;labor&#233;es mais qui deviennent sans cons&#233;quences, dont il ne sera rien tir&#233;. C'est par exemple ce que l'on rencontre fr&#233;quemment dans certains discours acad&#233;miques : une accumulation de connaissances tr&#232;s d&#233;velopp&#233;es, tr&#232;s int&#233;ressantes, un d&#233;ploiement de savoirs rigoureux et argument&#233;s qui, pourtant, peuvent tr&#232;s bien ne jamais devoir engager leur auteur et se r&#233;v&#232;lent d&#232;s lors sans aucun effet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Lebrun, La condition humaine n'est pas sans condition, Deno&#235;l, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. C'est le prix, depuis trente ans, des d&#233;faites, des reniements, de l'envahissement n&#233;olib&#233;ral et d'une forme de servage in&#233;dite dans l'histoire de l'humanit&#233;. Faute de cet horizon d'&#233;mancipation, le devenir catastrophique du monde et du vivant &#8211; qu'il ait pour origine des activit&#233;s industrielles, nucl&#233;aires ou financi&#232;res &#8211; est venu en prendre la place dans la critique. Et apr&#232;s tout, ce pourrait &#234;tre un retour salutaire &#224; la mat&#233;rialit&#233;, &#224; la r&#233;alit&#233;&#8230; de ce que nous vivons..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Le temps est venu de lancer, avec Internet, des groupes de recherche, des conf&#233;rences ou des s&#233;minaires ind&#233;pendants, bref toute forme d'&#233;laboration intellectuelle ind&#233;pendante, sans laquelle aucun changement de cap ne pourra se faire. Sans oublier que les r&#233;seaux informatiques ne pourront jamais rivaliser avec l'action coordonn&#233;e des hommes, le devenir de tous les &#171; printemps arabes &#187; est une malheureuse illustration de cette autre n&#233;cessit&#233; : celle de &#171; penser le monde &#187; avant que d'autres le fassent &#224; notre place et s'emparent de l'espace de d&#233;mocratie ainsi cr&#233;&#233;. Les militaires, les &#233;conomistes, les politiques lib&#233;raux, avaient tr&#232;s t&#244;t compris (d&#232;s 1947 avec la soci&#233;t&#233; du Mont P&#232;lerin) qu'il ne pouvait y avoir d'issue politique en leur faveur sans avoir au pr&#233;alable gagn&#233; la lutte des id&#233;es : ils ont financ&#233; les radios, les t&#233;l&#233;visions, les universit&#233;s, les &#171; think-tank &#187; par milliers pour d&#233;faire l'ex-URSS puis les mouvements contestataires des ann&#233;es 60 et pr&#233;par&#233; patiemment l'av&#232;nement n&#233;olib&#233;ral. Hormis cette lutte d&#233;termin&#233;e sur le terrain des id&#233;es, il n'y a pas d'autre possibilit&#233; de les emp&#234;cher de mener le monde et notre humanit&#233; &#224; leur perte. Le nombre de d&#233;cennies qu'il nous reste pour les arr&#234;ter se compte vraisemblablement sur les doigts d'une main &#8230; Pour le moment, ce que nous avons tous &#224; y gagner, c'est qu'il n'y a pas non plus d'autre mani&#232;re de rester humain, jour apr&#232;s jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) En 2011, pour le vingt-cinqui&#232;me &#171; anniversaire de Tchernobyl &#187; et suite &#224; la catastrophe de Fukushima, j'ai r&#233;dig&#233; un appel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mis en ligne par Pierre Fetet sur le blog d&#233;di&#233; &#224; Fukushima :&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; intitul&#233; : &#171; Hiroshima, Tchernobyl, Fukushima : des crimes contre l'Humanit&#233; &#187;. Cet appel &#224; la conscience morale et politique, traduit en six langues (dont le japonais et le chinois) et qui a fait le tour du monde Internet, un certain nombre de philosophes et de personnalit&#233;s avaient bien voulu le signer. Il s'agissait de : Paul Ari&#232;s, Marc Atteia, Marie-Christine Gamberini, Rapha&#235;l Granvaud, Alain Gras, Fran&#231;ois Jarrige, Eva Joly, Baudouin Jurdant, Paul Lannoye, Serge Latouche, Frederick Lemarchand, Corinne Lepage, St&#233;phane Lhomme, Jean-Marie Matagne, Jean-Marie Pelt, Pierre Rabhi, Jacques Testart, Alexe&#239; Yablokov. Il m'a &#233;t&#233; propos&#233; de le transformer en p&#233;tition internationale. J'ai pr&#233;f&#233;r&#233; qu'il subsiste, fragile, &#224; la surface de la m&#233;moire, comme l'&#233;motion qui suit l'&#233;coute d'une oeuvre musicale, surtout quand l'artiste indique au public que le silence qui suit fait partie de l'interpr&#233;tation qu'il vient de lui donner. J'ai eu la joie de constater que c'&#233;tait le cas dans bien des pays et il n'est pas rare maintenant de voir CES CRIMES appel&#233;s par leurs noms. Cet appel est une illustration des possibilit&#233;s immenses de chacun d'entre nous, pour peu que nous en sentions la n&#233;cessit&#233; en tant qu'&#234;tre humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Une des marques essentielles d'une oeuvre artistique, c'est qu'elle bouleverse notre &#234;tre. Et, lorsqu'une chape de plomb p&#232;se sur les m&#233;moires et les consciences, une oeuvre d'art peut contribuer de mani&#232;re d&#233;cisive &#224; dessiller nos regards, car elle a ce pouvoir incomparable de nous rendre envisageable ce qui est socialement refoul&#233; et/ou qui fait d&#233;faut dans l'&#233;laboration intellectuelle. En France, des films comme&lt;i&gt; Les sentiers de la gloire &lt;/i&gt; de Stanley Kubrick,&lt;i&gt; Le chagrin et la piti&#233;&lt;/i&gt; de Marcel Oph&#252;ls, et &lt;i&gt;Shoah &lt;/i&gt; de Claude Lanzmann, quelques r&#233;serves qu'on y fasse, furent des &#233;v&#233;nements multidimensionnels aussi bien par leur propos que leur ampleur de vues. De m&#234;me, les oeuvres de Primo Levi, Robert Antelme, David Rousset, Charlotte Delbo, Elie Wiesel, Jorge Semprun, Jean Am&#233;ry, furent d'une importance d&#233;cisive lorsque dans l'apr&#232;s-guerre, il fallut rendre la voix &#224; ces rescap&#233;s des camps de la mort alors que l'on s'&#233;chinait &#224; en &#233;touffer la parole une seconde fois. Autrement dit, lorsque le silence ou le refoulement sont de mise, les artistes ont un r&#244;le de d&#233;voilement irrempla&#231;able&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'horreur &#233;conomique de Viviane Forrester, un essai publi&#233; en 1996, diffus&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Or il s'est pass&#233; quelque chose de fondamental &#224; Hiroshima sur le plan de la trag&#233;die, du path&#233;tique, du politique, de la vie elle-m&#234;me. Souvenons-nous que les cinquante-cinq r&#233;acteurs japonais ont avant tout &#233;t&#233; construits sur les failles de cette m&#233;moire. Il y aura d'autres Fukushima, ici m&#234;me, car du point de vue de la m&#233;moire, nous avons des b&#233;ances au moins aussi imposantes que celles du peuple japonais, et le d&#233;ni en plus (le parall&#232;le entre les deux pays est d'ailleurs fort int&#233;ressant). C'est pourquoi nous attendons avec impatience des Canto G&#233;n&#233;ral &#233;crits par des Patrick Chamoiseau, &#201;douard Glissant, Viviane Forrester, Andr&#233; Velter, Armand Gatti, Beaudoin de Bodinat et orchestr&#233;s par un Mikis Theodorakis. C'est un Sophocle, un Euripide ou un Eschyle que nous esp&#233;rons, pour mettre en sc&#232;ne la trag&#233;die, unique, que l'humanit&#233; et le monde sont en train de vivre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G&#233;rard Rabinovitch, Inqui&#232;te ton voisin comme toi-m&#234;me. Notes critiques sur Modernit&#233; et Holocauste de Zygmunt Baumann, Travailler, 2003/2 n&#176; 10, p. 163-184. DOI : 10.3917/trav.010.0163, &lt;a href=&#034;http://www.cairn.info/revue-travailler-2003-2-page-163.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cairn.info/revue-travailler-2003-2-page-163.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et sur celles de Michel Henry, Jean-Claude Mich&#233;a, Majid Rahnema, Corn&#233;lius Castoriadis, Jean-Pierre Lebrun.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roger Belb&#233;och a lu la presse internationale. Il fait part de ce travail dans une interview (en bas de page) sur &lt;a href=&#034;http://www.dissident-media.org/infonucleaire/brevet_bombea.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.dissident-media.org/infonucleaire/brevet_bombea.html&lt;/a&gt;. Tout cela revenait aussi &#224; pr&#233;senter cette explosion comme l'implacable illustration du fait que, dor&#233;navant, nul ne pourrait plus jamais arr&#234;ter la marche du Progr&#232;s car la puissance de celui-ci d&#233;passait maintenant, et de loin, toute volont&#233; humaine individuelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;16 juillet, 6 et 9 ao&#251;t 1945.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit l&#224;, pour le dire vite, de l'utilisation des moyens d&#233;mocratiques contre la d&#233;mocratie, ce qui tend &#224; devenir syst&#233;matique en Occident. Une autre forme en est la d&#233;n&#233;gation des votes populaires rejetant les diff&#233;rents trait&#233;s europ&#233;ens ou, les &#171; ajustements &#187; l&#233;gislatifs et constitutionnels des pouvoirs ex&#233;cutifs afin de se soustraire aux poursuites judiciaires encourues &#224; la suite d'agissements d&#233;lictueux ou criminels ou pire encore et plus r&#233;cemment, la nomination de quatre financiers ayant transit&#233; par la m&#234;me banque, Goldmann Sachs, &#224; la t&#234;te de responsabilit&#233;s gouvernementales europ&#233;ennes en dehors de tout processus d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ingolf Diener, &#034; Namibie, une histoire, un devenir &#034;, Editions Karthala, Paris, 2000, &lt;a href=&#034;http://www.lautresite.com/new/edition/explo/hereros/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lautresite.com/new/edition/explo/hereros/&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;http://pressafrique.com/m102.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://pressafrique.com/m102.html&lt;/a&gt;. De m&#234;me, au Congo, entre 1890 et 1907, durant le r&#232;gne du roi L&#233;opold II de Belgique des massacres de masse avec ordre d'extermination des habitants des villages ont &#233;t&#233; constat&#233;s, tout comme dans l'Oubangui-Chari. Sources : Arthur Conan Doyle, Le crime du Congo belge, Nuits rouges, 2005. Adam Hochschild, Les fant&#244;mes du roi L&#233;opold ; la terreur coloniale dans l'&#233;tat du Congo, Tallandier, 2007. Jules Marchal, E.D. Morel contre L&#233;opold II ; l'histoire du Congo, 1900-1910, t. 1 et 2, Harmattan, 2003, 2010. Joseph Conrad, Au coeur des t&#233;n&#232;bres, Flammarion, 2012. &lt;a href=&#034;http://www.pressafrique.com/m396.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.pressafrique.com/m396.html&lt;/a&gt; et Stephen Smith, G&#233;raldine Faes, Bokassa 1er ; un empereur fran&#231;ais, Calmann-L&#233;vy, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &#224; ce sujet Andr&#233; Pichot, La Soci&#233;t&#233; pure. De Darwin &#224; Hitler, Flammarion, coll. &#171; Champs &#187;, 2009 &lt;br class='autobr' /&gt;
7 Cf. &#224; ce sujet Andr&#233; Pichot, La Soci&#233;t&#233; pure. De Darwin &#224; Hitler, Flammarion, coll. &#171; Champs &#187;, 2009&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. mon ouvrage La science creuset de l'inhumanit&#233;. D&#233;coloniser l'imaginaire occidental, l'Harmattan, 2012, pp 43665 et 82-85 ;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je renvoie &#224; ce sujet &#224; la publication Comit&#233; Europ&#233;en sur le risque de l'Irradiation, (CERI) Recommandations 2003 du CERI, Ed Frison Roche, 2004, p 168 ou au rapport en anglais sur : &lt;a href=&#034;http://www.euradcom.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.euradcom.org&lt;/a&gt; ou aux publications de l'acad&#233;mie des sciences de New-York ou bien encore &#224; mon ouvrage Note XV. Activit&#233;s nucl&#233;aires depuis 1965 : plus de soixante-cinq millions de morts, p 178.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &#224; ce sujet l'appel international &#171; Hiroshima, Tchernobyl, Fukushima : des crimes contre l'humanit&#233; &#187; traduit en plusieurs langues et sign&#233; par une vingtaine de philosophes et personnalit&#233;s publiques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La premi&#232;re bombe atomique qui explosa le 16 juillet 1945 avait pour nom de code Gadget.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Forclusion ou enfermement. Dire que le &#171; sujet &#187;, au sens philosophique, est forclos ou &#171; barr&#233; &#187;, comme aurait dit Lacan, c'est dire qu'il ne peut advenir &#224; lui-m&#234;me. Autrement dit, les sujets c&#232;dent le pas &#224; leurs ombres, dans une qu&#234;te sans fin de la jouissance imm&#233;diate, ce qui convient &#224; merveille au syst&#232;me marchand qui sous-tend le &#171; totalitarisme d&#233;mocratique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &#224; ce sujet l'oeuvre de Corn&#233;lius Castoriadis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Concept emprunt&#233; &#224; Jean-Pierre Lebrun dans son ma&#238;tre ouvrage, La condition de l'homme n'est pas sans conditions, Deno&#235;l, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Beaudoin de Bodinat, La vie sur Terre. R&#233;flexion sur le peu d'avenir que contient le temps o&#249; nous sommes, Encyclop&#233;die des nuisances, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Extension du concept d'Alain Gras : les Macro syst&#232;mes complexes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Allied Military Government of Occupied Territories ou gouvernement militaire alli&#233; des territoires occup&#233;s qui devait &#234;tre mis en place en France en 1944 par les Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &#224; ce sujet Rapha&#235;l Granvaud, Areva en Afrique ; une face cach&#233;e du nucl&#233;aire fran&#231;ais, Agone, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &#224; ce sujet le rapport de la commission Ind&#233;pendante de la Di&#232;te japonaise sur Fukushima, The national Diet of Japan. Fukushima Nuclear Accident Independent Investigation Commission (NAIIC).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En septembre et octobre 1945 au moins trois commissions &#233;tats-uniennes diff&#233;rentes se rendirent au Japon. Cela commen&#231;ait &#224; tirer &#224; hue et &#224; dia. Mac Arthur exigea donc une r&#233;union de ces entit&#233;s de mani&#232;re &#224; mieux les contr&#244;ler.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Atomic Bomb Casualty Commission, fond&#233;e en 1946 par le Etats-Unis dans le Japon occup&#233; pour r&#233;cup&#233;rer le maximum d'&#233;l&#233;ments, d'enqu&#234;tes et de travaux sur les irradiations et les contaminations atomiques afin d'en interdire l'acc&#232;s ou l'usage ult&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;CF. l'&#233;tude que j'ai coordonn&#233;e avec Pierre Fetet, publi&#233;e sur son blog : &lt;a href=&#034;http://ddata.over-blog.com/4/37/62/00/piscine-4/Piscine-du-R4-V9--2-.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://ddata.over-blog.com/4/37/62/00/piscine-4/Piscine-du-R4-V9--2-.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;23 Pour s'en faire une id&#233;e pr&#233;cise, il faut absolument regarder la seconde partie de la conf&#233;rence de presse de l'ASN du 28 juin 2012 sur son site : &lt;a href=&#034;http://www.asn.fr/index.php/S-informer/Actualites/2012/Rapport-de-l-ASN-2011-il-y-aura-un-avant-et-un-apres-Fukushima&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.asn.fr/index.php/S-informer/Actualites/2012/Rapport-de-l-ASN-2011-il-y-aura-un-avant-et-un-apres-Fukushima&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entre 1942 et 1961, diverses &#171; exp&#233;riences &#187; d'irradiation et d'inoculation radioactives furent pratiqu&#233;es sur des enfants et des adultes civils et militaires &#233;tats-uniens d&#233;nomm&#233;s HP, Human Products : JP Desbordes, Les cobayes de l'apocalypse nucl&#233;aire, Roularta, 2011, pp 54 &#224; 62.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. le projet Ethos in le bulletin de la Criirad : &lt;a href=&#034;http://www.criirad.org/actualites/tchernobylfrancbelarus/conclusionsonu_aieasept05/tu22mensonges.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.criirad.org/actualites/tchernobylfrancbelarus/conclusionsonu_aieasept05/tu22mensonges.pdf&lt;/a&gt; ou la vid&#233;o de Michel Fernex : &lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=tyiSRxLYAss&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.youtube.com/watch?v=tyiSRxLYAss&lt;/a&gt; ou encore : &lt;a href=&#034;http://www.dissident-media.org/infonucleaire/codirpa.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.dissident-media.org/infonucleaire/codirpa.html&lt;/a&gt; ou bien encore l'&#233;tude des projets Ethos, Core, Sage, Parex in Marc Atteia, Le technoscientisme, le totalitarisme contemporain, Yves Michel, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Lebrun, La condition humaine n'est pas sans condition, Deno&#235;l, 2010, p 23. Voir aussi Un monde sans limite, &#233;r&#232;s, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mis en ligne par Pierre Fetet sur le blog d&#233;di&#233; &#224; Fukushima : &lt;a href=&#034;http://fukushima.over-blog.fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://fukushima.over-blog.fr/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'horreur &#233;conomique de Viviane Forrester, un essai publi&#233; en 1996, diffus&#233; &#224; trois cent cinquante mille exemplaires et probablement lu par un million de Fran&#231;ais, traduit en vingt-quatre langues a, de ce point de vue, constitu&#233; un &#233;v&#232;nement qui &#233;tait l'oeuvre, comme dans toutes les p&#233;riodes troubles, d'un artiste, en l'occurrence d'un &#233;crivain-essayiste. D'o&#249; cette derni&#232;re th&#232;se en forme de triple appel&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La science, creuset de l'inhumanit&#233;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-science-creuset-de-l-inhumanite</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/La-science-creuset-de-l-inhumanite</guid>
		<dc:date>2012-12-11T08:26:07Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marc Royer</dc:creator>


		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2012-12-11</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La critique, pour identifier les &#233;l&#233;ments n&#233;gatifs d'un ordre social et politique, a besoin d'un horizon de sens et le seul qui vaille, en sciences humaines, c'est celui de l'&#233;mancipation. Or, il faut bien reconna&#238;tre que de ce c&#244;t&#233;-l&#224;, le ciel s'est bien obscurci depuis quelques d&#233;cennies, et pour de multiples raisons. Ce qui fait que souvent, l'analyse n'a plus de points d'appui, plus de rep&#232;res, &#233;vite m&#234;me soigneusement de d&#233;velopper toute probl&#233;matique. &lt;br class='autobr' /&gt; Quelle analyse critique ? &lt;br class='autobr' /&gt; Le (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Livres-et-periodiques-" rel="directory"&gt;Livres et p&#233;riodiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres et revues&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2012-12-11-+" rel="tag"&gt;Edition du 2012-12-11&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L100xH150/arton12581-82a56.png?1782114307' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La critique, pour identifier les &#233;l&#233;ments n&#233;gatifs d'un ordre social et politique, a besoin d'un horizon de sens et le seul qui vaille, en sciences humaines, c'est celui de l'&#233;mancipation. Or, il faut bien reconna&#238;tre que de ce c&#244;t&#233;-l&#224;, le ciel s'est bien obscurci depuis quelques d&#233;cennies, et pour de multiples raisons. Ce qui fait que souvent, l'analyse n'a plus de points d'appui, plus de rep&#232;res, &#233;vite m&#234;me soigneusement de d&#233;velopper toute probl&#233;matique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle analyse critique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le constat revient chez beaucoup d'auteurs : &#171; On se r&#233;f&#232;re &#224; un ensemble de connaissances tr&#232;s &#233;labor&#233;es mais qui deviennent sans cons&#233;quences, dont il ne sera rien tir&#233;. C'est par exemple ce que l'on rencontre fr&#233;quemment dans certains discours acad&#233;miques : une accumulation de connaissances tr&#232;s d&#233;velopp&#233;es, tr&#232;s int&#233;ressantes, un d&#233;ploiement de savoirs rigoureux et argument&#233;s qui, pourtant, peuvent tr&#232;s bien ne jamais devoir engager leur auteur et se r&#233;v&#232;leront d&#232;s lors sans aucun effet &#187;. La d&#233;sh&#233;rence de cette critique a plusieurs sources dans l'histoire occidentale depuis le XIX&#176; si&#232;cle. Une des points aveugles de cette perdition r&#233;side dans le fait que la recherche, dans tous les domaines qui concernent le sujet humain, ait accept&#233; de se ranger sous la banni&#232;re de la science en poursuivant vainement une &#171; objectivit&#233; &#187; qui a justement pour caract&#232;re fondamental une mise &#224; l'&#233;cart du sujet de mani&#232;re radicale. Ce qui pouvait se comprendre il y a un si&#232;cle aurait du &#234;tre remis en cause depuis. Or, non seulement il n'en est rien, mais il ne viendrait &#224; l'id&#233;e de personne d'affirmer que les &#171; sciences humaines &#187; repr&#233;sentent un oxymore ravageur pour la pens&#233;e . Autrement dit, tout penseur, &#224; quelque domaine qu'il appartienne, continue de se r&#233;f&#233;rer au mode de connaissance scientifique sans apercevoir le moins du monde que ce mode a son propre horizon de sens qui formate (et forclos) tous les imaginaires occidentaux gr&#226;ce, notamment, &#224; un puissant paradigme &#8211; l'expansion illimit&#233;e de la ma&#238;trise rationnelle &#8211; qui est caract&#233;ristique de cette d&#233;marche. En acceptant ce mode de connaissance pour l&#233;gitimer des &#171; sciences humaines &#187; on en viendrait t&#244;t ou tard &#233;videmment &#224; assassiner les humanit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'horizon d'&#233;mancipation s'&#233;tant &#233;loign&#233;, le devenir catastrophique du monde et du vivant est venu en prendre la place dans la critique. Parfois de mani&#232;re tr&#232;s paradoxale. Ainsi, c'est un scientifique, Claude Lorius, qui, avec l'aide du CEA, retrouve, ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e, dans les carottes glaciaires antarctiques, les traces de chaque explosion nucl&#233;aire depuis 1945. C'est dire que pour remettre la science &#224; sa place, nous en sommes encore tributaires . Et c'est bien de la science, et non de la technique, dont il sera question. Mais le propos de cet ouvrage, bien qu'il ait pour horizon l'analyse critique des effets de la civilisation occidentale et le r&#244;le fondamental qu'y tient la science, se situe r&#233;solument hors d'une discussion du caf&#233; du commerce qui porterait sur l'&#233;valuation des aspects positifs ou n&#233;gatifs de celle-ci. C'est de l'imaginaire occidental dont il sera fondamentalement question, de sa constitution en tant qu'il est le ciment de toute civilisation. En voici une br&#232;ve illustration. Quarante-trois ans apr&#232;s &#171; la conqu&#234;te de la Lune &#187; par les Etats-Unis, celle-ci est bien replac&#233;e dans le cadre de la guerre froide par tous les historiens. Mais, si la vox populi a m&#233;moris&#233; qu'il s'agissait d'un &#171; grand pas en avant pour l'Humanit&#233; &#187; selon les propos de Neil Armstrong, bien peu nombreux sont les intellectuels qui savent qu'il s'est agit l&#224; d'un grand bond en arri&#232;re pour notre satellite, chaque mission Apollo d&#233;posant sur son sol plus de trois kilos de Plutonium . C'est de ce type de refoulement et de ses effets dont il sera ici question, d'autant plus qu'il est observable aussi bien en histoire contemporaine qu'en &#171; sciences studies &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un retour aux sources s'est impos&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au tournant du XVII&#176; si&#232;cle, quelques savants dont Galil&#233;e, promeuvent un mode de connaissance qui se veut une lecture math&#233;matique de l'Univers. Face &#224; eux, l'Eglise. Un long combat de titans s'engage alors, lois contre lois. Un si&#232;cle et demi plus tard, tandis que na&#238;t la fabrique industrielle bas&#233;e sur le charbon, les &#171; lumi&#232;res &#187; triomphent, inaugurant ainsi ce qui f&#251;t ensuite appel&#233; par l'Occident &#171; l'&#232;re moderne &#187;. On assiste d&#232;s lors &#224; un d&#233;veloppement sans pr&#233;c&#233;dent de savoirs dont la seule l&#233;gitimit&#233; devient le mode de connaissance scientifique, qualifi&#233; d'objectif et d'incontestable. Objectif, c'est-&#224;-dire qu'on &#233;carte de ce savoir, d&#232;s sa constitution, non seulement toutes les qualit&#233;s sensibles propres &#224; la vie, mais aussi toute subjectivit&#233;. Incontestable, c'est-&#224;-dire auquel on peut attribuer une mesure intangible . Peu &#224; peu les autres modes de connaissance et toutes les valeurs li&#233;es aux &#233;v&#232;nements de la vie, aux labeurs, &#224; la subsistance, aux saisons, &#224; la nature, qui constituaient le substrat des cultures humaines et de toutes leurs expressions, vont &#234;tre d&#233;valoris&#233;s, tandis que les paysans sont amen&#233;s &#224; quitter leurs terres et leur vie ancestrale. C'est ainsi que la mis&#232;re urbaine et le salariat industriel se substitueront bient&#244;t &#224; la puissance de la pauvret&#233; sous le signe du &#171; progr&#232;s scientifique donc social &#187;. La constitution des nations a ent&#233;rin&#233; cette modernit&#233; sous le vocable sournois d'exode rural, lequel a culmin&#233; dans la Grande Guerre : c'est alors qu'une grande masse de jeunes paysans ouest-europ&#233;ens fut enr&#244;l&#233;e dans un &#171; service &#187; militaire pour d&#233;fendre la terre &#8230; de leurs patries, dans la boue des tranch&#233;es, avec les s&#233;quelles que l'on connait, pour les corps, pour les c&#339;urs, pour les esprits et plus largement pour la culture humaine et occidentale en particulier .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une modernit&#233; d&#233;vastatrice&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, entre la destitution de la noblesse et la d&#233;capitation du roi de France d'un c&#244;t&#233;, et, d'autre part, la proclamation de la mort de dieu puis le sacrifice de la jeunesse dans la Grande guerre, aura-t-on remarqu&#233; qu'entre ces bornes temporelles, la classe montante, au-del&#224; de sa recherche de respectabilit&#233;, n'aura pas quitt&#233; l'habit noir tout au long du XIX&#176; si&#232;cle, confront&#233;e &#224; l'impossibilit&#233; d'un travail de deuil &#233;tant donn&#233; l'ampleur des ces bouleversements mat&#233;riels et symboliques ? Or c'est exactement pendant cette p&#233;riode que la science (alli&#233;e &#224; l'industrie) triomphe . Qu'en dire quant &#224; la place qu'elle prend alors dans les imaginaires ? La chose suivante : si la science semble avoir d&#233;finitivement gagn&#233; dans son combat avec la transcendance monoth&#233;iste, on ne se glisse pas impun&#233;ment dans ces habits-l&#224; ! Autrement dit, le statut vacillant du sacr&#233; et du religieux dans l'imaginaire occidental a engendr&#233; la floraison de messianismes et d'utopies bas&#233;es sur la science (ou les sciences). En tous cas, celle-ci domine si bien qu'aujourd'hui, artisanats, arts, cultures, religions, mythologies, philosophies, po&#233;sies, langues, traditions, tout ce qui avait fait l'essence de toutes les civilisations a &#233;t&#233; emport&#233;. M&#234;me l'humanisme renaissant s'est trouv&#233; pris dans la tourmente d&#233;vastatrice. Mais c'est malheureusement bien au-del&#224; de l'Occident que la science, ses valeurs et ses r&#233;alisations ont provoqu&#233; et provoquent encore l'effondrement de toutes les cultures, effondrement si grave qu'il met en cause notre existence car c'est la vie m&#234;me qui est atteinte : ce qui chancelle, c'est non seulement l'esth&#233;tique mais aussi l'&#233;thique, la validit&#233; des conduites, les appr&#233;ciations dans tous les domaines, la pens&#233;e, et avec elles, la possibilit&#233; de vivre en homme chaque jour. C'est ce que les &#233;tudes statistiques, les &#233;valuations chiffr&#233;es et autres tableaux de bord visent subrepticement &#224; combler : un vide intersid&#233;ral de consciences r&#233;ifi&#233;es. Notre comportement quotidien est significatif &#224; cet &#233;gard. Il consiste &#224; faire appel &#224; la technoscience, &#224; l'expert (et maintenant &#224; Internet), comme garants d'une efficience qui se r&#233;v&#232;le incroyablement destructrice dans la vie de tous les jours car celle-ci ne fournit aucune vue d'ensemble sur l'existence humaine et sa conduite ; au contraire, elle en approfondit la vacuit&#233; ali&#233;nante et solitaire. L'approche scientifique s'est r&#233;v&#233;l&#233;e &#234;tre une forme de connaissance non seulement intrusive pour l'univers, mais qui a, de plus, exclu toute humanit&#233; . De mani&#232;re extraordinairement violente et rapide &#224; l'&#233;chelle de l'histoire humaine, le fondement de toute vie fut &#233;cart&#233; : ainsi, sans le savoir, la science est &#224; l'origine de la pr&#233;cipitation de notre monde vers l'ab&#238;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'obsolescence de toute chose, puis de l'Homme lui-m&#234;me&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des pr&#233;occupations urgentes et majeures de la philosophie d'aujourd'hui devrait consister &#224; retisser les fils de nos vies avec la trame historique de cet Occident colonial, ce qui suppose un immense travail : d&#233;montrer, par exemple, la totale inanit&#233; de l'expression &#171; trente glorieuses &#187;, de bien des points de vue. Quittant l'histoire contemporaine et remontant aux sources, c'est en faisant l'analyse des principes de base du mode de connaissance scientifique, qu'une hypoth&#232;se a pris forme : l'illimitation consubstantielle &#224; la d&#233;marche scientifique a ensemenc&#233; et m&#234;me l&#233;gitim&#233; la folie productiviste occidentale. Ceci m'a ensuite conduit au XIX&#232;me si&#232;cle, c'est-&#224;-dire au moment o&#249; la science s'est d&#233;finitivement impos&#233;e et o&#249; l'homme a inaugur&#233; une &#232;re nouvelle : celle de sa toute puissance sur le monde. Revenant &#224; notre &#233;poque dont j'affirme qu'une p&#233;riode historique nouvelle a d&#233;but&#233; &#224; l'&#233;t&#233; 1945, je d&#233;veloppe une autre hypoth&#232;se essentielle : ce mode de connaissance scientifique - dont l'&#233;nergie nucl&#233;aire constitue le noyau politique - est devenu l'ossature principale de l'imaginaire occidental dont il nous faut proc&#233;der &#224; la d&#233;construction compl&#232;te si nous d&#233;sirons &#233;viter le d&#233;sastre qui s'annonce. En d'autres termes, je me suis attach&#233; &#224; montrer comment ce mode de connaissance, typique de l'Occident, apparu &#224; l'&#233;poque de Galil&#233;e, consid&#233;r&#233; depuis lors comme le seul savoir l&#233;gitime, a peu &#224; peu produit l'obsolescence d&#233;finitive de toutes les autres valeurs, l'obsolescence de toutes les autres cultures, l'obsolescence des humanit&#233;s, l'obsolescence de l'humanit&#233; de l'homme. Ce savoir, tr&#232;s particulier, qui voulait mettre la subjectivit&#233; &#224; distance, aura r&#233;ussi au-del&#224; de toute esp&#233;rance : c'est l'&#234;tre humain que la rationalit&#233; calculatrice a finalement rendu obsol&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une trag&#233;die moderne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais toucher au non-dit, au point aveugle, &#224; la mort que charrie massivement cette civilisation technoscientifique, cela revient &#224; tenter l'exploration risqu&#233;e d'une &#171; zone interdite &#187; dont les artistes seraient mieux &#224; m&#234;me de nous faire sentir l'importance et les dimensions, tant les r&#233;sistances et les refoulements sont profonds. Pour preuve, si la trag&#233;die nucl&#233;aire, enfant&#233;e par la science, n'a pas la somptuosit&#233; des d&#233;cors, ni l'ampleur des paysages, ni la stature des acteurs, ni la lancinante profondeur des voix d'un c&#339;ur antique, ni la richesse po&#233;tique des dramaturges de ce temps l&#224;, ni la grandeur des sentiments de jadis -, elle n'est pas non plus scrut&#233;e par l'&#233;clat de consciences humaines aiguis&#233;es par les dithyrambes de l'agora, non, elle n'a rien de tout cela qui soit susceptible de la faire ressentir par les hommes press&#233;s d'aujourd'hui comme une trag&#233;die. Ou plut&#244;t elle nous a vol&#233; tout &#231;a, nous a d&#233;pouill&#233; de notre humanit&#233;, de notre m&#233;moire, pour les mettre au service de la mort g&#233;n&#233;rale, une mort aux couleurs &#233;clatantes, qui stup&#233;fi&#232;rent, aux portes de la nuit, ses propres cr&#233;ateurs, un &#233;t&#233; de mille neuf cent quarante-cinq, et nous tient encore, soixante-sept ans apr&#232;s, nous tient encore &#224; distance respectueuse. En ce 16 juillet, la matinale aurore perdit ses doigts de rose et se r&#233;v&#233;la, &#224; cinq heures trente pr&#233;cise, &#234;tre l'aube d'une &#232;re v&#233;n&#233;neuse comme jamais l'humanit&#233; n'y go&#251;ta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Marc Royer, septembre 2012&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>25 ans apr&#232;s Tchernobyl</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/25-ans-apres-Tchernobyl</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/25-ans-apres-Tchernobyl</guid>
		<dc:date>2011-07-19T08:42:45Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;rick Lemarchand, Jacques Testard, Jean-Marc Royer, Marc Atteia, Paul Ari&#232;s</dc:creator>


		<dc:subject>Nucl&#233;aire</dc:subject>
		<dc:subject>Moyen-Orient</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2011-07-19</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Bonjour de Paris &lt;br class='autobr' /&gt;
Je vous envoie un texte sur les 25 ans de Tchernobyl, qui a &#233;t&#233; co-sign&#233; par Jacques Testard, qu'on ne pr&#233;sente plus, Fr&#233;d&#233;rick Lemarchand sociologue, Marc Atteia math&#233;maticien, Paul Ari&#232;s philosophe et moi-m&#234;me qui l'ai commis. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'accident de Fukushima est venu comme un r&#233;v&#233;lateur : qu'avons-nous appris de Tchernobyl et &#034;ces le&#231;ons&#034; ont-elles &#233;t&#233; utilis&#233;es pour Fukushima ? La r&#233;ponse est n&#233;gative pour des raisons qu'il serait trop long de tirer ici mais qui sont (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Environnement-41-" rel="directory"&gt;Environnement&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Nucleaire-+" rel="tag"&gt;Nucl&#233;aire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Moyen-Orient-+" rel="tag"&gt;Moyen-Orient&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2011-07-19-+" rel="tag"&gt;Edition du 2011-07-19&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH112/arton7688-98027.png?1781069051' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Bonjour de Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous envoie un texte sur les 25 ans de Tchernobyl, qui a &#233;t&#233; co-sign&#233; par Jacques Testard, qu'on ne pr&#233;sente plus, Fr&#233;d&#233;rick Lemarchand sociologue, Marc Atteia math&#233;maticien, Paul Ari&#232;s philosophe et moi-m&#234;me qui l'ai commis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accident de Fukushima est venu comme un r&#233;v&#233;lateur : qu'avons-nous appris de Tchernobyl et &#034;ces le&#231;ons&#034; ont-elles &#233;t&#233; utilis&#233;es pour Fukushima ? La r&#233;ponse est n&#233;gative pour des raisons qu'il serait trop long de tirer ici mais qui sont d&#233;ductibles du texte joint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, nous pouvons d'ores et d&#233;j&#224; dire que Fukushima est en grande partie une r&#233;p&#233;tition de Tchernobyl, m&#234;me si techniquement, factuellement, politiquement, &#233;conomiquement, les conditions sont diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais reste un point commun capital : la biosph&#232;re et les populations seront aussi touch&#233;es quelle que soit la partie du monde o&#249; le prochain accident grave se produira. Seule l'orientation des vents et des pluies feront la diff&#233;rence. Autrement dit les autorit&#233;s priv&#233;es et publiques seront amen&#233;es &#224; mentir autant qu'elles mentent encore sur Tchernobyl et Fukushima.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or si nous sommes, nous citoyens fran&#231;ais, parmi les plus expos&#233;s au monde, vous l'&#234;tes &#233;galement ainsi que la polulation des USA. C'est en lisant l'article de Gentile que j'ai eu envie de vous envoyer cet article encore in&#233;dit en France. Et aussi pour jeter un pont sur l'Atlantique (un des sites les plus s&#233;rieux sur le nucl&#233;aire est celui d'Arnie Gundersen sur Fairewinds.com).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Marc Royer&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Il f&#251;t et il reste tr&#232;s difficile de se faire une id&#233;e de ce que repr&#233;sente Tchernobyl, tant parce que l'&#233;v&#232;nement a surpris toutes nos repr&#233;sentations habituelles de la catastrophe que parce la v&#233;rit&#233; met de tr&#232;s nombreuses ann&#233;es &#224; se frayer un chemin dans le nucl&#233;aire, c'est une constante depuis Hiroshima. Les nuages radioactifs n'ayant pas le bon go&#251;t de s'arr&#234;ter aux fronti&#232;res, les responsabilit&#233;s internationales des &#201;tats nucl&#233;aires sont &#224; l'&#233;vidence mises en jeu, elles sont &#233;normes, ils le savent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, ce sont plus de 2 000 explosions, dont certaines &#233;quivalaient &#224; 50 fois celles du Japon qui ont eu lieu, sans parler des rat&#233;s et des dizaines d'accidents dont les premiers connus datent de l'automne 1957 &#224; Windscale (UK) et Ma&#239;ak (URSS). Mais qui en conna&#238;t les cons&#233;quences ? Aucune enqu&#234;te &#233;pid&#233;miologique internationale digne de ce nom n'ayant &#233;t&#233; diligent&#233;e &#224; ce propos, un comit&#233; europ&#233;en sur les risques de radiations (CERR)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Synth&#232;se et commande du rapport : . Pour le CERR, environ 65 millions de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a &#233;tudi&#233;, &#224; la demande des d&#233;put&#233;s verts, et confirm&#233;, l'impact de l'activit&#233; atomique depuis 65 ans sur les populations mondiales, ce dont on pouvait se douter &#233;tant donn&#233; qu'on en retrouve les traces, ann&#233;es apr&#232;s ann&#233;es, jusque dans les glaces du P&#244;le Sud&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lorius Claude, Voyage dans l'Anthropoc&#232;ne, Actes Sud, 2010.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enjeux sont tellement grands que les effets pathologiques de toutes ces contaminations &#224; petites doses au long cours sont farouchement ni&#233;s par tous les pays et les organisations intergouvernementales dans un bel ensemble. L'omerta, y compris m&#233;diatique, est &#224; la mesure du probl&#232;me. C'est pourquoi ceux qui travaillent &#224; l'&#233;mergence de ces v&#233;rit&#233;s qui d&#233;rangent si fort de si nombreux acteurs ont droit &#224; notre profond respect. La grande majorit&#233; des informations qui suivent sont extraites du livre d'Alexe&#239; V. Yablokov, Vassili B. Nesterenko, Alexe&#239; V. Nesterenko, &#171; Tchernobyl, cons&#233;quences de la catastrophe pour l'homme et la nature &#187;, annales N&#176;1181 de l'acad&#233;mie des sciences de New York&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Version am&#233;ricaine partiellement consultable en ligne sur : . D'autres sites (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; 2 et dont le choix des textes traduits en fran&#231;ais sont dus &#224; Wladimir Tchertkoff avec la collaboration de Lisa Mouravieff.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Irradiation et multi contaminations &#171; &#224; rebonds &#187; impr&#233;visibles. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme le 6 ao&#251;t 1945, le 26 avril 1986 est une date historique pour l'ensemble de l'humanit&#233;. Pour s'en faire une id&#233;e, il faut brosser &#224; grands traits le tableau des irradiations, des contaminations et de leurs cons&#233;quences sur le long terme. En explosant, le r&#233;acteur N&#176;4 de la centrale L&#233;nine de Tchernobyl n'a pas seulement rejet&#233; des gaz et des a&#233;rosols divers issus de la d&#233;sint&#233;gration atomique du combustible comme le ferait une bombe, mais &#233;galement &#171; des particules chaudes solides &#187; de combustible : ce sont des morceaux de toutes tailles qui, combin&#233;s avec d'autres radionucl&#233;ides, sont retomb&#233;s sur le site ou &#224; proximit&#233; de la centrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment de l'accident, l'activit&#233; de certaines &#171; particules chaudes &#187; atteignait 10 &#224; 12 mille becquerels, ce qui pouvait provoquer la mort en quelques heures. Par la suite, des &#171; particules chaudes liquides &#187; se sont &#233;galement form&#233;es dans le sol &#224; la suite des pluies. Lorsque ces particules p&#233;n&#232;trent dans l'organisme &#224; travers la peau, l'eau et l'alimentation ing&#233;r&#233;s ou l'air inhal&#233;, elles produisent, m&#234;me longtemps apr&#232;s leur &#233;mission, des doses &#233;lev&#233;es d'irradiation. D&#232;s les d&#233;buts du cataclysme, les irradiations sont donc violentes, multiples, complexes et p&#233;rennes quelle que soit la distance de l'accident, c'est une des particularit&#233;s de Tchernobyl par rapport aux bombardements de 1945. Cette remarque est importante pour la compr&#233;hension de la suite et des suites de cet accident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le documentaire &#171; La bataille de Tchernobyl &#187; on peut voir des r&#233;servistes, bard&#233;s de plaques de plomb attach&#233;es avec de la ficelle (on dirait de grands enfants se pr&#234;tant &#224; des jeux de rencontres moyen&#226;geuses comme il en existe sur Internet), qui enl&#232;vent ces &#171; particules chaudes solides &#187; hautement radioactives du toit d'un b&#226;timent, pour les balancer en contrebas, &#224; concurrence de deux pellet&#233;es maximum par personne, avant de d&#233;camper rapidement, conform&#233;ment &#224; l'ordre qu'ils ont re&#231;u afin de pr&#233;server leurs chances de survie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis le jour de la catastrophe, les irradiations sont peu &#224; peu supplant&#233;es par des contaminations de long terme,&lt;/strong&gt; mais la situation radiologique &#233;volue d'une mani&#232;re que personne ne pouvait pr&#233;dire. En effet, suite aux processus de d&#233;sint&#233;gration du plutonium-241, la formation naturelle de l'am&#233;ricium-241, puissant &#233;metteur de rayons gamma, va constituer un aspect important de la contamination de nombreux territoires distants, jusqu'&#224; un millier de kilom&#232;tres. &#192; cause de cette d&#233;sint&#233;gration progressive, les territoires dont le niveau des rayonnements gamma &#233;tait faible, sont devenus &#224; nouveau dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, il y a eu une forte redistribution des radionucl&#233;ides dans les &#233;cosyst&#232;mes du fait de leur concentration par les organismes vivants et de leur migration, apr&#232;s quelques ann&#233;es, dans les parties du sol o&#249; plongent les racines : ces radionucl&#233;ides deviennent alors de plus en plus accessibles pour les v&#233;g&#233;taux qui les reportent pour la deuxi&#232;me fois &#224; la surface du sol. C'est l'une des causes de l'expansion et de l'aggravation de la morbidit&#233; et de la mortalit&#233; atomique dans les territoires contamin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s les donn&#233;es existantes relatives &#224; l'action des radionucl&#233;ides incorpor&#233;s sur la sant&#233;, &#224; partir de 50 Bq/kg d'accumulation du c&#233;sium-137 dans l'organisme de l'enfant (70-75 Bq/kg pour les adultes), des alt&#233;rations pathologiques peuvent appara&#238;tre dans les syst&#232;mes vitaux (cardio-vasculaire, nerveux, endocrinien, immunitaire), dans les reins, le foie, les yeux et les autres organes :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La glande thyro&#239;de concentre jusqu'&#224; 40% de la quantit&#233; totale des radionucl&#233;ides d'iode chez les adultes et jusqu'&#224; 70% chez les enfants. L'hypophyse aussi la concentre consid&#233;rablement (de 5 &#224; 12 fois). Du fait que tous les autres organes de la s&#233;cr&#233;tion interne (glandes parathyro&#239;diennes, &#233;piphyse, pancr&#233;as et glandes surr&#233;nales) sont &#233;troitement li&#233;s dans l'&#233;quilibre hormonal, la contamination radiologique de Tchernobyl a influ&#233; sur le fonctionnement de tous les organes du syst&#232;me endocrinien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effondrement de la fonction hormonale du thymus joue le r&#244;le principal dans le d&#233;veloppement de la pathologie du syst&#232;me immunitaire.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les maladies des organes circulatoires sont l'une des causes principales d'invalidit&#233; et de mort des &#171; liquidateurs &#187;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le vieillissement acc&#233;l&#233;r&#233; provoqu&#233; par la catastrophe de Tchernobyl a d&#233;j&#224; touch&#233; des centaines de milliers de personnes et en touchera des millions dans le futur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, dans le documentaire d&#233;j&#224; cit&#233;, de nombreuses personnes parlent du go&#251;t de plomb qu'elles avaient en permanence dans la bouche durant les &#233;v&#232;nements. Et en effet, entre 2400 et 6720 tonnes de plomb ont &#233;t&#233; d&#233;vers&#233;es au cours des op&#233;rations d'extinction. Pendant les quelques jours qui ont suivi, une partie importante de ce plomb a &#233;t&#233; rejet&#233;e dans l'atmosph&#232;re suite &#224; sa fusion, &#224; son &#233;bullition et &#224; sa sublimation dans l'incendie du r&#233;acteur. C'est pourquoi le saturnisme est devenu une des pathologies importantes de Tchernobyl.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, les cons&#233;quences g&#233;n&#233;tiques de la catastrophe de Tchernobyl, en ajoutant de nouvelles atteintes, toucheront pendant des si&#232;cles des centaines de millions de personnes, parmi lesquelles :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; celles qui ont subi le premier choc radiologique (irradiation externe forte et brutale), parce que la quantit&#233; des radionucl&#233;ides rejet&#233;s par la Catastrophe dans la biosph&#232;re f&#251;t des milliers de fois sup&#233;rieure, et bien plus virulente que celle d'Hiroshima ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; celles qui vivent, et vivront pendant les 300 ans &#224; venir dans les territoires contamin&#233;s par le strontium-90 et le c&#233;sium-137 ou qui vivront dans les territoires contamin&#233;s par le plutonium et l'am&#233;ricium pendant des milliers d'ann&#233;es,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les enfants des g&#233;niteurs irradi&#233;s pendant des g&#233;n&#233;rations, o&#249; qu'ils vivent par la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Secret, la falsification officielle sans retour des statistiques&lt;/strong&gt; en ex URSS, l'absence d'une statistique fiable en Ukraine, au B&#233;larus, la volont&#233; des structures gouvernementales et de l'industrie atomique, ainsi que des principales organisations intergouvernementales (CIPR, AIEA et OMS) de minimiser les cons&#233;quences de Tchernobyl sont l&#233;gion, en voici quelques exemples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans aucuns des livrets militaires des 60 000 militaires en service qui ont particip&#233; aux travaux de &#171; liquidation &#187;, n'a &#233;t&#233; enregistr&#233; le d&#233;passement de la norme de 25 r&#339;ntgens, alors en vigueur. Mais l'examen clinique de 1100 militaires liquidateurs a r&#233;v&#233;l&#233; chez 37% d'entre eux les sympt&#244;mes h&#233;matologiques de la maladie des rayons qui indique que ces personnes ont re&#231;u &#224; l'&#233;vidence plus de 25 r&#339;ntgens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, Vingt et un ans apr&#232;s la Catastrophe, les observateurs des myst&#233;rieux vols d'avions et les &#171; pluies noires &#187; qui s'en sont suivies &#224; partir du 1er mai ont commenc&#233; &#224; parler ; les pilotes militaires aussi, qui pulv&#233;risaient r&#233;ellement de l'iodure d'argent pour d&#233;clencher ces pluies et emp&#234;cher ainsi qu'une dangereuse contamination radioactive n'arrive sur les territoires dens&#233;ment peupl&#233;s de Voronej, Nijni Novgorod et &#8230; de la place rouge &#224; Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;decine officielle n'a commenc&#233; &#224; reconna&#238;tre la fr&#233;quence de la cataracte &#171; tchernobylienne &#187; que 8 ou 9 ans apr&#232;s que la chose ait &#233;t&#233; d&#233;couverte. M&#234;me chose en ce qui concerne le cancer de la thyro&#239;de, la leuc&#233;mie et l'affection du syst&#232;me nerveux central. Cette fa&#231;on de faire tra&#238;ner la reconnaissance de l'&#233;vidence (et la prise des d&#233;cisions n&#233;cessaires pour en minimiser les effets) restera sur la conscience de ceux pour qui les int&#233;r&#234;ts de l'industrie atomique sont plus importants que l'aide aux millions de victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autorit&#233;s sovi&#233;tiques ont non seulement officiellement interdit aux m&#233;decins de faire le lien entre les maladies et l'irradiation mais elles ont de plus class&#233; &#171; secrets &#187; tous les mat&#233;riaux concernant Tchernobyl. Des ann&#233;es apr&#232;s, lorsqu'il est devenu impossible de cacher la manifestation &#233;vidente de la hausse de la morbidit&#233;, on a tent&#233; d'expliquer cette hausse par les cons&#233;quences d'un stress national g&#233;n&#233;ralis&#233; et une psychologie de tr&#232;s bas &#233;tage (phobie de la radioactivit&#233; !), alors que la psychologie n'a jamais &#233;t&#233; la pr&#233;occupation majeure des organisations sovi&#233;tiques ou internationales en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hors des fronti&#232;res de l'ex URSS, on a entrepris de cacher les informations sur la morbidit&#233; grandissante des populations directement ou indirectement touch&#233;es par les retomb&#233;es de Tchernobyl : il n'y a pas de donn&#233;es instrumentales disponibles de la contamination de tous les pays d'Europe par tous les radionucl&#233;ides de Tchernobyl, et d&#233;sormais il n'y en aura plus jamais. S'appuyant sur ce manque, le rapport de l'AIEA/OMS &#171; Forum Tchernobyl &#187; (2005) ne discute que des donn&#233;es concernant les territoires du B&#233;larus, de l'Ukraine et de la Russie Europ&#233;enne, passant sous silence la contamination des autres pays europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;e, m&#234;me si la densit&#233; actuelle de la contamination n'est pas actuellement &#233;lev&#233;e dans un territoire, l'&#233;norme contamination des premiers jours et des semaines qui ont suivi la catastrophe - on sait par reconstruction que dans certains territoires l'activit&#233; des retomb&#233;es radioactives d&#233;passait 10 000 fois les niveaux du fond naturel - ainsi que la faible contamination persistante pendant des d&#233;cennies, a pu causer et causera une influence consid&#233;rable sur la sant&#233; des habitants et de l'environnement. Les d&#233;clarations rassurantes comme quoi la contamination de Tchernobyl n'ajoute que 2% au fond radioactif naturel sur la superficie de la Terre, constituent donc une d&#233;sinformation consciente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, la suppression des institutions charg&#233;es des suites pathologiques de Tchernobyl, le d&#233;tournement des &#233;quipes de chercheurs de l'&#233;tude des probl&#232;mes engendr&#233;s par la catastrophe, le harc&#232;lement et l'emprisonnement de certains m&#233;decins sp&#233;cialis&#233;s, sont autant de tentatives concert&#233;es et persistantes de cacher la v&#233;rit&#233;. Yuiri Bandajevski f&#251;t arr&#234;t&#233; en juillet 1999, pr&#233;tendument dans le cadre des mesures d'urgence destin&#233;es &#224; combattre le terrorisme. Arbitrairement d&#233;tenu, puis accus&#233; de corruption et condamn&#233; le 18 juin 2001 &#224; 8 ann&#233;es de prison malgr&#233; la r&#233;tractation publique de son accusateur au terme d'un proc&#232;s digne de ceux des ann&#233;es 30, il f&#251;t incarc&#233;r&#233; jusqu'en 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vassili Nesterenko, directeur de l'Institut ind&#233;pendant bi&#233;lorusse de protection radiologique Belrad qu'il a cr&#233;&#233; en 1989 avec l'aide d'Andre&#239; Sakharov, Ales Adamovitch et Anatoli Karpov, a &#233;t&#233; menac&#233; d'internement en asile psychiatrique par le KGB, a subi deux attentats et est d&#233;c&#233;d&#233; le 25 ao&#251;t 2008 apr&#232;s une op&#233;ration &#224; l'estomac. Aussi, l'exigence avanc&#233;e par les sp&#233;cialistes de l'AIEA et de l'OMS de la n&#233;cessit&#233; d'une &#171; corr&#233;lation certaine &#187; entre la charge radioactive d'une personne concr&#232;te (jamais reconstituable avec pr&#233;cision, et pour cause), et l'atteinte &#224; la sant&#233; pour qu'il y ait d&#233;monstration &#233;vidente du lien de la maladie avec l'irradiation de Tchernobyl, rel&#232;ve-t-elle d'une s&#233;rie de man&#339;uvres intellectuelles particuli&#232;rement malhonn&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sumant sommairement les donn&#233;es publi&#233;es dans le livre d&#233;j&#224; cit&#233;, la contamination radioactive de Tchernobyl a touch&#233; pr&#232;s de 400 millions de personnes (205 millions en Europe et environ 200 millions hors de l'Europe), &#224; un niveau de 4 kBq/m2 (0,1Ci/km2) et plus. L'analyse des courbes de la morbidit&#233; g&#233;n&#233;rale des enfants vivant dans les territoires contamin&#233;s de l'ex URSS est particuli&#232;rement d&#233;sesp&#233;rante : seulement 20% d'entre-eux sont en bonne sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans certaines r&#233;gions du Polessi&#233; il n'y en a plus un seul. En Allemagne, les dents des enfants n&#233;s apr&#232;s la Catastrophe avaient 10 fois plus de strontium-90, tout comme on retrouve de l'Uranium dans les dents de lait des enfants anglais habitants pr&#232;s de Windscale (rebaptis&#233; Sellafield) 53 ans apr&#232;s cette catastrophe atomique. Le nombre des victimes de Tchernobyl cro&#238;tra pendant plusieurs g&#233;n&#233;rations. Au cours des 15 premi&#232;res ann&#233;es apr&#232;s la Catastrophe, celui-ci peut &#234;tre estim&#233; de la mani&#232;re suivante :&lt;br class='autobr' /&gt;
B&#233;larus, Ukraine Russie d'Europe 237 000&lt;br class='autobr' /&gt;
Le reste de l'Europe-contamin&#233;e &#224; plus de 1 Ci/km2 170 000&lt;br class='autobr' /&gt;
contamin&#233;e de 0,1 &#224; 1 Ci/km2 255 000&lt;br class='autobr' /&gt;
Asie, Afrique, Am&#233;rique du Nord 323 000&lt;br class='autobr' /&gt;
Le monde entier 985 000&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alexe&#239; V. Yablokov, Vassili B. Nesterenko, Alexe&#239; V. Nesterenko, opus cit&#233;.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une nouvelle race d'hommes appel&#233;e &#224; se d&#233;velopper : &#171; les liquidateurs &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cette expression est en soi un subterfuge qui vise &#224; faire croire que ce type de catastrophe, qui est essentiellement en devenir, &#171; serait liquidable &#187;, de mani&#232;re &#224; clore le dossier des responsabilit&#233;s. On ne conna&#238;t pas le nombre exact de personnes (arm&#233;e, polices, milices, r&#233;servistes, mineurs, volontaires &#8230;) ayant particip&#233; &#224; la &#171; liquidation &#187; car :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; des dispositions secr&#232;tes interdisaient de rendre public l'appel &#224; la participation aux travaux concern&#233;s (lettre du Minist&#232;re de la d&#233;fense de l'URSS du 9 juin 1989) ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; amen&#233;s de toutes les r&#233;gions de l'ex-URSS par des moyens d'urgence gouvernementaux, ils y ont &#233;t&#233; renvoy&#233;s aussit&#244;t apr&#232;s sans le moindre d&#233;but de suivi &#233;pid&#233;miologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur nombre total s'&#233;l&#232;ve vraisemblablement &#224; plus de 800 000. Leur exposition, lorsqu'elle &#233;tait contr&#244;l&#233;e, (la limite f&#251;t relev&#233;e &#224; 25 R&#339;ntgens), &#233;tait de toute mani&#232;re syst&#233;matiquement minimis&#233;e (documentaire cit&#233;). Comme au cours des premi&#232;res ann&#233;es il a &#233;t&#233; officiellement interdit d'&#233;tablir une corr&#233;lation entre la morbidit&#233; et la radioactivit&#233;, celle des liquidateurs, obtenue avant 1989 a &#233;t&#233; falsifi&#233;e sans retour. Mais nous savons qu'au d&#233;but, tous les liquidateurs &#233;taient obligatoirement des jeunes gens en bonne sant&#233;. En Russie, cinq ans apr&#232;s la catastrophe, 30% d'entre eux &#233;taient d&#233;j&#224; consid&#233;r&#233;s officiellement &#171; malades &#187; ; dix ans plus tard, moins de 9% des liquidateurs &#233;taient consid&#233;r&#233;s &#171; en bonne sant&#233; &#187;, et apr&#232;s 16 ans il n'en restait &#187; pas plus de 2%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qu'une catastrophe au temps de l'Anthropoc&#232;ne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ere caract&#233;ris&#233;e par le fait que l'homme en est devenu la force g&#233;ologique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? Des sols de cours d'&#233;coles ont &#233;t&#233; enti&#232;rement retourn&#233;s au Japon, mais il n'y a aucun moyen de d&#233;contaminer des territoires entiers avec leur faune et leur flore. Se pose toujours la m&#234;me question lancinante du &#171; stockage de d&#233;chets &#233;ternellement radioactifs &#187; (bel oxymore). &#192; l'&#233;chelle continentale, il s'agirait rien moins que de cr&#233;er d'immenses cimeti&#232;res de la Terre. Les catastrophes atomiques ont ceci de particulier qu'elles d&#233;limitent toujours une fracture multidimensionnelle de l'histoire du vivant :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La perte irr&#233;m&#233;diable de tout un monde vivant sur d'immenses territoires, un printemps sans les cris des oiseaux, et des arbres roussis par un gigantesque et silencieux incendie.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une mortalit&#233; si nombreuse dans des conditions si inhumaines que le travail de deuil s'av&#232;re impossible &#224; r&#233;aliser, surtout &#171; au temps de la mort s&#232;che &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Allouch Jean, Erotique du deuil au temps de la mort s&#232;che, EPEL, 1995.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un &#233;v&#232;nement impr&#233;vu et inconcevable, qui d&#233;passe nos facult&#233;s d'imagination, et dont les cons&#233;quences futures sont elles-m&#234;mes impr&#233;dictibles.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Des irradi&#233;s/contamin&#233;s subissant une atteinte aussi bien mentale que physique dont certains effets s'&#233;taleront sur plusieurs g&#233;n&#233;rations pour donner naissance &#224; des lign&#233;es d'&#234;tres difformes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, &#171; un avant et un apr&#232;s &#187; sans retour possible. Un trou dans la m&#233;moire symbolique des humains, dans leur inconscient, ce qui nous pr&#233;pare &#171; un retour du refoul&#233; &#187; &#224; la mesure de l'&#233;v&#232;nement. Mais de plus, et c'est l&#224; le &#171; double effet paradoxal &#187; des catastrophes atomiques, elles n'ont pas de fin, pas de terme pr&#233;visible : c'est un monstre qui pousse et d&#233;vore de l'int&#233;rieur l'humanit&#233;, dont la morbidit&#233; persistante est difficilement &#233;vitable. La catastrophe atomique &#171; colonise l'avenir et n'offre aucune possibilit&#233; d'&#233;chapper au destin tragique : aucune culture n'est pr&#234;te &#224; affronter ce pari &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fr&#233;d&#233;ric Lemarchand, Sociologue, Membre du Conseil scientifique du CRIIGEN, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une politique n&#233;gationniste &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ce cancer, les &#201;tats et les organisations intergouvernementales (UNSCEAR, CIPR &#8230;) ont d&#233;lib&#233;r&#233;ment minimis&#233; les cons&#233;quences sanitaires de Tchernobyl : ce parti pris des jugements concerne &#233;galement l'OMS et sa fameuse th&#232;se d'une trentaine de morts, car un accord a &#233;t&#233; sign&#233; en 1959 entre l'AIEA et l'OMS obligeant celle-ci &#224; soumettre sa position &#224; celle de l'AIEA dans tous les cas o&#249; le nucl&#233;aire est en jeu. Quand les nucl&#233;aristes d&#233;clarent, vingt ans apr&#232;s la Catastrophe de Tchernobyl : &#171; aujourd'hui, la condition principale de la garantie de la s&#251;ret&#233; radiologique n'est plus dans l'abaissement des charges de doses d&#233;j&#224; insignifiantes, mais dans la garantie du fonctionnement efficace des entreprises et de la production de l'&#233;nergie atomique &#187;, ils tentent par ce biais de faire oublier le sort de millions de victimes de la catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette politique nationale et internationale consistant &#224; tout faire pour effacer les traces et la m&#233;moire de la catastrophe &#8230; rappelle furieusement celle qui a accompagn&#233; la &#171; solution finale &#187;. Un autre versant de la politique n&#233;gationniste face &#224; tous ces dangers, consiste en un raisonnement de type scientiste qui les transforme en risques statistiques : c'est un nouveau mode de justification rationnelle des aspects p&#233;rilleux &#224; court, moyen et long terme de l'industrie atomique. Ce type de calcul du risque a connu depuis trente ans une vogue envahissante qui se d&#233;cline dans ce qu'il est convenu d'appeler aujourd'hui le rapport compar&#233; des co&#251;ts et des risques encourus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette raison calculatrice est compl&#233;t&#233;e par une politique syst&#233;mique d'externalisations maximales, lesquelles seront imput&#233;es de facto aux populations et &#224; la biosph&#232;re. Ce que vise &#224; cacher cette manipulation intellectuelle du risque, c'est qu'en cas de catastrophe (&#171; le risque r&#233;siduel &#187;), ce sont toujours les &#201;tats qui sont appel&#233;s &#224; la rescousse car les moyens priv&#233;s sont &#224; l'&#233;vidence insuffisants pour y faire face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais depuis Tchernobyl et Fukushima, les habitants de tous les pays de la plan&#232;te savent &#233;galement qu'ils ne peuvent plus compter sur leurs gouvernements pour le prot&#233;ger efficacement ni avant et encore moins apr&#232;s une catastrophe atomique. C'est pourquoi nous pouvons dire que les populations du monde entier, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;es du choix politique - aucune soci&#233;t&#233; civile ne f&#251;t jamais consult&#233;e - courent le risque d'&#234;tre &#233;vacu&#233;es de leurs territoires nourriciers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tant donn&#233; la taille et la complexit&#233; des r&#233;alisations techniques de l'&#232;re &#171; thermo-industrielle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;volution thermo-industrielle, terme propos&#233; par Alain Gras, Jacques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;,&lt;strong&gt; cela transforme de facto le monde en &#171; laboratoire d'essais &#187; : ce f&#251;t le cas &#224; Hiroshima comme &#224; Tchernobyl&lt;/strong&gt;. Le concept de &#171; laboratoire-monde &#187;, tir&#233; du livre d'Alain Gras sur les macro-syst&#232;mes techniques, renvoie, d'une part &#224; l'extension plan&#233;taire des r&#233;seaux qui permettent la division internationale du travail (&#224; vous la fabrication et les risques majeurs, &#224; nous la conception et le profit majeur) et d'autre part &#224; une volont&#233; de puissance illimit&#233;e sur le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il s'est produit &#224; la centrale L&#233;nine, destin&#233;e &#224; devenir la plus grande usine de production d'&#233;lectricit&#233; atomique au monde (6 000 MW), en est malheureusement une parfaite illustration. En effet, la catastrophe trouve son origine dans le projet inou&#239; consistant &#224; &#171; exp&#233;rimenter &#187; en vraie grandeur : il s'agissait, dans le cas d'un arr&#234;t d'urgence, d'utiliser le d&#233;gagement calorifique r&#233;siduel pour une production suppl&#233;mentaire d'&#233;nergie &#233;lectrique ! Une v&#233;ritable exp&#233;rience atomique dans le laboratoire-monde, la suite logique d'un fantasme de toute puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, le monde vivant est devenu le laboratoire &#224; grande &#233;chelle de la technoscience. Mais le rejet du seul r&#233;acteur N&#176;4 de la centrale L&#233;nine a provoqu&#233; une contamination des dizaines de fois sup&#233;rieure &#224; la contamination due aux bombes l&#226;ch&#233;es sur Hiroshima et Nagasaki et le &#171; nuage de Tchernobyl &#187; a fait au moins deux fois le tour de la Terre, ce qui fait de &lt;strong&gt;Tchernobyl la plus grande catastrophe technologique de l'anthropoc&#232;ne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lorius Claude, opus cit&#233;.&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; ce jour.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a plus grave. Le Pr. V. Nesterenko, qui fut directement en charge des cons&#233;quences de la catastrophe, explique dans le documentaire d&#233;j&#224; cit&#233;, que 1400 kg du m&#233;lange uranium-graphite au contact de l'eau constituaient une masse susceptible de provoquer une explosion atomique d'une puissance de 3 &#224; 5 M&#233;gatonnes soit entre 50 et 80 fois la puissance de l'explosion d'Hiroshima si une quantit&#233; suffisante de Corium, qui avait d&#233;j&#224; perc&#233; la cuve du r&#233;acteur, avait transperc&#233; la dalle de b&#233;ton qui le s&#233;parait des masses d'eau contenues dans les sous-sols du r&#233;acteur. &lt;i&gt;&#171; Une explosion d'une telle puissance pouvait provoquer des radiol&#233;sions massives des habitants dans un espace de 300-320 Km de rayon (englobant la ville de Minsk) et toute l'Europe pouvait se trouver victime d'une forte contamination radioactive rendant la vie normale impossible. [&#8230;] &lt;strong&gt;Mon opinion est que nous avons fris&#233; &#224; Tchernobyl une explosion nucl&#233;aire. Si elle avait eu lieu, l'Europe serait devenue inhabitable. &lt;/strong&gt; &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre du Professeur Nesterenko &#224; Wladimir Tchertkoff, Solange Fernex et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui a permis d'&#233;viter l'apocalypse Europ&#233;enne &#224; Tchernobyl ? D'abord cette nouvelle race d'hommes appel&#233;e &#171; liquidateurs &#187; que l'on conduit rapidement et par milliers sur les lieux du sacrifice : les r&#233;servistes qu'on envoie ramasser les d&#233;bris mortels du r&#233;acteur, les pompiers qui &#233;vitent la propagation de l'incendie puis auxquels on demande de pomper l'eau sous le coeur en fusion, les mineurs qui creusent une galerie souterraine de cent cinquante m&#232;tres et une chambre de 1800m3 trois fois plus vite qu'en temps ordinaires pour combler le sous-sol de b&#233;ton et tous les autres services, civils et volontaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis on distribue des dipl&#244;mes, des m&#233;dailles, on &#233;difie des st&#232;les et des statues dans le plus pur style r&#233;aliste socialiste aux nouveaux hommes de marbre du nucl&#233;aire, (y compris en Occident et bient&#244;t au Japon), mais on continue de dissimuler, de falsifier des documents, de d&#233;roger aux plus &#233;l&#233;mentaires principes de s&#233;curit&#233; ou de pr&#233;caution envers les populations civiles et l'on pourchasse les physiciens ou les m&#233;decins qui m&#232;nent des &#233;tudes sur les suites de ces catastrophes. On encense les uns pour mieux isoler ou d&#233;cr&#233;dibiliser les autres. Quand on se souvient de la dur&#233;e et des efforts gigantesques qu'il a fallu d&#233;ployer &#224; Tchernobyl, on peut clairement affirmer que Fukushima sera dans l'actualit&#233; pour un long moment, malheureusement pour les habitants de l'archipel et du monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, les moyens mis en &#339;uvre par le puissant r&#233;gime totalitaire sovi&#233;tique sont sans commune mesure avec ce que peut faire le Japon ou n'importe quel autre pays au monde (Chine except&#233;e) : en ex-URSS il &#233;tait possible d'enr&#244;ler 800 000 &#171; liquidateurs &#187;, les services de secours civils de tout un immense pays, des centaines de pompiers, dix mille mineurs, une arm&#233;e encore puissante avec ses milliers de r&#233;servistes, sur ordre du secr&#233;taire du Politburo. Le d&#233;ploiement de tels moyens ne sera plus possible dans d'autres cas similaires et il est douteux que l'appel aux autres pays soit suffisant : en d&#233;mocratie lib&#233;rale, il y aura peu de volontaires pour mourir dans des souffrances que l'on sait atroces et p&#233;rennes sur plusieurs g&#233;n&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Japon, vu leur &#233;tat, les syst&#232;mes de refroidissement ne pourront plus jamais &#234;tre remis en service. Tandis que l'on injecte du Bore pour inerter l'atmosph&#232;re des r&#233;acteurs en fusion, une &#233;norme quantit&#233; d'eau y est quotidiennement d&#233;vers&#233;e pour les refroidir afin d'&#233;viter qu'ils ne transpercent l'enceinte et atteignent ces m&#234;mes des masses d'eau, ce qui pourrait &#234;tre tr&#232;s grave. Or la chape de b&#233;ton, construite dans les ann&#233;es soixante-dix, dont l'&#233;paisseur ne f&#251;t pas pr&#233;vue pour une telle &#233;ventualit&#233;, est par ailleurs vieillie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est pas un, mais quatre r&#233;acteurs, dont le N&#176;3 qui fonctionnait au MOX&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Combustible dans lequel se trouve &#233;galement du plutonium, ce qui r&#233;duit les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; fran&#231;ais, qui sont concern&#233;s. Sans parler des cons&#233;quences d'une &#233;ventuelle r&#233;plique sismique qu'on ne peut malheureusement pas &#233;carter vu la situation de la centrale. &lt;strong&gt;Dans ces conditions, qui peut pr&#233;dire les effets cumulatifs possibles de ce type de situation au Japon, ou ailleurs ? Or, ce qu'il f&#251;t possible de mettre en place &#224; Tchernobyl pour &#233;viter la catastrophe plan&#233;taire, ne le sera vraisemblablement plus jamais sauf, pour quelques temps encore en Chine &#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On l'a vu, une catastrophe de grande ampleur, continentale, ne peut &#234;tre exclue.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les territoires contamin&#233;s par les d&#233;p&#244;ts de Tchernobyl, il est dangereux de s'occuper d'agriculture, il est dangereux de cultiver les for&#234;ts, dangereux de p&#234;cher le poisson et de chasser le gibier, il est dangereux de consommer les denr&#233;es produites localement sans contr&#244;ler leur radioactivit&#233;, dangereux de boire le lait et m&#234;me l'eau. Tout ce qui constituait depuis des mill&#233;naires la plus s&#251;re et la plus fid&#232;le des sources de vie - l'air, les eaux naturelles, les fleurs, les fruits de la terre, les for&#234;ts, les fleuves et les mers - tout cela est devenu en quelques jours source de danger pour l'homme, car les radionucl&#233;ides se sont propag&#233;s du r&#233;acteur en ruines &#224; travers tous ces territoires et au-del&#224;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est-&#224;-dire jusque dans les glaces du p&#244;le Sud : Lorius Claude, opus cit&#233;.&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#233;ments radioactifs ont rempli tout notre espace vital et sont devenus source d'irradiation et de contamination dangereuse pour l'homme et toute la biosph&#232;re, ce que le rapport du Comit&#233; europ&#233;en sur les risques de radiations (CERR)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Synth&#232;se et commande du rapport : . Pour le CERR, 65 millions de morts sont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a &#233;t&#233; le premier &#224; confirmer en 2003. Sans doute est-ce d'ailleurs l&#224; un des facteurs expliquant l'explosion du nombre de cas de cancers dans le monde (les cas ont officiellement doubl&#233; en France entre 1985 et 2000).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perspective d'une survie en territoire contamin&#233; impose de bien comprendre la diff&#233;rence essentielle entre irradiation et contamination. Les discours officiels se focalisent sur l'irradiation due aux rayons &#233;mis par les mati&#232;res fissiles lors de l'explosion. La catastrophe ukrainienne nous l'a enseign&#233;, il faut &#233;galement prendre en compte les effets d&#233;l&#233;t&#232;res sur la sant&#233; des &#171; faibles doses &#187; inhal&#233;es ou ing&#233;r&#233;es par l'alimentation, qui vont ensuite se fixer dans l'organisme et produire leurs effets des ann&#233;es plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les produits radiotoxiques issus des centrales (C&#233;sium137, Strontium 90, etc.), sont d'une toxicit&#233; ph&#233;nom&#233;nale : de toutes petites doses produisent un effet qu'il est impossible de nier. Des mesures efficaces de protection pour la diminution de la teneur en radionucl&#233;ides incorpor&#233;s doivent commencer &#224; partir du niveau d'accumulation du c&#233;sium-137 de 25-28 Bq/kg dans l'organisme (ce qui correspond &#224; la charge de dose de 0,1 mSv/an) mesure que le CERR recommande &#233;galement dans son &#233;tude. Les appareils automatiques de spectrom&#233;trie de radiation interne du corps humain tels le SCRINNER en usage en Bi&#233;lorussie, sont con&#231;us pour mesurer l'activit&#233; dans le corps humain des radionucl&#233;ides suivants : Cesium-137, cesium-134, potassium-40, radium-226, thorium-232, mangan&#232;se-54, cobalt-60, iodine-131, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces appareils devraient &#234;tre d'usage courant dans tous les pays sous le vent de centrales atomiques en activit&#233;. Par ailleurs, dans de v&#233;ritables prescriptions publiques &#224; grande &#233;chelle, il faudrait pr&#233;ciser les avantages et les limites des pastilles d'iode et des mesures de confinement, les gestes qui sauvent, les &#171; p&#233;rim&#232;tres d'&#233;vacuation &#187; des plans d'urgence &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est pourquoi, dans tous les pays, les organisations de la soci&#233;t&#233; civile doivent consid&#233;rer l'importance de la cr&#233;ation d'un syst&#232;me de contr&#244;les radiologiques ind&#233;pendant du syst&#232;me officiel.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Figures de la d&#233;faite d&#233;shonorante, les &#171; hibakushas &#187;, assimil&#233;s aux pestif&#233;r&#233;s par peur d'une contagion fantasm&#233;e, furent l'objet de la honte publique, d&#233;courageant ainsi la plupart des rescap&#233;s de participer &#224; un quelconque travail de m&#233;moire, t&#233;moignages dont on a vu avec Primo L&#233;vi, Robert Antelme, David Rousset et les autres survivants l'importance capitale dans l'Europe intellectuelle de l'apr&#232;s-guerre. Les &#233;diles japonais proc&#233;d&#232;rent &#224; une &#171; reconstruction &#187; rapide de la ville qui e&#251;t pour but avou&#233; d'effacer m&#233;ticuleusement toutes les traces de leur d&#233;faite et &#8230; de ce crime effroyable. Comme si &#224; la place d'Auschwitz s'&#233;levait maintenant une sorte de parc d'attraction ultra moderne pour la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les USA ont activement contribu&#233; &#224; ce processus en menant sur place et avec l'aide des autorit&#233;s japonaises des &#233;tudes sur toutes les cons&#233;quences de ce bombardement. Mais &#171; la raison d'&#201;tat &#187; primant sur les souffrances de milliers d'innocents, ces &#233;tudes furent vers&#233;es dans des archives secr&#232;tes de Washington, longtemps inaccessibles. Plus de traces, telle est le credo commun &#224; tous les criminels et n&#233;gationnistes (Cf. ce qu'en dit plus pr&#233;cis&#233;ment G&#252;nter Anders). Contrairement &#224; ce qui s'est produit pour la Shoah, vainqueurs et vaincus se sont associ&#233;s pour aveugler l'humanit&#233;, avec succ&#232;s jusqu'&#224; ce jour, sur la nature des crimes commis &#224; Hiroshima et Nagasaki. Il en f&#251;t de m&#234;me &#224; Tchernobyl et en sera de m&#234;me &#224; Fukushima. &lt;strong&gt;Le travail de m&#233;moire est ainsi forclos comme on tente d'enfermer un d&#233;chet radioactif dont on sait pertinemment qu'on en repasse la dangerosit&#233; aux g&#233;n&#233;rations suivantes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'invention atomique &#233;tait manifestement porteuse de mort g&#233;n&#233;ralis&#233;e du vivant sur la plan&#232;te, mais les gouvernements et la plupart des m&#233;dias occidentaux (la guerre froide, qui devait durer quarante ans, y a bien pourvu) ont tout fait pour recouvrir cette d&#233;faite historique de l'humanit&#233; d'un &#233;pais manteau d'admiration et de d&#233;votion devant le g&#233;nie et la puissance des chercheurs, de la science, de la technique, de l'industrie &#8230; Un nouveau dieu est apparu ce 6 ao&#251;t, &#224; la puissance inqui&#233;tante certes, comme tous les dieux, et &#224; la gloire duquel de nouveaux hymnes ont &#233;t&#233; forg&#233;s illico presto (une &#233;tude qui reste &#224; faire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le largage des bombes atomiques ainsi que &#171; l'exp&#233;rience Tchernobyl &#187; furent non seulement un crime contre l'humanit&#233;, mais fait nouveau, un crime contre la Nature, ce que l'on appellerait aujourd'hui un &#201;cocide. &lt;strong&gt;Si le refoulement de ce type de catastrophe syst&#233;mique pour la biosph&#232;re persiste, il ne sera pas sans cons&#233;quences pour l'avenir de l'humanit&#233; et sa mani&#232;re d'en &#233;crire l'histoire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; travers son concept de &#171; banalit&#233; du mal &#187;, Hannah Arendt a d&#233;montr&#233; dans les ann&#233;es soixante que des crimes contre l'humanit&#233; avaient &#233;t&#233; perp&#233;tr&#233;s par des hommes ordinaires parce qu'ils ne se posaient pas de questions sur les fins de leurs &#171; activit&#233;s &#187;. &#192; partir du moment o&#249; ils &#233;taient li&#233;s par un serment de fid&#233;lit&#233; &#224; leur hi&#233;rarchie (ou &#224; une id&#233;ologie, toutes choses qui sont aujourd'hui &#233;rig&#233;es en valeurs universelles par la raison calculatrice dans le monde du &#171; travail &#187; et ailleurs), ils tenaient ces activit&#233;s pour l&#233;gitimes. Ces &#171; hommes &#187; manquaient d'imagination ou l'avaient bannie en tant &#171; qu'&#233;tat d'&#226;me contre-productif &#187; (comme on dirait aujourd'hui) s'opposant &#224; l'efficience technocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce concept de &#171; banalisation du mal &#187; n'est donc pas issu de supputations sur une &#171; nature humaine &#187;, mais bien d'une analyse socio-historique de ce qui s'est pass&#233; en Europe entre 1933 et 1945 et de ce qui en a pr&#233;par&#233; l'av&#232;nement. Soixante ans apr&#232;s, &#224; moins de croire en un monde fixiste, il faut oser tirer les conclusions de ce qu'Hannah Arendt avait &#233;crit. Historiquement, la banalisation du mal occidental s'est r&#233;pandue &#224; grande &#233;chelle &#224; partir du moment o&#249; le travail et les &#234;tres humains ont &#233;t&#233; &#171; thermo industrialis&#233;s &#187; avec l'appui massif de la technoscience, c'est-&#224;-dire coup&#233;s de leur r&#233;alit&#233; nourrici&#232;re, terrestre, pour &#234;tre encasern&#233;s, prol&#233;taris&#233;s, disqualifi&#233;s, d&#233;r&#233;alis&#233;s et finalement d&#233;shumanis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de ce moment, tout a &#233;t&#233; possible dans l'ordre de la banalisation et tout est devenu acceptable dans l'ordre du mal puisque toutes les fins humaines ont &#233;t&#233; discr&#233;dit&#233;es au seul profit de l'ali&#233;nation productiviste, marchande et consommatoire. Les choses ne se sont pas arrang&#233;es depuis un si&#232;cle : cela est v&#233;rifiable sur tous les plans, y compris psychique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Melman Charles, Lebrun Jean-Pierre, La nouvelle &#233;conomie psychique, une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;13. Alors, il faut avoir le courage de dire que cette banalisation du mal est devenue omnipr&#233;sente et qu'en cons&#233;quence nos soci&#233;t&#233;s ne sont plus que des &#171; totalitarismes d&#233;mocratiques &#187; qui nous m&#232;nent au(x) d&#233;sastre(s) d&#233;finitif(s), ce qui devrait &#234;tre analys&#233; comme tel dans l'ordre du politique. Et le comble du cynisme n&#233;gationniste, le &#171; point de vue darwiniste/social &#187; qui consisterait &#224; dire que l'esp&#232;ce humaine est de toutes mani&#232;res &#171; de passage sur terre &#187; pour finalement dispara&#238;tre, n'est pas plus acceptable, ni pour nous, ni pour nos enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une conclusion s'impose donc : il faudrait mettre sur pied un tribunal international, du type de celui de Bertrand Russel, jugeant les crimes contre l'humanit&#233; &#224; Tchernobyl et ailleurs, depuis le 6 ao&#251;t 1945, jusqu'&#224; Fukushima en passant par Falloujah.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voici une courte pr&#233;sentation des signataires &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jacques Testart&lt;/strong&gt; Agronome et biologiste, docteur en sciences, directeur de recherche honoraire &#224; l'Inserm ; ex pr&#233;sident de la Commission fran&#231;aise du d&#233;veloppement durable (1999-2003). Derni&#232;re publication : &#171; Labo-plan&#232;te. Ou comment 2030 se pr&#233;pare sans les citoyens &#187; avec Catherine Bourgain et Agn&#232;s Sina&#239;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;rick LEMARCHAND&lt;/strong&gt;, Sociologue, Co-directeur du p&#244;le RISQUES, Maison de la recherche en sciences humaines, Universit&#233; de Caen, Membre du Conseil scientifique du CRIIGEN.&lt;br class='autobr' /&gt;
Auteur de &#171; Les Silences de Tchernobyl &#187;, Auteur du film &#171; La vie contamin&#233;e &#187;, Conseiller de l'exposition internationale &#171; Il &#233;tait une fois Tchernobyl &#187; Intervention sur : &#171; Apr&#232;s Fukushima, repenser l'&#233;valuation du risque nucl&#233;aire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marc ATTEIA&lt;/strong&gt; - Docteur en math&#233;matiques appliqu&#233;es, Marc Atteia professeur honoraire de math&#233;matiques de l'Universit&#233; de Toulouse. A publi&#233; : &#171; Hilbertian kernels and spline functions &#187;, &#171; Le technoscientisme, le totalitarisme contemporain &#187;, avec D. Bancel et Igor Gumowski : &#171; Nonlinear problems of analysis in geometry and mechanics &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul Ari&#232;s&lt;/strong&gt;, philosophe et &#233;crivain, intellectuel de r&#233;f&#233;rence du courant de la d&#233;croissance. Dernier ouvrage publi&#233; : &#171; La simplicit&#233; volontaire contre le mythe de l'abondance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Marc ROYER&lt;/strong&gt;, Ing&#233;nieur aviation civile, cadre sup&#233;rieur honoraire d'A&#233;roports de Paris, ex-responsable syndical Orly. A para&#238;tre chez Yves Michel : &#171; D&#233;coloniser l'imaginaire ; Tome 1 : La science creuset de l'inhumanit&#233; occidentale &#187;, r&#233;dacteur du texte &#171; Tchernobyl 25 ans apr&#232;s &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Synth&#232;se et commande du rapport : &lt;a href=&#034;http://www.euradcom.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.euradcom.org&lt;/a&gt;. Pour le CERR, environ 65 millions de morts sont imputables &#224; l'industrie atomique depuis 1945 !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lorius Claude, Voyage dans l'Anthropoc&#232;ne, Actes Sud, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Version am&#233;ricaine partiellement consultable en ligne sur : &lt;a href=&#034;http://books.google.fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://books.google.fr/&lt;/a&gt;. D'autres sites en proposent le digest fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alexe&#239; V. Yablokov, Vassili B. Nesterenko, Alexe&#239; V. Nesterenko, opus cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ere caract&#233;ris&#233;e par le fait que l'homme en est devenu la force g&#233;ologique principale (Georgescu-Roegen, A. Gras, J. Grinevald ou C. Lorius).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Allouch Jean, Erotique du deuil au temps de la mort s&#232;che, EPEL, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lemarchand, Sociologue, Membre du Conseil scientifique du CRIIGEN, article du 17 mars 2011, Les Echos.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;volution thermo-industrielle, terme propos&#233; par Alain Gras, Jacques Grinevald ou Claude Lorius &#224; la suite de Georgescu-Roegen pour signifier que l'&#233;l&#233;ment d&#233;cisif du changement au 19&#176;si&#232;cle, c'est l'utilisation de la machine thermique fonctionnant au carburant fossile.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lorius Claude, opus cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettre du Professeur Nesterenko &#224; Wladimir Tchertkoff, Solange Fernex et Bella Belb&#233;och, Janvier 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Combustible dans lequel se trouve &#233;galement du plutonium, ce qui r&#233;duit les marges de s&#233;curit&#233;, sa temp&#233;rature de fusion &#233;tant + faible et + rapidement atteinte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est-&#224;-dire jusque dans les glaces du p&#244;le Sud : Lorius Claude, opus cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Synth&#232;se et commande du rapport : &lt;a href=&#034;http://www.euradcom.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.euradcom.org&lt;/a&gt;. Pour le CERR, 65 millions de morts sont imputables &#224; l'industrie atomique depuis 1945 !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Melman Charles, Lebrun Jean-Pierre, La nouvelle &#233;conomie psychique, une nouvelle fa&#231;on de penser et de jouir aujourd'hui, Eres, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
