<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.pressegauche.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
	<link>https://www.pressegauche.org/</link>
	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.pressegauche.org/spip.php?id_auteur=2923&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
		<url>https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L144xH36/ptag-logo-1200x300px-02d59.png?1781022263</url>
		<link>https://www.pressegauche.org/</link>
		<height>36</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>La gauche face &#224; la crise grecque : le d&#233;bat Durand/ Emmanuelli </title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-gauche-face-a-la-crise-grecque-le-debat-Durand-Emmanuelli</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/La-gauche-face-a-la-crise-grecque-le-debat-Durand-Emmanuelli</guid>
		<dc:date>2011-07-19T08:27:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;dric Durand, Henri Emmanuelli</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2011-07-19</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le quotidien web M&#233;diapart a organis&#233; un d&#233;bat sur la crise grecque. C&#233;dric Durand, &#201;conomiste, Ma&#238;tre de Conf&#233;rences &#224; l'universit&#233; Paris 13 et Henri Emmanuelli, ministre sous plusieurs gouvernement socialiste fran&#231;ais, &#233;changent sur cette question d'importance. &lt;br class='autobr' /&gt; La panique est de retour sur les march&#233;s financiers. En moins d'une semaine, les agences de notation ont &#224; nouveau d&#233;grad&#233; les notes du Portugal, de l'Irlande et de la Gr&#232;ce. Un an et demi de crise en Europe, comment expliquer (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Grece-+" rel="tag"&gt;Gr&#232;ce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2011-07-19-+" rel="tag"&gt;Edition du 2011-07-19&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH80/arton7704-5f6b2.png?1782079735' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le quotidien web M&#233;diapart a organis&#233; un d&#233;bat sur la crise grecque. C&#233;dric Durand, &#201;conomiste, Ma&#238;tre de Conf&#233;rences &#224; l'universit&#233; Paris 13 et Henri Emmanuelli, ministre sous plusieurs gouvernement socialiste fran&#231;ais, &#233;changent sur cette question d'importance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La panique est de retour sur les march&#233;s financiers. En moins d'une semaine, les agences de notation ont &#224; nouveau d&#233;grad&#233; les notes du Portugal, de l'Irlande et de la Gr&#232;ce. Un an et demi de crise en Europe, comment expliquer que l'on en soit encore l&#224; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;dric Durand&lt;/strong&gt;. Je vois deux raisons. D'abord, nous sommes entr&#233;s dans une spirale o&#249; l'aust&#233;rit&#233; r&#233;duit les rentr&#233;es budg&#233;taires et fragilise les finances publiques des pays en difficult&#233;. Ensuite, l'asym&#233;trie de pouvoir est ahurissante, entre les march&#233;s financiers d'un c&#244;t&#233;, et l'Union europ&#233;enne de l'autre. Les march&#233;s et les agences de notation forment un ensemble r&#233;actif et puissant, qui saisit les opportunit&#233;s pour r&#233;aliser des profits &#224; tr&#232;s court terme. En face, nous avons un appareil europ&#233;en d'une grande complexit&#233;, aux dynamiques divergentes, incapable de faire &#233;merger des r&#233;ponses &#224; la hauteur de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Emmanuelli&lt;/strong&gt;. La fen&#234;tre de tir qui s'est ouverte en 2008, pour r&#233;sorber la puissance de la sph&#232;re financi&#232;re, s'est depuis referm&#233;e. Je dirais m&#234;me que les banques, les fonds de pension et les assurances sont sortis renforc&#233;s de cette &#233;preuve, puisque ce sont eux qui dictent au pouvoir politique leurs solutions et leur tempo. Lors des travaux de la commission d'enqu&#234;te parlementaire sur la sp&#233;culation, un chiffre m'a atterr&#233; : le montant des OTC en circulation, c'est-&#224;-dire des produits d&#233;riv&#233;s, est compris entre 600.000 et 700.000 milliards de dollars. Cela repr&#233;sente 12 fois le PIB d&#233;gag&#233; en un an sur la plan&#232;te ! C'est un Himalaya. Les pouvoirs politiques ne pourront donc r&#233;guler qu'au prix d'un effort absolument inou&#239;, et je ne les en crois pas capables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce &#224; dire qu'il ne faut rien attendre de la prochaine r&#233;union de l'Eurogroupe, cens&#233;e boucler le deuxi&#232;me plan d'aide &#224; la Gr&#232;ce, et qui devait, initialement, se tenir vendredi 15 juillet ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Emmanuelli&lt;/strong&gt;. La prochaine r&#233;union de l'Eurogroupe pourrait &#234;tre un jour tr&#232;s noir, si elle ne d&#233;bouche sur aucun accord. Je ne le souhaite pas, mais l'hypoth&#232;se est ouverte. Se r&#233;unir sans trouver de solution est le pire signal que l'on puisse envoyer. Cela revient &#224; d&#233;montrer son impuissance. Sans r&#233;action de l'Eurogroupe, nous allons entrer dans une phase incontr&#244;l&#233;e de turbulences, o&#249; le pire peut se produire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;dric Durand&lt;/strong&gt;. Nous sommes tout de m&#234;me partis pour adopter l'agenda mis en avant par les banques. L'id&#233;e est de d&#233;charger les banques d'une partie de la dette, en faisant racheter une partie de cette dette par le Fonds de stabilit&#233; europ&#233;en. Ce qui reviendrait &#224; socialiser le probl&#232;me de la dette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que l'Europe se d&#233;cide &#224; racheter collectivement de la dette grecque serait plut&#244;t une bonne nouvelle...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;dric Durand&lt;/strong&gt;. La vraie question, c'est celle de la l&#233;gitimit&#233; de la dette. Cette baudruche qui a gonfl&#233; au cours des derni&#232;res d&#233;cennies. Comment savoir si elle est l&#233;gitime, ou pas ? Une part de la dette a certes &#233;t&#233; contract&#233;e par de petits &#233;pargnants, par exemple via les fonds de pension. Mais l'autre partie correspond &#224; de la pure cr&#233;ation mon&#233;taire, par le syst&#232;me bancaire. Des banques et des fonds d'investissement ont d&#233;gag&#233;, par l'effet de levier, des moyens financiers colossaux pour acheter cette dette, &#224; partir de rien. L'argent qu'ils ont pr&#234;t&#233; aux &#201;tats, au d&#233;part, n'est donc pas r&#233;el. En revanche, l'argent qu'ils exigent de recevoir en remboursement, lui, existe bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc d&#233;construire ce mythe de l'argent qui est d&#251;. La situation est d'une violence ahurissante en Gr&#232;ce, il faut le rappeler. Quelques chiffres : des revenus ont diminu&#233; de 25% en deux ans, un plan de privatisations qui est de 50 millliards de dollars en cinq ans, soit 20% du PIB, c'est un &#233;tat de guerre &#233;conomique, le terme n'est pas exag&#233;r&#233;, et qui pose la question : jusqu'&#224; quel point continuer ce jeu ? Je suis favorable &#224; un moratoire sur le paiement des int&#233;r&#234;ts de la dette, et &#224; un audit, qui permette de dire quelle dette est l&#233;gitime, et quelle dette peut &#234;tre annul&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Emmanuelli&lt;/strong&gt;. Mercredi matin, nous d&#233;battions &#224; l'Assembl&#233;e de la &#171; r&#232;gle d'or &#187; d'&#233;quilibre des finances publiques. Le garde des Sceaux expliquait, avec des tr&#233;molos dans la voix, que nous n'avions pas le droit d'hypoth&#233;quer le sort des g&#233;n&#233;rations futures. Je n'y crois pas une seconde, &#224; ce sacrifice des g&#233;n&#233;rations futures... L'Empire romain, quand c'&#233;tait n&#233;cessaire, d&#233;cidait d'annuler les dettes, point &#224; la ligne. La vraie question, c'est faut-il faire d&#233;faut ou pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes pour l'annulation de la dette grecque ? Ce n'est pas la position du parti socialiste.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Emmanuelli&lt;/strong&gt;. La bonne solution serait de f&#233;d&#233;raliser la dette, en cr&#233;ant des obligations europ&#233;ennes, des &#171; eurobonds &#187;. Cela aurait soulag&#233; des pays en difficult&#233;. En m&#234;me temps, cela pose un vrai probl&#232;me : qui dit &#171; eurobonds &#187;, dit budget f&#233;d&#233;ral. Et un budget f&#233;d&#233;ral sans contr&#244;le d&#233;mocratique... Il y a un hiatus. Et l'on en revient &#224; ce constat : l'Europe a choisi d'&#234;tre une aventure &#233;conomique, avant d'&#234;tre une aventure politique et sociale. Et aujourd'hui, c'est l'impasse. Jean-Claude Trichet est gentil quand il parle d'un ministre des finances europ&#233;en. Mais sous le contr&#244;le de qui travaillera ce ministre ? Qui peut imaginer que les peuples europ&#233;ens vont accepter d'ob&#233;ir &#224; un ministre, dans la nomination duquel ils ne seront pour rien ?... On est au bout du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les d&#233;saccords sur la table &#224; Bruxelles, il y a les d&#233;bats sur la participation, plus ou moins forte, des banques &#224; l'aide &#224; la Gr&#232;ce. La BCE et Paris sont sur la d&#233;fensive, Berlin est partisan de la mani&#232;re forte. Que faut-il faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Emmanuelli&lt;/strong&gt;. Je suis plut&#244;t pour la solution allemande. Les acteurs priv&#233;s ne doivent pas &#234;tre &#233;pargn&#233;s. Sinon, les contribuables seront les seuls &#224; payer l'addition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais la proposition de Nicolas Sarkozy pr&#233;voit aussi une contribution des cr&#233;anciers...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Emmanuelli&lt;/strong&gt;. Sauf que chez nous, c'est Michel P&#233;bereau (pr&#233;sident du conseil d'administration de BNP Paribas, ndlr) qui conduit la politique bancaire du pays. Et non le ministre des finances. On s'en est aper&#231;u lors de la crise de 2008. Nous, parlementaires, proposions de venir en aide aux banques fran&#231;aises &#224; condition de rentrer dans leur capital. Mais M. P&#233;bereau a convaincu Christine Lagarde que l'&#201;tat aide les banques, sans pour autant modifier la structure de l'actionnariat. Aujourd'hui, je ne suis pas s&#251;r que l'air du temps soit &#224; la nationalisation des banques. Mais je pense que la r&#233;alit&#233; risque de l'imposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;dric Durand&lt;/strong&gt;. D'une certaine fa&#231;on, le gouvernement allemand et la BCE ont tous les deux raison. Les Allemands ont raison de pointer le fait que le secteur priv&#233; doit assumer la responsabilit&#233; des pr&#234;ts qu'il a accord&#233;s de mani&#232;re inconsid&#233;r&#233;e. La BCE a raison lorsqu'elle pr&#233;vient qu'il y aura contagion, au sein du syst&#232;me bancaire europ&#233;en. Il y aura un choc financier majeur. Au moins aussi important qu'en 2008. &#192; ce moment-l&#224;, la question de la propri&#233;t&#233; du secteur financier va se reposer. De toute fa&#231;on, nous avons &#233;puis&#233; les marges de man&#339;uvre. Cette s&#233;quence est donc d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Emmanuelli&lt;/strong&gt;. On arrive &#224; l'os.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;dric Durand&lt;/strong&gt;. &#192; court terme, une solution assez simple reste possible : faire financer les dettes publiques des pays de la p&#233;riph&#233;rie par la Banque centrale europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La BCE exclut cette piste.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;dric Durand&lt;/strong&gt;. La BCE a d&#233;j&#224; d&#251; manger plusieurs fois son chapeau depuis le d&#233;but de la crise, il n'est pas exclu qu'elle doive le faire une nouvelle fois... Ce qui est certain, c'est que la Gr&#232;ce va faire d&#233;faut sur sa dette. Pour le peuple grec, le plus t&#244;t sera le mieux. Mais cette option va finir par se poser. De deux choses l'une : le d&#233;faut de la Gr&#232;ce peut &#234;tre un d&#233;faut n&#233;goci&#233;, c'est-&#224;-dire aux conditions des march&#233;s financiers. Ceux-ci vont s'efforcer de mettre en place un processus sans fin de pr&#233;dation, aux d&#233;pens du peuple grec n&#233;goci&#233;. L'autre option est celle d'un d&#233;faut unilat&#233;ral de la Gr&#232;ce, non n&#233;goci&#233;. L'Argentine, par exemple, n'avait pas n&#233;goci&#233; le moment o&#249; elle a arr&#234;t&#233; de payer en 2001. Si Ath&#232;nes ne n&#233;gocie pas son d&#233;faut, que se passe-t-il ? Le probl&#232;me de la Gr&#232;ce, c'est qu'elle est en d&#233;ficit m&#234;me si l'on enl&#232;ve le poids de ses remboursements... Comment paiera-t-elle ses fonctionnaires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Emmanuelli&lt;/strong&gt;. Et elle n'a pas de croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;dric Durand&lt;/strong&gt;. Elle ne peut m&#234;me pas financer la continuit&#233; de son &#201;tat. Peut-elle cr&#233;er de la monnaie pour payer ses fonctionnaires ? En Argentine ou en Russie, la Banque centrale a imprim&#233; de la monnaie au moment du d&#233;faut, pour compenser ce manque &#224; gagner. Mais la BCE a pr&#233;venu qu'elle ne suivrait pas en cas de d&#233;faut grec. Les Grecs peuvent d&#233;cider d'imprimer eux-m&#234;mes leur monnaie. Des euros, cela para&#238;t compliqu&#233;... Et l'on passe donc de la question du d&#233;faut, &#224; celle de la sortie de l'euro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Gr&#232;ce doit-elle sortir de la zone euro ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Emmanuelli&lt;/strong&gt;. Je serais presque tent&#233; de me d&#233;clarer incomp&#233;tent. Je mesure mal les cons&#233;quences r&#233;elles de cette sortie. De toute fa&#231;on, m&#234;me sortie de l'euro, la probl&#233;matique de la Gr&#232;ce va rester enti&#232;re. Ella va d&#233;valuer monumentalement, pour essayer de se refaire une sant&#233;. Cela passera par un bond en arri&#232;re. La sortie de l'euro n'est pas la solution. Il faut plut&#244;t plaider pour l'annulation d'une partie des dettes. En laissant filer l'inflation ? En reconnaissant un d&#233;faut, ce qui ferait paniquer les march&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#233;conomistes &#171; atterr&#233;s &#187; sont-ils favorables &#224; une sortie de l'euro de la Gr&#232;ce ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;dric Durand&lt;/strong&gt;. D'un point de vue technique, une sortie de l'euro de la Gr&#232;ce implique qu'elle cesse de rembourser sa dette. Elle imprime des drachmes. Dans le m&#234;me temps, sa population subit un choc de niveau de vie tr&#232;s important, n&#233;gatif. Tout ce qui est import&#233; devient tr&#232;s cher. Mais en revanche, &#224; l'horizon de deux, trois, quatre ans, la croissance repart fortement. L'exemple le plus classique, c'est l'Argentine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Emmanuelli&lt;/strong&gt;. &#192; condition d'avoir un appareil productif. Est-ce qu'elle en a un ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;dric Durand&lt;/strong&gt;. De toute fa&#231;on, il y aura un effet de substitution aux importations qui sera tr&#232;s important (puisque les produits import&#233;s seront trop chers, ndlr).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Emmanuelli&lt;/strong&gt;. Mais le choc de d&#233;part est pris par les cat&#233;gories populaires. Ce n'est pas un d&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;dric Durand&lt;/strong&gt;. Mais il est moins pris en charge par les classes populaires que les mesures d'aust&#233;rit&#233; actuelles. Un choc de d&#233;valuation implique que toutes les richesses sont touch&#233;es proportionnellement de la m&#234;me fa&#231;on. Alors que les mesures d'aust&#233;rit&#233; consistent par exemple &#224; augmenter la TVA, ce qui frappe plus fortement les pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Emmanuelli&lt;/strong&gt;. Mais c'est l'histoire du gros et du maigre. Celui qui faisait 120 kilos en fera 80. Celui qui en pesait 60 n'en p&#232;sera plus que 20 &#8722; et l&#224;, ce n'est plus viable. En Argentine, ceux qui ont beaucoup souffert, ce sont avant tout les cat&#233;gories populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;dric Durand&lt;/strong&gt;. Quelles sont les alternatives &#224; la sortie de l'euro ? L'option actuelle : des plans d'aust&#233;rit&#233; en cascade, sans aucune perspective d'en sortir &#224; l'horizon d'une d&#233;cennie au moins. Ou alors, ce que nous d&#233;fendons avec les &#171; atterr&#233;s &#187; : un maintien dans la zone euro, accompagn&#233; d'un plan massif de transferts financiers &#224; l'&#233;chelle de l'Europe &#8722; qui permettent &#224; la Gr&#232;ce de gagner en comp&#233;titivit&#233;, qui fassent converger les &#233;conomies de la zone euro, qui soient l'&#233;bauche d'un nouveau projet europ&#233;en de convergence sur des crit&#232;res sociaux. &#201;videmment, ce dernier sc&#233;nario, le plus souhaitable, n'est pas le plus probable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Emmanuelli&lt;/strong&gt;. Des transferts financiers, pourquoi pas, mais avec un b&#233;mol : &#224; condition que la Gr&#232;ce change. En l'&#233;tat, on voit qui, en Gr&#232;ce, va profiter de transferts massifs europ&#233;ens &#8722; ce ne sera pas monsieur Tout-le-Monde...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;dric Durand&lt;/strong&gt;. Pr&#233;cisons les choses : ce ne sont pas des transferts financiers au sens strict, mais des investissements pour le d&#233;veloppement, dans le cadre d'une politique industrielle &#8722; comme on a connu, il y a quelques ann&#233;es, des projets Ariane et Airbus, qui ont permis &#224; des pays d'enclencher un d&#233;veloppement. Il faut reconstruire l'appareil productif de la Gr&#232;ce. Le probl&#232;me, c'est que la perspective de reconstruire un projet industriel, &#233;cologique et social europ&#233;en, est tr&#232;s loin de l'agenda &#224; Bruxelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faut-il en finir avec les trait&#233;s de Maastricht et Lisbonne pour sortir durablement de la crise ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Emmanuelli&lt;/strong&gt;. Sortir de Maastricht, pour quoi faire ? Puisque personne ne l'a jamais respect&#233;. Que je sache, les plafonds de d&#233;ficit ont &#233;t&#233; all&#232;grement d&#233;pass&#233;s, y compris par l'Allemagne. L'important, c'est de changer les paradigmes. Mais politiquement, ce n'est pas m&#251;r. Et cela ne se fera malheureusement que sous les coups de boutoir d'une nouvelle crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;dric Durand&lt;/strong&gt;. C'est la question de la crise politique que vous posez. Il faut rompre avec les institutions europ&#233;ennes telles qu'elles fonctionnent &#8722; remettre en question l'ind&#233;pendance de la Banque centrale europ&#233;enne, la libre circulation des capitaux, etc. Mais pour parvenir &#224; d&#233;manteler cela, il faut qu'une crise politique surgisse. Aujourd'hui, aucun grand parti politique europ&#233;en n'est pr&#234;t &#224; cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste par ailleurs la question de la survie de la zone euro &#224; moyen terme. Autant on peut r&#233;gler &#224; court terme la question du financement des dettes des pays de la p&#233;riph&#233;rie, autant &#224; moyen terme les d&#233;s&#233;quilibres de la zone euro, qui viennent d'&#233;clater au grand jour, sont loin d'&#234;tre r&#233;gl&#233;s. Il faut que les pays p&#233;riph&#233;riques gagnent en comp&#233;titivit&#233;. Il faudra mettre en place des transferts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Emmanuelli&lt;/strong&gt;. C'est ce que nous avions fait lors de pr&#233;c&#233;dents agrandissements de l'Europe, avec l'Espagne et le Portugal en particulier. On a inject&#233; massivement des capitaux europ&#233;ens. Au moment de l'&#233;largissement &#224; l'Europe de l'Est, il n'y avait plus d'argent dans les caisses &#224; leur donner. On leur a dit d'utiliser leurs atouts : ils se sont mis &#224; faire du dumping social et fiscal au sein de l'Union. Aujourd'hui, serait-on capable de r&#233;&#233;quilibrer les choses ? Oui, sans doute, mais l'on bute sur un autre probl&#232;me : la r&#233;gulation des &#233;changes internationaux. Je ne pense pas que l'Europe puisse rester une zone de libre-&#233;change compl&#232;tement ouverte comme elle l'est aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que pensez-vous du d&#233;bat sur la crise de l'euro tel qu'il se pose en France ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Emmanuelli&lt;/strong&gt;. Ces questions sont occult&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;dric Durand&lt;/strong&gt;. Le d&#233;bat politique est surtout tr&#232;s ferm&#233;. De la Gr&#232;ce &#224; l'Espagne, le consensus est port&#233; jusqu'aux rangs des gouvernements de la gauche europ&#233;enne. Aucun grand parti politique europ&#233;en ne s'oppose frontalement &#224; la finance. Donc le d&#233;bat n'a pas lieu. Il n'y a pas deux options.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Emmanuelli&lt;/strong&gt;. Le Parti socialiste europ&#233;en (PSE) avait fait un communiqu&#233; en faveur des obligations europ&#233;ennes, les &#171; eurobonds &#187;. Mais les Espagnols ont vot&#233; contre. Pourquoi ? Les Espagnols sont aux responsabilit&#233;s, et ils ont eu peur que tout le monde ne leur tombe dessus. On assiste &#224; ce paradoxe un peu aga&#231;ant : les partis socialistes sont plus &#224; gauche dans l'opposition qu'au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;dric Durand&lt;/strong&gt;. Prenez Michel Sapin, dans l'un des d&#233;bats que vous avez organis&#233;s &#224; Mediapart. Il dit &#224; la fois qu'il est de tout c&#339;ur avec le peuple grec dans la rue. Mais qu'il voterait l'aust&#233;rit&#233; s'il &#233;tait d&#233;put&#233; grec... &#192; un moment, il y a un co&#251;t politique &#224; l'affrontement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Emmanuelli&lt;/strong&gt;. Mais le PSE a fait un nombre de pas assez consid&#233;rable ces six derniers mois. Il demande par exemple de modifier le statut de la BCE, qui doit aussi s'occuper de la croissance, et pas seulement de la stabilit&#233; mon&#233;taire... C'&#233;tait l'une des revendications fortes des &#171; nonistes &#187;, lors du r&#233;f&#233;rendum sur le trait&#233; europ&#233;en de 2005, en France. Les choses bougent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretien r&#233;alis&#233; par L&#233;na&#239;g Bredoux, Ludovic Lamant et Hugo Vitrani.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
