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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Chili. Le mouvement &#233;tudiant bouscule la sc&#232;ne politique (II)</title>
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		<dc:date>2015-06-16T08:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sergio Grez Toso</dc:creator>


		<dc:subject>Chili</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique latine</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-06-16</dc:subject>

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&lt;p&gt;Il arrive souvent dans l'Histoire qu'un mouvement social qui para&#238;t vaincu continue &#224; se d&#233;velopper souterrainement, soignant ses blessures et recomposant ses forces en attendant une conjoncture favorable pour se manifester &#224; nouveau. C'est ce qui arriva au Chili avec le mouvement &#233;tudiant pendant l'administration Bachelet et le premier an du gouvernement de droite de S&#233;bastian Pinera (mars 2010-mars 2014). Pendant tout ce temps, des mobilisations p&#233;riodiques se succ&#233;d&#232;rent. Devenues presque (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Amerique-latine-234-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique latine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2015-06-16-+" rel="tag"&gt;Edition du 2015-06-16&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton22568-c5284.png?1781040222' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il arrive souvent dans l'Histoire qu'un mouvement social qui para&#238;t vaincu continue &#224; se d&#233;velopper souterrainement, soignant ses blessures et recomposant ses forces en attendant une conjoncture favorable pour se manifester &#224; nouveau. C'est ce qui arriva au Chili avec le mouvement &#233;tudiant pendant l'administration Bachelet et le premier an du gouvernement de droite de S&#233;bastian Pinera (mars 2010-mars 2014). Pendant tout ce temps, des mobilisations p&#233;riodiques se succ&#233;d&#232;rent. Devenues presque routini&#232;res, elles ne r&#233;ussirent pas &#224; placer l'&#233;ducation dans l'agenda public. N&#233;anmoins, les discr&#233;dits du syst&#232;me &#233;ducationnel, notamment les in&#233;galit&#233;s et l'endettement des familles des &#233;tudiants, pr&#233;paraient d&#233;j&#224; une nouvelle explosion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re partie de cet article : &lt;a href=&#034;http://www.pressegauche.org/spip.php?article22468&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.pressegauche.org/spip.php?article22468&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'explosion de 2011&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle-ci se produisit pendant le deuxi&#232;me trimestre 2011, quand la Conf&#233;d&#233;ration des &#233;tudiants de Chili (CONFECH) &#8211; organisme qui regroupe les f&#233;d&#233;rations des &#233;tudiants des universit&#233;s qui int&#232;grent le Conseil des Recteurs des Universit&#233;s Chiliennes (CRUCH), connues aussi comme les &#171; universit&#233;s traditionnelles &#187; &#8211; appela a des mobilisations dans les rues &#224; Santiago pour les 28 avril et 12 mai. Les &#233;tudiants commenc&#232;rent par poser les questions de financement, d&#233;nonc&#232;rent les retards dans la remise des bourses et des probl&#232;mes avec la Carte nationale &#233;tudiante (TNE) qui octroie des r&#233;ductions de tarif sur les transports publics. Tr&#232;s rapidement, les &#233;tudiants ont commenc&#233; &#224; questionner le mod&#232;le &#233;ducationnel dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant le mois de juin 2011, des manifestations massives eurent lieu dans les principales villes du pays. On y r&#233;clamait des r&#233;formes du syst&#232;me &#233;ducationnel et le renforcement du r&#244;le de l'&#201;tat dans l'&#233;ducation. Le mouvement atteignit une force et une ampleur sans pr&#233;c&#233;dents depuis le retour de la d&#233;mocratie. Les &#233;tudiants secondaires, qui avaient d&#233;j&#224; pos&#233; la question de la gratuit&#233; de l'&#233;ducation l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, joignirent les mobilisations et commenc&#232;rent &#224; r&#233;aliser des occupations de leurs lyc&#233;es et d'autres interventions tr&#232;s semblables &#224; celles de la &#171; R&#233;volution des pingouins &#187;. Plus tard, on assiste &#224; l'incorporation des &#233;tudiants des lyc&#233;es priv&#233;s payants, des Centres de Formation Technique (CFT), des Instituts Professionnels (IP), des universit&#233;s priv&#233;es, des parents des &#233;l&#232;ves, en plus des professeurs et travailleurs des diff&#233;rents niveaux de l'&#233;ducation (primaire, secondaire et universitaire), ainsi que des citoyens et citoyennes en g&#233;n&#233;ral. Il ne s'agissait plus seulement des &#233;tudiants, mais bien d'un Mouvement pour l'&#233;ducation publique (MEP) qui obtiendra le soutien de 80% de la population, d'apr&#232;s les enqu&#234;tes d'opinion publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant la force du mouvement, le gouvernement &#233;tablit des nouveaux fonds pour financer l'&#233;ducation et des m&#233;canismes plus simples pour l'acc&#232;s aux cr&#233;dits &#233;tudiants. Les organisations &#233;tudiantes et l'association professionnelle des professeurs (Colegio de Profesores) rejet&#232;rent les propositions du gouvernement exigeant des mesures substantielles et non plus des simples r&#233;formes au mod&#232;le d'&#171; &#233;ducation mercantile &#187; impos&#233;e par la dictature. Ces mesures signifiaient, d'apr&#232;s les &#233;tudiants et d'autres membres du Mouvement pour l'&#233;ducation publique, la r&#233;forme du syst&#232;me d'acc&#232;s aux universit&#233;s afin d'assurer l'&#233;galit&#233; de chances ; une augmentation importante des d&#233;penses publiques pour l'&#233;ducation sup&#233;rieure et la d&#233;mocratisation de ses institutions. Il exigeait aussi l'interdiction du profit &#233;tabli par la loi ; la surveillance de la qualit&#233; de l'enseignement et, en tant qu'objectif g&#233;n&#233;ral, la gratuit&#233; de l'&#233;ducation universitaire. Par rapport &#224; l'&#233;ducation primaire et secondaire on exigea, entre autres mesures, la d&#233;-municipalisation et l'&#233;tatisation de l'&#233;ducation sous contr&#244;le communautaire. Ensuite, on demanda l'interdiction du profit dans l'&#233;ducation et la d&#233;rogation de la Loi g&#233;n&#233;rale d'&#233;ducation pour permettre un r&#233;el changement de la structure de l'&#233;ducation publique. Finalement, on exigea un tarif &#233;tudiant pendant toute l'ann&#233;e avec la Carte nationale &#233;tudiante, un plan de reconstruction pour les &#233;tablissements d'&#233;ducation endommag&#233;s par le s&#233;isme de 2010, les am&#233;liorations des lyc&#233;es techniques-professionnels et le contr&#244;le des pratiques professionnelles de leurs &#233;tudiants [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour financer la gratuit&#233; et les am&#233;liorations de la qualit&#233; de l'&#233;ducation les &#233;tudiants propos&#232;rent la renationalisation du cuivre et une r&#233;forme fiscale. L'ensemble de ces mesures peut &#234;tre r&#233;sum&#233; dans le mot d'ordre &#171; Pour une &#233;ducation publique, gratuite, la&#239;que, d&#233;mocratique, &#233;galitaire et de qualit&#233; &#187; qui r&#233;unit les diff&#233;rents groupes constitutifs du Mouvement pour une &#233;ducation publique, organis&#233;s autour du mouvement &#233;tudiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; l'&#233;lan et la cr&#233;ativit&#233; montr&#233;e par les &#233;tudiants, l'intransigeance du gouvernement (qui paria sur la r&#233;pression), la manipulation m&#233;diatique, les pressions politiques et financi&#232;res sur les &#233;tablissements publics d'&#233;ducation publiques &#8211; en plus de l'usure et de la fatigue naturelle des &#233;tudiants, des professeurs et d'autres travailleurs de l'&#233;ducation apr&#232;s des longs mois d'arr&#234;t, d'occupations, d'assembl&#233;es et de manifestations &#8211; mirent un terme &#224; cette premi&#232;re p&#233;riode de mobilisations avec des r&#233;sultats ambigus et des sentiments contradictoires chez leurs protagonistes [2].&lt;br class='autobr' /&gt;
Le &#171; match nul &#187; avec le gouvernement &#233;tait pr&#233;visible &#224; partir du moment o&#249; il est devenu clair que d'autres acteurs sociaux ne renforceraient pas d'une mani&#232;re active le mouvement pour l'&#233;ducation publique et que, malgr&#233; les sympathies qu'il &#233;veillait dans la soci&#233;t&#233;, il n'y aurait pas de mobilisations massives des travailleurs, et encore moins des arr&#234;ts de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; la sensation de d&#233;faite qui s'est empar&#233;e de vastes franges des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, depuis lors les mobilisations et les protestations entre 2012 et 2014 furent moins nombreuses et avec un impact m&#233;diatique inf&#233;rieur &#224; l'ann&#233;e 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chemins de la politisation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 2011 restera inscrite dans l'histoire du Chili comme celle d'un nouveau r&#233;veil des mouvements sociaux apr&#232;s deux d&#233;cennies de l&#233;thargie. Depuis le d&#233;but de l'ann&#233;e 2011 et jusqu'&#224; nos jours, les mouvements sociaux se sont succ&#233;d&#233; avec une &#233;tonnante rapidit&#233; au Chili, et de fa&#231;on massive et persistante. Pour faire une synth&#232;se rapide, mais incompl&#232;te, il faut citer les mouvements de protestation r&#233;gional et local de Magallanes, Ays&#233;n, Arica, Calama, Tocopilla y Freirina, les mobilisations contre le m&#233;ga projet hydro&#233;lectrique d'HidroAys&#233;n, les marches pour le respect de la diversit&#233; sexuelle, les gr&#232;ves des travailleurs du cuivre (entreprises d'Etat et du priv&#233;), les gr&#232;ves des fonctionnaires du fisc, les mouvements de protestation des p&#234;cheurs artisanaux contra la privatisation de la mer, et les gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales des travailleurs des ports, sans oublier les luttes permanentes des Mapuches pour la r&#233;cup&#233;ration de leurs terres et la reconqu&#234;te de leur autonomie et de leur libert&#233;. Mais, sans aucun doute, le mouvement le plus massif et qui a eu le plus grand retentissement social, culturel et politique, a &#233;t&#233; le mouvement pour l'&#233;ducation publique dont les &#233;tudiants sont la colonne vert&#233;brale et la principale composante [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La principale vertu de ce mouvement (outre le fait d'avoir inscrit avec force la question de l'&#233;ducation au rang des priorit&#233;s politiques) a-t-elle &#233;t&#233; son apport &#224; la repolitisation de la soci&#233;t&#233; chilienne, en permettant la r&#233;activation de certains secteurs sociaux et en remettant en question des certitudes, des valeurs, des normes, des institutions et des fa&#231;ons d'agir qui semblaient &#234;tre devenues &#171; naturelles &#187; &#224; des millions de citoyens soumis &#224; l'h&#233;g&#233;monie id&#233;ologique du n&#233;olib&#233;ralisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a moins de deux ann&#233;es encore, seule une minorit&#233; de Chiliens remettait en cause le fait que l'&#201;tat n'ait qu'un r&#244;le secondaire dans une &#233;ducation aux fins lucratives. Aujourd'hui ce sont des millions qui exigent, aux c&#244;t&#233;s des &#233;tudiants, une &#233;ducation d'&#233;tat gratuite, la&#239;que, d&#233;mocratique, &#233;galitaire et de qualit&#233;. Le changement a &#233;t&#233; radical. De la m&#234;me fa&#231;on, demander un r&#233;f&#233;rendum pour des choix importants concernant les citoyens, la renationalisation du cuivre, une r&#233;forme fiscale pour financer des solutions aux probl&#232;mes sociaux les plus cruciaux, la convocation d'une Assembl&#233;e constituante pour que les peuples du Chili puissent pour la premi&#232;re fois dans leur histoire exercer leur souverainet&#233;, &#233;taient, il y a peu de temps encore, des r&#234;ves de gauchistes imp&#233;nitents sans grand &#233;cho social. Or, aujourd'hui, ces th&#232;mes sont incontournables. M&#234;me la &#171; caste politique &#187; qui a voulu monopoliser la repr&#233;sentation citoyenne pendant ces derni&#232;res d&#233;cennies doit &#8211; tout &#224; fait contre ses inclinations et ses int&#233;r&#234;ts &#8211; en tenir compte, soit pour les r&#233;futer, soit pour simuler un accord pour mieux contenir les exigences exprim&#233;es par la soci&#233;t&#233; civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous assistons &#224; une crise de l&#233;gitimit&#233; du mod&#232;le &#233;conomique n&#233;olib&#233;ral et du syst&#232;me de d&#233;mocratie restreinte, sous surveillance et de basse intensit&#233;, administr&#233;e, depuis 1990, conjointement par les anciens partisans de la dictature et ses opposants mod&#233;r&#233;s. Parall&#232;lement, est croissante la remise en question des vieilles formes &#171; par d&#233;l&#233;gation &#187; de faire de la politique, &#224; travers de repr&#233;sentations institutionnelles coup&#233;es des bases sociales, fortement centralis&#233;es et hi&#233;rarchiques. Les jeunes et d'autres acteurs sociaux ont pr&#233;f&#233;r&#233; construire peu &#224; peu, depuis des ann&#233;es, des formes plus d&#233;mocratiques et horizontales comme les collectifs sociopolitiques, les assembl&#233;es territoriales et locales, les coordinations sectorielles, r&#233;gionales et nationales de collectifs, des organisations sociales dont les politiques sont d&#233;finies collectivement et o&#249; il n'est pas rare que les dirigeants et les porte-parole soient chang&#233;s par leur base si celle-ci le juge utile. Le syst&#232;me politique binominal, l'&#233;litisme de la politique &#171; professionnelle &#187; et les abus de la &#171; classe politique &#187; ont engendr&#233; leurs propres fossoyeurs : une citoyennet&#233; populaire et de classe moyenne de plus en plus investie. La crise du syst&#232;me est profonde m&#234;me si elle n'est pas encore en &#171; phase terminale &#187;[4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous avons pu l'observer, le mouvement &#233;tudiant chilien des derni&#232;res ann&#233;es s'est engag&#233; sur la voie de sa propre politisation et a contribu&#233; &#224; la politisation de l'ensemble de la soci&#233;t&#233; chilienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politisation du mouvement &#233;tudiant a &#233;t&#233; le r&#233;sultat des exp&#233;riences accumul&#233;es durant les derni&#232;res d&#233;cennies, particuli&#232;rement apr&#232;s la duperie et la &#171; trahison &#187; du gouvernement de M. Bachelet envers le mouvement des &#171; pingouins &#187; de 2006. Elle a aussi &#233;t&#233; le d&#233;nouement logique de sa r&#233;flexion sur les probl&#232;mes de l'&#233;ducation puisque les &#233;tudiant&#183;e&#183;s ont compris que ceux-ci trouvent leur point de d&#233;part dans le mod&#232;le n&#233;olib&#233;ral impos&#233; par la dictature et administr&#233; avec des correctifs destin&#233;s &#224; le consolider pendant vingt ans par les gouvernements de la Concertation. Le mouvement &#233;tudiant a compris qu'il ne s'agit pas de &#171; corriger &#187; certains aspects du syst&#232;me de l'&#171; &#233;ducation de march&#233; &#187; mais de le remplacer par une &#233;ducation gratuite et de qualit&#233; pour tous. Ce raisonnement a conduit au postulat que l'Etat doit cesser d'&#234;tre simplement subsidiaire pour assumer un r&#244;le de garant principal du droit &#233;galitaire &#224; l'&#233;ducation. Pour cela, si l'on s'appuie sur le raisonnement du mouvement &#233;tudiant, il est indispensable de changer la Constitution du g&#233;n&#233;ral Pinochet &#8211;r&#233;form&#233;e au cours des vingt-trois derni&#232;res ann&#233;es sur plus de 190 points, sans que pour autant soit alt&#233;r&#233; son caract&#232;re autoritaire et n&#233;olib&#233;ral &#8211; au profit d'une Constitution d&#233;mocratique assurant les droits sociaux tels que l'&#233;ducation, la sant&#233; et la s&#233;curit&#233; sociale (retraites). Mais, face &#224; l'impossibilit&#233; de changer le texte constitutionnel en raison des quorums parlementaires tr&#232;s &#233;lev&#233;s exig&#233;s par la Constitution en vigueur, les &#233;tudiants ont conclu, avec d'autres secteurs de la citoyennet&#233;, &#224; la n&#233;cessit&#233; de convoquer une Assembl&#233;e constituante pour modifier &#224; la racine le syst&#232;me institutionnel politique du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette fa&#231;on, en empruntant les voies de leur propre politisation, les &#233;tudiants ont expos&#233; &#224; d'autres secteurs de la population la n&#233;cessit&#233; de d&#233;battre des fins de la soci&#233;t&#233; et des moyens de la rendre plus juste, solidaire et d&#233;mocratique. En convoquant le gouvernement et le Parlement, ils ont mis &#224; nu les faiblesses et les incoh&#233;rences de la &#171; classe politique &#187; et du syst&#232;me politique fond&#233; sur la Constitution de 1980. Par leur exemple, ils ont &#233;galement contribu&#233; &#224; montrer le chemin &#224; d'autres acteurs sociaux qui ont commenc&#233; &#224; revendiquer leurs droits avec plus de force. La lutte et la contestation sociale et politique ont cess&#233; d'&#234;tre au Chili les pi&#232;ces de mus&#233;e qu'elles ont &#233;t&#233; durant la majeure partie du temps des gouvernements de la Concertation. Probablement sans se le proposer tr&#232;s consciemment, le mouvement &#233;tudiant a d&#233;velopp&#233; des actions p&#233;dagogiques de politisation envers le reste de la soci&#233;t&#233; chilienne. Avec leur &#233;lan, leur joie, leur cr&#233;ativit&#233; et leur combativit&#233;, les &#233;tudiants ont &#233;t&#233; capables de faire entendre leur malaise &#224; l'ensemble de la population, variant les formes d'occupation de l'espace public, obligeant les m&#233;dias &#224; informer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leurs d&#233;clarations, pamphlets, pancartes, leur musique, leurs danses, leurs couleurs, leurs performances, leurs &#171; interventions urbaines &#187;, leurs gr&#232;ves de la faim, leurs blocages de rues et leurs barricades ont secou&#233; l'opinion publique, attirant un grand appui social. Dans des forums, d&#233;bats et d&#233;clarations &#224; la presse, les dirigeants &#233;tudiants ont fait montre d'une incroyable expertise, faisant taire avec leurs arguments les &#171; professionnels de la politique &#187;, journalistes et sp&#233;cialistes de l'&#233;ducation d&#233;fenseurs du mod&#232;le en place. Il en a d&#233;coul&#233; une prise de conscience citoyenne croissante autour de la n&#233;cessit&#233; de changer l'injuste et catastrophique syst&#232;me &#233;ducatif r&#233;gnant dans le pays. La critique des &#233;tudiants au mod&#232;le &#233;ducatif et les solutions qu'ils ont propos&#233;es ont &#233;t&#233; un premier pas pour &#233;tablir de mani&#232;re didactique le lien entre les maux de l'&#233;ducation, le mod&#232;le &#233;conomique n&#233;olib&#233;ral dans sa totalit&#233; et la d&#233;mocratie sous tutelle dont souffre la majeure partie de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde &#233;lection de Michelle Bachelet comme pr&#233;sidente de la R&#233;publique, en mars 2014, a cr&#233;&#233; un nouveau contexte politique dans la mesure o&#249; son programme de gouvernement inclut un certain nombre de revendications mises en avant par le mouvement &#233;tudiant &#8211; la gratuit&#233; de l'&#233;ducation et un terme devant &#234;tre mis &#224; un syst&#232;me &#233;ducatif visant le profit &#8211; bien qu'elle l'ait fait d'une fa&#231;on tr&#232;s ambigu&#235; et sans indications claires sur l'orientation vers un d&#233;mant&#232;lement du syst&#232;me &#171; d'&#233;ducation de march&#233; &#187; mais, simplement, en direction d'une r&#233;gulation destin&#233;e &#224; limiter certains de ses aspects les plus irritants et les plus inacceptables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, par exemple, il semblerait que les nouvelles autorit&#233;s gouvernementales affirment vouloir r&#233;aliser dans quelques ann&#233;es leur promesse de gratuit&#233; de l'&#233;ducation au moyen de l'octroi de vouchers [&#171; bons &#187;] et de bourses pour que les &#233;tudiant&#183;e&#183;s universitaires ach&#232;tent des services sur le march&#233; &#233;ducatif, sans modifier grandement les bases du syst&#232;me. Pour ce qui a trait &#224; l'&#233;ducation scolaire, les critiques des &#233;tudiant&#183;e&#183;s adress&#233;es &#224; la r&#233;forme du syst&#232;me &#233;ducatif de Bachelet signalent qu'elle maintien la logique de subvention. Le mouvement &#233;tudiant refuse cette politique, soutenant qu'il se destine &#224; peine &#224; r&#233;guler les gains, alors qu'il propose, en revanche, que l'&#233;ducation doit &#234;tre garantie au titre d'un droit social pour toutes et tous et que les contributions &#233;tatiques ne doivent pas &#234;tre vers&#233;es aux familles pour que celles-ci se fassent concurrence sur le &#171; march&#233; de l'&#233;ducation &#187; (favorisant ainsi, &#224; nouveau, les entreprises &#233;ducatives priv&#233;es) mais plut&#244;t aux institutions publiques d'&#233;ducation de mani&#232;re &#224; les renforcer et &#224; garantir la gratuit&#233; en m&#234;me temps que la qualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me mani&#232;re, le mouvement &#233;tudiant a signal&#233; les ambigu&#239;t&#233;s de la d&#233;finition &#171; d'&#233;ducation publique &#187; utilis&#233;e par le ministre de l'Education Nicol&#225;s Eyzaguirre &#8211; ancien ministre des Finances du gouvernement de Ricardo Lagos, ancien directeur du d&#233;partement de l'h&#233;misph&#232;re occidental, c'est-&#224;-dire des Am&#233;riques, du Fonds mon&#233;taire international et ancien directeur d'une cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision d&#233;tenue par le plus grand conglom&#233;rat &#233;conomique du pays &#8211; qui laisse les portes ouvertes pour que les institutions priv&#233;es ( celles qui ne sont pas soumises &#224; la surveillance de l'Etat et qui ne nomment pas leurs directions de mani&#232;re d&#233;mocratique et n'orientent pas leurs recherches en direction des besoins du pays) puissent acc&#233;der au financement de l'Etat du seul fait de d&#233;clarer leur &#171; vocation de service public &#187;[5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affirmation de Bachelet selon laquelle dans un avenir proche &#171; il ne sera pas possible de faire des profits avec des ressources publiques &#187; est rejet&#233;e par les organisations &#233;tudiantes du fait que cette interdiction est en contradiction avec l'id&#233;e d'une &#233;ducation comme droit social dans la mesure o&#249; cette derni&#232;re ne peut se r&#233;duire &#224; l'origine de son financement. En effet, en sa qualit&#233; de droit fondamental, l'&#233;ducation ne peut &#234;tre commercialis&#233;e, sans parler du fait que la proposition gouvernementale laisse des espaces dans lesquels les priv&#233;s puissent continuer &#224; faire des profits gr&#226;ce au commerce de l'&#233;ducation [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;tudiant&#183;e&#183;s refusent &#233;galement la r&#233;alisation de la r&#233;forme &#233;ducative sans une participation effective des acteurs sociaux (&#233;tudiant&#183;e&#183;s, enseignant&#183;e&#183;s, travailleurs de l'&#233;ducation et, plus g&#233;n&#233;ralement, les habitant&#183;e&#183;s), &#233;labor&#233;e &#224; &#171; portes ferm&#233;es &#187; par les experts du gouvernement, ces derniers essayant d'harmoniser des int&#233;r&#234;ts antagoniques (ceux de l'immense majorit&#233; de la population et ceux des entrepreneurs de l'&#233;ducation). Ils exigent la d&#233;mocratisation des institutions &#233;ducatives, une stabilit&#233; dans les conditions de travail des enseignants et une carri&#232;re d'enseignement qui ne se fonde pas sur la comp&#233;tence, mais plut&#244;t sur l'exp&#233;rience et la collaboration des ma&#238;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s plus de quatorze mois du deuxi&#232;me gouvernement Bachelet, sa r&#233;forme tant annonc&#233;e de l'&#233;ducation semble &#234;tre au point mort, soumise &#224; un feu crois&#233;. Du c&#244;t&#233; de la droite, tout d'abord, en provenance des secteurs plus conservateurs, r&#233;ticents devant le plus petit changement qui menace r&#233;ellement ou symboliquement son h&#233;g&#233;monie sociale, politique et culturelle ou qui en limite les exc&#232;s les plus scandaleux par lesquels ils obtiennent leurs b&#233;n&#233;fices &#233;conomiques. Ensuite, de la gauche du mouvement social, en particulier &#233;tudiant, qui per&#231;oit avec une clart&#233; croissante que les promesses de campagne &#233;lectorale de Michelle Bachelet et son programme de gouvernement ne sont que des titres vides de tout contenu. Les grandes manifestations &#233;tudiantes et d'autres secteurs de la population ont d&#233;j&#224; fait entendre leurs protestations dans les principales villes chiliennes tout au long de l'ann&#233;e 2014, ainsi qu'en avril et en mai 2015. Elles sont l'expression du mal-&#234;tre indiscutable vis-&#224;-vis des politiques gouvernementales en mati&#232;re d'&#233;ducation, r&#233;ticentes &#224; effectuer une rupture radicale du mod&#232;le &#171; d'&#233;ducation de march&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement &#233;tudiant chilien a &#233;t&#233; une contribution importante &#224; la repolitisation de la population, mettant en d&#233;bat sur une &#233;chelle massive la question &#233;ducative, &#171; d&#233;naturalisant &#187; le mod&#232;le de &#171; l'&#233;ducation de march&#233; &#187; ainsi que le syst&#232;me &#233;conomique et politique sur lequel il s'appuie. Il n'a, cependant, pas encore &#233;t&#233; en mesure de produire une politique d'accumulation de forces (qu'elles soient propres ou qu'il s'agisse d'alli&#233;s en provenance d'autres mouvements sociaux) suffisamment forte pour mettre en &#233;chec les partisans du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il devra d&#233;sormais &#234;tre capable d'&#233;viter les obstacles qui le guettent, afin de ne tomber ni dans la confiance na&#239;ve dans le syst&#232;me institutionnel h&#233;rit&#233; de la dictature, ni dans les tentations &#233;galement pu&#233;riles du maximalisme, des actions marginales, du culte de la violence aveugle et de l'avant-gardisme de petits groupes qui tendent &#224; supplanter avec leurs actions le mouvement de masse [7]. Si le mouvement &#233;tudiant arrive &#224; esquiver les deux dangers, il aura fait une contribution extraordinaire au d&#233;passement du n&#233;olib&#233;ralisme et &#224; la refondation politique du Chili. Mais la solution ne d&#233;pend pas seulement des &#233;tudiant&#183;e&#183;s. D'autres acteurs sont n&#233;cessaires, en particulier les travailleurs organis&#233;s. Tant que cela n'aura pas lieu, les propres avanc&#233;es du mouvement &#233;tudiant pourront &#234;tre renvers&#233;es par les forces qui d&#233;fendent le statu quo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;preuve de force entre les partisans du mod&#232;le n&#233;olib&#233;ral d'&#233;ducation de march&#233; et ceux qui con&#231;oivent l'&#233;ducation comme un droit social garanti par l'Etat de mani&#232;re &#233;galitaire pour toutes et tous est loin d'&#234;tre r&#233;solue au Chili. Nous pouvons, en toute certitude, affirmer que ce conflit se prolongera pendant plusieurs ann&#233;es, se m&#234;lant &#224; d'autres conflits qui sont l'expression de la contradiction existant entre le mod&#232;le n&#233;olib&#233;ral &#233;conomique et de soci&#233;t&#233; et les aspirations de la majorit&#233; de la soci&#233;t&#233; &#224; ce que des droits sociaux deviennent des garanties dans des domaines aussi essentiels que l'&#233;ducation, les soins, la pr&#233;voyance et le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte sociale et politique s'annonce int&#233;ressante pour les prochaines ann&#233;es au Chili. (Traduction de A l'Encontre et de l'auteur ; Sergio Grez Toso est docteur en histoire et professeur &#224; l'Universit&#233; du Chili. Cette contribution a &#233;t&#233; faite dans le cadre du Forum international qui s'est tenu &#224; Lausanne du 20 au 22 mai 2015).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Asamblea Coordinadora de Estudiantes Secundarios, Propuesta para la Educaci&#243;n que queremos, Santiago, sin fecha ; Petitorio CONES (Coordinadora Nacional de Estudiantes Secundarios) : &lt;a href=&#034;http://infoderechouchile.blogspot.com/2011/06/petitorio-cones-coordinadora-nacional.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://infoderechouchile.blogspot.com/2011/06/petitorio-cones-coordinadora-nacional.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Sergio Grez Toso, &#8220;Chile 2012 : el movimiento estudiantil en la encrucijada&#8221;, Le Monde Dipomatique, edici&#243;n chilena, N&#176;126, Santiago, enero-febrero 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Sergio Grez Toso, &#8220;Un nuevo amanecer de los movimientos sociales en Chile&#8221;, The Clinic, N&#176;409, Santiago, 1 de septiembre de 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Grez, &#171; Un nuevo amanecer&#8230; &#187;, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Camila Miranda, &#171; Radiograf&#237;a cr&#237;tica a la reforma educacional de Bachelet &#187;, Santiago, 2 avril 2014 : &lt;a href=&#034;http://ciperchile.cl/2014/04/02/reforma-educacional-la-hoja-de-ruta-que-propone-la-fech/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://ciperchile.cl/2014/04/02/reforma-educacional-la-hoja-de-ruta-que-propone-la-fech/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Grez, &#171; Chile 2012&#8230; &#187;, op. cit. ; Boric, op. cit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Chili. Le mouvement &#233;tudiant bouscule la sc&#232;ne politique (I)</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Chili-Le-mouvement-etudiant-bouscule-la-scene-politique-I</link>
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		<dc:date>2015-06-09T07:47:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sergio Grez Toso</dc:creator>


		<dc:subject>Chili</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique latine</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-06-09</dc:subject>

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&lt;p&gt;Une forme nouvelle d'accumulation capitaliste fut install&#233;e par le feu et le sang par la dictature civil et militaire chilienne. Le mod&#232;le de d&#233;veloppement mis en place &#224; la fin des ann&#233;es 1930 &#8211; qui impliquait une forte intervention de l'&#201;tat dans le d&#233;veloppement &#233;conomique et social &#224; partir d&#180;une strat&#233;gie de substitution des importations &#8211; fut remplac&#233; par un mod&#232;le &#233;conomique n&#233;olib&#233;ral. Des grands secteurs d'activit&#233; &#233;conomique furent transf&#233;r&#233;s de l'&#201;tat vers le secteur priv&#233;. De (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Chili-+" rel="tag"&gt;Chili&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Amerique-latine-234-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique latine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2015-06-09-+" rel="tag"&gt;Edition du 2015-06-09&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH112/arton22468-063e1.jpg?1781040223' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une forme nouvelle d'accumulation capitaliste fut install&#233;e par le feu et le sang par la dictature civil et militaire chilienne. Le mod&#232;le de d&#233;veloppement mis en place &#224; la fin des ann&#233;es 1930 &#8211; qui impliquait une forte intervention de l'&#201;tat dans le d&#233;veloppement &#233;conomique et social &#224; partir d&#180;une strat&#233;gie de substitution des importations &#8211; fut remplac&#233; par un mod&#232;le &#233;conomique n&#233;olib&#233;ral. Des grands secteurs d'activit&#233; &#233;conomique furent transf&#233;r&#233;s de l'&#201;tat vers le secteur priv&#233;. De plus, la d&#233;r&#233;glementation caract&#233;ristique du n&#233;olib&#233;ralisme outrancier s'empara du pays.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; des privatisations des entreprises d'&#201;tat, les d&#233;nomm&#233;es &#171; sept modernisations &#187; de la dictature chang&#232;rent le visage du Chili. Il faut bien les nommer, car elles furent les composantes de cette r&#233;volution capitaliste, ironiquement d&#233;nomm&#233;e &#171; libertaire &#187; par l'un de ses principaux inspirateurs, le ministre du Travail et de la Pr&#233;voyance sociale de la dictature, Jos&#233; Pi&#241;era [1]. Elles furent les r&#233;formes du Code du travail et de la pr&#233;voyance sociale vers un syst&#232;me des pensions bas&#233; sur une capitalisation individuelle. Ensuite, les r&#233;formes qui privatis&#232;rent l'&#233;ducation, la sant&#233; et celles qui ont vis&#233; &#224; la modernisation du syst&#232;me judiciaire. Finalement, le &#171; r&#233;arrangement agricole &#187; qui a renforc&#233; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e &#224; la campagne et la r&#233;forme administrative destin&#233;e &#224; &#171; rendre plus agile le secteur &#233;tatique en r&#233;duisant sa taille &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat transf&#233;ra de cette mani&#232;re plusieurs de ses attributions et fonctions &#233;conomiques et sociales aux grands capitalistes qui accumul&#232;rent d'&#233;normes ressources financi&#232;res sorties des poches de tous les Chiliens. La pr&#233;voyance sociale, la sant&#233; et l'&#233;ducation furent donc des secteurs particuli&#232;rement lucratifs que la dictature sut mettre sous le contr&#244;le h&#233;g&#233;monique des principaux groupes &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus d'installer un changement radical sur le terrain socio-&#233;conomique, ces modernisations provoqu&#232;rent de profonds changements culturels dont les retentissements continuent &#224; r&#233;sonner quatre d&#233;cennies apr&#232;s le coup d'&#201;tat et plus de vingt-trois ans depuis le commencement du cycle des gouvernements post-dictatoriaux. La principale transformation culturelle provoqu&#233;e par la dictature et par le mod&#232;le &#233;conomique n&#233;olib&#233;ral a &#233;t&#233; d&#233;finie par le sociologue Tom&#225;s Moulian comme &#171; l'affaiblissement de l'esprit ou de l'&#233;tat d'&#226;me soci&#233;tal, dont les expressions les plus importantes sont la tendance associative et la &#171; politicit&#233;/politisation &#187; qui caract&#233;risa pendant longtemps la soci&#233;t&#233; chilienne &#187;[2]. A sa place, &#171; l'individualisme concurrentiel et l'obsession acqu&#233;reuse ont &#233;rod&#233; l'efficacit&#233; de ces m&#233;canismes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le nouveau contexte, on privil&#233;gie les strat&#233;gies individuelles, le retour vers le priv&#233;, la prise de position en tant que spectateur de l'action, le d&#233;crochage de la sph&#232;re publique, l'obsession pour la concurrence et la r&#233;ussite mat&#233;rielle, la transformation de la consommation en source de prestige, d&#233;connect&#233; d'une rationalit&#233; des besoins &#187;[3]. Dans cette soci&#233;t&#233; moul&#233;e par la dictature et ent&#233;rin&#233;e sous les gouvernements de la Concertation pour la D&#233;mocratie, coalition qui gouverna le Chili entre mars 1990 et mars 2010, &#171; priment les strat&#233;gies individuelles d'avancement et de mobilit&#233;, et ne reconnaissent pas ou encore se punissent les strat&#233;gies associatives. Il s'est impos&#233; une sorte de &#171; loi de la jungle &#187; que l'&#201;tat ne saurait r&#233;glementer, puisqu'on lui a ni&#233; la l&#233;gitimit&#233; pour le faire. C'est pour cela que les conditions propres du &#171; capitalisme sauvage &#187;, notamment la vuln&#233;rabilit&#233; des travailleurs et l'ampleur du segment des pauvres, ne tendent pas &#224; s'att&#233;nuer, mais au contraire deviennent la &#171; mani&#232;re d'&#234;tre &#187; du capitalisme contemporain, c'est-&#224;-dire se sont transform&#233;es en modalit&#233;s en quelque sorte constantes. &#187;[4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nouvelle soci&#233;t&#233; se construit en lien avec le march&#233; mondialis&#233;, c'est-&#224;-dire aussi avec un renforcement du caract&#232;re concurrentiel des m&#233;dias, faisant na&#238;tre un champ nouveau de structuration du domaine public, car les logiques de r&#233;gulation des march&#233;s se d&#233;lient des mod&#232;les objectifs, de m&#234;me que les m&#233;dias, noy&#233;s dans une concurrence globale et d&#233;mentielle, se laissent r&#233;gir par le rating associ&#233; &#224; la spectacularisation[5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Transition et d&#233;politisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;politisation de la soci&#233;t&#233; qui r&#233;sulte de ces changements culturels trouve en grande partie son explication dans les caract&#233;ristiques &#171; minimalistes &#187; de la transition chilienne vers la d&#233;mocratie. Cette transition fut le r&#233;sultat des n&#233;gociations entre les secteurs mod&#233;r&#233;s de l'opposition et les repr&#233;sentants de la dictature, o&#249; ces derniers r&#233;ussirent &#224; imposer leurs conditions. Mais cela s'explique aussi par la chute du &#171; socialisme r&#233;el &#187; en Europe de l'Est, qui laissa au niveau politique et id&#233;ologique des orphelins chez les partis et les mouvements sociaux qui avaient trouv&#233; dans ces exp&#233;riences des &#233;l&#233;ments pour nourrir leur imaginaire et leurs convictions. Comme le dit si bien Moulian, la perception en vigueur dans le Chili actuel c'est que &#171; les hommes ne font pas l'histoire &#187; puisque celle-ci a un destin fatal mani&#233; dans les ombres par des puissances incontr&#244;lables, tels que les march&#233;s et les m&#233;dias &#187;[6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir d'un regard semblable, &#193;lvaro Cuadra signale que la soci&#233;t&#233; chilienne d'aujourd'hui serait une soci&#233;t&#233; m&#233;diatis&#233;e de consommateurs dont les caract&#233;ristiques sont l'amn&#233;sie, la d&#233;politisation, le consensus social, la consommation, la r&#233;ussite et l'individualisme. Le tout dans une atmosph&#232;re de bigoterie ultraconservatrice qui rev&#234;t d'un simulacre de pr&#233;tendue spiritualit&#233; un monde dans lequel toutes les pratiques sociales sont devenues mercantilis&#233;es, depuis les loisirs jusqu'&#224; l'&#233;ducation &#187;. De m&#234;me que dans la plupart des soci&#233;t&#233;s bourgeoises, dans la soci&#233;t&#233; chilienne la gestion du pouvoir se r&#233;v&#232;le dans la r&#233;pression polici&#232;re face &#224; toute protestation, &#171; dans la s&#233;duction de la publicit&#233; et la consommation somptuaire, mais aussi par le spectacle &#224; travers l'exub&#233;rance m&#233;diatique &#187;[7].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces caract&#233;ristiques du Chili actuel trouvent leur fondement et leur explication dans le type de transition depuis la dictature jusqu'&#224; la d&#233;mocratie lib&#233;rale. La dictature ne fut pas renvers&#233;e, mais remplac&#233;e par une d&#233;mocratie sous tutelle, surveill&#233;e et de basse intensit&#233; qui maintint le mod&#232;le &#233;conomique n&#233;olib&#233;ral et la Constitution de Pinochet reform&#233;e qui fut impos&#233;e par la fraude de 1980. Dans la foul&#233;e du grand cycle de r&#233;voltes populaires de 1983-1987 s'est ouvert un processus de n&#233;gociations entre la dictature et les repr&#233;sentants de l'opposition mod&#233;r&#233;e (D&#233;mocratie chr&#233;tienne, une faction du Parti socialiste, le Parti radical, entre autres) par l'entremise de l'&#201;glise catholique, les grands capitalistes et le gouvernement des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces n&#233;gociations d&#233;bouch&#232;rent sur un accord pour une transition ordonn&#233;e et &#171; pacifique &#187;, qui avait pour but d'emp&#234;cher un soul&#232;vement de masse, encourag&#233; par les forces de la gauche plus radicale. De cette mani&#232;re, la dictature put imposer ses rythmes et ses institutions &#224; la future d&#233;mocratie. Le syst&#232;me politique chilien fut ainsi structur&#233; par la Constitution reform&#233;e de 1980 et par le syst&#232;me binominal des &#233;lections parlementaires, qui permit &#224; la minorit&#233; de droite d'exercer un droit de veto pendant les vingt ann&#233;es suivantes, bloquant toute r&#233;forme substantielle qui n'avait pas son consentement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ces caract&#233;ristiques du syst&#232;me politique, en plus de l'incons&#233;quence et du manque de courage politique des dirigeants de la Concertation, qui ont permis la consolidation d'un syst&#232;me garantissant la permanence du mod&#232;le &#233;conomique impos&#233; par la dictature. De plus, le mod&#232;le &#233;conomique vida la d&#233;mocratie repr&#233;sentative de contenu r&#233;el et imposa une sorte de duopole politique, avec la droite traditionnelle et la Concertation. Ces derni&#232;res sont avantag&#233;es par le syst&#232;me binominal dans les &#233;lections des d&#233;put&#233;s et des s&#233;nateurs, laissant sans repr&#233;sentation au Parlement les forces minoritaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re &#171; pacifique &#187; de la transition chilienne fut donc acquis au prix d'&#233;normes concessions de l'opposition mod&#233;r&#233;e face aux forces dictatoriales. Ces derni&#232;res conserv&#232;rent leurs institutions, le mod&#232;le &#233;conomique n&#233;olib&#233;ral et, en cons&#233;quence, &#233;touff&#232;rent les possibilit&#233;s d'une d&#233;mocratie plus approfondie [8].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, les mouvements sociaux v&#233;curent une profonde d&#233;pression pendant une grande partie des vingt ans de gouvernement de la Concertation. Non seulement &#224; cause des effets &#171; naturels &#187; du syst&#232;me n&#233;olib&#233;ral, qui tend &#224; transformer les citoyens en simples consommateurs et &#224; d&#233;truire le tissu social, jusqu'&#224; le faire devenir un agr&#233;gat d'individus, dont les espoirs d'am&#233;lioration du niveau de vie passent presque exclusivement par leur acc&#232;s au march&#233; sur la base de leur effort individuel, mais aussi par d'autres raisons. Une d'elles &#8211; et l'une des plus puissantes au d&#233;but des ann&#233;es 1990 &#8211; fut le souvenir de la terreur dictatoriale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre raison est la propre structure constitutionnelle h&#233;rit&#233;e de la dictature, notamment le Code du travail, qui &#233;touffe presque compl&#232;tement les actions revendicatives des travailleurs, en permettant aux patrons d'engager de la main-d'&#339;uvre de replacement pendant la dur&#233;e des gr&#232;ves. Ces &#233;l&#233;ments ont inhib&#233; pendant longtemps l'expression des demandes sociales. En plus, les partis et gouvernements de la Concertation se sont appliqu&#233;s constamment &#224; d&#233;mobiliser et d&#233;politiser la population, surtout les secteurs populaires, en qu&#234;te de la &#171; gouvernabilit&#233; &#187; du syst&#232;me. Les gouvernements de Patricio Aylwin (1990-1994), Eduardo Frei Ruiz-Tagle (1994-2000), Ricardo Lagos (2000-2006) et Michelle Bachelet (2006-2010) ont cherch&#233; &#225; r&#233;duire au minimum l'expression les revendications sociales, en employant divers moyens tels que la cooptation des dirigeants sociaux, l'organisation des &#171; tables rondes de dialogue &#187; parfaitement st&#233;riles, la r&#233;pression ouverte, les pressions politiques et la pratique du client&#233;lisme &#224; travers des mesures d'assistance et des &#171; correctifs &#187; sociaux au mod&#232;le &#233;conomique n&#233;olib&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La combinaison de tous ces &#233;l&#233;ments a produit la d&#233;politisation, l'exacerbation de l'individualisme et la d&#233;mobilisation de la soci&#233;t&#233;. Tous ces &#233;l&#233;ments ont &#233;t&#233; catalogu&#233;s par certains analystes comme une v&#233;ritable &#171; mutation anthropologique &#187;, d&#233;crite comme une s&#233;rie de d&#233;placements : &#171; de la notion de citoyen vers la notion de consommateur, de la notion de communaut&#233; vers le concept d'individu ; de la notion de conscience de classe ou conscience historique vers la notion d'auto-conscience, parmi d'autres &#187;[9].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;ducation et le mouvement &#233;tudiant sous le r&#233;gime n&#233;olib&#233;ral&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le mouvement &#233;tudiant, ces facteurs se sont combin&#233;s avec d'autres plus sp&#233;cifiques, tels que les changements dans l'&#233;ducation introduits par la dictature. Dans le cas de l'&#233;ducation sup&#233;rieure, la nouvelle politique stimula la cr&#233;ation de nombreuses universit&#233;s priv&#233;es. Celles-ci pass&#232;rent de six en 1973 &#224; plus de quarante en 1998. En plus, le r&#233;gime de Pinochet r&#233;forma compl&#232;tement les universit&#233;s d'&#201;tat, &#233;tablissant des universit&#233;s r&#233;gionales &#224; partir du morcellement de l'Universit&#233; du Chili et de l'Universit&#233; Technique de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences les plus nuisibles de cette nouvelle politique furent l'imposition aux universit&#233;s d'Etat de l'obligation de financer la plupart de leurs besoins de ressources par le biais des frais d'inscription et de scolarit&#233;. Cette politique entra&#238;na une concurrence entre les universit&#233;s publiques et entre celles-ci et les universit&#233;s priv&#233;es, afin d'enr&#244;ler des &#233;tudiants avec des bonnes qualifications dans les tests de s&#233;lection, ce qui leur permet d'obtenir l'Apport fiscal indirect (AFI).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne l'enseignement primaire et secondaire, la dictature imposa la &#171; municipalisation &#187;, c'est-&#224;-dire le transfert des &#233;coles et lyc&#233;es depuis le Minist&#232;re de l'&#233;ducation vers les administrations communales, accentuant ainsi les diff&#233;rences de qualit&#233; de l'&#233;ducation en fonction des revenus de chaque municipalit&#233;. En m&#234;me temps, &#224; partir des ann&#233;es 1980, l'&#201;tat stimula le d&#233;veloppement d'un secteur d'&#233;coles &#171; priv&#233;es-subventionn&#233;es &#187; entre les mains d'entrepreneurs motiv&#233;s par la recherche du profit qui, outre ce qu'ils encaissent pour l'&#233;ducation donn&#233;e aux enfants et jeunes, touchent des subventions du gouvernement en tant que prix attribu&#233; &#224; leur &#171; fonction co-&#233;ducatrice &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La continuit&#233; du mod&#232;le d'&#233;ducation de march&#233; durant les gouvernements post-dictatoriaux a provoqu&#233;, depuis 1997, diverses explosions du mouvement &#233;tudiant aussi bien secondaire qu'universitaire, les deux plus importantes &#233;tant la &#171; r&#233;volution des pingouins &#187; de 2006, c'est-&#224;-dire les &#233;tudiants du secondaire appel&#233;s de ce nom &#224; cause de la couleur de leur uniforme, et le mouvement de 2011 (universitaire, &#233;coles techniques, et secondaire) qui se prolongea jusqu'&#224; nos jours avec des degr&#233;s d'intensit&#233; variables. Les causes du m&#233;contentement &#233;tudiant et de leurs revendications sont multiples, mais elles poss&#232;dent un d&#233;nominateur commun : le rejet de &#171; l'&#233;ducation de march&#233; &#187;, caract&#233;ristique mod&#232;le lib&#233;ral s'affirmant de mani&#232;re imp&#233;rative au Chili.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La &#171; r&#233;volution des pingouins &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre la fin avril et le d&#233;but juin 2006 a eu lieu la mobilisation sociale la plus large depuis la fin de la dictature. Apr&#232;s seulement un mois et demi de gouvernement de Michelle Bachelet, des milliers, et plus tard des centaines de milliers de &#171; pingouins &#187; se sont d&#233;clar&#233;s en gr&#232;ve, ont occup&#233; leurs lyc&#233;es et sont descendus dans les rues dans tout le pays. Leurs revendications &#233;taient l'&#233;limination de la Journ&#233;e Scolaire Compl&#232;te, l'acc&#233;l&#233;ration de la distribution du laissez-passer &#233;tudiant qui permet d'utiliser les transports publics en payant un tarif r&#233;duit ainsi que la gratuit&#233; du Test de S&#233;lection Universitaire. La politisation du mouvement des &#171; pingouins &#187; fut tr&#232;s rapide, passant de revendications mineures et corporatives &#224; la remise en question du mod&#232;le d'&#233;ducation n&#233;olib&#233;rale. Les pingouins &#233;largirent leurs revendications en exigeant des bourses, la fin de la &#171; municipalisation &#187; de l'enseignement et la r&#233;int&#233;gration des &#233;tablissements scolaires au minist&#232;re d'&#201;ducation. Ils demandaient aussi la r&#233;habilitation mat&#233;rielle des &#233;tablissements et la d&#233;rogation de la Loi organique constitutionnelle d'&#233;ducation (LOCE) de la dictature, &#233;chafaudage l&#233;gal qui soutenait le mod&#232;le d'&#171; &#233;ducation mercantile &#187;, dont les principales caract&#233;ristiques sont, jusqu'&#224; aujourd'hui, la privatisation, l'enrichissement des entrepreneurs priv&#233;s et l'in&#233;galit&#233; la plus extr&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement Bachelet (celui de 2006-2010) a r&#233;pondu par la r&#233;pression, assortie de quelques petites concessions et des man&#339;uvres destin&#233;es &#224; neutraliser la force du mouvement. Parmi ces man&#339;uvres, des mesures comme la gratuit&#233; du Test de S&#233;lection Universitaire pour les plus pauvres et la lib&#233;ration du laissez-passer &#233;tudiant de mani&#232;re illimit&#233;e pendant toute l'ann&#233;e, s'additionn&#232;rent &#224; l'annonce d'une Commission consultative pr&#233;sidentielle sur l'&#233;ducation. Ces mesures et la cr&#233;ation de cette Commission o&#249; devaient trouver place &#171; tous les acteurs sociaux &#187; &#8211; incluant les repr&#233;sentants des &#233;tudiants&#8211; r&#233;ussirent &#224; d&#233;samorcer les mobilisations dans la deuxi&#232;me semaine de juin[10].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si les manifestations et un certain climat d'agitation se sont maintenus jusqu'&#224; la fin de l'ann&#233;e 2006, le mouvement n'a pas obtenu la concr&#233;tisation de ses principaux objectifs. Les &#233;tudiants furent &#171; noy&#233;s &#187; dans la Commission consultative pr&#233;sidentielle nomm&#233;e par Bachelet. Seuls douze &#233;tudiants (six du secondaire et six de l'universit&#233;) furent convoqu&#233;s pour d&#233;lib&#233;rer &#224; c&#244;t&#233; de cinquante-quatre repr&#233;sentants du gouvernement, des politiciens professionnels, des entrepreneurs de l'&#233;ducation, des porte-parole des diff&#233;rents groupes d'int&#233;r&#234;t. La LOCE de Pinochet fut &#171; maquill&#233;e &#187; pour devenir la Loi g&#233;n&#233;rale d'&#233;ducation (LGE). Et a &#233;t&#233; maintenue la municipalisation des &#233;tablissements scolaires ainsi que l'obtention de profits par les entrepreneurs dans l'&#233;ducation primaire et secondaire[11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les pingouins furent vaincus par l'astuce de la man&#339;uvre de Bachelet, le co&#251;t politique pour son gouvernement et pour les partis de la Concertation fut &#233;norme. La popularit&#233; de la Pr&#233;sidente chuta dans les enqu&#234;tes et sa coalition perdit prise sur les &#233;tudiants du secondaire. Ces derniers se sentirent trahis par le gouvernement Bachelet. Nombreux de ces pingouins formeront la colonne vert&#233;brale du mouvement qu'&#233;branlera le Chili pendant les ann&#233;es 2011 et 2012, faisant sentir son &#233;cho dans tout le monde. Une s&#233;rie de ph&#233;nom&#232;nes nouveaux apparaissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi eux, nous pouvons nommer l'auto-organisation bas&#233;e dans le fonctionnement par assembl&#233;es, l'emploi des &#171; r&#233;seaux sociaux &#187; et des nouvelles technologies de la communication, de l'information, l'autogestion et une tendance &#224; l'autonomisme qui avait d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; appara&#238;tre dans les mobilisations de 2001. Une mani&#232;re nouvelle de revendiquer et de faire de la politique couvait dans la jeunesse lyc&#233;enne. (Traduction A l'Encontre et de l'auteur ; Sergio Grez Toso est docteur en histoire et professeur &#224; l'Universit&#233; du Chili. Cette contribution a &#233;t&#233; faite dans le cadre du Forum international qui s'est tenu &#224; Lausanne du 20 au 22 mai 2015. L'expos&#233; de Sergio Grez est divis&#233; en deux parties pour en faciliter la lecture sur le site).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Mar&#237;a Ang&#233;lica Bulnes, entrevista a Jos&#233; Pi&#241;era, &#8220;Jos&#233; Pi&#241;era : Dar un golpe de tim&#243;n, crear esquemas nuevos&#8230;&#8221;, Qu&#233; Pasa, Santiago, 27 de diciembre de 1979 al 2 de enero de 1980, pp. 6-11.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Tom&#225;s Moulian, Contradicciones del desarrollo pol&#237;tico chileno. 1920-1990, Santiago, Lom Ediciones, 2009, p. 129.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Ib&#237;d., pp. 129 et 130.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Ibid., p. 130.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Ibidem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] &#193;lvaro Cuadra, &#8220;Chile : una arqueolog&#237;a del presente&#8221;, en Carlos Ossa Swears (editor), Escrituras del malestar. Chile del Bicentenario, Santiago, 2011, p. 219.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Felipe Portales, Chile : una democracia tutelada, Santiago, Editorial Sudamericana, 2000 ; Gregorio Angelcos y Carlos D&#237;az, Chile una democracia de oligarqu&#237;as, Santiago, Ediciones Documentas, 2005 ; Moulian, Contradicciones&#8230;, op. cit., pp. 117-131.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Cuadra, op. cit., p. 218.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Ibid. ; Tamara Guti&#233;rrez Portillo y Cristina Caviedes Reyes, Revoluci&#243;n ping&#252;ina. &#171; La primera gran movilizaci&#243;n del siglo XXI en Chile &#187;, Santiago, Editorial Ay&#250;n, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Ibidem.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Le mouvement &#233;tudiant au Chili est dans une ann&#233;e d&#233;cisive &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-mouvement-etudiant-au-Chili-est-dans-une-annee-decisive</link>
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		<dc:date>2014-06-10T08:14:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Andr&#233;s Fielbaum, Sergio Grez Toso</dc:creator>


		<dc:subject>Chili</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique latine</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2014-06-10</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le mercredi 14 mai 2014, le parlement chilien a donn&#233; son approbation pour l&#233;gif&#233;rer sur la r&#233;forme fiscale, propos&#233;e par le gouvernement de la pr&#233;sidente Michelle Bachelet. Cette r&#233;forme, qualifi&#233;e d'historique &#187; et de &#171; structurelle &#187; de la part de la coalition gouvernementale comme aussi par la droite qui la combat, est cens&#233;e augmenter les ressources publiques d'environ 8000 millions (8 milliards) de dollars par ann&#233;e. Une grande partie de ces ressources seront destin&#233;es &#224; la r&#233;forme du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Chili-+" rel="tag"&gt;Chili&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Amerique-latine-234-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique latine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2014-06-10-+" rel="tag"&gt;Edition du 2014-06-10&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton17932-e0a39.jpg?1781103654' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le mercredi 14 mai 2014, le parlement chilien a donn&#233; son approbation pour l&#233;gif&#233;rer sur la r&#233;forme fiscale, propos&#233;e par le gouvernement de la pr&#233;sidente Michelle Bachelet. Cette r&#233;forme, qualifi&#233;e d'historique &#187; et de &#171; structurelle &#187; de la part de la coalition gouvernementale comme aussi par la droite qui la combat, est cens&#233;e augmenter les ressources publiques d'environ 8000 millions (8 milliards) de dollars par ann&#233;e. Une grande partie de ces ressources seront destin&#233;es &#224; la r&#233;forme du syst&#232;me &#233;ducatif, dont le contenu concret n'est pas encore connu. Or, comme d&#233;j&#224; soulign&#233; par Sergio Grez dans l'entretien publi&#233; sur ce site le 12 avril 2014, cette r&#233;forme fiscale ne met pas en question le mod&#232;le n&#233;olib&#233;ral impos&#233; par la dictature militaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Malgr&#233; l'augmentation du taux d'imposition de 20 &#224; 25% pour les entreprises, la r&#233;forme n'augmente pas les imp&#244;ts de l'industrie mini&#232;re (les imp&#244;ts de ces soci&#233;t&#233;s sont pr&#233;lev&#233;s &#224; partir de leur profit et non sur la base du chiffre d'affaires ou du volume de vente, ce qui favorise l'&#233;vasion fiscale), sans parler de la pierre angulaire du syst&#232;me fiscal : le syst&#232;me d'imp&#244;t int&#233;gr&#233;. Ce dernier est presque unique au niveau mondial (seul le Mexique poss&#232;de ce mod&#232;le). Il consiste en l'&#233;limination compl&#232;te de la double imposition des entreprises et de ses propri&#233;taires. De cette fa&#231;on, l'imp&#244;t des entreprises devient un simple pr&#233;paiement de l'imp&#244;t portant sur les propri&#233;taires. De fait, les entreprises chiliennes ne paient donc pas d'imp&#244;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contenu de cette r&#233;forme fiscale, sa port&#233;e, tout comme les d&#233;bats au sein de la classe dominante &#224; son &#233;gard, donnent d&#233;j&#224; le ton de la seconde grande r&#233;forme promise par le gouvernement de Michelle Bachelet : la r&#233;forme du syst&#232;me &#233;ducatif, qui constitue la revendication centrale des grandes mobilisations estudiantines de 2011 et 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le soulignent Sergio Grez et Andr&#233;s Fielbaum dans l'entretien qui suit, les d&#233;clarations du gouvernement et de son ministre d'&#233;ducation, Nicolas Eyzaguirre, par rapport au contenu concret de la r&#233;forme sont extr&#234;mement vagues et contradictoires. Toutefois, tout indique &#8211; &#224; commencer par le &#171; curriculum &#187; des ministres et de leurs collaborateurs [1] &#8211; que la r&#233;forme &#233;ducative visera seulement une augmentation de la subvention publique de la demande (syst&#232;me de voucher) conjointement &#224; une r&#233;gulation majeure du march&#233; &#233;ducatif. C'est ainsi que le recteur de l'universit&#233; Diego Portales, Carlos Pe&#241;a, a affirm&#233; dans une tribune du quotidien El Mercurio que : &#171; Mise &#224; part de ceux qui voient dans le discours de changement de paradigme un substitut de la r&#233;volution dont ils se languissaient jadis (&#8230;), la majorit&#233; du gouvernement reste social-d&#233;mocrate. Et pour cela il y aura une r&#233;forme &#233;ducative et non un changement de paradigme &#187; [2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or la crise du syst&#232;me &#233;ducatif chilien est aigu&#235;. Le montant des dettes priv&#233;es contract&#233;es par les familles moins favoris&#233;es pour financer l'&#233;ducation sup&#233;rieure a augment&#233; de 19% entre 2012 et 2013 [3]. En m&#234;me temps, les institutions de l'&#233;ducation sup&#233;rieure continuent &#224; faire du profit en d&#233;pit de l'interdiction l&#233;gale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un texte envoy&#233; &#224; la SEC (Securities and Exchange Commission) des Etats-Unis, la transnationale Laur&#233;at, propri&#233;taire de plusieurs universit&#233;s au Chili, d&#233;crit comment elle est parvenue &#224; contourner la l&#233;gislation chilienne en rapatriant plusieurs millions de dollars. Un &#233;l&#233;ment souvent sous-estim&#233; dans le d&#233;bat constitue l'importance de la pr&#233;carisation et la sous-traitance des salari&#233;&#183;e&#183;s des entreprises du secteur &#233;ducatif. Avec 10% des salari&#233;&#183;e&#183;s du pays, ce secteur occupe la troisi&#232;me place apr&#232;s le commerce et l'industrie. En m&#234;me temps, 40% des emplois sous-trait&#233;s dans le premier trimestre 2014 se sont cr&#233;&#233;s dans l'&#233;ducation [4]. Rappelons que les employ&#233;s au statut de sous-traitance ne peuvent pas s'organiser dans le m&#234;me syndicat que les travailleurs &#171; ordinaires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, les organisations estudiantines (principalement la CONFECH, Conf&#233;d&#233;ration des &#233;tudiants du Chili) et les deux principales associations des &#233;l&#232;ves du secondaire (CONES et ACES) ont appel&#233; &#224; une manifestation nationale le 8 mai qui a rassembl&#233; environ 100'000 personnes &#224; Santiago. D'autres manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entretien suivant, r&#233;alis&#233; par la radio de l'universit&#233; du Chili, avec Sergio Grez, historien de l'Universit&#233; du Chili, et Andr&#233;s Fielbaum, ancien dirigeant de la FECH (f&#233;d&#233;ration des &#233;tudiants de l'Universit&#233; du Chili) date du 8 mai 2014. (Milo Probst, pour A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qui est en jeu avec cet appel &#224; manifester le 8 mai de la part du mouvement &#233;tudiant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sergio Grez&lt;/strong&gt; : Il s'agit d'une premi&#232;re &#233;preuve de force du mouvement &#233;tudiant. Apr&#232;s pas mal de temps, les &#233;tudiants vont de nouveau sortir dans la rue. Un grand nombre de dirigeants du mouvement &#233;tudiant, anciens et nouveaux, ont indiqu&#233; le fait que le gouvernement n'a pas donn&#233; de signal clair concernant l'esprit de la future r&#233;forme du syst&#232;me &#233;ducatif, pour ce qui concerne les revendications centrales du mouvement &#233;tudiant &#224; partir de 2011. J'imagine que ces ambigu&#239;t&#233;s ne satisfont pas les demandes de ce mouvement social.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1946 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/Sergio_Grez.jpg?1946/d0ac9975a08aabdc3a8d9568c6d29bf8fd073496e92feb1cde70f1d061e5fe29&#034; class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='JPEG - 36.4 kio' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH132/Sergio_Grez-88c98-f26a7.jpg?1781103656' width='150' height='132' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Andr&#233;s Fielbaum&lt;/strong&gt; : C'est la premi&#232;re manifestation dans un contexte politique diff&#233;rent apr&#232;s le changement d'administration gouvernementale. Ce qui est en jeu c'est la d&#233;finition des axes centraux de la discussion sur la r&#233;forme de l'&#233;ducation. Jusqu'&#224; maintenant, le gouvernement a envoy&#233; des projets de loi qui visent &#224; r&#233;guler les &#171; exc&#232;s du march&#233; &#187;, sans toucher le c&#339;ur du syst&#232;me. Les contradictions du programme de la coalition gouvernementale et du discours du ministre de l'&#233;ducation indiquent de plus en plus clairement que l'orientation du gouvernement tend vers la pr&#233;servation du mod&#232;le &#233;ducatif priv&#233;. Dans ce contexte, le mouvement &#233;tudiant doit montrer qu'il est un acteur important dans cette r&#233;forme et que la discussion doit tourner autour des fondements du mod&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1947 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/Andres_Fielbaum.jpg?1947/c12dbf464cf33db82e9d2664e3d46bb44c51593d7aa27e0117fcc9e5c618fe3b&#034; class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='JPEG - 79.8 kio' type=&#034;image/jpeg&#034;&gt;&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L142xH150/Andres_Fielbaum-2325f-7a3d3.jpg?1781103656' width='142' height='150' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plusieurs anciens dirigeants du mouvement &#233;tudiant ont sign&#233; une lettre publique dans laquelle ils appellent &#224; la manifestation et &#224; une ouverture &#224; tous les secteurs du dialogue autour de la r&#233;forme &#233;ducative. Sergio, comment interpr&#232;tes-tu le fait que parmi les signataires de cette lettre se trouvent des anciens dirigeants qui font actuellement partie de la coalition gouvernementale ? Je pense notamment &#224; Camilla Vallejos ou Carol Kariola, toutes les deux d&#233;put&#233;es parlementaires du parti communiste.&lt;/strong&gt; [6]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SG&lt;/strong&gt; : Il s'agit aussi d'un terrain d'ambigu&#239;t&#233;s. Le Parti communiste et ses dirigeants ont signal&#233; &#8211; lorsqu'ils ont d&#233;cid&#233; d'int&#233;grer la coalition sociale-lib&#233;rale &#171; Nueva Mayoria &#187; de Michelle Bachelet &#8211; qu'ils seront &#224; moiti&#233; dans le gouvernement et &#224; moiti&#233; dans la rue. Je peux bien m'imaginer que cela cr&#233;e des tensions au sein de ce parti. Une &#233;ventuelle mobilisation massive et soutenue va les mettre en conflit avec leurs compromissions gouvernementales. De toute fa&#231;on il est important de souligner que les anciens dirigeants, qu'ils fassent partie du gouvernement ou pas, ne repr&#233;sentent pas le mouvement &#233;tudiant. A plusieurs reprises, ce dernier a signal&#233; qu'il gardera une ind&#233;pendance politique. Le caract&#232;re transitoire de la militance dans les mouvements &#233;tudiants est par ailleurs un probl&#232;me de tous les mouvements &#233;tudiants du monde. On ne reste pas &#233;tudiant toute sa vie ! C'est une r&#233;alit&#233; qui pose des probl&#232;mes en termes de continuit&#233; et de transmission des exp&#233;riences. Ce n'est pas un probl&#232;me insoluble, l'actuel mouvement &#233;tudiant a continu&#233; apr&#232;s les mobilisations de 2011 et poss&#232;de toutes les chances de perdurer dans les prochaines ann&#233;es, puisque la crise du syst&#232;me &#233;ducatif est de nature structurelle et ne se r&#233;sout pas avec des petites r&#233;formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mouvement &#233;tudiant a toujours d&#251; trouver des formes d'action unitaires &#224; partir d'une grande h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; de positions politiques. Comment analyses-tu ce d&#233;fi dans l'actualit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SG&lt;/strong&gt; : Je pense que ce d&#233;fi est encore plus important au sein des &#233;tudiants universitaires o&#249; les courants id&#233;ologiques sont plus cristallis&#233;s. Mais si l'on regarde les mobilisations de 2011, toutes les f&#233;d&#233;rations &#233;tudiantes ont eu la sagesse de trouver une convergence politique de fa&#231;on d&#233;mocratique. L'Universit&#233; du Chil, par exemple, a connu un changement de dirigeants entre 2011 et 2012, lorsque l'ancienne dirigeante de la jeunesse communiste, Camilla Vallejos, n'a pas &#233;t&#233; r&#233;&#233;lue. C'est la liste de la gauche ind&#233;pendante qui est devenue majoritaire, avec Gabriel Boric &#224; sa t&#234;te. L'ann&#233;e pass&#233;e c'est la liste du FEL (F&#233;d&#233;ration des &#233;tudiants libertaires) qui est sortie en t&#234;te. Mais, &#224; chaque fois, la transmission du pouvoir s'est r&#233;alis&#233;e sans drames majeurs. Par ailleurs, au sein du comit&#233; de direction de la FECH se trouvent des repr&#233;sentants des diff&#233;rentes tendances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que vous pensez que le gouvernement a essay&#233; d'atomiser la discussion sur la r&#233;forme, en se concentrant sur des enjeux partiels ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SG&lt;/strong&gt; : Je pense que cela est effectivement la strat&#233;gie du gouvernement. De plus, le gouvernement vise &#224; gagner du temps, en attendant je ne sais pas quoi. Il faut souligner que, mise &#224; part les contradictions soulev&#233;es par Andr&#233;s Fielbaum, le ministre de l'&#233;ducation n'a pas dit un mot par rapport au scandale de Laur&#233;at, ce consortium am&#233;ricain qui poss&#232;de cinq institutions &#233;ducatives au Chili et qui a rapatri&#233; environ 70 millions de dollars au cours des derni&#232;res ann&#233;es. C'est une violation flagrante de la loi qui date de la p&#233;riode de la dictature de Pinochet et qui interdit aux institutions de l'&#233;ducation sup&#233;rieure de faire du profit. Le ministre a un profil compl&#232;tement n&#233;olib&#233;ral. Il a &#233;t&#233; promoteur du CAE (credito con aval del estado [6]) en tant que ministre de l'&#233;conomie pendant le gouvernement de Ricardo Lagos [2000 &#224; 2006]. Ensuite il a travaill&#233; pour le groupe Luksic [avec des int&#233;r&#234;ts dans les mines, l'industrie, la finance, les boissons, etc.] e, entre-temps, il a &#233;t&#233; fonctionnaire du FMI. La tactique du gouvernement consiste &#224; reprendre quelques revendications du mouvement &#233;tudiant tout en les vidant de sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans ce nouveau contexte politique, quelles sont les difficult&#233;s face auxquels se trouve le mouvement &#233;tudiant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AF&lt;/strong&gt; : La situation est plus complexe que pendant le gouvernement de Sebastian Pi&#241;era [homme d'affaires, pr&#233;sident de la R&#233;publique de mars 2010 &#224; mars 2014], lorsque la position du gouvernement a &#233;t&#233; beaucoup plus explicite. Avec le nouveau gouvernement la situation a chang&#233;. Mais si le mouvement &#233;tudiant met le doigt sur les ambigu&#239;t&#233;s dont nous avons parl&#233;, il pourra ouvrir la porte &#224; un changement plus profond du syst&#232;me &#233;ducatif. Dans ce sens le mouvement &#233;tudiant devra renforcer son unit&#233; et s'articuler avec d'autres acteurs politiques, tels que les enseignants, les recteurs et tous ceux qui partagent leurs revendications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J'aimerais aborder la question de la repr&#233;sentativit&#233; de ce mouvement. Les m&#233;dias ont souvent soulign&#233; qu'une manifestation n'est pas une instance repr&#233;sentative et que les revendications des &#233;tudiants sont de nature corporatiste.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SG&lt;/strong&gt; : En r&#233;alit&#233;, il ne s'agit pas seulement du mouvement &#233;tudiant proprement dit, mais d'une s&#233;rie d'acteurs qui se regroupent autour du noyau du mouvement &#233;tudiant, comme les professeurs, les chercheurs, les travailleurs de l'&#233;ducation, les parents, etc. C'est donc une revendication de l'immense majorit&#233; de la population qui ne peut &#234;tre interpr&#233;t&#233;e comme une demande corporatiste. De l'autre c&#244;t&#233;, la rue est aussi un espace d&#233;mocratique, surtout dans un syst&#232;me politique tellement peu repr&#233;sentatif comme le n&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AF&lt;/strong&gt; : J'aimerais ajouter que le mouvement &#233;tudiant et les mobilisations &#224; partir de 2011 sont une des instances les plus d&#233;mocratiques depuis 20 ans. D'un c&#244;t&#233; parce qu'ils mettent en relief des demandes ressenties par une grande partie de la population. Et, de l'autre c&#244;t&#233;, parce que ce mouvement a permis aux gens de s'organiser et de reconstruire un tissu social qui avait &#233;t&#233; d&#233;truit par la dictature. Qu'est-ce qu'il y a de plus d&#233;mocratique que ceci ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On d&#233;crit parfois la strat&#233;gie du gouvernement comme une tentative de construire un nouveau mod&#232;le de prise de d&#233;cision qui inclut la participation des organisations sociales. Comment voyez-vous le rapport entre le gouvernement et les mouvements sociaux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AF&lt;/strong&gt; : J'aimerais souligner que, pour l'instant, cette volont&#233; d'inclure les mouvements sociaux ne s'est pas concr&#233;tis&#233;e. La premi&#232;re grande r&#233;forme du gouvernement, la r&#233;forme fiscale, a uniquement &#233;t&#233; discut&#233;e avec les grands entrepreneurs et, maintenant, le gouvernement discute avec les partis de la droite plus marqu&#233;e. Il est vrai que le ministre s'est r&#233;uni avec des acteurs du mouvement social. Mais ceci simplement parce que le gouvernement a compris qu'il est impossible de faire une r&#233;forme du syst&#232;me &#233;ducatif sans la participation des &#233;tudiants et des autres acteurs li&#233;s &#224; ce mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SG&lt;/strong&gt; : Je suis d'accord avec l'analyse d'Andr&#233;s. Je pense qu'il s'agit avant tout d'une tactique communicationnelle. La capacit&#233; de d&#233;cision r&#233;elle ne r&#233;side pas dans les acteurs invit&#233;s au dialogue. C'est le gouvernement qui prend finalement la d&#233;cision et il agit sous influence directe d'int&#233;r&#234;ts bien d&#233;finis. Si l'on regarde la composition du cabinet, on s'aper&#231;oit que la grande majorit&#233; de ces personnes ont des liens avec les principales entreprises du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont les perspectives pour cette ann&#233;e par rapport &#224; la discussion autour de la r&#233;forme du syst&#232;me &#233;ducatif ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AF&lt;/strong&gt; : Je pense que cette ann&#233;e va &#234;tre marqu&#233;e par deux affrontements principaux. D'un c&#244;t&#233;, une dispute permanente pour le contr&#244;le de l'agenda de la r&#233;forme &#233;ducative et de l'autre c&#244;t&#233; une lutte autour de la question si la r&#233;forme va &#234;tre profonde ou superficielle. L'enjeu tourne autour de deux projets politiques inconciliables : soit l'&#233;ducation est con&#231;ue comme un droit, soit elle est con&#231;ue comme une marchandise. Il n'y a pas d'interm&#233;diaire. Aussi longtemps que l'Etat ne d&#233;finit pas de fa&#231;on effectivement d&#233;mocratique le mod&#232;le &#233;ducatif que nous voulons ce seront ceux qui ont le plus d'argent et le plus de pouvoir qui s'imposeront. C'est par rapport &#224; ces enjeux que le mouvement &#233;tudiant doit se positionner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SG&lt;/strong&gt; : J'ajouterais que cette ann&#233;e sera d&#233;cisive pour le mouvement &#233;tudiant et pour le mouvement pour une &#233;ducation publique en g&#233;n&#233;ral. Ce mouvement, et particuli&#232;rement le mouvement &#233;tudiant, a vraiment d&#233;montr&#233; une patience &#233;norme. Si l'on regarde l'histoire depuis 2011 on s'aper&#231;oit que &#8211; bien que le mouvement &#233;tudiant ait su imposer la question du syst&#232;me &#233;ducatif dans l'agenda politique et r&#233;ussi &#224; repolitiser la soci&#233;t&#233; chilienne &#8211; en termes de victoires concr&#232;tes il n'a presque rien obtenu. La caste politique qui nous dirige ne devrait pas continuer d'abuser de cette patience. Je ne sais pas jusqu'&#224; quand cette masse de plusieurs centaines de milliers d'&#233;tudiant&#183;e&#183;s peut encore attendre sans apercevoir des changements palpables. Je ne parle pas d'un d&#233;mant&#232;lement complet et imm&#233;diat de tout le syst&#232;me impos&#233; par la dictature, mais au moins de quelques avanc&#233;es concr&#232;tes. Je me demande, par exemple, pourquoi le mouvement &#233;tudiant n'a pas d&#233;cid&#233; de prendre des actions plus combatives comme par exemple &#224; envisager une cessation du paiement des taxes universitaires et un moratoire du paiement de la dette de cr&#233;dit. Depuis 30 ans, on se trouve dans le m&#234;me syst&#232;me. Les parents des &#233;tudiant&#183;e&#183;s doivent toujours payer des taxes universitaires qui sont probablement les plus hautes du monde. (Traduction Milo Probst pour A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Encore avant le changement d'administration, Claudia Peirano, la sous-secr&#233;taire d'&#233;ducation d&#233;sign&#233;e par Michelle, a d&#251; renoncer &#224; son poste, suite &#224; la d&#233;couverte de ses liens avec des entreprises du march&#233; &#233;ducatif. (M.P.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] &lt;a href=&#034;http://www.elmostrador.cl/pais/2014/05/11/pena-las-reformas-educativas-del-gobierno-son-estrictamente-socialdemocratas-y-no-aspiran-a-ese-cambio-de-paradigma/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.elmostrador.cl/pais/2014/05/11/pena-las-reformas-educativas-del-gobierno-son-estrictamente-socialdemocratas-y-no-aspiran-a-ese-cambio-de-paradigma/&lt;/a&gt; (M.P.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] &lt;a href=&#034;http://impresa.elmercurio.com/pages/detail-view.htm?enviar=%2FPages%2FNewsDetail.aspx%3Fdt%3D12-05-2014+0%3A00%3A00%26&#8232;PaginaId%3D6%26SupplementId%3D0%26bodyid%3D3&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://impresa.elmercurio.com/pages/detail-view.htm?enviar=%2FPages%2FNewsDetail.aspx%3Fdt%3D12-05-2014+0%3A00%3A00%26&#8232;PaginaId%3D6%26SupplementId%3D0%26bodyid%3D3&lt;/a&gt; (M.P.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] &lt;a href=&#034;http://resumen.cl/index.php?option=com_content&amp;view=article&amp;id=9142:subcontratacion-el-giro-principal-de-la-educacion&amp;catid=10:trabajo&amp;Itemid=54&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://resumen.cl/index.php?option=com_content&amp;view=article&amp;id=9142:subcontratacion-el-giro-principal-de-la-educacion&amp;catid=10:trabajo&amp;Itemid=54&lt;/a&gt; (M.P.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Au total, quatre anciens dirigeants du mouvement &#233;tudiant sont actuellement d&#233;put&#233;s parlementaires. En plus des deux membres du Parti communiste, Gabriel Boric (membre du m&#234;me regroupement &#233;tudiant qu'Andr&#233;s Fielbaum, &#171; Izquierda autonoma &#187;) et Giorgio Jackson font &#233;galement partie de l'Assembl&#233;e l&#233;gislative. (M.P.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Il s'agit d'un cr&#233;dit, octroy&#233; par le syst&#232;me financier dont l'Etat se porte garant. Toutefois, le d&#233;biteur reste &#224; 100% responsable pour le remboursement de la dette. (M.P.)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Chili. A propos de la &#171; Gr&#232;ve &#233;lectorale constituante &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Chili-A-propos-de-la-Greve-electorale-constituante</link>
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		<dc:date>2013-11-19T08:44:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sergio Grez Toso</dc:creator>


		<dc:subject>Chili</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique latine</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2013-11-12</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Selon l'historien et professeur aupr&#232;s de l'Universit&#233; du Chili, Sergio Grez Toso, l'alternative connue sous le nom de &#171; Gr&#232;ve &#233;lectorale constituante &#187; jouit d'une bonne audience [voir &#224; ce propos les articles publi&#233;s sur ce site en date du 4, du 18 et du 26 juin 2013]. Il pronostique une forte abstention des citoyennes et citoyens inscrits sur le registre &#233;lectoral &#224; l'occasion des &#233;lections du 17 novembre 2013. ET cela parce que les citoyens savent que rien de d&#233;cisif ne se jouera &#224; cette (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH112/arton15807-e5dbb.png?1781328375' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Selon l'historien et professeur aupr&#232;s de l'Universit&#233; du Chili, Sergio Grez Toso, l'alternative connue sous le nom de &#171; Gr&#232;ve &#233;lectorale constituante &#187; jouit d'une bonne audience [voir &#224; ce propos les articles publi&#233;s sur ce site en date du 4, du 18 et du 26 juin 2013]. Il pronostique une forte abstention des citoyennes et citoyens inscrits sur le registre &#233;lectoral &#224; l'occasion des &#233;lections du 17 novembre 2013. ET cela parce que les citoyens savent que rien de d&#233;cisif ne se jouera &#224; cette occasion. Les deux principales options pr&#233;sidentielles &#8211; la candidature de la social-d&#233;mocrate Michelle Bachelet et celle d'Evelyn Matthei, qui fut ministre du Travail et de la s&#233;curit&#233; sociale sous la pr&#233;sidence de Sebastian Pinera et se pr&#233;sente au nom de l'Union d&#233;mocrate ind&#233;pendante &#8211; repr&#233;sentent des configurations l&#233;g&#232;rement distinctes d'un m&#234;me mod&#232;le &#233;conomique et politique. Selon Sergio Grez : &#171; Cette r&#233;alit&#233; se refl&#233;tera dans un fort taux d'abstention qui va &#234;tre tr&#232;s sup&#233;rieur &#224; la derni&#232;re pr&#233;sidentielle, ce qui confirmera une tendance qui s'exprime de mani&#232;re croissante depuis des ann&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans quel secteur le th&#232;me de la &#171; Gr&#232;ve &#233;lectorale constituante &#187; a-t-il &#233;t&#233; le mieux re&#231;u ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sergio Grez : Il est pris en charge par des groupes tr&#232;s diff&#233;rents, fondamentalement dans les m&#234;mes secteurs sociaux et g&#233;n&#233;rationnels qui, avant l'instauration du vote volontaire et de l'inscription automatique, se r&#233;fugiaient dans l'abstention ou le vote nul. Avant ils &#233;taient sanctionn&#233;s. Aujourd'hui, ils ont la possibilit&#233; de ne pas voter, marquant leur rejet avec une abstention active. La &#171; Gr&#232;ve &#233;lectorale constituante &#187; &#8211; une r&#233;&#233;dition du mot d'ordre &#171; je ne veux pas servir ce vote &#187; de l'Assembl&#233;e de coordination des &#233;tudiants du secondaire (ACES) et d'autres initiatives similaires &#8211; se fonde sur la constatation qu'il n'est pas possible de d&#233;passer le syst&#232;me actuel en participant aux &#233;lections et que, en d&#233;finitive, voter signifie le l&#233;gitimer sans possibilit&#233; r&#233;elle, je le r&#233;p&#232;te, de le changer. Nous avons affaire &#224; un quart de si&#232;cle d'exp&#233;riences &#233;lectorales alternatives sans aucun r&#233;sultat tangible en ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Toutefois aujourd'hui, il y a des candidats et des candidates pr&#233;sidentiels pour tous les go&#251;ts&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sergio Grez : Il est probable que l'offre vari&#233;e fera vaciller quelques abstentionnistes. N&#233;anmoins, je crois que cela ne changera pas l'&#233;l&#233;ment fondamental s'inscrivant dans l'inscription automatique et le vote volontaire. Le corps &#233;lectoral compte 13,5 millions de personnes et, &#233;pur&#233;, il atteint environ les 12 millions d'inscrits. Il est tr&#232;s probable que moins de 60 % iront voter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus du rejet des candidats d&#233;fenseurs du mod&#232;le, nous constatons le triste spectacle qu'ont offert les candidatures dites alternatives. Si l'on compare les programmes de Roxana Miranda [candidate du Parti de l'&#233;galit&#233;], Marcel Claude [candidat du Parti humaniste] ou Alfredo Sfeir [candidat du Parti &#233;cologiste vert] on se rend compte qu'ils sont quasi un d&#233;calque l'un de l'autre. Le seul &#233;l&#233;ment qui explique cette dispersion r&#233;side dans le personnalisme et les int&#233;r&#234;ts de chapelle. Beaucoup d'&#233;lecteurs veulent aussi les punir &#233;tant donn&#233; leur manque de &#171; g&#233;n&#233;rosit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment peut-on arriver par cette voie &#224; une Constituante ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sergio Grez : L'Assembl&#233;e constituante est non viable dans l'actuel cadre constitutionnel. Lorsqu'on demande &#224; Michelle Bachelet si elle impulsera une Constituante, elle r&#233;pond de mani&#232;re &#233;vasive qu'elle est partisane d'un changement dans le cadre institutionnel. Ce qu'elle dit en r&#233;alit&#233; revient &#224; un non &#224; l'Assembl&#233;e constituante. Il en va de m&#234;me pour les candidats de la gauche qui soutiennent que par un simple acte de volont&#233; pr&#233;sidentielle on peut convoquer une Assembl&#233;e constituante. Ils trompent et se trompent eux-m&#234;mes parce qu'appeler &#224; une Assembl&#233;e constituante implique de d&#233;passer le cadre institutionnel au moyen d'une rupture d&#233;mocratique. Pour arriver &#224; cette rupture il est n&#233;cessaire de d&#233;velopper un pouvoir constituant citoyen et populaire qui aujourd'hui n'existe pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour arriver &#224; une Assembl&#233;e constituante libre et souveraine, il faut renforcer une force constituante depuis les organisations sociales afin de rendre viable la rupture d&#233;mocratique, comprise comme un d&#233;passement du cadre institutionnel pr&#233;sent au moyen de la combinaison de la pression des mouvements sociaux autour de leurs demandes et de l'exigence d'une Constitution, cela accompagn&#233; par une d&#233;l&#233;gitimation croissante du syst&#232;me politique par le biais de la gr&#232;ve &#233;lectorale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;T&#226;che en rien facile si l'on consid&#232;re la faiblesse des organisations populaires et citoyennes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sergio Grez : Le mod&#232;le n&#233;olib&#233;ral tend &#224; d&#233;truire le tissu social et &#224; transformer les citoyens en consommateurs. Mais cette situation tend &#224; changer depuis un certain temps. Aujourd'hui, nous avons des mouvements sociaux &#233;mergents allant au-del&#224; du mouvement &#233;tudiant. Les plus importants depuis 2011 ont &#233;t&#233; les protestations r&#233;gionales ou locales de Magallanes, Ays&#233;n, Calama, Arica, Dichato, Freirina et Tocopilla. Le mouvement Mapuche, de son c&#244;t&#233;, a maintenu une forte activit&#233; depuis la fin de la d&#233;cennie 1990. Sont aussi entr&#233;s dans une activit&#233; revendicative les p&#234;cheurs artisanaux contre la privatisation de la mer, les &#233;cologistes contre le m&#233;ga-projet HidroAys&#233;n, les centrales thermo-&#233;lectriques et en d&#233;fense de l'eau. En outre, les salari&#233;&#183;e&#183;s du secteur public, les travailleurs des grandes mines priv&#233;es et &#233;tatiques du cuivre et les dockers ont d&#233;velopp&#233; des gr&#232;ves et des mobilisations significatives. Je voudrais mettre en relief la gr&#232;ve des dockers du mois d'avril de cette ann&#233;e. Elle marque une rupture avec l'individualisme int&#233;rioris&#233; qui caract&#233;rise ce mod&#232;le de domination. Cette gr&#232;ve nationale s'est r&#233;alis&#233;e principalement en solidarit&#233; avec les dockers de Mejillones, reprenant ainsi des &#233;l&#233;ments d'action solidaire qui caract&#233;risaient le mouvement ouvrier jusqu'en 1973.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'il y ait d'amples secteurs qui sont encore marqu&#233;s par l'apathie, l'immobilisme, l'individualisme et le manque de conscience solidaire, le m&#234;me mod&#232;le pousse des secteurs toujours plus nombreux &#224; s'activer parce que leurs int&#233;r&#234;ts objectifs sont en contradiction avec un mod&#232;le qui leur a fait des promesses et qui n'y r&#233;pond pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce mod&#232;le n&#233;olib&#233;ral est-il viable &#224; long et terme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sergio Grez : Le capitalisme n'est pas viable &#224; long terme. Non seulement &#224; cause de l'exploitation intenable de la main-d'&#339;uvre dans des pays comme le n&#244;tre, mais aussi par le saccage des ressources naturelles et par les attentats contre la nature et les &#233;quilibres &#233;cologistes. Dans le cas du Chili, le caract&#232;re productiviste et &#171; extractiviste &#187; [mines, bois, etc.] du mod&#232;le ne prend en compte que le profit, les gains faciles et la sp&#233;culation financi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'humanit&#233; est confront&#233;e &#224; la possibilit&#233; de d&#233;sastres majeurs qui se profilent d&#233;j&#224; au travers du changement climatique. La situation est bien plus dramatique que par le pass&#233; parce qu'est en jeu la survivance de l'ensemble de l'esp&#232;ce dans un temps pas tr&#232;s &#233;loign&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle est l'alternative ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sergio Grez : Avancer vers un mod&#232;le diff&#233;rent du capitalisme, parce que le n&#233;olib&#233;ralisme n'est rien d'autre qu'une des formes qu'a adopt&#233;e le capitalisme &#224; un moment d&#233;termin&#233; de son &#233;volution. La base de ce mod&#232;le alternatif est constitu&#233;e par une citoyennet&#233; disposant d'un pouvoir r&#233;el, avant tout celui des citoyens et citoyennes des secteurs populaires, non seulement au Chili mais dans le monde. Il y a d'innombrables secteurs qui sont affect&#233;s par le syst&#232;me actuel et qui acqui&#232;rent la conscience de la gravit&#233; des probl&#232;mes, que ce soit parce qu'ils sont victimes de l'exploitation dans ses formes classiques ou parce que leur mode de vie est s&#233;rieusement d&#233;grad&#233;. Je pense, par exemple, dans les peuples indig&#232;nes et dans d'autres communaut&#233;s traditionnelles qui ont &#233;t&#233; entra&#238;n&#233;s par l'ouragan capitaliste qui vers un mode de production et un style de vie qui entrent en contradiction avec leurs int&#233;r&#234;ts fondamentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une base sociale dans le monde suffisamment ample pour &#233;difier des mod&#232;les alternatifs et il faudra faire appel &#224; toutes les &#233;coles et postulats critiques du capitalisme pour r&#233;unir les &#233;l&#233;ments qui nous serviront pour d&#233;velopper un projet alternatif de soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel sera le fondement &#233;conomique d'un mod&#232;le qui aurait ces caract&#233;ristiques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sergio Grez : Il est absolument n&#233;cessaire de r&#233;orienter les forces productives dans un sens diff&#233;rent du productivisme &#224; outrance qui n'ait pas comme boussole le profit ni la reproduction &#233;largie du capital, sinon la satisfaction des besoins fondamentaux des &#234;tres humains dans une perspective &#233;galitaire. En &#233;cartant la production pour le luxe, pour la consommation ostentatoire et autres besoins non essentiels.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a beaucoup de gens qui r&#233;fl&#233;chissent sur ces th&#232;mes. Les gauches qui se reconnaissaient dans le marxisme pensaient que la cl&#233; pour le socialisme r&#233;sidait dans le d&#233;veloppement sans limites des forces productives. Aujourd'hui, il existe beaucoup plus de conscience que cette perspective est un boomerang qui se retourne contre les &#234;tres humains parce que la nature comporte une limite dans son exploitation et son alt&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles seraient les bases d'une Constitution d&#233;mocratique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sergio Grez : En plus des droits politiques, afin de mettre en place une d&#233;mocratie authentique, la Constitution doit garantir les droits sociaux comme l'&#233;ducation, la sant&#233;, la s&#233;curit&#233; sociale, la culture, les droits ayant trait au travail et &#224; l'environnement. Une Constitution comme l'actuelle ne peut exister car son leitmotiv est la d&#233;fense du mod&#232;le n&#233;olib&#233;ral r&#233;duisant l'Etat &#224; un r&#244;le essentiellement subsidiaire. La nouvelle &#171; institutionnalit&#233; &#187; doit garantir que la souverainet&#233; populaire est plac&#233;e au-dessus de tout. Il ne doit pas y avoir de pouvoir autonome tel un Tribunal constitutionnel qui se situe au-dessus de la souverainet&#233; populaire. La Constitution doit &#233;tablir que tous les corps repr&#233;sentatifs de l'Etat sont &#233;lus au suffrage universel et proportionnel et introduire des m&#233;canismes de participation directe dans le syst&#232;me repr&#233;sentatif comme l'initiative populaire et le r&#233;f&#233;rendum, comme cela existe dans certains pays comme la Suisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment doit &#234;tre abord&#233;e la question mapuche dans une nouvelle Constitution ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sergio Grez : Il faut rompre avec la fiction politique, historiographique et id&#233;ologique selon laquelle le Chili est une &#171; nation unique et indivisible &#187;. Dans le pays vivent ensemble des peuples distincts et il faut commencer par la reconnaissance de la pluralit&#233; nationale, ethnique et culturelle qui coexiste &#224; l'int&#233;rieur des limites de la R&#233;publique. Une Constitution effectivement d&#233;mocratique devrait d&#233;clarer que l'Etat chilien est pluriethnique, plurinational et pluriculturel, avec toutes les cons&#233;quences qui en d&#233;coulent. Le peuple Mapuche, par exemple, non seulement exige des terres, mais il a besoin d'un territoire, ce qui a une connotation politique distincte. Un territoire implique des institutions sp&#233;ciales et une autonomie politique. Jusqu'&#224; maintenant, ce sont des th&#232;mes tabous que nous ne pouvons continuer &#224; &#233;luder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment &#233;viter que les forces arm&#233;es se consid&#232;rent aptes &#224; intervenir chaque fois que les d&#233;cisions de la souverainet&#233; populaire ne lui agr&#233;ent pas ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sergio Grez : Les forces arm&#233;es appartiennent &#224; l'Etat chilien et &#224; ceux qui paient des imp&#244;ts pour les maintenir. Elles ne peuvent pas s'&#233;riger en pouvoir sup&#233;rieur. Il faut les r&#233;&#233;duquer dans le respect de la l&#233;galit&#233; et des droits humains. Il faut les d&#233;mocratiser depuis la base. Le point de d&#233;part est la cr&#233;ation d'&#233;coles de formation uniques pour chaque branche. Rien ne justifie des &#233;coles s&#233;par&#233;es pour les officiers et les sous-officiers. Seul le caract&#232;re de classe de la soci&#233;t&#233; chilienne s&#233;pare d&#232;s le d&#233;but de la carri&#232;re militaire les jeunes qui vont arriver au grade de sous-officier de ceux qui sont destin&#233;s aux &#233;chelons les plus &#233;lev&#233;s de g&#233;n&#233;raux et d'amiraux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gouvernements de la transition n'ont jamais eu la moindre intention d'avancer dans le processus de d&#233;mocratisation des forces arm&#233;es. La seule chose obtenue apr&#232;s l'&#233;clipse de l'ex-dictateur a &#233;t&#233; que les forces arm&#233;es n'apparaissent pas aussi directement sur la sc&#232;ne politique, bien qu'il existe des signaux contradictoires, parce que, par exemple, la nomination du g&#233;n&#233;ral Cheyre comme directeur du Service &#233;lectoral fut un camouflet aux aspirations de d&#233;mocratisation du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment arriver &#224; ce que les puissants respectent une Constitution de cette nature ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sergio Grez : Pour fonder une institution politique v&#233;ritablement d&#233;mocratique, il est n&#233;cessaire de d&#233;velopper un processus qui aboutisse &#224; une Assembl&#233;e constituante, en reconnaissant aujourd'hui qu'il n'existe pas une force populaire et citoyenne pour forcer la dite &#171; classe politique &#187; &#224; ouvrir un processus constituant d&#233;mocratique. Avec l'actuel rapport de force, y compris le duopole qui gouverne ne pourrait imposer qu'une pseudo-Constituante qui de fait n'aurait pas plus de l&#233;gitimit&#233; que le mod&#232;le actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che consiste &#224; continuer de d&#233;velopper le processus de rupture d&#233;mocratique, initi&#233; &#224; une &#233;chelle massive par le mouvement &#233;tudiant &#224; partir de 2011, afin que les citoyens et les citoyennes, &#224; partir de leurs int&#233;r&#234;ts et de leurs motivations, mettent en rapport leurs revendications avec une nouvelle Constitution, qui devrait &#233;merger depuis la soci&#233;t&#233; en tant qu'exigence prioritaire afin d'obliger l'&#233;lite politique dominante &#224; accepter cette rupture et &#224; convoquer une Assembl&#233;e constituante. Le reste d&#233;pendra des rapports de force. Nous savons que la politique est dynamique et que seule la persistance des luttes sociales peut garantir que les int&#233;r&#234;ts des secteurs populaires et de la majorit&#233; des citoyens soient pris en compte. (Traduction A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Cet entretien a &#233;t&#233; publi&#233; dans le num&#233;ro 793 de la revue Punto Final, dat&#233; du 8-21 novembre 2013. Son contenu traduit l'ambiance du d&#233;bat politique dans un secteur de la &#171; gauche radicale &#187; au Chili. Sergio Grez a lui-m&#234;me insist&#233; sur le recul tr&#232;s important que le coup d'Etat et ses suites ont impos&#233; &#224; &#171; la vie sociale et politique &#187; au Chili. (R&#233;d. A l'Encontre)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Chili 2012 : le mouvement &#233;tudiant &#224; la crois&#233;e des chemins</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-Chili-2012-le-mouvement-etudiant-a-la-croisee-des-chemins</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Le-Chili-2012-le-mouvement-etudiant-a-la-croisee-des-chemins</guid>
		<dc:date>2012-01-24T08:12:56Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sergio Grez Toso</dc:creator>


		<dc:subject>Chili</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique latine</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2012-01-24</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 17 janvier 2012, le nouveau pr&#233;sident de la F&#233;d&#233;ration des &#201;tudiant de l'Universit&#233; Catholique (FEUC), Noam Titelman, a indiqu&#233;, lors d'une conf&#233;rence de presse, que le mouvement &#233;tudiant se d&#233;veloppera &#171; avec beaucoup de force en 2012 &#187; et &#171; cherchera &#224; s'unir &#224; d'autres secteurs sociaux, dans une lutte contre le syst&#232;me d'&#233;ducation et le mod&#232;le de d&#233;veloppement du pays &#187; (elmostrador.pais, 17 janvier 2012). &lt;br class='autobr' /&gt; Selon Gabriel Boric, pr&#233;sident de la F&#233;d&#233;ration des &#201;tudiants de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2012-01-24-+" rel="tag"&gt;Edition du 2012-01-24&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH150/arton9160-34a88.jpg?1781328375' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 17 janvier 2012, le nouveau pr&#233;sident de la F&#233;d&#233;ration des &#201;tudiant de l'Universit&#233; Catholique (FEUC), Noam Titelman, a indiqu&#233;, lors d'une conf&#233;rence de presse, que le mouvement &#233;tudiant se d&#233;veloppera &#171; avec beaucoup de force en 2012 &#187; et &#171; cherchera &#224; s'unir &#224; d'autres secteurs sociaux, dans une lutte contre le syst&#232;me d'&#233;ducation et le mod&#232;le de d&#233;veloppement du pays &#187; (elmostrador.pais, 17 janvier 2012).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Selon Gabriel Boric, pr&#233;sident de la F&#233;d&#233;ration des &#201;tudiants de l'Universit&#233; du Chili (FECH), une des erreurs du mouvement &#171; consista &#224; ne pas apporter assez d'attention aux alliances avec des secteurs strat&#233;giques &#187;. La vice-pr&#233;sidente de la FECH &#8211; Camilla Vallejo, membre du PC &#8211; insista sur l'importance &#171; d'unifier les diff&#233;rentes luttes qui ont un objectif commun &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gabriel Boric a mis l'accent sur la n&#233;cessit&#233; de ne &#171; pas r&#233;p&#233;ter exactement ce qu'on a fait en 2011. Nous devons inventer de nouvelles formes de mobilisation. Nous ne pouvons pas &#234;tre au durant sept mois en gr&#232;ve. &#187; Au cours de la seconde moiti&#233; du mois de mars 2012 se tiendra un vaste rassemblement ayant pour but de d&#233;finir les objectifs et modalit&#233;s d'action pour l'ann&#233;e &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des axes revendicatifs nouveaux r&#233;sidera dans la proposition d'une r&#233;forme du syst&#232;me d'imposition afin de financer une &#233;ducation publique et gratuite. Cette proposition fiscale &#8211; th&#232;me qui sera au centre des d&#233;bats des partis politiques &#8211; fait aussi &#233;cho aux &#171; critiques &#187; &#233;mises par l'OCDE. Dans son dernier rapport, l'OCDE souligne que les imp&#244;ts directs frappent avec violence les couches les moins favoris&#233;es de la population chilienne et que la &#171; redistribution fiscale &#187; est quasi inexistante. Pour qu'un organisme du n&#233;o-lib&#233;ralisme l'affirme, cela doit &#234;tre &#233;blouissant. Mais, en m&#234;me temps, ce genre de r&#233;forme comporte plus d'un pi&#232;ge politico-institutionnel pour un mouvement comme celui des &#233;tudiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; un accord avec le gouvernement, Gabriel Boric indique que cela &#171; est envisageable &#187; seulement si ce dernier &#171; manifeste une volont&#233; de transformation de la nature m&#234;me du mod&#232;le et ne se limite pas &#224; r&#233;duire ses exc&#232;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article que nous publions ci-dessous, pour information, d&#233;veloppe un bilan &#171; critique &#187; du mouvement et se veut comme indiquant des perspectives. Ces derni&#232;res m&#233;riteraient discussion de la part des protagonistes &#233;tudiants. Nous tenterons de les transmettre &#224; nos lecteurs et lectrices. (R&#233;daction A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 2011 chilien a &#233;t&#233; caract&#233;ris&#233;e par une renaissance des mobilisations sociales. Un d&#233;nombrement partiel permet de consid&#233;rer parmi les plus significatives les gr&#232;ves et les mouvements de protestation &#224; &#233;chelle r&#233;gionale et communale de Magallanes, de Arica et de Calama ; les marches contre le m&#233;ga-projet de HydroAysen, les manifestations en faveur des droits de la diversit&#233; sexuelle ; les gr&#232;ves des travailleurs du cuivre (des entreprises d'&#201;tat et priv&#233;es) ; les gr&#232;ves des employ&#233;s du fisc ; les actions du peuple Mapuche pour la lib&#233;ration de ses prisonniers politiques, pour la r&#233;cup&#233;ration de leurs terres et pour la reconqu&#234;te d'autres droits qui ont &#233;t&#233; viol&#233;s ; les protestations des habitants de Dichato l&#233;s&#233;s par le tremblement de terre et le raz-de-mar&#233;e de 2010, et surtout le grand mouvement pour l'&#233;ducation publique dirig&#233; par les &#233;tudiants de tous les niveaux d'enseignement qui, pendant plus de six mois, a &#233;branl&#233; le pays, suscitant de l'int&#233;r&#234;t dans le monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sans doute ce mouvement qui a eu le plus d'impact social, politique et culturel. Il n'a pas obtenu grand-chose ; en fait presque rien. En effet, comme il ne pouvait satisfaire les revendications des &#233;tudiant&#183;e&#183;s et de leurs alli&#233;s sans mettre en danger le mod&#232;le n&#233;olib&#233;ral tout entier, le gouvernement de Miguel Juan Sebasti&#225;n Pi&#241;era n'a &#171; accord&#233; &#187; que des r&#233;formes cosm&#233;tiques compatibles avec le mod&#232;le de l'&#171; &#233;ducation de march&#233; &#187;. Mais le mouvement a eu beaucoup de succ&#232;s en termes d'ancrage dans l'opinion publique de la pr&#233;occupation pour l'&#233;ducation publique en tant qu'une priorit&#233; nationale et de n&#233;cessit&#233; de remettre en question les principales caract&#233;ristiques du mod&#232;le en vigueur, tels que le profit, l'in&#233;galit&#233; et le r&#244;le uniquement subsidiaire de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diverses composantes du mouvement pour l'&#233;ducation publique &#8211; en particulier les &#233;tudiants &#8211; ont contribu&#233; de mani&#232;re importante pendant l'ann&#233;e 2011 a d&#233;l&#233;gitimer un des aspects du mod&#232;le n&#233;olib&#233;ral impos&#233; par la dictature et consolid&#233; par les gouvernements de la Concertation. Mais leur apport ne s'est pas limit&#233; au domaine de l'&#233;ducation. Il a &#233;galement exprim&#233; une critique implacable &#8211; et parfois destructrice &#8211; de la structure institutionnelle [issue de la dictature] et des pratiques politiques en vigueur dans le Chili post-dictatorial. Le caract&#232;re sous contr&#244;le, &#171; prot&#233;g&#233; &#187; et de basse intensit&#233; de la d&#233;mocratie n&#233;olib&#233;rale chilienne est apparu &#224; maintes reprises dans toute sa nudit&#233;. La &#171; classe politique &#187;, sans distinction de partis ni de blocs, a &#233;t&#233; soumise &#224; la critique la plus incisive de ces derni&#232;res d&#233;cennies et son niveau de d&#233;sapprobation aux yeux des citoyens a atteint des taux records [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; tout cela, les &#233;tudiants n'ont pas r&#233;ussi &#224; remporter les principaux points de leurs revendications. D'une part, il y a eu l'intransigeance du gouvernement qui a opt&#233; pour la r&#233;pression, la manipulation m&#233;diatique, les pressions politiques et financi&#232;res sur les &#233;tablissements publics d'&#233;ducation. D'autre part, il y a eu aussi la fatigue et l'usure naturelle des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des enseignants et des fonctionnaires de l'&#233;ducation suite aux longs mois de gr&#232;ves, d'occupations, d'assembl&#233;es et de manifestations. C'est ainsi que cette premi&#232;re p&#233;riode de mobilisations s'est termin&#233;e avec des r&#233;sultats ambigus et des sentiments contrast&#233;s chez ses protagonistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; match nul &#187; avec le gouvernement &#233;tait pr&#233;visible d&#232;s le moment o&#249; il est devenu &#233;vident que d'autres acteurs sociaux ne viendraient pas pr&#234;ter main-forte au mouvement pour l'&#233;ducation publique et que malgr&#233; les larges sympathies qu'il a suscit&#233; aupr&#232;s des citoyens, il ne se traduirait pas par des mobilisations massives de travailleurs et encore moins par des gr&#232;ves dans secteur productif. L'&#233;chec de la pseudo-gr&#232;ve d&#233;cr&#233;t&#233;e par le sommet de la Centrale Unitaire des Travailleurs (CUT) &#224; la fin ao&#251;t 2011 a &#233;t&#233; un indice clair que les &#233;tudiants ne r&#233;ussiraient pas &#224; obtenir des renforts nouveaux pendant cette nouvelle &#233;tape. La rupture des discussions entre les dirigeants &#233;tudiants et le gouvernement, quelques semaines plus tard, et la baisse graduelle de la participation aux manifestations apr&#232;s le recul des Fiestas Patrias [18 et 19 septembre, li&#233;es au processus de l'ind&#233;pendance du d&#233;but du XIXe si&#232;cle] annon&#231;aient le reflux qui s'est concr&#233;tis&#233; &#224; partir d'octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le repli : un r&#233;pit pour regrouper les forces&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En vainquant les r&#233;sistances de ses secteurs maximalistes qui proposaient une politique du &#171; tout ou rien &#187; et l'immolation devant l'intransigeance gouvernementale, le mouvement &#233;tudiant universitaire a commenc&#233; en novembre 2011 un repli qui a signifi&#233; la fin des gr&#232;ves et des occupations afin de sauver l'ann&#233;e acad&#233;mique, d'&#233;viter un effondrement de ses universit&#233;s et de maintenir des bourses et d'autres b&#233;n&#233;fices qui &#233;taient menac&#233;s par les mesures du pouvoir ex&#233;cutif. En d&#233;cembre 2011, plusieurs institutions scolaires &#171; embl&#233;matiques &#187; ont opt&#233; pour une ligne analogue impliquant un r&#233;pit, la recomposition de forces et la pr&#233;paration en vue d'un nouveau cycle de mobilisations pour 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces d&#233;cisions n'ont &#233;t&#233; ni faciles ni unanimes. Des divisions s&#233;rieuses sont apparues parmi les &#233;tudiants, et entre ces derniers et les enseignants, ainsi qu'&#224; l'int&#233;rieur des groupes et des classes concern&#233;es. N&#233;anmoins les &#233;tudiants universitaires ont manifest&#233; beaucoup de maturit&#233; pour r&#233;soudre leurs conflits internes. Ils ont proc&#233;d&#233; au renouvellement des directions de leurs principales f&#233;d&#233;rations dans un climat de &#171; concurrence &#187; r&#233;gul&#233;e entre les diff&#233;rents courants politiques, en faisant appel &#224; des normes et &#224; des proc&#233;dures indiscutablement d&#233;mocratiques. La d&#233;cision de poursuivre les mobilisations de mani&#232;re unitaire a &#233;t&#233; proclam&#233;e par les dirigeants de tous les secteurs repr&#233;sent&#233;s dans les organisations estudiantines universitaires, ind&#233;pendamment de leurs divergences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contexte est plus complexe en ce qui concerne le secteur secondaire, puisque les divergences entre leurs propres repr&#233;sentants (comme la ACES &#8211; Assembl&#233;e de coordination des Lyc&#233;ens du Chili &#8211; et la CONES &#8211; Coordination nationale des &#233;tudiants du secondaire) a donn&#233; l'impression qu'ils avaient &#233;t&#233; &#171; abandonn&#233;s &#187; par les universitaires. C'est ainsi que jusqu'au d&#233;but de l'&#233;t&#233; 2011-2012 on a vu la persistance d'occupations dans quelques dizaines d'&#233;coles du secondaire par des &#233;l&#232;ves qui n'ont d'autres perspectives que le fait de poursuivre leur action &#171; jusqu'aux derni&#232;res cons&#233;quences &#187; (c'est-&#224;-dire l'expulsion par la police).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des probl&#232;mes et des d&#233;fis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour passer &#224; une nouvelle phase de la lutte contre l'&#233;ducation telle qu'elle est envisag&#233;e par le march&#233;, le mouvement &#233;tudiant a besoin de r&#233;soudre plusieurs probl&#232;mes fondamentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, il doit se doter d'un ensemble de revendications unifi&#233;es qui garantisse l'unit&#233; de toutes ses composantes et qui pourrait devenir la base pour un projet &#233;ducatif alternatif au mod&#232;le actuel et aux r&#233;formes superficielles propos&#233;es par le duopole h&#233;g&#233;monique du pouvoir politique (Coalition au pouvoir et Concertation, form&#233;e par le PS et la D&#233;mocratie chr&#233;tienne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le mouvement doit, dans le m&#234;me temps, surmonter les dangers qui le guettent aussi bien sur sa droite que sur sa &#171; gauche &#187;. Le mouvement &#233;tudiant doit pr&#233;server son ind&#233;pendance face aux chants de sir&#232;ne que la Concertation fera entendre pendant cette ann&#233;e &#233;lectorale pour tenter de le mettre &#224; sa remorque et pour capter le capital politique conquis pendant les mobilisations [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela, sans s'isoler ni pr&#233;tendre &#224; une construction chim&#233;rique de &#171; pouvoir &#187; en tournant le dos &#224; la politique r&#233;elle ; d&#232;s lors, les &#233;tudiants devraient &#234;tre capables de se donner leurs propres formes de repr&#233;sentation politique qui, en lien avec d'autres mouvements sociaux, leur permettraient de se projeter sur la sc&#232;ne nationale sans &#233;carter les alliances avec des repr&#233;sentants politiques contestataires de l'actuel mod&#232;le d'&#233;conomie et de soci&#233;t&#233; r&#233;gnant au Chili. La convocation d'une Assembl&#233;e constituante pour proc&#233;der de mani&#232;re d&#233;mocratique &#8211; pour la premi&#232;re fois dans l'histoire du pays &#8211; &#224; la refondation des bases du syst&#232;me institutionnel fournit un horizon politique commun pour unir les forces et les mouvements [3]. Les conditions existent pour travailler s&#233;rieusement dans cette perspective [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les &#233;tudiants devront &#233;galement faire un s&#233;rieux effort pour critiquer, pour isoler et pour neutraliser sur le plan politique ces tendances qui surgissent telles des excroissances &#171; maximalistes &#187; en leur propre sein. Les adorateurs de la violence aveugle, qui n'ont d'autre but que de se d&#233;fouler comme r&#233;action &#224; leur propre impuissance &#224; formuler des propositions et donner une orientation politique, doivent faire l'objet d'une critique s&#233;v&#232;re. La pyrotechnie &#171; r&#233;volutionnaire &#187; de petits groupes incapables d'assurer une direction au mouvement et de gagner l&#233;gitimement une repr&#233;sentation dans leurs organisations naturelles et qui substituent &#224; l'action collective les actes &#171; h&#233;ro&#239;ques &#187; de minorit&#233;s illumin&#233;es, doit &#234;tre condamn&#233;e &#224; cause de sa collusion objective avec les politiques du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudra &#233;galement que le mouvement &#233;tudiant surmonte ces visions du &#171; tout ou rien &#187;, incapables de distinguer les &#233;tapes dans le d&#233;veloppement d'un mouvement et des objectifs &#224; court, moyen et long terme. Sans s'attribuer des r&#244;les messianiques, le mouvement &#233;tudiant peut d&#233;velopper des actions p&#233;dagogiques de politisation en direction du reste de la soci&#233;t&#233; chilienne. En grande partie, c'est ce qu'il a d&#233;j&#224; fait au cours des grandes mobilisations de l'ann&#233;e derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; la prise de conscience citoyenne concernant la n&#233;cessit&#233; de changer le syst&#232;me &#233;ducatif injuste et catastrophique en vigueur dans le pays. Dans la nouvelle phase qui s'approche, les &#233;tudiants devront, aux c&#244;t&#233;s des enseignants et des travailleurs de l'&#233;ducation, approfondir la critique du mod&#232;le, proposer des solutions alternatives et &#233;tablir de mani&#232;re plus didactique le lien entre, d'une part, les maux de l'&#233;ducation et, d'autre part, le mod&#232;le &#233;conomique n&#233;olib&#233;ral dans sa totalit&#233; et la d&#233;mocratie sous tutelle et de basse intensit&#233; que subit la majorit&#233; de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en effet pr&#233;cis&#233;ment dans ce lien que r&#233;side la possibilit&#233; de cr&#233;er des alliances solidaires entre les mouvements sociaux sur la base de plateformes qui convergent dans leur opposition au n&#233;olib&#233;ralisme et autour de la revendication d'une d&#233;mocratie pleine et sans entraves autoritaires. Seule la formation d'un large front de secteurs sociaux et politiques oppos&#233;s au mod&#232;le n&#233;olib&#233;ral et partisans d'une d&#233;mocratie politique et sociale effective peut fournir les forces suppl&#233;mentaires qui permettront de renverser le syst&#232;me d'&#233;ducation soumis au march&#233;, en gagnant &#233;galement la bataille globale contre le n&#233;olib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour pouvoir assumer ces t&#226;ches il sera n&#233;cessaire de surmonter certaines conceptions qui, de mani&#232;re dispers&#233;e mais persistante, se sont diffus&#233;es pendant cette derni&#232;re p&#233;riode. Les principales et plus pernicieuses de ces id&#233;es pourraient &#234;tre synth&#233;tis&#233;es dans les propositions suivantes : &#171; Nous vivons dans une p&#233;riode pr&#233;-r&#233;volutionnaire, par cons&#233;quent notre politique doit &#234;tre maximaliste et intransigeante. Les mouvements sociaux ne doivent pas participer au jeu politique institutionnel, ils doivent construire leur propre espace de pouvoir loin de l'&#201;tat et si possible en lui tournant le dos, pour se concentrer dans le renforcement de leur identit&#233; et de leur m&#233;moire et dans le d&#233;veloppement de ressources propres. Les mouvements sociaux populaires (et dans ce cas &#233;tudiants), ils doivent seulement d&#233;lib&#233;rer (en permanence), se mettre d'accord (consensus), imposer et ne pas transiger. Les partis politiques ne sont pas n&#233;cessaires &#8211; ni maintenant, ni plus tard &#8211; du moment que les &#171; bases citoyennes &#187; exercent leur souverainet&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait absurde de nier que devant le discr&#233;dit de la politique &#171; officielle &#187; repr&#233;sent&#233;e par les partis ins&#233;r&#233;s dans le jeu parlementaire de l'actuelle d&#233;mocratie n&#233;olib&#233;rale, ce type de vues de l'esprit a trouv&#233; un certain &#233;cho dans les secteurs &#233;tudiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; sa rh&#233;torique anti-syst&#232;me s&#233;ductrice, ce discours dissimule des faiblesses et des incongruit&#233;s qu'il est n&#233;cessaire de d&#233;voiler pour &#233;viter un d&#233;sarmement id&#233;ologique et politique des mouvements sociaux contestataires, dont le mouvement &#233;tudiant. L'enfermement dans de chim&#233;riques &#171; phalanst&#232;res &#187;, en cultivant une &#171; m&#233;moire populaire &#187; immanente, en tissant patiemment le tissu de son micro &#171; pouvoir &#187;, en tournant le dos aux m&#233;diations et aux conflits de la politique r&#233;ellement existante, en ignorant l'&#201;tat et les rapports de force entre les acteurs sociaux et politiques, est un mirage qui ne peut qu'entra&#238;ner des d&#233;faites et g&#233;n&#233;rer de l'impuissance chez ses partisans. Son seul horizon est la st&#233;rilit&#233; politique et la culture d'une &#233;ternelle r&#233;bellion incapable de se transformer en pouvoir effectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;viter cette voie sans issue, tout en conservant leur autonomie, les mouvements sociaux peuvent et doivent s'ouvrir au jeu de la politique, en essayant de cr&#233;er leurs propres outils politiques sous peine de se voir oblig&#233;s de se retirer dans les terres arides de l'Utopie fondamentaliste ou de d&#233;l&#233;guer &#224; d'autres la repr&#233;sentation de leurs int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est hautement probable que pendant cette ann&#233;e les mobilisations pour l'&#233;ducation publique vont prendre des formes diff&#233;rentes qu'en 2011. En tirant les le&#231;ons de l'exp&#233;rience accumul&#233;e, plusieurs dirigeants &#233;tudiants ont estim&#233; que la strat&#233;gie bas&#233;e dans des gr&#232;ves prolong&#233;es, des occupations d'&#233;tablissements scolaires et des manifestations, bien qu'elle ait donn&#233; des fruits, avait aussi des limites. Elle ne constituera pas n&#233;cessairement la meilleure ligne d'action dans les mois &#224; venir. M&#234;me si les marches et les manifestations publiques peuvent continuer d'&#234;tre des moyens de pression efficaces, les longs mois de gr&#232;ves (accompagn&#233;s ou non d'occupations d'&#233;tablissements) ont fini par devenir inoffensifs lorsque le gouvernement a d&#233;cid&#233; de laisser les &#233;coles municipalis&#233;es et les universit&#233;s d'&#201;tat &#171; pourrir &#187; suite &#224; ces actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pire encore, au bout de plusieurs mois les occupations et les gr&#232;ves qui avaient servi &#224; attirer l'attention de l'opinion publique ont commenc&#233; &#224; devenir des &#233;l&#233;ments fonctionnels de la politique gouvernementale d'&#233;rosion des institutions publiques d'&#233;ducation. Les tactiques correspondent &#224; des moments pr&#233;cis de la lutte, elles ne peuvent pas devenir des f&#233;tiches auxquels il faut s'agripper &#224; tout prix. Le mouvement &#233;tudiant devra donc inventer d'autres formes de pression. Il a bien assez de cr&#233;ativit&#233; pour cela. (Traduction A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sergio Grez Toso, historien, coordinateur du doctorat en Histoire, Universit&#233; du Chili.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Une br&#232;ve analyse sur ces th&#232;mes dans Sergio Grez Toso, &#171; Un nuevo amanecer de los movimientos sociales en Chile &#187;, dans The Clinic, N&#176; 409, Santiago, 1er septembre 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Un bon signe dans ce sens a &#233;t&#233; donn&#233; par le nouveau Pr&#233;sident de la F&#233;d&#233;ration des Etudiants de l'Universit&#233; du Chili (FECH) qui a assur&#233; que le mouvement &#233;tudiant ne sera pas le &#171; commando jeune &#187; de la probable candidature de Bachelet (Parti socialiste) &#224; la pr&#233;sidence de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Une r&#233;vision historique des processus constituants dans Sergio Grez Toso, &#171; La ausencia de un poder constituyente democr&#225;tico en la historia de Chile &#187;, dans Varios autores, Asamblea Constituyente. Nueva Constituci&#243;n, Santiago, &#233;ditions A&#250;n Creemos en los Sue&#241;os, 2009, pages 35-58.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. D&#233;finie avec justesse par Jaime Massardo comme &#233;tant celle d'un &#171; nouveau Chili &#187;, une &#171; deuxi&#232;me R&#233;publique o&#249; nous pourrons tous vivre dans de meilleures conditions en forgeant un avenir construit par tous &#187;. Jaime Massardo, &#171; Lecciones del movimiento estudiantil. Nace una nueva forma de hacer pol&#237;tica &#187;, dans Le Monde Diplomatique, &#233;dition chilienne, N&#176; 121, Santiago, ao&#251;t 2011, page 11.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Chili : l'aube nouvelle des mouvements sociaux&#8230; et la mobilisation du 22 septembre</title>
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		<dc:date>2011-09-27T08:29:29Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sergio Grez Toso</dc:creator>


		<dc:subject>Chili</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique latine</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2011-09-27</dc:subject>

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&lt;p&gt;Nous publions ci-dessous une analyse qui replace l'impressionnant mouvement &#233;tudiant chilien dans un processus plus large de fin d'un cycle marqu&#233; par l'emprise durant 20 ans &#8211; de 1990 &#224; 2010 &#8211; de la Concertation ; cette coalition qui pilota la sortie de la dictature tout en maintenant, pour l'essentiel, les lignes de force de la politique &#233;conomique ant&#233;rieure, avec ses effets sociaux collat&#233;raux. &lt;br class='autobr' /&gt; Le samedi 3 septembre 2011, le pr&#233;sident Sebastian Pi&#241;era et le nouveau ministre de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Amerique-latine-234-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique latine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2011-09-27-+" rel="tag"&gt;Edition du 2011-09-27&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH102/arton8185-52b3c.jpg?1781328375' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='102' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous publions ci-dessous une analyse qui replace l'impressionnant mouvement &#233;tudiant chilien dans un processus plus large de fin d'un cycle marqu&#233; par l'emprise durant 20 ans &#8211; de 1990 &#224; 2010 &#8211; de la Concertation ; cette coalition qui pilota la sortie de la dictature tout en maintenant, pour l'essentiel, les lignes de force de la politique &#233;conomique ant&#233;rieure, avec ses effets sociaux collat&#233;raux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le samedi 3 septembre 2011, le pr&#233;sident Sebastian Pi&#241;era et le nouveau ministre de l'Education, Felipe Bulnes, ont re&#231;u des repr&#233;sentants des &#233;tudiants, des &#233;coliers du secondaire et des enseignants. L'objectif du gouvernement &#8211; qui leur fit parvenir, le lundi 5 septembre, un calendrier pour des n&#233;gociations devant s'&#233;taler sur trois semaines &#8211; visait &#224; canaliser le mouvement et &#224; susciter des divisions. De plus, le gouvernement pouvait &#171; revendiquer &#187; sa capacit&#233; &#224; prendre contact avec un mouvement social qu'il avait, longtemps, voulu ignorer, en misant sur sa &#171; fatigue &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, la dur&#233;e de la mobilisation &#233;tudiante a fait, logiquement, appara&#238;tre des diff&#233;rences d'appr&#233;ciation sur sa dynamique et sa possible issue. Toutefois, les dirigeants &#233;tudiants ont fait clairement savoir que toutes les propositions faites le 3 septembre seraient soumises &#224; la d&#233;cision des assembl&#233;es qui repr&#233;sentent effectivement leurs &#171; bases &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, en date du 8 septembre, la Confech (Conf&#233;d&#233;ration des &#233;tudiants du Chili) &#233;non&#231;ait des conditions pour poursuivre des n&#233;gociations. Elles sont, pour r&#233;sumer, au nombre de quatre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; Repousser la date fix&#233;e par le minist&#232;re pour le renouvellement des bourses et cr&#233;dits ; l'instrument du chantage &#233;conomique sur les &#233;tudiants est un des instruments utilis&#233;s par le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; Suspendre le processus de mise au point des lois concernant l'&#233;ducation, lois que le Parlement doit pr&#233;senter &#224; l'Ex&#233;cutif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176; Les discussions doivent &#234;tre transparentes, ce qui implique qu'elles soient film&#233;es, afin que les citoyens puissent prendre connaissance des positions respectives des divers &#171; acteurs &#187; de ce conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176; La n&#233;gociation doit porter sur la question centrale, celle d'une &#233;ducation publique, gratuite, de qualit&#233;, d&#233;mocratique et sans profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 15 septembre, le ministre de l'Education, Felipe Bulnes, r&#233;cuse deux conditions : non-report de la date du 7 octobre pour la cl&#244;ture du semestre ; et refus de l'interruption de la proc&#233;dure de mise au point d'une loi sur l'&#233;ducation. Quant &#224; la publicit&#233; des n&#233;gociations, il se limite &#224; indiquer que le proc&#232;s-verbal des discussions sera mis &#224; disposition du public. Le 15 septembre, le vice-pr&#233;sident de la Confech, Francisco Figueroa, annonce le rejet des propositions du ministre et indique qu'une mobilisation nationale est pr&#233;vue pour le jeudi 22 septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 17 septembre, le journal digital el-mostrador souligne qu'une enqu&#234;te d'opinion r&#233;v&#232;le que &#171; 56% des Chiliens pensent que les &#233;tudiants doivent maintenir la gr&#232;ve jusqu'&#224; ce qu'ils aient obtenu de la part du gouvernement une r&#233;ponse satisfaisante &#224; leurs revendications, ce qui indique que les mobilisations continuent &#224; disposer d'un fort appui dans l'opinion publique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 19 septembre, le pr&#233;sident S&#233;bastian Pi&#241;era annonce &#224; la t&#233;l&#233;vision nationale que 70'000 &#233;tudiants du secondaire ont perdu leur ann&#233;e pour avoir paralys&#233; les cours depuis 4 mois. Un coup de force. Le 21 septembre, le ministre de l'Education indique qu'il est pr&#234;t &#224; repousser la date du &#171; Plan sauvons l'ann&#233;e scolaire &#187;, afin de diminuer le nombre d'&#233;tudiants qui risqueraient de devoir r&#233;p&#233;ter l'ann&#233;e scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jeudi 22 septembre 2011, la mobilisation &#233;tudiante &#8211; selon les d&#233;clarations d'une de ses figures embl&#233;matiques, Camila Vallejo (Confech) &#8211; a r&#233;uni quelque 180'000 participants et a emprunt&#233; la grande avenue Alameda de Santiago. Giorgio Jackson, &#233;lu pr&#233;sident de la F&#233;d&#233;ration des &#233;tudiants de l'Universit&#233; catholique du Chili (FEUC), a d&#233;clar&#233; : &#171; La mobilisation a d&#233;pass&#233; toutes les attentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'unit&#233; dont nous avons besoin. C'est une majorit&#233; au Chili qui veut une &#233;ducation publique de qualit&#233;. &#187; Jaime Gajardo, pr&#233;sident du Coll&#232;ge de professeurs, a soulign&#233; l'importance de la mobilisation et sa capacit&#233; de riposte face au refus du gouvernement. Un gouvernement dont le pr&#233;sident, ce m&#234;me 22 septembre 2011, affirmait devant l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de l'ONU &#224; New York &#171; que l'&#233;ducation &#233;tait la m&#232;re de toutes les batailles &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la continuit&#233; de leur politique de r&#233;pression s&#233;lective, les &#171; carabineros &#187; n'ont pas manqu&#233;, d'une part, d'organiser des provocations et, d'autre part, de r&#233;primer brutalement des jeunes manifestants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion : ceux qui avaient enterr&#233;, d&#232;s le 3 septembre, ce mouvement &#233;tudiant extraordinaire, au sens premier du terme, se doivent de manifester quelques pr&#233;cautions dans leurs jugements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, comme l'indique le texte de l'historien, Sergio Grez Toso &#8211; publi&#233; ci-dessous &#8211;, la perspective d'une Assembl&#233;e constituante et de la place des mouvements sociaux dans la mise en place d'une telle instance se profile &#224; l'horizon. Un objectif fort important. N&#233;anmoins, il exige une maturation politique et un changement encore accentu&#233; des rapports de forces sociaux et politiques dans la soci&#233;t&#233;. Il se profile, certes, mais encore de mani&#232;re limit&#233;e. L'objectif est difficile &#224; atteindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, il trace une perspective, ce que de nombreux mouvements sociaux dans le monde ne disposent pas. Apr&#232;s des mois de mobilisation &#233;tudiante et de mise en relief d'objectifs qui ont un fort &#233;cho dans la soci&#233;t&#233; chilienne, il ne fait pas de doute que la sc&#232;ne politique et sociale du pays a subi une mutation significative. Ce mouvement &#233;tudiant m&#233;rite des actions de solidarit&#233;, venant de leurs cong&#233;n&#232;res, &#224; l'&#233;chelle internationale. (R&#233;daction)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 2011 restera inscrite dans l'histoire du Chili comme celle du r&#233;veil des mouvements sociaux apr&#232;s plus de deux d&#233;cennies de l&#233;thargie due &#224; la combinaison de l'action &#171; naturelle &#187; du mod&#232;le &#233;conomique n&#233;olib&#233;ral, du souvenir du r&#233;gime de terreur de la dictature, des obstacles et des entraves l&#233;gaux et institutionnels &#224; l'expression des revendications sociales, de la dictature m&#233;diatique impos&#233;e par une poign&#233;e de groupes &#233;conomiques et de pouvoir, sans compter le contr&#244;le et la cooptation que les gouvernements de la Concertation [de 1990 &#224; 2010, avec les pr&#233;sidents : P. Aylwin ; E. Frei Ruiz-Tagle ; R. Lagos ; M. Bachelet] et leurs partis [PS, PDC et PPD-Parti pour la d&#233;mocratie] ont exerc&#233; sur ces mouvements durant une longue p&#233;riode,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le courant de cette ann&#233;e 2011, les mouvements sociaux au Chili se sont succ&#233;d&#233;s avec une rapidit&#233;, un aspect de masse et une persistance insolites. Dans une synth&#232;se &#8211; trop br&#232;ve et incompl&#232;te &#8211; il faudrait mentionner la protestation r&#233;gionale de Magallanes [contre hausse du prix du gaz naturel dans la r&#233;gion la plus m&#233;ridionale du pays], les mobilisations contre le m&#233;gaprojet de Hidroays&#233;n [centrales hydro&#233;lectrique dans la Patagonie chilienne], les marches pour les droits &#224; la diversit&#233; sexuelle, les gr&#232;ves communales de Calama [pour la redistribution des profits li&#233;s &#224; l'extraction du cuivre], la protestation de Arica, les gr&#232;ves des travailleurs du cuivre (mines &#233;tatiques et priv&#233;es), les gr&#232;ves des employ&#233;s de la magistrature sans oublier la lutte persistante des Mapuche pour la r&#233;cup&#233;ration de leurs terres et la reconqu&#234;te de leur autonomie et de leur libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est sans doute le mouvement pour l'&#233;ducation publique, dont la colonne vert&#233;brale et la principale composante sont les &#233;tudiants, qui a &#233;t&#233; le plus massif et celui ayant le plus de cons&#233;quences sociales, culturelles et politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre le principal m&#233;rite de ce mouvement &#8211; outre celui de mettre tr&#232;s vigoureusement &#224; l'ordre du jour politique la question de l'&#233;ducation &#8211; a-t-elle &#233;t&#233; de contribuer &#224; la repolitisation de la soci&#233;t&#233; chilienne, favorisant la r&#233;activation d'autres secteurs et remettant en question des certitudes, des valeurs, des normes, des institutions et des mani&#232;res de faire les choses qui paraissaient avoir acquis des caract&#233;ristiques &#171; naturelles &#187; pour des millions de citoyens et citoyennes soumis &#224; l'h&#233;g&#233;monie id&#233;ologique du n&#233;olib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; il y a quatre mois, seule une minorit&#233; de Chiliens mettait s&#233;rieusement en question le profit dans l'&#233;ducation et le r&#244;le subsidiaire de l'Etat. Aujourd'hui ce sont des millions qui, aux c&#244;t&#233;s des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, exigent une &#233;ducation &#233;tatique, gratuite, la&#239;que, d&#233;mocratique, &#233;galitaire et de qualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre changement radical : jusqu'&#224; r&#233;cemment seuls quelques gauchistes imp&#233;nitents, sans grand &#233;cho social, mettaient en avant des revendications telles que le pl&#233;biscite pour trancher des questions controvers&#233;es tr&#232;s importantes pour les citoyens telles que la renationalisation du cuivre et une r&#233;forme fiscale pour financer la r&#233;solution des probl&#232;mes sociaux les plus pressants, ainsi que la convocation d'une Assembl&#233;e constituante pour que, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire, les peuples chiliens puissent exercer leur souverainet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, aujourd'hui, ces th&#232;mes sont incontournables. M&#234;me la &#171; classe politique &#187; qui a voulu monopoliser la repr&#233;sentation citoyenne pendant ces derni&#232;res d&#233;cennies doit &#8211; tout &#224; fait contre ses inclinations et ses int&#233;r&#234;ts &#8211; en tenir compte, soit pour les r&#233;futer, soit pour simuler un accord pour mieux contenir les exigences exprim&#233;es par la soci&#233;t&#233; civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'ont soulign&#233; divers analystes, nous assistons &#224; un effondrement de l'accord de &#171; gouvernabilit&#233; &#187; souscrit entre les partisans de la dictature et ses opposants mod&#233;r&#233;s durant la deuxi&#232;me moiti&#233; de la d&#233;cennie de 1980, mais &#233;galement &#224; une crise de l&#233;gitimit&#233; du mod&#232;le &#233;conomique n&#233;olib&#233;ral ainsi que du syst&#232;me de d&#233;mocratie restreinte &#8211; plac&#233;e sous une tutelle de basse intensit&#233; &#8211; administr&#233; par les forces de la Concertation depuis 1990 . En m&#234;me temps, la remise en question s'&#233;tend aux vieilles formes &#171; d&#233;l&#233;gationniste &#187; de faire de la politique &#224; travers des repr&#233;sentations institutionnelles coup&#233;es des bases sociales, hautement centralis&#233;es et hi&#233;rarchis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la place de ce fonctionnement, des jeunes et d'autres acteurs sociaux construisent, depuis des ann&#233;es, des formes plus d&#233;mocratiques et horizontales, comme les collectifs socio-politiques, les assembl&#233;es territoriales et locales et les coordinations sectorielles, r&#233;gionales et nationales de collectifs et d'organisations sociales dont les politiques et les d&#233;cisions sont prises collectivement et dans lesquels il n'est pas rare que les dirigeants et les porte-parole soient &#233;cart&#233;s par leurs bases si ces derni&#232;res l'estiment opportun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me politique bipartisan, l'&#233;litisme construit de la politique &#171; professionnelle &#187; et les abus de la &#171; classe politique &#187; ont engendr&#233; leurs propres fossoyeurs : une citoyennet&#233; populaire et des classes moyennes de plus en plus investies. La crise du syst&#232;me est profonde, m&#234;me si elle n'est pas &#171; terminale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que manque-t-il pour que la d&#233;mocratie de basse intensit&#233; et le mod&#232;le n&#233;olib&#233;ral extr&#233;miste chilien soient d&#233;log&#233;s de la sc&#232;ne historique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il manque plusieurs &#233;l&#233;ments. Les plus importants et imm&#233;diats semblent &#234;tre les suivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; En premier lieu, que les travailleurs en tant que tels (et pas seulement en tant qu'habitants, consommateurs, p&#232;res ou comme mandants) se mettent r&#233;solument &#224; lutter pour leurs propres droits, avec les m&#234;mes degr&#233;s d'autonomie, de radicalit&#233; et de sagacit&#233; politique dont a fait preuve, jusqu'&#224; maintenant, le mouvement &#233;tudiant. Ce mouvement &#233;tudiant est et continuera &#224; &#234;tre l'&#233;l&#233;ment d&#233;cisif, comme l'est l'infanterie dans la guerre, consid&#233;r&#233;e traditionnellement comme la &#171; reine des batailles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Ensuite, il est indispensable que les mouvements sociaux (et pas seulement le mouvement &#233;tudiant) soient capables d'&#233;laborer leurs propres propositions politiques et de tisser des liens de solidarit&#233; entre eux pour former un front commun face &#224; leurs adversaires. Ces mouvements doivent chercher leurs points d'accord pour construire des plateformes unitaires d&#233;mocratiquement choisies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Enfin, il est &#233;galement indispensable qu'ils se donnent leurs propres repr&#233;sentations dans la sph&#232;re politique. La profonde perte de prestige qui entoure le duopole de la &#171; transition chilienne &#187; (la Concertation et la Droite classique) offre une opportunit&#233; rarement vue dans l'histoire de ce pays pour que les mouvements sociaux s'auto-repr&#233;sentent politiquement et deviennent, pour la premi&#232;re fois, les acteurs principaux de la refondation des bases politiques dont la soci&#233;t&#233; a besoin pour &#233;viter de glisser vers l'impasse d'&#233;clatements sociaux n'ayant pas la capacit&#233; de construire des alternatives viables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'anomie politique est un mal qui guette souvent les mouvements sociaux si ceux-ci ne sont pas &#224; m&#234;me de s'orienter au-del&#224; de leurs revendications sectorielles ou corporatiste, et cette anomie est &#233;galement un danger qui guette la soci&#233;t&#233; chilienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'horizon politique pour la refondation d'une deuxi&#232;me R&#233;publique &#8211; qui laisse derri&#232;re elle la souverainet&#233; fond&#233;e sur la d&#233;l&#233;gation qui a r&#233;gn&#233; durant deux cents ans afin de la remplacer par la souverainet&#233; effective des peuples qui vivent dans cet Etat nation &#8211; passe par la convocation &#224; une Assembl&#233;e constituante dans laquelle les repr&#233;sentants des mouvements sociaux seraient la force principale. Le pl&#233;biscite sur l'&#233;ducation peut &#234;tre un &#233;v&#232;nement marquant sur ce chemin vers la souverainet&#233; populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Traduction A l'Encontre ; cet article a &#233;t&#233; publi&#233; le 1er septembre 2011)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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