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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Urgence Nicaragua : arr&#234;ter le massacre, chasser la dictature &#8211; Un appel aux progressistes du monde entier</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Urgence-Nicaragua-arreter-le-massacre-chasser-la-dictature-Un-appel-aux</link>
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		<dc:date>2018-06-26T07:43:49Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ernesto Cardenal, Marc Saint-Up&#233;ry</dc:creator>


		<dc:subject>Nicaragua</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-06-26</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans une lettre d'appel au secours adress&#233;e &#224; l'ex pr&#233;sident progressiste uruguayen Pepe Mujica, le po&#232;te Ernesto Cardenal, figure historique de la r&#233;volution sandiniste, exhorte la gauche latino-am&#233;ricaine et mondiale &#224; d&#233;noncer la r&#233;pression sanglante exerc&#233;e par le sinistre couple pr&#233;sidentiel Daniel Ortega-Rosario Murillo contre le peuple nicaraguayen insurg&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
dimanche 24 juin 2018 | tir&#233; du site A l'encontre &lt;br class='autobr' /&gt; Depuis le 19 avril, le Nicaragua est entr&#233; dans la plus grande crise (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2018-06-26-+" rel="tag"&gt;Edition du 2018-06-26&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH123/arton35372-62431.png?1781054210' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='123' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans une lettre d'appel au secours adress&#233;e &#224; l'ex pr&#233;sident progressiste uruguayen Pepe Mujica, le po&#232;te Ernesto Cardenal, figure historique de la r&#233;volution sandiniste, exhorte la gauche latino-am&#233;ricaine et mondiale &#224; d&#233;noncer la r&#233;pression sanglante exerc&#233;e par le sinistre couple pr&#233;sidentiel Daniel Ortega-Rosario Murillo contre le peuple nicaraguayen insurg&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;dimanche 24 juin 2018 | tir&#233; du site A l'encontre&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis le 19 avril, le Nicaragua est entr&#233; dans la plus grande crise politique de ces trente derni&#232;res ann&#233;es [1]. D&#233;clench&#233;e par une r&#233;forme aust&#233;ritaire du r&#233;gime des retraites, la protestation initiale s'est transform&#233;e en insurrection g&#233;n&#233;ralis&#233;e sous l'effet de la f&#233;roce r&#233;pression exerc&#233; par le r&#233;gime autoritaire du pr&#233;sident Daniel Ortega et de son &#233;pouse (et vice-pr&#233;sidente) Rosario Murillo contre les &#233;tudiants solidaires des retrait&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les escadrons de la mort aux ordres du sinistre couple qui g&#232;re le pays comme sa propri&#233;t&#233; personnelle ont d&#233;j&#224; assassin&#233; pr&#232;s de 200 citoyens d&#233;sarm&#233;s en deux mois et s&#232;ment la terreur &#224; travers le pays. Des groupes paramilitaires lourdement arm&#233;s tuent, kidnappent et torturent sous la protection de l'ex&#233;cutif et avec la complicit&#233; des officiers de police. Des hommes masqu&#233;s li&#233;s &#224; des gangs aux ordres du gouvernement, &#224; des troupes parapolici&#232;res ou &#224; la police anti&#233;meute et mont&#233;s &#224; bord de fourgonnettes, de taxis et de motos tirent des roquettes sur les quartiers, des &#233;tablissements scolaires ou les centres commerciaux. Leur tactique consiste &#224; br&#251;ler et/ou d&#233;truire des &#233;coles, des centres de sant&#233;, des h&#244;pitaux, des commerces, des centres de travail, pour cr&#233;er le chaos en faisant croire &#224; la population que ce sont les &#233;tudiants et les manifestants qui incendient les b&#226;timents publics. Mais le peuple n'est pas dupe et, dans son &#233;crasante majorit&#233; &#8211; plus de 70 % selon les enqu&#234;tes r&#233;centes &#8211;, il r&#233;clame le d&#233;part des &#171; nouveaux Somoza &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui &#226;g&#233; de plus de 90 ans, Ernesto Cardenal, po&#232;te de renomm&#233;e mondiale, ancien pr&#234;tre, pionnier de la Th&#233;ologie de la Lib&#233;ration, ministre de la Culture du gouvernement sandiniste entre 1979 et 1987 (son fr&#232;re Fernando, &#233;galement pr&#234;tre, fut alors ministre de l'&#201;ducation), reste une figure incontournable de l'histoire r&#233;volutionnaire du Nicaragua. Dans une lettre ouverte (voir ci-dessous) co-sign&#233;e par les &#233;tudiants rebelles de la Coordination universitaire pour la D&#233;mocratie et la Justice, il appelle les progressistes du monde entier et la communaut&#233; internationale &#224; r&#233;agir et &#224; se prononcer [2]. De nombreux autres repr&#233;sentants du sandinisme historique d&#233;noncent la r&#233;pression. Pour James Wheelock, un des neuf commandants originaires du Front sandiniste de Lib&#233;ration nationale (FSLN), &#171; cette lente escalade de violence pourrait se transformer en conflit arm&#233; de basse intensit&#233;. La communaut&#233; internationale ne semble pas comprendre la gravit&#233; de la situation et, pendant ce temps, la population est sans d&#233;fense. &#187; [3]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la po&#233;tesse et militante sandiniste historique Gioconda Belli, elle &#233;crivait il y a quelques jours dans une lettre ouverte &#224; la vice-pr&#233;sidente : &#171; Sur les cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision et les m&#233;dias aux mains de ta famille, depuis le premier jour de la r&#233;volte, vous avez eu recours aux techniques de propagande les plus r&#233;pugnantes pour faire passer la population rebelle pour des &#8220;bandes criminelles de droite&#8221;. Vieille tactique : transformer ceux qui protestent en ennemis pour pouvoir les tuer et ordonner &#224; d'autres de les massacrer sans piti&#233;. [...] On a donc lanc&#233; des Nicaraguayens contre des Nicaraguayens en invoquant des coups d'&#201;tat et des complots imaginaires, et autres motifs similaires qui ne servent qu'&#224; essayer de masquer le soleil avec un doigt [4]. Le soleil de la libert&#233; qui anime cette r&#233;volution civique et d&#233;sarm&#233;e, ne vois-tu pas qu'il &#233;claire d&#233;sormais tout le territoire national ? Le peuple s'est autoconvoqu&#233; sans aucun autre leadership que ses dirigeants communautaires, et son cri unanime est &#8220;Qu'ils s'en aillent !&#8221;. [&#8230;] Tu as &#233;crit la page la plus noire de l'histoire du FSLN, tu as sali son h&#233;ritage, tu as tu&#233; une deuxi&#232;me fois tous les h&#233;ros et les martyrs qui se sont battus pour qu'il n'y ait plus jamais de dictature au Nicaragua. [&#8230;] Ni toi, ni Daniel ne passeront &#224; l'histoire sous les couleurs magnifiques que tu as imagin&#233;es. Jamais vous ne serez absous, ni par l'histoire, ni par le peuple. &#187; [5]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Marc Saint-Up&#233;ry&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lettre urgente &#224; Jos&#233; &#171; Pepe &#187; Mujica depuis le Nicaragua&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le monde doit savoir ce qui se passe au Nicaragua et se prononcer : il s'agit d'une v&#233;ritable crise des droits de l'homme sous le r&#232;gne d'un terrorisme d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sachant que tu es un d&#233;fenseur des droits de l'homme et de la lutte pour la dignit&#233; et une source d'inspiration pour toute l'Am&#233;rique latine, la jeunesse et le peuple qui se battent dans les rues du Nicaragua ont besoin que tu associes ta voix &#224; notre cause, qui est digne et juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis avril 2018, les jeunes Nicaraguayens sont de nouveau descendus dans la rue pour r&#233;clamer d&#233;mocratie et libert&#233;. Ils ont accompli la proph&#233;tie de l'un des principaux architectes de la croisade nationale de l'alphab&#233;tisation au Nicaragua, le P&#232;re Fernando Cardenal, qui n'a jamais cess&#233; d'affirmer que cela arriverait un jour. Malheureusement, l'&#233;lan et la d&#233;termination de ces jeunes ont &#233;t&#233; confront&#233;s &#224; la r&#233;pression gouvernementale la plus violente que ce pays ait connue au long de son histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 19 avril, il y a deux mois, le gouvernement de Daniel Ortega et Rosario Murillo ont mis fin &#224; la vie du premier des plus de 180 nicaraguayens assassin&#233;s, qui sont principalement des jeunes, et m&#234;me des enfants. On compte plus de 1 500 bless&#233;s, de nombreux prisonniers politiques et beaucoup de disparus. Ces chiffres augmentent chaque jour que Daniel Ortega s'agrippe au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le samedi 16 juin, une famille enti&#232;re a &#233;t&#233; incin&#233;r&#233;e dans un incendie allum&#233; par les escadrons de la mort du r&#233;gime qui voulaient se venger du fait que cette famille ait barr&#233; l'acc&#232;s de son foyer aux snipers charg&#233;s d'abattre les manifestants dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la r&#233;pression, la mobilisation citoyenne est rest&#233;e ferme, for&#231;ant Daniel Ortega et Rosario Murillo &#224; s'asseoir &#224; la table d'un dialogue national avec des interlocuteurs qui ne se r&#233;duisent plus au grand capital [6]. Pour la premi&#232;re fois, en onze ans, ils ont d&#251; c&#244;toyer des &#233;tudiants, des mouvements paysans et la soci&#233;t&#233; civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie du r&#233;gime d'Ortega consiste &#224; faire tra&#238;ner le dialogue pour mieux d&#233;cha&#238;ner sa politique de terreur dans la rue. On ne sait pas encore si le dialogue national sera capable de r&#233;pondre &#224; la clameur populaire qui exige qu'Ortega et Murillo quittent le pouvoir imm&#233;diatement et que justice soit faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pression populaire a &#233;galement permis une visite de travail de la Commission interam&#233;ricaine des Droits de l'Homme (CIDH), dont le rapport pr&#233;liminaire co&#239;ncide avec le diagnostic d'Amnesty International concernant les graves violations des droits humains commises au Nicaragua par le r&#233;gime orteguiste. Ces deux organismes ont pu documenter l'usage excessif de la force et de la violence par les organes de s&#233;curit&#233; de l'&#201;tat et les troupes de choc paramilitaires arm&#233;es &#8211; dont des tireurs d'&#233;lite qui ont fait de nombreuses victimes mortelles, au nombre desquelles il faut compter le journaliste Angel Gahona et plusieurs enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ortega et Murillo ne peuvent pas continuer &#224; revendiquer une l&#233;gitimit&#233; aupr&#232;s des mouvements de gauche qu'ils ont trahis par leurs actions sans scrupules. Les h&#233;ros et les martyrs de la r&#233;volution sandiniste ne m&#233;ritent pas que leur m&#233;moire soit ternie par les actes g&#233;nocidaires d'un dictateur qui les a trahis. Les victimes d'Ortega et Murillo m&#233;ritent qu'on leur rende justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ernesto Cardenal, Coordination universitaire pour la D&#233;mocratie et la Justice&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P.-S.&lt;br class='autobr' /&gt;
* &#171; Urgence Nicaragua : arr&#234;ter le massacre, chasser la dictature &#187;. MEDIAPART. LE BLOG DE SAINTUPERY. 24 JUIN 2018 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/saintupery/blog/240618/urgence-nicaragua-arreter-le-massacre-chasser-la-dictature&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://blogs.mediapart.fr/saintupery/blog/240618/urgence-nicaragua-arreter-le-massacre-chasser-la-dictature&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Voir Maya Collombon, &#171; Sale printemps au Nicaragua &#187;, Lib&#233;ration, 6 mai 2018, &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/debats/2018/05/06/sale-printemps-au-nicaragua_1648219&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.liberation.fr/debats/2018/05/06/sale-printemps-au-nicaragua_1648219&lt;/a&gt;. Les comptes-rendus r&#233;guliers et remarquablement d&#233;taill&#233;s d'Oscar Ren&#233; Vargas (dirigeant historique du sandinisme) publi&#233;s en fran&#231;ais sur le site Alencontre.org sont une source incontournable. Les lecteurs hispanophones peuvent aussi lire le long et formidable reportage &#8211; un texte extraordinaire et d&#233;chirant &#8211; du grand journaliste argentin Mart&#237;n Caparr&#243;s, &#171; El misterio de las revoluciones &#187;, The New York Times en Espa&#241;ol, 20-05-2018, &lt;a href=&#034;https://www.nytimes.com/es/2018/05/29/revoluciones-daniel-ortega-nicaragua-caparros/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.nytimes.com/es/2018/05/29/revoluciones-daniel-ortega-nicaragua-caparros/&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les articles d'Oscar Ren&#233; Vargas sont disponibles sur ESSF :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?auteur13942&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?auteur13942&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Ernesto Cardenal, &#171; Carta urgente desde Nicaragua &#187;, P&#225;gina 12, 21-06-2018, &lt;a href=&#034;https://www.pagina12.com.ar/123090-carta-urgente-desde-nicaragua&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.pagina12.com.ar/123090-carta-urgente-desde-nicaragua&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Cit&#233; in Elisabeth Malkin, &#171; Violence in Nicaragua Undermines Peace Talks 2 Months Into Uprising &#187;, New York Times, 20-06-2018, &lt;a href=&#034;https://www.nytimes.com/2018/06/20/world/americas/nicaragua-peace-talks-violence.html?emc=edit_th_180621&amp;nl=todaysheadlines&amp;nlid=573331990621&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.nytimes.com/2018/06/20/world/americas/nicaragua-peace-talks-violence.html?emc=edit_th_180621&amp;nl=todaysheadlines&amp;nlid=573331990621&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] &#171; Tapar el sol con un dedo &#187;, expression proverbiale espagnole [NdT].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] &#171; Carta abierta de Gioconda Belli a Rosario Murillo &#187;, La Jornada, 17-06-2018, &lt;a href=&#034;http://www.jornada.unam.mx/ultimas/2018/06/17/carta-abierta-a-rosario-murillo-3819.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.jornada.unam.mx/ultimas/2018/06/17/carta-abierta-a-rosario-murillo-3819.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Allusion au fait que le pouvoir du couple Ortega-Murillo &#233;tait jusqu'ici bas&#233; notamment sur une alliance avec le patronat favorisant les grandes entreprises par des exon&#233;rations fiscales et d'autres avantages et garantissant l'absence de mouvements sociaux perturbateurs [NdT].&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Venezuela : une r&#233;volution sans r&#233;volution</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Venezuela-une-revolution-sans-revolution</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Venezuela-une-revolution-sans-revolution</guid>
		<dc:date>2012-11-13T09:44:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marc Saint-Up&#233;ry</dc:creator>


		<dc:subject>V&#233;n&#233;zuela</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique latine</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2012-11-13</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Que se passe-t-il vraiment au Venezuela ? Contre les repr&#233;sentations h&#226;tives qui, n&#233;gligeant l'examen pr&#233;cis des faits, tant&#244;t diabolisent tant&#244;t id&#233;alisent le r&#233;gime de Ch&#225;vez, contre la tendance &#224; plaquer sur l'Am&#233;rique du Sud, en toute indiff&#233;rence &#224; la r&#233;alit&#233;, des mythes cens&#233;ment mobilisateurs, nous avons voulu ici revenir avec Marc Saint-Up&#233;ry sur le bilan s&#233;v&#232;re qu'il fait, chiffres &#224; l'appui, de ce qui se joue actuellement au Venezuela. Une fa&#231;on d'interroger, plus g&#233;n&#233;ralement, ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Venezuela-+" rel="tag"&gt;V&#233;n&#233;zuela&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Amerique-latine-234-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique latine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2012-11-13-+" rel="tag"&gt;Edition du 2012-11-13&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L141xH150/arton12267-80051.jpg?1781944470' class='spip_logo spip_logo_right' width='141' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Que se passe-t-il vraiment au Venezuela ? Contre les repr&#233;sentations h&#226;tives qui, n&#233;gligeant l'examen pr&#233;cis des faits, tant&#244;t diabolisent tant&#244;t id&#233;alisent le r&#233;gime de Ch&#225;vez, contre la tendance &#224; plaquer sur l'Am&#233;rique du Sud, en toute indiff&#233;rence &#224; la r&#233;alit&#233;, des mythes cens&#233;ment mobilisateurs, nous avons voulu ici revenir avec Marc Saint-Up&#233;ry sur le bilan s&#233;v&#232;re qu'il fait, chiffres &#224; l'appui, de ce qui se joue actuellement au Venezuela. Une fa&#231;on d'interroger, plus g&#233;n&#233;ralement, ce qui d&#233;finit un gouvernement de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretien avec Marc Saint-Upery,&lt;br class='autobr' /&gt;
propos recueillis par Charlotte Nordmann [*]&lt;br class='autobr' /&gt;
et remarques de Marc Saint-Up&#233;ry&lt;br class='autobr' /&gt;
Marc Saint-Up&#233;ry est journaliste, &#233;diteur et traducteur ; il est notamment l'auteur de Le R&#234;ve de Bolivar. Le d&#233;fi des gauches sud-am&#233;ricaines (La D&#233;couverte, 2007) ; il r&#233;side en &#201;quateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charlotte Nordmann est traductrice, essayiste et membre du collectif &#233;ditorial de la RdL.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'en est-il vraiment du bilan social d'Hugo Ch&#225;vez ? Certains y voient une r&#233;duction sans pr&#233;c&#233;dent de la pauvret&#233;, d'autres parlent de mesures &#233;lectoralistes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La courbe de popularit&#233; de Ch&#225;vez co&#239;ncide de fa&#231;on frappante avec celle des d&#233;penses publiques et la variation de ces derni&#232;res est effectivement tr&#232;s &#233;troitement li&#233;e au calendrier &#233;lectoral [1]. Ch&#225;vez a lui-m&#234;me candidement avou&#233; que l'id&#233;e des &#171; missions &#187; bolivariennes avait &#233;t&#233; improvis&#233;e dans l'urgence &#224; partir de fin 2003, avec l'aide cruciale de Fidel Castro et au vu des enqu&#234;tes qui donnaient le leader bolivarien perdant dans le r&#233;f&#233;rendum r&#233;vocatoire pr&#233;vu en 2004 [2]. Cela dit, ces programmes ont incontestablement am&#233;lior&#233; la vie des plus pauvres. En 1998, 43,9% de la population &#233;tait pauvre et 17,1% extr&#234;mement pauvre. En 2011, on comptait 26,7% de pauvres et 7% d'individus vivant dans l'extr&#234;me pauvret&#233;. On constate toutefois un ralentissement notable de cette r&#233;duction : elle est de 16,4 points entre le deuxi&#232;me semestre 2004 et le deuxi&#232;me semestre 2006 [3] et de seulement 1,8 point au cours des quatre ann&#233;es qui ont suivi. Aujourd'hui, il y a encore pr&#232;s de 30% de pauvres au Venezuela, et les 4 millions de personnes qui ont &#233;chapp&#233; statistiquement &#224; la pauvret&#233; ou &#224; l'extr&#234;me pauvret&#233; ne vivent pas pour autant dans des conditions toujours tr&#232;s enviables. D'autres &#233;l&#233;ments de leur qualit&#233; de vie se sont souvent d&#233;t&#233;rior&#233;s en raison de graves probl&#232;mes d'infrastructures, d'inflation (plus de 25%) et de sous-emploi, sans parler de l'explosion de l'ins&#233;curit&#233;. Le Venezuela de Chavez conna&#238;t le taux de mortalit&#233; criminelle le plus &#233;lev&#233; du continent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au-del&#224; des statistiques, il y a un probl&#232;me structurel. La politique sociale de Ch&#225;vez ob&#233;it &#224; ce qu'un &#233;crivain v&#233;n&#233;zu&#233;lien d&#233;signait comme une &#171; culture de campement &#187;. Les missions bolivariennes en mati&#232;re de sant&#233;, d'&#233;ducation, etc., sont des op&#233;rations de commando extra-institutionnelles, sans horizon soutenable d&#233;fini, parfois militaris&#233;es, ou bien directement g&#233;r&#233;es par un &#201;tat &#233;tranger. Non seulement ce modus operandi ne correspond gu&#232;re &#224; la logique d'une v&#233;ritable politique sociale d'&#201;tat, mais il contribue paradoxalement &#224; l'&#233;rosion de la capacit&#233; d'intervention de la puissance publique et du contr&#244;le d&#233;mocratique des comptes de la nation. Outre son caract&#232;re erratique, la d&#233;pense sociale financ&#233;e par les revenus du p&#233;trole &#8211; le prix du baril est pass&#233; de 10 dollars en 1998 &#224; plus de 100 dollars ces derni&#232;res ann&#233;es &#8211; est presque totalement discr&#233;tionnaire et soustraite &#224; tout contr&#244;le parlementaire ou citoyen. Par ailleurs la droite, qui sait bien qu'elle doit affronter la fracture sociale si elle veut reconqu&#233;rir le pouvoir, s'est d&#233;clar&#233;e tr&#232;s sinc&#232;rement pr&#234;te &#224; perp&#233;tuer les &#171; missions &#187; et m&#234;me &#224; en faire une obligation l&#233;gale. Elles sont en effet tout &#224; fait compatibles avec les privatisations et le d&#233;mant&#232;lement parall&#232;le de l'&#201;tat, et elles permettent de surcro&#238;t d'&#233;vacuer l'exigence d'une r&#233;forme fiscale progressiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous parlez par ailleurs de &#171; criminalisation des mouvements sociaux et du syndicalisme de lutte &#187;. Pouvez-vous expliciter cette affirmation plut&#244;t surprenante ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la p&#233;riode 2002-2004, les manifestations de rue &#233;taient souvent massives, mais essentiellement li&#233;es aux expressions cycliques de la polarisation politique entre la classe moyenne antichaviste et les partisans du gouvernement, surtout &#224; Caracas. Or, depuis 2006-2007, on constate sous une forme plus dispers&#233;e et localis&#233;e une v&#233;ritable explosion des protestations sur la voie publique ; elles sont g&#233;n&#233;ralement anim&#233;es par des acteurs populaires appartenant &#224; la base sociale du chavisme et mobilis&#233;s en d&#233;fense de revendications portant sur leurs conditions de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En modifiant la l&#233;gislation existante et en promulguant de nouvelles lois &#171; antiterroristes &#187;, le gouvernement a instaur&#233; des peines de prison pour des activit&#233;s jadis tol&#233;r&#233;es ou consid&#233;r&#233;es comme l&#233;gitimes, comme l'obstruction de la voie publique. Ces derni&#232;res ann&#233;es, plus de 2500 activistes sociaux ont ainsi fait l'objet de poursuites p&#233;nales, et une trentaine d'entre eux ont &#233;t&#233; incarc&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, aux yeux de Ch&#225;vez, &#171; l'autonomie du mouvement syndical est un poison contre-r&#233;volutionnaire h&#233;rit&#233; du r&#233;gime ant&#233;rieur &#187; (sic). Apr&#232;s avoir tent&#233; en vain de d&#233;truire la CTV, le syndicat social-d&#233;mocrate traditionnel li&#233; &#224; l'opposition, le r&#233;gime a cr&#233;&#233; sa propre centrale. Le probl&#232;me, pour le pouvoir, c'est qu'on trouve dans ses rangs de vrais syndicalistes luttant pour leurs revendications et ne souhaitant pas passer sous la coupe du parti officiel, le PSUV. &#192; dater de 2011, un total de 120 militants syndicaux avaient ainsi fait l'objet de poursuites p&#233;nales pour avoir exerc&#233; pacifiquement leur droit de gr&#232;ve ou de protestation ; plus de la moiti&#233; d'entre eux sont des sympathisants du gouvernement. Il y a pire : certains syndicalistes sont traduits devant des tribunaux militaires sous pr&#233;texte de &#171; violation de la zone de s&#233;curit&#233; &#187;, un chef d'accusation parfaitement fantaisiste invent&#233; par le r&#233;gime et taill&#233; sur mesure pour permettre la r&#233;pression des conflits du travail dans les entreprises pr&#233;tendument &#171; strat&#233;giques &#187;, d&#233;finies comme telles de fa&#231;on tout aussi arbitraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment concilier cette r&#233;alit&#233; avec le discours de Ch&#225;vez sur la &#171; r&#233;volution &#187; et le &#171; socialisme &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une gauche chaviste sinc&#232;re &#8211; mais paradoxalement de plus en plus marginalis&#233;e depuis que Ch&#225;vez a promulgu&#233; officiellement la marche vers le &#171; socialisme &#187; en 2007 &#8211; qui est convaincue qu'il existe au Venezuela une dynamique r&#233;volutionnaire partiellement confisqu&#233;e par la bureaucratie chaviste et la &#171; bolibourgeoisie &#187; [NdlR : de &#171; Bolivar &#187; et &#171; bourgeoisie &#187; : hommes d'affaires, fonctionnaires et banquiers qui se sont consid&#233;rablement enrichis sous Chavez], et qu'il faut donc faire une &#171; r&#233;volution dans la r&#233;volution &#187;. &#192; mon avis, ces militants sont victimes de ce que j'appellerais une grave &#171; illusion m&#233;tonymique &#187;. Certains des processus de lutte et d'auto-organisation &#224; la base qu'ils d&#233;crivent sont r&#233;els, mais ils sont aussi bien plus minoritaires et dispers&#233;s qu'ils ne le sugg&#232;rent, et sans impact majeur sur la dynamique de fond du r&#233;gime. Cette derni&#232;re n'est d'ailleurs pas vraiment nouvelle, mais refl&#232;te une logique de r&#233;novation partielle des &#233;lites dont on a d&#233;j&#224; vu des exemples &#224; la fin des ann&#233;es 1940 et dans les ann&#233;es 1960. Il y a une &#171; &#233;mergence pl&#233;b&#233;ienne &#187; au Venezuela et dans d'autres soci&#233;t&#233;s de la r&#233;gion, et c'est un ph&#233;nom&#232;ne globalement positif, mais ce n'est pas du tout la m&#234;me chose qu'une dynamique populaire r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ch&#225;vez a stimul&#233; une esp&#232;ce d'empowerment symbolique des secteurs marginalis&#233;s, il a politis&#233; la question sociale et mis en &#339;uvre des transferts massifs de revenus p&#233;troliers. Mais sur le fond, la &#171; r&#233;volution bolivarienne &#187; s'est limit&#233;e &#224; passer une couche de peinture rouge sur le mod&#232;le de capitalisme d'&#201;tat rentier, gaspilleur et client&#233;liste-parasitaire typique du &#171; Venezuela saoudite &#187; pendant ses phases de prosp&#233;rit&#233;. Les tendances structurelles lourdes de l'&#233;conomie v&#233;n&#233;zu&#233;lienne d&#233;mentent une quelconque &#233;volution dans un sens &#171; socialiste &#187;. Comme le signale un ancien ministre du gouvernement bolivarien, Victor &#193;lvarez, le poids du secteur priv&#233; dans&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'&#233;conomie a progress&#233; de 64,7% en 1998 &#224; plus de 70% aujourd'hui et l'am&#233;lioration de la situation des salari&#233;s &#171; occulte le fait bien r&#233;el que les d&#233;tenteurs de capitaux ont beaucoup plus prosp&#233;r&#233; que les travailleurs &#187;. Le secteur productif non p&#233;trolier a p&#233;riclit&#233; et la d&#233;pendance par rapport aux importations technologiques et alimentaires a augment&#233;. Quant au poids de l'&#233;conomie sociale (coop&#233;ratives, &#171; entreprises de production sociale &#187;), il est seulement pass&#233; de 0,5 % &#224; 1,6 % et masque en fait bien souvent des strat&#233;gies de flexibilisation du travail et de sous-traitance au rabais de t&#226;ches qui devraient relever du secteur public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;N'y a-t-il pas toutefois une r&#233;cup&#233;ration au profit du peuple du contr&#244;le de secteurs cl&#233;s de l'&#233;conomie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que pr&#233;tend la propagande chaviste et pro-chaviste, mais m&#234;me de ce point de vue l&#224;, le Venezuela est un cas d'esp&#232;ce assez insolite. Premi&#232;rement, la politique de nationalisation du r&#233;gime a fr&#233;quemment cibl&#233; telle ou telle entreprise pas n&#233;cessairement vitale, ou bien tel ou tel canard boiteux, pour des raisons &#233;troitement contingentes et politiciennes. Les r&#233;sultats ont le plus souvent &#233;t&#233; d&#233;sastreux, ce qui a contribu&#233; &#224; renforcer l'id&#233;ologie n&#233;olib&#233;rale en paraissant d&#233;montrer que la gestion de l'&#201;tat est syst&#233;matiquement inefficace et corrompue &#8211; alors m&#234;me qu'il y a des entreprises publiques qui fonctionnent fort bien ailleurs en Am&#233;rique latine. Le secteur nationalis&#233; bolivarien (notons que le p&#233;trole &#233;tait d&#233;j&#224; nationalis&#233;) a r&#233;ussi l'exploit de passer directement &#224; une phase de stagnation de type brejn&#233;vien sans conna&#238;tre la phase de productivit&#233; bas&#233;e sur l'accumulation extensive qu'a tout de m&#234;me v&#233;cu l'Union sovi&#233;tique &#224; l'&#233;poque de l'industrialisation stalinienne. Deuxi&#232;mement, plus qu'un mod&#232;le socialiste, on pourrait voir dans le Venezuela de Ch&#225;vez un nouvel exemple de d&#233;veloppement socio-&#233;conomique de type &#171; national-populaire &#187;, avec des pr&#233;c&#233;dents classiques en Am&#233;rique latine. Pourtant, ce qui le diff&#233;rencie &#233;trangement d'exp&#233;riences du type de celle de Vargas au Br&#233;sil ou Per&#243;n en Argentine dans les ann&#233;es 1940 et 1950 &#8211; &#224; part son caract&#232;re ultra-rentier et son niveau d'inefficience abyssal (une inefficience &#171; plus redoutable que l'Empire &#187;, a avou&#233; une fois Ch&#225;vez) &#8211;, c'est qu'il s'agit d'un national-d&#233;veloppementisme sans promotion d'une bourgeoisie nationale ni alliance avec elle. Pour l'essentiel, Ch&#225;vez fait du d&#233;veloppement &#171; national &#187; avec le grand capital br&#233;silien, les multinationales chinoises et le patronat colombien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la r&#233;alit&#233; est telle que vous la d&#233;crivez, comment expliquer la ferveur que suscite Ch&#225;vez dans certains secteurs de la gauche en Europe et en France ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prestige international du r&#233;gime bolivarien a quand m&#234;me nettement d&#233;clin&#233; au cours de ces derni&#232;res ann&#233;es, pour toutes sortes de raisons. Citons entre autres : une perception plus ou moins confuse du d&#233;calage entre rh&#233;torique et r&#233;alit&#233;, avec en particulier la d&#233;mon&#233;tisation d'un &#171; anti-imp&#233;rialisme &#187; histrionique qui n'arrive plus &#224; occulter d'excellentes relations p&#233;tro-commerciales avec les &#201;tats-Unis et une v&#233;ritable idylle avec le pr&#233;sident colombien Juan Manuel Santos, alli&#233; crucial de Washington ; la r&#233;&#233;valuation positive des r&#233;sultats et de l'importance du Br&#233;sil de Lula et Dilma Roussef ; la r&#233;action aberrante et m&#234;me criminelle de Ch&#225;vez aux r&#233;volutions arabes. La &#171; ferveur &#187; que vous mentionnez a &#233;t&#233; r&#233;cemment &#171; r&#233;chauff&#233;e &#187; de fa&#231;on un peu artificielle gr&#226;ce aux efforts m&#233;diatiquement tr&#232;s calcul&#233;s de certains acteurs politiques fran&#231;ais en mal de mythe mobilisateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chavez et Jean-Luc M&#233;lenchon&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous avez une trajectoire de confortable notable social-d&#233;mocrate et que vous souhaitez vous r&#233;inventer en farouche tribun robespierro-guevariste, agiter la banni&#232;re bolivarienne est quand m&#234;me assez pratique. Et puis, si Ch&#225;vez est capable de d&#233;clarer que Kadhafi est un &#171; Bolivar africain &#187; et Assad un &#171; humaniste socialiste &#187; [4], pourquoi s'&#233;tonner que tel ou tel homme politique fran&#231;ais soit assez na&#239;f ou irresponsable pour voir dans le Venezuela un grand mod&#232;le d'alternative anticapitaliste ? En r&#233;alit&#233;, quand bien m&#234;me on aurait une appr&#233;ciation ultra-positive du bilan de Ch&#225;vez, le contexte de son action est tellement diff&#233;rent &#8211; manne p&#233;troli&#232;re de type saoudien, faible diff&#233;renciation productive, structure sociale in&#233;galitaire &#224; salariat formel peu d&#233;velopp&#233;, faible teneur r&#233;publicaine des institutions &#8211; qu'il n'y a gu&#232;re de le&#231;ons &#224; en tirer pour affronter les graves d&#233;fis auxquels est confront&#233;e la gauche en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le plus grave, c'est que des gens de gauche choisissent l'aveuglement volontaire ou la sous-estimation opportuniste face au caract&#232;re inadmissible de pratiques ultra-autoritaires, manipulatrices, cor- rompues, d&#233;sinstitutionnalisantes ou d&#233;gradantes qui sont monnaie courante dans le Venezuela de Ch&#225;vez et feraient aussit&#244;t grimper aux rideaux le Parti de Gauche ou le NPA si elles &#233;taient mises en &#339;uvre en France. Sauf qu'en Am&#233;rique latine, vous comprenez, &#231;a fait partie d&#8250;un sympathique folklore tropical, et puis &#171; ils redistribuent l'argent du p&#233;trole aux pauvres &#187;, et puis &#171; ils font la r&#233;volution &#187;&#8230; Tout cela rel&#232;ve d'une complaisance paternaliste qui est &#224; la limite du racisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le signalait le philosophe marxiste Ernst Bloch, les grandes conqu&#234;tes des Lumi&#232;res, l'habeas corpus, la libert&#233; d'expression, la s&#233;paration des pouvoirs, la garantie d'un juste proc&#232;s, aussi imparfaites, limit&#233;es ou contraintes qu'elles puissent &#234;tre dans telle ou telle &#171; d&#233;mocratie r&#233;ellement existante &#187;, ne sont pas des libert&#233;s &#171; bourgeoises &#187; ou &#171; formelles &#187; : elles sont une &#171; orthop&#233;die du marcher debout &#187;. Il y a trop de gens dans la gauche latino-am&#233;ricaine &#8211; et apparemment, h&#233;las, pas seulement latino-am&#233;ricaine &#8211; qui ne souhaitent pas que les citoyens puissent marcher debout sans accepter la tutelle de leaders &#171; h&#233;ro&#239;ques &#187; qui savent mieux que le peuple ce dont le peuple a besoin. Le cas de l'asservissement politique du syst&#232;me judiciaire au Venezuela est particuli&#232;rement criant. C'est un des principaux instruments de contr&#244;le autoritaire de la soci&#233;t&#233;, et Noam Chomsky lui-m&#234;me, pourtant initialement tr&#232;s proche du gouvernement bolivarien, a admis qu'&#171; il n'y a pas de garantie de jugement juste et impartial &#187; sous le r&#233;gime de Ch&#225;vez [5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est aujourd'hui assez difficile d'exercer ouvertement un pouvoir dictatorial dans nombre de pays, y compris dans les pays du Sud. On voit donc se d&#233;velopper une s&#233;rie de techniques de gouvernance autoritaire &#171; modulaires &#187;, &#224; g&#233;om&#233;trie variable, qui cohabitent souvent avec un &#233;lectoralisme fr&#233;n&#233;tique et sont largement ind&#233;pendantes de la coloration id&#233;ologique officielle de tel ou tel r&#233;gime. D'o&#249; la ressemblance &#233;tonnante de nombre de pratiques institutionnelles (ou anti-institutionnelles) du gouvernement bolivarien avec celles d'un r&#233;gime comme celui de Viktor Orb&#225;n en Hongrie, par exemple. Aucune &#171; r&#233;duction de la pauvret&#233; &#187; ne justifie qu'on ferme les yeux sur cette dynamique perverse, qui est par ailleurs parfaitement adapt&#233;e &#224; l'insertion &#171; modernis&#233;e &#187; &#8211; mais toujours sur une base primo-exportatrice et n&#233;o-d&#233;pendante &#8211; de certains pays p&#233;riph&#233;riques dans une mondialisation capitaliste aujourd'hui multipolaire. Tout cela va bien au-del&#224; du cas finalement anecdotique de Ch&#225;vez et du Venezuela et m&#233;riterait une analyse compar&#233;e beaucoup plus profonde, mais je crains que la gauche radicale soit encore trop attach&#233;e &#224; ses mythes et &#224; ses f&#233;tiches pour &#234;tre capable de porter sur ce ph&#233;nom&#232;ne un regard lucide, ou m&#234;me pour simplement commencer &#224; le percevoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Cf. Javier Corrales et Michael Penfold, Dragon in the Tropics. Hugo Ch&#225;vez and the Political Economy of Revolution in Venezuela, Washington, Brookings Institution, 2011, fig. 2-1, p. 25.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Taller de alto nivel : &#171; El nuevo mapa estrat&#233;gico &#187;, 12-13 novembre 2004, &lt;a href=&#034;http://sala.clacso.org.ar/gsdl/collect/chavez/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://sala.clacso.org.ar/gsdl/collect/chavez/&lt;/a&gt; index/assoc/HASH01b5/30336825.dir/doc.pdf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] P&#233;riode correspondant &#224; deux &#233;ch&#233;ances &#233;lectorales majeures : le r&#233;f&#233;rendum r&#233;vocatoire du 15 ao&#251;t 2004 et le scrutin pr&#233;sidentiel du 3 d&#233;cembre 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Non seulement Hugo Ch&#225;vez a apport&#233; un soutien inconditionnel &#224; Mouammar Kadhafi et Bachar Al-Assad, mais la propagande bolivarienne met souvent en cause l'authenticit&#233; des autres soul&#232;vements arabes, les consid&#233;rant comme manipul&#233;s d&#232;s le d&#233;part par Washington au service de ses vis&#233;es h&#233;g&#233;moniques au Moyen-Orient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Cf. Beatriz Lecumberri, La revoluci&#243;n sentimental : viaje period&#237;stico por la Venezuela de Ch&#225;vez, Caracas, Puntocero, 2012, p. 266.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Cet entretien est paru dans la RdL n&#176;8 actuellement en kiosque (novembre/d&#233;cembre 2012). Une revue qui m&#233;rite non seulement la lecture, mais l'abonnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;br class='autobr' /&gt;
Remarques compl&#233;mentaires envoy&#233;es par Marc Saint-Up&#233;ry le 9 novembre 2012&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux petits faits post-&#233;lectoraux int&#233;ressants &#224; l'intention de mes lecteurs qui pourraient estimer que Marc Saint-Up&#233;ry &#171; exag&#232;re &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; 1- Ch&#225;vez vient de nommer d'autorit&#233;, comme c'est son habitude et sans aucune consultation ou semblant de consultation de la base du PSUV, les candidats au poste de gouverneur pour les &#233;lections r&#233;gionales de d&#233;cembre prochain. C'est triste &#224; dire, mais l'opposition accus&#233;e par le chavisme de &#171; fascisme &#187; avait pour sa part choisi tous ses candidats sur la base d'&#233;lections primaires. On compte 10 militaires sur 23 candidats, et une bonne partie de ces candidats, d&#233;j&#224; fonctionnaires du r&#233;gime, sont notoirement connus pour leur enrichissement personnel spectaculaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; 2- Le collectif r&#233;volutionnaire, El Lumpen, qui organise un secteur de base chaviste &#171; critique &#187;, vient de publier une analyse post-&#233;lectorale. En voici un extrait significatif (traduction sommaire) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'usure du processus [NdT : &#171; el proceso &#187;, l'exp&#233;rience bolivarienne dans son ensemble] se manifeste non seulement par la mesure statistique de sa force &#233;lectorale, mais par quatre facteurs cl&#233;s qui influent sur la perception politique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) L'incapacit&#233; du processus pour emp&#234;cher la propagation de la culture de la corruption politique et promouvoir des m&#233;canismes de contr&#244;le et de sanction. La corruption n'est plus quelque chose de pathologique, elle est devenue normale (&#171; celui qui ne vole pas est un imb&#233;cile &#187;). En ce sens, certains critiques affirment que le style vertical et paternaliste du processus coexiste n&#233;cessairement avec cette culture pernicieuse, et que donc, de ce point de vue, le processus a favoris&#233; une culture politique qui n'est pas diff&#233;rente de celle qui dominait avant la r&#233;volution bolivarienne ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) La g&#233;n&#233;ralisation de la culture et de la pratique de l'inefficacit&#233;, encourag&#233;e par l'improvisation et la nomination &#224; des postes de gestion de personnages m&#233;diocres, de sycophantes et de v&#233;ritables d&#233;linquants ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) L'ins&#233;curit&#233; croissante des personnes. Ce grave probl&#232;me est mis &#224; profit par la droite pour gagner des voix, c'est certainement l&#224; l'un de ses principaux facteurs de croissance. Il s'agit d'une r&#233;alit&#233; que nous ne devons ni cacher ni essayer de minimiser. M&#234;me parmi les membres du gouvernement, il n'en est pas un qui ne puisse citer un cas d'enl&#232;vement, d'agression ou de meurtre dans leur milieu familial, de travail ou parmi leurs amis. Le fait est que dans notre pays, il meurt de mort violente autant ou plus de gens que dans des pays victimes d'une guerre civile ouverte. Dissimuler ce fait, c'est donner raison &#224; la droite et ne pas comprendre le niveau de frustration des familles qui ont &#233;t&#233; affect&#233;es par un incident de violence criminelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d) L'incapacit&#233; de parvenir &#224; des changements fondamentaux dans la structure &#233;conomique d&#233;pendante du p&#233;trole. Le nouveau gouvernement a promis de rem&#233;dier &#224; ce probl&#232;me. C'est toutefois une t&#226;che complexe qui exige de la clart&#233; dans le domaine strat&#233;gique, conceptuel et pratique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais sans doute s'agit-il encore de &#171; propagande antichaviste primaire &#187;, pas vrai ? (9 novembre 2012)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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