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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>&#201;lections pr&#233;sidentielles aux Philippines : d&#233;fis et perspectives d'avenir</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Elections-presidentielles-aux-Philippines-defis-et-perspectives-d-avenir</link>
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		<dc:date>2022-05-24T06:56:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bianca Martinez, C&#233;dric Leterme, Galileo de Guzman Castillo, Joseph Purugganan, Raphael Baladad</dc:creator>


		<dc:subject>Asie/Proche-Orient</dc:subject>
		<dc:subject>Philippines</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-05-24</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 4 mai 2022, cinq jours avant les &#233;lections pr&#233;sidentielles aux Philippines, qui ont consacr&#233; la victoire de Ferdinand &#171; Bongbong &#187; Marcos Junior, fils du dictateur Ferdinand Marcos, le CETRI s'est entretenu avec quatre membres de l'ONG Focus on the Global South afin de mieux comprendre l'h&#233;ritage politique de Rodrigo Duterte et les enjeux entourant sa succession. Cet article est le deuxi&#232;me d'une s&#233;rie en deux parties tir&#233;es de cette conversation [1]. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Europe solidaire sans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Asie-Proche-Orient-" rel="directory"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Asie-Proche-Orient-423-+" rel="tag"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Philippines-+" rel="tag"&gt;Philippines&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-05-24-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-05-24&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH78/arton52959-b1718.png?1781352732' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='78' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 4 mai 2022, cinq jours avant les &#233;lections pr&#233;sidentielles aux Philippines, qui ont consacr&#233; la victoire de Ferdinand &#171; Bongbong &#187; Marcos Junior, fils du dictateur Ferdinand Marcos, le CETRI s'est entretenu avec quatre membres de l'ONG Focus on the Global South afin de mieux comprendre l'h&#233;ritage politique de Rodrigo Duterte et les enjeux entourant sa succession. Cet article est le deuxi&#232;me d'une s&#233;rie en deux parties tir&#233;es de cette conversation [1].&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article62488&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Europe solidaire sans fronti&#232;re&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CETRI : &#192; en croire les sondages, on se dirige vers une victoire probable du ticket r&#233;unissant Ferdinand (Bongbong) Marcos Jr, le fils de l'ancien dictateur Ferdinand Marcos, et Sara Duterte, la fille de l'actuel pr&#233;sident Rodrigo Duterte, respectivement au poste de pr&#233;sident et vice-pr&#233;sidente. Si ces pr&#233;visions s'av&#232;rent exactes, quels &#233;l&#233;ments de continuit&#233; et/ou de rupture voyez-vous entre cette nouvelle administration et la pr&#233;c&#233;dente ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Galileo de Guzman Castillo&lt;/strong&gt; : De nombreux analystes et activistes ont d&#233;clar&#233; qu'il s'agissait d'une &#233;lection d&#233;cisive, d'un moment critique pour notre d&#233;mocratie d&#233;j&#224; faible et tr&#232;s fragile. Si le ticket Ferdinand Marcos Jr. - Sara Duterte devait l'emporter, comme les derniers sondages semblent l'indiquer, je ne pense pas que le pays puisse se permettre six ann&#233;es suppl&#233;mentaires d'un tel r&#233;gime n&#233;olib&#233;ral et autoritaire, surtout avec le d&#233;fi monumental que repr&#233;sentent la r&#233;ponse &#224; la pand&#233;mie et le redressement &#233;conomique. Walden Bello, l'un des candidats &#224; la vice-pr&#233;sidence (et directeur ex&#233;cutif du r&#233;seau Focus on the Global South), a d&#233;crit la coalition Marcos-Duterte comme l'axe du mal, mais je pense qu'il y a en r&#233;alit&#233; une base sociale plus large d'&#233;lites politiques et &#233;conomiques qui se sont d&#233;j&#224; profond&#233;ment enracin&#233;es, qui ont soutenu - et en fait ont b&#233;n&#233;fici&#233; - des six ann&#233;es de Rodrigo Duterte au pouvoir, et qui se sont maintenant unies autour du ticket Marcos-Duterte pour promouvoir leurs int&#233;r&#234;ts et leur programme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Joseph Purugganan&lt;/strong&gt; : En termes de politiques concr&#232;tes, le probl&#232;me avec Marcos c'est qu'on ne sait pas. Nous ne pouvons pas dire quelle sera sa plateforme gouvernementale, car il n'en a pas vraiment parl&#233;, contrairement aux autres candidats. Ce qui ressort avant tout de son message, c'est cette promesse tr&#232;s maternelle de ramener l'unit&#233; dans le pays. Il insiste sur le fait que nous sommes un pays divis&#233;. Et selon lui, cette division vient du fait qu'apr&#232;s ce qu'il d&#233;crit comme &#171; l'&#226;ge d'or &#187; des ann&#233;es Marcos [2], les administrations suivantes n'ont pas cherch&#233; &#224; r&#233;soudre les probl&#232;mes des Philippins, mais seulement &#224; se venger de sa famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pr&#233;tend donc vouloir mettre tout &#231;a de c&#244;t&#233; et passer &#224; autre chose. Mais &#224; part cela, et &#224; part le fait qu'il semble vouloir ramener le style de gouvernance de son p&#232;re, nous ne savons rien. Il se prononce ici et l&#224; sur le fait de vouloir favoriser les investisseurs &#233;trangers, par exemple, mais ce n'est pas nouveau, et la plupart des autres candidats disent la m&#234;me chose. En ce qui concerne la corruption, il dit vouloir renforcer la Commission pr&#233;sidentielle sur la bonne gouvernance, qui a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e pour r&#233;cup&#233;rer les biens mal acquis par les Marcos, mais cela semble un peu &#233;trange puisque cela le placerait parmi les cibles potentielles...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son programme tourne donc surtout autour de l'id&#233;e de faire revivre le nom de Marcos. Ce qui aurait un double avantage mat&#233;riel pour lui. D'abord, en freinant les efforts visant &#224; r&#233;cup&#233;rer les biens mal acquis par les administrations pr&#233;c&#233;dentes, en particulier celle de son p&#232;re. Et ensuite, en faisant &#233;galement obstacle aux projets de taxe sur les grandes fortunes. Nous parlons ici de milliards de pesos [des millions d'euros, ndlr] que le gouvernement perdra avec le retour des Marcos. Mais plus encore, nous avons chass&#233; les Marcos en 1986 gr&#226;ce &#224; ce que l'on a appel&#233; la &#171; r&#233;volution du pouvoir populaire &#187; (People Power Revolution). Or, beaucoup parmi les jeunes g&#233;n&#233;rations ne s'en souviennent pas. Vous pouvez &#233;videmment d&#233;battre de ce qui s'est pass&#233; par la suite, mais je ne pense pas qu'il y ait de d&#233;bat sur le fait qu'il s'agissait d'un moment tr&#232;s important de notre histoire moderne ; le peuple s'&#233;tant litt&#233;ralement dress&#233; contre plus de vingt ans de r&#233;gime autoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis donc inquiet des cons&#233;quences de ce retour en gr&#226;ce des Marcos. Qu'est-ce que cela signifie pour nous en tant que peuple, en tant que soci&#233;t&#233; qui veut aller de l'avant ? Ce style de gouvernance autoritaire est-il appel&#233; &#224; perdurer ? Parce que nous ne parlons pas seulement des six ann&#233;es de la pr&#233;sidence Marcos, mais potentiellement de six autres ann&#233;es sous la pr&#233;sidence de Duterte, parce que Sara Duterte sera tr&#232;s probablement &#224; nouveau candidate apr&#232;s cela. Nous parlons donc ici des douze prochaines ann&#233;es. C'est vraiment un enjeu g&#233;n&#233;rationnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bianca Martinez&lt;/strong&gt; : Je suis d'accord avec Joseph. Si l'on regarde uniquement son programme, il est tr&#232;s difficile de dire dans quelle direction Marcos voudrait aller. Sa candidature est principalement bas&#233;e sur la promesse de revenir &#224; &#171; l'&#226;ge d'or &#187; du r&#232;gne de son p&#232;re. Mais si vous regardez le clan plus large dont il est issu, les personnes qui l'entourent, ses alli&#233;s, qui sont essentiellement les m&#234;mes politiciens de l'&#233;lite et les m&#234;mes oligarques qui soutiennent le pouvoir actuel, alors on peut en d&#233;duire que son administration poursuivra la politique &#233;conomique actuelle qui a d&#233;j&#224; cr&#233;&#233; tellement d'in&#233;galit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes de d&#233;mocratie et de gouvernance, maintenant, si vous regardez la fa&#231;on dont Marcos cherche &#224; blanchir le r&#233;gime brutal de son p&#232;re, nous pouvons &#233;galement nous attendre &#224; ce que ses efforts s'institutionnalisent, par exemple dans notre syst&#232;me &#233;ducatif. Et c'est un probl&#232;me, car effectivement, de nombreuses jeunes g&#233;n&#233;rations [3] n'ont pas une connaissance suffisante des atrocit&#233;s commises &#224; l'&#233;poque, ni de la crise &#233;conomique qui a r&#233;sult&#233; de ces vingt ann&#233;es de dictature. Il n'y a pas eu de justice transitionnelle forte et appropri&#233;e. R&#233;sultat : les alli&#233;s de Marcos, et maintenant sa propre famille, ont pu revenir au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;habilitation du nom de Marcos s'appuie &#233;galement sur une vaste campagne de d&#233;sinformation syst&#233;matique et de fake news. Une strat&#233;gie que Duterte a &#233;galement largement utilis&#233;e. De nombreuses &#233;tudes ont mis en &#233;vidence le syst&#232;me professionnalis&#233;, hi&#233;rarchis&#233; et mon&#233;tis&#233; qui se cache notamment derri&#232;re les &#171; fermes &#224; trolls &#187;, avec de nombreuses couches allant des soci&#233;t&#233;s de relations publiques professionnelles jusqu'&#224; ce que l'on appelle des micro-influenceurs, qui traduisent les messages principaux dans des formes plus populaires, susceptibles d'attirer les gens sur les r&#233;seaux sociaux, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut toutefois souligner que Marcos n'est pas tout &#224; fait le m&#234;me que Duterte ; ne serait-ce que parce qu'il n'a pas le m&#234;me charisme. Duterte s'est vraiment construit une image d'homme fort anti-oligarques qui allait renverser le statu quo et apporter un r&#233;el changement. Beaucoup de gens ont adh&#233;r&#233; &#224; cette image un peu &#171; macho &#187;. Mais ce n'est pas la m&#234;me chose avec Marcos. Sa popularit&#233; est plut&#244;t bas&#233;e sur un ensemble tr&#232;s fragile de mensonges et de mythes concernant le soi-disant &#171; &#226;ge d'or &#187; que son p&#232;re aurait instaur&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CETRI : Comment percevez-vous la candidature de Leni Robredo [4] dans ce contexte ? On l'a beaucoup d&#233;crite comme reposant sur des formes in&#233;dites de volontariat [5], unissant des personnes et des mouvements de gauche et d'une partie de la droite, mais aussi des secteurs traditionnellement apolitiques. Voyez-vous cela comme un changement positif ? Ou bien avez-vous des r&#233;serves sur ce qu'elle mettrait r&#233;ellement en avant si elle venait &#224; gagner ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Galileo de Guzman Castillo&lt;/strong&gt; : Le ticket Marcos-Duterte a fait campagne autour d'une plateforme &#171; d'unit&#233; &#187;, mais de nombreux analystes et sp&#233;cialistes des sciences sociales ont critiqu&#233; cette notion &#171; d'unit&#233; &#187; parce qu'elle serait trompeuse et insidieuse. En fait, cette &#171; unit&#233; &#187; pourrait tr&#232;s bien signifier la r&#233;pression de toute r&#233;sistance, opposition ou dissidence qui irait &#224; son encontre. C'est le c&#244;t&#233; sombre de l'ancrage de la campagne Marcos-Duterte dans la notion tordue &#171; d'unit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, les m&#234;mes sp&#233;cialistes et les mouvements progressistes ont &#233;galement soulign&#233; que, plut&#244;t que d'unit&#233;, ce dont le pays a besoin pour faire face aux multiples d&#233;fis d'une nation profond&#233;ment polaris&#233;e, c'est de solidarit&#233;. Cela irait au-del&#224; de la notion tr&#232;s simpliste d'unit&#233;, et signifierait en fait que des individus, des organisations, des mouvements sociaux et des personnes de diff&#233;rents secteurs soient capables de se rassembler - unis dans leur diversit&#233;, travaillant collectivement &#224; un changement syst&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type de solidarit&#233; permettrait de combler les foss&#233;s sociaux et de r&#233;unir diff&#233;rents secteurs de la soci&#233;t&#233;, contrairement &#224; l'unit&#233; des Marcos-Duterte qui ne ferait qu'unir et consolider les &#233;lites politiques et &#233;conomiques et les dynasties. En ce sens, la question pourrait &#234;tre la suivante : voyons-nous de la solidarit&#233; dans le type de mouvement organique et volontaire que la campagne de Leni Robredo-Kiko Pangilinan a d&#233;clench&#233; et galvanis&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, si Leni Robredo gagne, il y aura des d&#233;fis &#224; relever, surtout parce qu'il s'agira d'une sorte d'administration de transition qui h&#233;ritera de tous les probl&#232;mes mentionn&#233;s plus t&#244;t dans notre conversation - et en plus, en pleine pand&#233;mie. Mais la question la plus importante est de savoir comment elle serait capable de g&#233;rer les divergences entre les diff&#233;rentes factions de son mouvement, de la droite &#224; la gauche, des &#233;lites aux marginaux, des c&#233;l&#233;brit&#233;s aux gens du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Raphael Baladad&lt;/strong&gt; : Tout d&#233;pend vraiment de ce qu'il va se passer le jour des &#233;lections. C'est un gros &#171; si &#187;. Si Marcos gagne, d'un c&#244;t&#233;, je pense que ce sera une pr&#233;sidence tr&#232;s difficile pour lui, car les gens savent que Leni Robredo a mobilis&#233; des centaines de milliers de personnes au cours des derniers mois. Je pense que ce sont ces m&#234;mes groupes qui demanderont des comptes et qui manifesteront dans les rues si Marcos ne r&#233;alise pas le changement politique qu'il a promis dans sa campagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors de cela, les Philippines ont d&#233;j&#224; touch&#233; le fond de la mauvaise gouvernance, des violations des droits humains, et maintenant, avec le covid-19 et la plupart d'entre nous qui sommes rest&#233;s bloqu&#233;s chez nous ces derni&#232;res ann&#233;es, je pense qu'il y a beaucoup d'&#233;nergie en ce moment pour demander des comptes au gouvernement. Ce serait donc une pr&#233;sidence tr&#232;s difficile pour Marcos. Il y a m&#234;me des rumeurs selon lesquelles il ne tiendrait pas six ans, et que Sara Duterte prendrait sa place. Mais ce ne sont que des rumeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#231;a pour dire que les mouvements qui se sont construits autour de Leni Robredo - et pas seulement autour de Leni en tant que figure, mais aussi en fonction des questions sociales que les gens veulent faire avancer apr&#232;s la pr&#233;sidence de Duterte -, rassemblent les m&#234;mes personnes qui, je pense, feront pression pour un changement de gouvernement ; que Leni gagne ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bianca Martinez&lt;/strong&gt; : Comme Galileo l'a dit, les partisans et le mouvement qui soutiennent Leni sont tr&#232;s diversifi&#233;s en termes de spectre politique. Et cela se refl&#232;te dans sa plateforme, avec des &#233;l&#233;ments du centre, de la droite, mais aussi des &#233;l&#233;ments progressistes qui peuvent &#234;tre attribu&#233;s aux mouvements populaires qui se rallient &#224; elle, comme les agriculteurs, les p&#234;cheurs, les peuples indig&#232;nes ou les travailleurs urbains pauvres. Il y a eu une s&#233;rie de consultations pour int&#233;grer les int&#233;r&#234;ts et les aspirations de ces secteurs et communaut&#233;s. Mais bien s&#251;r, ce n'est pas parfait, car il y a aussi des &#233;l&#233;ments provenant des autres factions du mouvement. Par exemple, la plateforme &#233;conomique vise toujours principalement &#224; attirer les investissements directs &#233;trangers, m&#234;me s'il y a des &#233;l&#233;ments pour favoriser une industrialisation nationale et une meilleure protection des droits des travailleurs. Il s'agit donc d'un compromis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, il est important de souligner que le mouvement n'est pas homog&#232;ne, non seulement en termes de spectre politique, mais aussi en termes de niveaux d'engagement. Comme Galil&#233;o l'a dit, il y a des gens qui ont d&#233;cid&#233; de rejoindre le mouvement sans aucune exp&#233;rience politique pr&#233;alable. La question est donc de savoir si ce mouvement peut &#234;tre maintenu apr&#232;s les &#233;lections ou non, et cela d&#233;pendra de la direction qu'il prendra. &#192; l'heure actuelle, il existe des &#171; conseils populaires Robredo &#187; dans diff&#233;rentes r&#233;gions qui facilitent les activit&#233;s de porte-&#224;-porte, les rassemblements, ou encore les consultations pour soutenir la campagne &#233;lectorale de Leni Robredo. Il y a donc une structure et des postes &#224; responsabilit&#233; qui permettent &#224; beaucoup de personnes de s'impliquer au sein du mouvement, mais il reste &#224; voir si cela sera maintenu apr&#232;s les &#233;lections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Galileo de Guzman Castillo&lt;/strong&gt; : Je voudrais juste ajouter trois &#233;l&#233;ments de contexte qui sont importants ici. Le premier c'est que Leni Robredo s'est pr&#233;sent&#233;e en tant que candidate ind&#233;pendante, tout en restant pr&#233;sidente de son parti politique, le Parti lib&#233;ral. Cette d&#233;cision indiquait le type de mouvement populaire qu'elle voulait galvaniser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me &#233;l&#233;ment, c'est qu'il y a actuellement des proc&#233;dures en disqualification contre Marcos &#224; la Commission &#233;lectorale, et m&#234;me s'elles sont rejet&#233;es, elles finiront en bout de ligne devant la Cour supr&#234;me. D&#232;s lors, si Marcos gagne les prochaines &#233;lections et que la Cour supr&#234;me le disqualifie d&#233;finitivement par la suite, le pays se retrouvera dans un sc&#233;nario compliqu&#233; et face &#224; une transition de pouvoir instable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, il est important de noter qu'en dehors du mouvement d'opposition de Leni Robredo et de Kiko Pangilinan, il y a &#233;galement la candidature historique du leader syndical Ka Leody de Guzman du parti politique socialiste d&#233;mocratique, Partido Lakas ng Masa (Parti des masses laborieuses), avec le pr&#233;sident de Laban ng Masa, Walden Bello, comme candidat &#224; la vice-pr&#233;sidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Joseph Purugganan&lt;/strong&gt; : Pour en revenir &#224; la fa&#231;on dont nous pourrions capitaliser sur ce ph&#233;nom&#232;ne de campagne populaire et sur les mobilisations qui ont entour&#233; la candidature de Robredo, la motivation initiale des gens &#233;tait peut-&#234;tre de prendre position contre le retour des Marcos et contre Bongbong Marcos en particulier. Mais nous avons &#233;galement pu constater que les gens soutenaient aussi Robredo parce qu'elle a &#233;t&#233; capable de projeter un type de leadership inclusif qui contraste, non seulement avec l'administration pr&#233;c&#233;dente de Duterte, mais aussi avec le retour possible des Marcos. Il y a donc un facteur n&#233;gatif et un facteur positif sur lesquels on peut s'appuyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour revenir &#224; un point soulev&#233; par Bianca sur les &#171; Conseils populaires &#187; de Roberto, par exemple, comment en faire plus qu'une simple machine au service d'une campagne &#233;lectorale ? Comment les transformer en un v&#233;ritable m&#233;canisme pour approfondir la d&#233;mocratie, puisque c'est ce dont nous avons besoin ? Pour beaucoup de gens, les jeunes en particulier, c'est la premi&#232;re fois qu'ils s'inscrivent dans une dynamique de citoyennet&#233; politique active, en passant du temps &#224; aller &#224; des rassemblements politiques, &#224; interagir avec les gens, etc. C'est donc un grand d&#233;fi. Comment peut-on transformer cette dynamique en un mouvement puissant pour l'approfondissement de la d&#233;mocratie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait d&#233;j&#224; un grand d&#233;fi sous une pr&#233;sidence Robredo. Mais ce serait un d&#233;fi monumental sous une pr&#233;sidence Marcos ! Un dirigeant syndical l'a tr&#232;s bien r&#233;sum&#233; r&#233;cemment [6]. Selon lui, tout l'enjeu de cette &#233;lection consiste &#224; d&#233;fendre l'espace d&#233;mocratique dont nous avons tous besoin en tant que progressistes. Sans cet espace, nos efforts pour contrer les politiques &#233;conomiques n&#233;olib&#233;rales, pour lutter contre l'exploitation mini&#232;re ou pour la d&#233;fense des droits des peuples indig&#232;nes, ne pourront pas se d&#233;velopper parce que nous n'aurons tout simplement pas l'espace d&#233;mocratique pour le faire. Et la crainte est que nous n'ayons pas le moindre espace sous une pr&#233;sidence Marcos&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#233;dric Leterme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Galileo de Guzman Castillo&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joseph Purugganan&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bianca Martinez&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raphael Baladad&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://www.cetri.be/Elections-presidentielles-aux?lang=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cetri&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] La premi&#232;re partie, intitul&#233;e &#171; H&#233;ritage et avenir politiques de Duterte &#187; est accessible ici : &lt;a href=&#034;https://www.cetri.be/Elections-presidentielles-2022-aux&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cetri.be/Elections-presidentielles-2022-aux&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Son p&#232;re a &#233;t&#233; pr&#233;sident entre 1965 et 1986, date &#224; laquelle il a &#233;t&#233; renvers&#233; par une insurrection populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] La majorit&#233; de la population a moins de trente ans, et n'a donc pas connu la dictature de Marcos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Leni Robredo (Parti Lib&#233;ral) est une politicienne bien connue aux Philippines, notamment apr&#232;s avoir &#233;t&#233; &#233;lue vice-pr&#233;sidente en 2016 devant le candidat soutenu par Duterte, et surtout devant Ferdinand Marcos Jr. Ses six ann&#233;es pass&#233;es &#224; la vice-pr&#233;sidence de l'administration Duterte lui ont permis d'endosser le r&#244;le de premi&#232;re opposante au r&#233;gime, ce qui en faisait aujourd'hui la candidate la mieux plac&#233;e pour essayer de battre le ticket Marcos-Duterte, malgr&#233; des sondages d&#233;favorables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Par exemple : K. Subingsubing &amp; M. Ramos, &#171; Robredo : Rare force and flair of &#8216;a people's campaign' &#187;, Inquirer.net, 7 mai 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] R. Magtubo, &#171; Why progressive labor is supporting Leni and Kiko &#187;, Rappeler, 28 avril 2022.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Davos : La &#171; gouvernance mondiale &#187; par et pour les multinationales </title>
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		<dc:date>2022-02-01T07:00:44Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;dric Leterme</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-02-01</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Alors que se tient l'&#233;dition (virtuelle) 2022 du Forum &#233;conomique mondial de Davos, une &#233;tude met en lumi&#232;re le r&#244;le central de cette institution m&#233;connue dans la capture, ces derni&#232;res ann&#233;es, de la gouvernance mondiale par des int&#233;r&#234;ts priv&#233;s sous couvert d'ouverture aux &#171; parties prenantes &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Entre les lignes et les mots &lt;br class='autobr' /&gt;
Publi&#233; le 30 janvier 2022 &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour la deuxi&#232;me ann&#233;e cons&#233;cutive, en raison du covid-19, le Forum &#233;conomique mondial (FEM) de Davos a &#233;t&#233; annul&#233;. &#192; la place, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH92/arton51221-a6e74.png?1781352732' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='92' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alors que se tient l'&#233;dition (virtuelle) 2022 du Forum &#233;conomique mondial de Davos, une &#233;tude met en lumi&#232;re le r&#244;le central de cette institution m&#233;connue dans la capture, ces derni&#232;res ann&#233;es, de la gouvernance mondiale par des int&#233;r&#234;ts priv&#233;s sous couvert d'ouverture aux &#171; parties prenantes &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/01/30/davos-la-gouvernance-mondiale-par-et-pour-les-multinationales/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Entre les lignes et les mots&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; le 30 janvier 2022&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la deuxi&#232;me ann&#233;e cons&#233;cutive, en raison du covid-19, le Forum &#233;conomique mondial (FEM) de Davos a &#233;t&#233; annul&#233;. &#192; la place, ses dirigeants ont d&#233;cid&#233; d'organiser des sessions en ligne autour du th&#232;me &#171; l'&#233;tat du monde &#187; [1]. Une mani&#232;re de rappeler que le FEM entend bel et bien se maintenir comme un espace et un acteur cl&#233;s de la gouvernance mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses d&#233;buts ont pourtant &#233;t&#233; plus modestes. En 1971, Karl Schwab, un &#233;conomiste allemand, invite plus de 400 dirigeants d'entreprises europ&#233;ennes &#224; Davos pour les sensibiliser aux m&#233;thodes am&#233;ricaines de management [2]. La r&#233;union aura ensuite lieu chaque ann&#233;e, mais ses ambitions vont consid&#233;rablement s'&#233;largir au fil du temps. D&#232;s 1974, des dirigeants politiques vont &#234;tre invit&#233;s &#224; participer, et en 1987, &lt;i&gt;&#171; l'European Management Forum &#187; est rebaptis&#233; &#171; World Economic Forum &lt;/i&gt; &#187;. Pour Simon-Pierre Savard-Tremblay, &lt;i&gt;&#171; le message &#233;tait clair : nous ne traitons pas seulement des entreprises priv&#233;es, mais de l'&#233;conomie dans son ensemble &#187; &lt;/i&gt; [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2015, le FEM a obtenu le statut d'organisation internationale. Entre-temps, il s'est impos&#233; comme une des instances les plus embl&#233;matiques et les plus influentes de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale. D'o&#249;, &#224; partir de 2001, l'organisation par le mouvement alter-mondialiste du contre-mod&#232;le des &#171; Forums sociaux mondiaux &#187; [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un (puissant) lobby patronal&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre sa r&#233;union annuelle qui r&#233;unit d&#233;sormais &#171; des membres payants, des dirigeants d'entreprise, des responsables politiques du monde entier ainsi que des intellectuels et des journalistes (&#8230;) &#187; [5], le FEM organise &#233;galement des r&#233;unions th&#233;matiques ou r&#233;gionales, publie des rapports &#233;conomiques annuels, et lance ou participe &#224; des &#171; initiatives &#187; dans un nombre croissant de domaines (la sant&#233;, l'&#233;ducation, le climat, la lutte contre la corruption) [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette volont&#233; d'&#234;tre &#224; la fois un espace et un acteur strat&#233;giques de la gouvernance mondiale se heurte toutefois &#224; une structure et &#224; un fonctionnement pour le moin&lt;i&gt;s probl&#233;matiques. Tout d'abord, comme l'explique Simon-Pierre Savard-Tremblay, &#171; Le Forum &#233;conomique mondiale est financ&#233; par les cotisations des mille entreprises membres, lesquelles sont consid&#233;r&#233;es comme les mille premi&#232;res entreprises au monde &#187; &lt;/i&gt; [7]. Difficile, dans ces conditions, de croire l'organisation lorsqu'elle se d&#233;finit comme une instance &#171; &lt;i&gt; ind&#233;pendante, impartiale et li&#233;e &#224; aucun int&#233;r&#234;t particulier &#187; [8].&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, si les instances d&#233;cisionnelles du FEM sont compos&#233;es de repr&#233;sentants du monde des affaires, mais aussi des milieux politique, acad&#233;mique et de la soci&#233;t&#233; civile, les premiers demeurent tr&#232;s nettement surrepr&#233;sent&#233;s. Plus qu'un espace ou un acteur politique &#171; neutre &#187;, le FEM est donc d'abord et avant tout une des plus puissantes instances de lobbying du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au c&#339;ur du &#171; capitalisme des parties prenantes &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, ce lobbying se r&#233;v&#232;le extr&#234;mement efficace non seulement en termes d'orientations politiques et &#233;conomiques, mais aussi &#8211; et peut-&#234;tre surtout &#8211; dans sa capacit&#233; &#224; influencer l'architecture m&#234;me de l'ordre mondial. C'est du moins l'une des conclusions que tirent les auteurs du tout r&#233;cent livre The Great Takeover : Mapping of Multistakeholderism in Global Governance [La grande prise de contr&#244;le : Cartographie du multipartenariat dans la gouvernance mondiale], qui s'int&#233;resse &#224; la fa&#231;on dont la doctrine du &#171; partenariat entre parties prenantes &#187; (&#171; multistakeholderism &#187;) a progressivement envahi les principales sph&#232;res de la gouvernance mondiale avec &#224; la cl&#233; leur capture croissante par des int&#233;r&#234;ts priv&#233;s [9].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, comme l'expliquent les auteurs, &#171; &lt;i&gt; Le multipartenariat, ou gouvernance multipartite, trouve ses racines dans les th&#233;ories du management organisationnel qui d&#233;crivent comment une institution centrale (gouvernement, entreprise, etc.) devrait s'engager structurellement avec d'autres institutions publiques (&#233;lectorat, actionnaires, etc.) &#187; [10]. Dans le courant des ann&#233;es 1980, ces r&#233;flexions ont progressivement gagn&#233; le champ de la gouvernance mondiale &#224; la faveur de diff&#233;rentes &#233;volutions : mise en cause de l'interventionnisme &#233;tatique dans le cadre de la contre-r&#233;volution n&#233;olib&#233;rale ; critique de la l&#233;gitimit&#233; et de l'efficacit&#233; du multilat&#233;ralisme (entendu comme un syst&#232;me de relations entre &#201;tats) pour r&#233;soudre des probl&#232;mes globaux ; d&#233;-financement des Nations Unies et recours croissant de celles-ci aux financements priv&#233;s. Mais, &#224; c&#244;t&#233; de ces &#233;l&#233;ments, les auteurs en pointent un quatri&#232;me : la &#171; centralit&#233; du r&#244;le du Forum &#233;conomique mondial &#187;&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un activisme renforc&#233; apr&#232;s la crise de 2008&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le FEM s'est en effet construit autour de la mise en pratique de ce que son fondateur a appel&#233; la &#171; stakeholder management approach &#187;. Celle-ci, &#171; lie le succ&#232;s d'une entreprise au fait que ses dirigeants prennent en consid&#233;ration les int&#233;r&#234;ts de toutes les parties prenantes, &#224; savoir non seulement les actionnaires et les clients mais &#233;galement les employ&#233;s et les communaut&#233;s au sein desquelles l'entreprise &#233;volue, y compris les gouvernements &#187; [11]. Or, dans la foul&#233;e de la crise &#233;conomique et financi&#232;re de 2008, le FEM va commencer &#224; plaider pour la g&#233;n&#233;ralisation de ce mod&#232;le (&#233;galement baptis&#233; &#171; capitalisme de parties prenantes &#187;) au niveau international, afin de refonder le syst&#232;me multilat&#233;ral h&#233;rit&#233; de la Seconde Guerre mondiale. En 2009, il lance notamment la Global Redesign Initiative &#224; travers laquelle il affirme que &#171; le temps est venu d'adopter un nouveau paradigme de gouvernance internationale, analogue &#224; celui de la th&#233;orie de la gouvernance d'entreprise sur laquelle le Forum &#233;conomique mondial a &#233;t&#233; fond&#233; &#187; [12]. Plus r&#233;cemment, on retrouve les m&#234;mes th&#232;mes dans la Great Reset Initiative, lanc&#233;e en 2020, pour jeter les bases d'un futur &#171; post-pand&#233;mique &#187; [13].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultat, d'apr&#232;s les auteurs de l'&#233;tude &#8211; qui se sont pench&#233;s sur plus de 103 initiatives &#171; multipartites &#187; dans des domaines aussi vari&#233;s que l'&#233;ducation, la protection de l'environnement, la sant&#233;, la r&#233;gulation du num&#233;rique ou encore les syst&#232;mes alimentaires et agricoles -, : &#171; &lt;i&gt; un grand nombre de [ces initiatives] ont &#233;t&#233; soit directement con&#231;ues, propos&#233;es, convoqu&#233;es, lanc&#233;es ou incub&#233;es lors du Forum &#233;conomique mondial, soit par le biais de processus initi&#233;s lors du rassemblement de Davos &lt;/i&gt; &#187;. Et de souligner que &#171; &lt;i&gt; ces rassemblements annuels en janvier sont devenus aussi importants que les processus dirig&#233;s par les Nations unies tels que l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des Nations unies, le sommet sur le climat de la COP, le sommet mondial sur la soci&#233;t&#233; de l'information et l'Assembl&#233;e mondiale de la sant&#233;, entre autres, notamment parce que Davos r&#233;unit un &#233;ventail diversifi&#233; d'&#233;lites politiques et &#233;conomiques, mais avec une pr&#233;sence quasi nulle de repr&#233;sentants des secteurs marginalis&#233;s &#187; [14].&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un rem&#232;de pire que le mal&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; des limites du FEM lui-m&#234;me, le livre souligne surtout les dangers du mod&#232;le &#171; multipartite &#187; qu'il promeut &#8211; avec succ&#232;s &#8211; &#224; travers le monde : &#171; &lt;i&gt; Le r&#244;le accru des entreprises, en particulier des soci&#233;t&#233;s transnationales, et des m&#233;ga-philanthropies dans ces espaces de gouvernance a r&#233;ussi &#224; pr&#233;senter de fausses solutions, bas&#233;es sur le march&#233;, aux probl&#232;mes mondiaux, en prescrivant des solutions similaires au niveau national. D'une part, les cons&#233;quences imm&#233;diates et &#224; long terme consistent &#224; saper et &#224; marginaliser les institutions ou les fonctions des organes de gouvernance existants tels que le syst&#232;me des Nations Unies et les autorit&#233;s r&#233;glementaires gouvernementales. D'autre part, on assiste au renforcement de l'influence et du pouvoir des entreprises en tant qu'acteurs principaux dans ces processus, initiatives, arrangements et m&#233;canismes multipartites (&#8230;) qui op&#232;rent avec peu de surveillance et de r&#233;glementation &#187; [15].&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il fait peu de doute que le syst&#232;me international h&#233;rit&#233; de l'apr&#232;s-guerre m&#233;riterait d'&#234;tre d&#233;mocratis&#233;, on voit mal comment celui que nous pr&#233;pare le FEM sous couvert de &#171; multipartenariat &#187; pourrait nous rapprocher de cet objectif. Au contraire, m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#233;dric Leterme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Pour se faire une id&#233;e du programme : &lt;a href=&#034;https://www.weforum.org/events/the-davos-agenda-2022&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.weforum.org/events/the-davos-agenda-2022&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] S.-P. Savard-Tremblay (2019), &#171; Le sommet de Davos et le Forum &#233;conomique mondial : au service du big business &#187;, Blog du Journal de Montr&#233;al : &lt;a href=&#034;https://www.journaldemontreal.com/2019/01/22/le-sommet-de-davos-et-le-forum-economique-mondial&#8211;au-service-du-big-business&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.journaldemontreal.com/2019/01/22/le-sommet-de-davos-et-le-forum-economique-mondial&#8211;au-service-du-big-business&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Pour une analyse critique de l'&#233;tat actuel de ce mouvement et des Forums sociaux mondiaux, lire : C. Ventura (2021), &#171; De l'altermondialisme aux nouveaux mouvements sociaux et citoyens : l'internationalisation de la contestation, ses limites et quelques-uns de ses d&#233;fis &#187;, CETRI : &lt;a href=&#034;https://www.cetri.be/De-l-altermondialisme-aux-nouveaux&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cetri.be/De-l-altermondialisme-aux-nouveaux&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Savard-Tremblay, &#171; Le sommet de Davos&#8230; &#187;, op. Cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Plus de d&#233;tails ici : &lt;a href=&#034;https://www.weforum.org/our-impact&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.weforum.org/our-impact&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Savard-Tremblay, &#171; Le sommet de Davos&#8230; &#187;, op. Cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Voir sur le site du FEM : &lt;a href=&#034;https://www.weforum.org/about/world-economic-forum&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.weforum.org/about/world-economic-forum&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] B. Brennan, G. Berr&#243;n, M. Drago &amp; L. Paranhos (Eds) (2022), The Great Takeover : Mapping of Multistakeholderism in Global Governance, Amsterdam, People's Working Group on Multistakeholderism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Ibid., p. 3. Ma propre traduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] &#171; Forum &#233;conomique mondial &#187;, Wikipedia : &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Forum_%C3%A9conomique_mondial&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Forum_%C3%A9conomique_mondial&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Pour une analyse d&#233;taill&#233;e, lire : H. Gleckman (2016), &#171; Multi-stakeholderism : a corporate push for a new form of global governance &#187;, Amsterdam, Transnational Institute : &lt;a href=&#034;https://www.tni.org/files/publication-downloads/state-of-power-2016-chapter5.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.tni.org/files/publication-downloads/state-of-power-2016-chapter5.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Voir ici : &lt;a href=&#034;https://www.weforum.org/great-reset/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.weforum.org/great-reset/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Brennan et al., The Great Takeover&#8230;, op. cit., p. 12.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Ibid., p. 6.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cetri.be/Davos-la-gouvernance-mondiale-par&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cetri.be/Davos-la-gouvernance-mondiale-par&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Au-del&#224; de la &#171; menace &#187; chinoise</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Au-dela-de-la-menace-chinoise-48672</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Au-dela-de-la-menace-chinoise-48672</guid>
		<dc:date>2021-06-08T07:15:34Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;dric Leterme</dc:creator>


		<dc:subject>Chine</dc:subject>
		<dc:subject>Asie/Proche-Orient</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-06-08</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la Chine compte 1,4 milliard d'habitants. Et ce n'est plus uniquement sa capacit&#233; &#224; tirer profit de son vaste r&#233;servoir de main-d'&#339;uvre qui inqui&#232;te les chancelleries occidentales. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Europe solidaire sans fronti&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sur les quarante derni&#232;res ann&#233;es, le PIB chinois s'est envol&#233; d'un niveau proche de celui de l'Espagne (environ 195 milliards de dollars) &#224; un niveau qui se rapproche aujourd'hui de celui des &#201;tats-Unis (14 000 milliards de dollars contre 21 000 milliards (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton48672-4d6d6.jpg?1781352732' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Aujourd'hui, la Chine compte 1,4 milliard d'habitants. Et ce n'est plus uniquement sa capacit&#233; &#224; tirer profit de son vaste r&#233;servoir de main-d'&#339;uvre qui inqui&#232;te les chancelleries occidentales.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article57966&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Europe solidaire sans fronti&#232;re&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les quarante derni&#232;res ann&#233;es, le PIB chinois s'est envol&#233; d'un niveau proche de celui de l'Espagne (environ 195 milliards de dollars) &#224; un niveau qui se rapproche aujourd'hui de celui des &#201;tats-Unis (14 000 milliards de dollars contre 21 000 milliards pour les Am&#233;ricains)&#8230; et qui devrait bient&#244;t les d&#233;passer. En 2000, le PIB chinois repr&#233;sentait seulement 3,6% du PIB mondial. En 2019, cette proportion s'&#233;levait &#224; 17,8%. La part de la Chine dans le commerce mondial a suivi la m&#234;me &#233;volution, passant de 3% en 1995 &#224; 12,4% en 2018. Sur la m&#234;me p&#233;riode, la proportion de Chinois vivant dans l'extr&#234;me pauvret&#233; est pass&#233;e de 88% &#224; 2%, une baisse qui concerne pr&#232;s d'un milliard de personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image d'une Chine comme simple atelier du monde et championne de la contrefa&#231;on est d&#233;sormais largement p&#233;rim&#233;e. En 2019, le g&#233;ant asiatique a d&#233;pass&#233; les &#201;tats-Unis en termes de nombre de brevets d&#233;pos&#233;s aupr&#232;s de l'Organisation mondiale de la propri&#233;t&#233; intellectuelle. En 2020, pour la premi&#232;re fois, il y avait plus d'entreprises chinoises qu'am&#233;ricaines class&#233;es dans le c&#233;l&#232;bre Global Fortune 500 qui rassemble les 500 plus grosses multinationales de la plan&#232;te en termes de revenu. Et comme le soulignait la Cnuced en 2019, dans son Rapport sur l'&#233;conomie num&#233;rique, le pays est aujourd'hui le seul &#224; faire jeu &#233;gal avec &#8211; voire &#224; d&#233;passer &#8211; les &#201;tats-Unis dans des secteurs aussi strat&#233;giques que l'intelligence artificielle, le &#171; Big Data &#187;, la 5G ou encore les technologies blockchains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un mod&#232;le alternatif&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; un tel bilan, on comprend l'inqui&#233;tude qui gagne les Occidentaux. D'autant qu'au-del&#224; des d&#233;bats qui font rage pour savoir si le mod&#232;le chinois rel&#232;ve ou non du n&#233;olib&#233;ralisme &#8211; ou m&#234;me du capitalisme &#8211;, une chose est certaine : il n'a que peu &#224; voir avec les recommandations formul&#233;es par les institutions &#233;conomiques et financi&#232;res occidentales depuis les ann&#233;es 1980. Aux &#171; th&#233;rapies de choc &#187; n&#233;olib&#233;rales, P&#233;kin a syst&#233;matiquement privil&#233;gi&#233; le gradualisme et les essais-erreurs. Et alors que la r&#233;gulation &#233;tatique &#233;tait vilipend&#233;e au profit d'un &#171; nouveau constitutionnalisme &#187; de march&#233;, l'&#201;tat chinois a toujours veill&#233; &#224; maintenir dans son giron des secteurs et des leviers cl&#233;s de la politique &#233;conomique. Bien que leur r&#244;le ait &#233;t&#233; r&#233;duit, les entreprises d'&#201;tat continuent ainsi de dominer la plupart des secteurs strat&#233;giques en Chine (banques, &#233;nergies, infrastructures), et m&#234;me les entreprises priv&#233;es doivent se plier &#224; des formes de contr&#244;le plus ou moins strictes qui brouillent souvent la fronti&#232;re entre secteur public et secteur priv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat planifie et coordonne &#233;galement l'ensemble de l'activit&#233; &#233;conomique &#224; travers des organes comme la &#171; Commission nationale pour le d&#233;veloppement et la r&#233;forme &#187;, qui est responsable de la formulation et de la mise en &#339;uvre des strat&#233;gies de d&#233;veloppement &#233;conomique et social national. Enfin, &#224; travers un contr&#244;le &#233;troit du syst&#232;me financier, P&#233;kin est aussi en mesure &#171; de coordonner l'activit&#233; &#233;conomique d'une mani&#232;re qui n'est pas possible dans la plupart des pays occidentaux, o&#249; la finance priv&#233;e r&#232;gne en ma&#238;tre. Cela permet &#233;galement &#224; l'&#201;tat chinois de prot&#233;ger l'&#233;conomie nationale contre les turbulences des march&#233;s financiers mondiaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le plus &#171; inqui&#233;tant &#187; pour les Occidentaux vient peut-&#234;tre de l'erreur d'appr&#233;ciation qui les a pouss&#233;s &#8211; Am&#233;ricains en t&#234;te &#8211; &#224; miser sur la &#171; d&#233;mocratisation &#187; in&#233;vitable de la Chine &#224; mesure que le pays s'ouvrirait et se d&#233;velopperait &#233;conomiquement. Ironiquement, c'est &#224; Hillary Clinton, devenue secr&#233;taire d'&#201;tat sous Obama, qu'il est revenu de doucher les espoirs suscit&#233;s par son mari une d&#233;cennie plus t&#244;t, lorsqu'il d&#233;fendait l'id&#233;e d'une accession de la Chine &#224; l'Organisation mondiale du commerce (OMC) comme le moyen le plus s&#251;r de pousser le pays &#224; s'ouvrir. Dix ans plus tard, Clinton (Hillary) se rangeait cette fois parmi les &#171; faucons &#187; pour promouvoir une politique de r&#233;&#233;quilibrage strat&#233;gique visant &#224; contenir la &#171; menace chinoise &#187;. Et dans son discours de juillet 2020, son successeur Mike Pompeo allait jusqu'&#224; d&#233;clarer que &#171; si le monde libre ne change pas, c'est la Chine communiste qui nous changera &#187;. On mesure l'ampleur du revirement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nouvel homme fort &#224; P&#233;kin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire qu'entre-temps, la politique int&#233;rieure et &#233;trang&#232;re chinoise a &#233;galement &#233;volu&#233;, notamment sous l'impulsion de Xi Jinping, arriv&#233; au sommet de l'&#201;tat entre&#8239;2012 et 2013. Qualifi&#233; par certains de pr&#233;sident chinois le plus puissant depuis Mao Zedong , Xi arrive au pouvoir dans un contexte de crise aliment&#233;e par la corruption, mais aussi par la pollution, la menace terroriste, l'instabilit&#233; au Tibet, au Xinjiang et &#224; Hongkong, par un affaissement de la croissance &#233;conomique,&#8239;etc..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour y faire face, celui qui aime se pr&#233;senter comme un homme providentiel proc&#232;de &#224; une concentration du pouvoir in&#233;dite depuis le d&#233;but des r&#233;formes, dans les ann&#233;es 1980. Cette concentration s'accompagne d'un virage autoritaire, nationaliste et conservateur qui se traduit &#224; la fois par un durcissement des politiques r&#233;pressives en interne et par une attitude plus agressive sur la sc&#232;ne internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vis-&#224;-vis de l'ext&#233;rieur, exit cette fois l'&#233;poque du &#171; taoguang yanghui &#187; (litt&#233;ralement &#171; fuir la lumi&#232;re et rechercher l'obscurit&#233; &#187;) cher &#224; Deng Xiaoping et qui a largement inspir&#233; la diplomatie chinoise depuis les ann&#233;es 1980. Xi affirme d&#233;sormais haut et fort les positions et ambitions internationales de P&#233;kin. En t&#233;moigne le lancement de programmes phares comme les &#171; Nouvelles routes de la soie &#187; en 2013 ou encore &#171; Made in China 2025 &#187;. Il n'h&#233;site pas non plus &#224; recourir ouvertement &#224; la force ou &#224; la menace pour d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts chinois en mer de Chine ou vis-&#224;-vis de Ta&#239;wan et de Hong Kong. Plus largement, on lui reproche &#233;galement de vouloir bouleverser les r&#232;gles du jeu international &#224; travers un activisme renforc&#233; au sein des Nations unies ou encore la cr&#233;ation d'institutions parall&#232;les, &#224; l'image de la Banque asiatique d'investissement dans les infrastructures (BAII), cr&#233;&#233;e en 2014 pour concurrencer les institutions financi&#232;res occidentales en Asie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qui domine le monde ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretemps, les deux piliers de la puissance mondiale des &#201;tats-Unis &#8211; militaire et financi&#232;re &#8211; sont toujours fermement en place &#187;. Les d&#233;penses militaires des &#201;tats-Unis continuent ainsi de surpasser celles, combin&#233;es, des dix plus gros pays qui les suivent dans ce classement. Ils peuvent en outre compter sur un r&#233;seau d'environ 800 bases militaires &#224; l'&#233;tranger, r&#233;parties dans une septantaine de pays. Avec pour cons&#233;quences que &#171; les &#201;tats-Unis peuvent punir toute entreprise ou tout pays qu'ils n'aiment pas en leur imposant des sanctions qui les excluent du syst&#232;me du dollar, et par extension de l'&#233;conomie mondiale &#187;. Face &#224; cette situation, la Chine cherche bien des alternatives, mais elle reste pour l'heure largement prisonni&#232;re de la montagne de r&#233;serves en dollars et de titres de la dette am&#233;ricaine qu'elle a accumul&#233;e ces derni&#232;res d&#233;cennies&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la vraie question qui m&#233;rite d'&#234;tre pos&#233;e lorsque l'on s'interroge sur une possible &#171; menace chinoise &#187; est peut-&#234;tre d'abord celle-ci : une menace pour qui et pourquoi ? &#192; en croire les Am&#233;ricains et les Occidentaux en g&#233;n&#233;ral, la r&#233;ponse semble &#233;vidente : la Chine est une menace pour le &#171; monde libre &#187;, la paix et la stabilit&#233; mondiales. Pour les pays du Sud, la situation est plus compliqu&#233;e. D'abord, parce que le &#171; monde libre &#187; est surtout celui de l'h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine, et que celle-ci est plut&#244;t synonyme d'interventions militaires, de n&#233;ocolonialisme et d'hypocrisie pour beaucoup de pays d'Afrique, d'Am&#233;rique latine et d'Asie. Entendre Mike Pompeo, par exemple, d&#233;noncer une Chine qui ne respecterait pas les r&#232;gles internationales ou qui menacerait la d&#233;mocratie doit faire rire (jaune) les populations du Sud qui ont eu &#224; souffrir de l'unilat&#233;ralisme d&#233;complex&#233; des administrations Bush et Trump, pour ne citer qu'elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, parce que la Chine partage un h&#233;ritage commun avec le Sud &#8211; &#224; la fois comme victime de l'imp&#233;rialisme et du colonialisme et comme acteur majeur du tiers-mondisme. Un h&#233;ritage qu'elle n'h&#233;site pas &#224; mobiliser dans ses relations avec le monde en d&#233;veloppement. Pour autant, personne n'est dupe. La Chine d'aujourd'hui n'a plus grand-chose &#224; voir avec la Chine de Bandung, et son insistance sur les relations &#171; gagnant-gagnant &#187; cache mal des asym&#233;tries croissantes dans ses rapports &#233;conomiques et politiques avec le Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#233;dric Leterme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#233;dric Leterme, extrait d'un texte paru dans Alternatives Sud, 19 avril 2021&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://alter.quebec/au-dela-de-la-menace-chinoise/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://alter.quebec/au-dela-de-la-menace-chinoise/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Au-del&#224; de la menace chinoise </title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Au-dela-de-la-menace-chinoise-47503</link>
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		<dc:date>2021-03-29T19:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;dric Leterme</dc:creator>


		<dc:subject>Chine</dc:subject>
		<dc:subject>Asie/Proche-Orient</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-03-30</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La Chine fascine autant qu'elle inqui&#232;te. Rivale de plus en plus affirm&#233;e des &#201;tats-Unis, elle en conteste aujourd'hui la supr&#233;matie dans un nombre croissant de domaines. Bonne ou mauvaise nouvelle pour le Sud ? Un peu des deux, sans doute. Mais deux choses sont s&#251;res : le rapport occidental &#224; la &#171; menace chinoise &#187; est loin d'&#234;tre universel. Et les repr&#233;sentations d'une Chine conqu&#233;rante, homog&#232;ne et univoque, souvent exag&#233;r&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt; tir&#233; du site du CETRI &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nous ne pouvons pas r&#233;p&#233;ter les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH104/arton47503-d3e08.png?1781352733' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='104' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La Chine fascine autant qu'elle inqui&#232;te. Rivale de plus en plus affirm&#233;e des &#201;tats-Unis, elle en conteste aujourd'hui la supr&#233;matie dans un nombre croissant de domaines. Bonne ou mauvaise nouvelle pour le Sud ? Un peu des deux, sans doute. Mais deux choses sont s&#251;res : le rapport occidental &#224; la &#171; menace chinoise &#187; est loin d'&#234;tre universel. Et les repr&#233;sentations d'une Chine conqu&#233;rante, homog&#232;ne et univoque, souvent exag&#233;r&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;tir&#233; du &lt;a href=&#034;https://www.cetri.be/Au-dela-de-la-menace-chinoise&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site du CETRI&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous ne pouvons pas r&#233;p&#233;ter les erreurs de ces derni&#232;res ann&#233;es. Le d&#233;fi pos&#233; par la Chine exige des efforts &#233;nergiques de la part des d&#233;mocraties &#8211; celles d'Europe, celles d'Afrique, celles d'Am&#233;rique du Sud, et surtout celles de la r&#233;gion indo-pacifique. Si nous n'agissons pas maintenant, le Parti communiste chinois (PCC) finira par &#233;roder nos libert&#233;s et subvertir l'ordre fond&#233; sur des r&#232;gles que nos soci&#233;t&#233;s ont travaill&#233; si dur &#224; construire. Si nous plions le genou maintenant, les enfants de nos enfants pourraient &#234;tre &#224; la merci du PCC, dont les actions sont le principal d&#233;fi aujourd'hui dans le monde libre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces propos ont &#233;t&#233; tenus en juillet 2020 par le secr&#233;taire d'&#201;tat am&#233;ricain, Mike Pompeo, lors d'un discours aux accents de guerre froide, sobrement intitul&#233; &#171; La Chine communiste et l'avenir du monde libre &#187; (Pompeo, 2020, c'est nous qui traduisons). Ils illustrent le durcissement sous l'administration Trump de la politique des &#201;tats-Unis vis-&#224;-vis de la Chine. Mais la n&#233;cessit&#233; de contrer la &#171; menace chinoise &#187; ne date pas d'hier. C'est d'ailleurs l'un des rares sujets, &#224; Washington, &#224; b&#233;n&#233;ficier d'un large consensus entre d&#233;mocrates et r&#233;publicains, m&#234;me si les moyens pour y parvenir font d&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu d'observateurs s'attendent ainsi &#224; ce que Biden bouleverse fondamentalement la politique de son pr&#233;d&#233;cesseur vis-&#224;-vis de la Chine (Chandler, 2021). Et on se souviendra que c'est Obama qui a fait du &#171; pivot vers l'Asie &#187; le c&#339;ur de sa politique &#233;trang&#232;re, avec l'objectif avou&#233; de r&#233;&#233;quilibrer les forces dans la r&#233;gion face &#224; la mont&#233;e en puissance de la Chine (Delarue, 2016). Un objectif d'autant plus imp&#233;rieux que l'&#233;chec des aventures am&#233;ricaines au Moyen-Orient, ainsi que la crise &#233;conomique et financi&#232;re de 2008, avaient s&#233;rieusement &#233;branl&#233; les piliers de l'h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine&#8230; et largement profit&#233; &#224; la Chine (Arrighi, 2007).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;RETOUR DU &#171; P&#201;RIL JAUNE &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quoi, d&#232;s lors, raviver la crainte pluris&#233;culaire du &#171; p&#233;ril jaune &#187;. En 1897 d&#233;j&#224;, le sociologue Jacques Novicow s'en amusait : &#171; Le p&#233;ril jaune est signal&#233; de toutes parts. Les Chinois sont 400 millions. Th&#233;oriquement, ils peuvent mettre 30 millions d'hommes sur pied de guerre. Un beau matin, ils devraient envahir l'Europe, massacrer ses habitants et mettre fin &#224; la civilisation occidentale. Cela paraissait un dogme inattaquable. Mais, on s'est aper&#231;u dans ces derniers temps que les Chinois &#233;prouvent une horreur insurmontable contre le service militaire. Depuis qu'ils se sont laiss&#233;s battre par les Japonais, dix fois moins nombreux, les pessimistes ont fait volte-face. Le p&#233;ril jaune n'est plus &#224; craindre sous une forme militaire, du moins pour une p&#233;riode qui peut entrer dans nos pr&#233;occupations, le p&#233;ril jaune vient surtout de l'ouvrier chinois qui se contente de cinq sous &#187; (Novicow, 1897).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, le pays compte 1,4 milliard d'habitants. Et ce n'est plus uniquement sa capacit&#233; &#224; tirer profit de son vaste r&#233;servoir de main-d'&#339;uvre qui inqui&#232;te les chancelleries occidentales. Les performances &#233;conomiques chinoises des derni&#232;res d&#233;cennies ont en effet &#233;t&#233; si massives et rapides qu'elles d&#233;bouchent m&#233;caniquement sur des bouleversements g&#233;opolitiques profonds. Des performances qui, de l'aveu m&#234;me de la Banque mondiale, n'ont aucun parall&#232;le dans l'histoire humaine (cit&#233; dans Macfarlane, 2020).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les quarante derni&#232;res ann&#233;es, le PIB chinois s'est envol&#233; d'un niveau proche de celui de l'Espagne (environ 195 milliards de dollars) &#224; un niveau qui se rapproche aujourd'hui de celui des &#201;tats-Unis (14000 milliards de dollars contre 21000 milliards pour les Am&#233;ricains)&#8230; et qui devrait bient&#244;t les d&#233;passer. C'est m&#234;me d&#233;j&#224; le cas depuis 2014 si l'on calcule le PIB en parit&#233; de pouvoir d'achat. En 2000, le PIB chinois repr&#233;sentait seulement 3,6% du PIB mondial. En 2019, cette proportion s'&#233;levait &#224; 17,8% (Polverini, 2020). La part de la Chine dans le commerce mondial a suivi la m&#234;me &#233;volution, passant de 3% en 1995 &#224; 12,4% en 2018 (China Power Team, 2020). Sur la m&#234;me p&#233;riode, la proportion de Chinois vivant dans l'extr&#234;me pauvret&#233; est pass&#233;e de 88% &#224; 2%, une baisse qui concerne pr&#232;s d'un milliard de personnes (Macfarlane, 2020)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image d'une Chine comme simple atelier du monde et championne de la contrefa&#231;on est d&#233;sormais largement p&#233;rim&#233;e. En 2019, le g&#233;ant asiatique a d&#233;pass&#233; les &#201;tats-Unis en termes de nombre de brevets d&#233;pos&#233;s aupr&#232;s de l'Organisation mondiale de la propri&#233;t&#233; intellectuelle (WIPO, 2020). En 2020, pour la premi&#232;re fois, il y avait plus d'entreprises chinoises qu'am&#233;ricaines class&#233;es dans le c&#233;l&#232;bre Global Fortune 500 qui rassemble les 500 plus grosses multinationales de la plan&#232;te en termes de revenus (Kennedy, 2020). Et comme le soulignait la CNUCED en 2019, dans son &#171; Rapport sur l'&#233;conomie num&#233;rique &#187;, le pays est aujourd'hui le seul &#224; faire jeu &#233;gal avec &#8211; voire &#224; d&#233;passer &#8211; les &#201;tats-Unis dans des secteurs aussi strat&#233;giques que l'intelligence artificielle, le &#171; Big Data &#187;, la 5G ou encore les technologies blockchains (CNUCED, 2019).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;UN MOD&#200;LE ALTERNATIF&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; un tel bilan, on comprend l'inqui&#233;tude qui gagne les Occidentaux. D'autant qu'au-del&#224; des d&#233;bats qui font rage pour savoir si le mod&#232;le chinois rel&#232;ve ou non du n&#233;olib&#233;ralisme &#8211; ou m&#234;me du capitalisme [1] &#8211;, une chose est certaine : il n'a que peu &#224; voir avec les recommandations formul&#233;es par les institutions &#233;conomiques et financi&#232;res occidentales depuis les ann&#233;es 1980. Aux &#171; th&#233;rapies de choc &#187; n&#233;olib&#233;rales, P&#233;kin a syst&#233;matiquement privil&#233;gi&#233; le gradualisme et les essais-erreurs (Arrighi, 2007). Et alors que la r&#233;gulation &#233;tatique &#233;tait vilipend&#233;e au profit d'un &#171; nouveau constitutionnalisme &#187; de march&#233; [2], l'&#201;tat chinois a toujours veill&#233; &#224; maintenir dans son giron des secteurs et des leviers cl&#233;s de la politique &#233;conomique (Macfarlane, 2020). Bien que leur r&#244;le ait &#233;t&#233; r&#233;duit, les entreprises d'&#201;tat continuent ainsi de dominer la plupart des secteurs strat&#233;giques en Chine (banques, &#233;nergies, infrastructures), et m&#234;me les entreprises priv&#233;es doivent se plier &#224; des formes de contr&#244;le plus ou moins strictes qui brouillent souvent la fronti&#232;re entre secteur public et secteur priv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat planifie et coordonne &#233;galement l'ensemble de l'activit&#233; &#233;conomique &#224; travers des organes comme la &#171; Commission nationale pour le d&#233;veloppement et la r&#233;forme &#187;, &#171; qui supervise la cr&#233;ation du plan quinquennal de la Chine, et est responsable de la formulation et de la mise en &#339;uvre des strat&#233;gies de d&#233;veloppement &#233;conomique et social national &#187; (id.). Enfin, &#224; travers un contr&#244;le &#233;troit du syst&#232;me financier, P&#233;kin est aussi en mesure &#171; de coordonner l'activit&#233; &#233;conomique d'une mani&#232;re qui n'est pas possible dans la plupart des pays occidentaux, o&#249; la finance priv&#233;e r&#232;gne en ma&#238;tre. Cela permet &#233;galement &#224; l'&#201;tat chinois de prot&#233;ger l'&#233;conomie nationale contre les turbulences des march&#233;s financiers mondiaux &#187; (id.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le plus &#171; inqui&#233;tant &#187; pour les Occidentaux vient peut-&#234;tre de l'erreur d'appr&#233;ciation qui les a pouss&#233;s &#8211; Am&#233;ricains en t&#234;te &#8211; &#224; miser sur la &#171; d&#233;mocratisation &#187; in&#233;vitable de la Chine &#224; mesure que le pays s'ouvrirait et se d&#233;velopperait &#233;conomiquement. Ironiquement, c'est &#224; Hillary Clinton, devenue secr&#233;taire d'&#201;tat sous Obama, qu'il est revenu de doucher les espoirs suscit&#233;s par son mari une d&#233;cennie plus t&#244;t, lorsqu'il d&#233;fendait l'id&#233;e d'une accession de la Chine &#224; l'Organisation mondiale du commerce (OMC) comme le moyen le plus s&#251;r de pousser le pays &#224; s'ouvrir (Clinton, 2000). Dix ans plus tard, Clinton (Hillary) se rangeait cette fois parmi les &#171; faucons &#187; pour promouvoir une politique de r&#233;&#233;quilibrage strat&#233;gique visant &#224; contenir la &#171; menace chinoise &#187; (Dyer et Mitchell, 2016). Et dans son discours de juillet 2020 (cit&#233; ci-dessus), son successeur Mike Pompeo allait jusqu'&#224; d&#233;clarer que : &#171; Si le monde libre ne change pas, c'est la Chine communiste qui nous changera &#187;. On mesure l'ampleur du revirement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NOUVEL HOMME FORT &#192; P&#201;KIN&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire qu'entre-temps, la politique int&#233;rieure et &#233;trang&#232;re chinoise a &#233;galement &#233;volu&#233;, notamment sous l'impulsion de Xi Jinping, arriv&#233; au sommet de l'&#201;tat entre 2012 et 2013. Qualifi&#233; par certains de &#171; pr&#233;sident chinois le plus puissant depuis Mao Zedong &#187; (Frenkiel, 2015), Xi arrive au pouvoir dans un contexte de crise aliment&#233;e &#171; par la corruption, mais aussi par la pollution, la menace terroriste, l'instabilit&#233; au Tibet, au Xinjiang et &#224; Hongkong, par un affaissement de la croissance &#233;conomique, etc. &#187; (id.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour y faire face, celui qui aime se pr&#233;senter comme un homme providentiel proc&#232;de &#224; une concentration du pouvoir in&#233;dite depuis le d&#233;but des r&#233;formes, dans les ann&#233;es 1980. &#171; Le principe de direction collective &#233;labor&#233;e par Deng est remis en cause &#8212; ce dernier avait cr&#233;&#233; une division du travail au sein du Politburo, poussant &#224; la concurrence entre factions et &#224; la construction de coalitions au sein du Parti pour &#233;viter l'&#233;mergence d'un nouvel homme fort. M. Xi, lui, cumule les fonctions &#8212; secr&#233;tariat g&#233;n&#233;ral du PCC, pr&#233;sidence de la commission militaire centrale, mais &#233;galement direction de plusieurs organes en charge de la s&#233;curit&#233; nationale et de la cybers&#233;curit&#233; &#187; (id.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette concentration s'accompagne d'un virage autoritaire, nationaliste et conservateur qui se traduit &#224; la fois par un durcissement des politiques r&#233;pressives en interne et par une attitude plus agressive sur la sc&#232;ne internationale. Comme l'explique Shieh (dans cet Alternatives Sud) : &#171; Depuis que Xi Jinping est arriv&#233; au pouvoir en 2012, le pays a connu une r&#233;pression constante et brutale, qui va des campagnes de diffamation &#224; l'adoption de lois s&#233;curitaires (&#8230;), en passant par les confessions forc&#233;es et un puissant contr&#244;le id&#233;ologique des universit&#233;s, des m&#233;dias et d'Internet &#187;. Sous couvert de lutte contre le &#171; terrorisme et le s&#233;paratisme islamiste &#187;, la communaut&#233; Ou&#239;ghour fait tout particuli&#232;rement les frais de cette r&#233;pression accrue, comme le d&#233;montrent les r&#233;v&#233;lations qui se multiplient sur les camps de r&#233;&#233;ducation dans lesquels des centaines de milliers d'entre eux auraient &#233;t&#233; envoy&#233;s ces derni&#232;res ann&#233;es (ASPI, 2020).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vis-&#224;-vis de l'ext&#233;rieur, exit cette fois l'&#233;poque du &#171; taoguang yanghui &#187; (litt&#233;ralement &#171; fuir la lumi&#232;re et rechercher l'obscurit&#233; &#187;) cher &#224; Deng Xiaoping et qui a largement inspir&#233; la diplomatie chinoise depuis les ann&#233;es 1980. Xi affirme d&#233;sormais haut et fort les positions et ambitions internationales de P&#233;kin. En t&#233;moigne le lancement de programmes phares comme les &#171; Nouvelles routes de la soie &#187; en 2013 (voire l'article de Bello dans cet Alternatives Sud) ou encore &#171; Made in China 2025 &#187;. Il n'h&#233;site pas non plus &#224; recourir ouvertement &#224; la force ou &#224; la menace pour d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts chinois en mer de Chine (Cebron, 2019) ou vis-&#224;-vis de Ta&#239;wan et de Hong-Kong. Plus largement, on lui reproche &#233;galement de vouloir bouleverser les r&#232;gles du jeu international &#224; travers un activisme renforc&#233; au sein des Nations unies (Hughes, 2020), la promotion d'un mod&#232;le chinois de gouvernance d'Internet (Hong et Harwit, dans ce num&#233;ro) ou encore la cr&#233;ation d'institutions parall&#232;les, &#224; l'image de la Banque asiatique d'investissement dans les infrastructures (BAII), cr&#233;&#233;e en 2014 pour concurrencer les institutions financi&#232;res occidentales en Asie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DES CRAINTES &#192; RELATIVISER&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il pour autant avoir peur de la Chine ? Tout d&#233;pend du point de vue. Rappelons d'abord que si le rattrapage &#233;conomique et g&#233;opolitique chinois est effectivement impressionnant, d'autres indicateurs montrent qu'il lui reste encore beaucoup de chemin &#224; parcourir avant de pouvoir pr&#233;tendre au statut de premi&#232;re puissance mondiale. Comme le souligne notamment Loong Yu dans cet Alternatives Sud : &#171; Si vous regardez son PIB, la Chine est le deuxi&#232;me plus grand pays du monde. Mais si vous mesurez le PIB par habitant, c'est toujours un pays &#224; revenu interm&#233;diaire. On peut aussi voir des faiblesses m&#234;me dans les domaines o&#249; elle rattrape les puissances capitalistes avanc&#233;es. Par exemple, le t&#233;l&#233;phone mobile Huawei, devenu maintenant une marque mondiale, a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233; non seulement par ses propres scientifiques chinois, mais surtout en embauchant 400 scientifiques japonais. Cela montre que la Chine d&#233;pendait et d&#233;pend toujours fortement des ressources humaines &#233;trang&#232;res pour la recherche et le d&#233;veloppement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, la journaliste Jeanne Hughes souligne dans un article r&#233;cent du Monde diplomatique &#224; quel point la suppos&#233;e &#171; offensive chinoise &#187; au sein des Nations unies rel&#232;ve du &#171; fantasme &#187; (Hughes, 2020). &#171; [&#8230;] Aussi &#233;trange que cela puisse para&#238;tre, nous explique-t-elle, les chiffres montrent que la Chine est plut&#244;t sous-repr&#233;sent&#233;e dans les rouages de l'organisation &#187;. Certes, son influence a augment&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es, mais elle est encore loin de correspondre &#224; ce qu'elle pourrait revendiquer au vu de son poids d&#233;mographique et &#233;conomique. En outre, les institutions les plus influentes et d&#233;cisives restent encore largement sous contr&#244;le occidental (ex : FMI, OCDE, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, et surtout, comme le rappelait r&#233;cemment l'historien Adam Tooze : &#171; Pour l'heure, il est grossi&#232;rement exag&#233;r&#233; de parler de la fin de l'ordre mondial am&#233;ricain. Les deux piliers de sa puissance mondiale - militaire et financi&#232;re - sont toujours fermement en place &#187; (Tooze, 2019). Les d&#233;penses militaires des &#201;tats-Unis continuent ainsi de surpasser celles, combin&#233;es, des dix plus gros pays qui les suivent dans ce classement. Ils peuvent en outre compter sur un r&#233;seau d'environ 800 bases militaires &#224; l'&#233;tranger, r&#233;parties dans une septantaine de pays (Lazare, 2020). R&#233;sultat, comme le soulignait un num&#233;ro r&#233;cent du bimensuel Mani&#232;re de voir : &#171; Malgr&#233; ses 14000 kilom&#232;tres de c&#244;tes, la Chine se heurte, d&#232;s qu'elle sort en mer, &#224; l'arm&#233;e am&#233;ricaine. Outre les bases de plusieurs dizaines de milliers d'hommes au Japon et en Cor&#233;e du Sud, on trouve quelques centaines de militaires r&#233;partis entre Singapour, la Tha&#239;lande, le Pakistan, etc. &#187; (Mani&#232;re de voir, 2020)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; financier, le c&#339;ur du pouvoir h&#233;g&#233;monique am&#233;ricain r&#233;side toujours dans le &#171; privil&#232;ge exorbitant &#187; que leur conf&#232;re le statut de monnaie de r&#233;serve internationale du dollar. Un statut que, paradoxalement, la crise &#233;conomique et financi&#232;re de 2008 a contribu&#233; &#224; renforcer (Tooze, 2019). Avec pour cons&#233;quences que &#171; les &#201;tats-Unis peuvent punir toute entreprise ou tout pays qu'ils n'aiment pas en leur imposant des sanctions qui les excluent du syst&#232;me du dollar, et par extension de l'&#233;conomie mondiale &#187; (Macfarlane, 2020). Face &#224; cette situation, la Chine cherche bien des alternatives, mais elle reste pour l'heure largement prisonni&#232;re de la montagne de r&#233;serves en dollars et de titres de la dette am&#233;ricaine qu'elle a accumul&#233;e ces derni&#232;res d&#233;cennies&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;UNE &#171; MENACE &#187; POUR QUI ET POUR QUOI ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la vraie question qui m&#233;rite d'&#234;tre pos&#233;e lorsque l'on s'interroge sur une possible &#171; menace chinoise &#187; est peut-&#234;tre d'abord celle-ci : une menace pour qui et pour quoi ? &#192; en croire les Am&#233;ricains et les Occidentaux en g&#233;n&#233;ral, la r&#233;ponse semble &#233;vidente, et elle devrait l'&#234;tre pour tout le monde : la Chine est une menace pour le &#171; monde libre &#187;, la paix et la stabilit&#233; mondiales. Pour les pays du Sud, la situation est plus compliqu&#233;e. D'abord, parce que le &#171; monde libre &#187; est surtout celui de l'h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine, et que celle-ci est plut&#244;t synonyme d'interventions militaires, de n&#233;ocolonialisme et d'hypocrisie pour beaucoup de pays d'Afrique, d'Am&#233;rique latine et d'Asie. Entendre Mike Pompeo, par exemple, d&#233;noncer une Chine qui ne respecterait pas les r&#232;gles internationales ou qui menacerait la d&#233;mocratie doit faire rire (jaune) les populations du Sud qui ont eu &#224; souffrir de l'unilat&#233;ralisme d&#233;complex&#233; des administrations Bush et Trump, pour ne citer qu'elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, parce que, au contraire, comme le rappellent diff&#233;rentes contributions &#224; ce num&#233;ro d'Alternatives Sud, la Chine partage un h&#233;ritage commun avec le Sud &#8211; &#224; la fois comme victime de l'imp&#233;rialisme et du colonialisme et comme acteur majeur du tiers-mondisme. Un h&#233;ritage qu'elle n'h&#233;site pas &#224; mobiliser dans ses relations avec le monde en d&#233;veloppement, comme le souligne Carrozza (dans ce num&#233;ro) en partant de l'exemple de l'Afrique : &#171; Le discours chinois inscrit les relations sino-africaines dans une logique plus large de coop&#233;ration Sud-Sud, dans laquelle le &#8216;Sud' (...) est une source d'identit&#233; pour les acteurs &#233;tatiques et non &#233;tatiques &#8211; une identit&#233; qui est constamment n&#233;goci&#233;e lors des r&#233;unions du Mouvement des non-align&#233;s (MNA), du G77 et d'autres organisations r&#233;gionales et sous-r&#233;gionales et qui englobe l'exp&#233;rience commune du colonialisme et de l'imp&#233;rialisme. En fin de compte, le &#8216;Sud' est utilis&#233; comme une strat&#233;gie mobilisatrice fond&#233;e sur une critique des asym&#233;tries et des in&#233;galit&#233;s du syst&#232;me international contemporain (&#8230;) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, personne n'est dupe. La Chine d'aujourd'hui n'a plus grand-chose &#224; voir avec la Chine de Bandung, et son insistance sur les relations &#171; gagnant-gagnant &#187; cache mal des asym&#233;tries croissantes dans ses rapports &#233;conomiques et politiques avec le Sud. En Asie, par exemple, Ha (dans cet Alternatives Sud) explique qu'&#171; une bonne dose de prudence et d'analyse des co&#251;ts est entr&#233;e dans la perception des Nouvelles routes de la soie dans la r&#233;gion, contrairement &#224; l'enthousiasme qu'elles avaient re&#231;u en 2015-17 &#187;. En cause, notamment, &#171; une r&#233;alit&#233; historique partag&#233;e par les &#201;tats membres de l'ANASE dans leurs relations respectives avec la Chine &#187;, &#224; savoir : &#171; l'asym&#233;trie de pouvoir qui induit structurellement leur crainte constante de la vuln&#233;rabilit&#233;, de la surd&#233;pendance et de la perte d'autonomie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Am&#233;rique latine aussi les relations avec la Chine sont devenues plus ambivalentes ces derni&#232;res ann&#233;es. Comme le souligne Laufer (dans ce num&#233;ro) : &#171; Au cours de la premi&#232;re d&#233;cennie de ce si&#232;cle, en stimulant les prix des ressources naturelles import&#233;es, le march&#233; chinois a &#233;t&#233; pour l'Am&#233;rique latine le moteur d'un cycle de revenus &#233;lev&#233;s. Mais la convergence d'int&#233;r&#234;ts entre les classes dirigeantes latino-am&#233;ricaines et la bourgeoisie chinoise, concr&#233;tis&#233;e par cette alliance commerciale, ne s'est pas traduite par un &#233;lan d'industrialisation et de diversification des produits r&#233;gionaux. Elle a plut&#244;t d&#233;bouch&#233; sur une nouvelle approche des gouvernements dits &#8216;progressistes', qui ont pari&#233; sur le mod&#232;le extractiviste et sur le d&#233;veloppement tourn&#233; vers l'international ; pari encourag&#233; par la conjoncture des prix &#233;lev&#233;s des produits export&#233;s. [3] &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est peut-&#234;tre vis-&#224;-vis de l'Afrique que les d&#233;bats sur un &#171; nouvel imp&#233;rialisme &#187; chinois sont les plus vifs... et les plus r&#233;ducteurs. En effet, &#224; mesure que la Chine a pris de l'importance sur le continent ces deux derni&#232;res d&#233;cennies &#8211; notamment en tirant profit des espaces laiss&#233;s ouverts par les &#201;tats-Unis et l'Europe &#8211;, un discours binaire s'est constitu&#233; dans les m&#233;dias et les d&#233;clarations officielles faisant de la Chine soit un &#171; pr&#233;dateur &#187;, soit un &#171; ami &#187; de l'Afrique (CETRI, 2011 ; Wu, 2019 ; Koen, 2020).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier cas, on insiste sur les accaparements de terres et de ressources, la diplomatie du pi&#232;ge de la dette (debt-trap diplomacy) ou le soutien aux gouvernements autoritaires (Reuters, 2011 ; Dok &amp; Thayer, 2019). Dans le second, on rel&#232;ve plus volontiers le respect des souverainet&#233;s nationales, l'investissement dans les infrastructures de long terme et la promotion des int&#233;r&#234;ts mutuels (Brown, 2019). Or, la r&#233;alit&#233; se situe souvent entre les deux, sans compter que les relations avec la Chine varient consid&#233;rablement d'un pays africain &#224; l'autre, m&#234;me si P&#233;kin tend de plus en plus &#224; les inscrire dans ce que Carrozza (dans ce num&#233;ro) qualifie de &#171; nexus liant la s&#233;curit&#233; et le d&#233;veloppement &#187;. Un des d&#233;fis les plus pressants pour le continent africain est donc surtout celui de l'unit&#233;, un constat qui vaut d'ailleurs autant pour ses relations vis-&#224;-vis de la Chine que vis-&#224;-vis des &#201;tats-Unis et de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste qu'entre les ambitions g&#233;opolitiques de P&#233;kin, son expansionnisme &#233;conomique et sa gourmandise en mati&#232;res premi&#232;res, les craintes d'un nouvel imp&#233;rialisme chinois sont loin d'&#234;tre infond&#233;es&#8230; &#224; condition d'en reconna&#238;tre les sp&#233;cificit&#233;s. Bello, par exemple, souligne que, pour l'heure en tout cas, l'imp&#233;rialisme chinois reste fondamentalement diff&#233;rent de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain &#8211; et occidental en g&#233;n&#233;ral &#8211; sur au moins un point : celui du recours &#224; la guerre et &#224; la violence arm&#233;e : &#171; l'&#233;mergence de la Chine en tant que puissance capitaliste a &#233;t&#233; marqu&#233;e par un niveau de violence comparativement faible dans le processus d'accumulation primitive du capital, et il en va de m&#234;me pour son expansion &#233;conomique mondiale au cours des vingt-cinq derni&#232;res ann&#233;es. Une situation qui contraste fortement avec l'&#233;volution des relations entre les puissances capitalistes occidentales et les pays du Sud &#187; (Bello, 2019).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus critique que le Philippin sur la nature du pouvoir chinois, Loong Yu (dans ce num&#233;ro) ne dit pourtant pas autre chose : &#171; La Chine suit une trajectoire imp&#233;rialiste. Je suis contre la dictature du Parti communiste, son aspiration &#224; devenir une grande puissance et ses revendications dans la mer de Chine m&#233;ridionale. Mais je ne pense pas qu'il soit correct de mettre la Chine et les &#201;tats-Unis sur le m&#234;me plan. &#192; l'heure actuelle, la Chine est un cas particulier. Il y a deux facettes &#224; son essor. D'une part, ce qui est commun &#224; ces deux pays : les deux sont capitalistes et imp&#233;rialistes. D'autre part, la Chine est le premier pays imp&#233;rialiste qui &#233;tait auparavant un pays semi-colonial. C'est tr&#232;s diff&#233;rent des &#201;tats-Unis ou de tout autre pays imp&#233;rialiste. Nous devons en tenir compte dans notre analyse pour comprendre comment la Chine fonctionne dans le monde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;UN POUVOIR ET UNE SOCI&#201;T&#201; CONTRADICTOIRES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre &#233;l&#233;ment sur lequel insistent ces deux auteurs (et d'autres) : la n&#233;cessit&#233; de rompre avec une vision aussi r&#233;pandue que r&#233;ductrice d'une Chine homog&#232;ne et univoque, d'autant plus redoutable qu'elle pourrait compter sur l'h&#233;ritage d'une civilisation plurimill&#233;naire o&#249; se m&#233;langent l'ob&#233;issance confuc&#233;enne, l'art de la guerre de Sun Tzu et le totalitarisme communiste&#8230; En r&#233;alit&#233;, comme Bello le montre dans cet Alternatives Sud &#224; travers l'exemple des Nouvelles routes de la soie, le pouvoir chinois est loin d'&#234;tre le monolithe omniscient souvent repr&#233;sent&#233; dans les m&#233;dias et les discours officiels [4]. Les autorit&#233;s locales, par exemple, disposent d'&#233;norm&#233;ment d'autonomie pour mettre en &#339;uvre les grandes orientations fix&#233;es par le pouvoir central, et leur mise en concurrence d&#233;bouche r&#233;guli&#232;rement sur des dynamiques centrifuges et irrationnelles sur lesquelles P&#233;kin peine &#224; garder la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, derri&#232;re le &#171; miracle chinois &#187; se cachent &#233;galement des contradictions de plus en plus difficiles &#224; g&#233;rer. Toujours dans son article sur les Nouvelles routes de la soie, Bello consid&#232;re par exemple que celles-ci ne sont &#171; qu'une tentative de donner un semblant d'ordre au chaos et &#224; la crise qui minent la Chine. Le probl&#232;me de la surcapacit&#233; est aujourd'hui le frein le plus important &#224; l'&#233;conomie chinoise (&#8230;). C'est son externalisation qui se cache derri&#232;re [les Nouvelles routes de la soie] &#187;. Le probl&#232;me des in&#233;galit&#233;s croissantes est &#233;galement connu de longue date, mais il ne fait qu'empirer, &#224; la fois entre les riches et les pauvres, mais aussi entre les villes et les campagnes (Piketty, Yang &amp; Zucman, 2019).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, en s'y attaquant, la Chine pourrait r&#233;duire sa d&#233;pendance &#224; l'&#233;conomie mondiale et se recentrer sur son march&#233; int&#233;rieur, mais les efforts en ce sens se heurtent syst&#233;matiquement &#224; la r&#233;sistance de puissants int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques et politiques, en Chine et en-dehors. Dans leur article sur les droits des travailleurs en Chine, par exemple, les membres du China Labour Bulletin expliquent qu'&#171; avec le ralentissement de l'&#233;conomie dans les ann&#233;es 2010, plusieurs hauts fonctionnaires envisag&#232;rent ouvertement de revenir sur certains droits [conc&#233;d&#233;s aux travailleurs, ndlr], afin de cr&#233;er un environnement juridique plus favorable aux entreprises &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parall&#232;le, pour ne rien arranger, les d&#233;gradations environnementales ont &#233;galement atteint des niveaux tels qu'il n'est plus possible de les ignorer. Lau Kin Chi (dans ce num&#233;ro) rapporte ainsi que &#171; Selon le Rapport sur la richesse globale de 2014, publi&#233; par le Programme des Nations unies pour l'environnement, la croissance de la Chine en termes de PIB a progress&#233; de 523% entre 1990 et 2010, mais seulement de 47% en termes de richesse inclusive &#187;, c'est-&#224;-dire si on tient compte des destructions environnementales. Or, toujours selon elle, les solutions convoqu&#233;es pour y faire face ont tendance &#224; renforcer les in&#233;galit&#233;s, ainsi que l'emprise technocratique du pouvoir de P&#233;kin sur la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, plus largement, la volont&#233; de Xi Jinping de faire face aux multiples crises que traverse la Chine &#224; travers une concentration et un durcissement consid&#233;rables du pouvoir contient peut-&#234;tre en elle-m&#234;me sa propre contradiction, comme le sugg&#232;re Shieh (dans ce num&#233;ro) : &#171; Alors que Xi Jinping cherche &#224; renforcer le Parti, il s'est &#233;galement arrang&#233; pour concentrer le pouvoir entre ses mains, et ainsi saboter les normes de direction et de succession collectives qui constituaient la marque de fabrique de la r&#233;silience autoritaire du Parti &#187;. Sans parler du co&#251;t humain &#233;norme de cette r&#233;pression&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DES R&#201;SISTANCES FRAGILIS&#201;ES, MAIS TOUJOURS PR&#201;SENTES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, comme le montre la derni&#232;re s&#233;rie d'articles r&#233;unis dans cet Alternatives Sud, les r&#233;sistances internes &#224; la soci&#233;t&#233; chinoise restent plus nombreuses et vivaces que ce que sugg&#232;rent les repr&#233;sentations dominantes sur le &#171; totalitarisme &#187; et la &#171; docilit&#233; &#187; des Chinois (voir notamment l'article du China Labour Bulletin sur les mobilisations des travailleurs ou celui de Shieh sur la soci&#233;t&#233; civile en g&#233;n&#233;ral). M&#234;me le durcissement autoritaire op&#233;r&#233; sous Xi Jinping n'a donc pas totalement fait dispara&#238;tre les espaces ouverts &#224; la contestation et &#224; l'organisation de la soci&#233;t&#233; civile ces derni&#232;res d&#233;cennies, &#224; mesure que la structure et les relations sociales du pays se complexifiaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le souligne Shieh (dans ce num&#233;ro) : &#171; Des manifestations &#224; petite &#233;chelle dans les rues et en ligne ont toujours lieu. Des ONG locales, comme Friends of Nature, ont intent&#233; des proc&#232;s publics en mati&#232;re d'environnement (&#8230;). Des activistes continuent &#224; aider les travailleurs &#224; s'organiser, &#224; n&#233;gocier des conventions collectives, et &#224; demander des comptes &#224; la F&#233;d&#233;ration des syndicats de Chine (le syndicat officiel chinois). Des f&#233;ministes et militant.e.s LGBT font entendre leurs voix au sujet de la violence et de la discrimination sexuelles, et des avocats continuent &#224; d&#233;fendre le nombre croissant d'activistes d&#233;tenus &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces dynamiques s'inscrivent toutefois dans un contexte et dans une histoire propres &#224; la Chine qui n&#233;cessitent de les analyser pour eux-m&#234;mes&#8230; sans pour autant s'interdire de faire des liens avec des dynamiques plus larges. Yiping, par exemple (dans cet Alternatives Sud), dans son article sur le mouvement des femmes en Chine, insiste pour faire de ce dernier une partie int&#233;grante du mouvement f&#233;ministe transnational : &#171; Il ne faut pas voir le mouvement et l'organisation des femmes chinoises comme &#233;tant isol&#233;s du mouvement f&#233;ministe transnational. Au contraire, des liens les unissent, comme en t&#233;moignent leurs trajectoires historiques respectives &#187;. Ce qui ne l'emp&#234;che pas, dans la foul&#233;e, d'&#233;voquer les contraintes et les d&#233;fis particuliers qui p&#232;sent sur les femmes chinoises, &#224; commencer par les &#171; pressions culturelles multidimensionnelles entre l'id&#233;ologie socialiste de lib&#233;ration des femmes, les attitudes discriminatoires et misogynes toujours bien ancr&#233;es et le pouvoir des entreprises qui dominent la soci&#233;t&#233; de consommation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce domaine comme dans d'autres, il faut donc se m&#233;fier des r&#233;cits t&#233;l&#233;ologiques et r&#233;ducteurs qui ont le vent en poupe lorsque l'on parle de la Chine. D'un c&#244;t&#233;, en effet, on peut difficilement en faire un &#171; exemple &#187; &#224; suivre pour le Sud (cf. Loong Yu dans ce num&#233;ro), tant les conditions de son essor ont &#233;t&#233; (et lui restent) sp&#233;cifiques, sans parler des co&#251;ts humains, sociaux et environnementaux colossaux associ&#233;s &#224; son mod&#232;le de d&#233;veloppement. Mais de l'autre c&#244;t&#233;, il est tout aussi probl&#233;matique de faire de la Chine une &#171; menace &#187; monolithique, &#224; supposer que l'on s'accorde sur ce qu'elle menace exactement. En r&#233;alit&#233;, sa trajectoire future est loin d'&#234;tre fig&#233;e et les contours que pourrait prendre, &#224; l'avenir, une &#233;ventuelle &#171; h&#233;g&#233;monie chinoise &#187; restent eux aussi largement incertains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NOTES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Sur ce point, voir notamment Arrighi (2007) et sa critique de Harvey (2005), ainsi que la critique de cette critique par Panitch (2010).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Sur cette notion de &#171; nouveau constitutionnalisme &#187;, voir notamment Gill (1999).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Sur la relation entre la Chine et l'Am&#233;rique latine, voir aussi Thomas (2020).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Sur ce point, voir aussi l'article de Loong Yu (dans cet Alternatives Sud) ou encore Jones (2020).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;BIBLIOGRAPHIE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
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		</content:encoded>


		

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		<title>Audit Citoyen de la dette - Dettes publiques : les audits citoyens gagnent l'Europe</title>
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		<dc:creator>C&#233;dric Leterme</dc:creator>


		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2013-04-09</dc:subject>

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&lt;p&gt;Alors que l'ampleur des dettes publiques sert de justification &#224; toute une s&#233;rie de r&#233;gressions sociales en Europe, de plus en plus de mouvements sociaux cherchent &#224; se r&#233;approprier ce d&#233;bat en prenant exemple sur des exp&#233;riences men&#233;es en Am&#233;rique Latine ou en Afrique. Leur point de ralliement : la cr&#233;ation de &#171; comit&#233;s d'audit citoyen &#187; charg&#233;s de faire la lumi&#232;re sur l'origine de ce surendettement et au besoin, d'en appeler &#224; la r&#233;pudiation pure et simple de sa portion &#034;ill&#233;gitime&#034;. &lt;br class='autobr' /&gt; Du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH125/arton13665-c6c56.jpg?1781352733' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='125' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alors que l'ampleur des dettes publiques sert de justification &#224; toute une s&#233;rie de r&#233;gressions sociales en Europe, de plus en plus de mouvements sociaux cherchent &#224; se r&#233;approprier ce d&#233;bat en prenant exemple sur des exp&#233;riences men&#233;es en Am&#233;rique Latine ou en Afrique. Leur point de ralliement : la cr&#233;ation de &#171; comit&#233;s d'audit citoyen &#187; charg&#233;s de faire la lumi&#232;re sur l'origine de ce surendettement et au besoin, d'en appeler &#224; la r&#233;pudiation pure et simple de sa portion &#034;ill&#233;gitime&#034;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Du 15 au 18 f&#233;vrier dernier, Thessalonique a accueilli la troisi&#232;me rencontre du R&#233;seau international pour un audit citoyen de la dette (ICAN). Cette plate-forme regroupe diff&#233;rentes initiatives nationales d'Europe et d'Afrique du Nord, dont le point commun est de chercher &#224; se r&#233;approprier le d&#233;bat sur la dette par la cr&#233;ation de &#171; comit&#233;s d'audit citoyen &#187;. &#171; L'id&#233;e est avant tout de repolitiser un enjeu qui nous a &#233;t&#233; confisqu&#233; par les &#171; experts &#187; en tout genre &#187;, confie ainsi &#201;milie du Cadtm (Comit&#233; pour l'Annulation de la Dette du Tiers-monde), une ONG active depuis longtemps sur la question de la dette des pays du Sud et qui s'est r&#233;cemment recentr&#233;e sur l'Europe &#224; la faveur de la crise de l'euro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son fondateur, &#201;ric Toussaint, a notamment particip&#233; &#224; l'audit gouvernemental r&#233;alis&#233; en &#201;quateur en 2006 &#224; la demande du nouveau pr&#233;sident Rafael Correa, qui a permis de d&#233;clarer ill&#233;gitime pr&#232;s de 80 % de la dette du pays. La r&#233;ussite de cette exp&#233;rience, tout comme les d&#233;marches similaires r&#233;alis&#233;es cette fois sur une base citoyenne au Br&#233;sil ou au Mali, a inspir&#233; bon nombre de mouvements sociaux en Europe, fatigu&#233;s des discours fatalistes tenus sur la dette et l'aust&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; On ne doit rien, on ne paye rien ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans grande surprise, les premiers &#224; s'&#234;tre saisis de la question sont les Grecs, en mars 2011. Le mouvement des indign&#233;s de la place Syntagma a servi de puissant catalyseur et il existe d&#233;sormais deux groupes qui traitent sp&#233;cifiquement de la question en Gr&#232;ce, l'ELE (Campagne pour un audit de la dette grecque), bas&#233; &#224; Ath&#232;nes, et le NDNE (No Debt, No Euro) &#224; Thessalonique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont &#233;t&#233; rapidement rejoints par d'autres pays du Sud de l'Europe en proie &#224; un surendettement insoutenable comme le Portugal, l'Irlande, l'Italie ou encore l'Espagne. Mais aussi par des pays en apparence moins affect&#233;s par la probl&#233;matique comme l'Angleterre, la France et m&#234;me l'Allemagne. L'angle d'attaque est &#224; chaque fois diff&#233;rent. Ici on interroge le poids du sauvetage bancaire sur les finances publiques (Anglo en Irlande ou Bankia en Espagne). L&#224; on d&#233;nonce les pr&#234;ts toxiques accord&#233;s aux collectivit&#233;s locales (comme en France et en Belgique avec l'affaire Dexia). Les mouvements f&#233;ministes sont &#233;galement tr&#232;s pr&#233;sents dans la campagne, certains r&#233;clamant la r&#233;alisation d'audits f&#233;ministes de la dette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un &#233;quilibre &#224; trouver&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les moyens d'action peuvent &#233;galement varier d'un pays &#224; l'autre. &#034;L'initiative recouvre essentiellement deux volets compl&#233;mentaires, nous explique &#201;milie. Un volet de sensibilisation et de vulgarisation des enjeux li&#233;s &#224; la dette et un volet plus technique, qui vise &#224; d&#233;cortiquer les m&#233;canismes du surendettement pour en rep&#233;rer les aspects ill&#233;gitimes. Selon les pays, chaque volet peut prendre plus ou moins d'importance&#034;. Selon elle, il n'est pas toujours facile de trouver le juste &#233;quilibre entre ces deux dimensions. &#034;L'IAC (Iniciativa de Auditoria Cidad&#227; &#224; Divida P&#250;blica, Portugal) vient par exemple d'achever la r&#233;daction d'un rapport tr&#232;s fouill&#233;. L'enjeu pour eux va &#234;tre maintenant de rendre ces donn&#233;es accessibles et compr&#233;hensibles par un public large. Dans d'autres pays, le travail d'&#233;ducation populaire est tr&#232;s important, mais il faut que le travail d'analyse suive pour que la dynamique ne s'essoufle pas&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre difficult&#233; tient &#224; la grande vari&#233;t&#233; d'acteurs (mouvements sociaux, partis politiques, syndicats) repr&#233;sent&#233;s au sein des diff&#233;rentes coalitions nationales, dont les objectifs &#224; court ou &#224; long terme ne sont pas toujours les m&#234;mes. Pour &#201;milie, &#034;cette diversit&#233; est &#224; la fois une force et une faiblesse. La capacit&#233; d'aller au-del&#224; des divergences va ensuite d&#233;pendre des conditions propres &#224; chaque pays&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une collaboration d'abord ax&#233;e sur l'&#233;change de pratiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, quel est l'objectif derri&#232;re la cr&#233;ation du R&#233;seau international pour un audit citoyen de la dette (ICAN) ? &#171; Pour l'instant, il s'agit avant tout d'&#233;changer sur nos pratiques, nos probl&#232;mes communs, nos r&#233;ussites, etc. La plupart des initiatives sont r&#233;centes et il faut leur laisser le temps de m&#251;rir. On ne vise pas un travail de lobbying, mais bien une r&#233;appropriation citoyenne de la question de la dette. Si &#224; terme &#231;a peut mener &#224; une coordination pan-europ&#233;enne qui prenne la forme d'actions concr&#232;tes, pourquoi pas ! Mais ce n'est pas le but imm&#233;diat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://www.metiseurope.eu&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.metiseurope.eu&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Europe-Canada : cachez cet accord de libre-&#233;change que l'on ne saurait voir</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;dric Leterme</dc:creator>


		<dc:subject>Canada</dc:subject>
		<dc:subject>Politique canadienne</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2012-02-28</dc:subject>

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&lt;p&gt;C'est &#171; l'&#233;l&#233;phant dans le salon &#187;, l'&#233;norme probl&#232;me que tout le monde fait mine de ne pas voir, d&#233;noncent les Qu&#233;b&#233;cois (comme dit l'expression anglo-saxonne &#171; an elephant in the room &#187;). Le Canada est sur le point de conclure un accord de libre-&#233;change avec l'Union Europ&#233;enne et personne n'en parle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Metis (http://www.metiseurope.eu/). &lt;br class='autobr' /&gt; L'objectif de l'Accord &#201;conomique et Commercial Global (A&#201;CG) est de dynamiser les relations &#233;conomiques entre Ottawa et Bruxelles. L'UE est le 2&#232;me (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Politique-canadienne-46-+" rel="tag"&gt;Politique canadienne&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH92/arton9504-8a1e1.png?1781352733' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='92' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est &#171; l'&#233;l&#233;phant dans le salon &#187;, l'&#233;norme probl&#232;me que tout le monde fait mine de ne pas voir, d&#233;noncent les Qu&#233;b&#233;cois (comme dit l'expression anglo-saxonne &#171; an elephant in the room &#187;). Le Canada est sur le point de conclure un accord de libre-&#233;change avec l'Union Europ&#233;enne et personne n'en parle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Metis (&lt;a href=&#034;http://www.metiseurope.eu/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.metiseurope.eu/&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'objectif de l'Accord &#201;conomique et Commercial Global (A&#201;CG) est de dynamiser les relations &#233;conomiques entre Ottawa et Bruxelles. L'UE est le 2&#232;me partenaire commercial du Canada, tr&#232;s loin apr&#232;s les &#201;tats-Unis (m&#233;taux, min&#233;raux et chimie, bl&#233;, graines et ol&#233;agineuses). Le Canada est le 14&#232;me partenaire de l'UE... (machine, chimie, caoutchouc, plastiques et automobile, p&#233;trole britannique). Le contenu de l'accord vise &#224; supprimer certaines barri&#232;res tarifaires et droits de douanes relativement faibles, et dynamiser la mobilit&#233; de la main d'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lanc&#233;es officiellement en 2009, les n&#233;gociations se d&#233;roulent depuis dans le plus grand secret. Ce manque de transparence inqui&#232;te les &#233;lus et les syndicats outre-Atlantique. Des organisations altermondialistes et &#233;cologistes canadiennes ont en effet tir&#233; la sonnette d'alarme. Bient&#244;t rejointes par de nombreux syndicats, associations &#233;tudiantes, indig&#232;nes ou encore f&#233;ministes, elles se coordonnent d&#233;sormais au sein du &#171; r&#233;seau pour un commerce juste &#187; et du &#171; r&#233;seau qu&#233;b&#233;cois pour une int&#233;gration continentale &#187;. Selon une de leurs d&#233;clarations conjointes : &#171; une entente commerciale avec l'Union europ&#233;enne (UE) serait bien si elle signifiait plus de bons emplois et de meilleurs services sociaux. Mais comme pour toutes les ententes de libre-&#233;change, ce n'est pas le but. Tel qu'il est actuellement libell&#233;, l'A&#201;CG constituera une menace pour nos services publics, nos emplois, notre environnement, notre alimentation, notre culture, nos t&#233;l&#233;communications, notre eau et nos ressources - m&#234;me nos droits d&#233;mocratiques ! &#187; Pourquoi l'Europe fait-elle si peur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tant moins occup&#233;s par les r&#233;percussions dramatiques de la crise financi&#232;re que leurs homologues europ&#233;ens, les Canadiens sont bien plac&#233;s pour juger des risques inh&#233;rents &#224; ce type d'accord. L'accord de libre-&#233;change nord-am&#233;ricain (ALENA) conclu en 1994 entre le Canada, le Mexique et les &#201;tats-Unis est en effet r&#233;guli&#232;rement l'objet de controverse. Or, l'ambition de l'A&#201;CG est pr&#233;cis&#233;ment d'aller encore plus loin que l'ALENA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une crainte aliment&#233;e par des fuites&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; l'optimisme affich&#233; par les n&#233;gociateurs quant aux bienfaits suppos&#233;s de l'A&#201;CG, des fuites lors des tours de n&#233;gociations ont renforc&#233; les craintes de la soci&#233;t&#233; civile. Lib&#233;ralisation des march&#233;s et services publics tels que l'eau, l'&#233;nergie ou la sant&#233;, d&#233;r&#233;glementations agricoles notamment en mati&#232;re d'OGM ou d'utilisation d'hormones de croissance, d&#233;r&#233;glementation financi&#232;re. Nombreux sont les sujets sensibles qui se retrouvent sur la table, sans que la port&#233;e des concessions octroy&#233;es puisse faire l'objet d'un v&#233;ritable contr&#244;le d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, la tr&#232;s probable inclusion d'un &#233;quivalent au chapitre 11 de l'ALENA suscite un certain malaise. Il permet aux entreprises &#233;trang&#232;res de poursuivre un &#201;tat pour une r&#233;glementation (par exemple environnementale) qui en compromettrait les profits, m&#234;me futurs. D&#232;s lors, au-del&#224; des d&#233;bats portant sur la r&#233;partition exacte des gains &#224; esp&#233;rer d'un tel accord, c'est surtout le mod&#232;le commercial qu'il promeut qui inqui&#232;te plus de 80 organismes, en Europe comme au Canada. Selon eux, la priorit&#233; accord&#233;e aux enjeux strictement &#233;conomiques se fait au d&#233;triment des consid&#233;rations sociales ou environnementales, grandes absentes de ces n&#233;gociations. On saisit mieux leur r&#233;ticence vis-&#224;-vis d'un processus auquel, jusqu'ici, seuls les repr&#233;sentants du monde des affaires ont &#233;t&#233; appel&#233;s &#224; participer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; canadien, c'est &#233;videmment la volont&#233; de diminuer l'extr&#234;me d&#233;pendance &#233;conomique vis-&#224;-vis de l'imposant voisin du sud qui constitue l'objectif principal de la d&#233;marche. &#192; l'inverse, pour les Europ&#233;ens, au-del&#224; des int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques imm&#233;diats de certains secteurs cl&#233;s (industrie pharmaceutique, construction, gestion de l'eau, etc.), c'est aussi l'opportunit&#233; de pouvoir s'exercer &#171; grandeur nature &#187; &#224; la n&#233;gociation avec un partenaire qui a toutes les ressemblances avec le v&#233;ritable objet de convoitise de l'UE, les &#201;tats-Unis, qui pr&#233;sente un int&#233;r&#234;t de taille. Ce qui explique d'ailleurs en partie l'insistance europ&#233;enne &#224; voir les provinces canadiennes se joindre &#224; la n&#233;gociation, puisqu'&#224; l'inverse de leurs &#233;quivalents du Nord, les &#201;tats f&#233;d&#233;r&#233;s am&#233;ricains sont l&#233;galement tenus d'&#234;tre associ&#233;s &#224; tout processus de ce type.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Devoir s'est rendu &#224; Bruxelles en d&#233;cembre pour savoir sur quoi achoppaient les n&#233;gociations : les contrats publics pour les provinces et les villes, la protection de la diversit&#233; culturelle, le caract&#232;re public de la gestion de l'eau potable us&#233;e ou encore le service international de Poste Canada. Ga&#233;tan Pouliot &#233;crit : &#171; l'Europe tente d'imposer son propre r&#233;gime de droits de propri&#233;t&#233; intellectuelle, plus protecteur que les standards canadiens. L'effet secondaire redout&#233; est une hausse des co&#251;ts du syst&#232;me de sant&#233; pour les provinces, qui devront attendre plus longtemps avant d'avoir acc&#232;s &#224; des m&#233;dicaments g&#233;n&#233;riques, moins dispendieux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tape de la ratification sera cruciale, puisque l'A&#201;CG doit recueillir l'approbation de l'ensemble des parlements nationaux (et provinciaux canadiens) pour esp&#233;rer entrer en vigueur. Un seul &#171; non &#187; parmi ceux-ci et ce sont donc plus de 2 ans de n&#233;gociations qui tombent &#224; l'eau. Autant dire que des deux c&#244;t&#233;s, partisans et opposants, l'enjeu sera de taille... &#233;l&#233;phantesque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le d&#233;bat, s'il a lieu, sera enfin anim&#233;...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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