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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Interroger le ph&#233;nom&#232;ne &#233;conomique de l'inflation</title>
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		<dc:date>2023-05-09T06:42:19Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Francis Sitel, Pierre Salama</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-05-09</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pierre Salama, latino-am&#233;ricaniste, est professeur &#233;m&#233;rite des universit&#233;s, Universit&#233; Sorbonne Paris Nord, CEPN CNRS, UMR 7115. Derniers livres parus, Contagion virale, contagion &#233;conomique, risques politiques en Am&#233;rique latine, &#233;ditions du Croquant, 2020, &#201;conomie de l'Am&#233;rique latine avec Myl&#232;ne Gaulard, &#233;difions Br&#233;al, 2020. &lt;br class='autobr' /&gt; Contre Temps : Une donn&#233;e centrale de la situation est la hausse des prix, en particulier ceux de l'&#233;nergie. Pourtant, depuis des d&#233;cennies l'inflation on (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH110/7-3-8d3db.png?1781355397' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='110' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pierre Salama, latino-am&#233;ricaniste, est professeur &#233;m&#233;rite des universit&#233;s, Universit&#233; Sorbonne Paris Nord, CEPN CNRS, UMR 7115. Derniers livres parus, &lt;i&gt;Contagion virale, contagion &#233;conomique,&lt;br class='autobr' /&gt;
risques politiques en Am&#233;rique latine&lt;/i&gt;, &#233;ditions du Croquant, 2020, &lt;i&gt;&#201;conomie de l'Am&#233;rique latine&lt;/i&gt; avec Myl&#232;ne Gaulard, &#233;difions Br&#233;al, 2020.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contre Temps : Une donn&#233;e centrale de la situation est la hausse des prix, en particulier ceux de l'&#233;nergie. Pourtant, depuis des d&#233;cennies l'inflation on l'avait oubli&#233;e !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pierre Salama : &lt;/strong&gt; On peut m&#234;me aller plus loin, il n'y a pas tr&#232;s longtemps certains &#233;voquaient une possible d&#233;flation. L'inflation avait bien disparu, ce n'&#233;tait plus qu'un vieux souvenir.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'explication du ph&#233;nom&#232;ne renvoie &#224; la globalisation, qui s'est traduite par des d&#233;localisations massives des productions vers des pays asiatiques. Cela en fonction du faible co&#251;t de la main-d'oeuvre, mais aussi des conditions de travail et de moindres contraintes li&#233;es au respect de l'environnement. Pour les multinationales il s'agissait de contourner un certain nombre de lois, non seulement fiscales mais aussi au regard de l'exploitation du travail et de la nature.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutes choses qui ont permis de r&#233;duire le co&#251;t de la financiarisation.&lt;br class='autobr' /&gt;
On a vu, en particulier aux &#201;tats-Unis, alors que les salaires restaient stables, voire r&#233;gressaient &#224; couse des effets de la financiarisation sur les revenus du travail, que le pouvoir d'achat augmentait l&#233;g&#232;rement du fait du prix plus faibles de certains produits.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le taux d'inflation &#233;tant une donn&#233;e macro&#233;conomique, il faut &#233;galement observer sa dispersion selon les produits. Par exemple, du fait de la mondialisation les prix des ordinateurs et des smartphones ont&lt;br class='autobr' /&gt;
baiss&#233;. Ainsi la situation a &#233;t&#233; rendue plus supportable, alors que les salaires r&#233;els n'augmentaient pas au rythme de l'accroissement de la productivit&#233; du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. T. : &#201;tait-ce aussi la situation en Am&#233;rique latine ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. S. :&lt;/strong&gt; L'inflation avait quasiment disparu &#224; l'&#233;chelle mondiale. En Am&#233;rique latine, alors qu'on avait connu une hyperinflation au cours des ann&#233;es 1980-1990, elle &#233;tait devenue mod&#233;r&#233;e par la suite. Cela dans tous les pays, &#224; l'exception du Venezuela et de l'Argentine (de l'ordre de 100 % par an cette ann&#233;e), c'est aussi le cas en Turquie avec une inflation de l'ordre de 100 % (mais 150 % pour les produits alimentaires), par ailleurs dans ce cas compatible avec une croissance de l'ordre de 8 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. T. : A pr&#233;sent l'inflation est l&#224;, qu'est-ce qui explique ce retour brutal ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. S. : &lt;/strong&gt; Il faut analyser les cons&#233;quences de l'hyper-globalisation puis de la pand&#233;mie. l'hyper-globalisation s'est traduite par l'&#233;clatement de la cha&#238;ne de valeurs. Par exemple la production d'un smartphone engage une centaine de pays, de la conception aux &#201;tats-Unis, &#224; la r&#233;alisation en Cor&#233;e du Sud ou Ta&#239;wan, et la Chine pour l'assemblage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le m&#234;me temps s'est op&#233;r&#233;e une transformation du travail. Le toyotisme en rupture avec le fordisme a conduit &#224; la multi-sp&#233;cialisation des travailleurs, au travail en &#233;quipe, et s'est instaur&#233; le just intime c'est-&#224;-dire le z&#233;ro stock.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'arriv&#233;e au pouvoir de Trump a r&#233;v&#233;l&#233; politiquement une donn&#233;e d&#232;s lors pr&#233;sente, et qui a pris ensuite de l'ampleur avec la pand&#233;mie. L'id&#233;e selon laquelle dans la mondialisation il y avait des pays gagnants et des pays perdants s'est av&#233;r&#233;e erron&#233;e. Au sein m&#234;me des soci&#233;t&#233;s am&#233;ricaine et europ&#233;ennes les d&#233;localisations ont conduit &#224; cr&#233;er des r&#233;gions perdantes, m&#234;me si dans le m&#234;me temps des villes &#233;taient gagnantes. D'o&#249; une h&#233;t&#233;rog&#233;nie accentu&#233;e de l'espace national. Aux &#201;tats-Unis, Trump a cristallis&#233; la d&#233;nonciation de cette situation, et renforc&#233; l'affirmation de politiques protectionnistes et populistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
La pand&#233;mie a aggrav&#233; cette situation en morcnt que la disponibilit&#233; de biens essentiels &#233;tait menac&#233;e. Il est alors apparu qu'il n'&#233;tait plus possible de continuer comme avant.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 2020, on a connu une crise &#233;conomique s&#233;rieuse, dont on est sorti d&#232;s 2021, avec une reprise accompagn&#233;e d'une hausse des prix mod&#233;r&#233;e. Mais la r&#233;alit&#233; &#233;tait diff&#233;rente de ce qu'on a connu dans le pass&#233;. Classiquement une reprise s'accompagnait d'un exc&#232;s de demande, on y r&#233;pondait par une hausse des taux d'int&#233;r&#234;t, laquelle entra&#238;nait une r&#233;cession qui enrayait la hausse des salaires et de la demande, et pr&#233;parait un retour &#224; la normale au prix d'un fort co&#251;t social. Il existait alors une autre approche, que je partageais, selon laquelle l'explication &#233;tait &#224; chercher du c&#244;t&#233; de l'offre, d'une comp&#233;titivit&#233; insuffisante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, nous sommes dans une situation toute diff&#233;rente, on fait r&#233;f&#233;rence &#224; la notion philosophique d'ent&#233;l&#233;chie pour indiquer que la cause ne vient pas directement de nous mais d'ailleurs, et cela avec des cons&#233;quences consid&#233;rables.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ce qui est de la pand&#233;mie, il faut prendre en compte ses diff&#233;rentes phases.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans une premi&#232;re phase celle-ci a frapp&#233; les pays asiatiques et a conduit au confinement. Elle ne touchait ni l'Europe ni les &#201;tats-Unis, mais ces pays subissaient des manques de pi&#232;ces indispensables pour les productions automobiles, celles de haute technologie, et des biens essentiels comme certains m&#233;dicaments provenant des pays asiatiques ... C'&#233;tait, pouss&#233;e jusqu'&#224; la caricature, la crainte d&#233;j&#224; pr&#233;sente d'une perte de souverainet&#233; et d'un &#233;chec flagrant de la &#171; globalisation heureuse &#187; que pr&#244;naient les lib&#233;raux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans une deuxi&#232;me phase la pand&#233;mie a frapp&#233; l'Europe, puis les &#201;tats-Unis, avec un confinement et une chute brutale de la production, une baisse d'une ampleur sans pr&#233;c&#233;dent depuis la guerre. Les pays asiatiques reprenaient alors leurs exportations, mais avec des co&#251;ts de transports accrus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi la diffusion des biens, plus exactement leur non diffusion, s'est faite plus rapidement que la pand&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. T. : Comment analyser la situation actuelle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. S. :&lt;/strong&gt; La pand&#233;mie a provoqu&#233; une baisse g&#233;n&#233;rale du pouvoir d'achat, mais les plus d&#233;munis ont &#233;t&#233; les plus frapp&#233;s. Les classes moyennes au sens large du terme ont durant cette p&#233;riode &#233;conomis&#233;, gr&#226;ce aux aides re&#231;ues et par l'impossibilit&#233; de faire certaines d&#233;penses, d'o&#249; une &#233;pargne d'environ 20 milliards d'euros, un exc&#232;s de pouvoir d'achat qui a &#233;t&#233; d&#233;pens&#233; apr&#232;s la fin du confinement et s'est traduit par le boom de 2021, alors que certains biens manquaient. Cet exc&#232;s de demande &#233;tait localis&#233; et ne concernait que certaines cat&#233;gories sociales. On a vu alors une croissance forte, insuffisante cependant pour retrouver le niveau d'avant pand&#233;mie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et au d&#233;but 2022 c'est la guerre, avec des cons&#233;quences sur les prix des mati&#232;res premi&#232;res, ceux-ci avaient connu des tensions d&#232;s 2021 mais alors les hausses se g&#233;n&#233;ralisent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plusieurs facteurs se sont alors combin&#233;s : la reprise &#233;conomique, la constitution de stocks de mati&#232;res premi&#232;res par la Chine par crainte d'&#233;ventuelles ruptures, et la sp&#233;culation financi&#232;re &#224; partir de cette situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. T. : A pr&#233;sent s'ajoute donc la guerre en Ukraine ...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. S. : &lt;/strong&gt; La guerre a constitu&#233; un choc brutal. Les projets existants ont &#233;t&#233; plus ou moins bloqu&#233;s, et deux mati&#232;res premi&#232;res essentielles, le p&#233;trole et le gaz, ont &#233;t&#233; directement percut&#233;es. S'en est trouv&#233;e r&#233;v&#233;l&#233;e l'extr&#234;me fragilit&#233; de l'&#233;conomie allemande compte tenu de sa d&#233;pendance &#224; la Russie, mais au-del&#224; on a vu l'extr&#234;me fragilit&#233; des autres &#233;conomies du fait de leur d&#233;pendance &#224; l'Allemagne. Tel est l'effet pervers de la globalisation : la solidarit&#233; existe aussi dans les probl&#232;mes subis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lo situation est tr&#232;s difficile, quoi qu'on fasse les entreprises (&#224; l'exception de celles du secteur p&#233;trolier bien s&#251;r) subissent une hausse des co&#251;ts de production &#224; la mesure de leur consommation d'&#233;nergie. Ces hausses alimentent l'inflation, qui elle-m&#234;me appelle &#224; l'augmentation des salaires, d'o&#249; l'engagement dans une spirale, 10 % pour l'Europe, 6 % pour la France, et une baisse significative du pouvoir d'achat.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Banque centrale europ&#233;enne est amen&#233;e &#224; dire qu'il ne faut pas de hausse des salaires, c'est en effet le seul prix sur lequel elle peut jouer, celui de la force de travail. Quant &#224; la hausse des taux d'int&#233;r&#234;t elle va avoir des cons&#233;quences s&#233;v&#232;res pour les pays endett&#233;s, pour la France le remboursement de la dette repr&#233;sente d&#233;j&#224; le deuxi&#232;me ou troisi&#232;me poste du budget. Quant au FMI il en rajoute en exigeant qu'on en finisse avec le &#171; quoiqu'il en co&#251;te &#187;, que le gouvernement fran&#231;ais poursuivait sous des formes diverses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. T. : Lo question oblig&#233;e : Que faire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. S. : &lt;/strong&gt; Les gouvernements se trouvent dans une situation difficile, dons l'incapacit&#233; de proposer des politiques &#233;conomiques efficaces.&lt;br class='autobr' /&gt;
Face &#224; l'inflation il leur est plus difficile de recourir &#224; l'arme traditionnelle qu'est la hausse des taux d'int&#233;r&#234;t, car dans le m&#234;me temps ils sont confront&#233;s &#224; l'augmentation de leur dette. La Banque centrale de Francfort avait maintenu des taux nuls, ce qui entretenait l'id&#233;e qu'on pouvait s'endetter sans probl&#232;me. Ainsi l'Allemagne qui &#233;tait jusque-l&#224; le bon &#233;l&#232;ve en la mati&#232;re voit son taux d'endettement franchir la barre des crit&#232;res de Maastricht.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. T. : Et du c&#244;t&#233; du mouvement ouvrier, des gauches ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. S. :&lt;/strong&gt; On sait que dans ce domaine les id&#233;es simples sont mauvaises et que les id&#233;es complexes ne sont pas s&#251;res.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une id&#233;e s&#233;duisante mais dont toute l'histoire montre qu'elle est fort dangereuse est de consid&#233;rer qu'une crise &#233;conomique conduit &#224; une crise sociale elle-m&#234;me porteuse d'une promesse de r&#233;volution. En Argentine c'&#233;tait en 1975 l'id&#233;e de l'ERP (Arm&#233;e R&#233;volutionnaire du Peuple), qui consid&#233;rait qu'une dictature obligerait &#224; aller de l'avant, cela a conduit &#224; l'&#233;limination de 30 000 militants. Le choix du pire n'est jamais judicieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une proposition est de bloquer les prix, tous les prix (&#224; l'exception des salaires, car malgr&#233; tout ils sont le prix de la force de travail]. Un premier probl&#232;me est que pendant la p&#233;riode du blocage se d&#233;veloppent corruption et march&#233; noir, et qu'il faut &#233;ventuellement recourir &#224; des inspecteurs populaires pour surveiller les prix ... L'outre probl&#232;me est celui de la sortie du blocage, qui se traduit toujours par une explosion des prix, laquelle peut &#234;tre temporaire ou durable, avec dans ce cas le risque de basculer dans l'hyperinflation, une situation de tous les dangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. T. : Quelles sont les cons&#233;quences du basculement dans une situation d'hyperinflation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. S. : &lt;/strong&gt; L'hyperinflation c'est l'explosion de la pauvret&#233;. Avec une baisse g&#233;n&#233;rale du pouvoir d'achat et des diff&#233;renciations tr&#232;s importantes, si les salari&#233;s des grandes entreprises peuvent se d&#233;fendre ce n'est pas le cas des secteurs non syndiqu&#233;s, des travailleurs de l'&#233;conomie informelle ...&lt;br class='autobr' /&gt;
Une toute petite fraction, de l'ordre de 5 % de la population, qui dispose des moyens de sp&#233;culer, va au contraire s'enrichir. On aura donc une hausse vertigineuse des in&#233;galit&#233;s. Et face &#224; l'impuissance des gouvernements le risque de r&#233;gimes autoritaires, voire fascisants. Ce qui n'est pas m&#233;canique, on a vu une telle &#233;volution dan l'Allemagne des ann&#233;es 1930, mais pas en Am&#233;rique latine lorsque certains pays connurent une hyperinflation au cours des ann&#233;es 1990. Reste qu'alors un tel risque existe in&#233;vitablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. T. : Existe-t-il d'autres r&#233;ponses face &#224; l'inflation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. S. :&lt;/strong&gt; Une autre possibilit&#233; est de bloquer certains prix, ce qui est envisageable sur des biens essentiels, et en r&#233;f&#233;rence &#224; un panier de base.&lt;br class='autobr' /&gt;
Concernant les salaires, il peut &#234;tre int&#233;ressant de se pencher sur ce qui s'est pass&#233; avec les salari&#233;s de Total, lorsqu'ils ont protest&#233; contre l'augmentation, en effet scandaleuse, que s'est accord&#233;e son PDG et celle des dividendes vers&#233;s aux actionnaires, et ont revendiqu&#233; une augmentation des salaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui est distribu&#233; aux actionnaires vient moins du profit proprement dit (qui provient du raffinage) que de la rente li&#233;e &#224; l'extraction de la mati&#232;re premi&#232;re. Il appara&#238;t un raisonnement sous-jacent, qui conduirait non pas &#224; demander une augmentation des salaires index&#233;e sur les prix, ce qui alimente la spirale inflationniste, mais &#224; greffer le salaire sur la rente et &#224; l'indexer sur les dividendes. C'est prendre en compte que la partie ne se joue pas &#224; deux, entre prix et salaires, mais &#224; trois entre salaires, profits et prix.&lt;br class='autobr' /&gt;
le raisonnement est subtil et seulement applicable &#224; certaines entreprises. Mais on peut penser que s'il se concr&#233;tisait il y aurait des effets d'entra&#238;nement. Et cela vaudrait invitation aux entreprises de distribuer moins de dividendes pour op&#233;rer davantage d'investissements.&lt;br class='autobr' /&gt;
La diff&#233;renciation entre travailleurs des grandes entreprises, fortement syndiqu&#233;s dans le secteur public, moins dans le secteur priv&#233;, et ceux des petites et moyennes entreprises, en g&#233;n&#233;ral peu ou pas syndiqu&#233;s, est une r&#233;alit&#233; ancienne &#224; laquelle est confront&#233; de longue date le mouvement ouvrier, et qui dans le contexte actuel ne peut que s'aggraver. On peut seulement compter sur certains effets d'entra&#238;nement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant au secteur des services, de la sant&#233;, de l'&#233;ducation, le probl&#232;me doit &#234;tre pos&#233; en termes politiques, en relation avec le d&#233;bat sur les communs et le service public.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce cas, il est important de conna&#238;tre les co&#251;ts, car contrairement aux illusions entretenues par certains il n'y a pas d'argent magique ni de dette qui va s'&#233;vaporer naturellement. Mais il faut refuser que ces co&#251;ts d&#233;terminent les r&#233;tributions en fonction de crit&#232;res de comp&#233;titivit&#233;, pour poser qu'il s'agit de r&#233;pondre &#224; partir de crit&#232;res sociaux et politiques quel est le juste salaire pour par exemple des m&#233;tiers exigeant les comp&#233;tences demand&#233;es &#224; une infirmi&#232;re ou &#224; un enseignant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. T. : Est-ce qu'on peut dire que l'inflation, loin d'&#234;tre un ph&#233;nom&#232;ne conjoncturel, par exemple li&#233; &#224; la seule guerre en Ukraine, renvoie &#224; des changements profonds du syst&#232;me lui-m&#234;me ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. S. : &lt;/strong&gt; Toute grande crise est un moment de mutation et nous sommes en pr&#233;sence d'une grande crise qui remet en cause les fondements de la globalisation telle qu'elle a &#233;t&#233; pratiqu&#233;e, qui r&#233;essentialise la notion de service public et ouvre la voie &#224; des perspectives nouvelles. Ce fut le cas apr&#232;s la grande crise des ann&#233;es Trente et la guerre de 1939-1945, c'est je crois le cas aujourd'hui avec la crise inflationniste, la crise climatique et celle du sens du travail, tout cela dans un contexte de r&#233;volution technologique, d'essor des r&#233;seaux sociaux, d'affaiblissement des syndicats traditionnels, de bouleversement internationaux... Toutes crises qui se chevauchent et dont les effets agissent d&#233;j&#224; sur les comportements et les envies de changer de soci&#233;t&#233;, aussi bien pour le meilleur que pour le pire. &#9632;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Francis Sitel&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Introduction g&#233;n&#233;rale au livre de Pierre Salama : Contagion virale, Contagion &#233;conomique, Risques politiques en Am&#233;rique latine</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Introduction-generale-au-livre-de-Pierre-Salama-Contagion-virale-Contagion</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Introduction-generale-au-livre-de-Pierre-Salama-Contagion-virale-Contagion</guid>
		<dc:date>2020-11-24T07:43:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Salama</dc:creator>


		<dc:subject>Am&#233;rique latine</dc:subject>
		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-11-10</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Publi&#233; le 2 novembre 2020 | tir&#233; du site Entre les lignes entre les mots &lt;br class='autobr' /&gt;
La pand&#233;mie est en cours en Am&#233;rique latine, peut-&#234;tre sera-t-elle termin&#233;e au moment o&#249; vous lirez ces lignes, je l'esp&#232;re. Au moment o&#249; j'&#233;cris ce livre, elle parait loin de l'&#234;tre et son pic ne semble pas encore atteint au P&#233;rou, au Mexique, au Br&#233;sil, d&#233;j&#224; fortement impact&#233;s. On pourrait se demander pourquoi ne pas attendre avant d'&#233;crire ce livre et quelques-uns de mes amis m'ont pos&#233; cette question. Un peu (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L124xH150/arton45552-01c83.png?1781355397' class='spip_logo spip_logo_right' width='124' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Publi&#233; le 2 novembre 2020 | tir&#233; du site Entre les lignes entre les mots&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pand&#233;mie est en cours en Am&#233;rique latine, peut-&#234;tre sera-t-elle termin&#233;e au moment o&#249; vous lirez ces lignes, je l'esp&#232;re. Au moment o&#249; j'&#233;cris ce livre, elle parait loin de l'&#234;tre et son pic ne semble pas encore atteint au P&#233;rou, au Mexique, au Br&#233;sil, d&#233;j&#224; fortement impact&#233;s. On pourrait se demander pourquoi ne pas attendre avant d'&#233;crire ce livre et quelques-uns de mes amis m'ont pos&#233; cette question. Un peu p&#233;rilleux de se lancer dans cette analyse alors que l'Histoire n'est pas encore &#233;crite. Il est toujours plus facile de la raconter une fois qu'on la connait. En ce qui me concerne, je suis de ceux qui ne pensent pas que l'Histoire suit un chemin in&#233;luctable, il y a des bifurcations d'ordres &#233;conomiques et/ou politiques toujours possibles et je pr&#233;f&#232;re me situer avant, au risque de me tromper, plut&#244;t qu'apr&#232;s, f&#251;t-ce pour pouvoir influencer son cours. Paraphrasant Marx : &#171; les Hommes font librement leur Histoire mais dans des conditions qui ne sont pas librement d&#233;cid&#233;es par eux &#187;. Autrement dit, il y a une marge entre l'id&#233;alisme et le d&#233;terminisme. L'Histoire qui se fait est &#224; la fois le produit de cet id&#233;alisme des Hommes, de leur volont&#233;, et du d&#233;terminisme des lois &#233;conomiques. On ne peut ignorer ni l'un ni l'autre sauf &#224; sombrer dans le pur id&#233;alisme ou bien dans le d&#233;terminisme vulgaire. C'est cette marge qui m'int&#233;resse, elle est passionnante et surtout peut &#234;tre utile &#224; ceux qui pensent qu'&#224; partir d'une analyse approfondie on peut soit agir sur le cours des &#233;v&#233;nements, soit se pr&#233;parer &#224; affronter une r&#233;p&#233;tition de la pand&#233;mie ou bien l'apparition d'un nouveau virus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ce sujet, pourquoi la pand&#233;mie ? Parce qu'aucun &#233;conomiste, aucun sociologue n'avait pr&#233;vu qu'elle pouvait avoir un tel effet sur l'&#233;conomie, sur la soci&#233;t&#233;. Certes des virologues, &#233;pid&#233;miologistes et quelques rares personnalit&#233;s avaient soulign&#233; le risque, mais encore une fois personne, moi y compris, n'avait pens&#233; qu'une pand&#233;mie pouvait paralyser &#224; ce point l'&#233;conomie mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pand&#233;mie a agi comme un r&#233;v&#233;lateur des fragilit&#233;s d'un syst&#232;me. L'ensemble des fragilit&#233;s, des d&#233;pendances nouvelles, &#233;tait en pointill&#233; avec l'hyper-globalisation. Ce n'est pas la mondialisation qui a produit la pand&#233;mie, encore qu'elle y ait particip&#233; par les souffrances faites &#224; la Nature et l'apparition de nouveaux virus. Les pand&#233;mies existaient avant la mondialisation. Mais cette derni&#232;re a &#233;t&#233; un v&#233;hicule tr&#232;s important &#224; la diffusion du virus et &#224; la contagion. Avec la pand&#233;mie, et sa diffusion au niveau mondial, les fragilit&#233;s, les vuln&#233;rabilit&#233;s intrins&#232;ques &#224; l'hyper-globalisation ont &#233;merg&#233;. Les cons&#233;quences de la contagion en termes de souverainet&#233; sur certaines productions essentielles comme la production de m&#233;dicaments, mais aussi celle de l'industrie automobile devenue impossible, non pas faute de demande suffisante, mais d'impossibilit&#233; de r&#233;aliser les offres &#8230;se sont impos&#233;es comme des &#233;vidences. Ce que n'avaient pas r&#233;ussi &#224; obtenir des mobilisations pour une alter mondialisation contre la mondialisation sauvage, la pand&#233;mie le faisait&#8230; Certes, depuis la crise financi&#232;re de 2008-2009, l'&#233;lection de Trump &#224; la pr&#233;sidence de la r&#233;publique, la crainte de voir la mont&#233;e en puissance de la Chine, des freins &#224; l'essor &#224; l'hyper-globalisation se mettaient en place. La fragmentation des territoires au sein des Nations, entre ceux qui perdent et ceux qui gagnent, avec la d&#233;sindustrialisation plus ou moins prononc&#233;e ici ou l&#224;, la pr&#233;carit&#233; et les nouvelles formes d'organisation du travail, le ch&#244;mage dans certains pays, la crainte d'un futur plus ou moins cauchemardesque, ont l&#233;gitim&#233; des mesures protectionnistes, favoris&#233; des relocalisations encore timides et permis que l'hyper-globalisation redevienne une globalisation des &#233;changes, freinant ainsi la mont&#233;e en puissance de la Chine surtout sur les nouvelles technologies. R&#233;v&#233;latrice des fragilit&#233;s du syst&#232;me mais aussi des cons&#233;quences socio-&#233;conomiques, des p&#233;rils sur la d&#233;mocratie aux Etats-Unis, dans quelques pays europ&#233;ens, la pand&#233;mie est &#233;galement r&#233;v&#233;latrice de l'extr&#234;me fragilit&#233; des &#233;conomies latino-am&#233;ricaines et de la solidit&#233; de leur syst&#232;me politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le virus SARS-CoV-2 a agi sur un &#171; corps d&#233;j&#224; malade &#187; en Am&#233;rique latine. D&#233;j&#224; malade ? La r&#233;ponse est malheureusement positive. Depuis la fin des ann&#233;es 1980, la fameuse &#171; d&#233;cennie perdue &#187; pour l'Am&#233;rique latine, le taux de croissance du PIB par t&#234;te en moyenne est plus que modeste, il est le plus souvent inf&#233;rieur &#224; 1%. Alors que nombre d'&#233;conomies asiatiques connaissaient leur &#171; miracle &#187; &#233;conomique avec l'aide d'un Etat d&#233;veloppeur ces quarante derni&#232;res ann&#233;es, une tendance &#224; la stagnation &#233;conomique prenait racine en Am&#233;rique latine, contrastant avec les ann&#233;es de forte croissance de l'apr&#232;s-guerre aux ann&#233;es 1970. On pourrait penser que ce n'est pas important, qu'apr&#232;s tout que ce serait une forme de d&#233;croissance b&#233;n&#233;fique pour l'environnement, mais ce serait oublier qu'avec une croissance de 1% il faut &#224; peu pr&#232;s soixante-dix ans pour que le revenu par t&#234;te double et de toutes les mani&#232;res, m&#234;me avec une croissance si mod&#233;r&#233;e, les d&#233;g&#226;ts sur la Nature et sur les Hommes par contrecoup ont &#233;t&#233; consid&#233;rables. C'est dire qu'avec un tel taux, la mobilit&#233; sociale devient quasi-impossible. Un individu n&#233; pauvre ne peut se d&#233;raciner de cette condition que s'il devient un excellent footballeur, un tr&#232;s bon chanteur, un homme politique n'h&#233;sitant pas &#224; flirter avec la corruption, un membre de la mafia mais encore faut-il qu'il soit excellent pour ne pas tomber sous les balles d'adversaires ou de la police, l'esp&#233;rance de vie &#233;tant en g&#233;n&#233;ral courte. D'autres possibilit&#233;s existent certes de quitter la pauvret&#233; : celles de redistribuer les richesses ou /et d'avoir un taux de croissance &#233;lev&#233; et durable. Cette derni&#232;re n'a pas &#233;t&#233; possible : des causes structurelles freinant la croissance. Reste la redistribution des revenus en faveur des pauvres, et au d&#233;triment non pas tant des riches mais d'une fraction des classes moyennes. Ce fut fait dans les dix premi&#232;res ann&#233;es des ann&#233;es 2000 par quelques gouvernements progressistes, mais cette politique a rencontr&#233; des obstacles d'ordre politiques et apr&#232;s l'onde de gauche est arriv&#233;e une onde de droite dans nombre de pays &#224; laquelle ont succ&#233;d&#233; peu avant l'apparition du virus, des mouvements sociaux importants laissant pr&#233;sager un retour du progressisme dans plusieurs pays latino-am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi cette faible croissance ? Pour plusieurs raisons li&#233;es &#224; l'Histoire que nous avons nomm&#233;es les huit plaies de l'Am&#233;rique latine et dont il est si difficile de se d&#233;barrasser : des in&#233;galit&#233;s de revenus et de patrimoines parmi les plus importantes du monde, une informalit&#233; du travail absolument consid&#233;rable, une contrainte externe particuli&#232;rement &#233;lev&#233;e dans quelques pays qui provoque des irr&#233;gularit&#233;s de croissance de type stop and go, une ouverture aux mouvements de capitaux bien plus importantes que celle des &#233;changes de marchandises, une d&#233;sindustrialisation dite pr&#233;coce coupl&#233;e d'un reprimarisation des exportations , un niveau de violence consid&#233;rable. Chacune de ces plaies a sa responsabilit&#233; particuli&#232;re, diff&#233;rente selon les pays. Le r&#233;sultat est que le virus agit sur un corps malade, peu apte &#224; r&#233;agir avec force et produisant un cort&#232;ge de morts impressionnant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un cort&#232;ge de morts impressionnant ? Certes, mais il faut aller plus loin. La pand&#233;mie dite du COV-19 atteint l'ensemble de la population dans les clusters-, lieux o&#249; se propage la pand&#233;mie &#8211; o&#249; elle surgit. D'abord apparaissent des clusters. Certaines r&#233;gions sont &#233;pargn&#233;es, d'autres non ou peu sans qu'on ne sache trop pourquoi, sinon que des mesures pr&#233;ventives n'ont pas &#233;t&#233; prises &#224; temps (mesures barri&#232;res, port masques, tests, enqu&#234;tes) pour paralyser sa diffusion, le plus souvent par faute de moyens et d'erreurs d'appr&#233;ciation. Au sein de ces clusters, une diff&#233;renciation sociale op&#232;re. Tous sont certes impact&#233;s, mais les cat&#233;gories sociales les plus pauvres, les plus modestes sont les plus atteintes pour plusieurs raisons. Les pauvres sont bien plus d&#233;munis. Ils habitent dans des bidonvilles, plus ou moins consolid&#233;s, o&#249; la densit&#233; au sol est tr&#232;s &#233;lev&#233;e. La promiscuit&#233; rend quasi-impossible de pratiquer les &#171; gestes barri&#232;res &#187;. L'acc&#232;s &#224; l'eau est parfois difficile et le lavage fr&#233;quent des mains pour &#233;liminer le virus devient difficile. Les pauvres ont le plus souvent peu acc&#232;s aux h&#244;pitaux publics, ou trop tard et pas d'acc&#232;s aux h&#244;pitaux priv&#233;s mieux fournis en respirateurs. Et quand cela est possible, les d&#233;penses en sant&#233;, publique et priv&#233;e, en moyenne beaucoup plus faibles que celles observ&#233;es dans les pays avanc&#233;s, g&#233;n&#232;re une faible efficacit&#233; pour stopper le virus, surtout dans les h&#244;pitaux publics. Enfin, pour les pauvres et les cat&#233;gories modestes, le choix est souvent entre rester confin&#233; et ne plus avoir de revenus tout en risquant d'attraper le virus, ou bien continuer &#224; travailler dans l'informel, avec peu de revenus et une forte probabilit&#233; d'attraper le virus. La pand&#233;mie provoque la chute de la production, l'augmentation du ch&#244;mage, l'accentuation des in&#233;galit&#233;s de revenus, l'accroissement de la pauvret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les perspectives d'un rebond restent floues d'autant plus que les capacit&#233;s que celles-ci puissent se r&#233;aliser avec force sont faibles &#224; cause du corps devenu malade. Quelques gouvernements tentent l'impossible, amoindrir les cons&#233;quences sociales de la pand&#233;mie, d'autres de mani&#232;re plus ou moins coh&#233;rente ou bien pis, incoh&#233;rentes, sous estiment la pand&#233;mie et militent cyniquement pour l'ouverture des entreprises, la reprise du travail avant m&#234;me que la pand&#233;mie n'ait atteint son pic. Une telle crise n'est pas neutre. Il n'y aura pas de reprise lorsque le virus aura disparu comme si de rien n'&#233;tait, comme si on pouvait effacer ces moments p&#233;nibles. La m&#233;moire collective est empreinte de ces souffrances, les emplois ont chut&#233;, les revenus avec la fermeture de nombre d'entreprises consid&#233;r&#233;es comme non essentielles, les dettes publiques ont gonfl&#233; au-del&#224; de ce qui &#233;tait consid&#233;r&#233; hier comme raisonnable. Le monde d'apr&#232;s sera difficile &#224; refaire comme celui d'hier. C'est n&#233;anmoins possible, comme le r&#233;clament d&#233;j&#224; des entrepreneurs, mais pas certain, pour une raison simple : il est difficile de d&#233;faire une globalisation qui a tant rapport&#233; et, pour des raisons techniques, quasi impossible. Aussi la recherche de souverainet&#233; perdue se fera probablement dans certains secteurs dits strat&#233;giques, moins dans d'autres. Elle ne sera pas autarcie ni un libre &#233;change, mais davantage de protectionnisme-protection. Les fronti&#232;res entre le march&#233; et l'Etat vont bouger. La place du curseur entre le priv&#233;-le public, entre les marchandises et les biens communs, d&#233;pendra de l'&#233;volution du Politique apr&#232;s cette trag&#233;die.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; le virus mute en un virus politique. L'Histoire n'est pas &#233;crite mais d&#233;j&#224; des tendances &#339;uvrent de mani&#232;re souterraine, des lin&#233;aments, des pr&#233;mices de bouleversements politiques se font jour. L'apparition d'un populisme d'extr&#234;me droite, voire d'un &#171; illib&#233;ralisme &#187; menacent. Aussi pour analyser ces possibilit&#233;s, un retour analytique sur les populismes du XXI&#176; si&#232;cle devient n&#233;cessaire et une analyse approfondie des &#233;glises &#233;vang&#233;liques sur lesquelles s'appuient nombre d'&#233;lus et ce d'autant plus qu'elles sont en forte croissance en Am&#233;rique latine. La comparaison avec les mouvements d'extr&#234;me droite europ&#233;ens quant &#224; la composition sociale de leurs &#233;lectorats ou de leurs adh&#233;rents, leurs croyances, leurs rapports &#224; l'autre, aux minorit&#233;s, aux politiques, &#224; l'importance de l'intervention de l'Etat et &#224; la corruption, leurs traditions cultuelles et culturelles r&#233;actionnaires voire fondamentalistes, est riche d'enseignements. Avec toutes les nuances qui s'imposent, toutes les &#233;glises &#233;vang&#233;liques ne sont pas identiques, les adh&#233;rents ne sont pas de &#171; petits soldats &#187; ob&#233;issants aux directives des autorit&#233;s religieuses, il reste que les &#233;vang&#233;liques en forte croissance peuvent constituer une &#171; arm&#233;e de l'ombre &#187;, propice &#224; l'av&#232;nement d'un populisme d'extr&#234;me droite ou de gouvernement &#171; illib&#233;raux &#187; sauf si&#8230; Sauf si un renouvellement en profondeur des propositions progressistes est &#233;labor&#233; tenant compte de l'Histoire telle qu'elle s'est d&#233;roul&#233;e ces trente derni&#232;res ann&#233;es. C'est un peu l'objet de ce livre, &#233;crit dans le feu du d&#233;roulement de l'Histoire par quelqu'un qui aime particuli&#232;rement l'Am&#233;rique latine, son deuxi&#232;me pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pierre Salama : Contagion virale, Contagion &#233;conomique, Risques politiques en Am&#233;rique latine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Editions du Croquant 2020, 168 pages, 15 euros&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Covid-19 : les Am&#233;riques latines au c&#339;ur de la temp&#234;te</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Covid-19-les-Ameriques-latines-au-coeur-de-la-tempete</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Covid-19-les-Ameriques-latines-au-coeur-de-la-tempete</guid>
		<dc:date>2020-08-25T07:21:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Franck Gaudichaud, Pierre Salama</dc:creator>


		<dc:subject>Coronavirus</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-08-25</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Compte tenu de leur plus grande vuln&#233;rabilit&#233;, les classes pauvres sont en attente de r&#233;ponses imm&#233;diates, voire &#171; miraculeuses &#187;. Il y a un besoin urgent d'espoir. Certains d'entre eux le cherchent dans les enseignements des &#233;glises &#233;vang&#233;liques auxquelles leur appartenance est massive. Ils peuvent &#234;tre ainsi sensibles aux discours d'hommes politiques souvent d'extr&#234;me droite d&#233;signant des boucs &#233;missaires. Au Br&#233;sil, Bolsonaro d&#233;nonce d&#233;magogiquement tous ceux qui les &#171; emp&#234;chent d'aller (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH81/arton44375-738b8.jpg?1781035540' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='81' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Compte tenu de leur plus grande vuln&#233;rabilit&#233;, les classes pauvres sont en attente de r&#233;ponses imm&#233;diates, voire &#171; miraculeuses &#187;. Il y a un besoin urgent d'espoir. Certains d'entre eux le cherchent dans les enseignements des &#233;glises &#233;vang&#233;liques auxquelles leur appartenance est massive. Ils peuvent &#234;tre ainsi sensibles aux discours d'hommes politiques souvent d'extr&#234;me droite d&#233;signant des boucs &#233;missaires. Au Br&#233;sil, Bolsonaro d&#233;nonce d&#233;magogiquement tous ceux qui les &#171; emp&#234;chent d'aller travailler &#187; et proposent le confinement. Et, effectivement, malgr&#233; l'ampleur du d&#233;sastre sanitaire et tous ses propos racistes et homophobes, Bolsonaro conserve un appui populaire r&#233;el, certes minoritaire mais important, un peu comme Trump aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;tir&#233; de : Europe Solidaire Sans Fronti&#232;res&lt;br class='autobr' /&gt;
mercredi 15 juillet 2020, par GAUDICHAUD Frank, SALAMA Pierre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt; Franck Gaudichaud : Tu viens de terminer un livre qui sera publi&#233; &#224; la rentr&#233;e sous le titre &#171; Contagion virale, contagion &#233;conomique, risques politiques en Am&#233;rique latine &#187; (&#233;ditions du Croquant) [1]. Dans un texte r&#233;cent pour la revue Contretemps, tu soulignais d&#233;j&#224; &#224; quel point la pand&#233;mie est r&#233;v&#233;lateur des in&#233;galit&#233;s et des fractures de la r&#233;gion, peux-tu faire un bref panorama de la situation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Salama : Tous les pays latino-am&#233;ricains se caract&#233;risent par une tendance &#224; une stagnation &#233;conomique de longue dur&#233;e de leur PIB qui s'explique fondamentalement par des in&#233;galit&#233;s de revenus extr&#234;mement importantes, par une vuln&#233;rabilit&#233; accrue due &#224; un retour vers une sp&#233;cialisation internationale centr&#233;e sur la vente de mati&#232;res premi&#232;res, par un recul de l'&#201;tat dans l'activit&#233; &#233;conomique et, enfin, par une d&#233;sindustrialisation prononc&#233;e. Avant m&#234;me l'arriv&#233;e du virus, certains pays &#233;taient d&#233;j&#224; soit en tr&#232;s forte crise (le Venezuela), soit en r&#233;cession (Mexique) soit en l&#233;thargie (Br&#233;sil apr&#232;s avoir connu une forte crise pendant deux ans en 2015-2016), soit enfin en ralentissement (P&#233;rou, Colombie, Chili). Cette situation les fragilise tant d'un point de vue structurel que conjoncturel et les rend peu pr&#233;par&#233;s pour r&#233;sister &#224; une pand&#233;mie. La pand&#233;mie est arriv&#233;e dans ce contexte &#233;conomique de tr&#232;s forte vuln&#233;rabilit&#233; : elle n'a pas provoqu&#233; la crise &#233;conomique que connait l'Am&#233;rique latine depuis le d&#233;but de l'ann&#233;e 2020, elle l'a pr&#233;cipit&#233;e. Le SRAS-CoV-2 d&#233;ploie ses effets sur des pays affaiblis par des d&#233;cennies de croissance lente, des niveaux de pauvret&#233; &#233;lev&#233;s malgr&#233; une baisse au d&#233;but des ann&#233;es 2000, des infrastructures sanitaires la plupart du temps peu &#224; la hauteur face au d&#233;chainement de la pand&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pauvres se concentrent dans des emplois informels, non prot&#233;g&#233;s et constituent la population la plus vuln&#233;rable. Le confinement dans les quartiers mis&#233;rables est difficile et la pand&#233;mie peut s'y r&#233;pandre tr&#232;s rapidement. Difficile pour toute une s&#233;rie de raisons : la forte promiscuit&#233;, l'acc&#232;s &#224; l'eau pas toujours ais&#233;, l'acc&#232;s aux soins le plus souvent difficile alors que la comorbidit&#233; est forte chez les pauvres (ob&#233;sit&#233; due &#224; la malbouffe, diab&#232;te, probl&#232;mes cardiaques) et, enfin, la n&#233;cessit&#233; de travailler et de s'exposer ainsi &#224; la contagion du virus. Mourir par le virus ou mourir de faim est un choix entre Charybde et Scylla si des politiques d'aide du gouvernement ne sont pas d&#233;cid&#233;es &#224; un niveau suffisant. Ce qu'elles ne sont pas, mais &#224; des degr&#233;s divers selon les pays, l'Argentine &#233;tant la plus &#171; g&#233;n&#233;reuse &#187; parmi les grands pays, tant du point de vue des revenus vers&#233;s que de l'interdiction des licenciements pour les salari&#233;Es ayant des emplois formels (&#224; peu pr&#232;s la moiti&#233; des emplois du priv&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La figure de Bolsonaro cristallise toujours un peu plus ce qu'il y a de pire dans le contexte actuel en Am&#233;rique latine. Depuis de nombreuses ann&#233;es, tu travailles particuli&#232;rement sur le Mexique, l'Argentine et le Br&#233;sil : d&#233;fis communs, tendances et diff&#233;rences en termes politiques et sociaux, selon toi, dans ces trois pays ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cider une politique &#233;conomique qui fait fi des contraintes budg&#233;taires, accepter le creusement des d&#233;ficits peut aider &#224; limiter le nombre de d&#233;c&#232;s, aider les personnes les plus d&#233;munies &#224; survivre et pr&#233;parer &#224; une reprise &#233;conomique. Une telle politique est n&#233;cessaire, mais non suffisante. L'&#233;tat le plus souvent d&#233;grad&#233; des infrastructures sanitaires, l'insuffisance des moyens emp&#234;chent d'endiguer le nombre de d&#233;c&#232;s et le creusement des in&#233;galit&#233;s avec la mont&#233;e en puissance de la crise &#233;conomique et la baisse des recettes fiscales qu'elle g&#233;n&#232;re. Refuser de faire un diagnostic lucide de ce qu'est cette pand&#233;mie (une &#171; grippette &#187; pour Bolsonaro ou une maladie qu'on pourrait contr&#244;ler avec une amulette pour Lopez Obrador au Mexique), militer pour une reprise du travail avant m&#234;me que le pic de la pand&#233;mie ne soit atteint, s'opposer &#224; des ministres et &#224; des gouverneurs d'&#201;tats f&#233;d&#233;r&#233;s ayant confin&#233;, est tout simplement criminel. C'est ce que fait Bolsonaro en s'appuyant sur les &#233;vang&#233;liques, la plupart pauvres, mais c'est aussi ce qu'a fait Lopez Obrador en d&#233;cr&#233;tant que les entreprises travaillant pour les &#201;tats-Unis sont &#171; strat&#233;giques &#187;, ob&#233;issant ainsi aux injonctions de Trump. Ce n'est pas ce que font les gouvernements argentins et p&#233;ruviens, sans pour autant beaucoup de succ&#232;s, notamment au P&#233;rou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue des classes populaires et des alternatives d&#233;mocratiques, quels sc&#233;narios de sortie de crise alors que les Latino-am&#233;ricainEs ne voient toujours pas la fin du tunnel de cette dramatique premi&#232;re vague pand&#233;mique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas de ceux qui pensent que l'histoire suit un chemin in&#233;luctable, il y a des bifurcations d'ordre &#233;conomique et politique toujours possibles. Paraphrasant Marx : &#171; les hommes font librement leur histoire mais dans des conditions qui ne sont pas librement d&#233;cid&#233;es par eux &#187;. Autrement dit, il y a de la marge entre l'id&#233;alisme et le d&#233;terminisme. L'histoire qui se fait est &#224; la fois le produit de cet id&#233;alisme des &#234;tre humains, de leur volont&#233;, et du d&#233;terminisme des lois &#233;conomiques. C'est pourquoi, malgr&#233; des tendances lourdes vers certaines formes &#171; d'illib&#233;ralisme &#187; et d'autoritarisme &#224; la hongroise, des menaces de coups d'&#201;tat militaires aid&#233;s par le poids croissant des &#233;glises &#233;vang&#233;liques, je crois qu'il y a encore des possibilit&#233;s de sortir par le haut. Juste avant l'arriv&#233;e de la pand&#233;mie, l'onde de choc de la droite se tassait et une dynamique de gauche r&#233;apparaissait tant au Chili qu'en Argentine, voire au Br&#233;sil et au Mexique, avec des mobilisations sociales de plus en plus importantes. Compte tenu de leur plus grande vuln&#233;rabilit&#233;, les classes pauvres sont en attente de r&#233;ponses imm&#233;diates, voire &#171; miraculeuses &#187;. Il y a un besoin urgent d'espoir. Certains d'entre eux le cherchent dans les enseignements des &#233;glises &#233;vang&#233;liques auxquelles leur appartenance est massive. Ils peuvent &#234;tre ainsi sensibles aux discours d'hommes politiques souvent d'extr&#234;me droite d&#233;signant des boucs &#233;missaires. Au Br&#233;sil, Bolsonaro d&#233;nonce d&#233;magogiquement tous ceux qui les &#171; emp&#234;chent d'aller travailler &#187; et proposent le confinement. Et, effectivement, malgr&#233; l'ampleur du d&#233;sastre sanitaire et tous ses propos racistes et homophobes, Bolsonaro conserve un appui populaire r&#233;el, certes minoritaire mais important, un peu comme Trump aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la gauche, cela signifie qu'elle doit changer de logiciel. Elle doit avoir un discours qui parle aux classes populaires, alors que malheureusement une grande partie des militants s'en tiennent &#224; des discours qui restent abstraits et &#233;loign&#233;s du quotidien des grandes majorit&#233;s. Les mobilisations sur le pouvoir d'achat, contre la mis&#232;re et contre le ch&#244;mage sont urgentes. Si on ne r&#233;pond pas aux questions essentielles qui se posent aux exclus et aux appauvris par la crise, on risque alors de ne pouvoir sortir par le haut de cette crise, laissant le champ aux droites radicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P.-S.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Cr&#233;&#233; le Mercredi 15 juillet 2020, mise &#224; jour Mercredi 15 juillet 2020, 09:14 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://npa2009.org/arguments/international/les-ameriques-latines-au-c&#339;ur-de-la-tempete&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://npa2009.org/arguments/international/les-ameriques-latines-au-c&#339;ur-de-la-tempete&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] Pierre Salama vient &#233;galement de publier avec l'&#233;conomiste marxiste Myl&#232;ne Gaulard, une synth&#232;se tr&#232;s utile : L'&#233;conomie de l'Am&#233;rique latine, Br&#233;al, 2020.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Am&#233;rique latine : la pand&#233;mie comme r&#233;v&#233;lateur</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Amerique-latine-la-pandemie-comme-revelateur</link>
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		<dc:date>2020-04-21T07:23:31Z</dc:date>
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		<dc:creator>Pierre Salama</dc:creator>


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		<dc:subject>Coronavirus</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-04-21</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La pand&#233;mie du Covid-19 affecte d&#233;sormais l'ensemble de la plan&#232;te, &#224; des degr&#233;s et selon une temporalit&#233; qui varient suivant les r&#233;gions concern&#233;es. La propagation de ce virus, parfois qualifi&#233; de &#171; coronacapitalisme &#187;, est assur&#233;ment le r&#233;v&#233;lateur du fonctionnement du capitalisme n&#233;olib&#233;ral global. Il montre aussi bien les fractures g&#233;opolitiques existantes, que celles qui segmentent, sur le plan internes, nos soci&#233;t&#233;s, tout en mettant au grand jour les choix irresponsables de la plupart (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton43128-f1dc6.jpg?1781355398' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La pand&#233;mie du Covid-19 affecte d&#233;sormais l'ensemble de la plan&#232;te, &#224; des degr&#233;s et selon une temporalit&#233; qui varient suivant les r&#233;gions concern&#233;es. La propagation de ce virus, parfois qualifi&#233; de &#171; coronacapitalisme &#187;, est assur&#233;ment le r&#233;v&#233;lateur du fonctionnement du capitalisme n&#233;olib&#233;ral global. Il montre aussi bien les fractures g&#233;opolitiques existantes, que celles qui segmentent, sur le plan internes, nos soci&#233;t&#233;s, tout en mettant au grand jour les choix irresponsables de la plupart des diff&#233;rents gouvernements en place ces trente derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du site de la &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/amerique-latine-pandemie-coronavirus/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue Contretemps&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce texte, l'&#233;conomiste Pierre Salama revient sur le sc&#233;nario actuel en Am&#233;rique latine et souligne &#224; quel point les classes populaires du sous-continent sont d&#233;sormais soumis &#224; une &#171; double peine &#187; : celle de la crise sanitaire dans un contexte de syst&#232;mes de sant&#233; d&#233;labr&#233;s et celle d'une crise &#233;conomique qui va s'accroitre encore les in&#233;galit&#233;s sociales, le mal-d&#233;veloppement et le travail pr&#233;caire. Pierre Salama pr&#234;che n&#233;anmoins pour que ce moment d'incertitude et de tension soit d'abord, face aux Bolsonaro et consorts, celui de la solidarit&#233;. Il ajoute qu'il est urgent de mener de nouvelles r&#233;flexions, apr&#232;s l'&#233;chec des gouvernements progressistes, sur les alternatives &#224; construire pour faire sortir l'Am&#233;rique latine de la d&#233;pendance et de l'extractivisme, afin de penser &#171; un renouvellement complet de la mani&#232;re de penser l'&#233;conomique et le politique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Un mal qui r&#233;pand la terreur, Mal que le Ciel en sa fureur Inventa pour punir les crimes de la terre&#8230; Ils ne mouraient pas tous, mais tous &#233;taient frapp&#233;s&#8230; &#187;. Jean de la Fontaine : Les animaux malades de la peste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Covid-19 provoque une crise d'une ampleur in&#233;gal&#233;e dans le monde : partout la production chute, le ch&#244;mage enfle, les revenus baissent. Apr&#232;s avoir atteint les pays d'extr&#234;me Orient, puis l'Europe et plus tardivement les Etats-Unis, elle arrive d&#232;s &#224; pr&#233;sent en Am&#233;rique latin et demain en Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des gouvernements, pas tous, interviennent fortement, bousculent les principes sacr&#233;s auxquels ils se rattachaient hier. Ainsi en est-il de l'ampleur des d&#233;ficits publics, de la prise en charge du ch&#244;mage partiel par les Etats, des nationalisations possibles dans des secteurs consid&#233;r&#233;s comme strat&#233;giques&#8230; Et demain, probablement, ces gouvernements qui, hier encore, &#233;taient adeptes d'une intervention de moins en moins importante de l'Etat dans l'&#233;conomique et d'un alignement des services publics sur les r&#232;gles du marchand, accepteront de d&#233;roger &#224; ces r&#232;gles et penseront &#224; red&#233;finir les fronti&#232;res entre le march&#233; et l'Etat afin de retrouver un minimum de souverainet&#233; sanitaire, voire de mani&#232;re plus large, industrielle, si toutefois nous sommes capables de leur rappeler leurs engagements. Le discours interventionniste ne pr&#233;domine pas en Am&#233;rique latine, principalement au Mexique o&#249; le discours officiel consiste &#224; privil&#233;gier les d&#233;penses sociales mais sans d&#233;gager les moyens pour le faire, ou bien au Br&#233;sil o&#249; les d&#233;cisions des ministres de la sant&#233; sont souvent contrecarr&#233;es par les pr&#233;sidents de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes confront&#233;s &#224; une crise manifeste de la globalisation. La pand&#233;mie est un r&#233;v&#233;lateur des dysfonctionnements d'un capitalisme d&#233;brid&#233; o&#249; les Etats c&#233;daient de plus en plus la place au march&#233;, ici les firmes multinationales, mais aussi une fois la contagion prenant de l'importance, du retour des Etats/Nations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La globalisation ne sera plus ce qu'elle a &#233;t&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1/ Les termes &#171; gagnants &#187; et &#171; perdants &#187;, sont souvent utilis&#233;s dans la litt&#233;rature &#233;conomique. Les pays qui &#171; gagnent &#187; seraient ceux qui connaissent une augmentation de leur participation dans le commerce mondial et inversement. Quelques pays, surtout asiatiques, accroissent leur participation relative dans le produit int&#233;rieur brut mondial entre 1980 et 2018. A l'inverse, les pays d'Am&#233;rique latine ont vu leur part d&#233;croitre de plusieurs points. Si on se limite au commerce international des produits manufactur&#233;s, en 2017, sur les dix premiers exportateurs mondiaux, seul le Mexique est pr&#233;sent (10&#176; place), le Br&#233;sil &#233;tant &#224; la 30&#176; place selon l'OMC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est simpliste de consid&#233;rer que des pays puissent &#234;tre gagnants et d'autres perdants. Limiter les pays &#224; des nations n'est pas en soi pertinent. La globalisation s'accompagne de fragmentations territoriales au sein des Etats/Nations. Elle produit en effet des cons&#233;quences n&#233;gatives y compris dans les nations qui sont apparemment gagnantes, et par ricochet sur des segments de classes sociales. Les nations sont en effet compos&#233;es de territoires o&#249; se concentrent les gains venant de la mondialisation et d'autres o&#249; ce sont les pertes qui dominent. Dans les territoires qui gagnent avec la mondialisation la proportion de ceux qui connaissent une &#233;volution favorable de leurs salaires est plus importante que dans les territoires qui perdent o&#249; se concentrent alors basse et moyenne qualification, faibles salaires, menaces sur l'emploi et pr&#233;carisation accentu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la globalisation commerciale, la division internationale du travail a profond&#233;ment chang&#233;. Certains pays du Sud, en Asie, sont devenus des ateliers du monde, d'autres, en Am&#233;rique latine, se sont &#224; nouveau sp&#233;cialis&#233;s dans l'exploitation de leurs ressources naturelles, &#224; l'exception notable du Mexique et des pays l'Am&#233;rique centrale[1]. Ils se sont reprimaris&#233;s. Les exportations de produits manufactur&#233;s s'&#233;levaient &#224; 51% de l'ensemble des exportations en 2006 au Br&#233;sil &#8211; 70% pour les importations-, les autres exportations &#233;tant compos&#233;es de produits agricoles et de mati&#232;res premi&#232;res (mines et combustibles). Un peu plus de dix ans plus tard, en 2017, les exportations de produits manufactur&#233;s s'&#233;l&#232;vent &#224; 36% -74% pour les importations- (source IEDI, n&#176;892, 2018). L'&#233;volution est donc rapide et, de fait, elle a d&#233;but&#233; d&#232;s la fin des ann&#233;es 1990. A l'inverse, au niveau mondial, les exportations de produits manufactur&#233;s s'&#233;l&#232;vent &#224; 70% de l'ensemble des exportations en 2017, auxquels il faut ajouter 12% correspondant &#224; la cat&#233;gorie &#171; autres produits manufactur&#233;s, selon l'OMC. Enfin, 80% des exportations mondiales sont effectu&#233;es par dix pays parmi lesquels on trouve le Mexique en queue de peloton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1990 et surtout 2000, on a assist&#233; &#224; un bouleversement de la division internationale du travail dans l'industrie mondiale gr&#226;ce au d&#233;veloppement de l'internet, &#224; la baisse du co&#251;t des transports et aux capacit&#233;s de certains pays asiatiques d'adapter leur offre tr&#232;s rapidement aux brusques changements de la demande mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est ainsi pass&#233; d'une relation entre deux acteurs &#224; une relation entre un acteur, le donneur d'ordre et &#171; n &#187; acteurs situ&#233;es dans diff&#233;rents pays, surtout au Sud mais &#233;galement au Nord ce qui se traduit par un &#233;clatement de la chaine internationale de valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;changes de biens industriels Sud &#8211; Sud se sont d&#233;velopp&#233;s. Cependant, les pays latino-am&#233;ricains, en g&#233;n&#233;ral, ont peu particip&#233; au processus d'&#233;clatement de la chaine de valeur. Ils restent relativement ferm&#233;s &#224; l'exception, dans une certaine mesure, du Mexique et quelques pays d'Am&#233;rique centrale. Cependant, dans l'ensemble les pays latino-am&#233;ricains ont pu davantage s'ouvrir &#224; l'ext&#233;rieur sans que ne p&#232;se la contrainte externe comme par le pass&#233;, gr&#226;ce aux gains procur&#233;s par l'exploitation de mati&#232;res premi&#232;res vers la Chine principalement, ce qui leur a permis d'importer davantage de biens manufactur&#233;s. Cette phase semble termin&#233;e et les contraintes externes r&#233;apparaissent avec force dans des &#233;conomies devenus moins industrialis&#233;es et plus vuln&#233;rables aux &#233;volutions des volumes export&#233;s et des prix des mati&#232;res premi&#232;res.[2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les pays d'Am&#233;rique latine restent fig&#233;s dans un cadran caract&#233;ris&#233; par une densit&#233; industrielle par t&#234;te faible et une un part &#233;galement faible de l'industrie (valeur ajout&#233;e) dans le PIB, les pays asiatiques progressent en misant sur l'industrialisation fond&#233;e de plus en plus sur des produits de haute technologie et des exportations de produits complexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'ouverture croissante, l'emploi et le travail sont soumis &#224; des contraintes externes de plus en plus &#233;lev&#233;es. L'emploi tend &#224; devenir plus pr&#233;caire et avec l'essor d'internet, l' &#171; ub&#233;risation &#187; des activit&#233;s devient de plus en plus importante sauf si une volont&#233; politique de prot&#233;ger davantage les salari&#233;s s'affirme. Ce fut le cas dans plusieurs pays latino-am&#233;ricains gr&#226;ce &#224; l'arriv&#233;e de gouvernements progressistes dans les ann&#233;es 2000 : l'informalit&#233; a baiss&#233;, les salaires r&#233;els ont augment&#233; plus rapidement que la productivit&#233; du travail et la protection sociale s'est d&#233;velopp&#233;e, au d&#233;triment il est vrai de la comp&#233;titivit&#233;, les r&#233;formes structurelles n&#233;cessaires n'ayant pas &#233;t&#233; prises, les gouvernements progressistes s'&#233;tant arr&#234;t&#233;s &#224; mi-chemin. Aujourd'hui, avec le retour des droites, ces quelques acquits sont remis en question. Il reste que la pr&#233;carit&#233;, le d&#233;classement, croissant et les in&#233;galit&#233;s de revenus augmentent. Jusqu'&#224; quand de telles &#233;volutions sont-elles soutenables en termes politiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2008, la globalisation fl&#233;chit, la croissance des exportations mondiales ne d&#233;passe plus nettement celle du PIB mondial, elle lui est parfois inf&#233;rieure. Depuis 2008 la globalisation parait s'essouffler. Des mesures protectionnistes se multiplient depuis 2012. Avec, l'accession de Trump &#224; la pr&#233;sidence des Etats-Unis (2017), elles sont &#224; la fois plus importantes et tendent &#224; se g&#233;n&#233;raliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La globalisation parait c&#233;der le pas &#224; la d&#233;-globalisation pour deux raisons : la premi&#232;re d'ordre technologique : il est possible de relocaliser la production de certaines activit&#233;s dans les pays avanc&#233;s gr&#226;ce &#224; l'essor de la r&#233;volution num&#233;rique, cette m&#234;me r&#233;volution qui hier permettait de d&#233;localiser plus facilement. La seconde raison tient aux effets d&#233;l&#233;t&#232;res de la globalisation sur la coh&#233;sion sociale : davantage d'in&#233;galit&#233;s de revenus, emplois supprim&#233;s et mobilit&#233; r&#233;duite se traduit souvent un protectionnisme de plus en plus prononc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2/ L'ironie de l'Histoire est que la crise de la globalisation est arriv&#233;e l&#224; o&#249; aucun &#233;conomiste, aucun sociologue, aucun politique ne l'avaient pr&#233;vue. Aucun. M&#234;me si d&#232;s &#224; pr&#233;sent certains tentent de faire croire qu'eux l'avaient pr&#233;vue. Certes, qu'elles viennent de droite, souvent extr&#234;me, ou de gauche, les critiques de la globalisation &#233;taient nombreuses. Certains mettant en avant leur conception de la nation, pr&#233;conisaient un retour au protectionnisme qui, parfois, pouvait s'apparenter &#224; de l'autarcie. D'autres, plut&#244;t de gauche et issus des rangs &#233;cologistes, plaidaient pour un altermondialisme, refusant les fronti&#232;res, recherchant la coop&#233;ration entre Etats pour imposer des normes &#233;thiques (comme le travail d&#233;cent) et environnementale beaucoup plus rigoureuses. Mais aucun ne pouvait penser que les formes nouvelles prises par la globalisation, &#224; savoir l'&#233;clatement international de la cha&#238;ne de valeur de la production, pouvait &#224; ce point fragiliser les diff&#233;rentes &#233;conomies au point de les rendre extr&#234;mement vuln&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette globalisation non contr&#244;l&#233;e, fruit des libert&#233;s accord&#233;es d'exploiter la main d'&#339;uvre peu ch&#232;re et d&#233;truire l'environnement, a produit le chaos. Les th&#233;oriciens du chaos ont montr&#233; que le battement d'ailes d'un papillon pouvait entra&#238;ner &#224; l'autre bout de la terre un effondrement, et que cette &#233;p&#233;e de Damocl&#232;s pouvait tomber &#224; n'importe quel moment et entra&#238;ner des catastrophes&#8230;Cette th&#232;se, qui est par exemple appliqu&#233;e &#224; la finance, ne l'a jamais &#233;t&#233; &#224; la globalisation. Il a suffi d'une pand&#233;mie pour que d'un coup d'&#233;paule le syst&#232;me &#233;conomique actuel s'effondre par des effets en cha&#238;ne se nourrissant les uns des autres. L'incapacit&#233; de fournir ici des segments de produits d'une cha&#238;ne de valeur internationale dispers&#233;e au gr&#233; de faibles co&#251;ts de main-d'&#339;uvre, entra&#238;ne ailleurs, c'est-&#224;-dire dans d'autres pays, des arr&#234;ts de la production plus ou moins importants, une augmentation du ch&#244;mage et, de ce fait, une baisse de la demande pr&#233;cipitant une d&#233;pression &#233;conomique. Ce battement d'ailes du papillon r&#233;v&#232;le surtout que la d&#233;sindustrialisation, le sym&#233;trique de cette globalisation, la perte consid&#233;rable de souverainet&#233;, notamment et surtout dans l'industrie pharmaceutique, ne se traduit pas seulement par des co&#251;ts financiers, mais surtout par un amoncellement de morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Double peine pour les pauvres, la crise et la pand&#233;mie qui renforce la crise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 1/ Les pays latino-am&#233;ricains diff&#232;rent les uns des autres. Certains ont une population importante (le Br&#233;sil avec 207 millions d'habitants, le Mexique avec 132 millions), &#224; l'inverse d'autres, comme l'Uruguay ou les pays d'Am&#233;rique centrale, sont relativement peu peupl&#233;s. Le PIB par t&#234;te est &#233;lev&#233; au Br&#233;sil, en Argentine, au Mexique (entre le quart et le tiers de celui des Etats-Unis) etc., un peu moins en Colombie et au P&#233;rou, beaucoup moins dans d'autres. Certains pays sont riches en ressources naturelles, d'autres beaucoup moins. Enfin les populations n'ont pas toutes la m&#234;me origine, davantage europ&#233;enne dans le c&#244;ne sud de l'Am&#233;rique latine, davantage d'origine indienne dans les pays andins, en Am&#233;rique centrale et au Mexique ou d'origine africaine dans d'autres pays comme le Br&#233;sil, dans les Cara&#239;bes. Leurs histoires ne sont pas exactement semblables m&#234;me si au long du XX&#176; si&#232;cle les plus importants d'entre eux ont pu avoir des exp&#233;riences proches tant au niveau politique (Per&#243;n en Argentine, Vargas au Br&#233;sil, Cardenas au Mexique) et au niveau &#233;conomique (r&#233;gime de croissance tourn&#233; vers le march&#233; int&#233;rieur dit de substitution des importations).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue structurel, la plupart des pays latino-am&#233;ricains ont de nombreux points communs qui constituent en quelle que sorte les huit plaies de l'Am&#233;rique latine : 1/ des in&#233;galit&#233;s de patrimoine et de revenus tr&#232;s importantes ; 2/ une informalit&#233; des emplois et un taux de pauvret&#233; cons&#233;quents ; 3/ une reprimarisation de leur &#233;conomie ; 4/ une d&#233;t&#233;rioration de l'environnement importante ; 5/ une ouverture financi&#232;re plus importante que l'ouverture commerciale ; 6/ Une d&#233;sindustrialisation pr&#233;coce ; 7/ Une tendance &#224; la stagnation &#233;conomique ; 8/ Un niveau de violence extr&#234;mement important surtout au Mexique, au Br&#233;sil, au Salvador, en Honduras et au Guatemala.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus le taux de croissance du PIB est faible, moins la mobilit&#233; sociale est importante et ceci d'autant plus si les d&#233;penses en &#233;ducation restent insuffisantes. Avec un tissu industriel fragilis&#233;, les pays latino-am&#233;ricains pourront-ils faire preuve de r&#233;silience face &#224; la pand&#233;mie du covid 19 et de ses lourds effets &#233;conomiques et sociaux et ce, &#224; quelles conditions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise a plusieurs dimensions. Elle n'arrive pas sur un &#171; corps sain &#187; pr&#234;t &#224; rebondir une fois la pand&#233;mie pass&#233;e. En effet, 1/ quasiment tous les pays de la r&#233;gion et particuli&#232;rement les plus grands et puissants d'entre eux &#8211; Argentine, Br&#233;sil, Mexique &#8211; souffrent d'une tendance &#224; la stagnation de leur taux de croissance du PIB. [3]Cette tendance &#224; la stagnation sur longue p&#233;riode a plusieurs causes : des in&#233;galit&#233;s des revenus et du patrimoine tr&#232;s prononc&#233;es, de faibles taux d'investissement dus &#224; des comportements rentiers de plus en plus prononc&#233;s se manifestant par une financiarisation excessive, des fuites de capitaux et une consommation ostentatoire, une d&#233;sindustrialisation plus ou moins forte et des d&#233;penses en recherche d&#233;veloppement &#171; r&#233;duites aux acqu&#234;ts &#187; (entre 0.5% et 1,1% du PIB selon les pays, pour r&#233;f&#233;rence en France ces d&#233;penses s'&#233;l&#232;vent &#224; 2.4% du PIB et en Cor&#233;e du Sud &#224; 4.5% du PIB.. 2/ Depuis quelques ann&#233;es, l'Argentine, le Venezuela connaissent une crise &#233;conomique profonde coupl&#233;e d'une inflation devenue plus ou moins incontr&#244;lable surtout au Venezuela. Le Br&#233;sil, apr&#232;s une crise tr&#232;s prononc&#233;e, &#233;quivalente &#224; celle des ann&#233;es 1930, manifeste une incapacit&#233; &#224; rebondir. Le Mexique entre en r&#233;cession, et d'autres pays connaissent un ralentissement de leur activit&#233; &#233;conomique (Colombie, etc.). 3/ Enfin du retour de la contrainte externe avec la baisse du cours des mati&#232;res premi&#232;res et des volumes vendus, celles-ci s'accentuant avec la g&#233;n&#233;ralisation de la crise due &#224; la pand&#233;mie au niveau mondial et la forte chute de la demande des pays asiatiques grands importateurs de ces mati&#232;res premi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2/ Les pays d'Am&#233;rique latine vivent plusieurs crises en m&#234;me temps qui se nourrissent les unes des autres. La crise est profonde. Elle est structurelle en ce qu'elle remet en question les modes m&#234;mes d'expansion du capitalisme ces derni&#232;res d&#233;cennies. En Am&#233;rique latine, la crise li&#233;e &#224; la pand&#233;mie s'ajoute &#224; d'autres crises latentes ou pr&#233;sentes que nous venons de citer. Le m&#233;lange est d'autant plus explosif que plusieurs gouvernements ne semblent pas avoir mesur&#233; l'ampleur du danger en n'adoptant pas des politiques &#233;conomiques contracycliques &#224; la hauteur de l'&#233;v&#233;nement, voire en minorisant les dangers (une amulette pourrait faire office de rem&#232;de &#224; la pand&#233;mie, dixit le pr&#233;sident du Mexique, une &#171; gripette &#187; pour le pr&#233;disent du Br&#233;sil, plaidant contre leurs propres ministres pour que ne soient pas mises en &#339;uvre des mesures qui pourraient faire chuter l'&#233;conomie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les politiques de lutte contre la contagion sont en g&#233;n&#233;ral tr&#232;s en-de&#231;&#224; de ce qui se serait n&#233;cessaire. Elles sont de deux ordres : 1/ Les mesures &#171; barri&#232;res &#187;, le lavage syst&#233;matique des mains et le confinement partiel (hors personnes travaillant dans des secteurs li&#233;s &#224; la sant&#233;, &#224; l'alimentation et au transport) ; 2/ Des politiques &#233;conomiques contracycliques pour freiner la mont&#233;e de la crise et demain relancer l'&#233;conomie. Les premi&#232;res rencontrent des difficult&#233;s de mises en application dans les quartiers regroupant les habitants les plus d&#233;favoris&#233;s. Dans les cas extr&#234;mes, les maisons n'ont pas d'eau potable, voire courante et il est donc difficile de se laver les mains r&#233;guli&#232;rement, la densit&#233; de population y est tr&#232;s importante et donc les mesures &#171; barri&#232;res &#187; ne sont pas faciles &#224; appliquer et enfin, comme la plupart des personnes y demeurant ont le souvent des emplois informels et ne sont pas ou mal prot&#233;g&#233;es par le syst&#232;me sanitaire, le confinement se r&#233;duit &#224; choisir entre Charybde et Scylla, soit mourir de faim en respectant le confinement, soit augmenter consid&#233;rablement la possibilit&#233; d'&#234;tre contamin&#233; et de contaminer son voisinage en allant travailler. A cela s'ajoute la volont&#233; par certains pr&#233;sidents &#8211; au Br&#233;sil de mani&#232;re caricaturale &#8211;, mais aussi par les sectes &#233;vang&#233;liques dont l'influence est particuli&#232;rement &#233;lev&#233;e chez les plus pauvres et les moins &#233;duqu&#233;s, de tout faire pour s'opposer au confinement impos&#233; par les gouverneurs des Etats (dans le cas de f&#233;d&#233;ration) ou bien des autorit&#233;s locales au pr&#233;texte que cette pand&#233;mie n'est qu'une petite grippe et que si le confinement devait &#234;tre appliqu&#233; il entrainerait une crise irr&#233;parable produisant un nombre de d&#233;c&#232;s plus &#233;lev&#233; que celui produit par la pand&#233;mie[4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les politiques contracycliques sont le plus souvent peu importantes &#8211; sauf probablement en Argentine en pleine crise &#233;conomique[5] &#8211; compte tenus d'abord des difficult&#233;s financi&#232;res (moins de recettes budg&#233;taires du fait de la crise latente pr&#233;-pand&#233;mie, de la r&#233;duction relative de la valeur des exportations de mati&#232;res premi&#232;res, des fuites enfin de capitaux et de la fraude fiscale), reports de charges sociales, voire des imp&#244;ts dus, si ce n'est leur suppression[6], et du manque de volont&#233; politique de certains pays de favoriser une augmentation de la dette publique du &#224; l'essor des d&#233;penses publiques sans recettes correspondantes. C'est la position orthodoxe &#8211; d'un autre &#226;ge &#8211; du pr&#233;sident mexicain qui tout en d&#233;sirant accroitre les d&#233;penses sociales ne s'en donne pas les moyens en acceptant de creuser le d&#233;ficit fiscal qui, de toutes les mani&#232;res augmentera du fait de la mont&#233;e de la crise &#233;conomique. En g&#233;n&#233;ral l'aide aux plus pauvres est faible (un peu plus de 100 dollars par mois par exemple au Br&#233;sil), augmentation des d&#233;penses en sant&#233;, l'aide aux entreprises est &#233;galement faible (le ministre des finances br&#233;silien avait tent&#233; de prendre un arr&#234;t&#233; autorisant de conserver le personnel pendant quatre mois sans salaire et sans travail, et devant le toll&#233; politique, est revenu sur cette mesure pr&#233;textant une erreur &#8230;administrative). M&#234;me ces mesures bien timides rencontrent parfois l'ire des pr&#233;sidents, c'est encore le cas du pr&#233;sident br&#233;silien qui tente de renvoyer son ministre de la sant&#233; pour d&#233;penses inconsid&#233;r&#233;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Presque tous les pays latino-am&#233;ricains paient au prix fort le fait que les d&#233;penses de sant&#233; sont tr&#232;s faibles en pourcentage du PIB. L'ensemble des d&#233;penses de sant&#233; publique &#8211; priv&#233;e en Am&#233;rique latine repr&#233;sente 8.5% du PIB, avec de tr&#232;s fortes disparit&#233;s entre les pays et au sein de ces pays. C'est en Argentine, au Br&#233;sil, en Colombie, au Chili et en Uruguay qu'elles sont les plus &#233;lev&#233;es (entre 9 et 10%), et en Equateur, en Bolivie, au Venezuela, au Mexique qu'elles sont le plus faibles (entre 3 et 5.5%) selon l'Ocde. Pour m&#233;moire, les d&#233;penses de sant&#233; publiques et priv&#233;es s'&#233;l&#232;vent en moyenne &#224; 12.5%, avec de fortes disparit&#233;s en 2018 : 16.9% du PIB aux Etats-Unis, 11.2% en Allemagne et en France, 8.9% au Chili et 5.5% au Mexique. Les syst&#232;mes de sant&#233; publics sont tr&#232;s souvent fragment&#233;s selon les corporations (employ&#233;s du p&#233;trole, travailleurs de l'Etat, etc.,) mais aussi selon l'Etat central, les Etats f&#233;d&#233;r&#233;s ce qui souvent accroit l'inefficacit&#233; du syst&#232;me et permet &#224; la corruption de se d&#233;velopper. Lorsqu'on compare le nombre de lits (soins intensifs) par 100000 habitants et le nombre de ventilateurs, en 2020, on observe que le Br&#233;sil &#8211; avec de tr&#232;s fortes disparit&#233;s r&#233;gionales &#8211; met &#224; la disposition de ses malades un tiers de lits en moins et 3/5 de ventilateurs en moins que les Etats-Unis. L'Argentine est un peu mieux dot&#233;e en lits de soins intensifs, le Mexique est tr&#232;s loin derri&#232;re et le P&#233;rou est encore plus loin ainsi qu'on peut le voir dans le graphique ci-dessous (The Economist, 8 avril 2020) [7]. Si on ajoute que les 25% les plus riches de la population &#8211; c'est-&#224;-dire les riches et les classes moyennes hautes et moyennes &#8211; ont surtout acc&#232;s au syst&#232;me priv&#233; de sant&#233; et que ce dernier poss&#232;de environ la moiti&#233; des lits en soins intensifs et des ventilateurs, on comprend que la situation sanitaire de la majeure partie de la population est particuli&#232;rement vuln&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise due &#224; la pand&#233;mie a pour vecteur la globalisation. Elle se greffe sur un tissu &#233;conomique extr&#234;mement affaibli. Elle est un r&#233;v&#233;lateur de l'ensemble des dysfonctionnements du capitalisme et plus particuli&#232;rement en Am&#233;rique latine. Les premi&#232;res victimes sont les plus pauvres&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'informalit&#233; (70% en Bolivie, 63% au P&#233;rou, 47% au Br&#233;sil) et la pauvret&#233; restent tr&#232;s importantes en Am&#233;rique latine. En Argentine, elle atteint 50% de ceux qui sont dans l'informel. Ces derni&#232;res ann&#233;es, l'informalit&#233; et la pauvret&#233; ont eu tendance &#224; augmenter de nouveau notamment et surtout au Br&#233;sil et en Argentine. Comme le notent plusieurs sociologues et m&#233;decins, les malades pauvres d&#233;c&#233;deront chez eux, voire mourront &#171; &#224; la porte l'h&#244;pital &#187;, selon le Professeur de m&#233;decine Miguel Strougi de l'USP (O Globo, 23 mars 2020).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une relation entre la pauvret&#233; et l'ob&#233;sit&#233;, due la plupart du temps &#224; la &#171; mal bouffe &#187;. Les pauvres au Mexique, un peu moins au Br&#233;sil, relativement moins en Argentine et pour les pays avanc&#233;s, aux Etats-Unis, en Grande Bretagne, sont le plus souvent ob&#232;ses. Les cat&#233;gories vuln&#233;rables aux revenus modestes le sont &#233;galement, mais dans une moins grande mesure, les classes moyennes encore moins. Il y a une relation &#233;lev&#233;e entre l'ob&#233;sit&#233; et le diab&#232;te, l'hypertension et les risques cardio-vasculaires. La pand&#233;mie affecte donc plus particuli&#232;rement les pauvres et les cat&#233;gories vuln&#233;rables et ce d'autant plus que leur acc&#232;s aux soins est plus restreint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays avanc&#233;s, ce sont surtout les populations &#226;g&#233;es qui ont le plus de risque de succomber &#224; la pand&#233;mie car elles souffrent plus que les jeunes du diab&#232;te, de l'hypertension etc. En Am&#233;rique latine ce sont surtout les pauvres et des pauvres relativement jeunes. Fin mars, le quart des patients hospitalis&#233;s &#224; Rio de Janeiro souffrant de cette pand&#233;mie a moins de 40 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le confinement est le plus souvent impossible &#224; faire respecter dans les bidonvilles les plus mis&#233;rables pour des raisons &#233;videntes : surpopulation rendant difficiles la distanciation sociale, conditions sanitaires d&#233;sastreuses entra&#238;nant des grandes difficult&#233;s &#224; se laver souvent les mains, et surtout informalit&#233; et pauvret&#233; conjugu&#233;e font que le droit au retrait est une abstraction, que le choix est en fait entre travailler ou mourir de faim. Pour autant, l'ensemble de ces mesures sont n&#233;cessaires mais elles exigent pour &#234;tre un minimum efficace une plus grande g&#233;n&#233;rosit&#233; de l'Etat en distribuant des revenus un peu plus cons&#233;quents aux pauvres et en les testant pour isole les contamin&#233;s de leur famille et de leur entourage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les gouvernements sous-estiment le danger et n'ont pas de politiques de pr&#233;vention comme la distanciation sociale, d'interdiction comme le confinement, ne d&#233;cident pas de verser aux plus pauvres un revenu minimum ou le font de mani&#232;re insuffisante ; lorsque des pr&#233;sidents s'opposent &#224; leurs ministres et plaident pour le maintien du niveau d'activit&#233; &#233;conomique, se moquant de ceux qui sur-jouent la crise sanitaire alors que la v&#233;ritable catastrophe serait la crise &#233;conomique ; lorsque des sectes religieuses, de plus en plus influentes, disent que par la pri&#232;re collective on pourra repousser Satan, cheval de Troie de la pand&#233;mie&#8230; alors on ne peut &#234;tre que pessimiste. C'est une qui d&#233;signe comme criminels ceux qui se refusent &#224; faire face &#224; cette pand&#233;mie et pr&#233;conisent la reprise du travail quel qu'en soit le co&#251;t humain, sans m&#234;me attendre que la pand&#233;mie ralentisse, que le pourcentage d'immunis&#233;s ait atteint un minimum. Mais c'est aussi un moment qui par son ampleur, ses cons&#233;quences d&#233;sastreuses sur certaines cat&#233;gories de la population, par l'exploitation politique que peuvent en faire des partis et des &#233;glises, soit par sectarisme, soit par populisme, peut ouvrir la voie &#224; des gouvernements d'extr&#234;me droite mais aussi, &#224; l'inverse, une opportunit&#233; &#224; saisir pour construire une autre soci&#233;t&#233; fonctionnant avec d'autres modes que la recherche exclusive du profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une crise qui appelle un renouvellement complet de la mani&#232;re de penser l'&#233;conomique et le politique. Aujourd'hui, le primat est &#224; la solidarit&#233;, ce n'est malheureusement pas assez le cas surtout en Am&#233;rique latine, aux Etats-Unis et dans quelques autres pays. Demain, quand les conditions sanitaires seront r&#233;unies, ce sera l'heure de la reprise du travail, en esp&#233;rant que la solidarit&#233; se maintiendra, que le mod&#232;le &#233;conomique ne sera pas une reprise de l'ancien, sinon l'Histoire se r&#233;p&#233;tera comme une trag&#233;die&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Le Mexique s'est sp&#233;cialis&#233; dans l'exportation de produits manufactur&#233;s &#224; destination essentiellement des Etats-Unis et du Canada. Cependant, &#224; la diff&#233;rence de nombre de pays asiatiques, le Mexique et les pays d'Am&#233;rique centrale se sont cantonn&#233;s pour l'essentiel &#224; des activit&#233;s d'assemblage &#224; l'exception en partie de certains secteurs comme l'industrie automobile o&#249; le nombre d'&#233;quipementier a augment&#233; gr&#226;ce, non pas &#224; une politique industrielle mais &#224; la venue d'entreprises transnationales. L'ouverture croissante n'a pas eu d'effets positifs sur la croissance au Mexique, les effets multiplicateurs sur le PIB &#233;tant faibles ce qui explique que parmi les grands pays latino-am&#233;ricains, il ait &#233;t&#233; celui dont la croissance a &#233;t&#233; la plus faible ces vingt-cinq derni&#232;res ann&#233;es. La complexification de son tissu industriel est &#233;galement faible et ou/bien apparente et trompeuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Voir le dossier de la revue &#171; Recherches Internationales &#187;, n&#176; 115, 2020, dirig&#233; par Posado Th, Rogalski M., et Salama P., intitul&#233; L'Am&#233;rique latine en bascule avec les &#233;crits de Gaudichaud F., Destremau B., Gaulard M., salama P., Svampa M., Chaponni&#232;re JR. et Ventura Ch. Voir &#233;galement le dernier livre de Gaulard M. et Salama P. , 2020, L'&#233;conomie de l'Am&#233;rique latine, ed. Breal (non disponible &#224; cause de la pand&#233;mie, les librairies &#233;tant ferm&#233;es&#8230;), pour les aspects plus politiques, voir Gaudichaud F., Modonesi M., Weber JR, 2020, Fin de partie, Am&#233;rique latine, les exp&#233;riences progressistes dans l'impasse (1998-2019, ed. Syllepse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Un exemple : Le taux de croissance du PIB par t&#234;te mexicain a &#233;t&#233; seulement de 0.8% en moyenne par an entre 1983 et 2017, bien inf&#233;rieur de celui des Etats&#8211;Unis sur la m&#234;me p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Ce dernier argument r&#233;apparait dans les pays avanc&#233;s mais apr&#232;s des semaines de confinement. Il &#233;tait mis en avant &#233;galement par ceux qui consid&#233;raient que l'immunisation de masse (60% de la population) passait par la contagion en oubliant le nombre consid&#233;rable de morts qu'elle provoquerait, c'est d'ailleurs pourquoi il a &#233;t&#233; abandonn&#233; en Grande Bretagne, aux Pays Bas et partiellement, bine timidement, par Trump aux Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Ce qui explique la forte mont&#233;e de la popularit&#233; du pr&#233;sident Fernandez nouvellement &#233;lu (74% d'appui) fin Mars, et &#224; l'inverse la chute de celle du pr&#233;sident Mexicain dit AMLO qui reste pourtant encore &#233;lev&#233;e (58.4%), sup&#233;rieure a celle du pr&#233;sident Bolsonaro (autour de 30% qui correspond &#224; son socle &#171; &#233;vang&#233;lique &#187;, les couches moyennes sup&#233;rieures &#8211; qui lui &#233;taient acquise-contestant ses prises de position sur la pand&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Voir un article significatif paru dans le Financial Times du 13 Avril intitul&#233; : &#171; Four Mexico states call for new tax deal with L&#243;pez Obrador &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Les pays qui ont plus de 10 lits hospitaliers par mille habitants (il ne s'agit pas ici de lits &#224; soins intensifs dits de r&#233;animation, ont eu le plus faible taux de mortalit&#233; provoqu&#233; par la pand&#233;mie Hong Kong a 14.5 lits, le Japon dix. C'est loin d'&#234;tre le cas du Br&#233;sil qui poss&#232;de1.95 lits par mille habitants. Dans les dix derni&#232;res ann&#233;es le Br&#233;sil a supprim&#233; 40000 &#224; 50000 lits, faute de ressources suffisantes pour les maintenir (O Globo, 23 mars, voir aussi : Financial Times du 13 avril 2020). Voir &#233;galement : Barceno A., 2020, 3 avril, &#171; Coyuntura, escenarios y proyecciones hasta 2030 ante la presente crisis de covid -19 &#187;, 1-65, CEPAL, pour des donn&#233;es plus compl&#232;tes par pays, p. 21.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>En Am&#233;rique latine, la pand&#233;mie s'ajoute &#224; d'autres crises</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/En-Amerique-latine-la-pandemie-s-ajoute-a-d-autres-crises</link>
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		<dc:date>2020-04-21T07:22:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Salama</dc:creator>


		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Coronavirus</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-04-21</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pour l'&#233;conomiste et chercheur au CNRS Pierre Salama, l'&#233;pid&#233;mie de nouveau coronavirus vient fragiliser des &#233;conomies rendues d&#233;j&#224; tr&#232;s vuln&#233;rables par les formes nouvelles prises par la globalisation, &#224; savoir l'&#233;clatement international de la cha&#238;ne de valeur de la production. &lt;br class='autobr' /&gt;
Professeur &#233;m&#233;rite des universit&#233;s et chercheur au CNRS, sp&#233;cialiste de l'Am&#233;rique latine, Pierre Salama estime que la pand&#233;mie de Covid-19, au-del&#224; de ses effets sur la sant&#233; et sur la vuln&#233;rabilit&#233; des plus (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Coronavirus-1579-+" rel="tag"&gt;Coronavirus&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-04-21-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-04-21&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH81/arton43183-bee4d.jpg?1781355398' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='81' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour l'&#233;conomiste et chercheur au CNRS Pierre Salama, l'&#233;pid&#233;mie de nouveau coronavirus vient fragiliser des &#233;conomies rendues d&#233;j&#224; tr&#232;s vuln&#233;rables par les formes nouvelles prises par la globalisation, &#224; savoir l'&#233;clatement international de la cha&#238;ne de valeur de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Professeur &#233;m&#233;rite des universit&#233;s et chercheur au CNRS, sp&#233;cialiste de l'Am&#233;rique latine, Pierre Salama estime que la pand&#233;mie de Covid-19, au-del&#224; de ses effets sur la sant&#233; et sur la vuln&#233;rabilit&#233; des plus faibles, va d&#233;multiplier les nombreuses crises qui affectaient d&#233;j&#224; la plupart des pays du continent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Publi&#233; le 13 avril 2020&lt;br class='autobr' /&gt;
tir&#233; de : Entre les lignes et les mots 2020 - n&#176;17 - 18 avril : Notes de lecture, textes, p&#233;tition, annonce&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pand&#233;mie provoque une crise d'une ampleur in&#233;gal&#233;e dans le monde : partout la production chute, le ch&#244;mage enfle, les revenus baissent. Que pensez-vous des r&#233;ponses qui y sont apport&#233;es pour l'instant ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'on voit dans l'imm&#233;diat, ce sont parfois des gouvernements qui interviennent fortement, bousculent les principes sacr&#233;s auxquels ils se rattachaient hier. Ainsi en est-il de l'ampleur des d&#233;ficits publics, de la prise en charge du ch&#244;mage partiel par les Etats, des nationalisations possibles dans des secteurs consid&#233;r&#233;s comme strat&#233;giques&#8230; Et demain, probablement, ces gouvernements qui, hier encore, &#233;taient adeptes d'une intervention de moins en moins importante de l'Etat dans l'&#233;conomique et d'un alignement des services publics sur les r&#232;gles du marchand, accepteront de d&#233;roger &#224; ces r&#232;gles et penseront &#224; red&#233;finir les fronti&#232;res entre le march&#233; et l'Etat afin de retrouver un minimum de souverainet&#233; sanitaire, voire de mani&#232;re plus large, industrielle, si toutefois nous sommes capables de leur rappeler. Nous sommes confront&#233;s &#224; une crise manifeste de la globalisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ironie de l'Histoire est que la crise de la globalisation est arriv&#233;e l&#224; o&#249; aucun &#233;conomiste, aucun sociologue, aucun politique ne l'avaient pr&#233;vue ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun. M&#234;me si d&#232;s &#224; pr&#233;sent certains tentent de faire croire qu'eux l'avaient pr&#233;vue. Certes, qu'elles viennent de droite, souvent extr&#234;me, ou de gauche, les critiques de la globalisation &#233;taient nombreuses. Certains mettant en avant leur conception de la nation, pr&#233;conisaient un retour au protectionnisme qui, parfois, pouvait s'apparenter &#224; de l'autarcie. D'autres, plut&#244;t de gauche et issus des rangs &#233;cologistes, plaidaient pour un altermondialisme, refusant les fronti&#232;res, recherchant la coop&#233;ration entre Etats pour imposer des normes &#233;thiques (comme le travail d&#233;cent) et environnementale beaucoup plus rigoureuses. Mais aucun ne pouvait penser que les formes nouvelles prises par la globalisation, &#224; savoir l'&#233;clatement international de la cha&#238;ne de valeur de la production, pouvait &#224; ce point fragiliser les diff&#233;rentes &#233;conomies au point de les rendre extr&#234;mement vuln&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#233;oriciens du chaos ont montr&#233; que le battement d'ailes d'un papillon pouvait entra&#238;ner &#224; l'autre bout de la terre un effondrement, et que cette &#233;p&#233;e de Damocl&#232;s pouvait tomber &#224; n'importe quel moment et entra&#238;ner des catastrophes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Et d'ailleurs cette th&#232;se, qui est par exemple appliqu&#233;e &#224; la finance, ne l'a jamais &#233;t&#233; &#224; la globalisation. Il a suffi d'une pand&#233;mie pour que d'un coup d'&#233;paule le syst&#232;me &#233;conomique actuel s'effondre par des effets en cha&#238;ne se nourrissant les uns des autres. L'incapacit&#233; de fournir ici des segments de produits d'une cha&#238;ne de valeur internationale dispers&#233;e au gr&#233; de faibles co&#251;ts de main-d'&#339;uvre, entra&#238;ne ailleurs, c'est-&#224;-dire dans d'autres pays, des arr&#234;ts de la production plus ou moins importants, une augmentation du ch&#244;mage et, de ce fait, une baisse de la demande pr&#233;cipitant une d&#233;pression &#233;conomique. Ce battement d'ailes du papillon r&#233;v&#232;le surtout que la d&#233;sindustrialisation, le sym&#233;trique de cette globalisation, la perte consid&#233;rable de souverainet&#233;, notamment et surtout dans l'industrie pharmaceutique, ne se traduit pas seulement par des co&#251;ts financiers, mais surtout par un amoncellement de morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment cette crise risque-t-elle d'affecter les pays d'Am&#233;rique latine ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces pays vivent plusieurs crises en m&#234;me temps, qui se nourrissent les unes des autres. La crise est profonde. Elle est structurelle en ce qu'elle remet en question les modes m&#234;mes d'expansion du capitalisme de ces derni&#232;res d&#233;cennies. En Am&#233;rique latine, la crise li&#233;e &#224; la pand&#233;mie s'ajoute &#224; d'autres crises latentes ou pr&#233;sentes. Le m&#233;lange est d'autant plus explosif que plusieurs gouvernements ne semblent pas avoir mesur&#233; l'ampleur du danger en n'adoptant pas de politiques &#233;conomiques &#171; contracycliques &#187; [relance budg&#233;taire, ndlr] &#224; la hauteur de l'&#233;v&#233;nement, voire en minorant les dangers. &#171; Une amulette pourrait faire office de rem&#232;de &#224; la pand&#233;mie &#187;, dixit le pr&#233;sident du Mexique. &#171; Une grippette &#187; pour le pr&#233;sident du Br&#233;sil, plaidant contre leurs propres ministres pour que ne soient pas mises en &#339;uvre des mesures qui pourraient faire chuter l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La crise n'aurait donc pas une seule dimension ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non. En outre, elle n'arrive pas sur un &#171; corps sain &#187; pr&#234;t &#224; rebondir une fois la pand&#233;mie pass&#233;e. D'abord, quasiment tous les pays de la r&#233;gion et particuli&#232;rement les plus grands et puissants d'entre eux, Argentine, Br&#233;sil, et Mexique, souffrent d'une tendance &#224; la stagnation de leur taux de croissance. Le taux de croissance du PIB par t&#234;te a &#233;t&#233; seulement de 0.8% en moyenne par an entre 1983 et 2017, bien inf&#233;rieur de celui des Etats-Unis sur la m&#234;me p&#233;riode. Et ce pour des raisons diverses : des in&#233;galit&#233;s des revenus et du patrimoine tr&#232;s prononc&#233;es, une d&#233;sindustrialisation plus ou moins forte li&#233;e &#224; la concentration des exportations sur les mati&#232;res premi&#232;res, surtout agricoles pour l'Argentine (soja), plus diversifi&#233;e au Br&#233;sil et au P&#233;rou. Le Mexique, mis &#224; part le p&#233;trole en crise, exporte tr&#232;s peu de mati&#232;res premi&#232;res mais des produits industriels assembl&#233;s. Plus ouvert que les autres pays, il n'en a tir&#233; aucun b&#233;n&#233;fice en termes de croissance, bien au contraire, et son industrie, tourn&#233;e vers le march&#233; int&#233;rieur, est de plus en plus faible. Ces pays ont de faibles taux d'investissement &#8211; entre 16% et 20 par an &#8211; cons&#233;cutifs &#224; des comportements rentiers de plus en plus prononc&#233;s, &#224; une financiarisation excessive de leur &#233;conomie, &#224; des fuites de capitaux, surtout en Argentine, et des d&#233;penses en recherche-d&#233;veloppement r&#233;duites aux acqu&#234;ts (entre 0,5% et 1,1% du PIB). Ensuite, certains de ces pays souffrent d'une crise &#233;conomique profonde, coupl&#233;e &#224; une inflation devenue plus ou moins incontr&#244;lable (Venezuela, Argentine), d'une incapacit&#233; &#224; rebondir une fois la crise pass&#233;e (Br&#233;sil), d'une entr&#233;e en r&#233;cession (Mexique), d'un ralentissement de l'activit&#233; &#233;conomique (Colombie). Enfin, la forte chute du cours des mati&#232;res premi&#232;res export&#233;es aura des impacts n&#233;gatifs sur la plupart des ces pays.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;percussion de cette crise de la globalisation dans ces &#233;conomies relativement ferm&#233;es sur ces pays peut-elle &#234;tre att&#233;nu&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne sera pas le cas, car les r&#233;percussions de la crise viennent de la nouvelle division internationale du travail fond&#233;e, pour la plupart de ces pays, sur l'exploitation de leurs ressources naturelles. La baisse du cours des mati&#232;res premi&#232;res, accentu&#233;e par la crise &#8211; les ventes &#224; la Chine ont baiss&#233; &#8211;, mais aussi, s'agissant du p&#233;trole, par les strat&#233;gies suivies par la Russie et l'Arabie Saoudite face aux Etats-Unis devenu exportateur net de p&#233;trole, r&#233;duit fortement les capacit&#233;s d'exportation de nombre de pays d'Am&#233;rique latine. Certains de ces pays vont conna&#238;tre de fortes baisses de leurs recettes fiscales du fait du d&#233;clin des exportations de mati&#232;res premi&#232;res ajout&#233;es &#224; la chute des cours mondiaux. Ce qui pourrait entra&#238;ner une crise fiscale diminuant d'autant leurs capacit&#233;s budg&#233;taires de r&#233;ponses &#224; la crise &#233;conomique et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise due &#224; la pand&#233;mie a pour vecteur la globalisation. Elle se greffe sur un tissu &#233;conomique extr&#234;mement affaibli. Les premi&#232;res victimes sont les plus pauvres&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'informalit&#233; (70% en Bolivie, 63% au P&#233;rou, 47% au Br&#233;sil) et la pauvret&#233; restent tr&#232;s importantes en Am&#233;rique latine. En Argentine, elle atteint 50% de ceux qui sont dans l'informel. Ces derni&#232;res ann&#233;es, l'informalit&#233; et la pauvret&#233; ont eu tendance &#224; augmenter de nouveau notamment et surtout au Br&#233;sil et en Argentine. L'acc&#232;s aux soins est tr&#232;s souvent li&#233; au niveau de revenus. Comme le notent plusieurs sociologues et m&#233;decins, les malades pauvres n'ont pas les moyens, voire le temps d'aller &#224; l'h&#244;pital. Nombreux sont ceux qui meurent chez eux ou bien &#224; la porte de l'h&#244;pital. Le confinement est le plus souvent impossible &#224; faire respecter dans les bidonvilles les plus mis&#233;rables (13 millions au Br&#233;sil) pour des raisons &#233;videntes : surpopulation rendant difficiles la distanciation sociale, conditions sanitaires d&#233;sastreuses entra&#238;nant des grandes difficult&#233;s &#224; se laver souvent les mains, et surtout informalit&#233; et pauvret&#233; conjugu&#233;e font que le droit au retrait est une abstraction, que le choix est en fait entre travailler ou mourir de faim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes tr&#232;s pessimiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les gouvernements sous-estiment le danger et n'ont pas de politiques de pr&#233;vention comme la distanciation sociale, d'interdiction comme le confinement, ne d&#233;cident pas de verser aux plus pauvres un revenu minimum ou le font de mani&#232;re insuffisante ; lorsque des pr&#233;sidents s'opposent &#224; leurs ministres et plaident pour le maintien du niveau d'activit&#233; &#233;conomique, se moquant de ceux qui surjouent la crise sanitaire alors que la v&#233;ritable catastrophe serait la crise &#233;conomique ; lorsque des sectes religieuses, de plus en plus influentes, disent que par la pri&#232;re collective on pourra repousser Satan, cheval de Troie de la pand&#233;mie&#8230; alors on ne peut &#234;tre que pessimiste. Tous sont frapp&#233;s, mais in&#233;galement. La double peine pour les pauvres est &#224; la fois la pand&#233;mie et la crise &#233;conomique, d'autant plus forte qu'elle se greffe sur des tissus &#233;conomiques bien mal en point. C'est une crise qui appelle un renouvellement complet de la mani&#232;re de penser l'&#233;conomique et le politique. Malheureusement, les issues peuvent &#234;tre dans la mont&#233;e de l'irrationnel, dans la recherche de boucs &#233;missaires, dans les formes extr&#234;mes de populisme. Mais elles peuvent &#234;tre aussi plus positives. Aussi peut-on esp&#233;rer que le pessimisme de la raison puisse &#234;tre l'optimisme du c&#339;ur (comme Val&#233;ry) et de la volont&#233; (comme Gramsci).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretien avec Vittorio De Filippis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; initialement dans Lib&#233;ration&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'Am&#233;rique latine en bascule</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/L-AMERIQUE-LATINE-EN-BASCULE</link>
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		<dc:date>2019-11-12T07:49:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Rogalski, Pierre Salama, Thomas Posado</dc:creator>


		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2019-11-12</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le cycle de gouvernements progressistes qui ont dirig&#233; l'Am&#233;rique latine depuis le d&#233;but du xxie si&#232;cle appartient aujourd'hui au pass&#233;. Dans certains cas, &#224; travers des &#233;lections d&#233;mocratiques, comme en Argentine, au Chili et au P&#233;rou,dans d'autres, comme au Honduras, au Paraguay ou au Br&#233;sil, c'est par la voie d'un coup d'&#201;tat parlementaire que la droite est revenue au gouvernement. D&#233;sormais, la dynamique politique s'est renvers&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt; En Argentine, un lib&#233;ral, Mauricio Macri, fait face &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH85/arton41041-31326.jpg?1781355398' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le cycle de gouvernements progressistes qui ont dirig&#233; l'Am&#233;rique latine depuis le d&#233;but du xxie si&#232;cle appartient aujourd'hui au pass&#233;. Dans certains cas, &#224; travers des &#233;lections d&#233;mocratiques, comme en Argentine, au Chili et au P&#233;rou,dans d'autres, comme au Honduras, au Paraguay ou au Br&#233;sil, c'est par la voie d'un coup d'&#201;tat parlementaire que la droite est revenue au gouvernement. D&#233;sormais, la dynamique politique s'est renvers&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En Argentine, un lib&#233;ral, Mauricio Macri, fait face &#224; une crise&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;conomique majeure, o&#249; les plans du FMI, outre une aggravation des&lt;br class='autobr' /&gt;
conditions de vie des classes populaires, ne sont pas en mesure de&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;tablir les &#233;quilibres. Au Br&#233;sil, un homme &#224; la rh&#233;torique fascisante,&lt;br class='autobr' /&gt;
Jair Bolsonaro, est parvenu au pouvoir, n'h&#233;sitant pas &#224; utiliser comme&lt;br class='autobr' /&gt;
repoussoir l'exp&#233;rience v&#233;n&#233;zu&#233;lienne, et multiplie les provocations&lt;br class='autobr' /&gt;
misogynes, homophobes, racistes, tout en menant une r&#233;forme de la&lt;br class='autobr' /&gt;
s&#233;curit&#233; sociale d&#233;favorable &#224; la population. Dans les rares pays o&#249; il n'y a&lt;br class='autobr' /&gt;
pas eu d'alternance, le panorama n'est pas plus r&#233;jouissant. En &#201;quateur,&lt;br class='autobr' /&gt;
un candidat de centre-gauche, Lenin Moreno, a &#233;t&#233; &#233;lu en 2017 contre&lt;br class='autobr' /&gt;
un banquier de l'Opus Dei, mais s'aligne d&#233;sormais sur les positions&lt;br class='autobr' /&gt;
de ses homologues de droite, que ce soit en termes diplomatiques&lt;br class='autobr' /&gt;
ou &#233;conomiques, et subit les critiques de l'ancien pr&#233;sident qui avait&lt;br class='autobr' /&gt;
parrain&#233; sa campagne. En Bolivie, l'un des rares &#201;tats o&#249; le dirigeant qui&lt;br class='autobr' /&gt;
a incarn&#233; le &#171; virage &#224; gauche &#187; est toujours au pouvoir, o&#249; la population&lt;br class='autobr' /&gt;
b&#233;n&#233;ficie toujours des b&#233;n&#233;fices de la redistribution, Evo Morales fait&lt;br class='autobr' /&gt;
face &#224; une &#233;lection pr&#233;sidentielle &#224; haut risque apr&#232;s avoir perdu en&lt;br class='autobr' /&gt;
2016 un r&#233;f&#233;rendum qui devrait l'emp&#234;cher de se repr&#233;senter. Enfin, au&lt;br class='autobr' /&gt;
Nicaragua et au Venezuela, les processus de changement sont devenus&lt;br class='autobr' /&gt;
des caricatures de moins en moins d&#233;fendables. Au Venezuela, Nicol&#225;s &lt;br class='autobr' /&gt;
Maduro se maintient au pouvoir au prix d'une r&#233;pression croissante&lt;br class='autobr' /&gt;
malgr&#233; sa mise en minorit&#233; &#233;lectorale et fait face &#224; un effondrement&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;conomique sans pr&#233;c&#233;dent, avec des cons&#233;quences dramatiques&lt;br class='autobr' /&gt;
pour les habitants, qui s'exilent massivement dans les pays voisins,&lt;br class='autobr' /&gt;
une crise li&#233;e &#224; la gabegie gouvernementale, &#224; l'incurie de la gestion&lt;br class='autobr' /&gt;
p&#233;troli&#232;re, et aggrav&#233;e par les sanctions de l'administration Trump.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au Nicaragua, le gouvernement Ortega est dans une fuite en avant&lt;br class='autobr' /&gt;
autoritaire et n&#233;potique qui n'a plus grand-chose &#224; voir avec les&lt;br class='autobr' /&gt;
esp&#233;rances soulev&#233;es par la r&#233;volution sandiniste dans les ann&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
quatre-vingt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chancelleries occidentales poussent des cris d'orfraie sur&lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#233;viction de plusieurs opposants majeurs du scrutin pr&#233;sidentiel&lt;br class='autobr' /&gt;
v&#233;n&#233;zu&#233;lien consid&#233;r&#233;e comme une mesure effectivement&lt;br class='autobr' /&gt;
antid&#233;mocratique, mais que dire de l'in&#233;ligibilit&#233; de Lula&lt;br class='autobr' /&gt;
prononc&#233;e par Sergio Moro, futur ministre de la Justice de son&lt;br class='autobr' /&gt;
opposant Bolsonaro et r&#233;pondant &#224; des crit&#232;res plus politiques&lt;br class='autobr' /&gt;
que juridiques, comme l'ont confirm&#233; depuis plusieurs enqu&#234;tes&lt;br class='autobr' /&gt;
journalistiques. Plus globalement, on parle de lawfare pour d&#233;signer&lt;br class='autobr' /&gt;
l'instrumentalisation et le d&#233;tournement du syst&#232;me judiciaire&lt;br class='autobr' /&gt;
aux fins d'&#233;viction d'opposants politiques, souvent dans le cadre&lt;br class='autobr' /&gt;
d'une m&#233;diatisation destin&#233;e &#224; d&#233;l&#233;gitimer la personnalit&#233; vis&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces pratiques sont &#233;galement visibles au P&#233;rou, au Guatemala, en&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;quateur et t&#233;moignent d'un r&#233;el recul de la d&#233;mocratie.&lt;br class='autobr' /&gt;
La plupart des conqu&#234;tes sociales des ann&#233;es progressistes,&lt;br class='autobr' /&gt;
celles du &#171; virage &#224; gauche &#187; et de la r&#233;f&#233;rence &#224; un &#171; socialisme du&lt;br class='autobr' /&gt;
xxie si&#232;cle &#187;, ont &#233;t&#233; rogn&#233;es voire lamin&#233;es par les effets conjoints&lt;br class='autobr' /&gt;
de la crise &#233;conomique et du retour de coalitions conservatrices&lt;br class='autobr' /&gt;
au pouvoir. Au Venezuela, face au cycle d'hyperinflation, le&lt;br class='autobr' /&gt;
gouvernement concentre son budget social sur l'octroi de paniers&lt;br class='autobr' /&gt;
d'alimentation basique &#224; la population, une aide bien insuffisante&lt;br class='autobr' /&gt;
pour subsister dans cette crise. Au Br&#233;sil, les augmentations de&lt;br class='autobr' /&gt;
salaires des ann&#233;es Lula sont ruin&#233;es par les effets de la morosit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;conomique. Les m&#233;canismes de d&#233;mocratie participative ont&lt;br class='autobr' /&gt;
perdu de leur vitalit&#233;. Les institutions ayant conquis une autonomie&lt;br class='autobr' /&gt;
diplomatique &#224; l'&#233;gard des &#201;tats-Unis (UNASUR, CELAC)&lt;br class='autobr' /&gt;
sont vid&#233;es de leur substance par l'arriv&#233;e au pouvoir d'ex&#233;cutifs&lt;br class='autobr' /&gt;
conservateurs. L'offensive diplomatique du pr&#233;sident Trump et les&lt;br class='autobr' /&gt;
basculements de majorit&#233; ont r&#233;ussi aujourd'hui &#224; isoler ces r&#233;gimes&lt;br class='autobr' /&gt;
qui avaient, il y a une dizaine d'ann&#233;es, fait l'inverse en isolant les&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;tats-Unis en Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'offensive du gouvernement Trump a &#233;videmment des&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;percussions dans l'aire latino-am&#233;ricaine. M&#234;me si ses menaces&lt;br class='autobr' /&gt;
militaires &#224; l'&#233;gard du Venezuela sont peu cr&#233;dibles, les sanctions&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;conomiques sont r&#233;elles et ont un effet dramatique sur la&lt;br class='autobr' /&gt;
population. Le blocus contre Cuba se poursuit et est m&#234;me renforc&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
par l'activation du titre III de la loi Helms-Burton, qui stipule&lt;br class='autobr' /&gt;
que quiconque utilise les biens nationalis&#233;s en 1959 au moment&lt;br class='autobr' /&gt;
de la r&#233;volution cubaine serait passible de poursuites devant les&lt;br class='autobr' /&gt;
tribunaux &#233;tats-uniens. Ces mesures anachroniques, qui visent&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;sormais les capitaux canadiens, mexicains ou europ&#233;ens investis&lt;br class='autobr' /&gt;
dans l'&#238;le, servent &#224; mobiliser la bourgeoisie cubaine expropri&#233;e au&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;but des ann&#233;es soixante, vivant &#224; Miami, pour emporter l'&#201;tat&lt;br class='autobr' /&gt;
de Floride dans le cadre de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle, fid&#232;le &#224; sa&lt;br class='autobr' /&gt;
strat&#233;gie d'agr&#233;ger les secteurs les plus r&#233;actionnaires de la soci&#233;t&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tats-unienne. Les effets de la politique &#233;tats-unienne sont visibles&lt;br class='autobr' /&gt;
aussi dans le chantage r&#233;alis&#233; &#224; l'encontre d'un des rares pays &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
avoir bascul&#233; r&#233;cemment &#224; gauche, &#224; contre-courant du reste du&lt;br class='autobr' /&gt;
sous-continent, le Mexique. Ce dernier devient le sous-traitant&lt;br class='autobr' /&gt;
du contr&#244;le x&#233;nophobe des migrants centre-am&#233;ricains sous la&lt;br class='autobr' /&gt;
menace de droits de douane exorbitants. Le mod&#232;le de Donald&lt;br class='autobr' /&gt;
Trump est r&#233;solument une r&#233;f&#233;rence pour le pr&#233;sident br&#233;silien,&lt;br class='autobr' /&gt;
Jair Bolsonaro, insultant pour les classes populaires, les minorit&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
ethniques, les femmes, &#224; rebours des aspirations d'&#233;mancipation&lt;br class='autobr' /&gt;
d'une large partie des peuples latino-am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre cet enlisement politique, il faut revenir aux&lt;br class='autobr' /&gt;
racines &#233;conomiques du probl&#232;me. Les gouvernements progressistes&lt;br class='autobr' /&gt;
ont capitalis&#233; au maximum le boom des mati&#232;res premi&#232;res, ce&lt;br class='autobr' /&gt;
qui leur a permis de redistribuer des richesses aux plus modestes&lt;br class='autobr' /&gt;
sans s'en prendre aux poss&#233;dants. Cet &#233;quilibre a &#233;t&#233; possible en&lt;br class='autobr' /&gt;
reprimarisant l'&#233;conomie et en la rendant ainsi plus vuln&#233;rable aux&lt;br class='autobr' /&gt;
fluctuations des prix fix&#233;s sur le march&#233; mondial. Ce mod&#232;le de&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;veloppement dit extractiviste, c'est-&#224;-dire bas&#233; sur l'extraction de&lt;br class='autobr' /&gt;
mati&#232;res premi&#232;res, a des cons&#233;quences lourdes pour les conditions&lt;br class='autobr' /&gt;
de travail des salari&#233;s, les communaut&#233;s indig&#232;nes qui vivent sur&lt;br class='autobr' /&gt;
place et l'environnement. Depuis 2014, avec la d&#233;crue des cours, la&lt;br class='autobr' /&gt;
crise &#233;conomique frappe l'ensemble des &#201;tats latino-am&#233;ricains avec&lt;br class='autobr' /&gt;
des amplitudes diff&#233;rentes et avec des cons&#233;quences dramatiques&lt;br class='autobr' /&gt;
pour les populations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aurait cependant tort de croire &#224; une nouvelle h&#233;g&#233;monie&lt;br class='autobr' /&gt;
des droites latino-am&#233;ricaines. Mauricio Macri fait face cet &lt;br class='autobr' /&gt;
automne &#224; une &#233;lection pr&#233;sidentielle o&#249; il n'est pas le favori. Jair&lt;br class='autobr' /&gt;
Bolsonaro conna&#238;t des niveaux d'impopularit&#233; records face &#224; ses&lt;br class='autobr' /&gt;
coupes budg&#233;taires &#224; l'universit&#233; et &#224; l'ensemble de ses frasques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des mouvements f&#233;ministes massifs se d&#233;veloppent dans le c&#244;ne&lt;br class='autobr' /&gt;
Sud. Partout, des r&#233;sistances s'organisent contre ces nouvelles&lt;br class='autobr' /&gt;
politiques. Esp&#233;rons qu'elles soient en mesure d'infliger des d&#233;faites&lt;br class='autobr' /&gt;
aux nouveaux gouvernements de droite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Thomas Posado, Michel Rogalski, Pierre Salama&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les BRICS : Du miracle au mirage</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/LES-BRICS-DU-MIRACLE-AU-MIRAGE</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/LES-BRICS-DU-MIRACLE-AU-MIRAGE</guid>
		<dc:date>2017-11-13T21:35:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Salama</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2017-11-14</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le terme &#171; pays &#233;mergents &#187; a &#233;t&#233; forg&#233; pour d&#233;signer un processus de convergence des richesses produites par quelques pays du sud avec ceux du nord. Leur PIB tend, de ce fait, &#224; se rapprocher de celui des pays avanc&#233;s. C'est ainsi que, dans les ann&#233;es 1960 &#224; 2000, pr&#232;s de 29 % des pays en d&#233;veloppement ont eu un taux de croissance moyen de leur PIB sup&#233;rieur de 1,53 point &#224; celui des &#201;tats-Unis. &lt;br class='autobr' /&gt;
tir&#233; de :[REVUE RI] Parution Recherches internationales &lt;br class='autobr' /&gt; Pr&#233;sentation &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les ann&#233;es 2000 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2017-11-14-+" rel="tag"&gt;Edition du 2017-11-14&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH85/arton32654-c91ae.jpg?1781355399' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le terme &#171; pays &#233;mergents &#187; a &#233;t&#233; forg&#233; pour d&#233;signer un processus de convergence des richesses produites par quelques pays du sud avec ceux du nord. Leur PIB tend, de ce fait, &#224; se rapprocher de celui des pays avanc&#233;s. C'est ainsi que, dans les ann&#233;es 1960 &#224; 2000, pr&#232;s de 29 % des pays en d&#233;veloppement ont eu un taux de croissance moyen de leur PIB sup&#233;rieur de 1,53 point &#224; celui des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tir&#233; de :[REVUE RI] Parution Recherches internationales&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;sentation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 2000 &#224; 2011, ce sont 90 % de ces pays qui ont connu un taux de croissance sup&#233;rieur &#224; celui des &#201;tats-Unis de 2,94 points selon les donn&#233;es de la Banque mondiale. Certes, tous les pays &#233;mergents ne convergent pas &#224; la m&#234;me vitesse. Apr&#232;s les dragons (Cor&#233;e du Sud, Ta&#239;wan, Singapour et Hong-Kong), la Chine conna&#238;t une croissance tr&#232;s &#233;lev&#233;e et durable au point qu'aujourd'hui son PIB, &#233;valu&#233; au taux de change de parit&#233; de pouvoir d'achat, se rapproche1, voire d&#233;passe celui des &#201;tats-Unis et son PIB par t&#234;te, tout en restant encore largement en de&#231;&#224; de celui des pays avanc&#233;s, et d&#233;passe d&#233;j&#224; celui de la plupart des pays &#233;mergents d'Am&#233;rique latine, dont le Br&#233;sil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la crise survenue dans les ann&#233;es 2012, nombre de pays, hier &#233;mergents, n'&#233;mergent plus, mais divergent, c'est le cas de la Russie, en partie de l'Afrique et surtout de nombre de grands pays latino-am&#233;ricains, sans qu'on puisse encore savoir si ces processus sont durables ou non tant ils d&#233;pendent de la r&#233;solution de leurs probl&#232;mes institutionnels et politiques. Parmi ces pays &#233;mergents, cinq d'entre eux se d&#233;tachent : Br&#233;sil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud. L'acronyme BRIC, puis BRICS, est n&#233;. Ces pays pourtant ne se ressemblent pas. Leurs taux de croissance sont tr&#232;s diff&#233;rents, leurs infrastructures &#233;galement, leurs efforts en termes d'investissements, de recherche, d'enseignement sont loin d'&#234;tre &#233;quivalents, leurs sp&#233;cialisations internationales &#8211; la Chine sur les produits manufactur&#233;s, l'Inde sur les services, la Russie, le Br&#233;sil et en partie l'Afrique du Sud sur les mati&#232;res premi&#232;res &#8211;, ne sont pas porteurs des m&#234;mes potentialit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Leurs rares points communs : un niveau de corruption tr&#232;s important, une diminution de la pauvret&#233; plus ou moins rapide, des in&#233;galit&#233;s de revenus tr&#232;s (ou devenues) importantes. Voyons rapidement deux cas, l'un concerne le Br&#233;sil, l'autre l'Inde. Le premier sombre et conna&#238;t sa plus grave crise &#233;conomique (mais aussi sociale, institutionnelle et politique) en 2015-d&#233;but 2017 depuis les ann&#233;es 1930, le second, l'Inde est pris en &#233;tau entre son immense pauvret&#233;, son manque d'infrastructure humaine et physique et sa haute technicit&#233; dans plusieurs domaines mais b&#233;n&#233;ficie depuis quelques ann&#233;es d'un boom &#233;conomique, malgr&#233; la persistance de d&#233;s&#233;quilibres macro&#233;conomiques. Dans les ann&#233;es 2000, le taux de croissance moyen au Br&#233;sil est plus &#233;lev&#233; que dans les ann&#233;es 1990 ; les fondamentaux paraissent ma&#238;tris&#233;es et le Br&#233;sil donne l'impression d'&#234;tre un nouvel eldorado. D&#232;s 2013, les difficult&#233;s surgissent et prennent une grande ampleur en 2015 et 2016. La pauvret&#233; et les in&#233;galit&#233;s augmentent &#224; nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le miracle &#233;conomique s'av&#232;re &#234;tre un mirage. La crise exprime l'&#233;puisement d'un mod&#232;le bas&#233; sur l'essor des exportations de produits primaires, une d&#233;sindustrialisation importante, une baisse massive de la pauvret&#233; coupl&#233;e d'un enrichissement des couches les plus ais&#233;es, un taux d'investissement faible. Les in&#233;galit&#233;s de revenu sont au Br&#233;sil parmi les plus importantes du monde. Elles auraient baiss&#233; selon les donn&#233;es officielles, ce qui aujourd'hui est contest&#233;. Le rapport entre les revenus des 0,1 % et des 1 % atteint 43,2 lorsqu'on utilise les donn&#233;es fiscales et non 24,2 selon les donn&#233;es officielles entre 2006 et 2012. La part des 30 &#224; 40 % de la population la plus pauvre dans le revenu global s'est accrue de mani&#232;re significative, d'o&#249; une baisse prononc&#233;e de la pauvret&#233;. Il en est de m&#234;me pour les plus riches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la crise, d&#233;but&#233;e en 2014, ces in&#233;galit&#233;s se sont accrues ainsi que la pauvret&#233;, surtout en 2015 et 2016. Le maintien des in&#233;galit&#233;s &#224; un niveau &#233;lev&#233; segmente les diff&#233;rents march&#233;s, mais, avec la globalisation, la dimension des march&#233;s n'est plus seulement nationale. Ce n'est pas l'insuffisance de la demande nationale qui peut expliquer la faiblesse de la croissance, mais la baisse de la rentabilit&#233; due &#224; une perte de comp&#233;titivit&#233; et &#224; la prolif&#233;ration de comportements rentiers stimul&#233;s par l'essor des exportations de produits de rente, plus rentables. La baisse de la rentabilit&#233;, observ&#233;e dans l'industrie de transformation peu avant la chute du cours des mati&#232;res premi&#232;res, vient d'une d&#233;gradation de la comp&#233;titivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle s'explique par l'appr&#233;ciation de la monnaie nationale, la croissance des salaires r&#233;els au-del&#224; de celle, bien m&#233;diocre, de la productivit&#233;. L'appr&#233;ciation de la monnaie nationale par rapport au dollar d&#233;courage l'investissement dans le secteur expos&#233;, r&#233;oriente les investissements dans les secteurs non expos&#233;s et dans la production de mati&#232;res premi&#232;res en vue de leur exportation lorsque prix et volume sont &#224; la hausse. La hausse des salaires r&#233;els pourrait agrandir le march&#233;. Tel n'est pas le cas. Elle se traduit par une augmentation des importations plut&#244;t que par un accroissement de l'offre nationale. Faute d'investissements suffisants, la hausse de la productivit&#233; dans l'industrie est tr&#232;s faible. Au final, l'&#233;volution du taux de change, des salaires et de la productivit&#233; joue d&#233;favorablement. Le mod&#232;le perdure artificiellement tant que la contrainte externe est lev&#233;e par les entr&#233;es de capitaux et l'exportation de produits primaires, mais, en r&#233;alit&#233;, il est min&#233; par ce qui a fait pr&#233;cis&#233;ment son succ&#232;s. &#171; L'Inde (quant &#224; elle) est pass&#233;e d'un socialisme limit&#233; &#224; un capitalisme limit&#233; &#187;, selon Martin Wolf, &#233;ditorialiste au Financial Times. Le poids de la bureaucratie et des pratiques client&#233;listes conduit le plus souvent &#224; contourner des lois trop rigides : grande rigidit&#233; du march&#233; du travail formel, du foncier, des capitaux, forte protection douani&#232;re, administration peu efficace et en surnombre. Le parti au pouvoir depuis 2014 s'est donn&#233; pour objectif d'all&#233;ger certaines de ces rigidit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une croissance annuelle entre 1952 et 1965 de 4 %, l'Inde conna&#238;t une quasi-stagnation &#233;conomique de 1965 &#224; 1977 : 2,8 % de croissance moyenne, soit &#224; peine sup&#233;rieure &#224; la croissance d&#233;mographique. La situation change profond&#233;ment ensuite. De 1980 &#224; 2012, le taux de croissance est de 6,3 % en moyenne annuelle, malgr&#233; la crise profonde de 1991. La croissance faiblit l&#233;g&#232;rement et les obstacles structurels au maintien d'un taux de croissance &#233;lev&#233; &#8211; infrastructures insuffisantes, qualification faible de la population, persistance des castes, machisme et violence vis-&#224;-vis des femmes prononc&#233;s, corruption &#233;lev&#233;e et d&#233;ficits jumeaux (budget et comptes ext&#233;rieurs) consid&#233;rables &#8211; deviennent de plus en plus dirimants. Pourtant, la croissance reste &#224; un niveau &#233;lev&#233; gr&#226;ce &#224; des investissements en infrastructures plus importants &#224; partir de 2014, une chute du cours du p&#233;trole, une ouverture (encore partielle) aux investissements &#233;trangers directs, une modification de la fiscalit&#233; sur les faillites, une simplification des mesures d'aides, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la politique budg&#233;taire restrictive en mati&#232;re de sant&#233; et d'&#233;ducation, alors que les besoins sont immenses, gr&#232;ve sur le long terme les potentialit&#233;s de croissance du pays. Ce qui fait dire &#224; Amartya Sen, Prix Nobel d'&#233;conomie : &#171; L'Inde est le seul pays qui a essay&#233; &#8211; et continue d'essayer &#8211; de devenir un g&#233;ant &#233;conomique avec une force de travail massivement d&#233;pourvue d'&#233;ducation&#8230; C'est un &#233;chec majeur de la strat&#233;gie &#233;conomique indienne &#187; (Alternatives &#233;conomiques, 2015, n&#176; 346). &#192; la diff&#233;rence de la Chine, l'Inde se caract&#233;rise surtout par quelques industries tr&#232;s capitalistiques, par l'importance de la main-d'&#339;uvre restant dans le secteur rural. Les services informatiques, plus pr&#233;cis&#233;ment les technologies de l'information et de la communication (TIC), l'industrie pharmaceutique sont des secteurs moteurs de l'&#233;conomie indienne. Au-del&#224; des secteurs de pointe dans les services, mais aussi dans l'industrie, ce qui caract&#233;rise l'Inde est l'ampleur des emplois informels. Ils repr&#233;sentent entre 90 &#224; 92 % de l'ensemble des emplois priv&#233;s et publics. L'emploi dans les villes reste concentr&#233; dans de tr&#232;s petites entreprises &#224; tr&#232;s faible productivit&#233;. L'Inde conna&#238;t cependant une tr&#232;s faible croissance des emplois dans la manufacture : en 1993-1994 ces emplois repr&#233;sentaient 11 % de l'ensemble des emplois et en 2004-2005, seulement 12,4 %, alors qu'en Cor&#233;e du Sud, &#224; l'aube de sa croissance rapide, en 1960, ils repr&#233;sentaient 1,5 % de l'ensemble des emplois et en 1990 : 27 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La croissance en Inde ne cr&#233;e pas ou peu d'emplois manufacturiers. Le secteur industriel moderne est en effet un secteur &#224; forte intensit&#233; capitalistique. Les grands groupes industriels et de services (modernes) emploient relativement peu de main-d'&#339;uvre, l'emploi &#233;tant concentr&#233; dans de tr&#232;s petites entreprises &#224; tr&#232;s faible productivit&#233;. L'Inde saute l'&#233;tape des emplois industriels et de l'industrie, de la formation universelle. Jusqu'&#224; quand ? La comparaison entre le Br&#233;sil et l'Inde est &#233;clairante. Chacun de ces pays est diff&#233;rent d'un autre, et pourtant ils sont regroup&#233;s sous le sigle BRICS, ils ont acquis une pr&#233;sence dans le concert international des nations. Ils sont un tout, mais un tout structur&#233; et h&#233;t&#233;rog&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Chine domine, l'Inde est un challenger, parti un peu plus tard, mais devan&#231;ant l&#233;g&#232;rement d&#232;s &#224; pr&#233;sent en termes de croissance la Chine. Les autres sont des g&#233;ants assoupis, voire endormis, payant d'un prix &#233;lev&#233; leurs illusions, prisonniers d'une relation dont ils ne peuvent plus &#233;chapper apparemment, une relation avec la Chine &#224; la fois profitable et ex&#233;crable par ses effets induits, une relation du type &#171; je t'aime, moi non plus &#187;. Avec les acc&#232;s de faiblesse de plusieurs pays constituant les BRICS, avec le retrait des &#201;tats-Unis et la mont&#233;e du protectionnisme, la Chine se comporte de plus en plus de mani&#232;re imp&#233;riale. La r&#233;union des BRICS &#224; Xiamen (Chine) d&#233;but septembre 2017 est r&#233;v&#233;latrice de l'accentuation des relations de domination de la Chine vis-&#224;-vis des autres pays membres, non seulement d'un point de vue commercial, mais de plus en plus d'un point de vue financier, en finan&#231;ant des projets d'infrastructures en pr&#234;tant aux &#201;tats, en investissant surtout dans les mati&#232;res premi&#232;res, en cherchant &#224; s'assurer la s&#233;curit&#233; des voies maritimes et ferroviaires pour acheminer ses importations et exportations, quitte &#224; entretenir ou assouplir des conflits frontaliers avec l'Inde, en cherchant &#224; &#233;largir le bloc BRICS par un BRICS +. La Chine se constitue comme un challenger des pays avanc&#233;s, plus particuli&#232;rement des &#201;tats-Unis, mais aussi du Japon, et utilise comme un instrument le BRICS pour parvenir &#224; ses fins et imposer sa mani&#232;re de voir son futur et d'assurer son expansion. Originalit&#233;, faiblesse, puissance des BRICS, c'est de l'ensemble de ces aspects que traite le dossier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &#233;conomiste, professeur &#233;m&#233;rite, universit&#233; de paris xiii, cepn - umr 7234 cnrs-up13.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Note&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- Le taux de change de parit&#233; de pouvoir d'achat (PPA) est calcul&#233; &#224; partir d'un principe simple : un panier compos&#233; de biens semblables devrait avoir le m&#234;me prix quel que soit le pays. La quantit&#233; de yuans n&#233;cessaire pour obtenir ce panier en Chine par exemple est alors compar&#233;e &#224; la quantit&#233; de dollars n&#233;cessaire pour l'obtenir aux &#201;tats-Unis. De cette comparaison d&#233;coule le taux de change de PPA. Celui-ci est plus fiable que le taux de change courant pour faire des comparaisons. En effet, il suffit qu'il y ait une d&#233;valuation par rapport au dollar pour que le PIB par t&#234;te baisse (et inversement). Il est &#233;galement plus fiable que le taux de change constant dans la mesure o&#249; l'ann&#233;e de r&#233;f&#233;rence peut correspondre &#224; un taux de change appr&#233;ci&#233; ou d&#233;pr&#233;ci&#233; par rapport au dollar.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une crise politique profonde, une droite pr&#234;te &#224; tout pour retrouver des privil&#232;ges grignot&#233;s</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Une-crise-politique-profonde-une-droite-prete-a-tout-pour-retrouver-des</link>
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		<dc:date>2016-05-24T03:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Salama</dc:creator>


		<dc:subject>Br&#233;sil</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2016-05-24</dc:subject>

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&lt;p&gt;La crise que conna&#238;t le Br&#233;sil s'inscrit dans un contexte politique latino-am&#233;ricain qui a profond&#233;ment chang&#233; depuis quelques ann&#233;es avec le retour d'une droite assum&#233;e dans plusieurs pays. Le coup d'Etat l&#233;gal (oxymore comme l'est socialisme de march&#233; en Chine&#8230;) remet la droite au Pouvoir au Br&#233;sil et de ce fait affaiblit encore davantage les r&#233;gimes politiques progressistes, en proie d&#233;j&#224; &#224; des difficult&#233;s plus ou moins importantes. &lt;br class='autobr' /&gt; La crise &#233;conomique que conna&#238;t le Br&#233;sil est la plus (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2016-05-24-+" rel="tag"&gt;Edition du 2016-05-24&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH126/arton26500-82198.png?1781355399' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='126' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La crise que conna&#238;t le Br&#233;sil s'inscrit dans un contexte politique latino-am&#233;ricain qui a profond&#233;ment chang&#233; depuis quelques ann&#233;es avec le retour d'une droite assum&#233;e dans plusieurs pays. Le coup d'Etat l&#233;gal (oxymore comme l'est socialisme de march&#233; en Chine&#8230;) remet la droite au Pouvoir au Br&#233;sil et de ce fait affaiblit encore davantage les r&#233;gimes politiques progressistes, en proie d&#233;j&#224; &#224; des difficult&#233;s plus ou moins importantes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La crise &#233;conomique que conna&#238;t le Br&#233;sil est la plus importante depuis celle des ann&#233;es 1930. La crise politique est &#233;galement tr&#232;s profonde. C'est la plus grave depuis la fin de la dictature (1964-1979 : d&#233;but de &#171; l'ouverture &#187;). Elle n'est pas la cons&#233;quence directe de la crise &#233;conomique et ne saurait se r&#233;duire &#224; celle-ci. Les deux crises entretiennent des rapports &#233;troits, l'une aggravant l'autre et vice et versa pour d&#233;boucher sur une crise institutionnelle. Dans cet article, nous insisterons plus particuli&#232;rement sur les aspects politiques de cette crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Une profonde h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; dans la mobilisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise politique br&#233;silienne est le produit d'un double mouvement : un durcissement politique de la fraction la plus riche de la population, une radicalisation de certaines couches de la population, devenues classes moyennes. Cette crise s'inscrit aussi dans une d&#233;sesp&#233;rance et pour l'instant une passivit&#233;, sourde de col&#232;re contenue, de la grande majeure partie de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On assiste &#224; une radicalisation de type &#171; tea party &#187; venant de la fraction la plus ais&#233;e des couches moyennes et de la population la plus riche. Le gouvernement est accus&#233; d'aider inutilement les pauvres gr&#226;ce &#224; des politiques sociales laxistes dont le co&#251;t serait imput&#233; aux couches moyennes et riches. Les pauvres, stigmatis&#233;s, sont accus&#233;s d'accaparer des ressources et de profiter des diff&#233;rents syst&#232;mes d'aide sociale pour vivre dans la paresse. La radicalisation conservatrice rejoint ce qu'on peut observer aux &#201;tats-Unis, elle s'alimente de regrets d'un pass&#233; dor&#233; reposant sur des in&#233;galit&#233;s de revenu et de patrimoine plus importants qu'elles ne le sont devenues aujourd'hui, de la crainte d'un futur qui remette en question nombre des privil&#232;ges des classes moyennes hautes et des riches. Elle s'appose aux politiques redistributives des gouvernements progressistes (Lula, Rousseff), mais aussi &#224; celle de Cardoso, jug&#233;es trop laxistes vis-&#224;-vis des pauvres, alors m&#234;me qu'en pourcentage du PIB elles sont modestes surtout si on les compare &#224; celles de la France ou d'autres pays avanc&#233;s. Qu'il est lointain le temps o&#249; les classes moyennes sup&#233;rieures et les riches pouvaient avoir une, deux, voire trois employ&#233;es de maison, demeurant pour certaines &#224; demeure, l'une pour s'occuper des enfants, l'autre pour faire la cuisine, la derni&#232;re pour faire le m&#233;nage, peu pay&#233;, ignorant de leurs droits, soumises a des r&#232;gles discr&#233;tionnaires, b&#233;n&#233;ficiant parfois du paternalisme ancestral et de la protection qui va avec&#8230; aujourd'hui, l'analphab&#233;tisme a quasiment disparu, elles connaissent davantage leurs droits et exigent qu'ils soient appliqu&#233;s, et surtout co&#251;tent beaucoup plus cher gr&#226;ce &#224; l'augmentation importante du salaire minimum. Au lieu d'une, deux, voire trois employ&#233;es de maison, les classes moyennes hautes ne peuvent en employer qu'une, voire deux, les classes moyennes interm&#233;diaires qu'une seule et souvent &#224; temps partiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette radicalisation conservatrice d&#233;signe les pauvres comme source d'ins&#233;curit&#233;s sociale, politique et &#233;conomique, voire d'insolence. Elle a acquis de la force sous la pr&#233;sidence de Rousseff, en partie en raison des maladresses politiques de la pr&#233;sidente, de son incapacit&#233; &#224; chercher les compromis, l&#224; o&#249; excellait son pr&#233;d&#233;cesseur, Lula, en partie &#233;galement en raison des premiers effets, d'abord du ralentissement &#233;conomique, ensuite de la crise &#233;conomique ouverte. Elle est parvenue &#224; ses fins avec l'&#233;viction provisoire, demain probablement d&#233;finitives, de la Pr&#233;sidente du Pouvoir, gr&#226;ce aux campagnes de d&#233;nonciation de la corruption, largement relay&#233;es par les m&#233;dias, du d&#233;senchantement, voire de la passivit&#233; d'une fraction large de la population d&#233;&#231;ue par la politique &#233;conomique de la Pr&#233;sidente, ne comprenant pas qu'elle ait pu du jour au lendemain, opter pour la politique &#233;conomique pr&#233;conis&#233;e par son adversaire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un second mouvement est apparu lors des grandes mobilisations de juin 2013, r&#233;agissant contre la hausse du co&#251;t des transports publics et revendiquant leur gratuit&#233; (mouvement dit &#171; Pasa Libre &#187;, ou encore transports gratuits).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il exprime une angoisse de plus en plus affirm&#233;e de la part des couches de la population venant d'acc&#233;der au statut de couches moyennes basses, voire couches moyennes interm&#233;diaires, motiv&#233;es par la grande difficult&#233; de trouver des emplois qualifi&#233;s auxquels ils pensaient avoir droit du fait de leurs &#233;tudes. Fragilis&#233;e par la mont&#233;e du n&#233;olib&#233;ralisme et la pr&#233;carisation qui va avec, ulc&#233;r&#233;e par la mont&#233;e en puissance des couches les plus riches, ce mouvement est pour l'instant anti-partidaire. D&#233;classement, d&#233;saffiliation, d&#233;senchantement vis-&#224;-vis des politiques le caract&#233;risent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre ph&#233;nom&#232;ne, la radicalisation de la jeunesse pr&#233;domine. Celle-ci se mobilise au travers des r&#233;seaux sociaux gr&#226;ce &#224; l'essor des nouvelles technologies de l'information. Elle est &#224; la recherche d'une identit&#233; collective dont elle ne voit pas se dessiner les contours, exige un acc&#232;s r&#233;el aux droits universels. Des nouvelles formes de radicalisation de la jeunesse, centr&#233;es sur la d&#233;nonciation de la corruption ont &#233;galement eu lieu au Mexique (&#171; YoSoy 132 &#187;, au Guat&#233;mala ( &#171; RenunciaYa), au Chili, et d&#233;j&#224; au Br&#233;sil (&#171; PasaLibre &#187;) &#224; la veille de la coupe du monde de football : protestant contre l'augmentation du tarif transports publics face &#224; une d&#233;t&#233;rioration du service public, le mouvement s'est &#233;largi &#224; la d&#233;nonciation de la qualit&#233; de l'enseignement, de la sant&#233; et enfin de la corruption, celle-ci &#233;tant ressentie comme de plus en plus insupportable. C'est un mouvement fluide, qui donne l'impression de l'instantan&#233;it&#233;, mais qui pour autant laisse des traces profondes comme on peut le voir avec le mouvement Podemos en Espagne et Pasa Libre dans une certaine mesure au Br&#233;sil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier mouvement, conservateur, attend de l'&#201;tat moins de politique sociale, plus de soumission aux lois du march&#233;. Le second mouvement attend de l'&#201;tat plus de politiques sociales, notamment dans l'&#233;ducation et la sant&#233;, plus de coh&#233;rence dans l'am&#233;lioration des infrastructures comme le transport et moins de corruption. Le premier mouvement instrumentalise la corruption pour d&#233;stabiliser le gouvernement, tout en la pratiquant &#224; grande &#233;chelle. Le second mouvement rejette la corruption devenue de plus en plus insupportable avec l'essor de la crise. Ces deux mouvements sont diff&#233;rents &#224; la fois dans leurs revendications et dans leur projet. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ceux qui ont manifest&#233; contre le gouvernement ne repr&#233;sentent pas ou peu cette double radicalisation, mais plut&#244;t la frange de la population attir&#233;e par des th&#232;mes conservateurs de type tea party. Selon les enqu&#234;tes effectu&#233;es aupr&#232;s des manifestants, les grandes mobilisations pour l'impeachment (destitution) de la Pr&#233;sidente &#233;taient compos&#233;es en grande majorit&#233; par des manifestants ayant vot&#233; pour le candidat de l'opposition lors des derni&#232;res pr&#233;sidentielles. Les manifestations comptaient tr&#232;s peu de noirs et tr&#232;s peu de personnes dont les revenus &#233;taient modestes, voire faibles. A l'inverse, les manifestants qui s'opposaient &#224; l'impeachment, ressenti comme un d&#233;ni &#224; la d&#233;mocratie, un v&#233;ritable coup d'&#201;tat l&#233;gal, m&#233;diatico-juridique, moins nombreux que les pro-impeachments, comptaient dans leurs rangs une tr&#232;s grande majorit&#233; ayant vot&#233; pour Dilma Rousseff.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce double mouvement est pr&#233;sent dans de nombreux pays, y compris avanc&#233;s. Mais en Am&#233;rique latine il acquiert certaines particularit&#233;s &#224; cause de la fragilit&#233; des d&#233;mocraties et de l'importance des in&#233;galit&#233;s sociales. Face &#224; ces deux p&#244;les de la contestation en voie de radicalisation, les autres couches sociales ne se sont pas encore mobilis&#233;es, leur passivit&#233; apparente traduit cependant une grande angoisse devant la d&#233;gradation de leurs conditions de vie et une col&#232;re face &#224; la corruption ambiante r&#233;v&#233;l&#233;e au grand jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une passivit&#233; sourde de col&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne conservatrice s'est d&#233;velopp&#233;e au Br&#233;sil imm&#233;diatement apr&#232;s l'&#233;chec de l'opposition aux &#233;lections avec l'aide des grands m&#233;dias. L'opposition, n'acceptant pas la victoire de la pr&#233;sidente sortante, se radicalise, rejetant de plus en plus les acquis sociaux comme &#233;tant trop co&#251;teux et source de gaspillage dont ils feraient les frais. Les arguments &#233;voqu&#233;s lors de la session exceptionnelle de la Chambre en vue de destituer la pr&#233;sidente &#233;lue traduisent &#224; la fois un degr&#233; de haine &#233;tonnant de la part de d&#233;put&#233;s qui &#171; se sont l&#226;ch&#233;s &#187;, allant jusqu'&#224; saluer les militaires ayant tortur&#233; Dilma Rousseff pendant la dictature, &#224; glorifier Dieu et ses saints, la famille, etc., pour justifier l'impeachment, et des compromissions tr&#232;s fortes vis-&#224;-vis des int&#233;r&#234;ts des grands groupes financiers et industriels accompagn&#233;s d'une corruption &#224; grande &#233;chelle. Peu reconnaissante que Dilma Rousseff ait nomm&#233; comme ministre de l'&#201;conomie un homme de leur rang, d'avoir mis en &#339;uvre la politique &#233;conomique diff&#233;rente de celle qu'elle promettait lors de la campagne &#233;lectorale, l'opposition exige plus, c'est-&#224;-dire le pouvoir. Ironie de l'Histoire, &#224; vouloir plaire &#224; ceux qu'on est cens&#233; combattre, on perd sur les deux tableaux, celui de l'opposition et celui de sa majorit&#233; quand bien m&#234;me la politique &#233;conomique d&#233;cid&#233;e, produit de compromis, et de tentatives de r&#233;sistance aux exc&#232;s de lib&#233;ralisme, cherche &#224; rectifier le tir afin de reconqu&#233;rir l'appui perdu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second mouvement, &#224; l'inverse, exige de l'&#201;tat qu'il soit davantage pr&#233;sent dans les services publics qu'il ne l'est et ce d'autant plus que la crise aggrave leurs conditions de vie et alimente un pessimisme de plus en plus g&#233;n&#233;ralis&#233;, un rejet de plus en plus fort de la corruption. Le rejet de la corruption est un ph&#233;nom&#232;ne nouveau, hier par fatalisme la corruption &#233;tait &#171; accept&#233;e pourvu qu'elle s'accompagn&#226;t d'une redistribution &#187;, aujourd'hui elle devient insupportable surtout lorsqu'elle est le fait d'un parti qui se d&#233;clarait anti-corruption avant de prendre le pouvoir. Pour autant, ce second mouvement n'a pas manifest&#233; massivement avec ceux qui rejettent la politique du Parti des travailleurs sur des crit&#232;res de droite assum&#233;e. Il ne la fait qu'en partie, une autre partie rejoignant les manifestants contre l'impeachment, malgr&#233; le ressentiment vis-&#224;-vis de la politique de Dima Rousseff et en d&#233;fense de la d&#233;mocratie menac&#233;e, sur des bases &#233;thiques. Une enqu&#234;te r&#233;cente sur la composition des manifestants pro impeachment, selon leur revenu, leur position politique montre que 70% d'entre eux avaient vot&#233; pour l'opposition et consid&#233;rait qu'il fallait changer la politique sociale, d&#233;sindexer le salaire minimum de l'inflation, repenser le syst&#232;me des retraites, allant pour certains d'entre eux &#224; rejeter la bourse famille, alors m&#234;me que celle-ci co&#251;te tr&#232;s peu, moins de 1% du PIB. Et les 30% restant ? Des jeunes et des moins jeunes d&#233;&#231;us, qui avaient vot&#233; pour la candidate du PT, mobilis&#233;s contre la corruption et ne se reconnaissant pas dans la politique de la pr&#233;sidente nouvellement &#233;lue. Pour les premiers : moins d'Etat, pour les seconds : plus d'Etat et surtout plus efficace, nous l'avons vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement aux mobilisations et aux contre mobilisations, une certaine passivit&#233; de la majeure partie de la population domine, sourde cependant de col&#232;re contenue face &#224; la d&#233;gradation des conditions de vie, &#224; la corruption ambiante ressentie comme devenant insupportable. Cette passivit&#233; a plusieurs causes : &#171; lointaines &#187; avec la gestion de Dima Rousseff lors de son premier mandat, faite d'avanc&#233;es et de reculs, la d&#233;signation d'un lib&#233;ral &#224; la t&#234;te du minist&#232;re de l'&#201;conomie d&#232;s le d&#233;but se son second mandat, l'impression d'avoir &#233;t&#233; tromp&#233;, le scandale dit du lava jato d&#233;voilant une corruption &#224; grande &#233;chelle affectant quasi tout le personnel politique, la campagne des m&#233;dias insistant sur les seuls dirigeants du Parti des travailleurs, et enfin le d&#233;senchantement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi les travailleurs des grands bastions industriels, comme ceux de Sao Paulo, n'avaient pas manifest&#233; par leurs votes lors des &#233;lections pr&#233;sidentielle fin 2014, le m&#234;me appui enthousiaste qu'ils avaient exprim&#233; pour le Parti des travailleurs lors des &#233;lections pr&#233;sidentielles pr&#233;c&#233;dentes. La majorit&#233; de la population, les plus d&#233;munis, celle des petites entreprises de l'industrie, du commerce, des services, les paysans pauvres ne sont pas encore entr&#233;s en mouvement. &#171; Ils sont tous corrompus &#187;, &#171; l'opposition l'est autant que la majorit&#233; &#187;, &#171; ils veulent seulement leur place &#187;, etc.,). L'accroissement de la pauvret&#233;, la baisse des revenus des cat&#233;gories dites vuln&#233;rables, des couches moyennes basses, moyennes (&#224; l'exception, ou dans une moindre mesure, d'une partie des classes moyennes hautes et des riches) dues &#224; l'effet conjugu&#233; d'une hausse de l'inflation et du ch&#244;mage, les deux doublant, les perspectives sombres, expliquent pour partie cette passivit&#233; provisoire d'une partie importante du monde du travail et un certain d&#233;senchantement vis-&#224;-vis de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, que ce soit dans les grandes entreprises ou dans les petites, l&#224; o&#249; domine l'informalit&#233;, des fr&#233;missements apparaissent avec la hausse importante du ch&#244;mage, perte de pouvoir d'achat et l'accroissement de la pauvret&#233;. La politique d'aust&#233;rit&#233; qui sera d&#233;cid&#233;e par le gouvernement, sans l&#233;gitimit&#233; autre que proc&#233;durale, devrait augmenter encore davantage ces cons&#233;quences n&#233;gatives, entretenir de l'instabilit&#233; et &#234;tre une occasion &#171; r&#234;v&#233;e &#187; pour le parti des travailleurs, exclu du Pouvoir, de se refaire une virginit&#233; en d&#233;fendant enfin les victimes de ces politiques d'aust&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On observe d&#233;j&#224; une certaine porosit&#233;, ceux qui ne manifestaient pas, qui &#233;taient contre la politique du gouvernement de Dilma Rousseff, commencent timidement &#224; se mobiliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mobilisation, les ressentiments, la col&#232;re m&#234;l&#233;e de passivit&#233; se d&#233;roulent dans une jeune d&#233;mocratie, fragile, apr&#232;s des ann&#233;es de dictature. Cette fragilit&#233; s'est manifest&#233;e par la mani&#232;re d'&#233;liminer une pr&#233;sidente &#233;lue par le peuple, non accus&#233;e de corruption, mais de falsification dans la pr&#233;sentation du budget. La fa&#231;on de proc&#233;der au vote, chaque d&#233;put&#233; votant l'un apr&#232;s l'autre, publiquement, facilite les comportements opportunistes (pourquoi ne vais-je pas voter avec la majorit&#233; qui se dessine progressivement, l'amplifiant ainsi), les raisons donn&#233;es pour justifier le vote ajoutant au surr&#233;alisme de la cause &#233;voqu&#233;e pour justifier l'impeachment sont &#233;galement des manifestations de la fragilit&#233; de la jeune d&#233;mocratie br&#233;silienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nomination du gouvernement du nouveau Pr&#233;sident int&#233;rimaire laisse pantois : que des hommes, pas de noirs, d'Indiens, certains des ministres nomm&#233;s &#233;tant mis en examen pour&#8230;corruption, laissent mal augurer du futur. Rattrapage oblig&#233; : une femme nomm&#233;e &#224; la t&#234;te de la grande banque publique (BNDES), un &#233;conomiste noir au Tr&#233;sor&#8230; Produit de compromis, ce gouvernement qui devait &#234;tre restreint ne l'est pas - les partis politiques appuyant le nouveau Pr&#233;sident par int&#233;rim, exigeant leur d&#251;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement du vice Pr&#233;sident devenu Pr&#233;sident par int&#233;rim, pr&#233;pare une politique d'aust&#233;rit&#233; de grande ampleur, dont il est fort probable qu'il ne pourra pas la mettre en place de mani&#232;re coh&#233;rente tant les int&#233;r&#234;ts des partis sont divergents. Fort probable &#233;galement que le Pr&#233;sident par int&#233;rim soit face aux m&#234;mes difficult&#233;s que la Pr&#233;sidente &#233;lue et &#233;vinc&#233;e du Pouvoir, &#224; savoir l'instabilit&#233; des alliances et le poids de la corruption qui affecte les partis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux axes pour l'instant sont retenus pour &#171; r&#233;soudre &#187; les probl&#232;mes &#233;conomiques du Br&#233;sil et sortir par le haut de la crise : la privatisation et les retraites.&lt;br class='autobr' /&gt;
La privatisation de la P&#233;trobras, joyau de la couronne, objet de tant de convoitises nationales et internationales, ferait scandale. Bien qu'affaibli par le scandale dit du Lava jato et instrumentalis&#233;e pour financer les circuits du pouvoir via la corruption et permettre &#233;galement des enrichissements personnels, la P&#233;trobras reste un symbole d'ind&#233;pendance nationale. Sa privatisation, fut-elle partielle, par augmentation de capital, risque de redonner un &#233;lan aux sentiments nationalistes des br&#233;siliens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les retraites&#8230;leur co&#251;t en point du PIB est &#224; peu pr&#232;s &#233;quivalent au service de la dette publique limit&#233; au seul paiement des int&#233;r&#234;ts (hors amortissement). Il n'est question aujourd'hui, publiquement, que d'allonger fortement le temps de travail, l'&#226;ge de d&#233;part de la retraite, supprimer certains avantages, etc., mesures qu'avait d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; prendre le gouvernement de Dilma Rousseff. Mais comme cela n'est pas suffisant pour r&#233;duire de mani&#232;re cons&#233;quente le d&#233;ficit tr&#232;s important du budget (10% du PIB), d'autres mesures se pr&#233;parent, sont annonc&#233;es mezza voce, comme la d&#233;sindexation &#224; terme des retraites au salaire minimum, ou encore, pire une double d&#233;sindexation, la premi&#232;re limitant l'indexation du salaire minimum &#224; l'inflation et &#224; la croissance du PIB (ce qui r&#233;duirait drastiquement le co&#251;t du travail sans avoir besoin d'accro&#238;tre les d&#233;penses d'investissement en productivit&#233;&#8230;), et la d&#233;sindexation des retraites &#224; ce salaire minimum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers signes d'une reprise &#233;conomique se font jour pour 2017, reprise timide certes, mais probable gr&#226;ce au ralentissement de l'inflation, &#224; l'essor des exportations de produits manufactur&#233;s stimul&#233;s par la forte d&#233;pr&#233;ciation de la monnaie, et enfin &#224; un d&#233;but de l&#233;g&#232;re reprise des prix de certaines mati&#232;res premi&#232;res. Avec la nomination de ce nouveau gouvernement, les investisseurs sont plus optimistes et le cr&#233;ditent d'une croissance probablement l&#233;g&#232;rement sup&#233;rieure &#224; celle pronostiqu&#233;e il y a peu avec l'ancien gouvernement. Mais, nombre d'institutions, y compris les agences de notation, craignent : 1/ que ce nouveau gouvernement n'arrivera pas, pas plus que celui de Dilma Rousseff, &#224; &#233;laborer une politique coh&#233;rente compte tenu des diff&#233;rents int&#233;r&#234;ts des partis politiques composant la coalition qui ont vot&#233; l'impeachment ; 2/qu' avec l'accentuation de la de la chute du pouvoir d'achat, que la reprise soit bris&#233;e dans son &#233;lan ; 3/ qu'une agitation sociale de grande ampleur pourrait voir le jour, aiguillonn&#233; par la chute du pouvoir d'achat, la mont&#233;e de la pauvret&#233; et la volont&#233; d'une partie du Parti des travailleurs de retrouver un nouvel appui populaire et de se refaire une certaine virginit&#233;, l'autre cherchant &#224; renouer des alliances douteuses en vue d'un retour au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Histoire est loin d'avoir dit son dernier mot. Dans une certaine mesure, on peut dire, qu'elle ne fait que commencer avec la chance possible que les confusions du progressisme soient mises &#224; l'&#233;cart et qu'une v&#233;ritable politique de gauche puisse se dessiner demain.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>A propos de la crise &#233;conomique mondiale</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/A-propos-de-la-crise-economique-mondiale</link>
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		<dc:date>2012-04-17T08:08:55Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Salama</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Economie mondiale</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2012-04-17</dc:subject>

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&lt;p&gt;*Professeur &#233;m&#233;rite des universit&#233;s et chercheur au CNRS, sp&#233;cialiste de l'Am&#233;rique latine, auteur de nombreux livre et articles accessibles sur pierre.salama.pagesperso-orange.fr. &lt;br class='autobr' /&gt; On attribue souvent &#224; la lib&#233;ralisation commerciale et &#224; la globalisation financi&#232;re l'origine de la crise actuelle. Pensez-vous que l'ouverture ait affaibli certaines &#233;conomies et renforc&#233; d'autres ? &lt;br class='autobr' /&gt;
P. S. : La crise actuelle se d&#233;roule dans un contexte sp&#233;cifique : celui de la d&#233;sindustrialisation de nombre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-International-101-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-135-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-mondiale-+" rel="tag"&gt;Economie mondiale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2012-04-17-+" rel="tag"&gt;Edition du 2012-04-17&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH98/arton9982-6d6fe.png?1781355399' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='98' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;*Professeur &#233;m&#233;rite des universit&#233;s et chercheur au CNRS, sp&#233;cialiste de l'Am&#233;rique latine, auteur de nombreux livre et articles accessibles sur pierre.salama.pagesperso-orange.fr.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On attribue souvent &#224; la lib&#233;ralisation commerciale et &#224; la globalisation financi&#232;re l'origine de la crise actuelle. Pensez-vous que l'ouverture ait affaibli certaines &#233;conomies et renforc&#233; d'autres ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. S. : La crise actuelle se d&#233;roule dans un contexte sp&#233;cifique : celui de la d&#233;sindustrialisation de nombre de pays provoqu&#233;e, acc&#233;l&#233;r&#233;e par la globalisation commerciale principalement et secondairement par la d&#233;r&#233;gulation financi&#232;re. &#192; l'exception de l'Allemagne, l'ensemble des pays avanc&#233;s connaissent depuis une d&#233;cennie une d&#233;sindustrialisation massive. Une partie importante des &#233;conomies &#233;mergentes connaissent &#233;galement cette d&#233;sindustrialisation, &#224; la diff&#233;rence des quelques grandes &#233;conomies asiatiques. Concentrons-nous sur l'exemple des &#233;conomies &#233;mergentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la diff&#233;rence de la d&#233;sindustrialisation des pays avanc&#233;s, celle de certaines &#233;conomies &#233;mergentes, principalement latino-am&#233;ricaines, survient au moment o&#249; le PIB par t&#234;te est encore relativement faible. La crise actuelle peut pr&#233;cipiter les processus de d&#233;sindustrialisation d&#233;j&#224; entam&#233;s dans nombre de pays et ainsi bouleverser la structure de l'&#233;conomie mondiale. Cependant, la Chine, &#171; atelier du monde &#187;, ne peut b&#233;n&#233;ficier m&#233;caniquement de cette crise. D'un c&#244;t&#233;, son mod&#232;le de d&#233;veloppement rencontre d&#233;j&#224; des limites et &#224; moins de pouvoir dynamiser son march&#233; int&#233;rieur, son taux de croissance pourrait fl&#233;chir, au b&#233;n&#233;fice d'autres pays asiatiques dont la main d'&#339;uvre serait moins couteuse ; d'un autre c&#244;t&#233;, la baisse des importations des pays affect&#233;s par la crise peut fragiliser sa croissance et rendre caduque la th&#232;se du &#171; d&#233;couplage &#187; de conjoncture dont elle pourrait b&#233;n&#233;ficier sur le moyen terme. C'est ce que nous allons pr&#233;ciser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomies &#233;mergentes asiatiques connaissent une forte croissance depuis une trentaine d'ann&#233;es et les latino-am&#233;ricaines renouent depuis une dizaine d'ann&#233;es avec une croissance plus ou moins &#233;lev&#233;e. Ce n'est pas le cas des &#233;conomies avanc&#233;es. Les deux ensembles ont tendance &#224; converger. Cette situation n'est pas totalement nouvelle. Dans les ann&#233;es 1930, les &#233;conomies avanc&#233;es ont subi une crise profonde et durable. En revanche, au cours de cette p&#233;riode, quelques &#233;conomies exportatrices latino-am&#233;ricaines ont connu une industrialisation prononc&#233;e, apr&#232;s une phase de crise. Mais, les relations entre le &#171; centre &#187; et la &#171; p&#233;riph&#233;rie &#187; ne jouent plus aujourd'hui comme hier (ces concepts, aujourd'hui, paraissent plaqu&#233;s et perdent de leur pertinence, le contexte mondial ayant profond&#233;ment &#233;volu&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon la Cepal et le courant structuraliste latino-am&#233;ricain, il suffit que ces liens se rel&#226;chent &#224; la faveur d'une crise dans les &#233;conomies avanc&#233;es, d'une guerre entre pays du centre, pour que certains pays connaissent un processus de substitution des importations. Le rel&#226;chement des liens a &#233;t&#233; une &#171; chance &#187;, pour quelques pays comme le Br&#233;sil, le Mexique ou bien l'Argentine, de s'industrialiser. La crise structurelle travers&#233;e par les &#233;conomies avanc&#233;es aujourd'hui offrira-t-elle la m&#234;me opportunit&#233; ? La situation est diff&#233;rente de celle des ann&#233;es 1930 pour deux raisons :a/ la dimension financi&#232;re est devenue un param&#232;tre extr&#234;mement important ; b/ les liens commerciaux s'intensifient entre certaines &#233;conomies &#233;mergentes (notamment Am&#233;rique latine et Asie). La part du commerce de l'Am&#233;rique latine avec la Chine et l'Inde augmente fortement. Le Br&#233;sil, en triplant ses &#233;changes avec la Chine entre 2006 et 2010, tisse des liens commerciaux de plus en plus &#233;troits avec la Chine. Mais l'&#233;change est asym&#233;trique : la Chine exporte pour l'essentiel des produits manufactur&#233;s au Br&#233;sil et lui ach&#232;te des mati&#232;res premi&#232;res ; il en est de m&#234;me pour l'Argentine. Le Mexique ne vend quasiment rien &#224; la Chine mais lui ach&#232;te des produits manufactur&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; l'ampleur de leurs exportations vers la Chine, la contrainte externe du Br&#233;sil et de l'Argentine ne joue plus comme limite &#224; leur croissance, comme ce fut le cas dans le pass&#233;. La croissance &#233;lev&#233;e de la Chine &#171; tire &#187; en partie celle du Br&#233;sil et de l'Argentine mais pas celle du Mexique. Cependant, la crise de la dette souveraine et les menaces d'&#233;clatement de la zone euro et de l'euro en tant que monnaie de r&#233;serve fragilisent le syst&#232;me bancaire. La recherche de liquidit&#233; peut amplifier la contagion financi&#232;re et se r&#233;percuter sur les &#233;conomies &#233;mergentes dont les marges de man&#339;uvre en mati&#232;re de politiques anti-cycliques sont aujourd'hui plus faibles qu'elles ne l'&#233;taient en 2009, y compris en Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La croissance &#233;conomique n'est pas toujours synonyme d'industrialisation croissante. Dans les pays avanc&#233;s, &#224; l'exception de l'Allemagne, un processus de d&#233;sindustrialisation a lieu surtout depuis le d&#233;but des ann&#233;es 2000. La d&#233;sindustrialisation ne se limite pas &#224; la perte du poids relatif de l'industrie dans le PIB au profit des services. Elle est provoqu&#233;e par l'essor des d&#233;localisations d'activit&#233;s industrielles et de services vers des &#233;conomies &#233;mergentes et par la quasi-absence de politique industrielle de la part des pays concern&#233;s. La d&#233;localisation, facilit&#233;e par la forte r&#233;duction des mesures protectionnistes, la baisse du co&#251;t des transports, constitue souvent un contournement des contraintes l&#233;gales qui s'imposent dans les pays d&#233;velopp&#233;s. Dans les pays d'accueil, les salaires sont beaucoup plus faibles, les droits sociaux quasi inexistants, les contraintes environnementales souvent absentes ou plus faibles, enfin les profits moins tax&#233;s. Le libre-&#233;change est sous cet angle une mani&#232;re de contourner l&#233;galement les lois des pays d'origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les pays asiatiques connaissent un fort processus d'industrialisation, d'autres en revanche, notamment en Am&#233;rique latine, s'acheminent vers une &#171; d&#233;sindustrialisation pr&#233;coce &#187;. En Asie, le poids de l'industrie augmente dans le PIB, la valeur ajout&#233;e des biens produits croit et leur degr&#233; de sophistication technologique &#233;galement, enfin le solde de la balance commerciale des produits industriels est largement positif. En Am&#233;rique latine, le poids de l'industrie d&#233;croit de mani&#232;re relative dans de nombreux pays, la valeur ajout&#233;e des biens produits baisse ainsi que souvent leur sophistication technologique, enfin le d&#233;ficit commercial de l'industrie de transformation cro&#238;t, plus particuli&#232;rement pour les biens &#224; contenu technologique moyen et &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Destin&#233;es de plus en plus aux &#233;conomies asiatiques, les exportations de mati&#232;res premi&#232;res, produites certes avec des technologies de pointe, compensent les d&#233;ficits de l'industrie de transformation et permettent de d&#233;gager un solde positif de la balance commerciale, &#224; l'exception du Mexique, et limitent le d&#233;ficit de la balance des comptes courants. Au Mexique, ce sont les transferts mon&#233;taires des immigr&#233;s aux &#201;tats-Unis qui desserrent fortement la contrainte externe. &#192; la diff&#233;rence des ann&#233;es 1960 &#224; 1990, la contrainte externe p&#232;se moins et les degr&#233;s de libert&#233; pour d&#233;finir une politique &#233;conomique en faveur de la croissance augmentent d'autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, que faire ? Accepter la d&#233;sindustrialisation pr&#233;coce au nom du libre-&#233;change, refuser cette d&#233;sindustrialisation en pratiquant une ouverture contr&#244;l&#233;e, ou bien fermer les fronti&#232;res en esp&#233;rant que les autres pays continueront &#224; acheter ce qu'on produit ? Gr&#226;ce &#224; l'appui d'un &#201;tat strat&#232;ge, l'&#233;conomie &#171; ouverte &#187; n'est pas une &#233;conomie &#171; offerte &#187; aux int&#233;r&#234;ts ext&#233;rieurs comme c'est le cas avec le libre-&#233;change seul. L'ouverture contr&#244;l&#233;e permet de transformer le tissu industriel et de pr&#233;parer le pays aux mutations rendues n&#233;cessaires par la crise. Ce n'est pas l'ouverture externe qui conduit &#224; la &#171; d&#233;sindustrialisation pr&#233;coce &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouverture aux march&#233;s internationaux n'est pas synonyme de laisser-faire, elle peut &#234;tre contr&#244;l&#233;e. &#171; D&#233;sindustrialisation pr&#233;coce &#187; et industrialisation d&#233;pendent de la mani&#232;re de pratiquer l'ouverture. Si les forces du march&#233; sont laiss&#233;es libres de fixer les prix et d'orienter les investissements, la probabilit&#233; qu'un processus de &#171; d&#233;sindustrialisation pr&#233;coce &#187; ait lieu est &#233;lev&#233;e, et affaiblit les capacit&#233;s de r&#233;sistance lorsque survient une crise, comme celle initi&#233;e dans les pays avanc&#233;s en 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La crise d'aujourd'hui est-elle plus grave que celle de 1929 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. S. : Le passage d'une crise financi&#232;re majeure &#224; une r&#233;cession &#233;conomique puis, apr&#232;s une courte reprise, &#224; une crise des dettes souveraines de plusieurs &#201;tats de la zone euro, porteuse de risques r&#233;cessifs, c'est sans doute ce qui diff&#233;rencie la crise actuelle des &#233;conomies avanc&#233;es par rapport &#224; celle des ann&#233;es 1930. Loin d'&#234;tre d&#233;pass&#233;e, la crise ouverte avec la faillite de Lehman Brothers, ressurgit. La crise financi&#232;re se d&#233;roule pour l'instant en deux &#233;tapes : une crise des institutions financi&#232;res suivie d'une crise des dettes souveraines dans plusieurs pays de la zone euro, chacune ayant un impact n&#233;gatif sur la croissance des pays avanc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a &#233;t&#233; beaucoup &#233;crit sur les origines et les causes de la crise des institutions financi&#232;res des pays d&#233;velopp&#233;s et de ses cons&#233;quences fortement n&#233;gatives sur l'activit&#233; &#233;conomique. Le d&#233;veloppement des bulles sp&#233;culatives et leurs &#233;clatements ont &#233;t&#233; facilit&#233;s par : 1/ l'adoption de r&#232;gles comptables valorisant les actifs &#224; partir de leurs prix de march&#233; (mark to market), 2/ la possibilit&#233; pour les banques de vendre de mani&#232;re tr&#232;s lucrative les risques pris gr&#226;ce &#224; la conception et &#224; l'&#233;mission de produits financiers d&#233;riv&#233;s de plus en plus complexes (titrisation) et de les effacer de leurs bilans et, enfin, 3/ des techniques pour le moins &#171; roublardes &#187; pour &#233;valuer ces risques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi con&#231;ue, l'ing&#233;nierie financi&#232;re facilite une logique d'emballement : le cr&#233;dit est de moins en moins attribu&#233; &#224; partir des perspectives de revenus des emprunteurs et de plus en plus &#224; partir de l'anticipation de la valeur des patrimoines ainsi acquis par ces emprunteurs, comme on a pu l'observer avec les bulles immobili&#232;res et financi&#232;res. Pour reprendre une expression de Mynski, on arrive tr&#232;s rapidement &#224; un financement de type Ponzi et l'instabilit&#233; se profile. Le syst&#232;me financier implose avec une d&#233;valorisation brutale des actifs et ce qui hier favorisait la bulle (l'equity value, c'est-&#224;-dire la diff&#233;rence positive entre la valeur de march&#233; et les engagements) se transforme en son contraire (la valeur de march&#233; plonge et se situe dor&#233;navant en de&#231;&#224; de la valeur des emprunts &#224; rembourser).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le retournement du cycle provoque un ass&#232;chement brutal des liquidit&#233;s. Les entreprises financi&#232;res sont &#224; la recherche de liquidit&#233;s pour financer un risque qui hier, transf&#233;r&#233; et diss&#233;min&#233;, devient fortement r&#233;&#233;valu&#233;. Les banques cessent de se pr&#234;ter entre elles et &#224; fortiori freinent brutalement leurs pr&#234;ts aux entreprises et aux particuliers. Les entreprises non financi&#232;res avec la d&#233;valorisation de leur capitalisation, voient toute une s&#233;rie de ratios &#171; virer au rouge &#187; et sont confront&#233;es &#224; un manque croissant de liquidit&#233;s. Le &#171; cr&#233;dit crunch &#187; transforme la crise financi&#232;re en une crise &#233;conomique. La crise devient syst&#233;mique, elle affecte y compris des entreprises ayant eu une gestion prudente, loin de la manipulation hier lucrative, des produits financiers titris&#233;s. Elle se propage avec force au-del&#224; des fronti&#232;res par les canaux forg&#233;s par la globalisation financi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effet de contagion a &#233;t&#233; particuli&#232;rement puissant et l'ensemble des &#233;conomies dans le monde a &#233;t&#233; affect&#233;. Les PIB ont connu soit des taux de croissance n&#233;gatifs, soit de forts ralentissements et le ch&#244;mage a partout fortement augment&#233;. Au lieu du recours &#224; des politiques d'aust&#233;rit&#233;, dont les effets cumulatifs auraient pu approfondir la crise, le d&#233;ploiement de politiques de relance a permis que la croissance reprenne, sensiblement dans certaines &#233;conomies &#233;mergentes, modestement dans les &#233;conomies avanc&#233;es. Certains &#233;conomistes ont alors pens&#233; que le creux de la crise &#233;tait d&#233;pass&#233; et qu'on pouvait rejouer le jeu sans en modifier les r&#232;gles. &#192; l'inverse, d'autres &#233;conomistes, plus lucides et le plus souvent &#224; contre-courant, ont consid&#233;r&#233; que la chute et la reprise des taux de croissance n'&#233;taient qu'une &#233;tape d'une crise plus large pouvant prendre un profil en W ou bien en VL. C'est en fait ce qui s'est pass&#233;, mais avec une particularit&#233; rarement pr&#233;vue. D'une crise des dettes priv&#233;es, on est pass&#233; &#224; une crise des dettes souveraines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la diff&#233;rence de la crise des ann&#233;es 1930, il ne s'agit pas d'une crise de sur-investissement dans les pays avanc&#233;s (les taux d'investissement n'y ont pas connu d'emballement tout au long de la d&#233;cennie 2000), ni d'une crise de r&#233;alisation (la consommation r&#233;gresse peu gr&#226;ce &#224; l'augmentation des cr&#233;dits dans les pays anglo-saxons), mais d'une crise financi&#232;re provoqu&#233;e par la d&#233;r&#233;gulation &#171; sauvage &#187; de l'ensemble des march&#233;s, et plus particuli&#232;rement des march&#233;s financiers et du march&#233; du travail. La crise financi&#232;re commence en effet par une crise portant sur les dettes priv&#233;es. Comme nous venons de le voir, les banques, risquant une crise de liquidit&#233;s et la faillite, cessent de se pr&#234;ter entre elles, et limitent tr&#232;s fortement leurs cr&#233;dits &#224; l'&#233;conomie pr&#233;cipitant ainsi la crise &#233;conomique. L'intervention de l'&#201;tat pour sauvegarder le syst&#232;me bancaire conduit &#224; l'alourdissement des dettes publiques et en g&#233;n&#233;ral gu&#232;re au retour du financement du cr&#233;dit aux entreprises par les banques. Ce n'est cependant pas uniquement l'aide de l'&#201;tat au syst&#232;me financier qui provoque un alourdissement de l'endettement public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs autres facteurs interviennent dans l'accroissement de cet endettement : 1/ initi&#233;e dans les ann&#233;es 1980, la contrer&#233;volution fiscale visant &#224; r&#233;duire la charge fiscale et donc les recettes per&#231;ues. Par ailleurs, elle accentue la r&#233;gressivit&#233; du syst&#232;me alors m&#234;me que la double in&#233;galit&#233; entre les salaires d'une part et entre les salaires et les revenus du capital d'autre part, s'accentuait ; 2/ la chute des recettes fiscales au sens strict et des contributions au syst&#232;me de protection sociale li&#233;e au retournement de la conjoncture ; 3/ l'inertie &#224; la baisse des d&#233;penses publiques, et plus particuli&#232;rement celles concernant les syst&#232;mes de protection sociale ; 4/ l'augmentation du volume de certaines d&#233;penses comme l'aide aux ch&#244;meurs en nombre croissant, aux personnes particuli&#232;rement affect&#233;es par la crise, aux entreprises en difficult&#233; ; 5/ la hausse des taux d'int&#233;r&#234;t due aux spreads en augmentation, et la hausse cons&#233;cutive du service de la dette. Ces facteurs, auxquels s'ajoute l'aide massive apport&#233;e au syst&#232;me bancaire &#8211; et rembours&#233;e en partie avec le retour des profits bancaires, &#224; l'exception des institutions hypoth&#233;caires aux &#201;tats-Unis &#8211;, expliquent l'envol&#233;e des d&#233;ficits et de l'endettement publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce aux liquidit&#233;s ainsi retrouv&#233;es et &#224; l'absence de r&#233;gulation cons&#233;quente concernant le fonctionnement du syst&#232;me financier, les institutions financi&#232;res vont se tourner vers les march&#233;s obligataires et plus particuli&#232;rement vers les titres publics des &#201;tats qui leur semblent les plus fragiles : Gr&#232;ce, Italie, Portugal, Espagne, France, obtenant ainsi des profits consid&#233;rables dans un premier temps. Mais au final cette sp&#233;culation fragilise les comptes des banques lorsque les possibilit&#233;s de d&#233;faut de paiement apparaissent plus nettement. Le risque de d&#233;faut nourrit la hausse des taux qui, elle-m&#234;me, renforce le risque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La date pr&#233;cise de la crise n'&#233;tant pas pr&#233;visible, le retournement de conjoncture surprend les institutions financi&#232;res qui avides de gains, ont conserv&#233; ces titres devenus sources de pertes. La valeur des emprunts des pays les plus fragiles baisse, ce qui se traduit m&#233;caniquement par une hausse du taux d'int&#233;r&#234;t. C'est ce qui explique que, dans un second temps, les instituions financi&#232;res cherchent &#224; vendre ces titres et &#224; en acheter d'autres, &#233;mis par des pays consid&#233;r&#233;s comme plus s&#251;rs, quitte &#224; avoir des taux d'int&#233;r&#234;t plus faibles. La diff&#233;rence avec les crises des dettes souveraines latino-am&#233;ricaines des ann&#233;es 1980-1990 est importante. Dans ce cas, les banques cherchaient &#224; acqu&#233;rir des devises cl&#233;s en vendant de la monnaie locale ; dans le cas pr&#233;sent, ces transactions se font dans la m&#234;me monnaie, l'euro. Les banques vendent des titres &#233;mis par leur propre pays pour acheter des titres &#233;mis par l'Allemagne et quelques pays d'Europe du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pays affect&#233;s par cette d&#233;fiance envers leurs titres sont fragilis&#233;s. La hausse des taux d'int&#233;r&#234;t ne leur permet plus d'assurer le service de leurs dettes. Les politiques d'aust&#233;rit&#233; d&#233;cid&#233;es pour r&#233;duire les d&#233;ficits publics aboutissent &#224; l'effet inverse : ces d&#233;ficits augmentent avec la baisse des recettes fiscales due &#224; l'accentuation de la crise &#233;conomique provoqu&#233;e par ces politiques d'aust&#233;rit&#233;. Hausse des taux, r&#233;duction des recettes fiscales posent avec acuit&#233; le probl&#232;me du r&#233;&#233;chelonnement des dettes, de leurs restructurations et des garanties que peuvent offrir les pays de la zone euro. &#192; d&#233;faut de ces garanties et d'une solidarit&#233; inter-&#233;tatique, l'impossibilit&#233; de d&#233;valuer renforce les risques de d&#233;faut de certains &#201;tats de la zone euro. &#192; l'inverse, la possibilit&#233; de laisser se d&#233;pr&#233;cier la monnaie, explique que des pays n'appartenant pas &#224; la zone euro (le Japon, l'Angleterre, etc.) ne connaissent pas &#224; ce jour de menaces concernant leur solvabilit&#233;, bien que leurs ratios d'endettement (dettes sur PIB) soient &#233;galement &#233;lev&#233;s, voire plus &#233;lev&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lucrative, la sp&#233;culation devient source de pertes majeures. C'est ce qu'on a pu observer avec le d&#233;roulement de la crise grecque et ses effets domino sur les titres italiens, voire fran&#231;ais en novembre 2011. Comme les marges de man&#339;uvre des gouvernements s'av&#232;rent plus r&#233;duites dans la phase actuelle que dans la pr&#233;c&#233;dente, en raison de l'endettement massif qui s'en est suivi, les risques d'approfondissement de la crise &#233;conomique augmentent avec la recherche de diminution des d&#233;ficits budg&#233;taires par le biais de politiques d'aust&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile de savoir si la crise qui frappe depuis quelques ann&#233;es les &#233;conomies avanc&#233;es est plus forte que celle de 1929. Elle est diff&#233;rente. Deux aspects la distinguent de celle de 1929 : la crise de la dette souveraine et l'appartenance de plusieurs pays &#224; une zone mon&#233;taire dont le fonctionnement souffre de l'absence de politique budg&#233;taire commune. Seules des mesures d'ordre structurel peuvent permettre de d&#233;passer durablement cette crise. 1/ S'agissant des institutions financi&#232;res, le d&#233;passement de la crise passe par une modification sensible de l'architecture financi&#232;re en &#233;tablissant, comme dans les ann&#233;es 1930, une s&#233;paration entre les activit&#233;s de d&#233;p&#244;t-cr&#233;dit des banques et celles d'investissement et, d'une mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, par une r&#233;glementation plus stricte de leurs activit&#233;s. 2/ S'agissant du rapport salarial et des diff&#233;rentes formes de solidarit&#233; inter et intra-g&#233;n&#233;rationnelles et &#224; l'instar de ce qui fut fait dans les ann&#233;es 1940 avec le d&#233;veloppement de la protection sociale, il parait n&#233;cessaire de tenir compte davantage des biens collectifs, des biens non marchands, de r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s de revenus. 3/ S'agissant de l'intervention de l'&#201;tat dans les activit&#233;s &#233;conomiques, une coordination de ces politiques apparait n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y-a-t-il des relations entre le syst&#232;me financier et le syst&#232;me productif ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. S. : Contrairement &#224; l'opinion la plus r&#233;pandue, il y a des relations entre d'un c&#244;t&#233; la d&#233;r&#233;gulation financi&#232;re et l'essor de la finance, et de l'autre le syst&#232;me productif. Le syst&#232;me productif p&#226;tit de cet essor, la croissance du PIB dans la plupart des pays avanc&#233;s devient plus ou moins &#171; molle &#187; selon les niveaux d'endettement des m&#233;nages, et/ou les capacit&#233;s &#224; l'exportation de certains pays. Le march&#233; du travail en supporte les cons&#233;quences : les salaires ne suivent plus ou peu l'&#233;volution de la productivit&#233;, la flexibilit&#233; de l'emploi est recherch&#233;e et les emplois pr&#233;caires, &#224; temps partiel se multiplient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le financement par le cr&#233;dit &#224; l'investissement des entreprises et &#224; la consommation des m&#233;nages est n&#233;cessaire &#224; l'essor de la production. Mais la d&#233;r&#233;gulation des march&#233;s financiers a permis que se d&#233;veloppent d&#233;mesur&#233;ment de nouveaux produits financiers, instruments de comportements sp&#233;culatifs. La financiarisation de l'activit&#233; &#233;conomique a un co&#251;t : la mod&#233;ration salariale et, conjointement, la distance entre les 10 %, voire les 1 %, qui per&#231;oivent les salaires les plus &#233;lev&#233;s et les autres, augmente consid&#233;rablement. Illustrons les m&#233;canismes &#233;tablissant une relation entre la d&#233;r&#233;gulation financi&#232;re, le syst&#232;me productif et le march&#233; du travail &#224; partir de trois th&#232;mes : le cr&#233;dit, la financiarisation, la mod&#233;ration salariale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1/ Le d&#233;veloppement du cr&#233;dit aux particuliers, tr&#232;s important surtout dans les pays anglo-saxons, va &#224; la fois stimuler la consommation, l'activit&#233; immobili&#232;re et impulser une financiarisation de l'&#233;conomie, gr&#226;ce &#224; l'endettement massif des m&#233;nages et la construction de produits financiers complexes, objets de sp&#233;culation. La mod&#233;ration salariale observ&#233;e dans les ann&#233;es 1990 et d&#233;but 2000, n'y a pas entrain&#233; une croissance faible ou bien une stagnation &#233;conomique, &#224; l'inverse de ce qu'on a pu observer dans d'autres pays europ&#233;ens. Elle s'est accompagn&#233;e d'un taux de croissance plus ou moins &#233;lev&#233; et d'un taux de ch&#244;mage faible, le ch&#244;mage demeurant &#233;lev&#233; dans les pays qui recourent moins &#224; l'endettement des m&#233;nages comme la France. Les cr&#233;dits accord&#233;s compensent les effets d&#233;pressifs de la mod&#233;ration salariale. La demande interne, maintenue &#233;lev&#233;e gr&#226;ce au cr&#233;dit, permet la valorisation du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2/ L'effet positif des cr&#233;dits faciles agit &#233;galement sur le syst&#232;me financier. En effet, avant l'&#233;clatement de la crise de 2007-2008, les produits financiers construits &#224; partir de ces cr&#233;dits accord&#233;s, la multiplication des produits d&#233;riv&#233;s complexes cens&#233;s couvrir les risques encourus, deviennent objets de sp&#233;culation, favorisent des comportements sp&#233;culatifs se traduisant par l'apparition de bulles surtout dans le secteur de l'immobilier et sur les march&#233;s financiers. La finance privil&#233;giant surtout le court terme, les fonds d'investissement vont acheter des entreprises gr&#226;ce aux effets de levier procur&#233;s par les cr&#233;dits accord&#233;s avec deux objectifs : rechercher une rentabilit&#233; imm&#233;diate &#233;lev&#233;e et r&#233;aliser des plus value &#224; la revente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme toute sp&#233;culation, celle-ci semble s'auto-alimenter et ce faisant le monde de la finance parait se d&#233;tacher de celui de la production. L'argent semble s'autonomiser alors du r&#233;el et le capital devenir &#171; fictif &#187; comme l'avait analys&#233; Marx. L'illusion que l'argent produit l'argent, ind&#233;pendamment de ce qui se passe dans le monde de la production, tend &#224; se d&#233;velopper. Le myst&#232;re de l'origine de l'argent s'&#233;paissit et l'essor des march&#233;s financiers semble attribuable au &#171; miracle des petits pains &#187; de la Bible. Alors que les salaires et les bonus croissent vertigineusement dans le secteur financier, tout au moins pour les traders et autres analystes financiers, que le pouvoir des actionnaires augmente et que les dividendes vers&#233;s croissent, les salaires moyens dans l'&#233;conomie r&#233;elle stagnent ou augmentent faiblement. Le poids croissant de la finance dans la gestion des entreprises a &#233;galement des cons&#233;quences sur le choix des investissements en privil&#233;giant parfois les court et moyen termes face au long terme. L'investissement de portefeuille (placements financiers) se d&#233;veloppe au d&#233;triment de l'investissement productif au sein des entreprises. L'organisation du travail, le management des entreprises, sont influenc&#233;s par le poids croissant de la finance et les exigences de rentabilit&#233; des march&#233;s financiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3/ L'abondance de liquidit&#233;s li&#233;e aux faibles taux d'int&#233;r&#234;t est un facteur d'autonomisation du march&#233; financier. Mais cette autonomie du march&#233; financier n'est qu'apparente. Les relations qui existent entre les march&#233;s sont plus profondes qu'il n'y para&#238;t lorsque l'analyse reste &#224; un niveau superficiel. La question pertinente est donc de savoir d'o&#249; viennent les gains et les pertes de la finance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les profits financiers prennent une place de plus en plus importante dans l'ensemble des profits. Ce faisant, ils provoquent des effets collat&#233;raux sur les salaires, l'emploi et les formes d'organisation du travail car l'unique mani&#232;re pour qu'ils puissent cro&#238;tre suffisamment est que la part des profits dans la valeur ajout&#233;e augmente, puis se stabilise &#224; un niveau &#233;lev&#233;, au d&#233;triment de celle des salaires. L'origine des gains de la finance est donc dans le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; mod&#233;ration salariale &#187; n'a pas pour unique cause la d&#233;r&#233;gulation financi&#232;re.La concurrence avec les pays &#224; faibles salaires favorise &#233;galement la recherche d'une mod&#233;ration salariale et une mobilit&#233; plus &#233;lev&#233;e de la main d'&#339;uvre, particuli&#232;rement dans les secteurs utilisant beaucoup de main-d'&#339;uvre, en raison d'un diff&#233;rentiel de productivit&#233; insuffisamment &#233;lev&#233; pour compenser l'effet de salaires relativement &#233;lev&#233;s, par rapport &#224; ceux des &#233;conomies &#233;mergentes, sur le co&#251;t unitaire du travail dans les pays avanc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;r&#233;gulation financi&#232;re peut-elle &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme responsable de la crise ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. S. : Le cercle vertueux cr&#233;dit &#8211; production &#8211; finance a fonctionn&#233; de nombreuses ann&#233;es cr&#233;ant l'illusion d'un r&#233;gime de croissance original et solide, caract&#233;ris&#233; par une croissance faible des salaires, voire une stagnation, et une demande interne soutenue. Cette croissance est cependant fragile, elle repose sur &#171; le fil du rasoir &#187; de l'endettement des m&#233;nages. Lorsque les d&#233;biteurs ne peuvent plus rembourser les emprunts, l'&#233;difice construit &#224; partir de ces emprunts s'&#233;croule. Forc&#233;s d'honorer leurs dettes, de vendre leurs actifs m&#234;me &#224; perte, les d&#233;biteurs subissent la chute du prix de ces actifs et, ruin&#233;s, ils se retrouvent dans l'impossibilit&#233; de se d&#233;sendetter davantage. Les produits financiers construits sur la base de ces cr&#233;dits, objets eux-m&#234;mes de sp&#233;culations, et sources de profits financiers tr&#232;s importants, sont alors atteints de d&#233;fiance et consid&#233;r&#233;s comme des actifs &#171; toxiques &#187; et p&#232;sent alors sur la rentabilit&#233; des institutions financi&#232;res qui les d&#233;tiennent. La crise dite des subprimes transforme le cercle vertueux en cercle vicieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prix &#224; payer est alors lourd. La crise financi&#232;re se transforme en crise &#233;conomique. Pour sauver les banques et les institutions financi&#232;res menac&#233;es d'effondrement, et relancer la croissance, les &#201;tats empruntent massivement. &#192; partir d'un certain niveau d'endettement et de d&#233;ficit, les capacit&#233;s des &#201;tats de financer le service de leurs nouvelles dettes s'amenuisent. Devant la menace de ne pouvoir faire face &#224; leurs engagements financiers et dans la crainte de d&#233;classement par les agences de notation, nombre de gouvernements mettent en &#339;uvre aujourd'hui des politiques d'aust&#233;rit&#233; qui, affectant l'emploi et les salaires, ont un effet r&#233;cessif et rendent encore plus difficile le financement du service de leurs dettes. Le syst&#232;me financier international est menac&#233; d'effondrement et la crise, apparemment surmont&#233;e en 2010, ressurgit avec cette fois des &#201;tats d&#233;munis pour faire face &#224; la situation par une politique de relance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que penser des r&#233;ponses du sommet du G 20 (Cannes 2011) et des propositions de la zone euro pour r&#233;soudre la crise des dettes souveraines ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. S. : Les d&#233;clarations de la pr&#233;sidence fran&#231;aise du G20 de proc&#233;der &#224; une r&#233;forme du syst&#232;me financier international, de rendre hors la loi les paradis fiscaux, d'imposer une taxe sur les transactions financi&#232;res, f&#251;t-elle minime, etc. sont rest&#233;es lettre morte. L'ordre du jour de ce sommet a &#233;t&#233; boulevers&#233; par la crise de l'euro et la proposition avort&#233;e, par la suite, du gouvernement grec de proc&#233;der &#224; un r&#233;f&#233;rendum sur la question du plan de sauvetage, si bien que parall&#232;lement &#224; cette r&#233;union eurent lieu plusieurs r&#233;unions de responsables politiques de la zone euro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;union a &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233;e d'un sommet de la zone euro et les d&#233;cisions prises &#224; cette occasion ont &#233;t&#233; salu&#233;es par le G 20 (Cannes 2011). Plusieurs remarques peuvent &#234;tre faites &#224; propos de l'accord du 27 octobre 2011 sign&#233; par l'ensemble des responsables de la zone euro : 1/ l'inefficacit&#233; des politiques d'aust&#233;rit&#233; mises en &#339;uvre pour r&#233;soudre le probl&#232;me des dettes souveraines de quelques &#201;tats de la zone euro ; 2/ les propositions et r&#233;formes qui arrivent trop tard pour soulager la dette de la Gr&#232;ce, le pouvoir des march&#233;s arrivant &#224; obtenir la d&#233;mission des responsables politiques de la Gr&#232;ce et de l'Italie. On peut souligner au passage la mani&#232;re particuli&#232;rement humiliante de traiter des responsables politiques d'&#201;tat ; 3/ un f&#233;d&#233;ralisme de facto dirig&#233; par l'Allemagne et la France interrogeant la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1/ Les politiques (aust&#233;rit&#233;) mises en place pour surmonter les probl&#232;mes pos&#233;s par les dettes souveraines sont &#224; l'oppos&#233; de celles appliqu&#233;es aux lendemains de la crise provoqu&#233;e par les dettes priv&#233;es (relance). R&#233;agissant &#224; la crise portant sur les dettes priv&#233;es, les &#201;tats ont jou&#233; de la politique budg&#233;taire, rompant quelque peu avec les politiques mon&#233;taires restrictives pr&#233;conis&#233;es par les institutions internationales dans les ann&#233;es ant&#233;rieures &#224; cette crise. Mais, avec la crise des dettes souveraines, au lieu de poursuivre les politiques de relance et de proc&#233;der &#224; une r&#233;forme du syst&#232;me fiscal devenu r&#233;gressif, les gouvernements cherchent &#224; r&#233;duire les d&#233;penses publiques afin de r&#233;duire les d&#233;ficits budg&#233;taires et ce faisant l'endettement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat obtenu risque d'&#234;tre l'inverse de celui esp&#233;r&#233;. La r&#233;duction des d&#233;penses publiques pr&#233;cipite dans la r&#233;cession et dans le meilleur des cas, ralentit la croissance. Les recettes publiques ne sont pas &#224; la hauteur de celles esp&#233;r&#233;es et le d&#233;ficit budg&#233;taire ne peut &#234;tre r&#233;duit autant que souhait&#233;. La baisse de la croissance se traduit alors m&#233;caniquement par une hausse du ratio dette/PIB et renforce les doutes des march&#233;s sur les capacit&#233;s de certains pays &#224; honorer leurs dettes (l'Espagne, la Gr&#232;ce, l'Italie aux lendemains de la r&#233;union du G20, et enfin la France dans une moindre mesure).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2/ Faisant suite au plan d'aide pr&#233;vu en juillet 2011 et compte-tenu du risque imminent de d&#233;faut de la Gr&#232;ce, les nouvelles mesures d&#233;cid&#233;es en octobre 2011 par les responsables politiques des pays de la zone euro pour all&#233;ger sa dette souveraine prennent en compte une augmentation de la d&#233;cote de la valeur faciale des titres, passant de 21 % en juillet &#224; 50 %, confirment le pr&#234;t, &#233;mis &#224; un taux d'int&#233;r&#234;t sans spread, de 100 milliards d'euros financ&#233; par le renforcement du fond europ&#233;en de stabilisation financi&#232;re (ce qui augmente d'ailleurs d'autant la dette des &#201;tats qui le financent et met en p&#233;ril leur capacit&#233; de rembourser pour les plus endett&#233;s d'entre eux&#8230;), en contrepartie du renforcement de la politique d'aust&#233;rit&#233;. Ce plan &#224; peine n&#233; semble d&#233;j&#224; caduc&#8230; Le r&#233;&#233;chelonnement aurait pu &#234;tre &#171; efficace &#187; s'il avait &#233;t&#233; fait une ann&#233;e auparavant et s'il n'&#233;tait pas accompagn&#233; du renforcement des politiques d'aust&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aust&#233;rit&#233; impos&#233;e a aggrav&#233; la gestion de la dette grecque et cr&#233;e un fort sentiment d'injustice. Le syst&#232;me fiscal restant profond&#233;ment injuste, les fuites de capitaux et l'&#233;vasion fiscale se multipliant, le plan d'aust&#233;rit&#233; a surtout port&#233; sur certaines couches en &#233;pargnant celles qui &#233;taient les plus ais&#233;es. La crise s'est amplifi&#233;e, ce qui diminue les recettes fiscales et rend impossible le service de la dette et ce d'autant plus que les taux d'int&#233;r&#234;t explosent. Plus s'approche le &#171; d&#233;faut &#187; de paiement, plus les taux s'emballent, plus profitable devient la sp&#233;culation, jusqu'au jour o&#249; le danger de &#171; d&#233;faut &#187; devenant trop important, les banques cherchent &#224; vendre ces titres et se &#171; r&#233;fugient &#187; vers des titres plus s&#251;rs. La crise de la dette souveraine grecque suivie par celle de l'Italie, puis (&#224; l'heure o&#249; nous parlons) celle de la France, creuse les &#233;carts entre les taux d'int&#233;r&#234;t pay&#233;s par ces pays et ceux de l'Allemagne. Puis la crise s'amplifiant, les effets domino devenant plus cr&#233;dibles, la d&#233;fiance touche &#233;galement les titres &#233;mis par le gouvernement allemand, faisant craindre une disparition proche de la zone euro. C'est ce qui explique que de nouvelles r&#233;unions se tiennent pour envisager diff&#233;rents sc&#233;narios, dont celui d'une zone euro &#224; plusieurs vitesses, afin de prot&#233;ger certaines &#233;conomies des effets de contagion possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3/ Jusqu'&#224; la veille de la crise des dettes souveraines, le f&#233;d&#233;ralisme qui implique l'abandon de l'unanimit&#233; au profit d'un syst&#232;me majoritaire rencontre une profonde d&#233;fiance de l'ensemble des gouvernements de la zone euro pour deux raisons : a/ le f&#233;d&#233;ralisme signifie un abandon partiel de la souverainet&#233; de chacun des &#201;tats qui pourraient se trouver imposer une d&#233;cision prise par la majorit&#233; des membres ; b/ le refus de solidarit&#233; des plus puissants envers les plus faibles, notamment en mati&#232;re financi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans coordination des politiques budg&#233;taires, sans mise en place d'harmonisation fiscale, la politique mon&#233;taire commune rencontre des limites. L'efficacit&#233; de cette derni&#232;re pourrait &#234;tre accrue si les emprunts de chacun des pays appartenant &#224; la zone euro &#233;taient effectu&#233;s en eurobonds. Les dettes &#233;tant mutualis&#233;es, les pays peuvent alors tous emprunter au m&#234;me taux. La contrepartie de cette solidarit&#233; est une &#171; mutualisation &#187; des d&#233;cisions notamment en mati&#232;re budg&#233;taire, c'est &#224; dire l'abandon partiel de souverainet&#233; sur les budgets publics nationaux et sur l'harmonisation des syst&#232;mes fiscaux. Ces modalit&#233;s inenvisageables jusqu'&#224; la crise de la dette souveraine, font leur chemin avec l'aggravation de celle-ci. et le risque d'implosion de la zone euro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui explique que des solutions puissent &#234;tre recherch&#233;es qui d'une part permettraient un d&#233;ploiement de certaines formes de solidarit&#233;, et d'autre part ne laisseraient pas &#224; un ou deux pays l'enti&#232;ret&#233; des d&#233;l&#233;gations de pouvoir. Celles-ci semblent passer aujourd'hui par la mise en place d'une Europe &#224; plusieurs vitesses. Les d&#233;cisions &#224; prendre, apparemment techniques, sont, en fait, hautement politiques. Elles ne peuvent de ce fait occulter le d&#233;bat d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Merci &#224; la revue ContreTemps pour avoir permis cette publication contre-temps n&#176;13&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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