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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Que faire des banques ? Mesures imm&#233;diates pour aller vers la socialisation</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Que-faire-des-banques-Mesures-immediates-pour-aller-vers-la-socialisation</link>
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		<dc:date>2018-12-17T19:12:37Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;ric Toussaint, Patrick Saurin</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
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		<dc:subject>Edition du 2018-11-20</dc:subject>

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&lt;p&gt;Dix ans apr&#232;s la crise bancaire internationale de 2008, il est temps de revenir sur les engagements pris &#224; l'&#233;poque par les banquiers, financiers, politiques et organismes de contr&#244;le. Ces quatre acteurs ayant gravement failli nous promettaient &#224; l'&#233;poque la moralisation du syst&#232;me bancaire, la s&#233;paration des banques de d&#233;tail des banques d'investissement, la fin des bonus et des r&#233;mun&#233;rations exorbitantes, et enfin le financement de l'&#233;conomie r&#233;elle. Nous ne les croyions pas &#224; l'&#233;poque et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2018-11-20-+" rel="tag"&gt;Edition du 2018-11-20&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH80/arton36856-897b6.jpg?1781393553' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dix ans apr&#232;s la crise bancaire internationale de 2008, il est temps de revenir sur les engagements pris &#224; l'&#233;poque par les banquiers, financiers, politiques et organismes de contr&#244;le. Ces quatre acteurs ayant gravement failli nous promettaient &#224; l'&#233;poque la moralisation du syst&#232;me bancaire, la s&#233;paration des banques de d&#233;tail des banques d'investissement, la fin des bonus et des r&#233;mun&#233;rations exorbitantes, et enfin le financement de l'&#233;conomie r&#233;elle. Nous ne les croyions pas &#224; l'&#233;poque et nous avions raison. En lieu et place de moralisation du syst&#232;me bancaire, nous n'avons qu'une longue liste de malversations r&#233;v&#233;l&#233;es au grand jour par les faillites des banques qui se succ&#232;dent depuis celle de Lehman Brothers le 15 septembre 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tir&#233; de : Objet : [CADTM-INFO] Argentine, Gr&#232;ce, Guin&#233;e...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si on se contente de lister les sauvetages intervenus depuis 2012, on peut mentionner : Dexia en Belgique et en France (2012, 3e sauvetage), Bankia en Espagne (2012), Espirito Santo (2014) et Banif (2015) au Portugal, La&#239;ki et Bank of Cyprus &#224; Chypre (2013), Monte dei Paschi, Banca delle Marche, Banca Popolare dell'Etruria e del Lazio, Carife en Italie (2014-2017), NKBM en Slov&#233;nie (2012), SNS Reaal aux Pays-Bas (2013), Hypo Alpe Adria en Autriche (2014-2015), Banco Popular en Espagne (2017) n'en sont que quelques exemples. Le plus grave est que les pouvoirs publics ont d&#233;cid&#233; de couvrir les exactions de ces banques en faisant supporter les cons&#233;quences des agissements coupables des dirigeants et des actionnaires par la population et en faisant cro&#238;tre la dette publique. La s&#233;paration des banques de d&#233;p&#244;t et des banques d'affaires reste toujours un v&#339;u pieux. La soi-disant r&#233;forme bancaire engag&#233;e en France en 2012 par Pierre Moscovici, ministre de l'&#233;conomie et des finances, n'aura &#233;t&#233; qu'une fumisterie. Les accords de B&#226;le III et IV ne r&#233;tablissent pas une v&#233;ritable discipline bancaire. [1]&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4026 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/IMG/png/arton16107-45039banques.png?4026/543fbc050c7cf1f619607fe23719c0b2664d4910df4a2c122746ee53d059583c' width='445' height='640' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Parce que nous pensons, notamment &#224; la lumi&#232;re de l'exp&#233;rience grecque, que les banques sont un enjeu essentiel &#224; tout projet de changement social, nous proposons ci-dessous les mesures imm&#233;diates &#224; prendre pour atteindre les six objectifs suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Restructurer le secteur bancaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. &#201;radiquer la sp&#233;culation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Mettre fin au secret bancaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. R&#233;guler le secteur bancaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Financer autrement les d&#233;penses publiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Renforcer les banques publiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une seconde partie, nous d&#233;veloppons nos arguments en faveur de la socialisation du secteur bancaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 1. Restructurer le secteur bancaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;duire radicalement la taille des banques afin de supprimer le risque &#171; trop grande pour faire faillite &#187; que repr&#233;sentent les banques syst&#233;miques&lt;br class='autobr' /&gt; [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S&#233;parer les banques de d&#233;p&#244;t et les banques d'affaires. Les banques de d&#233;p&#244;t seront les seules institutions financi&#232;res autoris&#233;es &#224; collecter des d&#233;p&#244;ts aupr&#232;s des &#233;pargnants et &#224; b&#233;n&#233;ficier d'un soutien public (garantie publique des d&#233;p&#244;ts d'&#233;pargne et acc&#232;s &#224; la liquidit&#233; de la Banque centrale). Ces banques de d&#233;p&#244;t ne seront autoris&#233;es &#224; octroyer des pr&#234;ts qu'aux particuliers, aux entreprises et aux acteurs publics locaux et nationaux. Il leur sera interdit de mener des activit&#233;s sur les march&#233;s financiers. Cela veut dire qu'il leur sera interdit de faire de la titrisation : les cr&#233;dits ne peuvent pas &#234;tre transform&#233;s en titres n&#233;gociables et les banques de d&#233;p&#244;t doivent conserver dans leurs livres de compte jusqu'&#224; leur remboursement d&#233;finitif les cr&#233;dits qu'elles ont consentis. La banque qui a consenti un cr&#233;dit doit en porter le risque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On d&#233;nombre 8 000 banques dans l'UE, les 20 plus grandes (soit 0,25 %) se partagent 50 % du march&#233; et ont plus de 23 000 milliards d'actifs (chiffres 2011 &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les banques d'affaires ne doivent b&#233;n&#233;ficier d'aucune garantie publique, en cas de faillite les pertes seront int&#233;gralement assum&#233;es par le secteur priv&#233;, &#224; commencer par les actionnaires (sur l'ensemble de leur patrimoine, voir plus bas).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interdire les relations de cr&#233;dit entre banques de d&#233;p&#244;t et banques d'affaires. D'accord avec Fr&#233;d&#233;ric Lordon pour imposer un v&#233;ritable &#8216;apartheid' entre banque de d&#233;p&#244;t et banque d'affaires, une banque de d&#233;p&#244;t ne pourra en aucun cas &#234;tre impliqu&#233;e dans une relation de cr&#233;dit avec une banque d'affaires [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. &#201;radiquer la sp&#233;culation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4028 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/IMG/jpg/arton15833-7493apretstoxiques.jpg?4028/4f3d14dba307fdbf149207be93b1624859550eed9288b8eaafbd970b921b75d1' width='427' height='640' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Interdire la sp&#233;culation. Comme le propose Paul Jorion, il faut interdire la sp&#233;culation. &#171; En France la sp&#233;culation a &#233;t&#233; autoris&#233;e en 1885, en Belgique en 1867. La sp&#233;culation &#233;tait d'ailleurs d&#233;finie tr&#232;s clairement par la loi qui visait &#224; &#8216;&#8216;interdire les paris &#224; la hausse ou &#224; la baisse sur des titres financiers''. Avec une telle interdiction, les gens qui la pratiquent seraient en infraction ; qu'ils se trouvent dans une banque X ou Y, cela ne changerait rien &#187; [4]. On peut ajouter que les banques qui sp&#233;culent pour le compte de clients ou pour leur propre compte seront condamn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acquisition par une banque ou une autre institution financi&#232;re d'un bien mat&#233;riel (mati&#232;res premi&#232;res, aliments, terres, immeubles&#8230;) ou d'un titre financier (actions, obligations ou tout autre titre financier) dans le but de sp&#233;culer sur son prix sera interdite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interdire les produits d&#233;riv&#233;s. Cela signifie que les banques et autres institutions financi&#232;res qui veulent se couvrir contre les risques de diff&#233;rents types (risques de change, de taux d'int&#233;r&#234;t, de d&#233;faut de paiement&#8230;), doivent revenir &#224; des contrats d'assurance classiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le CDS est un produit financier d&#233;riv&#233; qui permet au d&#233;tenteur d'une cr&#233;ance de se faire indemniser par le vendeur du CDS au cas o&#249; l'&#233;metteur d'une obligation fait d&#233;faut. Cependant, l'acheteur peut utiliser un CDS pour se prot&#233;ger d'un risque de non-remboursement d'une obligation qu'il n'a pas. Les faillites de AIG et de Lehman Brothers sont directement li&#233;s au march&#233; des CDS. Ils ont &#233;galement un r&#244;le important dans la crise grecque : en 2010-2011 des banques fran&#231;aises et allemandes revendaient des titres grecs tout en achetant des CDS en esp&#233;rant pouvoir &#234;tre indemnis&#233;es en cas de d&#233;faut grec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Obliger les banques d'affaires &#224; demander une autorisation pr&#233;alable de mise sur le march&#233; de produits financiers. Tout produit financier nouveau (les produits d&#233;riv&#233;s ne sont pas concern&#233;s ici puisqu'ils sont interdits) devra &#234;tre soumis aux autorit&#233;s de contr&#244;le par les banques d'affaires afin d'obtenir une autorisation avant d'&#234;tre mis sur le march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S&#233;parer les activit&#233;s de conseil et les activit&#233;s de march&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'accord avec l'&#233;conomiste belge Eric de Keuleneer qui propose de s&#233;parer les activit&#233;s de conseil et les activit&#233;s de march&#233; : &#171; Il est en effet anormal que des banques prennent des risques de placement de titres, et conseillent leurs clients quant &#224; la qualit&#233; de ces titres, ou soient actuellement en mesure de sp&#233;culer sur l'or, tout en conseillant de fa&#231;on &#8216;&#8216;d&#233;sint&#233;ress&#233;e'' &#224; leurs clients d'acheter de l'or. &#187; Pour cela il propose de recr&#233;er la fonction de courtage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interdire le trading de haute fr&#233;quence et le shadow banking. Limiter strictement ce qui peut &#234;tre mis dans le hors-bilan [5]. Interdire les ventes &#224; d&#233;couvert et les ventes &#224; nu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le trading &#224; haute fr&#233;quence permet de passer des ordres sur le march&#233; en 0,1 milliseconde. Il amplifie le ph&#233;nom&#232;ne de d&#233;connexion de la finance avec l'&#233;conomie r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Shadow banking d&#233;signe les activit&#233;s financi&#232;res r&#233;alis&#233;es principalement pour le compte des grandes banques par des soci&#233;t&#233;s financi&#232;res cr&#233;&#233;es par elles. Ces soci&#233;t&#233;s financi&#232;res (Special Purpose Vehicles, money market funds &#8230;) ne re&#231;oivent pas de d&#233;p&#244;ts, ce qui leur permet de ne pas &#234;tre soumises &#224; la r&#233;glementation et &#224; la r&#233;gulation bancaires. Les grandes banques les utilisent afin d'&#233;chapper aux r&#233;glementations nationales ou internationales. En 2017, le volume du shadow banking a atteint 49 000 milliards de dollars US.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vente &#224; d&#233;couvert consiste &#224; vendre &#224; terme un actif que l'on ne d&#233;tient pas le jour o&#249; cette vente est n&#233;goci&#233;e, mais qu'on se met en mesure de d&#233;tenir le jour o&#249; sa livraison est pr&#233;vue. L'actif vendu &#224; d&#233;couvert est g&#233;n&#233;ralement un titre, mais on peut aussi vendre des devises ou des mati&#232;res premi&#232;res &#224; d&#233;couvert. Dans le cas d'une vente &#224; d&#233;couvert &#224; nu, l'acheteur n'emprunte rien : il se contente de vendre &#224; terme des titres qu'il ne poss&#232;de pas encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 3. Mettre fin au secret bancaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interdire les march&#233;s financiers de gr&#233; &#224; gr&#233;. Toutes les transactions sur les march&#233;s financiers doivent &#234;tre enregistr&#233;es, tra&#231;ables, r&#233;glement&#233;es et contr&#244;l&#233;es. Jusqu'ici, les principaux march&#233;s financiers sont de gr&#233; &#224; gr&#233;, c'est-&#224;-dire qu'ils ne sont soumis &#224; aucun contr&#244;le : il s'agit du march&#233; des changes (5 300 milliards de dollars US chaque jour) [6], du march&#233; des d&#233;riv&#233;s, du march&#233; des mati&#232;res premi&#232;res et des produits agricoles [7]&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mettre fin au secret bancaire. Les banques doivent avoir l'obligation de communiquer toutes les informations sur leurs responsables, leurs diff&#233;rentes entit&#233;s, leurs clients, les activit&#233;s qu'elles exercent et les transactions qu'elles r&#233;alisent pour le compte de leurs clients et pour elles-m&#234;mes. De m&#234;me, les comptes des banques doivent &#233;galement &#234;tre lisibles et compr&#233;hensibles. La lev&#233;e du secret bancaire doit devenir un imp&#233;ratif d&#233;mocratique minimal pour tous les pays. Concr&#232;tement cela signifie que les banques doivent tenir &#224; la disposition de l'administration fiscale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; une liste nominative des b&#233;n&#233;ficiaires d'int&#233;r&#234;ts, de dividendes, de plus-values et autres revenus financiers ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; les informations sur les ouvertures, les modifications et les fermetures de comptes bancaires en vue d'&#233;tablir un r&#233;pertoire national des comptes bancaires ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; toutes les informations sur les entr&#233;es et sorties de capitaux avec en particulier l'identification du donneur d'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Interdire les transactions avec les paradis fiscaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut interdire aux banques toute transaction avec un paradis fiscal. Le non-respect de l'interdiction doit &#234;tre assorti de sanctions tr&#232;s lourdes (pouvant aller jusqu'au retrait de la licence bancaire) et du paiement de lourdes amendes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que les paradis fiscaux sont des &#201;tats caract&#233;ris&#233;s par ces 5 crit&#232;res, non cumulatifs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. l'opacit&#233; (secret bancaire ou autre m&#233;canisme) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. fiscalit&#233; tr&#232;s basse voire imposition nulle pour les non-r&#233;sidents ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. facilit&#233;s l&#233;gales pour cr&#233;er des soci&#233;t&#233;s-&#233;crans ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. absence de coop&#233;ration avec autorit&#233;s financi&#232;res, douani&#232;res, judiciaires des autres pays ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. faiblesse ou absence de r&#233;gulation financi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend bien le r&#244;le hyper-nocif de ces paradis fiscaux sachant que la plupart des transactions de gr&#233; &#224; gr&#233; sur les d&#233;riv&#233;s de cr&#233;dit impliquent des paradis fiscaux. Les plus grandes banques disposent de centaines d'entit&#233;s plac&#233;es dans des paradis fiscaux. [8] La crise de 2008 n'a pas enray&#233; ce ph&#233;nom&#232;ne : le montant des fortunes g&#233;r&#233;es dans des paradis fiscaux a augment&#233; de 25 % entre 2009 et 2012. Une illustration suppl&#233;mentaire du caract&#232;re odieux de ce fonctionnement : certains paradis fiscaux comptent sur leur territoire plus d'entreprises diff&#233;rentes que d'habitants, par exemple les &#206;les Vierges britanniques 1995 soci&#233;t&#233;s financi&#232;res par tranche de 100 habitants. Il serait bien plus efficace d'interdire toute transaction avec les paradis fiscaux au lieu d'attendre de voir un jour la r&#233;alisation des promesses des dirigeants sur l'interdiction de ceux-ci. Un pays isol&#233; peut en prendre la d&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 4. R&#233;guler le secteur bancaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exiger des banques une augmentation radicale du volume de leurs fonds propres en rapport avec le total du bilan [9]. Alors que les fonds propres sont en g&#233;n&#233;ral inf&#233;rieurs &#224; 5 % du bilan de la banque, nous sommes favorables &#224; porter leur minimum l&#233;gal &#224; 20 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'importance des fonds propres est cruciale pour leur stabilit&#233;. Les grandes banques atteignent tr&#232;s souvent un niveau d'actifs totalement d&#233;mesur&#233; par rapport &#224; leurs fonds propres. La r&#233;glementation de B&#226;le 1 suppos&#233;e pr&#233;venir les faillites bancaires en imposant un niveau minimal de fonds propres pour couvrir les risques fixe le ratio fonds propres/actifs &#224; 8 %, ce qui signifie qu'avec 1 euro de fonds propres elles peuvent pr&#234;ter pour 12,5. Or les banques contournent ais&#233;ment et l&#233;galement cette norme en r&#233;duisant artificiellement la valeur officielle de leurs actifs par un syst&#232;me de pond&#233;ration selon les risques. Ce qui permet par exemple de faire passer un ratio de 4 % &#224; un ratio de 10 % et ainsi ne pas alerter sur des risques qui peuvent &#234;tre extr&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interdire la socialisation des pertes des banques et des autres institutions financi&#232;res priv&#233;es. Il s'agit d'interdire aux pouvoirs publics de mettre &#224; la charge des finances publiques les dettes des banques priv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Restaurer la responsabilit&#233; illimit&#233;e des grands actionnaires en cas de faillite. Le co&#251;t de la faillite doit pouvoir &#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233; sur l'ensemble du patrimoine des grands actionnaires (personnes physiques ou entreprises/personne morale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu partout dans le monde fin du 19e si&#232;cle., les capitalistes ont obtenu des l&#233;gislations qui limitent tr&#232;s fortement les risques qu'ils prennent via les soci&#233;t&#233;s &#224; responsabilit&#233; limit&#233;e. Les pertes ne concernent que la part du patrimoine engag&#233;e dans l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; part l'Islande o&#249; des banquiers ont &#233;t&#233; condamn&#233;s &#224; de la prison ferme pour les d&#233;lits qu'ils ont commis, la justice d'aucun pays du Nord n'a mis en prison des banquiers &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224;, tout l'int&#233;r&#234;t de contr&#244;ler une entreprise en ne poss&#233;dant que 3 &#224; 6 % des actions (qui dans le cas d'une banque peut repr&#233;senter une fraction tout &#224; fait infime du bilan). En effet, si le capital apport&#233; par les actionnaires ne repr&#233;sente que 5 % du bilan de la banque et que l'actionnaire principal n'a apport&#233; que 5 % des actions, son risque se limite &#224; 0,25 % du bilan ! Avant ce changement fondamental, en principe, le capitaliste risquait de perdre beaucoup plus que sa mise dans l'entreprise. Gr&#226;ce &#224; la responsabilit&#233; limit&#233;e, le capitaliste peut pousser impun&#233;ment la direction de la banque &#224; augmenter la prise de risque afin d'accro&#238;tre le profit. Si on pouvait r&#233;cup&#233;rer sur l'enti&#232;ret&#233; du patrimoine du capitaliste actionnaire, le co&#251;t de la faillite, cela obligerait le capitaliste &#224; devenir prudent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Taxer fortement les banques. Les b&#233;n&#233;fices des banques doivent &#234;tre soumis strictement aux dispositions l&#233;gales en mati&#232;re d'imposition des soci&#233;t&#233;s. En effet actuellement le taux effectivement pay&#233; est tr&#232;s nettement inf&#233;rieur au taux l&#233;gal lui-m&#234;me largement insuffisant. Les transactions bancaires sur les devises [10] et sur les titres financiers doivent &#234;tre tax&#233;es. Les dettes bancaires &#224; court terme doivent &#234;tre tax&#233;es afin de favoriser le financement &#224; long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poursuivre syst&#233;matiquement les dirigeants responsables de d&#233;lits et de crimes financiers et retirer la licence bancaire aux institutions qui ne respectent pas les interdictions et se rendent coupables de malversations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauver les banques d'une autre mani&#232;re. Outre les dispositions mentionn&#233;es plus haut : responsabilit&#233; illimit&#233;e des grands actionnaires (sur leur patrimoine global), garantie des d&#233;p&#244;ts jusque 150 000 euros, interdiction de mettre des dettes priv&#233;es bancaires &#224; la charge des finances publiques, il s'agit de cr&#233;er un m&#233;canisme de mise en faillite ordonn&#233;e des banques avec la cr&#233;ation de deux structures : une banque de d&#233;faisance priv&#233;e (&#224; charge des actionnaires priv&#233;s et sans aucun co&#251;t pour les pouvoirs publics) et une banque publique vers laquelle sont transf&#233;r&#233;s les d&#233;p&#244;ts ainsi que les actifs sains. Certaines exp&#233;riences r&#233;centes peuvent servir de source d'inspiration, notamment l'exp&#233;rience islandaise engag&#233;e depuis 2008 [11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 5. Financer autrement la dette publique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donner pour mission nouvelle &#224; la Banque centrale d'octroyer des pr&#234;ts &#224; taux z&#233;ro aux pouvoirs publics. &#192; l'inverse de ce qui est pratiqu&#233; par la BCE du fait des trait&#233;s europ&#233;ens, la banque centrale serait en capacit&#233; de permettre un financement &#224; taux z&#233;ro de l'&#201;tat et de l'ensemble des structures publiques (collectivit&#233;s, h&#244;pitaux, organismes de logement social, etc.) afin de mener des politiques socialement justes inscrites dans la transition &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imposer aux banques priv&#233;es la d&#233;tention d'un quota de titres de la dette publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#201;tat doit pouvoir emprunter afin d'am&#233;liorer les conditions de vie des populations, par exemple en r&#233;alisant des travaux d'utilit&#233; publique et en investissant dans les &#233;nergies renouvelables. Certains de ces travaux peuvent &#234;tre financ&#233;s par le budget courant gr&#226;ce &#224; des choix politiques affirm&#233;s, mais des emprunts publics peuvent en rendre possibles d'autres de plus grande envergure, par exemple pour passer du &#171; tout automobile &#187; &#224; un d&#233;veloppement massif des transports collectifs, fermer d&#233;finitivement les centrales nucl&#233;aires et leur substituer des &#233;nergies renouvelables, cr&#233;er ou rouvrir des voies ferr&#233;es de proximit&#233; sur tout le territoire en commen&#231;ant par le territoire urbain et semi-urbain, ou encore r&#233;nover, r&#233;habiliter ou construire des b&#226;timents publics et des logements sociaux en r&#233;duisant leur consommation d'&#233;nergie et en leur adjoignant des commodit&#233;s de qualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le CADTM consid&#232;re qu'il convient de d&#233;finir une politique transparente d'emprunt public. La proposition qu'il avance est la suivante :&lt;br class='autobr' /&gt;
1. la destination de l'emprunt public doit garantir une am&#233;lioration des conditions de vie, rompant avec la logique de destruction environnementale ;&lt;br class='autobr' /&gt;
2. le recours &#224; l'emprunt public doit contribuer &#224; une volont&#233; redistributive afin de r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s. C'est pourquoi le CADTM propose que les institutions financi&#232;res, les grandes entreprises priv&#233;es et les m&#233;nages riches soient contraints par voie l&#233;gale d'acheter, pour un montant proportionnel &#224; leur patrimoine et &#224; leurs revenus, des obligations d'&#201;tat &#224; 0 % d'int&#233;r&#234;t et non index&#233;es sur l'inflation, le reste de la population pourra acqu&#233;rir de mani&#232;re volontaire des obligations publiques qui garantiront un rendement r&#233;el positif (par exemple 3 %) sup&#233;rieur &#224; l'inflation. Ainsi, si l'inflation annuelle s'&#233;l&#232;ve &#224; 3 %, le taux d'int&#233;r&#234;t effectivement pay&#233; par l'&#201;tat pour l'ann&#233;e correspondante sera de 6 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle mesure de discrimination positive (comparable &#224; celles adopt&#233;es pour lutter contre l'oppression raciale aux &#201;tats-Unis, les castes en Inde ou les in&#233;galit&#233;s hommes-femmes) permettra d'avancer vers davantage de justice fiscale et vers une r&#233;partition moins in&#233;galitaire des richesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 6. Renforcer les banques publiques existantes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;...et en recr&#233;er dans les pays o&#249; elles ont &#233;t&#233; privatis&#233;es (bien s&#251;r en les soumettant comme toutes les autres banques aux mesures concr&#232;tes mentionn&#233;es plus haut).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en pratique des mesures concr&#232;tes qui sont mentionn&#233;es plus haut constituerait une avanc&#233;e dans la r&#233;solution de la crise du secteur bancaire mais le secteur priv&#233; continuerait &#224; occuper une position dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aller plus loin que les mesures imm&#233;diates propos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4027 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L141xH200/f60cb5c2a274754e-382daae2-fb9de.jpg?1781039501' width='141' height='200' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce que d&#233;montre l'exp&#233;rience des derni&#232;res ann&#233;es, c'est qu'on ne peut pas laisser les banques aux mains des capitalistes. Si, par la mobilisation sociale, on arrive &#224; faire appliquer les mesures pr&#233;sent&#233;es plus haut (qui sont soumises &#224; la discussion afin de les am&#233;liorer et compl&#233;ter), les capitalistes chercheront par tous les moyens &#224; r&#233;cup&#233;rer une partie du terrain perdu, ils multiplieront les activit&#233;s leur permettant de contourner les r&#233;glementations, ils utiliseront leurs puissants moyens financiers pour acheter l'appui de l&#233;gislateurs et de gouvernants afin de d&#233;r&#233;glementer &#224; nouveau et d'augmenter au maximum leurs profits sans prise en compte de l'int&#233;r&#234;t de la majorit&#233; de la population. Pour cela, il faut socialiser le secteur bancaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte constitue un extrait retravaill&#233; du texte &#233;crit par Patrick Saurin, &#201;ric Toussaint, Michel Husson et Stavros Tombazos, &#171; Que faire des banques ? Version 2.0 &#187;, publi&#233; le 25 mars 2016 sur cadtm.org&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article est extrait du magazine du CADTM : Les Autres Voix de la Plan&#232;te&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Voir Martine Orange : R&#233;gulation bancaire : la r&#233;forme est enterr&#233;e, 16 d&#233;cembre 2017, sur &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Regulation-bancaire-la-reforme-est&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cadtm.org/Regulation-bancaire-la-reforme-est&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Philippe Lamberts, eurod&#233;put&#233; Vert, propose un maximum de 100 milliards de dollars US d'actifs. &#171; &#192; titre de comparaison, le total de l'actif* de BNP Paribas et de Deutsche Bank en 2011 &#233;tait respectivement de 2 164 milliards d'euros et 1 965 milliards d'euros. &#187; &lt;a href=&#034;http://www.philippelamberts.eu/les-7-peches-capitaux-des-banques/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.philippelamberts.eu/les-7-peches-capitaux-des-banques/&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; Nous pensons que la taille maximale doit &#234;tre nettement plus r&#233;duite, en particulier dans des petits pays. En effet, 100 milliards d'euros, c'est un multiple du PIB de Chypre, c'est plus d'un quart du PIB de la Belgique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] &lt;a href=&#034;http://blog.mondediplo.net/2013-02-18-La-regulation-bancaire-&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://blog.mondediplo.net/2013-02-18-La-regulation-bancaire-&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; au-pistolet-a-bouchon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Paul Jorion dans Financit&#233;, novembre 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Par exemple, limiter le hors-bilan aux garanties et aux engagements par signature. C'est donc &#224; discuter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Voir &#201;ric Toussaint, &#171; Comment les grandes banques manipulent le march&#233; des devises &#187;, publi&#233; par Le Monde.fr le 13 mars 2014 et repris sur &lt;a href=&#034;http://cadtm.org/Comment-les-grandes-banques&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://cadtm.org/Comment-les-grandes-banques&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] &#201;ric Toussaint, &#171; Les banques sp&#233;culent sur les mati&#232;res premi&#232;res et les aliments &#187;, 10 f&#233;vrier 2014 : &lt;a href=&#034;http://cadtm.org/Les-banques-speculent-sur-les&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://cadtm.org/Les-banques-speculent-sur-les&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] En 2009 la Deutsche Bank en avait 974 dont 657 hors Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Ce qui veut dire abandonner le syst&#232;me de pond&#233;ration des actifs par le risque, un dispositif particuli&#232;rement peu fiable puisque cette pond&#233;ration est laiss&#233;e &#224; la seule initiative des banques. Pour une explication du syst&#232;me de pond&#233;ration des actifs par le risque, voir &lt;a href=&#034;http://cadtm.org/Les-banques-bluffent-en-toute&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://cadtm.org/Les-banques-bluffent-en-toute&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] &#201;ric Toussaint, &#171; Il faut imposer une v&#233;ritable taxe Tobin au lobby bancaire &#187;, opinion publi&#233;e par le quotidien L'Humanit&#233; le 25 f&#233;vrier 2014 et reprise sur &lt;a href=&#034;http://cadtm.org/Il-faut-imposer-une-veritable-taxe&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://cadtm.org/Il-faut-imposer-une-veritable-taxe&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Interview d'Eva Joly par Renaud Vivien, &#171; En Islande, les responsables du naufrage bancaire n'ont pas pu acheter leur proc&#232;s &#187;, &lt;a href=&#034;http://cadtm.org/En-Islande-les-responsables-du&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://cadtm.org/En-Islande-les-responsables-du&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Notre urgence : se d&#233;barrasser de Macron et son monde moisi</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Notre-urgence-se-debarrasser-de-Macron-et-son-monde-moisi</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Notre-urgence-se-debarrasser-de-Macron-et-son-monde-moisi</guid>
		<dc:date>2018-06-26T07:18:07Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Saurin</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-06-26</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La politique du pr&#233;sident des riches ob&#233;it &#224; un but : le profit, l'enrichissement de quelques-uns au d&#233;triment de la majorit&#233;. La poursuite de cet objectif s'appuie sur un discours qui valorise les premiers de cord&#233;e, les entrepreneurs, les patrons, les startupers obs&#233;d&#233;s par le d&#233;sir de devenir milliardaires, et &#171; en m&#234;me temps &#187; ce discours d&#233;pr&#233;cie ceux qui ne sont rien, les illettr&#233;s, les fain&#233;ants, ceux qui n'ont pas les moyens de se payer un costard et autres Comoriens amen&#233;s par des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2018-06-26-+" rel="tag"&gt;Edition du 2018-06-26&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH81/arton35322-def15.jpg?1781393553' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='81' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La politique du pr&#233;sident des riches ob&#233;it &#224; un but : le profit, l'enrichissement de quelques-uns au d&#233;triment de la majorit&#233;. La poursuite de cet objectif s'appuie sur un discours qui valorise les premiers de cord&#233;e, les entrepreneurs, les patrons, les startupers obs&#233;d&#233;s par le d&#233;sir de devenir milliardaires, et &#171; en m&#234;me temps &#187; ce discours d&#233;pr&#233;cie ceux qui ne sont rien, les illettr&#233;s, les fain&#233;ants, ceux qui n'ont pas les moyens de se payer un costard et autres Comoriens amen&#233;s par des kwassa-kwassa. En r&#233;sum&#233;, les riches sont riches parce qu'ils le m&#233;ritent et les pauvres sont pauvres parce qu'ils le veulent bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tir&#233; de : Objet : [CADTM-INFO] Banques, APD, Argentine, France, Gr&#232;ce...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour atteindre le but qu'ils se sont fix&#233;, le pr&#233;sident des riches et ses affid&#233;s d&#233;veloppent de fa&#231;on intensive l'appropriation priv&#233;e des biens communs cens&#233;s appartenir &#224; la collectivit&#233; et la privatisation des services publics sur fond d'injustice fiscale. Cela se traduit par une captation de revenus par une minorit&#233; et son corollaire la mise en place d'un asservissement par la dette des familles qui ne peuvent plus vivre d&#233;cemment et des &#201;tats qui ne parviennent plus &#224; financer les besoins sociaux collectifs. Ici aussi, un discours pr&#234;t &#224; l'emploi vient naturaliser, l&#233;gitimer et encourager ce processus. C'est le discours technocratique de la doxa lib&#233;rale qui fait de la concurrence libre et non fauss&#233;e, l'ouverture au march&#233;, la marchandisation et les privatisations, l'horizon radieux et incontournable de notre soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences d'une telle politique, nous les v&#233;rifions au quotidien &#224; travers le creusement des in&#233;galit&#233;s, le gonflement des dettes publiques et priv&#233;es, le d&#233;veloppement de la pauvret&#233; et le saccage de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce syst&#232;me qu'affectionne tant le pr&#233;sident des riches a un nom : le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'il est hors de question que nous restions sans r&#233;agir, nous &#8211; le camp du plus grand nombre, des exploit&#233;s &#8211;, tout en combattant le capitalisme, devons &#233;laborer collectivement et avancer une alternative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre but n'est pas l'enrichissement de quelques-uns mais le bien-&#234;tre de toutes et tous. Un tel dessein ne se r&#233;f&#232;re pas aux dogmes de la concurrence et de l'opposition entre les individus, mais &#224; des principes de solidarit&#233; et de partage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour accomplir notre projet, nous devons nous approprier les biens communs qui rel&#232;vent d'un usage collectif tels les outils de production, nous r&#233;approprier collectivement les services publics qui ont &#233;t&#233; livr&#233;s ou sont en voie de l'&#234;tre &#224; des int&#233;r&#234;ts priv&#233;s, puis ensuite les destiner &#224; un usage collectif ma&#238;tris&#233;. L'&#233;ducation, la sant&#233;, l'&#233;nergie, les transports, les banques, les assurances doivent &#234;tre g&#233;r&#233;s dans le cadre de services publics associant les usagers, les salari&#233;s, les &#233;lus et tous les citoyens concern&#233;s. &#192; la privatisation, opposons la socialisation et le contr&#244;le citoyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours justifiant la socialisation n'est pas de nature technocratique, c'est un discours &#233;thique enracin&#233; dans les comportements humains et la vie sociale. Nous devons &#233;galement engager des audits de l'ensemble des dettes et r&#233;pudier celles qui sont ill&#233;gales, ill&#233;gitimes, odieuses et insoutenables. La dette ne doit plus &#234;tre un outil au service des puissants pour l'asservissement des populations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul doute que la mise en &#339;uvre d'un tel projet inscrit dans une logique de d&#233;veloppement soutenable serait porteuse d'un mieux-&#234;tre pour la plan&#232;te et ses habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France a connu ces derni&#232;res ann&#233;es et conna&#238;t toujours aujourd'hui des gr&#232;ves et des mouvements sociaux, mais malgr&#233; des succ&#232;s non n&#233;gligeables (par exemple le combat victorieux apr&#232;s 111 jours de gr&#232;ve des salari&#233;s d'H&#233;m&#233;ra, une soci&#233;t&#233; de nettoyage sous-traitante pour l'h&#244;tel Holiday Inn de Clichy), la r&#233;signation et le d&#233;couragement restent encore des sentiments partag&#233;s par beaucoup. Pourtant, une telle situation n'est pas in&#233;luctable. Souvenons-nous, m&#234;me si nous nous sommes fait voler notre victoire, du combat que nous avons men&#233; contre le Trait&#233; constitutionnel europ&#233;en (TCE) qui a abouti, le 29 mai 2005, &#224; un vaste rejet populaire (pr&#232;s de 55 % de non !), malgr&#233; la coalition de l'ensemble des grandes organisations politiques et des m&#233;dias mainstream &#224; leur botte. Quelles ont &#233;t&#233; les raisons de notre succ&#232;s ? Il y en a plusieurs. Tout d'abord ce TCE repr&#233;sentait &#224; lui seul un projet d'ensemble, un projet de soci&#233;t&#233; identifi&#233; en tant que tel et per&#231;u comme l'horizon lib&#233;ral appel&#233; &#224; circonscrire nos vies et celles de nos enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, on doit saluer l'&#233;norme travail de p&#233;dagogie entrepris par des militants pour expliquer &#224; la population les enjeux d'un texte long et compliqu&#233;. Enfin, ce succ&#232;s doit beaucoup &#224; la fa&#231;on dont le mouvement social a pris en charge l'organisation de la lutte sur le terrain dans le cadre de collectifs dynamiques faisant vivre une d&#233;mocratie locale que l'on n'avait pas vue depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, pour renouer avec ce succ&#232;s, il nous appartient de concevoir et porter un projet identifiable, lisible et qui parle &#224; tous. Nous pensons que l'appropriation des biens communs relevant d'un usage collectif et la r&#233;appropriation des services publics privatis&#233;s doivent &#234;tre au c&#339;ur de ce projet car, &#224; partir de ce noyau, peuvent se d&#233;cliner des mesures essentielles en mati&#232;re de salaires, de retraite, de droit du travail, de fiscalit&#233;, d'&#233;ducation, de culture, de financement du d&#233;veloppement soutenable, de r&#233;pudiation des dettes ill&#233;gales, ill&#233;gitimes, odieuses et insoutenables, etc. Un tel projet, de par sa nature, aurait l'avantage d'int&#233;resser et d'impliquer les populations d&#233;laiss&#233;es des quartiers populaires et des campagnes particuli&#232;rement impact&#233;es actuellement par le manque de services publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais se doter d'un tel programme n'est pas suffisant en soi, et nous devons nous garder de deux dangers qui seraient de nature &#224; provoquer son &#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier, c'est l'&#233;ternel pi&#232;ge du r&#233;formisme, des demi-mesures, des concessions au capital. Un exemple pour illustrer ce danger. Avec d'autres (citons par exemple Sud Solidaires BPCE, le CADTM, le NPA et des &#233;conomistes tels Fr&#233;d&#233;ric Lordon ou Michel Husson), nous pr&#233;conisons la socialisation de l'int&#233;gralit&#233; du syst&#232;me bancaire contre un autre choix qui propose la mise en place d'un p&#244;le public bancaire, essentiellement construit autour de la CDC, la Banque postale et la Banque de France, &#224; c&#244;t&#233; de deux autres p&#244;les, un p&#244;le mutualiste et un ensemble de grandes banques priv&#233;es. Ayant travaill&#233; plus de trente ans dans le monde bancaire, c&#244;toy&#233; et observ&#233; ses dirigeants au quotidien, je sais tr&#232;s bien que le p&#244;le public finira en banques des pauvres pendant que les banques priv&#233;es poursuivront leurs activit&#233;s sp&#233;culatives sing&#233;es par les pseudo-banques mutualistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La socialisation int&#233;grale que nous proposons n'ob&#233;it pas &#224; une vision dogmatique, &#224; une attitude psychorigide, au parti pris du tout ou rien. Elle rel&#232;ve au contraire d'une analyse objective et fond&#233;e de ce que doit &#234;tre une banque. L'&#233;pargne, le cr&#233;dit, l'int&#233;grit&#233; des syst&#232;mes de paiement, la monnaie sont des biens communs devant &#234;tre au service de l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, c'est pourquoi il importe qu'ils soient g&#233;r&#233;s dans le cadre d'un service public bancaire socialis&#233; sous contr&#244;le citoyen [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second danger susceptible de mettre en p&#233;ril notre entreprise, c'est le choix des armes pour notre combat. Nos armes doivent pouvoir rivaliser avec celles de nos ennemis, les capitalistes et leurs sectateurs. Il importe donc pr&#233;alablement d'identifier ceux qui sont en face de nous, de r&#233;v&#233;ler leur vrai visage et leur v&#233;ritable nature qu'ils dissimulent en permanence. En face de nous, nous avons des tueurs sans &#233;tats d'&#226;me. La liste est longue de celles et de ceux qu'ils ont assassin&#233;s froidement au nom de leur logique de profit. Il n'est pas besoin de remonter au temps de l'esclavage et du travail des enfants pour le v&#233;rifier. Aujourd'hui, en France, c'est par milliers que se comptent les victimes de l'amiante, des maladies professionnelles, des accidents du travail, des suicides sans parler des autres victimes des guerres, du cr&#233;dit, des famines et des migrations de populations qu'entra&#238;nent avec eux les capitalistes dans leur course effr&#233;n&#233;e &#224; la mise &#224; sac de la plan&#232;te. Face &#224; ces massacreurs, nos black blocs font figure d'enfants de ch&#339;ur et de jeunes communiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quittons l'aspect humain, pour &#233;voquer l'aspect mat&#233;riel. Que repr&#233;sentent les quelques millions d'euros de sucettes publicitaires cass&#233;es, de vitrines de banques bris&#233;es ou des quelques voitures br&#251;l&#233;es &#224; c&#244;t&#233; des milliards que vole au quotidien le capital &#224; la soci&#233;t&#233;. Un seul exemple pour s'en convaincre : en avril 2016, alors que les banques priv&#233;es se procuraient des financements aupr&#232;s de la BCE &#224; 0 %, voire &#224; &#8211; 0,40 %, le Cr&#233;dit Foncier de France (filiale du groupe bancaire BPCE) a extorqu&#233; &#224; la collectivit&#233; de N&#238;mes M&#233;tropole qui remboursait par anticipation un emprunt toxique de 10 millions d'euros, en plus de ces 10 millions, une indemnit&#233; de remboursement anticip&#233; de&#8230; 58,6 millions d'euros. Je laisse &#224; chacune et &#224; chacun le soin de convertir ce montant en &#233;quivalent sucettes, vitrines et voitures pass&#233;es en pertes et profits. Il est vrai que BFM et ses coll&#232;gues m&#233;diatiques se montrent plus diserts sur la casse des black blocs que sur les casses de la finance. Pas &#233;tonnant que sur ces derniers nous manquions cruellement de mots et d'images&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc &#224; nous qu'il appartient d'enlever le masque du capital et de r&#233;v&#233;ler au grand jour les violences qu'il nie, cache ou euph&#233;mise. C'est le pr&#233;alable indispensable &#224; la l&#233;gitimation du choix et de l'usage des nouvelles armes dont nous devons nous doter pour affronter le capital car il est grand temps de r&#233;fl&#233;chir &#224; nos forces, &#224; nos armes et &#224; nos modes d'action&lt;br class='autobr' /&gt;
. Les capitalistes exploitent de fa&#231;on intensive ce qui est &#224; leurs yeux une masse indistincte de travailleuses et de travailleurs pour r&#233;aliser l'extorsion de leurs profits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, ils ciblent de fa&#231;on tr&#232;s pr&#233;cise celles et ceux qui s'opposent &#224; eux : gr&#233;vistes, manifestants, syndicalistes, opposants politiques, lanceurs d'alerte. Ils ne reculent devant rien pour s'emparer des fruits du travail des autres : meurtre [2], menace, chantage, vol, commerce avec les cartels de la drogue et les trafiquants d'armes, ententes illicites, fraude, utilisation des paradis fiscaux, casse d'entreprises, etc. Au vu de cette liste non exhaustive et v&#233;rifiable, la question de la violence n&#233;cessaire &#224; la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts du plus grand nombre doit &#234;tre pos&#233;e. C'est &#224; cette seule condition que nous pourrons r&#233;tablir et maintenir la paix sociale qui nous fait d&#233;faut aujourd'hui. Dans notre code p&#233;nal, l'article 122-5 reconna&#238;t la n&#233;cessit&#233; de l&#233;gitime d&#233;fense sous r&#233;serve qu'il n'y ait pas &#171; disproportion entre les moyens de d&#233;fense employ&#233;s et la gravit&#233; de l'atteinte &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; l'extr&#234;me gravit&#233; des atteintes multiples et r&#233;p&#233;t&#233;es commises par les repr&#233;sentants du capital, on mesure la &#171; disproportion &#187; des moyens de d&#233;fense que sont les p&#233;titions, les gr&#232;ves saute-mouton, les manifestations et autres rassemblements festifs aussi louables que soient toutes ces initiatives. Mais pour n&#233;cessaires qu'elles soient, ces actions n'en sont pas moins insuffisantes. Aujourd'hui, il est grand temps que nous nous posions collectivement la question de notre l&#233;gitime d&#233;fense et de la mise en &#339;uvre de nouvelles formes de lutte dont les ZAD sont une illustration. Ce questionnement doit s'accompagner de la critique radicale de nos institutions qui nous repr&#233;sentent de moins en moins et se complaisent dans des forfaitures &#224; r&#233;p&#233;tition. Il n'y a plus de d&#233;mocratie dans les institutions lorsque l'Assembl&#233;e nationale et le S&#233;nat sont aux ordres des lobbies&lt;br class='autobr' /&gt;
, le pr&#233;sident de la R&#233;publique et le gouvernement &#224; la solde du Medef, le Conseil constitutionnel et la justice inf&#233;od&#233;s &#224; la finance. Camarades, dessillons-nous les yeux et mettons les mots justes sur ce que nous voyons avant d'en tirer les cons&#233;quences pratiques qui s'imposent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour se d&#233;barrasser de Macron et son monde moisi, concevons et portons ensemble un projet de soci&#233;t&#233; identifiable, lisible et qui parle &#224; tous, b&#226;ti d'une part sur l'appropriation des biens communs qui rel&#232;vent d'un usage collectif, et d'autre part sur la r&#233;appropriation des services publics privatis&#233;s. Si nous voulons vraiment rompre avec la logique du capital, notre projet doit &#234;tre radical et bannir les demi-mesures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, pour que ce projet puisse voir le jour et s'appliquer, il va nous falloir choisir et employer des armes susceptibles de faire plier le capital. Retournons contre celui-ci les armes qu'il utilise au quotidien contre nous. Le capital sabote nos vies en supprimant nos emplois sans &#233;tat d'&#226;me, en nous imposant des rythmes de travail infernaux, en nous consentant des revenus indignes, en nous plongeant dans l'ins&#233;curit&#233;, alors en retour, sabotons le capital, bloquons la production par tous les moyens utiles&#8230; m&#234;me si quelques cat&#233;naires doivent en faire les frais. Les capitalistes, leur pouvoir et leur police ciblent et s'acharnent contre les plus combatifs d'entre nous, &#224; notre tour, attaquons-nous aux capitalistes. Identifions et faisons conna&#238;tre physiquement les grands requins du CAC 40, les dirigeants des grands groupes bancaires et des grosses soci&#233;t&#233;s. &#192; cette centaine d'individus, rendons la vie impossible chaque jour comme ils s'y appliquent &#224; notre &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ensemble, battons pour une soci&#233;t&#233; juste, solidaire et pacifique. Plus que jamais, la radicalit&#233;, nos racines, c'est notre cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Sur la question de la socialisation du syst&#232;me bancaire, je renvoie &#224; mon r&#233;cent article : &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Pourquoi-la-socialisation-du&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cadtm.org/Pourquoi-la-socialisation-du&lt;/a&gt; ainsi qu'&#224; un texte collectif : &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Que-faire-des-banques-Version-2-0&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cadtm.org/Que-faire-des-banques-Version-2-0&lt;/a&gt;. Je signale &#233;galement cette plaquette &#224; vocation p&#233;dagogique du syndicat Sud Solidaires BPCE : &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/patrick-saurin/blog/131214/au-service-de-quelle-banque-sommes-nous&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://blogs.mediapart.fr/patrick-saurin/blog/131214/au-service-de-quelle-banque-sommes-nous&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Je renvoie ici &#224; l'assassinat d&#233;guis&#233; en suicide de David Rossi, survenu la nuit du 6 mars 2013, alors que celui-ci, &#224; l'&#233;poque directeur de la communication de la banque Monte de Paschi de Sienne, s'appr&#234;tait &#224; faire des r&#233;v&#233;lations au procureur charg&#233; d'enqu&#234;ter sur les scandales dans lesquels &#233;tait prise cette banque. La d&#233;fenestration &#224; l'origine de la mort de David Rossi a &#233;t&#233; film&#233;e par une cam&#233;ra de surveillance dont l'objectif &#233;tait braqu&#233; sur une impasse longeant le b&#226;timent dans lequel se trouvait le banquier.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'affaire des pr&#234;ts toxiques : affaire class&#233;e ?</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/L-affaire-des-prets-toxiques-affaire-classee</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/L-affaire-des-prets-toxiques-affaire-classee</guid>
		<dc:date>2018-02-20T07:22:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Saurin</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-02-20</dc:subject>

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&lt;p&gt;Malgr&#233; quelques sonnettes d'alarme tir&#233;es mais peu entendues, ce n'est que fin 2011 que, ce qui deviendra &#171; l'affaire des emprunts toxiques &#187; prend place dans le d&#233;bat national en France. Une commission d'enqu&#234;te parlementaire est mise sur pied et Lib&#233;ration publie une carte recensant 5 000 collectivit&#233;s fran&#231;aises contamin&#233;es par les emprunts toxiques de la banque Dexia |1|. Une petite bombe qui r&#233;v&#233;la l'ampleur et l'&#233;tendue de cette affaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
tir&#233; de : [CADTM-INFO] BULLETIN &#201;LECTRONIQUE - (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-28-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2018-02-20-+" rel="tag"&gt;Edition du 2018-02-20&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH108/arton33711-c8f83.jpg?1781393553' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='108' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Malgr&#233; quelques sonnettes d'alarme tir&#233;es mais peu entendues, ce n'est que fin 2011 que, ce qui deviendra &#171; l'affaire des emprunts toxiques &#187; prend place dans le d&#233;bat national en France. Une commission d'enqu&#234;te parlementaire est mise sur pied et Lib&#233;ration publie une carte recensant 5 000 collectivit&#233;s fran&#231;aises contamin&#233;es par les emprunts toxiques de la banque Dexia |1|. Une petite bombe qui r&#233;v&#233;la l'ampleur et l'&#233;tendue de cette affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tir&#233; de : [CADTM-INFO] BULLETIN &#201;LECTRONIQUE - Mardi 6 f&#233;vrier 2018&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Une fois le scandale &#233;clat&#233;, quelles r&#233;ponses ont &#233;t&#233; apport&#233;es ? Quelle solutions propos&#233;es pour sortir de nombreuses collectivit&#233;s, h&#244;pitaux et autres organismes publics du poison de ces emprunts ? O&#249; en est-on aujourd'hui ? Affaire r&#233;solue et termin&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons fait le point avec Patrick Saurin. Ancien employ&#233; d'une Caisse d'&#201;pargne, Patrick fut un t&#233;moin privil&#233;gi&#233; de la commercialisation massive de ces pr&#234;ts toxiques &#224; partir du milieu des ann&#233;es 90. Opposant de la premi&#232;re heure de ces emprunts, il se bat avec le CADTM et son syndicat Sud Solidaires BPCE, pour faire reconna&#238;tre la responsabilit&#233; des banques, les faire payer et les mettre hors d'&#233;tat de nuire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anouk Renaud (CADTM) : Nous sommes ici pour parler des emprunts toxiques. Ma premi&#232;re question, pas tr&#232;s originale mais qui permet de fixer le sujet est : c'est quoi un pr&#234;t toxique ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrick Saurin : Alors, un pr&#234;t toxique&#8230; Il faut savoir que les banques ne les appellent pas comme &#231;a elles parlent &#171; d'emprunt structur&#233; &#187;. Un &#171; emprunt structur&#233; &#187; se compose de deux parties. La premi&#232;re partie c'est le financement classique, c'est le fait pour une banque de pr&#234;ter de l'argent &#224; un emprunteur : une collectivit&#233;, un h&#244;pital ou un organisme de logement social pour ce qui nous int&#233;resse. Et la deuxi&#232;me partie de cet emprunt, le deuxi&#232;me &#233;tage de la fus&#233;e, c'est une structure. Une structure c'est un m&#233;canisme qui va d&#233;terminer le calcul du taux d'int&#233;r&#234;t &#224; partir d'un certain nombre d'indices. Ces indices peuvent &#234;tre des mati&#232;res premi&#232;res, des taux d'inflation, des &#233;carts de taux d'int&#233;r&#234;t entre des taux courts &#224; deux ans et des taux longs &#224; dix ans. Ces indices peuvent aussi concerner &#8211; comme cela a &#233;t&#233; souvent le cas &#8211; les mouvements de parit&#233; entre des monnaies, et tout particuli&#232;rement l'&#233;cart entre l'euro et le franc suisse. Or, on s'aper&#231;oit que ce type de structure, ce m&#233;canisme de calcul de taux constituent des structures sp&#233;culatives puisqu'elles comportent intrins&#232;quement des multiplicateurs qui peuvent faire varier de quatre, cinq fois voire davantage le calcul du taux. C'est ce qui explique qu'on arrive pour certains de ces emprunts &#224; des taux qui aujourd'hui sont de l'ordre de 25 % d'int&#233;r&#234;t. Dans le rapport de la commission Bartolone en 2011 en France |2|, les rapporteur.e.s avaient calcul&#233; qu'un emprunt aurait pu d&#233;passer les 130 % &#224; un certain moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Certains de ces emprunts ont des taux de l'ordre de 25 % d'int&#233;r&#234;t &#187; En plus de comporter ces deux parties &#8211; le pr&#234;t proprement dit et la structure &#8211; un emprunt toxique se d&#233;compose en deux ou trois p&#233;riodes. La premi&#232;re p&#233;riode &#8211; que Klopfer un analyste des collectivit&#233;s locales appelle &#171; la tarte aux fraises &#187; &#8211; propose un taux fixe, bonifi&#233; g&#233;n&#233;ralement pendant trois ans environ. C'est un taux qui d&#233;fie toute concurrence, c'est-&#224;-dire &#224; un taux tr&#232;s tr&#232;s bas. Imaginons que sur une dur&#233;e de vingt ans, le taux fixe du moment soit de 5 %, la banque va proposer pendant les trois premi&#232;res ann&#233;es un taux de 2,5 %. Or, quand les commerciaux vont sur le terrain d&#233;marcher les collectivit&#233;s et les h&#244;pitaux ce qu'ils mettent bien en &#233;vidence c'est cette premi&#232;re p&#233;riode de trois ans &#224; taux bonifi&#233;. Le reste ? Et ben on verra apr&#232;s, apr&#232;s nous le d&#233;luge ! Et apr&#232;s on dit : &#171; oui, mais ce n'est pas risqu&#233;. Vous verrez, ce sont des pr&#234;ts tranquilles &#187;. Dexia avait d'ailleurs baptis&#233; certains de ses emprunts structur&#233;s &#171; TOFIX &#187; pour induire dans l'esprit du souscripteur de l'emprunt l'id&#233;e que c'&#233;taient des emprunts pas risqu&#233;s du tout. Alors que c'&#233;tait tout le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ces pr&#234;ts permettent aux banques de marger deux &#224; trois fois plus que les pr&#234;ts classiques &#187; On peut se demander &#171; mais pourquoi les banques ont-elles cr&#233;&#233; ce genre de produits ? Pourquoi ne se sont-elles pas content&#233;es d'utiliser des emprunts classiques &#224; taux fixes ou &#224; taux r&#233;visables |3|, qu'elles utilisaient depuis des ann&#233;es et qui marchaient tr&#232;s bien ? Il n'y avait jusque-l&#224; pas de risques, pas de probl&#232;mes &#187;. Les banques ont cr&#233;&#233; ce genre de produit parce que &#231;a leur rapporte beaucoup en termes de marge. Le montage sp&#233;culatif va faire varier les taux dans des proportions consid&#233;rables et permet aux banques de marger deux &#224; trois fois plus que les pr&#234;ts classiques. C'est pour cela, qu'elles ont multipli&#233; ce type d'emprunt, elles ont incit&#233; les commerciaux &#224; placer essentiellement ce type de pr&#234;t et, plus grave, elles ont demand&#233; aux collectivit&#233;s et aux h&#244;pitaux de ren&#233;gocier toute leur dette existante dans ce type de pr&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais prendre un exemple : le Conseil g&#233;n&#233;ral de Seine-Saint-Denis. C'est un d&#233;partement parmi les plus pauvres de France, o&#249; il y a un taux de ch&#244;mage &#233;lev&#233;, o&#249; l'aide sociale repr&#233;sente une part importante du budget et lorsque les banquiers ont propos&#233; au Conseil g&#233;n&#233;ral de ren&#233;gocier tout l'encours de la dette, ils insistaient sur le fait que la collectivit&#233; allait b&#233;n&#233;ficier pendant trois ans d'un taux bonifi&#233; sur la totalit&#233; de leur dette. Dans un premier temps, cela faisait gagner pas mal d'argent &#224; la collectivit&#233;, qui n'a vu effectivement que les premi&#232;res ann&#233;es et qui a souscrit la quasi-totalit&#233; de sa dette en emprunts toxiques. &#192; l'&#233;poque plus de 99 % de la dette du Conseil g&#233;n&#233;ral &#233;tait donc compos&#233;e d'emprunts toxiques. C'est ainsi que les banques ont pratiqu&#233; ce qu'elles appelaient la &#171; G2D &#187; : &#171; la gestion de dette &#187; ou &#171; la gestion active de la dette &#187;. Des mots pompeux pour faire croire qu'il y a un savoir derri&#232;re et des comp&#233;tences alors qu'il y a uniquement de la rapacit&#233; commerciale. Les banques ont ainsi fait ren&#233;gocier une part cons&#233;quente de la dette existante des collectivit&#233;s territoriales. C'est pour cette raison qu'on a constat&#233; des niveaux d'encours d'emprunts structur&#233;s tr&#232;s importants |4|. De l'ordre de plus de 35 milliards d'euros en 2011, dont 18,8 milliards euros d'emprunts tr&#232;s toxiques, selon le rapport de la commission parlementaire Bartolone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anouk : tu nous donnes des &#233;l&#233;ments d'explication sur pourquoi les collectivit&#233;s se mettent &#224; contracter ces pr&#234;ts-l&#224; notamment avec les taux bonifi&#233;s. Et tu expliques que c'est non seulement des emprunts mais qu'en plus les banques vont essayer de convertir tout l'encours de la dette des collectivit&#233;s dans ce type de pr&#234;t en disant &#171; il faut vraiment en profiter, les taux sont bonifi&#233;s, je vous conseille de tout ren&#233;gocier &#187;. Peux-tu aussi remettre dans leur contexte ces pr&#234;ts, un contexte de lib&#233;ralisation du mode de financements des collectivit&#233;s locales. On le conna&#238;t en ce qui concerne l'&#201;tat, notamment avec les travaux de Benjamin Lemoine qui montrent comment on a privatis&#233; le financement de l'&#201;tat |5|. Tu montres, dans ton livre |6|, qu'il y a eu exactement ce m&#234;me processus long concernant le financement des collectivit&#233;s locales. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrick : le tournant de la financiarisation de l'&#233;conomie et du financement des activit&#233;s remonte aux ann&#233;es 80. On voit se d&#233;velopper partout ce mouvement de financiarisation, y compris en France sous un gouvernement dit de gauche, qui va faire voter des lois extr&#234;mement lib&#233;rales, notamment la loi bancaire de 1984. Cette loi a cr&#233;&#233; ce qu'on appelle &#171; la banque universelle &#187; qui permet &#224; un m&#234;me groupe bancaire de pouvoir exercer toutes les activit&#233;s. Il n'y a plus de s&#233;paration. Par exemple, si je prends un groupe que je connais bien, le groupe BPCE &#8211; Banque Populaire Caisse d'&#201;pargne &#8211; on trouve r&#233;unies dans ce groupe la banque de d&#233;tail (les caisses d'&#233;pargne et les banques populaires) et la banque de financement et d'investissement (Natixis). D&#233;sormais tout est li&#233; : les activit&#233;s de la banque de financement mettent en danger la banque de d&#233;tail. On l'a vu justement avec Natixis qui apr&#232;s la crise de 2007-2008 s'est retrouv&#233;e avec un portefeuille de produits toxiques de pr&#232;s de 50 milliards d'euros. Pour &#233;ponger ces pertes colossales, cons&#233;quences des activit&#233;s sp&#233;culatives de Natixis, le groupe BPCE a proc&#233;d&#233; entre 2008 et 2012 &#224; des milliers de suppressions d'emplois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de Dexia est aussi un exemple &#233;difiant pour notre propos. &#192; l'origine, en 1966, on cr&#233;e en France une structure publique qui s'appelle la CAECL : la Caisse d'Aide &#224; l'&#201;quipement des Collectivit&#233;s Locales, dont la vocation est de financer les collectivit&#233;s &#224; des pr&#234;ts bien s&#251;r sans risque, &#224; taux fixe. Or les choses bougent, notamment suite &#224; la loi bancaire de 1984. En 1987, la CAECL est privatis&#233;e et va se transformer en Cr&#233;dit Local de France, le fameux CLF. En 1991, cette structure privatis&#233;e est introduite en bourse. Ensuite, en 1996, l'alliance du CLF avec le Cr&#233;dit Communal de Belgique donne naissance &#224; Dexia. Enfin, quelques ann&#233;es apr&#232;s, en 2012, c'est la faillite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les emprunts toxiques s'inscrivent dans un contexte de lib&#233;ralisation des march&#233;s, de l'&#233;conomie o&#249; l'on voit les collectivit&#233;s et les acteurs publics, comme les h&#244;pitaux, de plus en plus incit&#233;s &#224; recourir &#224; des produits financiers, des emprunts, qui ne sont pas adapt&#233;s &#224; leurs missions et ne respectent pas la r&#233;glementation. En effet, en France, la r&#233;glementation pr&#233;cise que les collectivit&#233;s locales ne peuvent agir que pour des op&#233;rations d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral pr&#233;sentant un caract&#232;re local, et qu'elles ne peuvent engager leurs finances dans des op&#233;rations de nature sp&#233;culative (cf. les circulaires de 1992 et 2010 |7|) Or, de tels emprunts sont vraiment des op&#233;rations sp&#233;culatives. Il y a donc eu un glissement d'un endettement &#224; faible co&#251;t et encadr&#233; par l'&#201;tat vers un endettement sur les march&#233;s marqu&#233; par la volatilit&#233; des taux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anouk : pour revenir &#224; ces emprunts toxiques, selon toi, quelles sont les grandes caract&#233;ristiques d'ill&#233;gitimit&#233; de ces emprunts ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y en a plusieurs. La premi&#232;re pour moi et qui malheureusement n'a pas &#233;t&#233; relev&#233;e par les juges ou n'a &#233;t&#233; relev&#233;e qu'&#224; quelques reprises : c'est le caract&#232;re sp&#233;culatif de ces emprunts. Par exemple dans le litige qui a mis aux prises la ville de St-&#201;tienne &#224; la banque Royal Bank of Scottland, deux juridictions en France, un Tribunal d'instance et une Cour d'appel, ont consid&#233;r&#233; que l'emprunt souscrit par la ville de St-&#201;tienne &#233;tait un emprunt sp&#233;culatif au motif qu'il n'y avait pas de plafond au niveau du taux. Lorsque j'&#233;voquais tout &#224; l'heure des taux qui d&#233;passent les 20-25 %, on peut se demander : &#171; et le taux d'usure ? Il y a un taux d'usure en France &#187;. Oui, mais sauf que les banquiers sont malins. Et c'est l&#224; qui faut une grosse r&#233;forme. Le taux d'usure il ne s'applique qu'au taux fix&#233; lors de la mise en place du contrat, c'est-&#224;-dire uniquement pour la premi&#232;re &#233;ch&#233;ance. Apr&#232;s on peut faire n'importe quoi. Donc on voit bien que les montages des emprunts avec les trois premi&#232;res ann&#233;es &#224; taux bonifi&#233; ne d&#233;passeront jamais le taux d'usure. Par contre, j'ai relev&#233; derni&#232;rement le cas de N&#238;mes M&#233;tropole qui pr&#233;sentait un emprunt dont le taux d&#233;passait 25 %, bien au-dessus du taux d'usure. Mais quand cet emprunt a &#233;t&#233; souscrit, le taux bonifi&#233; de d&#233;part ne d&#233;passait pas le taux d'usure de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, il y a d'autres points : le d&#233;faut d'informations et le manquement au devoir de conseil. Chaque employ&#233;-e de banque, que ce soit pour des placements ou des emprunts, a pour vocation et pour mission de bien informer son client et de bien le conseiller. Moi en ce qui me concerne, c'est ce que je faisais jouer &#224; la Caisse d'&#201;pargne. Pendant des ann&#233;es, j'ai refus&#233; de commercialiser ces produits alors qu'on m'intimait de les vendre. On me disait : &#171; oui, mais ces produits ils sont valid&#233;s, ils ont eu l'autorisation de march&#233; donc on peut les commercialiser, pourquoi tu les refuses ? &#187;. C'&#233;tait un gros argument, car effectivement ces produits &#233;taient conformes &#224; la loi du moment. Moi je pensais qu'ils n'&#233;taient pas conformes de par leur contenu et je refusais de les vendre justement par rapport &#224; mon libre arbitre que je pouvais exercer en fonction du conseil et de l'information de mes clients. Je disais &#224; mes clients : &#171; &#233;coutez, vous avez trois ann&#233;es cadeaux mais apr&#232;s les trois ann&#233;es bonheur vous allez avoir 17 ann&#233;es durant lesquelles on ne sait pas ce que &#231;a va donner &#187;. En plus, il fallait prendre en compte un contexte financier tr&#232;s sujet &#224; modifications brutales, comme on l'a vu r&#233;guli&#232;rement avec les diff&#233;rentes crises, les diff&#233;rentes bulles qui explosent. Beaucoup de ces emprunts avaient leurs taux index&#233;s sur les parit&#233;s des monnaies, ce qui pr&#233;sentait des risques tr&#232;s forts. &#192; partir de l&#224;, j'avais un argument pour dire : &#171; je refuse de commercialiser ce type d'emprunt, parce qu'il y a un risque &#187;. J'&#233;tais entendu par mes clients. Moins par ma direction&#8230; [Rires].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aurait d'autres &#233;l&#233;ments. J'ai fait un papier l&#224;-dessus |8| pour r&#233;capituler tous les arguments d&#233;montrant la nature sp&#233;culative, et donc ill&#233;gale, des emprunts toxiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anouk : forc&#233;ment, cette affaire a mal tourn&#233;, les taux se sont envol&#233;s. Si tu pouvais, nous expliquer quelle a &#233;t&#233; la r&#233;ponse apport&#233;e &#224; ce moment-l&#224; par les diff&#233;rents acteurs. Un des principaux acteurs que sont les banques vont notamment proposer de ren&#233;gocier, r&#233;am&#233;nager les dettes. En quoi cela ne repr&#233;sente pas une solution et s'av&#232;re m&#234;me un danger suppl&#233;mentaire pour les collectivit&#233;s ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrick : on va faire &#231;a progressivement ;) On part de la faillite de Lehman Brothers en 2007-2008. Cons&#233;quence : crise financi&#232;re g&#233;n&#233;ralis&#233;e sur la plan&#232;te. Les taux augmentent et notamment pour ces emprunts qui &#233;taient au c&#339;ur du cyclone. &#192; partir de l&#224; les emprunteurs, c'est-&#224;-dire les maire.sse.s, les &#233;lu.e.s, les directeur.ice.s d'h&#244;pitaux qui s'&#233;taient jamais trop pr&#233;occup&#233;.e.s de lire leurs contrats, voyant les taux monter &#224; 10, 15, 20, 25 %, vont taper &#224; la porte des banques en disant : &#171; voil&#224;, &#231;a devient trop important, on ne savait pas que &#231;a allait se passer comme &#231;a. On veut ren&#233;gocier notre emprunt, on veut baisser le taux &#187;. Et les banques leur disent : &#171; pas question : vous avez sign&#233;, vous devez r&#233;gler &#187;. Et c'est l&#224; o&#249; le pi&#232;ge se referme : dans chaque contrat on a la possibilit&#233; de rembourser l'emprunt de fa&#231;on anticip&#233;e. Mais lorsque les collectivit&#233;s ont demand&#233; de rembourser par anticipation les emprunts, les banques leur ont r&#233;clam&#233; des p&#233;nalit&#233;s qui d&#233;passaient souvent le montant de l'emprunt. J'ai un exemple concret et r&#233;cent, qui concerne N&#238;mes M&#233;tropole |9|. Cette structure a rembours&#233; en juin 2016 un emprunt de 10 millions d'euros et a d&#251; acquitter, en plus des 10 millions de capital restant &#224; rembourser, une p&#233;nalit&#233; de 58,6 millions. Ce qui est &#233;norme. Dans un contexte, o&#249; les banques priv&#233;es empruntent &#224; la Banque centrale europ&#233;enne &#224; 0 % voire - 0,4 %. Sachant que le pr&#234;teur, pour N&#238;mes M&#233;tropole, c'est le Cr&#233;dit foncier qui est une filiale du groupe BPCE, une banque soi-disant mutualiste. On voit bien le caract&#232;re sp&#233;culatif de ces emprunts et toute l'hypocrisie qui r&#232;gne dans ce monde bancaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les emprunteurs sont donc tr&#232;s vite dans l'impossibilit&#233; de ren&#233;gocier les emprunts, les banques ne voulant pas faire de remise d'int&#233;r&#234;t. Qu'est-ce qui se passe alors ? Les collectivit&#233;s d&#233;cident d'attaquer les banques en justice en disant : &#171; voil&#224;, c'est un scandale : ce sont des emprunts sp&#233;culatifs ! &#187;. Et elles avancent plusieurs arguments : manquement au devoir d'information, d&#233;faut de conseils, voire tromperie. Il y a m&#234;me des collectivit&#233;s qui ont attaqu&#233; des banques au motif &#171; d'escroquerie en bande organis&#233;e &#187;, en disant : &#171; on nous vend un emprunt qui s'appelle TOFIX et on s'aper&#231;oit que le taux fixe en question c'est 25 %, alors qu'il &#233;tait au d&#233;part de 2 %. &#187;. Elles ont aussi attaqu&#233; sur un motif subsidiaire, en disant : &#171; ces contrats ont un d&#233;faut de forme : ils n'ont pas de taux effectif global ou ce taux est erron&#233; &#187;. Le taux effectif global (TEG), pour le dire en quelques mots, c'est un taux qui doit &#234;tre mentionn&#233; obligatoirement dans chaque contrat et m&#234;me chaque photocopie de proposition de contrat &#8211; puisqu'on travaillait beaucoup &#224; l'&#233;poque par fax pour ce type de contrat risqu&#233;. Le TEG retrace le co&#251;t r&#233;el de l'emprunt. Or du fait du caract&#232;re complexe de ces emprunts, les banques avaient du mal &#224; calculer le TEG ou oubliaient parfois de l'indiquer. Les tribunaux ont commenc&#233; &#224; sanctionner les banques en disant : &#171; effectivement le TEG est une mention obligatoire. Il ne figure pas. Je n'annule pas le contrat, j'annule la clause du taux d'int&#233;r&#234;t et &#224; la place du taux du contrat, on va appliquer le taux l&#233;gal &#187;. Le taux l&#233;gal &#233;tait en France, &#224; l'&#233;poque de ces proc&#232;s dans les ann&#233;es 2010, de l'ordre de 0,7 %, c'est-&#224;-dire quasiment rien du tout. On se retrouvait dans une situation o&#249; les banques perdaient beaucoup d'argent et ce taux l&#233;gal &#233;tait m&#234;me appliqu&#233; r&#233;troactivement depuis le d&#233;but du contrat. Donc on recalculait pour chaque ann&#233;e quel aurait d&#251; &#234;tre le taux l&#233;gal per&#231;u par la banque et la banque &#233;tait tenue de verser aux collectivit&#233;s le diff&#233;rentiel du surco&#251;t d'int&#233;r&#234;ts engrang&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais entre-temps, il faut savoir qu'apr&#232;s la faillite de Dexia les gouvernements belge, fran&#231;ais et luxembourgeois &#8211; surtout belge et fran&#231;ais &#8211; ont accord&#233; une garantie tr&#232;s importante &#224; Dexia de plusieurs dizaine de milliards d'euros |10|. Et la France de son c&#244;t&#233; a d&#251; reprendre un portefeuille d'emprunts de Dexia de 90 &#224; 100 milliards d'euros d'encours d'emprunts. Et dans cet encours il y avait bien s&#251;r les emprunts toxiques, puisque Dexia &#233;tait un gros pr&#234;teur aux collectivit&#233;s en France (elle repr&#233;sentait environ 60/65% de parts de march&#233; des cr&#233;dits propos&#233;s aux collectivit&#233;s locales). L'&#201;tat fran&#231;ais reprenant l'encours de Dexia dans une structure qui s'appelle la Soci&#233;t&#233; de financement local (SFIL) se trouvait finalement responsable des agissements de Dexia. D&#233;sormais, quand on attaquait Dexia, c'&#233;tait l'&#201;tat que l'on attaquait. Une commission s&#233;natoriale avait &#233;valu&#233; le risque de pertes au titre de ces emprunts entre 17 et 20 milliards si les juges maintenaient leur condamnation sur le motif du TEG. L'&#201;tat a vite fait son calcul. Fin 2013, il a d&#233;cid&#233; de pr&#233;senter un projet de loi de validation r&#233;troactive des contrats en supprimant le caract&#232;re obligatoire de la mention du TEG. R&#233;troactivement, cela signifiait que cette loi s'appliquait &#224; tous les contrats pass&#233;s. Les collectivit&#233;s ne pouvaient plus gagner devant les tribunaux et celles qui avaient gagn&#233; voyaient leur victoire remise en cause. Le conseil constitutionnel saisi de ce projet de loi, l'a d&#233;clar&#233; inconstitutionnel &#224; la fin du mois de d&#233;cembre 2013. Le gouvernement s'est retrouv&#233; bien embarrass&#233;. Alors qu'a-t-il fait ? Il a fait un deuxi&#232;me projet de loi ! Le m&#234;me que le premier, en limitant l'aspect &#171; pas n&#233;cessaire &#187; du TEG uniquement aux acteurs publics locaux, c'est-&#224;-dire il a laiss&#233; de c&#244;t&#233; les entreprises, les particuliers&#8230; Il a dit : &#171; voil&#224;, on reprend le m&#234;me projet mais &#231;a ne concernera que les collectivit&#233;s locales, les h&#244;pitaux, etc. tout ce qui est public &#187;. Et l&#224; le conseil constitutionnel, alors qu'il aurait d&#251; ne pas le valider &#8211; car il y avait un autre &#233;l&#233;ment discriminant puisqu'on laissait de c&#244;t&#233; tout ce qui concerne la sph&#232;re priv&#233;e a valid&#233; cette loi. De ce fait, l'&#201;tat s'est retrouv&#233; gagnant &#224; chaque fois qu'il passait en justice et tous les proc&#232;s pr&#233;c&#233;dents ont &#233;t&#233; en quelque sorte annul&#233;s puisque l'&#201;tat pouvait se pr&#233;valoir de cette loi r&#233;troactive, c'est-&#224;-dire qui valait pour le pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement &#224; cette loi, l'&#201;tat a cr&#233;&#233; un fonds de soutien pour aider les collectivit&#233;s &#224; sortir des emprunts toxiques. Initialement dot&#233; de 1,5 milliard d'euros, ce fonds a &#233;t&#233; port&#233; &#224; 3 milliards. Les h&#244;pitaux qui avaient &#233;t&#233; oubli&#233;s dans un premier temps ont re&#231;u une petite enveloppe de 100 millions. On s'est tr&#232;s vite rendu compte l&#224; aussi, que c'&#233;tait insuffisant et on a port&#233; cette enveloppe &#224; 400 millions d'euros. L'&#201;tat a mont&#233; ce dispositif laissant aux collectivit&#233;s tr&#232;s peu de temps &#8211; quelques mois &#8211; pour saisir ce fonds de soutien. En fonction de leur taille, du type d'emprunts qu'elles ont souscrits, du volume des encours, de la totalit&#233; de leur dette&#8230; etc., l'&#201;tat propose de leur allouer une aide. Si elles acceptent, elles renoncent &#224; engager des actions&lt;br class='autobr' /&gt; en justice contre les banques. C'est la condition pour b&#233;n&#233;ficier du fonds : on renonce &#224; tous ses droits en justice. Si elles renoncent au fonds, elles n'auront droit &#224; rien du tout. Il y a eu un gros chantage. Les pr&#233;fets ont appel&#233; les &#233;lu.e.s pour leur mettre la pression, pour leur demander de souscrire &#224; cette aide. Il y a eu de tr&#232;s fortes pressions, des chantages aux subventions, on peut s'en douter m&#234;me si on n'a pas les &#233;l&#233;ments de ce dossier-l&#224;. Mais des &#233;lu.e.s que j'ai rencontr&#233;.e.s, ont t&#233;moign&#233; et ont fait part de ce chantage-l&#224;, m&#234;me de ce harc&#232;lement concernant le fait de passer un accord. J'ai m&#234;me rencontr&#233; une avocate qui m'a racont&#233; que le jour du proc&#232;s, les avocats de Dexia venaient faire du chantage &#224; la personne qui repr&#233;sentait la collectivit&#233; qui &#233;tait en proc&#232;s contre Dexia. On voit vraiment le caract&#232;re mafieux des m&#233;thodes pratiqu&#233;es par les banques et l'&#201;tat. &#192; ce jour, beaucoup de collectivit&#233;s ont d&#233;cid&#233; de passer par ce fonds de soutien |11|. C'est le cas de N&#238;mes M&#233;tropole. Sur les 58,6 millions, la ville va avoir 36,6 millions d'aide du fonds de soutien. On peut se dire, c'est beaucoup. Mais l&#224; aussi, il faut regarder concr&#232;tement d'o&#249; vient l'argent du fonds de soutien. La moiti&#233; vient de l'&#201;tat, c'est des imp&#244;ts des citoyen.ne.s. L'autre moiti&#233; vient des banques. Ah ouais, les banques paient ?! Non, si vous regardez une enqu&#234;te r&#233;cente qui a &#233;t&#233; faite en France par la revue 60 millions de consommateurs |12|, on s'aper&#231;oit que les banques ont proc&#233;d&#233; &#224; une tr&#232;s forte augmentation des frais bancaires : les frais de traitement, les cartes, les frais de tenue de comptes, les frais de rejet&#8230; etc. Finalement, ce fonds de soutien est aliment&#233; par le contribuable avec sa casquette &#171; contribuable national &#187; et avec sa casquette &#171; client bancaire &#187;. Et la partie qui n'est pas prise en charge par le fonds de soutien, pour N&#238;mes soit 22 millions non pris en charge, c'est la M&#233;tropole qui la paye, c'est-&#224;-dire le contribuable local. Les banques ont r&#233;ussi le tour de force de faire financer la totalit&#233; des p&#233;nalit&#233;s par les contribuables, qui vivent en France. Ce sont les particuliers qui supportent l'int&#233;gralit&#233; du co&#251;t de ces emprunts toxiques, dont la responsabilit&#233; incombe aux seules banques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anouk : cette affaire des pr&#234;ts toxiques est-elle sp&#233;cifique &#224; la France ? Ou la retrouve-t-on ou des cas similaires dans d'autres pays ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrick : on retrouve des cas similaires dans d'autres pays. Pour ce qui concerne les particuliers, il existe des cas en France de particuliers qui se sont fait avoir sur des emprunts en franc suisse et qui se retrouvent aujourd'hui &#224; devoir rembourser plus d'argent que ce qu'ils ont emprunt&#233; ! Ils ont un pr&#234;t qui est sup&#233;rieur &#224; celui qu'ils ont souscrit initialement, du fait justement du caract&#232;re sp&#233;culatif de ces montages. Et ces montages ils existent aussi dans des pays de l'Est, o&#249; on retrouve des particuliers qui sont endett&#233;s |13|. On retrouve cela un peu partout. Et pour ce qui concerne les emprunts toxiques aux structures publiques, je donne dans mon livre le cas de collectivit&#233;s qui ont &#233;t&#233; embringu&#233;es dans ce type de dossier en Italie, au Royaume-Uni et aux &#201;tats-Unis. Quand Margaret Thatcher a mis en place ses r&#233;formes lib&#233;rales, les structures publiques ont eu de moins en moins d'argent et elles ont fait un petit peu comme le d&#233;partement de Seine-Saint-Denis : elles ont pari&#233; leur dette sur les march&#233;s. Deux collectivit&#233;s (Hammersmith et Fulham, deux arrondissements londonniens) ont jou&#233; en bourse leurs dettes et ont perdu des sommes consid&#233;rables. Il y a eu un proc&#232;s et le juge n'a pas pu faire autrement que de faire condamner les banques. Il y avait un tel montage sp&#233;culatif, qu'il &#233;tait oblig&#233; de les faire condamner. Et puis &#231;a repr&#233;sentait beaucoup d'argent. Et les banques ont pay&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La finance a tendance &#224; diffuser ses propres mod&#232;les toxiques de diff&#233;rentes fa&#231;ons un peu partout. Mais la France, reste le lieu o&#249; cela a &#233;t&#233; pratiqu&#233; au niveau des structures publiques avec le plus d'intensit&#233; quantitativement et m&#233;thodiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anouk : tant&#244;t, tu nous parlais des actions en justice des collectivit&#233;s contre les banques et comment l'&#201;tat et ensuite le pouvoir judiciaire leur a coup&#233; l'herbe sous le pied avec cette loi r&#233;troactive qui dit finalement : &#171; non, non, on n'est pas oblig&#233; de mentionner le TEG dans les contrats &#187;. Maintenant, il y a d'autres types d'action en justice qui se font et cette fois-ci des actions qui sont men&#233;es par des collectifs citoyens, notamment les CAC &#8211; des collectifs d'audit de la dette. Est-ce que tu peux nous parler de ces actions judiciaires et nous dire sur quoi elles s'appuient ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrick : on vient de passer en revue les actions men&#233;es par les collectivit&#233;s. Je fais un petit ajout &#224; cet aspect avant de passer aux actions citoyennes. Il reste aujourd'hui en France quatre collectivit&#233;s qui ont d&#233;cid&#233; d'aller jusqu'au bout. Ce sont des petites collectivit&#233;s de quelques milliers d'habitant.e.s. Saint-Leu-la-For&#234;t, Carri&#232;res-sur-Seine, Saint-Cast-le-Guildo, Saint-Di&#233;-des-Vosges, qui ont d&#233;cid&#233; d'aller devant la Cour de cassation. La Cour de cassation doit rendre un arr&#234;t. Cela devrait se faire courant mai-juin 2018. Vu ce qu'il s'est pass&#233; jusqu'&#224; maintenant, on peut ne pas &#234;tre tr&#232;s optimiste. Mais sait-on jamais ? Si la Cour de Cassation d&#233;cide de se r&#233;veiller et d'appliquer le droit, ce qu'elle est cens&#233;e faire, c'est son m&#233;tier, sa vocation, les collectivit&#233;s devraient gagner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant les collectifs citoyens, quatre actions sont en cours actuellement en France. De deux natures. Une premi&#232;re action a lieu &#224; Dijon. &#192; Dijon, le CAC est engag&#233; contre les emprunts toxiques depuis plusieurs ann&#233;es et il se retrouve aujourd'hui avec un maire qui s'appelle Fran&#231;ois Rebsamen qui est l'ancien &#171; ministre du ch&#244;mage &#187; en France |14| et qui refuse de communiquer les informations qu'il est pourtant tenu de donner. Le CAC l'attaque sous le motif &#171; d'injonction &#224; produire des pi&#232;ces &#187;. Il r&#233;clame les contrats, des tableaux d'amortissement, de tout ce qui concerne les emprunts pour faire un audit de la dette. Parce que le pi&#232;ge par rapport &#224; ces emprunts toxiques, c'est que comme c'est quelque chose qui est scandaleux et qui d&#233;montre une mauvaise gestion de la part des &#233;lu.e.s, souvent, les &#233;lu.e.s vont ren&#233;gocier en douce des emprunts toxiques et les transformer en emprunt taux fixe ou taux r&#233;visable. Ils vont payer l'indemnit&#233;, qu'ils vont consolider dans le pr&#234;t, donc ce sera ni vu ni connu. Et quand on regarde l'&#233;tat de la dette on dit : &#171; ah tiens, y'a que du taux fixe &#187;. Sauf que l'on a un taux fixe qui fait par exemple 20 millions, qui a &#233;t&#233; souscrit il y a deux ans mais qui comprend 10 millions d'emprunt et 10 millions de p&#233;nalit&#233; et &#231;a on ne le voit pas. Donc nous ce que l'on veut faire c'est un peu de la sp&#233;l&#233;ologie, la g&#233;n&#233;alogie de la dette : remonter jusqu'au d&#233;but et voir toutes les ren&#233;gociations pour estimer le co&#251;t r&#233;el de ces emprunts toxiques pour la collectivit&#233;. Et &#231;a Rebsamen ne veut surtout pas qu'on le fasse, d'autant qu'il a &#233;t&#233; membre du conseil d'administration de Dexia jusqu'en octobre 2008 et grassement r&#233;mun&#233;r&#233; &#224; ce titre (20 000 euros annuels). &#192; cette date, nous n'avons toujours pas les pi&#232;ces et le tribunal saisi depuis plus d'un an ne s'est toujours pas prononc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois autres actions sont men&#233;es devant le tribunal administratif par les collectifs de trois collectivit&#233;s : N&#238;mes M&#233;tropole &#8211; dont j'ai d&#233;j&#224; parl&#233; &#8211; Grenoble et Vichy. L&#224;, on a attaqu&#233; avec des citoyen.ne.s des d&#233;lib&#233;rations qui validaient la sortie des emprunts toxiques avec le recours au Fonds de soutien. On a voulu d&#233;noncer le fait que c'est le contribuable, avec ses trois casquettes, qui va payer la totalit&#233; de la p&#233;nalit&#233;. Dans la plupart des cas, on a fait un r&#233;f&#233;r&#233;. On dit : &#171; il y a urgence, il faut faire annuler la d&#233;lib&#233;ration &#187;. On a fait &#231;a &#224; N&#238;mes et &#224; Grenoble, on a &#233;t&#233; rejet&#233; tr&#232;s rapidement. Et &#224; c&#244;t&#233; de ces r&#233;f&#233;r&#233;s, on a engag&#233; des recours au fond, ce qu'on appelle &#171; des recours pour exc&#232;s de pouvoir &#187;, o&#249; l'on attaque la d&#233;lib&#233;ration avec beaucoup d'argumentations. On d&#233;nonce, par exemple pour N&#238;mes, le caract&#232;re sp&#233;culatif des emprunts, le fait que l'indemnit&#233; s'&#233;l&#232;ve &#224; 58,6 millions et que la d&#233;cision de recourir au fonds de soutien et de payer cette indemnit&#233; a &#233;t&#233; exp&#233;di&#233;e en 10 minutes lors du conseil communautaire de la M&#233;tropole, preuve d'un d&#233;faut d'information. Les &#233;lu.e.s n'ont pas eu d'informations, ils et elles ont eu des copies en blanc de documents sans les chiffres renseign&#233;s. Ce qui est quand m&#234;me assez hallucinant. Donc tout un ensemble d'&#233;l&#233;ments qui concernent l'op&#233;ration dans diff&#233;rents aspects. On a attaqu&#233; ces d&#233;lib&#233;rations et on attend la r&#233;ponse de ces recours au fond, qu'on n'a eu ni pour Grenoble, ni pour Vichy, ni pour N&#238;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dossier de N&#238;mes est int&#233;ressant parce qu'il y a quelque temps, le juge (le pr&#233;sident du tribunal administratif) avait fix&#233; la date d'une audience. Mais au dernier moment, quelques jours &#224; peine avant l'audience, il a ajourn&#233; celle-ci sans fournir d'explications et sans donner de nouvelle date. On pense qu'avec un argument que l'on a soulev&#233;, contestant un argument du juge, on a touch&#233; quelque chose de sensible. Le juge avait justifi&#233; le rejet de notre r&#233;f&#233;r&#233; au motif que la d&#233;lib&#233;ration a &#233;t&#233; enti&#232;rement ex&#233;cut&#233;e. Bon d&#233;j&#224;, imaginons que ce soit une d&#233;lib&#233;ration compl&#232;tement ill&#233;gale, qu'elle soit enti&#232;rement ex&#233;cut&#233;e, peu importe, on doit la casser. Le tribunal a pour mission de la casser. Premi&#232;re incoh&#233;rence. Deuxi&#232;me incoh&#233;rence : la d&#233;lib&#233;ration en question n'a pas &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;e. En effet, suite &#224; notre recours dans lequel on avait mis le doigt sur un &#233;l&#233;ment technique tr&#232;s pertinent, la collectivit&#233; a d&#251; prendre plusieurs mois apr&#232;s une nouvelle d&#233;lib&#233;ration. Elle a cass&#233; la premi&#232;re d&#233;lib&#233;ration soi-disant d&#233;j&#224; ex&#233;cut&#233;e et elle a pris une nouvelle d&#233;lib&#233;ration qui a tout chang&#233;. En r&#233;sum&#233;, pour payer une partie de l'indemnit&#233;, la premi&#232;re d&#233;lib&#233;ration pr&#233;voyait de faire passer une subvention de 6,4 millions du budget principal vers le budget d'assainissement auquel est rattach&#233; l'emprunt toxique. Or, la r&#233;glementation en France n'autorise pas, sauf cas tr&#232;s exceptionnels qui ne sont pas remplis en l'esp&#232;ce, de subventions d'un budget vers un autre. Et l&#224;, c'est ce qui s'est pass&#233;. Alors que la premi&#232;re d&#233;lib&#233;ration datait du mois de mars, au mois de juillet la M&#233;tropole a pris une nouvelle d&#233;lib&#233;ration, c'est-&#224;-dire apr&#232;s la d&#233;cision du juge, et elle a chang&#233; du tout au tout. La subvention de 6,4 millions n'apparaissait plus et a &#233;t&#233; remplac&#233;e par une augmentation du pr&#234;t, puisque la p&#233;nalit&#233; il faut la payer. Et le juge il se retrouve, comme on dit, en culotte courte avec une argumentation qui est compl&#232;tement d&#233;mentie par la volte-face la collectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, est-ce qu'on est optimiste &#224; savoir si on va gagner ou pas ? L&#224; aussi on voit que la d&#233;cision de justice est tr&#232;s politique. Si on &#233;coute Montesquieu, il y a la s&#233;paration des pouvoirs, mais si on regarde la r&#233;alit&#233; des faits on voit que la justice est enti&#232;rement inf&#233;od&#233;e au pouvoir politique, qui lui-m&#234;me est inf&#233;od&#233; au pouvoir des banques. Et l&#224; on est en plein dans ce cas de figure avec des banques toutes puissantes, dont les responsables passent all&#232;grement de fonctions bancaires &#224; des fonctions politiques. On le voit avec Macron, on l'a vu avec d'autres. On le voit avec Draghi. Des gens qui ont commis de graves manquements, notamment Draghi, ce qui ne l'emp&#234;che pas d'&#234;tre pr&#233;sident de la BCE. On s'aper&#231;oit qu'on est le petit pot de terre contre des pots de fer tr&#232;s tr&#232;s solides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais notre but c'est aussi de faire de l'&#233;ducation, de prendre les citoyen.ne.s &#224; t&#233;moin, de dire par exemple aux habitant.e.s de N&#238;mes M&#233;tropole ce que repr&#233;sente une indemnit&#233; de 58,6 millions d'euro. 58,6 millions, c'est quatre ann&#233;es de charges de personnel, 29 ann&#233;es de charges financi&#232;res, plus d'1/4 de la dette, la totalit&#233; de la taxe fonci&#232;re et d'habitation&#8230; &#199;a repr&#233;sente m&#234;me le prix d'un mus&#233;e. N&#238;mes va faire construire le mus&#233;e de la Romanit&#233;, un investissement qui va co&#251;ter une soixantaine de millions. Et ce sont les contribuables qui vont payer. C'est pour cette raison qu'on se bagarre, pour faire comprendre que les citoyen.ne.s, la collectivit&#233; n'ont pas &#224; supporter les agissements sp&#233;culatifs des banques. On a vu qu'une loi de validation peut tout changer en faveur des banques et bien pourquoi ne pas faire une loi de validation en faveur des citoyen.ne.s cette fois et qu'on fasse une commission d'enqu&#234;te sur les banques et qu'on les condamne, qu'on leur fasse payer ce qu'elles doivent payer, c'est-&#224;-dire la totalit&#233; de leur sp&#233;culation&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8230; et ce r&#233;troactivement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'il y a un point que je n'ai pas &#233;voqu&#233;, je vais le rajouter. On peut dire &#171; oui, mais les banques prennent des risques par rapport &#224; ce type d'emprunt &#187;. Pas du tout ! Les banques &#8211; et on s'en est aper&#231;u quand Lib&#233;ration a publi&#233; un listing des 5 000 clients contamin&#233;s par les pr&#234;ts toxiques de Dexia |15| &#8211; elles avaient pris, pour chaque emprunt toxique, le soin de souscrire une assurance aupr&#232;s d'autres grandes banques. Un emprunt toxique, j'ai expliqu&#233; tout &#224; l'heure qu'il y avait les deux parties : l'emprunt et la fameuse structure sp&#233;culative &#224; c&#244;t&#233;, mais il y a trois intervenants. Il y a la banque qui propose l'emprunt, il y a l'emprunteur qui le souscrit (la collectivit&#233; ou l'h&#244;pital) et derri&#232;re il y a un autre acteur qui est dissimul&#233;, qu'on ne voit pas c'est la banque de contrepartie. C'est la banque qui va assurer la banque pr&#234;teuse. Qui sont ces banques de contrepartie ? C'est Goldman Sachs, JP Morgans, UBS... toutes les banques qui sont impliqu&#233;es dans diff&#233;rents trafics, qui ont pay&#233; des amendes consid&#233;rables de plusieurs centaines de millions de dollars aux &#201;tats-Unis ces derni&#232;res ann&#233;es. Et ce sont ces banques l&#224; aussi qu'il faut condamner Cette puissante sph&#232;re financi&#232;re entretient des relations troubles avec les pouvoirs. Ce sont elles qui financent des campagnes &#233;lectorales, qui font &#233;lire des candidat.e.s et pas simplement aux &#201;tats-Unis, elles disposent de gros moyens financiers pour emporter des d&#233;cisions, pour faire aboutir des projets ou ne pas les faire aboutir. On est face &#224; ce puissant r&#233;seau qu'il faut casser, ce qui nous am&#232;ne, au niveau du CADTM et d'autres, je parle aussi pour mon syndicat Sud BPCE, &#224; proposer un autre syst&#232;me bancaire, pour changer toutes ces choses-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anouk : au CADTM, la voie judiciaire est une voie que l'on est amen&#233; &#224; utiliser mais qu'on ne privil&#233;gie pas, en estimant &#8211; ce que tu dis tr&#232;s bien &#8211; que le rapport de force est de toute fa&#231;on biais&#233;, que c'est effectivement le pot de terre contre le pot de fer, que ces r&#233;seaux sont tellement puissants&#8230; que l'espace judiciaire est un espace o&#249; l'on est un peu perdant d'avance. Nous avons tendance &#224; plus privil&#233;gier les actes unilat&#233;raux : imaginons que la pression populaire soit tellement forte que des &#233;lu.e.s prennent des actes de suspension de paiement&#8230; Pour toi, en quoi activer la voie judiciaire est pertinent dans ce dossier ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrick : je suis d'accord avec toi sur le fait que la voie judiciaire a tr&#232;s peu de chances d'aboutir. Mais elle est n&#233;anmoins utile. Quand on se bat pour du changement social, on se bat pour de la justice et on ne doit jamais renoncer &#224; faire dire la justice. Imaginons que pour N&#238;mes le juge dise : &#171; ah bah, la collectivit&#233; et la banque ont eu raison de passer cet accord-l&#224; &#187;. OK, mais nous on aura montr&#233; que c'est ill&#233;gal et inadmissible. On aura montr&#233; qu'il y a une autre voix, un autre point de vue par rapport &#224; &#231;a, qui se tient et qui est argument&#233; m&#234;me s'il n'est pas reconnu. Mais il y a un autre aspect int&#233;ressant : une action en justice donne de la visibilit&#233; &#224; notre action. Je l'ai vu &#224; N&#238;mes. Quand on a fait le r&#233;f&#233;r&#233;, on a eu toute la presse &#233;crite, la t&#233;l&#233; r&#233;gionale, on a eu une possibilit&#233; de nous exprimer. C'est quelque chose de tr&#232;s important. Apr&#232;s l'audience, on a organis&#233; une conf&#233;rence de presse, on avait invit&#233; les m&#233;dias qui nous avaient sollicit&#233;s. Tout cela donne de la visibilit&#233;. Cette action l&#224;, ce n'est pas brasser de l'air. Il faut &#234;tre lucide par rapport au r&#233;sultat certes, mais il faut l'utiliser. Derni&#232;rement, j'ai &#233;t&#233; sollicit&#233; par la cha&#238;ne Public S&#233;nat, par France Culture, preuve que nos actions g&#233;n&#232;rent des effets. France Culture a consacr&#233; quatre &#233;mission sur les banques toxiques dont une partie sur les emprunts toxiques |16|. Public S&#233;nat a fait une &#233;mission &#233;galement sur les emprunts toxiques |17|. On s'aper&#231;oit que notre travail, notamment les actions en justice, attirent un peu l'attention. Les m&#233;dias ont besoin de choses spectaculaires, les emprunts toxiques de par la d&#233;mesure des taux et des indemnit&#233;s en font partie. Il ne faut pas toutefois qu'on se cale uniquement par rapport &#224; cela, mais il faut qu'on sache utiliser les m&#233;dias et faire parler de nous, de notre cause. Et informer les citoyen.ne.s. La t&#233;l&#233; reste un m&#233;dia essentiel pour informer les gens. Bien s&#251;r, il faut aussi aller tracter sur les march&#233;s, il faut discuter, mais il est essentiel d'&#234;tre relay&#233; par un m&#233;dia papier qui est pas mal lu, je pense par exemple dans le Sud au Midi Libre. Les t&#233;l&#233;s, r&#233;gionales en particulier, France 3, sont &#233;galement importantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a aucun doute quant &#224; l'utilit&#233; des actions en justice, sachant qu'effectivement il faut des actes unilat&#233;raux, il faut de la formation militante et il faut aussi porter un nouveau projet, c'est-&#224;-dire qu'il ne faut pas se contenter d'&#234;tre en r&#233;action contre ce syst&#232;me-l&#224;, mais dire par quoi on peut le remplacer. Nous on dit, que les collectivit&#233;s publiques, les h&#244;pitaux, les organismes de logement social doivent &#234;tre financ&#233;s par des emprunts &#224; taux bonifi&#233;s, pr&#233;f&#233;rentiels voire &#224; des taux de 0 %. Il faut que les activit&#233;s des banques et la cr&#233;ation mon&#233;taire soient assur&#233;es dans le cadre d'un service public sous contr&#244;le citoyen. C'est le projet que l'on d&#233;fend. On veut socialiser les banques, car si on socialise les banques, on n'aura plus ces probl&#232;mes de sp&#233;culation, les client.e.s ne se feront plus voler comme dans un bois, que ce soient les particuliers, les collectivit&#233;s ou les entreprises. On s'engage et on agit pour apporter une v&#233;ritable solution et pas juste en situation de d&#233;fense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anouk : si tu prends un peu de recul sur ces exp&#233;riences, car cela fait des ann&#233;es que tu es dans ce combat-l&#224;, que ferais-tu autrement ? Ou pour le dire de fa&#231;on moins tranch&#233;e : quelles le&#231;ons tu en tires et que tu aurais envie de nous faire partager ? Des choses qui fonctionnent, d'autres moins ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrick : Je me suis engag&#233; dans cette action avec un double souci, d'&#233;ducation populaire et d'action concr&#232;te. Avec le recul, c'est ce qui est le plus difficile. Le livre que j'ai &#233;crit sur les emprunts toxiques comporte une dizaine d'annexes dont la vocation &#233;tait pr&#233;cis&#233;ment de permettre &#224; des gens qui ne sont pas des sp&#233;cialistes des comptes ou des collectivit&#233;s, de pouvoir faire un audit de dette, de se d&#233;brouiller. En plus j'&#233;tais en position de soutien, de r&#233;f&#233;rent. Pourtant, au final, je me suis aper&#231;u qu'il n'y a pas beaucoup de collectifs qui ont utilis&#233; cet outil, qui ont os&#233; se lancer. Il y en a eu quelques-uns. Je pense par exemple &#224; deux collectifs, &#224; Grenoble et &#224; Rouen, qui ont bien travaill&#233;, parce que dans chacun de ces collectifs il y avait, pour Rouen, un ancien &#171; banquier &#187;, quelqu'un qui avait eu une fonction importante dans une banque et qui savait manier les comptes et qui effectivement a fait l'audit de la collectivit&#233; de Rouen, il a fait une analyse parfaite. De m&#234;me &#224; Grenoble, o&#249; l'on avait un ancien tr&#233;sorier public et un &#233;lu qui &#233;taient au fait des questions de dette locale et qui ont contribu&#233; avec les autres membres du collectif &#224; faire un audit de la dette de Grenoble et &#224; prendre en charge toutes les d&#233;marches au niveau des actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le recul, le regret c'est, je dirais, le manque d'implication dans le concret des citoyen.ne.s. Il y a deux raisons par rapport &#224; &#231;a, je pense. Il y a d'une part le fait qu'on est souvent trop habitu&#233;.e.s &#224; des attitudes p&#233;titionnaires : on signe une p&#233;tition, on fait une manif et voil&#224;, c'est une initiative protestataire &#224; un coup, &#231;a ne dure pas. Ce qui manque, c'est de s'engager dans la dur&#233;e. Mais pour s'engager dans la dur&#233;e, il faut une formation, &#231;a ne s'improvise pas. Les diff&#233;rentes rencontres que j'ai faites durant pas mal d'ann&#233;es m'ont permis de mesurer le d&#233;ficit qu'il y a en mati&#232;re de formation citoyenne, de formation d'&#233;ducation populaire. C'est pour cette raison que j'ai essay&#233; &#224; chaque fois d'organiser des formations, pas seulement des rencontres, mais des journ&#233;es de formation sur des cas concrets : on visionnait les dettes, on avait des documents r&#233;els, on s'exer&#231;ait &#224; analyser des situations concr&#232;tes. Bon, il faut positiver aussi ! On a toujours quatre actions en justice engag&#233;es, je trouve que c'est pas mal. Il y avait une centaine de collectifs en France &#224; l'&#233;poque qui ont fonctionn&#233;. Ils ont permis &#224; des gens d'avoir quelques informations sur la dette locale et ont contribu&#233; un petit peu &#224; la formation citoyenne que je viens d'&#233;voquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, au-del&#224; des actions concr&#232;tes et des actions en justice, nous devons essayer de solliciter le politique au niveau des institutions pour faire des propositions. En France, il y a au Parlement des repr&#233;sentant.e.s de la France Insoumise et du PCF. Pourquoi ne pas les utiliser eux aussi et leur faire passer nos propositions relatives &#224; la dette, des choses qui peuvent aller dans notre sens. M&#234;me s'il y a toutes les chances de voir cela rejet&#233;. J'ai vu l'autre fois Dani&#232;le Obono qui &#233;voquait le p&#244;le public bancaire &#224; l'Assembl&#233;e nationale. Son intervention a dur&#233; trois minutes et a &#233;t&#233; vite ajourn&#233;e par le Pr&#233;sident et la masse des d&#233;put&#233;.e.s pr&#233;sent.e.s qui ont dit &#171; &#231;a ne nous int&#233;resse pas donc on n'en parle pas &#187;. Nous devons &#234;tre conscient.e.s qu'il y a des &#233;tapes &#224; franchir, qu'on ne va pas arriver du premier coup &#224; faire changer les choses, il faut arriver &#224; faire parler, m&#234;me si notre proposition de r&#233;forme du taux d'usure n'est pas abord&#233;e, le fait de l'&#233;voquer pourra amener les citoyen.ne.s &#224; se poser des questions. Et puis, de mon c&#244;t&#233; je ne renonce pas &#224; la mise en place d'une commission d'enqu&#234;te pas seulement parlementaire, mais citoyenne aussi, charg&#233;e d'examiner les agissements des banques et les faire condamner. La loi a pu &#234;tre r&#233;troactive pour sauver des voyous bancaires, je pense qu'elle peut &#234;tre r&#233;troactive pour les faire condamner. C'est &#224; nous de mettre la pression l&#224;-dessus, de faire un gros travail de communication, d'action concr&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anouk : les pr&#234;ts toxiques sont-ils encore commercialis&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrick : non, ces emprunts sont aujourd'hui interdits. De toute fa&#231;on, une fois qu'elles se sont rendu compte de leur nocivit&#233;, les collectivit&#233;s ont arr&#234;t&#233; d'en souscrire, elles avaient &#233;t&#233; suffisamment &#233;chaud&#233;es. Il y a eu &#224; l'&#233;poque, hypocrisie supr&#234;me, une charte bidon mise en place par l'&#201;tat avec les banques qui ont sign&#233; des engagements de principe mais sans reconna&#238;tre leur faute ni s'engager sur des choses concr&#232;tes. Si les emprunts toxiques ne sont plus commercialis&#233;s, les collectivit&#233;s peuvent toujours souscrire ce qu'on appelle &#171; des instruments de couverture &#187;. Des instruments de couverture sont des instruments financiers qui permettent aux collectivit&#233;s de g&#233;rer leur dette en proc&#233;dant par exemple &#224; des &#233;changes de taux. Une collectivit&#233; qui a un emprunt &#224; taux fixe &#224; un certain moment va pouvoir &#233;changer son taux fixe contre un taux r&#233;visable si elle envisage une possibilit&#233; de gain avec cette op&#233;ration. Le fait que les collectivit&#233;s peuvent toujours souscrire ce type de produit est la preuve &#233;vidente qu'elles sont toujours r&#233;gies par la financiarisation et demeurent sous la coupe des banques et des march&#233;s financiers. Avec mon syndicat, nous soutenons que si on consent aux collectivit&#233;s des financements &#224; taux bonifi&#233; il n'y a plus besoin du tout d'instruments de couverture. C'est ce qui a fonctionn&#233; pendant des ann&#233;es. C'est ce que faisait la CAECL, dont je parlais tout &#224; l'heure, lorsqu'elle mettait des financements &#224; disposition des collectivit&#233;s. Il faut d'une part socialiser l'int&#233;gralit&#233; du secteur bancaire et faire en sorte que les acteurs publics locaux (collectivit&#233;s, h&#244;pitaux et organismes de logement social) soient financ&#233;s &#224; des taux bonifi&#233;s ou &#224; taux z&#233;ro, puisque en d&#233;finitive c'est l'&#201;tat qui se pr&#234;te &#224; lui-m&#234;me pour financer ses services publics. Donc il ne doit pas y avoir paiement d'int&#233;r&#234;ts, ou alors un micro co&#251;t pour couvrir les frais de gestion. Cela supprimerait la n&#233;cessit&#233; ou m&#234;me l'int&#233;r&#234;t d'avoir recours &#224; ces instruments de couverture, tous ces montages sp&#233;culatifs avec lesquels les banques se gavent. Il faut emp&#234;cher les banques de se gaver, il faut les mettre sous contr&#244;le. Et en attendant qu'elles soient sous contr&#244;le, on peut adopter des mesures transitoires : les obliger &#224; pr&#234;ter &#224; des taux qui soient tr&#232;s tr&#232;s bas aux collectivit&#233;s, aux autres acteurs publics. Rappelons qu'aujourd'hui, ce sont les grandes banques priv&#233;es qui empruntent &#224; taux z&#233;ro, voire &#224; &#8211; 0,40 % &#224; la BCE !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anouk : je me demandais &#8211; un peu par curiosit&#233; personnelle- si pendant toutes ces ann&#233;es, vu que c'est une affaire qui met en jeu des int&#233;r&#234;ts d'&#201;tat, des int&#233;r&#234;ts financiers extr&#234;mement puissants, tu avais eu des repr&#233;sailles ou du moins des personnes qui sont rentr&#233;es en contact avec toi pour te demander de ne plus mettre ton nez l&#224;-dedans. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrick : Oui, j'ai eu des repr&#233;sailles. Je vais donner un exemple tout &#224; fait concret. Quand je bossais &#224; la Caisse d'&#201;pargne &#8211; je ne bosse plus depuis le d&#233;but de cette ann&#233;e, je suis &#224; la retraite &#8211; j'&#233;tais membre du Conseil d'Administration (CA) de la Caisse d'&#201;pargne &#206;le-de-France, la plus grosse Caisse d'&#201;pargne de France. Au sein de ce conseil d'administration qui s'appelle &#171; conseil d'orientation et de surveillance &#187;, je repr&#233;sentais l'ensemble des salari&#233;.e.s. &#192; l'&#233;poque, j'&#233;tais &#233;galement porte-parole de mon syndicat, au sein du comit&#233; de groupe de BPCE, qui rencontrait deux fois par an Fran&#231;ois P&#233;rol. &#192; propos de Fran&#231;ois P&#233;rol, d'ailleurs j'ouvre une parenth&#232;se pour dire que mon syndicat lui a fait un proc&#232;s, on l'a assign&#233; devant le tribunal correctionnel pour prise ill&#233;gale d'int&#233;r&#234;ts |18|. Chacun.e comprendra que pendant quelques temps il a eu du mal &#224; nous dire bonjour&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se trouve qu'un jour je suis intervenu sur Europe 1 &#224; propos des emprunts toxiques dans une matinale o&#249; j'avais critiqu&#233; les banques, pas que les Caisses d'&#201;pargne mais toutes les banques pour leurs mauvaises pratiques. Trois jours apr&#232;s cette &#233;mission je participe &#224; un conseil d'administration de ma caisse d'&#233;pargne. Le conseil s'ouvre dans un silence glacial, tr&#232;s vite un membre intervient pour dire qu'il a &#233;t&#233; scandalis&#233;, choqu&#233;, que j'avais crach&#233; dans la main qui me nourrissait, que j'&#233;tais all&#233; sur Europe 1 vendre mon livre et que c'&#233;tait absolument scandaleux. J'ai laiss&#233; s'&#233;pancher le fiel de cet administrateur et une fois qu'il s'est exprim&#233;, je lui ai dit : &#171; monsieur, en tant que citoyen, je peux dire ce que j'ai envie de dire, si vous trouvez qu'il y a diffamation, vous m'attaquez. Quant au fait de vendre mon livre je vais vous dire deux choses. Tous les droits sont vers&#233;s au CADTM, une association qui se bat pour d&#233;fendre les populations contre l'esclavage de la dette. J'ajoute que mes jetons de pr&#233;sence au CA, je les verse en int&#233;gralit&#233; &#224; mon syndicat. Et maintenant autour de cette table &#8211; alors j'ai fait un vaste tour du regard pour voir les 30 personnes autour de la table du CA &#8211; dites-moi quel.le.s sont celles et ceux parmi vous qui versent leurs jetons chez l'Abb&#233; Pierre ou aux Restos du C&#339;ur ? &#187;. Ils ont tous regard&#233; leurs pompes. &#192; l'issue de ce conseil, il y a eu un proc&#232;s-verbal dans lequel les propos de la personne qui m'avait attaqu&#233; &#233;taient retranscrits&#8230; mais pas ma r&#233;ponse. La s&#233;ance suivante, j'ai refus&#233; de voter ce PV et j'ai exig&#233; de le corriger. Au final, on a retir&#233; l'intervention de l'autre administrateur. Quelque temps apr&#232;s, j'ai &#233;t&#233; inform&#233; que l'entreprise cherchait &#224; se d&#233;barrasser de mes services. Une p&#233;tition de soutien pr&#233;ventive a &#233;t&#233; lanc&#233;e qui a calm&#233; les ardeurs patronales et pour &#233;viter tout probl&#232;me &#224; l'avenir, mon syndicat a d&#233;cid&#233;, contrairement aux principes de SUD |19| que je devienne permanent syndical et m'&#233;viter ainsi de courir le risque d'un licenciement au pr&#233;texte d'une faute professionnelle (ce qui peut se faire tr&#232;s facilement dans le monde bancaire). Des pressions j'en ai eues par rapport &#224; mes activit&#233;s sur les emprunts toxiques, mes activit&#233;s syndicales aussi. Quand on a attaqu&#233; Fran&#231;ois P&#233;rol, comme je disais tout &#224; l'heure, &#231;a n'a pas trop plu. Mais &#224; SUD, cela, ne nous arr&#234;te pas. Quand on est victime de chantage, nous aussi on peut monter au cr&#233;neau, faire monter la temp&#233;rature et on peut faire reculer des patrons. Cela nous est d&#233;j&#224; arriv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|1| &#171; Votre commune est-elle infect&#233;e par un &#171; emprunt toxique &#187; ? &#187;, Lib&#233;ration, septembre 2011. Accessible &#224; : &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/societe/20..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.liberation.fr/societe/20..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|2| Rapport de l'Assembl&#233;e Nationale, &#171; Les produits financiers &#224; risque souscrits par les acteurs publics locaux &#187;, d&#233;cembre 2011. Accessible &#224; : &lt;a href=&#034;http://www.assemblee-nationale.fr/1..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.assemblee-nationale.fr/1..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|3| Les emprunts &#224; taux r&#233;visable et &#224; taux variable sont des emprunts dont le taux d'int&#233;r&#234;t varie &#224; chaque &#233;ch&#233;ance. Le taux r&#233;visable est pr&#233;fix&#233;, c'est-&#224;-dire qu'il est d&#233;termin&#233; avant la p&#233;riode de r&#233;f&#233;rence &#224; laquelle il s'applique, il est connu avant la date d'&#233;ch&#233;ance. Le taux variable est post-fix&#233;, c'est-&#224;-dire qu'il est d&#233;termin&#233; pendant la p&#233;riode &#224; laquelle il s'applique, il est seulement connu &#224; la date d'&#233;ch&#233;ance).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|4| L'encours d'une dette est &#233;gal &#224; la totalit&#233; des emprunts qui restent dus (hors int&#233;r&#234;ts) &#224; un moment donn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|5| Benjamin LEMOINE, L'ordre de la dette, enqu&#234;te sur les infortunes de l'&#201;tat et la prosp&#233;rit&#233; du march&#233;, &#201;ditions La D&#233;couverte Paris, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|6| Patrick SAURIN, Les pr&#234;ts toxiques. Une affaire d'&#201;tat, &#201;ditions D&#233;mopolis &amp; CADTM, Paris, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|7| Il s'agit de la circulaire du 15 septembre 1992 (reprise par une autre circulaire en 2010). Accessible &#224; : &lt;a href=&#034;http://circulaire.legifrance.gouv.f..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://circulaire.legifrance.gouv.f..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|8| Patrick SAURIN, &#171; Pourquoi les emprunts toxiques sont sp&#233;culatifs ? &#187;, CADTM, mars 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|9| N&#238;mes M&#233;tropole est le regroupement de la ville de N&#238;mes ainsi qu'une trentaine de petites collectivit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|10| La garantie accord&#233;e &#224; Dexia s'&#233;l&#232;ve &#224; 90 milliards d'euros au total : 54,45 milliards d'euros pour la Belgique, 32,85 milliards pour la France et 2,7 milliards pour le Luxembourg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|11| Aujourd'hui, 676 collectivit&#233;s ont eu recours &#224; de fonds de soutien &#233;tatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|12| 60 Millions de consommateurs, mensuel n&#176;531, novembre 2017&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|13| Voir &#224; ce propos : Pierre GOTTINIAUX, &#171; Croatie. Le scandale du cr&#233;dit en franc suisse &#187;, CADTM, septembre 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|14| Fran&#231;ois Rebsamen a &#233;t&#233; ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social, d'avril 2014 et septembre 2015 dans les gouvernements Valls I et II.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|15| Cf. note de bas de page n&#176;1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|16| France culture, &#171; Faites sauter les banques ! Banque toxique &#187;, partie 1, octobre 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|17| Public S&#233;nat, &#171; Emprunts toxiques, quelles cons&#233;quences aujourd'hui ? &#187;, d&#233;cembre 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|18| Ancien inspecteur des finances et secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral adjoint de la R&#233;publique fran&#231;aise sous la pr&#233;sidence de Nicolas Sarkozy, Fran&#231;ois P&#233;rol est nomm&#233; &#224; la t&#234;te du groupe BPCE en 2009 sous fond de conflits d'int&#233;r&#234;ts. Pour en savoir plus sur ce pantouflage de haut vol et sur l'issue de la proc&#233;dure judiciaire entam&#233;e pour prise ill&#233;gale d'int&#233;r&#234;ts, voir : Laurent MAUDUIT, &#171; BPCE : Fran&#231;ois P&#233;rol est relax&#233; en appel &#187;, Mediapart, juin 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|19| L'Union syndicale Solidaires existe en France depuis 2003 et se compose de plusieurs syndicats nationaux et f&#233;d&#233;rations syndicales, dont certains portent le nom de SUD. C'est le cas de SUD BPCE. Un des principes de ces syndicats est la non-permanentisation de leurs repr&#233;sentant.e.s qui doivent &#234;tre pr&#233;sent.e.s un certain temps sur leur lieu&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pourquoi la socialisation du secteur bancaire est-elle pr&#233;f&#233;rable au syst&#232;me bancaire priv&#233; actuel ? (Extraits)</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Pourquoi-la-socialisation-du-secteur-bancaire-est-elle-preferable-au-systeme-33578</link>
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		<dc:date>2018-02-06T09:48:31Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Saurin</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-02-06</dc:subject>

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&lt;p&gt;2 f&#233;vrier |tir&#233; du site du CADTM | pour le texte int&#233;gral suivre ce lien : http://www.cadtm.org/Pourquoi-la-socialisation-du &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#8230; Nous pouvons dire que les banques fran&#231;aises portent une part importante de la responsabilit&#233; de nos malheurs. &#187; (Applaudissements &#224; gauche, &#224; l'extr&#234;me gauche et sur divers bancs au centre. Exclamations &#224; droite). |1|
&lt;br class='autobr' /&gt;
Christian Pineau, rapporteur g&#233;n&#233;ral de la commission des finances et du contr&#244;le budg&#233;taire, session de l'Assembl&#233;e nationale constituante, 1re (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-International-101-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-846-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2018-02-06-+" rel="tag"&gt;Edition du 2018-02-06&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH116/arton33578-bf9a4.png?1781393554' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='116' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;2 f&#233;vrier |tir&#233; du site du CADTM | pour le texte int&#233;gral suivre ce lien : &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Pourquoi-la-socialisation-du&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cadtm.org/Pourquoi-la-socialisation-du&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230; Nous pouvons dire que les banques fran&#231;aises portent une part importante de la responsabilit&#233; de nos malheurs. &#187; (Applaudissements &#224; gauche, &#224; l'extr&#234;me gauche et sur divers bancs au centre. Exclamations &#224; droite). |1|&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Christian Pineau&lt;/strong&gt;, rapporteur g&#233;n&#233;ral de la commission des finances et du contr&#244;le budg&#233;taire, session de l'Assembl&#233;e nationale constituante, 1re s&#233;ance du dimanche 2 d&#233;cembre 1945.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un constat : les banques restent aujourd'hui un impens&#233; de la th&#233;orie &#233;conomique h&#233;t&#233;rodoxe &#8230; et surtout de sa praxis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Par sa nature ambivalente, le syst&#232;me de cr&#233;dit tend, d'une part, &#224; d&#233;velopper l'&#233;l&#233;ment moteur de la production capitaliste &#8211; l'enrichissement par l'exploitation du travail d'autrui &#8211; pour l'&#233;riger en un pur syst&#232;me de jeux et de tripotages, et &#224; restreindre toujours davantage le petit nombre de ceux qui exploitent la richesse sociale ; d'autre part, &#224; constituer la forme de transition vers un nouveau mode de production. C'est pr&#233;cis&#233;ment cette ambivalence qui conf&#232;re aux principaux porte-parole du cr&#233;dit, de Law jusqu'&#224; Isaac Pereire, ce caract&#232;re plaisamment hybride d'escrocs et de proph&#232;tes. &#187; Karl Marx, Le Capital |2|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, si l'on s'en tient &#224; l'essentiel, entre le moment o&#249; Marx &#233;crivait ces lignes, il y a pr&#232;s d'un si&#232;cle et demi, et aujourd'hui, bien peu de choses ont chang&#233;. La r&#233;cente crise de 2007-2008 en a apport&#233; une preuve suppl&#233;mentaire : la finance reste plus que jamais un casino et si les banquiers peinent &#224; rev&#234;tir les habits de proph&#232;tes, sauf lorsqu'il est question de malheur, leurs costumes d'escrocs leur vont toujours &#224; ravir. Pourtant, si la pens&#233;e &#233;conomique critique est riche en analyses de crises, pointue en &#233;tudes r&#233;trospectives des bouleversements intervenus ces derni&#232;res d&#233;cennies et prolixe en d&#233;nonciations du capitalisme financiaris&#233;, on ne peut que d&#233;plorer son indigence et son laconisme quand il s'agit de mettre sur la table des propositions concr&#232;tes d'alternatives au syst&#232;me bancaire actuel. Pour paraphraser Heidegger, on pourrait dire que la pens&#233;e &#233;conomique h&#233;t&#233;rodoxe est &#171; pauvre en monde bancaire alternatif &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, si la crise de 2007-2008 a suscit&#233; une pl&#233;thore d'articles, de livres et de t&#233;moignages sur le monde de la finance, la quasi-totalit&#233; de cette production s'est limit&#233;e &#224; constater, d&#233;crire, critiquer, et s'est gard&#233;e de proposer des r&#233;ponses d'application pratique ni m&#234;me de dessiner quelques perspectives solides susceptibles d'en constituer les premiers jalons. Cette carence se retrouve &#233;galement dans les programmes des partis politiques &#224; la gauche d'une social-d&#233;mocratie en pleine d&#233;composition, dans les textes des organisations syndicales et dans les analyses des associations porteuses d'une critique sociale. Nous sommes ici confront&#233;s &#224; un impens&#233; de la pens&#233;e &#233;conomique h&#233;t&#233;rodoxe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette situation est d'autant plus incompr&#233;hensible que la crise de 2007-2008 et ses prolongements dans la crise des dettes souveraines ont r&#233;v&#233;l&#233; au grand jour le r&#244;le essentiel jou&#233; par la finance et les grandes banques priv&#233;es ainsi que leur responsabilit&#233; dans la mise &#224; mal des &#233;conomies. La gravit&#233; de ces crises se traduisant par les cures d'aust&#233;rit&#233; inflig&#233;es aux populations a soulign&#233; la n&#233;cessit&#233; de prendre le contr&#244;le des banques et d'en faire un service public sous contr&#244;le citoyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, des organisations telles Attac, la Plateforme des paradis fiscaux et judiciaires ou le CADTM ont contribu&#233; &#224; faire la lumi&#232;re sur le r&#244;le n&#233;faste des pratiques sp&#233;culatives des banques priv&#233;es, et de nombreux livres et articles ont relanc&#233; le d&#233;bat sur la question des banques. Je pense &#224; deux ouvrages en particulier, le livre d'&#201;ric Toussaint, Bancocratie et au Livre noir des banques, co-produit par Attac et Basta |3|. Il y a eu &#233;galement le texte, &#171; Que faire des banques ? &#187; qui a recueilli une large audience non seulement en France mais aussi au Royaume-Uni et en Espagne, et qui continue aujourd'hui &#224; susciter des r&#233;flexions |4|.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela n'est pas suffisant, il reste encore beaucoup &#224; faire pour arriver &#224; une proposition d'ensemble partag&#233;e, coh&#233;rente et op&#233;rationnelle, c'est-&#224;-dire une proposition pr&#233;voyant tout &#224; la fois un plan d'organisation du secteur bancaire et des assurances, les modalit&#233;s concr&#232;tes de sa mise en place ainsi que les mesures pratiques pr&#233;vues pour rem&#233;dier aux in&#233;vitables tentatives de d&#233;stabilisation qu'un tel projet ne manquerait pas de susciter. Ce d&#233;ficit en mati&#232;re de propositions se double d'une carence en ce qui concerne les initiatives sur le terrain associant la population pour aller au-del&#224; d'une simple d&#233;marche p&#233;titionnaire et engager des actions concr&#232;tes. L'exemple des audits citoyens en donne une parfaite illustration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cr&#233;&#233; en France &#224; la fin de l'ann&#233;e 2011, le Collectif pour un audit citoyen de la dette publique (CAC) s'&#233;tait fix&#233; pour mission de proc&#233;der &#224; l'audit de la dette publique nationale, de la dette sociale et des dettes des acteurs publics locaux, en particulier ceux contamin&#233;s par les emprunts toxiques. Or, il aura fallu attendre mai 2014 pour que le rapport d'audit sur la dette publique de la France voit enfin le jour |5|. En ce qui me concerne, un an plus t&#244;t, en mai 2013, j'avais publi&#233; dans l'urgence un livre &#224; vocation pratique destin&#233; &#224; permettre aux militantes et aux militants des collectifs locaux d'audit citoyen de r&#233;aliser l'analyse de la dette de leur collectivit&#233; et de leur h&#244;pital public |6|. Dix annexes &#224; la fin de cet ouvrage constituaient autant d'outils pratiques destin&#233;s &#224; aider les camarades de ces collectifs &#224; engager leurs investigations et &#224; poser les premiers jalons d'une r&#233;appropriation citoyenne de la politique locale. &#192; ce jour, on recense une dizaine d'initiatives d'analyse approfondie de dettes locales men&#233;e dans la dur&#233;e sur la centaine de CAC locaux constitu&#233;s entre fin 2011 et fin 2012. Citons pour m&#233;moire les travaux des collectifs du CAC 21 &#224; Dijon, du Conseil Populaire 68 pour l'abolition des dettes publiques &#224; Mulhouse, du CAC 67 &#224; Strasbourg, du CAD 69 &#224; Lyon, du CAC de Rouen, enfin les actions de quelques militants &#224; Nice, Ch&#226;tenay-Malabry, Oullins, N&#238;mes, Vichy et Lormont. Mais avant de d&#233;velopper notre r&#233;flexion, il importe de revenir sur la d&#233;finition de quelques mots essentiels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Petit pr&#233;ambule s&#233;mantique : &#233;tatisation, monopole, nationalisation, socialisation&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais, dans tous les cas, il est toujours pr&#233;f&#233;rable de se mettre d'accord sur la chose elle-m&#234;me, gr&#226;ce &#224; des d&#233;finitions, plut&#244;t que sur le nom isol&#233;, sans d&#233;finition. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Platon, Sophiste |7|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Politiques, syndicalistes, juristes, tous ont contribu&#233; &#224; alimenter le d&#233;bat autour de ces notions et, au-del&#224; du seul aspect d&#233;finitionnel, ont aid&#233; &#224; cerner les enjeux dont elles sont porteuses. Partant des d&#233;finitions propos&#233;es par Lucien Laurat, &#233;conomiste responsable de l'Institut sup&#233;rieur ouvrier de la CGT, Jean-Louis Robert &#233;crit : &#171; La nationalisation se distingue de l'&#233;tatisation en ce qu'elle est appropriation collective par la nation, et que les forces productrices, les consommateurs doivent intervenir dans la gestion de l'entreprise nationalis&#233;e au m&#234;me titre que l'&#201;tat. Mais, aussi, la nationalisation se distingue de la socialisation qui est &#171; une transgression &#187; du cadre capitaliste. On consid&#232;re g&#233;n&#233;ralement que la collectivisation qui s'accomplit dans le cadre du r&#233;gime capitaliste est une nationalisation, tandis qu'on r&#233;serve le terme de socialisation &#224; la collectivisation qui transgresse la cadre capitaliste et qui est r&#233;alis&#233;e par les travailleurs organis&#233;s exer&#231;ant le pouvoir. &#187; |8|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors d'un colloque organis&#233; en mai 1984, des historiens et des acteurs de la R&#233;sistance &#233;changent sur ces questions. Jean-Jacques Becker rappelle que pour les communistes, &#171; les nationalisations ne sont pas des mesures de caract&#232;re socialiste quand elles sont r&#233;alis&#233;es dans le cadre d'un &#201;tat capitaliste. &#187; Pour Georges Rougeron (secr&#233;taire du Comit&#233; d&#233;partemental de la Lib&#233;ration de l'Allier et secr&#233;taire de la F&#233;d&#233;ration socialiste de ce d&#233;partement), &#171; en 1944, le souvenir du Cartel et de 1936 nous a donn&#233; le souci de soustraire l'&#201;tat aux grands int&#233;r&#234;ts d'argent, il ne fallait pas que le nouveau pouvoir se heurt&#226;t aux difficult&#233;s qui avaient &#233;t&#233; celles des exp&#233;riences pr&#233;c&#233;dentes : les nationalisations devaient permettre de casser cette influence dans un objectif imm&#233;diat. Dans un objectif un peu plus lointain, la socialisation devait permettre d'&#233;tablir les pr&#233;misses d'une soci&#233;t&#233; nouvelle. &#187; |9|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;alit&#233;s que recouvrent les mots sont essentielles. Serge Berstein rappelle un &#233;pisode fort instructif sur ces questions de vocabulaire survenu &#224; l'occasion d'une r&#233;union de l'instance dirigeante du parti socialiste : &#171; &#8230; au comit&#233; directeur du 20 f&#233;vrier 1945, Jules Moch |10| demande une correction du proc&#232;s-verbal de la s&#233;ance du 6 f&#233;vrier qui lui fait &#233;voquer les nationalisations alors que, dit-il, c'est de socialisations qu'il a parl&#233;. En quoi consiste la diff&#233;rence ? Pour les socialistes, elle r&#233;side fondamentalement en trois caract&#232;res qui permettraient de distinguer les socialisations qu'ils envisagent de certaines formes de nationalisation : les capitalistes seraient &#233;limin&#233;s, non seulement de la propri&#233;t&#233;, mais aussi de la gestion des entreprises ; celles-ci ne donneraient pas naissance &#224; un capitalisme d'&#201;tat qui ne ferait que substituer un patron &#224; un autre ; la gestion serait d&#233;mocratique, associant les travailleurs, les techniciens, les repr&#233;sentants des int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux dans des conseils tripartites jouissant d'une autonomie de gestion. L'entreprise socialis&#233;e appara&#238;trait ainsi comme le laboratoire de l'&#233;mancipation des travailleurs, base de la soci&#233;t&#233; nouvelle que r&#234;vent d'&#233;difier les socialistes. &#187; |11|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sujet ne laisse pas insensible les juristes. Le JurisClasseur Civil a consacr&#233; deux cahiers aux nationalisations en d&#233;cembre 1948. Le premier article part de la d&#233;finition donn&#233;e indirectement par le pr&#233;ambule de la Constitution du 27 octobre 1946 qui affirme dans son alin&#233;a 9 : &#171; Tout bien, toute entreprise dont l'exploitation a ou acquiert les caract&#232;res d'un service public national ou d'un monopole de fait, doit devenir la propri&#233;t&#233; de la collectivit&#233;. &#187; Les auteurs compl&#232;tent cette d&#233;finition avec celle propos&#233;e par Marcel Waline dans son manuel &#233;l&#233;mentaire de droit administratif o&#249; &#171; la nationalisation s'y trouve caract&#233;ris&#233;e par son but : la volont&#233; d'&#233;liminer d'une entreprise la direction capitaliste. &#187; |12| Comme il est pr&#233;cis&#233;, plus loin, ce transfert de propri&#233;t&#233; &#224; la collectivit&#233; qui s'accompagne de l'&#233;viction de la direction capitaliste est accompli &#171; dans l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral &#187;. Cette &#233;limination de la direction capitaliste est essentielle pour les auteurs pour qualifier le but de la nationalisation et diff&#233;rencier cette derni&#232;re d'une op&#233;ration de cr&#233;ation de monopole d'&#201;tat dans laquelle &#171; le but poursuivi, d'ordre exclusivement fiscal, &#233;tranger &#224; tout anti-capitalisme de principe, ne permet pas d'assimiler les deux op&#233;rations. &#187; |13|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils prennent bien soin &#233;galement de distinguer la nationalisation de l'&#233;tatisation (la premi&#232;re voit la &#171; collectivit&#233; &#187;, et non pas n&#233;cessairement l'&#201;tat, prendre en charge l'entreprise), du proc&#233;d&#233; de l'&#233;conomie mixte (dans cette derni&#232;re le transfert ne porte pas sur la totalit&#233; du capital de l'entreprise, et encore moins sur l'entreprise elle-m&#234;me), et ils rel&#232;vent que son but n'a pas n&#233;cessairement pour r&#233;sultat de transformer une entreprise priv&#233;e en service public (l'entreprise nationalis&#233;e pouvant &#234;tre un service public assur&#233; par le biais d'une entreprise d'&#233;conomie mixte). |14|&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que nous retenons de ces contributions et qui nous confirme dans notre pr&#233;f&#233;rence pour la socialisation, c'est que celle-ci est un instrument pour l'&#233;dification d'une soci&#233;t&#233; nouvelle caract&#233;ris&#233;e par le r&#244;le actif des travailleurs, la participation de la population &#224; la gestion, la mise en avant de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral et du service public et, pour reprendre le propos des r&#233;dacteurs du JurisClasseur, un anti-capitalisme de principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La socialisation de l'int&#233;gralit&#233; du secteur bancaire : une n&#233;cessaire utopie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'utopie n'est pas le r&#234;ve, elle est ce qui nous manque dans le monde. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;douard Glissant, La Coh&#233;e du Lamentin. Po&#233;tique V |71|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les &#233;conomistes dits &#171; h&#233;t&#233;rodoxes &#187;, c'est Fr&#233;d&#233;ric Lordon qui a d&#233;velopp&#233; la proposition la plus construite et la plus coh&#233;rente d'un syst&#232;me bancaire alternatif dans un article publi&#233; au tout d&#233;but de l'ann&#233;e 2009 |72|, repris quelques ann&#233;es plus tard dans un de ses livres |73|, alors que le d&#233;bat sur la question du renflouement des banques pos&#233;e dans la foul&#233;e de la crise financi&#232;re de 2007-2008 avait d&#233;j&#224; fait couler beaucoup d'encre. D&#232;s le d&#233;but de son papier, renvoyant &#224; leurs &#233;tudes les &#233;conomistes mainstream fra&#238;chement devenus les adeptes de la nationalisation, mais &#171; partielle et temporaire &#187;, Lordon confie au lecteur quelques envies de nationalisation &#171; punitive &#187;, voire &#171; m&#233;chante &#187;, &#171; c'est-&#224;-dire permanente, peut-&#234;tre m&#234;me confiscatoire un peu sur les bords &#187; |74|. Au-del&#224; des justifications li&#233;es &#224; la conjoncture, deux arguments essentiels l&#233;gitiment &#224; ses yeux la nationalisation du syst&#232;me bancaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, il est indispensable d'assurer la s&#233;curit&#233; des encaisses mon&#233;taires consid&#233;r&#233;es comme un bien public vital. Selon l'auteur, &#171; Si donc on prend au s&#233;rieux que les d&#233;p&#244;ts, les &#233;pargnes et des possibilit&#233;s minimales de cr&#233;dit doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des biens publics vitaux pour la soci&#233;t&#233; marchande, il s'en d&#233;duit qu'on n'en remet pas la garde &#224; des int&#233;r&#234;ts priv&#233;s, &#224; plus forte raison quand ils sont aussi mal &#233;clair&#233;s que des banques profond&#233;ment engag&#233;es dans les activit&#233;s de march&#233;s financiers et sans cesse expos&#233;es &#224; leurs tendances d&#233;s&#233;quilibrantes. &#187; |75|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second argument repose sur l'imp&#233;ratif de mettre &#224; l'abri le syst&#232;me bancaire des cons&#233;quences d'&#233;v&#233;nements exceptionnels, car &#171; ce sont les &#233;v&#233;nements extr&#234;mes qui d&#233;cident de la configuration de la structure vitale. &#187; |76|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lordon pr&#233;conise &#171; une nationalisation int&#233;grale du cr&#233;dit, du moins un secteur public tr&#232;s majoritaire &#187; |77|, car &#8211; l'exemple du Cr&#233;dit Lyonnais le d&#233;montre &#8211; la tutelle publique n'est pas suffisamment puissante pour contenir les d&#233;rives qui r&#233;sultent de la concurrence entre le public et le priv&#233;. Dans son approche, Lordon insiste sur la n&#233;cessit&#233; de lier la question des institutions bancaires &#224; celle de la cr&#233;ation mon&#233;taire et de rappeler en cette mati&#232;re les risques inh&#233;rents aux deux grands mod&#232;les : &#171; le p&#244;le fractionn&#233; pur (&#8230;) menac&#233; par l'instabilit&#233; et la d&#233;flation, le p&#244;le centralis&#233; pur (&#8230;) expos&#233; au risque permanent de la sur-&#233;mission, du surendettement et de l'inflation &#187;. |78| Aussi, au vu de ces risques, Lordon prend soin de souligner que &#171; la nationalisation &#224; grande &#233;chelle d'urgence ne devrait &#234;tre qu'une &#233;tape de transition et &#224; terme muter vers une r&#233;organisation des structures mon&#233;taires et bancaires, restaurant le compromis centralisation-fractionnement, mais &#233;videmment sous des formes qui ne reconstituent pas le syst&#232;me ant&#233;rieur, c'est-&#224;-dire sous des formes qui refractionnent le syst&#232;me bancaire mais en red&#233;finissant radicalement le statut des concessionnaires. &#187; |79|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette derni&#232;re pr&#233;cision relative aux concessionnaires est capitale car, ainsi que le souligne Lordon, &#171; le point important, appel&#233; &#224; faire v&#233;ritablement rupture, r&#233;side dans la red&#233;finition de leur statut, et consiste notamment &#224; placer explicitement la concession sous un principe de service public. &#187; |80| Il en d&#233;coule que &#171; les concessionnaires de l'&#233;mission mon&#233;taire ne sauraient &#234;tre des soci&#233;t&#233;s priv&#233;es par actions. Ni entit&#233;s actionnariales priv&#233;es, ni entit&#233;s publiques sous le contr&#244;le direct de l'&#201;tat, les concessionnaires devraient &#234;tre des organisations sinon non-profitables, du moins &#224; profitabilit&#233; encadr&#233;e, c'est-&#224;-dire limit&#233;e. &#187; |81| Pour ce qui est de la forme juridique &#224; donner &#224; ces entit&#233;s, Lordon avance l'id&#233;e d'&#171; un statut interm&#233;diaire entre les soci&#233;t&#233;s de capitaux et les &#233;tablissements publics, et qui ne soit ni de simple association, ni d'ONG, mais un statut sui generis &#187; |82|. La question pos&#233;e par la finalit&#233; de ce statut &#171; tourne autour de l'id&#233;e d'un contr&#244;le public mais qui ne serait pas directement &#233;tatique, un contr&#244;le public d'une autre nature, (&#8230;) un contr&#244;le public local par les parties prenantes : salari&#233;s, entreprises, associations, collectivit&#233;s locales, repr&#233;sentant locaux de l'&#201;tat, etc. &#187; Cette proposition n'est pas sans rappeler la conception du parti socialiste des ann&#233;es 1940 lorsqu'il revendiquait pour les entreprises socialis&#233;es une gestion d&#233;mocratique associant les travailleurs, les techniciens et les repr&#233;sentants des int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux dans des conseils tripartites jouissant d'une autonomie de gestion. Lordon pr&#233;f&#232;re discerner dans sa proposition une parent&#233; avec le mod&#232;le bancaire mutualiste, m&#234;me s'il reconna&#238;t de sensibles diff&#233;rences entre les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'il revendique une d&#233;privatisation int&#233;grale du secteur bancaire, Lordon veut attirer notre attention sur le fait que nationalisation et non-privatisation ne signifient pas la m&#234;me chose. La nationalisation qui voit l'&#201;tat d&#233;tenir le contr&#244;le direct de tous les moyens de cr&#233;dit est porteuse de risques &#224; ses yeux, ce qui lui fait pr&#233;f&#233;rer &#171; un syst&#232;me socialis&#233; du cr&#233;dit &#187;. En r&#233;sum&#233;, il s'agit dans un premier temps de soustraire le syst&#232;me bancaire des mains et des int&#233;r&#234;ts priv&#233;s pour le remettre dans un deuxi&#232;me temps, non entre les mains de l'&#201;tat, mais de le confier &#224; &#171; l'ensemble des parties prenantes &#187;, dans le cadre de &#171; ce que l'on pourrait appeler un &#171; syst&#232;me socialis&#233; du cr&#233;dit &#187; |83|.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; de Fr&#233;d&#233;ric Lordon, d'autres &#233;conomistes pr&#233;conisent la mise sous contr&#244;le des banques. Le 15 septembre 2011, dans un article publi&#233; dans Politis, Michel Husson pr&#233;conisait de &#171; nationaliser les banques europ&#233;ennes &#187; |84|. &#192; l'occasion d'un entretien accord&#233; &#224; L'Humanit&#233;, le 30 d&#233;cembre 2011, Jean-Marie Harribey avan&#231;ait, parmi quatre propositions, &#171; la socialisation de tout le secteur bancaire avec la mise sous contr&#244;le d&#233;mocratique de l'institution au sommet qu'est la BCE &#187; |85|. De son c&#244;t&#233;, dans une contribution &#224; l'atelier &#171; d&#233;mocratiser l'argent &#187; de l'universit&#233; d'&#233;t&#233; d'Attac de 2012, Thierry Brugvin se pronon&#231;ait pour une socialisation autogestionnaire des banques. |86|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des organisations portent &#233;galement la proposition de socialisation de l'int&#233;gralit&#233; du syst&#232;me bancaire. C'est le cas de l'Union syndicale Solidaires |87| et surtout du syndicat Sud Solidaires BPCE qui en a fait un de ses axes forts depuis de nombreuses ann&#233;es |88|. Le CADTM est &#233;galement favorable &#224; la socialisation du secteur bancaire ainsi qu'Attac. Dans un texte du 14 septembre 2011 |89|, Attac pr&#233;conisait &#171; la cr&#233;ation d'un secteur bancaire socialis&#233; et d&#233;mocratis&#233; &#187; et proposait &#224; l'&#233;poque &#171; de sauver les banques &#224; la condition qu'elles soient transform&#233;es en banques coop&#233;ratives d'int&#233;r&#234;t collectif, SCIC (soci&#233;t&#233; coop&#233;rative d'int&#233;r&#234;t collectif) en France, &#171; entreprise sociale &#187; dans d'autres pays &#187;. |90| Des partis politiques, tels que le NPA et Lutte Ouvri&#232;re pr&#233;conisent l'expropriation des banques et leur contr&#244;le par la collectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux questions dans la question : que faire des banques d'affaires et indemniser ou pas ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; l'&#233;vidence, la &#171; globalisation &#187; des march&#233;s financiers n'a pas r&#233;ellement mis un terme au pouvoir de noyaux durs se d&#233;finissant encore prioritairement au sein de vieux &#201;tats-nations. Non seulement ces acteurs-phares de la banque et de l'assurance entretiennent des relations suivies avec leurs concurrents locaux (participations crois&#233;es et conseillers communs) mais sont &#233;galement, de surcro&#238;t, principalement li&#233;s &#224; des g&#233;ants industriels nationaux. &#187; Geoffrey Geuens, La finance imaginaire |91|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le Parti socialiste n'est pas le Parti des rachats, il est le Parti de l'expropriation. (Applaudissements) Il n'a pas &#224; racheter, il a &#224; reprendre, par et pour le prol&#233;tariat, ce qui a &#233;t&#233; vol&#233; au prol&#233;tariat. &#187; |92| &lt;br class='autobr' /&gt;
Jules Guesde, 17 avril 1911.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 6 novembre 1945, les socialistes et leurs alli&#233;s pr&#233;cisent le d&#233;tail des secteurs &#224; nationaliser qu'ils avaient d&#233;finis dans le &#171; manifeste pour le peuple de France &#187;, lors de leur congr&#232;s national extraordinaire de 1944. Le texte mentionnait les grandes banques de d&#233;p&#244;t et d'affaires |93|. Pourtant, les banques d'affaires sont exclues du champ de la loi de nationalisation, suite aux man&#339;uvres d'obstruction de l'appareil d'&#201;tat et du grand capital. C'est ainsi que le projet de loi de 1945 relatif &#224; la nationalisation de la Banque de France et des grandes banques et &#224; l'organisation du cr&#233;dit maintient les banques d'affaires dans le secteur priv&#233;, tout en soulignant que celles-ci doivent &#234;tre soumises &#224; &#171; un contr&#244;le &#233;troit &#187; |94|.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La socialisation de l'int&#233;gralit&#233; du secteur bancaire, pour n&#233;cessaire qu'elle apparaisse, suscite encore des objections. On observe quelque r&#233;ticence chez certains &#233;conomistes &#224; int&#233;grer les banques d'affaires dans un service public de la banque. Pourtant, plusieurs arguments plaident en faveur de ce choix. Tout d'abord, aujourd'hui, l'ensemble des m&#233;tiers bancaires (banque de d&#233;tail, banque de financement et d'investissement, gestion d'actifs, assurances) sont exerc&#233;s au sein d'une m&#234;me structure. Par ailleurs, la vocation des banques dites d'affaires, du moins sur le papier, est le financement de grands projets &#224; r&#233;aliser au moyen de montages complexes qui n&#233;cessitent une expertise et repr&#233;sentent des sommes tr&#232;s importantes. Une autre appellation de ces banques n'est-elle pas &#171; banques de financement et d'investissement &#187; (BFI) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, loin de financer l'&#233;conomie et des projets utiles &#224; la soci&#233;t&#233;, ces banques n'ont de cesse de sp&#233;culer sur les march&#233;s contre les &#201;tats (nous avons l'exemple de la sp&#233;culation de cette haute finance sur la dette grecque, notamment &#224; travers les manipulations op&#233;r&#233;es sur le march&#233; des credit default swaps ou CDS), contre les collectivit&#233;s locales (en leur proposant des emprunts toxiques directement ou en jouant le r&#244;le de banque de contrepartie dans ces montages financiers sp&#233;culatifs) et contre les populations en manipulant les cours des mati&#232;res premi&#232;res. Ces grandes banques ont &#233;t&#233; pour l'essentiel &#224; l'origine de la crise financi&#232;re de 2007-2008 dont elles ont fait supporter le co&#251;t faramineux aux populations en b&#233;n&#233;ficiant de la complicit&#233; et du soutien des gouvernements, des institutions et des autorit&#233;s de contr&#244;le. Ce sont ces m&#234;mes banques que l'on retrouve &#224; la une des faits divers pour leur soutien apport&#233; aux &#201;tats voyous, leurs relations avec les narcotrafiquants, leurs manipulations de march&#233;s et bien d'autres malversations. Pendant qu'elles se livrent &#224; ces pratiques condamnables, les grands projets utiles &#224; la collectivit&#233; ne sont pas financ&#233;s. La transition &#233;cologique, la politique sanitaire, l'&#233;ducation, la gestion de l'eau et de l'&#233;nergie, sont autant de missions qui doivent revenir dans la sph&#232;re des services publics sous contr&#244;le citoyen et b&#233;n&#233;ficier des financements n&#233;cessaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#244;le central des banques d'affaires dans la crise de 2007-2008 et le co&#251;t de celle-ci nous conduit au deuxi&#232;me point que nous souhaitons &#233;voquer, la question de l'indemnisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question de l'indemnisation est r&#233;currente. En 1937, dans un article paru dans Le Populaire, Jules Moch pr&#233;conise d'indemniser en cas de nationalisation, mais en modulant cette indemnit&#233; selon que l'on se trouve en pr&#233;sence d'un &#171; modeste &#233;pargnant &#187; ou d'une banque. Il pr&#233;conise d'appliquer en mati&#232;re de nationalisation les principes de progressivit&#233; et de personnalit&#233; qui sont la r&#232;gle en mati&#232;re fiscale |95|. &#192; la fin de l'ann&#233;e 1944, apr&#232;s la collaboration pratiqu&#233;e par de larges pans du patronat fran&#231;ais, la CGT exige des r&#233;quisitions d'&#233;tablissements au profit de la collectivit&#233; nationale et le Parti communiste avance le mot d'ordre : &#171; confiscation des biens des tra&#238;tres &#187; |96|, sachant que, comme le souligne Annie Lacroix-Riz, &#171; &#224; partir du moment o&#249; un bien est confisqu&#233;, il est confi&#233; &#224; la gestion ouvri&#232;re &#187; |97|. En 1982, la nationalisation des banques donne lieu &#224; une indemnisation. Les actionnaires re&#231;oivent en &#233;change de leurs titres des obligations d'une dur&#233;e de quinze ans b&#233;n&#233;ficiant de la garantie totale de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au vu du tableau que nous venons de brosser, l'expropriation pure et simple, sans indemnisation, sauf pour des petits porteurs ou certaines institutions ou organismes ayant une mission sociale utile &#224; la collectivit&#233; (par exemple des fonds g&#233;rant des retraites), rel&#232;ve d'une &#233;vidence. En 1944, la collaboration des grands groupes avec l'occupant nazi justifiait l'expropriation, aujourd'hui, ce sont les malversations des banques et leurs pratiques nuisibles pour les populations qui l&#233;gitiment amplement le refus d'une indemnisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socialisation ou barbarie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les crises financi&#232;res peuvent se comprendre &#224; l'aune de trois cat&#233;gories invent&#233;es par la criminologie nord-am&#233;ricaine au XXe si&#232;cle : &#171; crime organis&#233; &#187; (organized crime), &#171; crime en col blanc &#187; (white collar crime), &#171; crime d'entreprise &#187; (corporate crime). &#187; Jean-Fran&#231;ois Gayraud, La grande fraude |98|&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les banques ont le devoir de lutter contre le marxisme&#8230; Elles sont le rempart du r&#233;gime capitaliste ; leur fonction est bas&#233;e sur ce r&#233;gime et toute disposition l&#233;gislative qui tend &#224; la saper&#8230; doit &#234;tre combattue par elle. En agissant autrement, elles se suicideraient. &#187; |99|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour avoir quelque chance de se traduire concr&#232;tement la proposition de socialiser les banques doit constituer un projet partag&#233;, coh&#233;rent et op&#233;rationnel. Cela signifie qu'il faut disposer tout &#224; la fois d'un plan d'organisation du secteur bancaire et des assurances (structure, modes de r&#233;partition et d'exercice des pouvoirs de d&#233;cision) &#233;labor&#233; collectivement et d&#233;mocratiquement, mais aussi des modalit&#233;s concr&#232;tes de sa mise en place, sans oublier les mesures pratiques pr&#233;vues pour rem&#233;dier aux in&#233;vitables tentatives de d&#233;stabilisation qu'une telle initiative ne manquerait pas de susciter |103|. Mais l'&#233;l&#233;ment essentiel &#224; nos yeux dans la mise en place d'un processus de nationalisation du syst&#232;me bancaire r&#233;side dans un soutien populaire permanent. Le pouvoir en place doit s'appuyer en permanence sur le mouvement populaire. Faute de l'avoir fait apr&#232;s la victoire de SYRIZA aux &#233;lections de janvier 2015, le gouvernement d'Alexis Tsipras est all&#233; de reculades en reculades pour aboutir &#224; la signature d'un 3e m&#233;morandum calamiteux en ao&#251;t de la m&#234;me ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|1| Journal Officiel de la R&#233;publique fran&#231;aise, d&#233;bats de l'Assembl&#233;e nationale constituante, N&#176; 11, lundi 3 d&#233;cembre 1945, p. 155.&lt;br class='autobr' /&gt;
|2| Karl Marx, Le Capital, Livre III, cinqui&#232;me section, Chapitre XVI, Folio essais, Paris, 2008, p. 1742.&lt;br class='autobr' /&gt;
|3| &#201;ric Toussaint, Bancocratie, Aden, Bruxelles, 2014, Attac et Basta, Le livre noir des banques, Les Liens qui Lib&#232;rent, Paris, 2015, ouvrage traduit dans plusieurs langues. On peut &#233;galement mentionner les titres suivants : Geoffrey Geuens, La finance imaginaire. Anatomie du capitalisme : des &#171; march&#233;s financiers &#187; &#224; l'oligarchie, Aden, Bruxelles, 2011 ; Pascal Canfin, Ce que les banques vous disent et pourquoi il ne faut presque jamais les croire, Les Petits Matins, Paris, 2012 ; Louis Gill, La crise financi&#232;re et mon&#233;taire mondiale. Endettement, sp&#233;culation, aust&#233;rit&#233;, M &#233;diteur, Ville Mont-Royal (Qu&#233;bec), 2012 ; Juan Hdez. Vigueras, El casino que nos govierna. Trampas y juegos financieros a lo claro, clave intelectual, Madrid, 2012 ; Ga&#235;l Giraud, Illusion financi&#232;re, Les &#233;ditions de l'Atelier, Ivry-sur-Seine, 2013 ; Christian Chavagneux &amp; Thierry Philipponnat, La capture. O&#249; l'on verra comment les int&#233;r&#234;ts financiers ont pris le pas sur l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral et comment mettre fin &#224; cette situation, La D&#233;couverte, Paris, 2014 ; Anat Admati &amp; Martin Hellwig, The Bankers'New Clothes. What's Wrong with Banking and What to Do about it, Princeton University Press, Princeton, 2014 ; Claude Simon &amp; Collectif Roosevelt, Stop &#224; la d&#233;rive des banques et de la finance, Les &#233;ditions de l'Atelier, Ivry-sur-Seine, 2014 ; Fran&#231;ois Morin, L'hydre mondiale. L'oligopole bancaire, Lux, Montr&#233;al, 2015, J&#233;zabel Couppey-Soubeyran, Blablabanque. Le discours de l'inaction, Michalon, Paris, 2015 ; Aurore Lalucq &amp; William K. Black, Les Banquiers contre les banques. Le r&#244;le de la criminalit&#233; en col blanc dans les crises financi&#232;res, Charles L&#233;opold Mayer, Paris, 2015 ; Jean-Fran&#231;ois Gayraud, L'art de la guerre financi&#232;re, Odile Jacob, Paris, 2016.&lt;br class='autobr' /&gt;
|4| Que faire des banques ? Voir &#224; ce sujet les liens : What is to be done with the banks ? et Que podemos hacer con los bancos ?.&lt;br class='autobr' /&gt;
|5| &lt;a href=&#034;http://www.audit-citoyen.org/wp-con..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.audit-citoyen.org/wp-con..&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
|6| Patrick Saurin, Les pr&#234;ts toxiques : une affaire d'&#201;tat. Comment les banques financent les collectivit&#233;s locales, Demopolis &amp; CADTM, Paris, 2013. Commander le livre ici (NdE)&lt;br class='autobr' /&gt;
|7| Platon, Sophiste, 218c, &#338;uvres compl&#232;tes, Flammarion, Paris, 2008, pp. 1814-1815.&lt;br class='autobr' /&gt;
|8| Jean-Louis Robert, in Claire Andrieu, Lucette Le Van et Antoine Prost, Les nationalisations de la Lib&#233;ration. De l'utopie au compromis, Paris, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, 1987, p. 19.&lt;br class='autobr' /&gt;
|9| Ibid.&lt;br class='autobr' /&gt;
|10| Jules Moch est un socialiste, membre de la SFIO depuis 1924. Il a exerc&#233; plusieurs mandats de d&#233;put&#233; entre 1928 et 1967 et a &#233;t&#233; membre de diff&#233;rents gouvernements entre 1937 et 1958.&lt;br class='autobr' /&gt;
|11| Serge Berstein, Les nationalisations de la Lib&#233;ration. De l'utopie au compromis, p. 181.&lt;br class='autobr' /&gt;
|12| &#171; Les nationalisations &#187;, JurisClasseur Civil, 2e cahier, 12, 1948, p. 1. Le 3e cahier est du m&#234;me mois et de la m&#234;me ann&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
|13| Ibid., p. 2.&lt;br class='autobr' /&gt;
|14| Ibid., pp. 2 et 3.&lt;br class='autobr' /&gt;
(...)&lt;br class='autobr' /&gt;
|72| &lt;a href=&#034;http://blog.mondediplo.net/2009-01-...&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://blog.mondediplo.net/2009-01-...&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
|73| Fr&#233;d&#233;ric Lordon, La crise de trop. Reconstruction d'un monde failli, Paris, Fayard, 2012. Toutes les citations qui suivent sont tir&#233;es de l'article pr&#233;cit&#233; de l'auteur et du chapitre 3 de son livre, &#171; Pour un syst&#232;me socialis&#233; du cr&#233;dit &#187;, pp. 121-151.&lt;br class='autobr' /&gt;
|74| Ibid., p. 122.&lt;br class='autobr' /&gt;
|75| Ibid., p. 131&lt;br class='autobr' /&gt;
|76| Ibid., p. 132.&lt;br class='autobr' /&gt;
|77| Ibid., p. 134.&lt;br class='autobr' /&gt;
|78| Ibid., p. 141.&lt;br class='autobr' /&gt;
|79| Ibid., p. 143.&lt;br class='autobr' /&gt;
|80| Ibid., p. 143.&lt;br class='autobr' /&gt;
|81| Ibid., pp. 143-144.&lt;br class='autobr' /&gt;
|82| Ibid., p. 147.&lt;br class='autobr' /&gt;
|83| Ibid., p. 148.&lt;br class='autobr' /&gt;
|84| &lt;a href=&#034;http://hussonet.free.fr/natibank.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://hussonet.free.fr/natibank.pdf&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
|85| &lt;a href=&#034;https://www.humanite.fr/jean-marie-...&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.humanite.fr/jean-marie-...&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
|86| Thierry Brugvin : &lt;a href=&#034;https://blogs.attac.org/groupe-soci...&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://blogs.attac.org/groupe-soci...&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
|87| Voir les textes du 5e congr&#232;s de Solidaires de juin 2011 (le point 4.1 de la R&#233;solution 1) : &lt;a href=&#034;https://www.solidaires.org/-Actes-&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.solidaires.org/-Actes-&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
|88| Le projet de Sud Solidaires BPCE est d&#233;velopp&#233; notamment dans le texte adopt&#233; lors de son congr&#232;s de 2012 : &lt;a href=&#034;https://www.sudbpce.com/wp-content/..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.sudbpce.com/wp-content/..&lt;/a&gt;. et dans une plaquette de ce syndicat publi&#233;e en 2014 : &lt;a href=&#034;https://www.sudbpce.com/wp&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.sudbpce.com/wp&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
content/uploads/2014/12/PLAQUETTE-BANQUES-SUD-BPCE.pdf . Voir &#233;galement mon article : Socialiser le syst&#232;me bancaire&lt;br class='autobr' /&gt;
|89| &lt;a href=&#034;https://france.attac.org/actus-et-m...&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://france.attac.org/actus-et-m...&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
|90| On note une &#233;volution du champ lexical par rapport &#224; une pr&#233;c&#233;dente tribune publi&#233;e dans Lib&#233;ration du 3 octobre 2008, dans laquelle ses signataires (Dominique Plihon, Jacques Cossart et Jean-Marie Harribey, tous trois membres du Conseil scientifique d'Attac) pr&#233;conisaient de &#171; construire un p&#244;le financier public &#187; et des &#171; nationalisations bancaires &#187;, et n'avaient pas utilis&#233; le mot &#171; socialisation &#187;. (&lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/futurs/200...&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.liberation.fr/futurs/200...&lt;/a&gt;.)&lt;br class='autobr' /&gt;
|91| Geoffrey Geuens, La finance imaginaire. Anatomie du capitalisme : des &#171; march&#233;s financiers &#187; &#224; l'oligarchie, Aden, Bruxelles, 2011, pp. 136-137.&lt;br class='autobr' /&gt;
|92| Jules Guesde, intervention au congr&#232;s de Saint-Quentin de la SFIO le 17 avril 1911, citation accessible par le lien : https://bataillesocialiste.wordpres....&lt;br class='autobr' /&gt;
|93| Serge Berstein, in Les nationalisations de la Lib&#233;ration, pp. 180 et suivantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
|94| Projet de loi de 1945 relatif &#224; la nationalisation de la Banque de France et des grandes banques et &#224; l'organisation du cr&#233;dit, p. 5 et 10, archives de la Banque de France, bordereau 1180200501, bo&#238;te 5.&lt;br class='autobr' /&gt;
|95| Jules Moch, &#171; Nationalisations avec indemnisations personnelles &#187;, Le Populaire, 1937, archives de la Banque de France (Bordereau 106 4199 101, bo&#238;te 1.&lt;br class='autobr' /&gt;
|96| Antoine Prost, in Les nationalisations de la Lib&#233;ration, p. 90.&lt;br class='autobr' /&gt;
|97| Annie Lacroix-Riz, in Les nationalisations de la Lib&#233;ration, p. 116.&lt;br class='autobr' /&gt;
|98| Jean-Fran&#231;ois Gayraud, La grande fraude. Crime, subprime et crises financi&#232;res, Odile Jacob, Paris, 2011, p. 21.&lt;br class='autobr' /&gt;
|99| Cette citation est extraite d'un document d'archives conserv&#233; &#224; la Banque de France (Bordereau 118 0200 501, bo&#238;te 5) intitul&#233; &#171; Proposition de r&#233;solution tendant &#224; inviter le gouvernement &#224; r&#233;aliser la socialisation du cr&#233;dit &#187;. Le texte ne comporte pas de date et porte en haut de la premi&#232;re page l'inscription manuscrite &#171; Projet Socialiste &#187;. Le texte signale que la citation est extraite d'un ouvrage d'un directeur d'une banque priv&#233;e, mais ni le nom de ce dernier ni le titre du livre ne sont mentionn&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
|100| Les r&#233;sultats de cette enqu&#234;te ainsi qu'une analyse ont &#233;t&#233; publi&#233;s dans la revue 60 millions de consommateurs (novembre 2017 &#8211; N&#176; 531, pp. 14-19).&lt;br class='autobr' /&gt;
|101| Ibid., pp. 14 et 17.&lt;br class='autobr' /&gt;
|102| La Banque Postale est une soci&#233;t&#233; anonyme &#224; conseil d'administration. La loi du 9 f&#233;vrier 2010 dispose que le Groupe La Poste d&#233;tient la totalit&#233; du capital et des droits de vote de la Banque Postale, &#224; l'exception de 8 actions entre les mains des administrateurs (repr&#233;sentant moins de 0,01 % du capital). Le Groupe La Poste est de son c&#244;t&#233; d&#233;tenu par l'&#201;tat (73,68 %) et la Caisse des d&#233;p&#244;ts et consignations (26,32 %).&lt;br class='autobr' /&gt;
|103| Le projet de loi de nationalisation des banques, qui a donn&#233; lieu &#224; la premi&#232;re loi de nationalisation du 2 d&#233;cembre 1945, a &#233;t&#233; pr&#233;par&#233; dans le plus grand secret. Claire Andrieu rappelle les conditions de son vote : &#171; C'est en effet par peur d'un mouvement de panique &#171; qui aurait m&#234;me pu &#234;tre organis&#233; &#187; (l'auteure cite le ministre des Finances, Ren&#233; Pleven) chez les d&#233;posants, que le gouvernement avait demand&#233; &#224; l'Assembl&#233;e d'adopter une &#171; proc&#233;dure exceptionnelle pour l'examen des projets de loi urgents, en remettant en vigueur un proc&#233;d&#233; qui avait &#233;t&#233; utilis&#233; pendant la crise financi&#232;re de 1926. Par crainte aussi de la sp&#233;culation boursi&#232;re, le projet de loi fut d&#233;pos&#233; un vendredi soir apr&#232;s la fermeture de la Bourse et, avant m&#234;me qu'il fut distribu&#233; et donc connu des d&#233;put&#233;s, l'Assembl&#233;e vota la mise en application de la proc&#233;dure exceptionnelle, de fa&#231;on &#224; terminer ses travaux avant la r&#233;ouverture du march&#233; le lundi suivant. Dans le m&#234;me esprit, la loi vot&#233;e fut transmise sur-le-champ au Journal officiel qui la publia d&#232;s le lendemain 3 d&#233;cembre. &#187; (Claire Andrieu, Les nationalisations de la Lib&#233;ration, p. 311).&lt;br class='autobr' /&gt;
Auteur.e&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Patrick Saurin a &#233;t&#233; pendant plus de dix ans charg&#233; de client&#232;le aupr&#232;s des collectivit&#233;s publiques au sein des Caisses d'&#201;pargne. Il est porte-parole de Sud Solidaires BPCE, membre du CAC et du CADTM France. Il est l'auteur du livre &#171; Les pr&#234;ts toxiques : Une affaire d'&#233;tat &#187;. Il est membre de la Commission pour la V&#233;rit&#233; sur la dette publique de la Gr&#232;ce, cr&#233;&#233;e le 4 avril 2015.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pourquoi la socialisation du secteur bancaire est-elle pr&#233;f&#233;rable au syst&#232;me bancaire priv&#233; actuel ?</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Pourquoi-la-socialisation-du-secteur-bancaire-est-elle-preferable-au-systeme</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Pourquoi-la-socialisation-du-secteur-bancaire-est-elle-preferable-au-systeme</guid>
		<dc:date>2018-02-06T08:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Saurin</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-02-06</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; &#8230; Nous pouvons dire que les banques fran&#231;aises portent une part importante de la responsabilit&#233; de nos malheurs. &#187; (Applaudissements &#224; gauche, &#224; l'extr&#234;me gauche et sur divers bancs au centre. Exclamations &#224; droite). |1|
&lt;br class='autobr' /&gt;
Christian Pineau, rapporteur g&#233;n&#233;ral de la commission des finances et du contr&#244;le budg&#233;taire, session de l'Assembl&#233;e nationale constituante, 1re s&#233;ance du dimanche 2 d&#233;cembre 1945. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; du site du CADTM. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un constat : les banques restent aujourd'hui un impens&#233; de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Le-Monde-" rel="directory"&gt;Le Monde&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-135-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-846-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2018-02-06-+" rel="tag"&gt;Edition du 2018-02-06&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton33575-dae22.jpg?1781393554' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &#8230; Nous pouvons dire que les banques fran&#231;aises portent une part importante de la responsabilit&#233; de nos malheurs. &#187; (Applaudissements &#224; gauche, &#224; l'extr&#234;me gauche et sur divers bancs au centre. Exclamations &#224; droite). |1|&lt;br class='autobr' /&gt;
Christian Pineau, rapporteur g&#233;n&#233;ral de la commission des finances et du contr&#244;le budg&#233;taire, session de l'Assembl&#233;e nationale constituante, 1re s&#233;ance du dimanche 2 d&#233;cembre 1945.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du site du &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Pourquoi-la-socialisation-du&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;CADTM&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un constat : les banques restent aujourd'hui un impens&#233; de la th&#233;orie &#233;conomique h&#233;t&#233;rodoxe &#8230; et surtout de sa praxis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Par sa nature ambivalente, le syst&#232;me de cr&#233;dit tend, d'une part, &#224; d&#233;velopper l'&#233;l&#233;ment moteur de la production capitaliste &#8211; l'enrichissement par l'exploitation du travail d'autrui &#8211; pour l'&#233;riger en un pur syst&#232;me de jeux et de tripotages, et &#224; restreindre toujours davantage le petit nombre de ceux qui exploitent la richesse sociale ; d'autre part, &#224; constituer la forme de transition vers un nouveau mode de production. C'est pr&#233;cis&#233;ment cette ambivalence qui conf&#232;re aux principaux porte-parole du cr&#233;dit, de Law jusqu'&#224; Isaac Pereire, ce caract&#232;re plaisamment hybride d'escrocs et de proph&#232;tes. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx, Le Capital |2|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, si l'on s'en tient &#224; l'essentiel, entre le moment o&#249; Marx &#233;crivait ces lignes, il y a pr&#232;s d'un si&#232;cle et demi, et aujourd'hui, bien peu de choses ont chang&#233;. La r&#233;cente crise de 2007-2008 en a apport&#233; une preuve suppl&#233;mentaire : la finance reste plus que jamais un casino et si les banquiers peinent &#224; rev&#234;tir les habits de proph&#232;tes, sauf lorsqu'il est question de malheur, leurs costumes d'escrocs leur vont toujours &#224; ravir. Pourtant, si la pens&#233;e &#233;conomique critique est riche en analyses de crises, pointue en &#233;tudes r&#233;trospectives des bouleversements intervenus ces derni&#232;res d&#233;cennies et prolixe en d&#233;nonciations du capitalisme financiaris&#233;, on ne peut que d&#233;plorer son indigence et son laconisme quand il s'agit de mettre sur la table des propositions concr&#232;tes d'alternatives au syst&#232;me bancaire actuel. Pour paraphraser Heidegger, on pourrait dire que la pens&#233;e &#233;conomique h&#233;t&#233;rodoxe est &#171; pauvre en monde bancaire alternatif &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, si la crise de 2007-2008 a suscit&#233; une pl&#233;thore d'articles, de livres et de t&#233;moignages sur le monde de la finance, la quasi-totalit&#233; de cette production s'est limit&#233;e &#224; constater, d&#233;crire, critiquer, et s'est gard&#233;e de proposer des r&#233;ponses d'application pratique ni m&#234;me de dessiner quelques perspectives solides susceptibles d'en constituer les premiers jalons. Cette carence se retrouve &#233;galement dans les programmes des partis politiques &#224; la gauche d'une social-d&#233;mocratie en pleine d&#233;composition, dans les textes des organisations syndicales et dans les analyses des associations porteuses d'une critique sociale. Nous sommes ici confront&#233;s &#224; un impens&#233; de la pens&#233;e &#233;conomique h&#233;t&#233;rodoxe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette situation est d'autant plus incompr&#233;hensible que la crise de 2007-2008 et ses prolongements dans la crise des dettes souveraines ont r&#233;v&#233;l&#233; au grand jour le r&#244;le essentiel jou&#233; par la finance et les grandes banques priv&#233;es ainsi que leur responsabilit&#233; dans la mise &#224; mal des &#233;conomies. La gravit&#233; de ces crises se traduisant par les cures d'aust&#233;rit&#233; inflig&#233;es aux populations a soulign&#233; la n&#233;cessit&#233; de prendre le contr&#244;le des banques et d'en faire un service public sous contr&#244;le citoyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, des organisations telles Attac, la Plateforme des paradis fiscaux et judiciaires ou le CADTM ont contribu&#233; &#224; faire la lumi&#232;re sur le r&#244;le n&#233;faste des pratiques sp&#233;culatives des banques priv&#233;es, et de nombreux livres et articles ont relanc&#233; le d&#233;bat sur la question des banques. Je pense &#224; deux ouvrages en particulier, le livre d'&#201;ric Toussaint, Bancocratie et au Livre noir des banques, co-produit par Attac et Basta |3|. Il y a eu &#233;galement le texte, &#171; Que faire des banques ? &#187; qui a recueilli une large audience non seulement en France mais aussi au Royaume-Uni et en Espagne, et qui continue aujourd'hui &#224; susciter des r&#233;flexions |4|.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela n'est pas suffisant, il reste encore beaucoup &#224; faire pour arriver &#224; une proposition d'ensemble partag&#233;e, coh&#233;rente et op&#233;rationnelle, c'est-&#224;-dire une proposition pr&#233;voyant tout &#224; la fois un plan d'organisation du secteur bancaire et des assurances, les modalit&#233;s concr&#232;tes de sa mise en place ainsi que les mesures pratiques pr&#233;vues pour rem&#233;dier aux in&#233;vitables tentatives de d&#233;stabilisation qu'un tel projet ne manquerait pas de susciter. Ce d&#233;ficit en mati&#232;re de propositions se double d'une carence en ce qui concerne les initiatives sur le terrain associant la population pour aller au-del&#224; d'une simple d&#233;marche p&#233;titionnaire et engager des actions concr&#232;tes. L'exemple des audits citoyens en donne une parfaite illustration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cr&#233;&#233; en France &#224; la fin de l'ann&#233;e 2011, le Collectif pour un audit citoyen de la dette publique (CAC) s'&#233;tait fix&#233; pour mission de proc&#233;der &#224; l'audit de la dette publique nationale, de la dette sociale et des dettes des acteurs publics locaux, en particulier ceux contamin&#233;s par les emprunts toxiques. Or, il aura fallu attendre mai 2014 pour que le rapport d'audit sur la dette publique de la France voit enfin le jour |5|. En ce qui me concerne, un an plus t&#244;t, en mai 2013, j'avais publi&#233; dans l'urgence un livre &#224; vocation pratique destin&#233; &#224; permettre aux militantes et aux militants des collectifs locaux d'audit citoyen de r&#233;aliser l'analyse de la dette de leur collectivit&#233; et de leur h&#244;pital public |6|. Dix annexes &#224; la fin de cet ouvrage constituaient autant d'outils pratiques destin&#233;s &#224; aider les camarades de ces collectifs &#224; engager leurs investigations et &#224; poser les premiers jalons d'une r&#233;appropriation citoyenne de la politique locale. &#192; ce jour, on recense une dizaine d'initiatives d'analyse approfondie de dettes locales men&#233;e dans la dur&#233;e sur la centaine de CAC locaux constitu&#233;s entre fin 2011 et fin 2012. Citons pour m&#233;moire les travaux des collectifs du CAC 21 &#224; Dijon, du Conseil Populaire 68 pour l'abolition des dettes publiques &#224; Mulhouse, du CAC 67 &#224; Strasbourg, du CAD 69 &#224; Lyon, du CAC de Rouen, enfin les actions de quelques militants &#224; Nice, Ch&#226;tenay-Malabry, Oullins, N&#238;mes, Vichy et Lormont. Mais avant de d&#233;velopper notre r&#233;flexion, il importe de revenir sur la d&#233;finition de quelques mots essentiels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Petit pr&#233;ambule s&#233;mantique : &#233;tatisation, monopole, nationalisation, socialisation&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais, dans tous les cas, il est toujours pr&#233;f&#233;rable de se mettre d'accord sur la chose elle-m&#234;me, gr&#226;ce &#224; des d&#233;finitions, plut&#244;t que sur le nom isol&#233;, sans d&#233;finition. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Platon, Sophiste |7|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Politiques, syndicalistes, juristes, tous ont contribu&#233; &#224; alimenter le d&#233;bat autour de ces notions et, au-del&#224; du seul aspect d&#233;finitionnel, ont aid&#233; &#224; cerner les enjeux dont elles sont porteuses. Partant des d&#233;finitions propos&#233;es par Lucien Laurat, &#233;conomiste responsable de l'Institut sup&#233;rieur ouvrier de la CGT, Jean-Louis Robert &#233;crit : &#171; La nationalisation se distingue de l'&#233;tatisation en ce qu'elle est appropriation collective par la nation, et que les forces productrices, les consommateurs doivent intervenir dans la gestion de l'entreprise nationalis&#233;e au m&#234;me titre que l'&#201;tat. Mais, aussi, la nationalisation se distingue de la socialisation qui est &#171; une transgression &#187; du cadre capitaliste. On consid&#232;re g&#233;n&#233;ralement que la collectivisation qui s'accomplit dans le cadre du r&#233;gime capitaliste est une nationalisation, tandis qu'on r&#233;serve le terme de socialisation &#224; la collectivisation qui transgresse la cadre capitaliste et qui est r&#233;alis&#233;e par les travailleurs organis&#233;s exer&#231;ant le pouvoir. &#187; |8|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors d'un colloque organis&#233; en mai 1984, des historiens et des acteurs de la R&#233;sistance &#233;changent sur ces questions. Jean-Jacques Becker rappelle que pour les communistes, &#171; les nationalisations ne sont pas des mesures de caract&#232;re socialiste quand elles sont r&#233;alis&#233;es dans le cadre d'un &#201;tat capitaliste. &#187; Pour Georges Rougeron (secr&#233;taire du Comit&#233; d&#233;partemental de la Lib&#233;ration de l'Allier et secr&#233;taire de la F&#233;d&#233;ration socialiste de ce d&#233;partement), &#171; en 1944, le souvenir du Cartel et de 1936 nous a donn&#233; le souci de soustraire l'&#201;tat aux grands int&#233;r&#234;ts d'argent, il ne fallait pas que le nouveau pouvoir se heurt&#226;t aux difficult&#233;s qui avaient &#233;t&#233; celles des exp&#233;riences pr&#233;c&#233;dentes : les nationalisations devaient permettre de casser cette influence dans un objectif imm&#233;diat. Dans un objectif un peu plus lointain, la socialisation devait permettre d'&#233;tablir les pr&#233;misses d'une soci&#233;t&#233; nouvelle. &#187; |9|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;alit&#233;s que recouvrent les mots sont essentielles. Serge Berstein rappelle un &#233;pisode fort instructif sur ces questions de vocabulaire survenu &#224; l'occasion d'une r&#233;union de l'instance dirigeante du parti socialiste : &#171; &#8230; au comit&#233; directeur du 20 f&#233;vrier 1945, Jules Moch |10| demande une correction du proc&#232;s-verbal de la s&#233;ance du 6 f&#233;vrier qui lui fait &#233;voquer les nationalisations alors que, dit-il, c'est de socialisations qu'il a parl&#233;. En quoi consiste la diff&#233;rence ? Pour les socialistes, elle r&#233;side fondamentalement en trois caract&#232;res qui permettraient de distinguer les socialisations qu'ils envisagent de certaines formes de nationalisation : les capitalistes seraient &#233;limin&#233;s, non seulement de la propri&#233;t&#233;, mais aussi de la gestion des entreprises ; celles-ci ne donneraient pas naissance &#224; un capitalisme d'&#201;tat qui ne ferait que substituer un patron &#224; un autre ; la gestion serait d&#233;mocratique, associant les travailleurs, les techniciens, les repr&#233;sentants des int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux dans des conseils tripartites jouissant d'une autonomie de gestion. L'entreprise socialis&#233;e appara&#238;trait ainsi comme le laboratoire de l'&#233;mancipation des travailleurs, base de la soci&#233;t&#233; nouvelle que r&#234;vent d'&#233;difier les socialistes. &#187; |11|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sujet ne laisse pas insensible les juristes. Le JurisClasseur Civil a consacr&#233; deux cahiers aux nationalisations en d&#233;cembre 1948. Le premier article part de la d&#233;finition donn&#233;e indirectement par le pr&#233;ambule de la Constitution du 27 octobre 1946 qui affirme dans son alin&#233;a 9 : &#171; Tout bien, toute entreprise dont l'exploitation a ou acquiert les caract&#232;res d'un service public national ou d'un monopole de fait, doit devenir la propri&#233;t&#233; de la collectivit&#233;. &#187; Les auteurs compl&#232;tent cette d&#233;finition avec celle propos&#233;e par Marcel Waline dans son manuel &#233;l&#233;mentaire de droit administratif o&#249; &#171; la nationalisation s'y trouve caract&#233;ris&#233;e par son but : la volont&#233; d'&#233;liminer d'une entreprise la direction capitaliste. &#187; |12| Comme il est pr&#233;cis&#233;, plus loin, ce transfert de propri&#233;t&#233; &#224; la collectivit&#233; qui s'accompagne de l'&#233;viction de la direction capitaliste est accompli &#171; dans l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral &#187;. Cette &#233;limination de la direction capitaliste est essentielle pour les auteurs pour qualifier le but de la nationalisation et diff&#233;rencier cette derni&#232;re d'une op&#233;ration de cr&#233;ation de monopole d'&#201;tat dans laquelle &#171; le but poursuivi, d'ordre exclusivement fiscal, &#233;tranger &#224; tout anti-capitalisme de principe, ne permet pas d'assimiler les deux op&#233;rations. &#187; |13| Ils prennent bien soin &#233;galement de distinguer la nationalisation de l'&#233;tatisation (la premi&#232;re voit la &#171; collectivit&#233; &#187;, et non pas n&#233;cessairement l'&#201;tat, prendre en charge l'entreprise), du proc&#233;d&#233; de l'&#233;conomie mixte (dans cette derni&#232;re le transfert ne porte pas sur la totalit&#233; du capital de l'entreprise, et encore moins sur l'entreprise elle-m&#234;me), et ils rel&#232;vent que son but n'a pas n&#233;cessairement pour r&#233;sultat de transformer une entreprise priv&#233;e en service public (l'entreprise nationalis&#233;e pouvant &#234;tre un service public assur&#233; par le biais d'une entreprise d'&#233;conomie mixte). |14|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous retenons de ces contributions et qui nous confirme dans notre pr&#233;f&#233;rence pour la socialisation, c'est que celle-ci est un instrument pour l'&#233;dification d'une soci&#233;t&#233; nouvelle caract&#233;ris&#233;e par le r&#244;le actif des travailleurs, la participation de la population &#224; la gestion, la mise en avant de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral et du service public et, pour reprendre le propos des r&#233;dacteurs du JurisClasseur, un anti-capitalisme de principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bref &#233;tat des lieux sur la question des nationalisations et de la socialisation des banques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est possible que vienne une &#233;poque o&#249;, non seulement le fonctionnement et l'organisation des chemins de de fer, mais aussi les modes existants de la production industrielle, seront devenus si routiniers que les hommes d'affaire, au lieu de s'opposer &#224; la nationalisation, la r&#233;clameront &#224; grands cris afin de consacrer leur &#233;nergie &#224; des affaires autorisant plus de nouveaut&#233;, de vari&#233;t&#233; et d'opportunit&#233;s de risques et de gains. M&#234;me dans un r&#233;gime o&#249; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e est g&#233;n&#233;rale et constante, il est concevable qu'ils puissent ne pas plus souhaiter &#234;tre ennuy&#233;s par des op&#233;rations qu'ils ne voudraient prendre en charge l'entretien des voies publiques. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
John Dewey, Le public et ses probl&#232;mes |15|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la lecture de ce passage, tir&#233; d'un livre c&#233;l&#232;bre de John Dewey publi&#233; en 1927, il est manifeste que les &#233;volutions envisag&#233;es par celui-ci ne sont toujours pas advenues, bien au contraire notre &#233;poque a apport&#233; un cinglant d&#233;menti &#224; ses pr&#233;visions. Non seulement la production industrielle est toujours dans la sph&#232;re priv&#233;e jalousement gard&#233;e par les capitalistes qui retirent de leur possession des profits consid&#233;rables, mais la droite et la social-d&#233;mocratie n'ont eu de cesse ces derni&#232;res ann&#233;es de d&#233;manteler et de privatiser les services publics. Ainsi, l'&#233;nergie, la gestion de l'eau ou le service des ordures m&#233;nag&#232;res, pour ne prendre que quelques exemples, sont devenus la chasse gard&#233;e de grandes soci&#233;t&#233;s priv&#233;es qui en retirent de substantiels profits. Quant &#224; &#171; l'entretien des voies publiques &#187; &#233;voqu&#233; par Dewey, la privatisation des autoroutes initi&#233;e en 2002 par le gouvernement de Lionel Jospin et men&#233;e &#224; terme par celui de Dominique de Villepin en 2005-2006, la lutte acharn&#233;e de Vinci, Eiffage, HIT (dirig&#233;e par la soci&#233;t&#233; espagnole Abertis) |16| et autre Escota pour en avoir l'exploitation donne une id&#233;e de la rentabilit&#233; de ce secteur pour les actionnaires. Enfin, la privatisation du rail reste plus que jamais un des grands projets de l'Union europ&#233;enne. L'analyse du philosophe am&#233;ricain qui imaginait un glissement de ces activit&#233;s priv&#233;es vers la sph&#232;re publique en raison de leur caract&#232;re routinier et ennuyeux s'est r&#233;v&#233;l&#233;e compl&#232;tement fausse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la p&#233;riode qui court tout au long du XXe si&#232;cle jusqu'au d&#233;but du XXIe, ce ne sont pas les hommes d'affaires qui ont r&#233;clam&#233; les nationalisations mais certains secteurs du monde du travail. Si l'on prend le cas de la France, on rel&#232;ve que les nationalisations de 1945-46 et de 1981-82 sont intervenues dans un contexte particulier o&#249; les rapports de forces &#233;taient plus marqu&#233;s qu'&#224; l'accoutum&#233;e, le monde du travail ayant su construire une opposition face au capital, avec l'action du Conseil National de la R&#233;sistance et des maquis en 1944, avec la dynamique du Programme commun et de l'Union de la Gauche dans les ann&#233;es 70/80 qui prolongeait &#224; sa mani&#232;re le grand mouvement social de mai 68. Mais, dans la mesure o&#249; le camp des travailleurs n'a pas su maintenir un minimum de pression, ces nationalisations n'ont &#233;t&#233; que de simples parenth&#232;ses qui ont vu &#224; chaque fois la r&#233;appropriation par les capitalistes des entreprises et des activit&#233;s nationalis&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Non seulement Dewey a n&#233;glig&#233; la r&#233;alit&#233; de la lutte des classes, mais il a sous-estim&#233; les profits que les activit&#233;s utiles &#224; l'ensemble de la collectivit&#233; pouvaient g&#233;n&#233;rer si les capitalistes se les appropriaient. Enfin, il n'a pas pris la mesure de la rapacit&#233; des capitalistes et leur aptitude &#224; faire de toute activit&#233; une source de profit. Ainsi, loin d'&#234;tre la cons&#233;quence d'un glissement progressif vers la routine et l'ennui, d'un l&#226;cher-prise des &#171; hommes d'affaires &#187; anim&#233;s par l'attirance pour la nouveaut&#233;, le go&#251;t pour la vari&#233;t&#233; et la recherche d'opportunit&#233;s, les nationalisations, les socialisations et les enjeux qu'elles recouvrent sont la r&#233;sultante d'une lutte entre des classes sociales et des individus porteurs de projets &#233;conomiques et politiques antagoniques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si pour le capital les nationalisations ont fait et font toujours l'unanimit&#233; contre elles, en revanche dans le camp des travailleurs, contrairement &#224; ce que l'on pourrait supposer, les avis ont &#233;t&#233; beaucoup plus partag&#233;s et la question continue de faire d&#233;bat. Enfin, pour ce qui est des institutions, les nationalisations n'ont jamais &#233;t&#233; au centre des pr&#233;occupations. Comme le rel&#232;ve Fran&#231;ois Morin, &#171; la constitution du secteur d'intervention directe de l'&#201;tat, tant dans le domaine bancaire que dans le domaine industriel, n'a jamais proc&#233;d&#233; d'une construction th&#233;orique coh&#233;rente, ou d'une doctrine achev&#233;e, mise totalement en action. Elle proc&#232;de au contraire d'une lente mont&#233;e marqu&#233;e par des ruptures se traduisant par de brusques extensions de ce champ de contr&#244;le. &#187; |17| Mais le d&#233;veloppement du capitalisme et surtout des crises qu'il a g&#233;n&#233;r&#233;es ont contribu&#233; &#224; faire de la question des nationalisations un d&#233;bat r&#233;current.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les d&#233;bats en France autour des nationalisations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but du XXe si&#232;cle, la gauche fran&#231;aise et le syndicalisme ouvrier sont dans leur majorit&#233; oppos&#233;s aux nationalisations au motif que l'&#201;tat est l'instrument et le repr&#233;sentant du capital |18|. Pour ces courants, nationaliser est un leurre car cela reviendrait en quelque sorte &#224; prendre dans une main du capital pour lui redonner dans l'autre. Mais cette vision des choses port&#233;e surtout par les guesdistes |19| et les syndicalistes r&#233;volutionnaires |20| va &#233;voluer. &#192; la fin de la premi&#232;re guerre mondiale, dans son Programme minimum de 1918, la CGT fait du d&#233;veloppement industriel un enjeu national, l'&#201;tat devant garder la ma&#238;trise de la production en constituant notamment des &#171; monopoles d'&#233;tat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1936, le gouvernement du Front Populaire |21| nationalise les industries de guerre et les chemins de fer (en cr&#233;ant la SNCF), mais le capital de la Banque de France reste entre les mains de ses d&#233;tenteurs priv&#233;s initiaux. Il faudra attendre 1945-1946 et 1981-1982 pour voir deux vagues de nationalisations dans le secteur bancaire. Un petit retour sur les d&#233;bats de l'&#233;poque est instructif pour notre approche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les nationalisations de 1945-46&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les nationalisations des banques en 1946 sont bien s&#251;r le produit d'un rapport de force entre des projets port&#233;s par des partis et des organisations, elles doivent &#234;tre replac&#233;es dans le contexte de la R&#233;sistance avec &#171; un mouvement venu d'en bas &#187;, selon l'expression d'Antoine Prost |22|. En effet, la Lib&#233;ration a donn&#233; lieu &#224; la mise en place de comit&#233;s ouvriers de gestion dans certaines entreprises, de comit&#233;s d'usine &#224; l'origine de &#171; socialisations spontan&#233;es &#187; comme le congr&#232;s du Parti socialiste les appelait &#224; l'&#233;poque |23|. Mais, pour aller plus loin, si la volont&#233; de gestion ouvri&#232;re &#233;tait bien pr&#233;sente, il manquait le soutien des partis politiques. Ainsi que le rel&#232;ve Antoine Prost : &#171; Si un relais politique avait &#233;t&#233; assur&#233;, les socialisations spontan&#233;es de la Lib&#233;ration auraient pu marquer le d&#233;but de la fin du capitalisme. &#187; |24| Pour cet historien, &#171; Jamais jusque-l&#224; on n'avait constat&#233; en France une telle aspiration ouvri&#232;re &#224; la gestion des entreprises. &#187; |25| En 1944, les Fran&#231;ais sont massivement favorables &#224; la participation des ouvriers &#224; la gestion des entreprises (65 % de l'ensemble de la population et 79 % chez les ouvriers) et l'ann&#233;e suivante, 70 % des Fran&#231;ais sont favorables &#224; la nationalisation des banques (81 % chez les ouvriers). |26|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camp du capital, discr&#233;dit&#233; par la collaboration n'en a pas moins tent&#233; de faire obstacle aux nationalisations. Pour &#233;viter la nationalisation des banques, un comit&#233; constitu&#233; &#224; l'initiative du Professeur Rivet pr&#233;conisait &#224; l'&#233;poque &#171; une nationalisation du cr&#233;dit &#187; afin de mieux adapter la distribution du cr&#233;dit. Selon la proposition &#233;tablie par ce comit&#233;, &#171; Cette distribution du cr&#233;dit continuera &#224; se faire par les banques, mais celles-ci, tout en conservant leur libert&#233; dans le choix de leur client&#232;le, seront constamment orient&#233;es et contr&#244;l&#233;es, stimul&#233;es ou frein&#233;es dans leur action ; elles deviendraient de v&#233;ritables &#233;l&#233;ments d'un service public. &#187; |27| En clair, les banques restaient toujours entre les mains de leurs actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un document &#233;manant du Parti socialiste, intitul&#233; &#171; Proposition de r&#233;solution tendant &#224; inviter le gouvernement &#224; r&#233;aliser la socialisation du cr&#233;dit &#187; |28|, d&#233;veloppe sur une quinzaine de pages les raisons de changer de syst&#232;me bancaire. L'&#233;tat des lieux dress&#233; du r&#233;gime de l'&#233;poque n'est pas sans &#233;voquer celui de la p&#233;riode actuelle, plus de soixante ans apr&#232;s. Les auteurs de la proposition d&#233;noncent la responsabilit&#233; des banques dans les difficult&#233;s &#233;conomiques, leurs man&#339;uvres nuisibles, leur incapacit&#233; &#224; r&#233;guler le cr&#233;dit, leur aptitude &#224; socialiser leurs pertes &#8211; qu'ils d&#233;signent sous l'appellation de &#171; la politique des renflouements &#187; |29| &#8211; et leur opposition sur bien des points &#224; la politique ou &#224; l'int&#233;r&#234;t de l'&#201;tat. Pour eux, &#171; l'ensemble des banques priv&#233;es (&#8230;) constitue le rempart de la conservation sociale &#187; |30|.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sortir de la guerre, les priorit&#233;s sont bien identifi&#233;es : &#171; Le probl&#232;me du cr&#233;dit consiste &#233;videmment, en premier lieu, &#224; supprimer cet interm&#233;diaire nuisible que repr&#233;sente le banquier priv&#233; dans le d&#233;veloppement &#233;conomique de la nation. Mais il consiste aussi &#224; fournir &#224; l'&#201;tat les disponibilit&#233;s financi&#232;res dont il a besoin pour la reconstruction et le d&#233;veloppement de l'&#233;conomie g&#233;n&#233;rale du pays, sans avoir recours dans ce but &#224; l'inflation ou &#224; la d&#233;valuation mon&#233;taire. &#187; |31| Le projet socialiste pr&#233;conise la nationalisation de sept organismes principaux constituant un secteur socialis&#233;, &#224; c&#244;t&#233; d'un secteur libre strictement r&#233;glement&#233; et contr&#244;l&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au final, le 2 d&#233;cembre 1945, seules la Banque de France et quatre banques de d&#233;p&#244;ts sont nationalis&#233;es, les banques d'affaires sont &#233;pargn&#233;es. L'ann&#233;e suivante, le 25 avril 1946, c'est au tour de certaines soci&#233;t&#233;s d'assurance d'&#234;tre nationalis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les nationalisations de 1981-82&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi du 11 f&#233;vrier 1982 indique dans son article 12 : &#171; Sont nationalis&#233;es les banques inscrites sur la liste du comit&#233; consultatif du secteur financier en application de l'article 9 de la loi du 13 juin 1941, dont le si&#232;ge social est situ&#233; en France, d&#232;s lors qu'elles d&#233;tenaient, &#224; la date du 2 janvier 1981, un milliard de francs ou plus sous forme de d&#233;p&#244;ts &#224; vue ou de placements liquides ou &#224; court terme en francs et en devises au nom de r&#233;sidents, selon les d&#233;finitions adopt&#233;es par le Comit&#233; consultatif du secteur financier. &#187; Cet article &#233;num&#232;re 18 banques inscrites &#224; la cote officielle et 21 banques non inscrites. Il pr&#233;voyait &#233;galement le transfert &#224; l'&#201;tat des actions de la Banque nationale de Paris, du Cr&#233;dit lyonnais et de la Soci&#233;t&#233; g&#233;n&#233;rale d&#233;tenues par des actionnaires autres que l'Etat ou des personnes morales du secteur public. La loi pr&#233;voyait &#233;galement la nationalisation de deux compagnies financi&#232;res : la Compagnie financi&#232;re de Paris et des Pays-Bas, la Compagnie financi&#232;re de Suez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nationalisation des banques en 1981-82 a &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233;e de nombreux &#233;changes et controverses. &#192; d&#233;faut d'en proposer une pr&#233;sentation exhaustive, nous avons souhait&#233; revenir sur un d&#233;bat embl&#233;matique des points de vue du pouvoir et de son opposition qui s'affrontaient sur cette question. Il s'agit d'un conf&#233;rence publique organis&#233;e entre Andr&#233; Four&#231;ans et Dominique Strauss-Kahn, le premier professeur d'&#233;conomie et de finance &#224; l'ESSEC, le second professeur de sciences &#233;conomiques &#224; l'universit&#233; de Paris X &#224; l'&#233;poque |32|.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les objections de Four&#231;ans &#224; la nationalisation sont de diverses natures et jouent sur plusieurs registres. Tout d'abord, nationaliser reviendrait &#224; adopter une vision archa&#239;que, pass&#233;iste, pour se comporter &#171; comme le font les pays en voie de d&#233;veloppement &#187; |33|, qui consid&#232;rent que l'&#201;tat doit contr&#244;ler tous les circuits mon&#233;taires et financiers afin d'amener les ressources vers certains p&#244;les de d&#233;veloppement. Ensuite, les tenants des nationalisations feraient montre de leur incompr&#233;hension du fonctionnement des m&#233;canismes mon&#233;taires en commettant l'erreur de &#171; vouloir confondre le statut juridique avec les processus techniques de cr&#233;ation mon&#233;taire &#187; |34|. Enfin, les effets sur l'&#233;conomie seraient d&#233;sastreux : d&#233;rapage mon&#233;taire avec une utilisation incontr&#244;l&#233;e de la planche &#224; billets, d&#233;veloppement excessif des cr&#233;dits du fait des taux d'int&#233;r&#234;t bas pratiqu&#233;s pour financer les secteurs prioritaires, &#171; on d&#233;bouchera sur du gaspillage et la gabegie &#187; |35|.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'archa&#239;sme, &#224; l'incomp&#233;tence et au d&#233;sastre &#233;conomique annonc&#233; consubstantiels &#224; la vis&#233;e nationalisatrice, Four&#231;ans oppose modernit&#233;, savoir-faire et efficacit&#233;, apanage selon lui de la conception lib&#233;rale. Il affirme la n&#233;cessit&#233; d' &#171; aller dans la direction d'un syst&#232;me plus ouvert et plus moderne &#187; |36|, pr&#233;conise &#171; un d&#233;cloisonnement et une concurrence bancaire accrue &#187; |37|, et plaide pour une &#171; une lib&#233;ralisation de la r&#233;mun&#233;ration de l'&#233;pargne et des cr&#233;dits &#187; |38|.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'expos&#233; de son contradicteur, Dominique Strauss-Kahn oppose que &#171; la nationalisation des banques est la condition d'une politique mon&#233;taire plus efficace, plus coh&#233;rente &#187; |39|. Il avance ensuite deux arguments : &#171; Il y a d'abord une question de principe qui est que les nations se sont form&#233;es sur le pouvoir de battre monnaie et que l'on voit mal au nom de quoi la collectivit&#233; nationale pourrait accepter de c&#233;der (je ne veux pas dire &#224; des puissances priv&#233;es en mettant l&#224;-dedans un mot magique, mais &#224; une autorit&#233; qui n'est pas la collectivit&#233; nationale) ce droit de battre monnaie. Mais au-del&#224; de la question de principe, il y a quelque chose qui me para&#238;t encore plus important : c'est que la nationalisation des banques est un moyen d'&#233;viter leur internationalisation. Un moyen d'&#233;viter que des banques qui sont aujourd'hui des banques priv&#233;es soient demain des banques qui ne seraient plus fran&#231;aises. &#187; |40|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour celui qui deviendra directeur g&#233;n&#233;ral du FMI, &#171; la mise en &#339;uvre d'une politique nouvelle suppose un changement de m&#233;thodes et un changement de structures de l'organisation du syst&#232;me bancaire. Un changement de m&#233;thodes qui renvoie &#224; la satisfaction de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral tel qu'il est d&#233;fini par la collectivit&#233;. &#187; |41| En clair, &#171; il faut que le syst&#232;me bancaire (&#8230;) exerce son activit&#233; dans le sens de cette orientation d&#233;finie en commun, et par cons&#233;quent il faut que le crit&#232;re ne soit pas seulement celui de la rentabilit&#233; individuelle mais celui de la rentabilit&#233; collective. &#187; |42| Dominique Strauss-Kahn ajoute ensuite : &#171; &#201;viter que l'int&#233;r&#234;t priv&#233; ne prime sur l'int&#233;r&#234;t collectif me semble &#234;tre en mati&#232;re bancaire le fait de s&#233;parer le pouvoir de cr&#233;ation mon&#233;taire du pouvoir &#233;conomique priv&#233;. Je crois que le pouvoir de cr&#233;ation mon&#233;taire est beaucoup trop important dans notre &#233;conomie largement financi&#232;re pour le laisser &#224; l'initiative priv&#233;e, sauf &#224; laisser toute l'activit&#233; &#233;conomique &#224; l'initiative priv&#233;e sans aucune planification. &#187; |43|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Four&#231;ans ne devra patienter que quelques mois pour assister &#224; la mise en place du vaste mouvement de d&#233;r&#232;glementation qu'il avait appel&#233; de ses v&#339;ux en France |44|. La loi bancaire du 24 janvier 1984 inaugurera un nouveau syst&#232;me bancaire, b&#226;ti sur le mod&#232;le de la banque universelle, avant que les banques soient &#224; nouveau privatis&#233;es en 1986. Un aspect tr&#232;s important de ce tournant lib&#233;ral concerne la dette publique. Ce passage du livre de Benjamin Lemoine, L'ordre de la dette, d&#233;crit parfaitement cette &#233;volution :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au sortir de la Seconde Guerre mondiale et pendant plus d'une vingtaine d'ann&#233;e, l'appareil d'&#201;tat, via le circuit du Tr&#233;sor, glanait des ressources financi&#232;res en masse suffisante pour, la plupart du temps, &#233;chapper &#224; la pression des cr&#233;anciers. Il ma&#238;trisait l'activit&#233; des banques et de la finance et arrimait ses propres instruments de tr&#233;sorerie &#224; ces r&#233;glementations. De m&#234;me, son financement &#233;tait coordonn&#233; avec des politiques nationales d&#233;terminant la quantit&#233; de monnaie et orientant les cr&#233;dits affect&#233;s &#224; l'&#233;conomie. En brisant ces arrangements, des secteurs de la bureaucratie fran&#231;aise ont entrepris de faire de la dette publique une marchandise et d'exposer le cr&#233;dit de l'&#201;tat au jugement des march&#233;s de capitaux priv&#233;s globalis&#233;s. Tout un ensemble d'op&#233;rations techniques et politiques a consist&#233; &#224; d&#233;tricoter la structure qui faisait de l'&#201;tat un banquier et un collecteur de fonds, ainsi qu'&#224; d&#233;manteler les relations hi&#233;rarchiques et normatives qui liaient les banques et la finance &#224; l'&#201;tat. &#187; |45|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lib&#233;ralisation de la sph&#232;re financi&#232;re ne s'arr&#234;tera plus et DSK lui-m&#234;me l'accompagnera en &#339;uvrant &#224; la mise en place de l'euro alors qu'il &#233;tait ministre de l'&#233;conomie, des finances et de l'industrie du gouvernement de Lionel Jospin. Il parach&#232;vera sa statue de commandeur du lib&#233;ralisme en prenant le poste de directeur g&#233;n&#233;ral du FMI avec l'aval de Jean-Claude Juncker et le soutien de Nicolas Sarkozy, 25 ans apr&#232;s le d&#233;bat de 1982.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en est-il aujourd'hui de la question des banques apr&#232;s les deux exp&#233;riences que nous venons d'&#233;voquer ? Si la mise sous contr&#244;le des banques fait consensus au sein de la gauche non social-d&#233;mocrate, les modalit&#233;s de sa mise en &#339;uvre s'articulent autour de deux grandes propositions. D'un c&#244;t&#233; la cr&#233;ation d'un p&#244;le public bancaire, de l'autre, la socialisation de l'int&#233;gralit&#233; du syst&#232;me bancaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le p&#244;le bancaire public : une fallacieuse &#233;vidence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le loup habitera avec l'agneau, et la panth&#232;re se couchera avec le chevreau ; le veau, le lionceau, et le b&#233;tail qu'on engraisse, seront ensemble, et un petit enfant les conduira. La vache et l'ourse auront un m&#234;me p&#226;turage, leurs petits un m&#234;me g&#238;te ; et le lion, comme le b&#339;uf, mangera de la paille. Le nourrisson s'&#233;battra sur l'antre de la vip&#232;re, et l'enfant sevr&#233; mettra sa main dans la caverne du basilic. Il ne se fera ni tort ni dommage sur toute ma montagne sainte&#8230; &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
La Bible, &#201;sa&#239;e 11.6 &#224; 11.9&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet d'un p&#244;le bancaire public s'inscrit dans un dispositif qui voit coexister des banques priv&#233;es avec un secteur public bancaire, le loup et l'agneau pour reprendre la parabole biblique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le p&#244;le public financier selon la CGT&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau syndical, le projet de p&#244;le public financier est port&#233; principalement par la CGT et le Collectif &#171; Pour un P&#244;le Public Financier au service des Droits &#187;. Deux textes de la CGT, respectivement de janvier et de juin 2009 |46|, donnent un bon &#233;clairage de son positionnement. Celui-ci a toutefois connu une &#233;volution significative avec une nouvelle contribution de la FSPBA CGT (F&#233;d&#233;ration CGT des Syndicats du Personnel de la Banque et de l'Assurance) d'avril 2015 revue en juin 2017. Dans le texte de janvier 2009, la CGT motive la cr&#233;ation d'un p&#244;le public financier par sa volont&#233; de &#171; soustraire une partie de la sph&#232;re financi&#232;re &#224; l'emprise des march&#233;s financiers &#187; |47| et elle assigne &#224; cette structure des missions qui recouvrent trois grands domaines d'intervention :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Le financement d'investissements, souvent &#224; long terme, consid&#233;r&#233;s comme relevant de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La s&#233;curisation et la centralisation de l'&#233;pargne populaire, volontaire et obligatoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. L'inclusion financi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue structurel, la CGT pr&#233;conise de &#171; s'appuyer sur les &#233;tablissements publics existants &#187; |48|. Elle pr&#233;cise &#233;galement que le p&#244;le public devra &#171; nouer des relations de coop&#233;ration avec les &#233;tablissements mutualistes et coop&#233;ratifs (Caisses d'&#233;pargne, Cr&#233;dit mutuel, Banques populaires, Cr&#233;dit agricole) &#187; |49|. En mati&#232;re d'organisation, de contr&#244;le et de gouvernance, la CGT pr&#233;conise que les entit&#233;s constituant le p&#244;le demeurent juridiquement distinctes mais coordonn&#233;es dans leur action avec une d&#233;clinaison au niveau r&#233;gional.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le projet de la CGT, nous sommes en pr&#233;sence d'un syst&#232;me bancaire compos&#233; de trois p&#244;les :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. un p&#244;le priv&#233; r&#233;unissant les grandes banques priv&#233;es actuelles telles que la BNP, la Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale, le Cr&#233;dit Lyonnais,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. un p&#244;le mutualiste avec le Cr&#233;dit agricole, les Caisses d'&#233;pargne, les Banques populaires, le Cr&#233;dit mutuel,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. le p&#244;le public regroupant la Caisse des d&#233;p&#244;ts et consignations et l'ensemble de ses filiales, la Banque de France ainsi que l'Institut d'&#233;mission des d&#233;partements d'Outre-mer (l'IEDOM) et l'Institut d'&#233;mission d'Outre-mer (l'IEOM), la Banque postale, le Cr&#233;dit foncier, OSEO, Ubifrance, l'Agence fran&#231;aise de d&#233;veloppement (AFD), enfin la partie fran&#231;aise de Dexia |50|.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les concepteurs de cette structure tripartite laissent deviner leurs doutes quant &#224; la viabilit&#233; de leur projet lorsqu'ils &#233;noncent ces recommandations : &#171; Il faut en effet &#233;viter un triple &#233;cueil : que le p&#244;le public ne soit con&#231;u que comme un suppl&#233;tif budg&#233;taire de l'&#201;tat, qu'il ne soit utilis&#233; que comme un pompier vou&#233; &#224; &#233;teindre les incendies du march&#233; ou qu'il ne devienne une b&#233;quille du secteur priv&#233;. &#187; |51| Le choix de ne pas proc&#233;der &#224; la socialisation de l'int&#233;gralit&#233; du syst&#232;me bancaire expose &#224; un autre danger dont sont conscients les auteurs de l'article lorsqu'ils &#233;crivent : &#171; &#8230; cela pose &#233;galement la question du r&#244;le des citoyens vis-&#224;-vis des banques priv&#233;es, lesquelles ne peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme des entreprises comme les autres et n&#233;cessitent donc que l'on r&#233;fl&#233;chisse aux moyens d'une intervention publique sur leurs strat&#233;gies. &#187; |52|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle r&#233;flexion venant des tenants du p&#244;le financier public montre combien leur projet est vuln&#233;rable, car nous savons par exp&#233;rience que les banques priv&#233;es d&#233;fendent ch&#232;rement leur peau et leurs privil&#232;ges. Enfin, le souhait formul&#233; en conclusion &#171; d'&#233;largir la probl&#233;matique au niveau europ&#233;en en organisant une coop&#233;ration entre le p&#244;le financier public et les &#233;tablissements similaires existants dans les autres pays ainsi qu'avec la BEI (Banque europ&#233;enne d'investissement), banque publique appartenant aux 27 &#201;tats (27 en janvier 2009 et 28 en ao&#251;t 201) et bras financier de l'Union europ&#233;enne &#187; |53| repr&#233;sente un v&#339;u pieux et t&#233;moigne d'une vision chim&#233;rique de la nature et du fonctionnement des institutions europ&#233;ennes. Le projet de la CGT est un projet qui, faute de se donner les moyens de proc&#233;der aux changements qui s'imposent dans la sph&#232;re financi&#232;re, court le risque de ne rien changer du tout. Il n'est pas anodin qu'&#224; aucun moment les mots &#171; nationalisation &#187; et &#171; socialisation &#187; n'apparaissent dans le texte de la CGT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les propositions de la CGT Finances, de la FAPT CGT et de la FSPA CGT de juin 2009 poursuivent dans cette voie et t&#233;moignent de cette m&#234;me vision ir&#233;nique des choses, en consid&#233;rant que &#171; les missions et les finalit&#233;s de ce p&#244;le, fond&#233;es sur une logique de service public et non sur celle de la maximisation des profits, devraient lui permettre de jouer un r&#244;le exemplaire et dynamique dans l'ensemble du syst&#232;me financier &#187; |54|. Ainsi, le p&#244;le public montrerait l'exemple en suscitant un ph&#233;nom&#232;ne d'imitation vertueuse aupr&#232;s des banques priv&#233;es&#8230; Adopter une telle vision revient &#224; prendre &#224; la lettre la c&#233;l&#232;bre proph&#233;tie d'&#201;sa&#239;e dans la Bible, mais nous doutons fort de voir le p&#244;le public, &#224; l'instar du petit enfant, conduire les &#233;tablissements mutualistes et les banques priv&#233;es dans un monde bancaire o&#249; r&#232;gnerait une douce cohabitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet de la CGT de juin 2009 reprend celui de janvier en y apportant quelques l&#233;gers compl&#233;ments. Quatre grandes missions sont d&#233;volues au p&#244;le financier public :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Soutenir un plan de relance &#233;conomique et social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Renforcer l'appareil productif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Diriger l'&#233;pargne populaire vers la satisfaction des besoins sociaux et &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Assurer l'inclusion financi&#232;re et l'acc&#232;s de tous aux services financiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les interventions du p&#244;le financier public pourraient rev&#234;tir trois formes principales : distribution des cr&#233;dits ; aides et garanties ; participation au capital des entreprises en difficult&#233;. &#192; l'instar de leurs pr&#233;d&#233;cesseurs de janvier 2009, les r&#233;dacteurs du texte de juin persistent dans leur conception d'un syst&#232;me financier tripartite (public et semi public, mutualiste et priv&#233;), tout en reconnaissant les limites de leur conception car &#171; la cr&#233;ation du p&#244;le financier public constitue une r&#233;ponse imm&#233;diate &#224; l'urgence sociale cr&#233;&#233;e par la crise, mais elle n'&#233;puise pas la question de la prise en compte de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, voire de service public, dans la d&#233;finition de la strat&#233;gie des banques. &#187; |55| Ainsi, comme dans le projet de janvier 2009, si la CGT persiste dans sa conception en souscrivant &#224; l'id&#233;e que, &#171; dans l'ensemble, le syst&#232;me financier fran&#231;ais demeurerait donc une structure &#224; trois composantes majeures : un p&#244;le financier public, un r&#233;seau mutualiste et un r&#233;seau d'&#233;tablissements priv&#233;s &#187; |56|, elle admet en conclusion que &#171; la cr&#233;ation d'un p&#244;le financier public (&#8230;) contribue &#224; un meilleur contr&#244;le du syst&#232;me financier sans &#233;puiser totalement la question &#187; |57|.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un document &#233;labor&#233; par la FSPBA CGT en avril 2015 et revu en juin 2017, intitul&#233; &#171; L'avenir du syst&#232;me bancaire &#187;, est venu r&#233;actualiser le d&#233;bat autour de &#171; la question de la ma&#238;trise publique des banques et des assurances sans exclure la question de la nationalisation &#187; |58|. Cette r&#233;flexion est int&#233;ressante &#224; plusieurs titres. Tout d'abord, on y rel&#232;ve une &#233;volution significative par rapport aux deux textes de la CGT &#233;voqu&#233;s pr&#233;c&#233;demment. M&#234;me si les auteurs du document continuent de revendiquer la cr&#233;ation d'un &#171; P&#244;le Public Bancaire et Financier &#187;, ils insistent sur le fait que &#171; la Nationalisation/Socialisation des grandes banques doit rester un objectif, &#224; terme, vers lequel il faut tendre &#187; |59|. Ensuite, les auteurs avancent &#224; partir des concepts &#171; nationaliser &#187; et &#171; socialiser &#187; tout un ensemble de questions fort pertinentes et auquel tout projet bancaire alternatif se doit d'apporter une r&#233;ponse, notamment en ce qui concerne la composition des conseils d'administration et la place que doivent y occuper les usagers de la banque et les salari&#233;s, ou le fait de savoir s'il faut indemniser les actionnaires, et dans l'affirmative selon quelles modalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le p&#244;le public financier selon le mouvement social&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de la seule CGT, la revendication pour la mise en place d'un p&#244;le public financier est &#233;galement port&#233;e par une intersyndicale du secteur semi-public &#233;conomique et financier, cr&#233;&#233;e en octobre 1995 et rassemblant une trentaine d'organisations syndicales. En 2007-2008, le collectif &#171; Pas touche au Livret A &#187; |60| prendra la suite de cette intersyndicale en int&#233;grant des forces issues du monde associatif pour combattre la banalisation du c&#233;l&#232;bre livret qui approchait de ses deux si&#232;cles d'existence. Le 1er janvier 2009, le collectif avait perdu son combat, le livret A pouvait &#234;tre distribu&#233; par toutes les banques. Un autre collectif succ&#233;da &#224; feu le &#171; Pas touche au Livret A &#187; avec sensiblement les m&#234;mes participants. Baptis&#233;e Collectif &#171; Pour un P&#244;le Public Financier au service des Droits &#187;, cette nouvelle structure rassemblait des syndicats issus de la sph&#232;re de la banque et de la finance (appartenant &#224; la CGT, la CFDT, CFTC, la CFTC, la CGC, FO et &#224; Solidaires) ainsi que des associations et des organisations repr&#233;sentant le mouvement social (comme Attac, le DAL, la fondation Copernic, l'AITEC, les Marches Europ&#233;ennes, R&#233;sistance sociale ou encore la Convergence pour les Services Publics).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les membres de ce nouveau collectif assignent trois missions essentielles au p&#244;le public financier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Le financement des investissements d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral socialement et &#233;cologiquement utiles : logement, services publics, politique industrielle et cr&#233;ation d'emplois, transition &#233;cologique et &#233;nerg&#233;tique, reconversion agricole, d&#233;veloppement solidaire des territoires, relocalisation des activit&#233;s productives, &#233;quipement des collectivit&#233;s locales, infrastructures&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La s&#233;curisation et le d&#233;veloppement de l'&#233;pargne populaire et son orientation vers la satisfaction des besoins sociaux et environnementaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. L'inclusion financi&#232;re : acc&#232;s de tous aux services bancaires, information et protection des usagers, pr&#233;vention et traitement du surendettement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les membres de ce collectif, la satisfaction des droits fondamentaux constitutifs du mod&#232;le social fran&#231;ais suppose &#171; une profonde r&#233;orientation et un plus grand contr&#244;le social de l'activit&#233; des banques &#187;. Un p&#244;le financier public serait, selon eux, le moyen &#171; d'influer sur la sph&#232;re financi&#232;re, (&#8230;) d'y faire pr&#233;valoir l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral et les choix collectifs et de disposer des moyens de garantir le financement de l'acc&#232;s de tous aux droits fondamentaux &#187;. Ce p&#244;le regrouperait des institutions financi&#232;res publiques (Banque de France, Caisse des D&#233;p&#244;ts et ses filiales financi&#232;res, OSEO, Soci&#233;t&#233; des participations de l'&#201;tat, Banque Postale, Ubifrance, Agence fran&#231;aise de d&#233;veloppement, Institut d'&#233;mission des d&#233;partements d'Outre-Mer, institut d'&#201;mission d'Outre-Mer, CNP Assurance).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce p&#244;le public, en mati&#232;re de gouvernance, chaque &#233;tablissement conserverait son autonomie de fonctionnement et ses propres instances de direction. Toutefois, l'action de ces &#233;tablissements devrait s'inscrire dans un cadre commun d&#233;fini par une instance de pilotage national dont le r&#244;le serait de fixer les orientations s'imposant &#224; tous les &#233;tablissements du p&#244;le public financier, de d&#233;terminer les crit&#232;res &#224; prendre en compte dans leurs interventions, d'assurer le contr&#244;le et le suivi de ces d&#233;cisions et de veiller &#224; la coordination et &#224; la coh&#233;rence de l'ensemble. L'instance de pilotage national serait compos&#233;e d'&#233;lus politiques nationaux et locaux, des responsables des &#233;tablissements et de repr&#233;sentants de la soci&#233;t&#233; civile, tout particuli&#232;rement des organisations syndicales et associatives. Le p&#244;le public fonctionnerait de fa&#231;on d&#233;centralis&#233;e en s'appuyant sur les implantations territoriales de ses composantes. Une instance de pilotage analogue &#224; celle existant au niveau national serait mise en place au sein de chaque r&#233;gion. Compos&#233;e d'acteurs &#233;conomiques, sociaux, politiques et associatifs, cette instance aurait pour objectif de d&#233;finir les axes d'intervention du p&#244;le public dans la R&#233;gion en s'inscrivant dans le cadre des orientations nationales, et en s'assurant que tous les &#233;tablissements interviennent de mani&#232;re coordonn&#233;e. Les ressources du p&#244;le financier public seraient essentiellement constitu&#233;es par l'&#233;pargne r&#233;glement&#233;e d&#233;fiscalis&#233;e qui serait d&#233;velopp&#233;e au d&#233;triment de l'assurance-vie. Les promoteurs du p&#244;le public financier pr&#233;voient &#233;galement que celui-ci puisse utiliser la ressource quasi-illimit&#233;e que constitue la cr&#233;ation mon&#233;taire, ses &#233;tablissements pouvant utiliser une large part de leurs cr&#233;ances pour se refinancer aupr&#232;s de la BCE &#224; un taux tr&#232;s bas voire quasi nul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le p&#244;le public financier selon le Front de Gauche et la France Insoumise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des organisations politiques, le programme du Front de Gauche et de Jean-Luc M&#233;lenchon |61|, son candidat &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 2012, pr&#233;voyait l'&#171; adoption d'une loi portant cr&#233;ation d'un p&#244;le public financier transformant notamment la politique et les crit&#232;res du cr&#233;dit &#187;. Ce projet reprenait dans les grandes lignes celui de la CGT et du Collectif &#171; Pour un P&#244;le Public Financier au service des Droits &#187;. Nous relevions toutefois quelques formulations originales mais qui &#233;taient insuffisamment explicit&#233;es. Ainsi, la promesse d'un &#171; placement sous contr&#244;le social des banques priv&#233;es qui ne respecteraient pas la nouvelle r&#233;glementation en mati&#232;re de lutte contre la sp&#233;culation et la financiarisation de notre &#233;conomie &#187; restait &#233;vasive, car le programme &#233;tait peu loquace sur cette nouvelle r&#233;glementation, les modalit&#233;s de placements sous contr&#244;le social des banques priv&#233;es et particuli&#232;rement sur la nature de ce contr&#244;le. De m&#234;me, &#224; c&#244;t&#233; de &#171; la mise en r&#233;seau des institutions financi&#232;res publiques existantes &#187; au sein du p&#244;le public avec &#171; des banques et des assurances mutualistes &#187;, &#233;tait mentionn&#233;e &#171; la nationalisation de banques et de compagnies d'assurances &#187; sans l'on sache de quelles banques et de quelles compagnies il s'agissait, ni que soient pr&#233;cis&#233;es les modalit&#233;s de cette nationalisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors du programme port&#233; par le Front de Gauche, les deux principales composantes de celui-ci, &#224; savoir le Parti de Gauche et le Parti Communiste, ont d&#233;velopp&#233; des r&#233;flexions sp&#233;cifiques &#224; leur organisation sur la question de la finance et des banques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le Parti Communiste a d&#233;pos&#233; en 2009 une proposition de loi &#224; l'Assembl&#233;e nationale &#171; portant r&#233;forme des banques et relative &#224; la cr&#233;ation d'un service public bancaire et financier ainsi que d'un p&#244;le public financier, afin de favoriser le d&#233;veloppement humain &#187; |62|. Ce texte proposait &#171; la nationalisation des principales banques capitalistes officiant sur le territoire. &#187; |63| Les banques concern&#233;es &#233;taient BNP Paribas, Cr&#233;dit Agricole, Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale, HSBC France, Rothschild. &#201;trangement, les auteurs de la proposition excluaient de cette nationalisation le Cr&#233;dit Mutuel et le nouvel ensemble Banque Populaire Caisse d'&#201;pargne, &#171; en raison de leur caract&#232;re mutualiste &#187;, mais en pr&#233;cisant qu'&#171; ils participeront pleinement par ailleurs au nouveau service public &#187;. Les &#233;tablissements pr&#233;tendument labellis&#233;s mutualistes ou coop&#233;ratifs fonctionnant de la m&#234;me mani&#232;re que leurs concurrents du priv&#233;, cette exclusion nous para&#238;t infond&#233;e. La proposition pr&#233;cisait que &#171; toutefois, en raison des &#233;volutions qui secouent le secteur mutualiste fran&#231;ais, il conviendra d'&#233;tudier les conditions d'une appropriation publique de ces &#233;tablissements &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, lors d'un forum organis&#233; le 12 juin 2010, le Parti de Gauche a ent&#233;rin&#233; un certain nombre de propositions |64|. Voici quelques-uns des principes retenus :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le financement de l'action et des biens publics a un caract&#232;re imp&#233;ratif. Qu'il proc&#232;de de pr&#233;l&#232;vements fiscaux et sociaux ou d'emprunts, il ne peut d&#233;pendre du bon vouloir ou de conditions fix&#233;es par quiconque hormis les autorit&#233;s mandat&#233;es &#224; cet effet par le suffrage universel. Le financement ad&#233;quat et s&#233;curis&#233; de l'&#233;conomie constitue un bien public dont la production rel&#232;ve d'institutions financi&#232;res publiques et d'&#233;tablissements priv&#233;s soumis &#224; une r&#233;gulation publique ad&#233;quate. Le syst&#232;me financier a pour seule fonction d'assurer un financement ad&#233;quat et s&#233;curis&#233; de la production et des &#233;changes de biens et des services non-financiers. Il ne doit pas constituer un centre de profits en soi, ind&#233;pendant du financement de l'&#233;conomie r&#233;elle. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
En cas de d&#233;faillances des &#233;tablissements financiers, le texte pr&#233;voyait &#171; la nationalisation sans indemnisation des &#233;tablissements d&#233;faillants, la faillite organis&#233;e et s&#233;curis&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En avril 2012, r&#233;pondant &#224; ma demande d'&#233;claircissement sur le projet bancaire port&#233; par le Front de Gauche, Guillaume Etievant avait apport&#233; les pr&#233;cisions suivantes : &#171; Concernant le p&#244;le public bancaire, la mani&#232;re dont il se construira pr&#233;cis&#233;ment est en d&#233;bat et les d&#233;cisions doivent &#234;tre prises en lien direct avec la population si nous arrivions au pouvoir, c'est pour cela qu'il n'y a pas de document tr&#232;s pr&#233;cis FG expliquant en long et en large comment il sera constitu&#233;. &#187; (&#8230;) &#171; Il ne s'agit pas de commettre les m&#234;mes erreurs qu'en 1981 et les banques nationalis&#233;es (le p&#233;rim&#232;tre exact de nationalisation est en d&#233;bat) seront g&#233;r&#233;es dans l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral&#8230; &#187; |65|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinq ans plus tard, le programme de la France Insoumise et de son candidat Jean-Luc M&#233;lenchon pour l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 2017, L'avenir en commun, et le livret de la France Insoumise intitul&#233; &#171; Pour un service public bancaire &#187; |66|, reprennent des &#233;l&#233;ments du programme de 2012, notamment en pr&#233;voyant de &#171; mettre au pas la finance &#187; et de &#171; s&#233;parer les banques d'affaires et de d&#233;tail &#187; |67|. Mais, entre les lignes, nous percevons dans ce livret un changement de ton. L&#224; o&#249; le programme de 2012 &#233;crivait &#171; nous agirons pour changer les missions de la Banque centrale europ&#233;enne &#187;, la formulation du programme de 2017 est plus cat&#233;gorique en affirmant &#171; les pouvoirs publics doivent reprendre le contr&#244;le sur la banque centrale, qui est en charge de la politique mon&#233;taire &#187; |68|, ce qui signifie implicitement la sortie du carcan de l'Union europ&#233;enne. L'exp&#233;rience grecque &#233;tait pass&#233;e par-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux autres dispositions sont &#224; souligner. L'une pr&#233;cise que le P&#244;le public bancaire, issu de la socialisation de banques g&#233;n&#233;ralistes, constituera le socle du service public bancaire qui sera progressivement mis en en place |69|, l'autre pr&#233;voit la nationalisation des organes centraux des banques coop&#233;ratives et mutualistes (Cr&#233;dit Agricole, Banque Populaire Caisse d'&#201;pargne, Cr&#233;dit Mutuel) |70|. Ces deux mesures ne sont pas explicit&#233;es mais constituent un pas de plus vers la reconnaissance de la n&#233;cessit&#233; imp&#233;rative de la socialisation du secteur bancaire. Apr&#232;s l'&#233;lection pr&#233;sidentielle et les &#233;lections l&#233;gislatives de 2017, un groupe de travail ouvert a &#233;t&#233; constitu&#233; autour des artisans du Livret Banques en vue de poursuivre la r&#233;flexion dans le but de pr&#233;parer des propositions de loi pour les &#233;lu-e-s de la France Insoumise mais aussi impulser et relayer les actions sur le terrain en relation avec les agissements des banques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La socialisation de l'int&#233;gralit&#233; du secteur bancaire : une n&#233;cessaire utopie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'utopie n'est pas le r&#234;ve, elle est ce qui nous manque dans le monde. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;douard Glissant, La Coh&#233;e du Lamentin. Po&#233;tique V |71|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les &#233;conomistes dits &#171; h&#233;t&#233;rodoxes &#187;, c'est Fr&#233;d&#233;ric Lordon qui a d&#233;velopp&#233; la proposition la plus construite et la plus coh&#233;rente d'un syst&#232;me bancaire alternatif dans un article publi&#233; au tout d&#233;but de l'ann&#233;e 2009 |72|, repris quelques ann&#233;es plus tard dans un de ses livres |73|, alors que le d&#233;bat sur la question du renflouement des banques pos&#233;e dans la foul&#233;e de la crise financi&#232;re de 2007-2008 avait d&#233;j&#224; fait couler beaucoup d'encre. D&#232;s le d&#233;but de son papier, renvoyant &#224; leurs &#233;tudes les &#233;conomistes mainstream fra&#238;chement devenus les adeptes de la nationalisation, mais &#171; partielle et temporaire &#187;, Lordon confie au lecteur quelques envies de nationalisation &#171; punitive &#187;, voire &#171; m&#233;chante &#187;, &#171; c'est-&#224;-dire permanente, peut-&#234;tre m&#234;me confiscatoire un peu sur les bords &#187; |74|. Au-del&#224; des justifications li&#233;es &#224; la conjoncture, deux arguments essentiels l&#233;gitiment &#224; ses yeux la nationalisation du syst&#232;me bancaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, il est indispensable d'assurer la s&#233;curit&#233; des encaisses mon&#233;taires consid&#233;r&#233;es comme un bien public vital. Selon l'auteur,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Si donc on prend au s&#233;rieux que les d&#233;p&#244;ts, les &#233;pargnes et des possibilit&#233;s minimales de cr&#233;dit doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des biens publics vitaux pour la soci&#233;t&#233; marchande, il s'en d&#233;duit qu'on n'en remet pas la garde &#224; des int&#233;r&#234;ts priv&#233;s, &#224; plus forte raison quand ils sont aussi mal &#233;clair&#233;s que des banques profond&#233;ment engag&#233;es dans les activit&#233;s de march&#233;s financiers et sans cesse expos&#233;es &#224; leurs tendances d&#233;s&#233;quilibrantes. &#187; |75|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second argument repose sur l'imp&#233;ratif de mettre &#224; l'abri le syst&#232;me bancaire des cons&#233;quences d'&#233;v&#233;nements exceptionnels, car &#171; ce sont les &#233;v&#233;nements extr&#234;mes qui d&#233;cident de la configuration de la structure vitale. &#187; |76|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lordon pr&#233;conise &#171; une nationalisation int&#233;grale du cr&#233;dit, du moins un secteur public tr&#232;s majoritaire &#187; |77|, car &#8211; l'exemple du Cr&#233;dit Lyonnais le d&#233;montre &#8211; la tutelle publique n'est pas suffisamment puissante pour contenir les d&#233;rives qui r&#233;sultent de la concurrence entre le public et le priv&#233;. Dans son approche, Lordon insiste sur la n&#233;cessit&#233; de lier la question des institutions bancaires &#224; celle de la cr&#233;ation mon&#233;taire et de rappeler en cette mati&#232;re les risques inh&#233;rents aux deux grands mod&#232;les : &#171; le p&#244;le fractionn&#233; pur (&#8230;) menac&#233; par l'instabilit&#233; et la d&#233;flation, le p&#244;le centralis&#233; pur (&#8230;) expos&#233; au risque permanent de la sur-&#233;mission, du surendettement et de l'inflation &#187;. |78| Aussi, au vu de ces risques, Lordon prend soin de souligner que &#171; la nationalisation &#224; grande &#233;chelle d'urgence ne devrait &#234;tre qu'une &#233;tape de transition et &#224; terme muter vers une r&#233;organisation des structures mon&#233;taires et bancaires, restaurant le compromis centralisation-fractionnement, mais &#233;videmment sous des formes qui ne reconstituent pas le syst&#232;me ant&#233;rieur, c'est-&#224;-dire sous des formes qui refractionnent le syst&#232;me bancaire mais en red&#233;finissant radicalement le statut des concessionnaires. &#187; |79|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette derni&#232;re pr&#233;cision relative aux concessionnaires est capitale car, ainsi que le souligne Lordon, &#171; le point important, appel&#233; &#224; faire v&#233;ritablement rupture, r&#233;side dans la red&#233;finition de leur statut, et consiste notamment &#224; placer explicitement la concession sous un principe de service public. &#187; |80| Il en d&#233;coule que &#171; les concessionnaires de l'&#233;mission mon&#233;taire ne sauraient &#234;tre des soci&#233;t&#233;s priv&#233;es par actions. Ni entit&#233;s actionnariales priv&#233;es, ni entit&#233;s publiques sous le contr&#244;le direct de l'&#201;tat, les concessionnaires devraient &#234;tre des organisations sinon non-profitables, du moins &#224; profitabilit&#233; encadr&#233;e, c'est-&#224;-dire limit&#233;e. &#187; |81| Pour ce qui est de la forme juridique &#224; donner &#224; ces entit&#233;s, Lordon avance l'id&#233;e d'&#171; un statut interm&#233;diaire entre les soci&#233;t&#233;s de capitaux et les &#233;tablissements publics, et qui ne soit ni de simple association, ni d'ONG, mais un statut sui generis &#187; |82|. La question pos&#233;e par la finalit&#233; de ce statut &#171; tourne autour de l'id&#233;e d'un contr&#244;le public mais qui ne serait pas directement &#233;tatique, un contr&#244;le public d'une autre nature, (&#8230;) un contr&#244;le public local par les parties prenantes : salari&#233;s, entreprises, associations, collectivit&#233;s locales, repr&#233;sentant locaux de l'&#201;tat, etc. &#187; Cette proposition n'est pas sans rappeler la conception du parti socialiste des ann&#233;es 1940 lorsqu'il revendiquait pour les entreprises socialis&#233;es une gestion d&#233;mocratique associant les travailleurs, les techniciens et les repr&#233;sentants des int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux dans des conseils tripartites jouissant d'une autonomie de gestion. Lordon pr&#233;f&#232;re discerner dans sa proposition une parent&#233; avec le mod&#232;le bancaire mutualiste, m&#234;me s'il reconna&#238;t de sensibles diff&#233;rences entre les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'il revendique une d&#233;privatisation int&#233;grale du secteur bancaire, Lordon veut attirer notre attention sur le fait que nationalisation et non-privatisation ne signifient pas la m&#234;me chose. La nationalisation qui voit l'&#201;tat d&#233;tenir le contr&#244;le direct de tous les moyens de cr&#233;dit est porteuse de risques &#224; ses yeux, ce qui lui fait pr&#233;f&#233;rer &#171; un syst&#232;me socialis&#233; du cr&#233;dit &#187;. En r&#233;sum&#233;, il s'agit dans un premier temps de soustraire le syst&#232;me bancaire des mains et des int&#233;r&#234;ts priv&#233;s pour le remettre dans un deuxi&#232;me temps, non entre les mains de l'&#201;tat, mais de le confier &#224; &#171; l'ensemble des parties prenantes &#187;, dans le cadre de &#171; ce que l'on pourrait appeler un &#171; syst&#232;me socialis&#233; du cr&#233;dit &#187; |83|.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; de Fr&#233;d&#233;ric Lordon, d'autres &#233;conomistes pr&#233;conisent la mise sous contr&#244;le des banques. Le 15 septembre 2011, dans un article publi&#233; dans Politis, Michel Husson pr&#233;conisait de &#171; nationaliser les banques europ&#233;ennes &#187; |84|. &#192; l'occasion d'un entretien accord&#233; &#224; L'Humanit&#233;, le 30 d&#233;cembre 2011, Jean-Marie Harribey avan&#231;ait, parmi quatre propositions, &#171; la socialisation de tout le secteur bancaire avec la mise sous contr&#244;le d&#233;mocratique de l'institution au sommet qu'est la BCE &#187; |85|. De son c&#244;t&#233;, dans une contribution &#224; l'atelier &#171; d&#233;mocratiser l'argent &#187; de l'universit&#233; d'&#233;t&#233; d'Attac de 2012, Thierry Brugvin se pronon&#231;ait pour une socialisation autogestionnaire des banques. |86|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des organisations portent &#233;galement la proposition de socialisation de l'int&#233;gralit&#233; du syst&#232;me bancaire. C'est le cas de l'Union syndicale Solidaires |87| et surtout du syndicat Sud Solidaires BPCE qui en a fait un de ses axes forts depuis de nombreuses ann&#233;es |88|. Le CADTM est &#233;galement favorable &#224; la socialisation du secteur bancaire ainsi qu'Attac. Dans un texte du 14 septembre 2011 |89|, Attac pr&#233;conisait &#171; la cr&#233;ation d'un secteur bancaire socialis&#233; et d&#233;mocratis&#233; &#187; et proposait &#224; l'&#233;poque &#171; de sauver les banques &#224; la condition qu'elles soient transform&#233;es en banques coop&#233;ratives d'int&#233;r&#234;t collectif, SCIC (soci&#233;t&#233; coop&#233;rative d'int&#233;r&#234;t collectif) en France, &#171; entreprise sociale &#187; dans d'autres pays &#187;. |90| Des partis politiques, tels que le NPA et Lutte Ouvri&#232;re pr&#233;conisent l'expropriation des banques et leur contr&#244;le par la collectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux questions dans la question : que faire des banques d'affaires et indemniser ou pas ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; l'&#233;vidence, la &#171; globalisation &#187; des march&#233;s financiers n'a pas r&#233;ellement mis un terme au pouvoir de noyaux durs se d&#233;finissant encore prioritairement au sein de vieux &#201;tats-nations. Non seulement ces acteurs-phares de la banque et de l'assurance entretiennent des relations suivies avec leurs concurrents locaux (participations crois&#233;es et conseillers communs) mais sont &#233;galement, de surcro&#238;t, principalement li&#233;s &#224; des g&#233;ants industriels nationaux. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Geoffrey Geuens, La finance imaginaire |91|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le Parti socialiste n'est pas le Parti des rachats, il est le Parti de l'expropriation. (Applaudissements) Il n'a pas &#224; racheter, il a &#224; reprendre, par et pour le prol&#233;tariat, ce qui a &#233;t&#233; vol&#233; au prol&#233;tariat. &#187; |92| &lt;br class='autobr' /&gt;
Jules Guesde, 17 avril 1911.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 6 novembre 1945, les socialistes et leurs alli&#233;s pr&#233;cisent le d&#233;tail des secteurs &#224; nationaliser qu'ils avaient d&#233;finis dans le &#171; manifeste pour le peuple de France &#187;, lors de leur congr&#232;s national extraordinaire de 1944. Le texte mentionnait les grandes banques de d&#233;p&#244;t et d'affaires |93|. Pourtant, les banques d'affaires sont exclues du champ de la loi de nationalisation, suite aux man&#339;uvres d'obstruction de l'appareil d'&#201;tat et du grand capital. C'est ainsi que le projet de loi de 1945 relatif &#224; la nationalisation de la Banque de France et des grandes banques et &#224; l'organisation du cr&#233;dit maintient les banques d'affaires dans le secteur priv&#233;, tout en soulignant que celles-ci doivent &#234;tre soumises &#224; &#171; un contr&#244;le &#233;troit &#187; |94|.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La socialisation de l'int&#233;gralit&#233; du secteur bancaire, pour n&#233;cessaire qu'elle apparaisse, suscite encore des objections. On observe quelque r&#233;ticence chez certains &#233;conomistes &#224; int&#233;grer les banques d'affaires dans un service public de la banque. Pourtant, plusieurs arguments plaident en faveur de ce choix. Tout d'abord, aujourd'hui, l'ensemble des m&#233;tiers bancaires (banque de d&#233;tail, banque de financement et d'investissement, gestion d'actifs, assurances) sont exerc&#233;s au sein d'une m&#234;me structure. Par ailleurs, la vocation des banques dites d'affaires, du moins sur le papier, est le financement de grands projets &#224; r&#233;aliser au moyen de montages complexes qui n&#233;cessitent une expertise et repr&#233;sentent des sommes tr&#232;s importantes. Une autre appellation de ces banques n'est-elle pas &#171; banques de financement et d'investissement &#187; (BFI) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, loin de financer l'&#233;conomie et des projets utiles &#224; la soci&#233;t&#233;, ces banques n'ont de cesse de sp&#233;culer sur les march&#233;s contre les &#201;tats (nous avons l'exemple de la sp&#233;culation de cette haute finance sur la dette grecque, notamment &#224; travers les manipulations op&#233;r&#233;es sur le march&#233; des credit default swaps ou CDS), contre les collectivit&#233;s locales (en leur proposant des emprunts toxiques directement ou en jouant le r&#244;le de banque de contrepartie dans ces montages financiers sp&#233;culatifs) et contre les populations en manipulant les cours des mati&#232;res premi&#232;res. Ces grandes banques ont &#233;t&#233; pour l'essentiel &#224; l'origine de la crise financi&#232;re de 2007-2008 dont elles ont fait supporter le co&#251;t faramineux aux populations en b&#233;n&#233;ficiant de la complicit&#233; et du soutien des gouvernements, des institutions et des autorit&#233;s de contr&#244;le. Ce sont ces m&#234;mes banques que l'on retrouve &#224; la une des faits divers pour leur soutien apport&#233; aux &#201;tats voyous, leurs relations avec les narcotrafiquants, leurs manipulations de march&#233;s et bien d'autres malversations. Pendant qu'elles se livrent &#224; ces pratiques condamnables, les grands projets utiles &#224; la collectivit&#233; ne sont pas financ&#233;s. La transition &#233;cologique, la politique sanitaire, l'&#233;ducation, la gestion de l'eau et de l'&#233;nergie, sont autant de missions qui doivent revenir dans la sph&#232;re des services publics sous contr&#244;le citoyen et b&#233;n&#233;ficier des financements n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le central des banques d'affaires dans la crise de 2007-2008 et le co&#251;t de celle-ci nous conduit au deuxi&#232;me point que nous souhaitons &#233;voquer, la question de l'indemnisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question de l'indemnisation est r&#233;currente. En 1937, dans un article paru dans Le Populaire, Jules Moch pr&#233;conise d'indemniser en cas de nationalisation, mais en modulant cette indemnit&#233; selon que l'on se trouve en pr&#233;sence d'un &#171; modeste &#233;pargnant &#187; ou d'une banque. Il pr&#233;conise d'appliquer en mati&#232;re de nationalisation les principes de progressivit&#233; et de personnalit&#233; qui sont la r&#232;gle en mati&#232;re fiscale |95|. &#192; la fin de l'ann&#233;e 1944, apr&#232;s la collaboration pratiqu&#233;e par de larges pans du patronat fran&#231;ais, la CGT exige des r&#233;quisitions d'&#233;tablissements au profit de la collectivit&#233; nationale et le Parti communiste avance le mot d'ordre : &#171; confiscation des biens des tra&#238;tres &#187; |96|, sachant que, comme le souligne Annie Lacroix-Riz, &#171; &#224; partir du moment o&#249; un bien est confisqu&#233;, il est confi&#233; &#224; la gestion ouvri&#232;re &#187; |97|. En 1982, la nationalisation des banques donne lieu &#224; une indemnisation. Les actionnaires re&#231;oivent en &#233;change de leurs titres des obligations d'une dur&#233;e de quinze ans b&#233;n&#233;ficiant de la garantie totale de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au vu du tableau que nous venons de brosser, l'expropriation pure et simple, sans indemnisation, sauf pour des petits porteurs ou certaines institutions ou organismes ayant une mission sociale utile &#224; la collectivit&#233; (par exemple des fonds g&#233;rant des retraites), rel&#232;ve d'une &#233;vidence. En 1944, la collaboration des grands groupes avec l'occupant nazi justifiait l'expropriation, aujourd'hui, ce sont les malversations des banques et leurs pratiques nuisibles pour les populations qui l&#233;gitiment amplement le refus d'une indemnisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socialisation ou barbarie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les crises financi&#232;res peuvent se comprendre &#224; l'aune de trois cat&#233;gories invent&#233;es par la criminologie nord-am&#233;ricaine au XXe si&#232;cle : &#171; crime organis&#233; &#187; (organized crime), &#171; crime en col blanc &#187; (white collar crime), &#171; crime d'entreprise &#187; (corporate crime). &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Fran&#231;ois Gayraud, La grande fraude |98|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les banques ont le devoir de lutter contre le marxisme&#8230; Elles sont le rempart du r&#233;gime capitaliste ; leur fonction est bas&#233;e sur ce r&#233;gime et toute disposition l&#233;gislative qui tend &#224; la saper&#8230; doit &#234;tre combattue par elle. En agissant autrement, elles se suicideraient. &#187; |99|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un banquier des ann&#233;es 30&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise financi&#232;re qui a &#233;clat&#233; en 2007-2008 et ses d&#233;veloppements du moment posent tr&#232;s clairement des questions essentielles intrins&#232;quement li&#233;es : la ma&#238;trise par la collectivit&#233; d'une politique mon&#233;taire et d'une politique de cr&#233;dit au service de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, la mise en &#339;uvre d'un plan pour une transition &#233;nerg&#233;tique, une gestion d&#233;mocratique et citoyenne des services publics, enfin la socialisation des banques. Ces questions sont au c&#339;ur de la lutte qui oppose d'un c&#244;t&#233; le capital financier et les institutions &#224; son service et de l'autre les populations, un affrontement entre des choix de soci&#233;t&#233; inconciliables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;tude vient apporter de l'eau au moulin de notre pr&#233;conisation de socialisation des banques. En novembre 2017, le mensuel 60 millions de consommateurs a publi&#233; les r&#233;sultats d'une enqu&#234;te sur les frais bancaires r&#233;alis&#233;e en partenariat avec l'Union nationale des associations familiales. |100| Le tableau ci-dessous &#233;tabli par les investigateurs montre que &#171; les agios et les frais d'incidents sont huit &#224; neuf fois plus &#233;lev&#233;s pour une personne en difficult&#233; (296 &#8364; par an en moyenne) que pour un client lambda (34 &#8364; en moyenne). &#187; |101|&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3496 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH310/18afcb4d31821b7c-db29f8cb-6617d.png?1781393554' width='500' height='310' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les banques priv&#233;es sont de loin celle qui matraquent le plus leurs clients, mais les banques dites &#171; mutualistes &#187; ne sont pas en reste, ce qui d&#233;montre que leur statut coop&#233;ratif ou mutualiste, loin d'&#234;tre une garantie, n'est qu'un leurre. La Banque Postale, seul &#233;tablissement appartenant &#224; la sph&#232;re publique |102|, est la moins rapace &#224; l'&#233;gard de ses clients. Au vu de cette enqu&#234;te, il ressort que la population, notamment la partie la plus vuln&#233;rable de celle-ci, a tout int&#233;r&#234;t &#224; la socialisation du syst&#232;me bancaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour avoir quelque chance de se traduire concr&#232;tement la proposition de socialiser les banques doit constituer un projet partag&#233;, coh&#233;rent et op&#233;rationnel. Cela signifie qu'il faut disposer tout &#224; la fois d'un plan d'organisation du secteur bancaire et des assurances (structure, modes de r&#233;partition et d'exercice des pouvoirs de d&#233;cision) &#233;labor&#233; collectivement et d&#233;mocratiquement, mais aussi des modalit&#233;s concr&#232;tes de sa mise en place, sans oublier les mesures pratiques pr&#233;vues pour rem&#233;dier aux in&#233;vitables tentatives de d&#233;stabilisation qu'une telle initiative ne manquerait pas de susciter |103|. Mais l'&#233;l&#233;ment essentiel &#224; nos yeux dans la mise en place d'un processus de nationalisation du syst&#232;me bancaire r&#233;side dans un soutien populaire permanent. Le pouvoir en place doit s'appuyer en permanence sur le mouvement populaire. Faute de l'avoir fait apr&#232;s la victoire de SYRIZA aux &#233;lections de janvier 2015, le gouvernement d'Alexis Tsipras est all&#233; de reculades en reculades pour aboutir &#224; la signature d'un 3e m&#233;morandum calamiteux en ao&#251;t de la m&#234;me ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|1| Journal Officiel de la R&#233;publique fran&#231;aise, d&#233;bats de l'Assembl&#233;e nationale constituante, N&#176; 11, lundi 3 d&#233;cembre 1945, p. 155.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|2| Karl Marx, Le Capital, Livre III, cinqui&#232;me section, Chapitre XVI, Folio essais, Paris, 2008, p. 1742.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|3| &#201;ric Toussaint, Bancocratie, Aden, Bruxelles, 2014, Attac et Basta, Le livre noir des banques, Les Liens qui Lib&#232;rent, Paris, 2015, ouvrage traduit dans plusieurs langues. On peut &#233;galement mentionner les titres suivants : Geoffrey Geuens, La finance imaginaire. Anatomie du capitalisme : des &#171; march&#233;s financiers &#187; &#224; l'oligarchie, Aden, Bruxelles, 2011 ; Pascal Canfin, Ce que les banques vous disent et pourquoi il ne faut presque jamais les croire, Les Petits Matins, Paris, 2012 ; Louis Gill, La crise financi&#232;re et mon&#233;taire mondiale. Endettement, sp&#233;culation, aust&#233;rit&#233;, M &#233;diteur, Ville Mont-Royal (Qu&#233;bec), 2012 ; Juan Hdez. Vigueras, El casino que nos govierna. Trampas y juegos financieros a lo claro, clave intelectual, Madrid, 2012 ; Ga&#235;l Giraud, Illusion financi&#232;re, Les &#233;ditions de l'Atelier, Ivry-sur-Seine, 2013 ; Christian Chavagneux &amp; Thierry Philipponnat, La capture. O&#249; l'on verra comment les int&#233;r&#234;ts financiers ont pris le pas sur l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral et comment mettre fin &#224; cette situation, La D&#233;couverte, Paris, 2014 ; Anat Admati &amp; Martin Hellwig, The Bankers'New Clothes. What's Wrong with Banking and What to Do about it, Princeton University Press, Princeton, 2014 ; Claude Simon &amp; Collectif Roosevelt, Stop &#224; la d&#233;rive des banques et de la finance, Les &#233;ditions de l'Atelier, Ivry-sur-Seine, 2014 ; Fran&#231;ois Morin, L'hydre mondiale. L'oligopole bancaire, Lux, Montr&#233;al, 2015, J&#233;zabel Couppey-Soubeyran, Blablabanque. Le discours de l'inaction, Michalon, Paris, 2015 ; Aurore Lalucq &amp; William K. Black, Les Banquiers contre les banques. Le r&#244;le de la criminalit&#233; en col blanc dans les crises financi&#232;res, Charles L&#233;opold Mayer, Paris, 2015 ; Jean-Fran&#231;ois Gayraud, L'art de la guerre financi&#232;re, Odile Jacob, Paris, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|4| Que faire des banques ? Voir &#224; ce sujet les liens : What is to be done with the banks ? et Que podemos hacer con los bancos ?.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|5| &lt;a href=&#034;http://www.audit-citoyen.org/wp-con..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.audit-citoyen.org/wp-con..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|6| Patrick Saurin, Les pr&#234;ts toxiques : une affaire d'&#201;tat. Comment les banques financent les collectivit&#233;s locales, Demopolis &amp; CADTM, Paris, 2013. Commander le livre ici (NdE)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|7| Platon, Sophiste, 218c, &#338;uvres compl&#232;tes, Flammarion, Paris, 2008, pp. 1814-1815.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|8| Jean-Louis Robert, in Claire Andrieu, Lucette Le Van et Antoine Prost, Les nationalisations de la Lib&#233;ration. De l'utopie au compromis, Paris, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, 1987, p. 19.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|9| Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|10| Jules Moch est un socialiste, membre de la SFIO depuis 1924. Il a exerc&#233; plusieurs mandats de d&#233;put&#233; entre 1928 et 1967 et a &#233;t&#233; membre de diff&#233;rents gouvernements entre 1937 et 1958.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|11| Serge Berstein, Les nationalisations de la Lib&#233;ration. De l'utopie au compromis, p. 181.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|12| &#171; Les nationalisations &#187;, JurisClasseur Civil, 2e cahier, 12, 1948, p. 1. Le 3e cahier est du m&#234;me mois et de la m&#234;me ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|13| Ibid., p. 2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|14| Ibid., pp. 2 et 3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|15| John Dewey, Le public et ses probl&#232;mes, Folio essais, Paris, 2010, p. 146.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|16| Preuve de la manne financi&#232;re repr&#233;sent&#233;e par la gestion des autoroutes, en octobre 2017, la soci&#233;t&#233; italienne Atlantia et la soci&#233;t&#233; espagnole ACS se disputaient le rachat de Abertis. La proposition d'achat d'ACS se chiffrait &#224; 17,1 milliards d'euros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|17| Fran&#231;ois Morin, La banques et les groupes industriels &#224; l'heure des nationalisations, Paris, Calmann-L&#233;vy, 1977, p. 65.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|18| Pour cette partie historique, nous renvoyons &#224; l'article de Jean-Louis Robert, &#171; Les &#171; Programmes minimum &#187; de la CGT de 1918 et 1921 &#187;, Cahiers d'histoire de l'Institut de recherches marxistes, n&#176; 16 Syndicats et syndicalisme, pp. 58-78, 1984, &#224; l'excellent ouvrage de Claire Andrieu, Lucette Le Van et Antoine Prost, Les nationalisations de la Lib&#233;ration. De l'utopie au compromis, Paris, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, 1987, et au livre de Claire Andrieu, La banque sous l'occupation. Paradoxes de l'histoire d'une profession, Paris, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, 1991.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|19| Jules Guesde est n&#233; en 1845. Il est en 1892 l'un des fondateurs du Parti ouvrier qui deviendra le Parti ouvrier fran&#231;ais en 1893. En 1902, ce parti fusionne avec le Parti socialiste de France d'&#201;douard Vaillant pour former le Parti socialiste fran&#231;ais. Les Guesdistes d&#233;fendent l'interp&#233;n&#233;tration entre partis et syndicats en conf&#233;rant aux premiers un r&#244;le directeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|20| Les syndicalistes r&#233;volutionnaires revendiquent une rupture avec le capitalisme, l'auto-organisation des travailleurs et pr&#233;conisent la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale comme moyen de lutte. Entre 1895 et 1914, ce courant a jou&#233; un r&#244;le de premier plan, notamment au sein de la CGT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|21| Le Front Populaire est une coalition de trois partis de gauche (le Parti radical-socialiste, la SFIO et le Parti communiste) qui gouverna la France entre 1936 et 1938. Il fut &#224; l'initiative de r&#233;formes sociales importantes dont les plus connues sont les cong&#233;s pay&#233;s (15 jours), la r&#233;duction du temps de travail (la semaine de 40 heures) et les conventions collectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|22| Antoine Prost, Les nationalisations de la Lib&#233;ration. De l'utopie au compromis, pp. 65-88.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|23| Ibid., p. 89. Ce ph&#233;nom&#232;ne des &#171; socialisations spontan&#233;es &#187; se rel&#232;ve surtout dans le Sud de la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|24| Ibid., p. 65.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|25| Ibid., p. 237.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|26| Ibid., pp. 237 et 242.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|27| &#171; La nationalisation du cr&#233;dit &#187;, document non sign&#233; et non dat&#233; de huit pages dactylographi&#233;es, archives de la Banque de France, bordereau 1180200501, bo&#238;te 5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|28| Parti socialiste, Proposition de r&#233;solution tendant &#224; inviter le Gouvernement &#224; r&#233;aliser la socialisation du cr&#233;dit, document dactylographi&#233;, archives de la Banque de France, bordereau 1180200501, bo&#238;te 5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|29| Le mot &#171; renflouement &#187; fait &#233;cho au Renflouistan &#233;voqu&#233; par Yanis Varoufakis dans son livre Conversations entre adultes. Dans les coulisses secr&#232;tes de l'Europe, Les Liens qui Lib&#232;rent, Paris, 2017, pp. 28-61.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|30| Ibid., p. 7.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|31| Ibid., p. 10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|32| Les textes des deux interventions ont &#233;t&#233; publi&#233;s dans la revue Communication &amp; D&#233;bats, n&#176; 4, &#171; La nationalisation des banques : pour quoi faire ?, Paris, Sodefir, 1982, pp. 54-63.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|33| Ibid., p. 54.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|34| Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|35| Ibid., p. 57.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|36| Ibid., p. 54.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|37| Ibid., p. 57.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|38| Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|39| Ibid., p. 61.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|40| Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|41| Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|42| Ibid., pp. 61-62.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|43| Ibid., p. 62. Trois cat&#233;gories d'agent seulement disposent du pouvoir de cr&#233;ation mon&#233;taire : la Banque centrale, le Tr&#233;sor Public et les &#233;tablissements de cr&#233;dit. Lorsqu'il &#233;voque le pouvoir de cr&#233;ation mon&#233;taire des banques Dominique Strauss-Kahn fait r&#233;f&#233;rence &#224; la monnaie scripturale cr&#233;&#233;e par les banques et qui repr&#233;sente 85 % de la masse mon&#233;taire totale. Aujourd'hui, les banques ne pr&#234;tent pas des sommes pr&#233;alablement d&#233;pos&#233;es par leurs clients mais accordent des cr&#233;dits en inscrivant &#224; l'actif de leur bilan les cr&#233;ances qu'elles contractent avec leurs clients. Les banques cr&#233;ent &#233;galement de la monnaie en achetant des actifs financiers et des devises.&lt;br class='autobr' /&gt;
|44| En arrivant au pouvoir en France en 1981 apr&#232;s la rupture de l'Union de la Gauche en 1977 (pour m&#233;moire le Programme commun avait &#233;t&#233; sign&#233; entre le Parti socialiste, le Parti communiste et le Mouvement radical de gauche en 1972), Mitterrand trouve une situation &#233;conomique catastrophique. Le d&#233;but de son mandat est marqu&#233; par des r&#233;formes favorables au monde du travail, mais tr&#232;s vite, au lieu d'affronter le capital et de mettre en &#339;uvre une v&#233;ritable politique de gauche, Mitterrand et son gouvernement font le choix de l'aust&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|45| Benjamin Lemoine, L'ordre de la dette. Enqu&#234;te sur les infortunes de l'&#201;tat et la prosp&#233;rit&#233; du march&#233;, La d&#233;couverte, Paris, 2016, pp. 18-19.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|46| &#8220;L'urgente n&#233;cessit&#233; d'un p&#244;le financier public&#8221;, Ensemble plus forts, journal des syndiqu&#233;s de la f&#233;d&#233;ration des finances CGT, janvier 2009 &#8211; hors-s&#233;rie, pp. 8-11, et &#171; Propositions de la CGT pour un p&#244;le financier public &#187;, CGT Finances &#8211; CGT Fapt &#8211; CGT f&#233;d&#233;ration banque assurance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|47| Ibid., p. 8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|48| Ibid., p. 10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|49| Ibid., pp. 10-11.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|50| La publication de ce projet remonte &#224; 2009, avant la faillite de Dexia survenue en 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|51| Ibid., p. 11&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|52| Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|53| Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|54| &#171; Propositions de la CGT pour un p&#244;le financier public &#187;, juin 2009, p. 2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|55| Ibid., p. 6.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|56| Ibid., p. 7.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|57| Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|58| &#171; L'avenir du syst&#232;me bancaire &#187;, FSPBA CGT, avril 2015-juin 2017, p. 2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|59| Ibid., p. 19.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|60| Le Livret A est un livret d'&#233;pargne d&#233;fiscalis&#233; dont la vocation est de prot&#233;ger l'&#233;pargne des m&#233;nages et de contribuer au financement du logement social. Initialement propos&#233; par les Caisses d'&#233;pargne, la Banque postale et le Cr&#233;dit Mutuel, depuis le 1er janvier 2009 toutes les banques sont autoris&#233;es &#224; le commercialiser. Mais, la philanthropie n'&#233;tant pas dans leur nature, les banques priv&#233;es ont obtenu de ne consacrer au financement du logement social qu'une faible part de leur collecte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|61| Programme &#171; L'humain d'abord &#187;, accessible par le lien : &lt;a href=&#034;http://www.jean-luc-melenchon.fr/br...&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.jean-luc-melenchon.fr/br...&lt;/a&gt;. Les citations qui suivent sont extraites de ce document.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|62| &lt;a href=&#034;http://www.assemblee-nationale.fr/1...&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.assemblee-nationale.fr/1...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|63| Ibid., p. 5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|64| &lt;a href=&#034;https://www.lepartidegauche.fr/syst...&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lepartidegauche.fr/syst...&lt;/a&gt;. Les citations qui suivent sont extraites de ce document.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|65| M&#233;l de Guillaume Etievant du 12 avril 2012 en r&#233;ponse &#224; mon m&#233;l du 18 mars 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|66| &lt;a href=&#034;https://avenirencommun.fr/le-livret...&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://avenirencommun.fr/le-livret...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|67| L'avenir en commun, Paris, Seuil, 2016, p. 48.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|68| Le Livret banques, p. 10. Yanis Varoufakis reconna&#238;t &#233;galement cette relation de cause &#224; effet, qui implique qu'un &#201;tat de l'Union europ&#233;enne qui d&#233;ciderait la nationalisation de ses banques doive s'&#233;manciper de la BCE, lorsqu'il &#233;crit &#224; propos du cas grec : &#8220;Nationaliser les banques n'aurait eu de sens qu'en cas de Grexit&#8221;. (Yanis Varoufakis, Conversations entre adultes. Dans les coulisses secr&#232;tes de l'Europe, Paris, Les Liens qui Lib&#232;rent, 2017, p. 111)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|69| Ibid., p. 13.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|70| Ibid., p. 15.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|71| &#201;douard Glissant, La Coh&#233;e du Lamentin, Gallimard, Paris, 2006, p. 16.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|72| &lt;a href=&#034;http://blog.mondediplo.net/2009-01-...&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://blog.mondediplo.net/2009-01-...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|73| Fr&#233;d&#233;ric Lordon, La crise de trop. Reconstruction d'un monde failli, Paris, Fayard, 2012. Toutes les citations qui suivent sont tir&#233;es de l'article pr&#233;cit&#233; de l'auteur et du chapitre 3 de son livre, &#171; Pour un syst&#232;me socialis&#233; du cr&#233;dit &#187;, pp. 121-151.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|74| Ibid., p. 122.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|75| Ibid., p. 131&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|76| Ibid., p. 132.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|77| Ibid., p. 134.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|78| Ibid., p. 141.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|79| Ibid., p. 143.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|80| Ibid., p. 143.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|81| Ibid., pp. 143-144.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|82| Ibid., p. 147.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|83| Ibid., p. 148.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|84| &lt;a href=&#034;http://hussonet.free.fr/natibank.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://hussonet.free.fr/natibank.pdf&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|85| &lt;a href=&#034;https://www.humanite.fr/jean-marie-...&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.humanite.fr/jean-marie-...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|86| Thierry Brugvin : &lt;a href=&#034;https://blogs.attac.org/groupe-soci...&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://blogs.attac.org/groupe-soci...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|87| Voir les textes du 5e congr&#232;s de Solidaires de juin 2011 (le point 4.1 de la R&#233;solution 1) : &lt;a href=&#034;https://www.solidaires.org/-Actes-&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.solidaires.org/-Actes-&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|88| Le projet de Sud Solidaires BPCE est d&#233;velopp&#233; notamment dans le texte adopt&#233; lors de son congr&#232;s de 2012 : &lt;a href=&#034;https://www.sudbpce.com/wp-content/..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.sudbpce.com/wp-content/..&lt;/a&gt;. et dans une plaquette de ce syndicat publi&#233;e en 2014 : &lt;a href=&#034;https://www.sudbpce.com/wp&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.sudbpce.com/wp&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
content/uploads/2014/12/PLAQUETTE-BANQUES-SUD-BPCE.pdf . Voir &#233;galement mon article : Socialiser le syst&#232;me bancaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|89| &lt;a href=&#034;https://france.attac.org/actus-et-m...&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://france.attac.org/actus-et-m...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|90| On note une &#233;volution du champ lexical par rapport &#224; une pr&#233;c&#233;dente tribune publi&#233;e dans Lib&#233;ration du 3 octobre 2008, dans laquelle ses signataires (Dominique Plihon, Jacques Cossart et Jean-Marie Harribey, tous trois membres du Conseil scientifique d'Attac) pr&#233;conisaient de &#171; construire un p&#244;le financier public &#187; et des &#171; nationalisations bancaires &#187;, et n'avaient pas utilis&#233; le mot &#171; socialisation &#187;. (&lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/futurs/200...&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.liberation.fr/futurs/200...&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|91| Geoffrey Geuens, La finance imaginaire. Anatomie du capitalisme : des &#171; march&#233;s financiers &#187; &#224; l'oligarchie, Aden, Bruxelles, 2011, pp. 136-137.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|92| Jules Guesde, intervention au congr&#232;s de Saint-Quentin de la SFIO le 17 avril 1911, citation accessible par le lien : https://bataillesocialiste.wordpres....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|93| Serge Berstein, in Les nationalisations de la Lib&#233;ration, pp. 180 et suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|94| Projet de loi de 1945 relatif &#224; la nationalisation de la Banque de France et des grandes banques et &#224; l'organisation du cr&#233;dit, p. 5 et 10, archives de la Banque de France, bordereau 1180200501, bo&#238;te 5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|95| Jules Moch, &#171; Nationalisations avec indemnisations personnelles &#187;, Le Populaire, 1937, archives de la Banque de France (Bordereau 106 4199 101, bo&#238;te 1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|96| Antoine Prost, in Les nationalisations de la Lib&#233;ration, p. 90.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|97| Annie Lacroix-Riz, in Les nationalisations de la Lib&#233;ration, p. 116.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|98| Jean-Fran&#231;ois Gayraud, La grande fraude. Crime, subprime et crises financi&#232;res, Odile Jacob, Paris, 2011, p. 21.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|99| Cette citation est extraite d'un document d'archives conserv&#233; &#224; la Banque de France (Bordereau 118 0200 501, bo&#238;te 5) intitul&#233; &#171; Proposition de r&#233;solution tendant &#224; inviter le gouvernement &#224; r&#233;aliser la socialisation du cr&#233;dit &#187;. Le texte ne comporte pas de date et porte en haut de la premi&#232;re page l'inscription manuscrite &#171; Projet Socialiste &#187;. Le texte signale que la citation est extraite d'un ouvrage d'un directeur d'une banque priv&#233;e, mais ni le nom de ce dernier ni le titre du livre ne sont mentionn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|100| Les r&#233;sultats de cette enqu&#234;te ainsi qu'une analyse ont &#233;t&#233; publi&#233;s dans la revue 60 millions de consommateurs (novembre 2017 &#8211; N&#176; 531, pp. 14-19).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|101| Ibid., pp. 14 et 17.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|102| La Banque Postale est une soci&#233;t&#233; anonyme &#224; conseil d'administration. La loi du 9 f&#233;vrier 2010 dispose que le Groupe La Poste d&#233;tient la totalit&#233; du capital et des droits de vote de la Banque Postale, &#224; l'exception de 8 actions entre les mains des administrateurs (repr&#233;sentant moins de 0,01 % du capital). Le Groupe La Poste est de son c&#244;t&#233; d&#233;tenu par l'&#201;tat (73,68 %) et la Caisse des d&#233;p&#244;ts et consignations (26,32 %).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|103| Le projet de loi de nationalisation des banques, qui a donn&#233; lieu &#224; la premi&#232;re loi de nationalisation du 2 d&#233;cembre 1945, a &#233;t&#233; pr&#233;par&#233; dans le plus grand secret. Claire Andrieu rappelle les conditions de son vote : &#171; C'est en effet par peur d'un mouvement de panique &#171; qui aurait m&#234;me pu &#234;tre organis&#233; &#187; (l'auteure cite le ministre des Finances, Ren&#233; Pleven) chez les d&#233;posants, que le gouvernement avait demand&#233; &#224; l'Assembl&#233;e d'adopter une &#171; proc&#233;dure exceptionnelle pour l'examen des projets de loi urgents, en remettant en vigueur un proc&#233;d&#233; qui avait &#233;t&#233; utilis&#233; pendant la crise financi&#232;re de 1926. Par crainte aussi de la sp&#233;culation boursi&#232;re, le projet de loi fut d&#233;pos&#233; un vendredi soir apr&#232;s la fermeture de la Bourse et, avant m&#234;me qu'il fut distribu&#233; et donc connu des d&#233;put&#233;s, l'Assembl&#233;e vota la mise en application de la proc&#233;dure exceptionnelle, de fa&#231;on &#224; terminer ses travaux avant la r&#233;ouverture du march&#233; le lundi suivant. Dans le m&#234;me esprit, la loi vot&#233;e fut transmise sur-le-champ au Journal officiel qui la publia d&#232;s le lendemain 3 d&#233;cembre. &#187; (Claire Andrieu, Les nationalisations de la Lib&#233;ration, p. 311).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;ponse &#224; l'analyse de Varoufakis sur le bilan du premier gouvernement Syriza</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Reponse-a-l-analyse-de-Varoufakis-sur-le-bilan-du-premier-gouvernement-Syriza</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Reponse-a-l-analyse-de-Varoufakis-sur-le-bilan-du-premier-gouvernement-Syriza</guid>
		<dc:date>2016-12-06T06:29:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alexis Cukier, Patrick Saurin</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Solidarit&#233; avec le peuple grec</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2016-12-06</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Alexis Cukier, membre d'Ensemble ! et du r&#233;seau ERENSEP (European Research Network on Social and Economic Policies) et Patrick Saurin, un des porte paroles du syndicat Sud Solidaires BPCE, et membre de la Commission pour la V&#233;rit&#233; sur la Dette grecque r&#233;pondent &#224; Yanis Varoufakis sur l'accord du 20 f&#233;vrier 2015 et les alternatives &#224; l'aust&#233;rit&#233; en Europe. &lt;br class='autobr' /&gt; Cher Yanis Varoufakis, &lt;br class='autobr' /&gt;
Suite &#224; votre article, &#171; La Gauche Europ&#233;enne apr&#232;s le Brexit &#187;, paru le 5 septembre 2016 sur Mediapart, nous (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Grece-+" rel="tag"&gt;Gr&#232;ce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Solidarite-avec-le-peuple-grec-+" rel="tag"&gt;Solidarit&#233; avec le peuple grec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2016-12-06-+" rel="tag"&gt;Edition du 2016-12-06&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH102/arton28940-92843.jpg?1781055335' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='102' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alexis Cukier, membre d'Ensemble ! et du r&#233;seau ERENSEP (European Research Network on Social and Economic Policies) et Patrick Saurin, un des porte paroles du syndicat Sud Solidaires BPCE, et membre de la Commission pour la V&#233;rit&#233; sur la Dette grecque r&#233;pondent &#224; Yanis Varoufakis sur l'accord du 20 f&#233;vrier 2015 et les alternatives &#224; l'aust&#233;rit&#233; en Europe.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cher Yanis Varoufakis,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; votre article, &#171; &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/050916/la-gauche-europeenne-apres-le-brexit-par-yanis-varoufakis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Gauche Europ&#233;enne apr&#232;s le Brexit&lt;/a&gt; &#187;, paru le 5 septembre 2016 sur Mediapart, nous avons souhait&#233; engager une discussion avec vous en publiant &#224; notre tour sur ce m&#234;me m&#233;dia un article intitul&#233;, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Desobeir-a-l-Union-europeenne&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;D&#233;sob&#233;ir &#224; l'Union europ&#233;enne : nous sommes d'accord avec vous Yanis Varoufakis&lt;/a&gt; &#187;, dans lequel nous vous posions un certain nombre de questions. Vous avez accept&#233; de poursuivre ces &#233;changes, ce dont nous vous remercions, en publiant toujours sur Mediapart un nouvel article, &#171; &lt;a href=&#034;https://yanisvaroufakis.eu/2016/10/05/why-did-i-sign-the-2022015-eurogroup-agreement-what-is-diem25s-strategy-for-democratising-europe-opendemocracy/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pourquoi j'ai sign&#233; l'accord du 20 f&#233;vrier 2015 avec l'Eurogroup ? Quelle est la strat&#233;gie de Diem25 pour d&#233;mocratiser l'Europe&lt;/a&gt; &#187; en r&#233;ponse aux questions que nous vous avions adress&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Votre analyse appelle de notre part de nouveaux d&#233;veloppements car nous pensons que cette discussion au sujet du bilan de premier gouvernement Syriza &#8211; dont vous avez &#233;t&#233; le ministre des finances jusqu'au 6 juillet 2015 &#8211; et particuli&#232;rement de la s&#233;quence qui a conduit de l'&#233;lection &#224; la capitulation du 13 juillet, est d'une importance cruciale pour la mise en &#339;uvre d'une politique alternative au n&#233;olib&#233;ralisme, et la sortie des peuples europ&#233;ens de la cage de fer de l'aust&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi nous r&#233;pondons &#224; notre tour &#224; votre r&#233;ponse et vous invitons &#224; poursuivre ce d&#233;bat autour de deux questions qui nous semblent essentielles : l'accord du 20 f&#233;vrier 2015 et les alternatives possibles &#224; cette &#233;poque pour le gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) L'accord du 20 f&#233;vrier &#233;tait-il un bon accord ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans votre &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/ananda-cotentin/blog/250315/communique-de-leurogroupe-sur-la-grece&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;derni&#232;re contribution&lt;/a&gt; |1|, vous d&#233;fendez notamment que l'accord du 20 f&#233;vrier 2015 sign&#233; par les cr&#233;anciers et le gouvernement grec, dont vous &#233;tiez alors ministre des finances, &#233;tait un bon accord, et qu'il ne conduisait pas n&#233;cessairement &#224; la capitulation du 13 juillet. Nous ne partageons pas cette analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour vous, la signature de cet accord &#233;tait une bonne chose pour deux raisons. D'une part, elle permettait de prolonger l'accord de pr&#234;t existant de quelques mois, ce qui t&#233;moignait que votre camp n&#233;gociait de mani&#232;re constructive et de bonne foi tout en vous permettant dans le m&#234;me temps de pr&#233;parer la rupture que la tro&#239;ka &#233;tait en train d'orchestrer. D'autre part, cette signature avait pour effet de d&#233;tacher cet accord du M&#233;morandum et de &#171; ses terribles conditions &#187;, pour reprendre vos propres mots, et vous donnait la possibilit&#233; de proposer votre propre liste de r&#233;formes. Vous prenez soin de souligner que vous n'aviez &#171; pas pour mandat d'orchestrer un affrontement pr&#233;matur&#233; avec l'UE, avant d'avoir la possibilit&#233; d'obtenir un accord viable &#187;. Enfin, vous insistez sur le fait que votre gouvernement n'avait pas non plus pour mandat de faire du Grexit son objectif mais de n&#233;gocier un &#171; new deal &#187; pour la Gr&#232;ce et, si ces n&#233;gociations &#233;chouaient, d'&#234;tre pr&#234;ts &#224; tout faire pour assurer la souverainet&#233; d&#233;mocratique de votre pays, &#171; y compris accepter &#8211; s'il fallait en arriver l&#224; &#8211; que la Gr&#232;ce soit pouss&#233;e hors de la zone euro. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ressort de vos propos que l'accord du 20 f&#233;vrier n'&#233;tait en r&#233;alit&#233; qu'un &#171; affichage &#187;. Le gouvernement de Tsipras pensait gagner quelques mois de r&#233;pit pour pr&#233;parer un affrontement avec l'UE qui vous paraissait in&#233;vitable et dont les institutions europ&#233;ennes avaient d&#233;j&#224; pos&#233; les premiers jalons avec la BCE notamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui nous concerne, nous pensons que les autorit&#233;s grecques n'auraient pas d&#251; signer cet accord mais opter pour une autre position politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re des raisons est que cet accord &#233;tait manifestement incompatible avec le vote majoritaire des &#233;lecteurs grecs du 25 janvier 2015 qui avait port&#233; votre gouvernement au pouvoir |2|. Il &#233;tait par exemple incompatible avec les engagements du &#171; programme de Thessalonique &#187; &#8211; qui avait constitu&#233; les mois pr&#233;c&#233;dents la principale r&#233;f&#233;rence politique de Syriza dans le discours adress&#233; aux &#233;lecteurs. Ce dernier affirmait que &#171; nous nous engageons, face au peuple grec, &#224; remplacer d&#232;s les premiers jours du nouveau gouvernement &#8211; et ind&#233;pendamment des r&#233;sultats attendus de notre n&#233;gociation &#8211; le m&#233;morandum par un Plan national de reconstruction, rigoureusement &#233;labor&#233;, et chiffr&#233; avec pr&#233;cision &#187;, et comportait des &#171; mesures pour rem&#233;dier &#224; la crise humanitaire &#187;, des &#171; mesures prioritaires pour la relance de l'&#233;conomie &#187;, un &#171; plan national de lutte contre le ch&#244;mage et d'am&#233;lioration de la situation du march&#233; du travail &#187; et un &#171; r&#233;tablissement institutionnel et d&#233;mocratique du syst&#232;me politique &#187;. Or aucune de ces mesures n'a &#233;t&#233; possible dans le cadre de cet accord, qui contredisait explicitement ces engagements, par exemple en acceptant que &#171; Les autorit&#233;s grecques s'engagent &#224; s'abstenir de tout d&#233;mant&#232;lement des mesures et de changement unilat&#233;raux des politiques et des r&#233;formes structurelles qui auraient un impact n&#233;gatif sur les objectifs budg&#233;taires, la reprise &#233;conomique ou la stabilit&#233; financi&#232;re, tels qu'&#233;valu&#233;s par les institutions &#187;. Autrement dit, contrairement au sens manifeste du vote du 25 janvier 2015, cet accord du 20 f&#233;vrier continuait de faire d&#233;pendre les mesures prises par le gouvernement non pas de la volont&#233; du peuple grec, mais de celle des cr&#233;anciers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contenu de cet accord explicite les obligations de la Gr&#232;ce &#224; l'&#233;gard de la Tro&#239;ka : en effet, le communiqu&#233; du 20 f&#233;vrier mentionne &#224; huit reprises des &#171; engagements &#187; de la Gr&#232;ce. Par contre, les prescriptions sont quasi-inexistantes pour l'Eurogroupe, lequel &#171; r&#233;it&#232;re son appr&#233;ciation positive&#8230; &#187;, &#171; prend acte de la demande des autorit&#233;s grecques&#8230; &#187;, &#171; se f&#233;licite de l'engagement pris par les autorit&#233;s grecques&#8230; &#187;. Les seuls engagements pris par l'Eurogroupe sont soit assortis de conditions draconiennes &#8211; par exemple les fonds de la r&#233;serve du Fonds hell&#233;nique de stabilit&#233; financi&#232;re resteront disponibles mais ne pourront &#234;tre utilis&#233;s &#171; que pour la recapitalisation et le sauvetage des banques &#187; &#8211; soit d&#233;nu&#233;es de caract&#232;re contraignant lorsqu'il est indiqu&#233; que &#171; les institutions fourniront un premier avis&#8230; &#187;. L'accord pass&#233; le 20 f&#233;vrier 2015 &#233;tait bien un accord in&#233;galitaire qui laissait &#224; la Gr&#232;ce l'essentiel des obligations et qui a surtout permis de v&#233;rifier par la suite l'impasse d'une strat&#233;gie positive &#224; tout prix dans le cadre de l'euro pour obtenir un accord viable et de l'illusion de croire pouvoir &#171; n&#233;gocier de bonne foi &#187; avec la tro&#239;ka. D'une part, comme vous avez pu am&#232;rement le v&#233;rifier, vous n'aviez pas en face de vous des interlocuteurs loyaux et de bonne foi. D'autre part, le souci de gagner du temps a &#233;t&#233; surtout b&#233;n&#233;fique aux riches familles grecques et aux grandes entreprises qui en ont profit&#233; pour faire sortir du pays des sommes consid&#233;rables |3| ; ce qui a contribu&#233; &#224; ass&#233;cher les banques, d'autant que dans le m&#234;me temps la BCE avait ferm&#233; ses robinets de liquidit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accord du 20 f&#233;vrier fut une d&#233;faite pour le gouvernement de la Gr&#232;ce et sa population. Le reconna&#238;tre aurait &#233;t&#233;, et constitue toujours, une condition n&#233;cessaire pour tirer les le&#231;ons de cette exp&#233;rience, et ne pas recommencer les m&#234;mes erreurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) D&#232;s f&#233;vrier 2015, il y avait des alternatives !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres choix &#233;taient possibles, selon nous. Ils n'&#233;taient pas faciles mais nous pensons qu'ils pouvaient donner des moyens &#224; la Gr&#232;ce d'engager une premi&#232;re rupture avec les politiques d'aust&#233;rit&#233; qui lui &#233;taient impos&#233;es depuis des ann&#233;es et que l'accord du 20 f&#233;vrier ne remettait pas en cause et qu'au contraire il reconduisait. Nous pensons que trois mesures d'urgence, fond&#233;es en droit et justifi&#233;es d'un point de vue d&#233;mocratique, auraient pu et d&#251; &#234;tre d&#233;cid&#233;es d&#232;s la mise en place du nouveau gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) Contr&#244;ler la circulation des capitaux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re mesure consistait &#224; mettre en &#339;uvre un contr&#244;le strict de la circulation des capitaux pour pallier les sorties d'argent consid&#233;rables qui n'&#233;taient pas justifi&#233;es par des &#233;changes &#233;conomiques. Mise en place seulement le 28 juin 2015, cette mesure aurait d&#251; appliqu&#233;e d&#232;s l'arriv&#233;e de Syriza au gouvernement, comme l'a reconnu James K. Galbraith |4|, mais Alexis Tsipras s'y est refus&#233; car il consid&#233;rait que cela constituait un premier pas irr&#233;versible vers la sortie de l'euro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'instauration d'un contr&#244;le des capitaux constituait une remise en cause des trait&#233;s europ&#233;ens et de toutes les restrictions aux mouvements de capitaux et aux paiements entre les &#201;tats membres, mais aussi celles entre les &#201;tats membres et les pays tiers en vigueur depuis le 1er janvier 1994. Or le gouvernement grec aurait pu se pr&#233;valoir de l'exception pr&#233;vue par l'article 65 alin&#233;a 1, b du chapitre 4 du Titre IV du trait&#233; sur le fonctionnement de l'Union europ&#233;enne qui d&#233;finit les modalit&#233;s qui permet aux &#201;tats membres &#171; de prendre des mesures justifi&#233;es par des motifs li&#233;s &#224; l'ordre public ou &#224; la s&#233;curit&#233; publique &#187;. Le gouvernement grec aurait pu &#233;galement invoquer le pr&#233;c&#233;dent chypriote, lorsque le 28 mars 2013 fut d&#233;cid&#233; la mise en place d'un contr&#244;le des capitaux pour tenter de parer &#224; un bank run, un dispositif qui restera en vigueur deux ans. M&#234;me le FMI consid&#233;rait dans une note du 14 novembre 2012 que &#171; la lib&#233;ralisation des mouvements de capitaux comportait des risques &#187; |5|. Cette institution admettait &#233;galement qu' &#171; il n'y a [&#8230;] aucune pr&#233;somption que la lib&#233;ralisation totale soit un but appropri&#233; pour tous les pays &#224; toutes les &#233;poques &#187; |6|.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) Suspendre le paiement de la dette et engager un audit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde initiative r&#233;sidait dans la mise en place d'un moratoire sur le paiement de la dette publique dans l'attente des conclusions d'un audit dont l'objet &#233;tait d'identifier si une partie de cette dette n'&#233;tait pas ill&#233;gale, ill&#233;gitime, odieuse ou insoutenable. Rappelons que le cadre de programme gouvernemental de Syriza pr&#233;voyait la &#171; ren&#233;gociation des contrats de pr&#234;ts et de la dette [&#8230;] avec pour objectifs [&#8230;] l'annulation de la majeure partie de la valeur nominale de la dette publique, de sorte qu'elle devienne viable, dans le contexte d'une &#171; Conf&#233;rence sur la Dette Europ&#233;enne &#187;, [&#8230;], l'instauration d'une &#171; clause de croissance &#187; dans le remboursement de la part restante de la dette, de fa&#231;on &#224; ce qu'il soit financ&#233; par la croissance et non par le budget, [&#8230;], que soit accord&#233; un d&#233;lai de gr&#226;ce, c'est-&#224;-dire un &#171; moratorium &#187; pour son paiement [&#8230;]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engag&#233;s le 4 avril 2015, les travaux de la Commission pour la V&#233;rit&#233; sur la Dette Publique Grecque ont &#233;tabli que la quasi-totalit&#233; de la dette &#233;tait ill&#233;gale, ill&#233;gitime, odieuse et insoutenable, et &#224; ce titre n'avait pas &#224; &#234;tre rembours&#233;e. Le Gouvernement pouvait appuyer sa d&#233;cision sur un ensemble de textes de droit, notamment l'article 103 de la Charte des Nations Unies, les articles 25, 26, 46, 52, 53, 56 et 69 de la Convention de Vienne sur le droit des trait&#233;s, l'article 25 du projet d'articles de la Commission de droit international et les articles 28 et 36 de la Constitution grecque. Ainsi, sachant que la satisfaction des droits humains fondamentaux doit &#234;tre assur&#233;e avant le paiement de la dette, la Gr&#232;ce aurait pu en toute l&#233;galit&#233; suspendre le paiement de sa dette avant d'envisager sa r&#233;pudiation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) Reprendre le contr&#244;le du syst&#232;me bancaire en socialisant les banques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, un troisi&#232;me acte fort aurait consist&#233; &#224; reprendre le contr&#244;le des banques. D&#232;s 2012, le programme de Syriza pr&#233;voyait la nationalisation des banques et dans les propositions annonc&#233;es par Alexis Tsipras dans son discours inaugural du 3 janvier 2015 figuraient la cr&#233;ation d'une banque publique de d&#233;veloppement et de banques sp&#233;ciales pour les PME. Ces propositions n'ont pas &#233;t&#233; suivies d'effets, le gouvernement grec a pr&#233;f&#233;r&#233; faire le choix de se plier aux injonctions de la tro&#239;ka et venir en aide aux banques priv&#233;es. Or, au lieu de proc&#233;der en pure perte &#224; des recapitalisations successives &#224; coup de dizaines de milliards d'euros avec de l'argent public, sans pour autant se voir accorder un pouvoir de d&#233;cision au sein des conseils d'administrations des banques renflou&#233;es par des fonds publics, le gouvernement grec aurait d&#251; engager un processus de faillite ordonn&#233;e. Comme vous le relevez &#224; juste titre, &#171; organiser un processus de faillite pour les banques aurait impliqu&#233; de les nationaliser. &#187; Or, c'&#233;tait la solution qui s'imposait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La doxa &#233;conomique dominante refuse d'envisager cette &#233;ventualit&#233; qu'elle consid&#232;re tout &#224; la fois irr&#233;alisable et dangereuse. Pourtant, si l'on prend le seul exemple de la France, au 1er janvier 1946, le gouvernement nouvellement mis en place a proc&#233;d&#233; &#224; la &lt;a href=&#034;https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000006072686&amp;&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;nationalisation des quatre grandes banques de d&#233;p&#244;ts et de la Banque de France&lt;/a&gt;. Plus pr&#232;s de nous, la &lt;a href=&#034;https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000503960&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;loi de nationalisation du 13 f&#233;vrier 1982&lt;/a&gt; vot&#233;e pendant le premier septennat de Fran&#231;ois Mitterrand pla&#231;a sous l'autorit&#233; de l'&#201;tat 39 banques, ce &#224; quoi il faut ajouter le transfert des actions de trois autres grandes banques au capital desquelles l'&#201;tat ou des personnes morales de droit public &#233;taient pr&#233;sents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or c'est pr&#233;cis&#233;ment la mise en &#339;uvre imm&#233;diate et simultan&#233;e de ces trois mesures qui aurait permis de mettre un premier coup d'arr&#234;t aux politiques d'aust&#233;rit&#233; dict&#233;es par la tro&#239;ka au gouvernement grec. Le gouvernement grec n'&#233;tait pas pr&#233;par&#233; &#224; l'affrontement in&#233;vitable avec la tro&#239;ka. Il a sous-estim&#233; la d&#233;loyaut&#233; et de pugnacit&#233; des membres de celle-ci. Loin d'&#234;tre une garantie pour lui, l'affirmation de son attachement inconditionnel &#224; l'euro a &#233;t&#233; comprise comme la reconnaissance d'un asservissement et a fourni un moyen de chantage &#224; ses adversaires. La capitulation du 13 juillet 2015 &#233;tait d&#233;j&#224; inscrite dans cette strat&#233;gie d&#233;ficiente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, dans la situation qui &#233;tait celle de la Gr&#232;ce au d&#233;but de l'ann&#233;e 2015, le gouvernement d'Alexis Tsipras a commis l'erreur de s'isoler, de se couper de la population en privil&#233;giant des r&#233;unions en comit&#233; restreint et des rencontres institutionnelles avec les repr&#233;sentants de la tro&#239;ka. Le gouvernement charg&#233; de mettre en &#339;uvre une politique de gauche aurait d&#251; rechercher activement, d&#232;s son &#233;lection et avant de signer quelque accord, l'appui de la population aussi bien en Gr&#232;ce qu'en Europe ; ce qu'il na pas voulu faire. Il &#233;tait pourtant n&#233;cessaire d'appeler &#224; la mobilisation et &#224; la solidarit&#233;, y compris pour peser face aux repr&#233;sentants de la tro&#239;ka et des banques. En tant que ministre des finances de ce gouvernement, fort de l'aura qui &#233;tait la v&#244;tre, vous auriez pu, notamment, intervenir dans des rencontres publiques pour expliquer, relayer et intensifier cet appel &#224; la mobilisation et &#224; la solidarit&#233;, lesquelles auraient pu prendre une toute autre ampleur et qui auraient &#233;t&#233; de nature &#224; initier une dynamique visant &#224; changer les rapports de force en Gr&#232;ce et en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher Yanis Varoufakis, il ne s'agit pas pour nous, vous l'aurez compris, de refaire l'histoire. Mais nous pensons que l'analyse de l'exp&#233;rience grecque est d'une importance cruciale pour la r&#233;flexion strat&#233;gique des forces sociales et politique de la gauche en Europe. Ce qui est en question n'est rien moins que la possibilit&#233; d'une politique alternative au n&#233;olib&#233;ralisme et &#224; l'aust&#233;rit&#233; en Europe. Au vu d'un tel enjeu, nous estimons essentiel de poursuivre le d&#233;bat que nous avons engag&#233; en esp&#233;rant que vous le souhaitiez aussi de votre c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/181116/reponse-lanalyse-de-varoufakis-sur-le-bilan-du-premier-gouvernement-syriza&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Blogue Mediapart&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|1| &lt;a href=&#034;http://www.consilium.europa.eu/en/press/press-releases/2015/02/150220-eurogroup-statement-greece/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.consilium.europa.eu/en/press/press-releases/2015/02/150220-eurogroup-statement-greece/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|2| Du reste, cet accord a aussi marqu&#233; le coup d'arr&#234;t des manifestations et mobilisations qui avaient repris d&#233;but 2015 pour soutenir le gouvernement suite au coup de force de la BCE. Ce n'est que lors de la campagne pour le r&#233;f&#233;rendum du 5 juillet, qui a g&#233;n&#233;r&#233; une grande ferveur populaire en suscitant de nouveaux espoirs, que les mobilisations ont ensuite repris. Sur cet aspect crucial pour &#233;valuer les cons&#233;quences de cet accord, voir notamment en fran&#231;ais : Stathis Kouv&#233;lakis, La Gr&#232;ce, Syriza et l'Europe n&#233;olib&#233;rale. Entretiens avec Alexis Cukier, Paris, La Dispute, 2015, p. 90 sq.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|3| On estime &#224; plus de 50 milliards d'euros les sommes retir&#233;es des comptes en banque entre novembre 2014 et juin 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|4| James Galbraith, Welcome to the Poisoned Chalice : The Destruction of Greece and the Future of Europe, New Haven, Yale University Press, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|5| FMI, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.imf.org/external/np/pp/eng/2012/111412.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;The liberalization and management of capital flows : an institution view&lt;/a&gt; &#187;, 14 novembre 2012, p. 11.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|6| FMI, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.imf.org/external/pubs/ft/survey/so/2012/POL120312A.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;IMF Survey : IMF Adopts Institutional View on Capital Flows&lt;/a&gt; &#187;, 3 d&#233;cembre 2012&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La &#171; Crise grecque &#187; une crise provoqu&#233;e par les banques</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-Crise-grecque-une-crise-provoquee-par-les-banques</link>
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		<dc:date>2016-04-26T07:21:55Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Saurin</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Solidarit&#233; avec le peuple grec</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2016-04-26</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Tenez ! nous autres, avec notre Banque universelle, n'allons-nous pas couvrir l'horizon le plus large, toute une trou&#233;e sur le vieux monde de l'Asie, un champ sans limite &#224; la pioche du progr&#232;s et &#224; la r&#234;verie des chercheurs d'or ? Certes, jamais ambition n'a &#233;t&#233; plus colossale, et, je l'accorde, jamais non plus conditions de succ&#232;s ou d'insucc&#232;s n'ont &#233;t&#233; plus obscures. &#187;
&lt;br class='autobr' /&gt;
(Saccard dans L'argent, &#201;mile Zola) &lt;br class='autobr' /&gt; Le pseudo-r&#233;cit de la &#171; crise grecque &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Omnipr&#233;sents dans les grands m&#233;dias (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Grece-+" rel="tag"&gt;Gr&#232;ce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Solidarite-avec-le-peuple-grec-+" rel="tag"&gt;Solidarit&#233; avec le peuple grec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2016-04-26-+" rel="tag"&gt;Edition du 2016-04-26&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton26111-0aed2.jpg?1781393554' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Tenez ! nous autres, avec notre Banque universelle, n'allons-nous pas couvrir l'horizon le plus large, toute une trou&#233;e sur le vieux monde de l'Asie, un champ sans limite &#224; la pioche du progr&#232;s et &#224; la r&#234;verie des chercheurs d'or ? Certes, jamais ambition n'a &#233;t&#233; plus colossale, et, je l'accorde, jamais non plus conditions de succ&#232;s ou d'insucc&#232;s n'ont &#233;t&#233; plus obscures. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
(Saccard dans L'argent, &#201;mile Zola)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le pseudo-r&#233;cit de la &#171; crise grecque &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Omnipr&#233;sents dans les grands m&#233;dias qui leur tiennent lieu de biotope, les tenants de la pens&#233;e lib&#233;rale ont construit ces derni&#232;res ann&#233;es le r&#233;cit d'une &#171; crise grecque &#187; qui m&#233;rite plus le qualificatif de pseudo-r&#233;cit, c'est-&#224;-dire de mensonge |1|, que celui de mythe. Ce dernier mot transporte avec lui trop de dimensions riches et profondes pour qu'il soit r&#233;duit &#224; d&#233;signer une litanie de contrev&#233;rit&#233;s sciemment d&#233;bit&#233;es &#224; l'envi. Le r&#233;cit officiel fait une large place &#224; un peuple grec oisif, d&#233;pensier et fraudeur, gouvern&#233; par quelques politiciens cupides et incomp&#233;tents. S'il lui arrive &#224; l'occasion de mentionner les armateurs et l'&#201;glise orthodoxe ou d'&#233;voquer rapidement quelques cas de corruption av&#233;r&#233;e, le discours dominant se garde bien de creuser le sujet et persiste dans son refus de donner une pr&#233;sentation objective, exhaustive et honn&#234;te de la situation. Ainsi, on rel&#232;ve quelques oublis d'importance. Le pr&#233;l&#232;vement de l'imp&#244;t &#224; la source, pourtant appliqu&#233; &#224; pr&#232;s de deux tiers des salari&#233;s, notamment les fonctionnaires et les retrait&#233;s, est pass&#233; en pertes et profits. On trouve &#233;galement peu d'investigations sur la fraude fiscale qui est pour l'essentiel le fait des riches particuliers et des grosses soci&#233;t&#233;s b&#233;n&#233;ficiant de la complicit&#233; des banques de territoires fiscalement compr&#233;hensifs, certains en Europe tels le Luxembourg cher &#224; Jean-Claude Junker, le Royaume Uni et ses &#238;les accueillantes, ou la Suisse. De m&#234;me, les cas de corruption mettant en cause des politiciens et des grands groupes &#233;trangers sont rarement relat&#233;s dans le d&#233;tail, et les liens entre patrons de grands groupes, banquiers et politiciens sont peu souvent &#233;voqu&#233;s. Mais, le plus r&#233;pr&#233;hensible &#224; nos yeux dans ce cat&#233;chisme d'&#201;pinal cens&#233; rendre compte de la situation grecque r&#233;side dans son parti pris d&#233;lib&#233;r&#233; de passer sous silence les v&#233;ritables causes &#224; l'origine du probl&#232;me et les responsabilit&#233;s d'acteurs essentiels que sont les banques, les organes de supervision et les institutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette &#233;tude, nous allons centrer notre attention sur les banques, tout sp&#233;cialement sur leurs activit&#233;s de financement en Gr&#232;ce de la fin des ann&#233;es 90 jusqu'&#224; ce d&#233;but d'ann&#233;e 2016. &#192; partir de quelques donn&#233;es chiffr&#233;es tir&#233;es de sources officielles, mais rarement mentionn&#233;es dans les m&#233;dias mainstream, nous allons proposer une grille de lecture originale de la situation de la Gr&#232;ce, avant d'en donner une analyse et un commentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aux origines de la bulle de cr&#233;dit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Gr&#232;ce, l'ann&#233;e 1998 marque le d&#233;but d'une d&#233;cennie de d&#233;versements massifs de financements effectu&#233;s par les banques, arrosant indistinctement la sph&#232;re des particuliers (simultan&#233;ment sollicit&#233;s en qualit&#233; d'acc&#233;dant &#224; la propri&#233;t&#233;, automobiliste, consommateur de biens &#233;lectrom&#233;nagers, vacancier, voire de panier perc&#233; cherchant &#224; combler son d&#233;couvert), celle des entreprises et enfin l'&#201;tat grec. Un arrosage dru et soutenu renvoyant l' &#171; helicopter money &#187; de Milton Friedman au rang de l&#233;g&#232;re brume passag&#232;re. Que l'on en juge : entre 1998 et 2008 en Gr&#232;ce, pour ce qui concerne les m&#233;nages, l'encours des pr&#234;ts immobiliers est multipli&#233; par 11, celui des pr&#234;ts &#224; la consommation par 12, quant &#224; l'encours des pr&#234;ts aux entreprises il quadruple. Sur la m&#234;me p&#233;riode, la dette publique a progress&#233; bien moins vite que la dette priv&#233;e puisqu'elle a &#233;t&#233; multipli&#233;e par un peu plus de 2. Nous sommes bien en pr&#233;sence d'une bulle de cr&#233;dit priv&#233;e qui pr&#233;c&#232;de et alimente le d&#233;veloppement de la dette publique. En effet, si 2008 marque le d&#233;but de la stabilisation puis de la diminution de la dette priv&#233;e, cette ann&#233;e voit &#233;galement l'acc&#233;l&#233;ration de la progression de la dette publique puisqu'entre 2008 et 2010, en seulement deux ann&#233;es, celle-ci augmente de pr&#232;s de 25 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tableau 1&lt;/strong&gt;. &#201;volution des encours de cr&#233;dit des m&#233;nages et des entreprises en Gr&#232;ce de d&#233;cembre 1998 &#224; d&#233;cembre 2015 (en millions d'euros) &lt;br class='autobr' /&gt;
source : Banque de Gr&#232;ce&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2681 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH391/63b8bf355371a407-d55ba4b0-30e2a.png?1781393555' width='500' height='391' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tableau 2&lt;/strong&gt;. &#201;volution de la dette publique de la Gr&#232;ce de d&#233;cembre 1998 &#224; d&#233;cembre 2015 (en milliards d'euros) &lt;br class='autobr' /&gt;
source : Eurostat&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2682 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH177/ed88dbabf1013f91-8c838552-da4aa.png?1781393555' width='500' height='177' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re de lib&#233;ralisation financi&#232;re, l'ann&#233;e 1998 peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une date charni&#232;re pour la Gr&#232;ce. En effet, la formation de la bulle de cr&#233;dit va de pair avec la formation d'une autre bulle, boursi&#232;re celle-l&#224;, qui &#233;clatera dans les ann&#233;es 2000 et affectera s&#233;v&#232;rement beaucoup de particuliers qui avaient investi en bourse leurs &#233;conomies. Elisabeth Springler souligne que &#171; les m&#233;nages grecs accrurent leurs d&#233;tentions d'actions substantiellement &#224; la fin des ann&#233;es 90 (tout particuli&#232;rement de 1998 &#224; 2000), les m&#233;nages poss&#233;daient un montant de 41 milliards d'euros d'actions et 23,2 milliards d'euros d'obligations, ce qui repr&#233;sentait respectivement 36,2 % et 20,5 % du PIB. &#187; |2|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1998 &#224; 2001, on observe &#233;galement la mise en &#339;uvre d'un processus rapide de privatisation du secteur bancaire jusqu'alors &#224; 70 % sous le contr&#244;le direct ou indirect de l'&#201;tat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons souligner ici deux points essentiels. Tout d'abord, avant de consentir un pr&#234;t, la banque a l'obligation de conna&#238;tre la situation de son client, de v&#233;rifier la bonne adaptation du financement &#224; son besoin, d'&#233;valuer le risque, et au final, en cas de mauvaise appr&#233;ciation de sa part, de supporter les pertes cons&#233;cutives &#224; un d&#233;faut de paiement de l'emprunteur d&#233;faillant. Ensuite, il faut rappeler que dans les ann&#233;es deux mille, les banques ont pr&#234;t&#233; aux acteurs &#233;conomiques grecs &#224; des taux d'int&#233;r&#234;t tr&#232;s r&#233;mun&#233;rateurs pour elles, les banques &#233;trang&#232;res, allemandes et fran&#231;aises en particulier, pratiquant en Gr&#232;ce des taux sup&#233;rieurs &#224; ceux pratiqu&#233;s dans leur propre pays. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce qui a d&#233;cid&#233; les banques fran&#231;aises &#224; proc&#233;der &#224; l'acquisition de banques grecques en vue de faciliter et dynamiser leurs investissements dans ce qu'elles consid&#233;raient comme un nouvel Eldorado. En mars 2004, la Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale acquiert la majorit&#233; du capital de la Banque G&#233;n&#233;rale de Gr&#232;ce (50,01 %) qui est rebaptis&#233;e Geniki Bank. En ao&#251;t 2006, c'est au tour de Cr&#233;dit Agricole S.A. de r&#233;aliser une OPA sur Emporiki Bank S.A. Dans un communiqu&#233; de l'&#233;poque, Georges Pauget, Directeur G&#233;n&#233;ral de Cr&#233;dit Agricole S.A. justifiait ce choix en ces termes : &#171; &#8230; cette acquisition&#8230; nous donne acc&#232;s &#224; un march&#233; en croissance dans une r&#233;gion en rapide expansion. &#187; |3|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La responsabilit&#233; des banques grecques et &#233;trang&#232;res dans cet emballement de cr&#233;dit observ&#233; entre 1998 et 2008 est &#233;vidente, car leurs dirigeants auraient d&#251; pr&#234;ter attention &#224; des &#233;volutions dont ils avaient pourtant connaissance mais qu'ils n'ont pas jug&#233; utile de prendre en consid&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On rel&#232;ve tout d'abord une discordance hors norme entre l'&#233;volution des encours des cr&#233;dits et celle des encours des d&#233;p&#244;ts en Gr&#232;ce entre 1998 et 2008. Dans le m&#234;me temps o&#249; sur cette p&#233;riode l'encours des pr&#234;ts des m&#233;nages faisait plus que d&#233;cupler et celui des pr&#234;ts aux entreprises quadruplait, les d&#233;p&#244;ts des m&#233;nages &#233;taient multipli&#233;s par deux et demi et ceux des entreprises par un peu plus de trois. Si en 1998 le montant total des d&#233;p&#244;ts des m&#233;nages et des entreprises repr&#233;sentait le double du montant total des encours de cr&#233;dit de ces deux acteurs &#233;conomiques, en 2008 le total des encours de cr&#233;dit d&#233;passait celui des d&#233;p&#244;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tableau 3&lt;/strong&gt;. &#201;volution des encours de d&#233;p&#244;ts et repos (titres mise en pension) des m&#233;nages et des entreprises en Gr&#232;ce de d&#233;cembre 1998 &#224; d&#233;cembre 2015 (en millions d'euros) &lt;br class='autobr' /&gt;
source : Banque de Gr&#232;ce&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2683 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH186/9617c440fcbaea88-08e25169-bf2ec.png?1781393555' width='500' height='186' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;volution aussi atypique aurait d&#251; &#233;veiller les soup&#231;ons des banquiers &#233;trangers, les fran&#231;ais en particulier, car dans leur pays ils ne connaissaient pas de tels ph&#233;nom&#232;nes. En effet, en France, au cours de cette m&#234;me p&#233;riode, les encours de cr&#233;dits et de d&#233;p&#244;ts &#233;voluaient d'une mani&#232;re bien diff&#233;rente. Entre 1998 et 2008, en France, l'encours des cr&#233;dits &#224; la consommation a progress&#233; de 67 % et celui des cr&#233;dits &#224; l'habitat des particuliers a &#233;t&#233; multipli&#233; par 2,7, des progressions bien d&#233;risoires compar&#233;es &#224; celles observ&#233;es en Gr&#232;ce au m&#234;me moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tableau 4&lt;/strong&gt;. &#201;volution des encours de cr&#233;dit des m&#233;nages et des soci&#233;t&#233;s non financi&#232;res en France de d&#233;cembre 1998 &#224; d&#233;cembre 2015 (en millions d'euros) &lt;br class='autobr' /&gt;
source : Banque de France&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2684 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH232/1aad3956ced2d576-4803e40b-f09c7.png?1781393555' width='500' height='232' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tableau 5&lt;/strong&gt;. &#201;volution de l'encours des d&#233;p&#244;ts en France des m&#233;nages et des entreprises (soci&#233;t&#233;s non financi&#232;res) de d&#233;cembre 1998 &#224; d&#233;cembre 2015 (en millions d'euros) |4| &lt;br class='autobr' /&gt;
source : Banque de France&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2685 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH188/c452012c45c5c814-968ecd84-0fb12.png?1781393555' width='500' height='188' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'explosion de la bulle de cr&#233;dit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; les financements mis en place par les banques au cours de la d&#233;cennie 1998-2008 ne reposaient pas sur des analyses s&#233;rieuses de projets mais r&#233;sultaient du seul objectif des banques de b&#233;n&#233;ficier de la r&#233;mun&#233;ration la plus &#233;lev&#233;e sur les sommes pr&#234;t&#233;es, on assista &#224; partir de 2008 &#224; une explosion des impay&#233;s sur les pr&#234;ts qui se poursuit encore aujourd'hui. L'&#233;volution de ce que l'on d&#233;signe sous le sigle NPLS, Non-performing loans, les &#171; pr&#234;ts non-performants &#187; ou pr&#234;ts &#224; risque, rend bien compte de la l&#233;g&#232;ret&#233; avec laquelle ces pr&#234;ts ont &#233;t&#233; consentis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tableau 6&lt;/strong&gt;. &#201;volution des NPLs en Gr&#232;ce et en France (pourcentage de pr&#234;ts impay&#233;s de plus de 90 jours sur l'ensemble des pr&#234;ts) &lt;br class='autobr' /&gt;
Source : Banque Mondiale&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2686 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH113/841e3ab66c5ec0d5-ece6cc52-7a95a.png?1781393555' width='500' height='113' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D'autres &#233;tudes font &#233;tat de chiffres encore plus catastrophiques pour la Gr&#232;ce du fait d'une d&#233;finition plus rigoureuse des NPLs. En effet, les NPLS repr&#233;sentent les pr&#234;ts en impay&#233; depuis plus de 3 mois (comme sur le tableau ci-dessus reprenant les donn&#233;es de la Banque Mondiale), mais ils doivent &#233;galement prendre en compte les pr&#234;ts ayant fait l'objet d'une restructuration. C'est ainsi qu'a proc&#233;d&#233; le FMI dans son Rapport sur la Gr&#232;ce de juin 2014 pour estimer &#224; 40 % la part des NPLs sur l'encours total des pr&#234;ts des m&#233;nages et des entreprises &#224; la fin de l'ann&#233;e 2013 |5|, la Banque Mondiale avan&#231;ant de son c&#244;t&#233; le pourcentage de 31,9 % pour cette m&#234;me ann&#233;e. Il faut avoir &#224; l'esprit que derri&#232;re ces &#171; pr&#234;ts non-performants &#187;, il y a de nombreuses familles dont un des droits fondamentaux reconnus par l'article 25 de la D&#233;claration universelle des Droits de l'Homme du 10 d&#233;cembre 1948, le droit au logement, est remis en cause. Aujourd'hui, les institutions d&#233;sign&#233;es d&#233;sormais sous le nom de &#171; quartet &#187; (la Commission europ&#233;enne, la BCE, le FMI et le M&#233;canisme europ&#233;en de stabilit&#233;) exercent un ignoble chantage sur le gouvernement grec afin d'abaisser le seuil de la valeur estim&#233;e des biens immobiliers &#224; partir duquel on peut expulser les occupants et effectuer des saisies pour permettre aux banques de se renflouer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les politiques sp&#233;culatives des banques grecques ont repr&#233;sent&#233; un co&#251;t tr&#232;s important pour l'&#201;tat grec et sa population, ces m&#234;mes banques priv&#233;es vont &#234;tre les principales b&#233;n&#233;ficiaires des plans de soutien mis en place depuis 2010. Le second m&#233;morandum de 2012 pr&#233;voyait 48,2 milliards d'euros pour couvrir les co&#251;ts de r&#233;solution et de recapitalisation des banques. Sur la p&#233;riode 2008-2014, la Commission pour la V&#233;rit&#233; sur la Dette publique grecque a chiffr&#233; le total des aides aux institutions financi&#232;res grecques &#224; 146,35 milliards d'euros, 43,6 milliards au titre des recapitalisations, 84,48 milliards de garantie et 18,27 milliard de mesures de liquidit&#233; autres que des garanties |6|. Le 3e m&#233;morandum valid&#233; par l'Eurogroupe le 14 ao&#251;t 2015 pr&#233;voyait de consacrer 26 milliards d'euros aux banques sur l'enveloppe totale maximale de 86 milliards d'euros. Mais ces aides colossales n'ont pas eu les effets escompt&#233;s. Pour preuve, entre juillet 2012 et d&#233;cembre 2013, on a enregistr&#233; la mise en liquidation et le transfert des banques suivantes : Agricultural Bank of Greece S.A., TT Hellenic Postbank S.A., First Business Bank S.A., Probank S.A., Cooperative Bank of Western Macedonia, Cooperative Bank of Dodecanese et Cooperative Bank of Evia. &#192; ce jour, les banques sont toujours sous assistance financi&#232;re des pouvoirs publics. Au 30 septembre 2015, le Fonds Hell&#233;nique de Stabilit&#233; Financi&#232;re d&#233;tenait une participation importante dans le capital des banques syst&#233;miques grecques, respectivement de 66,24 % pour Alpha Bank, 35,41 % pour Eurobank, 57,24 % pour NBG et 66,93 % pour Piraeus Bank. |7|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'explosion de la bulle de cr&#233;dit a &#233;galement affect&#233; certaines banques priv&#233;es &#233;trang&#232;res qui ont pay&#233; le prix de leur incons&#233;quence. Faute de reposer sur une analyse s&#233;rieuse, les choix d'implantation en Gr&#232;ce du Cr&#233;dit Agricole et de la Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale se sont r&#233;v&#233;l&#233;s catastrophiques, puisque quelques ann&#233;es &#224; peine apr&#232;s avoir achet&#233; chacun une banque grecque les deux groupes bancaires fran&#231;ais d&#233;cid&#232;rent de les revendre non sans avoir subi des pertes tr&#232;s cons&#233;quentes. Le 17 octobre 2012, Cr&#233;dit Agricole S.A. c&#233;dait la totalit&#233; du capital d'Emporiki &#224; Alpha Bank pour l'euro symbolique |8|. Deux jours plus tard, le 19 octobre, la Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale vendait la totalit&#233; de ses parts dans Geniki Bank &#224; Piraeus Bank, l&#224; encore pour un euro. L'aventure d'Emporiki aura co&#251;t&#233; plus de 10 milliards d'euros au Cr&#233;dit Agricole. Mais il faut pr&#233;ciser que le co&#251;t de ces sinistres a &#233;t&#233; support&#233; au final par le personnel de ces banques &#224; travers de massives suppressions d'emplois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tableau 7&lt;/strong&gt;. &#201;volution des effectifs du Groupe Cr&#233;dit Agricole et de la Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale entre 2008 et 2014. &lt;br class='autobr' /&gt;
Source : Secafi&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2687 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH166/2e329bd6921c9427-45895d9e-64f29.png?1781393555' width='500' height='166' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment en est-on arriv&#233; l&#224; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; pr&#234;ts non-performants &#187; sont une des cons&#233;quences les plus pr&#233;judiciables de la bulle de cr&#233;dit priv&#233;. Andreas Koutras, consultant de la soci&#233;t&#233; de conseil Valere Capital, identifie quatre facteurs &#224; l'origine de l'explosion de ce risque : une mauvaise politique des banques en mati&#232;res de cr&#233;dit &#233;voluant entre imprudence et ill&#233;galit&#233;, la gravit&#233; de la r&#233;cession qui a fait perdre &#224; la Gr&#232;ce 25 % de son PIB, le surendettement des consommateurs et des entrepreneurs, enfin une culture du non-paiement favoris&#233;e par certains partis politiques |9|. &#192; ce constat factuel qui souligne la responsabilit&#233; premi&#232;re des banques et de la classe politique au pouvoir &#224; l'&#233;poque, il faut ajouter la d&#233;faillance des instances de contr&#244;le et de supervision nationales et internationales, toutes aux abonn&#233;s absents durant la p&#233;riode 1998-2008. Cr&#233;&#233; par le Conseil europ&#233;en lors du sommet de la zone euro en juin 2012, l'Union bancaire visait notamment &#224; renforcer les banques et &#224; mieux les surveiller. La situation calamiteuse des banques grecques aujourd'hui et les r&#233;centes r&#233;v&#233;lations des &#171; Panama Papers &#187; souligne l'&#233;chec des deux piliers de cette instance que sont le M&#233;canisme de surveillance unique (MSU) et du M&#233;canisme de r&#233;solution unique (MRU) dans leurs missions respectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais un autre &#233;l&#233;ment essentiel &#224; nos yeux r&#233;side dans l'al&#233;a moral, c'est-&#224;-dire dans la facult&#233; qu'ont les banques de mener des politiques financi&#232;res risqu&#233;es en sachant qu'en cas de probl&#232;me l'&#201;tat et les contribuables viendront les renflouer. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce qui s'est produit avec la crise financi&#232;re de 2007-2008 qui a vu les &#201;tats apporter des milliards d'aide aux banques priv&#233;es en difficult&#233; |10|.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette situation r&#233;v&#232;le la faillite d'un syst&#232;me, le capitalisme, et des politiques men&#233;es en son nom par les &#201;tats et les structures inter&#233;tatiques telles que la Commission europ&#233;enne, la BCE, le FMI, le MES, etc. Nous nous trouvons aujourd'hui face &#224; un dilemme que Tom Thomas r&#233;sume parfaitement : &#171; D&#233;truire le capital ou &#234;tre d&#233;truit par lui. &#187; |11| La mise au pas des banques et de la finance qui ont jou&#233; un r&#244;le central dans la crise qui perdure depuis 2007-2008 doit donc &#234;tre une priorit&#233; pour celles et ceux qui refusent d'&#234;tre broy&#233;s par le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut changer de syst&#232;me bancaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, de plus en plus de voix s'&#233;l&#232;vent pour critiquer les exactions de la finance et r&#233;clamer un changement radical de syst&#232;me bancaire afin d'en faire un authentique service public. |12|&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que nous consid&#233;rons que l'&#233;pargne, le cr&#233;dit, la s&#233;curit&#233; des encaisses mon&#233;taires et la pr&#233;servation de l'int&#233;grit&#233; des syst&#232;mes de paiement (esp&#232;ces, cartes, ch&#232;ques, virements, paiements &#233;lectroniques, etc.) rel&#232;vent de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, nous pr&#233;conisons la cr&#233;ation d'un service public bancaire par la socialisation de la totalit&#233; des entreprises du secteur bancaire et de l'assurance. Ce service public disposerait de la ma&#238;trise et du contr&#244;le de la cr&#233;ation mon&#233;taire. La socialisation, terme que nous pr&#233;f&#233;rons &#224; celui de nationalisation, signifie que les &#233;tablissements sont plac&#233;s sous contr&#244;le citoyen dans le cadre d'un dispositif associant les salari&#233;s, les clients, les &#233;lus locaux, les associations et les repr&#233;sentants des instances bancaires nationales et r&#233;gionales. Seule une telle organisation est susceptible de permettre au service bancaire de devenir un v&#233;ritable outil au service de la collectivit&#233;, et de ne plus &#234;tre une arme entre les mains de quelques sp&#233;culateurs qui spolient les populations. Un tel syst&#232;me bancaire socialis&#233; devrait &#234;tre l'outil du financement du projet essentiel des ann&#233;es qui viennent : la transition &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Patrick Saurin est porte-parole du Syndicat Sud Solidaires BPCE, membre du Comit&#233; pour l'annulation de la dette du Tiers-Monde (CADTM), du Collectif d'Audit Citoyen (CAC France) et de la Commission pour la V&#233;rit&#233; sur la Dette publique grecque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Liens vers les sources cit&#233;es et utilis&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Statistiques Eurostat : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://ec.europa.eu/eurostat/tgm/refreshTableAction.do?tab=table&amp;plugin=1&amp;pcode=tipsgo20&amp;language=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://ec.europa.eu/eurostat/tgm/refreshTableAction.do?tab=table&amp;plugin=1&amp;pcode=tipsgo20&amp;language=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Statistiques Banque de Gr&#232;ce : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.bankofgreece.gr/Pages/en/Statistics/monetary/financing.aspx&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.bankofgreece.gr/Pages/en/Statistics/monetary/financing.aspx&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Statistiques Banque de France : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://webstat.banque-france.fr/fr/quickview.do?SERIES_KEY=279.BSI1.M.FR.N.R.A210Z.A.1.U6.2254FR.Z01.E&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://webstat.banque-france.fr/fr/quickview.do?SERIES_KEY=279.BSI1.M.FR.N.R.A210Z.A.1.U6.2254FR.Z01.E&lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://webstat.banque-france.fr/fr/quickview.do?SERIES_KEY=279.BSI1.M.FR.N.R.A220Z.A.1.U6.2254FR.Z01.E&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://webstat.banque-france.fr/fr/quickview.do?SERIES_KEY=279.BSI1.M.FR.N.R.A220Z.A.1.U6.2254FR.Z01.E&lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://webstat.banque-france.fr/fr/quickview.do?SERIES_KEY=279.BSI1.M.FR.Y.V.L21.A.1.U6.2300.Z01.E&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://webstat.banque-france.fr/fr/quickview.do?SERIES_KEY=279.BSI1.M.FR.Y.V.L21.A.1.U6.2300.Z01.E&lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://webstat.banque-france.fr/fr/quickview.do?SERIES_KEY=279.BSI1.M.FR.N.U.L21.A.1.U6.2250.Z01.E&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://webstat.banque-france.fr/fr/quickview.do?SERIES_KEY=279.BSI1.M.FR.N.U.L21.A.1.U6.2250.Z01.E&lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://webstat.banque-france.fr/fr/quickview.do?SERIES_KEY=279.BSI1.M.FR.Y.V.L21.A.1.U6.2300.Z01.E&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://webstat.banque-france.fr/fr/quickview.do?SERIES_KEY=279.BSI1.M.FR.Y.V.L21.A.1.U6.2300.Z01.E&lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://webstat.banque-france.fr/fr/browse.do?node=5384354#&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://webstat.banque-france.fr/fr/browse.do?node=5384354#&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Statistiques de la Banque Mondiale (pr&#234;ts non-performants) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://data.worldbank.org/indicator/FB.AST.NPER.ZS?page=1&amp;order=wbapi_data_value_2011%20wbapi_data_value%20wbapi_data_value-first&amp;sort=asc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://data.worldbank.org/indicator/FB.AST.NPER.ZS?page=1&amp;order=wbapi_data_value_2011%20wbapi_data_value%20wbapi_data_value-first&amp;sort=asc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revue du FMI (pr&#234;ts non-performants) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.imf.org/external/pubs/ft/scr/2014/cr14151.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.imf.org/external/pubs/ft/scr/2014/cr14151.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note de Watson Farley &amp; Williams (pr&#234;ts non-performants de la Gr&#232;ce) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.wfw.com/wp-content/uploads/2015/12/WFW-Briefing-Greece-NPLs-December-2015.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.wfw.com/wp-content/uploads/2015/12/WFW-Briefing-Greece-NPLs-December-2015.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parlement europ&#233;en (pr&#234;ts non-performants) : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.europarl.europa.eu/RegData/etudes/BRIE/2016/574400/IPOL_BRI(2016&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europarl.europa.eu/RegData/etudes/BRIE/2016/574400/IPOL_BRI(2016&lt;/a&gt;)574400_EN.pdf&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Communiqu&#233;s de presse du CASA du 9 ao&#251;t 2006 et du 17 octobre 2012 : &lt;br class='autobr' /&gt;
file :///C :/Users/admin/AppData/Local/Microsoft/Windows/INetCache/IE/MHSIBSM5/CA_FIN_EMPORIKI_SUCCES.pdf file :///C :/Users/admin/AppData/Local/Microsoft/Windows/INetCache/IE/2B9Y95WT/17.10.12+FR+CESSION+EMPORIKI.pdf&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|1| En grec, le mot pseudos d&#233;signe un &#171; mensonge &#187;, une &#171; fraude &#187;, une &#171; falsification &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|2| Elisabeth Springler, &#8220;Financial Liberalization, Stock Markets and Growth in Economies with Underdeveloped Financial Markets&#8221;, European Political Economy Review, Vol. 3, No. 2 (Winter 2005-2006), p. 66.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|3| &lt;a href=&#034;http://www.credit-agricole.com/modules/emporiki_2006/pdf/CA_FIN_EMPORIKI_SUCCES.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.credit-agricole.com/modules/emporiki_2006/pdf/CA_FIN_EMPORIKI_SUCCES.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|4| Pour les m&#233;nages sont pris en consid&#233;ration les d&#233;p&#244;ts &#224; vue, les comptes sur livrets, les d&#233;p&#244;ts &#224; terme de moins de 2 ans et les d&#233;p&#244;ts &#224; terme de plus de 2 ans, et pour les entreprises, les d&#233;p&#244;ts &#224; vue, les d&#233;p&#244;ts &#224; terme de moins de un an et les d&#233;p&#244;ts &#224; terme de plus de un an. Certaines statistiques de la banque de France ne renseignant pas le mois de d&#233;cembre 1998. Nous avons retenu dans ce cas le mois de janvier 1999.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|5| Fifth Review Under the Extended Arrangement Under the Extended Fund Facility, and Request for Waiver of Nonobservance of Performance Criterion and Rephasing of Access ; Staff Report ; Press Release ; and Statement by the Executive Director for Greece, IMF Country Report N&#176; 14/151, June 10, 2014, p. 7.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|6| La v&#233;rit&#233; sur la dette grecque, rapport de la Commission pour la V&#233;rit&#233; sur la Dette Publique grecque, Paris, Les Liens qui Lib&#232;rent, 2015, p. 87.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|7| &lt;a href=&#034;http://www.hfsf.gr/files/HFSF_Interim_January_September_2015_en.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.hfsf.gr/files/HFSF_Interim_January_September_2015_en.pdf&lt;/a&gt;, p. 13. &lt;a href=&#034;http://www.hfsf.gr/files/HFSF_Inter..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.hfsf.gr/files/HFSF_Inter..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|8| Pourtant, dans un argumentaire du 28 juillet 2011 &#224; destination des salari&#233;s, des clients et des actionnaires, &#224; la question pos&#233;e : &#171; Envisagez-vous de vendre Emporiki ? &#187;, on pouvait lire la r&#233;ponse suivante : &#171; Non. Nous cherchons &#224; remettre la banque sur la voie de la rentabilit&#233; durable m&#234;me si nos efforts sont rendus plus compliqu&#233;s par la situation actuelle de la Gr&#232;ce. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|9| Andreas Koutras, The Greek NPL issue and a possible resolution path, &lt;a href=&#034;http://greekeconomistsforreform.com..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://greekeconomistsforreform.com..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|10| Sur cette question, cf. Patrick Saurin, &#171; Socialiser le syst&#232;me bancaire &#187;, &lt;a href=&#034;http://cadtm.org/Socialiser-le-systeme-bancaire&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://cadtm.org/Socialiser-le-systeme-bancaire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|11| Tom Thomas, D&#233;manteler le capital ou &#234;tre broy&#233;s, Lausanne, Empreinte &#233;ditions page 2, 2011, p. 120.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|12| Voir notamment ces trois textes : &lt;a href=&#034;http://cadtm.org/Que-faire-des-banques-Version-2-0&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://cadtm.org/Que-faire-des-banques-Version-2-0&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;http://cadtm.org/IMG/pdf/PLAQUETTE_BANQUES_SUD_BPCE.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://cadtm.org/IMG/pdf/PLAQUETTE_BANQUES_SUD_BPCE.pdf&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;http://www.sudbpce.com/files/2013/01/2012-projet-bancaire-alternatif-definitif.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.sudbpce.com/files/2013/01/2012-projet-bancaire-alternatif-definitif.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrick Saurin a &#233;t&#233; pendant plus de dix ans charg&#233; de client&#232;le aupr&#232;s des collectivit&#233;s publiques au sein des Caisses d'&#201;pargne. Il est membre de l'ex&#233;cutif national de Sud BPCE, du CAC et du CADTM France. Il est l'auteur du livre &#171; Les pr&#234;ts toxiques : Une affaire d'&#233;tat &#187;. Il est membre de la Commission pour la V&#233;rit&#233; sur la dette publique de la Gr&#232;ce, cr&#233;&#233;e le 4 avril 2015.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Que faire des banques ? Version 2.0</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Que-faire-des-banques-Version-2-0</link>
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		<dc:date>2016-04-05T07:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;ric Toussaint, Michel Husson, Patrick Saurin, Stavros Tombazos</dc:creator>


		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Libre-&#233;change</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2016-03-29</dc:subject>

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&lt;p&gt;Neuf ans apr&#232;s le d&#233;but de la crise financi&#232;re qui continue &#224; produire ses effets d&#233;l&#233;t&#232;res &#224; travers des politiques d'aust&#233;rit&#233; impos&#233;es aux populations, il est temps de revenir sur les engagements pris &#224; l'&#233;poque par les banquiers, financiers, politiques et organismes de contr&#244;le. &lt;br class='autobr' /&gt;
25 mars 2016| www.cadtm.org/Que-faire-des-banques &lt;br class='autobr' /&gt; L'article &#171; Que faire des banques ? &#187; a suscit&#233; en deux jours une s&#233;rie de commentaires tr&#232;s riches. Cela a amen&#233; les auteurs de l'article &#224; modifier leur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-International-101-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-70-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Economie-135-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Libre-echange-+" rel="tag"&gt;Libre-&#233;change&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2016-03-29-+" rel="tag"&gt;Edition du 2016-03-29&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH95/arton25742-14c87.png?1781174146' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='95' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Neuf ans apr&#232;s le d&#233;but de la crise financi&#232;re qui continue &#224; produire ses effets d&#233;l&#233;t&#232;res &#224; travers des politiques d'aust&#233;rit&#233; impos&#233;es aux populations, il est temps de revenir sur les engagements pris &#224; l'&#233;poque par les banquiers, financiers, politiques et organismes de contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25 mars 2016| &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Que-faire-des-banques&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.cadtm.org/Que-faire-des-banques&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;L'article &#171; Que faire des banques ? &#187; a suscit&#233; en deux jours une s&#233;rie de commentaires tr&#232;s riches. Cela a amen&#233; les auteurs de l'article &#224; modifier leur texte pour en tenir compte, voici la nouvelle version. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Neuf ans apr&#232;s le d&#233;but de la crise financi&#232;re qui continue &#224; produire ses effets d&#233;l&#233;t&#232;res &#224; travers des politiques d'aust&#233;rit&#233; impos&#233;es aux populations, il est temps de revenir sur les engagements pris &#224; l'&#233;poque par les banquiers, financiers, politiques et organismes de contr&#244;le. Ces quatre acteurs ayant gravement failli nous promettaient &#224; l'&#233;poque la moralisation du syst&#232;me bancaire, la s&#233;paration des banques de d&#233;tail des banques d'investissement, la fin des bonus et des r&#233;mun&#233;rations exorbitantes, et enfin le financement de l'&#233;conomie r&#233;elle. Nous ne les croyions pas &#224; l'&#233;poque et nous avions raison. En lieu et place de moralisation du syst&#232;me bancaire, nous n'avons qu'une longue liste de malversations r&#233;v&#233;l&#233;es au grand jour par les faillites des banques qui se succ&#232;dent depuis celle de Lehman Brothers le 15 septembre 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Les mots pr&#233;c&#233;d&#233;s d'un ast&#233;risque (*) sont d&#233;finis dans le glossaire se situant au bas de cet article. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on se contente de lister les sauvetages intervenus depuis 2012, on peut mentionner : &lt;strong&gt;Dexia&lt;/strong&gt; en Belgique et en France (2012, 3e sauvetage),&lt;strong&gt; Bankia&lt;/strong&gt; en Espagne (2012), &lt;strong&gt;Espirito Santo&lt;/strong&gt; (2014) et&lt;strong&gt; Banif &lt;/strong&gt;(2015) au Portugal, &lt;strong&gt;La&#239;ki et Bank of Cyprus&lt;/strong&gt; &#224; Chypre (2013), &lt;strong&gt;Monte dei Paschi, Banca delle Marche, Banca Popolare dell'Etruria e del Lazio, Carife&lt;/strong&gt; en Italie (2014-2015), &lt;strong&gt;NKBM&lt;/strong&gt; en Slov&#233;nie (2012), &lt;strong&gt;SNS Reaal&lt;/strong&gt; aux Pays-Bas (2013), &lt;strong&gt;Hypo Alpe Adria&lt;/strong&gt; en Autriche (2014-2015), n'en sont que quelques exemples. Le plus grave est que les pouvoirs publics ont d&#233;cid&#233; de couvrir les exactions de ces banques en faisant supporter les cons&#233;quences des agissements coupables des dirigeants et des actionnaires par la population. La s&#233;paration des banques des *banques de d&#233;p&#244;t et des *banques d'affaires reste toujours un v&#339;u pieux. La soi-disant r&#233;forme bancaire engag&#233;e en France en 2012 par Pierre Moscovici, ministre de l'&#233;conomie et des finances, n'aura &#233;t&#233; qu'une fumisterie. Interrog&#233; le 30 janvier 2013 par Karine Berger, rapporteur de la loi de s&#233;paration et de r&#233;gulation des activit&#233;s bancaires pour savoir quelle est la part des activit&#233;s sp&#233;culatives concern&#233;e par la loi, Fr&#233;d&#233;ric Oud&#233;a, PDG de la Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale, d&#233;clarait : &lt;i&gt;&#171; Cela repr&#233;sente entre 3 et 5 % de nos activit&#233;s de BFI, qui repr&#233;sentent elles-m&#234;mes 15 % des revenus totaux de la banque. &#187;&lt;/i&gt; Ce qui fait entre 0,5 % et 0,75 % des revenus totaux de la banque. En ce qui concerne les r&#233;mun&#233;rations des banquiers, le plafonnement de la part variable d&#233;cid&#233; par le Parlement europ&#233;en le 16 avril 2013 a eu pour cons&#233;quence imm&#233;diate&#8230; l'augmentation de la part fixe des r&#233;mun&#233;rations et le recours &#224; une disposition d&#233;rogatoire pr&#233;vue par la loi. Enfin, pour ce qui est du financement de l'&#233;conomie r&#233;elle, les efforts d&#233;ploy&#233;s jusqu'&#224; aujourd'hui par les *banques centrales, la *BCE en particulier, se sont r&#233;v&#233;ler impuissants &#224; enclencher un moindre d&#233;but de reprise de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que nous pensons, notamment &#224; la lumi&#232;re de l'exp&#233;rience grecque, que les banques sont un enjeu essentiel &#224; tout projet de changement social, nous proposons ci-dessous les mesures imm&#233;diates &#224; prendre pour atteindre les six objectifs suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Restructurer le secteur bancaire&lt;br class='autobr' /&gt;
2. Eradiquer la *sp&#233;culation&lt;br class='autobr' /&gt;
3. Mettre fin au secret bancaire&lt;br class='autobr' /&gt;
4. R&#233;guler le secteur bancaire&lt;br class='autobr' /&gt;
5. Financer autrement les d&#233;penses publiques&lt;br class='autobr' /&gt;
6. Renforcer les banques publiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une seconde partie, nous d&#233;veloppons nos arguments en faveur de la socialisation du secteur bancaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. MESURES IMMEDIATES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Restructurer le secteur bancaire&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;duire radicalement la taille des banques&lt;/strong&gt; afin de supprimer le risque &#171; trop grande pour faire faillite &#187; que repr&#233;sentent les *banques syst&#233;miques &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philippe Lamberts, eurod&#233;put&#233; Vert, propose un maximum de 100 milliards de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S&#233;parer les *banques de d&#233;p&#244;t et les *banques d'affaires. &lt;/strong&gt;Les *banques de d&#233;p&#244;t seront les seules institutions financi&#232;res autoris&#233;es &#224; collecter des d&#233;p&#244;ts aupr&#232;s des &#233;pargnants et &#224; b&#233;n&#233;ficier d'un soutien public (garantie publique des d&#233;p&#244;ts d'&#233;pargne et acc&#232;s &#224; la *liquidit&#233; de la *Banque centrale). Ces *banques de d&#233;p&#244;t ne seront autoris&#233;es &#224; octroyer des pr&#234;ts qu'aux particuliers, aux entreprises et aux acteurs publics locaux et nationaux. Il leur sera interdit de mener des activit&#233;s sur les *march&#233;s financiers. Cela veut dire qu'il leur sera interdit de faire de la *titrisation : les cr&#233;dits ne peuvent pas &#234;tre transform&#233;s en titres n&#233;gociables et les *banques de d&#233;p&#244;t doivent conserver dans leurs livres de compte jusqu'&#224; leur remboursement d&#233;finitif les cr&#233;dits qu'elles ont consentis. La banque qui a consenti un cr&#233;dit doit en porter le risque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les *banques d'affaires ne doivent b&#233;n&#233;ficier d'aucune garantie publique, en cas de faillite les pertes seront int&#233;gralement assum&#233;es par le secteur priv&#233;, &#224; commencer par les actionnaires (sur l'ensemble de leur patrimoine, voir plus bas).&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Interdire les relations de cr&#233;dit entre *banques de d&#233;p&#244;t et *banques d'affaire.&lt;/strong&gt; D'accord avec Fr&#233;d&#233;ric Lordon pour imposer un v&#233;ritable 'apartheid' entre *banque de d&#233;p&#244;t et banque d'affaires, une *banque de d&#233;p&#244;t ne pourra en aucun cas &#234;tre impliqu&#233;e dans une relation de cr&#233;dit avec une *banque d'affaires &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Eradiquer la *sp&#233;culation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Interdire la *sp&#233;culation. &lt;/strong&gt;Comme le propose Paul Jorion, il faut interdire la *sp&#233;culation.&lt;i&gt; &#171; En France la *sp&#233;culation a &#233;t&#233; autoris&#233;e en 1885, en Belgique en 1867. La *sp&#233;culation &#233;tait d'ailleurs d&#233;finie tr&#232;s clairement par la loi qui visait &#224; &lt;/i&gt;&#171; interdire les paris &#224; la hausse ou &#224; la baisse sur des titres financiers &#187;. &lt;i&gt;Avec une telle interdiction, les gens qui la pratiquent seraient en infraction ; qu'ils se trouvent dans une banque X ou Y, cela ne changerait rien &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul Jorion dans Financit&#233;, novembre 2013.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut ajouter que les banques qui sp&#233;culent pour le compte de clients ou pour leur propre compte seront condamn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acquisition par une banque ou une autre institution financi&#232;re d'un bien mat&#233;riel (mati&#232;res premi&#232;res, aliments, terres, immeubles&#8230;) ou d'un titre financier (*actions, *obligations ou tout autre titre financier) dans le but de sp&#233;culer sur son prix sera interdite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Interdire les *produits d&#233;riv&#233;s. &lt;/strong&gt;Cela signifie que les banques et autres institutions financi&#232;res qui veulent se couvrir contre les risques de diff&#233;rents types (risques de change, de taux d'int&#233;r&#234;t, de d&#233;faut de paiement&#8230;), doivent revenir &#224; des contrats d'assurance classiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Obliger les *banques d'affaire &#224; demander une autorisation pr&#233;alable de mise sur le march&#233; de produits financiers. &lt;/strong&gt;Tout produit financier nouveau (les *produits d&#233;riv&#233;s ne sont pas concern&#233;s ici puisqu'ils sont interdits) devra &#234;tre soumis aux autorit&#233;s de contr&#244;le par les *banques d'affaires afin d'obtenir une autorisation avant d'&#234;tre mis sur le march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S&#233;parer les activit&#233;s de conseil et les *activit&#233;s de march&#233;. D'accord &#233;galement avec l'&#233;conomiste belge Eric de Keuleneer qui propose de s&#233;parer les activit&#233;s de conseil et les *activit&#233;s de march&#233; : &lt;i&gt;&#171; Il est en effet anormal que des banques prennent des risques de placement de titres, et conseillent leurs clients quant &#224; la qualit&#233; de ces titres, ou soient actuellement en mesure de sp&#233;culer sur l'or, tout en conseillant de fa&#231;on &#171; d&#233;sint&#233;ress&#233;e &#187; &#224; leurs clients d'acheter de l'or. &#187; &lt;/i&gt;Pour cela il propose de recr&#233;er la fonction de courtage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Interdire le *trading de haute fr&#233;quence et le *shadow banking. Limiter strictement ce qui peut &#234;tre mis dans le *hors-bilan&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple, limiter le *hors-bilan aux garanties et aux engagements par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;strong&gt;Interdire les *ventes &#224; d&#233;couvert et les *ventes &#224; nu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Mettre fin au secret bancaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Interdire les *march&#233;s financiers de *gr&#233; &#224; gr&#233;. &lt;/strong&gt;Toutes les transactions sur les *march&#233;s financiers doivent &#234;tre enregistr&#233;es, tra&#231;ables, r&#233;glement&#233;es et contr&#244;l&#233;es. Jusqu'ici, les principaux *march&#233;s financiers sont de *gr&#233; &#224; gr&#233;, c'est-&#224;-dire qu'ils ne sont soumis &#224; aucun contr&#244;le : il s'agit du march&#233; des changes (5 300 milliards de dollars chaque jour) &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Eric Toussaint, &#171; Comment les grandes banques manipulent le march&#233; des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, du march&#233; des *d&#233;riv&#233;s, du march&#233; des mati&#232;res premi&#232;res et des produits agricoles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eric Toussaint, &#171; Les banques sp&#233;culent sur les mati&#232;res premi&#232;res et les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mettre fin au secret bancaire.&lt;/strong&gt; Les banques doivent avoir l'obligation de communiquer toutes les informations sur leurs responsables, leurs diff&#233;rentes entit&#233;s, leurs clients, les activit&#233;s qu'elles exercent et les transactions qu'elles r&#233;alisent pour le compte de leurs clients et pour elles-m&#234;mes. De m&#234;me, les comptes des banques doivent &#233;galement &#234;tre lisibles et compr&#233;hensibles. La lev&#233;e du secret bancaire doit devenir un imp&#233;ratif d&#233;mocratique minimal pour tous les pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement cela signifie que les banques doivent tenir &#224; la disposition de l'administration fiscale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une liste nominative des b&#233;n&#233;ficiaires d'int&#233;r&#234;ts, de dividendes, de plus-values et autres revenus financiers ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les informations sur les ouvertures, les modifications et les fermetures de comptes bancaires en vue d'&#233;tablir un r&#233;pertoire national des comptes bancaires ; &lt;br class='autobr' /&gt; toutes les informations sur les entr&#233;es et sorties de capitaux avec en particulier -l'identification du donneur d'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Interdire les transactions avec les paradis fiscaux.&lt;/strong&gt; Il faut interdire aux banques toute transaction avec un *paradis fiscal. Le non-respect de l'interdiction doit &#234;tre assorti de sanctions tr&#232;s lourdes (pouvant aller jusqu'au retrait de la licence bancaire) et du paiement de lourdes amendes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. R&#233;guler le secteur bancaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Exiger des banques une augmentation radicale du volume de leurs *fonds propres en rapport avec le total du *bilan &lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui veut dire abandonner le syst&#232;me de pond&#233;ration des actifs par le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Alors que les *fonds propres sont en g&#233;n&#233;ral inf&#233;rieurs &#224; 5 % du *bilan de la banque, nous sommes favorables &#224; porter leur minimum l&#233;gal &#224; 20 %.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Interdire la socialisation des pertes &lt;/strong&gt;des banques et des autres institutions financi&#232;res priv&#233;es. Il s'agit d'interdire aux pouvoirs publics de mettre &#224; la charge des finances publiques des dettes priv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Restaurer la responsabilit&#233; illimit&#233;e des grands actionnaires en cas de faillite.&lt;/strong&gt; Le co&#251;t de la faillite doit pouvoir &#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233; sur l'ensemble du patrimoine des grands actionnaires (personnes physiques ou entreprises/personne morale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cas de faillite, les clients de la *banque de d&#233;p&#244;t doivent continuer &#224; b&#233;n&#233;ficier d'une garantie d'&#201;tat pour leurs d&#233;p&#244;ts, limit&#233;e au montant raisonnable d'&#233;pargne d'un m&#233;nage moyen-sup&#233;rieur (estim&#233; aujourd'hui &#224; 150 000 euros, montant &#224; soumettre au d&#233;bat d&#233;mocratique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Taxer fortement les banques.&lt;/strong&gt; Les b&#233;n&#233;fices des banques doivent &#234;tre soumis strictement aux dispositions l&#233;gales en mati&#232;re d'imposition des soci&#233;t&#233;s. En effet actuellement le taux effectivement pay&#233; est tr&#232;s nettement inf&#233;rieur au taux l&#233;gal lui-m&#234;me largement insuffisant. Les transactions bancaires sur les devises &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eric Toussaint, &#171; Il faut imposer une v&#233;ritable taxe Tobin au lobby bancaire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et sur les titres financiers doivent &#234;tre tax&#233;es. Les dettes bancaires &#224; court terme doivent &#234;tre tax&#233;es afin de favoriser le financement &#224; long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Poursuivre syst&#233;matiquement les dirigeants responsables de d&#233;lits et de crimes financiers et retirer la licence bancaire aux institutions&lt;/strong&gt; qui ne respectent pas les interdictions et se rendent coupables de malversations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sauver les banques d'une autre mani&#232;re. &lt;/strong&gt;Outre les dispositions mentionn&#233;es plus haut : responsabilit&#233; illimit&#233;e des grands actionnaires (sur leur patrimoine global), garantie des d&#233;p&#244;ts jusque 150 000 euros, interdiction de mettre des dettes priv&#233;es &#224; la charge des finances publiques, il s'agit de cr&#233;er un m&#233;canisme de mise en faillite ordonn&#233;e des banques avec la cr&#233;ation de deux structures : une banque de d&#233;faisance priv&#233;e (&#224; charge des actionnaires priv&#233;s et sans aucun co&#251;t pour les pouvoirs publics) et une banque publique vers laquelle sont transf&#233;r&#233;s les d&#233;p&#244;ts ainsi que les actifs sains. Certaines exp&#233;riences r&#233;centes peuvent servir de source d'inspiration, notamment l'exp&#233;rience islandaise engag&#233;e depuis 2008 &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Interview d'Eva Joly par Renaud Vivien, &#171; En Islande, les responsables du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5. Financer autrement la dette publique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imposer aux banques priv&#233;es la d&#233;tention d'un quota de titres de la dette publique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donner pour mission nouvelle &#224; la *Banque centrale d'octroyer des pr&#234;ts &#224; taux z&#233;ro aux pouvoirs publics. A l'inverse de ce qui est pratiqu&#233; par la *BCE du fait des trait&#233;s europ&#233;ens, la *banque centrale serait en capacit&#233; de permettre un financement &#224; taux z&#233;ro de l'&#201;tat et de l'ensemble des structures publiques (collectivit&#233;s, h&#244;pitaux, organisme de logement social, etc.) afin de mener des politiques socialement justes inscrites dans la transition &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6. Renforcer les banques publiques existantes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;et en recr&#233;er dans les pays o&#249; elles ont &#233;t&#233; privatis&#233;es&lt;/strong&gt; (bien s&#251;r en les soumettant comme toutes les autres banques aux mesures concr&#232;tes mentionn&#233;es plus haut). En France, s'est mis en place en 2012 un collectif &#171; Pour un P&#244;le Public Financier au service des Droits ! &#187; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir son site : . Le p&#244;le public promu par le collectif regrouperait des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; favorable &#224; la cr&#233;ation d'un p&#244;le public bancaire. Mais le grave inconv&#233;nient de ce projet est qu'il ne va pas au fond des choses car il laisse subsister, &#224; c&#244;t&#233; d'un p&#244;le public insignifiant, des banques priv&#233;es et un p&#244;le mutualiste qui n'a de mutualiste que le nom. Dans le cas de la Belgique o&#249; le gouvernement a privatis&#233; les derni&#232;res banques publiques dans les ann&#233;es 1990, l'&#201;tat a rachet&#233; en 2011, la &#171; partie &#187; banque de Dexia et en est actionnaire &#224; 100 %. Dexia Banque est devenue Belfius et garde un statut priv&#233;. Il faut que Belfius devienne une v&#233;ritable banque publique et qu'on y mette en pratique les mesures concr&#232;tes formul&#233;es plus haut. Le montant pay&#233; par l'&#201;tat s'&#233;l&#232;ve &#224; 4 milliards d'euros, ce que la commission europ&#233;enne a consid&#233;r&#233; elle-m&#234;me comme tout &#224; fait exag&#233;r&#233;. Ce qu'il aurait fallu faire : Belfius aurait d&#251; &#234;tre constitu&#233;e sans co&#251;t pour les finances publiques comme institution bancaire publique b&#233;n&#233;ficiant des d&#233;p&#244;ts des clients chez Dexia Banque et de tous les actifs sains. Cette banque aurait d&#251; &#234;tre mise sous contr&#244;le citoyen. Les conditions de travail, l'emploi et les revenus du personnel auraient d&#251; &#234;tre garantis tandis que les r&#233;mun&#233;rations des dirigeants auraient d&#251; &#234;tre nettement r&#233;duites. Il fallait interdire aux administrateurs et directeurs d'avoir un mandat dans une institution priv&#233;e. Les dirigeants de Dexia auraient d&#251; &#234;tre poursuivis en justice par le minist&#232;re public pour les diff&#233;rents d&#233;lits qu'ils ont commis. Le rapport d'information du S&#233;nat n&#176; 58 sur la Soci&#233;t&#233; de financement local &#233;value &#224; environ 20 milliards d'euros (13 milliards pour la France dont 6,6 milliards affect&#233;s &#224; la recapitalisation et le reste &#224; la prise en charge d'une partie des indemnit&#233;s de remboursement anticip&#233; des emprunts toxiques ; 6,9 milliards d'euros pour la Belgique, correspondant &#224; la nationalisation de Dexia Bank Belgique et &#224; la recapitalisation de Dexia) le co&#251;t de la faillite de Dexia &#224; cette date. Le 1er f&#233;vrier 2013, la France a cr&#233;&#233; une structure &#224; 100 % publique (avec l'&#201;tat &#224; 75 %, le CDC &#224; 20 % et la Banque postale &#224; 5 %) afin de proc&#233;der &#224; l'acquisition &#224; 100 % de la soci&#233;t&#233; de cr&#233;dit foncier Dexia Municipal Agency (filiale de Dexia Cr&#233;dit Local) qui est devenue la Caisse Fran&#231;aise de Financement Local (CAFFIL).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. POUR LA SOCIALISATION DU SECTEUR BANCAIRE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en pratique des mesures concr&#232;tes qui sont mentionn&#233;es plus haut constituerait une avanc&#233;e dans la r&#233;solution de la crise du secteur bancaire mais le secteur priv&#233; continuerait &#224; occuper une position dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut aller plus loin que les mesures imm&#233;diates propos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que d&#233;montre l'exp&#233;rience des derni&#232;res ann&#233;es, c'est qu'on ne peut pas laisser les banques aux mains des capitalistes. Si, par la mobilisation sociale, on arrive &#224; faire appliquer les mesures pr&#233;sent&#233;es plus haut &lt;/strong&gt;(qui sont soumises &#224; la discussion afin de les am&#233;liorer et compl&#233;ter),&lt;strong&gt; les capitalistes chercheront par tous les moyens&lt;/strong&gt; &#224; r&#233;cup&#233;rer une partie du terrain perdu, ils multiplieront les activit&#233;s leur permettant de contourner les r&#233;glementations, ils utiliseront leurs puissants moyens financiers pour acheter l'appui de l&#233;gislateurs et de gouvernants afin de d&#233;r&#233;glementer &#224; nouveau et d'augmenter au maximum leurs profits sans prise en compte de l'int&#233;r&#234;t de la majorit&#233; de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut la socialisation du secteur bancaire sous contr&#244;le citoyen&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que les capitalistes ont d&#233;montr&#233; &#224; quel point ils &#233;taient capables de commettre des d&#233;lits et de prendre des risques (dont ils refusent d'assumer les cons&#233;quences) dans le seul but d'augmenter leurs profits, parce que leurs activit&#233;s entra&#238;nent p&#233;riodiquement un lourd co&#251;t pour la soci&#233;t&#233;, parce que la soci&#233;t&#233; que nous voulons construire doit &#234;tre guid&#233;e par la recherche du bien commun, de la justice sociale et de la reconstitution d'une relation &#233;quilibr&#233;e entre les humains et les autres composantes de la nature, il faut socialiser le secteur bancaire. Comme le propose Fr&#233;d&#233;ric Lordon, il s'agit de r&#233;aliser &#171; une d&#233;privatisation int&#233;grale du secteur bancaire &#187; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fr&#233;d&#233;ric Lordon, &#171; L'effarante passivit&#233; de la &#171; re-r&#233;gulation financi&#232;re &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La socialisation de l'int&#233;gralit&#233; du secteur bancaire est pr&#233;conis&#233;e par le syndicat Sud BPCE &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment les liens : ; ;&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;|.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socialiser le secteur bancaire signifie :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;l'expropriation sans indemnit&#233;&lt;/strong&gt; (ou avec comme seule indemnit&#233; l'euro symbolique) des grands actionnaires (les petits actionnaires seront indemnis&#233;s) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;l'octroi au secteur public du monopole de l'activit&#233; bancaire&lt;/strong&gt; &#224; une exception pr&#232;s : l'existence d'un secteur bancaire coop&#233;ratif de petite taille (soumis aux m&#234;mes r&#232;gles fondamentales que le secteur public).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;la cr&#233;ation d'un service public de l'&#233;pargne, du cr&#233;dit et de l'investissement, &lt;/strong&gt;doublement structur&#233; : un r&#233;seau de petites implantations proches des citoyens, d'une part, et, d'autre part, des agences sp&#233;cialis&#233;es en charge des activit&#233;s de gestion de fonds et de financement d'investissements non assur&#233;s par les minist&#232;res en charge de la sant&#233; publique, de l'&#233;ducation nationale, de l'&#233;nergie, des transports publics, des retraites, de la transition &#233;cologique, etc. Ces minist&#232;res devront &#234;tre dot&#233;s du budget n&#233;cessaire aux financements des investissements relevant de leurs attributions. Les agences sp&#233;cialis&#233;es quant &#224; elles interviendraient dans des domaines et des activit&#233;s exc&#233;dant les comp&#233;tences et les sph&#232;res d'action de ces minist&#232;res et ce afin d'assurer le bouclage d'ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;la d&#233;finition avec participation citoyenne d'une charte&lt;/strong&gt; sur les objectifs &#224; atteindre et sur les missions &#224; poursuivre, qui mette le service public de l'&#233;pargne, du cr&#233;dit et de l'investissement au service des priorit&#233;s d&#233;finies selon un processus de planification d&#233;mocratique ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;la transparence&lt;/strong&gt; (de la comptabilit&#233;) des comptes qui doivent &#234;tre pr&#233;sent&#233;s au public de mani&#232;re compr&#233;hensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot &#171; socialisation &#187; est utilis&#233; de pr&#233;f&#233;rence &#224; celui de &#171; nationalisation &#187; ou &#171; &#233;tatisation &#187; pour indiquer clairement &#224; quel point est essentiel le contr&#244;le citoyen avec un partage de d&#233;cision entre les dirigeants, les repr&#233;sentants des salari&#233;s, des clients, d'associations, les &#233;lus locaux et les repr&#233;sentants des instances bancaires publiques nationales et r&#233;gionales. Il faut donc d&#233;finir de mani&#232;re d&#233;mocratique l'exercice d'un contr&#244;le citoyen actif. De m&#234;me, il faut encourager l'exercice d'un contr&#244;le des activit&#233;s de la banque par les travailleurs du secteur bancaire et leur participation active &#224; l'organisation du travail. Il faut que les directions des banques remettent annuellement un rapport public sur leur gestion. Il faut privil&#233;gier un service de proximit&#233; et de qualit&#233; rompant avec les politiques d'externalisation men&#233;es actuellement. Il faut encourager le personnel des &#233;tablissements financiers &#224; assurer &#224; la client&#232;le un authentique service de conseil et rompre avec les politiques commerciales agressives de vente forc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La socialisation du secteur bancaire et son int&#233;gration aux services publics permettront :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; -de soustraire les citoyens et les pouvoirs publics de l'emprise des *march&#233;s financiers ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de financer les projets des citoyens et des pouvoirs publics ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de d&#233;dier l'activit&#233; bancaire au bien commun avec entre autres missions celle de -faciliter la transition d'une &#233;conomie capitaliste, productiviste &#224; une &#233;conomie sociale et &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que nous consid&#233;rons que l'&#233;pargne, le cr&#233;dit, la s&#233;curit&#233; des encaisses mon&#233;taires et la pr&#233;servation de l'int&#233;grit&#233; des syst&#232;mes de paiement rel&#232;ve de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, nous pr&#233;conisons la cr&#233;ation d'un service public bancaire par la socialisation de la totalit&#233; des entreprises du secteur bancaire et de l'assurance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parce que les banques sont aujourd'hui un outil essentiel du syst&#232;me capitaliste et d'un mode de production qui saccage la plan&#232;te, g&#233;n&#232;re un in&#233;gal partage des ressources, s&#232;me les guerres et la paup&#233;risation, rogne chaque jour davantage les droits sociaux et attaque les institutions et les pratiques d&#233;mocratiques, il est essentiel d'en prendre le contr&#244;le et d'en faire des outils au service de la collectivit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La socialisation du secteur bancaire ne peut &#234;tre envisag&#233;e comme un slogan ou une revendication qui se suffirait en elle-m&#234;me et que les d&#233;cideurs appliqueraient apr&#232;s en avoir saisi le bon sens. Elle doit &#234;tre con&#231;ue comme un objectif politique &#224; atteindre par un processus port&#233; par une dynamique citoyenne. Il faut non seulement que les mouvements sociaux organis&#233;s existants (dont les syndicats) en fassent une priorit&#233; de leur agenda et que les diff&#233;rents secteurs (collectivit&#233;s locales, petites et moyennes entreprises, associations de consommateurs, etc.) se positionnent en ce sens, mais aussi &#8211; et surtout &#8211; que les employ&#233;.e.s de banque soient sensibilis&#233;.e.s au r&#244;le de leur m&#233;tier et &#224; l'int&#233;r&#234;t qu'ils auraient &#224; voir les banques socialis&#233;es ; que les usagers soient inform&#233;s l&#224; o&#249; ils se trouvent (exemple : occupations d'agences bancaires partout le m&#234;me jour) afin de participer directement &#224; la d&#233;finition de ce que doit &#234;tre la banque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seules des mobilisations de tr&#232;s grande ampleur peuvent garantir que la socialisation du secteur bancaire soit r&#233;alis&#233;e en pratique car cette mesure touche au c&#339;ur le syst&#232;me capitaliste. Si un gouvernement de gauche ne prend pas une telle mesure son action ne pourra pas v&#233;ritablement provoquer le changement radical pour rompre avec la logique du syst&#232;me et enclencher un nouveau processus d'&#233;mancipation.&lt;br class='autobr' /&gt;
La socialisation du secteur bancaire et des assurances doit faire partie d'un programme bien plus vaste de mesures compl&#233;mentaires permettant d'enclencher une transition vers un mod&#232;le post-capitaliste et post-productiviste. Un tel programme, qui devrait avoir une dimension europ&#233;enne tout en commen&#231;ant &#224; &#234;tre mis en pratique dans un ou plusieurs pays, comprendrait notamment l'abandon des politiques d'aust&#233;rit&#233;, l'annulation des dettes ill&#233;gitimes, la mise en place d'une r&#233;forme fiscale d'ensemble avec une forte imposition du capital, la r&#233;duction g&#233;n&#233;ralis&#233;e du temps de travail avec embauches compensatoires et maintien du salaire, la socialisation du secteur de l'&#233;nergie, des mesures pour assurer l'&#233;galit&#233; hommes-femmes, le d&#233;veloppement des services publics et de la protection sociale et la mise en place d'une politique d&#233;termin&#233;e de transition &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la socialisation de l'int&#233;gralit&#233; du syst&#232;me bancaire est bien une urgente n&#233;cessit&#233; &#233;conomique, sociale, politique et d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GLOSSAIRE :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ACTION&lt;/strong&gt; : Valeur mobili&#232;re &#233;mise par une soci&#233;t&#233; par actions. Ce titre repr&#233;sente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l'actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des b&#233;n&#233;fices distribu&#233;s (le dividende) et de participer aux assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ACTIVITES DE MARCHE / TRADING &lt;/strong&gt; : op&#233;ration d'achat et de vente de produits financiers (actions, futures, produits d&#233;riv&#233;s, options, warrants, etc.) r&#233;alis&#233;e dans l'espoir d'en tirer un profit &#224; court terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;BANQUE CENTRALE &lt;/strong&gt; : &#201;tablissement qui, dans un Etat, est charg&#233; en g&#233;n&#233;ral de l'&#233;mission des billets de banque et du contr&#244;le du volume de la monnaie et du cr&#233;dit. En France, c'est la Banque de France qui assume ce r&#244;le sous le contr&#244;le de la Banque centrale europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;BCE &lt;/strong&gt; : La Banque centrale europ&#233;enne est une institution europ&#233;enne bas&#233;e &#224; Francfort, cr&#233;&#233;e en 1998. Les pays de la zone euro lui ont transf&#233;r&#233; leurs comp&#233;tences en mati&#232;re mon&#233;taire et son r&#244;le officiel est d'assurer la stabilit&#233; des prix (lutter contre l'inflation) dans ladite zone. Ses trois organes de d&#233;cision (le conseil des gouverneurs, le directoire et le conseil g&#233;n&#233;ral) sont tous compos&#233;s de gouverneurs de banques centrales des pays membres et/ou de sp&#233;cialistes &#171; reconnus &#187;. Ses statuts la veulent &#171; ind&#233;pendante &#187; politiquement mais elle est directement influenc&#233;e par le monde financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;BANQUE D'AFFAIRES ou BANQUE D'INVESTISSEMENT&lt;/strong&gt; : Soci&#233;t&#233; financi&#232;re dont l'activit&#233; consiste &#224; effectuer trois types d'op&#233;rations : du conseil (notamment en fusion-acquisition), de la gestion de haut de bilan pour le compte d'entreprises (augmentations de capital, introductions en bourse, &#233;missions d'emprunts obligataires) et des placements sur les march&#233;s avec des prises de risque souvent excessives et mal contr&#244;l&#233;es. Une banque d'affaires ne collecte pas de fonds aupr&#232;s du public, mais se finance en empruntant aux banques ou sur les march&#233;s financiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;BANQUE DE D&#201;P&#212;T ou BANQUE COMMERCIALE&lt;/strong&gt; : &#201;tablissement de cr&#233;dit effectuant des op&#233;rations de banque avec les particuliers, les entreprises et les collectivit&#233;s publiques consistant &#224; collecter des fonds pour les redistribuer sous forme de cr&#233;dit ou pour effectuer &#224; titre accessoire des op&#233;rations de placements. Les d&#233;p&#244;ts du public b&#233;n&#233;ficient d'une garantie de l'Etat. Une banque de d&#233;p&#244;t (ou banque commerciale) se distingue d'une banque d'affaires qui fait essentiellement des op&#233;rations de march&#233;. Pendant plusieurs d&#233;cennies, suite au Glass Steagall Act adopt&#233; pendant l'administration Roosevelt et aux mesures &#233;quivalentes prises en Europe, il &#233;tait interdit aux banques commerciales d'&#233;mettre des titres, des actions et tout autre instrument financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;BANQUES SYST&#201;MIQUES&lt;/strong&gt; : Ces banques sont dites syst&#233;miques du fait de leur poids et du danger que la faillite de l'une d'entre elles repr&#233;senterait pour le syst&#232;me financier priv&#233; au niveau international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;BILAN&lt;/strong&gt; : &#8216;photo' de fin d'ann&#233;e des actifs (ce que la soci&#233;t&#233; poss&#232;de) et passifs (ce que la soci&#233;t&#233; doit) d'une soci&#233;t&#233;. Autrement dit, les actifs du bilan donnent des informations sur l'utilisation des fonds collect&#233;s par la soci&#233;t&#233;. Les passifs du bilan informent sur l'origine des fonds collect&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le cas du bilan d'une banque, on retrouve au passif : le capital (les actions propres), les d&#233;p&#244;ts des clients, les r&#233;serves (b&#233;n&#233;fices pass&#233;s non d&#233;pens&#233;s) et la dette (notamment ce que la banque a emprunt&#233; aupr&#232;s d'autres institutions). A l'actif, on retrouve les pr&#234;ts (que la banques &#224; octroy&#233;s aux particuliers, aux entreprises), les cr&#233;ances bancaires (pr&#234;ts octroy&#233;s aux autres banques) et le porte&#172;feuille financier (actions, titres &#233;mis par d'autres soci&#233;t&#233;s et achet&#233; par la banque).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;COURTIERS &lt;/strong&gt; : Une soci&#233;t&#233; de courtage ou courtier est une entreprise ou une personne qui sert d'interm&#233;diaire pour une op&#233;ration, le plus souvent financi&#232;re, entre deux parties.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;FONDS PROPRES &lt;/strong&gt; : Capitaux apport&#233;s ou laiss&#233;s par les associ&#233;s &#224; la disposition d'une entreprise. Une distinction doit &#234;tre faite entre les fonds propres au sens strict appel&#233;s aussi capitaux propres (ou capital dur) et les fonds propres au sens &#233;largi qui comprennent aussi des dettes subordonn&#233;es &#224; dur&#233;e illimit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;HORS BILAN &lt;/strong&gt; : Le hors bilan assure le suivi comptable des activit&#233;s qui n'impliquent pas un d&#233;caissement ou un encaissement de la part d'une entreprise ou d'une banque mais qui fait courir &#224; celle-ci un certain nombre de risques. Il s'agit r&#233;guli&#232;rement de contrats en cours d'ex&#233;cution qui n'ont pas fait l'objet d'un paiement. Les activit&#233;s enregistr&#233;es dans le hors bilan bancaire sont pour l'essentiel les engagements par signature, les op&#233;rations de change et les op&#233;rations sur d&#233;riv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LIQUIDIT&#201;S &lt;/strong&gt; : Capitaux dont une &#233;conomie ou une entreprise peut disposer &#224; un instant T. Un manque de liquidit&#233;s peut conduire une entreprise &#224; la liquidation et une &#233;conomie &#224; la r&#233;cession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;MARCH&#201; DE GR&#201; &#192; GR&#201;&lt;/strong&gt; : Un march&#233; de gr&#233; &#224; gr&#233; ou over-the-counter (OTC) en anglais (hors Bourse) est un march&#233; non r&#233;gul&#233; sur lequel les transactions sont conclues directement entre le vendeur et l'acheteur, &#224; la diff&#233;rence de ce qui se passe sur un march&#233; dit organis&#233; ou r&#233;glement&#233; avec une autorit&#233; de contr&#244;le, comme la Bourse par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;MARCH&#201; FINANCIER &lt;/strong&gt; : March&#233; des capitaux &#224; long terme. Il comprend un march&#233; primaire, celui des &#233;missions et un march&#233; secondaire, celui de la revente. A c&#244;t&#233; des march&#233;s r&#233;glement&#233;s, on trouve les march&#233;s de gr&#233; &#224; gr&#233; qui ne sont pas tenus de satisfaire &#224; des conditions minimales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;OBLIGATIONS &lt;/strong&gt; : Part d'un emprunt &#233;mis par une soci&#233;t&#233; ou une collectivit&#233; publique. Le d&#233;tenteur de l'obligation, l'obligataire, a droit &#224; un int&#233;r&#234;t et au remboursement du montant souscrit. Il peut aussi, si la soci&#233;t&#233; est cot&#233;e, revendre son titre en bourse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PARADIS FISCAL&lt;/strong&gt; : Territoire caract&#233;ris&#233; par les cinq crit&#232;res (non cumulatifs) suivants : (a) l'opacit&#233; (via le secret bancaire ou un autre m&#233;canisme comme les trusts) ; (b) une fiscalit&#233; tr&#232;s basse, voire une imposition nulle pour les non-r&#233;sidents ; (c) des facilit&#233;s l&#233;gislatives permettant de cr&#233;er des soci&#233;t&#233;s &#233;crans, sans aucune obligation pour les non-r&#233;sidents d'avoir une activit&#233; r&#233;elle sur le territoire ; (d) l'absence de coop&#233;ration avec les administrations fiscales, douani&#232;res et/ou judiciaires des autres pays ; (e) la faiblesse ou l'absence de r&#233;gulation financi&#232;re. La Suisse, la City de Londres et le Luxembourg accueillent la majorit&#233; des capitaux plac&#233;s dans les paradis fiscaux. Il y a bien s&#251;r &#233;galement les Iles Ca&#239;mans, les Iles anglo-normandes, Hong-Kong, et d'autres lieux exotiques. Les d&#233;tenteurs de fortunes qui veulent &#233;chapper au fisc ou ceux qui veulent blanchir des capitaux qui proviennent d'activit&#233;s criminelles sont directement aid&#233;s par les banques qui font &#171; passer &#187; les capitaux par une succession de paradis fiscaux. Les capitaux g&#233;n&#233;ralement sont d'abord plac&#233;s en Suisse, &#224; la City de Londres ou au Luxembourg, transitent ensuite par d'autres paradis fiscaux encore plus opaques afin de compliquer la t&#226;che des autorit&#233;s qui voudraient suivre leurs traces et finissent par r&#233;appara&#238;tre la plupart du temps &#224; Gen&#232;ve, Zurich, Berne, Londres ou Luxembourg, d'o&#249; ils peuvent se rendre si n&#233;cessaires vers d'autres destinations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PRODUITS D&#201;RIV&#201;S &lt;/strong&gt; : Famille de produits financiers qui regroupe principalement les options, les futures, les swaps et leurs combinaisons, qui sont tous li&#233;s &#224; d'autres actifs (actions, obligations, mati&#232;res premi&#232;res, taux d'int&#233;r&#234;t, indices,..) dont ils sont par construction ins&#233;parables : option sur une action, contrat &#224; terme sur un indice, etc. Leur valeur d&#233;pend et d&#233;rive de celle de ces autres actifs. l existe des produits d&#233;riv&#233;s d'engagement ferme (change &#224; terme, swap de taux ou de change) et des produits d&#233;riv&#233;s d'engagement conditionnel (options, warrants&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SHADOW BANKING &lt;/strong&gt;(la banque de l'ombre ou la banque parall&#232;le) : Les activit&#233;s financi&#232;res du shadow banking sont principalement r&#233;alis&#233;es pour le compte des grandes banques par des soci&#233;t&#233;s financi&#232;res cr&#233;&#233;es par elles. Ces soci&#233;t&#233;s financi&#232;res (SPV, money market funds,&#8230;) ne re&#231;oivent pas de d&#233;p&#244;ts ce qui leur permet de ne pas &#234;tre soumises &#224; la r&#233;glementation et &#224; la r&#233;gulation bancaires. Elles sont donc utilis&#233;es par les grandes banques afin d'&#233;chapper aux r&#233;glementations nationales ou internationales, notamment &#224; celles du comit&#233; de B&#226;le sur les fonds propres et les ratios prudentiels. Le shadow banking est le compl&#233;ment ou le corollaire de la banque universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SP&#201;CULATION&lt;/strong&gt; : Op&#233;ration consistant &#224; prendre position sur un march&#233;, souvent &#224; contre-courant, dans l'espoir de d&#233;gager un profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TITRISATION&lt;/strong&gt; : Technique financi&#232;re qui permet &#224; une banque de transformer en titres n&#233;gociables des actifs illiquides, c'est-&#224;-dire qui ne sont pas (ou pas facilement) vendables. Initialement, cette technique a &#233;t&#233; utilis&#233;e par les &#233;tablissements de cr&#233;dit dans le but de refinancer une partie de leurs pr&#234;ts &#224; la client&#232;le. Les pr&#234;ts sont c&#233;d&#233;s &#224; un v&#233;hicule juridique qui &#233;met en contrepartie des titres (g&#233;n&#233;ralement des obligations) plac&#233;s sur les march&#233;s financiers. Avec la titrisation, les risques aff&#233;rents &#224; ces cr&#233;dits sont transf&#233;r&#233;s des banques aux acheteurs. Cette pratique s'&#233;tend aujourd'hui &#224; d'autres types d'actifs et d'acteurs (portefeuilles d'assurances, immobilier, cr&#233;ances commerciales).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TRADING &#192; HAUTE FR&#201;QUENCE &lt;/strong&gt; : (de l'anglais high-frequency trading), ex&#233;cution &#224; grande vitesse de transactions financi&#232;res faites par des algorithmes informatiques. Ces op&#233;rateurs virtuels de march&#233; peuvent ainsi ex&#233;cuter des op&#233;rations sur les march&#233;s financiers &#8212; les bourses &#8212; en quelques microsecondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;VENTE A DECOUVERT&lt;/strong&gt; : (short selling en anglais). La vente &#224; d&#233;couvert consiste &#224; vendre &#224; terme un actif que l'on ne d&#233;tient pas le jour o&#249; cette vente est n&#233;goci&#233;e mais qu'on se met en mesure de d&#233;tenir le jour o&#249; sa livraison est pr&#233;vue. L'actif vendu &#224; d&#233;couvert est g&#233;n&#233;ralement un titre, mais on peut aussi vendre des devises ou des mati&#232;res premi&#232;res &#224; d&#233;couvert. Si la valeur de l'actif baisse apr&#232;s la vente &#224; d&#233;couvert, le vendeur peut le racheter au comptant et d&#233;gager une plus-value. Le gain potentiel est limit&#233; &#224; la valeur de l'actif. Si, &#224; l'inverse, elle monte, le vendeur s'expose &#224; un risque de perte illimit&#233;e, tandis qu'un acheteur ne peut pas perdre plus que sa mise de fonds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;VENTE A DECOUVERT A NU &lt;/strong&gt; : dans ce cas, l'acheteur n'emprunte rien : il se contente de vendre &#224; terme des titres qu'il ne poss&#232;de pas encore. Il parie alors sur la baisse du cours de ce titre, pour pouvoir l'acheter &#224; moins cher que ce qu'il a promis de le vendre. Pratiqu&#233;e massivement, cette technique peut provoquer la baisse des cours que souhaitent les vendeurs.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les auteurs : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Michel Husson, &#233;conomiste, auteur de Le capitalisme en 10 le&#231;ons, La D&#233;couverte, Paris, 2012. &lt;br class='autobr' /&gt; Patrick Saurin, porte-parole du syndicat Sud Solidaires de la Banque Populaire &#8211; Caisse d'Epargne (BPCE). &lt;br class='autobr' /&gt; Stavros Tombazos, professeur d'&#233;conomie politique &#224; l'universit&#233; de Chypre. &lt;br class='autobr' /&gt; Eric Toussaint, porte-parole du CADTM, auteur de Bancocratie, Editions ADEN, Bruxelles, 2014.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe Lamberts, eurod&#233;put&#233; Vert, propose un maximum de 100 milliards de dollars d'actifs. &lt;i&gt;&#171; A titre de comparaison, le total de l'actif* de BNP Paribas et de Deutsche Bank en 2011 &#233;tait respectivement de 2 164 milliards d'euros et 1 965 milliards d'euros. &#187;&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;http://www.philippelamberts.eu/les-7-peches-capitaux-des-banques/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.philippelamberts.eu/les-7-peches-capitaux-des-banques/&lt;/a&gt; Nous pensons que la taille maximale doit &#234;tre nettement plus r&#233;duite en particulier dans des petits pays. En effet 100 milliards d'euros, c'est un multiple du PIB de Chypre, c'est plus d'un quart du PIB de la Belgique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://blog.mondediplo.net/2013-02-18-La-regulation-bancaire-au-pistolet-a-bouchon&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://blog.mondediplo.net/2013-02-18-La-regulation-bancaire-au-pistolet-a-bouchon&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul Jorion dans Financit&#233;, novembre 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par exemple, limiter le *hors-bilan aux garanties et aux engagements par signature. C'est donc &#224; discuter.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Eric Toussaint, &#171; Comment les grandes banques manipulent le march&#233; des devises &#187;, publi&#233; par Le Monde.fr le 13 mars 2014 et repris sur &lt;a href=&#034;http://cadtm.org/Comment-les-grandes-banques&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://cadtm.org/Comment-les-grandes-banques&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eric Toussaint, &#171; Les banques sp&#233;culent sur les mati&#232;res premi&#232;res et les aliments &#187;, 10 f&#233;vrier 2014 &lt;a href=&#034;http://cadtm.org/Les-banques-speculent-sur-les&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://cadtm.org/Les-banques-speculent-sur-les&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce qui veut dire abandonner le syst&#232;me de pond&#233;ration des actifs par le risque, un dispositif particuli&#232;rement peu fiable puisque cette pond&#233;ration est laiss&#233;e &#224; la seule initiative des banques. Pour une explication du syst&#232;me de pond&#233;ration des actifs par le risque, voir &lt;a href=&#034;http://cadtm.org/Les-banques-bluffent-en-toute&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://cadtm.org/Les-banques-bluffent-en-toute&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eric Toussaint, &#171; Il faut imposer une v&#233;ritable taxe Tobin au lobby bancaire &#187;, opinion publi&#233;e par le quotidien &lt;i&gt;L'Humanit&#233; &lt;/i&gt;le 25 f&#233;vrier 2014 et reprise sur &lt;a href=&#034;http://cadtm.org/Il-faut-imposer-une-veritable-taxe&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://cadtm.org/Il-faut-imposer-une-veritable-taxe&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Interview d'Eva Joly par Renaud Vivien, &#171; En Islande, les responsables du naufrage bancaire n'ont pas pu acheter leur proc&#232;s &#187;, &lt;a href=&#034;http://cadtm.org/En-Islande-les-responsables-du&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://cadtm.org/En-Islande-les-responsables-du&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir son site : &lt;a href=&#034;http://pourunpolepublicfinancier.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://pourunpolepublicfinancier.org/&lt;/a&gt;. Le p&#244;le public promu par le collectif regrouperait des institutions financi&#232;res publiques (Banque de France, Caisse des D&#233;p&#244;ts et ses filiales financi&#232;res, OSEO, Soci&#233;t&#233; des participations de l'&#201;tat, Banque Postale, UbiFrance, Agence fran&#231;aise de d&#233;veloppement, Institut d'&#233;mission des d&#233;partements d'Outre-Mer, CNP Assurance), ou dont l'activit&#233; rel&#232;ve d'une mission de service public (Cr&#233;dit foncier, Coface). En ferait partie toute banque ou soci&#233;t&#233; d'assurance dans laquelle l'&#201;tat viendrait &#224; prendre une participation majoritaire ou &#224; laquelle seraient attribu&#233;es des missions de service public. En Belgique, un site cr&#233;&#233; par le PTB est d&#233;di&#233; &#224; la promotion de la n&#233;cessit&#233; d'une banque publique : &lt;a href=&#034;http://www.banquepublique.be/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.banquepublique.be/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon, &#171; L'effarante passivit&#233; de la &#171; re-r&#233;gulation financi&#232;re &#187; &#187;, in Changer d'&#233;conomie, les &#233;conomistes atterr&#233;s, Les liens qui lib&#232;rent, 2011, p. 242.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir notamment les liens : &lt;a href=&#034;http://www.sudbpce.com/files/2013/01/2012-projet-bancaire-alternatif-definitif.pdf &#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.sudbpce.com/files/2013/01/2012-projet-bancaire-alternatif-definitif.pdf&#160;&lt;/a&gt; ; &lt;a href=&#034;http://cadtm.org/IMG/pdf/PLAQUETTE_BANQUES_SUD_BPCE.pdf &#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://cadtm.org/IMG/pdf/PLAQUETTE_BANQUES_SUD_BPCE.pdf&#160;&lt;/a&gt; ; &lt;a href=&#034;http://cadtm.org/Socialiser-le-systeme-bancaire&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://cadtm.org/Socialiser-le-systeme-bancaire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les Grecs n'ont pas &#224; payer une dette qui n'est pas la leur</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Les-Grecs-n-ont-pas-a-payer-une-dette-qui-n-est-pas-la-leur</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Les-Grecs-n-ont-pas-a-payer-une-dette-qui-n-est-pas-la-leur</guid>
		<dc:date>2015-06-30T08:26:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Saurin</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>Solidarit&#233; avec la Gr&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>Solidarit&#233; avec le peuple grec</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-06-30</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;27 juin 2015 | Patrick Saurin est membre de la Commission pour la V&#233;rit&#233; sur la Dette grecque, militant du CADTM, du Collectif d'audit citoyen et porte-parole de Sud BPCE. &lt;br class='autobr' /&gt;
(tir&#233; du blog de Patrick Saurin, Mediapart.fr) &lt;br class='autobr' /&gt; De grandes institutions qui violent les r&#232;gles &#233;l&#233;mentaires de droit, bafouent leurs propres statuts, tol&#232;rent des malversations et des fraudes, de grands responsables politiques et financiers pris en flagrant d&#233;lit d'infraction et de malversation, et pour finir un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Grece-+" rel="tag"&gt;Gr&#232;ce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Solidarite-avec-la-Grece-+" rel="tag"&gt;Solidarit&#233; avec la Gr&#232;ce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Solidarite-avec-le-peuple-grec-+" rel="tag"&gt;Solidarit&#233; avec le peuple grec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2015-06-30-+" rel="tag"&gt;Edition du 2015-06-30&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L137xH150/arton22710-ac582.jpg?1781393555' class='spip_logo spip_logo_right' width='137' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;27 juin 2015 | Patrick Saurin est membre de la Commission pour la V&#233;rit&#233; sur la Dette grecque, militant du CADTM, du Collectif d'audit citoyen et porte-parole de Sud BPCE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(tir&#233; du blog de Patrick Saurin, Mediapart.fr)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;De grandes institutions qui violent les r&#232;gles &#233;l&#233;mentaires de droit, bafouent leurs propres statuts, tol&#232;rent des malversations et des fraudes, de grands responsables politiques et financiers pris en flagrant d&#233;lit d'infraction et de malversation, et pour finir un peuple grec flou&#233;, humili&#233; et spoli&#233;, telle est la triste r&#233;alit&#233; que r&#233;v&#232;le en pleine lumi&#232;re le Rapport pr&#233;liminaire de la Commission pour la V&#233;rit&#233; sur la Dette grecque[1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce que r&#233;p&#232;te &#224; l'envi la cohorte d'experts et de journalistes invit&#233;s &#224; demeure des plateaux de t&#233;l&#233;vision, des radios et de la presse &#233;crite, la crise grecque ne trouve pas son origine dans un peuple essentialis&#233; comme fain&#233;ant, fraudeur et vivant &#224; bon compte sur le dos de l'Europe et de ses habitants. C'est une toute autre histoire que met en &#233;vidence la Commission &#224; l'issue de ses premi&#232;res investigations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Al&#233;a (moral) jacta est&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la crise de la dette publique grecque est en r&#233;alit&#233; une crise g&#233;n&#233;r&#233;e par quelques grandes banques, en particulier fran&#231;aises et allemandes, qui apr&#232;s avoir privatis&#233; des profits cons&#233;quents, ont socialis&#233; une bonne partie de leurs pertes, non moins cons&#233;quentes, par une manipulation digne des praticiens du jeu de bonneteau. Dans cette escroquerie &#224; grande &#233;chelle, le r&#244;le du bonneteur ou manipulateur est tenu par les banques, celui des complices ou &#171; barons &#187; par la Tro&#239;ka (le Fonds mon&#233;taire international, la Banque Centrale Europ&#233;enne et la Commission europ&#233;enne), celui des seconds couteaux par les gouvernements des &#201;tats europ&#233;ens, et enfin celui de la victime par le peuple grec. Le pr&#233;judice subi s'&#233;l&#232;ve &#224; 320 milliards d'euros, le montant de la dette grecque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire commence au d&#233;but des ann&#233;es 2000, &#224; un moment o&#249; les grandes banques occidentales d&#233;cident de d&#233;verser massivement sur le march&#233; grec, qu'elles estiment plus r&#233;mun&#233;rateur pour elles que leur march&#233; national, une part importante des &#233;normes liquidit&#233;s dont elles disposent. Prises d'une fr&#233;n&#233;sie irr&#233;pressible, elles pr&#234;tent aux entreprises, aux particuliers, &#224; l'&#201;tat grec et proc&#232;dent &#224; l'acquisition de filiales sur place pour op&#233;rer plus facilement, &#224; l'exemple du Cr&#233;dit Agricole avec Emporiki et de la Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale avec Geniki. Inond&#233;es de liquidit&#233;s, les banques grecques, privatis&#233;es depuis 1998, se lancent &#224; leur tour dans l'octroi d'une quantit&#233; d'emprunts sans prendre la peine de proc&#233;der &#224; l'analyse du risque qui est pourtant la base du m&#233;tier de banquier. Ainsi, entre 2000 et 2009, les cr&#233;dits explosent, les pr&#234;ts aux m&#233;nages et les cr&#233;dits immobiliers sont multipli&#233;s par 6, les financements aux entreprises doublent. Tout n'est que profit, calme et volupt&#233; dans le petit monde de la finance jusqu'&#224; ce qu'&#233;clate la crise de 2008-2009. N&#233;e aux &#201;tats-Unis avec la crise des subprimes qui a vu la spoliation de millions de m&#233;nages modestes, la crise devient internationale et gagne l'Europe et la Gr&#232;ce. En Gr&#232;ce, de nombreux m&#233;nages se retrouvent brutalement dans l'incapacit&#233; de payer leurs &#233;ch&#233;ances et les banques sont aux abois. C'est alors qu'interviennent les gigantesques plans de soutien aux banques mis en place par la Banque F&#233;d&#233;rale aux &#201;tats-Unis (29 000 milliards de dollars) et par la Banque Centrale Europ&#233;enne (5 000 milliards d'euros) car, fid&#232;les pratiquants du commandement de l'al&#233;a moral, les banquiers se sont empress&#233;s de faire supporter leurs pertes par les &#201;tats, c'est-&#224;-dire par les contribuables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Tro&#239;ka ou l'&#233;loge du crime en bande organis&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2009, en Gr&#232;ce, la falsification des chiffres du d&#233;ficit et du niveau de la dette publique donne le pr&#233;texte qui manquait pour justifier l'intervention du FMI au c&#244;t&#233; de ses deux complices, la Banque centrale europ&#233;enne et la Commission europ&#233;enne. Sous couvert de &#171; plans de sauvetage &#187; de la Gr&#232;ce, cette Tro&#239;ka va imposer au pays deux memoranda. Ces derniers pr&#233;voient des financements importants, respectivement de 110 et 130 milliards d'euros, mais qui, pour l'essentiel ne vont b&#233;n&#233;ficier qu'aux banques grecques et &#233;trang&#232;res qui recevront plus de 80 % des sommes d&#233;bloqu&#233;es. Mais surtout, ces plans d'ajustement sont accompagn&#233;s de drastiques mesures d'aust&#233;rit&#233; : licenciements massifs dans la fonction publiques, coupes dans les services publics, diminutions des salaires et des pensions, bradage du patrimoine du pays. Les effets de ces politiques vont &#234;tre catastrophiques : en quelques ann&#233;es, le pays perd 25 % de son PIB, voit son taux de ch&#244;mage tripler pour atteindre 27 % (60 % chez les jeunes et 72 % chez les jeunes femmes), et en lieu et place d'une diminution de la dette publique, on voit celle-ci augmenter jusqu'&#224; 320 milliards d'euros pour repr&#233;senter 177 % du PIB en juin 2015. Dans ces plans d'aust&#233;rit&#233; impos&#233;s &#224; la Gr&#232;ce, le plus inadmissible est la crise humanitaire qu'ils ont suscit&#233;e en frappant indiff&#233;remment enfants, personnes &#226;g&#233;es, migrants, malades, femmes isol&#233;es sans emploi, c'est-&#224;-dire les plus fragiles de la soci&#233;t&#233;. Gabriel Sterne, un &#233;conomiste d'Oxford Economics (une soci&#233;t&#233; de conseil sp&#233;cialis&#233;e dans l'analyse &#233;conomique et la prospective), reprenant une &#233;tude d'&#233;conomistes du FMI portant sur 147 crises bancaires sur la p&#233;riode 1970-2011[2], constate que la crise grecque fait partie des 5 % des crises les plus graves. La chute de 42 % du PIB de la Gr&#232;ce entre 2008 et 2015 est un ph&#233;nom&#232;ne qui n'a &#233;t&#233; observ&#233; que dans des pays confront&#233;s &#224; des guerres, &#224; des effondrements du cours des mati&#232;res premi&#232;res et en Argentine dans les ann&#233;es 1980 et 1995[3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2012 : Une restructuration de la dette au profit de la Gr&#232;ce ? Non, une gigantesque op&#233;ration de transfert des risques des banques priv&#233;es vers le secteur public&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;v&#233;nement le plus important dans la crise grecque ces derni&#232;res ann&#233;es, c'est le changement radical quant aux d&#233;tenteurs de la dette publique. Alors qu'&#224; la fin des ann&#233;es 2000 cette dette &#233;tait &#224; 80 % entre les mains des investisseurs financiers priv&#233;s, aujourd'hui, c'est le secteur public qui la d&#233;tient dans les m&#234;mes proportions. Les &#233;conomistes Benjamin Coriat et Christopher Lantenois ont attir&#233; l'attention sur cette inversion de la dette grecque au niveau de sa structure &#224; l'issue de la restructuration de 2012 dont l'objet essentiel &#233;tait d'op&#233;rer &#171; un transfert massif de risque du priv&#233; au public &#187;[4]. Leurs coll&#232;gues Zettelmeyer, Trebesch et Gulati soulignent &#233;galement ce ph&#233;nom&#232;ne inhabituel : &#171; Nous n'avons pas connaissance dans toute l'histoire des dettes souveraines d'un autre cas de &#171; migration de cr&#233;dit &#187; du secteur priv&#233; vers le secteur public aussi &#233;norme. &#187; [5]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; migration de cr&#233;dit &#187; ob&#233;issait au souci de sauver les banques, et non la Gr&#232;ce et sa population. En juin 2013, ATTAC Autriche a publi&#233; une &#233;tude tr&#232;s d&#233;taill&#233;e pour identifier les v&#233;ritables b&#233;n&#233;ficiaires du soi-disant &#171; sauvetage &#187; de la Gr&#232;ce intervenu entre mai 2010 et juin 2012. Sur un total de 206,9 milliards d'euros, il est ressorti que 77 % avaient &#233;t&#233; affect&#233;s au secteur financier. L'&#233;tude pr&#233;cise que &#171; ces 77 % constituent&#8230; un minimum d'un montant qui a pu &#234;tre sous-estim&#233;. &#187;[6] M&#234;me Jean Arthuis, pr&#233;sident de la commission des budgets au Parlement europ&#233;en, le reconna&#238;t dans un entretien donn&#233; le 11 mai 2015 au journal Lib&#233;ration : &#171; on a, en fait, transf&#233;r&#233; le mistigri des banques aux &#201;tats &#187;[7].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La dette grecque est totalement insoutenable et en grande partie ill&#233;gale, ill&#233;gitime et odieuse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te minutieuse de la Commission a relev&#233; de multiples irr&#233;gularit&#233;s dans la mise en place des financements. L&#224; encore, la liste est longue. Ainsi, le FMI dont l'article 1 des statuts indique qu'il a pour but de &#171; contribuer&#8230; &#224; l'instauration et au maintien de niveaux &#233;lev&#233;s d'emploi et de revenu &#187;, participe &#224; la mise en place de memoranda qui pr&#233;voient de massives suppressions d'emplois et de drastiques diminutions de salaires et pensions. De m&#234;me, la BCE a outrepass&#233; son mandat en imposant, dans le cadre de sa participation &#224; la Tro&#239;ka, l'application de programmes d'ajustement macro&#233;conomique (&#224; savoir l'ignominieuse r&#233;forme du march&#233; du travail). De son c&#244;t&#233;, le FESF a viol&#233; l'article 122.2 du Trait&#233; sur le fonctionnement de l'Union europ&#233;enne (TFUE) qui autorise le financement d'un &#201;tat membre &#171; lorsqu'un &#201;tat membre conna&#238;t des difficult&#233;s ou une menace s&#233;rieuse de graves difficult&#233;s, en raison de catastrophes naturelles ou d'&#233;v&#233;nements exceptionnels &#233;chappant &#224; son contr&#244;le &#187;. Or la Gr&#232;ce ne rentrait pas dans ce cadre car, &#224; l'instar d'autres pays de l'Union europ&#233;enne, elle avait vu sa situation se d&#233;t&#233;riorer suite &#224; la mise en &#339;uvre des conditionnalit&#233;s fix&#233;es dans les protocoles d'accord, sachant par ailleurs que la mise en place du pr&#233;tendu &#171; programme d'aide &#187; (le Memorandum of Undestanding) s'est faite en violation de la proc&#233;dure de ratification telle que pr&#233;vue dans la Constitution grecque. On peut &#233;galement consid&#233;rer que les pr&#234;ts bilat&#233;raux consentis par les &#201;tats pr&#233;sentent de nombreuses irr&#233;gularit&#233;s ou clauses abusives, notamment lorsque l'accord de facilit&#233; de pr&#234;t pr&#233;voit que les dispositions de l'accord doivent &#234;tre mises en &#339;uvre m&#234;me si elles sont ill&#233;gales. Enfin, les dettes des cr&#233;anciers priv&#233;s peuvent &#234;tre &#233;galement consid&#233;r&#233;es comme ill&#233;gales car elles r&#233;v&#232;lent une attitude irresponsable des banques priv&#233;es avant l'arriv&#233;e de la Tro&#239;ka et une mauvaise foi de certains cr&#233;anciers priv&#233;s qui ont sp&#233;cul&#233; sur la dette grecque en utilisant les Credit default swaps (CDS).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux droits humains (droit &#224; la sant&#233;, au logement, &#224; l'&#233;ducation, &#224; la S&#233;curit&#233; sociale, droit du travail etc.) sont foul&#233;s aux pieds au pr&#233;texte qu'il faut d'abord payer la dette, alors que les trait&#233;s internationaux, la Constitution grecque et la r&#233;glementation de l'Union europ&#233;enne et celle de ses &#201;tats membres pr&#233;voient pr&#233;cis&#233;ment le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs nombre de contrats de pr&#234;ts ont &#233;t&#233; entach&#233;s de lourdes irr&#233;gularit&#233;s. La violation de la proc&#233;dure de ratification telle que pr&#233;vue dans la Constitution grecque rend tout simplement inconstitutionnels les conventions de pr&#234;t et les protocoles d'accord. Les deux clauses de d&#233;l&#233;gation au Ministre des finances ne sont pas constitutionnelles. D'autres clauses abusives impos&#233;es par les cr&#233;anciers violent la souverainet&#233; de l'&#201;tat grec, comme celle par laquelle ce dernier en tant qu'emprunteur &#171; renonce&#8230; de fa&#231;on irr&#233;vocable et inconditionnelle, &#224; toute immunit&#233; &#224; laquelle il a ou pourrait avoir droit, eu &#233;gard &#224; lui-m&#234;me ou &#224; ses biens, par rapport &#224; toute proc&#233;dure juridique en rapport avec cette convention&#8230; &#187;[8]Plus grave encore, certains contrats ont donn&#233; lieu &#224; de grossi&#232;res malversations, comme par exemple des versements de fonds r&#233;alis&#233;s sans facture pour des contrats d'armement, ainsi que nous l'a appris le nouveau ministre grec de la d&#233;fense &#224; l'occasion d'une rencontre &#224; son minist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, on peut conclure que la dette publique grecque est ill&#233;gale car elle a &#233;t&#233; consentie en violation de proc&#233;dures l&#233;gales, des droits nationaux, du droit de l'Union europ&#233;enne et du droit international. Cette dette est &#233;galement ill&#233;gitime en ce sens qu'elle n'a pas servi l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, elle n'a pas b&#233;n&#233;fici&#233; &#224; l'ensemble de la population mais &#224; une petite minorit&#233; d'int&#233;r&#234;ts particuliers. Cette dette pr&#233;sente un caract&#232;re odieux car, lors de sa mise en place, les cr&#233;anciers savaient qu'ils violaient des principes d&#233;mocratiques avec pour cons&#233;quence le non-respect de droits humains fondamentaux. Enfin cette dette est en totalit&#233; insoutenable en ce sens qu'elle emp&#234;che l'&#201;tat grec de respecter ses obligations en mati&#232;re de droits humains fondamentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que peut faire l'&#201;tat grec aujourd'hui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport pr&#233;liminaire &#233;tabli par la Commission fournit aux autorit&#233;s grecques de nombreuses pistes de droit pour la suspension et la r&#233;pudiation de la dette souveraine grecque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article 26 de la Convention de Vienne sur le droit des trait&#233;s dispose que les trait&#233;s qui lient les parties doivent &#234;tre ex&#233;cut&#233;s de bonne foi. La mauvaise foi et la contrainte (observ&#233;e notamment lors de la ren&#233;gociation de la dette) sont des motifs de nullit&#233;. En droit international, un &#201;tat l&#233;s&#233; peut ne pas ex&#233;cuter une obligation internationale vis-&#224;-vis d'un autre &#201;tat si ce dernier s'est rendu responsable d'un acte internationalement illicite. La Constitution grecque a &#233;t&#233; viol&#233;e, en particulier en ce qui concerne l'obligation d'obtenir l'accord du Parlement pour les accords internationaux. Enfin, les droits humains, consacr&#233;s &#224; l'article 103 de la Charte des Nations Unies, priment sur les autres obligations contractuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus de ces fondements de droit, l'&#201;tat grec peut d&#233;cider une suspension unilat&#233;rale de sa dette en se fondant sur l'&#233;tat de n&#233;cessit&#233;. Toutes les conditions pour la mise en place d'une telle d&#233;cision sont remplies dans la mesure o&#249; les autorit&#233;s grecques doivent prot&#233;ger un int&#233;r&#234;t essentiel de l'&#201;tat contre un p&#233;ril grave et imminent et qu'elles ne disposent pas d'autre moyen &#224; leur disposition pour prot&#233;ger l'int&#233;r&#234;t essentiel en question. Enfin, lorsqu'un &#201;tat est confront&#233; &#224; une dette insoutenable, il peut unilat&#233;ralement d&#233;cider de faire d&#233;faut car l'insolvabilit&#233; souveraine a sa place dans le droit international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; des institutions aveugl&#233;es par une haine de classe et &#224; des cr&#233;anciers corrompus et d&#233;pourvus de tout scrupule, les autorit&#233;s grecques auraient bien tort de se priver de ces moyens de droit m&#234;me si leur mise en &#339;uvre ne peut r&#233;pondre qu'&#224; une partie des probl&#232;mes auxquels est confront&#233;e leur pays depuis des mois. La d&#233;cision prise &#224; l'unanimit&#233; par le conseil des ministres grec de consulter la population sur la derni&#232;re proposition des institutions europ&#233;ennes pourrait bien &#234;tre la premi&#232;re &#233;tape d'un processus qui m&#232;ne &#224; l'annulation de la dette grecque ou tout au moins &#224; une partie significative de celle-ci. Aujourd&#8216;hui, &#224; quelques jours du r&#233;f&#233;rendum, le soutien international au peuple grec doit s'intensifier pour l'appuyer dans son refus du projet de la Tro&#239;ka qui doit &#234;tre remplac&#233; par un programme alternatif, d&#233;mocratique et au service de l'ensemble de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1]Ce rapport a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; par la Commission pour la V&#233;rit&#233; sur la dette publique grecque cr&#233;&#233;e le 4 avril 2015 Par Zo&#233; Konstantopoulou, la Pr&#233;sidente du Parlement hell&#233;nique. Compos&#233;e d'une trentaine de membres (pour moiti&#233; grecs et pour l'autre moiti&#233; de personnes repr&#233;sentant une dizaine de nationalit&#233;s), la Commission a travaill&#233; durant 2 mois et demi pour produire un rapport pr&#233;liminaire pr&#233;sent&#233; le 17 et 18 juin dernier aux autorit&#233;s du pays r&#233;unies au Parlement. On peut consulter la synth&#232;se en fran&#231;ais de ce rapport avec le lien : &lt;a href=&#034;http://cadtm.org/Synthese-du-rapport-de-la&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://cadtm.org/Synthese-du-rapport-de-la&lt;/a&gt; et le texte complet en anglais avec cet autre lien : &lt;a href=&#034;http://cadtm.org/Preliminary-Report-of-the-Truth&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://cadtm.org/Preliminary-Report-of-the-Truth&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2]Luc Laeven &amp; Fabi&#225;n Valencia, &#171; Systemic Banking Crises Database : an Update&#8221;, IMF Working Paper, 12/163, &lt;a href=&#034;http://www.imf.org/external/pubs/ft/wp/2012/wp12163.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.imf.org/external/pubs/ft/wp/2012/wp12163.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3]Gabriel Sterne, cit&#233; par Matthew C. Klein, &#171; Greece : It can't get *that* much worse, can it ?&#8221;, can&lt;a href=&#034;http://ftalphaville.ft.com/2015/06/18/2132201/greece-it-cant-get-that-much-worse-can-it/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://ftalphaville.ft.com/2015/06/18/2132201/greece-it-cant-get-that-much-worse-can-it/&lt;/a&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Benjamin Coriat, Christopher Lantenois, &#171; De l'Imbroglio au Chaos : la crise grecque, l'Union europ&#233;enne, la finance&#8230; et nous &#187;, avril 2013, p. 22, &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.atterres.org/sites/default/files/Note%20De%20l&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.atterres.org/sites/default/files/Note%20De%20l&lt;/a&gt;'Imbroglio%20au%20Chaos,%20avril%202013_0.pdf&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5]Jeromin Zettelmeyer, Christoph Trebesch, and Mitu Gulati, &#8220;The Greek Debt Restructuring : An Autopsy&#8221;, Working Paper Series, August 2013, pp. 34-35, &lt;a href=&#034;http://www.iie.com/publications/wp/wp13-8.pdfpp&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.iie.com/publications/wp/wp13-8.pdfpp&lt;/a&gt; 34-35.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Attac, &#8220;Greek Bail-Out : 77% went into the Financial Sector&#8220;, June 17, 2013, &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.attac.at/news/detailansicht/datum/2013/06/17/greek-bail-out-77-went-into-the-financial-sector.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.attac.at/news/detailansicht/datum/2013/06/17/greek-bail-out-77-went-into-the-financial-sector.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7]Lib&#233;ration, lundi 11 mai 2015, p. 11.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Convention de pr&#234;t, article 14, paragraphe 5 ; Convention cadre FESF, article 15, paragraphe 2 ; MFAFA, article 15, paragraphe 4.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Escroqu&#233;s par des universit&#233;s priv&#233;es &#224; but lucratif, des &#233;tudiants exigent l'annulation de leur dette et l'&#233;ducation gratuite</title>
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		<dc:date>2015-02-24T08:30:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ann Larson, Patrick Saurin</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-02-24</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, la crise des subprime qui a d&#233;but&#233; en &#233;t&#233; 2006 a r&#233;v&#233;l&#233; au grand jour les malversations des banques et de la finance qui ont escroqu&#233; des millions de familles, en particulier les plus pauvres, avec des pr&#234;ts immobiliers que celles-ci n'allaient pas pouvoir rembourser. Mais ces pr&#234;ts hypoth&#233;caires ne repr&#233;sentent qu'un dispositif parmi une vaste gamme de cr&#233;dits pr&#233;dateurs dans laquelle on retrouve les pr&#234;ts pour d&#233;penses de sant&#233;, les pr&#234;ts personnels, les cr&#233;dits attach&#233;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH123/arton21013-b5399.png?1781393555' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='123' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, la crise des subprime qui a d&#233;but&#233; en &#233;t&#233; 2006 a r&#233;v&#233;l&#233; au grand jour les malversations des banques et de la finance qui ont escroqu&#233; des millions de familles, en particulier les plus pauvres, avec des pr&#234;ts immobiliers que celles-ci n'allaient pas pouvoir rembourser. Mais ces pr&#234;ts hypoth&#233;caires ne repr&#233;sentent qu'un dispositif parmi une vaste gamme de cr&#233;dits pr&#233;dateurs dans laquelle on retrouve les pr&#234;ts pour d&#233;penses de sant&#233;, les pr&#234;ts personnels, les cr&#233;dits attach&#233;s aux cartes bancaires, les pr&#234;ts aux collectivit&#233;s, mais &#233;galement les pr&#234;ts aux &#233;tudiants.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Faire des &#233;tudes aux &#201;tats-Unis co&#251;te cher car la scolarit&#233; est payante. R&#233;sultat : deux-tiers des &#233;tudiants sortent de l'universit&#233; avec une dette en moyenne de 27 000 dollars. En 2012, on estimait que la dette totale des &#233;tudiants d&#233;passait les 1 000 milliards de dollars, une dette sup&#233;rieure &#224; celle des cartes de cr&#233;dit ou &#224; toutes les autres sortes de pr&#234;ts aux particuliers &#224; l'exception des pr&#234;ts immobiliers |1|.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de leurs &#233;tudes, beaucoup d'&#233;tudiants sans emploi se trouvent pris au pi&#232;ge d'une dette qui les &#233;trangle. Isol&#233;s, ils sont &#224; la merci des banques et de leurs cr&#233;anciers. Mais depuis quelques ann&#233;es, un collectif citoyen, combatif et imaginatif, a entrepris de les f&#233;d&#233;rer et de les appuyer dans leur combat contre les banques mais &#233;galement contre les universit&#233;s qui ont empoch&#233; de cons&#233;quents frais d'inscription sans leur assurer les d&#233;bouch&#233;s annonc&#233;s. Ce collectif, c'est Strike Debt |2|.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Strike Debt est un mouvement de r&#233;fractaires &#224; la dette qui se bat pour la justice &#233;conomique et les libert&#233;s d&#233;mocratiques. Il appuie son action sur un certain nombre de principes : la lutte contre l'oppression, l'ind&#233;pendance, la prise de d&#233;cisions d&#233;mocratique et l'action directe. Des groupes de ce mouvement se battent partout dans le pays aux c&#244;t&#233;s des populations victimes du syst&#232;me de la dette en mettant &#224; leur disposition des strat&#233;gies de lutte, des outils et un cadre pour structurer leur action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ann Larson, une militante tr&#232;s active de Strike Debt, nous relate le combat men&#233; fin 2014 par des &#233;tudiants endett&#233;s contre une universit&#233; priv&#233;e am&#233;ricaine et contre le minist&#232;re de l'&#233;ducation nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Escroqu&#233;s par des universit&#233;s priv&#233;es &#224; but lucratif, des &#233;tudiants exigent l'annulation de leur dette et l'&#233;ducation gratuite&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre 2014, un groupe de 10 &#233;tudiants endett&#233;s accompagn&#233;s de membres de Debt Collective (Collectif de la dette), une organisation militante de la ville de New York, a perturb&#233; une audition publique du minist&#232;re de l'&#233;ducation des &#201;tats-Unis pour exiger l'annulation totale de leurs dettes et la gratuit&#233; de l'enseignement sup&#233;rieur. Tous ces &#233;tudiants &#233;taient inscrits &#224; l'universit&#233; Everest qui fait partie d'un ensemble d'&#233;tablissements d'enseignement priv&#233;s &#224; but lucratif appartenant &#224; Corinthian Colleges (Corinthian Colleges est une entreprise am&#233;ricaine sp&#233;cialis&#233;e dans l'enseignement post-secondaire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de gens ne comprennent pas la diff&#233;rence entre institutions &#224; but lucratif, publiques, et priv&#233;es sans but lucratif. Les trois g&#233;n&#232;rent des revenus, mais seule celle &#224; but lucratif a pour vocation premi&#232;re d'enrichir ses propri&#233;taires. Les plus importantes de ces institutions sont des soci&#233;t&#233;s nationales con&#231;ues pour maximiser les profits de leurs actionnaires plut&#244;t que d'assurer l'&#233;ducation des &#233;tudiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, environ 10 % des &#233;tudiants des universit&#233;s am&#233;ricaines sont inscrits dans ces &#233;tablissements d'enseignement qui encaissent pourtant plus du quart de toute l'aide financi&#232;re f&#233;d&#233;rale, jusqu'&#224; 33 milliards de dollars pour une seule ann&#233;e. Les universit&#233;s priv&#233;es &#224; but lucratif peuvent &#234;tre jusqu'&#224; deux fois plus ch&#232;res que les universit&#233;s les plus cot&#233;es du pays et co&#251;ter g&#233;n&#233;ralement cinq &#224; six fois le prix des centres universitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre-vingt-seize pour cent des &#233;tudiants qui parviennent &#224; obtenir un dipl&#244;me dans un &#233;tablissement priv&#233; &#224; but lucratif le quittent en devant de l'argent, et ils sont deux fois plus endett&#233;s que les &#233;tudiants des &#233;tablissements traditionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Corinthian est une des entreprises les plus r&#233;pr&#233;hensibles en cette mati&#232;re. Cette soci&#233;t&#233; qui a inscrit plus d'un demi-million d'&#233;tudiants sur une vingtaine d'ann&#233;es, s'est attaqu&#233;e &#224; de personnes &#224; faibles revenus, et les a encourag&#233;s &#224; s'inscrire dans des formations co&#251;teuses qui ne d&#233;bouchaient sur aucun emploi. La soci&#233;t&#233; a pr&#233;f&#233;r&#233; utiliser le montant des pr&#234;ts f&#233;d&#233;raux des &#233;tudiants pour enrichir des actionnaires et des dirigeants. Le minist&#232;re de l'&#233;ducation a soutenu ce projet en d&#233;versant des milliards provenant de l'argent des contribuables sur plus d'une centaine de campus dans deux douzaines d'&#201;tats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de l'&#233;t&#233; 2014, apr&#232;s que plusieurs &#201;tats et agences f&#233;d&#233;rales ont commenc&#233; &#224; examiner le mod&#232;le &#233;conomique de Corinthian, le minist&#232;re de l'&#233;ducation a finalement annonc&#233; l'ouverture d'une enqu&#234;te sur les finances de la soci&#233;t&#233;. Corinthian a d&#233;clar&#233; qu'il mettrait la clef sous la porte. Mais pendant ce temps, les &#233;tudiants sont tenus de continuer &#224; rembourser leurs emprunts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'audition publique &#224; Los Angeles a amen&#233; d'anciens &#233;tudiants et des avocats &#224; exiger ensemble que le minist&#232;re annule leur dette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Latonya Suggs, de Cincinnati, a expliqu&#233; comment Corinthian, avec le concours du minist&#232;re de l'&#233;ducation, avait instrumentalis&#233; son r&#234;ve de trouver un emploi. &#192; la fin de son intervention, Suggs a d&#233;clench&#233; les acclamations de l'assistance en envoyant sa toque port&#233;e lors de la remise de son dipl&#244;me. &#171; Vous pouvez garder cette toque, je n'en ai plus besoin ! &#187;, leur a-t-elle lanc&#233;, &#171; je n'en veux plus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tasha Courtright, dont le jeune enfant est handicap&#233;, a expos&#233; en donnant de poignants d&#233;tails, comment Corinthian lui avait promis de fa&#231;on mensong&#232;re que son investissement dans son &#233;ducation lui garantirait un emploi bien pay&#233;. &#171; J'ai &#233;t&#233; tromp&#233;e. Ils m'ont vol&#233;e l'argent que je n'avais m&#234;me pas &#187;, a-t-elle dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant que les &#233;tudiants se succ&#233;daient tout l'apr&#232;s-midi pour t&#233;moigner, il est apparu de plus en plus &#233;vident que le minist&#232;re avait soutenu financi&#232;rement une soci&#233;t&#233; dont le but principal &#233;tait de rapporter de l'argent aux investisseurs, aux d&#233;pens des &#233;tudiants et de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'audition, les &#233;tudiants et leurs soutiens se sont r&#233;unis sur un campus de l'universit&#233; Everest du lieu en signe de protestation. Ils portaient des pancartes exigeant la fermeture de Corinthian et ont fait part de leur histoire aux &#233;tudiants pr&#233;sents d'Everest.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre 2014, le minist&#232;re de l'&#233;ducation a annonc&#233; que des douzaines de campus de Corinthian seraient vendus &#224; un nouvel acheteur, r&#233;duisant s&#233;rieusement les chances des &#233;tudiants de voir leurs dettes annul&#233;es. Mais le combat continue. Les &#233;tudiants et les animateurs du mouvement sont en train de pr&#233;parer une nouvelle s&#233;rie d'actions pour maintenir la pression sur le minist&#232;re de l'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus d'obtenir l'annulation des dettes des &#233;tudiants tromp&#233;s, les animateurs du mouvement pensent que la campagne contre Corinthian et le minist&#232;re de l'&#233;ducation pourrait servir de mod&#232;le pour une nouvelle sorte d'action collective. Les collectifs de d&#233;biteurs pourraient r&#233;unir des personnes qui ont traditionnellement du mal &#224; s'organiser, en incluant notamment les travailleurs pr&#233;caires sous-pay&#233;s qui vont d'un emploi &#224; l'autre, et les jeunes qui terminent leurs &#233;tudes &#224; l'universit&#233; avec devant eux une vie faite de remboursement d'&#233;ch&#233;ances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme le mouvement ouvrier s'est d&#233;velopp&#233; durant des d&#233;cennies pour prot&#233;ger les droits et les conditions de vie des travailleurs, le mouvement des d&#233;biteurs pourrait lui aussi aider &#224; contrecarrer les pratiques les plus pr&#233;datrices de la classe des cr&#233;anciers. Un vieil adage dit : &#171; Si vous devez &#224; la banque 100 000 dollars, vous &#234;tes &#224; la merci de la banque, mais si vous devez &#224; la banque 100 millions de dollars, c'est la banque qui est &#224; votre merci. &#187; D&#233;multiplier cette puissance collective est l'id&#233;e qui anime le Collectif de la Dette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduction Patrick Saurin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|1| Strike Debt, The Debt Resisters' Operations Manual, PM Press, 2014, pp. 65-66.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|2| Voir le site de Strike Debt : &lt;a href=&#034;http://strikedebt.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://strikedebt.org/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ann Larson est membre du collectif Strike Debt&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrick Saurin, porte-parole de Sud BPCE, membre du CADTM et du Collectif d'audit citoyen (France)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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