<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.pressegauche.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
	<link>https://www.pressegauche.org/</link>
	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.pressegauche.org/spip.php?id_auteur=4295&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
		<url>https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L144xH36/ptag-logo-1200x300px-02d59.png?1781022263</url>
		<link>https://www.pressegauche.org/</link>
		<height>36</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; La Syrie aujourd'hui : o&#249; en &#233;tait-elle ? O&#249; en est-elle aujourd'hui ? Et o&#249; va-t-elle ? &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-Syrie-aujourd-hui-ou-en-etait-elle-Ou-en-est-elle-aujourd-hui-Et-ou-va-t</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/La-Syrie-aujourd-hui-ou-en-etait-elle-Ou-en-est-elle-aujourd-hui-Et-ou-va-t</guid>
		<dc:date>2026-04-28T06:26:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Yassine Al Haj Saleh</dc:creator>


		<dc:subject>Asie/Proche-Orient</dc:subject>
		<dc:subject>Syrie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2026-04-28</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La Syrie a connu deux r&#233;volutions apr&#232;s 2011 : une r&#233;volution contre le r&#233;gime d'Assad, anim&#233;e par un esprit d&#233;mocratique et une profonde dimension nationale et populaire, s'appuyant sur des formes de contestation d'abord pacifiques, puis &#224; la fois pacifiques et arm&#233;es, dans le sillage du &#171; Printemps arabe &#187;. La seconde r&#233;volution, apparue en 2012, &#233;tait de nature salafiste djihadiste. Elle s'inscrivait dans un contexte rappelant la guerre civile en Irak cons&#233;cutive &#224; l'occupation (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Asie-Proche-Orient-" rel="directory"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Asie-Proche-Orient-423-+" rel="tag"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Syrie-+" rel="tag"&gt;Syrie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2026-04-28-+" rel="tag"&gt;Edition du 2026-04-28&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH98/capture_d_e_cran_le_2026-04-27_a_07.59_36-aaa21.png?1781061402' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='98' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La Syrie a connu deux r&#233;volutions apr&#232;s 2011 : une r&#233;volution contre le r&#233;gime d'Assad, anim&#233;e par un esprit d&#233;mocratique et une profonde dimension nationale et populaire, s'appuyant sur des formes de contestation d'abord pacifiques, puis &#224; la fois pacifiques et arm&#233;es, dans le sillage du &#171; Printemps arabe &#187;. La seconde r&#233;volution, apparue en 2012, &#233;tait de nature salafiste djihadiste. Elle s'inscrivait dans un contexte rappelant la guerre civile en Irak cons&#233;cutive &#224; l'occupation am&#233;ricaine, privil&#233;giant des m&#233;thodes d'action &#233;litistes et fondamentalement violentes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://alencontre.org/moyenorient/syrie/la-syrie-aujourdhui-ou-en-etait-elle-ou-en-est-elle-aujourdhui-et-ou-va-t-elle.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#192; l'encontre&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous parlons de &#171; r&#233;volution &#187; dans ce dernier cas car elle aspirait &#224; un changement radical fond&#233; sur la th&#233;orie salafiste et la m&#233;thode djihadiste. La r&#233;volution syrienne &#233;tait celle de la soci&#233;t&#233;, elle &#233;manait de la base, alors que la r&#233;volution salafiste djihadiste &#233;tait une r&#233;volution impos&#233;e &#224; la soci&#233;t&#233;, venue d'en haut. Le Front al-Nosra, puis Daech ont &#233;t&#233; les deux forces radicales de cette &#171; r&#233;volution nihiliste &#187;, hostile &#224; l'&#201;tat, &#224; la soci&#233;t&#233;, &#224; l'entit&#233; syrienne et au monde entier. Toutefois, leur mod&#232;le dominant a influenc&#233; d'autres formations salafistes, notamment Jaych al-Islam (Arm&#233;e de l'islam) et Ahrar al-Cham (Mouvement islamique des hommes libres de Cham), qui &#233;taient, il n'y a pas si longtemps, des &#171; fr&#232;res de doctrine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux r&#233;volutions ont &#233;t&#233; vaincues. La r&#233;volution syrienne a &#233;t&#233; &#233;cras&#233;e par le r&#233;gime, &#224; partir de la mi-2012, lorsque le cadre national du conflit syrien a commenc&#233; &#224; s'effondrer, puis par les salafistes djihadistes en 2013 et 2014. Toute une g&#233;n&#233;ration de r&#233;volutionnaires, hommes et femmes, qui avaient pens&#233; la politique et la r&#233;volution dans un cadre national et d&#233;velopp&#233; une conscience politique et des droits humains, a &#233;t&#233; tu&#233;e, port&#233;e disparue, arr&#234;t&#233;e, tortur&#233;e, ou contrainte &#224; l'exil dans des pays proches ou lointains. Les salafistes djihadistes, quant &#224; eux, ont &#233;t&#233; d&#233;faits entre 2016 et 2017. La premi&#232;re ann&#233;e, Hayat Tahrir al-Cham (HTC), anciennement le Front al-Nosra, a rompu avec Al-Qa&#239;da et entam&#233; des efforts pour se normaliser dans sa zone qu'il contr&#244;lait &#224; Idleb et sur la sc&#232;ne internationale. L'ann&#233;e suivante, Daech a &#233;t&#233; an&#233;anti par une coalition internationale dirig&#233;e par les &#201;tats-Unis, dont le Parti de l'union d&#233;mocratique (PYD) kurde constituait les forces terrestres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En [d&#233;cembre] 2024, le r&#233;gime d'Assad s'est lui-m&#234;me d&#233;fait, payant cet &#233;chec de sa survie. Les trois principaux acteurs du conflit syrien ont ainsi &#233;t&#233; vaincus. Qui a donc gagn&#233; ? &#171; L'Entit&#233; sunnite &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Entit&#233; sunnite&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'une force politico-religieuse qui dominait Idleb et certaines de ses r&#233;gions, y imposant une forme stricte de r&#233;gime autoritaire conservateur. Elle s'est cependant distingu&#233;e par une discipline relativement forte, un instinct de survie aiguis&#233; et une grande capacit&#233; d'adaptation aux bouleversements : accords de d&#233;sescalade sous l'&#233;gide de la Russie et de la Turquie, am&#233;lioration des relations avec le voisin turc, et tentatives de rapprochement avec les Am&#233;ricains et les puissances occidentales en rejetant le terrorisme et en &#233;pargnant les int&#233;r&#234;ts occidentaux. Elle a ensuite su tirer parti de l'affaiblissement de l'influence iranienne et de la puissance du Hezbollah &#224; la suite de la guerre isra&#233;lienne contre ce dernier en 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis un an et quatre mois, la Syrie est gouvern&#233;e par une coalition &#233;largie autour de la force centrale de cette entit&#233;sunnite : Hayat Tahrir al-Cham. Son style de gouvernance ne pr&#233;sente aucune sp&#233;cificit&#233; radicale qui la distinguerait des autres r&#233;gimes arabes ou de son pr&#233;d&#233;cesseur, le r&#233;gime d'Assad. La composition de ce nouveau r&#233;gime est certes structurellement extr&#233;miste, mais il ne s'agit pas de l'id&#233;ologie salafiste djihadiste, mais plut&#244;t de sectarisme sunnite. L'extr&#233;misme consiste pour un groupe social sp&#233;cifique &#224; chercher &#224; se substituer &#224; tous les autres ou &#224; les annuler politiquement. Le sectarisme (ou confessionnalisme) consiste pour des &#233;lites confessionnelles &#224; s'accaparer l'&#201;tat public, avec tout ce que cela implique de marginalisation des autres. Nous avons donc affaire &#224; un extr&#233;misme aux racines sectaires qui limite le pouvoir aux personnes issues de la &#171; communaut&#233; sunnite &#187;, plut&#244;t qu'&#224; une id&#233;ologie militante se r&#233;f&#233;rant au djihad. En cela, aucune diff&#233;rence probante avec l'extr&#233;misme structurel du r&#233;gime d'Assad.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui caract&#233;rise cette communaut&#233; sunnite aujourd'hui ? Le fait qu'une grande partie d'entre elle est l'h&#233;riti&#232;re d'une exp&#233;rience de d&#233;racinement [d&#233;placement] violente, prolong&#233;e et traumatisante, qui a touch&#233; des millions de personnes dans toutes les r&#233;gions du pays : de Hauran au sud, aux quartiers les plus pauvres de Damas, &#224; ses banlieues et campagnes, en passant par Homs (ville et campagne), les zones rurales de Hama, d'Alep-est et ses campagnes, jusqu'&#224; Raqqa et Deir ez-Zor. S'en trouvent exclues les classes moyennes sup&#233;rieures des villes (certaines villes, pas toutes). Il ne s'agit pas syst&#233;matiquement d'un d&#233;racinement g&#233;ographique, m&#234;me si celui-ci est massif (plus de deux millions de d&#233;plac&#233;s dans le Nord, plus d'un million dans des camps, sans compter les r&#233;fugi&#233;s dans les camps d'Al-Tanf en Syrie, en Jordanie, au Liban, en Turquie, et les millions d'autres exil&#233;s &#224; travers le monde). Bien au-del&#224; de la g&#233;ographie ce d&#233;racinement se traduit par une vuln&#233;rabilit&#233; politique, sociale, s&#233;curitaire et psychologique extr&#234;me, qui est le fruit des conditions de guerre, de l'absence de services, de l'effondrement de l'&#233;ducation et de l'aggravation de la pauvret&#233;. Cette situation a perdur&#233; 12 ans, de la seconde moiti&#233; de 2012 (lorsque certaines r&#233;gions ont &#233;chapp&#233; au contr&#244;le du r&#233;gime) jusqu'&#224; sa chute fin 2024. Ces ann&#233;es correspondent &#224; la dur&#233;e de la scolarit&#233; pr&#233;-universitaire en Syrie. Il y a aujourd'hui trois millions de jeunes &#171; ensauvag&#233;s &#187;, qui ont atteint l'adolescence et l'&#226;ge adulte sans &#233;ducation, dans un pays o&#249; prolif&#232;rent les armes et, bien souvent, le captagon [m&#233;dicament transform&#233; en drogue produit et export&#233; par le r&#233;gime d'Assad, ce qui en faisait un narco-Etat]. On pourrait r&#233;sumer la condition sauvage de larges pans de la population syrienne, majoritairement sunnite, par la combinaison entre la testost&#233;rone, le captagon et les armes. La violence devient alors l'exutoire &#224; de multiples privations, et le clan offre un cadre pour cette violence et pour la &#171; solidarit&#233; tribale &#187; (Al-Faz'a).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Entit&#233; sunnite compte d'autres composantes que cette frange livr&#233;e &#224; elle-m&#234;me. La plus en vue est bien s&#251;r Hayat Tahrir al-Cham elle-m&#234;me (anciennement le Front al-Nosra), dont les membres occupent les postes de pouvoir dans le r&#233;gime post-Assad. Viennent ensuite les secteurs socialement conservateurs, patriarcaux et machistes, qui, pour la plupart, n'ont pas subi le d&#233;placement et l'exil, ayant v&#233;cu sous l'autorit&#233; du r&#233;gime d'Assad ou lui &#233;tant rest&#233;s fid&#232;les jusqu'&#224; sa chute. La surench&#232;re religieuse sert ici &#224; masquer un pass&#233; politique discutable. En d&#233;finitive, le sectarisme sunnite qui impr&#232;gne l'&#201;tat aujourd'hui est le produit de dynamiques combin&#233;es (du sommet et de la base) : la nature des nouveaux dirigeants et de leurs ralli&#233;s d'une part, et le besoin d'un vaste public vuln&#233;rable qui cherche &#224; exister, &#224; obtenir r&#233;paration et &#224; inspirer la peur d'autre part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Transition d'o&#249;, transition vers o&#249; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela se d&#233;roule alors que le pays traverse une phase de transition, dot&#233; d'institutions fragiles et englu&#233; dans un effondrement &#233;conomique, social et psychologique. En Syrie, on ne fait pas la distinction de sens entre &#171; transition &#187; et &#171; phase de transition &#187;. Le premier sens d&#233;signe objectivement ce qui commence apr&#232;s un bouleversement politico-social tectonique cons&#233;cutif &#224; des catastrophes prolong&#233;es. La transition est ici un &#171; d&#233;part de &#187;, d&#233;fini par ce qui a pr&#233;c&#233;d&#233;. Le second sens est institutionnel et juridique, la transition y est alors un &#171; aller vers &#187;, d&#233;fini par l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes incontestablement dans une phase de transition : un ordre socio-politique qui a dur&#233; plus de deux g&#233;n&#233;rations s'est effondr&#233; dans une soci&#233;t&#233; tr&#232;s jeune dont la majorit&#233; n'a rien connu d'autre. Vers quoi nous dirigeons-nous ? Nous savons du moins vers quoi nous n'allons pas. Certainement pas vers une Syrie d&#233;mocratique, en raison de la combinaison de l'&#233;crasement de la composante d&#233;mocratique de la r&#233;volution et des racines id&#233;ologiques du groupe dominant (des th&#233;ocrates farouchement hostiles &#224; la d&#233;mocratie il y a encore quelques ann&#233;es). Ni vers un syst&#232;me de libert&#233;s publiques et un &#201;tat de droit, en raison de la composition sociale du pouvoir actuel (d&#233;racinement et ensauvagement, nature complexe du pouvoir, et effacement des fronti&#232;res entre ce pouvoir et de larges pans de la communaut&#233; sunnite). Le r&#233;gime dispose d'une abondance de partisans d&#233;racin&#233;s et vuln&#233;rables, qui pourraient constituer une arm&#233;e de r&#233;serve r&#233;pressive, des milices faciles &#224; mobiliser. C'est peut-&#234;tre pour cela que l'&#233;quipe au pouvoir n'a pas besoin d'imposer une conscription obligatoire : elle dispose d'un vivier in&#233;puisable de volontaires sunnites sans autre perspective. Ce n'est pas sans rappeler la situation des Alaouites apr&#232;s l'ind&#233;pendance, alors que les Sunnites des villes pr&#233;f&#233;raient le commerce et les professions lib&#233;rales et que ceux des campagnes voyaient en l'&#201;tat une force d'occupation hostile qui les enr&#244;le de force et les maltraite. Le r&#233;gime d'Assad avait ses hommes de main, &#171; les Chabihas &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette condition structurelle refl&#232;te dans les deux cas l'&#233;chec de la construction de l'&#201;tat : hier, nous manquions d'un &#201;tat, et cette carence se reproduit aujourd'hui. D'ailleurs, cette condition de &#171; pr&#233;carit&#233; &#187; touche aujourd'hui aussi de larges secteurs de la communaut&#233; alaouite, qui est peut-&#234;tre le groupe social syrien le plus vuln&#233;rable d&#233;j&#224; sous l'&#232;re Assad (avec la militarisation de g&#233;n&#233;rations aujourd'hui d&#233;s&#339;uvr&#233;es et la d&#233;pendance totale &#224; l'emploi public d&#233;sormais pr&#233;caire). Cela les rend plus vuln&#233;rables aux d&#233;placements, aux intemp&#233;ries et aux migrations (y compris leur retour forc&#233; vers les zones rurales) que quiconque aujourd'hui. Une situation similaire a &#233;t&#233; observ&#233;e en Irak apr&#232;s l'occupation am&#233;ricaine et la chute de Saddam Hussein, dont Daech fut l'un des fruits empoisonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, nous ne nous dirigeons pas non plus vers un r&#233;gime islamique ou un &#201;tat fond&#233; sur la charia, en raison de la d&#233;faite des salafistes djihadistes et de la volont&#233; de ses anciens partisans de s'en distancier (allant jusqu'&#224; rejoindre la Coalition internationale contre Daech). Cela n'emp&#234;che pas, &#231;&#224; et l&#224;, des tentatives d'instaurer des gouvernances locales bas&#233;es sur la charia. Il est &#233;vident que l'environnement r&#233;gional ne tol&#233;rera ni un r&#233;gime islamique ni une d&#233;mocratie. La communaut&#233; internationale ne veut pas non plus d'un pouvoir islamique, et la d&#233;mocratie est aujourd'hui dans une phase de faiblesse mondiale la plus critique depuis la Seconde Guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers quoi allons-nous donc ? Vers un r&#233;gime autoritaire conservateur, fond&#233; sur un sectarisme sunnite actif, s'effor&#231;ant de ressembler aux autres pays arabes, ou &#224; leur image publique. L'Arabie saoudite a &#233;t&#233; la porte d'entr&#233;e vers la normalisation en lien avec le monde arabe, et les Etats-Unis vers la normalisation &#224; l'international ; deux normalisations qui favorisent &#233;galement la formule d'un pouvoir autoritaire conservateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient ici de s'arr&#234;ter un instant sur le livre Transformed by the People : Hayat Tahrir Al-sham's Road to Power in Syria [Hurst Publisher, ao&#251;t 2025] de Patrick Haenni et J&#233;r&#244;me Drevon. Il semble inexact de n'expliquer la trajectoire mod&#233;r&#233;e d'Ahmed al-Charaa (Abou Mohammad al-Joulani) et de Hayat Tahrir al-Cham (HTC) que par la volont&#233; du &#171; peuple &#187;. L'&#233;l&#233;ment le plus d&#233;terminant r&#233;side dans la prise en compte des obstacles internationaux et r&#233;gionaux au projet djihadiste (qui se met &#224; dos le monde entier et de nombreux Syriens dont beaucoup de sunnites) pour r&#233;pondre au besoin de normalisation et d'adaptation &#224; l'environnement. L'abandon par ce groupe de la r&#233;volution salafiste djihadiste au profit d'une mod&#233;ration au sens classique du terme &#8211; ne pas provoquer les puissants, diluer l'&#233;l&#233;ment id&#233;ologique dans la politique, et faire preuve de pragmatisme &#8211; tend &#224; confirmer cette interpr&#233;tation. La transformation s'est faite d'un extr&#233;misme absolu et id&#233;ologique vers un extr&#233;misme structurel non id&#233;ologique (sectarisme), renvoyant aux conditions de d&#233;racinement et d'ensauvagement mentionn&#233;es plus haut. Les auteurs s'approchent de cette conclusion vers la fin de leur ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;N&#233;olib&#233;ralisme djihadiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble qu'il existe un domaine de substitution &#224; la religiosit&#233; salafiste djihadiste vers lequel se tournent les &#233;lans militants des dirigeants de HTC et de leurs partisans : l'&#233;conomie. Ce sont des n&#233;olib&#233;raux djihadistes. Tout est sujet &#224; privatisation : la sant&#233;, l'&#233;ducation, les transports, les services, sans parler des secteurs de production. S'y ajoutent des pratiques mafieuses d'expropriation, fond&#233;es sur l'abus de pouvoir, l'exploitation du pass&#233; djihadiste ou la loi du talion, particuli&#232;rement au d&#233;triment des Alaouites. Tout cela s'accompagne d'une atrophie dramatique du sens social et de la responsabilit&#233; sociale de l'&#201;tat. Ainsi le nihilisme social du n&#233;olib&#233;ralisme remplace le nihilisme politique et juridique du salafisme djihadiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e selon laquelle le r&#233;gime d'Assad &#233;tait &#171; socialiste &#187; et &#171; anti-islam (sunnite) &#187; semble r&#233;pandue dans ces cercles, faisant ainsi du &#171; fondamentalisme de march&#233; &#187; et du culte de la privatisation la politique officielle de l' &#171; Entit&#233; sunnite &#187;. Implicitement, il y a une volont&#233; de tourner la page baassiste de l'histoire du pays, pendant laquelle les milieux sunnites avaient perdu le pouvoir et le leadership &#233;conomique. Cela se fait par des personnes dont les origines sociales ne diff&#232;rent pas de celles des baassistes ; ils sont simplement plus avides et plus press&#233;s d'amasser des richesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie religieuse, utilis&#233;e pour faire main basse symboliquement sur le pays (changement des noms d'&#233;coles, des espaces publics) et contr&#244;ler les comportements (apparence des femmes, alcool), sert surtout &#224; encadrer et &#224; absorber le m&#233;contentement social potentiel des anciens d&#233;racin&#233;s dont sont issus les d&#233;fenseurs de cette nouvelle &#233;quipe. Quant &#224; la lame de fond &#171; takfiriste &#187; de la religion [dimension d'excommunication], elle est dirig&#233;e contre les intellectuels, les militants politiques et les artistes, potentiels opposants. Cela rappelle &#171; l'ouverture &#233;conomique &#187; (Infitah) de l'&#201;gypte sous Sadate : une volont&#233; de liquider totalement le pass&#233; r&#233;cent, de br&#251;ler les &#233;tapes sans se soucier des cons&#233;quences sociales, avec l'ascension fulgurante d'une classe rapace d&#233;pourvue de toute retenue dans sa soif de pouvoir, tout en utilisant la religion &#224; la fois comme id&#233;ologie de terreur d'un c&#244;t&#233;, et de pacification sociale de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; travers ce glissement du salafisme djihadiste vers le n&#233;olib&#233;ralisme djihadiste, la &#171; richesse &#187; remplace la &#171; r&#233;volution &#187;. Les survivants des r&#233;volutionnaires de 2011 sont &#233;cart&#233;s au profit d'opportunistes de tous bords, dont certains &#233;taient d'anciens loyalistes d'Assad. Il y a une logique &#224; cela : les anciens soutiens d'Assad sont dociles (soit par habitude de soumission, soit parce qu'ils doivent leur survie &#224; leurs nouveaux ma&#238;tres) ; on n'attend d'eux qu'ob&#233;issance, contrairement aux anciens r&#233;volutionnaires qui ne nourrissent aucun complexe d'inf&#233;riorit&#233; face aux puissants d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une &#171; Restauration &#187; syrienne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rejet de la sp&#233;cificit&#233; radicale de la situation syrienne actuelle lui laisse-t-elle la moindre sp&#233;cificit&#233; ? Les choses sont-elles aussi banales que le sugg&#232;rent les lignes pr&#233;c&#233;dentes ? Pas tout &#224; fait ni d&#233;finitivement. Si les analyses pr&#233;c&#233;dentes sont proches de la v&#233;rit&#233;, il existe une sp&#233;cificit&#233; riche et complexe, qui ne contredit pas notre estimation selon laquelle le pari du pouvoir actuel est de devenir un r&#233;gime arabe ordinaire, semblable &#224; ses homologues conservateurs. L'&#233;quipe au pouvoir a endoss&#233; costumes et cravates en un temps record, bien que leurs corps et leurs v&#234;tements semblent encore mal assortis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, cette &#233;quipe est compos&#233;e de quadrag&#233;naires qui &#233;taient des salafistes djihadistes il y a peu (certains les accusent de l'&#234;tre encore). Leurs personnalit&#233;s cl&#233;s ont un pass&#233; (qui perdure ?) personnel fascinant, sans &#233;quivalent dans le monde arabe ou ailleurs, et elles font tout pour prouver que tout cela appartient au pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, ces hommes sont arriv&#233;s au pouvoir apr&#232;s une r&#233;volution (qu'ils veulent enterrer dans l'oubli), une guerre civile (dont ils sont sortis vainqueurs, monopolisant les armes pour contr&#244;ler d'&#233;ventuelles r&#233;pliques) et des interventions internationales de toutes sortes (avec lesquelles ils cherchent des accords). C'est-&#224;-dire apr&#232;s une s&#233;rie de conflits dont la Syrie est sortie affaiblie et presque &#224; l'agonie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, il existe une demande g&#233;n&#233;rale des Syriens pour la gu&#233;rison, le retour &#224; la stabilit&#233; et la reconstruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'&#233;l&#233;ment le plus important qui conf&#232;re une sp&#233;cificit&#233; &#224; la situation actuelle est sans doute ce climat politico-psychologique de &#171; Restauration &#187; ou &#171; retour &#224; la propri&#233;t&#233; &#187; : le retour du pouvoir &#224; ses propri&#233;taires &#171; l&#233;gitimes &#187;. Cela ressemble &#224; ce qu'a connu la France pendant 15 ans apr&#232;s Napol&#233;on, ou &#224; l'Espagne entre 1874 et 1931. Les diff&#233;rences sont grandes entre le retour des Bourbon au pouvoir dans ces deux pays apr&#232;s un bouleversement majeur, qu'il soit r&#233;volutionnaire, r&#233;publicain ou imp&#233;rial, et le retour du pouvoir aux mains des sunnites en Syrie. Mais celle-ci partage avec ces deux pays europ&#233;ens la volont&#233; de mettre le pass&#233; entre parenth&#232;ses, voire de l'effacer. Or, ce projet est vou&#233; &#224; l'&#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par nature, les Restaurations &#8211; qui recyclent d'anciens droits au lieu d'en produire de nouveaux &#8211; ont tendance &#224; &#234;tre des p&#233;riodes de transition tourment&#233;es qui &#233;chouent plus ou moins rapidement. Cela est d'ailleurs inscrit dans l'id&#233;e m&#234;me de &#171; l'Entit&#233; sunnite &#187;, concept le moins syrien et le plus extr&#233;miste que le pays ait connu en un si&#232;cle. &#192; ce propos, si cette Restauration syrienne devait avoir un th&#233;oricien, ce serait Ahmad Muaffaq Zaidan, un journaliste islamiste qui a pass&#233; des d&#233;cennies en Afghanistan et ailleurs avant de s'installer &#224; Idleb quand Al Nosra en a pris le contr&#244;le. Il est l'auteur de l'expression &#171; Entit&#233; sunnite &#187; et actuel conseiller m&#233;dia du pr&#233;sident de la transition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un effondrement g&#233;n&#233;ralis&#233; n'est pas le sc&#233;nario le plus probable pour la fin de cette Restauration, bien qu'il ne soit pas &#224; exclure en raison de plusieurs facteurs : l'&#233;troitesse d'esprit et l'incomp&#233;tence des nouveaux dirigeants dont la soif de pouvoir l'emporte sur leurs comp&#233;tences en mati&#232;re de gouvernance ; l'expansion du secteur des jeunes &#171; ensauvag&#233;s &#187; et souvent violents (les massacres du littoral et de Soue&#239;da sont de leur fait, non des djihadistes) qui sont sources d'instabilit&#233; et d'ins&#233;curit&#233; ; la mont&#233;e du m&#233;contentement social face au n&#233;potisme et &#224; la corruption rampante ; le facteur isra&#233;lien puissant et inflexible ; et les al&#233;as impr&#233;visibles de l'Histoire sur un pays fragile domin&#233; par une &#233;lite vuln&#233;rable aux capacit&#233;s limit&#233;es. L'id&#233;e m&#234;me de Restauration, qui consiste &#224; gouverner par un retour en arri&#232;re, permettra de tourner la page, peut-&#234;tre apr&#232;s qu'elle se soit consum&#233;e elle-m&#234;me, et pas n&#233;cessairement sous la forme d'un effondrement g&#233;n&#233;ral imminent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les politiques des puissances arabes et internationales semblent con&#231;ues pour &#233;viter l'effondrement par crainte de ses cons&#233;quences (violences, r&#233;fugi&#233;s, r&#233;surgence du nihilisme djihadiste). Mais ces politiques n'emp&#234;chent pas l'aggravation de la question sociale, la confessionnalisation de l'&#201;tat et l'&#233;mergence d'une nouvelle &#171; aristocratie de pacotille &#187;. Les risques d'effondrement viendront probablement de ce c&#244;t&#233;-l&#224; : celle du nihilisme n&#233;olib&#233;ral, et non de l'ancien nihilisme. M&#234;me si l'on peut exclure la superposition de ces deux moteurs qui ont caus&#233; la chute (la mort) d'Anouar el-Sadate en Egypte apr&#232;s seulement 11 ans de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une politique d&#233;mocratique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plus grands perdants parmi les trois sont la g&#233;n&#233;ration des r&#233;volutionnaires de 2011 qui ont surv&#233;cu au r&#233;gime Assad et aux djihadistes. Quel pourrait &#234;tre le socle d'une politique d&#233;mocratique renouant avec les aspirations de cette r&#233;volution ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la lumi&#232;re de l'analyse ci-dessus concernant le n&#233;olib&#233;ralisme djihadiste et l'extr&#233;misme sectaire, la question sociale devrait &#234;tre plac&#233;e au premier plan et ce apr&#232;s un abandon ou presque au cours des d&#233;cennies pr&#233;c&#233;dentes. Il s'agit ensuite d'une politique s'opposant au sectarisme et &#224; la r&#233;duction de la Syrie &#224; une entit&#233; domin&#233;e par les sunnites. Le rem&#232;de est social : &#233;ducation, emploi, services, et tout ce qui peut relever de la &#171; civilisation &#187; (l'ensauvagement &#233;tant la perte de la civilit&#233;). Le fondement de la r&#233;sistance au sectarisme provient de l'id&#233;e qu'il sape l'identit&#233; nationale de l'&#201;tat, voire abolit l'&#201;tat lui-m&#234;me, ce dont la Syrie a souffert pendant des d&#233;cennies sous le r&#233;gime d'Assad. La Syrie a besoin d'un &#201;tat pour devenir une nation car aujourd'hui comme hier elle n'&#233;tait ni un Etat, ni une nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, les piliers d'une politique d&#233;mocratique en Syrie consistent &#224; se pr&#233;occuper de la question sociale pour &#233;lever le niveau de vie de la majorit&#233; appauvrie, puis &#224; r&#233;sister &#224; l'extr&#233;misme sectaire et la lib&#233;ration de son emprise sur l'Etat. Sous ce socle se d&#233;ploie une multitude de piliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sera peut-&#234;tre n&#233;cessaire de raviver certaines traditions des anciennes organisations politiques : produire une analyse socio-&#233;conomique riche en donn&#233;es fiables sur la situation actuelle, en clarifiant la distinction entre la r&#233;partition des richesses et celle du pouvoir, ainsi qu'un programme politique d&#233;taill&#233; qui oriente le travail des militants d&#233;mocrates potentiels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, la situation syrienne actuelle malgr&#233; ses dangers reste plus ouverte qu'elle ne l'&#233;tait sous le r&#233;gime d'Assad. (Article publi&#233; sur le site Al Jumhuriyah le 13 avril 2026 ; traduction, de l'arabe, pour alencontre.org par Suzanne Az)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Yassin Al Haj Saleh&lt;/strong&gt;. Opposant de gauche du r&#233;gime dictatorial des Assad, il a &#233;t&#233; emprisonn&#233; durant 16 ans (1980-1996) comme membre du Parti communiste syrien. Clandestin, il participera &#224; la r&#233;volution syrienne. En 2013 il doit s'exiler et se r&#233;fugier en Turquie. Sa femme, dissidente communiste, a &#233;t&#233; enlev&#233;e (par un groupe islamiste) et port&#233;e disparue depuis 2013. Il fut un des opposants de gauche les plus connus au r&#233;gime d'Assad et un critique reconnu du r&#233;gime &#171; install&#233; &#187; depuis d&#233;cembre 2024 &#224; Damas .Il contribue r&#233;guli&#232;rement, outre ses ouvrages, &#224; la publication syrienne en ligne &lt;a href=&#034;https://aljumhuriya.net&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://aljumhuriya.net&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Monde arabe : pour un regard lucide sur Isra&#235;l</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Monde-arabe-pour-un-regard-lucide-sur-Israel</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Monde-arabe-pour-un-regard-lucide-sur-Israel</guid>
		<dc:date>2025-04-29T08:06:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Yassine Al Haj Saleh</dc:creator>


		<dc:subject>Conflit Isra&#233;lo-palestinien</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Isra&#235;l</dc:subject>
		<dc:subject>Palestine</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2025-04-29</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Yassin al-Haj Saleh (n&#233; en 1961) est sans doute l'auteur politique progressiste et le dissident syrien le plus respect&#233; de notre &#233;poque. Dans sa jeunesse, il a pass&#233; 16 ans, de 1980 &#224; 1996, dans les prisons de la dictature syrienne d'Hafez al-Assad. &#192; partir de 2011, il a accompagn&#233;, analys&#233; et expliqu&#233; les sources du &#171; printemps arabe &#187; dans les m&#233;dias arabes et occidentaux et est devenu une figure centrale de la r&#233;sistance d&#233;mocratique et de la d&#233;fense des droits de l'homme en Syrie. Il (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Asie-Proche-Orient-" rel="directory"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Conflit-Israelo-palestinien-+" rel="tag"&gt;Conflit Isra&#233;lo-palestinien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Israel-+" rel="tag"&gt;Isra&#235;l&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Palestine-+" rel="tag"&gt;Palestine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2025-04-29-+" rel="tag"&gt;Edition du 2025-04-29&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH125/capture_d_e_cran_le_2025-04-28_a_14.26_17-203c3.png?1781061402' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='125' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Yassin al-Haj Saleh (n&#233; en 1961) est sans doute l'auteur politique progressiste et le dissident syrien le plus respect&#233; de notre &#233;poque. Dans sa jeunesse, il a pass&#233; 16 ans, de 1980 &#224; 1996, dans les prisons de la dictature syrienne d'Hafez al-Assad. &#192; partir de 2011, il a accompagn&#233;, analys&#233; et expliqu&#233; les sources du &#171; printemps arabe &#187; dans les m&#233;dias arabes et occidentaux et est devenu une figure centrale de la r&#233;sistance d&#233;mocratique et de la d&#233;fense des droits de l'homme en Syrie. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages sur la r&#233;volution syrienne, la prison, la torture et la violence g&#233;nocidaire du r&#233;gime, notamment The Impossible Revolution : Making Sense of the Syrian Tragedy (Hurst, Londres, 2017).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; d'&lt;a href=&#034;https://alencontre.org/moyenorient/monde-arabe-pour-un-regard-lucide-sur-israel.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#192; l'encontre&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;fugi&#233; en Turquie en 2013, il est install&#233; en Allemagne depuis 2017. Son &#233;pouse Samira al-Khalil, elle aussi militante de la r&#233;volution syrienne, a &#233;t&#233; enlev&#233;e par un groupe islamiste arm&#233; &#224; Douma en d&#233;cembre 2013 et n'est jamais r&#233;apparue. Dans cet article publi&#233; dans le magazine en ligne New Lines, le 4 octobre 2024, sous le titre &#171; Seeing Israel Clearly Through Arab Eyes &#187;, il se propose de dissiper les impens&#233;s et les confusions qui emp&#234;chent les Arabes de porter un regard lucide sur Isra&#235;l en distinguant analytiquement les trois dimensions de la r&#233;alit&#233; isra&#233;lienne et en proposant de penser cette complexit&#233; historique pour mieux affronter le d&#233;fi pos&#233; par le sionisme. (Marc Saint-Up&#233;ry)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit avec Isra&#235;l fait d&#233;sormais partie de la conscience collective du monde arabe depuis plusieurs g&#233;n&#233;rations, mais la nature de l'&#201;tat isra&#233;lien et de ses fondements id&#233;ologiques ont rarement fait l'objet d'une r&#233;flexion s&#233;rieuse en dehors de certains cercles palestiniens. Dans certains pays voisins, comme la Syrie et le Liban, l'existence d'Isra&#235;l a servi aux dirigeants locaux de pr&#233;texte pour justifier l'imposition de politiques injustes. Pour d'autres, plus &#233;loign&#233;s, l'&#201;tat juif est per&#231;u de mani&#232;re apolitique comme une entit&#233; mal&#233;fique et un objet de haine ou bien, &#224; l'inverse, comme l'incarnation d'un destin in&#233;luctable qui justifierait l'inaction, voire l'acquiescement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; est plus complexe. Depuis sa naissance, l'existence d'Isra&#235;l a engendr&#233; un m&#233;lange de d&#233;tresse psychologique, de difficult&#233;s politiques et de dilemmes intellectuels pour les peuples du monde arabe. Le d&#233;fi isra&#233;lien a fait beaucoup de victimes, et ses effets toxiques persisteront probablement pendant longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En derni&#232;re analyse, la question isra&#233;lienne est une question arabe, et pour que le peuple arabe s'&#233;mancipe et surmonte son impuissance, les Arabes devront apprendre &#224; rationaliser et clarifier leur perception de cette force redoutable qui, en tout &#233;tat de cause, les consid&#232;re comme un tout unifi&#233;. Pour comprendre Isra&#235;l, il faut reconna&#238;tre qu'il s'agit d'un &#201;tat qui pr&#233;sente aux mondes trois facettes principales : la dimension coloniale, la dimension juive et la dimension sacrificielle. Chacun de ces piliers sur lesquels repose l'&#201;tat d'Isra&#235;l m&#233;rite d'&#234;tre analys&#233; dans ses propres termes, ce afin d'amorcer le processus de connaissance de cette entit&#233; politique qui a remodel&#233; le Moyen-Orient tout entier depuis des g&#233;n&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une entit&#233; coloniale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isra&#235;l est avant tout une puissance coloniale. En tant qu'&#201;tat, il est le prolongement de la vague colonialiste dont la plupart des pays arabes ont fait l'exp&#233;rience au cours des XIXe et XXe si&#232;cles. Mais la forme de colonialisme qu'il incarne est tout &#224; fait sp&#233;cifique : il s'agit d'un colonialisme de peuplement, soit d'un projet politique que, parmi les autres nations arabes, seule l'Alg&#233;rie a connu. Dans la litt&#233;rature palestinienne, on voit parfois le terme &#171; rempla&#231;ant &#187; accol&#233; &#224; celui de &#171; colon &#187;, pour mettre en exergue l'id&#233;e qu'il s'agit d'un processus de d&#233;racinement de la population indig&#232;ne visant &#224; la remplacer par des &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le colonialisme de peuplement a souvent un fort potentiel g&#233;nocidaire, comme en t&#233;moignent l'exemple historique des &#201;tats-Unis, du Canada et de l'Australie. Ce potentiel g&#233;nocidaire peut &#233;galement se manifester &#224; travers l'&#233;radication du peuple vis&#233; en tant qu'entit&#233; politique, ou &#171; politicide &#187;, terme auquel a recours le sociologue isra&#233;lo-canadien Baruch Kimmerling dans un livre du m&#234;me nom. Dans le cas d'Isra&#235;l-Palestine, Kimmerling attribue toutefois la responsabilit&#233; de cette forme d'oblit&#233;ration aux seules actions de l'ancien Premier ministre isra&#233;lien Ariel Sharon, consid&#233;r&#233; comme un faucon, plut&#244;t qu'au projet colonial sioniste dans son ensemble [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le politicide peut &#233;galement se manifester sous la forme d'une combinaison de colonialisme de peuplement et de s&#233;gr&#233;gation raciale ou d'apartheid, comme le d&#233;crit Amnesty International dans un rapport publi&#233; d&#233;but f&#233;vrier 2022, ou encore l'intellectuel palestinien Azmi Bishara dans un article intitul&#233; &#171; Colonialisme de peuplement ou apartheid : faut-il choisir ? &#187; [2]. Enfin, le politicide peut prendre la forme d'un g&#233;nocide &#224; grande &#233;chelle visant indistinctement civils et combattants non seulement par les armes, mais aussi en assi&#233;geant la population, en l'affamant et en instaurant un contr&#244;le strict ou un blocage de l'acc&#232;s &#224; l'aide humanitaire, comme l'a fait Isra&#235;l avec les habitants de Gaza pendant la guerre en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des justifications id&#233;ologiques initiales du colonialisme de peuplement en Palestine &#233;tait l'affirmation selon laquelle il s'agissait d'une &#171; terre sans peuple pour un peuple sans terre &#187;. C'est ainsi que le sioniste britannique Israel Zangwill (1864-1926) le pr&#233;sentait &#224; l'&#233;poque. Ce d&#233;ni de l'existence du peuple palestinien est similaire &#224; certains des discours utilis&#233;s pour justifier le nettoyage ethnique pendant les guerres yougoslaves des ann&#233;es 1990, et la n&#233;gation de l'identit&#233; palestinienne a trouv&#233; son illustration la plus exemplaire lors de la Nakba [3] en 1948, lorsque les trois quarts de la population palestinienne, soit environ 750 000 personnes, ont &#233;t&#233; expuls&#233;s en masse sous la menace de massacres et de diverses formes de violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux Palestiniens qui sont rest&#233;s sur leurs terres, ils ont v&#233;cu sous r&#233;gime militaire jusqu'en 1966. Pendant longtemps, ils ont &#233;t&#233; r&#233;duits &#224; la condition de peuple vuln&#233;rable et opprim&#233;, vivant dans ce que le philosophe italien Giorgio Agamben d&#233;finit comme un &#171; &#233;tat d'exception &#187;, soit une situation dans laquelle les individus existent en dehors de la protection de la loi. La notion d'&#171; homo sacer &#187; d&#233;velopp&#233;e par Agamben s'inspire d'un concept du droit romain d&#233;signant une personne qui ne peut faire l'objet d'un sacrifice rituel, mais qui peut &#234;tre tu&#233;e en toute impunit&#233;, et s'appuie en outre sur l'exp&#233;rience des d&#233;tenus des camps de concentration nazis [4]. On peut &#233;galement l'appliquer aux sujets de la domination coloniale qui, comme l'a montr&#233; Hannah Arendt dans Les Origines du totalitarisme, sont gouvern&#233;s par des directives administratives plut&#244;t que par des normes juridiques [5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arendt prenait comme exemple Lord Cromer, gouverneur britannique de l'&#201;gypte pendant pr&#232;s de 30 ans, mais la situation des Palestiniens est bien pire que celle des &#201;gyptiens sous Cromer. Ils sont trait&#233;s comme des &#233;trangers dans leur propre pays, des milliers d'entre eux &#8211; plus de 10 000 &#224; ce jour &#8211; sont d&#233;tenus dans des prisons isra&#233;liennes en vertu de d&#233;cisions rendues par des tribunaux militaires, et Isra&#235;l les soumet &#224; une pression incessante pour qu'ils quittent le territoire. Cet &#233;tat de violence l&#233;gitim&#233;e n'a fait qu'empirer pendant la guerre actuelle &#224; Gaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e des origines coloniales de l'&#201;tat isra&#233;lien est renforc&#233;e par le fait qu'il a &#233;merg&#233; &#224; l'&#233;poque du mandat britannique sur la Palestine. Dans son ouvrage intitul&#233; The Palestine Problem and the One-State/Two-States Solution [6], l'universitaire palestinien Raef Zreik explique que les principes constitutifs de ce mandat, &#233;tablis pour la premi&#232;re fois lors de la conf&#233;rence de San Remo en avril 1920 et officiellement adopt&#233;s par la Soci&#233;t&#233; des Nations en juillet 1922, int&#233;graient la d&#233;claration Balfour [7]. Le deuxi&#232;me paragraphe du pr&#233;ambule du texte qui les r&#233;sume fait explicitement r&#233;f&#233;rence &#224; cette d&#233;claration et &#224; son adoption par les pays alli&#233;s. La forme &#171; mandat &#187; &#233;tait l'expression sp&#233;cifique du colonialisme europ&#233;en dans certains pays du Levant, notamment en Syrie et au Liban, contr&#244;l&#233;s par les Fran&#231;ais. En ce sens, le mandat britannique a jou&#233; le r&#244;le de &#171; matrice &#187; de l'entit&#233; isra&#233;lienne, qu'il a nourrie pendant trois d&#233;cennies. En 1938, le g&#233;n&#233;ral britannique Orde Wingate d&#233;clarait : &#171; Nous sommes ici pour cr&#233;er l'arm&#233;e sioniste [8]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet colonial sioniste n'a pas vu le jour en Palestine ou au Moyen-Orient, mais en Europe, &#224; la convergence de trois ph&#233;nom&#232;nes europ&#233;ens : l'essor d'un nationalisme agressif, l'expansion de l'imp&#233;rialisme europ&#233;en et la propagation de l'antis&#233;mitisme, ou sentiment anti-juif, en tant que forme distincte de racisme. L'imp&#233;rialisme, qui a permis &#224; l'Europe de dominer une grande partie du monde, a cr&#233;&#233; les conditions n&#233;cessaires &#224; la concr&#233;tisation du projet sioniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son livre intitul&#233; Comment la terre d'Isra&#235;l fut invent&#233;e, l'historien isra&#233;lien Shlomo Sand explique que Theodor Herzl, le p&#232;re du sionisme, &#233;tait un &#171; colonialiste &#187; qui estimait qu'en tant qu'elle &#233;tait une projection du monde bourgeois civilis&#233;, l'acquisition d'une patrie en dehors de l'Europe n'avait besoin d'aucune autre justification [9].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En de&#231;&#224; de toute discussion historique ou th&#233;orique, le peuple palestinien et les &#233;lites arabes ont v&#233;cu la cr&#233;ation de l'&#201;tat d'Isra&#235;l comme une forme de violence coloniale impos&#233;e par les armes, violence qui persiste depuis le moment de son &#233;mergence jusqu'&#224; nos jours. Cette perception subjective du colonialisme isra&#233;lien est essentielle, car elle refl&#232;te la mani&#232;re dont les personnes concern&#233;es appr&#233;hendent la pr&#233;sence continue d'Isra&#235;l comme une attaque non provoqu&#233;e contre leur existence m&#234;me. En r&#233;ponse &#224; cette agression, diverses formes de r&#233;sistance ont vu le jour. Dans les ann&#233;es 1960 et 1970, cette r&#233;sistance reposait plus souvent sur des fondements progressistes qu'au cours des derni&#232;res d&#233;cennies, mais elle a &#233;chou&#233; en raison de la nature sui generis de l'ennemi auquel elle &#233;tait confront&#233;e &#8211; un ennemi b&#233;n&#233;ficiant d'un soutien militaire &#233;crasant de la part de ses alli&#233;s occidentaux &#8211;, ainsi que du d&#233;clin depuis cette m&#234;me &#233;poque des valeurs &#233;mancipatrices jadis au principe des politiques int&#233;rieures et de la diplomatie arabes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On attribue au premier chef du gouvernement et p&#232;re fondateur d'Isra&#235;l David Ben Gourion la phrase suivante : &#171; Ce qui ne peut &#234;tre obtenu par la force peut &#234;tre obtenu par plus de force encore. &#187; Cette affirmation refl&#232;te une mentalit&#233; coloniale qui non seulement reconna&#238;t le refus palestinien du projet isra&#233;lien, mais anticipe aussi la vocation belliciste d'Isra&#235;l et sa volont&#233; durable d'imposer la soumission par la violence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle implique &#233;galement quelque chose de plus important encore, &#224; savoir l'id&#233;e d'une garantie continue de la sup&#233;riorit&#233; de l'&#201;tat juif en mati&#232;re d'armement, fondement du principe de l'application de &#171; plus de force encore &#187;. Les paroles de Ben Gourion se sont r&#233;v&#233;l&#233;es proph&#233;tiques &#224; bien des &#233;gards. Depuis les ann&#233;es 1970, cette garantie de la sup&#233;riorit&#233; militaire isra&#233;lienne a pris la forme d'un engagement de Washington &#224; maintenir la supr&#233;matie qualitative des armes isra&#233;liennes sur l'ensemble des pays arabes. Le fait que cet engagement n'ait plus &#233;t&#233; mis en avant dans le discours public &#233;tasunien ces derni&#232;res ann&#233;es ne signifie pas pour autant qu'il ait &#233;t&#233; abandonn&#233;. Bien au contraire, il a &#233;t&#233; sanctionn&#233; par le Congr&#232;s en 2008 sous la forme d'une loi a interdisant toute vente d'armes &#224; un pays arabe qui serait susceptible de menacer &#171; l'avantage militaire qualitatif &#187; d'Isra&#235;l. On peut en tirer la conclusion que ce n'est pas seulement Isra&#235;l qui consid&#232;re les Arabes comme un tout unifi&#233;, mais les &#201;tats-Unis eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Identit&#233; juive et racines bibliques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'identit&#233; d'Isra&#235;l ne se limite toutefois pas &#224; son statut d'entit&#233; coloniale. Elle comporte deux autres aspects, qu'il serait grave d'ignorer. Le premier, et peut-&#234;tre le plus &#233;vident, est son caract&#232;re juif. Isra&#235;l se d&#233;finit comme un &#201;tat juif. Cette identit&#233; juive ne signifie pas n&#233;cessairement qu'il s'agit d'un &#201;tat religieux, mais refl&#232;te l'existence d'un lien profond avec toute une histoire et une g&#233;ographie bibliques sacr&#233;es centr&#233;es sur la Palestine, ou &#171; Eretz Isra&#235;l &#187;, et ayant J&#233;rusalem en son c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit biblique reste une source fondamentale de l&#233;gitimit&#233; pour de nombreux penseurs et critiques sionistes. Dans son livre Zionist Thought in the Labyrinth of Renewal and Regeneration, le chercheur palestinien Amal Jamal cite le journaliste et essayiste Uri Elitzur (1946-2014), qu'il d&#233;crit comme &#171; l'un des repr&#233;sentants les plus &#233;loquents de la pens&#233;e n&#233;o-sioniste &#187;, et qui affirme que &#171; sans la Bible, nous [les Isra&#233;liens] ne sommes rien de plus qu'une colonie europ&#233;enne au Moyen-Orient &#187; [10].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si Isra&#235;l avait &#224; ses d&#233;buts un caract&#232;re la&#239;c et vaguement socialiste, son histoire depuis la guerre de 1967 a &#233;t&#233; marqu&#233;e par la mont&#233;e des mouvements religieux et des partis de droite. Cette &#233;volution s'est consolid&#233;e avec la victoire du Likoud aux &#233;lections de 1977, la premi&#232;re depuis la cr&#233;ation de l'&#201;tat. Isra&#235;l est marqu&#233; par une contradiction politique inh&#233;rente entre sa dimension religieuse et ses fondements la&#239;ques, et cette contradiction se r&#233;sout de plus en plus en faveur du c&#244;t&#233; religieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La composante juive joue un r&#244;le important dans la d&#233;finition de l'&#201;tat d'Isra&#235;l et constitue &#233;galement l'un des piliers garantissant le soutien continu de l'Occident, un soutien qui va au-del&#224; de sa nature coloniale ou de son r&#244;le de &#171; forteresse de l'Occident &#187;, comme le d&#233;crivait le chancelier allemand Konrad Adenauer. Il est r&#233;v&#233;lateur qu'Adenauer ait tenu ces propos au lendemain de la guerre de 1956, lorsque Isra&#235;l s'est joint au Royaume-Uni et &#224; la France pour attaquer l'&#201;gypte suite &#224; la nationalisation du canal de Suez par Nasser. Mais le soutien &#224; Isra&#235;l ne disculpe en rien l'Occident de pratiquer une forme d'antis&#233;mitisme d&#233;guis&#233;. Il est d&#233;sormais plus facile de soutenir une entit&#233; politique juive d&#232;s lors qu'elle est &#233;tablie au Moyen-Orient et non plus en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son livre The Jew, the Arab : A History of the Enemy (Le Juif, l'Arabe : une histoire de l'ennemi), le chercheur franco-am&#233;ricain Gil Anidjar explique que les Europ&#233;ens ont toujours consid&#233;r&#233; les Juifs comme un ennemi th&#233;ologique interne, tandis que les musulmans &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme un ennemi politique externe [11]. Dans cette perspective, il devient utile que ces deux ennemis soient occup&#233;s &#224; s'affronter mutuellement. Ce sentiment trouve un &#233;cho dans certains cercles de la droite antis&#233;mite en Europe et en Occident, qui, de nos jours, plut&#244;t que de viser les Juifs, incitent &#224; la haine contre les musulmans, les immigr&#233;s et les minorit&#233;s. Le gouvernement du Premier ministre isra&#233;lien Benjamin Netanyahou est aujourd'hui align&#233; avec ces groupes fascistes ou semi-fascistes dans une guerre religieuse et civilisationnelle contre les Arabes et les musulmans, refl&#233;tant la d&#233;rive r&#233;actionnaire du soutien occidental &#224; Isra&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ombre de la Shoah&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me dimension fondamentale du caract&#232;re national isra&#233;lien est li&#233;e &#224; la Shoah, une catastrophe historique souvent per&#231;ue comme caract&#233;ris&#233;e par sa singularit&#233; absolue et qui s'est traduite par l'extermination de 6 millions de Juifs aux mains de l'Allemagne nazie. Apr&#232;s la chute du r&#233;gime hitl&#233;rien en 1945 et l'occupation de l'Allemagne par l'Union sovi&#233;tique, les &#201;tats-Unis, la Grande-Bretagne et la France, il ne restait plus personne pour d&#233;fendre le nazisme. Tout au contraire, ses victimes, en particulier les Juifs, ont suscit&#233; une immense sympathie en raison de l'horreur de ce qu'elles avaient endur&#233; et aussi parce que, contrairement aux Russes, aux Polonais, aux Ukrainiens, aux Bi&#233;lorusses, aux Tch&#232;ques, aux Slovaques ou aux Fran&#231;ais, elles ne disposaient pas d'un &#201;tat ou d'une entit&#233; politique susceptible de les prot&#233;ger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sionisme, alors actif en Europe depuis plus d'un demi-si&#232;cle, a su capitaliser sur cette sympathie en pr&#233;sentant la Shoah comme la preuve de la n&#233;cessit&#233; d'un &#201;tat juif, afin de garantir que de telles atrocit&#233;s ne se reproduisent plus jamais. C'est l'essence m&#234;me de l'expression &#171; plus jamais &#187;, utilis&#233;e dans un sens excluant qui sous-entend qu'un tel &#233;v&#233;nement ne doit plus jamais se reproduire au d&#233;triment des Juifs, oblit&#233;rant l'interpr&#233;tation plus g&#233;n&#233;reuse selon laquelle une telle trag&#233;die ne devrait plus arriver &#224; personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet aspect de l'identit&#233; isra&#233;lienne l'enracine dans un sacrifice monumental, quelque chose de si profond qu'on pourrait en faire le fondement d'une religion &#8211; ce qui est d'une certaine mani&#232;re le cas. La Shoah est bien devenue une sorte de religion, non seulement en Isra&#235;l, qui a r&#233;ussi &#224; s'approprier politiquement et moralement de cet &#233;v&#233;nement extraordinairement tragique, mais aussi dans l'ensemble de l'Occident. Cette dimension sacrale est encore renforc&#233;e par le fait que les victimes &#233;taient membres d'un groupe religieux et que, du fait du sentiment de culpabilit&#233; et de repentance suscit&#233; par la Shoah, les Juifs furent d&#232;s lors consid&#233;r&#233;s comme des co-fondateurs de la civilisation occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette nouvelle &#171; religion &#187;, les Juifs extermin&#233;s ont en quelque sorte remplac&#233; le Christ crucifi&#233;, occupant d&#233;sormais la place symbolique du &#171; Fils de Dieu &#187;. Comme l'&#233;crivait Charlotte Delbo, survivante de la Shoah, &#171; vous qui avez pleur&#233; deux mille ans / un qui a agonis&#233; trois jours et trois nuits / quelles larmes aurez-vous / pour ceux qui ont agonis&#233; / beaucoup plus de trois cents nuits et beaucoup plus de trois cents journ&#233;es / combien / pleurerez-vous / ceux-l&#224; qui ont agonis&#233; tant d'agonies / et ils &#233;taient innombrables &#187; [12].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce po&#232;me, Delbo fait bien s&#251;r r&#233;f&#233;rence aux horribles souffrances inflig&#233;es aux Juifs par les nazis. Il s'agit d'une immense trag&#233;die qui m&#233;rite d'&#234;tre mieux reconnue et m&#233;dit&#233;e dans le monde arabe, surtout dans le contexte de la description et de l'analyse des souffrances v&#233;cues dans notre propre r&#233;gion, y compris en Palestine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Penser le probl&#232;me dans sa complexit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;checs r&#233;p&#233;t&#233;s des confrontations arabes avec Isra&#235;l, et le succ&#232;s durable du projet sioniste, nous obligent &#224; remettre en question notre compr&#233;hension de ce projet, qui a d&#233;vast&#233; l'existence de g&#233;n&#233;rations enti&#232;res, affectant plusieurs dizaines de millions d'Arabes, soit bien plus que la population juive mondiale, estim&#233;e &#224; environ 15 &#224; 16 millions de personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dramaturge syrien Saadallah Wannous, aujourd'hui d&#233;c&#233;d&#233;, d&#233;clarait dans un documentaire r&#233;alis&#233; par le regrett&#233; Omar Amiralay qu'Isra&#235;l lui avait &#171; vol&#233; sa vie &#187;, un sentiment n&#233; de l'humiliation et de la perte de dignit&#233; qui ont empoisonn&#233; son existence entre 1941 et 1997 [13]. Apr&#232;s la visite du pr&#233;sident &#233;gyptien Anouar el-Sadate &#224; J&#233;rusalem en 1977, Wannous avait tent&#233; de mettre fin &#224; sa vie. Bien qu'il ait finalement surv&#233;cu, il a alors choisi une forme de suicide symbolique en restant silencieux pendant des ann&#233;es. De tels exemples sont plus fr&#233;quents qu'on ne pourrait le croire dans le monde arabe, m&#234;me s'ils ne prennent pas toujours des formes aussi dramatiques. Yassin al-Hafez, un intellectuel syrien d&#233;c&#233;d&#233; en 1978 &#224; l'&#226;ge de 48 ans, a lui-m&#234;me expliqu&#233; qu'il avait envisag&#233; le suicide apr&#232;s la d&#233;faite de 1967, mais qu'il en avait &#233;t&#233; dissuad&#233; par &#171; un reste de confiance m&#233;taphysique dans les capacit&#233;s du peuple arabe &#187;. Le po&#232;te libanais Khalil Hawi (1919-1982) s'est suicid&#233; lors de l'occupation de Beyrouth par Isra&#235;l pendant l'&#233;t&#233; 1982. Tous ces exemples, qui ne repr&#233;sentent que la partie &#233;merg&#233;e de l'iceberg, montrent bien que nous avons des raisons non seulement politiques, militaires, juridiques et morales, mais aussi psychologiques, de consid&#233;rer l'existence d'Isra&#235;l comme une question cruciale qui exige une r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ation de l'&#201;tat isra&#233;lien a engendr&#233; un probl&#232;me chronique pour les peuples du monde arabe. Il s'agit d'une question qui pousse des intellectuels au suicide, qui r&#233;pand un sentiment d'humiliation chez des millions de personnes, qui empoisonne l'existence d'une multitude d'&#234;tres humains et qui se traduit p&#233;riodiquement par des explosions d'hostilit&#233; et de haine ; au cours des deux derni&#232;res g&#233;n&#233;rations, elle a aliment&#233; des conflits nihilistes entre les Arabes eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour affronter avec succ&#232;s cette question &#224; l'avenir, il est n&#233;cessaire de mener une r&#233;flexion approfondie, d'exercer notre jugement politique et d'offrir une vision. Tout &#224; la foi d&#233;fi spirituel, &#233;preuve de la volont&#233; et dilemme intellectuel, elle exige de notre part un effort s&#233;rieux de compr&#233;hension pour d&#233;passer l'impuissance. Nous ne deviendrons des acteurs historiques efficaces que si nous transformons nos sentiments confus en un programme susceptible d'&#234;tre mis en &#339;uvre concr&#232;tement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des manifestations les plus patentes de l'incapacit&#233; &#224; &#233;tablir une ligne de conduite efficace est sans doute l'id&#233;ologie dite de la &#171; mumanaa &#187;, qui signifie en gros &#171; emp&#234;cher l'ennemi de parvenir &#224; une domination totale &#187;. Au Moyen-Orient, cette pr&#233;tention d'intransigeance a en fait toujours &#233;t&#233; associ&#233;e &#224; la dictature, &#224; la corruption et au sectarisme. &#192; l'inverse, et avec des effets tout aussi autodestructeurs, on a l'&#171; anti-mumanaa &#187;, une position qui accepte les exigences radicales d'Isra&#235;l sous couvert de mod&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la mumanaa se traduit par la perp&#233;tuation de la lutte pour le contr&#244;le politique, l'anti-mumanaa est incarn&#233;e par de groupes qui collaborent avec Isra&#235;l ou acceptent sans r&#233;serve son comportement agressif, supr&#233;maciste et raciste. Mais comme le dit un proverbe levantin, &#171; peu importe ce que nous leur c&#233;dons, ils ne sont jamais satisfaits &#187;. Les r&#233;sultats des accords d'Oslo au cours des trente derni&#232;res ann&#233;es en sont la preuve flagrante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d&#233;concertant de constater que certains pays acceptent un d&#233;s&#233;quilibre de pouvoir aussi flagrant en faveur d'un &#201;tat de la r&#233;gion, d'autant que cet &#201;tat s'est fond&#233; sur le nettoyage ethnique et refuse d'accorder la moindre portion de justice &#224; ses victimes ou de traiter ses voisins sur un pied d'&#233;galit&#233;. Avant la Seconde Guerre mondiale, les nations europ&#233;ennes ont souvent &#233;t&#233; en guerre pendant un si&#232;cle et demi sous pr&#233;texte de corriger des d&#233;s&#233;quilibres de pouvoir. Pourquoi les Arabes devraient-ils penser et agir autrement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui pr&#244;nent la normalisation avec Isra&#235;l font preuve de myopie politique s'ils estiment possible d'int&#233;grer l'&#201;tat juif dans des relations &#171; normales &#187; avec le reste de la r&#233;gion. Isra&#235;l n'est pas un &#201;tat &#171; normal &#187; et ne se consid&#232;re pas comme une entit&#233; politique comme les autres &#8211; susceptible d'&#234;tre critiqu&#233;e, d'&#234;tre boycott&#233;e, de se heurter &#224; des r&#233;sistances et des condamnations, de conclure des trait&#233;s et des accords de paix ou de gagner la confiance de ses voisins. Car Isra&#235;l n'accepte pas ses voisins arabes comme des &#233;gaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prendre en compte les trois dimensions de l'&#201;tat isra&#233;lien peut nous aider &#224; proposer de nouvelles mani&#232;res de r&#233;pondre au d&#233;fi qu'il pose au monde arabe. En ce qui concerne sa dimension juive, il est important de reconna&#238;tre que la pr&#233;sence juive en Palestine et dans le monde arabe ne posait pas probl&#232;me avant l'essor du sionisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence des Juifs dans le monde arabe doit &#234;tre reconnue et salu&#233;e. Cela inclut non seulement les Juifs arabes &#8211; ceux qui vivaient dans les pays arabes et parlaient notre langue &#8211;, mais aussi les Juifs originaires d'autres r&#233;gions du monde. Le Moyen-Orient, berceau des religions abrahamiques, s'est arabis&#233; &#224; partir de l'expansion de l'islam, mais n'a jamais cess&#233; d'accueillir une certaine diversit&#233; religieuse. Cette diversit&#233; a d&#233;clin&#233; au cours des deux derniers si&#232;cles sous l'influence de l'Occident moderne et, plus encore, sous l'effet de l'&#233;mergence du sionisme et de la cr&#233;ation d'Isra&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, au lieu d'embrasser la diversit&#233;, les infrastructures intellectuelles et politiques du monde arabe moderne, qu'elles soient nationalistes ou islamiques, ont souvent rejet&#233; les &#233;l&#233;ments faussement per&#231;us comme &#233;trangers &#224; leurs soci&#233;t&#233;s. L'ouverture &#224; la pr&#233;sence juive ne menace pas plus le caract&#232;re arabe de la r&#233;gion que la pr&#233;sence de musulmans en Europe ne menace l'existence de ces pays, malgr&#233; ce que pr&#233;tendent les fascistes et la droite en Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la Shoah et son aspect sacrificiel, on aurait pu soutenir un droit &#224; l'existence de l'&#201;tat d'Isra&#235;l dans un pays europ&#233;en comme l'Allemagne, voire la Pologne ou la R&#233;publique tch&#232;que. Mais c'est sur les &#233;paules des Palestiniens et des Arabes qu'on a injustement jet&#233; tout le poids de l'immense sacrifice de la Shoah, et &#224; qui on exige de le respecter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de la dimension coloniale d'Isra&#235;l, qui a entra&#238;n&#233; le d&#233;placement des trois quarts de la population palestinienne &#224; travers diverses formes de massacre et d'intimidation &#8211; une situation qui persiste et s'aggrave depuis plus de 76 ans &#8211;, l'&#201;tat isra&#233;lien tel qu'il est actuellement constitu&#233; n'a aucun droit l&#233;gitime d'exister, au sens o&#249; aucune forme de colonialisme ou d'apartheid n'a le droit d'exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons cependant reconna&#238;tre qu'Isra&#235;l, tel qu'il existe, est une combinaison de ces trois dimensions. Son identit&#233; juive lui conf&#232;re une profondeur historique mythique et s'appuie sur l'id&#233;e d'une &#171; mission &#233;ternelle &#187; li&#233;e &#224; la terre. Sa dimension sacrificielle lui conf&#232;re une aura de justice et de l&#233;gitimit&#233;, quels que soient les actes qu'il commet. Et sa dimension coloniale lui conf&#232;re un potentiel g&#233;nocidaire, capable de prendre pour cible tous les Arabes et pas seulement les Palestiniens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet Isra&#235;l-l&#224;, selon Shlomo Sand, comprend &#224; la fois &#171; une soci&#233;t&#233;, une culture et un peuple &#187; qui n'existent que depuis trois g&#233;n&#233;rations. Mais nombre de ses habitants juifs ne connaissent pas d'autre patrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Existe-t-il un moyen de conceptualiser la question isra&#233;lienne qui soit susceptible de nous conduire un jour &#224; une solution globale de cet immense probl&#232;me ? L'intellectuel palestinien Edward Said a toujours rejet&#233; l'id&#233;e de d&#233;placer telle ou telle population de ce qui constitue aujourd'hui &#8211; et constituait d&#233;j&#224; &#224; son &#233;poque &#8211; la terre d'Isra&#235;l et de Palestine ; mais il pr&#244;nait avec fermet&#233; l'&#233;limination de la dimension coloniale et raciste d'Isra&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprendre la question isra&#233;lienne dans cette perspective ouvre la voie &#224; des solutions complexes capables de prendre en compte ces trois dimensions &#224; la fois. On peut par exemple insister sur le respect du droit international en ce qui concerne le retrait d'Isra&#235;l des territoires occup&#233;s en 1967 et sur le retour des r&#233;fugi&#233;s palestiniens, ou bien sur une indemnisation &#233;quitable s'inspirant des r&#233;parations vers&#233;es par l'Allemagne &#224; Isra&#235;l. Cette approche pourrait constituer la pierre angulaire d'une solution &#224; la dimension coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chances de succ&#232;s sont susceptibles d'augmenter si l'on d&#233;ploie parall&#232;lement des efforts pour traiter les deux autres dimensions : favoriser l'ouverture &#224; la pr&#233;sence juive en Palestine et dans le monde arabe, notamment en restituant les biens des Juifs arabes d&#233;sirant retourner dans leurs foyers, ce en &#233;change d'une compensation similaire pour les Palestiniens. Il convient en outre de mettre davantage l'accent sur la Shoah en tant que mod&#232;le de g&#233;nocide et expression embl&#233;matique de la capacit&#233; humaine &#224; commettre le mal. On pourrait par exemple stimuler la traduction en arabe d'ouvrages cl&#233;s sur la Shoah, ainsi que l'organisation de conf&#233;rences et de s&#233;minaires sur cet &#233;v&#233;nement et sur d'autres g&#233;nocides dans le monde, dans le but de favoriser une meilleure compr&#233;hension. Une telle approche ne serait pas une concession &#224; Isra&#235;l, au sionisme ou m&#234;me au peuple juif, mais plut&#244;t une occasion pour les Arabes de participer &#224; la d&#233;fense des opprim&#233;s dans le monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victimes d'une des plus grandes injustices de l'&#233;poque moderne, commise &#224; leurs d&#233;pens sans qu'ils y soient pour rien, les Arabes ont v&#233;cu une profonde crise &#233;motionnelle en voyant les opprim&#233;s d'hier devenir les oppresseurs d'aujourd'hui, bard&#233;s d'arrogance et de justifications fallacieuses, soutenus par les nations les plus puissantes du monde. En abordant de front la question isra&#233;lienne, on ferait un premier un pas vers la r&#233;solution de cette crise existentielle et la r&#233;paration des blessures profondes engendr&#233;es par plus d'un si&#232;cle de confrontation fatidique entre le sionisme et le monde arabe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question isra&#233;lienne comme question arabe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, la question isra&#233;lienne est devenue une question arabe, un enjeu et un d&#233;fi pour les Arabes. Il est peu probable qu'ils parviennent &#224; une v&#233;ritable libert&#233; s'ils ne font pas de progr&#232;s dans ce domaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire que la question isra&#233;lienne est une question arabe signifie que ces possibles progr&#232;s sont li&#233;s &#224; la solution d'autres probl&#232;mes que les Arabes ont cr&#233;&#233;s pour eux-m&#234;mes et pour le reste du monde. Cela m&#233;rite un d&#233;bat &#224; part, mais il nous suffira de dire que les Arabes sont aujourd'hui parmi les peuples les moins libres du monde en raison de leur lutte contre une triple tyrannie. Le premier aspect de cette tyrannie est le fait que tous les r&#233;gimes arabes, sans exception, pratiquent le politicide. Le deuxi&#232;me aspect est la pr&#233;sence coloniale, occidentale et non occidentale, dont Isra&#235;l est l'expression la plus manifeste, mais en aucun cas la seule. Enfin, il faut signaler l'essor d'un fondamentalisme religieux nihiliste &#224; tendance fascisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette exigence de comprendre la question isra&#233;lienne est un appel &#224; la raison, &#224; l'action politique et &#224; la g&#233;n&#233;rosit&#233;. C'est aussi une exhortation &#224; faire revivre les traditions pluralistes et &#339;cum&#233;niques qui prosp&#233;raient jadis dans le monde arabe et islamique avant la p&#233;riode coloniale et l'&#233;mergence des &#201;tats-nations modernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a injustement impos&#233; aux Palestiniens et aux Arabes la t&#226;che de r&#233;soudre la question juive, qui est un probl&#232;me europ&#233;en. Les Arabes n'ont jou&#233; aucun r&#244;le dans la Shoah, sauf dans l'esprit d'individus comme Netanyahou. Son affirmation selon laquelle Hitler aurait &#233;t&#233; inspir&#233; par le mufti de J&#233;rusalem, Amin al-Husseini, a suscit&#233; les protestations de nombreuses personnalit&#233;s juives et allemandes, avant m&#234;me celles des Arabes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Arabes n'ont jou&#233; aucun r&#244;le non plus dans le d&#233;veloppement historique de la diaspora juive. Ils ont pris la Palestine aux Byzantins, et non &#224; une entit&#233; juive. Pendant les six si&#232;cles qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; la conqu&#234;te arabe, les Juifs n'ont eu aucune pr&#233;sence politique constitu&#233;e dans la r&#233;gion, et &#224; aucun moment les Arabes n'ont chass&#233; les Juifs de Palestine ou des terres voisines. Quant au colonialisme europ&#233;en, les Palestiniens et les Arabes en sont les victimes au m&#234;me titre que les Africains, les Indiens et d'autres peuples, tandis qu'Isra&#235;l a b&#233;n&#233;fici&#233; de ce m&#234;me colonialisme avant et apr&#232;s sa cr&#233;ation. La responsabilit&#233; de cette injustice historique revient &#224; l'alliance occidentale-sioniste. L'Allemagne a vers&#233; des r&#233;parations &#224; Isra&#235;l pour les crimes nazis commis contre les Juifs, mais ni l'Allemagne ni aucune autre entit&#233; occidentale ou internationale n'ont vers&#233; de compensation aux Palestiniens pour le vol de leur patrie ou l'injustice coloniale qu'ils ont subie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, si nous r&#233;fl&#233;chissons &#224; la question, nous arriverons probablement &#224; la conclusion que ce qui nous emp&#234;che de d&#233;velopper une compr&#233;hension nuanc&#233;e de la question isra&#233;lienne, ce n'est pas du c&#244;t&#233; isra&#233;lien qu'il faut le chercher, mais du c&#244;t&#233; arabe. Quelle est la subjectivit&#233; arabe qui tente de formuler une vision et une politique &#224; l'&#233;gard d'Isra&#235;l ? Cette subjectivit&#233; est-elle capable de se remettre en question et de r&#233;fl&#233;chir en termes historiques ? &#192; l'heure actuelle, aucune entit&#233; arabe n'en semble capable. Cette incapacit&#233; maintient la perception de la question isra&#233;lienne dans un cadre arbitraire, infra-politique et infra-historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une affaire de longue haleine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans quel d&#233;lai sera-t-il possible de r&#233;soudre la question isra&#233;lienne ? Car si l'on parle d'une &#171; question &#187;, cela implique de discuter d'une solution, et la recherche d'une solution implique une certaine ma&#238;trise de la r&#233;alit&#233; repr&#233;sent&#233;e par cette question &#8211; une ma&#238;trise qui requiert que l'on passe d'un statut de sujet passif &#224; celui de sujet actif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De par sa nature, il s'agit d'une question &#224; long terme. On ne parle pas ici de quelques ann&#233;es, mais de d&#233;cennies et de g&#233;n&#233;rations enti&#232;res. Le concept de &#171; question juive &#187; circulait d&#233;j&#224; lorsque Marx r&#233;digeait un texte portant ce titre en 1843. Au cours du si&#232;cle qui s'est &#233;coul&#233; entre la publication de ce texte et la cr&#233;ation d'Isra&#235;l, on a assist&#233; &#224; l'essor d'un antis&#233;mitisme qui s'enracinait dans le nationalisme plut&#244;t que dans ses fondements chr&#233;tiens traditionnels. Apr&#232;s quoi sont advenues l'&#233;mergence du nazisme et la Shoah, tentative nazie d'apporter une &#171; solution finale &#187; &#224; la question juive. &#192; bien des &#233;gards, Isra&#235;l est la solution finale de cette solution finale : un accord conclu apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale et le g&#233;nocide entre les &#233;lites ashk&#233;nazes influentes en Occident, le &#171; Yishouv &#187; (les immigrants juifs en Palestine) et les puissances coloniales occidentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la seconde moiti&#233; du XIXe si&#232;cle, on a vu aussi &#233;merger une &#171; question d'Orient &#187; lorsque l'Empire ottoman a commenc&#233; &#224; &#234;tre qualifi&#233; d'&#171; homme malade de l'Europe &#187;, selon l'expression du tsar Nicolas Ier de Russie. D&#232;s le d&#233;part, cette soi-disant question d'Orient a &#233;t&#233; en fait une pr&#233;occupation occidentale, comme l'observera plus tard Arnold Toynbee. Elle a &#233;t&#233; &#171; r&#233;solue &#187; &#224; la fin de la Premi&#232;re Guerre mondiale par l'effondrement et le d&#233;membrement de l'Empire ottoman. Mais du point de vue des populations les plus directement concern&#233;es, en particulier les Arabes, la &#171; question &#187; a &#233;t&#233; modifi&#233;e, mais pas r&#233;solue. Tant sur le plan intellectuel que sur le plan politique, elle n'a d'ailleurs jamais &#233;t&#233; correctement comprise ni trait&#233;e par les parties concern&#233;es. La question d'Orient est donc devenue une question arabe rendue encore plus probl&#233;matique par la question isra&#233;lienne. La fragmentation que nous observons aujourd'hui au sein du monde arabe est le r&#233;sultat de l'incapacit&#233; &#224; r&#233;soudre ces deux questions. Elle exprime aussi l'effondrement ou la d&#233;sint&#233;gration d'une subjectivit&#233; capable de les r&#233;soudre, voire tout simplement de les comprendre pleinement. Essayer de conceptualiser la question isra&#233;lienne revient en fait &#224; s'efforcer de r&#233;sister &#224; cette d&#233;sint&#233;gration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, discuter d'un horizon temporel s'&#233;tendant sur plusieurs d&#233;cennies ou plusieurs g&#233;n&#233;rations sera per&#231;u par d'aucuns comme profond&#233;ment insatisfaisant. Il y aura toujours des critiques pour s'empresser d'accuser les partisans d'une telle approche de pr&#244;ner la capitulation, la normalisation ou pire encore. Mais c'est justement la crainte de telles accusations qui a contribu&#233; &#224; notre situation actuelle et &#224; sa dynamique autodestructrice et catastrophique. Face aux porte-parole de la mumanaa et &#224; ceux de l'anti-mumanaa, face &#224; ceux qui sont pr&#234;ts &#224; se battre pour qu'on leur accorde quelques miettes, des voix doivent s'&#233;lever parmi nous pour exprimer leurs convictions sans crainte ni autocensure. Probl&#233;matiser Isra&#235;l comme un triple d&#233;fi s'enracinant dans une longue histoire constituera un premier pas dans cette direction. (Traduction par Marc Saint-Up&#233;ry)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Baruch Kimmerling, Politicide : Sharon's War Against the Palestinians, Verso, Londres, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Azmi Bishara, &#171; Settler Colonialism or Apartheid : Do We Have to Choose ? &#187;, Omran, vol. 10, n&#176; 38, automne 1981, &lt;a href=&#034;https://omran.dohainstitute.org/en/038/pages/art02.aspx&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://omran.dohainstitute.org/en/038/pages/art02.aspx&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Litt&#233;ralement, la &#171; catastrophe &#187;, en arabe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Giorgio Agamben, Homo Sacer : le pouvoir souverain et la vie nue, Seuil, Paris, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Hannah Arendt, Les origines du totalitarisme : Tome 2, L'Imp&#233;rialisme, Seuil, Paris, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Raef Zreik, The Palestine Problem and the One-State/Two-States Solution, Institute for Palestine Studies, Beyrouth, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] La D&#233;claration Balfour est une lettre ouverte dat&#233;e du 2 novembre 1917 et sign&#233;e par Arthur Balfour, secr&#233;taire d'&#201;tat britannique aux Affaires &#233;trang&#232;res dans le gouvernement de David Lloyd George. Elle &#233;tait adress&#233;e &#224; Lionel Walter Rothschild (1868-1937), personnalit&#233; de la communaut&#233; juive britannique et financier du mouvement sioniste, afin d'&#234;tre communiqu&#233;e &#224; l'Organisation sioniste mondiale, fond&#233;e par le p&#232;re du sionisme Theodor Herzl. Le Royaume-Uni s'y d&#233;clarait en faveur de l'&#233;tablissement en Palestine d'&#171; un foyer national pour le peuple juif &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Cit&#233; in Ari Shavit, My Promised Land : The Triumph and Tragedy of Israel, Random House, New York, 2013. Orde Charles Wingate (1903-1944) &#233;tait un officier sup&#233;rieur britannique affect&#233; en Palestine en 1936. Sympathisant affich&#233; du sionisme, il promeut en 1938 la cr&#233;ation de commandos juifs conduits par des officiers britanniques exp&#233;riment&#233;s, les &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Special_Night_Squads&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Special Night Squads&lt;/a&gt; (escadrons de nuit sp&#233;ciaux) pour combattre les insurg&#233;s arabes et mener des op&#233;rations punitives contre les villages ayant aid&#233; ou h&#233;berg&#233; des saboteurs palestiniens. Consid&#233;r&#233; comme un h&#233;ros par les sionistes, Wingate &#233;tait particuli&#232;rement appr&#233;ci&#233; par Moshe Dayan, qu'il avait entra&#238;n&#233; et qui d&#233;clarait avoir tout appris de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Shlomo Sand, Comment la terre d'Isra&#235;l fut invent&#233;e, Flammarion, Paris, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Amal Jamal, Zionist Thought in the Labyrinth of Renewal and Regeneration : The Dialectic of Internal Contradictions and their Practical Ramifications, Institute for Palestine Studies, Beyrouth, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Gil Anidjar, The Jew, the Arab : A History of the Enemy, Stanford University Press, Redwood City (CA), 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Charlotte Delbo, Auschwitz et apr&#232;s, 4 tomes, Minuit, Paris, 2018-2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Omar Amiralay, There Are So Many Things Still to Say, ARTE France/Grains de Sable, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;
*****
&lt;/center&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Abonnez-vous &#224; notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir acc&#232;s aux articles publi&#233;s chaque semaine. &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses diff&#233;rentes rubriques (&#233;conomie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualit&#233;s internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir acc&#232;s &#224; ces articles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner &#224; la lettre de PTAG :&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;
&lt;h5 class=&#034;widget-title&#034;&gt;Abonnez-vous &#224; la lettre&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;&lt;!-- Begin MailChimp Signup Form --&gt;&lt;/p&gt;
&lt;form action=&#034;//pressegauche.us9.list-manage.com/subscribe/post?u=730411ce9b6e72cf02b79c890&amp;id=5abe61d847&#034; method=&#034;post&#034; id=&#034;mc-embedded-subscribe-form&#034; name=&#034;mc-embedded-subscribe-form&#034; class=&#034;validate newsletter-form clearfix&#034; target=&#034;_blank&#034; novalidate&gt;
&lt;p class=&#034;input-email clearfix&#034;&gt;
&lt;input type=&#034;email&#034; name=&#034;EMAIL&#034; class=&#034;required email&#034; id=&#034;mce-EMAIL&#034; placeholder=&#034;Adresse courriel&#034; value=&#034;&#034;&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;input-email clearfix&#034;&gt;
&lt;input type=&#034;text&#034; value=&#034;&#034; name=&#034;FNAME&#034; class=&#034;text email&#034; id=&#034;mce-FNAME&#034; placeholder=&#034;Pr&#233;nom&#034;&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&#034;input-email clearfix&#034;&gt;
&lt;input type=&#034;text&#034; value=&#034;&#034; name=&#034;LNAME&#034; class=&#034;text email&#034; id=&#034;mce-LNAME&#034; placeholder=&#034;Nom&#034;&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;&lt;input type=&#034;submit&#034; value=&#034;GO&#034; name=&#034;subscribe&#034; id=&#034;mc-embedded-subscribe&#034; class=&#034;submit&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div id=&#034;mce-responses&#034; class=&#034;clear&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;response&#034; id=&#034;mce-error-response&#034; style=&#034;display:none&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;response&#034; id=&#034;mce-success-response&#034; style=&#034;display:none&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;!-- real people should not fill this in and expect good things - do not remove this or risk form bot signups--&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;position: absolute; left: -5000px;&#034; aria-hidden=&#034;true&#034;&gt;&lt;input type=&#034;text&#034; name=&#034;b_730411ce9b6e72cf02b79c890_5abe61d847&#034; tabindex=&#034;-1&#034; value=&#034;&#034;&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/form&gt;
&lt;p&gt;&lt;!--End mc_embed_signup&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/center&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Syrie : la r&#233;volution orpheline et les diff&#233;rentes positions internationales</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Syrie-la-revolution-orpheline-et-les-differentes-positions-internationales</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Syrie-la-revolution-orpheline-et-les-differentes-positions-internationales</guid>
		<dc:date>2012-10-02T08:45:45Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Leyla Safadi , Tleena Al Hourrieh, Yassine Al Haj Saleh</dc:creator>


		<dc:subject>Asie/Proche-Orient</dc:subject>
		<dc:subject>Syrie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2012-10-02</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Il semble que les positions chinoises et russes clairement hostiles &#224; la r&#233;volution syrienne aient d&#233;tourn&#233; l'attention de la r&#233;elle position des Etats occidentaux et des Etats-Unis face &#224; la r&#233;volution syrienne. Beaucoup voient dans ces positions (avec en arri&#232;re-plan celle d'Isra&#235;l) une r&#233;alit&#233; plus hostile au peuple syrien qu'&#224; son r&#233;gime, qui pourtant revendique la r&#233;sistance &#224; Isra&#235;l. Ces positions se r&#233;fugient derri&#232;re le double veto et se contentent d'&#233;mettre des positions verbales. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Asie-Proche-Orient-" rel="directory"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Asie-Proche-Orient-423-+" rel="tag"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Syrie-+" rel="tag"&gt;Syrie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2012-10-02-+" rel="tag"&gt;Edition du 2012-10-02&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH101/arton11803-c75dc.png?1781061402' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='101' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il semble que les positions chinoises et russes clairement hostiles &#224; la r&#233;volution syrienne aient d&#233;tourn&#233; l'attention de la r&#233;elle position des Etats occidentaux et des Etats-Unis face &#224; la r&#233;volution syrienne. Beaucoup voient dans ces positions (avec en arri&#232;re-plan celle d'Isra&#235;l) une r&#233;alit&#233; plus hostile au peuple syrien qu'&#224; son r&#233;gime, qui pourtant revendique la r&#233;sistance &#224; Isra&#235;l. Ces positions se r&#233;fugient derri&#232;re le double veto et se contentent d'&#233;mettre des positions verbales. Quel est votre regard sur la r&#233;alit&#233; de ces positions et celles escompt&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du site de &#192; l'encontre&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il me semble que la Russie et l'Iran en particulier, ainsi que la Chine, agissent concr&#232;tement contre la r&#233;volution syrienne &#224; la faveur d'une alliance active avec le r&#233;gime syrien. Les puissances occidentales n'entretiennent pas d'amiti&#233; active avec la r&#233;volution et le peuple syrien, mais elles n'agissent pas pour autant activement contre eux. Elles sont par contre des adversaires du r&#233;gime syrien, mais ne luttent pas pour autant activement contre lui non plus&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Occidentaux n'ont pas d'int&#233;r&#234;t &#224; soutenir la r&#233;volution parce qu'ils ne savent pas o&#249; elle va&#8230; mais aussi parce que nous faisons partie d'un monde qui leur appara&#238;t hostile culturellement, parce que leur politique est soumise aux n&#233;cessit&#233;s de la s&#233;curit&#233; d'Isra&#235;l qui souhaite, lui, que le r&#233;gime syrien reste en place ou que la situation se d&#233;t&#233;riore suffisamment pour affaiblir durablement ce r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'imagine que les questions que se posent les hommes politiques occidentaux sont : doit-on intervenir en Syrie ? Et en tentant d'y r&#233;pondre, ils ne trouvent pas d'int&#233;r&#234;t &#233;vident pour leur pays. Et &#224; la question : doit-on armer l'opposition syrienne ?, il semble que la r&#233;ponse soit elle aussi n&#233;gative de peur, selon un point de vue occidental, de voir ces armes tomber entre les mauvaises mains. Et aussi parce que cela cr&#233;erait, ici, une course &#224; l'armement avec la Russie dans laquelle l'Occident n'a pas int&#233;r&#234;t &#224; se lancer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Globalement, c'est parce qu'il n'y a pas de raison jug&#233;e valable d'armer une r&#233;sistance syrienne qui n'a &#224; l'&#233;gard des forces occidentales aucune loyaut&#233;, ou sentiment commun ou de confiance. La situation humanitaire actuelle en Syrie n'est pas un argument fort du point de vue de l'homme politique occidental pour appuyer une intervention &#233;trang&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant que la Russie, l'Iran, et la Chine &#224; sa fa&#231;on, fournissent le r&#233;gime en moyens pour tuer les Syriens et couvrir ses crimes internationalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais de cela nous ne pouvons accuser les forces occidentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que nous devons leur en vouloir de ne pas nous prot&#233;ger ? De ne rien faire contre les tueries ? De leur manque d'empathie envers les Syriens ? De les voir nous observer pendant que le r&#233;gime syrien et ses alli&#233;s sont en train de tuer notre peuple et d&#233;truire notre pays ? De ne pas m&#233;riter notre confiance ? De l'inconsistance de leur discours humanitaire ? Tout cela leur est reprochable certes, mais cela n'&#233;gale pas l'engagement de l'Iran, de la Russie et de la Chine au c&#244;t&#233; du r&#233;gime syrien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons aussi bl&#226;mer les occidentaux sur la timidit&#233; de leur action humanitaire, et m&#234;me par rapport aux sanctions inflig&#233;es au r&#233;gime, qui n'ont d'effet qu'&#224; long terme, et laissent ainsi la tuerie syrienne se poursuivre et le pays s'effondrer. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout &#233;tat de cause on ne peut mettre sur pied d'&#233;galit&#233; la responsabilit&#233; de la Russie, de l'Iran et de la Chine et celle des occidentaux dans l'&#233;preuve &#224; laquelle fait face le peuple syrien en ce moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains pensent que le d&#233;nouement de la crise syrienne passe par Moscou et que face &#224; l'appui inconditionnel de la Russie au r&#233;gime il n'y a pas de volont&#233; am&#233;ricaine ou europ&#233;enne pour s'impliquer concr&#232;tement, ou simplement en soutenant les r&#233;volutionnaires dans leurs besoins essentiels. Malgr&#233; la position m&#233;prisable actuelle des Russes, ceux-ci ont peut-&#234;tre &#224; proposer une solution raisonnable en obtenant une repr&#233;sentation locale de leurs int&#233;r&#234;ts qui leur permettra de se passer du r&#233;gime syrien. Quel est votre avis ? Est-ce que la position de la majorit&#233; de l'opposition qui est proche de l'Occident et ex&#232;cre la politique russe n'est pas un obstacle &#224; la solution ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mon avis, ce que pensent ces gens est idiot ou, pire, mal intentionn&#233;&#8230; Et dans les deux cas cela suppose l'humiliation du peuple syrien. Les Russes ont particip&#233; a la tuerie de dizaine de milliers d'entre nous et ont pouss&#233; &#224; la destruction de notre pays. On ne doit pas r&#233;compenser Moscou pour cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire que &#171; le d&#233;nouement de la crise syrienne est entre les mains de Moscou &#187; renvoie &#224; ce que disait Anouar Al Sadate en son temps : 99% des clefs de la solution du conflit arabo-isra&#233;lien sont entre les mains des Am&#233;ricains. Je ne trouve pas assez de mots pour exprimer le d&#233;dain que j'&#233;prouve pour cette &#171; solution raisonnable &#187; qui consisterait &#224; devenir l'agent de Moscou, ou le &#171; repr&#233;sentant local &#187; de ses int&#233;r&#234;ts pour que la Russie se passe du r&#233;gime syrien actuel. Je rappelle que Anouar Al Sadate a fait de la grande Egypte un agent de Washington et un petit gardien de sa paix avec Isra&#235;l ; cela sans bien s&#251;r toucher au statut d'Israel et &#224; ses priorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai bien peur que Moscou cherche r&#233;ellement deux repr&#233;sentants locaux de ses int&#233;r&#234;ts, non pas pour se passer du r&#233;gime de Bachar el-Assad, mais plut&#244;t comme solution de secours en cas de besoin, ou comme accessoire pour embellir le r&#233;gime : un &#171; New &#187; Front National Progressiste dans le meilleur des cas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense &#233;galement que la position des opposants syriens s'est forg&#233;e pendant la r&#233;volution. Elle n'&#233;tait pas &#224; la base proche de l'Occident (elle ne l'est toujours pas, malgr&#233; les dissensions avec les politiques des quelques opposants qui se tournent vers Moscou). Et elle n'&#233;tait pas non plus hostile &#224; la politique russe auparavant. Mais quoi de plus humain et de plus naturel que de lutter contre notre ennemi et de refuser de tendre la main a celui qui soutien notre assassin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous savez bien s&#251;r que l'opposition a tent&#233; malgr&#233; tout de tendre la main &#224; la Russie&#8230; mais cela n'a absolument abouti &#224; rien. Par contre, si la position de Moscou &#233;volue, alors &#171; ahlan wa sahlan &#187; [bienvenue]. En politique, il n'y a ni amiti&#233; &#233;ternelle, ni hostilit&#233; &#233;ternelle. Notre constante unique est l'int&#233;r&#234;t de notre peuple et de notre pays ; et notre int&#233;r&#234;t aujourd'hui r&#233;side dans la victoire de la r&#233;volution et la chute de ce r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etant donn&#233; l'impasse actuelle &#8211; l'engagement russe et iranien contre le peuple syrien qui se fait massacrer, le silence international aux niveaux des gouvernements et des peuples&#8230; &#8211; et en l'absence de tout frein au r&#233;gime sanguinaire, comment voyez-vous l'avenir de la r&#233;volution syrienne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; une question difficile. La r&#233;volution s'&#233;tendait et diversifiait ses modes de r&#233;sistance, et trouvait des solutions &#224; chaque difficult&#233; qu'elle rencontrait jusqu'au milieu de juillet 2012 au moment du d&#233;but de l'affrontement direct [militaire] avec le r&#233;gime. Celui-ci a lanc&#233; son aviation militaire et a adopt&#233; la strat&#233;gie de destruction de l'environnement local &#224; ce moment-l&#224; par des bombardements et des ex&#233;cutions sommaires, dans le but de creuser encore le foss&#233; entre l'activisme civil et la r&#233;sistance arm&#233;e&#8230; Le chiffre moyen des victimes par jour a &#233;t&#233; multipli&#233; par deux, voire plus, d&#233;passant les 100 morts chaque jour, voir 200 certains autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Iran a alors d&#233;clar&#233; que la bataille syrienne &#233;tait sienne. Le r&#233;gime a sembl&#233; plus s&#251;r de lui et plus en confiance pour ce qui est de son immunit&#233; quelle que soit l'&#233;tendue de ses crimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les deux organisations, l'arabe [Ligue arabe] et l'internationale [ONU], restent totalement paralys&#233;es face &#224; la situation &#224; l'&#233;tape actuelle, il y a une extension des zones d'affrontement militaire initi&#233;e par la r&#233;volution vers les r&#233;gions de Damas, Alep et Raqqa, alors que les affrontements se poursuivent dans d'autres r&#233;gions telles que Daraa, Homs, Idleb et Deir Azzor. Mais cela ne semble pas suffisant pour faire face aux crimes du r&#233;gime et au soutien militaire russe et iranien qu'il re&#231;oit. Je crains que nous ne soyons engag&#233;s dans un long conflit difficile &#224; trancher, avec une g&#233;n&#233;ralisation de la destruction sur toute la Syrie ; ou que sa r&#233;solution d&#233;pende de conflits r&#233;gionaux plus larges, comme le dossier du nucl&#233;aire iranien en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas comment va &#233;voluer la situation dans les semaines &#224; venir mais je constate que nous n'avons pas de choix. Nous devons continuer l'affrontement et l'&#233;tendre dans le but de faire chuter le r&#233;gime ou de lui imposer la n&#233;gociation depuis une position de force. Tous les efforts de l'opposition doivent se concentrer sur cela, &#224; mon avis. (Traduit de l'arabe pour A l'Encontre par Jihane Al Ali)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Ce dialogue a &#233;t&#233; publi&#233; dans le Journal des Comit&#233;s Locaux de Coordination, le mardi 25 septembre 2012. Le titre entier est le suivant : &#171; A propos de la r&#233;volution orpheline et des diff&#233;rentes positions internationales qu'elle suscite, son avenir et son potentiel face &#224; l'impasse de la situation actuelle &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
