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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>La bourse du carbone est une fausse solution typiquement n&#233;olib&#233;rale pr&#233;conis&#233;e par le Protocole de Kyoto</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-bourse-du-carbone-est-une-fausse-solution-typiquement-neoliberale-preconisee</link>
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		<dc:date>2015-05-19T08:28:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>William Sacher</dc:creator>


		<dc:subject>Canada</dc:subject>
		<dc:subject>Canada</dc:subject>
		<dc:subject>Lutte contre les &#233;nergies fossiles</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-05-19</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#201;rig&#233; au rang d'ic&#244;ne par le mouvement &#233;cologiste qu&#233;b&#233;cois, qui appelle r&#233;guli&#232;rement la population &#224; &#171; sauver Kyoto &#187;, ce protocole repose sur une logique de march&#233; impropre &#224; lutter efficacement contre le r&#233;chauffement climatique et s'av&#232;re potentiellement anti-&#233;cologique. La critique des solutions qu'il pr&#233;conise reste ainsi dangereusement absente des tribunes. Malgr&#233; son manque flagrant de l&#233;gitimit&#233; scientifique, les m&#234;mes &#233;cologistes pr&#233;tendent volontiers que le Protocole est un &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Mouvement-environnementaliste-" rel="directory"&gt;Mouvement environnementaliste&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Canada-17-+" rel="tag"&gt;Canada&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Lutte-contre-les-energies-fossiles-+" rel="tag"&gt;Lutte contre les &#233;nergies fossiles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2015-05-19-+" rel="tag"&gt;Edition du 2015-05-19&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH113/arton21824-f95de.png?1781462741' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#201;rig&#233; au rang d'ic&#244;ne par le mouvement &#233;cologiste qu&#233;b&#233;cois, qui appelle r&#233;guli&#232;rement la population &#224; &#171; sauver Kyoto &#187;, ce protocole repose sur une logique de march&#233; impropre &#224; lutter efficacement contre le r&#233;chauffement climatique et s'av&#232;re potentiellement anti-&#233;cologique. La critique des solutions qu'il pr&#233;conise reste ainsi dangereusement absente des tribunes. Malgr&#233; son manque flagrant de l&#233;gitimit&#233; scientifique, les m&#234;mes &#233;cologistes pr&#233;tendent volontiers que le Protocole est un &#171; premier pas &#187; dans la &#171; bonne direction &#187;. Certes, le d&#233;bat sur Kyoto d&#233;passe largement le cadre scientifique. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment sur son incoh&#233;rence politique qu'il faut se pencher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article est paru dans Relations no 724 mai 2008. L'auteur, doctorant en sciences atmosph&#233;riques et oc&#233;aniques &#224; l'Universit&#233; McGill, est membre du collectif Ressources d'Afrique. Il est aussi co-auteur avec Alain Denault de &#034;Paradis sous terre&#034;, &#201;cosoci&#233;t&#233;, 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il appert en effet que le Protocole, sign&#233; en 1997, contient une s&#233;rie de mesures &#8211; les fameux m&#233;canismes de flexibilit&#233; (MDF) &#8211; impos&#233;es par les &#201;tats-Unis, le Japon, le Canada et l'Australie, et con&#231;ues pour &#233;viter au maximum aux pays industrialis&#233;s de r&#233;duire leur consommation d'&#233;nergies fossiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Droits &#224; polluer &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Officiellement applicable &#224; partir de cette ann&#233;e, le syst&#232;me est bas&#233; sur le commerce de cr&#233;dits d'&#233;missions de gaz &#224; effet de serre (GES) se vendant par unit&#233; d'une tonne de CO2. Les MDF incluent : 1) des m&#233;canismes de d&#233;veloppement propre (MDP) autorisant une entreprise d'un pays signataire du Protocole &#224; engranger des cr&#233;dits d'&#233;missions au moyen d'un investissement men&#233; dans un pays non signataire (i.e du tiers-monde) ; 2) les mises en &#339;uvre conjointes qui sont une transaction entre entreprises de pays signataires ; 3) les fameuses bourses du carbone qui ont pour r&#244;le de faciliter et de s&#233;curiser les transactions de cr&#233;dits d'&#233;missions entre les entreprises trop polluantes et celles capables de d&#233;gager de tels cr&#233;dits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Servi par une rh&#233;torique ultralib&#233;rale qui ne craint pas de m&#233;langer la maladie et le rem&#232;de, mais conforme aux imp&#233;ratifs de la &#171; croissance &#187;, Kyoto pr&#233;tend que les lois du march&#233; r&#233;soudront la crise en conduisant aux r&#233;ductions de concentrations de GES n&#233;cessaires pour &#233;viter toute &#233;volution catastrophique du climat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une fois les quotas d'&#233;missions attribu&#233;s par les gouvernements, le recours aux MDF peut l&#233;galement se faire de fa&#231;on illimit&#233;e. Ceci autorise une cr&#233;ation non moins illimit&#233;e de cr&#233;dits de carbone dont le r&#233;servoir est a priori in&#233;puisable. V&#233;ritables &#171; droits &#224; polluer &#187;, ces derniers supposent de plus que l'atmosph&#232;re &#171; appartient par d&#233;faut &#224; ceux qui lui portent atteinte &#187; &#8211; comme le fait justement remarquer le journaliste Aur&#233;lien Bernier dans Le Monde diplomatique de d&#233;cembre 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une logique pi&#233;g&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la mise en place anticip&#233;e de bourses du carbone en Europe et aux &#201;tats-Unis, cette approche a d&#233;j&#224; donn&#233; lieu &#224; des d&#233;bordements catastrophiques. Si elle peut &#233;ventuellement conduire &#224; une r&#233;duction des GES dans le cas o&#249; les quotas sont bas, la logique capitaliste de march&#233; qui la sous-tend conduit n&#233;cessairement les entreprises &#224; traiter les impacts &#233;cologiques de leurs activit&#233;s (la g&#233;n&#233;ration de cr&#233;dits d'&#233;mission) comme des &#171; externalit&#233;s &#187;. Elles d&#233;placent donc la contrainte anthropique vers d'autres composantes des &#233;cosyst&#232;mes et alimentent la crise &#233;cologique globale dont le changement climatique n'est qu'une composante. Une grande partie des cr&#233;dits de carbone vendus aux pays industrialis&#233;s viennent ainsi de projets polluants et douteux, tels que des plantations d'arbres conduisant &#224; des expropriations massives, &#224; des d&#233;forestations, &#224; des pertes de biodiversit&#233; et, possiblement, &#224; l'augmentation du r&#233;chauffement plan&#233;taire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, des multinationales polluantes comme Shell et Mitsubishi, qui investissent dans de tels projets avec l'appui du Fonds pour le carbone de la Banque mondiale, n'h&#233;sitent pas &#224; se proclamer les &#171; amies du climat &#187;. Avec les MDP, le danger d'accro&#238;tre les in&#233;galit&#233;s Nord/Sud est donc patent, alors qu'on attendrait d'un tel accord international qu'il inclue le concept de &#171; dette &#233;cologique &#187; (dont les pays industrialis&#233;s sont les d&#233;biteurs et les pays du tiers-monde, les cr&#233;anciers).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t ainsi urgent de remettre en cause l'esprit du Protocole de Kyoto et des MDF qui l'ont litt&#233;ralement vid&#233; de son sens. Une troisi&#232;me voie s'impose, impliquant une &#233;conomie localis&#233;e, une sobri&#233;t&#233; dans la consommation des mati&#232;res premi&#232;res et des &#233;nergies fossiles, soutenue par des r&#233;ductions des d&#233;penses &#233;nerg&#233;tiques dans les domaines de l'armement, de l'extraction mini&#232;re, des transports et de la consommation r&#233;sidentielle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Canada - Une ru&#233;e mini&#232;re mondiale</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Canada-Une-ruee-miniere-mondiale</link>
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		<dc:date>2012-10-30T09:40:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Maxim Combes, William Sacher</dc:creator>


		<dc:subject>Canada</dc:subject>
		<dc:subject>Politique canadienne</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2012-10-30</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La production de nombreux min&#233;raux a explos&#233; au cours des dix derni&#232;res ann&#233;es, tandis que les d&#233;penses d'exploration dans l'industrie mini&#232;re atteignent des sommets. Les cons&#233;quences environnementales et humaines sont d&#233;sastreuses. &lt;br class='autobr' /&gt;
William Sacher (Mouvements) - 22 ao&#251;t 2011 &lt;br class='autobr' /&gt;
Tir&#233; du site de reporterre.net : http://www.reporterre.net/spip.php?article2092 &lt;br class='autobr' /&gt; En 2008, les &#233;ditions Ecosoci&#233;t&#233; publiaient Noir Canada. Pillage, corruption et criminalit&#233; en Afrique d'Alain Deneault, Delphine (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Canada-" rel="directory"&gt;Canada&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Canada-17-+" rel="tag"&gt;Canada&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Politique-canadienne-46-+" rel="tag"&gt;Politique canadienne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2012-10-30-+" rel="tag"&gt;Edition du 2012-10-30&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L100xH150/arton12102-06555.jpg?1781462741' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La production de nombreux min&#233;raux a explos&#233; au cours des dix derni&#232;res ann&#233;es, tandis que les d&#233;penses d'exploration dans l'industrie mini&#232;re atteignent des sommets. Les cons&#233;quences environnementales et humaines sont d&#233;sastreuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;William Sacher (Mouvements) - 22 ao&#251;t 2011&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du site de reporterre.net : &lt;a href=&#034;http://www.reporterre.net/spip.php?article2092&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.reporterre.net/spip.php?article2092&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En 2008, les &#233;ditions Ecosoci&#233;t&#233; publiaient Noir Canada. Pillage, corruption et criminalit&#233; en Afrique d'Alain Deneault, Delphine Abadie et William Sacher, r&#233;v&#233;lant les agissements hautement critiquables des soci&#233;t&#233;s mini&#232;res et p&#233;trolif&#232;res canadiennes en Afrique. Les multinationales mini&#232;res canadiennes Barrick Gold (premier producteur d'or mondial) et Banro poursuivent la maison d'&#233;dition ainsi que les trois auteurs pour diffamation en leur r&#233;clamant un total de 11 millions de $ canadiens, dans ce qu'il y a lieu de qualifier de poursuites-b&#226;illon (appel&#233;es SLAPP en anglais). Le proc&#232;s est pr&#233;vu pour cet automne. Derri&#232;re ce proc&#232;s, ce sont la libert&#233; d'expression, le droit &#224; l'information, le droit &#224; la participation au d&#233;bat public sans intimidation et la possibilit&#233; de publier des travaux de recherches de qualit&#233; et sans complaisance, qui sont remis en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de soutenir les auteurs et la maison d'&#233;dition, et pour contribuer &#224; lever le voile sur les agissements des entreprises mini&#232;res sur la plan&#232;te, Mouvements publie une interview de William Sacher, r&#233;alis&#233;e par Maxime Combes dans le cadre du projet Echo des Alternatives qui explique comment le Canada est devenu un v&#233;ritable &#034;paradis judiciaire et r&#233;glementaire&#034; pour les entreprises mini&#232;res. Il contribue ainsi &#224; une &#034;nouvelle ru&#233;e mini&#232;re&#034; visant &#224; satisfaire les besoins croissants en mati&#232;res premi&#232;res de nos mod&#232;les de consommation, sans tenir compte des cons&#233;quences environnementales, sociales et d&#233;mocratiques sur les populations directement impact&#233;es par l'extraction. L&#224; o&#249;, au contraire, un &#034;changement de paradigme civilisationnel&#034; serait n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;...............................&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mouvements : &#192; l'&#233;chelle internationale, on observe une v&#233;ritable ru&#233;e mini&#232;re, que ce soit pour l'or, l'argent, le cuivre ou des m&#233;taux plus rares et sp&#233;cifiques, dont les prix ne cessent d'ailleurs de s'accro&#238;tre sur les march&#233;s internationaux. Comment l'expliquer ? Y a-t-il des r&#233;gions particuli&#232;rement concern&#233;es ? Lesquelles ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;William Sacher&lt;/strong&gt; : Nous sommes en effet dans une nouvelle &#232;re mini&#232;re. La production de nombreux min&#233;raux a explos&#233; au cours des dix derni&#232;res ann&#233;es, tandis que les d&#233;penses d'exploration dans l'industrie atteignent des sommets [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible d'isoler une s&#233;rie de facteurs explicatifs. Tout d'abord, il y a la croissance soutenue des pays dits &#171; &#233;mergents &#187; (tels que l'lnde, la Chine). L'augmentation de la demande de biens de consommation, l'explosion immobili&#232;re et les grands travaux n&#233;cessaires &#224; l'industrialisation galopante que connaissent ces pays exercent une forte pression sur la demande mondiale en min&#233;raux de tous types [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre facteur important concerne le commerce des m&#233;taux pr&#233;cieux, et tout particuli&#232;rement le recours &#224; l'or comme valeur-refuge. La Chine veut se constituer un stock d'or [3] afin de soutenir sa monnaie, se positionner face &#224; la menace d'&#233;ventuelles crises ult&#233;rieures et de d&#233;valuation de ses r&#233;serves de change. Les &#201;tats, les grandes institutions financi&#232;res, les fonds d'investissements, ou encore les particuliers se tournent aussi vers le m&#233;tal pr&#233;cieux. &#192; ceci s'ajoute la possibilit&#233; de retours sur investissements cons&#233;quents, ce qui a d&#233;clench&#233; une vague sp&#233;culative sur le m&#233;tal jaune, et l'in&#233;vitable prolif&#233;ration de produits financiers d&#233;riv&#233;s. R&#233;sultat : les cours de l'or explosent. Nombreuses sont les soci&#233;t&#233;s d'exploration (d&#233;nomm&#233;es juniors) qui surfent sur cette vague, en promettant des gains records &#224; leurs &#233;ventuels investisseurs [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut &#233;galement citer l'augmentation vertigineuse de la demande li&#233;e &#224; l'av&#232;nement des ordinateurs et t&#233;l&#233;phones portables personnels, des consoles de jeux vid&#233;os, etc., ou encore l'accroissement continu des d&#233;penses militaires mondiales [5]. Les &#233;quipements de d&#233;fense high-tech requi&#232;rent des alliages sp&#233;ciaux &#224; base de m&#233;taux rares comme le titane ou les m&#233;taux du groupe platine, auxquels il faut bien entendu ajouter l'uranium. L'avenir de ce dernier fait d'ailleurs l'objet de grandes sp&#233;culations. Dans ses applications civiles, en particulier comme source alternative d'&#233;nergie aux &#233;nergie fossiles, le m&#233;tal radioactif n'a sans doute pas dit son dernier mot, bien qu'il n'ait pas particuli&#232;rement le vent en poupe ces derniers temps. Il faudra voir si le souvenir de Fukushima pourrait s'estomper aussi rapidement que celui de Tchernobyl.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les grands pays consommateurs sont soucieux d'assurer leurs approvisionnements ou de parer &#224; d'&#233;ventuelles p&#233;nuries, et s'emploient &#224; s&#233;curiser leur acc&#232;s &#224; des min&#233;raux &#233;conomiquement et strat&#233;giquement sensibles qu'ils ne peuvent substituer, et dont les gisements se situent en grande majorit&#233; hors de leurs fronti&#232;res [6]...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nouvelle fi&#232;vre mini&#232;re se d&#233;ploie sur tous les continents. Certes, les veines s'&#233;puisent dans les r&#233;gions mini&#232;res traditionnelles. N&#233;anmoins, les nouvelles techniques et les prix &#233;lev&#233;s permettent encore d'extraire de fa&#231;on rentable les gisements de faible concentration. C'est la raison pour laquelle il y a un regain de projets d'exploitation dans des pays comme le Canada ou l'Australie. Cela dit, l'Am&#233;rique Latine, l'Afrique ou encore l'Indon&#233;sie se trouvent particuli&#232;rement expos&#233;es &#224; cette nouvelle avanc&#233;e de la fronti&#232;re d'exploitation, vers des territoires encore vierges d'exploitation industrielle, et souvent &#233;cologiquement et culturellement sensibles. Dans nombre de pays constituant ces parties du monde, les r&#233;formes n&#233;olib&#233;rales impuls&#233;es par la Banque Mondiale au cours des deux derni&#232;res d&#233;cennies ont cr&#233;&#233; des cadres d'investissement tr&#232;s favorables aux transnationales mini&#232;res (en termes l&#233;gaux, de fiscalit&#233; et de soutien gouvernemental), et ont institutionnalis&#233; leurs droits. S'en est suivi une invasion massive d'entreprise mini&#232;res &#233;trang&#232;res dans les pays de ces r&#233;gions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Arr&#234;tons-nous sur la volont&#233; des pays les plus puissants, Etats-Unis, Europe et Chine en t&#234;te, de &#034;s&#233;curiser l'acc&#232;s aux ressources&#034;. Pouvez-vous nous en dire plus sur les strat&#233;gies qu'ils d&#233;veloppent et par quels moyens ils parviennent &#224; leur fin ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Chine aurait investi 9,2 milliards $ dans 33 op&#233;rations mini&#232;res &#224; l'&#233;tranger en 2009-2010 [7], notamment en Afrique et en Am&#233;rique Latine. Les Chinois sont d'autant plus en position de force que leur pays est un gros producteur de minerais et dispose &#224; la fois d'&#233;normes liquidit&#233;s pour d&#233;velopper les projets miniers, et des capacit&#233;s techniques faisant d&#233;faut dans de nombreux pays du Sud, o&#249; ils octroient des pr&#234;ts &#224; taux r&#233;duits en &#233;change de contrats miniers sign&#233;s avec ses entreprises mini&#232;res d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre strat&#233;gie consiste &#224; acqu&#233;rir des entreprises mini&#232;res &#233;trang&#232;res. Des soci&#233;t&#233;s juniors de Toronto ou de Londres sont d&#233;j&#224; tomb&#233;es entre les mains des Chinois. Des offres hostiles ont m&#234;me r&#233;cemment &#233;t&#233; faites sur des soci&#233;t&#233;s majors canadiennes (Equinoxe et Lundin mining).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une troisi&#232;me voie suivie par la Chine privil&#233;gie les alliances strat&#233;giques avec des soci&#233;t&#233;s occidentales, dans le cadre de projets d'exploitation mixtes. Les entreprises chinoises &#233;tant moins frileuses que les institutions financi&#232;res occidentales pour financer les projets miniers, notamment suite &#224; la r&#233;cente crise et la relative chute des cours, les juniors de Toronto y voient un moyen de se d&#233;velopper quand toutes les autres portes se ferment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'Europe et aux &#201;tats-Unis, ils s'appuient sur les cadres impos&#233;s dans les pays g&#233;ologiquement riches par les institutions financi&#232;res internationales ou d'autres formes d'organisation commerciale (OMC, trait&#233;s de libre-&#233;change, &#8230;) et m&#234;me de coop&#233;ration ou d'aide au d&#233;veloppement. Pour optimiser ces politiques de flexibilisation, l'Union Europ&#233;enne s'est dot&#233;e en 2008 d'une strat&#233;gie d&#233;nomm&#233;e l'Initiative sur les Mati&#232;res Premi&#232;res, dont l'objectif est notamment de veiller &#224; s'approvisionner &#224; bon march&#233; en min&#233;raux dans les pays du Sud Global [8]. Par ailleurs, des capitaux &#233;tatsuniens contr&#244;lent la majorit&#233; des grandes soci&#233;t&#233;s mini&#232;res de Toronto, et d'autres &#224; Londres ou &#224; Sydney, l'exploitation mini&#232;re &#233;tant largement sous domination anglo-saxonne, et leur garantie d'acc&#232;s &#224; de nouveaux gisements repose largement sur la capacit&#233; de d&#233;ploiement des soci&#233;t&#233;s juniors, authentique version moderne des conquistadores de l'&#233;poque coloniale hispanique. Mais, comme nous l'avons mentionn&#233;, cette h&#233;g&#233;monie est de plus en plus contest&#233;e par les app&#233;tits chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ing&#233;rence militaire permet aussi aux &#201;tats-Unis de maintenir un contr&#244;le serr&#233; sur nombre de ressources min&#233;rales, tandis que l'Europe n'&#233;carte pas cette solution si la conjoncture l'exige [9]. On invoque souvent le p&#233;trole, mais la pr&#233;sence militaire de l'OTAN et des &#201;tats-Unis en Afghanistan et au Pakistan est sans doute &#224; interpr&#233;ter aussi dans ce sens. On peut enfin citer la R&#233;publique D&#233;mocratique du Congo, dont la d&#233;stabilisation &#224; la fin des ann&#233;es 90 serait, selon de nombreux analystes, l'&#339;uvre de l'intelligence et l'arm&#233;e am&#233;ricaine et aurait eu pour dessein l'accaparement des immenses gisements congolais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont les cons&#233;quences de cette ru&#233;e mini&#232;re ? Pourquoi voit-on aujourd'hui tant de mines &#224; ciel ouvert au d&#233;triment des mines souterraines traditionnelles ? Quelles sont les cons&#233;quences environnementales d'une telle exploitation ? Quelles r&#233;actions suscitent-elles aupr&#232;s des populations locales ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette soif accrue pour les min&#233;raux se traduit par la g&#233;n&#233;ralisation d'un nouveau mod&#232;le d'extraction, bien loin de l'image d'&#201;pinal du chercheur d'or et de son tamis : celui de la m&#233;ga-exploitation mini&#232;re. Ce type d'exploitation concerne les gisements o&#249; les min&#233;raux &#171; utiles &#187; se trouvent en tr&#232;s faibles concentrations. Dans ce contexte, les mines souterraines continuent de repr&#233;senter une alternative rentable dans certains cas, mais la tendance actuelle est le recours aux mines &#224; ciel ouvert, plus rentables, et aux dimensions inou&#239;es : des crat&#232;res de plusieurs km de diam&#232;tre et de plusieurs centaines de m&#232;tres de profondeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les techniques d'extraction se sont perfectionn&#233;es (avec, par exemple, le recours quasi-syst&#233;matique au cyanure dans les mines d'or) et, m&#234;me si, &#224; l'image des sables bitumineux dans l'industrie p&#233;troli&#232;re, les besoins &#233;nerg&#233;tiques et en eau li&#233;s &#224; ce type d'exploitation sont colossaux, les prix des min&#233;raux en hausse constante permettent d'exploiter avec de telles m&#233;thodes. Les d&#233;chets g&#233;n&#233;r&#233;s, souvent toxiques, s'en trouvent d&#233;multipli&#233;s au point d'atteindre des proportions inimaginables. Une seule mine, OK Tedi en Papouasie Nouvelle-Guin&#233;e, g&#233;n&#232;re chaque jour 200 000 tonnes de d&#233;chets, soit plus de que toutes les villes du Japon, de l'Australie et du Canada r&#233;unies [10]. Pour les m&#233;taux courants moins d'1% de la roche est trait&#233;e, les 99% restant se convertissant en d&#233;chets. Dans le cas de l'or, le ratio frise l'absurde, puisqu'on exploite actuellement des gisements contenant moins de 0.5 grammes d'or par tonnes de roches trait&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les risques sont &#233;normes en termes de pollution chronique et accidentelle des eaux et des sols, par drainage minier acide, m&#233;taux lourds, et autres substances toxiques, ou encore par le bruit et la poussi&#232;re, et les cons&#233;quences g&#233;n&#233;ralement dramatiques tant pour les &#233;cosyst&#232;mes environnants qu'en terme de sant&#233; publique [11]. Le gigantisme de ce mod&#232;le d'exploitation pose un probl&#232;me pour la science : celui de son incapacit&#233; &#224; diagnostiquer et &#224; pr&#233;voir avec pr&#233;cision tous ses effets en terme d'extension spatiale et temporelle, due &#224; la complexit&#233; des syst&#232;mes naturels ainsi physiquement et chimiquement perturb&#233;s (les ph&#233;nom&#232;nes &#224; repr&#233;senter sont multilin&#233;aires et souvent chaotiques). Ceci pose un vrai probl&#232;me en terme d'h&#233;ritage laiss&#233; aux g&#233;n&#233;rations futures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux impacts socio-&#233;conomiques, ils sont tout aussi difficiles &#224; caract&#233;riser, bien qu'on sache que l'activit&#233; mini&#232;re (et les infrastructures d'&#233;nergie et de transport qu'elle requiert), s'accompagne souvent d'une s&#233;rie de cons&#233;quences psycho-socio-economico-culturelles irr&#233;versibles pour les communaut&#233;s affect&#233;es. Elle d&#233;truit les &#233;conomies locales et les bases mat&#233;rielles des cultures autochtones, tout en implantant de nouveaux imaginaires de consommation. Elle marginalise les femmes, les agriculteurs et les populations autochtones, ces derni&#232;res &#233;tant particuli&#232;rement menac&#233;es : nombre de gisements encore inexploit&#233;s sont situ&#233;s sur leurs territoires. Il convient &#233;galement de mentionner les impacts en terme de sant&#233; publique dus aux pollutions engendr&#233;es (auxquels il faut ajouter l'alcoolisme, la toxicomanie, la prostitution, et la forte pr&#233;valence des MST).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, les pays su Sud qui d&#233;cident d'opter pour un mod&#232;le &#233;conomique d'extraction-exportation s'exposent &#224; une certaine condamnation au &#171; sous-d&#233;veloppement &#187; et &#224; la p&#233;rennisation de leur statut d'enclave coloniale, malgr&#233; l'illusion de &#171; d&#233;veloppement &#187; que peut repr&#233;senter l'industrie mini&#232;re. Se d&#233;veloppe plut&#244;t une &#233;conomie nationale renti&#232;re aux mains de l'oligarchie locale autour d'un secteur extractif hypertrophi&#233;, tandis que les autres secteurs de l'&#233;conomie ne profitent pas de la manne. &#192; cela il faut ajouter la fragilisation syst&#233;matique des conditions d'exercice de la d&#233;mocratie, la pr&#233;valence de la corruption, ou encore l'aboutissement &#224; des conflits arm&#233;s, une s&#233;rie de tares que l'universitaire am&#233;ricain Terry Karl qualifie de &#171; paradoxe de l'abondance &#187; [12].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette nouvelle phase &#171; d'accumulation par d&#233;possession &#187; du capital minier, pour reprendre les termes de David Harvey [13], bas&#233;e sur la marchandisation, la pr&#233;dation et la destruction de l'environnement, et perp&#233;tuant la domination des grands centres &#233;conomiques de la plan&#232;te sur leurs p&#233;riph&#233;ries, des centaines de communaut&#233;s se trouvent en r&#233;sistance de par le monde. Elles d&#233;noncent la fuite en avant de ce mod&#232;le en s'appuyant le plus souvent sur l'&#233;cologie politique, l'&#233;conomie sociale et les cosmovisions autochtones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous qualifiez le Canada de &#034;paradis judiciaire et r&#233;glementaire&#034; pour les entreprises mini&#232;res. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ? En quoi cette situation concernet-t-elle l'ensemble des citoyens de la plan&#232;te et pas les seuls citoyens canadiens ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un concept que nous d&#233;veloppons avec mon coll&#232;gue Alain Deneault pour tenter d'expliquer les raisons pour lesquelles le Canada se trouve aujourd'hui en position de leader mondial de l'industrie mini&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des derni&#232;res d&#233;cennies, le Canada s'est progressivement mu&#233; en un havre privil&#233;gi&#233; pour l'industrie mini&#232;re &#224; l'&#233;chelle mondiale, une sorte de Suisse du domaine extractif. Pas moins de 75 % des soci&#233;t&#233;s mini&#232;res de la plan&#232;te sont canadiennes, bien que leurs capitaux soient australiens, belges, isra&#233;liens, su&#233;dois, &#233;tatsuniens, etc. Nous avons identifi&#233; 6 caract&#233;ristiques principales qui font la particularit&#233; de cette l&#233;gislation de complaisance :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La possibilit&#233; de sp&#233;culer sans entraves sur les ressources mini&#232;res, gr&#226;ce &#224; la Bourse de Toronto et sa r&#233;glementation permissive, historiquement taill&#233;e sur mesure ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. L'investissement massif de fonds publics via des agences gouvernementales et l'incitation soutenue par le gouvernement aupr&#232;s des particulier &#224; investir dans le secteur minier via de multiples cong&#233;s fiscaux ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La couverture politique et judiciaire syst&#233;matique des soci&#233;t&#233;s mini&#232;res au point d'offrir une impunit&#233; de fait face aux multiples externalit&#233;s g&#233;n&#233;r&#233;es. Malgr&#233; les nombreuses all&#233;gations d'abus qui p&#232;sent sur les soci&#233;t&#233;s de Toronto de par le monde en mati&#232;re de violations de droits humains, de criminalit&#233; financi&#232;re, de pollution massive ou encore d'association avec des chefs de factions arm&#233;es accus&#233;s de crimes de guerre, les soci&#233;t&#233;s du secteur ne sont jamais inqui&#233;t&#233;es par les tribunaux canadiens ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Rendre justiciable uniquement les acteurs critiques. C'est une cons&#233;quence de la pr&#233;s&#233;ance du droit &#224; la r&#233;putation sur celui de la libert&#233; d'expression. Au Canada, cette derni&#232;re est largement menac&#233;e par l'instrumentalisation des tribunaux de la part des soci&#233;t&#233;s mini&#232;res. Chercheurs universitaires, journalistes, auteurs ou encore militants se voient poursuivis en diffamation, m&#234;me s'ils ne font que citer des sources publiques cr&#233;dibles ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. D&#233;velopper une propagande int&#233;rieure, en particulier au sein de l'&#233;ducation. Les universit&#233;s se trouvent noyaut&#233;es et potentiellement b&#226;illonn&#233;es par l'omnipr&#233;sence des financements de la recherche provenant largement de l'industrie mini&#232;re ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Assurer une diplomatie de complaisance dans les pays o&#249; les soci&#233;t&#233;s mini&#232;res canadienne sont pr&#233;sentes, ce qui se r&#233;v&#232;le dans les pays du Sud un lobby minier officieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cet &#201;tat que nous proposons de le qualifier de &#034;paradis judiciaire et r&#233;glementaire&#034; de l'industrie extractive mondiale, par analogie avec le concept de paradis fiscal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les affres de la l&#233;gislation canadienne ont des r&#233;percussions partout sur la plan&#232;te. Les soci&#233;t&#233;s inscrites dans ce havre minier s&#233;vissent en Am&#233;rique latine, en Afrique, en Asie, en Europe de l'Est et m&#234;me dans les DOM-TOM fran&#231;ais (voir le cas du projet aurif&#232;re &#224; Kaw en Guyane). Le Canada leur offre sa couverture et son soutien, et constitue la plateforme id&#233;ale &#224; partir de laquelle des projets miniers sont pilot&#233;s &#224; travers le monde. Mais l'Europe n'est pas en reste. Nombre de projets miniers financ&#233;s par la Banque Europ&#233;enne d'investissement, ou encore des agences de financement nationale telle que l'AFD et sa filiale Proparco, ont &#233;t&#233; &#224; l'origine d&#233;velopp&#233;s par des juniors canadiennes. Les &#233;conomies europ&#233;ennes, et celle de la France en particulier, sont hautement d&#233;pendantes de cette exploitation de minerais &#224; grande &#233;chelle, utilis&#233;s dans tous les secteurs de l'&#233;conomie : agriculture, construction, transports, &#233;lectronique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#234;tes extr&#234;mement critique de l'industrie mini&#232;re. Pourtant, n'est-il pas possible de r&#233;guler ce secteur et d&#233;velopper des mines socialement et &#233;cologiquement responsables ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les strat&#233;gies discursives de l'industrie mini&#232;re et des gouvernements qui la soutiennent sont efficaces pour convaincre le grand public d'une telle possibilit&#233;. Le secteur minier soigne son image. La s&#233;mantique est luisante comme les couvertures de papier glac&#233; des rapports annuels : on parle de &#171; responsabilit&#233; sociale &#187;, &#171; d&#233;veloppement durable &#187;, &#171; codes d'&#233;thiques volontaires &#187;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, l'histoire r&#233;cente de l'exploitation mini&#232;re parle d'elle-m&#234;me. Au Canada, pays qui se targue souvent de pratiquer les meilleurs standards en la mati&#232;re, 10.000 mines abandonn&#233;es menacent les r&#233;seaux hydrographiques de pollutions aux m&#233;taux lourds, et il n'existe aucune mine ayant &#233;t&#233; ferm&#233;e avec les d&#233;contaminations qui s'imposent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; toutes les pr&#233;cautions qu'on pourrait prendre, les in&#233;vitables impacts sociaux et environnementaux du mod&#232;le d'exploitation &#224; l'&#339;uvre sont &#224; l'image de son gigantisme. Comme je l'ai mentionn&#233;, dans de nombreux cas, ils sont m&#234;me incommensurables. Dans ce domaine, il est urgent de se d&#233;marquer de tout dogme techno-scientifique ou autre mythe du progr&#232;s, auxquels s'accrochent les soci&#233;t&#233;s mini&#232;res. Pr&#233;tendre qu'il est possible de &#171; restaurer &#187; un site d'extraction mini&#232;re est une v&#233;ritable gageure, puisqu'on ne sait pas exactement ce qu'on d&#233;truit. Quant aux conditions de travail, redevances et autres imp&#244;ts, ce sont sans doute les domaines o&#249; il serait le plus ais&#233; d'am&#233;liorer la situation (en g&#233;n&#233;ral, l'industrie mini&#232;re paie tr&#232;s peu d'imp&#244;ts).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, consid&#233;rer les cons&#233;quences environnementales, m&#234;me si elles &#233;taient contr&#244;lables, ou la question fiscale, de fa&#231;on isol&#233;es est insuffisant pour r&#233;pondre &#224; votre question. Pour tenter d'&#234;tre complet, il est n&#233;cessaire d'examiner les conditions &#233;conomiques, politiques, l&#233;gales, et sociologiques globales de l'av&#232;nement de l'actuel mod&#232;le d'exploitation mini&#232;re. Pour de nombreux pays du Sud, l'impl&#233;mentation (ou la p&#233;rennisation) d'un mod&#232;le &#171; extractivo-exportateur &#187; se fait dans un contexte de domination &#233;conomique de la part des pays importateurs. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, l'exploitation mini&#232;re est le fait d'une oligarchie transnationale qui dispose, avec les paradis fiscaux et bancaires, d'outils pour se soustraire aux obligations impos&#233;es par les &#201;tats de droits, m&#234;me les plus fortement institutionnalis&#233;s. Quant aux gouvernements de ces derniers, leur marge de man&#339;uvre est souvent r&#233;duite tant ils sont assujettis aux int&#233;r&#234;ts de puissantes soci&#233;t&#233;s transnationales. Enfin, l'existence d'un paradis judiciaire comme le Canada permet aux soci&#233;t&#233;s mini&#232;res de r&#233;pondre aux exigences de rentabilit&#233; de leurs actionnaires en se livrant &#224; une gestion environnementale et sociale ex&#233;crable, sans jamais &#234;tre inqui&#233;t&#233;es par la justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont vos pr&#233;conisations ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re voie &#224; explorer serait celle du recyclage intensif des min&#233;raux d&#233;j&#224; extraits, une grande partie se trouvant d'ailleurs dans nos d&#233;chets. Cela dit, le recyclage est lui-m&#234;me co&#251;teux en &#233;nergie et &#233;ventuellement polluant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la remise en question de notre mode de d&#233;veloppement et d'exploitation des ressources naturelles est incontournable. Mais cette remise en question va bien au-del&#224; d'une r&#233;duction de la consommation. Bien entendu, on peut se cantonner au carcan lib&#233;ral et exiger l'abolition des paradis fiscaux et bancaires, l'information libre et transparente des agents &#233;conomiques, ou encore le contr&#244;le des march&#233;s. Mais la crise syst&#233;mique aux multiples dimension &#224; laquelle nous sommes confront&#233;s (alimentaire, &#233;cologique, &#233;conomique, &#233;nerg&#233;tique, migratoire, etc.), nous montre qu'il appara&#238;t urgent de remettre en question la modernit&#233; et son bagage techno-scientifique, de d&#233;finir un nouveau rapport &#224; la nature, de prendre en compte les g&#233;n&#233;rations futures et de leur droit &#224; disposer d'un environnement sain, bref changer de paradigme &#171; civilisationnel &#187;, tant s'accumulent ses limites &#224; travers les preuves de sa capacit&#233; de destruction de multiples formes de richesses mettant en p&#233;ril les conditions de de la continuit&#233; de la vie humaine &#224; moyen terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Maxime Combes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;..........................................&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] 13 milliards de dollars en 2008, soit pr&#232;s de 7 fois plus qu'en 2002, cf. &#034;La mont&#233;e en puissance des acteurs miniers des pays &#233;mergents, Secteur priv&#233; et d&#233;veloppement&#034;, La revue de PROPARCO, num&#233;ro 8, janvier 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] La Chine, par exemple, doit importer 75% de ses besoins en cuivre et 50% de son fer et 30% de son plomb et de son zinc, cf. &#171; Comment la Chine Profite de la Crise &#187;, HEC Eurasia Institute, mars 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] La Chine a augment&#233; son stock d'or de 75% depuis 2003, portant ses actifs &#224; plus de 1.000 tonnes (ce qui est peu compar&#233; aux &#201;tats-Unis (8.000 tonnes), ou d'autres pays fortement industrialis&#233;s comme la France, l'Allemagne ou l'Italie, qui poss&#232;dent chacun entre 2.000 et 3.500 tonnes), &#171; China admits to building up stockpile of gold &#187;, Financial Post, Toronto, 24 avril 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] L'or repr&#233;sente &#224; lui seul 40% des d&#233;penses totales d'exploration de l'industrie mini&#232;re, cf Rapport sur la situation de l'industrie mini&#232;re canadienne faits et chiffres, Association Mini&#232;re du Canada, 200, p. 29.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Plus de 1.500 milliards de $ en 2009, une augmentation de 49% par rapport &#224; 2000, cf. &#171; 2009, ann&#233;e record pour les d&#233;penses militaires mondiales &#187;, Le Monde, 2 juin 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] &#192; titre d'exemple, l'est de la R&#233;publique D&#233;mocratique du Congo, pays en proie &#224; une guerre civile depuis pr&#232;s de 15 ans, d&#233;tient pr&#232;s de 60% des r&#233;serves mondiales de cobalt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] &#171; Influence croissante de l'Asie dans la production mini&#232;re mondiale &#187;, Deloitte et Touche, Montr&#233;al, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Ressources naturelles : mettre l'Union europ&#233;enne et sa politique commerciale sur les mati&#232;res premi&#232;res hors d'&#233;tat de nuire, AITEC, Oxfam Deutschland, WEED, Traidcraft Exchange (UK), Comhl&#225;mh (Irelande), f&#233;vrier 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] cf. intervention d'Elmar Brook, Commission des affaires &#233;trang&#232;res au parlement europ&#233;en,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] &#034;Scrapping Mining Dependence&#034;, Payal Sampat, State of the World 2003, The WorldWatch Institute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] 0n se souvient par exemple de Baia Mara en Roumanie en 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] The paradox of plenty : Oil booms and petro-states, Terry Karl, California University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] &#171; The 'New' Imperialism : Accumulation by Dispossession &#187;, David Harvey, Socialist Register, Vol. 40.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://www.mouvements.info/Nouvelle-ruee-miniere-contre.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.mouvements.info/Nouvelle-ruee-miniere-contre.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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