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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>L'embuscade n&#233;o-fasciste au Br&#233;sil</title>
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		<dc:date>2025-02-25T08:26:49Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Val&#233;rio Arcary</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2025-02-25</dc:subject>
		<dc:subject>Br&#233;sil</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Concernant l'extr&#234;me droite en Am&#233;rique Latine, nous avons les yeux riv&#233;s sur l'Argentine. C'est oublier un peu vite la situation dans le pays voisin, le Br&#233;sil. Bien que Jair Bolsonaro a &#233;t&#233; &#233;cart&#233; du pouvoir depuis 2023, l'extr&#234;me droite demeure un danger tr&#232;s pr&#233;sent. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; travers une analyse de la trajectoire politique du Lula et du lulisme, resitu&#233; dans une perspective historique de plus long terme, Valerio Arcary, historien et militant du PSOL, propose une analyse &#233;clairante sur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2025-02-25-+" rel="tag"&gt;Edition du 2025-02-25&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Bresil-+" rel="tag"&gt;Br&#233;sil&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Amerique-centrale-et-du-sud-1696-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH97/bolsonaro-3-22c81.png?1781036260' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='97' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Concernant l'extr&#234;me droite en Am&#233;rique Latine, nous avons les yeux riv&#233;s sur l'Argentine. C'est oublier un peu vite la situation dans le pays voisin, le Br&#233;sil. Bien que Jair Bolsonaro a &#233;t&#233; &#233;cart&#233; du pouvoir depuis 2023, l'extr&#234;me droite demeure un danger tr&#232;s pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; travers une analyse de la trajectoire politique du Lula et du lulisme, resitu&#233; dans une perspective historique de plus long terme, Valerio Arcary, historien et militant du PSOL, propose une analyse &#233;clairante sur l'ampleur des risques politiques que traverse le pays.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;18 f&#233;vrier 2025 | tir&#233; du site contretemps.eu &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/embuscade-neo-fasciste-bresil/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/embuscade-neo-fasciste-bresil/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;br class='autobr' /&gt;
Si le Br&#233;sil est aujourd'hui moins pauvre et mieux instruit qu'il y a quarante ans, il demeure n&#233;anmoins profond&#233;ment injuste. Le constat historique est accablant. Certes, les in&#233;galit&#233;s sociales ont diminu&#233;, mais les changements restent minimes. Tout &#233;volue &#224; un rythme d&#233;sesp&#233;r&#233;ment lent. Pire encore, ce qui ne progresse pas r&#233;gresse. La direction luliste s'est retrouv&#233;e prise en otage par l'op&#233;ration Lavajato, a d&#233;moralis&#233; de larges secteurs de la classe travailleuse et de la jeunesse et a livr&#233; les classes moyennes exasp&#233;r&#233;es (par les accusations de corruption, l'inflation des services, les augmentations d'imp&#244;ts, etc.) aux mains du pouvoir de l'&#171; Avenida Paulista &#187; (si&#232;ge des grandes banques et entreprises), ouvrant la voie au gouvernement ultra-r&#233;actionnaire de Temer. Et Temer l'a remis entre les mains de l'extr&#234;me droite et de Bolsonaro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas pour cela qu'une g&#233;n&#233;ration s'est tant battue. Entre 1978 et 1989, Lula a gagn&#233; la confiance de la grande majorit&#233; de l'avant-garde ouvri&#232;re et populaire. Le r&#244;le de premier plan de Lula &#233;tait &#224; la fois le reflet de la force sociale du prol&#233;tariat br&#233;silien et, paradoxalement, de sa na&#239;vet&#233; politique. Une classe ouvri&#232;re jeune et peu instruite, r&#233;cemment issue des r&#233;gions les plus d&#233;favoris&#233;es, sans exp&#233;rience pr&#233;alable de la lutte syndicale, sans tradition d'organisation politique ind&#233;pendante, mais concentr&#233;e dans les grandes r&#233;gions m&#233;tropolitaines du nord au sud et, dans les secteurs les plus organis&#233;s, avec une volont&#233; indomptable de se battre. L'illusion r&#233;formiste selon laquelle il serait possible de changer la soci&#233;t&#233; sans conflit majeur, sans rupture avec la classe dirigeante, &#233;tait l'opinion majoritaire et la strat&#233;gie du &#171; Lula l&#224; &#187; a engourdi les attentes d'une g&#233;n&#233;ration. Cette exp&#233;rience historique n'a pas encore &#233;t&#233; surmont&#233;e. Cependant, le gouvernement Lula III ne b&#233;n&#233;ficie pas du contexte exceptionnel d'il y a vingt ans, et les diff&#233;rences sont nombreuses. L'&#233;l&#233;ment central est la pr&#233;sence d'un mouvement d'extr&#234;me droite, pilot&#233; par des n&#233;o-fascistes d&#233;termin&#233;s &#224; reconqu&#233;rir le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La strat&#233;gie du troisi&#232;me mandat de Lula&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet du gouvernement Lula est de profiter du contexte international de relative reprise &#233;conomique, apr&#232;s l'impact de la pand&#233;mie, en esp&#233;rant que cette dynamique se poursuivra sous l'impulsion, &#224; nouveau, de la Chine. Il entend maintenir un pacte avec la fraction bourgeoise qui l'a soutenu au second tour de 2022 contre Bolsonaro et a int&#233;gr&#233; le gouvernement, ainsi qu'avec la gouvernabilit&#233; au Congr&#232;s &#224; travers le &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Centr%C3%A3o&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;centr&#227;o&lt;/a&gt;, afin de garantir la continuit&#233; de la croissance et la mise en &#339;uvre des r&#233;formes. Au cours de la premi&#232;re ann&#233;e de son mandat, la &lt;a href=&#034;https://www.h2foz.com.br/es/politica/senado-aprova-pec-da-transicao-que-destina-r-600-para-bolsa-familia/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;transition PEC&lt;/a&gt; a permis une croissance proche de 3 % et une augmentation de 12 % des revenus du travail, l'expansion du &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Bolsa_Fam%C3%ADlia&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;programme &lt;i&gt;Bolsa Fam&#237;lia&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, qui, dans 13 des 27 &#201;tats, b&#233;n&#233;ficie &#224; un plus grand nombre de personnes que celles disposant d'un contrat formel. Par ailleurs, le gouvernement a r&#233;tabli le salaire minimum, restructur&#233; &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Institut_br%C3%A9silien_de_l%27environnement_et_des_ressources_naturelles_renouvelables&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'IBAMA&lt;/a&gt; et la &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Fondation_nationale_des_Peuples_Indig%C3%A8nes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;FUNAI&lt;/a&gt;, lanc&#233; le programme &lt;a href=&#034;https://criativonews.com/fr/programa-pe-de-meia-como-funciona-e-quem-pode-participar/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;P&#233; de Meia&lt;/a&gt; pour les &#233;l&#232;ves du secondaire, remis en place le plan national de vaccination et renforc&#233; le soutien des banques publiques au &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/04/15/au-bresil-le-president-lula-peine-a-desendetter-la-population_6228026_3234.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;projet Desenrola&lt;/a&gt;, pour aider les familles endett&#233;es. L'acc&#232;s au cr&#233;dit a &#233;t&#233; facilit&#233; par une baisse des taux d'int&#233;r&#234;t et 100 nouvelles unit&#233;s des Instituts F&#233;d&#233;raux d'enseignement techniques ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s, parmi d'autres initiatives visant &#224; am&#233;liorer les conditions de vie des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif &#233;tait de maintenir une croissance du PIB sup&#233;rieure &#224; 3 % en 2024, de contenir l'inflation sous les 5 %, de poursuivre un ajustement fiscal progressif et de stimuler les investissements priv&#233;s, tant nationaux qu'&#233;trangers par le biais du cadre fiscal qui a remplac&#233; le &lt;i&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://alencontre.org/ameriques/amelat/bresil/bresil-une-politique-budgetaire-et-fiscale-repondant-plus-aux-interets-du-capital-quaux-besoins-de-la-population-pauperisee.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Teto de Gastos&lt;/a&gt; &#187;&lt;/i&gt;, le plafond des d&#233;penses (&#171; Amendement constitutionnel sur le plafond des d&#233;penses publiques en vigueur de 2003 &#224; 2011 &#187;). En bref, un engagement en faveur d'un r&#233;formisme &#171; faible &#187;, mais avec une am&#233;lioration lente et r&#233;guli&#232;re des conditions de vie et la garantie de pr&#233;server la d&#233;mocratie. Au Br&#233;sil, si de petites r&#233;formes peuvent transformer la vie de millions de personnes, remporter une &#233;lection demeure impossible sans le soutien majoritaire de la classe travailleuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De bons indicateurs &#233;conomiques ne suffiront pas. Il y a un conflit id&#233;ologique incessant et ininterrompu. Le lulisme conserve la confiance des plus pauvres, mais le bolsonarisme a gagn&#233; du terrain parmi les travailleurs &#171; ais&#233;s &#187; qui gagnent plus de deux salaires minimums et accumule des forces dans la &#171; guerre culturelle &#187; fort du soutien des &#233;glises n&#233;o-pentec&#244;tistes. La population demeure profond&#233;ment divis&#233;e, laissant planer une grande incertitude sur l'issue de 2026.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette strat&#233;gie s'inscrit dans la continuit&#233; du projet &#233;labor&#233; apr&#232;s la victoire &#233;lectorale de 2002, qui a conduit aux succ&#232;s de 2006, 2010, 2014, et plus dangereusement, celui de 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois hypoth&#232;ses sous-tendent cette approche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, le pari que le risque d'une nouvelle conspiration similaire au coup d'&#201;tat institutionnel qui a renvers&#233; Dilma Rousseff en 2016 a &#233;t&#233; &#233;cart&#233; temporairement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, l'id&#233;e que l'in&#233;ligibilit&#233; de Bolsonaro diminue fortement la probabilit&#233; qu'un de ses h&#233;ritiers politiques l'emporte en 2026 face &#224; Lula.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, la pr&#233;vision selon laquelle la division de la bourgeoisie sur la n&#233;cessit&#233; de pr&#233;server le r&#233;gime d&#233;mocratique et &#233;lectoral est devenue irr&#233;versible. Ainsi, en 2026, la faction capitaliste repr&#233;sent&#233;e par &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Geraldo_Alckmin&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Geraldo Alckmin&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Simone_Tebet&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Simone Tebet&lt;/a&gt; pourrait &#224; nouveau soutenir Lula, refusant le risque d'une nouvelle pr&#233;sidence d'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois calculs contiennent plus qu'un simple &#171; grain de v&#233;rit&#233; &#187;, mais ils sous-estiment gravement les risques encourus. Ils oublient les le&#231;ons du coup d'&#201;tat de 2016 contre Dilma Rousseff. Les plus importantes sont au nombre de cinq :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1/ La premi&#232;re est la sous-estimation du courant n&#233;ofasciste &#8211; l'erreur la plus catastrophique des sept derni&#232;res ann&#233;es &#8211; de son audace, de son implantation sociale et culturelle, de sa volont&#233; de confrontation directe, de la confiance dans le leadership politique de Bolsonaro, et donc de la r&#233;silience du soutien social de l'extr&#234;me droite. Cela r&#233;v&#232;le que l'affrontement ne se limite pas &#224; la perception d'une am&#233;lioration des conditions de vie, mais qu'il repose &#233;galement sur une lutte politique, id&#233;ologique et m&#234;me culturelle f&#233;roce port&#233;e par une vision du monde r&#233;actionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2/ La deuxi&#232;me est le fantasme selon lequel il serait possible de maintenir ind&#233;finiment une gouvernabilit&#233; &#171; froide &#187; et l'id&#233;alisation du Frente Amplio, en croyant que les dirigeants bourgeois int&#233;gr&#233;s au minist&#232;re resteront loyaux. Cette vision oublie le r&#244;le de &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Temer&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Michel Temer&lt;/a&gt; et exag&#232;re la confiance dans la stabilit&#233; du gouvernement, qui repose sur des accords fragiles avec le Centr&#227;o au Congr&#232;s National, ignorant le danger d'un chantage inacceptable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3/ La troisi&#232;me est la sous-estimation personnelle de Bolsonaro en tant que leader de l'opposition et pr&#233;-candidat, m&#234;me dans sa condition d'in&#233;ligibilit&#233;. Si n&#233;cessaire, ils peuvent le remplacer par un autre candidat &#8211; &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Tarc%C3%ADsio_de_Freitas&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Tarc&#237;sio de Freitas&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Michelle_Bolsonaro&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Michelle Bolsonaro&lt;/a&gt;, ou m&#234;me un autre &#171; personnage &#187; &#8211; avec la conviction que le transfert de son capital &#233;lectoral reste possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4/ La quatri&#232;me est la sous-estimation de l'&#233;mergence des revendications populaires, noires, f&#233;ministes, LGBT, environnementales et culturelles, une erreur qui a &#233;t&#233; fatale au p&#233;ronisme en Argentine. La confiance excessive dans la poursuite de de la croissance &#233;conomique comme condition de la mise en &#339;uvre de r&#233;formes progressives, peut &#234;tre d&#233;mentie, car la structure fiscale limite le r&#244;le de l'investissement public et le march&#233; international des mati&#232;res premi&#232;res reste impr&#233;visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5/ La cinqui&#232;me est l'&#233;lection de Trump aux &#201;tats-Unis, qui a eu un effet catalyseur mondial, y compris au Br&#233;sil, et les victoires annonc&#233;es de l'extr&#234;me droite lors des prochaines &#233;lections en Europe, ainsi qu'une aggravation des conflits dans le syst&#232;me international avec la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;mergence du n&#233;ofascisme : un danger latent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment expliquer la force de l'extr&#234;me droite ? Le marxisme ne devrait pas &#234;tre un d&#233;terminisme strictement &#233;conomique. Mais l'&#233;conomie joue un r&#244;le cl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une mutation structurelle s'est op&#233;r&#233;e au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie. Entre 2013 et 2023, nous avons connu la premi&#232;re d&#233;cennie r&#233;gressive depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(a) Pendant les trente &#171; ann&#233;es glorieuses &#187;, l'Europe et le Japon ont reconstruit leurs infrastructures et men&#233; &#224; bien les r&#233;formes qui ont garanti le plein emploi et des concessions &#224; la classe travailleuse. L'&#233;conomie br&#233;silienne en a b&#233;n&#233;fici&#233; en tant que premi&#232;re destinataire des investissements &#233;tatsuniens dans la p&#233;riph&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(b) dans les ann&#233;es 1980, un &#171; mini-boom &#187; sous Reagan a vu le Br&#233;sil sombrer dans une crise sociale, bien qu'il ait continu&#233; &#224; cro&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (c) dans les ann&#233;es 1990, le &#171; mini-boom &#187; sous Clinton a permis la stabilisation de la monnaie br&#233;silienne et du r&#233;gime lib&#233;ral-d&#233;mocratique, facilit&#233;e &#233;galement par la fin de l'URSS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(d) dans la premi&#232;re d&#233;cennie du 21e si&#232;cle, un &#171; mini-boom &#187; sous George W. Bush a vu le Br&#233;sil accumuler des r&#233;serves de centaines de milliards de dollars, gr&#226;ce &#224; l'appr&#233;ciation exceptionnelle des mati&#232;res premi&#232;res stimul&#233;e par la croissance chinoise, un ph&#233;nom&#232;ne seulement comparable &#224; l'inversion des termes de termes de l'&#233;change durant les guerres mondiales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me d&#233;cennie du XXIe si&#232;cle a marqu&#233;, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire, une p&#233;riode de stagnation. Rien de tel ne s'&#233;tait jamais produit au Br&#233;sil. Le Brexit et Donald Trump, Jair Bolsonaro et Javier Milei sont l'expression &#233;lectorale d'une strat&#233;gie visant &#224; maintenir le leadership &#233;tatsunien dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fraction de la bourgeoisie mondiale, insatisfaite du gradualisme n&#233;olib&#233;ral, a recours &#224; une strat&#233;gie de choc hyper-lib&#233;rale visant &#224; d&#233;manteler les droits sociaux : elle pr&#244;ne la &#171; latino-am&#233;ricanisation &#187; des pays du centre, et l'&#171; asiatisation &#187; de l'Am&#233;rique latine afin d'&#233;galiser les co&#251;ts de production avec la Chine. Elle veut imposer une d&#233;faite historique qui garantira la stabilit&#233; des r&#233;gimes pour une g&#233;n&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, l'extr&#234;me droite ne se limite pas seulement &#224; une strat&#233;gie &#233;conomique pour maintenir son leadership sur le march&#233; mondial. Il ne s'agit pas seulement d'un alignement politique sur les &#201;tats-Unis au sein du syst&#232;me international. Le courant n&#233;o-fasciste pr&#233;sente des h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;s internes, et des programmes diff&#233;rents selon les pays, mais repose sur un socle id&#233;ologique commun : nationalisme exalt&#233;, misogynie sexiste, racisme supr&#233;matiste blanc, homophobie pathologique, n&#233;gationnisme climatique, militarisation de la s&#233;curit&#233;, anti-intellectualisme, m&#233;pris de la culture et de l'art, m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard de la science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce choc ne peut se concr&#233;tiser sans une restriction des libert&#233;s d&#233;mocratiques, voire une destruction des libert&#233;s politiques L'extr&#234;me droite nourrit une soif de pouvoir et vise &#224; renverser le r&#233;gime lib&#233;ral-d&#233;mocratique. Elle ne cherche pas &#224; &#171; copier &#187; le totalitarisme nazi-fasciste des ann&#233;es 1930 mais aspire &#224; des r&#233;gimes autoritaires. Elle admire Erdogan en Turquie, Bukele au Salvador et Duterte aux Philippines. Seule une lutte acharn&#233;e peut les arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par des d&#233;nonciations incessantes, un mouvement sociopolitique d'extr&#234;me droite, dirig&#233; par des n&#233;o-fascistes, s'est consolid&#233;. Les n&#233;o-fascistes ont construit un narratif o&#249; ils pr&#233;tendent qu'il existe &#171; trop de droits &#187; pour les travailleurs. Jair Bolsonaro a invent&#233; la menace : &#171; l'emploi ou les droits ? &#187;. Ce qui est menac&#233; par l'extr&#234;me droite au Br&#233;sil, ce sont toutes les conqu&#234;tes sociales, petites mais pr&#233;cieuses, obtenues depuis la fin de la dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les avanc&#233;es de tous les mouvements sociaux, qu'ils soient populaires, li&#233;s au logement, aux droits des femmes, des Noirs, &#224; la culture, aux &#233;tudiants, aux syndicats, aux paysans, aux LGBT, aux &#233;cologistes ou aux peuples autochtones. Le bolsonarisme n'est pas une r&#233;action &#224; une menace r&#233;volutionnaire, ni une tentative de lutte pour le pouvoir dans le syst&#232;me international des &#201;tats, comme l'a &#233;t&#233; le nazifascisme dans l'Europe des ann&#233;es 1920, apr&#232;s la victoire de la r&#233;volution d'Octobre. Il n'existe aucun risque, m&#234;me lointain, de r&#233;volution au Br&#233;sil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les n&#233;ofascistes ont acquis une base de masse, parce qu'une fraction de la bourgeoisie s'est radicalis&#233;e et m&#232;ne une offensive contre les travailleurs, soutenue par une majorit&#233; de la classe moyenne, entra&#238;nant avec elle certains secteurs populaires sous le pr&#233;texte qu'un choc de capitalisme &#171; sauvage &#187; est n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extr&#234;me droite s'est d&#233;velopp&#233;e en r&#233;action &#224; la crise de 2008-2009, qui a plong&#233; le capitalisme occidental, y compris le Br&#233;sil, dans une d&#233;cennie de stagnation tandis que la Chine poursuivait sa croissance. Son programme repose sur un n&#233;olib&#233;ralisme &#224; la &#171; fi&#232;vre de 40 degr&#233;s &#187;, un alignement inconditionnel sur Trump aux &#201;tats-Unis et un r&#233;gime autoritaire empreint de nostalgie pour la dictature militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif du n&#233;ofascisme est d'imposer une d&#233;faite historique en d&#233;mantelant les r&#233;formes sociales progressistes : l'aide sociale qui prot&#232;ge 50 millions de personnes de l'extr&#234;me pauvret&#233;, &#224; travers le programme Bolsa Fam&#237;lia ; l'acc&#232;s &#224; une pension vieillesse pour 38 millions de personnes &#226;g&#233;es ; les soins de sant&#233; publics universels et gratuits &#224; travers le SUS (Syst&#232;me Unifi&#233; de Sant&#233;) ; l'&#233;cole publique universelle jusqu'&#224; la fin de l'enseignement secondaire et l'&#233;largissement des universit&#233;s publiques avec des quotas pour les Noirs et les peuples autochtones ; l'augmentation du salaire minimum au-dessus de l'inflation, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#171; exceptionnalit&#233; &#187; br&#233;silienne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les nations poss&#232;dent leurs singularit&#233;s, leurs grandeurs et leurs mis&#232;res. Le Br&#233;sil, bien que d&#233;pendant, est la plus grande puissance &#224; la p&#233;riph&#233;rie du capitalisme. Dot&#233; de dimensions continentales, il s'&#233;tend de l'Amazonie &#224; la Pampa et concentre &#224; lui seul la moiti&#233; de la population sud-am&#233;ricaine. Un peu plus de la moiti&#233; de ses habitants sont noirs, et son image internationale, fa&#231;onn&#233;e au cours de la seconde moiti&#233; du XX&#7497; si&#232;cle, repose sur la beaut&#233; naturelle des tropiques, le carnaval et le football.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est peut-&#234;tre sur le plan politique que le Br&#233;sil se distingue le plus, &#224; travers trois particularit&#233;s majeures :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(a) une in&#233;galit&#233; sociale d'une ampleur extr&#234;me, qui demeure presque intacte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(b) une classe dirigeante historiquement habile &#224; n&#233;gocier des compromis pour r&#233;soudre les conflits sociaux et politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(c) l &#8216;existence d'une &#233;norme classe ouvri&#232;re et de l'un des partis de gauche les plus influents au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marqu&#233; par la domination imp&#233;rialiste, le pays fut successivement colonie portugaise pendant trois si&#232;cles, semi-colonie britannique durant un si&#232;cle et, depuis le milieu du XX&#7497; si&#232;cle, une zone d'influence &#233;tatsunienne. Mais son &#171; exceptionnalit&#233; &#187; r&#233;side dans ces dynamiques internes, qui produisent un paradoxe frappant : une lenteur sid&#233;rante des transformations sociales, incapables d'endiguer la profonde injustice qui accable le peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire politique br&#233;silienne est marqu&#233;e par des transitions initi&#233;es d'en haut et par des compromis entre factions bourgeoises. Les conflits au sein de la classe dirigeante se r&#233;solvent par des n&#233;gociations laborieuses, faites de concessions mutuelles et d'arrangements. Le pays n'a connu qu'une guerre civile limit&#233;e, au Rio Grande do Sul il y a un si&#232;cle et, pendant quelques mois, lors du &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_constitutionnaliste_de_1932&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;soul&#232;vement de S&#227;o Paulo en 1932&lt;/a&gt;. La seule v&#233;ritable rupture fut le coup d'&#201;tat militaire de 1964.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, au cours des dix derni&#232;res ann&#233;es, le Br&#233;sil est devenu un v&#233;ritable &#171; laboratoire &#187; politique. Apr&#232;s tout, en 2018, Bolsonaro, un ancien militaire n&#233;ofasciste, a remport&#233; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle apr&#232;s treize ans de gouvernements dirig&#233;s par le PT, le plus grand parti de gauche apparu &#224; la fin du XX&#7497; si&#232;cle, tandis que Lula &#233;tait en prison. Pourquoi ? Bolsonaro a perdu sa r&#233;&#233;lection en 2022 face &#224; Lula, a tent&#233; un coup d'&#201;tat militaire, a &#233;t&#233; d&#233;clar&#233; in&#233;ligible par la justice en 2023, mais menace de se pr&#233;senter aux prochaines &#233;lections pr&#233;sidentielles de 2026, avec des taux de popularit&#233; tr&#232;s &#233;lev&#233;s, dans un contexte impr&#233;visible. Les raisons de cette &#171; exceptionnalit&#233; &#187; sont multiples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le paradoxe br&#233;silien : des tensions sociales sans bouleversements violents&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe des facteurs objectifs et subjectifs qui permettent de comprendre ce r&#233;sultat. C'est un paradoxe, car l'in&#233;galit&#233; sociale chronique dans un pays qui poss&#232;de le PIB le plus &#233;lev&#233; du monde p&#233;riph&#233;rique, tout en concentrant proportionnellement la plus grande classe ouvri&#232;re, de gigantesques centres urbains et plus de vingt villes de plus d'un million d'habitants, devrait entra&#238;ner un niveau de tension sociale extr&#234;mement &#233;lev&#233;. Or, ce ne sont que les luttes sociales qui favorisent le changement, qu'il passe par la r&#233;forme ou la r&#233;volution. Mais ce n'est pas le cas. Le Br&#233;sil &#233;tait, aux c&#244;t&#233;s de l'Afrique du Sud, le champion mondial des gr&#232;ves dans les ann&#233;es 1980. Ce n'est plus le cas aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les principaux voisins du Br&#233;sil &#8211; l'Argentine (2001-2002), le Venezuela (2002), le Chili (2019), ainsi que le P&#233;rou, l'&#201;quateur et la Bolivie &#8211; ont connu des situations pr&#233;-r&#233;volutionnaires au cours de ce si&#232;cle. Ce n'est pas le cas du Br&#233;sil. Ce qui y a pr&#233;valu, c'est l'exp&#233;rience du lulisme. Le PT a remport&#233; cinq des six &#233;lections pr&#233;sidentielles depuis 2002. Il a fallu un renversement &#171; institutionnel &#187; du gouvernement de Dilma Rousseff pour ouvrir la voie &#224; l'&#233;lection d'un n&#233;ofasciste comme Bolsonaro. Il ne s'agit cependant pas d'un coup d'&#201;tat &#171; froid &#187;. Les mobilisations entre 2015 et 2016 ont fait descendre des millions de personnes dans les rues en faveur de la destitution de Roussef et ont galvanis&#233; une ultra-droite puissante, dont l'influence est intacte &#224; ce jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette s&#233;quence a pr&#233;cipit&#233; un tournant r&#233;actionnaire, modifiant durablement le rapport de forces au sein de la soci&#233;t&#233; br&#233;silienne, et ce, malgr&#233; la courte victoire de Lula en 2022. Et la situation pourrait empirer en 2026. Dans la principale ville du pays, un bouffon histrionique et n&#233;ofasciste, Pablo Mar&#231;al, vient de s'imposer en 2024 comme une figure montante de l'extr&#234;me droite, port&#233; par une ascension fulgurante. Une confirmation que le danger est bien r&#233;el et imminent. Personne ne peut sous-estimer la menace de son retour au pouvoir national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diff&#233;rentes hypoth&#232;ses ont &#233;merg&#233; pour expliquer ce paradoxe. Deux d'entre elles se distinguent par leur importance et contiennent chacune une part de v&#233;rit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(a) la th&#233;orie ultra-objectiviste qui met en avant la puissance de la bourgeoisie br&#233;silienne ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(b) la th&#233;orie ultra-subjectiviste qui insiste sym&#233;triquement sur la fragilit&#233; de la conscience populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, cette approche est circulaire et donc insuffisante. Il est ind&#233;niable que la richesse et le pouvoir colossaux de la bourgeoisie br&#233;silienne, alli&#233;s &#224; son extr&#234;me conservatisme et &#224; une remarquable intelligence strat&#233;gique, ont jou&#233; un r&#244;le cl&#233; dans le maintien du statu quo et la neutralisation de la pression sociale en faveur du changement. Parall&#232;lement, la classe ouvri&#232;re br&#233;silienne, tr&#232;s h&#233;t&#233;rog&#232;ne, souffre d'une faiblesse subjective qui limite ses capacit&#233;s d'auto-organisation et d'unit&#233;. Cela explique &#224; la fois son &#233;tonnante patience politique et ses illusions persistantes quant aux solutions concert&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais un troisi&#232;me facteur m&#233;rite d'&#234;tre pris en compte : le r&#244;le des classes moyennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Historiquement, la classe moyenne br&#233;silienne est rest&#233;e plus restreinte que son &#233;quivalente argentine. Pourtant, comme dans tous les pays urbanis&#233;s, elle constitue un rempart essentiel &#224; la stabilit&#233; de la domination de la bourgeoisie. Elle se compose principalement des couches salari&#233;es sup&#233;rieures qui ont b&#233;n&#233;fici&#233; d'un acc&#232;s &#224; l'&#233;ducation plus &#233;lev&#233; et qui partagent un mode de vie distinctif. Au Br&#233;sil, il n'y a pas de Noirs dans la classe dirigeante et tr&#232;s peu dans la classe moyenne. Le pays est profond&#233;ment fractur&#233; sur le plan racial, et la blancheur y conf&#232;re un statut privil&#233;gi&#233;. C'est important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la dictature au premier gouvernement Lula&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Br&#233;sil d'aujourd'hui a qualitativement chang&#233; par rapport &#224; la fin des ann&#233;es 1970, mais son &#233;volution a suivi une trajectoire distincte de celle de ses voisins. Tout au long de ce cycle historique, les rapports de force entre les classes ont connu de nombreuses oscillations, parfois favorables aux travailleurs et &#224; leurs alli&#233;s, parfois d&#233;favorables. Pourtant, jamais une situation v&#233;ritablement r&#233;volutionnaire ne s'est ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici un aper&#231;u de la p&#233;riode qui a pr&#233;c&#233;d&#233; la premi&#232;re &#233;lection de Lula. Ce qui importe ici, c'est qu'&#224; chaque moment o&#249; une rupture semblait possible, elle a &#233;t&#233; &#233;vit&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(a) 1978-1981 : Une mont&#233;e des luttes ouvri&#232;res et &#233;tudiantes culmine avec les grandes gr&#232;ves de l'ABC, mais la d&#233;faite du mouvement en 1981 conduit &#224; une stabilisation fragile jusqu'en 1983. L'&#233;chec du plan de relance &#233;conomique de Delfim Neto, qui devait stimuler les exportations par la d&#233;valuation mon&#233;taire, aggrave l'inflation sans relancer la croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(b) 1984 : Une nouvelle vague de mobilisation secoue le pays avec la&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Diretas_J%C3%A1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;campagne Diretas J&#225;&lt;/a&gt;, qui marque la fin de la dictature militaire. Pourtant, le gouvernement de Jo&#227;o Figueiredo ne tombe pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(c) 1985-1986 : La prise de pouvoir par le tandem &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Tancredo_Neves&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Tancredo/Sarney&lt;/a&gt; et le lancement du &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Cruzado_br%C3%A9silien&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Plan Cruzado&lt;/a&gt;, permettent une br&#232;ve stabilisation avant qu' un nouveau pic de mobilisation populaire contre l'hyperinflation, ne s'amorce, culminant avec l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 1989, o&#249; Lula atteint le second tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(d) 1992 : Apr&#232;s un court r&#233;pit avec le &lt;a href=&#034;https://bresserpereira.centrodeeconomiapolitica.org/books/crise-economique-et-reforme-de-l-etat-au-bresil/10-le-gouvernement-collor.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;plan Collor&lt;/a&gt;, le pays replonge dans la crise avec la mont&#233;e du ch&#244;mage et la persistance de l'hyperinflation. La contestation culmine avec la campagne Fora Collor (&#171; &lt;a href=&#034;https://es.wikipedia.org/wiki/Proceso_de_destituci%C3%B3n_de_Fernando_Collor&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dehors Collor !&lt;/a&gt; &#187;), qui entra&#238;ne sa destitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(e) 1994-1995 : L'investiture &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Itamar_Franco&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d'Itamar Franco&lt;/a&gt; et l'adoption du Plan Real ouvrent une p&#233;riode de stabilisation plus durable. Mais la d&#233;faite de la gr&#232;ve des travailleurs du p&#233;trole en 1995 marque un tournant d&#233;favorable et le d&#233;but d'une phase d&#233;fensive pour les mouvements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(f) 1995-1999 : Les luttes de r&#233;sistance reprennent progressivement, atteignant un point culminant en ao&#251;t 1999 avec une manifestation de 100 000 personnes scandant &#171; &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Fernando_Henrique_Cardoso&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;FHC dehors !&lt;/a&gt; contre le gouvernement de Fernando Henrique Cardoso. Pourtant, l'attentisme des dirigeants du PT et de la CUT freine la radicalisation, leur priorit&#233; &#233;tant de construire une coalition &#233;lectorale en vue de 2002, jug&#233;e incompatible avec un climat de confrontation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant tout cette p&#233;riode, le pays connait r&#233;guli&#232;rement des chocs ou des virages au sein du champ politique : en 1985, la dictature militaire prend fin mais ne s'effondre pas. Le premier pr&#233;sident &#233;lu au suffrage universel en 1989, Fernando Collor, est destitu&#233; en 1992 apr&#232;s un jugement politique, mais sans &#233;lections anticip&#233;es. En 2011, Dilma Rousseff devient la premi&#232;re femme &#233;lue pr&#233;sidente par un parti de gauche, mais elle est renvers&#233;e en 2016 sans que le PT ne soit interdit. Lula est emprisonn&#233; en 2018. La m&#234;me ann&#233;e, le n&#233;ofasciste Bolsonaro acc&#232;de au pouvoir par les urnes, plongeant le pays dans une r&#233;gression historique face &#224; la pand&#233;mie, mais il ne tombe pas sous le coup d'une destitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre-temps, en juin 2013, une &#171; explosion &#187; sociale soudaine et impr&#233;vue secoue le pays. Mais cela n'a rien &#224; voir avec le renversement de De La R&#250;a en Argentine en 2001-2002. De 2003 &#224; juin 2013, sous les gouvernements de Lula et Dilma, le Br&#233;sil conna&#238;t une relative stabilisation sociale, port&#233;e par une croissance &#233;conomique soutenue d'environ 4 % par an et la consolidation d'un filet de s&#233;curit&#233; sociale. Jusqu'&#224; ce qu'une vague de protestations populaires, aussi soudaine qu'intense, d&#233;ferle sur tout le pays, rassemblant des millions de manifestants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce soul&#232;vement, comparable &#224; une &#233;ruption volcanique, est pourtant stopp&#233; d&#232;s le premier semestre 2014, avant la r&#233;&#233;lection de Dilma Rousseff. La v&#233;ritable rupture survient entre mars 2015 et mars 2016, lorsque d'immenses mobilisations r&#233;actionnaires, majoritairement issues des classes moyennes et attis&#233;es par les accusations de corruption de l'op&#233;ration Lava Jato, prennent une ampleur sans pr&#233;c&#233;dent. En quelques mois, des millions de Br&#233;siliens descendent dans la rue pour soutenir un coup d'&#201;tat juridico-parlementaire aboutissant &#224; la destitution de Dilma Rousseff.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce moment-l&#224;, le cycle politique semble d&#233;finitivement clos. Pourtant, il n'en est rien : le Br&#233;sil avance, lentement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce cycle a repr&#233;sent&#233; la derni&#232;re phase de la transformation tardive mais acc&#233;l&#233;r&#233;e du Br&#233;sil agraire en une soci&#233;t&#233; urbaine ; la transition de la dictature militaire vers un r&#233;gime d&#233;mocratique-&#233;lectoral ; et l'histoire de la gen&#232;se, de l'essor et de l'apog&#233;e de l'influence du p&#233;tisme, ensuite transfigur&#233; en lulisme, sur les travailleurs. La classe dominante a r&#233;ussi, &#224; grands pas, &#224; emp&#234;cher l'&#233;mergence d'une situation r&#233;volutionnaire au Br&#233;sil, comme celles v&#233;cues en Argentine, au Venezuela et en Bolivie, bien que, &#224; plusieurs reprises, des circonstances propices aient vu le jour et auraient pu &#233;voluer dans cette direction, mais ont &#233;t&#233; interrompues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une perspective historique peut nous aider &#224; comprendre cela. L'&#233;lection en 2002 d'un pr&#233;sident ouvrier dans un pays capitaliste semi-p&#233;riph&#233;rique comme le Br&#233;sil a &#233;t&#233; un &#233;v&#233;nement atypique. Du point de vue de la bourgeoisie, il s'agissait d'une anomalie, mais pas d'une surprise. Le PT n'inqui&#233;tait plus la classe dirigeante comme en 1989. Un bilan des treize ann&#233;es de gouvernement du PT semble irr&#233;futable : le capitalisme br&#233;silien n'a jamais &#233;t&#233; menac&#233; par les gouvernements du PT. Mais cela n'a pas emp&#234;ch&#233; l'ensemble de la classe dirigeante de s'unir en 2016 pour renverser Dilma Rousseff avec des accusations ridicules. Cette op&#233;ration politique, une conspiration men&#233;e par le vice-pr&#233;sident Michel Temer, r&#233;v&#232;le quelque chose d'importance strat&#233;gique sur la classe dirigeante br&#233;silienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gouvernements du Parti des Travailleurs (PT) se sont inscrits dans une logique de collaboration de classe. S'ils ont mis en place certaines r&#233;formes progressistes, comme la r&#233;duction du ch&#244;mage, l'augmentation du salaire minimum, le programme Bolsa Fam&#237;lia ou encore l'expansion des universit&#233;s et des instituts f&#233;d&#233;raux, leur politique a surtout b&#233;n&#233;fici&#233; aux plus riches. Jusqu'en 2011, ils ont maintenu intact le triptyque macro&#233;conomique lib&#233;ral, reposant sur un exc&#233;dent primaire sup&#233;rieur &#224; 3 % du PIB, un taux de change flottant autour de 2 r&#233;ais pour un dollar et un objectif de ma&#238;trise de l'inflation sous la barre des 6,5 % par an. Dans un contexte international favorable, le silence de l'opposition bourgeoise et le soutien explicite des banquiers, des industriels, des grands propri&#233;taires terriens et des investisseurs &#233;trangers ne sauraient surprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'impact de la crise internationale d&#233;clench&#233;e en 2008 a frapp&#233; le Br&#233;sil en 2011-2012, le soutien inconditionnel de la classe dirigeante aux gouvernements du PT s'est effondr&#233;. La d&#233;faite &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/A%C3%A9cio_Neves&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d'A&#233;cio Neves&lt;/a&gt; en 2014 ne laissa plus aucun doute : l'&#233;lite &#233;conomique et politique choisit la voie du coup d'&#201;tat. La d&#233;nonciation du &#171; petrol&#227;o &#187; par l'op&#233;ration Lava Jato ne fut qu'un pr&#233;texte, un instrument au service de cette offensive. &#171; L'&#339;uf de serpent &#187; du n&#233;ofascisme &#233;tait d&#233;j&#224; l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La manifestation dirig&#233;e par Jair Bolsonaro sur l'avenue Paulista le 7 septembre 2024 fut une nouvelle d&#233;monstration de force du n&#233;ofascisme. Ce ne fut ni un fiasco, ni un simple faux pas. Pendant trois heures, sous un soleil accablant, environ 50 000 personnes ont scand&#233; leur soutien &#224; l'amnistie des auteurs du coup d'&#201;tat et r&#233;clam&#233; la destitution &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_de_Moraes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d'Alexandre de Moraes&lt;/a&gt;. Ils ont &#233;galement acclam&#233; Pablo Mar&#231;al, port&#233; en triomphe par la foule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marxisme est un r&#233;alisme r&#233;volutionnaire : il serait na&#239;f et dangereux de minimiser l'ampleur de la radicalisation de l'extr&#234;me droite, une erreur r&#233;currente et fatale de la majeure partie de la gauche br&#233;silienne &#8211; qu'elle soit mod&#233;r&#233;e ou radicale &#8211; depuis 2016. L'argument selon lequel il ne faut ni sous-estimer ni surestimer cette menace est une formule &#171; &#233;l&#233;gante &#187;, mais fondamentalement escapiste. L'escapisme est une forme de d&#233;ni. L'&#233;tat de d&#233;ni est une attitude d&#233;fensive qui permet d'&#233;viter d'affronter de front un danger immense. Il ne sert qu'&#224; perdre du temps, en nourrissant l'illusion que l'on est en train de &#171; gagner &#187; du temps. Il existe un public de masse pour le discours du &#171; contre tout &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La radicalisation antisyst&#232;me est d'extr&#234;me droite. Mais cet extr&#233;misme n'est pas neutre, il est r&#233;actionnaire. L'attrait de l'hyst&#233;rie antisyst&#232;me de l'extr&#234;me droite ne peut pas &#234;tre contest&#233; par la gauche au Br&#233;sil. Un tel discours impliquerait de rompre avec le gouvernement Lula III et de passer dans l'opposition. Or, l'&#233;chec de cette strat&#233;gie est manifeste : les organisations qui ont tent&#233; de radicaliser leur discours contre Lula sont rest&#233;es invisibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet espace est inexistant parce que le rapport de forces social s'est profond&#233;ment invers&#233;. Nous sommes dans une situation de repli extr&#234;me, o&#249; la confiance des travailleurs dans leurs organisations et leur propre capacit&#233; de lutte est au plus bas. Les attentes se sont effondr&#233;es, et m&#234;me parmi les secteurs les plus conscients et militants de la classe travailleuse, c'est l'appr&#233;hension qui domine. Nous sommes dans un rapport de forces d&#233;favorable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas d'une v&#233;ritable polarisation sociale et politique. La polarisation n'existe que lorsque les deux camps principaux &#8211; le capital et le travail &#8211; disposent de forces relativement &#233;quivalentes. Le Br&#233;sil est fragment&#233;, mais croire que la victoire &#233;lectorale de Lula, avec une marge de deux millions de voix sur 120 millions de votes valides, refl&#233;terait une &#233;quivalence des positions sociales de force rel&#232;ve d'une illusion dangereuse. Nous sommes sur la d&#233;fensive, et dans ce contexte, l'unit&#233; de la gauche dans les luttes, y compris sur le plan &#233;lectoral, est plus que jamais indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La situation reste d&#233;favorable&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche mod&#233;r&#233;e a travers&#233; une crise mondiale face &#224; l'offensive de l'extr&#234;me droite : le travaillisme, le PS portugais et fran&#231;ais, le PSOE, le Pasok, voire Syriza, le PT et le p&#233;ronisme. Mais ce fut un processus partiel et conjoncturel, dont elle s'est relev&#233;e. Les masses s'appuient sur les outils dont elles disposent pour se d&#233;fendre. Dans ce contexte, la gauche radicale peut occuper un espace, mais elle n'a pas &#224; se replier sur le propagandisme. Elle peut d&#233;montrer son utilit&#233; en tant qu'instrument de lutte efficace dans le cadre du Front Unique, &#224; condition d'accompagner, avec une patience r&#233;volutionnaire, le mouvement r&#233;el de r&#233;sistance au n&#233;ofascisme. L'unit&#233; de la gauche ne doit pas servir &#224; museler les critiques l&#233;gitimes sur les h&#233;sitations inutiles, les accords erron&#233;s, les d&#233;cisions mal avis&#233;es ou les capitulations inexcusables. Cependant, l'ennemi central demeure le n&#233;ofascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une strat&#233;gie d'opposition de gauche au gouvernement de Lula serait une erreur grave, &#224; la fois dangereuse et st&#233;rile. La victoire &#233;lectorale de Lula en 2022 fut un &#233;v&#233;nement majeur, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle masquait une r&#233;alit&#233; bien plus inqui&#233;tante que ce que le r&#233;sultat des urnes laissait entrevoir. D'ailleurs, cette victoire n'a &#233;t&#233; possible qu'avec le soutien d'une dissidence bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux facteurs expliquent le caract&#232;re r&#233;actionnaire de la situation. Parmi eux, la d&#233;faite historique de la restauration capitaliste entre 1989 et 1991 fa&#231;onne le contexte actuel, car il n'existe plus de r&#233;f&#233;rence &#224; une alternative utopique, comme le socialisme l'a &#233;t&#233; pendant trois g&#233;n&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La restructuration productive a progressivement impos&#233; une accumulation de d&#233;faites et a &#233;galement creus&#233; des divisions au sein de la classe travailleuse. Les gouvernements dirig&#233;s par le PT entre 2003 et 2016 ne sont pas exempts de responsabilit&#233;, en raison d'une strat&#233;gie de collaboration de classe qui a limit&#233; les transformations &#224; des r&#233;formes si minimalistes qu'il n'a pas &#233;t&#233; possible de mobiliser les masses pour d&#233;fendre Dilma Rousseff au moment de sa destitution. Les d&#233;faites accumul&#233;es p&#232;sent lourd. Nos adversaires sont &#224; l'offensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est inutile de d&#233;battre de la question de savoir si la d&#233;faite &#233;lectorale de Jair Bolsonaro aurait &#233;t&#233; possible sans Lula. Rappelons que la strat&#233;gie gagnante reposait sur un Lula &#171; paix et amour &#187; oppos&#233; au cabinet de la haine, tout en &#233;tant soutenu par Geraldo Alckmin. La victoire a &#233;t&#233; obtenue gr&#226;ce &#224; des tactiques ultra mod&#233;r&#233;es. Cette &#233;vidence devrait nous guider dans l'&#233;valuation r&#233;aliste des rapports de forces politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s deux ans de gouvernement, Lula est toujours au pouvoir, mais le pays demeure profond&#233;ment fragment&#233;. Cela confirme que, si le rapport de forces s'est am&#233;lior&#233; sur le plan politique depuis son &#233;lection, il n'y a pas encore eu de renversement sur le plan social :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(a) Les diff&#233;rentes enqu&#234;tes d'opinion confirment qu'environ la moiti&#233; de la population approuve le gouvernement, tandis que l'autre moiti&#233; le d&#233;sapprouve, avec de l&#233;g&#232;res variations. Les fluctuations sur le long terme restent dans les marges d'erreur. Il existe des divergences entre le soutien &#224; Lula, qui atteint 47,4 % contre 45,9 %, et les 40 % qui d&#233;clarent d&#233;sapprouver le gouvernement (contre 39 % en janvier). Ceux qui approuvent repr&#233;sentent 38 % (soit une baisse de 4 points de pourcentage par rapport au sondage pr&#233;c&#233;dent),&lt;a href=&#034;https://www.cartacapital.com.br/politica/governo-lula-pela-primeira-vez-atlas-capta-desaprovacao-superando-a-aprovacao/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;tandis que plus de 18 % consid&#232;rent la gestion comme &#171; passable&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(b) L'action du gouvernement n'a pas r&#233;ussi jusqu'&#224; pr&#233;sent &#224; diminuer l'influence de l'extr&#234;me droite, qui conserve une audience d'environ un tiers de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(c) Le clivage socioculturel demeure inchang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bolsonarisme conserve une influence pr&#233;pond&#233;rante parmi les classes moyennes gagnant plus de deux salaires minimums, dans le Sud et le Sud-Est du pays, ainsi que chez les &#233;vang&#233;liques. &#192; l'inverse, le lulisme reste dominant parmi les classes populaires, aux deux extr&#233;mit&#233;s du spectre &#233;ducatif &#8211; chez les moins &#233;duqu&#233;s et les dipl&#244;m&#233;s de l'enseignement sup&#233;rieur &#8211;, ainsi que parmi les catholiques et dans le Nordeste. En somme, il n'y a que peu d'&#233;volutions qualitatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, ce constat ne saurait &#234;tre interpr&#233;t&#233; comme rassurant. Le gouvernement n'est pas plus solide, malgr&#233; le contraste abyssal avec l'&#232;re Bolsonaro. Apr&#232;s un an de mandat, les fluctuations du soutien ou du rejet de Lula restent minimes, mais une tendance baissi&#232;re plus marqu&#233;e se profile en 2024. Ces &#233;volutions ne d&#233;coulent jamais d'un seul facteur. Dans un pays aussi in&#233;galitaire, la conscience politique de dizaines de millions de personnes est influenc&#233;e par de multiples dynamiques. Il n'est donc pas surprenant que les r&#233;sultats les plus n&#233;gatifs pour le gouvernement se concentrent &#8211; et de loin &#8211; parmi les personnes gagnant plus de trois fois le salaire minimum, ayant un niveau d'&#233;ducation interm&#233;diaire, les hommes plus &#226;g&#233;s, ainsi que dans les r&#233;gions du Sud-Est et du Sud, et chez les &#233;vang&#233;liques. En d'autres termes, l'&#233;lectorat de Bolsonaro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, la force bolsonariste est redescendue dans la rue, avec des manifestations massives r&#233;clamant l'amnistie des putschistes, telles une avalanche n&#233;o-fasciste. Cette mobilisation pose un d&#233;fi majeur. Pourquoi ? Parce qu'il n'est pas exclu que Bolsonaro soit arr&#234;t&#233; en 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La strat&#233;gie de Lula III&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voie de la lutte politique est sinueuse, parfois labyrinthique, jalonn&#233;e de virages, de hauts et de bas, sans jamais suivre une ligne droite. La plupart des dirigeants du PT ont mis&#233; sur l'usure du gouvernement d'extr&#234;me droite, convaincus que l'exasp&#233;ration et la lassitude suffiraient &#224; assurer la victoire de Lula en 2022. Ils ont fait le pari d'une patience strat&#233;gique. Lula a gagn&#233;, mais de justesse. Aujourd'hui, son gouvernement repose sur une autre hypoth&#232;se : celle que la &#171; bonne gouvernance &#187;, en r&#233;pondant &#224; une partie des besoins urgents de la population &#224; travers des &#171; livraisons &#187; et des r&#233;alisations concr&#232;tes, qui suffira pour consolider un second mandat en 2026.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bolsonaro, lui, ne misera pas sur une tactique d'attente passive. Le bolsonarisme est un mouvement combatif. L'extr&#234;me droite comprend la &#171; pathologie &#187; de sa base sociale. Dans une soci&#233;t&#233; aussi in&#233;galitaire, les privil&#232;ges mat&#233;riels et sociaux ne se maintiennent que parce que ceux qui en b&#233;n&#233;ficient se battent avec acharnement pour les d&#233;fendre. Elle sait exploiter l'arrogance d'une nouvelle g&#233;n&#233;ration bourgeoise &#224; la t&#234;te de l'agro-industrie, nourrie d'un ressentiment socioculturel &#224; l'&#233;gard des &#233;lites urbaines cosmopolites, qui les m&#233;prisent comme des brutes machistes et des n&#233;gationnistes du changement climatique. Elle instrumentalise &#233;galement l'amertume d'une partie des classes moyennes, gangren&#233;e par le racisme, l'homophobie et le sentiment de d&#233;classement. Elle s'appuie sur la m&#233;fiance anti-intellectuelle, savamment entretenue par les &#233;glises-entreprises n&#233;o-pentec&#244;tistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans transformations profondes et tangibles dans la vie quotidienne &#8211; des salaires plus &#233;lev&#233;s, des emplois dignes, une &#233;ducation de qualit&#233;, un SUS (le r&#233;gime br&#233;silien de s&#233;curit&#233; sociale) renforc&#233; et un v&#233;ritable acc&#232;s &#224; la propri&#233;t&#233; &#8211;, il est illusoire de croire que l'on pourra diviser cette base sociale. Vaincre le bolsonarisme exige une volont&#233; de lutte, une capacit&#233; de man&#339;uvre tactique, de l'audace pour op&#233;rer des virages strat&#233;giques, une volont&#233; de confrontations, ainsi qu'une constance et une patience calcul&#233;e pour gagner du temps, avant d'op&#233;rer un nouveau tournant et d'&#233;valuer les rapports de force. Mais jusqu'&#224; pr&#233;sent, le gouvernement a surtout temporis&#233;. Il a mis&#233; sur la &#171; pacification &#187; : un pas en avant, puis plusieurs pas en arri&#232;re. N'avons-nous rien appris de la d&#233;faite du p&#233;ronisme en Argentine et du recul de Kamala Harris aux &#201;tats-Unis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Radicalisation &#224; droite sans polarisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux observateurs &#224; gauche d&#233;crivent cette &#233;volution comme une tendance &#224; la polarisation. L'id&#233;e est s&#233;duisante, mais elle est dangereusement trompeuse, car les deux p&#244;les de la lutte des classes n'occupent pas des positions &#233;quivalentes. Dans le camp r&#233;actionnaire, ce sont les &#233;l&#233;ments les plus radicaux qui dirigent. Dans le camp de la gauche, ce sont les plus mod&#233;r&#233;s qui gouvernent. L'extr&#234;me droite a absorb&#233; l'influence des partis traditionnels de centre-droit (&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_d%C3%A9mocratique_br%C3%A9silien&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;MDB&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_de_la_social-d%C3%A9mocratie_br%C3%A9silienne&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;PSDB&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Union_Br%C3%A9sil&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Uni&#227;o Brasil)&lt;/a&gt;, mais le gouvernement de Lula n'est pas un gouvernement de gauche, puisqu'il a accept&#233; un pacte avec la fraction lib&#233;rale dirig&#233;e par &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Geraldo_Alckmin&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Tebet/Alckmin&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un contexte de stabilit&#233; du r&#233;gime lib&#233;ral-d&#233;mocratique, la majorit&#233; de la population se positionne g&#233;n&#233;ralement au centre de l'&#233;chiquier politique, soutenant alternativement le centre-droit ou le centre-gauche, qui se succ&#232;dent &#224; la t&#234;te de l'&#201;tat. C'est ce qui s'est produit au Br&#233;sil depuis la fin de la dictature, avec trois gouvernements de centre-droit, suivis de quatre gouvernements du PT. C'est cette dynamique qui a assur&#233; la plus longue p&#233;riode de stabilit&#233; du r&#233;gime d&#233;mocratique lib&#233;ral, soit trente ans (1986-2016).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette p&#233;riode, que le marxisme consid&#233;rait comme une hypoth&#232;se improbable dans les pays p&#233;riph&#233;riques mais qui est devenue possible apr&#232;s la fin de l'URSS, est d&#233;sormais r&#233;volue. L'un des plus grands d&#233;fis pour la gauche est d'admettre cette r&#233;alit&#233;. Cependant, ce qui a suivi ne peut &#234;tre expliqu&#233; par une polarisation. La polarisation suppose un renforcement simultan&#233; des extr&#234;mes, or ce n'est pas ce que nous vivons au Br&#233;sil depuis 2016. Depuis le coup d'&#201;tat institutionnel et l'inversion du rapport de forces social, seule l'extr&#234;me droite s'est radicalis&#233;e, exer&#231;ant une attraction gravitationnelle qui a entra&#238;n&#233; avec elle l'influence historique des conservateurs traditionnels, &#224; la mani&#232;re d'un filet d&#233;rivant. Ce ph&#233;nom&#232;ne n'est pas une polarisation, mais un glissement unilat&#233;ral. L'id&#233;e de &#171; polarisation asym&#233;trique &#187; peut sembler plus &#233;l&#233;gante, mais elle reste inexacte. &#192; gauche, les positions sont rest&#233;es stables et il n'y a pas eu de radicalisation. Au contraire, le gouvernement Lula se d&#233;place vers le centre, abandonne toute mobilisation populaire et &#233;largit sa coalition avec des partis de droite pour pr&#233;server sa majorit&#233; au Congr&#232;s. Cela cr&#233;e une vuln&#233;rabilit&#233; critique : il suffirait d'une crise avec ses alli&#233;s pour que la menace n&#233;ofasciste et son projet de subversion bonapartiste du r&#233;gime deviennent une r&#233;alit&#233; imminente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cl&#233; de l'analyse est que la gauche est en position d&#233;fensive. De nombreux facteurs expliquent la perplexit&#233;, la baisse des attentes et le climat d'ins&#233;curit&#233; au sein de sa base sociale. L'autorit&#233; de Lula reste forte, mais elle coexiste avec la peur et le d&#233;couragement dans le mouvement ouvrier et syndical, apr&#232;s des ann&#233;es de revers et de d&#233;faites. La volont&#233; de lutte est faible parmi les forces de gauche, voire inexistante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation n'est gu&#232;re diff&#233;rente dans les mouvements sociaux populaires. Depuis la campagne &#233;lectorale de 2022, la capacit&#233; de mobilisation est rest&#233;e faible. Ce ph&#233;nom&#232;ne s'explique en grande partie par la fragmentation des classes populaires. L'ascension sociale par l'&#233;ducation n'est plus garantie. Les travailleurs de la classe moyenne &#8211; plus &#233;duqu&#233;s, souvent d'origine europ&#233;enne, avec des revenus l&#233;g&#232;rement plus &#233;lev&#233;s &#8211; voient leurs conditions de vie stagner, voire se d&#233;t&#233;riorer, ce qui nourrit un ressentiment croissant envers ceux qui b&#233;n&#233;ficient des programmes de transfert mon&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tensions sociales et culturelles aggravent cette situation. Une partie des jeunes hommes per&#231;oit les avanc&#233;es f&#233;ministes comme une menace directe. Par ailleurs, la phobie anti-LGBT+ s'est intensifi&#233;e dans les secteurs les plus conservateurs, attis&#233;e par la guerre id&#233;ologique et culturelle men&#233;e par les &#233;glises &#233;vang&#233;liques. Dans ce contexte, les n&#233;o-fascistes exploitent un nationalisme exacerb&#233; et accusent les mouvements &#233;cologistes qui d&#233;fendent l'Amazonie d'&#234;tre les instruments d'un complot international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les divisions ont des cons&#233;quences paralysantes. Le militantisme a transf&#233;r&#233; &#224; &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_de_Moraes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Alexandre de Moraes&lt;/a&gt; la responsabilit&#233; de juger les auteurs du coup d'&#201;tat, &#224; commencer par Bolsonaro. Cependant, il serait injuste de ne pas souligner le r&#244;le du gouvernement et de Lula lui-m&#234;me dans la d&#233;mobilisation. L'avant-garde cherche un point d'appui pour favoriser une issue politique plus avanc&#233;e. Parmi tous les compromis conc&#233;d&#233;s depuis l'investiture &#8211; et ils ont &#233;t&#233; nombreux &#8211;, aucun n'a &#233;t&#233; plus grave que l'attitude adopt&#233;e envers les Forces arm&#233;es, m&#234;me apr&#232;s que leur complicit&#233; avec le coup d'&#201;tat ait &#233;t&#233; clairement &#233;tablie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;cision de ne pas saisir l'occasion du 60&#7497; anniversaire du coup d'&#201;tat militaire de 1964 pour organiser une initiative de mobilisation et d'&#233;ducation politique de masse a &#233;t&#233; profond&#233;ment d&#233;moralisante. L'erreur la plus grave que pourrait commettre la gauche serait de sous-estimer l'impact de cette contre-offensive des n&#233;ofascistes. Si on ne les arr&#234;te pas, ils avanceront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;fl&#233;chir &#224; l'avenir n'est possible que si nous comprenons d'o&#249; nous venons et ce que l'histoire nous a appris. Depuis 2016, lorsque le rapport de forces social a &#233;t&#233; structurellement boulevers&#233;, cinq enseignements sont cruciaux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(a) Apr&#232;s la victoire serr&#233;e contre A&#233;cio Neves en 2014, le PT a fait le pari de la &#171; gouvernabilit&#233; &#187; en s'alliant avec une fraction de la classe dirigeante, notamment &#224; travers la nomination de Joaquim Levy, au minist&#232;re des Finances. Ce choix a &#233;chou&#233; et a abouti au coup d'&#201;tat institutionnel de 2016, port&#233; par d'immenses mobilisations r&#233;actionnaires. Le pari selon lequel les Tribunaux supr&#234;mes ne valideraient pas le coup institutionnel orchestr&#233; via le Congr&#232;s national s'est &#233;galement av&#233;r&#233; vain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(b) L'accumulation ininterrompue de d&#233;faites jusqu'&#224; 2022 a laiss&#233; des s&#233;quelles profondes, encore non surmont&#233;es, sur le moral de la classe travailleuse et l'&#233;tat d'esprit de la gauche militante. Parmi ces d&#233;faites : la d&#233;moralisation de l'op&#233;ration Lava Jato, l'incarc&#233;ration de Lula, la r&#233;forme du droit du travail, l'&#233;lection de Bolsonaro, une nouvelle r&#233;forme des retraites, la catastrophe humanitaire pendant la pand&#233;mie, ainsi que la recrudescence des incendies en Amazonie et dans le Cerrado.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(c) Minimiser le danger de l'extr&#234;me droite a &#233;t&#233; une erreur impardonnable. Le n&#233;ofascisme n'est pas seulement un courant &#233;lectoral, mais un mouvement socio-politique et culturel de masse, avec une dimension internationale. Il a conquis pr&#232;s de la moiti&#233; du pays non seulement par les urnes, mais aussi par l'occupation militante de l'espace public. De plus, il a d&#233;j&#224; prouv&#233; que Bolsonaro peut transf&#233;rer ses votes &#224; d'autres figures politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(d) Une analyse complexe de la d&#233;faite &#233;lectorale de Bolsonaro en 2022 doit prendre en compte de multiples facteurs. Cependant, il serait illusoire de nier que le r&#244;le personnel de Lula a &#233;t&#233; d&#233;cisif et qualitativement d&#233;terminant dans ce r&#233;sultat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(e) La victoire de Lula a modifi&#233; le rapport de forces politique, mais elle n'a pas suffi &#224; inverser le rapport de forces social. C'est l&#224; le d&#233;fi central qui reste &#224; relever.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contradictions sociales et politiques dans le Br&#233;sil de Lula&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, ce cadre reste insuffisant pour analyser les divergences entre le rapport de forces social et politique. Trois questions fondamentales doivent &#234;tre pos&#233;es :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1/ La capacit&#233; d'initiative politique ne se limite pas aux m&#233;canismes institutionnels de la lutte politique &#171; professionnelle &#187; au sein des instances du pouvoir. Le bolsonarisme conserve une force de mobilisation sociale bien plus importante que le lulisme dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2/ Dans les sondages et lors des &#233;lections, chaque vote a le m&#234;me poids, mais dans la lutte sociale et politique, ce qui pr&#233;vaut, c'est la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts des classes et des fractions de classes les plus organis&#233;es. Ce n'est pas la m&#234;me chose que la gauche soit forte parmi la majorit&#233; du semi-prol&#233;tariat le plus pauvre, les jeunes, les Noirs et les femmes, alors que le bolsonarisme s'impose dans l'agro-industrie, parmi les couches moyennes des grands propri&#233;taires terriens, les salari&#233;s gagnant entre 5 et 10 salaires minimums et les &#233;glises &#233;vang&#233;liques. De m&#234;me, il y a une diff&#233;rence entre le fait que la gauche soit bien implant&#233;e dans le Nordeste et que le bolsonarisme soit majoritaire dans le Sud-Est et le Sud du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3/ Les principaux &#171; bataillons &#187; de la classe travailleuse organis&#233;e, notamment les travailleurs sous contrat formel dans le secteur priv&#233; et dans l'administration publique, restent profond&#233;ment divis&#233;s. L'extr&#234;me droite a r&#233;ussi &#224; gagner du terrain au sein de certaines fractions de la classe ouvri&#232;re, ce qui fragilise le potentiel de mobilisation de la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'analyse de la situation, il est crucial de rappeler que la lutte des classes ne se r&#233;duit pas &#224; une simple opposition entre le capital et le travail. Ni le capital ni le travail ne sont des classes homog&#232;nes ; il est imp&#233;ratif de consid&#233;rer leurs fractions de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie se compose de plusieurs factions aux int&#233;r&#234;ts propres (agricoles, industriels, financiers), bien que fortement concentr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde du travail, quant &#224; lui, est marqu&#233; par des r&#233;alit&#233;s distinctes : prol&#233;tariat, semi-prol&#233;tariat, salari&#233;s avec ou sans contrat, travailleurs du Sud ou du Nordeste. Les classes moyennes jouent un r&#244;le crucial : la petite bourgeoisie et la nouvelle classe moyenne urbaine. La lutte des classes ne se limite pas uniquement &#224; la &#171; structure &#187; de la vie &#233;conomique et sociale. Elle se d&#233;roule &#233;galement dans la superstructure de l'&#201;tat, sous la forme d'affrontements entre les institutions du pouvoir : le gouvernement, le pouvoir l&#233;gislatif, la justice et les forces arm&#233;es. Il existe un conflit permanent entre les Tribunaux supr&#234;mes et l'arm&#233;e, et dans une large mesure, contre le Congr&#232;s. Sous-estimer ces affrontements serait une grave erreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme une partie de la gauche mod&#233;r&#233;e exag&#232;re l'importance des affrontements au sommet amplifi&#233;s par les organes de presse de la bourgeoisie, une frange de la gauche radicale sous-estime la lutte politique entre les repr&#233;sentants des diff&#233;rentes fractions de la classe dominante dans l'ar&#232;ne institutionnelle. C'est pr&#233;cis&#233;ment le r&#244;le du r&#233;gime lib&#233;ral-d&#233;mocratique : permettre que ces divergences s'expriment et se r&#233;solvent publiquement. Le pari du gouvernement Lula sur une gouvernabilit&#233; &#8220;froide&#8221;, sans mobilisation active d'une base sociale, repose sur cette dynamique et r&#233;pond &#224; un calcul clair : &#233;viter &#224; tout prix une &#8220;v&#233;n&#233;zu&#233;lisation&#8221; du Br&#233;sil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, sous la direction &lt;a href=&#034;https://www.courrierinternational.com/article/politique-arthur-lira-l-homme-qui-tient-lula-et-le-gouvernement-bresilien-entre-ses-mains&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d'Arthur Lira&lt;/a&gt;, la Chambre des d&#233;put&#233;s contr&#244;le une part du budget plus importante que la plupart des minist&#232;res. Toutefois, ceux qui accordent une confiance excessive &#224; l'issue de ces diff&#233;rends se trompent. Le sort de Bolsonaro ne d&#233;pend pas uniquement d'un jugement &#171; technique &#187;. Il se dirige vers une d&#233;faite juridique, mais il peut survivre politiquement tant que 40 % de la population estime qu'il est pers&#233;cut&#233;. Apr&#232;s &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Tentative_de_coup_d%27%C3%89tat_de_2023_au_Br%C3%A9sil#:~:text=La%20tentative%20de%20coup%20d,f%C3%A9d%C3%A9ral)%2C%20capitale%20et%20si%C3%A8ge%20du&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le 8 janvier 2023&lt;/a&gt;, la question politique centrale est de savoir si Bolsonaro et les g&#233;n&#233;raux seront condamn&#233;s et emprisonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une analyse marxiste doit commencer par l'&#233;tude des &#233;volutions &#233;conomiques. Depuis le d&#233;but du mandat de Lula, trois variables majeures ont fa&#231;onn&#233; la situation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La confirmation du maintien d'importantes entr&#233;es de capitaux &#233;trangers, permettant une r&#233;duction du d&#233;ficit de la balance des paiements et consolidant les attentes positives des investisseurs internationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Un exc&#233;dent commercial atteignant des records historiques, entra&#238;nant une augmentation du niveau des r&#233;serves ainsi que des recettes fiscales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La poursuite de la croissance amorc&#233;e apr&#232;s la pand&#233;mie, qui s'est traduite par une baisse rapide du ch&#244;mage, une hausse des salaires et une r&#233;duction de l'inflation, autant d'indicateurs positifs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, ces avanc&#233;es restent insuffisantes pour r&#233;duire l'audience de l'extr&#234;me droite parmi les salari&#233;s dipl&#244;m&#233;s de l'enseignement sup&#233;rieur du Sud-Est et du Sud, qui gagnent entre 3 et 5 salaires minimums.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les divisions au sein de la classe travailleuse n'ont donc pas &#233;t&#233; surmont&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;valuation des fluctuations &#233;conomiques doit suivre une m&#233;thode rigoureuse : tout ne peut &#234;tre expliqu&#233; uniquement par l'&#233;conomie. Quelles sont les cons&#233;quences des &#233;v&#233;nements mondiaux, en particulier dans les pays ayant le plus d'impact sur la situation br&#233;silienne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Parmi ces &#233;v&#233;nements, certains ont fortement renforc&#233; le moral du bolsonarisme : la victoire de Trump aux &#201;tats-Unis ; l'&#233;lection de Javier Milei en Argentine ; l'ascension fulgurante de l'extr&#234;me droite au Portugal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles ont &#233;t&#233; les r&#233;percussions de ces &#233;v&#232;nements majeurs ? Le massacre isra&#233;lien &#224; Gaza et la d&#233;nonciation du g&#233;nocide par Lula ; la sympathie pour la cause palestinienne qui semble avoir augment&#233; chez les partisans de Lula, mais le soutien au sionisme qui s'est &#233;galement renforc&#233; parmi les bolsonaristes ; l'&#233;pid&#233;mie de dengue la plus importante de l'histoire du Br&#233;sil ; les incendies criminels dans le Cerrado et l'Amazonie ; la recrudescence des f&#233;minicides ;&lt;a href=&#034;https://www.infobae.com/america/america-latina/2023/08/01/continua-la-operacion-de-la-policia-militar-de-brasil-contra-las-mafias-en-san-pablo-al-menos-12-muertos/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'op&#233;ration criminelle de la Police militaire de S&#227;o Paulo dans la Baixada Santista&lt;/a&gt; ; l'&#233;vasion de dirigeants du &lt;i&gt;Comando Vermelho &lt;/i&gt; d'une prison de haute s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout aussi important : quel a &#233;t&#233; l'impact des &#171; livraisons &#187; du gouvernement Lula, le grand pari du &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Palais_du_Planalto&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Palais du Planalto&lt;/a&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trois sc&#233;narios possibles pour le Br&#233;sil&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce d&#233;but d'ann&#233;e 2025, l'avenir du gouvernement de coalition dirig&#233; par Lula demeure incertain Mais la formule ind&#233;termin&#233;e selon laquelle &#171; tout peut arriver &#187; n'est pas raisonnable. M&#234;me si le gouvernement se trouve &#224; la crois&#233;e des chemins, il est possible d'&#233;tablir des projections probables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'&#233;chec du soul&#232;vement du 8 janvier 2023 et le resserrement de l'&#233;tau autour du noyau dur de Bolsonaro, y compris l'&#233;tat-major militaire, un nouveau coup de force insurrectionnel semble impensable. L'extr&#234;me droite a choisi une strat&#233;gie de repositionnement, visant &#224; disputer l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 2026. Le calendrier &#233;lectoral structure d&#233;sormais la lutte politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois grands sc&#233;narios se dessinent pour le Br&#233;sil, m&#234;me s'il est encore impossible de trancher :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1/ Le gouvernement pourrait arriver en 2026 avec une popularit&#233; suffisante, comme Lula en 2006 et 2010, et remporter la r&#233;&#233;lection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2/ Le gouvernement pourrait arriver en 2026 dans une position incertaine, comme Dilma Rousseff en 2014, rendant l'issue &#233;lectorale impr&#233;visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3/ La gauche pourrait atteindre 2026 us&#233;e, rejet&#233;e par une grande partie de l'opinion, comme ce fut le cas pour Fernando Haddad en 2018, ouvrant la voie &#224; la victoire de l'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, le facteur Forrest Gump &#8211; &#8220;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Shit_happens&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;shit happens&lt;/a&gt;&#8221; &#8211; doit toujours &#234;tre pris en compte. L'al&#233;atoire, l'accidentel et l'inattendu font partie de l'histoire. Deux ans, c'est long : demain ne sera pas forc&#233;ment une simple continuation d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons pas pr&#233;dire les transformations de la situation mondiale d'ici 2026, ni les fluctuations &#233;conomiques, ni les luttes id&#233;ologiques et culturelles, ni les dynamiques de mobilisation des diff&#233;rentes classes sociales et fractions de classe. Sans parler des trahisons, des scandales, des man&#339;uvres politiques et des revirements des partis et des dirigeants qui jalonneront in&#233;vitablement les prochains mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela &#233;tant dit, le sc&#233;nario le plus probable reste le d&#233;roulement normal du calendrier &#233;lectoral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1/ Premier sc&#233;nario : Lula est r&#233;&#233;lu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2/ Deuxi&#232;me sc&#233;nario : Bolsonaro revient au pouvoir par les urnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3/ Troisi&#232;me sc&#233;nario : une alternative impr&#233;visible &#233;merge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce troisi&#232;me sc&#233;nario est le plus incertain et d&#233;stabilisant. Que se passe-t-il si ni Bolsonaro ni Lula ne peuvent se pr&#233;senter ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, finalement et malheureusement, Lula ne peut pas se pr&#233;senter, le candidat le plus probable serait Haddad. Il ne fait aucun doute que sa popularit&#233; est nettement inf&#233;rieure &#224; celle de Lula.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;fl&#233;chir &#224; l'avenir implique de s'interroger sur le r&#244;le des individus dans l'histoire. Les trois sc&#233;narios envisag&#233;s &#8211; Lula favori, une &#233;lection disput&#233;e ou un retour en force de l'extr&#234;me droite &#8211; d&#233;pendent d'un tel nombre de facteurs qu'il est impossible de calculer des probabilit&#233;s pr&#233;cises &#224; l'avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une analyse marxiste ne doit pas perdre de vue le sens de la mesure. Les dirigeants repr&#233;sentent des forces sociales. Cependant, minimiser le r&#244;le sp&#233;cifique de Bolsonaro serait une superficialit&#233; impardonnable : sa pr&#233;sence change la donne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extr&#234;me droite serait-elle devenue un mouvement politique, social et culturel avec une influence de masse, m&#234;me sans Bolsonaro, apr&#232;s 2016 ? Il s'agit d'une conjecture contrefactuelle, mais l'hypoth&#232;se la plus probable est que oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le n&#233;ofascisme est un courant international. C'est une dynamique internationale qui a port&#233; Donald Trump aux &#201;tats-Unis, Marine Le Pen en France, Giorgia Meloni en Italie, Santiago Abascal en Espagne, Andr&#233; Ventura au Portugal et Javier Milei en Argentine Leur ascension simultan&#233;e n'est pas une co&#239;ncidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions objectives ont pouss&#233; une fraction de la classe dirigeante &#224; adopter une strat&#233;gie lib&#233;rale de choc frontal. Mais la forme concr&#232;te qu'a prise le n&#233;ofascisme d&#233;pendait beaucoup du charisme de Bolsonaro. Bolsonaro est grossier, brutal et intempestif, mais ce n'est pas un imb&#233;cile. Un imb&#233;cile ne devient pas pr&#233;sident dans un pays complexe comme le Br&#233;sil. Bolsonaro n'a pas beaucoup d'&#233;ducation ou de r&#233;pertoire intellectuel, mais il est intelligent, rus&#233;, manipulateur et sournois. Aucun autre &#233;nergum&#232;ne n'aurait pu atteindre et conserver une position de leadership aussi centrale, malgr&#233; les innombrables accusations qui p&#232;sent contre lui : m&#233;pris pour la vie de millions de personnes pendant la pand&#233;mie, appropriation ill&#233;gale de bijoux pr&#233;sidentiels, complot militaire en vue d'un coup d'&#201;tat, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cl&#233; de son influence r&#233;side dans son charisme d&#233;routant, capable de susciter une identification passionn&#233;e chez ses partisans. Il a su f&#233;d&#233;rer des int&#233;r&#234;ts de la fraction bourgeoise de l'agro-industrie, des n&#233;gationnistes du r&#233;chauffement climatique, avec le ressentiment des militaires et de la police ; le ressentiment des classes moyennes avec la m&#233;fiance populaire manipul&#233;e par les &#233;glises-entreprises n&#233;o-pentec&#244;tistes ; la nostalgie r&#233;actionnaire de la dictature militaire avec le sexisme, le racisme et l'homophobie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'avait pas besoin de la chevelure en bataille et de la rh&#233;torique anarcho-capitalisme anti-caste de Milei, ni du national-imp&#233;rialisme x&#233;nophobe de Trump, ni de la rage islamophobe de Le Pen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; S'il &#233;tait condamn&#233; et emprisonn&#233;, son autorit&#233; serait diminu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela devrait &#234;tre au c&#339;ur de la tactique de la gauche :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Aucune amnistie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Sanctions pour tous les putschistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Prison pour Bolsonaro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Valerio Arcary est historien, militant du PSOL (R&#233;sistance) et auteur de&lt;a href=&#034;https://www.usinaeditorial.com.br/comprar/o-martelo-da-historia-ensaios-sobre-a-urgencia-da-revolucao-contemporanea/2016-valerio-arcary-16x23-primeira-portugues-978-85-99156-80-3-238-400g/7&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;O Martelo da Hist&#243;ria. Ensaios sobre a urg&#234;ncia da revolu&#231;&#227;o contempor&#226;nea&lt;/a&gt; (Sundermann, 2016).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article publi&#233; initialement dans &lt;a href=&#034;https://jacobinlat.com/2024/12/la-encerrona-neofascista-en-brasil/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Jacobinlat&lt;/a&gt;. Traduit de l'espagnol pour Contretemps par Christian Dubucq.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : Wikimedia Commons.&lt;/p&gt;
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		<title>La bataille pour le Venezuela</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-bataille-pour-le-Venezuela</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/La-bataille-pour-le-Venezuela</guid>
		<dc:date>2024-08-20T06:53:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Val&#233;rio Arcary</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2024-08-20</dc:subject>
		<dc:subject>V&#233;n&#233;zuela</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Alors que le Venezuela connait une crise politique aigue apr&#232;s les &#233;lections qui ont vu la victoire officielle du pr&#233;sident Nicolas Maduro, la contestation des r&#233;sultats &#233;lectoraux par l'opposition et une partie du peuple v&#233;n&#233;zu&#233;lien a conduit &#224; des mobilisations fortement r&#233;prim&#233;es. Contretemps contribue &#224; la publication de diff&#233;rents points de vue de la gauche critique sur la situation au Venezuela, dont le peuple subit depuis plus d'une d&#233;cennie une crise et un effondrement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/opposition_a_maduro-56f8d.png?1781036261' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Alors que le Venezuela connait une crise politique aigue apr&#232;s les &#233;lections qui ont vu la victoire officielle du pr&#233;sident Nicolas Maduro, la contestation des r&#233;sultats &#233;lectoraux par l'opposition et une partie du peuple v&#233;n&#233;zu&#233;lien a conduit &#224; des mobilisations fortement r&#233;prim&#233;es. Contretemps contribue &#224; la publication de diff&#233;rents points de vue de la gauche critique sur la situation au Venezuela, dont le peuple subit depuis plus d'une d&#233;cennie une crise et un effondrement socio-&#233;conomique sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire de l'Am&#233;rique latine.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;5 ao&#251;t 2024 | tir&#233; du site contretemps.eu&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/la-bataille-pour-le-venezuela/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/la-bataille-pour-le-venezuela/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet article, Valerio Arcary revient sur certaines des dynamiques des mobilisations post-&#233;lectorales et sur leur contexte g&#233;n&#233;ral qui ne saurait se limiter au moment &#233;lectoral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) Le repr&#233;sentant du capital n'a besoin que de 20 % des voix pour gouverner, car la bourgeoisie poss&#232;de les banques, les trusts, les cartels, les chemins de fer. (&#8230;) le rapport des forces (&#8230;) au niveau parlementaire (&#8230;) est un miroir d&#233;formant. La repr&#233;sentation parlementaire d'une classe opprim&#233;e est consid&#233;rablement en dessous de sa force r&#233;elle, et inversement, la repr&#233;sentation de la bourgeoisie, m&#234;me un jour avant sa chute, sera toujours la mascarade de sa force imaginaire. Seule la lutte r&#233;volutionnaire met &#224; nu, en balayant tout ce qui peut le cacher, le v&#233;ritable rapport des forces. Dans la lutte directe et imm&#233;diate pour le pouvoir, le prol&#233;tariat d&#233;veloppe une force infiniment sup&#233;rieure &#224; son expression au parlement (&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#201;ON TROTSKY, LA R&#201;VOLUTION ALLEMANDE ET LA BUREAUCRATIE STALINIENNE (1932)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le CNE (Conseil national &#233;lectoral), organe subordonn&#233; au gouvernement v&#233;n&#233;zu&#233;lien, a annonc&#233; la victoire de Maduro et, le lendemain de l'&#233;lection, officialis&#233; sa nomination. L'opposition d'extr&#234;me droite d&#233;nonce des fraudes et annonce qu'elle a obtenu 70 % des voix. S'il est juste d'exiger du Conseil national &#233;lectoral qu'il publie le r&#233;sultat final de l'ensemble des votes et qu'il rende publics les registres du d&#233;compte de voix, la charge de la preuve de la fraude incombe &#224; ceux qui remettent en cause l'impartialit&#233; du d&#233;compte. De simples soup&#231;ons ne suffisent pas. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, aucune preuve irr&#233;futable n'a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;e. S'il est essentiel que tous les faits soient rendus publics, l'accusation de fraude mise en avant par la campagne de l'opposition d'extr&#234;me droite ne devrait pas suffire &#224; repousser ind&#233;finiment la reconnaissance de la victoire de M. Maduro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas n&#233;cessaire d'enjoliver le r&#233;gime, qui est autoritaire et qui a &#224; la fois r&#233;prim&#233; les forces r&#233;actionnaires qui veulent le renverser et r&#233;duit au silence et &#224; l'ill&#233;galit&#233; les courants de gauche qui s'appuient sur la classe ouvri&#232;re, pour admettre la victoire de Maduro. Bien que bonapartiste, le r&#233;gime dispose d'une base sociale incontestable. Bien que le PSUV soit monolithique, et que Nicol&#225;s Maduro soit un caudillo, voire une caricature de caudillo, ils ont une base sociale incontestable. De plus, il est pr&#233;visible qu'&#224; une certaine &#233;chelle, un vote non pas &#171; maduriste &#187; mais antifasciste et anti-imp&#233;rialiste profiterait &#224; Maduro. Le pays est socialement et politiquement fractur&#233;. L'opposition n&#233;o-fasciste dispose &#233;galement d'une base sociale et a attir&#233; des votes anti-Maduro qui ne sont pas d'extr&#234;me-droite, et a montr&#233; dans les rues qu'elle avait du soutien. Ce soutien n'est pas surprenant, &#233;tant donn&#233; le blocus &#233;conomique qui a &#233;trangl&#233; le Venezuela, &#224; des degr&#233;s divers d'intensit&#233;, au cours des dix derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme il n'est pas raisonnable d'id&#233;aliser le r&#233;gime, il n'est pas non plus judicieux d'id&#233;aliser l'exp&#233;rience &#171; chaviste &#187; en tant que processus ininterrompu de construction d'un &#171; socialisme du 21e si&#232;cle &#187;. Le gouvernement Maduro s'est engag&#233; dans un projet de r&#233;gulation &#233;tatique et nationaliste du capitalisme avec des r&#233;formes sociales. Il n'y a jamais eu de processus de rupture avec le capitalisme comme celui de Cuba en 1961. La situation sociale est tr&#232;s grave, avec des niveaux &#233;lev&#233;s de pauvret&#233; et de ch&#244;mage qui expliquent l'&#233;migration d'au moins 20% de la population. Le blocus imp&#233;rialiste n'est pas le seul facteur de l'effondrement &#233;conomique et social, car le gouvernement n'est pas d&#233;nu&#233; de responsabilit&#233;s face aux in&#233;galit&#233;s sociales croissantes, mais il est largement le plus important. Avant l'&#233;lection de Ch&#225;vez en 1998, les conditions de vie de la majorit&#233; de la population &#233;taient dramatiques. Aujourd'hui, le Venezuela est au bord de la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse du r&#233;sultat des &#233;lections ne peut se r&#233;duire &#224; une consid&#233;ration na&#239;ve, stricto sensu, des proc&#233;dures juridico-&#233;lectorales. Nous ne devons pas oublier que m&#234;me dans les pays o&#249; les r&#233;gimes lib&#233;raux-d&#233;mocratiques ont acquis les formes les plus avanc&#233;es, la lutte des forces populaires se heurte &#224; des obstacles. Le pouvoir du capital manipule le suffrage, car le contr&#244;le de la richesse facilite le contr&#244;le du pouvoir. Les &#233;lections peuvent &#234;tre plus ou moins libres, mais l'expression de la volont&#233; populaire est toujours, dans une certaine mesure, fauss&#233;e par des forces sociales, comme la domination des m&#233;dias ou la manipulation des r&#233;seaux sociaux. Une analyse marxiste doit &#233;valuer la dynamique politique et sociale du conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;cision de Mar&#237;a Corina Machado d'essayer de promouvoir une mobilisation de masse d&#232;s la fermeture des bureaux de vote avec des actions violentes et incendiaires pour d&#233;fendre la victoire autoproclam&#233;e d'Edmundo Gonz&#225;lez fait partie d'une strat&#233;gie de coup d'&#201;tat qui n'a pas &#233;t&#233; improvis&#233;e. Les crit&#232;res pour caract&#233;riser les mobilisations, selon la boussole marxiste, sont sch&#233;matiquement au nombre de quatre : (a) on &#233;value les t&#226;ches politico-&#233;conomiques pos&#233;es au pays, c'est-&#224;-dire le contenu socio-historique du programme de mobilisation, que le sujet social soit conscient ou non de ces t&#226;ches ; (b) on &#233;tudie qui est le sujet social, c'est-&#224;-dire les classes ou le bloc de classes qui se sont unies pour descendre dans la rue et protester ; (c) on identifie la direction politique des mobilisations, le sujet politique ; (d) enfin, les r&#233;sultats, c'est-&#224;-dire l'aboutissement du processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme des mobilisations de l'opposition d'extr&#234;me droite est le renversement du gouvernement Maduro. Mais il ne s'agit pas d'une &#171; r&#233;volution d&#233;mocratique &#187; contre une tyrannie. Si Mar&#237;a Corina et Edmundo Gonz&#225;lez prennent le pouvoir, l'imposition d'un r&#233;gime dictatorial sera inexorable. Ce qui est en jeu, c'est un r&#233;alignement du Venezuela sur les &#201;tats-Unis en tant que semi-colonie, la privatisation de PDVSA [compagnie p&#233;troli&#232;re nationale] et la cession des plus grandes r&#233;serves de p&#233;trole aux grandes compagnies p&#233;troli&#232;res, ainsi que l'emprisonnement des dirigeants chavistes et la r&#233;pression des organisations populaires. Un programme contre-r&#233;volutionnaire. Il ne faut pas se laisser impressionner par leur caract&#232;re plus ou moins massif. Rappelons les manifestations au Br&#233;sil en 2015/16 pour renverser le gouvernement de Dilma Rousseff, qui d&#233;non&#231;aient la fraude comme seul explication possible de la d&#233;faite d'A&#233;cio Neves [candidat du PSDB] aux &#233;lections de 2014. La d&#233;nonciation de la fraude a &#233;galement &#233;t&#233; mis en &#339;uvre en 2019 en Bolivie contre la r&#233;&#233;lection d'Evo Morales, et a servi de d&#233;clencheur au coup d'&#201;tat policier-militaire. Le sujet social est la bourgeoisie &#171; historique &#187; et la majorit&#233; de la classe moyenne, m&#234;me si des secteurs populaires descendent aussi dans la rue. La direction politique est indubitablement n&#233;o-fasciste. Les r&#233;sultats ne peuvent &#234;tre qu'une d&#233;faite historique pour la lutte des travailleurs et du peuple et l'an&#233;antissement de la gauche pour une g&#233;n&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bref, le Venezuela est secou&#233; par une mobilisation contre-r&#233;volutionnaire visant &#224; renverser de mani&#232;re insurrectionnelle le gouvernement Maduro. Le 29 juillet, il y a eu des marches, des actions de groupes pour renverser les statues d'Hugo Ch&#225;vez dans diff&#233;rents endroits et des pillages. Le mardi 30 juillet, Edmundo Gonzalez et Maria Corina Machado ont appel&#233; &#224; une manifestation dans le centre de Caracas et ont r&#233;ussi &#224; rassembler des dizaines de milliers de personnes. Le pays est profond&#233;ment fractur&#233;, socialement et politiquement. Des manifestations aux &#201;tats-Unis, appel&#233;es par Trump, et au Br&#233;sil, par Bolsonaro, ont &#233;galement cherch&#233; &#224; subvertir le r&#233;sultat de l'&#233;lection. Mais le Venezuela est isol&#233; sur le plan international, car le gouvernement de Maduro d&#233;fend un positionnement ind&#233;pendant. Le choix au Venezuela n'a jamais &#233;t&#233; entre la dictature et la d&#233;mocratie. Les &#201;tats-Unis et l'Union europ&#233;enne ont &#233;t&#233; et sont complices de r&#233;gimes dictatoriaux et autoritaires dans tous les continents. Mais il n'y a jamais eu la moindre ing&#233;rence contre les cheikhs d'Arabie Saoudite, autre grand producteur de p&#233;trole. Mais au Venezuela, ils ont tout fait pour renverser d'abord Ch&#225;vez, puis Maduro. Pourquoi ? Parce qu'ils veulent r&#233;duire le pays &#224; un statut semi-colonial et avoir un acc&#232;s illimit&#233; &#224; ses r&#233;serves de p&#233;trole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'historien Val&#233;rio Arcary est militant r&#233;volutionnaire depuis les ann&#233;es 1970. Il a rejoint le mouvement trotskyste pendant la r&#233;volution portugaise, et est retourn&#233; au Br&#233;sil en 1978. Il a &#233;t&#233; membre de la direction nationale du Parti des Travailleurs de 1987 jusqu'en 1992, et pr&#233;sident du Parti Socialiste des Travailleurs Unifi&#233; (PSTU), l'une des principales organisations trotskystes br&#233;siliennes, de 1994 &#224; 1998. Il est maintenant un membre dirigeant de Resistencia, un courant r&#233;volutionnaire au sein du Parti pour le Socialisme et la Libert&#233; (PSOL).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; le 1er ao&#251;t 2024 dans Jacobin Am&#233;rica Latina. Traduction Contretemps.&lt;/p&gt;
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		<title>Le bolsonarisme peut revenir au pouvoir</title>
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		<dc:date>2024-06-18T06:36:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Val&#233;rio Arcary</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2024-06-18</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud</dc:subject>
		<dc:subject>Br&#233;sil</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le lulisme, ou loyaut&#233; politique &#224; l'exp&#233;rience des gouvernements dirig&#233;s par le Parti des Travailleurs (PT) a permis de gagner le soutien des plus pauvres. Mais la gauche br&#233;silienne a perdu son h&#233;g&#233;monie sur sa base sociale de masse d'origine. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bolsonaro peut-il revenir au pouvoir en 2026 ? Oui, c'est possible. Il faut consid&#233;rer l'existence de puissants facteurs objectifs et subjectifs pour expliquer la r&#233;silience de l'extr&#234;me droite, m&#234;me apr&#232;s la d&#233;faite de la semi-insurrection de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH97/partisan_de_bolsonaro-b9238.png?1781036262' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='97' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le lulisme, ou loyaut&#233; politique &#224; l'exp&#233;rience des gouvernements dirig&#233;s par le Parti des Travailleurs (PT) a permis de gagner le soutien des plus pauvres. Mais la gauche br&#233;silienne a perdu son h&#233;g&#233;monie sur sa base sociale de masse d'origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bolsonaro peut-il revenir au pouvoir en 2026 ? Oui, c'est possible. Il faut consid&#233;rer l'existence de puissants facteurs objectifs et subjectifs pour expliquer la r&#233;silience de l'extr&#234;me droite, m&#234;me apr&#232;s la d&#233;faite de la semi-insurrection de janvier 2023.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;27 mai 2024 | tir&#233; du site Rebelion.org&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://rebelion.org/el-bolsonarismo-puede-volver-al-poder/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://rebelion.org/el-bolsonarismo-puede-volver-al-poder/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en premier lieu, il est lucide de reconna&#238;tre le contexte international du ph&#233;nom&#232;ne, dans lequel l'extr&#234;me droite joue un r&#244;le d&#233;terminant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) les turbulences du syst&#232;me &#233;tatique avec le renforcement de la Chine et la strat&#233;gie de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain visant &#224; pr&#233;server la supr&#233;matie de la Tro&#239;ka, pour laquelle une orientation protectionniste plus dure est utile ;&lt;br class='autobr' /&gt;
b) les diff&#233;rends caus&#233;s par l'&#233;mergence de la crise environnementale et de la transition &#233;nerg&#233;tique, qui d&#233;savantagent temporairement ceux qui d&#233;carbonent plus rapidement ;&lt;br class='autobr' /&gt;
(c) le tournant des fractions bourgeoises vers la d&#233;fense des r&#233;gimes autoritaires qui font face &#224; la protestation populaire et embrassent une ligne national-imp&#233;rialiste ;&lt;br class='autobr' /&gt;
d) la tendance &#224; la stagnation &#233;conomique, &#224; l'appauvrissement et au virage &#224; droite des classes moyennes ; et&lt;br class='autobr' /&gt;
(e) la crise de la gauche, entre autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a des particularit&#233;s br&#233;siliennes dans la fragmentation politique du pays. Elles sont essentiellement cinq :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;i) l'h&#233;g&#233;monie entre l'arm&#233;e et la police ;&lt;br class='autobr' /&gt;
(ii) le penchant de la grande majorit&#233; de l'&#233;vang&#233;lisme pentec&#244;tiste vers l'extr&#234;me droite ;&lt;br class='autobr' /&gt;
(iii) le poids du bolsonarisme dans les r&#233;gions les plus d&#233;velopp&#233;es, le Sud-Est et le Sud du pays, en particulier parmi la nouvelle classe moyenne qui les dirigent, ou celle ayant un tr&#232;s haut niveau d'&#233;ducation et qui remplit des fonctions ex&#233;cutives dans les secteurs priv&#233; et public ;&lt;br class='autobr' /&gt;
(iv) la direction du courant n&#233;ofasciste au sein de l'extr&#234;me droite et&lt;br class='autobr' /&gt;
(v) le soutien &#224; l'extr&#234;me droite parmi les classes moyennes salari&#233;es ayant des salaires compris entre trois. cinq, voire sept fois le salaire minimum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quatre premi&#232;res particularit&#233;s ont &#233;t&#233; &#233;tudi&#233;es de mani&#232;re approfondie, mais la derni&#232;re l'a moins &#233;t&#233;. L'&#233;tudier est strat&#233;gique, car il est peut-&#234;tre le seul moyen d'inverser, dans le contexte d'une situation tr&#232;s d&#233;favorable, des rapports sociaux de force favorisant les r&#233;actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains facteurs objectifs expliquent la distance politique, la division ou la s&#233;paration entre des parties de la classe ouvri&#232;re et celle des plus pauvres, tels que l'inflation dans les plans priv&#233;s d'&#233;ducation et de sant&#233;, et l'augmentation de l'imp&#244;t sur le revenu, qui menacent un mod&#232;le de consommation et un niveau de vie, et qui ont des impacts subjectifs, comme le ressentiment social et le ressentiment moral et id&#233;ologique. Les deux sont entrelac&#233;s et peuvent m&#234;me &#234;tre indivisibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'&#233;tait pas le cas lorsque la phase finale de la lutte contre la dictature s'est ouverte, il y a quarante-cinq ans. Le PT est n&#233; avec le soutien des m&#233;tallurgistes, des enseignant-es du secteur public, des travailleurs-euses du p&#233;trole, des banquiers-&#232;res et d'autres cat&#233;gories qui, par rapport &#224; la r&#233;alit&#233; des masses, avaient plus d'&#233;ducation et de meilleurs salaires. Le lulisme, ou loyaut&#233; politique &#224; l'exp&#233;rience des gouvernements dirig&#233;s par le PT, a permis de gagner le soutien des plus pauvres. Mais la gauche, tout en maintenant ses positions, a perdu son h&#233;g&#233;monie sur sa base sociale de masse d'origine. Cette r&#233;alit&#233; tragique, parce qu'elle est la fracture de la classe ouvri&#232;re, exige que nous l'analysions d'un point de vue historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode d'apr&#232;s-guerre (1945/1981) qui en fut une de croissance intense, au cours de laquelle le PIB a doubl&#233; chaque d&#233;cennie et qui a favoris&#233; la mobilit&#233; sociale absolue au Br&#233;sil, accompagn&#233;e de l'urbanisation acc&#233;l&#233;r&#233;e du pays, semble faire irr&#233;m&#233;diablement partie du pass&#233;. Le plein emploi et l'augmentation de la scolarisation, dans un pays o&#249; la moiti&#233; de la main-d'&#339;uvre &#233;tait analphab&#232;te, ont &#233;t&#233; les deux facteurs cl&#233;s de l'am&#233;lioration de la vie de cette couche de travailleurs et travailleuses. Mais ils n'exercent plus la m&#234;me pression que par le pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair qu'au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie, le capitalisme br&#233;silien a perdu de son &#233;lan. Le pays a perdu 7 % de son PIB entre 2015/17 et, apr&#232;s la pand&#233;mie de covid en 2020/21, il a fallu trois ans pour revenir aux niveaux de 2019. Malgr&#233; toutes les contre-r&#233;formes antisociales &#8211; travail, protection sociale &#8211; visant &#224; r&#233;duire les co&#251;ts de production, le taux d'investissement n'a pas d&#233;pass&#233; 18 % du PIB en 2023, malgr&#233; l'autorisation de la PEC transitoire de crever le plafond des d&#233;penses publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Br&#233;sil, plus grand parc industriel et march&#233; de consommation de biens durables de la p&#233;riph&#233;rie, est devenu un pays &#224; croissance lente. L'augmentation de la scolarit&#233; n'est plus un moteur aussi puissant. Am&#233;liorer les conditions de vie est devenu beaucoup plus difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Br&#233;sil de 2024 est un pays moins pauvre qu'au XXe si&#232;cle, mais non moins injuste. Bien s&#251;r, il y a encore beaucoup de pauvret&#233; : des dizaines de millions de personnes ou m&#234;me plus sont toujours en situation d'ins&#233;curit&#233; alimentaire, malgr&#233; la Bolsa Fam&#237;lia (un programme social br&#233;silien), selon le cycle &#233;conomique. Mais il y a eu une r&#233;duction de l'extr&#234;me pauvret&#233; sans r&#233;duction qualitative des in&#233;galit&#233;s sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;partition fonctionnelle du revenu entre le capital et le travail a enregistr&#233; des variations dans la marge. La r&#233;partition des revenus personnels s'est am&#233;lior&#233;e entre 2003 et 2014, mais a de nouveau augment&#233; depuis 2015/16, &#224; la suite du coup d'&#201;tat institutionnel contre le gouvernement de Dilma Rousseff. L'extr&#234;me pauvret&#233; a diminu&#233;, mais la moiti&#233; de la population &#233;conomiquement active compte un revenu inf&#233;rieur &#224; deux fois le salaire minimum. Un tiers des salari&#233;-es gagnent entre trois et cinq fois le salaire minimum. L'in&#233;galit&#233; est rest&#233;e presque intacte parce que, entre autres raisons, la position des salari&#233;-es &#224; revenu moyen ayant un niveau d'&#233;ducation plus &#233;lev&#233; a stagn&#233; avec un biais descendant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses &#233;tudes confirment que l'augmentation de la scolarit&#233; moyenne n'est pas li&#233;e &#224; l'employabilit&#233;, et les enqu&#234;tes de l'IBGE confirment paradoxalement que le ch&#244;mage augmente avec la scolarisation. La plupart des millions d'emplois sign&#233;s depuis la fin de la pand&#233;mie ont &#233;t&#233; r&#233;serv&#233;s &#224; des personnes gagnant jusqu'&#224; deux fois le salaire minimum, avec des exigences de scolarit&#233; tr&#232;s faibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;valuer la plus ou moins grande coh&#233;sion sociale d'un pays, deux taux de mobilit&#233; sont consid&#233;r&#233;s, l'absolu et le relatif. Le taux absolu compare la profession du p&#232;re et de l'enfant, ou la premi&#232;re activit&#233; de chacun avec son dernier emploi. Le taux de mobilit&#233; relatif montre dans quelle mesure les obstacles &#224; l'acc&#232;s &#224; l'emploi &#8211; ou aux possibilit&#233;s d'&#233;tudes &#8211; favorables &#224; la promotion sociale pourraient ou non &#234;tre surmont&#233;s par les personnes en position sociale inf&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Br&#233;sil, les taux absolu et relatif ont &#233;t&#233; positifs jusque dans les ann&#233;es 1980, mais le premier a &#233;t&#233; plus intense que le second. En d'autres termes, nous avons connu une mobilit&#233; sociale intense dans la p&#233;riode d'apr&#232;s-guerre en raison de la pression de l'urbanisation et des migrations internes, du Nord-Est vers le Sud-Est, et du Sud vers le Centre-Ouest. Mais ce n'est plus le cas. Cette &#233;tape historique s'est termin&#233;e dans les ann&#233;es 90, lorsque le flux du monde agricole s'est &#233;puis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, la pauvret&#233; a diminu&#233;, mais les travailleurs et travailleuses de la classe moyenne ont connu une r&#233;alit&#233; plus hostile. Ce qui explique ce processus, c'est que les trajectoires de mobilit&#233; sociale au cours des vingt derni&#232;res ann&#233;es ont b&#233;n&#233;fici&#233; &#224; des millions de personnes vivant dans l'extr&#234;me pauvret&#233;, mais tr&#232;s peu ont vu leurs conditions de vie augmenter de mani&#232;re significative. Beaucoup ont am&#233;lior&#233; leur vie, mais ils n'ont fait que passer &#224; l'&#233;tape suivante au-dessus de celle occup&#233;e par leurs parents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mobilit&#233; sociale relative est rest&#233;e tr&#232;s faible, car les incitations mat&#233;rielles &#224; augmenter la scolarisation ont &#233;t&#233; plus faibles au cours des quarante derni&#232;res ann&#233;es qu'elles ne l'avaient &#233;t&#233; pour la g&#233;n&#233;ration qui a atteint l'&#226;ge adulte dans les ann&#233;es 1950 ou 1960. Les r&#233;compenses que les familles obtiennent pour garder leurs enfants sans emploi pendant au moins douze ans jusqu'&#224; ce qu'ils terminent leurs &#233;tudes secondaires ont diminu&#233; par rapport &#224; la g&#233;n&#233;ration pr&#233;c&#233;dente, malgr&#233; la plus grande facilit&#233; d'acc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un pays peut partir d'une situation de grande in&#233;galit&#233; sociale, mais si la mobilit&#233; sociale est intense, les in&#233;galit&#233;s sociales doivent &#234;tre r&#233;duites, augmentant ainsi la coh&#233;sion sociale, comme cela s'est produit dans l'Italie d'apr&#232;s-guerre. &#192; l'inverse, un pays qui avait de faibles in&#233;galit&#233;s sociales par rapport &#224; ses voisins dans une position similaire dans le monde peut voir sa situation se d&#233;t&#233;riorer si la mobilit&#233; sociale devient r&#233;gressive, comme c'est le cas en France aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Br&#233;sil, contrairement &#224; la croyance populaire, la plupart des nouveaux emplois au cours des dix derni&#232;res ann&#233;es n'ont pas b&#233;n&#233;fici&#233; au secteur le plus &#233;duqu&#233; de la population. &#201;tudier davantage n'a pas r&#233;duit le risque de ch&#244;mage. Au cours des quarante-cinq ann&#233;es &#233;coul&#233;es depuis 1979, la scolarit&#233; moyenne est pass&#233;e de trois &#224; plus de huit ans. Mais il y a eu deux transformations qui ont eu un impact durable sur la conscience de la jeunesse de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est que le capitalisme br&#233;silien n'est plus une soci&#233;t&#233; de plein emploi, comme il l'a &#233;t&#233; pendant un demi-si&#232;cle. La seconde est que, m&#234;me avec les sacrifices consentis par les familles pour garder leurs enfants &#224; l'&#233;cole et retarder leur entr&#233;e sur le march&#233; du travail, l'employabilit&#233; s'est concentr&#233;e dans des activit&#233;s qui n&#233;cessitent peu de scolarit&#233; et offrent de faibles salaires. Pour la premi&#232;re fois dans l'histoire, les enfants ont perdu l'espoir de pouvoir vivre mieux que leurs parents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ch&#244;mage des dipl&#244;m&#233;-es est proportionnellement plus &#233;lev&#233; que celui des personnes ayant un niveau d'&#233;ducation inf&#233;rieur, et si l'in&#233;galit&#233; des revenus personnels a diminu&#233; au cours des quinze derni&#232;res ann&#233;es, c'est parce que le salaire moyen des dipl&#244;m&#233;-es du niveau moyen et sup&#233;rieur a diminu&#233;. L'expansion vertigineuse de l'ub&#233;risation n'est donc pas surprenante. Les enqu&#234;tes mensuelles sur l'emploi de l'IBGE dans la r&#233;gion m&#233;tropolitaine de S&#227;o Paulo indiquent une &#233;volution tr&#232;s lente qui ne se rapproche, au mieux, que de la reprise de l'inflation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#232;s de quarante ans apr&#232;s la fin de la dictature militaire, l'&#233;quilibre &#233;conomique et social du r&#233;gime d&#233;mocratique lib&#233;ral est d&#233;courageant. Les r&#233;formes men&#233;es par le r&#233;gime, telles que l'&#233;largissement de l'acc&#232;s &#224; l'&#233;ducation publique, la mise en &#339;uvre du SUS (Syst&#232;me unifi&#233; de sant&#233;), la Bolsa Fam&#237;lia pour les personnes extr&#234;mement pauvres, entre autres, ont &#233;t&#233; progressistes, mais insuffisantes pour r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s sociales[1]. L'hypoth&#232;se selon laquelle une population plus &#233;duqu&#233;e modifierait progressivement la r&#233;alit&#233; politique du pays, entra&#238;nant un cycle durable de croissance &#233;conomique et de r&#233;partition des revenus n'a pas &#233;t&#233; confirm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une forme d'illusion gradualiste dans une perspective de justice sociale &#224; l'int&#233;rieur des limites du capitalisme &#233;tait cet espoir qu'une population plus &#233;duqu&#233;e changerait progressivement la r&#233;alit&#233; sociale du pays. Cela nous ram&#232;ne aux limites des gouvernements de coalition dirig&#233;s par le PT, qui ont opt&#233; pour la concertation avec la classe dirigeante pour r&#233;guler le capitalisme &#171; sauvage &#187;. Bien qu'il existe des corr&#233;lations &#224; long terme entre la scolarisation et la croissance &#233;conomique, aucune causalit&#233; directe n'a &#233;t&#233; identifi&#233;e qui soit incontestable, encore moins si l'on inclut la variable de la r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s sociales, comme le confirme la Cor&#233;e du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est incontestable, c'est que la bourgeoisie br&#233;silienne s'est unie en 2016 pour renverser le gouvernement de Dilma Rousseff, malgr&#233; la mod&#233;ration des r&#233;formes men&#233;es. Il n'est pas surprenant que la classe dirigeante n'ait eu aucun scrupule &#224; aller jusqu'&#224; manipuler la destitution, en subvertissant les r&#232;gles du r&#233;gime pour s'emparer du pouvoir au profit de ses repr&#233;sentants directs, comme Michel Temer. Le d&#233;fi est d'expliquer pourquoi la classe ouvri&#232;re n'&#233;tait pas pr&#234;te &#224; se battre pour la d&#233;fendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les salaires repr&#233;sentaient plus de la moiti&#233; de la richesse nationale au d&#233;but des ann&#233;es 1990 et, au cours des trente derni&#232;res ann&#233;es, ils sont tomb&#233;s &#224; un peu plus de 40 % en 1999 et, malgr&#233; la reprise observ&#233;e entre 2004 et 2010, ils sont toujours inf&#233;rieurs au niveau de 50 % de 2014 encore aujourd'hui, en 2024. Cette variable est significative pour une &#233;valuation de l'&#233;volution des in&#233;galit&#233;s sociales, car le Br&#233;sil de 2024 est une soci&#233;t&#233; qui a d&#233;j&#224; achev&#233; la transition historique du monde rural vers le monde urbain (86% de la population vit en ville), et la majorit&#233; de ceux et celles qui travaillent sous contrat, soit 38 millions avec un contrat de travail et 13 millions de fonctionnaires, re&#231;oivent des salaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix autres millions de personnes ont un employeur mais pas de contrat. Il est vrai qu'il y a encore 25 millions de Br&#233;silien-nes qui vivent d'un travail ind&#233;pendant, mais ils sont proportionnellement moins nombreux que par le pass&#233;. La bourgeoisie n'a aucune raison de se plaindre du r&#233;gime lib&#233;ral. Malgr&#233; cela, une fraction de la bourgeoisie, comme celle de l'agro-industrie et d'autres, soutient le n&#233;ofascisme et sa strat&#233;gie autoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les donn&#233;es indiquant que les in&#233;galit&#233;s sociales ont diminu&#233; parmi les salari&#233;-es sont convaincantes. Mais pas parce que l'injustice a diminu&#233;, bien que la mis&#232;re, elle, ait diminu&#233;. Ce processus s'est produit parce qu'il y a eu deux tendances oppos&#233;es sur le march&#233; du travail. L'une est relativement nouvelle et l'autre est plus ancienne. La premi&#232;re &#233;tait l'augmentation des planchers salariaux des secteurs les moins qualifi&#233;s et les moins organis&#233;s. Le salaire minimum a augment&#233; lentement mais s&#251;rement au-dessus de la d&#233;valuation depuis 1994 avec l'introduction du real, s'acc&#233;l&#233;rant dans les ann&#233;es des gouvernements de Lula et Dilma Rousseff.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un ph&#233;nom&#232;ne nouveau, puisque c'est l'inverse qui s'est produit au cours des quinze ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes. Le salaire minimum est une variable &#233;conomique cl&#233; car c'est le plancher des retraites de l'INSS, c'est pourquoi la bourgeoisie exige qu'il soit renvoy&#233;. La reprise &#233;conomique favoris&#233;e par le cycle mondial d'augmentation de la demande de mati&#232;res premi&#232;res a entra&#238;n&#233; une baisse du ch&#244;mage &#224; partir du second semestre 2005, culminant en 2014 en une situation de quasi-plein emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distribution massive de Bolsa Fam&#237;lia semble &#233;galement avoir exerc&#233; une pression sur la r&#233;mun&#233;ration du travail manuel, en particulier dans les r&#233;gions moins industrialis&#233;es. La deuxi&#232;me tendance est la baisse continue de la r&#233;mun&#233;ration des emplois n&#233;cessitant des &#233;tudes secondaires et sup&#233;rieures, un processus qui se produit depuis les ann&#233;es 1980. En conclusion, les donn&#233;es disponibles semblent indiquer que l'augmentation de la scolarisation n'est plus un facteur important d'ascension sociale, comme c'&#233;tait le cas par le pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loyaut&#233; politique des masses populaires envers le lulisme est une expression du premier ph&#233;nom&#232;ne. La vie des plus pauvres s'est am&#233;lior&#233;e pendant les ann&#233;es des gouvernements PT. La division entre les salari&#233;-rs qui gagnent plus de deux fois le salaire minimum exprime un ressentiment social qui a &#233;t&#233; manipul&#233; par le bolsonarisme. Si la gauche ne reprend pas confiance dans ce secteur de la main-d'&#339;uvre, le danger pour 2026 est grand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] L'in&#233;galit&#233; sociale est une variable qui cherche &#224; mesurer la disparit&#233; des conditions socio-&#233;conomiques. Le Social Radar, une &#233;tude de l'IPEA (Institut de recherche &#233;conomique appliqu&#233;e) confirme que les 1% les plus riches des Br&#233;silien-nes ont un revenu &#233;quivalent &#224; celui des 50% les plus pauvres. L'autod&#233;claration pr&#233;sente des marges d'erreur importantes, si les donn&#233;es ne sont pas crois&#233;es avec d'autres sources, telles que l'IRPF (imp&#244;t sur le revenu des personnes physiques) et l'IRPJ (imp&#244;t sur le revenu des personnes morales). Cette incertitude a toujours &#233;t&#233; excellente pour &#233;valuer les in&#233;galit&#233;s au Br&#233;sil. Consulter en : &lt;a href=&#034;https://www.ibge.gov.br/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ibge.gov.br/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Une autre dimension de l'&#233;tude de la transition d'une soci&#233;t&#233; &#224; pr&#233;dominance rurale est l'&#233;valuation de la d&#233;mographie br&#233;silienne. Nous sommes au plus fort de la transition d&#233;mographique. La population de plus de 60 ans est toujours d'environ 15 %, inf&#233;rieure &#224; celle des pays centraux o&#249; elle atteint 20 % voire 25 %, mais les enfants et les jeunes, qui &#233;taient d'environ 50 %, sont tomb&#233;s &#224; environ 20 %. En 1970, les femmes br&#233;siliennes avaient en moyenne 5,8 enfants. Trente ans plus tard, cette moyenne &#233;tait de 2,3 enfants. En 2016, il &#233;tait de 1,8 et est depuis tomb&#233; &#224; 1,5. La courbe d&#233;mographique est &#224; la fois fascinante et inqui&#233;tante : chaque ann&#233;e, environ deux millions de jeunes sont &#224; la recherche de leur premier emploi. Cela montre le dynamisme de l'expansion de la main-d'&#339;uvre disponible, ainsi que la n&#233;cessit&#233; de taux de croissance &#233;lev&#233;s du PIB pour r&#233;duire le ch&#244;mage. L'ampleur de cette croissance du PAE peut &#234;tre pleinement &#233;valu&#233;e si l'on compare les donn&#233;es du Br&#233;sil avec celles de la France : l'expansion de la population active est pass&#233;e de 20 &#224; 26 millions en l'espace de 40 ans, de 1950 &#224; 1990, c'est-&#224;-dire qu'elle a augment&#233; de 30 %, alors qu'au Br&#233;sil elle a doubl&#233; en 30 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Valerio Arcary est historien, militant de la PSOL (R&#233;sistance) et auteur de O martelo da Hist&#243;ria : ensaios sobre a urg&#234;ncia da revolu&#231;&#227;o contempor&#226;nea (Sundermann, 2016).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduction du portugais : Jacobinlat, r&#233;vis&#233; pour Rebeli&#243;n par Alfredo Iglesias Di&#233;guez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source (de l'original) : &lt;a href=&#034;https://aterraeredonda.com.br/o-bolsonarismo-pode-voltar-ao-poder/#_ednref1&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://aterraeredonda.com.br/o-bolsonarismo-pode-voltar-ao-poder/#_ednref1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Source (de la traduction en espagnol)&lt;/strong&gt; : &lt;a href=&#034;https://jacobinlat.com/2024/05/25/el-bolsonarismo-puede-volver-al-poder/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://jacobinlat.com/2024/05/25/el-bolsonarismo-puede-volver-al-poder/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>La d&#233;monstration de force de l'extr&#234;me droite br&#233;silienne</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-demonstration-de-force-de-l-extreme-droite-bresilienne</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/La-demonstration-de-force-de-l-extreme-droite-bresilienne</guid>
		<dc:date>2024-03-05T06:39:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Val&#233;rio Arcary</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2024-03-05</dc:subject>
		<dc:subject>Br&#233;sil</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La mobilisation de dimanche montre que le rapport de force social ne s'est pas invers&#233;. Le pays reste fragment&#233; et l'extr&#234;me droite p&#232;se toujours plus lourd dans la partie politiquement active de la soci&#233;t&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Inprecor 718 - mars 2024 28 f&#233;vrier 2024 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Valerio Arcary &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Se mettre en route tout de suite, c'est la moiti&#233; de l'action. Pense lentement. Agis vite&#034;. (sagesse populaire grecque). &lt;br class='autobr' /&gt;
La mobilisation du dimanche 25 f&#233;vrier a &#233;t&#233; &#233;norme. Soyons rigoureux, elle a &#233;t&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2024-03-05-+" rel="tag"&gt;Edition du 2024-03-05&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Bresil-+" rel="tag"&gt;Br&#233;sil&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Amerique-centrale-et-du-sud-1696-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/000_34k79a8-ae043.jpg?1781036264' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La mobilisation de dimanche montre que le rapport de force social ne s'est pas invers&#233;. Le pays reste fragment&#233; et l'extr&#234;me droite p&#232;se toujours plus lourd dans la partie politiquement active de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Inprecor 718 - mars 2024&lt;br class='autobr' /&gt;
28 f&#233;vrier 2024&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Valerio Arcary&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;&lt;i&gt;Se mettre en route tout de suite, c'est la moiti&#233; de l'action. Pense lentement. Agis vite&#034;. (sagesse populaire grecque&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mobilisation du dimanche 25 f&#233;vrier a &#233;t&#233; &#233;norme. Soyons rigoureux, elle a &#233;t&#233; Immense. Elle a &#233;t&#233; &#233;tonnante, tant sur le plan quantitatif que qualitatif. Le Bolsonarisme a fait descendre plus de 100 000 personnes tr&#232;s exalt&#233;es dans les rues pendant plus de trois heures, sous une chaleur &#233;touffante. La composition sociale n'&#233;tait pas surprenante : il s'agissait de la classe moyenne blanche, d'&#226;ge moyen, furieusement anticommuniste, entra&#238;nant des secteurs &#233;vang&#233;liques populaires. Mais l'ampleur et l'ardeur l'&#233;taient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'uniforme des maillots jaunes de la CBF(&lt;i&gt;Conf&#233;d&#233;ration Br&#233;silienne de Foot&lt;/i&gt;), les innombrables drapeaux isra&#233;liens, la haine de Lula, le ressentiment de la d&#233;faite &#233;lectorale, l'adh&#233;sion explicite au projet de coup d'&#201;tat, l'excitation suscit&#233;e par le discours &#233;mouvant de Michelle (&lt;i&gt;la femme de Bolsonaro&lt;/i&gt;), l'adulation du chef, l'excitation suscit&#233;e par l'extr&#233;misme de Silas Malafaia (&lt;i&gt;un &#233;crivain &#233;vang&#233;liste br&#233;silien, dirigeant des Assembl&#233;es de Dieu Victoire en Christ&lt;/i&gt;) , l'ensemble mi accablant et apocalyptique. Le moral des n&#233;o-fascistes &#233;tait au beau fixe. Ils sont descendus dans la rue pour se battre. L' Avenue Paulista (&lt;i&gt;av. centrale de Sao Paulo&lt;/i&gt;) n'&#233;tait peut-&#234;tre que le d&#233;but d'une campagne. L'&#233;lan de ce dimanche devrait alimenter de nouvelles manifestations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En force&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils n'ont pas r&#233;agi lorsque Jair Bolsonaro est devenu in&#233;ligible, alors qu'il &#233;tait tr&#232;s accul&#233;, mais aujourd'hui ils reviennent en force. Ils ont occup&#233; l'avenue Paulista dans la plus grande manifestation depuis le 7 septembre 2021, lorsqu'il &#233;tait pr&#233;sident. Mais dans un contexte incomparablement plus difficile : une avalanche de preuves a &#233;t&#233; recueillie par la police f&#233;d&#233;rale depuis la confession r&#233;compens&#233;e de Mauro Cid (&lt;i&gt;lieutenant colonel qui &#233;tait l' aide de camp de Jair Bolsonaro&lt;/i&gt;), confirmant son engagement dans la pr&#233;paration d'un coup d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence de quatre gouverneurs &#8211; Minas Gerais, Santa Catarina, Goi&#225;s et pas moins que Tarc&#237;sio de Freitas (&lt;i&gt;gouverneur de Sao Paulo, ex ministre du gouvernement Bolsonaro&lt;/i&gt;) &#8211;, de plus d'une centaine de d&#233;put&#233;s f&#233;d&#233;raux, de centaines de maires, dont celui de S&#227;o Paulo, ainsi que d'innombrables conseillers municipaux, montre qu'ils disposent d'un &#233;norme soutien institutionnel. Ils se sont sentis victorieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Solidaires entre eux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette volont&#233; de solidarit&#233; publique inconditionnelle semble &#233;tonnante, un dangereux calcul des risques, alors qu'il est probant que l'enqu&#234;te sur les crimes de Jair Bolsonaro, et de son cercle de g&#233;n&#233;raux quatre &#233;toiles, a d&#233;j&#224; recueilli des preuves irr&#233;futables de culpabilit&#233;. Mais ils &#233;taient tous l&#224;. Pourquoi &#233;taient-ils l&#224; ? Parce que leur destin est indissociable de celui de Jair Bolsonaro. Tous ceux qui se sont rendus &#224; l'Avenue Paulista, sur le terrain et sur la sc&#232;ne, &#233;taient complices du coup d'&#201;tat. Le cri qui les a unis est le suivant : n'arr&#234;tez pas Jair Bolsonaro. Ne nous y trompons pas, nous l'avons bien entendu. Ils en sont sortis renforc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tau policier-l&#233;gal autour de Jair Bolsonaro s'est resserr&#233; depuis l'op&#233;ration de la maison d'Angra dos Reis (&lt;i&gt;r&#233;sidence de Bolsonaro&lt;/i&gt;) &#224; la mi-janvier et, un mois plus tard, lorsqu'elle a touch&#233; les g&#233;n&#233;raux, et l'extr&#234;me droite a d&#233;cid&#233; de passer &#224; la contre-attaque. Pourquoi maintenant ? Parce qu'ils &#233;taient convaincus qu'ils allaient r&#233;ussir. Ce n'&#233;tait pas seulement un appel &#224; leur base sociale pour &#034;prendre une photo&#034;. C'&#233;tait une d&#233;monstration de force dans une situation d&#233;fensive. Quels sont leurs objectifs ? Il ne veut pas &#234;tre arr&#234;t&#233;, alors il a d&#233;guis&#233; son chantage avec la formule d'Amnistie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une menace de grande ampleur&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jair Bolsonaro a montr&#233; ses dents pour prouver que, si n&#233;cessaire, il sait mordre. Il a menac&#233; la Cour supr&#234;me et le gouvernement, soutenu par la force des r&#233;seaux sociaux, de la rue et du Congr&#232;s. Il veut avoir la garantie que la l&#233;galit&#233; de son mouvement sera pr&#233;serv&#233;e.&lt;i&gt; La pi&#232;ce ma&#238;tresse de la tactique, pour ceux qui h&#233;siteraient ou douteraient encore, c'est : la prison pour Jair Bolsonaro et les g&#233;n&#233;raux putschistes (soulign&#233; par nous).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diminuer l'impact du rassemblement de l'ultra-droite, dans la veine &#171; n&#233;gationniste &#187; d'une partie de la gauche &#8211; qui dit que la manifestation ne &#171; change rien &#187; et qu'Alexandre de Moraes &#171; ne va pas reculer &#187; (&lt;i&gt;A. de Moraes est le Pr&#233;sident du Tribunal Sup&#233;rieur Electoral du Br&#233;sil&lt;/i&gt;) &#8211; n'est pas qu'une superficialit&#233;. Ce n'est pas seulement une analyse biais&#233;e des objectifs de Jair Bolsonaro. C'est un r&#233;sum&#233; de la myopie strat&#233;gique. Ce n'est jamais &#171; tout ou rien &#187; et &#171; maintenant c'est tout de suite &#187; dans la lutte sociale et politique. La lutte contre le bolsonarisme sera un processus complexe et peut-&#234;tre un long processus de lutte politico-id&#233;ologique qui a une dimension internationale et dont l'issue reste incertaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Accumulation de forces&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous-estimer la force sociale de choc des n&#233;o-fascistes est une erreur d'analyse et une faute tactique, car cela nous d&#233;sarme pour la n&#233;cessit&#233; de construire des mobilisations de masse les 8 (&lt;i&gt;Journ&#233;e internationale des femmes&lt;/i&gt;) et 24 mars (&lt;i&gt;Journ&#233;e de mobilisation nationale en d&#233;fense de la d&#233;mocratie&lt;/i&gt;). Elle ne fait qu'entretenir l'hibernation actuelle du peuple de gauche et des directions majoritaires. Ne servent pas non plus les conclusions &#171; psychologisantes &#187; qui pr&#233;tendent expliquer l'initiative de mobilisation parce que Jair Bolsonaro a &#171; peur &#187; d'&#234;tre arr&#234;t&#233;. Se moquer de l'ennemi est l&#233;gitime, et m&#234;me amusant, mais ce n'est pas s&#233;rieux. Jair Bolsonaro est un monstre avec l'&#171; instinct &#187; de pouvoir, mais il a encore de la force. Il est bless&#233;, accul&#233;, sur la d&#233;fensive, mais pas moins dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son arrestation serait une d&#233;faite, mais pas irr&#233;versible, s'il parvient &#224; pr&#233;server l'influence de masse qu'il a conquis. La ligne du discours &#233;tait une man&#339;uvre pariant sur la possibilit&#233; d'&#233;largir les alliances avec la droite lib&#233;rale. Nous savons d&#233;j&#224; qu'il existe une position consolid&#233;e dans des fractions de la bourgeoisie lib&#233;rale, qui a d&#233;fendu la troisi&#232;me voie aux &#233;lections, qui d&#233;nonce Alexandre de Moraes pour les &#171; exc&#232;s &#187; des longues peines de prison contre les &#171; fauteurs de troubles &#187; du 8 janvier (&lt;i&gt;08/01/23, le soul&#232;vement des manifestants &#224; Brasilia, Place des trois pouvoirs, contre l' &#233;lection de Lula&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amnistie, pacification politique et d&#233;fense de la l&#233;gitimit&#233; de l'extr&#234;me droite comme courant &#233;lectoral ont &#233;t&#233; les &#233;tendards de Jair Bolsonaro dans l'Avenue Paulista. Il explore une br&#232;che d&#233;licate. Il ne peut &#234;tre condamn&#233; sans que les g&#233;n&#233;raux aux quatre &#233;toiles qui l'ont soutenu jusqu'au bout ne soient eux aussi emprisonn&#233;s. Au Br&#233;sil, les g&#233;n&#233;raux putschistes n'ont jamais &#233;t&#233; jug&#233;s et condamn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faire face, dans l'unit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ultra-droite op&#232;re un virage tactique ou un repositionnement politique depuis sa d&#233;faite &#233;lectorale et, surtout, depuis l'&#233;chec du soul&#232;vement du 8 janvier dernier. Son projet est de garantir une pr&#233;sence l&#233;gale au &#034;mouvement&#034; pour assurer son droit &#224; participer aux &#233;lections de cette ann&#233;e, et d'accumuler des forces pour se pr&#233;senter avec Jair Bolsonaro &#224; la pr&#233;sidence en 2026, comme Donald Trump est en train de le faire cette ann&#233;e aux &#201;tats-Unis. M&#234;me s'il est arr&#234;t&#233;, et donc qualitativement affaibli, Jair Bolsonaro veut &#234;tre candidat. La manifestation ob&#233;it au calcul qu'il a la force sociale et politique d'essayer d'&#233;chapper &#224; la prison. Jair Bolsonaro veut n&#233;gocier, mais en position de force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation a plac&#233; entre les mains de la gauche le d&#233;fi de la lutte pour l'arrestation de Bolsonaro et des g&#233;n&#233;raux putschistes. Le plus grand danger serait maintenant la division de la gauche. La gauche ne peut pas reculer sur la position &#171; No Amnesty &#187; sans qu'une d&#233;moralisation irr&#233;parable ne nous atteigne&#8230; Ceux qui affirment que la lutte pour l'arrestation de Jair Bolsonaro est un pi&#232;ge, parce son entr&#233;e en prison le rendrait &#171; martyr &#187;, se trompent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un combat d&#233;terminant&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La base sociale de Bolsonaro comporte plusieurs couches. Il y a un &#171; noyau dur &#187;, environ 10 % de n&#233;ofascistes dans le pays, soit quelque 15 millions de personnes, qui est inexpugnable. Mais une sympathie moins id&#233;ologique pour l'extr&#234;me droite atteint davantage : 15 %, voire 20 %. L'impact des proc&#232;s &#233;rodera les sympathies de dizaines de millions de personnes, en particulier parmi les classes populaires. L'arrestation de Jair Bolsonaro ne sera pas seulement une bataille juridique. Elle ne peut reposer uniquement sur l'autorit&#233; de la Cour supr&#234;me. Il s'agira d'une campagne pour la conscience populaire. Nous ne devons jamais abandonner la partie de la classe ouvri&#232;re qui a &#233;t&#233; attir&#233;e par le bolsonarisme. La condamnation de Jair Bolsonaro et des g&#233;n&#233;raux serait la plus grande victoire d&#233;mocratique depuis la victoire &#233;lectorale de Lula, voire depuis la fin de la dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les responsabilit&#233;s de la gauche&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; gauche, il faut avoir la lucidit&#233; de comprendre que le rapport de force social n'a pas chang&#233;. Le pays est toujours fragment&#233;, l'extr&#234;me droite a toujours plus de poids dans la partie politiquement active de la soci&#233;t&#233;, plus activiste sur les r&#233;seaux sociaux et aussi dans la rue. Mais le rapport de force politique a &#233;volu&#233; favorablement du fait de la victoire de Lula aux &#233;lections. Il a &#233;volu&#233; positivement avec la fermet&#233; d'Alexandre de Moraes contre les putschistes. Mais rien n'est fig&#233;, et qui n'avance pas recule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quand remonte la derni&#232;re fois o&#249; la gauche a rassembl&#233; autant de monde sur l'Avenue Paulista ? Le jour de la victoire de Lula en 2022 ? Le tsunami de l'&#233;ducation en 2019 ? Cela sera-t-il difficile ? La seule r&#233;ponse honn&#234;te est oui. Mais le bolsonarisme ne pourra pas maintenir ind&#233;finiment son h&#233;g&#233;monie dans la rue et sur les r&#233;seaux. La pire des d&#233;faites, nous le savons, est la d&#233;faite sans combat. Tous les partis de gauche, les mouvements sociaux populaires des campagnes et des villes, les mouvements de femmes et de Noirs, les mouvements &#233;tudiants et culturels, les mouvements LGBT et environnementaux sont appel&#233;s &#224; se manifester et &#224; organiser la riposte les 8 et 24 mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*Val&#233;rio Arcary est un professeur d'histoire de l'IFSP &#224; la retraite. Auteur, entre autres, de Nobody said it would be easy (Boitempo). [&lt;a href=&#034;https://amzn.to/3OWSRAc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://amzn.to/3OWSRAc&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Br&#233;sil : Labyrinthe r&#233;actionnaire. Le danger de la d&#233;faite historique</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Bresil-Labyrinthe-reactionnaire-Le-danger-de-la-defaite-historique</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Bresil-Labyrinthe-reactionnaire-Le-danger-de-la-defaite-historique</guid>
		<dc:date>2023-05-30T06:24:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joao Vitor Santos, Val&#233;rio Arcary</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-05-30</dc:subject>
		<dc:subject>Br&#233;sil</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le professeur Arcary a pr&#233;sent&#233; son dernier livre, Labirinto reacion&#225;rio : o perigo da derrota hist&#243;rica (Usina Editorial, 2023), dans lequel il explique la situation qui a conduit &#224; l'adh&#233;sion sociale aux valeurs d'extr&#234;me droite. Il reconna&#238;t les progr&#232;s r&#233;alis&#233;s gr&#226;ce &#224; la victoire de Lula aux &#233;lections, m&#234;me s'il estime qu'il reste encore beaucoup &#224; faire. Il souligne que &#034;la capacit&#233; de mobilisation de la gauche est faible. Malgr&#233; cela, il y a eu quelques signes, petits mais (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2023-05-30-+" rel="tag"&gt;Edition du 2023-05-30&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Bresil-+" rel="tag"&gt;Br&#233;sil&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Amerique-centrale-et-du-sud-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/lula_et_bolsonaro-45a18.png?1781036265' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le professeur Arcary a pr&#233;sent&#233; son dernier livre, &lt;i&gt;Labirinto reacion&#225;rio : o perigo da derrota hist&#243;rica&lt;/i&gt; (Usina Editorial, 2023), dans lequel il explique la situation qui a conduit &#224; l'adh&#233;sion sociale aux valeurs d'extr&#234;me droite. Il reconna&#238;t les progr&#232;s r&#233;alis&#233;s gr&#226;ce &#224; la victoire de Lula aux &#233;lections, m&#234;me s'il estime qu'il reste encore beaucoup &#224; faire. Il souligne que &lt;i&gt;&#034;la capacit&#233; de mobilisation de la gauche est faible. Malgr&#233; cela, il y a eu quelques signes, petits mais encourageants, d'une reprise de la d&#233;termination, dans des secteurs de l'avant-garde ou dans certaines cat&#233;gories de travailleurs mieux organis&#233;s&#034;&lt;/i&gt;. N&#233;anmoins, il r&#233;sume la situation ainsi : &lt;i&gt;&#034;sans lutte sociale, le gouvernement de Lula &#233;chouera&#034;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;26 mai 2023 | tir&#233; de Viento sur &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://vientosur.info/brasil-laberinto-reaccionario-el-peligro-de-la-derrota-historica/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://vientosur.info/brasil-laberinto-reaccionario-el-peligro-de-la-derrota-historica/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;- Comment en est-on arriv&#233; &#224; cette spirale r&#233;actionnaire et en trouverons-nous la sortie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, il est d&#233;cisif de comprendre cette spirale r&#233;actionnaire : apr&#232;s tout, comment cela a-t-il &#233;t&#233; possible ? Pourquoi cela s'est-il produit ? Un bon crit&#232;re est de chausser les &#034;sandales de l'humilit&#233;&#034;. Cette question sera &#233;tudi&#233;e dans les ann&#233;es &#224; venir et, comme tout probl&#232;me complexe, elle comporte de nombreuses d&#233;terminations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avalanche bolsonariste a culmin&#233; dans une dynamique sociale contre-r&#233;volutionnaire tr&#232;s profonde, comparable &#224; ce que le pays a connu sous la dictature. Les trois variables les plus importantes &#233;taient les suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(a) un processus de transition de la majorit&#233; de la bourgeoisie d'un soutien critique aux gouvernements du PT, entre 2003 et 2013, &#224; une opposition mod&#233;r&#233;e, entre 2013 et d&#233;cembre 2015, &#224; une opposition frontale et &#224; la destitution de Dilma Rousseff ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(b) la d&#233;faite de la vague de mobilisations de juin 2013 - comparable seulement dans sa massivit&#233; aux Directas Ya de 1984 - qui a &#233;clat&#233;, pour l'essentiel, spontan&#233;ment et de mani&#232;re inorganis&#233;e ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(c) qui nous conduit au tournant radical de la classe moyenne vers l'opposition aux gouvernements du PT, ainsi que de secteurs massifs de la classe ouvri&#232;re dans le Sud-Est et le Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du mensal&#227;o au Lava Jato&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce tournant sociopolitique a commenc&#233; avec le mensal&#227;o (un m&#233;canisme de corruption mis en &#339;uvre par les dirigeants du PT dans le premier gouvernement Lula, &#233;tablissant un compromis de &#034;gouvernabilit&#233;&#034; avec la droite parlementaire et les factions affairistes), a men&#233; &#224; la d&#233;t&#233;rioration de la situation socio-&#233;conomique apr&#232;s la crise de 2008-2009, a fait un bond en 2013, lorsque des groupes fascistes ont os&#233; descendre dans la rue, et s'est aggrav&#233; qualitativement avec le Lava Jato, &#224; partir de novembre 2014. Les facteurs d&#233;terminants semblent avoir &#233;t&#233; au nombre de quatre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(a) la stagnation et la tendance &#224; la baisse des revenus des secteurs moyens, avec l'impact de l'inflation sur les services et les augmentations d'imp&#244;ts ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(b) la perception que la vie se d&#233;grade parce que les gouvernements sont corrompus, en particulier ceux du PT, parce que les dirigeants ouvriers au pouvoir &#034;se graissent la patte&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(c) l'augmentation de la violence urbaine, des taux d'homicide et le renforcement du crime organis&#233; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(d) la r&#233;action d'un secteur plus r&#233;trograde, raciste, misogyne et homophobe de la soci&#233;t&#233; &#224; l'impact de la transition urbaine, g&#233;n&#233;rationnelle et culturelle de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultat du processus : un mouvement politico-culturel n&#233;o-fasciste de masse est apparu. La situation r&#233;actionnaire n'a pas encore &#233;t&#233; invers&#233;e. Mais la victoire de Lula a &#233;t&#233; gigantesque. L'espoir peut vaincre la peur. Seule la lutte contre le bolsonarisme peut l'arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;- Dans quelle mesure les &#233;v&#233;nements de 2013 et 2015 alimentent-ils une action r&#233;actionnaire dans le pays ? Pourquoi, face &#224; ces &#233;v&#233;nements, au lieu de s'orienter vers l'extr&#234;me droite, n'y a-t-il pas eu un brusque virage &#224; gauche ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 2015 n'a pas &#233;t&#233; la suite des &#233;v&#233;nements de 2013. Il y avait un conflit en cours depuis juin 2013. Dilma Rousseff a gagn&#233; le second tour en octobre 2014. Mais nous avons ensuite subi de lourdes d&#233;faites. L'offensive bourgeoise de 2016 a &#233;t&#233; monumentale, elle a fractur&#233; la soci&#233;t&#233;, elle a gagn&#233; les secteurs interm&#233;diaires, elle a d&#233;plac&#233; une majorit&#233; sociale qui a &#233;lu Bolsonaro en 2018. Des facteurs objectifs et subjectifs expliquent pourquoi, depuis 2016, il reste si difficile pour la classe ouvri&#232;re d'occuper la sc&#232;ne des grandes mobilisations :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) le ch&#244;mage, donc la peur des licenciements, et la f&#233;rocit&#233; de la lutte quotidienne pour la survie nourrissent l'ins&#233;curit&#233; sociale et le d&#233;sespoir politique ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) les politiques publiques des 30 derni&#232;res ann&#233;es, telles que la cr&#233;ation d'un filet de s&#233;curit&#233; sociale avec Previd&#234;ncia, SUS (Sistema &#218;nico de Sa&#250;de), Bolsa Fam&#237;lia, entre autres, n'existaient pas en 1984, lors des Directas Ya, ni en 1992, lors de l'&#233;viction de Fernando Collor de Mello, et, paradoxalement, elles att&#233;nuent l'impact de la crise &#233;conomique et sociale ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) d'autres r&#233;seaux qui amortissent la paup&#233;risation croissante, tels que l'expansion des &#233;glises &#233;vang&#233;liques, et d'autres processus, tels que l'immigration et les transferts de fonds des immigr&#233;s ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(4) la peur croissante de la r&#233;pression ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(5) la d&#233;sindustrialisation, les transformations structurelles du monde du travail, d'o&#249; une plus grande faiblesse organique des secteurs organis&#233;s de la classe et l'extension du semi-prol&#233;tariat ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(6) le poids des d&#233;faites accumul&#233;es dans la conscience de la classe, en particulier la destitution de Dilma Rousseff, l'emprisonnement de Lula et l'&#233;lection de Bolsonaro ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(7) les illusions en Bolsonaro ou le virage &#224; droite d'une partie de la classe ouvri&#232;re plus conservatrice au niveau des valeurs et plus vuln&#233;rable, politiquement, au discours de la guerre contre la criminalit&#233;, voire contre la corruption ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(8) la force de l'offensive bourgeoise et son discours selon lequel la croissance &#233;conomique est une question de temps, &#224; condition que des &#034;r&#233;formes&#034; soient r&#233;alis&#233;es ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(9) le glissement de la classe moyenne vers l'extr&#234;me droite et la pression de l'impact de ses mobilisations depuis 2015-2016 ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(10) les tr&#232;s graves erreurs des gouvernements du PT, en particulier les politiques de Dilma Rousseff apr&#232;s les &#233;lections de 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains de ces facteurs p&#232;sent plus et d'autres moins. Le r&#244;le des leaders doit &#234;tre inspirant. Mais l'autorit&#233; de la gauche a diminu&#233;, et de beaucoup. M&#234;me lorsque le ph&#233;nom&#232;ne est contradictoire. Celle du PT a beaucoup baiss&#233; et celle du PSOL a un peu augment&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Erreurs, d&#233;viations et horizons&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, il y a des responsables. Ils ont des noms et des pr&#233;noms. Mais dire que le PT est responsable en premier lieu, et le r&#233;p&#233;ter chaque jour, ne changera pas l'ins&#233;curit&#233; du peuple, tourment&#233; dans la lutte quotidienne pour la survie. Une &#233;valuation rigoureuse doit &#234;tre juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les limites du PT sont devenues &#233;videntes : il reste attach&#233; &#224; un projet de r&#233;gulation du capitalisme. Le d&#233;fi est que m&#234;me des r&#233;formes &#233;l&#233;mentaires ont pr&#233;cipit&#233; la r&#233;action d'un coup d'&#201;tat. Et les attentes des masses restent tr&#232;s faibles. La crise devra &#234;tre beaucoup plus grave pour que la volont&#233; de lutter prenne un &#233;lan plus radical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne n'a le genre d'autorit&#233; que Lula avait &#224; son apog&#233;e, pas m&#234;me Lula lui-m&#234;me, mais il est le dirigeant le plus respect&#233;. La gauche manque encore d'autorit&#233; morale, politique et intellectuelle. L'autorit&#233; morale vient de l'exemple donn&#233; par Lula et Guilherme Boulos (principale r&#233;f&#233;rence publique du PSOL, d&#233;put&#233; f&#233;d&#233;ral : ndt). Mais personne n'a l'autorit&#233; suffisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autorit&#233; intellectuelle vient de la force des id&#233;es. Dans ce domaine, nous sommes encore sur la d&#233;fensive. Cela ne veut pas dire que le rapport de force social entre les classes ne peut pas changer. Bien s&#251;r qu'il peut changer. Le r&#244;le de la gauche doit &#234;tre d'&#233;lever le niveau de conscience. Mais il ne s'agit pas seulement d'un probl&#232;me de communication. Il est vrai que l'agitation dans les r&#233;seaux sociaux est insuffisante. Mais ce n'est pas le probl&#232;me fondamental. La question centrale est que les grands fronts doivent croire qu'il est possible de gagner pour mobiliser des millions de personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;- La gauche nationale est-elle aujourd'hui capable de comprendre les nouvelles formes d'organisation du travail et, surtout, cette nouvelle classe ouvri&#232;re qui &#233;merge dans ce sc&#233;nario ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, il y a une nouvelle classe ouvri&#232;re, &#224; la fois dans ses dimensions objective et subjective. Nous avons deux composantes dans la classe. Les 37/38 millions de personnes ayant un contrat de travail, dont 12 millions de travailleurs de l'industrie, et les 13/14 millions d'employ&#233;s du secteur public. L'autre composante, ce sont les 10 millions qui ont un employeur mais pas de contrat, et les 25 millions qui sont ind&#233;pendants, un semi-prol&#233;tariat. Mais je suis de ceux qui affirment que les plus grands changements sont subjectifs. La classe ouvri&#232;re est un g&#233;ant social. Elle est immens&#233;ment grande et puissante. Mais elle ne sait pas &#224; quel point elle est forte. Elle a perdu confiance et elle est divis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche, en revanche, est tr&#232;s pluraliste. Nous avons une gauche politique organis&#233;e en partis, comme le PT, le PSOL, le PCdoB et d'autres. Nous avons une gauche sociale dans les mouvements populaires, syndicaux et agraires, noirs et f&#233;ministes, &#233;tudiants et LGBT, &#233;cologistes et culturels, etc. Nous avons une gauche universitaire. Il y a des secteurs mod&#233;r&#233;s et radicaux et, entre eux, de nombreux courants interm&#233;diaires. La gauche est, pour l'essentiel, tr&#232;s mod&#233;r&#233;e. Dramatiquement mod&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, je pense que l'ensemble de la gauche a &#233;t&#233; secou&#233;e dans une certaine mesure par cinq changements majeurs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(a) l'impact de la restauration capitaliste il y a 30 ans ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(b) l'offensive n&#233;olib&#233;rale en Am&#233;rique latine et la vague de d&#233;sindustrialisation ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(c) l'&#233;mergence du r&#233;chauffement climatique ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(d) les journ&#233;es de juin 2013, il y a dix ans ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(e) par la trag&#233;die du coup d'&#201;tat institutionnel et le danger n&#233;o-fasciste d'une d&#233;faite historique depuis 2016.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le monde et le Br&#233;sil ont chang&#233;. La question strat&#233;gique centrale est de renverser le rapport de force social et d'ouvrir la voie &#224; une recrudescence de la lutte de masse. Sans lutte sociale, le gouvernement Lula &#233;chouera.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;- Quel devrait &#234;tre le programme du progressisme de gauche au 21e si&#232;cle ? Quelle est la lutte centrale et comment est-elle abord&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte centrale est la lutte pour le pouvoir. Une gauche qui perd son &#034;instinct de puissance&#034; est impuissante. Elle sera perdue sans boussole de classe. Le programme de la gauche doit &#234;tre le socialisme. Un socialisme qui d&#233;passe les trag&#233;dies du si&#232;cle dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde ne changera pas par le bas dans une lutte &#233;ternelle pour des concessions n&#233;goci&#233;es. M&#234;me si nous avons gagn&#233; quelques droits, comme la Bolsa Familia, ils sont toujours menac&#233;s, ils sont &#233;ph&#233;m&#232;res, transitoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voie ne peut &#234;tre que la mobilisation permanente pour d&#233;passer le capitalisme. Cette lutte pour la r&#233;volution br&#233;silienne passe par la lutte pour des r&#233;formes qui peuvent mobiliser les larges masses. Mais il y a des obstacles et il faut &#234;tre lucide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des facteurs objectifs et subjectifs expliquent pourquoi il est encore si difficile pour la classe ouvri&#232;re d'entrer en sc&#232;ne. Ces facteurs, cit&#233;s plus haut, sont les suivants&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) nous avons dix millions de ch&#244;meurs, quatre millions de d&#233;courag&#233;s ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) les politiques publiques des 30 derni&#232;res ann&#233;es att&#233;nuent l'impact de la crise &#233;conomique et sociale ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) d'autres r&#233;seaux existent pour amortir la paup&#233;risation croissante ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(4) la crainte accrue de la r&#233;pression avec l'&#233;mergence de milices dans les p&#233;riph&#233;ries et le r&#244;le perturbateur de la criminalit&#233; organis&#233;e ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(5) la d&#233;sindustrialisation et les transformations structurelles du monde du travail ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(6) le poids des d&#233;faites accumul&#233;es sur la conscience de classe ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(7) le glissement &#224; droite d'une partie de la classe ouvri&#232;re ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(8) le glissement de la classe moyenne vers l'extr&#234;me droite ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(9) les tr&#232;s graves erreurs des gouvernements du PT ; et&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(10) la trag&#233;die de la dispersion et m&#234;me de la fragmentation de la gauche radicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;- Le gouvernement Lula 3 sera-t-il un gouvernement de gauche ? Compte tenu des mouvements observ&#233;s au cours des cinq mois qui ont suivi son investiture, quelle est la strat&#233;gie centrale du gouvernement ? Emprunte-t-il la bonne voie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement Lula est un gouvernement de collaboration de classe, avec des secteurs capitalistes qui sont une repr&#233;sentation organique de fractions de la classe dominante. Il y a des bourgeois dans le gouvernement, mais c'est un gouvernement de gestion d'entreprise &#034;anormale&#034;, parce qu'il est dirig&#233; par Lula et que le parti le plus important est le PT. Oui, le gouvernement est contest&#233;. Mais tout dans la vie comporte des contradictions et est sujet &#224; controverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question strat&#233;gique centrale est que le Bolsonarisme n'a pas encore &#233;t&#233; vaincu. Bolsonaro est sur la d&#233;fensive, mais l'extr&#234;me droite reste tr&#232;s forte. On ne peut pas soutenir le gouvernement de mani&#232;re inconditionnelle. Mais on ne peut pas non plus &#234;tre inconditionnellement contre le gouvernement face &#224; la menace n&#233;o-fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voie de la mobilisation sociale est la cl&#233; pour d&#233;bloquer la situation. L'histoire du capitalisme r&#233;fute la possibilit&#233; d'une r&#233;duction progressive, croissante et ininterrompue des in&#233;galit&#233;s. Ce n'est que lorsqu'il a &#233;t&#233; s&#233;rieusement menac&#233; par le danger r&#233;volutionnaire - par la Commune de Paris en 1871, apr&#232;s la R&#233;volution d'Octobre en Russie, ou apr&#232;s la d&#233;faite du nazisme-fascisme, par exemple - que le capital a accept&#233; de faire des concessions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune classe poss&#233;dante, dans aucune exp&#233;rience historique, n'a jamais renonc&#233; volontairement &#224; ses privil&#232;ges. C'est la lutte pour les r&#233;volutions qui a ouvert la voie aux r&#233;formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet historique de r&#233;forme du capitalisme a &#233;chou&#233; &#224; plusieurs reprises, &#224; d'innombrables reprises. Toutes les exp&#233;riences de r&#233;forme ont &#233;t&#233; fugaces et &#233;ph&#233;m&#232;res. D&#232;s que le capital a r&#233;ussi &#224; neutraliser la force sociale des travailleurs, il a annul&#233; les acquis de la g&#233;n&#233;ration pr&#233;c&#233;dente pour la g&#233;n&#233;ration suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;- L'extr&#234;me droite, au Br&#233;sil et dans le monde, a-t-elle d&#233;j&#224; connu son apog&#233;e ou dispose-t-elle encore d'une grande marge pour r&#233;agir et rebondir et revenir &#224; de grands moments de puissance ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le monde, le n&#233;ofascisme reste un courant tr&#232;s puissant. Trump sera en concurrence avec Biden aux &#201;tats-Unis. Marine Le Pen est le principal leader de l'opposition en France, aujourd'hui encore en concurrence avec M&#233;lenchon contre Macron. Dans le c&#244;ne sud, le fascisme a progress&#233;, comme nous l'avons vu lors des r&#233;centes &#233;lections au Chili et comme l'indiquent les sondages pour l'&#233;lection pr&#233;sidentielle en Argentine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Br&#233;sil, elle a atteint son apog&#233;e au cours des quatre derni&#232;res ann&#233;es. Mais la classe dirigeante reste divis&#233;e, m&#234;me apr&#232;s la victoire &#233;lectorale de Lula en 2022. La d&#233;faite &#233;lectorale de Bolsonaro n'a pas encore chang&#233; le rapport de force social. Le Bolsonarismo n'est pas un &#034;cadavre sans s&#233;pulture&#034;. La &#034;masse de la bourgeoisie&#034; a adopt&#233; un programme d'extr&#234;me droite. Le Bolsonarisme est la principale force d'opposition politique et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fraction la plus r&#233;actionnaire des capitalistes a pris conscience de la gravit&#233; de l'impasse strat&#233;gique impos&#233;e par la stagnation prolong&#233;e. C'est l'une des raisons qui expliquent le coup d'&#201;tat institutionnel d&#233;guis&#233; en impeachment en 2016. Ils pr&#233;conisent un nouveau projet strat&#233;gique : la subversion du pacte social &#233;tabli au cours des 30 derni&#232;res ann&#233;es, depuis la fin de la dictature militaire, le plus long intervalle de r&#233;gime d&#233;mocratique-&#233;lectoral de notre histoire. Ce pacte est pass&#233; par la reconnaissance de droits tels que la s&#233;curit&#233; sociale, le SUS (syst&#232;me unique de sant&#233;) et l'acc&#232;s universel &#224; l'&#233;ducation de base, entre autres. Ils veulent revenir au pouvoir et ils constitueront une opposition implacable &#224; Lula.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;- On parle de la d&#233;faite de l'extr&#234;me-droite au Br&#233;sil, en raison de la victoire de Lula dans les urnes. Mais nous avons l'un des congr&#232;s les plus conservateurs et r&#233;actionnaires de l'histoire. Apr&#232;s tout, qu'est-ce que c'est que cette d&#233;faite ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'une d&#233;faite &#233;lectorale. Un nouveau moment dans la conjoncture n'&#233;quivaut pas &#224; une nouvelle situation dans la lutte des classes. La situation, paradoxalement, est toujours d&#233;fensive. Le rapport de forces social n'a pas encore chang&#233;, comme on peut le voir dans l'atmosph&#232;re des grandes entreprises et dans les sondages d'opinion. Dans les usines et les &#233;coles, dans les quartiers et les familles, la fracture politique demeure. Dans les m&#233;triques des m&#233;dias sociaux, l'engagement de la gauche au sens large a m&#234;me l&#233;g&#232;rement diminu&#233;. La capacit&#233; de mobilisation de la gauche est faible. N&#233;anmoins, il y a eu quelques petits signes, bien qu'encourageants, de reprise de l'humeur, dans les secteurs de l'avant-garde, ou dans certaines cat&#233;gories de travailleurs mieux organis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus important a &#233;t&#233; la mobilisation nationale du 9 janvier, au lendemain de la tentative de coup d'&#201;tat &#224; Brasilia, qui a rassembl&#233; plus de 50 000 personnes sur l'avenue Paulista &#224; S&#227;o Paulo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;- Au-del&#224; des questions politiques et partisanes, quels sont les &#233;l&#233;ments qui font germer les graines de l'extr&#234;me droite ? Dans quel r&#244;le la technologie joue-t-elle dans ce processus ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce tournant politico-social a commenc&#233; avec le mensal&#227;o, a travers&#233; la d&#233;t&#233;rioration de la situation &#233;conomico-sociale apr&#232;s la crise de 2008-2009, a fait un bond &#224; partir de 2013, lorsque des groupes fascistes ont os&#233; descendre dans la rue, et s'est aggrav&#233; qualitativement avec le Lava Jato, &#224; partir de novembre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les facteurs d&#233;terminants semblent avoir &#233;t&#233; les quatre m&#234;mes que ceux mentionn&#233;s ci-dessus : (a) la stagnation avec une tendance &#224; la baisse des revenus des classes moyennes ; (b) la perception que la vie empire parce que les gouvernements sont corrompus ; (c) l'augmentation de la violence urbaine ; (d) la r&#233;action d'un secteur plus arri&#233;r&#233; de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#233;t&#233; quatre longues ann&#233;es, les deux ann&#233;es de la pand&#233;mie, priv&#233;s d'oxyg&#232;ne. Ces quatre mois, nous avons pu respirer. Mais Bolsonaro est toujours &#034;vivant&#034; politiquement et ne doit pas &#234;tre sous-estim&#233;. La d&#233;faite &#233;lectorale d'octobre n'a pas enterr&#233; le Bolsonarisme. L'extr&#234;me-droite reste le principal courant politique d'opposition au gouvernement dans les rues et sur les r&#233;seaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les campagnes quotidiennes des n&#233;ofascistes sur Telegram et les groupes WhatsApp sont une intoxication qui ne s'arr&#234;te pas. Il y a un empoisonnement id&#233;ologique avec la d&#233;nonciation syst&#233;matique de la gauche comme corrompue. Il n'est pas seulement aliment&#233; par le ressentiment social et l'id&#233;ologie fasciste. Il y a un terreau culturel qui &#034;naturalise&#034; la violence. L'horreur de la vague d'attaques insens&#233;es dans les &#233;coles en est, tragiquement, l'expression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;- Comment expliquez-vous, en quelques mots, la chute du capitalisme br&#233;silien ? Comment ce capitalisme a-t-il r&#233;agi pour se maintenir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;clin d'une nation est un processus historique grave. Aucune soci&#233;t&#233; ne plonge ind&#233;finiment dans la d&#233;cadence sans pr&#233;cipiter, &#224; un moment donn&#233;, une crise sociale explosive. Le capitalisme br&#233;silien ne traverse pas seulement une crise &#233;conomique, comme tant d'autres dans le pass&#233;. Il est entr&#233; en d&#233;cadence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Br&#233;sil a beaucoup chang&#233; depuis la fin de la dictature militaire. En l'espace d'une g&#233;n&#233;ration, il a connu des phases de d&#233;clin plus intenses, comme la d&#233;cennie perdue des ann&#233;es 1980, et des phases de reprise, &#224; partir de la seconde moiti&#233; de la premi&#232;re d&#233;cennie du XXIe si&#232;cle. Mais la tendance historique n'a pas &#233;t&#233; interrompue lorsque la phase dynamique de transition du monde agraire au monde urbain s'est achev&#233;e en 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre 1950 et 1980, le Br&#233;sil a &#233;t&#233; la premi&#232;re destination des investissements &#233;trangers parmi les pays p&#233;riph&#233;riques, doublant son PIB chaque d&#233;cennie. Le ralentissement de la croissance annuelle moyenne depuis 1980, qui est pass&#233;e d'environ 7 % &#224; moins de 3 %, et la stagnation &#233;conomique depuis 2014 sont des indicateurs dramatiques de d&#233;clin. L'argument lib&#233;ral est qu'un choc de r&#233;duction des co&#251;ts &#224; ceux d'&#034;hier&#034; est n&#233;cessaire pour attirer les investissements, notamment &#233;trangers. Ils r&#234;vent qu'une partie de l'immense masse de capitaux, qui s'est d&#233;plac&#233;e vers la Chine et l'Asie depuis les ann&#233;es 1990, puisse s'int&#233;resser au Br&#233;sil. C'est pourquoi ils pr&#233;conisent un ajustement fiscal draconien des d&#233;penses publiques et la r&#233;duction de la pression fiscale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extr&#234;me droite affirme que &#034;la d&#233;mocratie est devenue trop ch&#232;re&#034;. Elle veut imposer une d&#233;faite historique &#224; la classe ouvri&#232;re. Elle veut un changement de r&#233;gime, y compris des menaces sur les libert&#233;s d&#233;mocratiques, qui contribueraient &#224; d&#233;truire les acquis sociaux. Bolsonaro est la personnalisation de ce programme contre-r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;- En quoi consiste l'&#233;lectoralisme qui appara&#238;t dans votre livre et comment &#233;volue-t-il sur la sc&#232;ne nationale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lections sont un terrain de lutte des classes. Mais c'est un terrain limit&#233;. Une strat&#233;gie strictement &#233;lectorale n'est pas s&#233;rieuse au Br&#233;sil. N'avons-nous rien appris du coup d'&#201;tat de 2016 ? Sans grandes ruptures, nous ne changerons pas le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;lectoralisme est aussi une forme politique du &#034;n'importe quoi&#034; bas&#233;e sur la volont&#233; de gagner des voix et d'&#233;lire des d&#233;put&#233;s &#224; n'importe quel prix. La pens&#233;e magique, c'est se laisser s&#233;duire par la force du d&#233;sir. C'est aussi une d&#233;g&#233;n&#233;rescence carri&#233;riste de ceux qui aspirent &#224; &#034;gravir les &#233;chelons&#034; dans un vol solitaire. C'est un mauvais jugement, m&#234;me quand les perspectives &#233;lectorales de la gauche sont bonnes. Mais quand elles sont difficiles, comme nous l'avons dramatiquement confirm&#233; en 2022, parce que la victoire de Lula a &#233;t&#233; tr&#232;s serr&#233;e, l'&#233;lectoralisme est le pr&#233;lude au pessimisme par anticipation. Et le pessimisme est le pr&#233;lude &#224; la d&#233;moralisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'histoire, il y a des d&#233;faites &#233;lectorales qui sont des victoires politiques, comme celle de Lula en 1989, et des victoires &#233;lectorales qui sont des d&#233;faites politiques, comme celle de Dilma Rousseff en 2014. Mais la pire des d&#233;faites est la d&#233;faite sans lutte. Lorsque le travailleur ordinaire, le citoyen moyen, se sent accul&#233;, il a tendance &#224; abandonner la cr&#233;dulit&#233; politique. La cr&#233;dulit&#233; est une forme d'innocence politique. C'est la fen&#234;tre par laquelle entre la vague de radicalisation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Luttes et r&#233;alit&#233;s sociales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne savons pas quand cette radicalisation sociale arrivera, car elle se d&#233;cide sur le terrain de la lutte politique, qui est le terrain des conjonctures, des rythmes courts, des r&#233;ponses rapides, des initiatives inattendues, des surprises, des coups et des contre-coups, des r&#233;ponses instantan&#233;es. Mais aucune soci&#233;t&#233; ne sombre dans la d&#233;cadence sans r&#233;sistance, donc sans lutte sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La psychologie sociale ne fonctionne pas de la m&#234;me mani&#232;re, au m&#234;me rythme, que la psychologie des individus. Dans la dimension personnelle, tout &#234;tre humain peut renoncer &#224; se battre pour se d&#233;fendre. Lorsqu'il le fait, il est &#233;puis&#233; par la fatigue, ou le d&#233;couragement, voire la d&#233;sillusion. Ce n'est pas le cas des classes sociales. Les classes doivent se battre. Elles se battent toujours. La plupart du temps, elles r&#233;sistent, et seul un secteur plus actif avance. Et ce secteur qui est &#224; l'avant-garde de la lutte se sent, d'innombrables fois, frustr&#233; ou d&#233;prim&#233;, parce qu'il sait qu'il se bat pour les autres, qu'il se bat pour tous, &#224; la place de ceux qui ne bougent pas, de ceux qui ne prennent pas de risques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est fr&#233;quent que ce d&#233;veloppement in&#233;gal des mobilisations g&#233;n&#232;re un certain d&#233;sespoir au sein de l'avant-garde. Les larges masses ne se battent pas avec une disposition r&#233;volutionnaire &#224; gagner, &#224; quelques exceptions pr&#232;s. Mais lorsque cette disposition &#233;merge, elle constitue la force sociopolitique la plus puissante de l'histoire. Il ne sera pas possible de transformer le Br&#233;sil en Bangladesh sans de grandes luttes sociales. Mais les grandes luttes peuvent &#234;tre victorieuses ou d&#233;faites. Les opportunit&#233;s peuvent &#234;tre saisies ou gaspill&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;- Dans quelle mesure les enqu&#234;tes, et m&#234;me les &#233;ventuels proc&#232;s et condamnations, des actions et des agents du gouvernement Bolsonaro, y compris Jair lui-m&#234;me et ses enfants, peuvent-ils repr&#233;senter un endiguement de l'extr&#234;me droite et de son id&#233;ologie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'une forme d'endiguement. L'issue du processus judiciaire contre Bolsonaro est, pour l'instant, incertaine, bien que le sc&#233;nario le plus probable, apr&#232;s le 8 janvier, soit la perte de droits politiques. Si elle est confirm&#233;e, l'impossibilit&#233; de se pr&#233;senter aux &#233;lections ouvrira le d&#233;bat sur son remplacement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bolsonaro resterait le principal dirigeant du mouvement socio-politique d'extr&#234;me-droite et aurait le dernier mot dans l'&#233;lection. La &#034;normalisation&#034; du bolsonarisme en tant que courant politique l&#233;gitime, d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;e dans les m&#233;dias bourgeois, est une aberration, une atrocit&#233;. L'arrestation de Bolsonaro, sans une mobilisation populaire de masse, ne sera pas possible. Mais son ch&#226;timent est une condition incontournable de la d&#233;fense des libert&#233;s d&#233;mocratiques. Toute h&#233;sitation face au n&#233;o-fascisme sera fatale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;- Comment analysez-vous la droite traditionnelle sur la sc&#232;ne nationale, peut-on la voir dans les repr&#233;sentations &#224; l'Assembl&#233;e ou au S&#233;nat, ou se situe-t-elle &#224; l'extr&#234;me droite ou au centre-gauche ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'influence politique de la droite traditionnelle, qui a &#233;t&#233; repr&#233;sent&#233;e entre 1985/2015 pendant 30 ans par le MDB, le PSDB et les h&#233;ritiers du PFL/D&#233;mocrates, a &#233;t&#233; d&#233;vor&#233;e par le bolsonarisme. Pourquoi ? Parce que la &#034;masse&#034; de la bourgeoisie s'est tourn&#233;e, s'est politiquement associ&#233;e &#224; la radicalisation de la classe moyenne, en direction des n&#233;o-fascistes pour renverser le gouvernement de Dilma Rousseff. Ils aspirent &#224; un affrontement brutal du capitalisme et &#224; imposer une d&#233;faite historique &#224; la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude des ennemis de classe est essentielle. Il faut &#233;viter l'erreur m&#233;thodologique de l'inversion de perspective. L'avenir n'explique jamais le pass&#233;, mais l'inverse. Ce qui d&#233;termine le r&#233;sultat, c'est ce qui s'est pass&#233;. Toute lutte politique et sociale, y compris les luttes &#233;lectorales, est un processus contest&#233;. Le r&#233;sultat de la lutte n'explique pas le processus. Une telle erreur est une illusion d'optique. Cette m&#233;thode anachronique s'appelle le finalisme. Le finalisme n'est pas une analyse s&#233;rieuse. Ce sont les conditions concr&#232;tes de la lutte qui expliquent pourquoi les vainqueurs l'ont emport&#233;. C'est du bon marxisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le gouvernement de Bolsonaro a &#233;t&#233; une telle catastrophe qu'il a pr&#233;cipit&#233; une scission dans la classe dirigeante. Un secteur plus concentr&#233; a essay&#233; de construire la troisi&#232;me voie, a &#233;chou&#233; et a apport&#233; un soutien tactique &#224; Lula. Aujourd'hui, ils veulent s'emparer du projet de loi. Ils ont un pied au gouvernement et un pied dans l'opposition. Ils embrassent Arthur Lira (Parti progressiste, droite, pr&#233;sident de la Chambre des d&#233;put&#233;s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;- Comment expliquez-vous ce qui s'est pass&#233; le 8 janvier ? Aujourd'hui, apr&#232;s toutes les r&#233;actions et les d&#233;veloppements de ces actes terroristes, peut-on dire que l'esprit qui animait ces personnes appartient au pass&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas le pass&#233;. C'est un danger latent. Mais il est peu probable qu'il y ait, dans un avenir pr&#233;visible, un nouveau soul&#232;vement. Ce qui s'est pass&#233; hier est une semi-insurrection, un point c'est tout. Chaotique, folle, sombre, mais une insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif &#233;tait de renverser le gouvernement Lula. Heureusement, il n'y a pas eu de morts. Ce n'&#233;tait pas une manifestation de protestation. Ce n'&#233;tait pas l'&#034;explosion&#034; incontr&#244;l&#233;e d'une radicalisation spontan&#233;e. L'apparente &#034;ac&#233;phalie&#034; de la subversion ne doit pas masquer la responsabilit&#233; de ceux qui ont pr&#233;par&#233;, organis&#233; et dirig&#233; la tentative de prise de pouvoir. Elle a ob&#233;i &#224; un plan. Il s'agissait d'une tentative insens&#233;e de provoquer un soul&#232;vement. Un soul&#232;vement non arm&#233;, mais pas moins dangereux pour autant. Il s'agissait d'un calcul illusoire selon lequel une &#233;tincelle suffirait &#224; quelques g&#233;n&#233;raux pour faire descendre les chars dans les rues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que l'&#233;tincelle n'ait pas d&#233;clench&#233; un incendie avec des troupes militaires descendant dans les rues pour soutenir le coup d'&#201;tat ne diminue pas la gravit&#233; du soul&#232;vement. Il n'annule pas non plus le danger que repr&#233;sente la sympathie &#233;vidente de la police et de l'arm&#233;e pour le mouvement bolsonariste. Il s'est agi d'une op&#233;ration d&#233;concertante, articul&#233;e, planifi&#233;e et m&#233;ticuleusement orchestr&#233;e, qu'il ne faut pas sous-estimer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#034;d&#233;-bolsonarisation&#034; doit &#234;tre une strat&#233;gie permanente. Un nouveau moment s'est ouvert, une opportunit&#233; que nous ne pouvons pas nous permettre de manquer, avec le fiasco de l'aventure du coup d'&#201;tat. Il est temps de passer &#224; une contre-offensive implacable. Malheureusement, nous devons &#234;tre conscients que la soci&#233;t&#233; br&#233;silienne est encore tr&#232;s fractur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;- Qu'est-ce que cette exp&#233;rience de d&#233;gradation sociale, environnementale, &#233;conomique, politique et morale a laiss&#233; au Br&#233;sil ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un traumatisme historique. Sept ann&#233;es de d&#233;faites accumul&#233;es. Beaucoup de souffrance. Dans ce contexte, la victoire de Lula a &#233;t&#233; gigantesque. Une r&#233;gression historique est plus qu'un processus ininterrompu de d&#233;clin &#233;conomique, ou de stagnation &#224; long terme, de d&#233;gradation sociale due &#224; un ch&#244;mage chronique, ou de d&#233;g&#233;n&#233;rescence politique due &#224; l'abus de pouvoir d'un gouvernement d'extr&#234;me-droite dirig&#233; par un pr&#233;sident n&#233;o-fasciste avec un projet bonapartiste. Une r&#233;gression historique est une catastrophe pour la civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx a fait remarquer un jour que l'histoire pouvait &#234;tre stupidement lente. Il convient de rappeler que la dictature militaire b&#233;n&#233;ficiait d'un large soutien populaire au d&#233;but des ann&#233;es 1970, mais qu'elle a perdu les &#233;lections en 1974 et qu'ensuite, en 1984, plus de cinq millions de personnes sont descendues dans la rue lors des Directas Ya : cela a pris plus de dix ans ; que le gouvernement de Sarney &#233;tait ultra-populaire au milieu du Plan Cruzado en 1986, mais que des millions de personnes se sont jointes &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en 1989 et que Lula est parvenu au second tour : c'&#233;tait beaucoup plus rapide ; que le gouvernement de Collor &#233;tait super-populaire alors que l'inflation n'explosait pas en 1991, mais qu'&#224; nouveau plusieurs millions de personnes sont descendues dans la rue pour le renverser : deux ans ; que le gouvernement de Fernando Henrique Cardoso (FHC) &#233;tait m&#233;ga-populaire en 1994 et a &#233;t&#233; r&#233;&#233;lu au premier tour en 1998, mais qu'ensuite, en 1999, la campagne Out FHC a mobilis&#233; des centaines de milliers de personnes et a ouvert la voie &#224; l'&#233;lection de Lula en 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;- Vous luttez depuis cinq d&#233;cennies pour la construction du socialisme, comment r&#233;sumez-vous cette lutte ? Quels sont les d&#233;fis pour la construction du socialisme au 21e si&#232;cle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me &#224; gauche, nombreux sont ceux qui consid&#232;rent que le socialisme, en tant que pari historique pour d&#233;passer le capitalisme, a &#233;chou&#233;. Nombreux sont ceux qui, &#224; gauche, affirment que le socialisme serait une solution trop radicale. Ils affirment que les in&#233;galit&#233;s sociales pourraient &#234;tre r&#233;duites en corrigeant les diff&#233;rences dans la r&#233;partition des revenus, tout en pr&#233;servant le capitalisme. Apr&#232;s tout, dans les pays centraux, les in&#233;galit&#233;s sociales n'ont-elles pas &#233;t&#233; r&#233;duites dans la p&#233;riode d'apr&#232;s-guerre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Val&#233;rio Arcary est membre de la coordination nationale de la R&#233;sistance, un courant du PSOL, et chroniqueur pour Esquerda Online. Il est titulaire d'un dipl&#244;me d'histoire de l'universit&#233; catholique pontificale de S&#227;o Paulo (PUC-SP) et d'un doctorat en histoire sociale de l'universit&#233; de S&#227;o Paulo (USP). Il est professeur retrait&#233; de l'Institut f&#233;d&#233;ral d'&#233;ducation, de science et de technologie de S&#227;o Paulo (IFSP).&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19/5/2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IHU-Unisinos&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduction : deepl&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Br&#233;sil. Lula doit-il gouverner &#171; &#224; froid &#187; ou &#171; &#224; chaud &#187; ?</title>
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		<dc:creator>Val&#233;rio Arcary</dc:creator>


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		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud</dc:subject>

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&lt;p&gt;Aujourd'hui, il n'y a pas de danger r&#233;el et imm&#233;diat similaire, surtout apr&#232;s la d&#233;faite du coup d'Etat du 8 janvier, mais Bolsonaro, m&#234;me s'il est battu, conserve une &#233;norme audience. Le bolsonarisme n'est pas un tigre &#233;dent&#233;. Le gouvernement de Lula aura besoin d'une mobilisation sociale. &#171; Froidement &#187;, le Br&#233;sil ne changera pas. &lt;br class='autobr' /&gt; 20 mars 2023 | tir&#233; du site alencontre.org &lt;br class='autobr' /&gt;
1 &#8211; L'orientation du gouvernement Lula, avant m&#234;me l'investiture de fin 2022, lors de la n&#233;gociation de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Amerique-centrale-et-du-sud-1696-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH109/lula_et_son_ministre-d3b8e.png?1781036266' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='109' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Aujourd'hui, il n'y a pas de danger r&#233;el et imm&#233;diat similaire, surtout apr&#232;s la d&#233;faite du coup d'Etat du 8 janvier, mais Bolsonaro, m&#234;me s'il est battu, conserve une &#233;norme audience. Le bolsonarisme n'est pas un tigre &#233;dent&#233;. Le gouvernement de Lula aura besoin d'une mobilisation sociale. &#171; Froidement &#187;, le Br&#233;sil ne changera pas.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;20 mars 2023 | tir&#233; du site &lt;a href=&#034;http://alencontre.org/ameriques/amelat/bresil/bresil-lula-doit-il-gouverner-a-froid-ou-a-chaud.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;alencontre.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 &#8211; L'orientation du gouvernement Lula, avant m&#234;me l'investiture de fin 2022, lors de la n&#233;gociation de l'approbation de la Proposition transitoire d'amendement constitutionnel (PEC), a &#233;t&#233; de rechercher un accord avec Arthur Lira [pr&#233;sident de la Chambre des d&#233;put&#233;s depuis f&#233;vrier 2021 et membre du PP-Progressistes de droite affirm&#233;e] et le &#171; Grand Centre &#187; [ensemble de parti vivant mat&#233;riellement des liens divers avec l'appareil d'&#233;tat] pour garantir la gouvernabilit&#233;. Ce qui aurait pu &#234;tre une man&#339;uvre tactique plausible &#8211; compte tenu de l'urgence impos&#233;e par la n&#233;cessit&#233; de garantir des fonds pour le programme Bolsa Familia qui n'existaient pas dans le budget public laiss&#233; par le gouvernement de Jair Bolsonaro &#8211; a &#233;t&#233; consolid&#233; comme une option strat&#233;gique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai qu'il y a des r&#233;alit&#233;s qui sont impos&#233;es et qui ne d&#233;pendent pas de notre volont&#233;. Mais il est &#233;galement vrai qu'apr&#232;s la victoire &#233;lectorale de 2022, aussi &#233;troite fut-elle, de nouvelles possibilit&#233;s se sont ouvertes. Une majorit&#233; r&#233;actionnaire r&#232;gne au Congr&#232;s national, mais il est possible de faire pression sur cette derni&#232;re de &#171; l'ext&#233;rieur vers l'int&#233;rieur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 &#8211; Une analyse lucide doit n&#233;cessairement constater que tout accord avec Lira et le &#171; Grand Centre &#187; est fragile et donc transitoire. M&#234;me si l'on consid&#232;re que le projet du gouvernement Lula doit se concentrer, dans la conjoncture actuelle, sur la lutte contre le danger du bolsonarisme et la n&#233;cessit&#233; d'&#233;viter une r&#233;cession impos&#233;e par la politique mon&#233;taire des taux d'int&#233;r&#234;t r&#233;els exorbitants, l'enjeu est plus s&#233;rieux, pr&#233;occupant. Une gouvernabilit&#233; &#171; froide &#187; repose sur les efforts empress&#233;s pour construire une majorit&#233; au Congr&#232;s, ce qui a un co&#251;t tr&#232;s &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 &#8211; Le prix le plus imm&#233;diat de la concertation, ce sont les amendements parlementaires et de commission [qui comportent des enjeux de distribution d'avantages &#233;conomiques et financiers] qui ont remplac&#233; les &#171; amendements du rapporteur &#187; [effectu&#233;s par gouvernement], mais ils sont de m&#234;me nature. Le probl&#232;me ne se r&#233;sume pas aux dizaines de milliards de reais distribu&#233;s aux d&#233;put&#233;s et aux s&#233;nateurs [en lien avec des &#171; projets &#187; sp&#233;cifiques]. Si ces d&#233;penses ne sont pas sans importance, la question de fond restera enti&#232;re et incontournable. Le gouvernement sera soumis au chantage permanent d'un Arthur Lira cherchant &#224; imposer son veto &#224; toute proposition de r&#233;forme s'opposant aux int&#233;r&#234;ts de classe que le &#171; Grand Centre &#187; repr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 &#8211; Est-il possible d'imaginer une autre strat&#233;gie, une autre voie ? Oui, mais avec une gouvernabilit&#233; construite sur la conqu&#234;te d'une majorit&#233; sociale et pas seulement parlementaire. Une majorit&#233; sociale ne peut &#234;tre forg&#233;e qu'au prix d'une bataille soutenue. Cette bataille publique exige du gouvernement qu'il joue un r&#244;le de premier plan dans la dynamisation de la mobilisation de masse, par exemple pour que l'extr&#234;me droite soit isol&#233;e et fasse l'objet d'une enqu&#234;te, et pour que Bolsonaro soit &#233;galement puni &#224; la suite du scandale des bijoux [1]. Une bataille publique pour que des sanctions soient prononc&#233;es &#8211; allant au-del&#224; de simples amendes &#8211; contre des entreprises qui ont profit&#233; de la d&#233;r&#233;glementation de la loi sur du travail pour embaucher des entreprises sous-traitantes qui utilisent une main-d'&#339;uvre esclave. Le Frente Brasil Popular [qui r&#233;unit des organisations, des intellectuels, des syndicats et divers partis comme le PCdoB, PSB, PT, etc.] et le Frente Pueblo Sin Miedo, ou les centrales syndicales, ne peuvent pas &#234;tre les seuls &#224; encourager la pr&#233;sence dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 &#8211; La question de fond r&#233;side dans le fait que la d&#233;faite &#233;lectorale de Bolsonaro a modifi&#233; favorablement le rapport de force politique, mais n'a pas encore chang&#233; qualitativement le rapport de force social. Le premier se r&#233;f&#232;re aux conditions de l'affrontement entre les institutions et la bataille partisane. Ce rapport de force s'est am&#233;lior&#233; parce que le gouvernement est la principale institution du r&#233;gime. Il a plus de poids que les Cours supr&#234;mes, les instances non &#233;lues et le Congr&#232;s, o&#249; il y a une forte fragmentation du pouvoir. Mais la deuxi&#232;me dimension de ce rapport de force, qui doit &#234;tre appr&#233;ci&#233;e avec un plus grand degr&#233; d'abstraction, se r&#233;f&#232;re aux positions respectives occup&#233;es par des classes, des fractions de classe et des groupes sociaux. Sur ce terrain, celui de la lutte des classes nue, frontale et dure, nous ne sommes pas encore sortis d'une situation d&#233;fensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 &#8211; Le d&#233;fi le plus complexe est de trouver la voie de la r&#233;unification de la classe laborieuse. Nous sommes sortis du processus &#233;lectoral avec une grande partie de cette classe divis&#233;e. La majorit&#233; des salari&#233;&#183;e&#183;s gagnant jusqu'&#224; deux salaires minimums, des femmes et des personnes LGBT, des jeunes et des habitants du Nord-Est ont vot&#233; pour Lula. En revanche, l'extr&#234;me droite a obtenu la majorit&#233; des voix de ceux et celles qui gagnent plus de deux salaires minimums, des votes des hommes ainsi que dans le sud et le sud-est. Cette division est une trag&#233;die. Sans la surmonter, il n'est pas possible d'atteindre un niveau plus &#233;lev&#233; de d&#233;termination de lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 &#8211; Sans am&#233;liorer le &#171; moral &#187; ou l'humeur de la classe laborieuse, il n'est pas possible de construire une nouvelle majorit&#233; sociale qui garantisse le soutien &#224; la mobilisation de masse. Les actions &#171; d'avant-garde &#187;, y compris &#224; l'&#233;chelle de dizaines de milliers de personnes, sont utiles et ont une fonction n&#233;cessaire, mais elles ne sont pas suffisantes. A &#171; froid &#187;, le Br&#233;sil ne changera pas. Sans l'engagement du gouvernement, et en particulier de Lula, ne sont pas possibles des actions d'une ampleur suffisante pour modifier les rapports de forces sociaux. Rel&#232;vent-elles d'une possibilit&#233; ? Nous ne pouvons le savoir qu'en essayant. Il faudra s'appuyer sur la classe laborieuse et les mouvements sociaux populaires et ruraux, f&#233;minins et noirs, &#233;tudiants et indig&#232;nes, &#233;cologiques et culturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 &#8211; Nous devons tirer les le&#231;ons du Chili et de la Colombie. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, Boric a fait un pari et Petro en a fait un autre. Boric a d&#233;cid&#233; d'essayer de gouverner &#171; &#224; froid &#187; pour ne pas provoquer ses ennemis de classe et les forces arm&#233;es. R&#233;sultat : le gouvernement chilien a subi une grave d&#233;faite politique parce que la nouvelle Constitution, qui int&#233;grait la pouss&#233;e au changement des imposantes mobilisations de 2019, n'a pas &#233;t&#233; approuv&#233;e. Petro a d&#233;cid&#233; de gouverner &#171; dans le feu de l'action &#187;. Le gouvernement colombien a pris l'initiative de limoger la direction des forces arm&#233;es, se mettant ainsi &#171; en marche &#187;. Il a appel&#233; &#224; des manifestations de masse successives dans les rues pour demander un soutien aux r&#233;formes qui s'opposent aux int&#233;r&#234;ts des entreprises. Il s'agit de deux voies tactiques diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 &#8211; Nous ne pouvons pas non plus oublier les le&#231;ons du second mandat de Dilma Rousseff [octobre 2014-ao&#251;t 2016]. Lorsque la majorit&#233; de la classe dirigeante s'est unifi&#233;e, entre fin 2015 et 2016, et a d&#233;cid&#233; d'appeler &#224; des mobilisations r&#233;actionnaires dans la rue. Face &#224; cela, le gouvernement a &#233;t&#233; lent &#224; r&#233;agir. Il n'a pas appel&#233; sa base sociale &#224; descendre dans la rue, m&#234;me lorsqu'il &#233;tait assailli par le danger r&#233;el et imm&#233;diat d'un coup d'Etat parlementaire, d&#233;guis&#233; en destitution de Dilma Rousseff. Une &#171; division du travail &#187; a eu lieu. C'&#233;tait essentiellement au PT et &#224; la CUT (Centrale unique des travailleurs) d'essayer de r&#233;pondre aux millions de personnes qui criaient dans les rues &#171; notre drapeau ne sera jamais rouge &#187; et &#171; partez &#224; Cuba &#187;. Ce fut une grave erreur strat&#233;gique. Nous ne pouvons pas savoir si le r&#233;sultat aurait &#233;t&#233; diff&#233;rent, bien s&#251;r. Mais nous aurions r&#233;sist&#233; dans de meilleures conditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 &#8211; Aujourd'hui, il n'y a pas de danger r&#233;el et imm&#233;diat similaire, surtout apr&#232;s la d&#233;faite du coup d'Etat du 8 janvier, mais Bolsonaro, m&#234;me s'il est battu, conserve une &#233;norme audience. Le bolsonarisme n'est pas un tigre &#233;dent&#233;. Le gouvernement de Lula aura besoin d'une mobilisation sociale. &#171; Froidement &#187;, le Br&#233;sil ne changera pas. (Article publi&#233; sur Jacobinlat, le 17 mars 2023 ; traduction r&#233;daction A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Val&#233;rio Arcary est membre de la coordination nationale de Resistencia, courant du PSOL. Il est des animateurs du site Esquerda Online.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;[1] Jair Bolsonaro, en exil volontaire en Floride, est accus&#233; d'avoir tent&#233; de faire entrer clandestinement des bijoux offerts par la famille royale d'Arabie saoudite. Ces bijoux d'une valeur estim&#233;e &#224; 3 millions d'euros ont &#233;t&#233; offerts en 2021 &#224; l'&#233;pouse de l'ex-pr&#233;sident, Michelle Bolsonaro. A l'&#233;poque le ministre de l'Energie, en revenant de Riyad, confie &#171; le paquet &#187; &#224; un conseiller, qui enfile le tout dans son sac &#224; dos, mais se fait attraper par la douane &#224; son arriv&#233;e. A plusieurs reprises Bolsonaro a voulu r&#233;cup&#233;rer ces bijoux, avec l'aide de l'arm&#233;e entre autres, car il voulait les int&#233;grer &#224; son patrimoine priv&#233;, en &#233;vitant ainsi les taxes. Le montant anormalement &#233;lev&#233; de ce cadeau semble &#234;tre en lien avec une d&#233;cision importante : un mois apr&#232;s le &#171; don &#187; de bijoux, le Br&#233;sil a vendu &#224; prix cass&#233; une raffinerie &#224; l'Arabie saoudite. (R&#233;d. A l'Encontre)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Br&#233;sil. &#171; Trois options divisent la gauche socialiste &#187;</title>
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		<dc:creator>Val&#233;rio Arcary</dc:creator>


		<dc:subject>Br&#233;sil</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-12-20</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;1. Le PSOL (Parti socialisme et libert&#233;) devrait-il accepter des postes au sein du gouvernement de Lula ? Trois options diff&#233;rentes divisent la gauche socialiste. Entre elles, il existe &#233;galement des positions interm&#233;diaires. Parfois, les d&#233;bats tactiques sont si graves et s&#233;rieux qu'ils ont des ramifications strat&#233;giques. Nous sommes face &#224; l'un de ces moments. &lt;br class='autobr' /&gt; 15 d&#233;cembre 2022 | tir&#233; du site alencontre.org &lt;br class='autobr' /&gt;
Le PSol Popular &#8211; une alliance entre les courants Primavera Socialista, qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Amerique-centrale-et-du-sud-1696-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-12-20-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-12-20&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/arton55386-fc6f3.png?1781036267' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;1. Le PSOL (Parti socialisme et libert&#233;) devrait-il accepter des postes au sein du gouvernement de Lula ? Trois options diff&#233;rentes divisent la gauche socialiste. Entre elles, il existe &#233;galement des positions interm&#233;diaires. Parfois, les d&#233;bats tactiques sont si graves et s&#233;rieux qu'ils ont des ramifications strat&#233;giques. Nous sommes face &#224; l'un de ces moments.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;15 d&#233;cembre 2022 | tir&#233; du site &lt;a href=&#034;http://alencontre.org/ameriques/amelat/bresil/bresil-trois-options-divisent-la-gauche-socialiste.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;alencontre.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PSol Popular &#8211; une alliance entre les courants Primavera Socialista, qui compte, parmi ses figures publiques, Juliano Medeiros [pr&#233;sident du PSOL depuis 2018] et la Revolu&#231;&#227;o Solid&#225;ria de Guilherme Boulos [figure publique du MTST-Movimento dos Trabalhadores Sem Teto] &#8211; est favorable &#224; la d&#233;signation de militant&#183;e&#183;s pour assumer des positions dans le gouvernement, en adoptant la tactique du &#171; gouvernement en dispute &#187; [qui implique de facto qu'existeraient des positions en partie contradictoires au sein du nouveau gouvernement Lula]. Le PSTU [Partido Socialista dos Trabalhadores Unificado], entre autres, d&#233;fend que la meilleure orientation serait celle d'une &#171; opposition de gauche &#187; face au gouvernement. La coalition dite Semente do Psol, qui int&#232;gre, entre autres, Resist&#234;ncia, Insurg&#234;ncia et Subverta, d&#233;fend la possibilit&#233; pour Lula de gouverner, tout en pr&#233;servant l'ind&#233;pendance politique du PSOL [autrement dit la non-participation au gouvernement].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Ceux qui d&#233;fendent la tactique de la participation au gouvernement affirment que l'orientation de la large coalition organis&#233;e par Lula avec les repr&#233;sentants de la classe dominante serait l'objet de contestations [em disputa], et qu'il faut faire pression pour la &#171; gauchir &#187;. Ils affirment que la seule fa&#231;on de garantir la gouvernabilit&#233; de Lula serait d'assumer pleinement la d&#233;fense du gouvernement en acceptant des postes et des responsabilit&#233;s de gestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils rappellent que Bolsonaro a remport&#233; plus de 58 millions de suffrages, et que l'influence du bolsonarisme reste immense. Cette &#233;valuation du rapport de forces social et politique se traduirait par la n&#233;cessit&#233; d'int&#233;grer le gouvernement pour le d&#233;fendre contre la virulence de l'opposition pr&#233;visible de l'extr&#234;me droite. Ils soutiennent cette orientation en affirmant que la victoire de Lula n'aurait &#233;t&#233; possible que gr&#226;ce au Front large construit au second tour, front &#233;bauch&#233; d&#232;s le premier tour par la pr&#233;sence de Geraldo Alckmin comme candidat &#224; la vice-pr&#233;sidence [le vote pour la pr&#233;sidence ne peut &#234;tre l&#233;galement disjoint de celui pour la vice-pr&#233;sidence]. Ils ajoutent que ce Front conserve le soutien de ceux et celles qui ont &#233;galement &#233;lu les d&#233;put&#233;s du PSOL, rappelant qu'il existe une attente et m&#234;me un espoir de voir des ministres PSOL dans le gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Ceux qui d&#233;fendent la tactique de l'opposition de gauche soutiennent que le gouvernement Lula sera un gouvernement bourgeois de collaboration de classe, avec des repr&#233;sentants organiques de la classe dominante, par le biais de ministres nomm&#233;s par le MDB (Movimento Democr&#225;tico Brasileiro), entre autres. Ils soulignent que la fraction capitaliste la plus puissante est engag&#233;e dans la d&#233;fense du r&#233;gime, et minimisent le danger que repr&#233;sente le bolsonarisme. Ils en concluent que le gouvernement Lula ne m&#233;rite pas d'&#234;tre soutenu. Ils rappellent que l'exp&#233;rience de treize ann&#233;es de gouvernements de coalition dirig&#233;s par Lula et Dilma Rousseff [de 2003 &#224; ao&#251;t 2016], et leurs compromis avec la bourgeoisie, et m&#234;me avec l'imp&#233;rialisme des Etats-Unis, comme le r&#244;le des forces arm&#233;es br&#233;siliennes &#224; travers l'ONU en Ha&#239;ti [de juin 2004 &#224; avril 2017], ne peut &#234;tre oubli&#233;e. Ils consid&#232;rent que, face &#224; la gravit&#233; de la crise sociale, et sous la pression capitaliste nationale et internationale, le gouvernement Lula ne pourra pas rompre avec la strat&#233;gie d'ajustement n&#233;olib&#233;ral qui a pr&#233;valu pendant les six derni&#232;res ann&#233;es de Michel Temer [d'ao&#251;t 2016 &#224; d&#233;cembre 2018] et Jair Bolsonaro. Ils estiment que, dans le contexte marqu&#233; par la victoire de Lula, il est confirm&#233; que la situation ne serait pas r&#233;actionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. La troisi&#232;me position soutient que la gauche socialiste doit s'aligner sur la d&#233;fense de la gouvernabilit&#233; de Lula, face aux menaces pr&#233;visibles du bolsonarisme, mais ne doit pas assumer de positions de gestion, pr&#233;servant son ind&#233;pendance d'action et d'opinion. En d'autres termes, elle doit d&#233;fendre de mani&#232;re inconditionnelle la l&#233;gitimit&#233; du gouvernement, dans la rue et au Congr&#232;s. La situation politique encore r&#233;actionnaire marqu&#233;e par la pr&#233;sence d'une extr&#234;me droite puissante, qui occupera tout l'espace d'opposition, ne permet pas de tergiverser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des turbulences comme le vandalisme n&#233;o-fasciste dans les rues de Brasilia [des voitures ont &#233;t&#233; incendi&#233;es&#8230;] le jour de la r&#233;ception par Lula du &#171; dipl&#244;me d'&#233;lu &#187; par le pr&#233;sident du Tribunal supr&#234;me &#233;lectoral [Alexandre Moraes] confirment une fois de plus que la tactique de l'opposition de gauche serait une erreur impardonnable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, simultan&#233;ment, les tenants de cette position rappellent que l'adh&#233;sion au gouvernement du Front large qui int&#232;gre la pr&#233;sence de directions significatives de partis de droite a &#233;t&#233; rejet&#233;e par le Congr&#232;s du PSOL en 2021. Ils pr&#233;viennent que la discipline des ministres dans un gouvernement est au-dessus de la discipline du parti [du PSOL]. La loyaut&#233; politique est indissociable de l'honn&#234;tet&#233; politique. Les ministres ne peuvent pas mener publiquement des combats politiques contre les membres du gouvernement auquel ils participent. La lutte pour le devenir du gouvernement Lula se fera de bas en haut et de l'ext&#233;rieur vers l'int&#233;rieur. Ils affirment que le fait d'accepter la participation au gouvernement, ou de la d&#233;finir comme une opposition de gauche, serait une erreur sym&#233;trique. Rejoindre le gouvernement condamnerait le PSOL &#224; &#234;tre un satellite du PT. Se d&#233;finir comme une opposition de gauche condamnerait le PSOL &#224; une solitude dans la marginalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Le projet de la gauche socialiste, c'est-&#224;-dire ces organisations qui ont une strat&#233;gie anticapitaliste, doit &#234;tre pr&#233;serv&#233;. Il d&#233;pend, essentiellement, d'une situation plus favorable dans la lutte des classes, d'un renversement du rapport de forces. Cela demande de la patience tactique et de l'intelligence strat&#233;gique. L'un des principaux enseignements du processus &#233;lectoral est que le Br&#233;sil est socialement et politiquement fractur&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bolsonarisme a conquis une implantation sociale et une capillarit&#233; &#224; l'&#233;chelle nationale. Non seulement il a &#233;lu une &#233;norme fraction parlementaire au Congr&#232;s, mais il a &#233;galement remport&#233; l'&#233;lection des gouverneurs dans le triangle strat&#233;gique du Sud-Est [Etats de S&#227;o Paulo, du Minas Gerais, de Rio et d'Espirito Santo].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bataille ayant trait &#224; l'enqu&#234;te officielle sur les crimes de Bolsonaro sera l'une des questions cl&#233;s de l'affrontement en 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute concertation venant d'en haut aurait des cons&#233;quences catastrophiques. L'&#233;lection de Lula a ouvert une nouvelle conjoncture, mais pas un d&#233;passement de la situation r&#233;actionnaire. Elle a modifi&#233; favorablement le rapport de forces politique, mais le rapport de forces social reste d&#233;favorable. Et le contexte de transition reste tr&#232;s contradictoire. Il s'agit de deux niveaux d'analyse diff&#233;rents et il n'y a pas toujours de synchronisation entre les diff&#233;rents caract&#232;res d&#233;terminant les rapports de forces. Dans l'analyse du rapport de forces politique, nous consid&#233;rons la superstructure : la position des repr&#233;sentations de classe dans les institutions, la bataille entre partis. En analysant le rapport de forces au plan social, nous mettons l'accent sur les facteurs objectifs et subjectifs qui expliquent les positions des classes en lutte. La question d&#233;cisive r&#233;sidera dans les conflits au sein de la soci&#233;t&#233;, ce qui n&#233;cessite de se tourner vers un travail &#224; la base. Rien ne changera sans une lutte acharn&#233;e. (Article publi&#233; par Esquerda Online, le 13 d&#233;cembre 2022 ; traduction r&#233;daction A l'Encontre)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Br&#233;sil : deux strat&#233;gies pour faire face &#224; Bolsonaro</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Bresil-deux-strategies-pour-faire-face-a-Bolsonaro</link>
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		<dc:creator>Val&#233;rio Arcary</dc:creator>


		<dc:subject>Br&#233;sil</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-11-15</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quelle devrait &#234;tre la strat&#233;gie de la gauche face &#224; la permanence du bolsonarisme ? C'est la premi&#232;re et la plus importante question impos&#233;e par la nouvelle conjoncture. Il y a essentiellement deux strat&#233;gies possibles. Entre elles, il y aura toujours des m&#233;diations interm&#233;diaires, mais ce sont bien deux options. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de A l'Encontre 9 novembre 2022 &lt;br class='autobr' /&gt;
Cr&#233;dit Photo. Wikimedia Commons &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Val&#233;rio Arcary &lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re strat&#233;gie admet comme in&#233;vitable la permanence d'un courant (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton54857-51d2b.jpg?1781036268' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quelle devrait &#234;tre la strat&#233;gie de la gauche face &#224; la permanence du bolsonarisme ? C'est la premi&#232;re et la plus importante question impos&#233;e par la nouvelle conjoncture. Il y a essentiellement deux strat&#233;gies possibles. Entre elles, il y aura toujours des m&#233;diations interm&#233;diaires, mais ce sont bien deux options.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de A l'Encontre&lt;br class='autobr' /&gt;
9 novembre 2022&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cr&#233;dit Photo. Wikimedia Commons&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Val&#233;rio Arcary&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re strat&#233;gie admet comme in&#233;vitable la permanence d'un courant n&#233;o&#173;fasciste &#224; influence de masse. L'argument principal est que le bolsonarisme fait d&#233;sormais partie du &#171; paysage &#187; institutionnel. Le mieux serait donc non seulement d'accepter, mais de pousser &#224; la &#171; normalisation &#187; du bolsonarisme. Pas pour provoquer. Et de faire des gestes qui signalent une volont&#233; de coexistence, inspir&#233;e par le respect d&#233;mocratique du gouvernement Lula, avec l'opposition de droite, voire Bolsonaro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde affirme que rien de tout cela n'est possible. Elle affirme que le bolsonarisme est un courant n&#233;ofasciste qui a un pied dans la l&#233;galit&#233; et un autre dans les coups d'&#201;tat. Les ambigu&#239;t&#233;s des d&#233;clarations de Bolsonaro, depuis l'&#233;lection, ne sont que des d&#233;guisements. En perdant l'armure l&#233;gale de sa fonction, Bolsonaro doit faire l'objet d'une enqu&#234;te et &#234;tre puni. &#171; D&#233;bolsonariser &#187; les institutions, &#224; commencer par la police, notamment la police f&#233;d&#233;rale des routes, en raison des scandales accumul&#233;s, devrait &#234;tre un combat in&#233;vitable. Cette t&#226;che ne peut &#234;tre confi&#233;e au pouvoir judiciaire comme s'il s'agissait d'une routine administrative. Elle ne peut &#234;tre gagn&#233;e que par une campagne politique d'agitation et de mobilisation de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; La menace Bolsonaro est toujours l&#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sous-estimation du danger du bolsonarisme a &#233;t&#233; l'erreur la plus importante de la gauche br&#233;silienne depuis 2018. &#192; la veille du second tour, l'id&#233;e &#171; de facilit&#233; &#187; pr&#233;valait, selon laquelle la victoire serait acquise gr&#226;ce une diff&#233;rence de voix &#233;gale &#224; celle du premier tour. Il s'agit l&#224; de bien plus que de l'optimisme na&#239;f. C'est en r&#233;alit&#233; une mentalit&#233; qui sous-estime la force de l'ennemi et ne tient pas compte de la gravit&#233; de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains veulent ignorer l'importance des barrages routiers et des rassemblements devant les casernes. Le bolsonarisme a en outre d&#233;j&#224; d&#233;montr&#233; qu'il avait la capacit&#233; de mettre des centaines de milliers de personnes dans les rues. Il n'y aura pas de coup d'&#201;tat pour emp&#234;cher l'entr&#233;e en fonction de Lula. La mobilisation appuy&#233;e sur les camionneurs pour en faire une &#233;tincelle destin&#233;e &#224; enflammer la situation et &#224; provoquer une intervention militaire s'est &#233;tiol&#233;e. Mais la mobilisation a d&#233;pass&#233; le stade de la d&#233;sob&#233;issance civile et indique ce que sera la f&#233;roce strat&#233;gie du bolsonarisme dans l'opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils n'ont pas renonc&#233; &#224; la lutte pour le pouvoir. Quand ils le pourront, ils n'h&#233;siteront pas &#224; s'appuyer sur les mobilisations contre-&#173;r&#233;volutionnaires pour renverser le gouvernement Lula, inspir&#233;es par la destitution de Dilma Roussef. S'ils n'y parviennent pas, ils chercheront &#224; constituer des forces pour les &#233;lections de 2024 et 2026. Si, finalement, le Trumpisme remporte une victoire aux &#233;lections am&#233;ricaines du 8 novembre, la possibilit&#233; d'une candidature forte de Trump renforcera l'extr&#234;me droite mondiale, y compris Bolsnoaro, s'il n'a pas &#233;t&#233; vaincu d'ici l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Ne pas reproduire les erreurs de 2015&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'est pas arr&#234;t&#233;, Bolsonaro sera le principal leader de l'opposition au gouvernement Lula. Aucun autre leader politique ne peut rivaliser de pr&#232;s ou de loin avec la confiance qu'il a suscit&#233;e. C'est une illusion d'optique institutionnelle que d'imaginer que, parce qu'il n'a pas de mandat, Bolsonaro cessera d'&#234;tre entendu et suivi. Le bolsonarisme a une implantation sociale et une pr&#233;sence nationale. Il r&#233;pond &#224; une base sociale qui unit de puissantes factions de l'agrobusiness &#224; la masse de la petite bourgeoisie, qui a divis&#233; la classe ouvri&#232;re, qui draine un peu plus de la moiti&#233; des salari&#233;Es &#224; revenu moyen et qui a une audience dans les secteurs populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut surtout pas reproduire les m&#234;mes erreurs que celles de 2015. Il serait impardonnable d'ignorer que la tactique consistant &#224; nommer Joaquim Levy [1] et &#224; c&#233;der au chantage des groupes capitalistes les plus puissants a &#233;t&#233; fatale au sort du gouvernement de Dilma Rousseff. La classe dirigeante br&#233;silienne ne m&#233;rite aucune confiance. La question centrale au Br&#233;sil n'est pas la pression inflationniste ou la croissance de la dette publique. Ceux qui proposent Meirelles [2] pour le minist&#232;re des Finances n'ont rien appris. Ce projet fait implicitement le pari de &#171; rassurer &#187; les investisseurs internationaux et nationaux face &#224; la longue stagnation &#233;conomique. Ce qui n'est pas possible sans augmenter la surexploitation des travailleurEs, au niveau de l'Asie du Sud-Est. La solution consiste &#224; augmenter les imp&#244;ts des grands capitalistes, en commen&#231;ant par les grandes fortunes. Le d&#233;fi central sera de rechercher le soutien et la mobilisation des travailleurEs et de la population. Le gouvernement Lula reposera, essentiellement, sur la capacit&#233; de la gauche &#224; r&#233;unir la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Val&#233;rio Arcary&lt;br class='autobr' /&gt;
P.-S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Hebdo L'Anticapitaliste - 636 (10/11/2022). Publi&#233; le Mercredi 9 novembre 2022 &#224; 13h00 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://lanticapitaliste.org/actualite/international/bresil-deux-strategies-pour-faire-face-bolsonaro&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://lanticapitaliste.org/actualite/international/bresil-deux-strategies-pour-faire-face-bolsonaro&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Traduction J.S..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] &#201;conomiste lib&#233;ral nomm&#233; ministre des Finances par Dilma Roussef, qui a men&#233; une politique d'aust&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Henrique Meirelles, homme d'affaires br&#233;silien, ministre des Finances, sous la pr&#233;sidence de Michel Temer, entre 2016 et 2018&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Br&#233;sil est fractur&#233; comme jamais auparavant</title>
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		<dc:date>2022-10-25T06:43:21Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Val&#233;rio Arcary</dc:creator>


		<dc:subject>Br&#233;sil</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-10-25</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Du sud de l'Amazonie, en passant par le centre-ouest du Mato Grosso et du Goi&#225;s, de l'ouest de S&#227;o Paulo et du Paran&#225;, &#224; Santa Catarina et au Rio Grande do Sul, l'agrobusiness a attir&#233; les couches de la bourgeoisie en raison de leur r&#233;cente prosp&#233;rit&#233;. L'&#233;mergence d'une extr&#234;me droite n&#233;o-fasciste ayant une base de masse repose, outre le basculement &#224; droite des classes moyennes, &#233;galement sur cette fracture r&#233;gionale. &lt;br class='autobr' /&gt; 19 octobre 2022 | tir&#233; du site alencontre.org. Article publi&#233; sur le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH92/arton54584-6f3d8.png?1781036269' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='92' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Du sud de l'Amazonie, en passant par le centre-ouest du Mato Grosso et du Goi&#225;s, de l'ouest de S&#227;o Paulo et du Paran&#225;, &#224; Santa Catarina et au Rio Grande do Sul, l'agrobusiness a attir&#233; les couches de la bourgeoisie en raison de leur r&#233;cente prosp&#233;rit&#233;. L'&#233;mergence d'une extr&#234;me droite n&#233;o-fasciste ayant une base de masse repose, outre le basculement &#224; droite des classes moyennes, &#233;galement sur cette fracture r&#233;gionale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;19 octobre 2022 | tir&#233; du site &lt;a href=&#034;http://alencontre.org/ameriques/amelat/bresil/le-bresil-est-fracture-comme-jamais-auparavant.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;alencontre.org&lt;/a&gt;. Article publi&#233; sur le site Esquerda online, site du courant Resistencia du PSOL.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Tout au long du d&#233;bat de dimanche soir, 16 octobre 2022, Lula a obtenu une moyenne de 44,5% de r&#233;actions positives, Bolsonaro en a obtenu 36,5%. Les r&#233;percussions du d&#233;bat sont ce qui compte. Dans une analyse &#224; caract&#232;re technique, Lula a gagn&#233; le premier &#171; round &#187; avec une avance importante, en dominant en d&#233;non&#231;ant l'irresponsabilit&#233; du gouvernement pendant la pand&#233;mie. Il a fait match nul au deuxi&#232;me round, celui des questions des journalistes. Il a perdu dans le troisi&#232;me, en raison d'un manque de ma&#238;trise du temps de parole. Lula, &#224; juste titre, a d&#233;cid&#233; de ne pas abaisser le niveau du &#171; d&#233;bat &#187;, mais n'a pas r&#233;ussi &#224; placer une r&#233;ponse sur la corruption. Bolsonaro, comme il &#233;tait pr&#233;visible, est descendu au niveau du &#171; tout est permis &#187; : il a utilis&#233; son corps [il lui a touch&#233; l'&#233;paule : les d&#233;batteurs pouvaient bouger sur la sc&#232;ne] pour tenter d'intimider Lula ; il a r&#233;p&#233;t&#233; jusqu'&#224; l'&#233;puisement que le PT a vol&#233; Petrobras ; il a fait usage abondamment de slogans d&#233;magogiques contre le droit &#224; l'avortement, contre &#171; l'id&#233;ologie du genre &#187; et la l&#233;galisation des drogues ; il a tent&#233; de susciter la crainte en affirmant que Lula allait fermer les &#233;glises et emprisonner les religieux. Lula, visiblement fatigu&#233;, a &#233;t&#233; tr&#232;s bon lorsqu'il a d&#233;fendu la dignit&#233; des travailleurs et travailleuses qui vivent dans les favelas. Il reste douze jours [avant le 30 octobre]. Le plus important est que Lula maintienne son avance [traduite dans les sondages]. Mais l'incertitude reste grande quant aux r&#233;sultats des &#233;lections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La deuxi&#232;me semaine du second tour s'est achev&#233;e avec des sondages indiquant que Lula conserve une avance de 5% sur Bolsonaro, soit le m&#234;me &#233;cart que la semaine pr&#233;c&#233;dente selon l'institut DataFolha. Mais dans le dernier sondage de l'IPEC, publi&#233; le 17 octobre, il y aurait eu un petit revirement en faveur de Bolsonaro dans le total des intentions de vote : Lula avec 50% a recul&#233; d'un point, et Bolsonaro 43% a gagn&#233; un point. Il en va de m&#234;me pour votes valides [soit le total des votes moins les votes blancs et nuls qui d&#233;termine l'&#233;lection], 54% contre 46%. Les donn&#233;es indiquent que 95% des &#233;lecteurs et &#233;lectrices de Lula sont fermement d&#233;cid&#233;s, contre 93% pour Bolsonaro. Il n'y a que 1% d'ind&#233;cis. L'avantage de Lula est soutenu par une large majorit&#233; parmi ceux qui ont des revenus allant jusqu'&#224; deux salaires minimums par mois [1212 reais, salaire minimum mensuel, soit 236 euros]. Tout porte &#224; croire que le taux d'abstention sera d'une importance d&#233;cisive [bien que le vote soit obligatoire]. Historiquement, il est plus &#233;lev&#233; lors des seconds tours. La lutte pour la gratuit&#233; des transports publics [pour se rendre au bureau de vote] a pris une importance d&#233;cisive. En un mot, il est possible de gagner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Mais Bolsonaro est en t&#234;te dans le Sud [Etats du Paran&#225;, de Santa Catarina et du Rio Grande do Sul] : 59% contre 41% pour Lula. Il l'est &#233;galement dans le Centre-Ouest [Etats du Goi&#225;s, du Mato Grosso et du Mato Grosso do Sul, ainsi que le District f&#233;d&#233;ral] : 59% contre 41%. L'&#233;galit&#233; technique [tenant donc compte de la marge d'incertitude des sondages] existe dans le Sud-Est [Etats du Minas Gerais, de l'Esp&#237;rito Santo, de Rio de Janeiro et de S&#227;o Paulo], avec un avantage quantitatif pour Bolsonaro de 52% contre 48% et aussi dans le Nord [Etats de l'Acre, de l'Amazonas, du Roraima, du Rond&#244;nia, du Par&#225;, de l'Amap&#225; et du Tocantins] avec 51% contre 49%. Une avance &#233;crasante en faveur de Lula appara&#238;t dans le Nord-Est [Etats du Maranh&#227;o, du Piau&#237;, du Cear&#225;, du Rio Grande do Norte, de la Para&#237;ba, du Pernambouc, de l'Alagoas, du Sergipe et de Bahia] &#224; 72% contre 28%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pays est donc, en plus d'&#234;tre divis&#233; socialement, fractur&#233; r&#233;gionalement. Lula a obtenu la pr&#233;f&#233;rence de 41% des &#233;lecteurs et &#233;lectrices de Simone Tebet (MDB) ; Bolsonaro en a recueilli 29%. Parmi les pr&#233;f&#233;rences des &#233;lecteurs et &#233;lectrices de Ciro Gomes (PDT-Partido Democr&#225;tico Trabalhista), Lula en a obtenu 40% et Bolsonaro 31%. Si l'on ne n&#233;glige pas le fait que la marge d'erreur des sondages est de 2% en plus ou en moins, dans le pire des cas, l'avantage de Lula n'est que de 1%. Reste donc une incertitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Les intentions de vote qui ressortent encore d'un affrontement sont infimes. La campagne se d&#233;veloppe sur cinq fronts. Dans les options tactiques et politiques, dans l'organisation du soutien, dans la mobilisation dans la rue, dans le bouillonnement des r&#233;seaux sociaux et dans les heures de publicit&#233; &#224; la radio et &#224; la t&#233;l&#233;vision. Ce qui sera d&#233;cisif, c'est la tactique politique, et non les &#171; blessures &#187; inflig&#233;es. Bolsonaro a obtenu les soutiens pr&#233;visibles de Romeu Zema [Partido Novo, gouverneur du Minas Gerais], Rodrigo Garcia [PSDB, en premi&#232;re position pour le poste de gouverneur de S&#227;o Paulo] et Sergio Moro [&#233;lu s&#233;nateur pour le Paran&#225; d&#232;s le premier tour]. Lula a obtenu le soutien de Simone Tebet, des leaders historiques du PSDB comme Fernando Henrique Cardoso [pr&#233;sident de janvier 1995 &#224; janvier 2003] et Jos&#233; Serra [ex-gouverneur de l'Etat de S&#227;o Paulo de janvier 2007 &#224; mars 2010], en plus du PDT, et un soutien r&#233;serv&#233; de Ciro Gomes. Sur ce front, Lula a renforc&#233; sa position. La sup&#233;riorit&#233; de Lula dans les rues est &#233;galement immense en ce moment. Les marches &#224; Campinas [Etat de S&#227;o Paulo] et Belo Horizonte [capitale de l'Etat du Minas Gerais], dans le Complexo do Alem&#227;o [ensemble de favelas de la ville de Rio de Janeiro] et &#224; Salvador [capitale de l'Etat de Bahia], ainsi qu'&#224; Aracaju [capitale de l'Etat de Sergipe] et Recife [capitale de l'Etat de Pernambouc] ont &#233;t&#233; tr&#232;s nombreuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est vrai que nous sommes encore en train d'apprendre comment lutter contre l'extr&#234;me droite. Quelle doit &#234;tre l'orientation politique ? Une majorit&#233; des forces militantes soutiennent la tactique sensationnaliste consistant &#224; retourner contre Bolsonaro ses d&#233;clarations absurdes et abjectes, stupides et ahurissantes. Mais la sale guerre sur les m&#233;dias sociaux ne diminue pas la place centrale de la politique. Doit-elle &#234;tre centr&#233;e sur la d&#233;fense de propositions susceptibles de stimuler un espoir politique, ou sur la reprise du pass&#233; [des gouvernements Lula] ? La proposition, par exemple, d'exon&#233;rer de l'imp&#244;t sur le revenu les salari&#233;&#183;e&#183;s gagnant jusqu'&#224; 5000 reais [976 euros, soit moins de quatre salaires minimums] &#233;tait une inflexion tr&#232;s importante, malheureusement non exploit&#233;e dans le d&#233;bat. Elle aurait pu &#234;tre associ&#233;e &#224; la justification, entre autres, d'un imp&#244;t sur les grandes fortunes, en indiquant une autre voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Les gouvernements du PT ont fait na&#238;tre du lulisme dans les couches populaires. Il y a l&#224; la cl&#233; pour comprendre le leadership &#233;norme de Lula dans le Nord-Est qui pourrait d&#233;cider de la victoire sur Bolsonaro. Au Br&#233;sil, la classe laborieuse est divis&#233;e en deux grandes parties. D'un c&#244;t&#233;, il y a un peu plus de 30 millions de salari&#233;&#183;e&#183;s ayant un contrat formel dans le secteur priv&#233; ; ils sont plus concentr&#233;s dans le Sud-Est et le Sud ; et 13 millions d'employ&#233;&#183;e&#183;s publics. De l'autre, il y a 10 millions de salari&#233;&#183;e&#183;s avec un employeur, mais sans contrat [avec ce qui en d&#233;coule pour la retraite et assurances sociales], et 25 millions qui sont &#171; ind&#233;pendants &#187; dans un large &#233;ventail de secteurs. Le poids de ce semi-prol&#233;tariat est immense dans tout le pays, plus important dans le Nord et le Nord-Est. Le PT s'est transform&#233; en un parti &#224; l'influence de masse dans les ann&#233;es 1980, bas&#233; sur la mobilisation de la classe ouvri&#232;re, organis&#233;e en syndicats. Elle &#233;tait toujours plus forte dans le sud-est avant 2002. Le lulisme est devenu un parti &#171; des masses &#187; apr&#232;s l'exp&#233;rience pratique de l'am&#233;lioration des conditions de vie sous les gouvernements de Lula et de Dilma Rousseff [janvier 2011-ao&#251;t2016].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au cours des dix derni&#232;res ann&#233;es, le pays a chang&#233;. Alors qu'&#224; l'&#233;chelle nationale, notamment dans les r&#233;gions les plus industrialis&#233;es, l'&#233;conomie a stagn&#233; &#8211; sur un axe traversant l'int&#233;rieur du Br&#233;sil du nord au sud &#8211; on a assist&#233; &#224; une forte croissance tir&#233;e par la valorisation des exportations de c&#233;r&#233;ales et de soja, de viandes diverses. Historiquement, les centres c&#244;tiers les plus dynamiques &#233;taient en d&#233;clin. Du sud de l'Amazonie, en passant par le centre-ouest du Mato Grosso et du Goi&#225;s, de l'ouest de S&#227;o Paulo et du Paran&#225;, &#224; Santa Catarina et au Rio Grande do Sul, l'agrobusiness a attir&#233; les couches de la bourgeoisie en raison de leur r&#233;cente prosp&#233;rit&#233;. L'&#233;mergence d'une extr&#234;me droite n&#233;o-fasciste ayant une base de masse repose, outre le basculement &#224; droite des classes moyennes, &#233;galement sur cette fracture r&#233;gionale. (Article publi&#233; sur le site Esquerda online, site du courant Resistencia du PSOL, le 18 octobre 2022 ; traduction r&#233;daction A l'Encontre)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Br&#233;sil : vaincre la peur pour assurer la d&#233;faite des fascistes</title>
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		<dc:date>2022-09-27T07:01:59Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Val&#233;rio Arcary</dc:creator>


		<dc:subject>Br&#233;sil</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-09-27</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 1er tour des &#233;lections l&#233;gislatives br&#233;siliennes aura lieu le 2 octobre prochain. Le principal candidat de la gauche, Lula, est toujours en t&#234;te dans les sondages, devant le fasciste Bolsonaro au pouvoir, mais celui-ci est &#224; l'offensive et cherche &#224; mobiliser ses partisans dans la rue, notamment pour pr&#233;parer la suite. Dans cette situation, la gauche semble quelque peu t&#233;tanis&#233;e par la peur, mais aussi par l'illusion qu'il suffira une victoire &#233;lectorale de Lula (n&#233;cessaire bien entendu) (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH90/arton54154-c2fbe.png?1781036270' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='90' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 1er tour des &#233;lections l&#233;gislatives br&#233;siliennes aura lieu le 2 octobre prochain. Le principal candidat de la gauche, Lula, est toujours en t&#234;te dans les sondages, devant le fasciste Bolsonaro au pouvoir, mais celui-ci est &#224; l'offensive et cherche &#224; mobiliser ses partisans dans la rue, notamment pour pr&#233;parer la suite. Dans cette situation, la gauche semble quelque peu t&#233;tanis&#233;e par la peur, mais aussi par l'illusion qu'il suffira une victoire &#233;lectorale de Lula (n&#233;cessaire bien entendu) pour se d&#233;barrasser du bolsonarisme. Or, comme y insiste Val&#233;rio Arcary dans cet article, sans mobilisation populaire, il n'est pas possible de vaincre le fascisme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;23 septembre 2022 | tir&#233; de contretemps.eu&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/bresil-lula-gauche-fascisme-bolsonaro-peur/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/bresil-lula-gauche-fascisme-bolsonaro-peur/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a urgence, mais il faut faire preuve de d&#233;termination et de patience. Le 7 septembre dernier [journ&#233;e de f&#234;te des 200 ans de l'Ind&#233;pendance] a &#233;t&#233; &#171; d&#233;tourn&#233; &#187; par le bolsonarisme pour organiser de grandes d&#233;monstrations de force sociale [&#224; Brasilia et &#224; Rio de Janeiro]. Soyons lucides, cette force, ils l'ont d&#233;montr&#233;e. La soci&#233;t&#233; est fractur&#233;e : la majorit&#233; sociale contre Jair Bolsonaro s'est consolid&#233;e, prenant appui surtout par sur plus pauvres, les femmes et les habitants du Nordeste, mais les fascistes conservent un soutien de la masse au sein de la bourgeoisie, des classes moyennes, une grande influence dans le Sud et le Nord et l'h&#233;g&#233;monie dans le Centre-Ouest [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes encore dans une situation transitoire, sortant d'une situation r&#233;actionnaire, si l'on consid&#232;re le rapport de forces social entre les classes, bien que le rapport de forces politique, qui oscille de plus en plus rapidement, laisse penser que l'extr&#234;me droite est en situation croissante d'inf&#233;riorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup s'interrogent sur le 7 septembre : mais pourquoi, apr&#232;s tout ? Quel &#233;tait le plan ? Jair Bolsonaro n'a pas &#233;tabli un dialogue au-del&#224; de la zone d'influence qui a d&#233;j&#224; d&#233;cid&#233; de le soutenir. Cela peut sembler irrationnel ; mais &#231;a ne l'est pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jair Bolsonaro est conscient qu'il a peu de chances de remporter les &#233;lections [2]. Mais les d&#233;faites &#233;lectorales ne sont pas n&#233;cessairement des d&#233;faites politiques. Les d&#233;faites &#233;lectorales sont transitoires, mais les d&#233;faites politiques, lorsqu'il y a un renversement des rapports de forces, peuvent &#234;tre irr&#233;versibles. Nous pouvons apprendre cela de l'histoire de la gauche br&#233;silienne elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1989, Lula subit une d&#233;faite &#233;lectorale [47% contre 53% au second tour] contre Fernando Collor, mais remporte une victoire politique. Le Parti des travailleurs (PT) a &#233;t&#233; un outil utile pour faire passer &#224; un niveau sup&#233;rieur la r&#233;sistance des travailleurs et travailleuses ainsi que du peuple face au gouvernement de Jos&#233; Sarney [pr&#233;sident du 15 mars 1985 au 15 mars 1990]. Et Lula a obtenu la position de porte-parole de ces forces populaires. Cette position &#233;tait en concurrence conflictuelle avec le brizolisme [3]. A tel point que, deux ans plus tard, des millions de travailleurs et travailleuses sont descendus dans la rue, apr&#232;s que l'&#233;tincelle du mouvement &#233;tudiant a enflamm&#233; la lutte des classes, pour imposer la destitution en 1992 [Fernando Collor de Mello doit d&#233;missionner en fin 1992].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2014, Dilma Rousseff a remport&#233; les &#233;lections [au second tour avec 51,64% des suffrages contre le candidat du Parti de la social-d&#233;mocratie br&#233;silienne A&#233;cio Neves], mais a subi une d&#233;faite politique. Le rapport de forces social s'est alors invers&#233; et, deux ans plus tard, les classes moyennes sont descendues dans la rue par millions pour assurer la base sociale du coup d'&#201;tat institutionnel d'ao&#251;t 2016 [qui conduisit &#224; la destitution de Dilma Rousseff et &#224; la mont&#233;e &#224; la pr&#233;sidence de Michel Temer, son vice-pr&#233;sident]. C'est alors Jair Bolsonaro qui a remport&#233; la position de porte-parole de ce virage r&#233;actionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jair Bolsonaro a des plans &#224; court, moyen et long terme. Le premier objectif du 7 septembre &#233;tait de stimuler une dynamique de captation d'influence pour obtenir la possibilit&#233;, le 2 octobre, de se pr&#233;senter au deuxi&#232;me tour, le 30 octobre. Le deuxi&#232;me &#233;tait de placer son courant politique n&#233;o-fasciste dans un &#233;tat de mobilisation afin de pouvoir construire une campagne pour d&#233;noncer l'&#233;lection comme r&#233;sultant d'une fraude. Le troisi&#232;me &#233;tait de garantir une l&#233;gitimit&#233; lui permettant de bloquer un processus judiciaire d'enqu&#234;te sur les crimes de responsabilit&#233; [concernant des actes r&#233;pr&#233;hensibles du Pr&#233;sident] qui pourrait le condamner &#224; la prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;faite de Jair Bolsonaro aux &#233;lections sera une grande victoire tactique. Mais, malheureusement, le bolsonarisme, le n&#233;o-fascisme &#224; la br&#233;silienne, restera. Le d&#233;fi strat&#233;gique de la gauche doit &#234;tre plus ambitieux. Il faudra inverser le rapport de forces social afin de laisser l'extr&#234;me droite d&#233;moralis&#233;e et le dos au mur. Cela n&#233;cessitera, en premier lieu, un rapport de forces politique qui garantisse les conditions de l'arrestation de Jair Bolsonaro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus grand obstacle, jusqu'&#224; pr&#233;sent, a &#233;t&#233; la difficult&#233; pour la gauche de gagner de mani&#232;re incontest&#233;e la supr&#233;matie dans les rues. Les rassemblements &#233;lectoraux de Lula ont, heureusement, &#233;t&#233; importants, de l'ordre de quelques dizaines de milliers. M&#234;me tr&#232;s grands dans certaines villes, notamment dans le Nord-Est. Mais sans la pr&#233;sence de Lula, la capacit&#233; de la gauche &#224; battre le rappel des masses a &#233;t&#233; faible. Pourquoi en est-il ainsi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'une question dialectique complexe. Dans des conditions normales, les gens sont &#233;puis&#233;s et fatigu&#233;s par la lutte pour la survie, une pratique quotidienne &#233;puisante et tr&#232;s dure. Les travailleurs et travailleuses, ainsi que les jeunes, les femmes et les ch&#244;meurs, les Noirs et les LGBTI, bref, les masses populaires gagnent en confiance pour lutter afin de battre un ennemi aussi dangereux que Jair Bolsonaro en tenant compte de certaines conditions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(a) premi&#232;rement, si elles per&#231;oivent que la confusion au sein de la classe dirigeante est grande, que les ennemis sont divis&#233;s, semi-paralys&#233;s, peu s&#251;rs ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(b) deuxi&#232;mement, si elles per&#231;oivent une inqui&#233;tude et une division croissantes dans les couches moyennes, et un d&#233;placement vers l'opposition parmi l'intelligentsia et les artistes, etc. ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(c) troisi&#232;mement, si elles per&#231;oivent que les organisations et les directions qui les repr&#233;sentent sont unies, d'une mani&#232;re ou d'une autre ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(d) enfin, et surtout, si elles per&#231;oivent que leurs revendications concr&#232;tes de lutte pour la survie sont mises en avant et respect&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bref, les larges masses ne vont au combat que lorsqu'elles croient qu'il est possible de gagner, mais cela ne suffit pas. Les dirigeants en qui elles placent leur confiance doivent inlassablement faire comprendre que leur mobilisation est indispensable. Que l'on ne peut pas gagner sans un engagement actif dans la lutte, autrement dit en descendant dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, l'appel &#224; la lutte est une partie essentielle de la lutte elle-m&#234;me. Soyons honn&#234;tes, cet appel n'a pas exist&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent. Lula charme, mais n'allume pas la flamme, n'enflamme pas, n'incendie pas. Il ne faut pas s'&#233;tonner que les mobilisations du 10 septembre [devant &#234;tre une r&#233;ponse &#224; la journ&#233;e du 7 septembre] aient &#233;t&#233; des rassemblements d'une avant-garde militante. Et, paradoxalement, les r&#233;sultats des sondages d'opinion en faveur de Lula ont aussi &#233;t&#233; un obstacle. En restant stable pendant au moins un an, cette anticipation a aliment&#233; l'illusion que seule sera n&#233;cessaire une confirmation pr&#233;visible le jour des &#233;lections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre-temps, la conjoncture est devenue plus tendue. Deux jours apr&#232;s le 7 septembre, Benedito Santos [partisan d&#233;clar&#233; de Lula] a &#233;t&#233; assassin&#233; dans le Mato Grosso, suite &#224; une altercation avec un bolsonariste. Par la suite, la peur a grandi, comme il fallait s'y attendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste deux semaines avant les &#233;lections, mais tr&#232;s peu de personnes &#224; gauche osent porter un autocollant soutenant Lula, en dehors des rassemblements ou des environnements s&#233;curis&#233;s. Il n'y a pas d'autocollants sur les voitures. Pourquoi ? Parce que le danger est r&#233;el et imm&#233;diat. Les peurs politiques sont incompr&#233;hensibles, quand on ne les relie pas aux haines sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les discours de Jair Bolsonaro le 7 septembre &#233;taient un appel au combat. Ils distillent les haines et inspirent la peur. Malheureusement, les pressions &#224; l'apathie culturelle et id&#233;ologique qui enserre les larges masses laborieuses sont puissantes. Il s'av&#232;re qu'il n'y a pas de force sociale plus puissante dans l'histoire que la mobilisation populaire, lorsqu'elle prend confiance en elle et s'organise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crainte que le changement ne vienne jamais &#8211; chez les travailleurs elle est accentu&#233;e par la peur des repr&#233;sailles &#8211; doit faire face &#224; des craintes encore plus grandes : celles propres au d&#233;sespoir des classes poss&#233;dantes et de leur client&#232;le sociale de tout perdre. Dans la chaleur de la lutte des classes, le scepticisme des classes laborieuses &#224; l'&#233;gard de leur propre force, l'ind&#233;cision de leurs r&#234;ves &#233;galitaires, ont &#233;t&#233; surmont&#233;s par l'espoir de libert&#233;, un ressenti moral et une aspiration politique plus exaltant que la mesquinerie r&#233;actionnaire et l'avarice bourgeoise. Vaincre la peur sera l'un des grands d&#233;fis &#224; relever pour assurer la d&#233;faite des fascistes. Pendant et apr&#232;s les &#233;lections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Article publi&#233; sur le site A terra &#233; ridonda, 17 septembre 2022 ; traduction r&#233;daction A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Val&#233;rio Arcary est un professeur retrait&#233; de l'IFSP. Il est l'auteur, entre autres, de Ningu&#233;m disse que seria f&#225;cil (Boitempo, 2022), membre du PSOL et animateur du courant Resistencia.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Le Br&#233;sil est divis&#233; en 5 r&#233;gions territoriales, depuis 1969, par l'Institut br&#233;silien de g&#233;ographie et de statistique (IBGE) : le Centre-Ouest (les Etats de Goi&#225;s, du Matto Grosso, du Matto Grosso do Sul et le District f&#233;d&#233;ral Brasilia) ; le Nord-Est (Etats du Piaui, du Maranh&#227;o, du Cear&#225;, du Rio Grande do Norte, du Paraiba, du Pernambouc, de l'Alagoas, du Sergipe et de Bahia) ; le Nord (les Etats d'Acre, d'Amazonas, du Roraima, du Rond&#244;nia, du Par&#225;, de l'Amap&#225; et du Tocantins) ; le Sud-Est avec les Etats du Minas Gerais, de l'Espirito Santo, de Rio de Janeiro et de S&#227;o Paulo ; le Sud qui regroupe des Etats du Paran&#225;, de Santa Catarina et de Rio Grande do Sul. La population de ces r&#233;gions est respectivement d'environ : 12 millions, 50 millions, 14 millions, 77 millions, 26 millions. (R&#233;d. A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Selon la derni&#232;re enqu&#234;te de l'institut Datafolha, publi&#233; par le quotidien Folha de S&#227;o Paulo, le 16 septembre, 45% des intentions de vote se portent sur Lula (pourcentage qui ne s'est pas modifi&#233; sur une semaine) et Bolsonaro en recueille 33% (un recul de 1% sur une semaine). Ciro Gomes du PDT se voit attribuer 8% des intentions. Simone Tebet, candidate du MDB (Mouvement d&#233;mocratique br&#233;silien), obtient 5% des intentions. Ces r&#233;sultats concernent l'enqu&#234;te portant sur le premier tour du 2 octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Folha de S&#227;o Paulo : &#171; Les r&#233;sultats de Datafolha ont renforc&#233; l'impression que la bataille jusqu'au jour du scrutin sera concentr&#233;e dans les trois Etats comptant le plus d'&#233;lecteurs dans le pays : S&#227;o Paulo, Minas Gerais et Rio de Janeiro. Alors qu'&#224; S&#227;o Paulo et Rio, Lula a vu son avantage de Datafolha augmenter, Bolsonaro a gagn&#233; du terrain parmi les &#233;lecteurs du Minas Gerais. Apr&#232;s la publication des r&#233;sultats du sondage, les strat&#232;ges des deux campagnes ont d&#233;clar&#233; qu'il &#233;tait n&#233;cessaire de progresser sur le vote des ind&#233;cis dans ces Etats. &#187; L'article poursuit : &#171; Pour gagner au premier tour, comme le souhaite l'ancien pr&#233;sident (Lula), un candidat doit obtenir plus de la moiti&#233; du total des votes valides, ce qui exclut les votes nuls et blancs et constitue le crit&#232;re officiel pour d&#233;finir l'&#233;lection. Selon Datafolha, Lula a obtenu 48% des votes valides, soit le m&#234;me pourcentage que lors du dernier sondage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le Minas Gerais, Lula est pass&#233; de 47% des intentions de vote &#224; 43% par rapport au sondage r&#233;alis&#233; par l'institut il y a quinze jours. Bolsonaro, quant &#224; lui, est pass&#233; de 30% &#224; 33%, r&#233;duisant, ici, la diff&#233;rence entre les deux de 17 &#224; 10 points. A S&#227;o Paulo, le plus grand coll&#232;ge &#233;lectoral du pays, l'espoir pr&#233;sidentiel de Lula a &#233;volu&#233; positivement, passant de 40% &#224; 43%, tandis que l'espoir pr&#233;sidentiel de Bolsonaro est pass&#233; de 35% &#224; 33%. A Rio de Janeiro, l'avance de Lula est pass&#233;e de 42% &#224; 44%, dans la marge d'erreur, tandis que celle de Bolsonaro est rest&#233;e &#224; 36%. &#187; (R&#233;d. A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] L&#233;onel Brizola &#8211; 1922-2003 &#8211; eut une longue carri&#232;re politique comme &#171; nationaliste de gauche &#187; et fut un acteur de la construction du Parti travailliste br&#233;silien (PTB) ; en 1979, il lan&#231;a le Parti d&#233;mocratique travailliste (PDT). (R&#233;d. A l'Encontre)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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