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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>En Angleterre, le mouvement Extinction Rebellion lance l'insurrection pour le climat</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/En-Angleterre-le-mouvement-Extinction-Rebellion-lance-l-insurrection-pour-le-37138</link>
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		<dc:date>2018-12-04T07:46:56Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Corinne Morel-Darleux</dc:creator>


		<dc:subject>Grande-Bretagne</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-12-04</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;17 novembre 2018 | tir&#233; du site Reporterre Corinne Morel Darleux est secr&#233;taire nationale &#224; l'&#233;cosocialisme du Parti de gauche et conseill&#232;re r&#233;gionale Auvergne - Rh&#244;ne-Alpes. &lt;br class='autobr' /&gt;
En lan&#231;ant le mouvement Extinction Rebellion, des activistes anglais s'engagent avec d&#233;termination dans la lutte contre le changement climatique et la disparition des esp&#232;ces, raconte notre chroniqueuse. Alors que le changement est possible et urgent, disent-ils, les politiques ne font rien. Aux citoyens de reprendre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Environnement-41-" rel="directory"&gt;Environnement&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Grande-Bretagne-+" rel="tag"&gt;Grande-Bretagne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2018-12-04-+" rel="tag"&gt;Edition du 2018-12-04&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH117/arton37138-7a8a3.png?1781422004' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='117' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;17 novembre 2018 | tir&#233; du site Reporterre&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Corinne Morel Darleux est secr&#233;taire nationale &#224; l'&#233;cosocialisme du Parti de gauche et conseill&#232;re r&#233;gionale Auvergne - Rh&#244;ne-Alpes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En lan&#231;ant le mouvement Extinction Rebellion, des activistes anglais s'engagent avec d&#233;termination dans la lutte contre le changement climatique et la disparition des esp&#232;ces, raconte notre chroniqueuse. Alors que le changement est possible et urgent, disent-ils, les politiques ne font rien. Aux citoyens de reprendre la main en se soulevant pour inverser le rapport de force.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On devrait plus souvent regarder ce qui se passe ailleurs. Pendant qu'en France on marche pour le climat sous le slogan &lt;i&gt;&#171; il est encore temps &#187;&lt;/i&gt;, en Angleterre on pr&#233;pare des op&#233;rations de blocage en scandant &lt;i&gt;&#171; We don't have time &#187; (&#171; on n'a plus le temps &#187;&lt;/i&gt;). Il y aurait l&#224; mati&#232;re &#224; faire des parall&#232;les int&#233;ressants avec &lt;a href=&#034;https://reporterre.net/A-Hambach-des-milliers-d-activistes-debordent-la-police-pour-en-finir-avec-le&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le blocage r&#233;cent d'une mine de charbon en Allemagne, d'un sommet p&#233;trolier &#224; Pau &lt;/a&gt;ou encore avec les principes d'action non violente &lt;a href=&#034;https://reporterre.net/La-fougue-d-Alternatiba-se-veut-contagieuse&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d'Alternatiba en France&lt;/a&gt;. Mais pour l'instant, peu de choses ont filtr&#233; en France sur la naissance de ce mouvement pourtant destin&#233; &#224; s'internationaliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mercredi 31 octobre &#224; Londres, plusieurs centaines de personnes se sont regroup&#233;es devant le Parlement, &#224; Westminster, munies de panneaux sur lesquels figure un &#233;trange motif : un sablier enferm&#233; dans un rond. Ce rond, c'est notre plan&#232;te. Le sablier, le compte &#224; rebours de l'extinction. Leur banni&#232;re :&lt;a href=&#034;https://rebellion.earth/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt; Extinction Rebellion&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On apprend sur les r&#233;seaux qu'il y a eu une quinzaine d'arrestations &#224; Londres, avec la pr&#233;sence remarqu&#233;e du chroniqueur &#233;cologiste du Guardian, George Monbiot, de la d&#233;put&#233;e Caroline Lucas ou encore de Greta Thunberg, cette jeune Su&#233;doise de 15 ans qui a lanc&#233; une gr&#232;ve scolaire et marqu&#233; les esprits en disant : &#171; Les faits n'ont plus d'importance aujourd'hui, les politiques n'&#233;coutent plus les scientifiques, alors pourquoi devrais-je apprendre ? (&#8230;) Puisque les adultes se fichent de notre futur, et bien, moi aussi. &#187; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chacun peut trouver un r&#244;le &#224; sa mesure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en savoir plus il faut donc aller sur le site d'&lt;a href=&#034;https://rebellion.earth/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Extinction Rebellion (XR)&lt;/a&gt;, au graphisme simple et efficace, o&#249; trois panneaux successifs guident le visiteur des principes &#224; l'action. Une vid&#233;o de 50 minutes permet de v&#233;rifier d&#232;s la deuxi&#232;me page qu'on est bien sur les m&#234;mes positions. Gail Bradbrook, de l'organisation &#171; m&#232;re &#187; de XR, Rising Up, y pr&#233;sente une s&#233;lection de donn&#233;es scientifiques r&#233;centes sur le r&#233;chauffement climatique, explique la fonte des p&#244;les et la perte d&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/alb&#233;do&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;'alb&#233;do&lt;/a&gt;, le risque de retour du fascisme et les m&#233;canismes de s&#233;cession de l'oligarchie. La premi&#232;re partie s'ach&#232;ve sur cette conclusion : &lt;strong&gt;le changement est urgent, il est techniquement et &#233;conomiquement possible, les politiques ne font rien : il faut donc &#233;tablir un rapport de forces et prendre la main.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce rapport de forces est &#233;minemment politique. XR revendique une approche syst&#233;mique qui prend le contre-pied du sentimentalisme ordinaire, et n'h&#233;site pas &#224; se qualifier de r&#233;volutionnaire. Vu de France, il peut sembler paradoxal d'en appeler au soul&#232;vement populaire et de parler de situation de guerre [3] tout en se disant non violent, tant on a essay&#233; de nous fourrer dans le cr&#226;ne que les insurrections &#233;taient forc&#233;ment sanguinaires. Il suffit pourtant de se souvenir de la marche du sel de Gandhi ou de la dissidence de militants &#8212; noirs et blancs &#8212; contre la s&#233;gr&#233;gation raciale dans les bus des ann&#233;es 1950 aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH392/a0b357218df31e41-0b22a741-ccbe2.png?1781422004' width='500' height='392' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Nous ne pouvons pas sauver la Terre en jouant selon les r&#232;gles. Il est temps de se rebeller pour sauver l'avenir &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant de filiations dont se r&#233;clame XR en annon&#231;ant le chiffre de &lt;strong&gt;500 personnes form&#233;es et pr&#234;tes &#224; aller en prison&lt;/strong&gt;. Cette mise en avant peut poser question, soit qu'elle semble exag&#233;r&#233;ment sacrificielle (mais la pr&#233;sentation des enjeux, non exag&#233;r&#233;e, rappelle sa l&#233;gitimit&#233;), trop empreinte de romantisme r&#233;volutionnaire, ou qu'elle apparaisse comme un luxe de privil&#233;gi&#233;s. Et c'est vrai : les m&#232;res c&#233;libataires, les r&#233;fugi&#233;s, les salari&#233;s les plus pr&#233;caires ne peuvent pas se permettre une arrestation. Mais pr&#233;cis&#233;ment : &lt;strong&gt;que celles et ceux qui le peuvent soient devant, en premi&#232;re ligne !&lt;/strong&gt; Et ne faisons pas non plus comme si c'&#233;tait facile pour eux. Ce choix n'est jamais simple, pour personne. Il doit &#234;tre fait de mani&#232;re d&#233;lib&#233;r&#233;e et planifi&#233;. Or, pr&#233;par&#233;e, l'op&#233;ration l'est : dans tout le pays, que ce soit via des r&#233;unions physiques, des &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Webinaire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt; webinaires &lt;/a&gt; sur leur site ou des vid&#233;os sur YouTube, des formations ont lieu depuis des semaines pour mettre en perspective les enjeux scientifiques et politiques du climat, aborder la question de l'effondrement et apprendre &#224; vivre avec, s'organiser concr&#232;tement pour bloquer une route ou encore acqu&#233;rir les rudiments en vue d'une arrestation. Et chacun peut trouver un r&#244;le &#224; sa mesure : des groupes affinitaires existent, des r&#244;les de soutien et de communication moins expos&#233;s aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; L'espoir meurt, l'action commence &#187;&lt;/strong&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face au risque d'&#233;puisement militant &#224; aller chercher les masses que l'on conna&#238;t, l'un des messages int&#233;ressants et &#224; contre-courant que porte XR est qu'il n'y a pas besoin d'&#234;tre des millions : &#224; la culture du nombre qui pr&#233;side aux p&#233;titions, marches et manifestations, le mouvement veut aujourd'hui substituer des actions pas forc&#233;ment massives mais &lt;i&gt;&#171; disruptives &#187;&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire perturbatrices et subversives, sans violence contre-productive. Selon eux, commencer &lt;a href=&#034;https://reporterre.net/Contre-le-GCO-ils-et-elles-poursuivent-la-greve-de-la-faim&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une gr&#232;ve de la faim&lt;/a&gt; ou se d&#233;clarer pr&#234;t &#224; aller en prison indique combien l'affaire est s&#233;rieuse et montre une mise en danger qui force le respect et r&#233;veille l'opinion. En somme, &lt;i&gt;&#171; plus l'enjeu est fort, moins il y a besoin d'&#234;tre nombreux &#187;&lt;/i&gt;. Cette id&#233;e fait r&#233;f&#233;rence &#224; la &#171; &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Fen&#234;tre_d'Overton&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt; fen&#234;tre d'Overton&lt;/a&gt; &#187; un concept qui th&#233;orise un espace fluctuant, sous la forme d'une fen&#234;tre dans laquelle se situe ce qui est politiquement acceptable par le public. Donald Trump, par exemple, a rendu le racisme politiquement acceptable aux &#201;tats-Unis. XR, lui, veut rendre l'inaction face &#224; l'effondrement inacceptable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leurs actions ne visent pas &#224; influencer l'orientation du gouvernement ou &#224; lui demander d'agir : cela d&#233;j&#224; &#233;t&#233; fait et a largement &#233;chou&#233;. Leurs actions visent &#224; obtenir que la v&#233;rit&#233; scientifique sur les risques d'effondrement soit dite au grand public (l'id&#233;e selon laquelle des chiffres aussi alarmants devraient faire la &#171; une &#187; chaque jour revient souvent dans leurs propos), la mise en place d'une &#233;conomie z&#233;ro carbone d'ici 2025, et que celle-ci soit plac&#233;e sous le contr&#244;le d'une assembl&#233;e de citoyens [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Loin d'appara&#238;tre comme un mouvement marginal ou gauchiste, on compte parmi les soutiens d'Extinction Rebellion une centaine d'universitaires&lt;/strong&gt; d'Oxford, de Cambridge, d'&#201;dimbourg, d'Exeter, de Bristol ou encore du King's College de Londres, rejoints par l'ancien archev&#234;que de Cantorb&#233;ry Rowan Williams, qui fut &#224; la t&#234;te de l'&#201;glise d'Angleterre de 2003 &#224; 2012. Le journal The Guardian assure le relais m&#233;diatique. On trouve &#233;galement dans leurs sources des figures comme Joachim Schnellhuber, fondateur de l'Institut Potsdam sur la recherche climatique, ou Kate Marvel, chercheuse associ&#233;e &#224; l'Institut d'&#233;tudes spatiales Goddard de la Nasa. Comme beaucoup de ses coll&#232;gues dont on voit circuler depuis six mois les t&#233;moignages sur les r&#233;seaux sociaux, Kate Marvel a d&#233;cid&#233; de sortir de l'injonction de &#171; neutralit&#233; scientifique &#187;. Elle d&#233;clare avoir le sentiment d'assister &#224; un &#171; film d'horreur au ralenti &#187;et affirme que ce dont on a besoin aujourd'hui n'est pas d'espoir, mais de courage : &#171; En tant que climatologue, on me demande r&#233;guli&#232;rement de donner des raisons d'esp&#233;rer. L'opinion veut qu'on lui dise que tout finira bien. Le probl&#232;me, c'est que je ne le peux absolument pas. &#187; C'est un des slogans d'Extinction Rebellion : &#171; Hope dies, action begins &#187; (&#171; L'espoir meurt, l'action commence &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le courage, &#171; la d&#233;termination &#224; faire bien, sans certitude de victoire &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout ceci sonne comme un retour sur Terre et signe peut-&#234;tre la fin des &#171; discours rose bonbon &#187; &lt;/strong&gt;. &#192; rebours de la &lt;i&gt;&#171; positive attitude &#187;&lt;/i&gt;, de l'injonction de livrer &#224; chacun sa dose de bonnes nouvelles, de plus en plus d'auteurs et de praticiens le disent : le contraire de l'espoir n'est pas le d&#233;sespoir, mais la douleur. Et face &#224; elle, on trouve le courage, qui peut se d&#233;finir selon Kate Marvel comme &lt;i&gt;&#171; la d&#233;termination &#224; faire bien, sans certitude de victoire &#187;&lt;/i&gt;. Comme une r&#233;ponse &#224; tous ceux qui craignent que la v&#233;rit&#233; ne d&#233;mobilise les &#233;nergies militantes, comme un &#233;cho &#224; mes propres r&#233;flexions sur la &#171; &lt;a href=&#034;http://www.lespetitspoissontrouges.org/index.php?post/2018/09/03/Dignit&#233;-du-pr&#233;sent-%3A-des-Racines-du-Ciel-au-Titanic&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt; dignit&#233; du pr&#233;sent &lt;/a&gt; &#187;&#8230;&lt;strong&gt; Il ne s'agit pas de d&#233;sesp&#233;rer Billancourt mais de lui donner le courage du combat : celui qui vient avec la perte de ce &#224; quoi on tient.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des Clash sous Margaret Thatcher &#224; Occupy London en passant par&lt;a href=&#034;https://reporterre.net/En-Angletererre-les-lourdes-peines-infligees-a-des-militants-anti-gaz-de&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt; le mouvement contre le fracking&lt;/a&gt; , les Anglais n'en sont pas &#224; leur coup d'essai. Cette op&#233;ration de d&#233;sob&#233;issance civique va s'intensifier graduellement sur plusieurs mois : ce qui s'est pass&#233; le 31 octobre &#224; Westminster n'en &#233;tait que la pr&#233;figuration, une sorte d'entra&#238;nement. &lt;strong&gt;Le point d'orgue de cette premi&#232;re semaine d'actions en Angleterre aura lieu le 17 novembre.&lt;/strong&gt; Ce sera aussi la date d'ouverture de la COP sur la biodiversit&#233;, &#224; Charm el-Cheik, en &#201;gypte : la secr&#233;taire ex&#233;cutive de la commission biodiversit&#233; des Nations unies vient d'annoncer qu'il ne nous restait que deux petites ann&#233;es pour r&#233;agir drastiquement, sous peine de devenir la premi&#232;re esp&#232;ce &#224; recenser sa propre extinction.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>En Angleterre, le mouvement Extinction Rebellion lance l'insurrection pour le climat</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/En-Angleterre-le-mouvement-Extinction-Rebellion-lance-l-insurrection-pour-le</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/En-Angleterre-le-mouvement-Extinction-Rebellion-lance-l-insurrection-pour-le</guid>
		<dc:date>2018-11-20T08:10:03Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Corinne Morel-Darleux</dc:creator>


		<dc:subject>Angleterre</dc:subject>
		<dc:subject>Plan&#232;te</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-11-20</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En lan&#231;ant le mouvement Extinction Rebellion, des activistes anglais s'engagent avec d&#233;termination dans la lutte contre le changement climatique et la disparition des esp&#232;ces, raconte notre chroniqueuse. Alors que le changement est possible et urgent, disent-ils, les politiques ne font rien. Aux citoyens de reprendre la main en se soulevant pour inverser le rapport de force. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Reporterre. &lt;br class='autobr' /&gt;
On devrait plus souvent regarder ce qui se passe ailleurs. Pendant qu'en France on marche (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Mouvement-environnementaliste-" rel="directory"&gt;Mouvement environnementaliste&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Angleterre-+" rel="tag"&gt;Angleterre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Planete-+" rel="tag"&gt;Plan&#232;te&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2018-11-20-+" rel="tag"&gt;Edition du 2018-11-20&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH77/arton36914-8978b.png?1781422004' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='77' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En lan&#231;ant le mouvement Extinction Rebellion, des activistes anglais s'engagent avec d&#233;termination dans la lutte contre le changement climatique et la disparition des esp&#232;ces, raconte notre chroniqueuse. Alors que le changement est possible et urgent, disent-ils, les politiques ne font rien. Aux citoyens de reprendre la main en se soulevant pour inverser le rapport de force.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://reporterre.net/En-Angleterre-le-mouvement-Extinction-Rebellion-lance-l-insurrection-pour-le?fbclid=IwAR34TFdIVs-_if6II7wa0zCG9UKRPzq4pnqUf_Zo32qHdFnVxb-kvvlZ5i8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Reporterre&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On devrait plus souvent regarder ce qui se passe ailleurs. Pendant qu'en France on marche pour le climat sous le slogan &#171; il est encore temps &#187;, en Angleterre on pr&#233;pare des op&#233;rations de blocage en scandant &#171; We don't have time &#187; (&#171; on n'a plus le temps &#187;). Il y aurait l&#224; mati&#232;re &#224; faire des parall&#232;les int&#233;ressants avec le &lt;a href=&#034;https://reporterre.net/A-Hambach-des-milliers-d-activistes-debordent-la-police-pour-en-finir-avec-le&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blocage r&#233;cent d'une mine de charbon en Allemagne&lt;/a&gt;, d'un &lt;a href=&#034;https://reporterre.net/Le-sommet-du-petrole-offshore-a-Pau-totalement-perturbe-par-les-activistes-du&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sommet p&#233;trolier &#224; Pau&lt;/a&gt; ou encore avec les principes d'&lt;a href=&#034;https://reporterre.net/La-fougue-d-Alternatiba-se-veut-contagieuse&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;action non violente d'Alternatiba en France&lt;/a&gt;. Mais pour l'instant, peu de choses ont filtr&#233; en France sur la naissance de ce mouvement pourtant destin&#233; &#224; s'internationaliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mercredi 31 octobre &#224; Londres, plusieurs centaines de personnes se sont regroup&#233;es devant le Parlement, &#224; Westminster, munies de panneaux sur lesquels figure un &#233;trange motif : un sablier enferm&#233; dans un rond. Ce rond, c'est notre plan&#232;te. Le sablier, le compte &#224; rebours de l'extinction. Leur banni&#232;re : &lt;a href=&#034;https://rebellion.earth/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Extinction Rebellion&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On apprend sur les r&#233;seaux qu'il y a eu une quinzaine d'arrestations &#224; Londres, avec la pr&#233;sence remarqu&#233;e du chroniqueur &#233;cologiste du Guardian, &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/George_Monbiot&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;George Monbiot&lt;/a&gt;, de la d&#233;put&#233;e Caroline Lucas ou encore de Greta Thunberg, cette jeune Su&#233;doise de 15 ans qui a lanc&#233; une gr&#232;ve scolaire et marqu&#233; les esprits en disant : &#171; Les faits n'ont plus d'importance aujourd'hui, les politiques n'&#233;coutent plus les scientifiques, alors pourquoi devrais-je apprendre ? (&#8230;) Puisque les adultes se fichent de notre futur, et bien, moi aussi. &#187; [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chacun peut trouver un r&#244;le &#224; sa mesure &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en savoir plus il faut donc aller sur le &lt;a href=&#034;https://rebellion.earth/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site d'Extinction Rebellion&lt;/a&gt; (XR), au graphisme simple et efficace, o&#249; trois panneaux successifs guident le visiteur des principes &#224; l'action. Une vid&#233;o de 50 minutes permet de v&#233;rifier d&#232;s la deuxi&#232;me page qu'on est bien sur les m&#234;mes positions. Gail Bradbrook, de l'organisation &#171; m&#232;re &#187; de XR, Rising Up, y pr&#233;sente une s&#233;lection de donn&#233;es scientifiques r&#233;centes sur le r&#233;chauffement climatique, explique la fonte des p&#244;les et la &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/alb%C3%A9do&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;perte d'alb&#233;do&lt;/a&gt;, le risque de retour du fascisme et les m&#233;canismes de s&#233;cession de l'oligarchie. La premi&#232;re partie s'ach&#232;ve sur cette conclusion : le changement est urgent, il est techniquement et &#233;conomiquement possible, les politiques ne font rien [2] : il faut donc &#233;tablir un rapport de forces et prendre la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce rapport de forces est &#233;minemment politique. XR revendique une approche syst&#233;mique qui prend le contre-pied du sentimentalisme ordinaire, et n'h&#233;site pas &#224; se qualifier de r&#233;volutionnaire. Vu de France, il peut sembler paradoxal d'en appeler au soul&#232;vement populaire et de parler de situation de guerre [3] tout en se disant non violent, tant on a essay&#233; de nous fourrer dans le cr&#226;ne que les insurrections &#233;taient forc&#233;ment sanguinaires. Il suffit pourtant de se souvenir de la marche du sel de Gandhi ou de la dissidence de militants &#8212; noirs et blancs &#8212; contre la s&#233;gr&#233;gation raciale dans les bus des ann&#233;es 1950 aux &#201;tats-Unis [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant de filiations dont se r&#233;clame XR en annon&#231;ant le chiffre de 500 personnes form&#233;es et pr&#234;tes &#224; aller en prison. Cette mise en avant peut poser question, soit qu'elle semble exag&#233;r&#233;ment sacrificielle (mais la pr&#233;sentation des enjeux, non exag&#233;r&#233;e, rappelle sa l&#233;gitimit&#233;), trop empreinte de romantisme r&#233;volutionnaire, ou qu'elle apparaisse comme un luxe de privil&#233;gi&#233;s. Et c'est vrai : les m&#232;res c&#233;libataires, les r&#233;fugi&#233;s, les salari&#233;s les plus pr&#233;caires ne peuvent pas se permettre une arrestation. Mais pr&#233;cis&#233;ment : que celles et ceux qui le peuvent soient devant, en premi&#232;re ligne ! Et ne faisons pas non plus comme si c'&#233;tait facile pour eux. Ce choix n'est jamais simple, pour personne. Il doit &#234;tre fait de mani&#232;re d&#233;lib&#233;r&#233;e et planifi&#233;. Or, pr&#233;par&#233;e, l'op&#233;ration l'est : dans tout le pays, que ce soit via des r&#233;unions physiques, des &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Webinaire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;webinaires&lt;/a&gt; sur leur site ou des vid&#233;os sur YouTube, des formations ont lieu depuis des semaines pour mettre en perspective les enjeux scientifiques et politiques du climat, aborder la question de l'effondrement et apprendre &#224; vivre avec, s'organiser concr&#232;tement pour bloquer une route ou encore acqu&#233;rir les rudiments en vue d'une arrestation. Et chacun peut trouver un r&#244;le &#224; sa mesure : des groupes affinitaires existent, des r&#244;les de soutien et de communication moins expos&#233;s aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; L'espoir meurt, l'action commence &#187; &lt;/strong&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face au risque d'&#233;puisement militant &#224; aller chercher les masses que l'on conna&#238;t, l'un des messages int&#233;ressants et &#224; contre-courant que porte XR est qu'il n'y a pas besoin d'&#234;tre des millions : &#224; la culture du nombre qui pr&#233;side aux p&#233;titions, marches et manifestations, le mouvement veut aujourd'hui substituer des actions pas forc&#233;ment massives mais &#171; disruptives &#187; [5], c'est-&#224;-dire perturbatrices et subversives, sans violence contre-productive. Selon eux, commencer une &lt;a href=&#034;https://reporterre.net/Contre-le-GCO-ils-et-elles-poursuivent-la-greve-de-la-faim&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;gr&#232;ve de la faim&lt;/a&gt; ou se d&#233;clarer pr&#234;t &#224; aller en prison indique combien l'affaire est s&#233;rieuse et montre une mise en danger qui force le respect et r&#233;veille l'opinion. En somme, &#171; plus l'enjeu est fort, moins il y a besoin d'&#234;tre nombreux &#187;. Cette id&#233;e fait r&#233;f&#233;rence &#224; la &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Fen%C3%AAtre_d%27Overton&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; fen&#234;tre d'Overton &#187;&lt;/a&gt; un concept qui th&#233;orise un espace fluctuant, sous la forme d'une fen&#234;tre dans laquelle se situe ce qui est politiquement acceptable par le public. Donald Trump, par exemple, a rendu le racisme politiquement acceptable aux &#201;tats-Unis. XR, lui, veut rendre l'inaction face &#224; l'effondrement inacceptable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leurs actions ne visent pas &#224; influencer l'orientation du gouvernement ou &#224; lui demander d'agir : cela d&#233;j&#224; &#233;t&#233; fait et a largement &#233;chou&#233;. Leurs actions visent &#224; obtenir que la v&#233;rit&#233; scientifique sur les risques d'effondrement soit dite au grand public (l'id&#233;e selon laquelle des chiffres aussi alarmants devraient faire la &#171; une &#187; chaque jour revient souvent dans leurs propos), la mise en place d'une &#233;conomie z&#233;ro carbone d'ici 2025, et que celle-ci soit plac&#233;e sous le contr&#244;le d'une assembl&#233;e de citoyens [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin d'appara&#238;tre comme un mouvement marginal ou gauchiste, on compte parmi les soutiens d'Extinction Rebellion une centaine d'universitaires d'Oxford, de Cambridge, d'&#201;dimbourg, d'Exeter, de Bristol ou encore du King's College de Londres, rejoints par l'ancien archev&#234;que de Cantorb&#233;ry Rowan Williams, qui fut &#224; la t&#234;te de l'&#201;glise d'Angleterre de 2003 &#224; 2012. Le journal The Guardian assure le relais m&#233;diatique. On trouve &#233;galement dans leurs sources des figures comme Joachim Schnellhuber, fondateur de l'Institut Potsdam sur la recherche climatique, ou Kate Marvel, chercheuse associ&#233;e &#224; l'Institut d'&#233;tudes spatiales Goddard de la Nasa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme beaucoup de ses coll&#232;gues dont on voit circuler depuis six mois les t&#233;moignages sur les r&#233;seaux sociaux, Kate Marvel a d&#233;cid&#233; de sortir de l'injonction de &#171; neutralit&#233; scientifique &#187;. Elle d&#233;clare avoir le sentiment d'assister &#224; un &#171; film d'horreur au ralenti &#187; et affirme que ce dont on a besoin aujourd'hui n'est pas d'espoir, mais de courage : &#171; En tant que climatologue, on me demande r&#233;guli&#232;rement de donner des raisons d'esp&#233;rer. L'opinion veut qu'on lui dise que tout finira bien. Le probl&#232;me, c'est que je ne le peux absolument pas. &#187; C'est un des slogans d'Extinction Rebellion : &#171; Hope dies, action begins &#187; (&#171; L'espoir meurt, l'action commence &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le courage, &#171; la d&#233;termination &#224; faire bien, sans certitude de victoire &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci sonne comme un retour sur Terre et signe peut-&#234;tre la fin des &#171; discours rose bonbon &#187; [7]. &#192; rebours de la &#171; positive attitude &#187;, de l'injonction de livrer &#224; chacun sa dose de bonnes nouvelles, de plus en plus d'auteurs et de praticiens le disent : le contraire de l'espoir n'est pas le d&#233;sespoir, mais la douleur. Et face &#224; elle, on trouve le courage, qui peut se d&#233;finir selon Kate Marvel comme &#171; la d&#233;termination &#224; faire bien, sans certitude de victoire &#187;. Comme une r&#233;ponse &#224; tous ceux qui craignent que la v&#233;rit&#233; ne d&#233;mobilise les &#233;nergies militantes, comme un &#233;cho &#224; mes propres &lt;a href=&#034;http://www.lespetitspoissontrouges.org/index.php?post/2018/09/03/Dignit%C3%A9-du-pr%C3%A9sent-%3A-des-Racines-du-Ciel-au-Titanic&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;flexions sur la &#171; dignit&#233; du pr&#233;sent &#187;&lt;/a&gt;&#8230; Il ne s'agit pas de d&#233;sesp&#233;rer Billancourt mais de lui donner le courage du combat : celui qui vient avec la perte de ce &#224; quoi on tient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des Clash sous Margaret Thatcher &#224; Occupy London en passant par le mouvement contre le fracking [8] (&lt;a href=&#034;https://reporterre.net/En-Angletererre-les-lourdes-peines-infligees-a-des-militants-anti-gaz-de&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://reporterre.net/En-Angletererre-les-lourdes-peines-infligees-a-des-militants-anti-gaz-de&lt;/a&gt;), les Anglais n'en sont pas &#224; leur coup d'essai. Cette op&#233;ration de d&#233;sob&#233;issance civique va s'intensifier graduellement sur plusieurs mois : ce qui s'est pass&#233; le 31 octobre &#224; Westminster n'en &#233;tait que la pr&#233;figuration, une sorte d'entra&#238;nement. Le point d'orgue de cette premi&#232;re semaine d'actions en Angleterre aura lieu le 17 novembre. Ce sera aussi la date d'ouverture de la COP sur la biodiversit&#233;, &#224; Charm el-Cheik, en &#201;gypte : la secr&#233;taire ex&#233;cutive de la commission biodiversit&#233; des Nations unies vient d'annoncer qu'il ne nous restait que deux petites ann&#233;es pour r&#233;agir drastiquement, sous peine de devenir la premi&#232;re esp&#232;ce &#224; recenser sa propre extinction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;London calling to the faraway towns&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Now war is declared &#8212; and battle come down&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;London calling to the underworld&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Come out of the cupboard, you boys and girls&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(L'appel de Londres aux villes lointaines&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant la guerre est d&#233;clar&#233;e &#8212; et la bataille approche&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appel de Londres &#224; ceux des sous-sols&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sortez au grand jour, vous tous gar&#231;ons et filles)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Clash (1979)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Ce qui n'est pas tout &#224; fait juste : en guise d'&#233;cole buissonni&#232;re, Greta organise un sit-in tous les jours devant le Parlement su&#233;dois dans la lign&#233;e de sa m&#232;re, la chanteuse d'op&#233;ra Malena Ernman, qui a d&#233;cid&#233; de mettre un terme &#224; sa carri&#232;re &#224; l'international pour ne plus avoir &#224; prendre l'avion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Le professeur Kevin Anderson tacle ainsi : &#171; Aujourd'hui, on pr&#233;f&#232;re remettre en cause des faits physiques que le syst&#232;me &#233;conomique . &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Comme le dit Greta Thunberg : &#171; Nous ne pouvons pas sauver le monde en suivant les r&#232;gles existantes, parce que les r&#232;gles doivent changer. Aujourd'hui, les politiques n&#233;cessaires pour &#233;viter la catastrophe climatique n'existent pas. Nous devons changer le syst&#232;me. Parce que nous sommes en crise. Et nous devons commencer tout de suite. Comme si une guerre nous mena&#231;ait. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Un mouvement de d&#233;sob&#233;issance enclench&#233; au d&#233;part par seulement 25 &#233;tudiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] non non, on est tr&#232;s loin d'Emmanuel Macron&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] J'aimerais placer ici des remerciements &#224; Nico Haeringer pour nos &#233;changes qui ont contribu&#233; &#224; nourrir ce papier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Piqu&#233; &#224; Pablo Servigne, Rapha&#235;l Stevens et Gauthier Chapelle dans Une autre fin du monde est possible (Seuil), que j'encourage nos lecteurs &#224; lire de toute urgence pour prolonger ces r&#233;flexions, on y trouve beaucoup de r&#233;f&#233;rences communes avec Extinction Rebellion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] La fracturation hydraulique pour exploiter le gaz de schiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Corinne Morel Darleux est secr&#233;taire nationale &#224; l'&#233;cosocialisme du Parti de gauche et conseill&#232;re r&#233;gionale Auvergne - Rh&#244;ne-Alpes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Carnet du Rojava (3/3)</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Carnet-du-Rojava-3-3</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Carnet-du-Rojava-3-3</guid>
		<dc:date>2018-05-29T06:26:51Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Corinne Morel-Darleux</dc:creator>


		<dc:subject>Asie/Proche-Orient</dc:subject>
		<dc:subject>Kurdistan</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-05-29</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;cid&#233; de ne pas franchir l'Euphrate pour des raisons de s&#233;curit&#233;. J'envisageais de me rendre dans la &#171; zone tampon &#187; de Shehba, situ&#233;e &#224; l'ouest des cantons de Cezire et Kobane, o&#249; se sont r&#233;fugi&#233; la plupart des habitants d'Afrin depuis la prise de la ville le 18 mars 2018 par l'arm&#233;e turque et ses alli&#233;s dans le cadre de l'op&#233;ration &#171; Rameau d'olivier &#187;. Mais la pr&#233;sence du r&#233;gime syrien et la proximit&#233; avec l'occupation turque ont finalement eu raison de cette &#233;tape jug&#233;e trop (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Asie-Proche-Orient-" rel="directory"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Asie-Proche-Orient-423-+" rel="tag"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Kurdistan-+" rel="tag"&gt;Kurdistan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2018-05-29-+" rel="tag"&gt;Edition du 2018-05-29&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton34969-e626f.jpg?1781422004' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous avons d&#233;cid&#233; de ne pas franchir l'Euphrate pour des raisons de s&#233;curit&#233;. J'envisageais de me rendre dans la &#171; zone tampon &#187; de Shehba, situ&#233;e &#224; l'ouest des cantons de Cezire et Kobane, o&#249; se sont r&#233;fugi&#233; la plupart des habitants d'Afrin depuis la prise de la ville le 18 mars 2018 par l'arm&#233;e turque et ses alli&#233;s dans le cadre de l'&lt;a href=&#034;https://www.revue-ballast.fr/se-passe-t-rojava-entretien-conseil-democratique-kurde-france/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;op&#233;ration &#171; Rameau d'olivier &#187;&lt;/a&gt;. Mais la pr&#233;sence du r&#233;gime syrien et la proximit&#233; avec l'occupation turque ont finalement eu raison de cette &#233;tape jug&#233;e trop risqu&#233;e ; c'est donc &#224; Kobane que je rencontre les familles de r&#233;fugi&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de la &lt;a href=&#034;https://www.revue-ballast.fr/carnet-du-rojava-3-3/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue Ballast&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lire la &lt;a href=&#034;http://www.pressegauche.org/Carnet-du-Rojava-1-3?var_mode=calcul&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;premi&#232;re partie&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lire la &lt;a href=&#034;http://www.pressegauche.org/Carnet-du-Rojava-2-3-Deuxieme-volet-du-journal-de-bord-de-la-militante?var_mode=calcul&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;deuxi&#232;me partie&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La solidarit&#233; qui s'exerce ici, dans une ville qui se rel&#232;ve elle-m&#234;me &#224; peine des combats, est remarquable. Mes h&#244;tes tiennent tout d'abord &#224; m'emmener visiter un hangar : on se gare sur un parking poussi&#233;reux ; les murs des b&#226;timents sont encore gr&#234;l&#233;s des impacts de tirs ; &#224; l'int&#233;rieur, une petite dizaine de b&#233;n&#233;voles s'affairent. Le lieu est rempli de tas de couvertures, de matelas, de brouettes, de seaux et de chaises empil&#233;s destin&#233;s aux r&#233;fugi&#233;s. Ceux-ci ont tout perdu lorsqu'ils ont d&#251; fuir pr&#233;cipitamment la ville, apr&#232;s plus de cinquante jours de si&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayse a quitt&#233; la ville lorsqu'une bombe a tu&#233; quatre de ses amis : &#171; Je voulais aller les chercher. Quand je suis arriv&#233;e, j'ai vu des t&#234;tes, des tripes, des pieds. Je portais cette robe. &#187; Elle touche le tissu noir &#224; pois blancs qu'elle continue de porter en souvenir de ses amis. &#171; Elle &#233;tait pleine de sang, du sang partout. J'ai dit &#224; mon mari : &#231;a suffit, je ne peux plus. &#187; Ayse a fui avec une partie de sa famille vers Shehba, o&#249; se trouvaient d&#233;j&#224; son fr&#232;re et sa belle-fille, puis tous ont rejoint Kobane. Son mari et sa fille Lorenda sont quant &#224; eux rest&#233;s &#224; Afrin. Ils sont morts tous les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la pi&#232;ce o&#249; nous sommes install&#233;s, les murs sont nus, &#224; l'exception de l'affiche qui les repr&#233;sente. Je reconnais la photo : elle &#233;tait &#224; l'avant du premier v&#233;hicule qui m'a conduite &#224; Qamishle. Lorenda, 17 ans, sourit &#224; l'objectif ; elle porte un appareil photo ; elle &#233;tait journaliste pour les YPJ. En face de moi, assis en tailleur, son jumeau &#233;coute nos &#233;changes sans rien dire. &#192; la fin de l'entretien, il glisse simplement d'une voix calme : &#171; C'est la moiti&#233; de mon c&#339;ur qui est partie. &#187; Avec les fr&#232;res et s&#339;urs, une ni&#232;ce, et leurs enfants, ils vivent &#224; douze ici. Ayse a 53 ans &#8212; elle en para&#238;t 20 de plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quelques pas de la colline de Machtanour, Cihan et sa famille m'accueillent &#224; leur tour. Il y a quelques ann&#233;es, Cihan habitait &#224; Alep. Quand les combats y ont &#233;clat&#233;, elle s'est r&#233;fugi&#233;e &#224; Afrin. Et puis il a fallu fuir Afrin, aussi. La famille est arriv&#233;e, il y a moins de trois semaines, &#224; Kobane : &#171; Je suis rest&#233;e autant que je pouvais, je suis partie quand tout le monde est parti. On &#233;tait cach&#233;s dans la cave avec nos voisins. Les avions bombardaient sans arr&#234;t. Le bruit, les explosions, les avions, les cris : on n'avait plus notre cerveau. Ils bombardaient sans arr&#234;t. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle r&#233;p&#232;te ses phrases avec col&#232;re. &#171; On a r&#233;sist&#233;, et finalement, on a d&#251; partir. Comme des chiens, on est sortis. &#187; Son index frappe le sol. &#171; Sans rien, ni chaussures ni v&#234;tements. On est partis avec ce qu'on avait sur nous. Mais qu'est-ce qu'on a fait, nous, les Kurdes ? On n'a fait de mal &#224; personne ! On a battu Daech, et les &#201;tats europ&#233;ens n'ont rien dit &#224; la Turquie. &#187; Son mari a &#233;t&#233; tu&#233;, son fils aussi. Elle me tend sa photo affich&#233;e sur son t&#233;l&#233;phone, puis me fait &#233;couter les messages audios envoy&#233;s par une amie rest&#233;e &#224; Afrin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voix est h&#233;sitante, se brise, reprend, entrecoup&#233;e, comme si elle respirait avec difficult&#233;. Les silences sont &#233;prouvants. Elle explique qu'il n'y a pas de lait pour les enfants, qu'elle entend encore des tirs. Des gens frappent sans cesse &#224; la porte, elle n'ose pas ouvrir et reste terr&#233;e chez elle. Son fils, un &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Assayech_(Syrie)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ancien asayish&lt;/a&gt;, a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; : elle ne sait pas o&#249; il est. Sa propre m&#232;re est vieille et malade, elle n'a pas de voiture, personne pour l'aider, elle ne peut pas partir. Le son s'arr&#234;te. Cihan reprend son t&#233;l&#233;phone et se frotte les yeux. &#171; &#199;a suffit. On a perdu nos maris, nos maisons, on a tout perdu. Je veux juste que quelqu'un arr&#234;te cette guerre. &#187; Son visage est marqu&#233;. Une fois de plus, je suis sid&#233;r&#233;e quand elle m'annonce son &#226;ge. Cihan a 40 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je tiens &#224; ces t&#233;moignages, &#224; ces photos et ces visages us&#233;s trop t&#244;t, qui incarnent ce qui se passe et l'ancrent dans le r&#233;el. La guerre est un concept devenu lointain et abstrait, en France ; se prendre une claque de r&#233;alit&#233; sur le terrain n'est jamais vain. Malgr&#233; tout, la vie reprend &#224; Kobane, malgr&#233; les &#233;chos permanents des combats pass&#233;s et pr&#233;sents. Quand nous repartons de chez Cihan, quatre femmes crois&#233;es sur le chemin nous proposent un tchai au soleil. Des enfants font du v&#233;lo. En ville, sur les pelouses, on sort des chaises, un militaire s'ach&#232;te un cornet de glace. Ces allers-retours continus entre le fracas et le calme, entre les chantiers de reconstruction et les ruines, les chass&#233;s-crois&#233;s entre victimes d'hier et d'aujourd'hui, la Turquie qu'on voit si proche, si semblable et si mena&#231;ante &#224; la fois, tout cela forme un maelstr&#246;m d'impressions qui d&#233;sar&#231;onnent sans arr&#234;t. Comme pour prolonger ce sentiment, dans la voiture les filles mettent de la musique et se mettent &#224; chanter joyeusement : elles m'expliquent dans un rire que la danse fait partie de la lutte et de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, &#224; quelques pas des rives de l'Euphrate, nous nous rendons &#224; un camp d'entra&#238;nement des combattantes des Unit&#233;s de d&#233;fense de la femme &#8212; les YPJ. Nous traversons pour y arriver une zone enti&#232;rement vid&#233;e de ses habitants, qui &#233;tait tenue par Daech : beaucoup de familles ont travaill&#233; avec l'ennemi et se sont enfuies, d'autres ont quitt&#233; cette zone &#224; cause des mines qui y sont enfouies. Il est pr&#233;vu, me dit-on, que les familles puissent revenir prochainement dans les zones s&#233;curis&#233;es. Mais personne, pour l'heure, n'y entend les d&#233;tonations retentissantes des tirs des YPJ. Nous les retrouvons dans un champ. &#192; l'arri&#232;re, une ligne de jeunes recrues apprend et r&#233;p&#232;te inlassablement les mouvements de base, s'accroupit, se redresse, se met en position et mime le tir en criant. Devant, trois instructrices les accueillent une par une, derri&#232;re un succ&#233;dan&#233; de mur contre lequel elles doivent s'allonger avant de viser deux cibles au fond du champ. Les balles sont r&#233;elles, les douilles volent. Certains visages sont dissimul&#233;s par une cagoule ou un foulard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que je me tiens en retrait, intruse et d&#233;cal&#233;e au milieu de cette arm&#233;e, ce sont elles qui viennent m'accueillir avec chaleur et amiti&#233;. Leur commandante en chef et porte-parole, Nesrin Abdullah, a &#233;t&#233; re&#231;ue par le pr&#233;sident Hollande en f&#233;vrier 2015, apr&#232;s la lib&#233;ration de Kobane. Elle &#233;tait aussi dans la d&#233;l&#233;gation du Rojava et de la F&#233;d&#233;ration d&#233;mocratique de la Syrie du Nord re&#231;ue par le pr&#233;sident Macron le 29 mars dernier &#8212; le jour m&#234;me o&#249; j'interpellais Laurent Wauquiez sur Afrin en session r&#233;gionale (&lt;a href=&#034;https://bit.ly/2rB2lp9&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://bit.ly/2rB2lp9&lt;/a&gt;), &#224; Lyon. Je la rencontre &#224; Qamishle. Ses mots d'accueil sont &#224; l'image de tout notre entretien : francs, pos&#233;s et bienveillants. &#171; Notre r&#233;volution est celle des femmes. C'est aussi ton pays, ici. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nesrin est une ancienne journaliste : cela se ressent dans l'analyse qu'elle porte. Elle m'expose que, si c'est plus visible au Moyen-Orient et en Syrie, c'est en r&#233;alit&#233; le chaos partout, de l'Europe &#224; l'Am&#233;rique latine, et que tout est li&#233; : politique, &#233;conomie, militaire&#8230; Ce qui touche le Moyen-Orient touche l'Europe, et vice-versa. Elle s'inqui&#232;te de voir pointer, dans une partie de la population syrienne qui a tout perdu, un attachement d&#233;courag&#233; au r&#233;gime, faute de syst&#232;me alternatif comme il en existe ici au Rojava. Le nord du pays s'est pr&#233;par&#233;, s'est battu et a construit ses propres assembl&#233;es ; il a combin&#233; protection arm&#233;e et construction d&#233;mocratique et ne reviendra pas en arri&#232;re sur des libert&#233;s ch&#232;rement pay&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas, dit-elle, le cas de tous les Syriens. Son constat est lucide et pos&#233;. Elle pointe la responsabilit&#233; de tous : la Russie qui laisse faire le r&#233;gime et a abandonn&#233; Afrin &#224; la Turquie ; l'Iran, avec son projet de ligne chiite jusqu'&#224; la mer, via l'Irak et la Syrie ; Daech, bien s&#251;r, et les diff&#233;rents groupuscules djihadistes ; la Turquie, qui veut jouer dans la cour des grands et s'&#233;tendre dans tout le Moyen-Orient ; l'Europe et les &#201;tats-Unis. Tous m&#232;nent leurs propres int&#233;r&#234;ts dans la zone, veulent leur part des richesses du pays et parasitent la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, contrairement &#224; ce qu'on entend parfois en Occident, Daech est encore pr&#233;sent dans certaines r&#233;gions de Syrie : &#224; Hajin, Boukamal, et m&#234;me dans une petite partie de Damas. Dans ces zones, poursuit-elle, la population est maintenue sous contr&#244;le militaire et id&#233;ologique par la peur, l'islam est d&#233;tourn&#233;, les habitants mont&#233;s les uns contre les autres : &#171; Une situation tr&#232;s dangereuse. &#187; C'est toute une g&#233;n&#233;ration qui ne conna&#238;t que la guerre et grandit sans &#233;tudes, pouss&#233;e &#224; s'identifier comme chiite, alevi ou musulman. Le terreau du racisme. Or, d&#233;clare-t-elle, on laisse faire : s'ils l'avaient voulu, les &#201;tats en auraient fini avec Daech. Mais tant que Daech est l&#224;, les forces &#233;trang&#232;res gardent une raison d'y &#234;tre aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;voquons sa rencontre avec Emmanuel Macron, qui s'est engag&#233; &#224; apporter le soutien militaire et politique de la France, notamment pour que les Kurdes1 soient d&#233;sormais pr&#233;sents autour de la table des n&#233;gociations et reconnus comme acteurs &#224; part enti&#232;re. J'interroge &#233;galement Nesrin sur le sort de Manbij, identifi&#233;e comme prochaine cible par le pr&#233;sident turc. Dans cette ville vivent des Kurdes, des Arabes, des Tch&#233;tch&#232;nes, des Turkm&#232;nes. Et le combat s'y m&#232;ne d&#233;j&#224; par une guerre psychologique : elle m'explique que les Turkm&#232;nes sont sous la pression de la Turquie, qui en appelle &#224; leurs racines communes ; des familles re&#231;oivent des appels mena&#231;ants de proches r&#233;sidant en Turquie ; des gens de Daech sont encore cach&#233;s dans la ville et la Turquie n'h&#233;site pas &#224; commanditer des assassinats cibl&#233;s. Elle redoute que ce travail de sape ne finisse par retourner la population contre la pr&#233;sence de la &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Coalition_arabo-occidentale_en_Irak_et_en_Syrie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;coalition&lt;/a&gt; &#8212; des forces fran&#231;aises et &#233;tats-uniennes stationn&#233;es &#224; Manbij. Enfin, elle me pr&#233;cise que contrairement &#224; ce que pr&#233;tend la Turquie, il n'y a pas de YPG-YPJ l&#224;-bas : la ville dispose de ses propres forces de protection. J'aurais encore mille questions et sujets &#224; aborder mais nous devons nous quitter : nos &#233;changes ont dur&#233; plus de deux heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai trouv&#233;, dans les propos de la porte-parole des YPJ, la confirmation de plusieurs observations. D'abord, et c'est &#233;crit en toutes lettres dans la brochure de pr&#233;sentation du Kongra Star, la conviction que la paix passe par le fait de reconstruire de bonnes relations entre Syriens, qu'ils soient musulmans, chr&#233;tiens ou y&#233;zidis, arabes, turkm&#232;nes ou kurdes. Ensuite, que la protection du peuple passe par l'&#233;ducation : dans chaque lieu collectif au Rojava, de Jinwar &#224; la commune internationaliste en passant par les locaux du Kongra Star, on trouve une acad&#233;mie, des lieux d'&#233;tude, une salle de formation. Enfin, Nesrin a formul&#233; ce sur quoi j'avais du mal &#224; poser une pens&#233;e claire depuis mon arriv&#233;e : il y a un sentiment curieux, quand on arrive au Rojava, &#224; se sentir du m&#234;me camp que le pouvoir et l'arm&#233;e. Ce n'est pas si souvent&#8230; Une partie de cette &#233;tranget&#233; tient au fait que cette &#171; arm&#233;e &#187;, les YPJ-YPG, n'en est pas une, pas au sens o&#249; on l'entend habituellement : ce ne sont pas des militaires de profession, mais des civils form&#233;s. Ce ne sont pas des forces d'attaque mais de protection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion d'autod&#233;fense est essentielle dans le projet du Rojava : depuis le massacre des Y&#233;zidis au Sinjar en 2014, chacun sait la n&#233;cessit&#233; de pouvoir se prot&#233;ger sans compter sur l'ext&#233;rieur. La loyaut&#233; et la proximit&#233; des forces arm&#233;es sont parmi leurs grandes forces, me confirme Nesrin. Alors que l'arm&#233;e turque bombardait sans rel&#226;che depuis des semaines et n'&#233;tait plus qu'&#224; un kilom&#232;tre d'Afrin, les gens ne voulaient toujours pas partir. &#171; Nous avons tenu deux mois face &#224; la deuxi&#232;me puissance de l'OTAN. &#187; L'arm&#233;e est populaire, ici, dans tous les sens du terme : chacune, chacun a un fr&#232;re, une cousine, un voisin, des amis engag&#233;s, et c'est une des raisons pour lesquelles les habitants leur font confiance pour les prot&#233;ger &#8212; ce sont les leurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pass&#233; la nuit chez une des dirigeantes du Kongra Star et son compagnon, po&#232;te. Nous avons beaucoup discut&#233; dans leur petit jardin o&#249; tr&#244;ne un magnifique n&#233;flier. Ils sont cependant rest&#233;s discrets sur leur vie priv&#233;e et c'est Nupelda qui me confiera que leur fille a &#233;t&#233; tu&#233;e par Daech dans un attentat kamikaze, il y a deux ans. J'ai dormi dans sa chambre, d&#233;cor&#233;e de dipl&#244;mes universitaires et de photos d'anniversaires. Elle avait 22 ans, et attendait son premier enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me reste deux rencontres importantes &#224; effectuer avant de repartir demain, tout d'abord : Ilham Ehmed, la copr&#233;sidente du Conseil d&#233;mocratique syrien. Le CDS est une formation kurdo-arabe oppos&#233;e au r&#233;gime de Bachard Al-Assad, dont est membre le &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_de_l%27union_d%C3%A9mocratique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;PYD&lt;/a&gt;. Branche politique des &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Forces_d%C3%A9mocratiques_syriennes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Forces d&#233;mocratiques syriennes&lt;/a&gt; alli&#233;es &#224; la coalition contre Daech, le CDS travaille pour toute la Syrie et est implant&#233; au-del&#224; du Rojava &#8212; &#224; Alep, par exemple. Ilham m'accueille en soulignant que ma venue, en tant qu'&#233;lue europ&#233;enne (la premi&#232;re &#224; venir au Rojava, semble-t-il), &#171; donne du courage et montre qu'on est sur la bonne voie. Ici, on pense le temps long. La Syrie est en crise depuis sept ans, entre le projet chiite de l'Iran, celui turco-musulman de la Turquie, celui du r&#233;gime syrien, et enfin le n&#244;tre : r&#233;unir toutes les cultures, ethnies et religions &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle n'&#233;vite aucun sujet : la Russie qui, selon elle, &#171; est en train de dire clairement qu'elle est contre [leur] projet et soutient le r&#233;gime &#187; ; l'Europe : apr&#232;s avoir fait remarquer en souriant que &#171; sur les femmes, on l'a d&#233;pass&#233;e &#187;, elle dit que &#171; personne ne soutient Afrin contre la Turquie, qui est en train d'y installer les islamistes de la Ghouta. Emmanuel Macron est le seul &#224; &#234;tre intervenu, mais pour l'instant ce sont des paroles. On ne comprend pas quelle est la position de l'Europe sur la Syrie et le Rojava &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me permets de pointer que la Turquie est membre de l'OTAN, tout comme 22 des &#201;tats membres de l'Union europ&#233;enne, et que cette derni&#232;re a sign&#233; un accord et d&#233;j&#224; d&#233;bloqu&#233; deux tranches de trois milliards d'euros chacune, sur quatre ans, pour que la Turquie accueille et retienne les r&#233;fugi&#233;s chez elle. Sauf que le mur de pr&#232;s de 900 kilom&#232;tres, le long de la fronti&#232;re entre la Turquie et la Syrie du Nord, que j'ai long&#233; pendant tout mon s&#233;jour, laisse peu de possibilit&#233;s &#224; celles et ceux qui le voudraient de se r&#233;fugier en Turquie. Et il s'av&#232;re en outre que &#171; l'Union europ&#233;enne a pay&#233; &#224; la Turquie pour 83 millions d'euros de v&#233;hicules militaires et d'&#233;quipements de surveillance afin de traquer les r&#233;fugi&#233;s, y compris &#224; la fronti&#232;re turco-syrienne, pourtant officiellement ouverte2 &#187;. Ilham tient &#224; pr&#233;ciser que la Turquie ment et gonfle consid&#233;rablement ses chiffres &#224; ce sujet : bien moins de r&#233;fugi&#233;s y sont accueillis. Elle pr&#233;cise &#233;galement que parmi eux beaucoup ont ouvert des magasins, cr&#233;&#233; leur activit&#233; et qu'un million aurait obtenu la nationalit&#233; turque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'ensuit une discussion anim&#233;e entre nous : Ilham voudrait que l'Union europ&#233;enne condamne politiquement l'offensive et affirme que la population d'Afrin doit pouvoir rentrer chez elle. Je pense h&#233;las que ce serait certes satisfaisant, mais tout &#224; fait insuffisant au vu de l'alignement sur l'OTAN et de l'affaiblissement de la diplomatie europ&#233;enne, d&#233;pourvue de souverainet&#233; et soumise au pouvoir &#233;conomique du dollar et aux lois d'extraterritorialit&#233; des &#201;tats-Unis, comme on le voit aujourd'hui sur l'Iran3. Nous discutons &#233;galement du r&#244;le des Nations Unies, dont le Conseil de s&#233;curit&#233; est rest&#233; bien timor&#233; face &#224; l'agression turque, en se contenant d'appeler Recep Tayyip Erdo&#287;an &#171; &#224; la retenue &#187;. L'heure file sans qu'on s'en rende compte, l'&#233;change est passionnant, mais je dois partir : j'ai rendez-vous avec la Commune internationaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa configuration actuelle, notamment en mati&#232;re de visibilit&#233; publique puisque la Commune dispose maintenant d'un site et m&#234;me d'un compte Twitter, le lieu existe depuis moins d'un an. J'y suis accueillie par une douzaine d'internationaux. Ils viennent principalement d'Europe, surtout des Allemands et des Fran&#231;ais, mais aussi du Moyen-Orient et d'Am&#233;rique latine &#8212; un chass&#233;-crois&#233; parfois difficile &#224; comprendre pour les Kurdes, dont certains cherchent &#224; faire le trajet inverse pour aller vivre en Europe. Aucun n'a plus de quarante ans. La plupart sont l&#224; depuis plusieurs mois, plus que ce qu'ils avaient pr&#233;vu au d&#233;part : &#171; Partir maintenant, ce serait comme arr&#234;ter un film au milieu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous sont venus participer &#224; la R&#233;volution : &#171; Non seulement un autre monde est possible, mais il est en cours, parfois. Les gens qui viennent ici cherchent une perspective r&#233;volutionnaire &#187;, sans pour autant vouloir prendre les armes. C'est en quelque sorte le pendant civil des bataillons internationalistes engag&#233;es aux c&#244;t&#233;s des YPJ-YPG, &#224; l'instar de celui que commande le fran&#231;ais Hogir, crois&#233; &#224; la comm&#233;moration &#224; Amuda. Depuis que la fronti&#232;re a &#233;t&#233; rouverte en septembre, m'expliquent-ils, les internationalistes recommencent &#224; venir, &#171; pas juste pour aider, aussi pour construire &#187;. Ce n'est pas &#233;vident, aussi pour qu'ils soient v&#233;ritablement utiles et efficaces, la Commune accueille les nouveaux venus avant qu'ils ne partent travailler un peu partout dans le Rojava. Elle leur apprend la langue, leur donne les premi&#232;res cl&#233;s culturelles : &#171; &#199;a n'est pas juste un autre pays, c'est un autre monde &#187;. Elle les forme aux principes fondateurs de la R&#233;volution en cours. Face &#224; une vall&#233;e d&#233;gag&#233;e, deux maisons accueillent les femmes et les hommes, une troisi&#232;me abritera l'acad&#233;mie de formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'une partie du groupe part pour se rendre &#224; une comm&#233;moration, nous prenons le th&#233; sous des poutrelles en bois qui forment la structure du futur lieu de vie et de r&#233;union commun. Sans plus de pr&#233;ambules, nous entrons tr&#232;s rapidement dans la question de la r&#233;sistance arm&#233;e, dans les responsabilit&#233;s du capitalisme, &#233;voquons aussi bien &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Abdullah_%C3%96calan&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Abdullah &#214;calan&lt;/a&gt; qu'Aldous Huxley, discutons de strat&#233;gies de communication, et explorons ce qui se joue au Rojava. L'&#233;change est s&#233;rieux, fluide et profond &#224; la fois : les quatre militants sont solides, les argumentations intellectuelles et complexes. S'ils avaient des r&#233;ticences &#224; rencontrer une &#233;lue fran&#231;aise, celles-ci semblent en tout cas lev&#233;es. Le refus du capitalisme vert et l'&#233;cosocialisme nous fournissent un terreau commun. En contrebas, un potager et une serre, o&#249; les internationalistes font des essais de boutures. Leur projet, intitul&#233; pour les r&#233;seaux sociaux &lt;a href=&#034;http://internationalistcommune.com/wp-content/uploads/2018/02/present_MRGA_fre.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;#MakeRojavaGreenAgain&lt;/a&gt;, vise &#224; contribuer &#224; la reforestation du Rojava dont les &#233;cosyst&#232;mes ont &#233;t&#233; mis &#224; mal par la monoculture de bl&#233; impos&#233;e par le r&#233;gime syrien : &#171; Le r&#233;gime a tout fait pour d&#233;connecter les gens de leur terre, jusqu'&#224; leur interdire de planter des arbres dans leur propre jardin ! Ici, c'&#233;tait une colonie. Et dans un pays en guerre, la vie est pr&#233;caire, et la valeur accord&#233;e au vivant toute relative. Tout est &#224; r&#233;-apprendre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit pour les habitants du Rojava de r&#233;investir leur propre terre, leur autonomie alimentaire, leurs paysages et leur avenir : pourquoi planter un arbre qui mettra parfois des dizaines d'ann&#233;es &#224; porter ses fruits, quand vous risquez d'&#234;tre chass&#233; de chez vous dans une semaine, un mois, un an ? L'&#233;cologie se construit sur le temps long, qui a &#233;t&#233; aboli ici. C'est une des raisons pour lesquelles le volet &#233;cologiste du projet du Rojava est si important. Et il y a fort &#224; faire. Il y a d'abord les contraintes impos&#233;es au Rojava, qui ne peut raffiner son p&#233;trole sur place et doit l'importer au gr&#233; des embargos, ce qui fait germer des raffineries artisanales extr&#234;mement polluantes, et un carburant qui l'est tout autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, il y a l'eau, &#224; &#233;conomiser, et les d&#233;chets, &#224; collecter et r&#233;duire. Il est difficile de pr&#233;cis&#233;ment d&#233;m&#234;ler ce qui tient de l'&#233;ducation et ce qui tient aux m&#233;canismes territoriaux et infrastructures qui n'ont pas encore pu &#234;tre mis en place. Le r&#233;gime syrien a tout laiss&#233; dans un &#233;tat catastrophique. Comme me le disait Fawza al Yussef, de la F&#233;d&#233;ration d&#233;mocratique de la Syrie du Nord : &#171; On veut cr&#233;er notre propre mod&#232;le, sans oublier l'&#233;cologie : l'homme fait partie de la nature. Mais oui, sur les d&#233;chets c'est une vraie question, une difficult&#233;. Des projets sont en cours, c'est un sujet dont on discute beaucoup. Mais nous manquons de techniciens, de mat&#233;riel et d'exp&#233;rience : avant la r&#233;volution syrienne il n'y avait rien&#8230; On doit tout apprendre, tout est &#224; construire. &#187; Tout ? Pas tout &#224; fait. Les structures f&#233;odales et productivistes du r&#233;gime syrien ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; fortement bouscul&#233;es, Daech chass&#233;. Les bases du conf&#233;d&#233;ralisme d&#233;mocratiques sont en germe. Le Rojava a redress&#233; la t&#234;te, et continue de r&#233;sister tout en construisant un avenir diff&#233;rent pour son peuple, aux antipodes de celui que les bellig&#233;rants veulent lui imposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ma derni&#232;re nuit ici. Demain je reprendrai le chemin en sens inverse le long du mur turc, des derricks, des portraits d'Apo4, des cimenteries et des camps, jusqu'&#224; Erbil. Je repars lest&#233;e de r&#233;flexions en suspens, de notes, de t&#233;moignages et d'images, que je me suis engag&#233;e &#224; transmettre. J'ai l'impression d'&#234;tre partie un mois, mais aussi de quitter le Rojava juste au moment o&#249; je commence &#224; me sentir &#224; l'aise. J'ai &#233;t&#233; invit&#233;e &#224; revenir. En attendant, install&#233;e sur la petite terrasse de la maison des h&#244;tes &#224; Remilan, je capte les derniers rayons de soleil en fumant une cigarette. Rojava veut dire &#171; ouest &#187;, roj est le jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Note de l'auteure : Dont la pr&#233;sence au Congr&#232;s de paix pour la Syrie, organis&#233; par la Russie &#224; la fin du mois de janvier 2018 &#224; Sotchi, a &#233;t&#233; l'objet d'un bras de fer avec la Turquie. Les Kurdes ont finalement boycott&#233; le sommet, qui se tenait en plein lancement de l'op&#233;ration &#171; Rameau d'olivier &#187;, estimant que Russes et Turcs s'&#233;taient mis d'accord sur Afrin. Fawza Youssef dit ainsi, dans le Le Monde : &#171; La Turquie et la Russie sont les garants de Sotchi et ces deux pays se sont mis d'accord sur Afrin [aux d&#233;pens des Kurdes], ce qui contredit le principe m&#234;me de dialogue politique. &#187; &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/syrie/article/2018/01/28/syrie-apres-l-opposition-les-kurdes-boycottent-la-conference-de-sotchi_5248324_1618247.html#bIxQpvpgPQd80F06.99&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lemonde.fr/syrie/article/2018/01/28/syrie-apres-l-opposition-les-kurdes-boycottent-la-conference-de-sotchi_5248324_1618247.html#bIxQpvpgPQd80F06.99&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. &#171; L'Europe paye des &#233;quipements militaires &#224; la Turquie pour refouler les r&#233;fugi&#233;s &#187;, Mediapart, 24 mars 2018. &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/240318/l-europe-paye-des-equipements-militaires-la-turquie-pour-refouler-les-refugies?onglet=full&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.mediapart.fr/journal/international/240318/l-europe-paye-des-equipements-militaires-la-turquie-pour-refouler-les-refugies?onglet=full&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Voir Martine Orange, &#171; Le dollar, arme supr&#234;me de Trump &#187;, Mediapart, 9 mai 2018. &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/090518/le-dollar-arme-supreme-de-trumphttps://www.mediapart.fr/journal/international/090518/le-dollar-arme-supreme-de-trump&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.mediapart.fr/journal/international/090518/le-dollar-arme-supreme-de-trumphttps://www.mediapart.fr/journal/international/090518/le-dollar-arme-supreme-de-trump&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Surnom d'Abdullah &#214;calan, th&#233;oricien du conf&#233;d&#233;ralisme d&#233;mocratique, emprisonn&#233; en Turquie depuis 1999.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Carnet du Rojava (1/3)</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Carnet-du-Rojava-1-3</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Carnet-du-Rojava-1-3</guid>
		<dc:date>2018-05-14T20:23:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Corinne Morel-Darleux</dc:creator>


		<dc:subject>Asie/Proche-Orient</dc:subject>
		<dc:subject>Syrie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-05-15</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En mars 2016 naissait officiellement la F&#233;d&#233;ration d&#233;mocratique de la Syrie du Nord, prolongement de la zone autonome du Rojava : un contrat social &#233;tait mis en place, bas&#233; sur les principes du conf&#233;d&#233;ralisme d&#233;mocratique et du communalisme, promouvant l'&#233;cologie, l'&#233;galit&#233; entre les sexes, l'appropriation collective de la terre, de l'eau et de l'&#233;nergie ainsi que le respect de tous les cultes. Le r&#233;gime d'Assad avait aussit&#244;t fait savoir que cette annonce n'avait &#171; aucune valeur l&#233;gale &#187;. &#192; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Asie-Proche-Orient-" rel="directory"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Asie-Proche-Orient-423-+" rel="tag"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Syrie-+" rel="tag"&gt;Syrie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2018-05-15-+" rel="tag"&gt;Edition du 2018-05-15&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton34798-b0dbc.jpg?1781422005' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En mars 2016 naissait officiellement la F&#233;d&#233;ration d&#233;mocratique de la Syrie du Nord, prolongement de la zone autonome du Rojava : un contrat social &#233;tait mis en place, bas&#233; sur les principes du conf&#233;d&#233;ralisme d&#233;mocratique et du &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Communalisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;communalisme&lt;/a&gt;, promouvant l'&#233;cologie, l'&#233;galit&#233; entre les sexes, l'appropriation collective de la terre, de l'eau et de l'&#233;nergie ainsi que le respect de tous les cultes. Le r&#233;gime d'Assad avait aussit&#244;t fait savoir que cette annonce n'avait &#171; aucune valeur l&#233;gale &#187;. &#192; l'heure o&#249; l'&#201;tat turc, &#233;paul&#233; par des opposants arm&#233;s audit r&#233;gime, occupe Afrin, une r&#233;gion cl&#233; de la F&#233;d&#233;ration, la conseill&#232;re r&#233;gionale et militante &#233;cosocialiste Corinne Morel Darleux s'est rendue sur place. Soucieuse de mieux comprendre cette r&#233;volution en cours, elle s'est entretenue avec plusieurs de celles et ceux qui s'&#233;chinent &#224; la faire vivre, sur fond de guerre nationale et internationale. De retour, nous publions son journal de bord.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de la &lt;a href=&#034;https://www.revue-ballast.fr/carnet-du-rojava-1-3/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue Ballast&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lire la &lt;a href=&#034;http://www.pressegauche.org/Carnet-du-Rojava-2-3-Deuxieme-volet-du-journal-de-bord-de-la-militante?var_mode=calcul&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;deuxi&#232;me partie&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lire la &lt;a href=&#034;http://www.pressegauche.org/Carnet-du-Rojava-3-3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;troisi&#232;me partie&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les rives du Tigre, les bagages s'entassent sous un soleil de plomb. Un b&#233;b&#233; pleure, un policier m'offre une cigarette. Du Kurdistan irakien, on voit, &#224; quelques brasses, la berge c&#244;t&#233; syrien. Je suis devant le fameux bac1, seul moyen de passage de la fronti&#232;re, qui doit m'emmener au Rojava. C'est un voyage que j'attends depuis deux ans. En mars 2016, j'avais embrass&#233; le printemps &#224; la f&#234;te traditionnelle du nouvel an kurde, le &#171; &lt;a href=&#034;https://www.revue-ballast.fr/newroz-entre-enthousiasme-incertitudes/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Newroz&lt;/a&gt; &#187;, &#224; Diyarbakir, au Kurdistan turc. J'ai depuis d&#233;vor&#233; documentaires et lectures, encha&#238;n&#233; les manifestations de soutien, lu chaque &lt;a href=&#034;http://www.rojavafrance.fr/system/redactor_rails/attachments/5/contrat-social-rojava.pdf?1480061579&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;article du contrat social&lt;/a&gt; du Rojava et relev&#233; ses &#233;chos troublants avec l'&lt;a href=&#034;https://www.revue-ballast.fr/lecosocialisme/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;cosocialisme&lt;/a&gt;, bref : je suis tomb&#233;e dedans. Avec une curiosit&#233; politique grandissante pour cette r&#233;gion autonome du nord de la Syrie, au c&#339;ur du Moyen-Orient, qui m&#232;ne sa r&#233;volution f&#233;ministe, socialiste et d&#233;mocratique malgr&#233; le r&#233;gime d'Assad2 et les combats contre Daech. Je voulais aller voir &#231;a de plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'automne 2016, une possibilit&#233; fragile s'&#233;tait ouverte de passer par les montagnes irakiennes pour rejoindre la Syrie mais l'offensive avait &#233;t&#233; lanc&#233;e sur Mossoul, et l'exp&#233;dition report&#233;e sine die. Je me suis recentr&#233;e sur la Turquie, encha&#238;nant toute l'ann&#233;e les missions d'observation de proc&#232;s politiques &#224; Ankara avec les camarades kurdes du Parti d&#233;mocratique des peuples, le &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/200917/mon-temoignage-sur-la-turquie-de-m-erdogan&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;HDP&lt;/a&gt;. Le 27 f&#233;vrier dernier, une rencontre inattendue dans l'Is&#232;re avec un journaliste kurde syrien, puis avec une &#233;quipe de documentaristes de France 2, a tout relanc&#233; : apr&#232;s des semaines d'&#233;changes de mails avec le poste-fronti&#232;re, de recherche d'informations tous azimuts sur la mani&#232;re de proc&#233;der, d'attente de visa irakien, de tentatives plus ou moins r&#233;ussies pour rassurer mes proches et de contacts avec les autorit&#233;s fran&#231;aises &#8212; tachant de m'en dissuader &#8212;, et kurdes irakiennes &#8212; se faisant gentiment prier &#8212;, j'ai enfin pu m'envoler pour Erbil, l'a&#233;roport international tout juste rouvert au Kurdistan irakien. Lest&#233;es des lourds gilets pare-balles fournis par la r&#233;daction de France 2, nous nous sommes ainsi retrouv&#233;es avec les trois documentaristes au Classy (sic) h&#244;tel d'Erbil. On y croise des journalistes et des humanitaires qui passent r&#233;guli&#232;rement la fronti&#232;re ; des &#233;lus europ&#233;ens, beaucoup moins. L'ambassade d'Irak aurait en attente des demandes de visas de politiques fran&#231;ais qui datent de 4 ou 5 mois : je dois &#224; un ange gardien d'avoir obtenu le mien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Erbil, nous passons la soir&#233;e avec un fixeur3 kurde irakien qui nous met en garde contre la pr&#233;sence du r&#233;gime syrien &#224; Qamishle, une des principales villes du Rojava, en nous conseillant de ne pas trop nous en approcher. Il s'&#233;tonne de ce qui est en train de se passer chez les voisins : &#171; Eux, ils ne s'int&#233;ressent qu'&#224; l'humain, ils ne veulent pas d'autoroutes. Ici, au Kurdistan, nous on fait des affaires. Vous savez, d'ailleurs, tous les produits sont turcs ici. Ils auraient pu faire pareil. Pas avec la Turquie, d'accord, mais avec Assad par exemple. Ils pourraient avoir des mat&#233;riaux de construction s'ils voulaient, des routes, tout ce qu'il faut. Le Rojava n'est pas pauvre : Afrin, c'&#233;tait une r&#233;gion tr&#232;s riche. Mais ce n'est pas leur id&#233;e. C'est comme pour les femmes : le maquillage, les jolis v&#234;tements, ils n'aiment pas tout &#231;a, ils disent que la femme ne doit pas se vendre. Par exemple, les publicit&#233;s pour les voitures avec une femme, tout &#231;a, ils n'aiment pas&#8230; &#187; On sent un m&#233;lange d'incr&#233;dulit&#233;, de d&#233;calage culturel et id&#233;ologique, et m&#234;me un soup&#231;on de m&#233;pris dans sa voix. La mienne me dit que je suis au bon endroit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, 6 heures. On roule vers la fronti&#232;re, drapeau kurde dans la porti&#232;re. Avec le chauffeur, nous r&#233;inventons l'internationale des fumeurs : une irakienne contre une Camel fran&#231;aise, le pouce qui mime un briquet, langage des signes universel. Le paysage d&#233;file, des champs cultiv&#233;s, des montagnes en fond de d&#233;cor majestueuses et rocailleuses. Les panneaux &#233;lectoraux en vue des &#233;lections l&#233;gislatives du 12 mai composent une galerie de portraits improbables taillad&#233;s pour laisser passer le vent ; sur la route, les casques de moto sont remplac&#233;s par des foulards &#224; damier noir et blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On d&#233;passe le panneau Mossul, on longe une carri&#232;re, des b&#226;ches du Haut Commissariat des Nations unies pour les r&#233;fugi&#233;s (UNHCR) recycl&#233;es en rideau de fortune entre deux &#233;choppes de bord de rue, des camps de r&#233;fugi&#233;s rep&#233;rables &#224; leurs r&#233;serves d'eau Unicef et leurs tentes blanches et bleues. La route est &#233;maill&#233;e de check-points o&#249; je capte au vol quelques mots. &#171; Fransa &#187;, &#171; Rojava &#187;. Je redoute le moment o&#249; &#231;a va coincer, mais les visages restent d&#233;tendus ; plaisanteries sans tension de l'autre c&#244;t&#233; ; on passe. Des eucalyptus qui me rappellent la Corse, des bergers avec leur troupeau qui squattent chaque bande herbeuse disponible. &#192; l'approche de la fronti&#232;re, les files de camions s'acc&#233;l&#232;rent et les flammes des puits de p&#233;trole se multiplient au loin vers les montagnes. On arrive dans le triangle Irak-Turquie-Syrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Foreigners department du poste-fronti&#232;re de Faysh Kabur, Irak. Deux jeunes femmes pimpantes nous accueillent d'un sourire, dans un anglais impeccable, et v&#233;rifient nos cartes et passeports. Nous &#233;changeons quelques mots avec un Australien, responsable s&#233;curit&#233; d'une ONG, qui se moque gentiment de son voisin &#224; qui il manque un papier et qui ne pourra passer que le lendemain. Dehors, un homme passe la tondeuse &#224; gazon sous le soleil. Il fait beau et doux. Je m'&#233;tais mentalement pr&#233;par&#233;e &#224; une journ&#233;e de stress et d'emb&#251;ches : elle s'av&#232;re moins tendue que nombre d'occupations universitaires. Plus bas vers le fleuve, le responsable du bac, tout en bienvenue, m'offre une cigarette apr&#232;s avoir v&#233;rifi&#233; nos bagages. Nos quatre allures d'occidentales ne passent pas inaper&#231;ues mais les regards sont bienveillants. La chaleur en revanche devient pesante. Je maudis les consignes de s&#233;curit&#233; de France 2 en d&#233;chargeant un gilet pare-balles du coffre de la camionnette. On salue notre chauffeur irakien. On y est. Le Tigre, le bac, le Rojava en ligne de mire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233; du Tigre, je suis accueillie par le Kongra Star, le mouvement des femmes du Rojava. Les formalit&#233;s de passage se r&#232;glent autour d'un tchai, au milieu de portraits d'&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Abdullah_%C3%96calan&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Abdullah &#214;calan&lt;/a&gt; &#8212; dit &#171; Apo &#187;, l'id&#233;ologue du &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9d%C3%A9ralisme_d%C3%A9mocratique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;projet conf&#233;d&#233;raliste d&#233;mocratique&lt;/a&gt; port&#233; par le Rojava &#8212; et de caricatures d'Erdo&#287;an. &#192; 14 heures, c'est fait. Je suis officiellement au Rojava. Nous repartons sur des routes d&#233;fonc&#233;es. Totalement. Il nous faudra trois heures pour parcourir &#224; peine 150 kilom&#232;tres. Le paysage est le m&#234;me que du c&#244;t&#233; irakien : des derricks4, un &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Y%C3%A9zidisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;camp de r&#233;fugi&#233;s y&#233;zidis&lt;/a&gt;. Et cette fois la Turquie, &#224; port&#233;e de tir. Je d&#233;couvre le mur &#233;rig&#233; par l'&#201;tat turc le long de la fronti&#232;re : des centaines de kilom&#232;tres de miradors qui me suivront durant tout mon s&#233;jour en Syrie du Nord. Nous nous arr&#234;tons pour d&#233;jeuner en surplomb d'une vall&#233;e enserr&#233;e &#224; l'extr&#234;me nord du pays, qui semble fertile &#8212; on n'aper&#231;oit pourtant pas un paysan, pas un berger, et les terres ne sont plus cultiv&#233;es : les champs sont devenus un no man's land. Ils bordent la fronti&#232;re turque, et ceux qui s'y sont aventur&#233;s ont essuy&#233; des tirs &#224; vue. Le restaurant diffuse des chansons fran&#231;aises, Joe Dassin et C&#233;line Dion, pour nous faire plaisir. Le d&#233;calage est &#233;trange. On nous conseille d'&#233;loigner la cam&#233;ra, trop expos&#233;e. J'ai comme des remont&#233;es de Palestine, de ce berger coup&#233; de son troupeau par des fils barbel&#233;s. Quand on avait essay&#233; de s'en approcher, un haut-parleur nous avait ordonn&#233; de reculer. L'Histoire se r&#233;p&#232;te et rev&#234;t toujours le m&#234;me costume quand il s'agit d'envahir, d'opprimer, de tirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre v&#233;hicule est rempli de femmes qui fument all&#232;grement cigarette sur cigarette. Le seul homme est un militaire, et c'est notre chauffeur. J'ai sa kalachnikov dans les pieds &#8212; une sensation bizarre, &#224; laquelle je vais pourtant assez vite m'habituer : ici, tout le monde ou presque est arm&#233;. On traverse des villages. Je scrute chaque rue. Chaque visage. Des enfants, des familles, des vieillards. Beaucoup de femmes, quelques voiles. Tout semble incroyablement normal. Nous traversons de nombreux check-points tenus par les asayish, les forces de s&#233;curit&#233; et de police li&#233;es au &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Assayech_(Syrie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;PYD&lt;/a&gt;, le Parti de l'union d&#233;mocratique, l'une des organisations au pouvoir que je rencontrerai demain &#224; Qamishle. Parfois, ils demandent au chauffeur son pass, sans hostilit&#233;. Tout juste un regard &#233;tonn&#233; en me voyant. Et, il me semble, bienveillant. Je suis h&#233;berg&#233;e pour la nuit &#224; la maison des h&#244;tes de Remilan ; on s'offre un petit tour de nuit pour se d&#233;gourdir les jambes apr&#232;s cette longue journ&#233;e de route. Des gamins font du v&#233;lo, des femmes se prom&#232;nent, on s'ach&#232;te quelques p&#226;tisseries et je finis par m'effondrer de fatigue sous une couverture orn&#233;e de grandes fleurs violettes apr&#232;s une toilette de chat &#224; l'eau froide et un sandwich &#224; la vache qui rit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;part, le lendemain, pour Qamishle : une s&#233;rie de rencontres officielles. Je me plie de bonne gr&#226;ce aux passages oblig&#233;s que j'anticipe un peu trop formels pour &#234;tre vraiment &#233;clairants, malgr&#233; mon envie d'aller au plus vite explorer les bas-c&#244;t&#233;s. Naturellement, je commence par mes h&#244;tes, les porte-paroles et dirigeantes du Kongra Star, avec Evin Siwed et Makiye Hassou, que je retrouverai plus tard dans la suite de mon voyage &#224; Kobane et Qamishle. Entre deux tchai, je suis interview&#233;e et film&#233;e par Rohani TV et l'agence ANHA, une &lt;a href=&#034;https://t.co/hO2tHSSz3I&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;petite vid&#233;o&lt;/a&gt; dont je m'apercevrai dans quelques jours en retrouvant un peu de connexion qu'elle a circul&#233; en France, magie des r&#233;seaux sociaux (et aussi dans la &lt;a href=&#034;http://www.hawarnews.com/en/haber/french-delegation-we-to-deliver-kongra-stars-voice-to-world-h846.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue de presse locale&lt;/a&gt;). Le Kongra Star est un acteur cl&#233; du Rojava, dont la r&#233;volution a commenc&#233; par la lib&#233;ration des femmes, conform&#233;ment aux pr&#233;ceptes d'&#214;calan. Le mouvement sensibilise et aide les femmes &#224; monter des coop&#233;ratives, &#224; se mettre &#224; leur propre compte, &#224; se former. C'est un r&#233;seau puissant avec des antennes dans la plupart des villes. Ce sont &#233;galement elles qui ont &#339;uvr&#233; aux deux grandes avanc&#233;es l&#233;gislatives du Rojava, qui me seront cit&#233;es en exemple &#224; chaque rendez-vous : l'interdiction de la polygamie et des mariages forc&#233;s de mineures &#8212; un v&#233;ritable tour de force quand on songe &#224; la culture f&#233;odale et patriarcale qui avait cours auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, tout n'est pas r&#233;gl&#233; ; l'&#233;volution des esprits va prendre du temps, mais il est frappant de voir des femmes aller et venir librement, t&#234;te nue, travailler, conduire, combattre au front et prendre les r&#234;nes politiquement. C'est sans doute l'aspect le plus visible de la r&#233;volution en cours au Rojava. Alors que je m'&#233;mouvais m&#234;me du risque de retour de balancier en observant que les hommes qui nous accompagnaient restaient &#224; l'&#233;cart sans participer aux conversations, les femmes m'ont gentiment raill&#233;e de m'en inqui&#233;ter : &#171; C'est vrai que pour eux aussi c'est une r&#233;volution. Du coup, le changement est compliqu&#233; &#224; g&#233;rer : ils sont un peu d&#233;pass&#233;s par les &#233;v&#233;nements et doivent trouver leur place dans cette nouvelle soci&#233;t&#233;, mais bon&#8230; Nous, on a subi des milliers d'ann&#233;es de patriarcat, alors on va pas s'inqui&#233;ter pour eux maintenant ! Ils vont bien se d&#233;brouiller. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'encha&#238;ne avec la porte-parole du PYD, Ayse Hiso. Elle est originaire d'Afrin et comme toutes celles et ceux que je rencontrerai durant mon s&#233;jour, elle m'en parle avec gravit&#233; et &#233;motion, en me montrant sur son t&#233;l&#233;phone des photos de la ville martyre, couverte de fleurs et de prairies&#8230; Nous partageons le repas classique du Rojava : une table couverte de salades de crudit&#233;s, de pain plat, d'herbes aromatiques, de brochettes d'agneau et de poulet grill&#233;, multiplicit&#233; d'assiettes dans lesquelles chacun vient piocher, le tout accompagn&#233; de sodas &#8212; l'eau est tr&#232;s pollu&#233;e au Rojava, ce qui explique la profusion de boissons en canettes et l'omnipr&#233;sence du th&#233;, dont l'eau a bouilli avant d'&#234;tre servie. Au cours des discussions avec Ayse, je me rends compte que nos prises de positions et campagnes de soutien en France sont connues et suivies ici (je me promets de me souvenir au prochain moment de d&#233;couragement que tout ce qu'on fait, parfois dans l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale, ne sert pas &#224; rien).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au &lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Movement_for_a_Democratic_Society&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Tev-Dem&lt;/a&gt;&#8212; le Mouvement pour une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique, auquel le PYD est affili&#233; &#8212;, je rencontre ensuite le co-pr&#233;sident &lt;a href=&#034;https://youtu.be/EpihY9BH7b4?t=6m10s&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Abdul Salam Ahmed&lt;/a&gt; puis, dans les locaux de la &lt;a href=&#034;https://www.mdh-limoges.org/IMG/pdf/contrat-social-federation-democratique-syrie-du-nord.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;F&#233;d&#233;ration d&#233;mocratique de la Syrie du Nord&lt;/a&gt;, la p&#233;tillante pr&#233;sidente Fawza al Yussef, qui irradie de vivacit&#233; et d'intelligence. Je serai frapp&#233;e tout au long de mon voyage par la classe immense de ces femmes en responsabilit&#233; : qu'elles soient combattantes, politiques, ou civiles engag&#233;es, la plupart d'entre elles ont un charisme fou, m&#233;lange d'humour et d'aplomb, de douceur et de duret&#233;. On sent chez elles une d&#233;termination sans faille, la puissance de convictions &#224; l'&#233;preuve du feu et des larmes. &#192; ce sujet, Fawza tient &#224; insister sur le fait que &#171; Erdo&#287;an ne doit pas faire oublier le r&#233;gime syrien &#187;, et que Daech ne peut &#234;tre r&#233;duit aux armes : &#171; C'est une mentalit&#233;. L'erreur de la &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Coalition_arabo-occidentale_en_Irak_et_en_Syrie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;coalition&lt;/a&gt; a &#233;t&#233; de ne miser que sur les combats, l&#224; o&#249; il y a besoin de culture et d'&#233;ducation. &#187; Elle me parle du mod&#232;le du conf&#233;d&#233;ralisme d&#233;mocratique en projet pour la Syrie du Nord et des conseils locaux d&#233;j&#224; en application au Rojava, des assembl&#233;es paritaires dont les &#233;lections pr&#233;vues en mars ont du &#234;tre report&#233;es : toutes les forces ont &#233;t&#233; mobilis&#233;es par la guerre &#224; Afrin et l'afflux de r&#233;fugi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais assister &#224; une de ces assembl&#233;es le lendemain, celle du canton de Cezire &#224; Amuda, ceinte de mon &#233;charpe d'&#233;lue fran&#231;aise qui ne passe pas inaper&#231;ue et semble m&#234;me donner des id&#233;es &#224; certains. L'assembl&#233;e du canton a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e en 2014 ; la F&#233;d&#233;ration d&#233;mocratique de la Syrie du Nord &#8212; qui englobe le Rojava, de facto autonome depuis 2012 &#8212; n'existe que depuis mars 2016 ; Daech puis l'arm&#233;e turque ont multipli&#233; les urgences et les fronts de mobilisation : il n'est pas &#233;tonnant dans ces conditions que la d&#233;mocratie institutionnelle n'en soit encore qu'&#224; ses balbutiements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en sors un peu sur ma faim, la forme restant finalement assez classique, mais heureuse d'y avoir observ&#233; la confirmation que oui, d&#233;sormais au Rojava, des Kurdes et des Arabes, femmes et hommes, chr&#233;tiens et musulmans, de diff&#233;rentes cultures et religions, d&#233;battent ensemble &#8212; ce qui semble peut-&#234;tre mineur lu de France, mais est loin d'&#234;tre &#233;vident, rappelons-le, en Syrie. Apr&#232;s avoir salu&#233; ma pr&#233;sence, l'assembl&#233;e s'ouvre sur une minute de silence en hommage aux martyrs tomb&#233;s &#224; Afrin. &#201;motion d'&#234;tre l&#224; pour partager ce moment, et sensation tr&#232;s &#233;trange d'&#233;cho silencieux &#224; des hommages similaires v&#233;cus &#224; Lyon, dans l'enceinte d'une autre assembl&#233;e r&#233;gionale, en m&#233;moire des victimes de Daech en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis la session s'ouvre sur un sch&#233;ma assez standard : lecture fastidieuse du compte-rendu de la pr&#233;c&#233;dente assembl&#233;e, pr&#233;sentation de l'ordre du jour, appel des pr&#233;sents. Enfin, un point politique sur la situation &#8212; &#171; Tout le monde donne son avis sur la Syrie, sauf les Syriens. &#187; &#8212; puis la mise en d&#233;bat d'un nouveau dispositif qui pr&#233;cise les conditions de sortie du territoire, via Faysh Kabur, vers l'Irak. Apr&#232;s sa pr&#233;sentation par un responsable du Comit&#233; de l'Int&#233;rieur, une femme s'&#233;l&#232;ve contre cette restriction de libert&#233; de circulation. D'autres mod&#232;rent, en soulignant les possibilit&#233;s de d&#233;rogations. En toile de fond des discussions, la crainte que des menaces et pressions soient exerc&#233;es sur les populations civiles pour vider le territoire, faciliter ainsi les bombardements et, in fine, le remplacement de la population : inqui&#233;tudes l&#233;gitimes, h&#233;las, quand on observe ce qui se passe &#224; Afrin &#8212; l'arm&#233;e turque et ses alli&#233;s islamistes sont en train de transformer la ville multiculturelle du Rojava en une enclave turque et arabe islamis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette tourn&#233;e institutionnelle me laisse gorg&#233;e de tchai, de questions et de r&#233;flexions. D'abord, celle que si le Rojava rejette l'id&#233;e d'&#201;tat et n'est pas s&#233;cessionniste mais bien f&#233;d&#233;raliste, il sait pour autant se doter des instruments de l'autonomie : une politique des fronti&#232;res, un d&#233;but de fiscalit&#233;, des forces de s&#233;curit&#233; et une arm&#233;e, un programme scolaire enseign&#233; en trois langues : ne manque plus qu'une pr&#233;sidence ! Fawza me reprend aussit&#244;t, malicieusement : &#171; Non, une f&#233;d&#233;ration. &#187; Ensuite, l'observation directe que chacune de ces instances respecte le principe de parit&#233; et anime, &#224; diff&#233;rents niveaux, le conf&#233;d&#233;ralisme d&#233;mocratique en construction au Rojava, avec le projet de l'&#233;tendre &#224; la Syrie du Nord puis &#8212; qui sait ? &#8212; &#224; l'ensemble du pays. Tous insistent bien sur le fait qu'il ne s'agit pas uniquement d'un projet pour les Kurdes mais pour les Arabes, les Turkm&#232;nes, les Y&#233;zidis, les Al&#233;vis, aussi bien que les musulmans ou chr&#233;tiens, &#224; Qamishle, Kobane comme &#224; Raqqa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, je dois dire que les commentaires sont plut&#244;t positifs sur le r&#244;le de la France, l'un des seuls pays &#224; avoir condamn&#233; clairement, quoique tardivement, l'attaque turque sur Afrin. La plupart de mes interlocuteurs semblent souhaiter que les forces arm&#233;es fran&#231;aises restent pr&#233;sentes en Syrie. Cette question est revenue &#224; plusieurs reprises : les menaces du pr&#233;sident Erdo&#287;an de poursuivre l'offensive vers l'est et la ville de Manbij (sous contr&#244;le des &#201;tats-Unis) n'y sont probablement pas &#233;trang&#232;res, de m&#234;me que les d&#233;clarations de Donald Trump, depuis contredites, sur le retrait des forces &#233;tats-uniennes du pays. Si on se surprend presque &#224; oublier la guerre dans les rues paisibles du Rojava, elle reste omnipr&#233;sente dans les c&#339;urs et les esprits, tandis que se succ&#232;dent les t&#233;moignages &#233;tablissant que l'arm&#233;e turque et ses alli&#233;s djihadistes reproduisent aujourd'hui &#224; Afrin les exactions de Daech et provoquent une vaste catastrophe humanitaire. Tous en appellent au soutien et au combat contre le &#171; syst&#232;me de terreur d'Erdo&#287;an &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous repartons en voiture et la vie reprend en musique ; notre chauffeur lance avec un plaisir non dissimul&#233; sa bande-son sp&#233;ciale Rojava qui rythme le trajet. On monte le son, vitres grandes ouvertes ; je prends une grande bouff&#233;e d'air. Nous traversons la ville anim&#233;e de Qamishle. Des adolescents lavent leurs motos &#224; grands jets d'eau, un groupes de jeunes femmes passe en riant, une boutique anim&#233;e vend des poulets vivants, et, sur la place, &#224; c&#244;t&#233; des drapeaux et des portraits d'Apo, une affiche rend hommage aux &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Triple_assassinat_de_militantes_kurdes_%C3%A0_Paris&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;trois militantes kurdes&lt;/a&gt; assassin&#233;es en plein Paris il y a cinq ans : Sakine Cansiz, Fidan Do&#287;an et Leyla Saylemez&#8230; Voir leurs visages ici me touche. Nous avons &#233;t&#233; des milliers &#224; manifester &#224; Paris en janvier pour r&#233;clamer la v&#233;rit&#233; sur ce triple assassinat. Un Turc, infiltr&#233; dans les r&#233;seaux kurdes parisiens, a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; ; d&#233;c&#233;d&#233;, depuis &#8212; l'implication des services secrets turcs, pourtant largement document&#233;e, n'a jamais &#233;t&#233; fouill&#233;e par la justice ni par le gouvernement fran&#231;ais. Manuel Valls, alors ministre de l'Int&#233;rieur, avait promis de faire la lumi&#232;re sur ce qui s'&#233;tait pass&#233; ; Emmanuel Macron n'a toujours pas re&#231;u les familles : la veille de notre rassemblement, il recevait Recep Tayyip Erdo&#287;an &#224; l'Elys&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soleil se couche, la route d&#233;file. La nuit tombe, on roule toujours. Sur ma droite, &#224; quelques kilom&#232;tres, je distingue les lumi&#232;res d'une grande ville. Entre elle et nous, une succession de petits points lumineux align&#233;s au cordeau : le mur. Construit sur pr&#232;s de 900 kilom&#232;tres le long de la fronti&#232;re syrienne par la Turquie, pay&#233;e par l'Union europ&#233;enne pour accueillir &#8212; et retenir &#8212; sur son territoire les r&#233;fugi&#233;s syriens. Un mur &#233;rig&#233; pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'inverse, pour emp&#234;cher les Syriens de se r&#233;fugier en Turquie. Contre-sens et folies du monde moderne. &#192; minuit, l'&#233;lectricit&#233; est coup&#233;e, le Rojava est plong&#233; dans le noir. La Turquie reste illumin&#233;e. Mais, de notre c&#244;t&#233;, on voit les &#233;toiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.Bateau &#224; fond plat pour traverser un cours d'eau ou un lac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.Note de la r&#233;daction : pour en savoir plus sur les relations qu'entretiennent la r&#233;volution et le r&#233;gime syrien, lire notre article &lt;a href=&#034;https://www.revue-ballast.fr/lemancipation-kurde-face-aux-pouvoirs-syriens/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; L'&#233;mancipation kurde face aux pouvoirs syriens &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.Accompagnateur, traducteur ou guide, en r&#233;gion &#224; risque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.Tour m&#233;tallique soutenant le dispositif de forage d'un puits de p&#233;trole.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'&#233;cosocialisme, r&#233;ponse &#224; l'impasse capitaliste</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/L-ecosocialisme-reponse-a-l-impasse-capitaliste</link>
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		<dc:date>2012-12-04T09:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Corinne Morel-Darleux, Mathieu Agostini </dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2012-12-04</dc:subject>
		<dc:subject>Assises sur l'&#233;cosocialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Actualit&#233;s &#233;cosocialistes</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Nous savons dor&#233;navant que l'&#233;mancipation humaine ne peut &#234;tre atteinte par la croissance sans fin : l'&#233;cosyst&#232;me ne le permet pas. Ce constat nous oblige &#224; repenser le syst&#232;me de production et d'&#233;changes, et plus globalement l'ensemble de l'organisation sociale et politique. Dans ces conditions, nous proposons un nouvel &#233;nonc&#233; de notre strat&#233;gie pour le futur de l'humanit&#233; : l'&#233;cosocialisme. Ses m&#233;thodes sont la radicalit&#233; concr&#232;te, la planification &#233;cologique et la r&#233;volution citoyenne. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L133xH150/arton12518-658e3.png?1781323878' class='spip_logo spip_logo_right' width='133' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Nous savons dor&#233;navant que l'&#233;mancipation humaine ne peut &#234;tre atteinte par la croissance sans fin : l'&#233;cosyst&#232;me ne le permet pas. Ce constat nous oblige &#224; repenser le syst&#232;me de production et d'&#233;changes, et plus globalement l'ensemble de l'organisation sociale et politique. Dans ces conditions, nous proposons un nouvel &#233;nonc&#233; de notre strat&#233;gie pour le futur de l'humanit&#233; : l'&#233;cosocialisme. Ses m&#233;thodes sont la radicalit&#233; concr&#232;te, la planification &#233;cologique et la r&#233;volution citoyenne. Il est fond&#233; sur la r&#233;partition des richesses, la prise en compte des contraintes &#233;cologiques, le refus des dominations et des oppressions de toutes sortes, la souverainet&#233; populaire et le caract&#232;re d&#233;mocratique, r&#233;publicain et la&#239;que de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article paru dans Politis n&#176; 1229&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;cosocialisme est la jonction d'une &#233;cologie anticapitaliste et d'un socialisme d&#233;barrass&#233; du productivisme, dans un projet de soci&#233;t&#233; alternatif porteur d'esp&#233;rance. Il n'est pas une utopie &#224; laquelle le r&#233;el devrait se conformer, mais la r&#233;ponse humaine raisonn&#233;e &#224; la double impasse capitaliste et productiviste. Nos pens&#233;es et actions politiques sont radicales : elles vont &#224; la racine des causes. Nous combattons donc les moteurs du syst&#232;me : le consum&#233;risme sacrant l'accumulation mat&#233;rielle, le creusement des in&#233;galit&#233;s sociales ; le productivisme qui &#233;puise les &#233;cosyst&#232;mes, la mondialisation qui permet le dumping social et environnemental. Nous d&#233;signons les vrais coupables : l'oligarchie financi&#232;re, les id&#233;ologues de la concurrence &#171; libre et non fauss&#233;e &#187; et du libre-&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons sortir des mystifications socialistes et &#233;cologistes. Notre &#233;cologie &#224; nous est sociale, li&#233;e aux combats historiques de la gauche. Elle est incompatible avec le lib&#233;ralisme, qui, sous couvert de d&#233;veloppement durable, fait perdurer la recherche du profit maximal, la dynamique imp&#233;rialiste et le &#171; court-termisme &#187;. Elle r&#233;fute l'impasse sociale-d&#233;mocrate qui voudrait que toute redistribution passe d'abord par la relance de la croissance. Les richesses existent, il n'y a pas lieu d'attendre pour les redistribuer. Et ce mod&#232;le d'expansion infinie est un suicide de notre civilisation. Nous n'attendons donc ni la croissance &#224; tous crins ni les &#171; b&#233;n&#233;fices &#187; de l'aust&#233;rit&#233;, et ne croyons ni &#224; l'une ni aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre projet implique, au contraire, une &#233;conomie au service des besoins sociaux qui rompe avec la doxa lib&#233;rale. Elle passe par la d&#233;sob&#233;issance aux directives de l'Europe lib&#233;rale et engage la r&#233;vision en profondeur du syst&#232;me productif par les &#171; 4 R &#187; : relocalisation, r&#233;industrialisation, reconversion industrielle et redistribution du travail. Pour pallier les limites du PIB &#224; mesurer le &#171; bien-vivre &#187;, elle instaure la r&#232;gle verte comme crit&#232;re syst&#233;matique d'empreinte &#233;cologique. L'&#233;cosocialisme est un combat internationaliste et universaliste, il reconna&#238;t la dette &#233;cologique et sociale de l'industrialisation effr&#233;n&#233;e, et ses effets sur le climat, le pillage des ressources naturelles, l'accaparement des terres et la responsabilit&#233; des r&#232;gles impos&#233;es par la Tro&#239;ka.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons r&#233;aliser un &#171; compromis in&#233;dit entre bleus de travail et souci de la plan&#232;te [1] &#187; . Des salari&#233;s en lutte sont porteurs de projets alternatifs impliquant d&#233;j&#224; les principes de la planification &#233;cologique : prise en compte du temps long, contr&#244;le des travailleurs et des usagers, ma&#238;trise publique. Si la collectivit&#233; et l'&#201;tat sont &#224; refonder dans une VIe r&#233;publique assurant la souverainet&#233; populaire, ils restent indispensables pour planifier la rupture, construire un cadre &#233;mancipateur et garantir l'&#233;galit&#233; d'acc&#232;s. Les biens communs comme l'eau, l'&#233;nergie, les services publics, qui jouent un r&#244;le social et &#233;cologique essentiel, doivent &#234;tre nationalis&#233;s en repensant l'articulation entre &#201;tat, syndicats, associations et usagers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut lutter et r&#233;sister pour inventer &#224; travers des alternatives concr&#232;tes et des actions de d&#233;sob&#233;issance civique non-violente. En parall&#232;le, il nous faut mener le combat id&#233;ologique par l'&#233;ducation populaire pour &#171; d&#233;coloniser l'imaginaire &#187; et d&#233;noncer la vision d'un individu-consommateur docile. Nous en combattons les bras arm&#233;s que sont la publicit&#233;, avec son cort&#232;ge de marchandisation des corps et de sexisme, la mode et les m&#233;dias, avec leur injonction d'achat permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La remise en cause du syst&#232;me ne peut r&#233;sulter d'une simple alternance &#233;lectorale et de d&#233;cisions venues d'en haut. Elle exige que les majorit&#233;s parlementaires &#233;cosocialistes conjuguent leur action avec des mouvements d'implication populaire dans tous les domaines. Cette r&#233;appropriation de l'initiative politique dans le but de d&#233;terminer quel est l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, c'est ce que nous nommons la r&#233;volution citoyenne. Elle est indispensable pour &#233;viter que le d&#233;sespoir et la col&#232;re ne basculent du c&#244;t&#233; de la haine, et pour faire fleurir la r&#233;volution &#233;cosocialiste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Par Corinne Morel-Darleux, Mathieu Agostini - 28 novembre 2012&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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