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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Ukraine : la n&#233;gociation sera longue</title>
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		<dc:date>2023-10-17T06:32:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Rogalski</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-10-17</dc:subject>
		<dc:subject>La guerre en Ukraine - Les enjeux</dc:subject>
		<dc:subject>Ukraine</dc:subject>
		<dc:subject>Russie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nul ne doute que le armes finiront par se taire en Ukraine territoire o&#249; se d&#233;roule aujourd'hui l'affrontement le plus aigu&#235; entre la Russie et l'OTAN. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de : La chronique de Recherches internationales MICHEL ROGALSKI Directeur de la revue Recherches internationales &lt;br class='autobr' /&gt;
La situation y pousse. La contre-offensive ukrainienne pi&#233;tine au point d'instiller le doute sur la perspective d'atteindre les objectifs de la reconqu&#234;te territoriale. C'est une guerre qui stagne et qui g&#233;n&#232;re une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Russie-+" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH84/ukraine_colombe-4-7eaf8.webp?1781844184' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nul ne doute que le armes finiront par se taire en Ukraine territoire o&#249; se d&#233;roule aujourd'hui l'affrontement le plus aigu&#235; entre la Russie et l'OTAN.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de : La chronique de Recherches internationales&lt;br class='autobr' /&gt;
MICHEL ROGALSKI&lt;br class='autobr' /&gt;
Directeur de la revue Recherches internationales&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation y pousse. La contre-offensive ukrainienne pi&#233;tine au point d'instiller le doute sur la perspective d'atteindre les objectifs de la reconqu&#234;te territoriale. C'est une guerre qui stagne et qui g&#233;n&#232;re une d&#233;ception chez les alli&#233;s de l'Ukraine qui ont beaucoup contribu&#233; par leur assistance financi&#232;re et militaire et qui commencent &#224; demander des comptes sur l'usage qui en a &#233;t&#233; fait. Les futures pr&#233;sidentielles am&#233;ricaines qui se rapprochent, les changements politiques et de posture en Europe &#8211; Pologne, Slovaquie &#8211; ne garantissent m&#234;me plus que les promesses d'aide seront tenues. Les opinions publiques occidentales se fissurent et les efforts diplomatiques d&#233;ploy&#233;s pour rallier les pays du Sud n'ont finalement pas abouti. Au contraire m&#234;me, les derni&#232;res r&#233;unions internationales &#8211; Brics &#224; Johannesburg, sommet du G20 &#224; New Delhi ; Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de l'ONU - t&#233;moignent certes d'un Occident resserr&#233; mais isol&#233; et &#233;galement d'un recul de l'enthousiaste pour la cause ukrainienne. Cette cause pourrait passer bien vite d'un facteur d'union nationale &#224; un sujet politique clivant. Le pi&#233;tinement sur le terrain p&#232;se sur les opinions publiques et les postures diplomatiques et vient &#224; interroger sur les buts de guerre qui, au-del&#224; de leur dimension territoriale, deviennent indicibles. Il ne faut donc pas s'&#233;tonner que des voix s'&#233;l&#232;vent &#8211; ballons d'essais autour du th&#232;me paix contre territoires &#8211; et pr&#233;parent les esprits &#224; l'id&#233;e que le tabou des n&#233;gociations doit &#234;tre lev&#233; et que pour aboutir elles doivent sortir de ce qui jusqu'&#224; pr&#233;sent ne relevait que d'une logique de capitulation impropre &#224; toute avanc&#233;e vers une paix car supposant la d&#233;faite totale de l'un des bellig&#233;rants. Or tout porte &#224; croire que celle-ci n'est pas &#224; port&#233;e de mains dans un d&#233;lai raisonnable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les buts de guerre n'ont jamais &#233;t&#233; affich&#233;s clairement par la Russie qui s'est probablement repli&#233; sur un plan B &#8211; une guerre longue de d&#233;fense des territoires conquis &#8211; faute de prendre Kiev et d'y installer un r&#233;gime &#224; sa convenance. De son c&#244;t&#233; lorsque l'Ukraine affirme qu'elle ne n&#233;gociera jamais avec Poutine ne laisse-t-elle pas entrevoir qu'elle fixe la barre au-del&#224; des territoires et qu'elle vise &#233;galement le changement de r&#233;gime &#224; Moscou.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les pertes subies, les actes commis et les propos tenus ont pris de telles proportions que les conditions d'un retour &#224; la paix n&#233;cessiteront le pr&#233;alable de la red&#233;finition des buts de guerre &#224; condition d'&#233;carter toute id&#233;e de vouloir la gagner. Aujourd'hui la situation semble totalement fig&#233;e. Sur le terrain, rien de significatif ne s'impose. L'Ukraine a re&#231;u suffisamment d'armes de ses alli&#233;s pour ne pas &#234;tre battue mais pas assez pour gagner et repousser les soldats russes. Elle ne veut pas s'arr&#234;ter au milieu du gu&#233; et fait croire qu'elle pourrait atteindre ses objectifs en demandant toujours plus. Elle se heurte aux limites de l'engagement am&#233;ricain pr&#234;t &#224; affaiblir la Russie mais pas &#224; imaginer une gestion post-poutinienne de la Russie. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale une guerre s'ach&#232;ve lorsque le verdict tombe sur son issue et qu'il est reconnu par les deux parties. Mais aujourd'hui, si la Russie n'a pas gagn&#233; la guerre, rien ne permet d'affirmer qu'elle va la perdre. Et sym&#233;triquement l'Ukraine ne la pas perdue mais rien ne permet de dire qu'elle va la gagner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, une telle situation finit par lasser les acteurs, leurs soutiens, les opinions publiques, le Sud somm&#233; de prendre parti &#224; son corps d&#233;fendant et souvent victime collat&#233;rale d'un conflit qui s'est mondialis&#233; par ses effets. Cette absence d'issue militaire ram&#232;ne &#224; une n&#233;cessaire n&#233;gociation qu'il est vain de vouloir reporter dans l'attente d'un terrain qui pourrait brusquement se modifier. La configuration mondiale pousse &#224; une recherche de compromis quand bien m&#234;me les protagonistes semblent s'accommoder d'une poursuite de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y parvenir suppose de surmonter nombre d'obstacles &#224; franchir un &#224; un. Ils sont communs &#224; beaucoup de n&#233;gociations. D'abord les pr&#233;alables : qui mettre autour de la table de n&#233;gociations ? ; Quand n&#233;gocier ? Puis l'essentiel : quoi n&#233;gocier ? ; Comment &#233;viter une fausse paix laissant chacun esp&#233;rer reprendre des forces pour un nouvel affrontement ? ; Qui sera garant de l'accord trouv&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la n&#233;gociation ne peut pas s'engager directement entre l'Ukraine et la Russie de &#171; bons offices &#187; devront surgir. Les parties prenantes au conflit ou les alli&#233;s trop marqu&#233;s ne peuvent jouer ce r&#244;le, ce qui &#233;cartent beaucoup de postulants. C'est probablement du c&#244;t&#233; du Sud que la diplomatie va devoir s'activer. On murmure que beaucoup s'y sont d&#233;j&#224; essay&#233;s. La Turquie, la Chine, l'Indon&#233;sie, l'Union africaine, l'Arabie saoudite sont souvent cit&#233;s. Sans succ&#232;s semble-t-il. Ces m&#233;diations ont &#233;chou&#233; parce que les pr&#233;tentions maximalistes des bellig&#233;rants sont inconciliables tant que le terrain n'aura pas tranch&#233; ou montr&#233; qu'il ne peut pas trancher. Mais admettons que les protagonistes - l'Otan, l'Ukraine, la Russie &#8211; finissent par se mettre autour d'une table. L'ordre du jour sera lourd tant les sujets sont multiples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faudra-t-il proc&#233;der au &#171; linkage &#187;, technique fr&#233;quemment utilis&#233;e en mati&#232;re de n&#233;gociations internationales, qui veut que tant qu'on n'est pas d'accord sur tout, on n'est d'accord sur rien, du moins c'est ce qu'on pr&#233;tend ? Ou, au contraire, acceptera-t-on de saucissonner et d'avancer sur des points partiels ? On a en m&#233;moire la premi&#232;re rencontre entre Reagan et Gorbatchev - le Sommet de Reykjavik, tenu en Islande en 1986 &#8211; qu'on ne sut jamais interpr&#233;ter parce que l'accord r&#233;alis&#233; sur certains points mais non-conclu sur d'autres, ne permit aucune annonce officielle. En r&#233;alit&#233;, il mit fin &#224; la course aux armements de la guerre froide et permit deux ans plus tard &#8211; l'inertie des d&#233;penses militaires &#8211; d'engager les dix ann&#233;es qui suivront dans ce qu'on appela les &#171; dividendes de la paix &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis que la guerre a d&#233;but&#233; en f&#233;vrier 2022 &#8211; mais qui remonte en r&#233;alit&#233; &#224; 2014 avec l'appropriation de la Crim&#233;e par la Russie &#8211; les &#233;v&#233;nements se sont encha&#238;n&#233;s et n&#233;cessitent aujourd'hui des r&#232;glements n&#233;goci&#233;s. La liste est donc longue des points &#224; mettre en discussion. Chacun n'y attache pas la m&#234;me importance, mais ils viendront fatalement en discussion. Essayons d'en lister la plupart.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8226; Quelles suites &#224; donner aux sanctions dont les effets se sont mondialis&#233;s et qui concernent indirectement d'autres pays. Au c&#339;ur de ce sujet que deviendront les avoirs en devises de la Banque de Russie gel&#233;s dans les banques occidentales ou bien l'avenir des relations &#233;nerg&#233;tiques entre l'Union europ&#233;enne et la Russie ?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8226; Comment et par qui sera pris en charge la r&#233;paration des dommages de guerre subis par l'Ukraine ?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8226; Que deviendront les incriminations devant les institutions p&#233;nales internationales ? Lev&#233;e des plaintes ou poursuite des proc&#233;dures ?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8226; Dans quelles proportions l'Ukraine pourra-t-elle recouvrer ses territoires ? O&#249; le curseur sera-t-il plac&#233; ? En &#233;change de quoi ? Si l'Ukraine r&#233;cup&#232;re toute sa c&#244;te de la Mer noire, mais sans la Crim&#233;e devra-t-elle garantir un corridor d'acc&#232;s s&#233;curis&#233; aux Russes, comme c'est le cas pour l'enclave de Kaliningrad ou le fut pour Berlin-Ouest ? Fondamentalement, quel &#233;quilibre trouver pour qu'aucune perte de face aux yeux des opinions publiques respectives n'apparaisse rendant l'accord inapplicable ?&lt;br class='autobr' /&gt; &#8226; Finalement, et c'est probablement l'essentiel, comment assurer aux protagonistes ce &#224; quoi ils peuvent l&#233;gitimement pr&#233;tendre, &#224; savoir les conditions de leur s&#233;curit&#233; respective ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce dernier point est le plus important car c'est ce qui depuis des d&#233;cennies a fait monter les tensions dans cette r&#233;gion du monde. La lente et inexorable avanc&#233;e de l'Otan et de ses dispositifs militaires vers les fronti&#232;res de la Russie a provoqu&#233; chez celle-ci un sentiment d'encerclement d&#233;nonc&#233; par Poutine dans son discours &#224; la Conf&#233;rence de Munich en 2008 dont il ne fut pas tenu compte. Evgueni Primakov, le pr&#233;d&#233;cesseur de Sergue&#239; Lavrov, rend compte dans un ouvrage paru en fran&#231;ais en 2009 &#8211; Le monde sans la Russie ? &#192; quoi conduit la myopie politique, Ed. &#201;conomica &#8211; de cette longue &#233;volution et laisse entendre que les interventions russes dans l'Est europ&#233;en (Moldavie, G&#233;orgie,&#8230;) avaient pour but de freiner cette avanc&#233;e en cr&#233;ant dans ces pays une situation de conflictualit&#233; rendant leur adh&#233;sion &#224; l'Otan impossible en raison de son article 5 qui aurait imm&#233;diatement mis ses membres en situation de cobellig&#233;rance. Car pour rentrer dans l'Otan, il faut &#234;tre un pays en paix. Pour l'instant le v&#339;u d'adh&#233;sion de l'Ukraine s'oppose &#224; de fortes r&#233;ticences am&#233;ricaines et allemandes. La question de l'adh&#233;sion &#224; l'Union europ&#233;enne est plus ouverte mais sera lente car la liste des imp&#233;trants est d&#233;j&#224; longue et suppose probablement au pr&#233;alable une v&#233;ritable refondation du projet europ&#233;en et de sa gouvernance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les n&#233;gociations de paix deviennent n&#233;cessaires mais les obstacles seront longs &#224; lever.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
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		<title>L'Europe et ses temporalit&#233;s</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/L-EUROPE-ET-SES-TEMPORALITES</link>
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		<dc:date>2018-05-29T06:23:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Rogalski</dc:creator>


		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-05-29</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#192; un peu plus d'un an des &#233;lections europ&#233;ennes, la f&#233;brilit&#233; s'empare des partis politiques. Chacun formule d&#233;j&#224; ses propositions d'une autre Union europ&#233;enne, tant l'actuelle construction &#8211; pour diff&#233;rentes raisons &#8211; suscite un sentiment de m&#233;contentement voire de sourde hostilit&#233;. Certains r&#233;fl&#233;chissent &#224; la fa&#231;on d'y aller ensemble pour rassembler leurs forces et emporter plus d'&#233;lus. Car au final c'est eux qui formeront des groupes et imposeront la d&#233;signation du pr&#233;sident du Parlement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH99/arton34953-87ed2.jpg?1781844184' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; un peu plus d'un an des &#233;lections europ&#233;ennes, la f&#233;brilit&#233; s'empare des partis politiques. Chacun formule d&#233;j&#224; ses propositions d'une autre Union europ&#233;enne, tant l'actuelle construction &#8211; pour diff&#233;rentes raisons &#8211; suscite un sentiment de m&#233;contentement voire de sourde hostilit&#233;. Certains r&#233;fl&#233;chissent &#224; la fa&#231;on d'y aller ensemble pour rassembler leurs forces et emporter plus d'&#233;lus. Car au final c'est eux qui formeront des groupes et imposeront la d&#233;signation du pr&#233;sident du Parlement europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tir&#233; de : [REVUE RI] Parution Recherches internationales&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Malgr&#233; l'apparence d'un vote &#224; la proportionnelle &#224; un tour, il s'est insinu&#233; depuis la derni&#232;re &#233;lection la pression d&#233;l&#233;t&#232;re d'un &#171; vote utile &#187; : le Pr&#233;sident sera d&#233;sign&#233; par le groupe qui aura le plus d'&#233;lus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or celui-ci joue un r&#244;le loin d'&#234;tre n&#233;gligeable face aux pr&#233;sidents de la Commission et du Conseil. Les termes du d&#233;bat restent pour l'essentiel structur&#233;s par l'immense confrontation qui avait saisi et passionn&#233; la France en 2005 &#224; l'occasion du r&#233;f&#233;rendum constitutionnel sur l'Europe. Le NON l'emporta nettement et cliva la France en deux blocs portant la division jusqu'au sein des socialistes et des gaullistes, du moins chez ceux inquiets d'une d&#233;rive lib&#233;rale et antisociale pour les premiers ou d'une trop grande perte de souverainet&#233; pour les seconds. Car chacun avait compris que ce qui se jouait serait durable parce que &#171; grav&#233; dans le marbre &#187; pour reprendre une expression qui fit flor&#232;s &#224; l'&#233;poque. Effectivement, inscrire dans la constitution des pans entiers de politique &#233;conomique signifiait les sortir des al&#233;as du d&#233;bat et de la conjoncture politiques et ainsi les sanctuariser pour les tenir loin des errances populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#201;tats membres pourraient virer &#224; gauche &#224; loisir sans que cela influence la politique europ&#233;enne. Les bourgeoisies et les oligarchies financi&#232;res du continent avaient ainsi invent&#233; une m&#233;canique g&#233;niale les mettant &#224; l'abri du risque. L'oscillation du balancier politique ne deviendrait plus qu'hom&#233;opathique car limit&#233;e dans ses cons&#233;quences par les trait&#233;s qui s'&#233;taient empil&#233;s &#8211; Acte unique, Maastricht, Pacte de stabilit&#233; &#8211; le tout repris et rassembl&#233; dans le corset du Trait&#233; de Lisbonne et compl&#233;t&#233;s et aggrav&#233;s par ceux d&#233;coulant de la gestion de la monnaie unique pr&#233;voyant &#224; travers le TSCG (Trait&#233; sur la stabilit&#233;, la coordination et la gouvernance) l'obligation aux gouvernements de faire viser par Bruxelles leur projet de budget avant de le soumettre &#224; leur propre Parlement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; cercle de la raison &#187; avait de beaux jours devant lui. Ainsi Jean-Claude Juncker, pr&#233;sident de la Commission, put s'adresser aux Grecs r&#233;tifs vis-&#224;-vis du plan de la Tro&#239;ka, en leur assurant &#171; qu'il ne pouvait y avoir de choix d&#233;mocratique contre les trait&#233;s europ&#233;ens d&#233;j&#224; ratifi&#233;s &#187; confirmant ainsi que le &#171; Mur de l'Europe &#187; avait remplac&#233; le &#171; Mur de l'argent &#187; des ann&#233;es 20 et que les Trait&#233;s europ&#233;ens repr&#233;sentaient le nouveau plafond de verre pour la d&#233;mocratie et le changement social. Le NON &#233;tait composite car un r&#233;f&#233;rendum impose une r&#233;ponse binaire et laisse peu de place aux nuances. Ainsi se m&#233;langea dans les urnes un NON de gauche et un NON de droite port&#233;s par des partis qui avaient compris que leur programme n'&#233;tait pas eurocompatible et, que parvenus au pouvoir, Bruxelles ne leur laisserait jamais l'appliquer. Pour les uns politique &#233;conomique, mon&#233;taire et sociale, pour les autres valeurs soci&#233;tales et d&#233;rives identitaires faisaient obstacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'urne m&#234;la eurosceptiques et anti-europ&#233;ens. Dix ans plus tard, le score du Front national, qui arriva en t&#234;te aux &#233;lections europ&#233;ennes, r&#233;v&#233;lera que les seconds avaient r&#233;ussi &#224; h&#233;g&#233;moniser le NON en leur faveur. Les diverses &#233;lections que connurent les &#201;tats membres confirm&#232;rent cette tendance. Le OUI rassembla tous ceux qui avaient compris le pi&#232;ge de la constitution sanctuaris&#233;e et y adh&#233;raient parce que leur parti politique se trouvait en phase avec les orientations propos&#233;es et y voyait un moyen de les p&#233;renniser. Le texte adopt&#233; pourrait servir de rempart sur lequel s'adosser pour imposer leurs projets de r&#233;formes de mises en cause d'importants acquis sociaux et d&#233;barrasser ainsi la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise de ses scories qui la rendaient, aux dires du patronat, impropre &#224; affronter la concurrence internationale ou celle, &#171; libre et non fauss&#233;e &#187; de l'Union europ&#233;enne. La r&#233;vision des trait&#233;s n&#233;cessitant l'unanimit&#233; des 27, le verrouillage &#233;tait parfait. Les tenants du OUI pouvaient se rassurer, l'int&#233;gration europ&#233;enne pouvait se poursuivre dans le cadre du trait&#233; de Lisbonne s'apparentant &#224; un &#171; r&#233;ducteur d'incertitude &#187;. Pour l'essentiel, malgr&#233; la crise de l'euro, les d&#233;sordres migratoires, l'exp&#233;rience grecque, le Brexit, le cadre de l'analyse qui s'est d&#233;gag&#233;e en 2005 reste valable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux choses ont n&#233;anmoins chang&#233; : le renforcement les courants nationaux-populistes et la prise de conscience qu'il n'y aurait pas de &#171; grand soir &#187; europ&#233;en tant la machine europ&#233;enne pr&#233;sentait une force d'inertie redoutable. Les deux derni&#232;res pr&#233;sidentielles ont r&#233;v&#233;l&#233; des questionnements sur la possibilit&#233; d'appliquer un programme dans le cadre d'une Union europ&#233;enne hostile et capable de r&#233;sister &#224; des changements internes. La r&#233;flexion s'est infl&#233;chie et a invit&#233; dans le d&#233;bat la question du rapport &#224; l'Europe et non plus seulement la question de sa nature. Bref, en attendant qu'elle change quels types de rapports entretenir avec elle ? La cr&#233;dibilit&#233; d'un programme de changement r&#233;side dans la pertinence de la r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ainsi la question europ&#233;enne s'est d&#233;doubl&#233;e en deux volets : quelle autre Europe et comment y parvenir ? Quelle relation entretenir avec elle en attendant qu'elle change ? Chaque question rel&#232;ve d'une temporalit&#233; diff&#233;rente. L'urgence des changements nationaux ne permet plus de les conditionner aux changements esp&#233;r&#233;s &#224; Bruxelles. La premi&#232;re question d&#233;coule du constat que la nature de la construction europ&#233;enne trouve son origine dans ses fondements historiques qui ont marqu&#233; durablement son ADN en donnant la priorit&#233; au march&#233; sans consid&#233;ration aucune de la d&#233;mocratie ou du social. L'Europe devait ainsi toujours avancer, mais sans que l'on sache vers quoi. Comme si les buts devaient &#234;tre dissimul&#233;s. Jacques Delors osa m&#234;me affirmer qu'il fallait &#171; avancer masqu&#233; &#187; au risque &#233;vident de faire chuter le &#171; sentiment europ&#233;en &#187; et l'adh&#233;sion des peuples. Reprendre sur de toutes autres bases le processus de la construction europ&#233;enne r&#233;clame une grande patience et rel&#232;ve de la politique des petits pas, avec des avanc&#233;es et des reculs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela exige de pr&#233;server pour chaque pays l'&#233;ventail des possibles et rendre l'Europe compatible avec ces aspirations voulues par le peuple de tout &#201;tat-membre. Chaque peuple doit pouvoir choisir son destin et disposer du droit de ne pas se sentir engag&#233; par une d&#233;cision europ&#233;enne qu'il refuse dans sa majorit&#233;. La d&#233;mocratie doit pouvoir peser contre les trait&#233;s europ&#233;ens. L'Europe ne doit plus &#234;tre une Sainte alliance oppos&#233;e &#224; toute volont&#233; de changement, mais doit devenir permissive de toute esp&#233;rance. On comprend l'immensit&#233; de la t&#226;che. L'acquis communautaire rassemblerait pas moins de 30 000 pages ! Le continent europ&#233;en constitue l'espace du monde o&#249; l'interd&#233;pendance, l'imbrication des &#233;conomies, les d&#233;possessions des d&#233;cisions ont &#233;t&#233; les plus pouss&#233;es. C'est la zone o&#249; la mondialisation a &#233;t&#233; la plus exacerb&#233;e au point d'en devenir le laboratoire avanc&#233; condensant tous ses exc&#232;s. L'invocation d'une Europe protectrice de la mondialisation &#8211; hier encore adul&#233;e par les &#233;lites de Davos, et qu'on croyait heureuse ! &#8211; s'av&#232;re une tromperie, comme l'id&#233;e que porteuse de ses valeurs, elle pourrait adoucir une mondialisation brutale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En s'&#233;largissant &#224; 27 pays, l'Europe a brutalement modifi&#233; les conditions de la concurrence en cr&#233;ant un espace ou les salaires varient de 1 &#224; 10. Tant que l'on reste dans un espace dont les pays sont de niveaux de d&#233;veloppement comparables la concurrence n'est pas d&#233;l&#233;t&#232;re. Elle change de visage dans un ensemble disparate. Le choc n'est pas entre des marchandises mais entre les conditions dans lesquelles elles sont produites. On importe ainsi dans le fonctionnement de l'Union europ&#233;enne les pires travers de la mondialisation. La mise en &#339;uvre d'une v&#233;ritable alternative de gauche porte en elle les germes d'un affrontement avec le carcan europ&#233;en constitutionnalis&#233;. Elle est lourde de d&#233;sob&#233;issances, de r&#233;sistances, de bras de fer, de confrontations, de ren&#233;gociations. Aucun programme politique de gauche ne sera cr&#233;dible s'il n'explore pas cette temporalit&#233;. Celle qui, sans abandonner l'espoir de changer la nature de l'Europe, pose la question de l'application d'un programme de changement social malgr&#233; l'Europe telle qu'elle est. Mitterrand tint deux ans avant de troquer le changement social contre la construction europ&#233;enne et d'ouvrir la parenth&#232;se de l'aust&#233;rit&#233;, Jospin r&#233;sista trois semaines et Hollande 48 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de d&#233;finir les mesures structurantes qu'il conviendra de prendre dans les cent premiers jours, probablement face &#224; Bruxelles. C'est dire combien le d&#233;bat doit &#234;tre public pour associer l'opinion. Aujourd'hui, la gauche doit tenter de donner une r&#233;ponse convergente &#224; cette question et surtout ne pas chercher &#224; l'&#233;luder au pr&#233;texte qu'elle pourrait diviser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel ROGALSKI&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Trump, l'Accord de Paris et le climat</title>
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		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2017-06-27</dc:subject>

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&lt;p&gt;Cette chronique est r&#233;alis&#233;e en partenariat r&#233;dactionnel avec la revue Recherches internationales &#224; laquelle collaborent de nombreux universitaires ou chercheurs et qui a pour champ d'analyse les grandes questions qui bouleversent le monde aujourd'hui, les enjeux de la mondialisation, les luttes de solidarit&#233; qui se nouent et apparaissent de plus en plus indissociables de ce qui se passe dans chaque pays. &lt;br class='autobr' /&gt; MICHEL ROGALSKI Directeur de la revue Recherches internationales &lt;br class='autobr' /&gt;
La nouvelle, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton31359-9567a.jpg?1781844184' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette chronique est r&#233;alis&#233;e en partenariat r&#233;dactionnel avec la revue Recherches internationales &#224; laquelle collaborent de nombreux universitaires ou chercheurs et qui a pour champ d'analyse les grandes questions qui bouleversent le monde aujourd'hui, les enjeux de la mondialisation, les luttes de solidarit&#233; qui se nouent et apparaissent de plus en plus indissociables de ce qui se passe dans chaque pays.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;MICHEL ROGALSKI&lt;br class='autobr' /&gt;
Directeur de la revue Recherches internationales&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle, attendue, est tomb&#233;e le 1er juin. Les &#201;tats-Unis ont d&#233;cid&#233; de sortir de l'Accord de Paris sur le climat, six mois seulement apr&#232;s son entr&#233;e en vigueur. Les modalit&#233;s n'en sont pas encore toutes connues, mais la d&#233;cision est prise, bien qu'elle ne peut avoir d'effets imm&#233;diats. Trois Pr&#233;sidents avaient refus&#233; de ratifier le Protocole de Kyoto (Bill Clinton, Bush Jr., Barack Obama) qui organisait la r&#233;gulation climatique mondiale, signifiant au monde que le mode de vie am&#233;ricain n'&#233;tait pas n&#233;gociable. En signant, &#224; la fin de son second mandat, l'Accord de Paris Barack Obama avait envoy&#233; un signal fort au monde et semblait engager son pays dans un partenariat solide avec la Chine sur cette question, coop&#233;ration qui fut d&#233;cisive pour l'adoption de l'Accord. Conform&#233;ment &#224; ses engagements &#233;lectoraux, Donald Trump revient brutalement sur cette trajectoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux options s'offrent &#224; lui. Soit sortir de l'Accord de Paris, mais avec une prise d'effet seulement apr&#232;s le 4 novembre 2020, ce qui, compte-tenu de l'incertitude sur un second mandat, aurait peu d'effet juridique. Soit quitter le dispositif de la Convention-cadre des Nations unies adopt&#233; lors du Sommet de la terre en 1992 et se priver d&#232;s lors de toute influence sur les Conf&#233;rences des parties annuelles. Mais le vrai probl&#232;me n'est pas l&#224;. Il tient au fait que dans la pratique les &#201;tats-Unis envoient un message fort au monde : ils ne tiendront pas les engagements de l'Accord de Paris, m&#234;me s'il leur est impossible de le torpiller. Une telle annonce permettra aux pays qui avaient dissimul&#233; leur r&#233;ticence de s'enhardir, voire peut-&#234;tre de se regrouper et miner de l'int&#233;rieur les efforts consensuels qui avaient &#233;t&#233; d&#233;cid&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233; Donald Trump n'a pas besoin d'attendre quatre ann&#233;es pour prendre des mesures dont les effets d&#233;l&#233;t&#232;res sur le climat seront consid&#233;rables. L'Accord adopt&#233; &#224; Paris est une d&#233;claration d'intention mais n'est assorti d'aucune mesure coercitive ou punitive. On est tr&#232;s loin par exemple du niveau de contrainte ou de sanctions du Trait&#233; sur la non-prolif&#233;ration nucl&#233;aire (TNP). Il repose sur la bonne volont&#233; des cosignataires. Sans augmenter ses &#233;missions de gaz &#224; effet de serre, ce qui est le cas depuis plusieurs ann&#233;es, avec 14 % des &#233;missions mondiales, les &#201;tats-Unis se placent en deuxi&#232;me position derri&#232;re la Chine. Les mesures les plus destructrices seront prises dans le domaine de la finance et impacteront de multiples structures d&#233;di&#233;es au climat et qu'ils contribuent &#224; faire vivre. Washington participe &#224; hauteur de 25 % (15 millions de $) au budget de la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique (CCNUCC). Les &#201;tats-Unis contribuent pour 40 % au budget de fonctionnement du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'&#233;volution du climat) qui assure un travail de veille scientifique et propose des pr&#233;conisations aux gouvernements. Il joue un r&#244;le central dans la bataille des id&#233;es et a &#233;norm&#233;ment contribu&#233; &#224; faire reculer les th&#232;ses climato-sceptiques. Si cette aide lui &#233;tait retir&#233;e son avenir serait menac&#233;. Mais surtout, c'est dans le domaine du financement des pays pauvres pour les aider &#224; s'adapter aux effets du changement climatique que l'impact sera le plus fort. Prenant appui sur le principe de la &#171; responsabilit&#233; commune mais diff&#233;renci&#233;e &#187; act&#233; en 2009 par la Conf&#233;rence de Copenhague et auquel les pays du Sud sont tr&#232;s attach&#233;s, il avait &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; de cr&#233;er un Fonds vert qui devait &#224; l'horizon 2020 &#234;tre aliment&#233; &#224; hauteur de cent milliards de $ par an. Si &#224; cette date, lors de l'&#233;valuation de l'Accord de Paris, cette somme n'&#233;tait pas r&#233;unie, c'est la poursuite m&#234;me de tout ce qui avait &#233;t&#233; envisag&#233; qui pourrait &#234;tre remise en cause. Cette question va devenir le point de friction central des rapports Nord-Sud qui au fil des d&#233;cennies se sont quasiment r&#233;duits &#224; cette seule question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donald Trump ne cro&#238;t pas &#224; la r&#233;alit&#233; du changement climatique. Il s'appuie au demeurant sur de larges courants de l'opinion publique am&#233;ricaine qui est tr&#232;s tranch&#233;e sur ce dossier. Il est persuad&#233; que l'Accord de Paris est un outil de &#171; redistribution massive de la richesse des &#201;tats-Unis vers d'autres pays &#187;. Tout comme le libre-commerce constitue &#224; ses yeux une machine &#224; piller son pays. La Chine aurait invent&#233; le concept de changement climatique pour s'attaquer &#224; la productivit&#233; des entreprises am&#233;ricaines. Il pr&#233;tend &#234;tre anim&#233; par la recherche d'une autonomie &#233;nerg&#233;tique et n'h&#233;site pas &#224; relancer le charbon, d&#233;velopper gaz de schistes et p&#233;trole, bref toutes les &#233;nergies fossiles et carbon&#233;es les plus dangereuses pour le climat. Seule la faiblesse du cours du baril de p&#233;trole lui interdit d'aller plus loin dans ce domaine, en rendant l'exploitation des gaz de schistes insuffisamment rentables. L'Arabie saoudite, souhaitant garder ses parts de march&#233; p&#233;troliers fait tout pour ne pas trop relever le cours du baril rendant p&#233;rilleux l'&#233;quilibre des finances publiques de quelques &#201;tats (Russie, Venezuela, Alg&#233;rie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec les relations avec Cuba, le climat constitue l'un des rares points sur lesquels Donald Trump pouvait esp&#233;rer ne pas conna&#238;tre un d&#233;saveu int&#233;rieur dans son entreprise de d&#233;molition de pans entiers de la politique d'Obama. Mais la surprise est au rendez-vous. Depuis une vingtaine d'ann&#233;es des initiatives se multiplient et des r&#233;seaux d'acteurs se constituent pour agir dans le domaine de la r&#233;sistance au changement climatique et apparaissent aujourd'hui comme des forces incontournables qui &#233;chappent &#224; toute injonction gouvernementale. En effet, c'est au niveau des villes et des &#201;tats &#8211; en coordination &#8211; que s'organise, en liaison avec un mouvement de citoyens tr&#232;s actif des actions concr&#232;tes en vue de r&#233;duire les &#233;missions de gaz &#224; effet de serre et &#224; basculer vers les &#233;nergies renouvelables. La Californie &#8211; 6&#232;me &#233;conomie du monde -, les &#201;tats de New York, de Washington et du Massachusetts ont annonc&#233; leur intention de respecter, quelle que soit la politique nationale, les engagements de l'Accord de Paris, voire d'aller au-del&#224;. La Californie a d&#233;j&#224; instaur&#233; au niveau de son &#201;tat une r&#233;gulation par les quantit&#233;s (&#171; cap &#187; et un march&#233; &#171; trade &#187;) pour en garantir le fonctionnement. Le milliardaire et maire de New York, Michael Bloomberg, a pris la t&#234;te de cette contestation pro-climat en y associant des centaines d'entreprises parmi lesquelles des poids lourds de la high-tech, de nombreuses universit&#233;s et organisations citoyennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affrontement ne fait que commencer et parcourra tout le mandat pr&#233;sidentiel.&lt;br class='autobr' /&gt;
En pr&#233;sentant la question climatique comme une invention chinoise destin&#233;e &#224; nuire aux int&#233;r&#234;ts des &#201;tats-Unis, Donald Trump a offert aux Chinois une occasion inesp&#233;r&#233;e de profiter de la situation d'isolement dans laquelle il s'est plong&#233;. Sa politique de repli est en total contraste avec les ambitions chinoises. Xi Jinping qui avait d&#233;j&#224; pu s'afficher comme le d&#233;fenseur du libre-commerce &#224; la r&#233;union de Davos, lance d&#233;sormais la nouvelle &#171; route de la soie &#187; cens&#233;e concerner tout &#224; la fois l'Europe et l'Afrique en promouvant le concept de &#171; gagnant-gagnant &#187;. Le retrait am&#233;ricain du partenariat transpacifique (TPP), con&#231;u par Obama pour isoler la Chine, permet &#224; celle-ci de proposer aux pays de la r&#233;gion un projet concurrent beaucoup moins contraignant en mati&#232;re de normes sociales ou environnementales. Le projet chinois (One Belt One Road, OBOR) profite du cadeau am&#233;ricain et annonce le grand retour de P&#233;kin en Asie articul&#233; autour de la s&#233;curit&#233; de ses approvisionnements, d'une possibilit&#233; d'exportations de ses exc&#233;dents et de l'appui d'une banque de d&#233;veloppement d'une grande capacit&#233; financi&#232;re, l'Asian Infrastructure Investment Bank &#8211; AIIB dans le but de concurrencer la Banque asiatique de d&#233;veloppement et la Banque mondiale qui &#233;taient d&#233;j&#224; d&#233;fi&#233;es par la &#171; banque des BRICS &#187; bas&#233;e &#224; Shanghai et &#224; laquelle participent les Russes. Ainsi Trump, plong&#233; dans ses d&#233;m&#234;l&#233;s avec la justice &#224; propos de ses rapports avec la Russie, semble beaucoup plus avoir favoris&#233; les int&#233;r&#234;ts de P&#233;kin que de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul doute que la d&#233;cision-climat de Trump va empoisonner son mandat compte-tenu des oppositions organis&#233;es qu'elle suscite &#224; travers le pays et qu'elle va contribuer largement au remodelage de l'&#233;conomie mondiale en effa&#231;ant le fameux &#171; pivot &#187; asiatique de Barack Obama dans les d&#233;cennies &#224; venir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Trump face au monde</title>
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		<dc:creator>Michel Rogalski</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
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		<dc:subject>Edition du 2017-03-28</dc:subject>

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&lt;p&gt;tir&#233; de : La chronique de Recherches internationales &lt;br class='autobr' /&gt; MICHEL ROGALSKI Directeur de la revue Recherches internationales &lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;lu le 8 novembre 2016, Donald Trump a pris ses fonctions, en tant que 45&#232;me Pr&#233;sident des &#201;tats-Unis, le 20 janvier 2017. &#201;lection surprise, dont les th&#232;mes de campagne ne furent pas sans rappeler ceux du Brexit britannique dont le r&#233;sultat surprit &#233;galement quelques mois plus t&#244;t. Tout a &#233;t&#233; dit sur le caract&#232;re pittoresque et fantasque du personnage, au point qu'il (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton30217-3542f.jpg?1781844184' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;tir&#233; de : La chronique de Recherches internationales&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;MICHEL ROGALSKI&lt;br class='autobr' /&gt;
Directeur de la revue Recherches internationales&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;lu le 8 novembre 2016, Donald Trump a pris ses fonctions, en tant que 45&#232;me Pr&#233;sident des &#201;tats-Unis, le 20 janvier 2017. &#201;lection surprise, dont les th&#232;mes de campagne ne furent pas sans rappeler ceux du Brexit britannique dont le r&#233;sultat surprit &#233;galement quelques mois plus t&#244;t. Tout a &#233;t&#233; dit sur le caract&#232;re pittoresque et fantasque du personnage, au point qu'il n'est pas n&#233;cessaire de s'y attarder, sauf &#224; retenir, ce que la suite confirmera, l'absence de vision claire, l'impr&#233;cision, l'impr&#233;paration, l'incoh&#233;rence et l'impr&#233;visibilit&#233; des positions. Bref, la hantise des chancelleries et des charg&#233;s du protocole qui adorent le bon d&#233;roulement des choses bien pr&#233;par&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;lection et la campagne qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233;e confirment un grand chamboulement dans le syst&#232;me de valeurs sur lequel le monde occidental s'&#233;tait constitu&#233;. Donald Trump a r&#233;ussi &#224; imposer quatre th&#232;mes majeurs qui ont constitu&#233; le moteur de sa victoire. En r&#233;alit&#233; un constat et trois causes. Il a surf&#233; sur le th&#232;me du d&#233;clin des &#201;tats-Unis dans le monde et sur la n&#233;cessit&#233; de retrouver la grandeur pass&#233;e. Le mot d'ordre &#171; America First ! &#187; fit merveille et rencontra l'adh&#233;sion de tous les d&#233;class&#233;s et d&#233;laiss&#233;s d'une opulence qui ne profitait qu'&#224; certains. Il suffisait de pointer les responsables de ce d&#233;clin pour alimenter les th&#232;mes de campagne. Tout d'abord la mondialisation qui avait d&#233;vast&#233; le pays, sinistr&#233; des bassins d'emplois et avait surtout enrichi les autres sur le dos des &#201;tats-Unis. Les accords commerciaux devaient &#234;tre d&#233;nonc&#233;s et ren&#233;goci&#233;s au cas par cas, dans l'int&#233;r&#234;t du pays. Le libre-&#233;change devait &#234;tre abandonn&#233; et le recours au protectionnisme envisag&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie mondialiste &#224; l'&#339;uvre depuis Reagan et Thatcher devait &#234;tre tenue pour suspecte. Les responsables de cette situation, les &#233;lites, devaient &#234;tre d&#233;nonc&#233;s. D&#233;magogie classique qui fit merveille chez des couches importantes de population qui se sentent depuis longtemps d&#233;laiss&#233;es. Les guerres ext&#233;rieures, sans fin, sans but clair et incapables d'apporter la moindre fiert&#233; patriotique au pays furent critiqu&#233;es. Enfin, le pays en d&#233;clin, enlis&#233; dans des guerres lointaines incompr&#233;hensibles &#233;tait dans le m&#234;me temps envahi par des migrants, notamment hispaniques. C'est de l'ennemi int&#233;rieur qu'il fallait s'occuper et en chasser &#224; coups de menton pas moins de onze millions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce cocktail d'arguments terriblement efficace emporta la victoire. Le monde occidental, confront&#233; aux m&#234;mes probl&#233;matiques, prit conscience que ces th&#232;mes faisaient &#233;galement des ravages politiques, notamment dans une Europe en crise &#233;conomique, &#224; zone euro atone, confront&#233;e &#224; des politiques aust&#233;ritaire et donc en perte de l&#233;gitimit&#233; et plong&#233;e dans une interrogation existentielle apr&#232;s le vote britannique en faveur du Brexit et la mont&#233;e de courants eurosceptiques. Bref, ce qui s'&#233;tait pass&#233; au Royaume-Uni et aux &#201;tats-Unis ne relevait peut-&#234;tre pas de l'exception singuli&#232;re et pouvait avoir vocation &#224; s'&#233;tendre. D'o&#249; la vive inqui&#233;tude qui s'empara des chancelleries, jusqu'&#224; P&#233;kin et Moscou, d'autant que le candidat s'&#233;tait permis de nombreuses saillies et rodomontades sur les affaires internationales au cours de sa campagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bien vite, une fois &#233;lu, le Pr&#233;sident se heurta aux r&#233;alit&#233;s du monde et dut en rabattre. Il comprit vite qu'il ne fallait pas trop f&#226;cher la Chine qui n'&#233;tait pas d&#233;munie d'atouts dans une confrontation. Il a d&#251; vite rassurer Xi Jinping que s'il s'&#233;tait bien entretenu avec la Pr&#233;sidente de Ta&#239;wan, qui avait eu l'habilet&#233; de l'appeler, il ne remettrait pas en cause la politique de Washington d'une seule Chine. Malgr&#233; son secr&#233;taire &#224; la d&#233;fense, le g&#233;n&#233;ral James Mattis, connu pour sa franche hostilit&#233; &#224; l'Iran, Donald Trump respectera l'accord de Vienne sur le nucl&#233;aire concernant ce pays, et manifestera simplement son extr&#234;me vigilance sur son application. Apr&#232;s avoir trait&#233; l'Otan d'obsol&#232;te, il se contentera de menacer de ne pas faire jouer l'assistance automatique si le pays membre ne participe pas suffisamment &#224; l'effort du &#171; partage du fardeau &#187;, soit 2 % du PIB. Cela fait quarante ans que les &#201;tats-Unis tiennent ce discours. Les vell&#233;it&#233;s d'expulsions d'hispaniques furent bien vite ramen&#233;es &#224; un chiffre comparable &#224; ce qui avait &#233;t&#233; fait par Obama. Quant au Mur de la fronti&#232;re mexicaine, s'il reste dans les intentions, ont peut imaginer qu'il conna&#238;tra beaucoup de vicissitudes. De m&#234;me, il n'est plus question de d&#233;placer l'ambassade am&#233;ricaine de Tel-Aviv &#224; J&#233;rusalem. Quant &#224; l'existence d'un &#201;tat palestinien aux c&#244;t&#233;s d'Isra&#235;l ou d'un seul &#201;tat r&#233;unifi&#233;, aucun diplomate n'est en mesure de comprendre les intentions de Washington. La collaboration renforc&#233;e annonc&#233;e avec Moscou semble pour l'instant se concr&#233;tiser uniquement &#224; travers une pr&#233;sence militaire renforc&#233;e en Syrie et plus de coordination sur le terrain. Le rapprochement semble se manifester uniquement dans la lutte contre l'islamisme radical, th&#232;me sur lequel la Chine pourrait venir s'associer. Sur nombre de points abord&#233;s lors de la campagne et qui avaient fortement inqui&#233;t&#233;, le nuage de poussi&#232;re s'est dissip&#233; et c'est plut&#244;t une reculade qui appara&#238;t. Par contre d'autres mesures annonc&#233;e furent appliqu&#233;es, notamment la d&#233;nonciation du Partenariat Transpacifique (TPP) &#224; la grande joie de la Chine qui a toujours consid&#233;r&#233; que ce trait&#233; l'excluant &#233;tait tourn&#233; contre elle. Ce qui permit &#224; Xi Jinping de faire &#224; front renvers&#233;, devant un parterre incr&#233;dule, l'&#233;loge du libre-&#233;change &#224; Davos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, l'ensemble du discours sur l'international traduit des revirements importants et porte des conceptions dangereuses confirm&#233;es par des premi&#232;res mesures. La contribution au budget de l'ONU est s&#233;rieusement menac&#233;e. La pr&#233;paration du prochain budget comporte des indications sans &#233;quivoques. Il ne s'agit ni plus ni moins que d'assurer la s&#233;curit&#233; am&#233;ricaine au travers d'une augmentation du budget de d&#233;fense sans pr&#233;c&#233;dent, soit pr&#232;s de 10 %, l'amenant &#224; plus de 600 milliards de $ en 2018, &#224; hauteur d'un peu plus d'un tiers des d&#233;penses mondiales. Certes, on peut relativiser, car compar&#233;e au sommet atteint trente ans avant en 1988, cette somme repr&#233;sente aujourd'hui un peu moins de 4 % alors qu'elle d&#233;passait alors 8 % du PIB. Il s'agit sans conteste d'affirmer encore plus une supr&#233;matie militaire. Cette orientation n'exclut pas les critiques contre les engagements militaires d&#233;cid&#233;s par ses pr&#233;d&#233;cesseurs et qu'il n'assume pas, les rendant pour partie responsables de l'&#233;tat d&#233;testable dans lequel se trouve le pays. En ce sens, il reste bien sur une ligne isolationniste, &#224; rebours de ce qu'aurait &#233;t&#233; une diplomatie d'Hillary Clinton. Redonner &#224; l'Am&#233;rique sa grandeur ne doit &#234;tre compris au sens d'aller guerroyer aux quatre coins du monde pour imposer un mod&#232;le ou civiliser le monde. Par contre, &#233;ventuellement pour aller d&#233;fendre ses int&#233;r&#234;ts nationaux. La Chine et la Russie seront ses principaux partenaires. L'Europe reste secondaire pour les &#201;tats-Unis. Trump ne cherche pas &#224; aider Merkel &#224; se faire r&#233;&#233;lire et sa visite &#224; Washington a &#233;t&#233; un fiasco car elle n'a rien obtenu et n'a pu montrer qu'elle pouvait &#171; mod&#233;rer &#187; Trump.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette orientation budg&#233;taire se fait au d&#233;triment de la diplomatie, la culture, la sant&#233; et surtout l'environnement. L'Agence de protection de l'environnement (EPA) pourrait &#234;tre amput&#233;e de 2,6 milliards $ sur les 8,3 milliards actuels, soit environ une baisse de 30%. Car il est un domaine o&#249; les convictions du Pr&#233;sident sont affich&#233;es. C'est un climato-septique, tr&#232;s d&#233;pendant des lobbies p&#233;troliers, qui cherchera &#224; revenir sur l'Accord de Paris (COP21) ou se dispensera de l'appliquer, entra&#238;nant dans son sillage d'autres &#201;tats, ravis de l'aubaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette pr&#233;sidence qui d&#233;marre n'a pas encore pris toutes ses marques et beaucoup de questions restent dans l'incertitude. Le rapport au monde de Donald Trump sera difficile et dangereux d'autant plus qu'il s'est mis &#224; dos tous ses services de renseignement, essentiels dans ce domaine, et qu'ils n'h&#233;siteront peut-&#234;tre pas &#224; le mettre d&#233;lib&#233;r&#233;ment en difficult&#233;. Assur&#233;ment, une rupture se confirme qui concernera tout l'Occident.&lt;br class='autobr' /&gt;
On regrettera Obama, mais on se consolera en se disant que &#231;a aurait pu &#234;tre pire avec Hillary Clinton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette chronique est r&#233;alis&#233;e en partenariat r&#233;dactionnel avec la revue Recherches internationales &#224; laquelle collaborent de nombreux universitaires ou chercheurs et qui a pour champ d'analyse les grandes questions qui bouleversent le monde aujourd'hui, les enjeux de la mondialisation, les luttes de solidarit&#233; qui se nouent et apparaissent de plus en plus indissociables de ce qui se passe dans chaque pays. &lt;br class='autobr' /&gt;
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		<title>Les enjeux du Trait&#233; transatlantique</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Les-enjeux-du-Traite-transatlantique</link>
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		<dc:date>2014-05-20T08:16:25Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Rogalski</dc:creator>


		<dc:subject>Libre-&#233;change</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2014-05-20</dc:subject>

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&lt;p&gt;Dans la tradition d'un Jacques Delors qui expliquait que &#171; l'Europe devait avancer masqu&#233;e &#187; un nouveau saut vers l'inconnu se pr&#233;pare, hors de tout d&#233;bat et &#224; l'insu des opinions publiques. La Commission europ&#233;enne s'est ainsi vu confier en 2013 un &#171; mandat de n&#233;gociation &#187; afin de cr&#233;er un &#171; Partenariat transatlantique pour le commerce et l'investissement &#187; entre l'Union europ&#233;enne et les &#201;tats-Unis. Les dirigeants europ&#233;ens justifient la &#171; diffusion restreinte &#187; mise sur le contenu du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans la tradition d'un Jacques Delors qui expliquait que &#171; l'Europe devait avancer masqu&#233;e &#187; un nouveau saut vers l'inconnu se pr&#233;pare, hors de tout d&#233;bat et &#224; l'insu des opinions publiques. La Commission europ&#233;enne s'est ainsi vu confier en 2013 un &#171; mandat de n&#233;gociation &#187; afin de cr&#233;er un &#171; Partenariat transatlantique pour le commerce et l'investissement &#187; entre l'Union europ&#233;enne et les &#201;tats-Unis. Les dirigeants europ&#233;ens justifient la &#171; diffusion restreinte &#187; mise sur le contenu du mandat de n&#233;gociation afin, affirment-ils, de rendre le travail des n&#233;gociateurs plus efficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Rogalski est le directeur de la revue Recherches internationales.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; l'heure o&#249; les t&#233;l&#233;phones portables des dirigeants europ&#233;ens sont &#233;cout&#233;s par la NSA et o&#249; sont r&#233;v&#233;l&#233;es les intrusions massives des services am&#233;ricains dans l'observation des communications mondiales, on reste confondu par de tels arguments. D'autant que les protestations europ&#233;ennes ont bien &#233;t&#233; timides, au regard notamment de celle du Br&#233;sil. Quant &#224; la docilit&#233; fran&#231;aise, elle s'est manifest&#233;e lors de l'interdiction par la France du survol de son territoire par l'avion pr&#233;sidentiel bolivien suspect&#233; de transporter le lanceur d'alerte Edward Snowden. L'incident n'a pas ralenti le z&#232;le des dirigeants europ&#233;ens &#224; poursuivre les discussions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouverture de ces n&#233;gociations s'est donc plac&#233;e d'embl&#233;e sous le signe de la complicit&#233; et de la connivence. Le Trait&#233; devrait &#234;tre adopt&#233; en 2015 par les &#201;tats membres ainsi que par le nouveau Parlement europ&#233;en qui sera &#233;lu un mai 2014. C'est pourquoi il a fait irruption &#8211; m&#234;me tardivement &#8211; dans la campagne &#233;lectorale. Puis, il devra &#234;tre ratifi&#233; par chaque &#201;tat membre. Faisant peu de cas de leurs partenaires, les dirigeants nord-am&#233;ricains d&#233;signent d&#233;j&#224; ce trait&#233; d'&#171; OTAN &#233;conomique &#187;. Des deux c&#244;t&#233;s de l'Atlantique les multinationales, qui seront concern&#233;es par l'accord, se r&#233;jouissent d&#233;j&#224; des perspectives ouvertes par ce grand march&#233; et ont d&#233;j&#224; lanc&#233; &#224; l'assaut des institutions bruxelloises la force de leurs lobbies puissamment repr&#233;sent&#233;s pour peser sur le contenu du pacte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient de rappeler que les &#201;tats-Unis ont pour habitude de r&#233;gir leur relations commerciales, notamment avec le Tiers monde, &#224; l'aide de trait&#233;s bilat&#233;raux de libre commerce dont la caract&#233;ristique est de livrer ces pays aux agissements des firmes multinationales am&#233;ricaines. Cela traduit l'&#233;volution d'un rapport de forces. Au lendemain des ind&#233;pendances, dans les ann&#233;es soixante, ces pays &#233;taient en mesure d'&#233;laborer des codes d'investissements, v&#233;ritables cahiers des charges imposant &#224; ces firmes des conditions pour venir investir : imp&#244;ts pay&#233;s dans le pays, transferts de technologie, application du droit national, quotas et formation de cadres locaux, &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui la situation s'est invers&#233;e au point que ces pays ont sombr&#233; dans l'attractivit&#233; pour capter les investissements, ce qui consiste &#224; abandonner tout droit souverain et &#224; organiser de fait entre eux une concurrence vers le bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;fenseurs de ce projet qui concernerait une population totale de 800 millions de consommateurs, pr&#232;s de 50 % du PIB mondial et un tiers des &#233;changes commerciaux, vantent un accord b&#233;n&#233;fique pour les deux zones en termes d'emplois et de croissance, ce qu'aucune &#233;tude s&#233;rieuse n'a pu d&#233;montrer. Ce qui est certain par contre c'est que le libre-commerce g&#233;n&#233;ralis&#233; qui est au c&#339;ur de ce trait&#233; est loin de faire consensus comme panac&#233;e &#233;conomique. Nombreux sont ceux qui consid&#232;rent qu'aucun d&#233;veloppement n'est possible sans une certaine dose de protection, notamment pour prot&#233;ger des industries naissantes. Car il ne faut jamais oublier que derri&#232;re des produits et des marchandises qui circulent ce qui s'&#233;change ce sont les conditions de leur production, c'est-&#224;-dire leur environnement social, fiscal, environnemental&#8230; Le libre-&#233;change ne b&#233;n&#233;ficie pas automatiquement &#224; la meilleure technique, au meilleur proc&#233;d&#233; de fabrication susceptible de s'imposer face &#224; la concurrence et d'&#233;liminer le moins performant d&#232;s lors que les conditions de leur production contribuent &#224; cr&#233;er une fausse concurrence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions dans lesquelles les n&#233;gociations s'ouvrent sont tellement opaques que l'on s'interroge sur ses objectifs. On ne peut pas ne pas remarquer que dans le m&#234;me temps Obama ouvre des discussions avec l'Asie &#8211; hors Chine &#8211; autour d'un projet de libre-commerce &#201;tats-Unis-Pacifique. Vraisemblablement ce qui est recherch&#233; ne peut l'&#234;tre &#224; travers l'OMC que l'on dit en pleine crise. De surcro&#238;t cette institution, qui ne fonctionne pas comme le FMI ou la Banque mondiale selon le poids de chaque pays mais sur la base de &#171; chacun compte pour un &#187;, a souvent traduit avec succ&#232;s les &#201;tats-Unis devant l'organisme de r&#232;glement des diff&#233;rends. Bref, les &#201;tats-Unis n'y font plus la loi, d'autant que Pascal Lamy a laiss&#233; la place &#224; un Br&#233;silien, et cherchent &#224; s'en &#233;manciper. Pouvoir r&#233;organiser les r&#232;gles du commerce mondial &#224; travers deux grands trait&#233;s de libre commerce, l'atlantique et le pacifique, cr&#233;erait une nouvelle norme mondiale sur laquelle les &#233;mergents comme les BRICS devraient s'aligner. Sur le plan commercial, l'Allemagne pourrait trouver un avantage lui permettant de s'&#233;manciper de la d&#233;pendance du gaz russe en se procurant des &#233;nergies gazi&#232;res et p&#233;troli&#232;res issues de l'exploitation des gaz de schistes am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant les lev&#233;es de bouclier qui montent, on peut douter que l'accord sera boucl&#233; en 2015 comme envisag&#233;. Certains &#233;voquent d&#233;j&#224; de longues n&#233;gociations qui rappelleraient les interminables cycles du GATT ou des accords de Doha. Le risque &#233;tant que les opinions publiques s'en d&#233;sint&#233;ressent. Si l'on &#233;carte la question du niveau des droits de douanes tr&#232;s faibles entre l'Europe et les &#201;tats-Unis &#8211; de l'ordre de 2 &#224; 4 % en moyenne, un peu plus avec 10 % pour l'agro-alimentaire &#8211; et de toute fa&#231;on bien inf&#233;rieurs &#224; la variation du taux de change dollar/euro, les d&#233;saccords les plus &#233;voqu&#233;s portent sur les obstacles non-tarifaires au commerce, principalement les normes, et sur les r&#232;gles qui r&#233;giraient les futurs rapports entre grandes firmes multinationales et &#201;tats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par obstacles non-tarifaires on entend l'ensemble des syst&#232;mes de normes adopt&#233; par les pays en fonction de la vision qui est la leur de la sant&#233;, de l'environnement, de l'alimentation. Ainsi, si ces normes sautaient, il deviendrait impossible de refuser les animaux trait&#233;s aux hormones, la d&#233;contamination chimique des viandes, les semences g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;es et il faudrait renoncer aux appellations d'origine. Le principe de pr&#233;caution pourrait &#233;galement se voir contourn&#233;. Au-del&#224;, l'ouverture des services publics &#224; la concurrence des firmes transnationales menacerait des secteurs cl&#233;s tels que la sant&#233; et l'&#233;ducation et pourrait y introduire de nouvelles vagues de privatisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le fait le plus novateur de ce trait&#233; r&#233;side dans une nouvelle fa&#231;on de voir les relations entre les firmes et les &#201;tats. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, en cas de litige les firmes devaient s'adresser &#224; des tribunaux du ressort de l'&#201;tat avec lequel elles avaient un diff&#233;rend. Le trait&#233; permettrait &#224; des investisseurs &#233;trangers de poursuivre un &#201;tat devant un tribunal arbitral pour des d&#233;cisions prises par un gouvernement et qui auraient pu le l&#233;ser. Les firmes ont toujours pr&#233;f&#233;r&#233; la proc&#233;dure arbitrale au proc&#232;s public car elle leur assure trois avantages : la discr&#233;tion, la rapidit&#233; et la certitude de l'ex&#233;cution en l'absence d'appel. Cette novation permettrait aux multinationales de contourner les tribunaux classiques respectueux de la souverainet&#233; des &#201;tats et de leurs droits nationaux. Le Trait&#233; transatlantique ne se r&#233;sout pas seulement en une n&#233;gociation entre deux partenaires commerciaux concurrents qui auraient chacun &#224; faire valoir leurs int&#233;r&#234;ts mais permet aux soci&#233;t&#233;s transnationales des deux parties de forcer l'ouverture et la d&#233;r&#233;glementation des march&#233;s des deux c&#244;t&#233;s de l'Atlantique. Il aurait inexorablement pour effet de renverser les rapports entre firmes et &#201;tats en permettant &#224; celles-ci de s'exon&#233;rer des pr&#233;tentions souveraines de ces derniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, o&#249; le sujet a &#233;merg&#233; dans le cadre de la campagne des &#233;lections europ&#233;ennes, les lignes de fractures rappellent celles qui s'&#233;taient r&#233;v&#233;l&#233;es lors du referendum constitutionnel de 2005. C'est ce qui inqui&#232;te l'&#201;lys&#233;e et le Gouvernement qui se sont engag&#233;s avec &#233;nergie en faveur de ce Trait&#233;. Ainsi, non seulement Front de gauche, &#233;cologistes et Front national s'y opposent mais des voix dissonantes s'expriment d&#233;j&#224; au sein de l'UMP et du PS. Gageons que plus les termes de ce projet se d&#233;voileront plus les critiques monteront. Un refus de ce Trait&#233; constituerait un levier de poids pour faire reculer le n&#233;o-lib&#233;ralisme et le poids des multinationales et de leurs lobbies.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Cette chronique est r&#233;alis&#233;e en partenariat r&#233;dactionnel avec la revue Recherches internationales &#224; laquelle collaborent de nombreux universitaires ou chercheurs et qui a pour champ d'analyse les grandes questions qui bouleversent le monde aujourd'hui, les enjeux de la mondialisation, les luttes de solidarit&#233; qui se nouent et apparaissent de plus en plus indissociables de ce qui se passe dans chaque pays.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les &#171; grandes oreilles &#187; am&#233;ricaines d'un scandale, l'autre</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Les-grandes-oreilles-americaines-d-un-scandale-l-autre</link>
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		<dc:date>2014-02-04T08:31:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Rogalski</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2014-01-28</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Nul ne sera l'objet d'immixtions arbitraires dans sa vie priv&#233;e, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes &#224; son honneur et &#224; sa r&#233;putation. Toute personne a droit &#224; la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;claration universelle des droits de l'Homme (Art. 12, Nations unies,1948) &lt;br class='autobr' /&gt; Les r&#233;v&#233;lations d'Edward Snowden, courageux lanceur d'alertes et ex-consultant d'une filiale de l'agence de renseignement am&#233;ricaine li&#233;e &#224; la d&#233;fense (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2014-01-28-+" rel="tag"&gt;Edition du 2014-01-28&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L111xH150/arton16413-f0267.jpg?1781844185' class='spip_logo spip_logo_right' width='111' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Nul ne sera l'objet d'immixtions arbitraires dans sa vie priv&#233;e, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes &#224; son honneur et &#224; sa r&#233;putation. Toute personne a droit &#224; la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;claration universelle des droits de l'Homme (Art. 12, Nations unies,1948)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les r&#233;v&#233;lations d'Edward Snowden, courageux lanceur d'alertes et ex-consultant d'une filiale de l'agence de renseignement am&#233;ricaine li&#233;e &#224; la d&#233;fense et charg&#233;e des &#233;coutes - la NSA -, ont confirm&#233;, preuves &#224; l'appui, ce que tous les dirigeants savaient depuis toujours. Les &#233;tats-Unis se sont lanc&#233;s dans un vaste programme d'interception des communications t&#233;l&#233;phoniques et informatiques &#224; l'&#233;chelle du monde sans aucun discernement entre pays amis ou ennemis. Ils ambitionnent de savoir tout ce qui se passe sur la plan&#232;te et sont en passe d'y parvenir en s'appuyant sur les technologies modernes qui entourent nos existences et dont on ne saurait se r&#233;soudre &#224; se passer. Bref, si l'on veut utiliser cartes de cr&#233;dit, t&#233;l&#233;phones, portables, ordinateurs, internet et autres outils qui facilitent la vie quotidienne, il faudrait en accepter la ran&#231;on. Et l'ampleur des r&#233;v&#233;lations a contribu&#233; &#224; inoculer l'id&#233;e d'une fatalit&#233; technologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car aucun individu n'est &#224; l'abri de ce programme. Ainsi coups de t&#233;l&#233;phone, &#233;changes de mails, SMS, mouvements bancaires, achats en lignes, sites consult&#233;s, livres emprunt&#233;s en biblioth&#232;que, d&#233;placements, frais d'itin&#233;rance des portables, appels en absence, carnets d'adresses num&#233;ris&#233;s, seront, gr&#226;ce &#224; la coop&#233;ration des firmes g&#233;antes de l'internet (Microsoft, Apple Yahoo, Google, Facebook, Skype, &#8230;) et souvent la complicit&#233; des pays qui se sont r&#233;solus &#224; participer au syst&#232;me, intercept&#233;s et stock&#233;s dans un immense site de l'Utah correspondant &#224; trois fois la surface du Pentagone. L&#224;, ces traces capt&#233;es &#8211; des m&#233;tadonn&#233;es - pourront &#224; tout moment &#234;tre exploit&#233;es et analys&#233;es &#224; votre insu, sans m&#234;me l'intervention d'une quelconque autorit&#233; judiciaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;v&#233;lations sur le syst&#232;me de surveillance am&#233;ricain font suite &#224; l'affaire Wikileaks qui avait &#233;tal&#233; au plein jour une masse de documents diplomatiques du D&#233;partement d'&#233;tat. Diffus&#233;s par Julian Assange et un groupe de militants &#171; anti-secrets &#187; qui se d&#233;finissent comme des agents de renseignement de la population &#224; vocation de diffuser les secrets que les pouvoirs veulent cacher, ces documents analys&#233;s et relay&#233;s par la presse mondiale avaient embarrass&#233; la diplomatie am&#233;ricaine au point de pousser Hilary Clinton &#224; faire une tourn&#233;e d'excuses et de minimisation des r&#233;v&#233;lations qui portaient principalement sur l'Afghanistan et l'Irak. On pourrait dire un partout ! Ils savent tout sur nous, mais on va tout savoir sur eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raisonnement rapide, car l'asym&#233;trie est flagrante. Julian Assange et Edward Snowden sont reclus, recherch&#233;s et d&#233;f&#233;rables devant la justice alors que le patron de la NSA et ses semblables jouissent de toutes leurs libert&#233;s. Ces derniers ont m&#233;ticuleusement modifi&#233; les lois existantes dans la foul&#233;e du 11 septembre 2001 et ont fait adopter un arsenal juridique qui rend l&#233;gal ce genre de surveillance g&#233;n&#233;ralis&#233;e, alors que les &#171; lanceurs d'alertes &#187; sont encore malheureusement loin d'&#234;tre accept&#233;s par les pouvoirs en place et dot&#233;s d'un statut protecteur. Non, le curseur n'est pas du bon c&#244;t&#233; et de toute fa&#231;on, on n'annihilera pas l'atteinte aux libert&#233;s individuelles en surveillant les pouvoirs. L'atteinte &#224; la vie priv&#233;e n'est pas &#224; troquer contre plus de d&#233;mocratie, car elle est injustifiable et non n&#233;gociable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seuls les milieux inform&#233;s &#8211; y compris les gouvernements &#8211; savaient. L'opinion publique, m&#234;me si elle se doutait un peu, a &#233;t&#233; litt&#233;ralement sid&#233;r&#233;e par l'ampleur du ph&#233;nom&#232;ne r&#233;v&#233;l&#233;. Les services secrets ont partout &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s pour faire des choses ill&#233;gales ou immorales que les gouvernements ne peuvent assumer et dont ils ne veulent pas avoir &#224; rendre compte. Et ils ne peuvent &#234;tre poursuivis pour ces activit&#233;s, car prot&#233;g&#233;s par le secret d'&#233;tat ou le secret d&#233;fense. Le choc tient au fait que l'on croyait que seul l'ennemi &#233;tait vis&#233;, et ce, pour les besoins de la s&#233;curit&#233; nationale. On d&#233;couvre &#224; travers ces r&#233;v&#233;lations que la surveillance s'est massifi&#233;e, que l'on est entr&#233; dans l'&#232;re du Big Brother et que l'on peut savoir tout sur chacun. Bref, que cette arme redoutable du renseignement est devenue tous azimuts, n'exon&#232;re personne et peut se retourner contre nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un d&#233;bat commence maintenant &#8211; et il sera en large partie public &#8211; sur un code de conduite qui devra d&#233;finir o&#249; fixer le curseur afin de pr&#233;server les libert&#233;s publiques. Le courageux Edward Snowden a de ce fait d&#233;j&#224; atteint une large partie de son but. Son action doit &#233;galement contribuer &#224; nourrir la r&#233;flexion sur les lanceurs d'alertes et sur les protections dont ils doivent pouvoir b&#233;n&#233;ficier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce premier scandale, celui de l'atteinte massive &#224; la vie priv&#233;e de centaines de millions d'individus au b&#233;n&#233;fice principal des &#233;tats-Unis, s'est doubl&#233; d'un autre. Il est tr&#232;s vite apparu que cette vaste toile d'intrusion massive n'a &#233;t&#233; rendue efficace qu'au travers de la coop&#233;ration docile des gouvernements des pays qui aujourd'hui s'offusquent &#8211; feignent de s'offusquer ? &#8211; pour faire bonne figure. Et r&#233;v&#233;ler que le t&#233;l&#233;phone portable de Mme Merkel et de quelques autres dirigeants de la plan&#232;te &#233;tait sous &#233;coute permet de faire passer un double message. Aux uns, trop c'est trop, faut pas abuser. Aux autres, voyez, m&#234;me moi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car toutes ces r&#233;v&#233;lations d&#233;voilent l'ampleur du processus coop&#233;ratif qui a accompagn&#233; la mise en &#339;uvre de ce vaste r&#233;seau de surveillance. Certes, il profitait essentiellement aux &#233;tats-Unis, mais gr&#226;ce &#224; la complicit&#233; des dirigeants des pays qui se pr&#233;sentent aujourd'hui comme des victimes. La ti&#233;deur de leurs protestations tient au fait qu'ils pourraient se voir rappeler certaines connivences et donc doivent &#233;viter de jeter de l'huile sur le feu. De surcro&#238;t, tous ces gouvernements sont embarrass&#233;s, car Snowden n'a pour l'instant r&#233;v&#233;l&#233; qu'une infime partie des documents en sa possession et que l'inventaire du potentiel d&#233;vastateur restant est loin d'&#234;tre encore totalement &#233;valu&#233;. Les r&#233;actions sont donc prudentes car elles pourraient tr&#232;s vite &#234;tre contredites ou ridiculis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les services am&#233;ricains ont soup&#231;onn&#233; &#224; tort Edward Snowden de se trouver dans l'avion pr&#233;sidentiel du chef d'&#233;tat bolivien, Moral&#232;s, et de tenter de se replier en Am&#233;rique latine, &#224; la premi&#232;re injonction, il s'est trouv&#233; quatre chefs d'&#233;tats (France, Italie, Espagne, Portugal) pour interdire le survol de leur territoire et donc le ravitaillement de l'avion en carburant, le bloquant en Autriche o&#249; une fouille m&#233;ticuleuse a &#233;t&#233; organis&#233;e. Cela en dit long sur le degr&#233; d'inf&#233;odation de ces r&#233;gimes qui en toute-bonne logique auraient plut&#244;t d&#251; remercier Edward Snowden de les avoir inform&#233; sur leurs infortunes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les faits sont cruels. Un pays, entour&#233; de quelques autres b&#233;n&#233;ficiaires &#8211; de fait, une communaut&#233; anglo-saxonne &#8211; a construit l'ambition de se donner les moyens d'une surveillance globale de la plan&#232;te en temps r&#233;el et en stockant les informations ainsi recueillies pour un usage ult&#233;rieur s'est assur&#233; la possibilit&#233; de croiser et rapprocher ces donn&#233;es, profilant tout individu dans le temps et dans l'espace. Se r&#233;clamant de la strat&#233;gie de la &#171; guerre au terrorisme &#187;, modifiant les lois existantes en faveur de toujours plus d'intrusion et de secret, enr&#244;lant des pays alli&#233;s dans ce projet, les &#233;tats-Unis ont r&#233;ussi &#224; construire cet immense r&#233;seau de surveillance qui s'est retourn&#233; contre ceux qui avaient accept&#233; de s'y joindre. Pris la main dans le sac, les diff&#233;rents gouvernements font face aux opinions publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La posture am&#233;ricaine est la plus facile &#224; g&#233;rer. Rassurer les citoyens am&#233;ricains qu'ils sont hors contr&#244;le et que toutes ces mesures, qui ne concernent que les &#233;trangers, visent &#224; les prot&#233;ger. Le message passe mal et le pr&#233;sident Obama a d&#251; faire quelques concessions de formes, non sur le principe de la collecte des donn&#233;es mais sur les proc&#233;dures de leurs consultations. Mais sur le fond, il persiste dans le projet am&#233;ricain. Ainsi dans une interview &#224; la t&#233;l&#233;vision allemande ZDF (le 18 janvier 2014), il n'h&#233;site pas &#224; enfoncer le clou : &#171; Nos agences de renseignement, comme les agences allemandes et toutes les autres, vont continuer &#224; s'int&#233;resser aux intentions des gouvernements de par le monde, cela ne va pas changer &#187;. &#8230; &#171; Et ce n'est pas la peine d'avoir un service de renseignement, s'il se limite &#224; [collecter] ce qu'on peut lire dans le New York Times ou dans Der Spiegel. La v&#233;rit&#233; c'est que par d&#233;finition le travail du renseignement est de d&#233;couvrir : Que pensent les gens ? Que font-ils ? &#187;. Ils doivent aussi rassurer les pr&#233;sidents amis qu'ils ne regarderont plus par le trou de serrure de leur chambre &#224; coucher et qu'ils ne surveilleront plus leurs portables. Parce qu'entre gens bien &#233;lev&#233;s &#8230; Mais ce genre de promesses n'engage que ceux &#224; qui elles sont adress&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La posture des gouvernements des pays europ&#233;ens est plus d&#233;licate. Ils doivent d'abord protester. Mais pas trop, car on leur rappellerait bien vite leur adh&#233;sion au projet. Pour les m&#234;mes raisons, ils ne peuvent pas pr&#233;tendre avoir &#233;t&#233; bern&#233;s, car tous leurs abandons ont &#233;t&#233; consentis. Dos au mur, il leur faut faire oublier qu'ils ont accept&#233; que des millions de donn&#233;es personnelles concernant leurs citoyens aient &#233;t&#233; livr&#233;es aux &#233;tats-Unis, en &#233;change d'une r&#233;ciprocit&#233; d&#233;risoire. Pour moins que cela n'importe quel citoyen serait tra&#238;n&#233;, menottes aux poignets, dans un cachot de la R&#233;publique et inculp&#233; d'atteinte &#224; la s&#251;ret&#233; de l'&#233;tat. Tout cela a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; en haut lieu et a d&#251; &#234;tre confirm&#233; &#224; plusieurs reprises. Une enqu&#234;te doit &#234;tre ouverte sur la fa&#231;on dont des d&#233;cisions aussi engageantes pour un pays peuvent &#234;tre prises &#224; l'insu de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a fort &#224; parier que rien de tel ne sera entrepris.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Michel Rogalski&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Directeur de la revue Recherches internationales&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette chronique est r&#233;alis&#233;e en partenariat r&#233;dactionnel avec la revue Recherches internationales &#224; laquelle collaborent de nombreux universitaires ou chercheurs et qui a pour champ d'analyse les grandes questions qui bouleversent le monde aujourd'hui, les enjeux de la mondialisation, les luttes de solidarit&#233; qui se nouent et apparaissent de plus en plus indissociables de ce qui se passe dans chaque pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Site : &lt;a href=&#034;http://www.recherches-internationales.fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.recherches-internationales.fr/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Que faire de l'Europe ?</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Que-faire-de-l-Europe</link>
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		<dc:date>2013-10-29T09:45:49Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Rogalski</dc:creator>


		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2013-10-29</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nul ne doute plus que l'Union europ&#233;enne et sa zone euro soient entr&#233;es depuis nombre d'ann&#233;es dans une crise profonde. Les sondages r&#233;p&#233;t&#233;s annuellement sur l'adh&#233;sion des populations concern&#233;es indiquaient depuis longtemps une lente d&#233;saffection pour le processus de la construction europ&#233;enne, chiffres confirm&#233;s par l'extr&#234;me faiblesse des mobilisations lors des consultations &#233;lectorales europ&#233;ennes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Michel Rogalski est &#233;conomiste au CNRS et directeur de la revue Recherches (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2013-10-29-+" rel="tag"&gt;Edition du 2013-10-29&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH71/arton15586-e8593.jpg?1781844185' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='71' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nul ne doute plus que l'Union europ&#233;enne et sa zone euro soient entr&#233;es depuis nombre d'ann&#233;es dans une crise profonde. Les sondages r&#233;p&#233;t&#233;s annuellement sur l'adh&#233;sion des populations concern&#233;es indiquaient depuis longtemps une lente d&#233;saffection pour le processus de la construction europ&#233;enne, chiffres confirm&#233;s par l'extr&#234;me faiblesse des mobilisations lors des consultations &#233;lectorales europ&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Rogalski est &#233;conomiste au CNRS et directeur de la revue Recherches internationales&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le refus par referendum du Trait&#233; constitutionnel propos&#233; en 2005 avait alors secou&#233; les certitudes les mieux &#233;tablies. Les man&#339;uvres entreprises par la droite, avec l'aval du Parti socialiste, pour contourner ce s&#233;isme &#224; travers l'adoption du trait&#233; de Lisbonne avaient fini par convaincre qu'Europe et d&#233;mocratie ne faisaient d&#233;cid&#233;ment pas bon m&#233;nage. La frayeur fut grande. Car au-del&#224; du refus du Trait&#233; et de ses orientations, le message envoyait le refus d'un quitus donn&#233; &#224; ce qui se faisait depuis des d&#233;cennies. Refus du passif, refus des promesses, la sanction &#233;tait lourde. Depuis, la crise am&#233;ricaine et son impact sur la crise des dettes europ&#233;ennes ont r&#233;v&#233;l&#233; les fragilit&#233;s de la construction de la zone euro act&#233;e dans son principe d&#232;s le trait&#233; de Maastricht. Pens&#233;e pour acc&#233;l&#233;rer le processus de convergence &#233;conomique entre les pays membres, elle en a exacerb&#233; les contradictions et les divergences, au point que cette monnaie est devenue un atout pour certains et un boulet pour d'autres qui n'ont m&#234;me pas l'espoir de pouvoir d&#233;valuer. Ses mesures de sauvetage ont &#233;t&#233; pr&#233;texte &#224; imposer des politiques aust&#233;ritaires frappant plus violemment les pays de l'Europe du Sud. Aujourd'hui, la zone euro avec son taux de croissance &#233;conomique quasiment le plus faible du monde, appara&#238;t comme la r&#233;gion qui s'est montr&#233;e la plus incapable de se sortir de la crise de 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte que s'engage le d&#233;bat sur les futures &#233;lections du Parlement europ&#233;en. L'Union europ&#233;enne, longtemps pr&#233;sent&#233;e comme le rempart de la mondialisation, en est devenue le laboratoire et la pointe avanc&#233;e. Elle en cristallise la plupart des m&#233;faits. C'est en effet la r&#233;gion du monde o&#249; des liens &#233;troits se sont nou&#233;s entre pays riverains, dans le cadre d'un dispositif juridique et institutionnel qui d&#233;crit l'ensemble des relations entre les pays membres et de ceux-ci avec l'Union europ&#233;enne. Des pans entiers d'activit&#233;s ont &#233;t&#233; &#171; communautaris&#233;s &#187;, c'est-&#224;-dire r&#233;gul&#233;s par Bruxelles. Des Trait&#233;s se sont empil&#233;s, constitutionnalisant des abandons de souverainet&#233;, organisant l'aust&#233;rit&#233; sous couvert de gouvernance de la zone euro, ou de bonne gestion budg&#233;taire. L'ensemble de ce dispositif a r&#233;alis&#233; patiemment le maillage du continent au profit d'une oligarchie financi&#232;re. Faisant fi de toute d&#233;mocratie, celle-ci a ainsi construit les fronti&#232;res de ce qui &#233;tait permis, le &#171; cercle de la raison &#187; ou les murs d'une prison n&#233;o-lib&#233;rale. Vouloir en sortir est d&#233;sormais interdit, sauf &#224; remettre en cause l'&#233;difice. La construction europ&#233;enne est ainsi apparue comme une g&#233;niale construction au service des bourgeoisies financi&#232;res pour pr&#233;server leurs int&#233;r&#234;ts. Elle fait figure aujourd'hui de nouvelle &#171; Sainte alliance &#187; contre laquelle toute vell&#233;it&#233; d'alternative r&#233;elle se brisera et sera ramen&#233;e &#224; ce qui reste autoris&#233;, une alternance de complaisance. L'Union europ&#233;enne est ainsi devenue une r&#233;ductrice d'incertitude r&#233;duisant l'oscillation du balancier politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf &#224; en rabattre sur son programme, aucun projet transformateur radical d'un &#233;tat-membre ne peut s'en accommoder. Il y a donc un besoin urgent d'une autre Europe, construite sur d'autres logiques et d'autres valeurs. Il convient de sortir du d&#233;ni de d&#233;mocratie en s'assurant qu'aucune clause europ&#233;enne ne pourrait remettre en cause l'application d'un programme librement choisi par un peuple et donc rappeler qu'il ne peut exister de d&#233;mocratie sans souverainet&#233; qui l'organise. L'Europe ne doit pas &#234;tre per&#231;ue comme un lieu d'o&#249; partiraient oukases et interdits mais bien au contraire comme une structure permissive &#224; m&#234;me d'accompagner les trajectoires singuli&#232;res de ses &#233;tats-membres. Aucun engrenage ne doit pouvoir &#234;tre mis en place qui entra&#238;nerait un peuple dans une voie contraire &#224; ses v&#339;ux. Une telle Europe devrait &#234;tre toilett&#233;e de toutes les dispositions qui &#233;maillent ses Trait&#233;s et organisent l'option n&#233;o-lib&#233;rale et financi&#232;re qui la mine. Priorit&#233; aux coop&#233;rations, au social, &#224; la solidarit&#233;, aux valeurs humaines, &#224; la d&#233;mocratie ; refus de l'aust&#233;rit&#233;, de la concurrence d&#233;loyale, du primat des march&#233;s financiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient de rompre avec la conception de l'Europe comme celle d'un super &#233;tat ce qui conduirait par paresse intellectuelle &#224; d&#233;cliner &#224; cette &#233;chelle les options retenu pour le cadre national. L'Union europ&#233;enne est une construction juridico-institutionnelle, qu'on ne transformera pas en un super pays en ajoutant de fa&#231;on trompeuse ses agr&#233;gats &#233;conomiques. Parler du poids commercial de l'Europe n'a aucun sens d&#232;s lors qu'une tr&#232;s grosse part de ses &#233;changes se fait dans le cadre continental et de fa&#231;on brutale et d&#233;loyale et que ses pays membres se retrouvent en concurrence f&#233;roce sur des march&#233;s tiers. Ajouter des d&#233;penses militaires ne fait gu&#232;re plus de sens dans une zone o&#249; les pays ne partagent pas les m&#234;mes engagements et dans laquelle deux d'entre eux dot&#233;s de l'arme nucl&#233;aire n'ont jamais imagin&#233; un seul instant devoir la mettre en commun avec les autres. Il est tout aussi illusoire d'envisager un syst&#232;me de retraites &#224; l'&#233;chelle de toute l'Europe, tant y coexistent des mod&#232;les diff&#233;rents selon les pays. L'Europe n'a pas vocation &#224; devenir un super pays ou une f&#233;d&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette Europe &#224; laquelle on aspire devra se faire &#224; 27 ou 30 membres, sauf &#224; d&#233;cider de revenir &#224; une configuration des origines. C'est dire que le rythme de son &#233;volution est incertain et donc impr&#233;visible. On est dans un registre de conqu&#234;te patiente de petits pas, d'autant plus que l'axe politique moyen s'est d&#233;plac&#233; &#224; droite en Europe et que les forces sociales-d&#233;mocrates et conservatrices ont de sa conception une vision commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est un tanker qu'il faut faire bouger et pas une barque. Cette situation convient tr&#232;s bien &#224; l'oligarchie qui est aux affaires. La gauche de changement est dans une autre posture. Il lui faut d&#233;finir son rapport &#224; l'Europe actuelle tout en sachant qu'elle poss&#232;de certes un projet pour demain mais que ce n'est pas avec celui-l&#224; qu'elle devra composer. Il lui faut penser en s&#233;quences et pr&#233;parer l'opinion &#224; la n&#233;cessit&#233; d'un bras de fer avec les institutions europ&#233;ennes, les march&#233;s financiers et leur logique.&lt;br class='autobr' /&gt;
La question concr&#232;te qui est pos&#233;e &#224; la gauche de changement ne peut &#234;tre &#233;lud&#233;e. Si le cadre europ&#233;en actuel constitue un mur contre lequel se fracassera toute vell&#233;it&#233; transformatrice et qu'il n'est pas possible de le renverser avant un certain temps, quand bien m&#234;me on aurait une vision claire de ce par quoi il faudrait le remplacer, que convient-il de faire rapidement pour appliquer son programme ? On se souvient que Jospin avait capitul&#233; en trois semaines face &#224; Bruxelles et qu'il n'avait fallu que trois jours &#224; Hollande pour rallier le trait&#233; Merkozy. Doit-on &#234;tre condamn&#233; &#224; l'impuissance ? Le n&#339;ud gordien de tout exercice d'un pouvoir progressiste est devenu celui du rapport &#224; l'Europe, avant m&#234;me celui d'un autre contenu &#224; cette Europe dont on a vu qu'il relevait d'une autre s&#233;quence. Car il ne fait aucun doute que le programme d'une gauche alternative n'est plus euro-compatible, au sens o&#249; il ambitionne justement de sortir du &#171; cercle de la raison &#187; dans lequel voudraient l'enfermer les institutions bruxelloises qui susurrent qu'il n'y aurait pas d'autre alternative. La question pos&#233;e est donc celle des marges de man&#339;uvre n&#233;cessaires par rapport &#224; l'Europe pour changer de politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On doit pr&#233;parer l'opinion publique &#224; la n&#233;cessit&#233; d'un bras de fer avec les institutions europ&#233;ennes et avec l'id&#233;e qu'aucun changement substantiel n'est envisageable sans des formes de d&#233;sob&#233;issance ou de mesures unilat&#233;rales qui contrarieraient les logiques d&#233;l&#233;t&#232;res de la construction europ&#233;enne. Au risque d'ouvrir une crise majeure en Europe. Ce que la Gr&#232;ce n'a pu faire, du fait de son poids, est &#224; la port&#233;e d'un grand pays fondateur de l'Europe et ne serait pas sans susciter d'&#233;chos &#224; l'&#233;chelle du continent. De telles mesures anticiperaient une Europe alternative &#224; celle des march&#233;s et de la finance et pr&#233;serveraient le besoin de souverainet&#233; propre &#224; toute exp&#233;rience transformatrice. Sans entrer sur le fond du d&#233;bat d'une &#233;ventuelle sortie de la zone euro, voire de l'Union europ&#233;enne, annoncer &#224; l'avance qu'une telle sortie est impensable, c'est mal se pr&#233;parer &#224; l'affrontement in&#233;vitable qui se profile avec Bruxelles. C'est jeter ses armes avant de partir &#224; la guerre. M&#234;me si une arme de dissuasion n'a pas vocation &#224; servir, se priver de sa menace, c'est s'affaiblir et c'est en laisser l'usage &#224; une droite populiste en embuscade qui ne r&#234;ve que de rassembler toute forme d'opposition &#224; l'actuelle construction europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Cette chronique est r&#233;alis&#233;e en partenariat r&#233;dactionnel avec la revue Recherches internationales &#224; laquelle collaborent de nombreux universitaires ou chercheurs et qui a pour champ d'analyse les grandes questions qui bouleversent le monde aujourd'hui, les enjeux de la mondialisation, les luttes de solidarit&#233; qui se nouent et apparaissent de plus en plus indissociables de ce qui se passe dans chaque pays.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Printemps arabes : le dentifrice ne rentrera plus dans le tube !</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Printemps-arabes-le-dentifrice-ne-rentrera-plus-dans-le-tube</link>
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		<dc:date>2013-03-12T08:13:18Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Rogalski</dc:creator>


		<dc:subject>Tunisie</dc:subject>
		<dc:subject>Egypte</dc:subject>
		<dc:subject>La r&#233;volution arabe en marche</dc:subject>
		<dc:subject>La r&#233;volution arabe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2013-03-12</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Deux ann&#233;es apr&#232;s les r&#233;voltes arabes de Tunis et du Caire le temps de l'enthousiasme c&#232;de le pas &#224; celui de la r&#233;flexion. L'&#233;motion doit faire place &#224; l'analyse. Certes, personne ne regrettera les dictatures tomb&#233;es, les tyrans d&#233;faits et les chapes de plomb qui &#233;touffaient ces r&#233;gimes b&#233;n&#233;ficiant d'une bienveillance affich&#233;e des d&#233;mocraties occidentales. Mais, si la joie devant la trouille des dictateurs, leurs craintes d'&#234;tre happ&#233; un &#224; un devant une lame de col&#232;re contagieuse reste un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-La-revolution-arabe-+" rel="tag"&gt;La r&#233;volution arabe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2013-03-12-+" rel="tag"&gt;Edition du 2013-03-12&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH97/arton13390-6f9b2.png?1781844185' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='97' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Deux ann&#233;es apr&#232;s les r&#233;voltes arabes de Tunis et du Caire le temps de l'enthousiasme c&#232;de le pas &#224; celui de la r&#233;flexion. L'&#233;motion doit faire place &#224; l'analyse. Certes, personne ne regrettera les dictatures tomb&#233;es, les tyrans d&#233;faits et les chapes de plomb qui &#233;touffaient ces r&#233;gimes b&#233;n&#233;ficiant d'une bienveillance affich&#233;e des d&#233;mocraties occidentales. Mais, si la joie devant la trouille des dictateurs, leurs craintes d'&#234;tre happ&#233; un &#224; un devant une lame de col&#232;re contagieuse reste un souvenir heureux et ineffa&#231;able, il serait aujourd'hui inappropri&#233; de rester insensible aux nuages qui menacent ce qu'ont &#233;t&#233; ces formidables soul&#232;vements sociaux et populaires. La joie indicible qui fut la n&#244;tre ne peut &#224; elle seule nous emp&#234;cher d'exprimer nos inqui&#233;tudes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Site web : &lt;a href=&#034;http://www.recherches-internationales.fr/index.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.recherches-internationales.fr/index.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Bien s&#251;r, ce qui s'est produit n'est pas r&#233;ductible &#224; une parenth&#232;se et il n'est au pouvoir de personne de siffler la fin de la r&#233;cr&#233;ation ou le clap de fin de partie. Car des soci&#233;t&#233;s qui ont connu de tels bouleversements ne sont plus dociles et n'ont plus peur, car celle-l&#224; a chang&#233; de camp. Et le dentifrice ne rentrera plus dans le tube. Mais ayons garde qu'il ne soit pi&#233;tin&#233;, car les pesanteurs, la soif de revanche et les ambitions tapies dans l'ombre pourraient coaguler dans un sens tout &#224; fait oppos&#233; au mouvement &#233;mancipateur d'origine. Le temps de la vigilance est donc arriv&#233;. Avec ses exigences, qui imposent de resituer les &#233;v&#233;nements dans la temporalit&#233; de l'&#233;volution d'une zone culturelle et strat&#233;gique. Car, en quelques ann&#233;es, la r&#233;gion a &#233;t&#233; totalement boulevers&#233;e et le temps s'est acc&#233;l&#233;r&#233; sous l'impact de d&#233;litement et d'implosion internes et d'ing&#233;rences ext&#233;rieures. Des tendances et des enjeux se sont confirm&#233;s et surplombent aujourd'hui l'&#233;volution de l'ensemble de la r&#233;gion arabo-musulmane. La sc&#232;ne malienne s'en trouve &#233;galement affect&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun analyste ne peut pr&#233;tendre avoir pr&#233;vu que des r&#233;gimes aussi autoritaires que ceux de Ben Ali ou de Moubarak s'effondreraient en si peu de temps selon des modalit&#233;s aussi peu conformes aux sch&#233;mas traditionnels de la vie politique. Absence de leader reconnu, pas de formes organis&#233;es s'incarnant dans un parti ou une structure militante, pas de programme, pas d'accumulation de luttes de masse. Juste un mot d'ordre et un d&#233;sir : le d&#233;part des despotes et la fin de l'humiliation. Aucune chancellerie n'avait vu l'orage arriver. Aucun complot n'avait tir&#233; les ficelles et organis&#233; l'&#233;v&#233;nement. Ces r&#233;gimes se sont effondr&#233;s parce qu'ils &#233;taient arriv&#233;s en fin de course, que la peur avait chang&#233; de camp et que les appareils r&#233;pressifs ont jou&#233; l'avenir avec prudence en l&#226;chant les pouvoirs en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les despotes &#233;cart&#233;s, le temps de la reconstruction commen&#231;a. Avec son cort&#232;ge d'ing&#233;rences et de manoeuvres. Les soci&#233;t&#233;s politiques apparurent sous leur jour le plus d&#233;pouill&#233;. Les partis quasiment uniques, li&#233;s au pouvoir, avaient cantonn&#233; et tol&#233;r&#233; dans la soci&#233;t&#233; civile l'essentiel de la contestation. Les forces islamistes en avaient depuis longtemps pris le contr&#244;le, profitant des insuffisances de l'&#233;tat pour initier des activit&#233;s de pi&#233;t&#233;. Tr&#232;s vite elles apparurent comme la seule force organis&#233;e capable de jouer un r&#244;le politique majeur et de canaliser la contestation. Elles b&#233;n&#233;ficiaient en outre d'un double atout. Leur statut incontest&#233; de victimes de la r&#233;pression des r&#233;gimes tomb&#233;s et de solides soutiens financiers internationaux provenant de r&#233;gimes soutenant l'islam politique, au premier rang desquels l'Arabie saoudite et le Qatar. Un des effets des Printemps arabes est d'avoir r&#233;v&#233;l&#233; comme incontournable dans la r&#233;gion la centralit&#233; des Fr&#232;res musulmans, souvent flanqu&#233;s de Salafistes refusant le cadre &#233;lectoral pour la prise du pouvoir et pr&#244;nant le recours &#224; la violence. L'objectif des deux formations restant assez voisin dans leur volont&#233; d'appliquer l'essentiel des principes de la charia &#224; toute la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s vite des consultations s'organis&#232;rent. Processus constituant ici, l&#233;gislatives l&#224;. Partout le r&#233;sultat fut le m&#234;me. Raz-de-mar&#233;e &#171; islamiste &#187;, perc&#233;e faible des forces la&#239;ques, progressistes et &#233;mancipatrices. Mais surtout organisation structur&#233;e d'un c&#244;t&#233; et &#233;miettement, divisions ou joyeuse anarchie de l'autre. Combat in&#233;gal dont l'issue n'est pas forc&#233;ment &#233;crite d'avance, mais qui nourrit n&#233;anmoins de s&#233;rieuses inqui&#233;tudes. La situation qui &#233;merge aujourd'hui vient de loin et refl&#232;te et sanctionne plusieurs d&#233;cennies d'&#233;volution politique de cette r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, en quelques d&#233;cennies, cette zone arabo-musulmane a connu les pires d&#233;rives. Vaste ensemble de lib&#233;rations et de constructions nationales, marqu&#233;e par un fort sentiment antiimp&#233;rialiste, cette zone a &#233;t&#233; d&#233;vast&#233;e par plusieurs guerres. Le mouvement national a &#233;t&#233; d&#233;fait. Les forces progressistes ou marxistes qui y jou&#232;rent un r&#244;le important dans les d&#233;cennies cinquante et soixante ont &#233;t&#233; partout l'objet d'une r&#233;pression f&#233;roce et furent cibl&#233;es comme ennemi principal par les forces obscurantistes et religieuses qui montaient. L'islam politique et int&#233;griste a tu&#233; plus d'arabes que d'occidentaux. Le nouveau panorama politique qui &#233;mergea substitua &#224; l'ancienne grille de lecture de nouvelles lignes de forces organis&#233;es sur un sch&#233;ma qui fait la part belle aux affrontements ethnico-religieux. Ce basculement surd&#233;termine les affrontements d'aujourd'hui et les rend moins lisibles vus d'autres continents. De la Palestine au Sahel, en passant par les pays du Maghreb, l'&#233;gypte, la Syrie, les pays du Golfe, une grille nouvelle s'est affirm&#233;e qui traduit la prise en otage par l'islamisme des conflits nationaux, ethniques, sociaux. La r&#233;gion est travers&#233;e par une opposition farouche et sanglante entre sunnites et chiites, eux-m&#234;mes appuy&#233;s sur certains &#233;tats. Une forme extr&#234;me &#8211; le salafisme &#8211; parfois alli&#233;e au djihad d'Al-Qa&#239;da d&#233;veloppe des actions antioccidentales dans l'espoir de conforter son prestige au sein du monde musulman et d'appara&#238;tre comme la plus r&#233;solue et d&#233;termin&#233;e, afin d'attirer &#224; elle des segments de populations humili&#233;es et victimes des politiques lib&#233;rales qui se sont partout impos&#233;es dans la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette zone est devenue un vaste champ d'intervention militaire et de recompositions et d'ing&#233;rences politiques. Partout o&#249; les armes tonnent les &#233;tats s'affaiblissent et sont livr&#233;s aux rivalit&#233;s claniques avec lesquelles le business et les contrats prosp&#232;rent &#224; l'ombre de paix fragiles. L'Irak et la Libye sont pill&#233;s par les affairistes peu scrupuleux qui s'entendent avec les potentats locaux. La Somalie est devenue un &#233;tat failli abandonn&#233; aux bandes rivales se r&#233;fugiant dans l'enl&#232;vement et la piraterie. Le Sahel est en passe de se transformer en une vaste zone d'ins&#233;curit&#233; dont l'attention ne se portera bient&#244;t plus que sur quelques &#238;lots de ressources hautement s&#233;curis&#233;s sans consid&#233;rations pour l'oc&#233;an de mis&#232;re qui l'entoure. Dans cette r&#233;gion, imp&#233;rialisme, chaos et islamisme vont de pair, au grand malheur des populations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les printemps arabes sont au coeur de cette tourmente. Ils affrontent les d&#233;rives autoritaires des nouveaux pouvoirs et la mont&#233;e des violences qui les accompagne. Des milices paramilitaires r&#233;pressives apparaissent, tant en &#233;gypte qu'en Tunisie. Elles s&#232;ment la peur et tentent d'imposer un ordre nouveau dans l'espace public en s'attaquant aux libert&#233;s individuelles. Comme en Iran, des comit&#233;s de bonnes moeurs surgissent en appelant aux principes religieux. Un pas nouveau, avec l'assassinat politique d'un leader de la gauche tunisienne, a &#233;t&#233; franchi. Le message est clair. Les progressistes doivent comprendre que le temps est d&#233;sormais venu que s'instaure un pouvoir islamiste, par les urnes ou par la force, et que le &#171; printemps &#187; doit vite &#234;tre oubli&#233;. Depuis quelques ann&#233;es un tel mod&#232;le s'est mis en place au Maroc, en Turquie, en Iran, au Soudan, dans le Golfe. Les pressions sont fortes pour orienter les &#171; r&#233;voltes arabes &#187; dans ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a beaucoup dissert&#233; sur les mod&#232;les de r&#233;f&#233;rences qui avaient inspir&#233; les &#171; printemps arabes &#187;. Tour &#224; tour furent mobilis&#233;s l'esprit europ&#233;en de 1848, les transitions d&#233;mocratiques d'Am&#233;rique latine des ann&#233;es 1980, puis le tournant &#224; gauche de ce m&#234;me continent dans les ann&#233;es 2000, puis les transitions de l'Europe de l'Est. On s'est interrog&#233; sur le r&#244;le qu'avait pu jouer la &#171; question palestinienne &#187;, ou sur la dimension anti-imp&#233;rialiste du mouvement. Mais au fur et &#224; mesure que les &#233;v&#233;nements se d&#233;roulaient ces explications perdaient de leurs pertinences car tout ramenait aux sp&#233;cificit&#233;s de la r&#233;gion, principalement au despotisme des pouvoirs et au poids de la chape religieuse. On veut encore croire que tout n'est pas jou&#233;. Et notamment que l'immense espoir qui s'est lev&#233; pour plus de libert&#233; et de dignit&#233; ne restera pas sans lendemain.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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