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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Donald Trump rejet&#233;</title>
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		<dc:creator>Keeanga-Yamahtta Taylor</dc:creator>


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		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-11-13</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le r&#233;sultat des &#233;lections de mardi (le 6 novembre) repr&#233;sente un lourd rejet de D. Trump. C'est aussi une preuve de plus que l'&#233;lectorat est pr&#234;t &#224; des politiques de gauche plut&#244;t qu'aux doucereuses propositions des centristes. &lt;br class='autobr' /&gt; Keeanga-Yamahtta Taylor, assistant prof. au Centre d'&#233;tudes afro-am&#233;ricaines de l'Univ. Princeton Jacobinmag.com, 7 novembre 2018 Traduction, Alexandra Cyr &lt;br class='autobr' /&gt;
Les victoires qui ont renvers&#233; l'emprise des R&#233;publicains.es sur la Chambre des repr&#233;sentants ont fait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH87/arton36792-2bbf5.jpg?1781305400' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='87' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le r&#233;sultat des &#233;lections de mardi (le 6 novembre) repr&#233;sente un lourd rejet de D. Trump. C'est aussi une preuve de plus que l'&#233;lectorat est pr&#234;t &#224; des politiques de gauche plut&#244;t qu'aux doucereuses propositions des centristes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Keeanga-Yamahtta Taylor, assistant prof. au Centre d'&#233;tudes afro-am&#233;ricaines de l'Univ. Princeton&lt;br class='autobr' /&gt;
Jacobinmag.com, 7 novembre 2018&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduction, Alexandra Cyr&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les victoires qui ont renvers&#233; l'emprise des R&#233;publicains.es sur la Chambre des repr&#233;sentants ont fait &#233;clater les perceptions de toute puissance et de caract&#232;re imp&#233;n&#233;trable du trumpisme. C'est l'effet de toutes les r&#233;f&#233;rences au progressisme, des candidatures de gauche pour les postes dans les &#201;tats et plus spectaculairement, du r&#233;tablissement du droit de vote de la vaste majorit&#233; des anciens.nes condamn&#233;s.es en Floride. Il y a eut des victoires d&#233;mocrates importantes dans le Midwest o&#249; le Pr&#233;sident avait gagn&#233; en 2016. On salue aussi la sortie des gouverneurs dinosaures du Wisconsin, Scott Walker et de l'Illinois, Bruce Rauner. Ce sont d'importantes r&#233;pudiations du supr&#233;matisme blanc qui &#233;mane de la Maison blanche. C'est aussi la confirmation qu'il y a une attente pour des politiques de gauche en ce moment et pas pour les timides du centre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;checs de certains.es d&#233;mocrates qui se repr&#233;sentaient au S&#233;nat et ailleurs, d&#233;montrent clairement qu'il est impossible de battre les n&#233;o-conf&#233;d&#233;ralistes nationalistes blancs.hes, avec des appels sans consistance &#224; la civilit&#233; et &#224; la bonne gouvernance. Les D&#233;mocrates conservateurs.trices et centristes se sont rendu compte que l'&#233;lectorat ne veut pas perdre son temps avec des demi-mesures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seul un programme politique radical nous permettra d'enterrer le cauchemar Trump. Il devra nous fournir une alternative contemporaine et r&#233;elle au statut quo. La tr&#232;s importante augmentation de la participation au vote en est un indicateur puissant. Les D&#233;mocrates n'ont pas fait campagne que contre D. Trump. Leur campagne a port&#233; sur Medicare pour tous et toutes, l'abolition de ICE (police de l'immigration) et d'autres enjeux politiques per&#231;ues comme progressistes et pas seulement pour le maintient du statut quo. Ce facteur manquait lors de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 2016. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; ce programme d&#233;mocrate n'a pas permis de gagneri, particuli&#232;rement en Floride avec Andrew Gillum et possiblement en Georgie, avec Stacey Abrams, c'est le racisme le plus clair, l'intimidation des &#233;lecteurs.trices , le retrait d'inscrits.es sur les listes &#233;lectorales et les mensonges &#233;hont&#233;s qui en sont les causes les plus probables. M&#234;me au Texas o&#249; Beto O'Rourke &#224; perdu par un cheveu face &#224; l'abominable Ted Cruz, le retrait d'inscrits.es des listes &#233;lectorales, la privation du droit de vote et les appels ouverts au racisme ne devraient pas &#234;tre sous estim&#233;s dans ce r&#233;sultat. Et c'est sans compter les attaques vicieuses contre les pauvres et la classe ouvri&#232;re latina sous le couvert de la &#171; crise de l'immigration &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En g&#233;n&#233;ral, le racisme de l'&#233;lectorat r&#233;publicain est en phase avec les efforts des &#233;lites r&#233;publicaines pour emp&#234;cher l'acc&#232;s au vote des gens de couleur et des Latinos.as. Ce n'est surement pas toute l'histoire mais le Parti r&#233;publicain joue depuis longtemps avec le remaniement des limites des circonscriptions et utilise les tribunaux pour r&#233;duire l'acc&#232;s au vote. Il va sans doute continuer cette pratique alors que son message &#224; l'endroit de sa base partisane et maniaque se r&#233;tr&#233;cit de plus en plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;cessit&#233; de la lutte et de l'organisation demeure plus importante que jamais. C'est l'autre v&#233;rit&#233; qui ressort de cette &#233;lection. Avec les efforts pour g&#233;n&#233;rer la mobilisation des &#233;lecteurs.trices, le pauvre discours qui r&#233;duit presque toute la lutte politique des Afro-am&#233;ricians.es au droit de vote &#224; refait surface. &#201;videmment s&#233;curiser leur droit de vote &#224; toujours &#233;t&#233; une partie centrale de leurs mouvements politique depuis l'&#233;mancipation. Mais, m&#234;me les militants.es et organisateurs.trices dans le mouvement des droits civiques comprenaient que leur lutte &#233;tait beaucoup plus large. Les r&#233;voltes du Black Power et les &#233;meutes urbaines de la deuxi&#232;me moiti&#233; des ann&#233;es 1960 ont am&#232;rement d&#233;montr&#233; que voter ne suffisait pas, loin s'en faut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, la population noire a vot&#233; dans les villes en dehors du Sud, des d&#233;cennies avant le mouvement pour les droits civiques. Mais elle s'est quand m&#234;me retrouv&#233;e enferm&#233;e dans des habitations de deuxi&#232;me ordre, s&#233;gr&#233;gu&#233;es, avec des &#233;coles sous financ&#233;es et des emplois mal pay&#233;s. Tout cela en &#233;tant cern&#233;e par une police raciste et abusive. Ce n'est pas une co&#239;ncidence si les &#233;meutes de Watts au sud de Los Angeles ont &#233;clat&#233; 5 jours apr&#232;s l'ent&#233;rinement en 1965 de la loi sur le droit de vote par le Pr&#233;sident L.B.Johnson. Pour le reste du pays, il &#233;tait &#233;vident que la participation dans une d&#233;mocratie profond&#233;ment discutable et raciste ne donnait aucune garantie de libert&#233; et de justice, ce que la population de couleur cherchait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut une p&#233;riode de r&#233;bellion mais o&#249; on a aussi vu fleurir des organisations radicales avec des attentes toutes aussi radicales pour une nouvelle configuration de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine. (M.L.) King y r&#233;f&#233;rait en parlant d'une reconstruction radicale des &#201;tats-Unis. Des millions de gens se sont radicalis&#233;s face aux limites intrins&#232;ques de la d&#233;mocratie am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le dire brutalement, (il est clair que) le vote ne suffit pas quand on entend Mme Pelosi, dans sa premi&#232;re r&#233;action &#224; la victoire d&#233;mocrate &#224; la Chambre,dire : &#171; aller vers les adversaires &#187; dans l'espoir d'arriver &#224; &#171; des collaborations entre les &#233;lus.es des deux partis &#187;. Cela confirme &#224; quel point la direction actuelle du Parti d&#233;mocrate est en dehors de la r&#233;alit&#233;, qu'elle n'a presque rien appris des &#233;lections de 2016. La poursuite de la lutte pour qu'elle prenne s&#233;rieusement en mains un programme en faveur des pauvres et de la classe ouvri&#232;re, est d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce parti ne fera pas cela spontan&#233;ment ni seul. Ce serait une v&#233;ritable trahison du cynisme des &#233;lites d&#233;mocrates. Elles sont d'accord avec l'autoritarisme et le racisme de D. Trump pour faire sortir le vote et imm&#233;diatement apr&#232;s, faire des appels au travail en commun entre Partis alors que ce qu'il faut en ce moment, c'est un plan politique pour d&#233;truire le Parti r&#233;publicain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans le monde de l'instantan&#233;it&#233; o&#249; nous vivons, il est facile de penser au massacre des Juifs.ves, aux meurtres des citoyens.nes afro-am&#233;ricians.es et &#224; l'utilisation de bombes dirig&#233;es vers des individus per&#231;us.es comme de ennemis du Pr&#233;sident Trump comme de l'histoire ancienne. C'&#233;tait il y a deux semaines. Comment est-il possible de promouvoir le travail en commun avec un Parti exceptionnellement prolixe en racisme, en violence politique et qui est hostile &#224; des millions de personnes dans ce pays ? C'est cette position de mod&#233;ration, de pragmatisme, de n&#233;gociation, de compromis et de banals appels au travail en commun que les dirigeants.es peuvent prendre quand nous ne sommes pas organis&#233;s.es pour faire valoir nos propres revendications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'implore ceux et celles qui pensent que nous pouvons en tant que soci&#233;t&#233;, nous promener dans les m&#233;andres de la politique sauvage, gagnant certaines luttes en perdant d'autres, &#224; regarder au-del&#224; de nos fronti&#232;res. Regardez le Br&#233;sil. Jetez un coup d'&#339;il &#224; travers l'Europe. La mont&#233;e de l'extr&#234;me droite est r&#233;elle. La menace du fascisme est r&#233;elle. L'effondrement du climat est r&#233;el. Tout cela exige une transformation qualitative de nos attentes politiques et de nos revendications. Nous devons voir grand. Nous devons nous organiser en cons&#233;quence. Il faut plus que &#171; faire sortir le vote &#187;. Le dur travail doit continuer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#192; lire : un extrait de Black Lives Matter. Le renouveau de la r&#233;volte noire am&#233;ricaine, de K.-Y. Taylor</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/A-lire-un-extrait-de-Black-Lives-Matter-Le-renouveau-de-la-revolte-noire</link>
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		<dc:date>2018-02-14T08:23:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Keeanga-Yamahtta Taylor</dc:creator>


		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2018-01-23</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Keeanga-Yamahtta Taylor, Black Lives Matter. Le renouveau de la r&#233;volte noire am&#233;ricaine, Marseille, Agone, 2017, traduit de l'am&#233;ricain par Celia Izoard. &lt;br class='autobr' /&gt;
Chapitre 6 : Black Lives Matter : plus qu'un moment, un mouvement &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Ce qui est arriv&#233; &#224; ma fille est une injustice. C'est injuste. C'est vraiment injuste. J'ai ressenti tout ce qu'il est possible de ressentir &#224; ce sujet. Mais comme l'ont dit les autres mamans, je ne m'arr&#234;terai pas tant que je n'aurai pas de r&#233;ponses. &#187; (Cassandra (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2018-01-23-+" rel="tag"&gt;Edition du 2018-01-23&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH97/arton33362-e6f7e.jpg?1781305400' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='97' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Keeanga-Yamahtta Taylor, Black Lives Matter. Le renouveau de la r&#233;volte noire am&#233;ricaine, Marseille, Agone, 2017, traduit de l'am&#233;ricain par Celia Izoard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chapitre 6 : Black Lives Matter : plus qu'un moment, un mouvement&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Ce qui est arriv&#233; &#224; ma fille est une injustice. C'est injuste. C'est vraiment injuste. J'ai ressenti tout ce qu'il est possible de ressentir &#224; ce sujet. Mais comme l'ont dit les autres mamans, je ne m'arr&#234;terai pas tant que je n'aurai pas de r&#233;ponses. &#187; (Cassandra Johnson, m&#232;re de Tanisha Anderson, tu&#233;e par la police de Cleveland en 2014 [i]).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout mouvement a besoin d'un catalyseur, d'un &#233;v&#233;nement qui fait &#233;cho aux exp&#233;riences des individus et les sort de leur isolement, rassemblant une force collective assez puissante pour transformer les conditions sociales. Peu de gens auraient pu pr&#233;voir que le meurtre par balle de Mike Brown par le policier blanc Darren Wilson allait d&#233;clencher une r&#233;volte dans une petite banlieue inconnue du Missouri, Ferguson. Pour des raisons qui resteront peut-&#234;tre myst&#233;rieuses, la mort de Brown a marqu&#233; un point de rupture pour les Afro-Am&#233;ricains de Ferguson &#8211; mais aussi pour des centaines de milliers de personnes noires aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre &#233;tait-ce &#224; cause de l'inhumanit&#233; de la police qui, apr&#232;s le meurtre, avait laiss&#233; le corps de Brown pourrir dans la chaleur estivale pendant quatre heures et demie, tout en maintenant ses parents &#224; distance avec des armes &#224; feu et des chiens. &#171; Ils nous ont trait&#233;s comme si on n'&#233;tait pas des parents, t&#233;moigne le p&#232;re de Mike Brown. C'est &#231;a que je ne comprends pas. Ils ont l&#226;ch&#233; des chiens sur nous. Ils ne nous ont pas laiss&#233;s identifier son corps. Ils ont braqu&#233; leurs armes sur nous [ii]. &#187; Peut-&#234;tre &#233;tait-ce &#224; cause de l'arsenal militaire qu'a sorti la police d&#232;s les premi&#232;res manifestations. Avec ses blind&#233;s, ses mitraillettes et son stock in&#233;puisable de gaz lacrymog&#232;ne, ses flash-balls et ses tonfas, la police de Ferguson a d&#233;clar&#233; la guerre aux habitants noirs et &#224; tous ceux qui les soutenaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis lors, il y a eu des centaines d'autres r&#233;voltes. Au moment o&#249; les &#201;tats-Unis c&#233;l&#232;brent plusieurs cinquantenaires de luttes de lib&#233;ration noire des ann&#233;es 1960, la v&#233;rit&#233; sur le racisme et la violence de la police a perc&#233; le voile qui la dissimulait au public. Par le pass&#233;, certaines ruptures ont parfois interrompu la qui&#233;tude nationale : le passage &#224; tabac de Rodney King, la sodomie d'Abner Louima, l'ex&#233;cution d'Amadou Diallo. Ces violences et ces meurtres n'ont pas d&#233;bouch&#233; sur un mouvement national, mais ils n'ont pas &#233;t&#233; oubli&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai fait ma premi&#232;re manif en 1999, quand Amadou Diallo a &#233;t&#233; tu&#233; par la police, explique Zakiya Jemmott, manifestante &#224; Ferguson. Depuis, les choses n'ont pas &#233;volu&#233;, et ma vision de la police non plus [iii]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi Ferguson ? Question peut-&#234;tre futile, peut-&#234;tre sans r&#233;ponse, de m&#234;me qu'il est impossible de calculer pr&#233;cis&#233;ment &#224; partir de quel moment la coupe est pleine. Le fait que le meurtre de Mike Brown, d'un crime policier, se soit transform&#233; en lynchage a certainement pes&#233; dans la balance. L'&#233;crivain Charles Pierce exprime un sentiment largement partag&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dictateurs laissent les cadavres dans la rue. Les petits satrapes locaux laissent les cadavres dans la rue. Les seigneurs de guerre aussi. Voil&#224; les cas o&#249; on laisse les corps dans la rue, pour servir d'exemple, pour signifier quelque chose, parce qu'on n'a pas de quoi les &#233;vacuer et les enterrer, ou parce que tout le monde se fiche qu'ils soient dans la rue ou non [iv].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques heures apr&#232;s que le corps de Mike Brown a enfin &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;, des habitants improvisent un monument d&#233;cor&#233; d'ours en peluche et un petit autel m&#233;morial &#224; l'endroit o&#249; la police l'a laiss&#233;. Un policier d'une brigade canine laisse un chien uriner sur le monument. Plus tard, Lesley McSpadden, la m&#232;re de Brown, &#233;crit ses initiales en p&#233;tales de rose ; une voiture de police passe en trombe, &#233;crase l'autel et disperse les fleurs [v]. Le soir suivant, Lesley McSpadden et quelques proches retournent sur le site pour le fleurir d'une douzaine de roses. &#192; nouveau, une voiture de police fonce sur les fleurs [vi]. Le soul&#232;vement commencera plus tard le m&#234;me soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la r&#233;volte, la police a voulu r&#233;primer et punir la population pour avoir os&#233; d&#233;fier son autorit&#233;. Comment interpr&#233;ter autrement le recours disproportionn&#233; aux gaz lacrymog&#232;nes, aux flash-balls, et les menaces constantes de violences contre une population civile sans armes ? Les policiers de Ferguson &#8211; des hommes blancs &#224; 95 % &#8211; masquaient leurs badges pour dissimuler leur identit&#233; ; ils arboraient des brassards sur lesquels on pouvait lire : &#171; Je suis Darren Wilson &#187; ; et ils pointaient leurs armes sur de simples civils manifestant en toute l&#233;galit&#233;. La municipalit&#233; s'est comport&#233;e en &#201;tat voyou : elle a pris des arr&#234;t&#233;s arbitraires pour interdire les manifestations et a brutalement tent&#233; de discr&#233;diter les m&#233;dias, autant &#224; des fins de repr&#233;sailles que pour dissimuler ses exactions. Douze jours apr&#232;s la mort de Brown, on d&#233;nombrait 172 arrestations, dont 132 pour &#171; non-dispersion apr&#232;s sommation &#187;. Pendant les manifestations, un policier de Ferguson braque un fusil d'assaut semi-automatique AR-15 sur un groupe de journalistes en criant : &#171; Je vais tous vous crever ! &#187; Quand quelqu'un lui demande : &#171; Quel est votre nom, monsieur ? &#187;, il hurle : &#171; Va te faire foutre ! [vii] &#187; Pendant une courte p&#233;riode, les violences quotidiennes subies par les noirs de Ferguson sont expos&#233;es au monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestants noirs sont parvenus &#224; r&#233;v&#233;ler la kleptocratie qui sous-tend l'activit&#233; de la police de Ferguson, &#224; montrer que ses services, dirig&#233;s par le maire et le conseil municipal, ciblent la population noire sur laquelle ils font pleuvoir arrestations, convocations au tribunal, amendes, frais et p&#233;nalit&#233;s en tous genres, dont les recettes repr&#233;sentent la deuxi&#232;me source de revenus de la ville. En 2013, les amendes pour infractions routi&#232;res ont repr&#233;sent&#233; 21 % du budget, soit &#171; l'&#233;quivalent de plus de 81 % des salaires de la police, en excluant les heures suppl&#233;mentaires [viii] &#187;. Le fait de ne pas payer ou de ne pas se pr&#233;senter au tribunal d&#233;bouche automatiquement sur un mandat d'arr&#234;t. Dans leurs &#233;changes de courriers &#233;lectroniques, les administrateurs de la ville demandent explicitement que ces sanctions soient durcies. En mars 2013, le directeur financier &#233;crit &#224; l'administrateur municipal : &#171; Les frais de justice doivent augmenter d'environ 7,5 %. J'ai demand&#233; au chef si le PD [police department] pouvait aller jusqu'&#224; 10 %. Il a dit qu'il essaierait [ix]. &#187; En d&#233;cembre 2014, les services de police ont d&#233;livr&#233; le nombre effarant de 16 000 mandats d'arr&#234;t, la plupart pour des d&#233;lits mineurs [x]. 95 % des contr&#244;les routiers concernent des conducteurs noirs. Comme l'indique le rapport du d&#233;partement de la Justice, &#171; les pratiques de la police de Ferguson sont directement d&#233;termin&#233;es et entretenues par les pr&#233;jug&#233;s raciaux [xi] &#187;. La population noire de Ferguson vit presque totalement sous la domination de la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La violence et l'ill&#233;galit&#233; croissantes de la police de Ferguson face aux manifestations devenues quotidiennes semblent bel et bien motiv&#233;es par la frustration de ne pas arriver &#224; soumettre les hommes et les femmes noirs de la ville. Pour Quentin Baker, 19 ans, habitant de Saint-Louis, &#171; tout &#231;a, c'est &#224; cause des provocations des policiers. Ce qu'ils veulent, c'est imposer leur volont&#233; [xii]. &#187; Mais de m&#234;me que les habitants reconstruisent les autels en hommage &#224; Mike Brown en quelques heures &#224; chaque fois que la police les d&#233;truit, chaque jour, les manifestants contre lesquels la police a fait usage de ses gaz lacrymog&#232;nes et de ses flash-balls la veille sont &#224; nouveau dans les rues. Johnetta Elzie, militante de Ferguson, d&#233;crit comment les pratiques des manifestants &#233;voluent, alors m&#234;me qu'ils sont confront&#233;s &#224; un niveau de violence polici&#232;re &#171; inimaginable &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De manifestante pacifique, je suis devenue plus active. J'avais l'impression que le fait de donner de la voix pour crier des slogans au milieu des autres suffisait &#8211; mais &#231;a ne suffisait pas. J'ai d&#233;cid&#233; de crier directement sur la police. J'ai d&#233;cid&#233; de mettre les policiers au d&#233;fi de regarder les visages des b&#233;b&#233;s et des enfants sur lesquels ils l&#226;chent si facilement leurs chiens. Et plus les gens ont commenc&#233; &#224; les regarder bien en face et &#224; leur crier leurs dol&#233;ances, plus &#231;a les a mis en rage [xiii].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dontey Carter, un autre manifestant, raconte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'y suis depuis le premier jour. [&#8230;] On a tous ressenti la m&#234;me tristesse et la m&#234;me col&#232;re. On s'est tous rassembl&#233;s ce jour-l&#224;. [&#8230;] Ils nous massacrent, et ils n'ont pas le droit [xiv]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attitude de Carter r&#233;pond &#224; l'urgence d'un &#233;t&#233; qui tourne &#224; la saison de chasse. Quelques semaines avant la mort de Mike Brown, le monde a pu voir dans une vid&#233;o le policier new-yorkais Daniel Pantaleo &#233;touffer Eric Garner &#224; mort. Quatre jours avant le meurtre de Brown, la police frappe dans une banlieue de Dayton (Ohio) : John Crawford III, Afro-Am&#233;ricain non arm&#233; de 22 ans, est tu&#233; dans un rayon de supermarch&#233; alors qu'il t&#233;l&#233;phonait &#224; la m&#232;re de ses enfants. Il portait un faux pistolet. Alors m&#234;me que l'&#201;tat de l'Ohio autorise &#224; porter une arme de fa&#231;on visible, la police municipale ouvre le feu sur John Crawford apr&#232;s une vague sommation [xv]. Deux jours apr&#232;s le meurtre de Mike Brown, la police de Los Angeles tire trois fois dans le dos d'Ezell Ford, qui &#233;tait &#233;tendu &#224; plat ventre sur le sol, sans arme. Le lendemain, ailleurs en Californie, Dante Parker, Afro-Am&#233;ricain de 36 ans, d&#233;c&#232;de pendant sa garde &#224; vue apr&#232;s avoir re&#231;u plusieurs tirs de taser [xvi]. Pour la population noire du pays, la r&#233;volte de Ferguson est devenue le point de fixation d'une col&#232;re qui montait peu &#224; peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant presque tout l'automne, le mouvement de Ferguson se concentre sur l'inculpation de Darren Wilson. Les procureurs tentent de repousser la r&#233;union du grand jury le plus longtemps possible, en esp&#233;rant que le froid finira par vider les rues. &#192; l'&#233;vidence, &#233;tant donn&#233; le niveau de violence de la r&#233;pression, l'intensit&#233; des manifestations du mois d'ao&#251;t ne peut pas &#234;tre maintenue dans la dur&#233;e. Mais les actions se poursuivent malgr&#233; tout gr&#226;ce &#224; la t&#233;nacit&#233; de certains militants et au soutien d'individus actifs ailleurs dans le pays. Fin ao&#251;t 2014, Darnell Moore et Patrisse Cullors, de Black Lives Matter, organisent un Freedom Ride (1). Darnell Moore d&#233;crit l'ampleur de cette mobilisation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de 500 personnes venues de tous les &#201;tats-Unis et du Canada ont apport&#233; sous diverses formes leur soutien aux militants locaux de Ferguson. Ceux qui ont fait la route avec nous incarnent un contingent nouveau et h&#233;t&#233;rog&#232;ne de militants noirs. Il y avait une diversit&#233; d'&#226;ges et de visions politiques. Tout le monde n'&#233;tait pas h&#233;t&#233;rosexuel, tout le monde n'avait pas de papiers ou un casier judiciaire vierge. Certains &#233;taient transgenres, handicap&#233;s, bisexuels [xvii].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les militants organisent des veill&#233;es, des piquets devant le commissariat et des blocages de l'Interstate 70 qui traverse Ferguson, maintenant une pression obstin&#233;e sur les pouvoirs publics locaux afin d'obtenir l'inculpation de Wilson. Paradoxalement, le harc&#232;lement constant de la police contribue aussi fortement &#224; la continuation du mouvement. Fin septembre, l'autel en hommage &#224; Mike Brown est arros&#233; d'essence et incendi&#233;. Les flammes font repartir la mobilisation : plus de 200 personnes se rassemblent pour une manifestation houleuse pendant laquelle 5 personnes sont arr&#234;t&#233;es [xviii].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les dirigeants locaux commencent &#224; laisser filtrer que la d&#233;cision du grand jury sera rendue en octobre, la mobilisation reprend autour de Ferguson. Un concert de l'orchestre symphonique de Saint-Louis est interrompu par une action multiraciale pendant laquelle les militants se l&#232;vent pour chanter &#171; Justice for Mike Brown &#187;, sur l'air de Which Side Are You On (2) ? Les manifestants sortent en scandant &#171; Black Lives Matter &#187; sous les applaudissements d'une bonne partie du public &#8211; et de certains musiciens. Le 8 octobre, un policier de Saint-Louis qui n'est pas en service tire dix-sept fois sur un adolescent noir, Vonderrit Myers, qui d&#233;c&#232;de apr&#232;s avoir re&#231;u huit balles. Quelques jours apr&#232;s sa mort, 200 &#233;tudiants partent de Shaw, son quartier, pour en rejoindre des centaines d'autres et occuper l'universit&#233; de Saint-Louis. Pendant plusieurs jours, comme pendant le mouvement Occupy, plus d'un millier d'&#233;tudiants occupent le campus [xix]. Cette occupation co&#239;ncide avec le &#171; Ferguson October &#187;, action au cours de laquelle des centaines de personnes se rendent &#224; Ferguson &#8211; en solidarit&#233; avec le mouvement local, mais aussi pour affirmer leurs propres revendications. &#171; Chaque personne ici repr&#233;sente la famille d'une victime, ou une personne qui a &#233;t&#233; bless&#233;e, assassin&#233;e, arr&#234;t&#233;e, expuls&#233;e &#187;, explique Richard Wallace, manifestant venu de Chicago [xx]. Bien que les dirigeants de Ferguson continuent de retarder le verdict, la r&#233;silience du mouvement de Ferguson fait des &#233;mules bien au-del&#224; du Midwest.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne trouve pas les mots pour exprimer ce qui se passe &#224; Ferguson, &#233;crit l'historienne Donna Murch. Sous le nom de Mike Brown, une belle temp&#234;te noire contre la violence d'&#201;tat s'est mise &#224; tourbillonner avec une telle intensit&#233; qu'elle a [&#8230;] attir&#233; des gens de tous les &#201;tats-Unis, quittant les m&#233;tropoles qui concentrent la richesse et les privil&#232;ges pour cette ville qui a connu ses ann&#233;es fastes il y a un si&#232;cle. Elle vise explicitement la police [&#8230;], mais aussi les guerres imp&#233;rialistes au Moyen-Orient [&#8230;]. Le slogan le plus r&#233;p&#233;t&#233; est l'appel de Stokely Carmichael :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Organize, Organize, Organize. &#187; Et ce mouvement de jeunes en plein essor est p&#233;n&#233;tr&#233; de la douceur de son h&#233;ritage ancestral. Pour reprendre les mots d'un militant et chanteur de hip-hop local, &#171; nos grands-parents seraient fiers de nous [xxi] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La rel&#232;ve de la garde&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une bataille oppose militants, leaders des droits civiques, &#233;lus et agents de l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral quant &#224; la signification du mouvement de Ferguson. Pour les militants et les noirs de Ferguson, l'enjeu de la lutte est d'obtenir justice pour Mike Brown, ce qui implique de continuer &#224; manifester. Obtenir l'inculpation de Wilson donnerait une l&#233;gitimit&#233; aux strat&#233;gies et aux tactiques qui suscitent souvent l'hostilit&#233; des leaders historiques, lesquels multiplient les appels au calme et semblent plus empress&#233;s &#224; critiquer les manifestants que les circonstances qui les poussent &#224; agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisations historiques des droits civiques, les membres du Congr&#232;s et les agents de l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral s'accordent pour plusieurs raisons. Les membres du CBC semblent surtout se soucier d'augmenter le nombre de leurs &#233;lecteurs par des campagnes d'inscription sur les listes, et de canaliser la col&#232;re de la rue vers une victoire d&#233;mocrate aux &#233;lections de mi-mandat. Les organisations historiques des droits civiques, tout en se retrouvant parfois en concurrence entre elles, poursuivent des objectifs similaires. Le NAACP, &#224; la notori&#233;t&#233; en berne, s'efforce de prendre la direction du mouvement de Ferguson pour redorer son blason. Le c&#233;l&#232;bre pasteur Jesse Jackson Senior s'est retrouv&#233; isol&#233; et marginalis&#233; parce qu'il gravite en dehors de l'orbite de la Maison-Blanche d'Obama et qu'il a &#233;t&#233; supplant&#233; par le r&#233;v&#233;rend Al Sharpton dans le r&#244;le de figure nationale des droits civiques. Pendant des ann&#233;es, des familles ont interpell&#233; Sharpton pour lui demander du soutien et des ressources face aux meurtres de leurs enfants par la police. Sharpton, qui en a les moyens, leur a procur&#233; ces deux choses &#8211; asseyant ainsi sa r&#233;putation de relais vers les communaut&#233;s noires. Il se rend &#224; Ferguson peu apr&#232;s la mort de Mike Brown, suivi quelques jours plus tard par le d&#233;partement de la Justice, dirig&#233; par Eric Holder, ex-procureur g&#233;n&#233;ral. Sur place, ils travaillent de concert &#224; r&#233;tablir &#171; la loi et l'ordre &#187; et la cr&#233;dibilit&#233; de l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral en tant qu'arbitre de conflits locaux insolubles par d'autres moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Sharpton arrive trop tard. Les jeunes noirs ont d&#233;j&#224; subi deux confrontations avec la police qui se sont termin&#233;es par des tirs de gaz lacrymog&#232;ne et de flash-ball. Les gens sont furieux. Ces tactiques de harc&#232;lement ont &#233;largi l'enjeu de ces manifestations bien au-del&#224; de l'affaire Mike Brown. La bataille qui agite les rues de Ferguson est aliment&#233;e par un profond sentiment d'injustice chez les jeunes de la ville, dont l'avenir est compromis par le cycle infini des amendes, p&#233;nalit&#233;s, mandats d'arr&#234;t et interpellations. Ils luttent pour avoir le droit d'&#234;tre dans la rue sans &#234;tre pris dans l'&#233;tau de la police de Ferguson. Ils ont d&#233;couvert leur force collective et leur d&#233;termination a &#233;t&#233; renforc&#233;e par leur capacit&#233; &#224; tenir t&#234;te &#224; la police. La peur s'est &#233;loign&#233;e. Et ils ne sont pas pr&#234;ts &#224; reculer ou &#224; laisser Sharpton officier en porte-parole d'un mouvement local d&#233;j&#224; solidement constitu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit est presque imm&#233;diat. Sharpton organise un meeting le jour de son arriv&#233;e. Dans son premier discours, il accuse les manifestants des violences sur lesquelles se sont focalis&#233;s les principaux m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sais que vous &#234;tes en col&#232;re. [&#8230;] Je sais que c'est monstrueux. En voyant la photo [de Brown gisant &#224; terre], j'ai &#233;t&#233; soulev&#233; par l'indignation. Mais nous ne pouvons pas &#234;tre plus en col&#232;re que ses propres parents. S'ils arrivent &#224; r&#233;agir dignement, nous pouvons r&#233;agir dignement. [&#8230;] Devenir violent au nom de Michael Brown, c'est trahir le g&#233;ant au c&#339;ur tendre qu'il &#233;tait. Ne trahissez pas Michael Brown [xxii].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout juste d&#233;barqu&#233; en ville, plein de morgue et de condescendance, Sharpton se permet de d&#233;crire le caract&#232;re de Mike Brown &#224; ses propres amis et camarades. Son discours accorde cr&#233;dit aux comptes rendus des dirigeants de Ferguson, qui font peser la responsabilit&#233; des violences sur les manifestants alors m&#234;me que la police, &#224; l'&#233;vidence, tente de les priver de leur droit de r&#233;union. Mais Sharpton voit bien plus loin que Ferguson : s'il arrive &#224; &#233;teindre cet incendie, sa cote politique montera en fl&#232;che. L'enjeu est de taille pour l'administration Obama, &#233;tant donn&#233; l'attention croissante que le pays porte aux violences polici&#232;res. La venue de l'ex-procureur g&#233;n&#233;ral Holder le confirme. Alors, comme les rassemblements se poursuivent malgr&#233; l'arriv&#233;e de Sharpton, ce dernier amplifie ses critiques des manifestants &#171; violents &#187;, tentant de les dissocier des &#171; pacifiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un discours prononc&#233; aux fun&#233;railles de Brown, Sharpton r&#233;serve ses semonces les plus s&#233;v&#232;res aux jeunes manifestants noirs qui se sont d&#233;fendus contre les violences et les provocations polici&#232;res :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Les parents de Michael Brown] ont d&#251; interrompre leur deuil pour demander aux jeunes d'arr&#234;ter les pillages et les &#233;meutes. [&#8230;] Il faut imaginer leur souffrance &#8211; ils ont perdu leur fils, qui a &#233;t&#233; sali et marginalis&#233;. Et ils sont oblig&#233;s d'interrompre leur deuil pour vous demander de ma&#238;triser votre col&#232;re, comme si vous pouviez &#234;tre plus en col&#232;re qu'eux. [&#8230;] &#202;tre noir n'a jamais rien eu &#224; voir avec le fait d'&#234;tre un bandit ou un voyou. &#202;tre noir, c'est rester debout, aussi bas qu'on puisse nous enfoncer. [&#8230;] &#202;tre noir, c'est ne jamais renoncer &#224; la qu&#234;te de l'excellence. Quand l'acc&#232;s &#224; certaines universit&#233;s nous &#233;tait interdit, nous avons construit des facult&#233;s noires. [&#8230;] Nous n'avons jamais baiss&#233; les bras. [&#8230;] Aujourd'hui, au XXIe si&#232;cle, nous acc&#233;dons enfin &#224; certains postes de pouvoir. Et vous d&#233;cidez que r&#233;ussir n'est plus un truc de noirs. Maintenant vous voulez vous appeler &#171; n&#232;gres &#187; entre vous, vous voulez dire que votre &#171; meuf &#187; est &#171; bonne &#187;. Vous avez perdu vos racines. Il faut qu'on fasse un grand m&#233;nage dans notre communaut&#233; pour pouvoir faire un grand m&#233;nage aux &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique [xxiii].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un seul et m&#234;me mouvement, Sharpton, non content de condamner les jeunes de Ferguson, accumule les st&#233;r&#233;otypes. Chez les nouveaux militants, cela confirme l'intuition que Sharpton et ses semblables les prennent de haut ; et ils sont travaill&#233;s par une interrogation tacite : &#171; Qui sont Sharpton, Jackson, le NAACP ou le d&#233;partement de la Justice pour venir nous expliquer comment il faudrait r&#233;pondre &#224; la violence de la police de Ferguson ? Que connaissent-ils des humiliations quotidiennes v&#233;cues par les habitants ? Qu'ont-ils fait, ces dirigeants, pour faire cesser les violences et les crimes policiers ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un nouveau mouvement des droits civiques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les jeunes de Ferguson ont le plus profond respect pour la m&#233;moire du mouvement des droits civiques, ses repr&#233;sentants actuels leur semblent d&#233;connect&#233;s de ce qu'ils vivent au quotidien. &#171; Ce que je ressens au fond de moi, c'est qu'ils nous ont abandonn&#233;s &#187;, dit Dontey Carter &#224; propos des leaders des droits civiques. &#171; C'est &#224; cause d'eux qu'on en est l&#224;. Ils ne nous repr&#233;sentent pas. C'est pour &#231;a qu'on est l&#224; pour former un nouveau mouvement. Et on a des guerriers ici [xxiv]. &#187; &#192; son arriv&#233;e &#224; Ferguson, Jesse Jackson a &#233;t&#233; pris &#224; partie par un militant local : &#171; Combien de temps vas-tu continuer &#224; nous trahir pour servir tes int&#233;r&#234;ts ? On ne veut pas de toi ici &#224; Saint-Louis, Jesse [xxv] ! &#187; Sans aller aussi loin, d'autres militants ont not&#233; que les jeunes noirs qui avaient &#233;t&#233; propuls&#233;s &#224; la t&#234;te de la mobilisation de Ferguson &#233;taient aussi les plus directement touch&#233;s sur le terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est important que les jeunes dirigent ce mouvement, constate Johnetta Elzie, parce que c'est notre tour. &#199;a fait si longtemps que les anciens reprochent &#224; notre g&#233;n&#233;ration de ne pas se battre ou de ne pas se soucier de ce qui se passe dans le monde. Nous leur avons montr&#233; qu'ils se trompaient [xxvi]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mesure que le mouvement prend forme, cette division entre la &#171; vieille garde &#187; et la &#171; nouvelle g&#233;n&#233;ration &#187; se creuse. Au cours d'un meeting pendant le &#171; Ferguson October &#187;, on fr&#244;le l'explosion quand les organisateurs invitent des repr&#233;sentants historiques des droits civiques, qui ne sont venus ni dans la rue ni aux actions quotidiennes, &#224; d&#233;battre de l'&#233;tat du mouvement. Pendant le discours du pr&#233;sident du NAACP, Cornell William Brooks, plusieurs jeunes de l'auditoire se l&#232;vent et lui tournent le dos. Le chanteur de hip-hop Ted Poe lance &#224; la cantonade : &#171; Ce n'est pas le mouvement des droits civiques de papi et mamie, ici &#187;, avant de d&#233;crire le mouvement tel qu'il est, compos&#233; des filles et des gar&#231;ons qu'on voit dans la rue avec des bandanas, qui se retrouvent en premi&#232;re ligne au lieu d'&#234;tre en classe. Depuis le public, il interpelle le NAACP et consorts : &#171; Et vous &#233;tiez o&#249;, pendant ce temps ? [&#8230;] Bougez vos culs et rejoignez-nous [xxvii] ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue des dirigeants politiques, Sharpton avait pour lui sa capacit&#233; &#224; maintenir l'attention des mobilisations sur un cas isol&#233;, ou du moins autour de la seule th&#233;matique de la &#171; responsabilit&#233; de la police &#187;. Mais le conflit entre les jeunes militants et les &#171; institutionnels &#187; se durcit &#224; mesure que les autorit&#233;s de Ferguson retardent la d&#233;cision d'inculper ou non Wilson. Les jeunes veulent faire monter la pression, tandis que la &#171; vieille garde &#187; r&#233;p&#232;te qu'il faut patienter et laisser l'affaire suivre son cours. D'autres tensions apparaissent. Les jeunes militants commencent &#224; donner un sens politique g&#233;n&#233;ral &#224; la r&#233;currence des violences polici&#232;res et &#224; d&#233;velopper une analyse syst&#233;mique du maintien de l'ordre : nombre d'entre eux se sont mis &#224; l'articuler &#224; une critique bien plus large qui resitue l'action de la police dans la question du racisme et des in&#233;galit&#233;s aux &#201;tats-Unis et au-del&#224;. Ashley Yates, du collectif Millennials United in Action, constate que &#171; les jeunes ont su tr&#232;s t&#244;t quelque chose que la g&#233;n&#233;ration pr&#233;c&#233;dente ignorait. Nous savions que le syst&#232;me avait &#233;chou&#233; avant m&#234;me qu'ils ne commencent &#224; s'agiter publiquement. On savait non seulement que le meurtre de Mike Brown &#233;tait injustifi&#233;, mais aussi que c'&#233;tait encore un exemple de la mani&#232;re dont les syst&#232;mes en place rendent acceptable le fait de nous faire taire par les armes. Nous sommes la g&#233;n&#233;ration qui a &#233;t&#233; mise en action par le meurtre de Trayvon Martin ; nous avons cru en un syst&#232;me judiciaire qui nous a trahis publiquement et d&#233;lib&#233;r&#233;ment [xxviii]. &#187; Elzie remarque :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Gr&#226;ce &#224; Twitter, j'avais vu des photos de Gaza plusieurs semaines avant, et je me sens &#233;motionnellement li&#233;e aux gens de l&#224;-bas. Je n'aurais jamais cru que le petit comt&#233; de Ferguson, ce coin recul&#233; du Grand Saint-Louis, allait devenir Gaza. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le clivage g&#233;n&#233;rationnel est bien r&#233;el, comme souvent quand &#233;merge une nouvelle g&#233;n&#233;ration de militants qui n'est ni encombr&#233;e par le poids des d&#233;faites pass&#233;es ni habitu&#233;e &#224; une forme particuli&#232;re de pens&#233;e ou d'organisation. Elle impulse de nouvelles id&#233;es, de nouvelles perspectives et, souvent, un nouveau souffle aux sch&#233;mas et aux rythmes du militantisme. Le mouvement prenant de l'ampleur, certains activistes ont eu tendance &#224; encenser la jeunesse et &#224; d&#233;nigrer l'&#226;ge et l'exp&#233;rience. Mais ces tensions ne signifient pas que plusieurs g&#233;n&#233;rations ne peuvent cohabiter au sein des mouvements et du militantisme en g&#233;n&#233;ral. Dans les ann&#233;es 1960, Ella Baker, ic&#244;ne des droits civiques, avait beau &#234;tre nettement plus &#226;g&#233;e et plus exp&#233;riment&#233;e que les jeunes fondateurs du SNCC, elle n'en inspirait pas moins un respect immense qui refl&#233;tait le respect dans lequel elle-m&#234;me tenait ses jeunes alli&#233;s. Dans un texte qui d&#233;crit certaines de ses conceptions de l'action et du pouvoir pendant le mouvement des sit-in de 1960, elle &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sir d'&#234;tre soutenus par des leaders adultes et la communaut&#233; adulte &#233;tait [&#8230;] temp&#233;r&#233; par l'appr&#233;hension qu'ils ne tentent de &#171; kidnapper &#187; le mouvement &#233;tudiant. Les &#233;tudiants voulaient &#234;tre rencontr&#233;s sur des bases d'&#233;galit&#233; et ne tol&#233;raient aucune manipulation ou domination. Ce penchant pour le leadership du groupe, par opposition au leadership d'un individu sur le groupe, &#233;tait effectivement rafra&#238;chissant pour ceux qui ont connu les anciennes organisations et portent les cicatrices de la bataille, les frustrations et la d&#233;sillusion &#233;prouv&#233;es quand il s'av&#232;re que le leader proph&#233;tique &#233;tait un colosse aux pieds d'argile [xxix].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que l'on s'&#233;meuve sans cesse d'un soi-disant &#171; clivage g&#233;n&#233;rationnel &#187;, il y a une grande fluidit&#233; de relations entre les jeunes et les Afro-Am&#233;ricains plus &#226;g&#233;s, qui sont souvent les parents des jeunes que tue la police. Le clivage g&#233;n&#233;rationnel s'est surtout exprim&#233; par rapport &#224; l'orientation politique du mouvement. La flexibilit&#233; tactique et strat&#233;gique des jeunes activistes est le fruit d'une forme de politisation qui ne se r&#233;duit pas &#224; un programme &#233;troit d'inscription des &#233;lecteurs ou &#224; une simple strat&#233;gie &#233;lectorale. &#192; Ferguson, cette politisation a &#233;t&#233; incarn&#233;e par l'&#233;mergence des jeunes femmes noires, devenues une force centrale du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les femmes noires comptent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des meurtres de noirs commis par l'&#201;tat restent inconnus du public et tus par les grands m&#233;dias. Les rares cas &#8211; comparativement au nombre de tu&#233;s &#8211; qui apparaissent sur le devant de la sc&#232;ne concernent souvent des hommes ou des gar&#231;ons noirs. C'&#233;tait le cas &#224; Ferguson et &#224; Baltimore. Ce n'est pas &#233;tonnant, puisque quand la police tire sur quelqu'un pour le tuer, elle vise le plus souvent des hommes afro-am&#233;ricains. Mais celles avec qui ils partagent leur vie, avec qui ils ont des enfants, leurs proches parentes, souffrent aussi de la violence subie par ces hommes et ces gar&#231;ons noirs. L'invisibilisation de l'impact sp&#233;cifique des crimes policiers sur les femmes noires minimise la profondeur et l'&#233;tendue des d&#233;g&#226;ts caus&#233;s par les abus du syst&#232;me policier. Quand des hommes noirs tombent sous le coup de la justice p&#233;nale, cela a des effets destructeurs sur l'ensemble de leur famille et de leur quartier. Le statut d'ancien d&#233;tenu augmente la probabilit&#233; d'&#234;tre pauvre ou sans-emploi et emp&#234;che de b&#233;n&#233;ficier des programmes d'aides f&#233;d&#233;rales destin&#233;s &#224; limiter les pires effets de la pauvret&#233;, comme les allocations logement ou les pr&#234;ts &#233;tudiants. Ces politiques n'affectent donc pas seulement les hommes noirs, mais aussi celles qui vivent avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes noires peuvent aussi &#234;tre directement victimes du syst&#232;me policier, y compris des violences polici&#232;res et de l'incarc&#233;ration. Si le nom de Trayvon Martin est d&#233;sormais connu de tous, personne ou presque n'a jamais entendu parler de Marissa Alexander, une femme noire victime de violences conjugales. Apr&#232;s avoir tir&#233; un coup de feu pour tenir son agresseur &#224; distance, elle s'est d&#233;fendue en invoquant la loi Stand Your Ground r&#233;gissant le droit &#224; faire usage d'une arme en cas de l&#233;gitime d&#233;fense. Alors que George Zimmerman, qui a tu&#233; Trayvon Martin, a utilis&#233; cette ligne de d&#233;fense avec succ&#232;s, Marissa Alexander a &#233;t&#233; condamn&#233;e &#224; vingt ans de prison. M&#234;me si elle a &#233;t&#233; ensuite lib&#233;r&#233;e, ce contraste est un rappel saisissant de la justice &#224; deux vitesses qui pr&#233;vaut aux &#201;tats-Unis (3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la police tue aussi des femmes noires. Les noms de Rekia Boyd, Shelly Frey, Miriam Carey et Alberta Spruill sont moins connus que ceux de Mike Brown et Eric Garner, mais ce sont les m&#234;mes m&#233;canismes de d&#233;shumanisation qui sont &#224; l'origine de leur meurtre. La police consid&#232;re les femmes noires avec la m&#234;me suspicion que les hommes noirs et accorde une moindre valeur &#224; leurs vies. Elles sont donc plus souvent tu&#233;es ou brutalis&#233;es. On fait assez peu de cas du viol ou du meurtre d'une femme noire par un agent des forces de l'ordre &#8211; parce qu'elles sont g&#233;n&#233;ralement per&#231;ues comme moins f&#233;minines ou moins vuln&#233;rables. Citons l'exemple du policier Daniel Holtzclaw, de Tulsa (Oklahoma), condamn&#233; pour le viol de treize femmes noires pendant son service. Il semble qu'il s'en soit pris &#224; elles en raison de leur &#171; statut social inf&#233;rieur &#187; &#8211; qui les rend moins dignes de foi et d'attention [xxx]. Les crimes de Holtzclaw ont suscit&#233; un int&#233;r&#234;t tr&#232;s limit&#233; dans la presse nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les femmes noires ont toujours &#233;t&#233; victimes des violences polici&#232;res et du syst&#232;me p&#233;nal, les luttes ont presque toujours &#233;t&#233; repr&#233;sent&#233;es par des hommes. Quand les affaires prennent une dimension nationale, on retrouve le plus souvent au premier plan un avocat, un pasteur ou un leader des droits civiques &#8211; comme Al Sharpton. Bien s&#251;r, on entend la voix des m&#232;res et des femmes proches de la victime (en g&#233;n&#233;ral un homme), mais l'impression qui domine est que ces mobilisations ont &#233;t&#233; port&#233;es par des hommes &#8211; jusqu'&#224; Ferguson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'occurrence, les m&#233;dias se sont montr&#233;s particuli&#232;rement sensibles au r&#244;le central jou&#233; par les &#171; femmes de Ferguson &#187; pour transformer &#171; une s&#233;rie de manifestations en un mouvement, passant naturellement du r&#244;le de pacificatrices &#224; celui d'agitatrices, militantes de terrain et porte-parole &#187; [xxxi]. De fait, les femmes qui ont assur&#233; la t&#226;che de maintenir la coh&#233;sion du mouvement de Ferguson pendant l'&#233;t&#233; et jusqu'au d&#233;but de l'hiver &#233;taient conscientes d'&#234;tre indispensables, comme le fait remarquer Brittney Ferrell :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;dias ont oubli&#233; de dire que sans les femmes, il n'y aurait pas eu de mouvement. C'est gr&#226;ce &#224; notre s&#233;rieux que les choses en sont l&#224; aujourd'hui, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas aussi des hommes qui font le boulot, car il y en a. Mais les femmes sont l&#224; depuis le premier jour, et nous sommes pr&#234;tes &#224; donner nos vies pour continuer la lutte sans le soutien de quiconque ou d'une quelconque organisation, d'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de construire la n&#244;tre [xxxii].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se demander pourquoi les femmes noires ont &#233;t&#233; au c&#339;ur de ce mouvement serait partir du principe qu'elles ont tenu un r&#244;le secondaire dans les pr&#233;c&#233;dents. Il devrait pourtant aller de soi que les femmes noires ont toujours jou&#233; un r&#244;le central dans tous les aspects du mouvement de lib&#233;ration noire. Qu'il s'agisse d'Ida B. Wells, qui a risqu&#233; sa vie pour d&#233;noncer la pratique du lynchage dans les &#201;tats du Sud, ou des m&#232;res des &#171; gar&#231;ons de Scottsboro [i] &#187; (4), qui ont fait une tourn&#233;e mondiale pour obtenir la lib&#233;ration de leurs fils, les femmes noires ont &#233;t&#233; en premi&#232;re ligne de chacune des grandes campagnes pour les droits et la lib&#233;ration des noirs. Ella Baker, Fannie Lou Hamer, Diane Nash et bien d'autres, innombrables et inconnues, ont jou&#233; un r&#244;le cl&#233; dans l'essor du mouvement des droits civiques, bien qu'il continue d'&#234;tre principalement associ&#233; &#224; des leaders masculins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aujourd'hui, le visage du mouvement Black Lives Matter est largement queer et f&#233;minin. D'o&#249; cela vient-il ? Peut-&#234;tre est-ce tout simplement le r&#233;sultat de la r&#233;pression profond&#233;ment raciste dont sont victimes les hommes &#224; Ferguson. Selon le Bureau du recensement des &#201;tats-Unis, Ferguson compte 1 182 femmes afro-am&#233;ricaines &#226;g&#233;es de 25 &#224; 35 ans, contre seulement 577 hommes afro-am&#233;ricains de la m&#234;me classe d'&#226;ge. Plus de 40 % des hommes noirs dans les tranches d'&#226;ge 20-24 ans et 35-54 ans manquent &#224; l'appel [xxxiii]. Cela donne un exemple concret de l'impact de l'orientation ultra-agressive de l'activit&#233; polici&#232;re &#224; Ferguson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ferguson n'a rien d'exceptionnel. Sur l'ensemble des &#201;tats-Unis, 1,5 million d'hommes noirs sont &#171; manquants &#187; &#8211; arrach&#233;s &#224; la soci&#233;t&#233; par une peine d'emprisonnement ou une mort pr&#233;matur&#233;e. Pour le dire encore plus clairement, &#171; plus d'un homme noir sur six qui devrait aujourd'hui avoir entre 25 et 45 ans a disparu de la vie quotidienne &#187; [xxxiv]. Cela ne signifie cependant pas que si les 40 % d'hommes noirs de Ferguson r&#233;apparaissaient, ils joueraient le m&#234;me r&#244;le que les femmes dans la construction, la diffusion et la p&#233;rennisation du mouvement. Il est plus probable que ces femmes ont pris des responsabilit&#233;s dans le mouvement &#224; cause des effets absolument d&#233;vastateurs de l'action et des violences de la police sur la vie de la population noire en g&#233;n&#233;ral. Mais quelles qu'en soient les raisons, leur pr&#233;sence a apport&#233; beaucoup plus que la parit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes noires qui sont &#224; la t&#234;te du mouvement contre les violences polici&#232;res ont travaill&#233; &#224; faire comprendre au grand public tout ce que ces violences impliquent pour les quartiers noirs. Question parfois articul&#233;e avec la revendication explicite d'une reconnaissance publique que la police s'en prend particuli&#232;rement aux femmes noires. &#171; Les m&#233;dias excluent le fait que les violences et le harc&#232;lement de la police dans nos quartiers touchent aussi bien les femmes que les hommes, t&#233;moigne Zakiya Jemmott, qui ajoute : Ils mettent en avant les vies des hommes noirs et laissent de c&#244;t&#233; toutes ces femmes noires tu&#233;es par la police. Je veux que les m&#233;dias comprennent que les vies de toutes les personnes noires comptent [xxxv]. &#187; Mais les femmes noires sont aussi intervenues pour appuyer la n&#233;cessit&#233; de resituer le r&#244;le des violences polici&#232;res dans un syst&#232;me d'oppression bien plus large qui structure les vies de toutes les personnes noires des classes populaires. Charlene Carruthers, du collectif Black Youth Project 100, explique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela nous tient vraiment &#224; c&#339;ur de d&#233;fendre la libert&#233; et la justice pour toutes les personnes noires, quand trop souvent les femmes ou les LGBTQ sont laiss&#233;es en marge. Parler s&#233;rieusement de lib&#233;ration implique d'inclure toutes les personnes noires. C'est aussi simple que &#231;a. Et dans mon exp&#233;rience, les questions de justice de genre et de justice pour les LGBTQ ont &#233;t&#233; ou bien trait&#233;es de fa&#231;on secondaire ou bien &#233;vacu&#233;es [xxxvi].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes noires qui ont cr&#233;&#233; le hashtag #BlackLivesMatter &#8211; Patrisse Cullors, Opal Tometi et Alicia Garza &#8211; expriment tr&#232;s clairement les dominations crois&#233;es que subissent les femmes et les hommes noirs dans leur lutte pour la justice et la fin des violences polici&#232;res. Dans un texte qui met l'accent sur le caract&#232;re multidimensionnel de leur oppression et montre l'impossibilit&#233; de limiter le combat &#224; la question des violences polici&#232;res, Alicia Garza &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est reconna&#238;tre que la pauvret&#233; et le g&#233;nocide des noirs sont une violence d'&#201;tat. Reconna&#238;tre que dans ce pays, le fait qu'un million de noirs sont enferm&#233;s dans des cages &#8211; soit la moiti&#233; de tous les prisonniers &#8211; est une violence d'&#201;tat. Reconna&#238;tre que les femmes noires font les frais d'une offensive ininterrompue sur nos enfants et nos familles, et que cette offensive est une violence d'&#201;tat. Le fait que les queers et les trans noirs portent un fardeau exceptionnel dans une soci&#233;t&#233; h&#233;t&#233;ro-patriarcale qui nous jette comme des d&#233;chets tout en nous f&#233;tichisant et en faisant du profit sur notre dos est une violence d'&#201;tat ; le fait que 500 000 noirs aux &#201;tats-Unis sont des migrants sans papiers et marginalis&#233;s est une violence d'&#201;tat ; le fait que les femmes et les hommes noirs handicap&#233;s ou dot&#233;s de capacit&#233;s diff&#233;rentes sont victimes des exp&#233;riences darwiniennes sponsoris&#233;es par l'&#201;tat pour nous faire rentrer de force dans des petites cases de normalit&#233; pr&#233;d&#233;finies par la supr&#233;matie blanche est une violence d'&#201;tat [xxxvii].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;noncer une &#171; violence d'&#201;tat &#187; correspond &#224; un d&#233;crochage strat&#233;gique par rapport &#224; l'analyse conventionnelle qui r&#233;duit le racisme aux intentions et aux actions des individus directement impliqu&#233;s. Parler de &#171; violence d'&#201;tat &#187; l&#233;gitime la revendication corollaire d'une &#171; action d'&#201;tat &#187;. Exigeant plus que la r&#233;vocation de tel agent ou des remontrances &#224; tel service de police, cela attire l'attention sur les forces syst&#233;miques qui permettent aux individus d'agir en toute impunit&#233;. En outre, ces militants et militantes ont une approche &#171; intersectionnelle &#187; des luttes sociales &#8211; partant du constat basique que l'oppression des Afro-Am&#233;ricains est multidimensionnelle et doit &#234;tre combattue sur diff&#233;rents fronts. L'amplitude de leurs analyses est la v&#233;ritable cause des tensions entre la &#171; jeune &#187; et la &#171; vieille garde &#187;. D'une certaine fa&#231;on, cela d&#233;montre que les militantes et militants actuels sont confront&#233;s &#224; des questions semblables &#224; celles que se posaient les radicaux noirs &#224; l'&#232;re du Black Power : des questions li&#233;es &#224; la nature syst&#233;mique de l'oppression des noirs dans le capitalisme &#233;tats-unien, qui d&#233;terminent &#233;galement les formes d'organisation de la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait d'ins&#233;rer les violences polici&#232;res dans un maillage plus vaste d'in&#233;galit&#233;s est largement absent des orientations politiques plus &#233;troites de l'establishment lib&#233;ral des droits civiques, tel que le National Action Network (NAN) de Sharpton, qui s'est plus int&#233;ress&#233; &#224; r&#233;soudre telle ou telle affaire qu'&#224; b&#226;tir un discours plus g&#233;n&#233;ral sur la nature syst&#233;mique de la violence polici&#232;re. Les organisations des droits civiques privil&#233;gient les approches l&#233;galistes, &#224; la diff&#233;rence des militantes et militants qui relient les violences polici&#232;res aux autres probl&#232;mes sociaux qui touchent les quartiers noirs. Bien s&#251;r, cette approche l&#233;galiste n'a pas &#233;t&#233; totalement d&#233;daign&#233;e &#224; Ferguson : le mouvement s'est aussi beaucoup concentr&#233; sur l'inscription sur les listes &#233;lectorales et l'augmentation du nombre d'Afro-Am&#233;ricains dans les instances de pouvoir. Mais le mouvement a &#233;galement donn&#233; raison &#224; ceux qui d&#233;fendent une vision bien plus large en montrant comment l'activit&#233; de la police est indissociable des niveaux &#233;lev&#233;s de pauvret&#233; et de ch&#244;mage et des r&#233;percussions des amendes, p&#233;nalit&#233;s et mandats d'arr&#234;t qui enferment la population noire dans un cycle d'endettement infini. La gravit&#233; de la situation des communaut&#233;s noires, qui d&#233;coule souvent de ces rencontres d&#233;sastreuses avec la police, justifie la n&#233;cessit&#233; d'une analyse globale. Cela permet de relier les violences polici&#232;res au constat plus g&#233;n&#233;ral que les fonds publics allou&#233;s &#224; la police sont autant d'argent en moins consacr&#233; &#224; d'autres services, et de se demander pourquoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, non seulement les analyses de la &#171; jeune garde &#187; diff&#232;rent nettement de celles de la &#171; vieille garde &#187;, mais il en va de m&#234;me pour l'organisation de la lutte. En plus d'&#234;tre dirig&#233;e par des femmes, la jeune garde est d&#233;centralis&#233;e et organise largement le mouvement &#224; partir des r&#233;seaux sociaux. On est tr&#232;s loin d'organisations nationales comme le NAACP, le NAN ou m&#234;me l'&#171; Op&#233;ration Push [ii] &#187; de Jackson, o&#249; des dirigeants &#8211; en majorit&#233; des hommes &#8211; prennent des d&#233;cisions assez peu &#233;labor&#233;es ou orient&#233;es par la base. Cette strat&#233;gie ne d&#233;coule pas simplement du fait que ces dirigeants soient des hommes, mais d'un mod&#232;le ant&#233;rieur, qui privil&#233;giait &#224; l'action de la rue la constitution d'un r&#233;seau et de relations au c&#339;ur du pouvoir institutionnel &#8211; m&#234;me s'il pouvait utiliser la rue pour asseoir son influence au sein de ce pouvoir. &#201;tant donn&#233; leur nouveaut&#233;, la mobilisation de Ferguson et le mouvement naissant contre les violences polici&#232;res n'ont pour l'instant pas permis ce genre de r&#233;cup&#233;ration politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du moment au mouvement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 24 novembre 2014, &#224; Ferguson, le grand jury d&#233;cide de ne pas inculper Darren Wilson pour le meurtre de Mike Brown. D&#232;s l'annonce de cette d&#233;cision, au milieu de la nuit, de violentes manifestations &#233;clatent dans la banlieue. Des rang&#233;es de policiers anti-&#233;meute prot&#232;gent l'h&#244;tel de ville et le commissariat, laissant l'incendie ravager le quartier commercial noir de Ferguson. Cette d&#233;cision ne surprend gu&#232;re, mais l'&#233;pilogue de ce lynchage juridique est insupportable. Sur les ondes, le Pr&#233;sident Obama pr&#234;che &#224; nouveau la patience et le respect de la loi : &#171; Notre pays est un &#201;tat de droit &#187;, rappelle-t-il. Mais ce concept n'a-t-il pas &#233;t&#233; vid&#233; de son sens par la mani&#232;re dont, des mois durant, la police de Ferguson a bafou&#233; la loi [xxxviii] ? Obama exhorte les manifestants &#224; exprimer leurs griefs de mani&#232;re &#171; constructive &#187; et non &#171; destructrice &#187;, mais les s&#233;quences diffus&#233;es en split screen par plusieurs cha&#238;nes, o&#249; l'image du Pr&#233;sident est accol&#233;e &#224; celles des flammes dans la nuit de Ferguson, montrent &#224; quel point ses paroles sont prononc&#233;es en pure perte. Pourtant, ces flammes n'annoncent pas un retour du mois d'ao&#251;t pr&#233;c&#233;dent, lorsque les incendies avaient fait na&#238;tre un mouvement contre les violences polici&#232;res ; ce sont d&#233;sormais celles de la r&#233;signation et de l'&#233;puisement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme cela s'est produit si souvent en 2014, au moment o&#249; la vague de mobilisation commence &#224; refluer, la police fait une nouvelle victime, comme pour jeter de l'huile sur le feu. Le 22 novembre, deux jours avant l'annonce de la non-inculpation de Wilson, la police tue par balles le jeune Tamir Rice, &#226;g&#233; de seulement 12 ans, sur une aire de jeu de Cleveland (Ohio). Il jouait avec un pistolet en plastique. Neuf jours auparavant, le 13 novembre, Tanisha Anderson, autre habitante de Cleveland, perd la vie suite &#224; une &#171; prise de judo &#187; administr&#233;e par un policier qui, voulant la plaquer au sol, lui heurte la t&#234;te contre le b&#233;ton [xxxix]. Le 3 d&#233;cembre, un grand jury de Staten Island prononce un non-lieu dans l'affaire Daniel Pantaleo, le policier qui a &#233;touff&#233; Eric Garner. Alors que la d&#233;cision de Ferguson semblait mettre un point final &#224; des mois de mobilisation locale, ces nouvelles victimes et ce non-lieu ouvrent un nouveau chapitre. La poursuite des manifestations est cependant fragilis&#233;e par des tensions sur la strat&#233;gie &#224; adopter pour passer &#171; du moment au mouvement [xl] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1er d&#233;cembre, Obama organise une rencontre avec certaines figures militantes de Ferguson et du reste du pays pour discuter des violences polici&#232;res. &#171; Nous appr&#233;cions que le Pr&#233;sident ait voulu nous rencontrer, commente James Hayes, d&#233;l&#233;gu&#233; du syndicat &#233;tudiant de l'Ohio, mais il doit maintenant prendre des mesures ad&#233;quates. Nous appelons tous ceux pour qui les vies des noirs comptent &#224; rester dans la rue jusqu'&#224; ce que les choses aient vraiment chang&#233; dans nos quartiers [xli]. &#187; Le simple fait qu'une telle rencontre ait &#233;t&#233; organis&#233;e d&#233;montrait qu'il ne s'agissait plus seulement de Ferguson. La classe dirigeante du pays s'effor&#231;ait de contenir le mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;tait pas une rencontre ordinaire : le Pr&#233;sident, le vice-pr&#233;sident et le procureur g&#233;n&#233;ral des &#201;tats-Unis &#233;taient pr&#233;sents. Mais alors qu'ils tentent d'endiguer la col&#232;re de Ferguson, deux jours plus tard, le non-lieu prononc&#233; pour Daniel Pantaleo soul&#232;ve des manifestations encore plus importantes que celles qui ont accueilli la non-inculpation de Darren Wilson. Partout aux &#201;tats-Unis, des dizaines de milliers de personnes bloquent des rues, &#233;c&#339;ur&#233;es, furieuses qu'on refuse &#224; nouveau de punir un policier blanc pour la mort d'un noir qui n'&#233;tait pas arm&#233;. Dans le cas de Garner, les preuves sont pourtant irr&#233;futables. Des centaines de milliers de gens ont visionn&#233; la vid&#233;o dans laquelle il supplie et r&#233;p&#232;te onze fois : &#171; J'&#233;touffe &#187;, pendant que Pantaleo le comprime &#224; mort. Mais le grand jury n'y trouve rien &#224; redire. Suite au non-lieu, Obama remise ses discours sur &#171; l'&#201;tat de droit &#187; pour annoncer la cr&#233;ation d'un nouveau groupe de travail charg&#233; de proposer &#171; des recommandations sp&#233;cifiques sur la mani&#232;re de renforcer la relation entre les forces de l'ordre, les communaut&#233;s de couleur et les minorit&#233;s qui se sentent discrimin&#233;es [xlii] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les militants ne veulent pas attendre. Des vagues de manifestations d&#233;ferlent sur le pays, et les toutes premi&#232;res manifestations nationales contre les violences polici&#232;res sont programm&#233;es le 13 d&#233;cembre 2014 dans les villes de New York et de Washington. La premi&#232;re est organis&#233;e via Facebook par des activistes ; la seconde par le National Action Network de Sharpton. L'apparition d'un mouvement national s'accompagne imm&#233;diatement du retour des tensions apparues &#224; Ferguson. Sharpton a pr&#233;vu de piloter l'ensemble de l'&#233;v&#233;nement dont il sera le principal orateur. Les militantes et militants de Ferguson qui ont fait le d&#233;placement &#224; Washington d&#233;couvrent, constern&#233;s, une tribune pleine de personnalit&#233;s sans liens organiques avec le mouvement. Des vigiles exigent m&#234;me des badges VIP pour acc&#233;der &#224; l'estrade o&#249; ont lieu les prises de paroles avant le d&#233;part de la marche. Johnetta Elzie est furieuse : &#171; Quand on est arriv&#233;s, deux personnes du NAN nous ont dit qu'il fallait un passe VIP ou une carte de presse pour s'asseoir autour des tribunes. Depuis quand exige-t-on des badges VIP pour prendre la parole dans une manifestation [xliii] ? &#187; Quand Sharpton s'avance vers l'estrade, il taxe les militants de Ferguson, qui demandent &#224; prendre la parole, de &#171; provocateurs &#187;. Mais l'hostilit&#233; entre Sharpton et les militants endurcis de Ferguson ne tient pas uniquement &#224; des probl&#232;mes de badges ou &#224; des manques d'&#233;gards. &#171; Je pense que c'est en partie parce que les gens ne se sentent pas repr&#233;sent&#233;s par lui, observe Charles Wade, un jeune organisateur du mouvement. Nous avons &#233;t&#233; exclus des organisations traditionnelles, et nous avons construit notre propre truc [xliv]. &#187; Les deux manifestations connaissent un succ&#232;s ph&#233;nom&#233;nal, rassemblant des dizaines de milliers de personnes et donnant pour la premi&#232;re fois une dimension nationale au mouvement, mais les divergences sur la marche &#224; suivre sont de plus en plus claires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs jours apr&#232;s la marche, Sharpton signe un article qui t&#233;moigne autant de l'ampleur des pressions qu'il subit que de sa vision extr&#234;mement vague de la mani&#232;re dont le mouvement pourrait &#171; r&#233;former le syst&#232;me &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans dix ou vingt-cinq ans, on ne se souciera pas de savoir qui a re&#231;u le plus de publicit&#233; ou d'applaudissements pendant un rassemblement. [&#8230;] Ne nous laissons pas aller aux mesquineries ou &#224; l'&#233;motion, car le vrai changement est &#224; nos portes. C'est ce qu'on lisait sur les visages de ceux qui ont d&#233;fil&#233; et chant&#233; samedi, et c'est ce qu'on voit &#224; Washington o&#249; nos repr&#233;sentants prennent des mesures pour r&#233;former un syst&#232;me qui depuis trop longtemps laisse trop de gens sur la touche. [&#8230;] Il est litt&#233;ralement palpable dans l'air &#8211; le changement est &#224; l'horizon. Il faut le saisir d&#232;s aujourd'hui pour &#233;crire l'histoire ensemble [xlv].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; qui d&#233;tonnait avec la petite excursion arrogante de Sharpton &#224; Ferguson. Mais l'emploi des termes &#171; publicit&#233; &#187; ou &#171; applaudissements &#187; est r&#233;v&#233;lateur de ses pr&#233;occupations. Sa vision du &#171; changement &#187; est succincte : les deux &#171; grandes &#187; r&#233;formes qu'il &#233;voque se limitent &#224; des cam&#233;ras-pi&#233;tons sur les policiers et &#224; des procureurs ind&#233;pendants pour enqu&#234;ter sur les bavures polici&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La timidit&#233; de ses revendications illustre parfaitement l'&#233;cart entre la &#171; vieille garde &#187; et la r&#233;volte montante de la jeunesse. Il ne parle ni de racisme, ni d'incarc&#233;ration de masse, ni d'aucun des probl&#232;mes qui ont amen&#233; les militants plus jeunes &#224; des positions bien plus tranch&#233;es. Sur cette question, Jesse Jackson a lui aussi son mot &#224; dire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour passer de la protestation au pouvoir, il faut des manifestations, des projets de loi et des actions en justice. [&#8230;] Les sprinters s'&#233;puisent tr&#232;s vite. Ces jeunes doivent se pr&#233;parer &#224; une course d'endurance. Et cela doit prendre la forme d'un regroupement interg&#233;n&#233;rationnel. Un mouvement mature a besoin d'hommes d'&#233;glise, d'hommes de loi et de parlementaires. On ne m&#232;ne pas une lutte avec une seule corde &#224; son arc [xlvi].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que nettement moins s&#233;v&#232;re que Sharpton, Jesse Jackson diverge avec le mouvement sur l'identit&#233; et les pr&#233;occupations qu'il devrait endosser. Il alimente en outre l'id&#233;e selon laquelle les nouveaux militants seraient hostiles aux &#171; vieux &#187;, ce qui n'a jamais &#233;t&#233; d&#233;montr&#233;. Dans une interview, Alicia Garza clarifie ce point :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons appris de nos erreurs et de nos a&#238;n&#233;s qui ont le courage de partager avec nous tout ce qu'ils savent. Je pense que l'important est de mener des discussions courageuses sur le monde que nous voulons construire et sur la fa&#231;on de le faire, et d'aller chercher de l'aide quand on rencontre des difficult&#233;s [xlvii].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La coalition &#171; d'hommes d'&#233;glise, d'hommes de loi et de parlementaires &#187; pr&#233;conis&#233;e par Jackson a lamentablement &#233;chou&#233; au cours des quarante derni&#232;res ann&#233;es. Conseiller aux jeunes de reprendre &#224; leur compte une strat&#233;gie en faillite n'a fait que renforcer l'impression que la &#171; vieille garde &#187;, hors de son &#233;l&#233;ment, &#233;tait d&#233;pass&#233;e. Et la frustration de Sharpton face &#224; la remise en cause de son autorit&#233; et de son r&#244;le de porte-parole de l'Am&#233;rique noire finit par exploser. Plusieurs semaines apr&#232;s les marches de d&#233;cembre, il compare la &#171; jeune garde &#187; &#224; des &#171; maquereaux &#187; et ses partisans &#224; des &#171; prostitu&#233;es &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pendant que vous &#234;tes tous l&#224;, &#224; Ferguson, &#224; vous disputer sur les jeunes et les vieux, il y a une &#233;lection et pas un candidat dans la course. Tout &#231;a parce que vous &#234;tes trop occup&#233;s &#224; vous prendre la t&#234;te avec maman et papa pendant qu'ils r&#233;&#233;lisent un maire et un procureur. Ils r&#233;ussissent &#224; vous enferrer dans des disputes sur qui va se trouver en t&#234;te de cort&#232;ge &#8211; les vieux ou les jeunes &#8211; pendant qu'ils sabrent le budget municipal. Ne soyez pas si b&#234;tes ! [&#8230;] C'est en vous divisant qu'ils arrivent &#224; casser le mouvement. Et ils jouent sur votre ego : &#171; Vous &#234;tes jeunes et dans le coup, vous en voulez. C'est vous la nouvelle ic&#244;ne. &#187; Ils savent bien que tout ce baratin vous monte &#224; la t&#234;te. C'est comme &#231;a que les maquereaux parlent aux prostitu&#233;es [xlviii].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce la&#239;us effarant de Sharpton porte un coup fatal &#224; sa l&#233;gitimit&#233; de leader autoproclam&#233; de l'Am&#233;rique noire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les jours qui suivent les grandes manifestations de d&#233;cembre, Ferguson Action, collectif regroupant les diverses initiatives militantes de Ferguson ou inspir&#233;es par Ferguson, publie un communiqu&#233; auquel sont associ&#233;s certains militants et militantes qu'on a emp&#234;ch&#233; de s'exprimer &#224; Washington. Intitul&#233; &#171; &#192; propos de ce mouvement &#187;, sa largeur de vue et son optimisme font para&#238;tre le caprice de Sharpton encore plus mesquin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mouvement est constitu&#233; par et pour toutes les personnes noires &#8211; femmes, hommes, transgenres et queers. Nous r&#233;unissons les jeunes et les a&#238;n&#233;s sur la base des possibilit&#233;s que de nouvelles tactiques et des strat&#233;gies inventives peuvent offrir au mouvement. Il y a parmi nous des nouveaux venus, mais beaucoup d'entre nous m&#232;nent des luttes depuis des ann&#233;es. Nous nous sommes rassembl&#233;s au nom de Mike Brown, mais nos racines plongent aussi dans les rues inond&#233;es de la Nouvelle-Orl&#233;ans et dans les stations macul&#233;es de sang de la Bart d'Oakland (5). Nous nous retrouvons sur Internet et dans les rues. Nous sommes d&#233;centralis&#233;s, mais coordonn&#233;s. Surtout, nous sommes organis&#233;s. Pourtant, nous ne sommes probablement pas de bons noirs respectables. Nous nous tenons les uns &#224; c&#244;t&#233; des autres, sans hi&#233;rarchie. Nous ne poussons aucun d'entre nous vers les marges afin de nous approcher de ce qui passe pour des lieux de pouvoir. Parce que ce n'est qu'ainsi que nous gagnerons. Nous &#233;touffons. Et nous ne nous arr&#234;terons qu'une fois libres [xlix].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Black Lives Matter&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre 2014 et en janvier 2015, &#171; Black Lives Matter &#187; est devenu un cri de ralliement repris de toutes parts. Une semaine apr&#232;s l'abandon des poursuites contre le meurtrier d'Eric Garner, plusieurs centaines d'attach&#233;s parlementaires du Congr&#232;s, noirs pour la plupart, cessent le travail en signe de protestation [l]. Des athl&#232;tes noirs portent des t-shirts arborant le slogan &#171; J'&#233;touffe &#187;. Lyc&#233;ens et &#233;tudiants adoptent sans tarder la m&#234;me tenue. Des milliers d'entre eux, et m&#234;me certains coll&#233;giens, quittent tous ensemble les cours, organisent ou rejoignent des marches et des die&#8209;in (6), entre autres formes d'actions publiques [li]. &#192; l'universit&#233; de Princeton, plus de 400 &#233;tudiants et enseignants prennent part &#224; un die-in. La plupart des participantes et participants sont des &#233;tudiants afro-am&#233;ricains, mais un certain nombre de blancs, d'Hispaniques et d'Asiatiques se joignent &#224; l'action. Les &#233;tudiants de Stanford bloquent le pont de San Mateo qui traverse la baie de San Francisco. Dans 70 facult&#233;s de m&#233;decine, les &#233;tudiants organisent des die-in et scandent : &#171; Des blouses blanches pour les vies noires &#187; [lii]. Des avocats commis d'office et leurs confr&#232;res (7) organisent &#224; leur tour des die-in [liii].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alicia Garza souligne l'importance de ces actions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, le mouvement s'amplifie. Nous tissons des relations et des r&#233;seaux, exp&#233;rimentons des formes d'organisation d&#233;mocratiques, de nouvelles tactiques, et apprenons de l'exp&#233;rience de nos a&#238;n&#233;s &#8211; tels que Bayard Rustin, Diane Nash, Linda Burnham, Assata Shakur et Angela Davis &#8211; qui ont particip&#233; &#224; des mouvements sociaux avant nous [liv].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se mobilise dans le pays entier, et la classe politique peine &#224; ne pas se laisser distancer. La pr&#233;sidentiable Hillary Clinton, qui n'avait jamais prononc&#233; publiquement le nom de Mike Brown, n'a d'autre choix que de dire &#224; son tour &#171; Black Lives Matter &#187; lors d'un discours &#224; New York trois jours apr&#232;s la manifestation de d&#233;cembre [lv]. M&#234;me Barack Obama commence &#224; changer de discours. Quand il parle des jeunes afro-am&#233;ricains, il se montre moins moralisateur, &#171; se concentre plut&#244;t sur les injustices d&#233;nonc&#233;es par les Afro-Am&#233;ricains qu'il qualifie de &#8220;membres de la famille am&#233;ricaine&#8221; &#8211; ce qui rend extr&#234;mement difficile de les &#233;tiqueter comme des enfants &#224; probl&#232;mes qui auraient besoin d'&#234;tre aim&#233;s avec s&#233;v&#233;rit&#233; [lvi] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Forts de cette dynamique nettement favorable, les leaders du mouvement devaient se donner les moyens de pousser leur avantage. Sharpton et l'establishment des droits civiques avaient fourni un repoussoir commode, dont il &#233;tait facile de se d&#233;marquer par les id&#233;es, les strat&#233;gies et les tactiques. Mais comment les nouveaux militants, tels que les signataires de la plateforme de Ferguson Action, voyaient-ils la construction &#224; venir du mouvement ? Apr&#232;s l'explosion de Sharpton et d&#232;s lors que l'expression &#171; Black Lives Matter &#187; &#233;tait pass&#233;e dans le langage quotidien des Afro-Am&#233;ricains, le pays s'int&#233;ressait &#224; eux. Or, le net contraste entre les formes d'organisation intersectionnelles, d&#233;mocratiques et horizontales de la &#171; jeune garde &#187; et la structure tr&#232;s hi&#233;rarchis&#233;e des groupes historiques des droits civiques avait contribu&#233; &#224; masquer des divergences importantes entre les nouveaux militants eux-m&#234;mes. Certains s'&#233;taient lanc&#233;s dans la constitution d'organisations telles que Black Youth Project 100 (BYP 100), #BLM, Dream Defenders, Million Hoodies et Hands Up United, tandis que d'autres n'en voyaient pas l'utilit&#233; et consid&#233;raient les r&#233;seaux sociaux comme la meilleure fa&#231;on d'organiser le mouvement. Deux des militants les plus visibles et influents du mouvement, Johnetta Elzie et DeRay Mckesson, &#233;taient peu investis dans la construction d'organisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plateforme de Ferguson Action refl&#232;te cette approche en d&#233;crivant un mouvement &#171; coordonn&#233; &#187; et &#171; organis&#233; &#187; mais &#171; d&#233;centralis&#233; &#187;. D'une certaine fa&#231;on, le caract&#232;re superflu d'une organisation a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233; par le succ&#232;s prodigieux des actions et manifestations lanc&#233;es au pied lev&#233;. Pendant plusieurs mois, les r&#233;seaux sociaux tels que Twitter ont prouv&#233; leur efficacit&#233;. La marche du 13 d&#233;cembre 2014 &#224; New York a &#233;t&#233; lanc&#233;e sur Facebook par deux militants relativement novices ; en quelques heures, des milliers de personnes ont post&#233; des &#171; Likes &#187; et se sont engag&#233;es &#224; venir. Le rassemblement a r&#233;uni 50 000 personnes. Mais comment passer des actions directes, die-in, blocages d'axes routiers et d&#233;brayages &#224; une soci&#233;t&#233; enfin d&#233;barrass&#233;e des violences polici&#232;res sans cr&#233;er des espaces pour se rencontrer, &#233;laborer des strat&#233;gies et mettre en &#339;uvre des processus de d&#233;cision d&#233;mocratiques ? Compte tenu des revendications et de la &#171; vision &#187; mises en avant par Ferguson Action &#8211; en finir avec le profilage racial et l'emprisonnement de masse, r&#233;aliser le plein emploi, etc. &#8211;, il est impossible d'imaginer que cela puisse se produire uniquement par Internet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces d&#233;bats sur les formes d'organisation ont des traits communs avec les tendances hostiles &#224; la formalisation qui se sont fait entendre lors du mouvement Occupy &#224; partir de 2011. Dans les deux cas, l'absence de formalisation d'une structure et du pouvoir est per&#231;ue comme un moyen de &#171; permettre &#224; chacun de s'exprimer &#187; : s'il n'y a pas d'organisation, personne ne peut prendre le pouvoir. C'est ce que d&#233;fend DeRay Mckesson : &#171; ce qu'il y a de nouveau avec Ferguson [&#8230;], ce qui fait que c'est tr&#232;s important, c'est que contrairement aux luttes ant&#233;rieures, il n'y a pas de porte-parole. Qui est le porte-parole ? C'est la population. De fa&#231;on tr&#232;s d&#233;mocratique, les gens deviennent la voix de la lutte [lvii]. &#187; Mckesson est l'une des personnalit&#233;s les plus visibles du mouvement, et ses id&#233;es rencontrent une large adh&#233;sion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas que nous sommes anti-organisation, analyse-t-il. Certaines structures se sont form&#233;es dans la foul&#233;e de la mobilisation, et elles sont devenues importantes. C'est juste qu'on n'a pas eu besoin de ces structures pour d&#233;marrer le mouvement. Vous avez le pouvoir de lancer un mouvement. De simples individus peuvent se retrouver autour de constats d'injustice partag&#233;s. Et ils peuvent initier des changements. Vous pouvez vous engager corps et &#226;me dans la lutte ; vous n'avez pas besoin d'un passe VIP pour lutter. C'est ce que Twitter a permis. [&#8230;] Pour moi, nous sommes en train de constituer une nouvelle communaut&#233; radicale de lutte qui n'existait pas avant et que Twitter a permis de cr&#233;er. Nous sommes maintenant dans une phase de construction de cette communaut&#233;. Oui, nous devons nous occuper des politiques &#224; mener, nous occuper des &#233;lections ; nous devons nous occuper de toutes ces choses. Mais pas avant d'avoir constitu&#233; une communaut&#233; forte [lviii].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde peut participer aux actions &#8211; mais comment fait-on pour en mesurer le succ&#232;s et pour amener de simples participants &#224; s'investir durablement dans la lutte ? En deux mots : comment passe-t-on du moment au mouvement ? L'historienne Barbara Ransby analyse ce probl&#232;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si certaines formes de r&#233;sistance peuvent &#234;tre de l'ordre du pur r&#233;flexe &#8211; quand on nous pousse trop fort d'un c&#244;t&#233;, on pousse de l'autre, m&#234;me en l'absence de programme ou d'espoir de victoire &#8211;, organiser un mouvement est une chose diff&#233;rente. Ce n'est ni spontan&#233;, ni instinctif, et ce n'est jamais facile. Penser que nous pourrons tous nous &#171; lib&#233;rer &#187; en r&#233;sistant individuellement ou &#224; travers des petits collectifs non coordonn&#233;s, c'est se faire des illusions [lix].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde ne nie pas la n&#233;cessit&#233; de s'organiser. La lutte contre la terreur polici&#232;re a conduit &#224; la constitution de multiples organisations et r&#233;seaux. Lors d'un meeting dans l'&#233;glise historique de Riverside (8), &#224; New York, Asha Rosa, du Black Youth Project 100, parle avec &#233;loquence de la n&#233;cessit&#233; d'&#234;tre &#224; la fois radical et structur&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisations durent plus que les actions, plus que les campagnes, plus que les moments. Ce sont les organisations qui vont nous permettre de construire des structures qui refl&#232;tent nos valeurs, et des communaut&#233;s sur lesquelles on peut s'appuyer et qui alimentent notre travail. Nous avons eu 60 000 personnes dans les rues de New York [en d&#233;cembre 2014] [et] &#231;a ne m'&#233;tonnerait pas qu'on ne revoie plus un tel nombre de gens dans la rue avant le retour du beau temps, et ce n'est pas grave. [&#8230;] Les mouvements connaissent diff&#233;rentes phases. Nous devons tenir dans la dur&#233;e et faire en sorte qu'il y ait des organisations auxquelles les gens puissent se raccrocher [lx].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre le BYP 100, Dream Defenders, Hands Up United, Ferguson Action, Millennials United et la plus connue, Black Lives Matter, cette nouvelle &#232;re a produit une large constellation d'organisations militantes. BLM, &#224; ce jour le groupe le plus important et le plus visible avec au moins vingt-six antennes locales, se d&#233;finit comme &#171; un r&#233;seau d&#233;centralis&#233; visant &#224; construire la capacit&#233; d'action et le pouvoir de la population noire &#187;. Selon Patrisse Cullors, ses membres agissent &#171; au sein des quartiers dans lesquels ils vivent et travaillent. Ils d&#233;terminent leurs objectifs et les strat&#233;gies les plus efficaces pour les atteindre. [&#8230;] Nous avons d&#233;lib&#233;r&#233;ment choisi une approche prudente et collaborative pour d&#233;velopper une strat&#233;gie nationale afin de prendre le temps d'&#233;couter, d'apprendre et de construire[lxi]. &#187; BLM a repris &#224; son compte la m&#233;thode Occupy, qui consid&#232;re les actions &#171; sans leaders &#187; et d&#233;centralis&#233;es comme plus d&#233;mocratiques, permettant aux participants et aux participantes de mener leurs propres initiatives sans &#234;tre g&#234;n&#233;s par une intervention ext&#233;rieure. Mais dans une p&#233;riode o&#249; ceux qui cherchent un point d'entr&#233;e pour militer contre la police sont nombreux, cette forme particuli&#232;re d'organisation peut en r&#233;alit&#233; s'av&#233;rer difficile d'acc&#232;s. Paradoxalement, cette d&#233;centralisation peut finir par restreindre les possibilit&#233;s d'implication d&#233;mocratique de bon nombre de personnes, car elle favorise plut&#244;t la collaboration entre initi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant de questions qu'il reviendra &#224; BLM de r&#233;soudre, en tant qu'organisation principale et la plus influente du mouvement : ses choix seront d&#233;terminants et auront des implications plus larges. L'autonomie des collectifs et la d&#233;centralisation am&#232;nent &#224; s'interroger sur la mani&#232;re de coordonner les actions et d'arriver &#224; canaliser les forces de l'ensemble du mouvement pour combattre les institutions cibl&#233;es. Les probl&#232;mes se posent diff&#233;remment selon les lieux : comment alors tisser les actions locales en un mouvement social coh&#233;rent et &#233;viter de d&#233;multiplier les manifestations disparates et isol&#233;es ? Si chaque ville, collectif et individu choisit d'incarner le mouvement &#224; sa mani&#232;re, comment transformer cette kyrielle d'actions locales efficaces en mouvement national ? Dans certaines situations, des collectifs multiples ont r&#233;ussi &#224; se coordonner, par exemple lors de la campagne #SayHerName visant &#224; faire conna&#238;tre l'impact des violences polici&#232;res sur les femmes noires. Reste que plus le mouvement s'amplifiera, plus la coordination sera n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;volution ne sera pas subventionn&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le succ&#232;s du mouvement peut se mesurer &#224; la prise de conscience qu'il a suscit&#233;e d'un bout &#224; l'autre des &#171; &#201;tats-Unis de la violence polici&#232;re &#187;, on peut aussi l'&#233;valuer &#224; l'aune des soutiens financiers que certains collectifs du mouvement ont r&#233;ussi &#224; mobiliser (9). Seuls certains groupes rattach&#233;s au mouvement sont des organisations non gouvernementales, mais m&#234;me ceux qui n'ont pas ce statut ont obtenu des fonds de la part de fondations influentes et de personnalit&#233;s fortun&#233;es. Globalement, le mouvement Black Lives Matter a suscit&#233; l'int&#233;r&#234;t de la galaxie des fondations et des philanthropes, comme les fondations Ford et George Soros mais aussi Resource Generation, qui se pr&#233;sente comme une &#171; association de personnes fortun&#233;es de moins de 35 ans qui soutiennent les initiatives progressistes [lxii] &#187;. Il existe m&#234;me des r&#233;seaux philanthropiques enti&#232;rement consacr&#233;s &#224; faire pression sur les fondations pour qu'elles soutiennent certains mouvements. &#192; l'occasion d'une conf&#233;rence d'&#233;t&#233; o&#249; se sont retrouv&#233;s tous les collectifs de Black Lives Matter, le National Committee for Responsible Philanthropy a lanc&#233; un appel aux autres fondations :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une transformation profonde du tissu social, &#233;conomique et politique qui marginalise nos communaut&#233;s noires depuis des d&#233;cennies est possible. Le rassemblement de ce mouvement pour les vies des personnes noires sera une &#233;tape majeure vers cette transformation. Toute fondation engag&#233;e en faveur d'une v&#233;ritable &#233;galit&#233; et du d&#233;mant&#232;lement du racisme doit y voir une occasion d'exercer sa responsabilit&#233; en participant [lxiii].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;claration remerciait ensuite &#171; des soutiens tels que le Fonds Evelyn and Walter Haas Jr., la Fondation Levi Strauss, la Fondation Barr &#187; d'avoir &#171; fait de l'investissement dans le d&#233;veloppement de l'initiative leur priorit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces seuls faits ne doivent pas conduire &#224; d&#233;pr&#233;cier les nombreux collectifs qui b&#233;n&#233;ficient de ces fonds. Presque toutes les organisations du mouvement des droits civiques ont &#233;t&#233; financ&#233;es par des fondations, y compris le SNCC, le CORE et le SCLC. La Highlander Folk School &#8211; o&#249; nombre de militants des droits civiques, dont Rosa Parks et Martin Luther King, ont &#233;t&#233; form&#233;s &#224; la d&#233;sob&#233;issance civique et &#224; diverses techniques de lutte &#8211; &#233;tait en grande partie financ&#233;e par la Fondation Field. Les associations qui luttent pour la justice sociale font, &#224; juste titre, appel &#224; toutes sortes de sources de financement. Mais si les militantes et militants sont seulement &#224; la recherche de quelques pr&#233;cieux dollars pour continuer &#224; se mobiliser, il est en revanche douteux que des fondations multi-milliardaires agissent pour des raisons purement altruistes. L'historien Aldon Morris raconte la collusion de ce genre de fondations avec l'&#201;tat pour mener un travail de sape des organisations des droits civiques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation financi&#232;re du SNCC s'am&#233;liore &#224; l'&#233;t&#233; 1962 gr&#226;ce aux fonds de la Fondation Taconic, de la Fondation Field et du Fonds familial Stern. Toutes ces fondations collaborent &#233;troitement avec l'administration Kennedy et partagent avec elle l'id&#233;e que les militants noirs doivent surtout concentrer leur &#233;nergie sur l'inscription des noirs du Sud sur les listes &#233;lectorales. [&#8230;] Suite aux tumultueux Freedom Rides, l'administration Kennedy a ouvertement tent&#233; d'orienter toutes les organisations des droits civiques vers des campagnes d'inscription des &#233;lecteurs plut&#244;t que vers une agitation contestataire. L'administration Kennedy s'opposait &#224; tout prix &#224; une g&#233;n&#233;ralisation de la d&#233;sob&#233;issance civique [lxiv].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aldon Morris cite ensuite James Farmer, dirigeant du SNCC, qui relate comment &#171; l'administration Kennedy a tent&#233; de &#8220;calmer le jeu&#8221; &#187; : &#171; Bobby Kennedy a r&#233;uni le CORE et le SNCC dans son bureau [&#8230;] et a dit : &#8220;Pourquoi ne pas arr&#234;ter toutes ces conneries, les Freedom Rides et tous ces sit-in pour se concentrer sur la formation des &#233;lecteurs [&#8230;] ? Si vous faites &#231;a, je vous obtiendrai une exemption d'imp&#244;ts.&#8221; [lxv] &#187; Les organisations qui d&#233;pendent de financements ext&#233;rieurs peuvent se retrouver en difficult&#233; si les bailleurs de fonds se mettent &#224; critiquer leur orientation politique. &#171; Le syst&#232;me non lucratif permet aux fondations d'exercer une influence et un contr&#244;le d&#233;mesur&#233; sur les actions des associations et des collectifs &#187;, met en garde Umi Selah, pr&#233;sident de Dream Defenders. Une ancienne salari&#233;e d'un des principaux soutiens des causes noires fait &#233;galement remarquer que les subventions s'accompagnent souvent d'un &#171; cahier des charges qui fixe la mani&#232;re dont les choses doivent &#234;tre faites sur le terrain [lxvi] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;duire leur d&#233;pendance aux financements ext&#233;rieurs, certains groupes font d&#233;sormais cotiser leurs membres et lancent des campagnes de dons aupr&#232;s du grand public. S'il est p&#233;rilleux de pr&#233;juger de l'influence des bailleurs de fonds et du &#171; complexe industriel non lucratif &#187; sur la suite du mouvement, elle sera certainement d&#233;terminante et rend d'autant plus n&#233;cessaire l'autonomie financi&#232;re de ses organisations [lxvii]. Par exemple, la Fondation Ford cherche &#224; devenir l'un des bailleurs de fonds du mouvement alors que, malgr&#233; ses intentions affich&#233;es, elle est connue pour avoir instrumentalis&#233; de nombreux mouvements aux &#201;tats-Unis et &#224; l'&#233;tranger. Arundhati Roy analyse son influence d&#233;l&#233;t&#232;re en Inde :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Fondation Ford a une id&#233;ologie tr&#232;s claire et d&#233;finie et travaille en lien &#233;troit avec le d&#233;partement d'&#201;tat am&#233;ricain. Son projet de d&#233;mocratisation et de &#171; bonne gouvernance &#187; fait partie int&#233;grante du sch&#233;ma de Bretton Woods visant &#224; standardiser les mod&#232;les &#233;conomiques et &#224; promouvoir un libre-&#233;changisme efficace. [&#8230;] C'est sous cet angle qu'il faut envisager les millions de dollars investis en Inde par la Fondation Ford &#8211; ses subventions aux artistes, r&#233;alisateurs et militants, ainsi que ses g&#233;n&#233;reux financements de programmes universitaires et de bourses d'&#233;tudes [lxviii].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme bien d'autres, la Fondation Ford propose des subventions, mais produit aussi &#171; livres blancs &#187;, s&#233;minaires et conf&#233;rences dans lesquels elle met en avant des perspectives et des strat&#233;gies politiques pour orienter l'action de ses b&#233;n&#233;ficiaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Analysant les relations entre le NAACP et l'American Fund for Public Service &#8211; connu sous le nom de Fonds Garland &#8211;, la politologue Megan Francis montre que cet organisme ne s'est pas content&#233; de fournir d'importantes ressources au NAACP dans les ann&#233;es 1950, mais a us&#233; de son influence pour orienter les strat&#233;gies militantes de l'organisation noire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi le NAACP s'est-il d&#233;tourn&#233; de son action contre la violence raciale au profit d'une action centr&#233;e sur l'&#233;ducation ? Pour une seule raison : l'argent. Si le Fonds Garland a eu une telle emprise sur le programme du NAACP, c'est parce qu'il pouvait en offrir autant &#224; cette organisation &#224; court de liquidit&#233;s. Pendant la n&#233;gociation d'une subvention, il est rapidement apparu que les dirigeants noirs du NAACP &#233;taient favorables &#224; une action pour les droits civiques explicitement centr&#233;e sur la violence raciale. [&#8230;] Mais face au risque de perdre une source de financement essentielle, le NAACP s'est conform&#233; &#224; contrec&#339;ur aux exigences du Fonds Garland. Au cours des ann&#233;es suivantes, le NAACP a mis de c&#244;t&#233; les questions de violence raciale pour se concentrer sur l'&#233;ducation, qui restera sa mission phare tout au long du xxe si&#232;cle [lxix].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, fondations et organismes philanthropiques divers tendent &#224; r&#233;duire les perspectives militantes &#224; la promotion de &#171; r&#233;formes &#187; pour am&#233;nager le syst&#232;me existant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argent des fondations a &#233;galement pour effet de &#171; professionnaliser &#187; les mouvements, favorisant le carri&#233;risme et l'id&#233;e selon laquelle le militantisme peut &#234;tre subventionn&#233; de l'ext&#233;rieur. En r&#233;alit&#233;, la majorit&#233; des activit&#233;s militantes sont b&#233;n&#233;voles et l'argent est collect&#233; directement aupr&#232;s des participants et non gr&#226;ce &#224; l'expertise de sp&#233;cialistes des dossiers de subvention. Au sein du mouvement Black Lives Matter, les organisations les plus solides financi&#232;rement ont tendance &#224; occulter l'activit&#233; de nombreux collectifs de base. Des comit&#233;s locaux plus modestes se sont constitu&#233;s pour lutter sur des affaires sp&#233;cifiques ou pour porter des revendications li&#233;es aux diff&#233;rents contextes urbains du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, &#224; Madison (Wisconsin), le collectif Young, Gifted and Black (&#171; Jeunes, talentueux et noirs &#187;) s'est constitu&#233; pour obtenir justice pour Tony Robinson, jeune noir tu&#233; par la police au printemps 2015. &#192; Cleveland, des militants locaux se sont alli&#233;s &#224; des pr&#234;tres, des universitaires et au Council for American Islamic Relations pour exiger l'arrestation des deux policiers responsables de la mort de Tamir Rice [lxx]. Depuis Chicago, un nouveau collectif d&#233;nomm&#233; We Charge Genocide s'est rendu &#224; Gen&#232;ve pour interpeller les dirigeants internationaux afin qu'ils fassent pression sur le gouvernement &#233;tats-unien pour faire cesser les violences et les crimes policiers contre les noirs. &#192; Philadelphie, au cours de l'hiver 2014 et d'une grande partie de l'ann&#233;e 2015, un collectif r&#233;unissant des quartiers de toute la ville, la Phillie Coalition for REAL Justice, a r&#233;uni une soixantaine de personnes deux fois par semaine pour lutter contre les violences polici&#232;res. Cette coalition a r&#233;ussi &#224; rassembler plusieurs milliers de personnes au cours de l'ann&#233;e 2015 [lxxi]. &#192; Dallas (Texas), Mothers Against Police Brutality a non seulement contribu&#233; &#224; une mobilisation essentielle contre les violences polici&#232;res, mais a aussi tent&#233; activement de construire des ponts entre ces mouvements et les r&#233;seaux de d&#233;fense des migrants. Quelques jours avant le rassemblement du 1er mai, des manifestants issus des deux mouvements ont converg&#233;, brandissant des pancartes proclamant &#171; Black Lives Matter &#187; et scandant &#171; &#192; bas, &#224; bas, les expulsions ! Vive, vive, vive l'immigration [lxxii] ! &#187; Ce genre d'initiatives, souvent consid&#233;r&#233;es par les bailleurs de fonds comme &#171; non professionnelles &#187;, existent dans l'ensemble du pays et permettent aux citoyens ordinaires d'int&#233;grer les mouvements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Revendications&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faute d'organisation ind&#233;pendante repr&#233;sentant le mouvement, ses revendications sont rest&#233;es peu audibles. C'est en partie li&#233; &#224; la difficult&#233; de la t&#226;che. La violence polici&#232;re est inscrite dans l'ADN des &#201;tats-Unis. Comme je l'ai montr&#233; pr&#233;c&#233;demment, il n'y a jamais eu d'&#226;ge d'or de la police, la violence et le racisme ayant toujours eu un r&#244;le central dans son action. Mais le syst&#232;me policier peut tout de m&#234;me &#234;tre endigu&#233;. On trouve sur le site Internet de Ferguson Action une compilation exhaustive des revendications du mouvement, notamment la d&#233;militarisation des services de police, une l&#233;gislation contre le profilage racial et une enqu&#234;te documentant l'ensemble des abus de la police [lxxiii]. &#192; Ferguson et &#224; Saint-Louis, Hands Up United appelle &#224; la &#171; suspension imm&#233;diate et sans solde des policiers coupables ou complices d'usage excessif de la force [lxxiv] &#187;. BLM demande au procureur g&#233;n&#233;ral de rendre publics les noms des policiers impliqu&#233;s dans la mort de personnes noires au cours des cinq derni&#232;res ann&#233;es &#8211; &#171; pour qu'ils soient traduits en justice &#8211; si cela n'a pas encore &#233;t&#233; fait [lxxv] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les revendications du mouvement se rejoignent, comment les d&#233;fendre concr&#232;tement en l'absence d'une structure de coordination ? Comment &#233;valuer de mani&#232;re syst&#233;matique si elles ont &#233;t&#233; en partie satisfaites ou s'il faut les red&#233;finir ? La force du mouvement actuel est de relier les violences polici&#232;res aux cons&#233;quences plus g&#233;n&#233;rales du racisme institutionnel, mais il court aussi le risque de noyer des revendications atteignables dans une lutte bien plus large visant &#224; transformer l'ensemble de la soci&#233;t&#233;. En d'autres termes, revendiquer la &#171; libert&#233; &#187; ne dit rien des &#233;tapes n&#233;cessaires pour y parvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout exiger &#224; la fois est aussi inop&#233;rant que de ne rien exiger, car cela brouille les n&#233;cessit&#233;s concr&#232;tes et quotidiennes de la lutte. Cela peut aussi s'av&#233;rer d&#233;moralisant : quand on vise la totalit&#233;, comment &#234;tre attentif aux acquis parfois minimes dans lesquels tout mouvement puise son &#233;nergie ? Il ne s'agit pas de r&#233;duire ses pr&#233;tentions ou d'abandonner la lutte pour une transformation radicale des &#201;tats-Unis ; il s'agit de distinguer la lutte pour des r&#233;formes possibles aujourd'hui et l'objectif r&#233;volutionnaire, qui est un projet &#224; plus long terme. Les deux sont n&#233;cessairement li&#233;s. Tenter de r&#233;former un certain nombre d'aspects de la soci&#233;t&#233; existante am&#233;liore la vie des personnes ici et maintenant ; et c'est en le faisant qu'on apprend &#224; lutter et &#224; s'organiser. Ce sont les briques qui peuvent s'assembler pour b&#226;tir des combats plus vastes et plus ambitieux. Dans l'intervalle, les personnes qui participent au mouvement se forment politiquement, acqui&#232;rent de l'exp&#233;rience, de l'expertise, et s'initient au r&#244;le de leaders. On ne passe pas d'un seul coup de l'inactivit&#233; &#224; la r&#233;volution mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon nombre des femmes et des hommes noirs radicalis&#233;s dans les ann&#233;es 1950 pendant les luttes contre Jim Crow ne se seraient probablement pas reconnus une d&#233;cennie plus tard. Bien des personnes qui ont commenc&#233; &#224; militer contre le racisme en affichant des revendications limit&#233;es ont fini par conclure qu'un &#201;tat f&#233;d&#233;ral structurellement raciste ne pourrait jamais rendre justice &#224; la population noire. C'est ce qu'illustre le parcours des militants historiques de la SNCC, qui arriv&#232;rent en 1964 &#224; la convention nationale d&#233;mocrate d'Atlantic City dans l'espoir de faire &#233;lire les candidats noirs de leur parti d&#233;mocrate alternatif, le Mississippi Freedom Democratic Party, en tant que d&#233;l&#233;gu&#233;s du Mississippi. L'enjeu &#233;tait de jeter l'opprobre sur le parti d&#233;mocrate national, qui tol&#233;rait une d&#233;l&#233;gation du Mississippi uniquement compos&#233;e de blancs, tout en sachant pertinemment que les noirs &#233;taient violemment marginalis&#233;s dans cet &#201;tat. Les militants du SNCC croyaient que, s'ils l'emportaient, ils pourraient briser le monopole des dixiecrates &#8211; le parti d&#233;mocrate blanc des &#201;tats du Sud &#8211; sur le processus &#233;lectoral du Sud. Mais Lyndon Johnson et le parti d&#233;mocrate n'&#233;taient pr&#234;ts en aucun cas &#224; compromettre les voix des &#233;lecteurs blancs du Sud en acc&#233;dant aux revendications des militants des droits civiques. En fin de compte, Lyndon Johnson les accula &#224; un accord qui permit de laisser intactes la convention et l'aile supr&#233;maciste du parti d&#233;mocrate. James Forman, pr&#233;sident du SNCC, analyse ainsi cette d&#233;faite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La le&#231;on d'Atlantic City a &#233;t&#233; d&#233;terminante. [&#8230;] Elle a mis fin &#224; l'espoir [&#8230;] que l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral change la situation dans le Sud profond. La contradiction t&#233;nue entre les gouvernements des &#201;tats et l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral, sur laquelle nous nous &#233;tions appuy&#233;s pour construire notre mouvement, s'&#233;tait r&#233;sorb&#233;e. D&#233;sormais, les v&#233;ritables adversaires de la lutte &#233;taient face &#224; face : le peuple contre les &#201;tats, &#201;tat f&#233;d&#233;ral inclus [lxxvi].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Restreindre les mots d'ordre du mouvement pour pr&#233;server sa dynamique ne revient pas &#224; en restreindre les ambitions. Ce qui fait du slogan &#171; Black Lives Matter &#187; une belle trouvaille, c'est la fa&#231;on dont la formule condense les aspects d&#233;shumanisants du racisme anti-noirs aux &#201;tats-Unis. Sur le long terme, la force du mouvement d&#233;pendra de sa capacit&#233; &#224; toucher le plus grand nombre en reliant la question des violences polici&#232;res aux autres aspects de l'oppression des personnes noires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dynamique est d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre, car la &#171; jeune garde &#187; a travaill&#233; &#224; &#233;tablir ces liens. Le meilleur exemple est la lutte des travailleurs pauvres pour augmenter le salaire minimum &#224; 15 dollars de l'heure. 20 % des employ&#233;s de la restauration rapide sont noirs et 68 % d'entre eux gagnent entre 7,26 et 10,09 dollars de l'heure [lxxvii]. &#192; Chicago et &#224; New York, les salari&#233;s du secteur comptent respectivement 46 % et 50 % de noirs [lxxviii]. 20 % des 1,4 million de salari&#233;s de Walmart sont afro-am&#233;ricains, ce qui en fait le plus gros employeur de noirs am&#233;ricains. Il y a un lien logique entre les campagnes des travailleurs pauvres et le mouvement Black Lives Matter. C'est parce qu'ils sont sur-repr&#233;sent&#233;s parmi les classes populaires que les Afro-Am&#233;ricains sont les cibles de la police, qui vise avant tout les pauvres. Les prol&#233;taires noirs et hispaniques ont &#233;galement plus de chances d'&#234;tre p&#233;nalis&#233;s par le poids croissant des amendes et des p&#233;nalit&#233;s en tous genres. Mwende Katwiwa, du collectif BYP 100 de la Nouvelle-Orl&#233;ans, analyse cette articulation entre justice &#233;conomique et raciale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jeunes noirs se retrouvent souvent prisonniers d'un r&#233;cit personnel sur leur parcours qui occulte la situation sociale et &#233;conomique. [&#8230;] Le mouvement Black Lives Matter ne se contente pas de demander la fin des violences et des crimes policiers contre les personnes noires &#8211; il exige qu'elles aient le droit de survivre, mais aussi de vivre. Dire que la vie des noirs vaut quelque chose, c'est dire que les personnes noires devraient pouvoir jouir du respect de leur dignit&#233; fondamentale sur leur lieu de travail &#8211; en particulier les jeunes, qui subissent le ch&#244;mage de fa&#231;on disproportionn&#233;e et sont sur-repr&#233;sent&#233;s dans les emplois peu r&#233;mun&#233;r&#233;s [lxxix].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, le mouvement est en bien meilleure position que les organisations historiques des droits civiques pour nourrir les luttes de plus en plus nombreuses de travailleurs pauvres et d&#233;velopper des liens avec elles. Depuis des ann&#233;es, Walmart et McDonald's soutiennent g&#233;n&#233;reusement le CBC, le NAACP et le NAN [lxxx]. Lors de la sauterie organis&#233;e pour le soixanti&#232;me anniversaire d'Al Sharpton &#224; l'h&#244;tel Four Seasons de New York, les grandes entreprises &#233;taient encourag&#233;es &#224; faire des dons &#224; son organisation, le NAN. Il y avait plusieurs niveaux de contributions possibles. La firme de t&#233;l&#233;phonie AT&amp;T a fait une contribution &#171; militante &#187; en s'achetant une pleine page de publicit&#233; dans le programme de la soir&#233;e, tandis que Walmart et GE Asset Management se sont content&#233;s d'encarts d'une demi-page. McDonald's et Verizon occupaient les pages du fond. Sharpton n'a pas pr&#233;cis&#233; les montants, mais il a d&#233;clar&#233; que le NAN avait atteint son objectif d'un million de dollars : &#171; Nous n'avons plus de cr&#233;ances. [&#8230;] Nous serons en positif cette ann&#233;e. Les plus grosses dettes sont d&#233;j&#224; r&#233;gl&#233;es, et la soir&#233;e [&#8230;] &#233;tait notre deuxi&#232;me collecte de l'ann&#233;e [lxxxi]. &#187; Peut-on s'&#233;tonner que Sharpton et ses affid&#233;s se soient si peu exprim&#233;s sur la lutte pour les 15 dollars de l'heure ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte pour l'&#233;galit&#233; des moyens &#233;ducatifs a aussi pris de l'ampleur ces derni&#232;res ann&#233;es et pourrait constituer un autre point de convergence. Le mouvement pour la justice &#233;ducative s'est concentr&#233; sur trois probl&#232;mes qui touchent massivement les &#233;l&#232;ves noirs : la privatisation des &#233;coles publiques, le &#171; pipeline &#233;cole-prison &#187; et les examens &#233;liminatoires dans les &#233;coles publiques. Il y a un lien &#233;vident entre la privatisation de l'&#233;cole et les politiques de tol&#233;rance z&#233;ro qui mettent les &#233;l&#232;ves noirs en situation de d&#233;linquance. Les &#233;coles sous contrat &#8211; g&#233;r&#233;es par le priv&#233;, financ&#233;es par le public &#8211; ont mis en place des approches disciplinaires dont le mot d'ordre est &#171; pas d'excuses &#187; et qui fonctionnent selon le principe suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enseignants exigent des &#233;l&#232;ves l'application rigoureuse d'une s&#233;rie d'exigences comportementales. Les infractions mineures &#8211; ne pas lever la main, avoir la chemise qui d&#233;passe ou r&#234;vasser &#8211; donnent lieu &#224; une escalade de sanctions : mauvais points, perte de &#171; privil&#232;ges &#187; (10), colles, exclusions. La th&#233;orie polici&#232;re qui a abouti au stop-and-frisk a d&#233;sormais investi les politiques &#233;ducatives [lxxxii].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces politiques de tol&#233;rance z&#233;ro ont rapidement d&#233;multipli&#233; les exclusions temporaires et d&#233;finitives, devenues les principaux outils disciplinaires des &#233;coles publiques et sous contrat. Le taux d'&#233;l&#232;ves noirs soumis &#224; des mesures d'exclusions temporaires est pass&#233; de 6 % dans les ann&#233;es 1970 &#224; 15 % aujourd'hui. L'expulsion n'est qu'un aspect de cette approche, qui s'accompagne d'une pr&#233;sence accrue de la police dans les &#233;tablissements ; elle a pour effet de criminaliser des b&#234;tises qui se r&#233;glaient auparavant dans le bureau du proviseur. Les &#233;l&#232;ves noirs sont les premi&#232;res victimes du tournant disciplinaire de l'enseignement public. Le jour o&#249; des centaines de lyc&#233;ens de Seattle ont quitt&#233; symboliquement les cours pour protester contre le non-lieu de Darren Wilson &#224; Ferguson, Jesse Hagopian, enseignant, a fait le lien entre Black Lives Matter et l'enseignement public :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;l&#232;ves ont &#233;videmment &#233;t&#233; &#233;mus par l'injustice de Ferguson, mais [&#8230;] ils n'ont pas besoin de traverser le pays pour affronter la f&#233;rocit&#233; du racisme. Les &#233;coles publiques de Seattle sont sous le coup d'une enqu&#234;te f&#233;d&#233;rale du d&#233;partement de l'&#201;ducation : leur taux d'exclusion des &#233;l&#232;ves noirs est quatre fois sup&#233;rieur &#224; celui des blancs pour les m&#234;mes infractions [lxxxiii].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me mani&#232;re que l'argent des entreprises d&#233;courage les organisations historiques des droits civiques de s'impliquer dans les luttes pour augmenter le salaire minimum, elle inhibe leur volont&#233; de r&#233;agir face aux r&#233;formes visant &#224; marchandiser et &#224; privatiser l'&#233;cole. &#192; elle seule, la Fondation Gates a vers&#233; plusieurs millions &#224; la NAACP et &#224; l'Urban League [lxxxiv] &#8211; alors que le milliardaire Bill Gates a pour projet de transformer l'&#233;ducation par la promotion des &#233;coles sous contrat, et que sa fondation est devenue un avant-poste de l'offensive contre les syndicats d'enseignants et pour la diffusion des tests standardis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux cas &#8211; les luttes de travailleurs pauvres et la r&#233;sistance &#224; la privatisation de l'enseignement et &#224; ses cons&#233;quences &#8211;, le mouvement Black Lives Matter, lui, est bien plac&#233; pour cr&#233;er et approfondir des liens avec les milieux syndicaux. Travailleuses et travailleurs noirs continuent de se syndiquer plus souvent que les blancs. La raison est simple : les noirs syndiqu&#233;s b&#233;n&#233;ficient de salaires et d'avantages sociaux largement sup&#233;rieurs &#224; ceux des non syndiqu&#233;s. Par ailleurs, les salari&#233;s noirs sont souvent concentr&#233;s dans les secteurs qui sont dans le collimateur de l'&#201;tat &#8211; administrations f&#233;d&#233;rales, d'&#201;tats et locales ; ils sont souvent employ&#233;s par les municipalit&#233;s, notamment dans les &#233;coles. Pendant l'hiver 2015, des militants BLM de tout le pays ont organis&#233; des blocages d'autoroutes, de transports publics, de magasins, de caf&#233;t&#233;rias. Si le mouvement s'alliait avec les syndicats, il pourrait s'appuyer sur la capacit&#233; des travailleurs &#224; bloquer la production, les services et le fonctionnement des entreprises pour exiger des r&#233;formes concr&#232;tes face au syst&#232;me policier. Certains ont ouvert la voie. Le 1er mai 2015, des dizaines de milliers de militantes et de militants ont d&#233;fil&#233; dans tout le pays sous la banni&#232;re de BLM ; &#224; Oakland (Californie), la section locale de l'International Longshore and Warehouse Union, syndicat de dockers et de manutentionnaires, a appel&#233; &#224; un arr&#234;t de travail qui a interrompu la circulation de dizaines de millions de dollars de marchandises en bloquant le chargement des cargos. C'&#233;tait la premi&#232;re fois qu'un grand syndicat lan&#231;ait un arr&#234;t de travail en solidarit&#233; avec le mouvement BLM. &#171; Les ouvriers sont ceux qui peuvent r&#233;ellement bloquer le pays &#187;, d&#233;clare, dans son communiqu&#233;, la coordination &#224; l'origine de l'action. &#171; Si les ouvriers refusent de travailler, les produits ne sont pas fabriqu&#233;s et l'argent ne change pas de mains. Le seul moyen pour que cet &#201;tat nous prenne au s&#233;rieux est d'interrompre son commerce et de le frapper au portefeuille. Quand on en appelle &#224; son humanit&#233;, il ne se passe rien. Sinon, le g&#233;nocide noir par la police se serait arr&#234;t&#233; il y a des d&#233;cennies [lxxxv]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type d'&#233;largissement du mouvement fait par ailleurs mentir l'id&#233;e d'une division g&#233;n&#233;rationnelle. Le fait de se coordonner avec des travailleuses et des travailleurs noirs, notamment des enseignants et des syndicalistes, permet de brasser les classes d'&#226;ges et d&#233;montre que les Afro-Am&#233;ricains de toutes les g&#233;n&#233;rations ont int&#233;r&#234;t &#224; une victoire du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Solidarit&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;cloisonnement du mouvement d&#233;pend aussi de sa capacit&#233; &#224; nouer des solidarit&#233;s avec d'autres groupes opprim&#233;s. Les Afro-Am&#233;ricains ont toujours &#233;t&#233; en premi&#232;re ligne face aux aspects les plus r&#233;pressifs du capitalisme &#233;tats-unien. Mais cela ne signifie pas qu'ils soient les seuls &#224; vouloir en finir avec sa brutalit&#233;. Cette soci&#233;t&#233; est structur&#233;e par l'oppression des peuples indig&#232;nes, des immigr&#233;s et plus g&#233;n&#233;ralement des non-blancs. C'est bien l&#224; ce qui permet d'&#233;clairer les ressorts profonds de cette &#233;nigme qui veut que les 1 % peuvent dominer une soci&#233;t&#233; dont la grande majorit&#233; a tout int&#233;r&#234;t &#224; d&#233;truire l'ordre existant. Si l'on s'en tient &#224; une arithm&#233;tique de base, il n'est pas r&#233;aliste de penser que 12 ou 13 % de la population &#8211; la part des Afro-Am&#233;ricains &#8211; puissent transformer radicalement l'ordre social des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu du mouvement sera de transformer le mot d'ordre de &#171; libert&#233; &#187; en revendications audibles qui, en permettant &#224; ses membres d'&#234;tre mieux entra&#238;n&#233;s et coordonn&#233;s, les rendront capables de lutter pour aller plus loin. Le mouvement doit aussi avoir des pistes concr&#232;tes pour nouer et approfondir des solidarit&#233;s entre domin&#233;s. Cela implique de construire des r&#233;seaux et des alliances avec les Hispaniques face aux attaques contre les droits des immigr&#233;s, d'&#234;tre en lien avec les Arabes et les musulmans en lutte contre l'islamophobie et de se coordonner avec les collectifs indig&#232;nes qui revendiquent leur droit &#224; l'autod&#233;termination &#224; l'int&#233;rieur des &#201;tats-Unis &#8211; pour ne citer que quelques exemples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais construire des solidarit&#233;s entre communaut&#233;s opprim&#233;es n'a rien d'&#233;vident. Par exemple, quand trois musulmans, Deah Barakat, Razan Abu&#8209;Salha et Yusor Abu&#8209;Salha, ont &#233;t&#233; tu&#233;s par balles par un blanc &#224; Chapel Hill (Caroline du Nord), l'utilisation par quelques militants du hashtag #BLM a suscit&#233; une lev&#233;e de boucliers. Certains y ont vu une &#171; r&#233;cup&#233;ration &#187; du mouvement noir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit en aucun cas de sous-estimer ou de minimiser les injustices que les autres minorit&#233;s subissent chaque jour dans ce pays ; en fait, c'est l'inverse. Chaque communaut&#233; doit pouvoir d&#233;velopper une r&#233;flexion critique sur son statut en Am&#233;rique, sur ses propres enjeux, ses propres exp&#233;riences et dans ses termes &#224; elle. Bien s&#251;r que les musulmans sont en ligne de mire dans le syst&#232;me am&#233;ricain. Personne ne le met en doute. Mais le fait de se servir du hashtag de BLM revient &#224; mettre sur le m&#234;me plan des luttes qui, m&#234;me si elles ont l'air de se ressembler, sont profond&#233;ment diff&#233;rentes [lxxxvi].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il faut effectivement respecter le travail politique r&#233;alis&#233; par le mouvement contre les violences polici&#232;res, il serait dommage de pr&#233;senter l'oppression noire et le racisme anti-noirs comme des ph&#233;nom&#232;nes tellement sp&#233;cifiques qu'ils deviennent inaccessibles &#224; la compr&#233;hension et, potentiellement, &#224; la solidarit&#233; d'autres groupes opprim&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En essayant de d&#233;montrer &#224; tout prix la singularit&#233; des oppressions v&#233;cues par chaque groupe, on passe &#224; c&#244;t&#233; de ce qui nous relie &#224; travers l'oppression &#8211; et de l'importance d'utiliser ces liens pour former des solidarit&#233;s, au lieu de nous complaire dans notre propre marginalit&#233;. L'&#201;tat diabolise ses ennemis pour justifier le traitement qu'il leur inflige : guerre permanente, internement, torture, emprisonnement de masse et abus policiers. Il y a une boucle de r&#233;troaction raciste par laquelle les politiques int&#233;rieures et ext&#233;rieures s'alimentent et se renforcent mutuellement. La politique &#233;trang&#232;re des &#201;tats-Unis au Moyen-Orient rejaillit &#224; l'int&#233;rieur du pays. L'instrumentalisation cynique de l'islamophobie pour l&#233;gitimer la poursuite des interventions dans les pays arabes et musulmans a n&#233;cessairement des effets sur les musulmans qui vivent aux &#201;tats-Unis. Et l'extension permanente du syst&#232;me policier, justifi&#233;e par la &#171; guerre contre la terreur &#187;, devient le moyen d'une r&#233;pression accrue &#224; l'int&#233;rieur du pays &#8211; qui touche avant tout, bien s&#251;r, les Afro-Am&#233;ricains et les Hispaniques des r&#233;gions frontali&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin des ann&#233;es 1990, un mouvement s'&#233;tait constitu&#233; pour lutter contre le profilage racial des automobilistes noirs. D'importantes actions collectives en justice men&#233;es dans le Maryland, le New Jersey, la Pennsylvanie et la Floride ont mis en lumi&#232;re l'ampleur de la suspicion et du harc&#232;lement subis par les conducteurs afro-am&#233;ricains sur les autoroutes. Le New Jersey est devenu le foyer de ces luttes quand, lors d'un contr&#244;le de routine au printemps 1998, un policier a tir&#233; sur une camionnette de jeunes Afro-Am&#233;ricains. Al Sharpton a conduit une manifestation de plusieurs centaines de personnes et un cort&#232;ge de 500 v&#233;hicules sur l'Interstate 95. La m&#234;me ann&#233;e, l'ACLU lan&#231;ait une proc&#233;dure collective au nom de plusieurs automobilistes noirs ayant subi des contr&#244;les discriminatoires sur cette m&#234;me autoroute. L'ann&#233;e suivante, en 1999, une vague de manifestations et de d&#233;sob&#233;issance civique exigeait l'inculpation des policiers impliqu&#233;s dans le meurtre d'Amadou Diallo en f&#233;vrier. C'est dans ce contexte qu'en mars 1999, la gouverneure r&#233;publicaine du New Jersey, Christine Todd Whitman, a fini par r&#233;voquer le directeur de la police de l'&#201;tat qui avait justifi&#233; le profilage en d&#233;clarant que le trafic de cannabis et de coca&#239;ne &#171; est surtout le fait des minorit&#233;s &#187; [lxxxvii].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette dynamique a &#233;t&#233; brusquement interrompue apr&#232;s les attentats du 11-Septembre. Le gouvernement s'est empress&#233; de commuer cette trag&#233;die en appel &#224; l'unit&#233; nationale en pr&#233;vision de nouvelles guerres, en Afghanistan puis en Irak. Au lendemain des attentats, les agents f&#233;d&#233;raux ont justifi&#233; le profilage racial par la n&#233;cessit&#233; de traquer des terroristes musulmans et arabes. D&#233;sormais soustraite aux enqu&#234;tes f&#233;d&#233;rales et aux poursuites, cette pratique est devenue une arme l&#233;gitime et pl&#233;biscit&#233;e dans la &#171; guerre contre la terreur &#187;. En 1999, 59 % des &#201;tats-Uniens pensaient que la police avait recours au profilage racial, et 81 % d'entre eux le condamnaient [lxxxviii]. Quelques mois avant le 11-Septembre, George W. Bush lui-m&#234;me d&#233;clarait lors d'une session pl&#233;ni&#232;re du Congr&#232;s : &#171; Le profilage racial est condamnable et nous le ferons dispara&#238;tre en Am&#233;rique [lxxxix]. &#187; Mais d&#232;s le 30 septembre 2001, 60 % de la population noire se d&#233;clarait favorable au profilage racial des Arabes, contre 45 % du reste de la population [xc]. Non seulement le mouvement contre le racisme a &#233;t&#233; englouti sous une vague de chauvinisme et d'islamophobie, mais le point de mire de la lutte antiraciste, le profilage racial, a &#233;t&#233; hiss&#233; au rang d'outil indispensable &#224; la s&#233;curit&#233; du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors que le mouvement reprend &#224; son compte des divisions activement encourag&#233;es par l'&#201;tat, c'est l'ensemble des luttes antiracistes qui s'en trouvent affaiblies. Cela ne veut pas dire qu'il faudrait escamoter les diff&#233;rences qui existent r&#233;ellement entre les divers groupes, mais cela implique en revanche de comprendre que les situations d'oppression se rejoignent et se chevauchent, et de r&#233;aliser qu'on a beaucoup &#224; gagner en s'unissant et beaucoup &#224; perdre en restant chacun dans son coin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestations ont le pouvoir de faire conna&#238;tre toutes ces situations de domination et de les relier au syst&#232;me policier ; elles peuvent mobiliser les gens ; elles peuvent obliger des personnalit&#233;s publiques &#224; d&#233;noncer ces situations. Manifester peut changer beaucoup de choses, mais cela ne suffit pas &#224; mettre fin aux abus de la police et au contexte qui sert &#224; les justifier. Le mouvement contre les violences polici&#232;res, s'il n'en est qu'aux pr&#233;misses, a transform&#233; la mani&#232;re dont les &#201;tats-Uniens per&#231;oivent et interpr&#232;tent l'action de la police. En une ann&#233;e, d'une c&#244;te &#224; l'autre des &#201;tats-Unis, des personnes noires ont lutt&#233; pour d&#233;noncer l'&#201;tat policier qui s'est install&#233; dans les villes, avec des avant-postes en banlieue. Le pays a &#233;t&#233; forc&#233; de regarder en face l'ampleur du mensonge de la soci&#233;t&#233; &#171; post-raciale &#187; ou &#171; indiff&#233;rente &#224; la race &#187;. En 2015, 83 % des &#201;tats-Uniens consid&#232;rent que le racisme &#171; pose toujours probl&#232;me &#187;, soit 7 % de plus qu'en 2014. 61 % des blancs et 82 % des noirs s'accordent sur la &#171; n&#233;cessit&#233; de d&#233;battre du racisme dans la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine [xci] &#187;. Dans le m&#234;me intervalle, le nombre de blancs qui consid&#232;rent les homicides de la police comme des &#171; incidents isol&#233;s &#187; est pass&#233; de 58 % &#224; 36 % [xcii]. Au cours du seul mois de juillet 2015, la police a tu&#233; 124 personnes, un chiffre &#233;tonnant, largement sup&#233;rieur &#224; la moyenne [xciii]. D&#232;s la mi-ao&#251;t, on d&#233;nombrait 54 victimes de plus. Le jour anniversaire de la mort de Mike Brown (9 ao&#251;t 2015), la police de Ferguson tire sur un adolescent noir, qui est gri&#232;vement bless&#233;. &#192; New York &#8211; o&#249; une mobilisation &#233;nergique luttait d&#233;j&#224; contre les violences polici&#232;res depuis des ann&#233;es, avant de r&#233;appara&#238;tre sous la forme d'un mouvement national &#8211;, le maire lib&#233;ral Bill de Blasio s'est engag&#233; &#224; recruter un millier de policiers suppl&#233;mentaires. Cette d&#233;cision a surpris, &#233;tant donn&#233; qu'il avait surf&#233; sur le succ&#232;s de la campagne contre le stop-and-frisk pour se faire &#233;lire en 2013. Une fois encore, cela illustre la r&#233;silience de la police en tant qu'institution et la r&#233;ticence des &#233;lus &#224; l'emp&#234;cher de nuire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement est confront&#233; &#224; de nombreux d&#233;fis, mais il a aussi montr&#233; qu'il &#233;tait l&#224; pour durer. Cela tient moins au g&#233;nie organisationnel de ses militants et de ses militantes qu'&#224; la profonde col&#232;re de toutes les personnes noires ordinaires qui ont &#233;t&#233; pass&#233;es &#224; tabac, emprisonn&#233;es, humili&#233;es et insult&#233;es, tout en se voyant expliquer dans le m&#234;me temps qu'elles &#233;taient responsables de leur sort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La capacit&#233; des simples citoyens afro-am&#233;ricains &#224; faire vivre le mouvement a &#233;t&#233; illustr&#233;e en juin 2015 &#224; McKinney (Texas), o&#249; la police est intervenue violemment contre plusieurs jeunes noirs pendant une f&#234;te priv&#233;e autour d'une piscine &#8211; et o&#249; Dajeria Becton, 15 ans, a &#233;t&#233; violent&#233;e par un agent. Il y a quelques ann&#233;es, on aurait &#224; peine pr&#234;t&#233; attention &#224; une telle affaire. Mais quelques jours apr&#232;s cet &#233;pisode, des centaines de manifestants noirs et blancs remplissaient les rues et bloquaient la circulation du petit quartier r&#233;sidentiel o&#249; la jeune fille avait &#233;t&#233; agress&#233;e en chantant &#171; Nous voulons nous baigner &#187; et &#171; Si on ne peut pas nager, vous ne pouvez pas conduire ! &#187; Ce devait &#234;tre une sc&#232;ne impressionnante &#8211; et pour plusieurs raisons. Les riverains blancs de cette banlieue ais&#233;e qui soutenaient la police ne pouvaient rien faire ; ils avaient &#233;t&#233; r&#233;duits &#224; l'impuissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette action a manifestement intimid&#233; les services de police qui ont oblig&#233; l'agent le plus brutal, l'assaillant de Dajeria Becton, &#224; d&#233;missionner. Mais surtout, pour ces enfants noirs qui avaient &#233;t&#233; agress&#233;s et tenus en joue avec une arme, pour leurs parents, le fait de voir des centaines de personnes descendre dans la rue pour dire que leurs vies comptent a d&#251; compenser une partie du traumatisme. Le fait de voir des centaines de blancs solidaires a d&#251; leur donner l'espoir que tous ne sont pas racistes et que certains sont m&#234;me pr&#234;ts &#224; venir se battre &#224; leurs c&#244;t&#233;s. Cette manifestation a peut-&#234;tre aussi l&#233;gitim&#233; leur droit &#224; r&#233;sister, &#224; lutter contre le racisme et sa violence, et r&#233;affirm&#233; qu'ils avaient eu raison de protester au moment des faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre les premi&#232;res explosions &#224; Ferguson et aujourd'hui, le mouvement Black Lives Matter a r&#233;veill&#233; la fiert&#233; et la combativit&#233; d'une g&#233;n&#233;ration que cet &#201;tat a cherch&#233; &#224; tuer, &#224; emprisonner ou simplement &#224; faire dispara&#238;tre de la soci&#233;t&#233;. Le pouvoir de la r&#233;volte a &#233;t&#233; v&#233;rifi&#233;. Pour augmenter sa capacit&#233; &#224; changer les choses, pour qu'elle puisse entamer le syst&#232;me policier, pour r&#233;sister &#224; ses adversaires et aux tentatives d'infiltrer, de d&#233;tourner et de d&#233;truire ce qui a &#233;t&#233; construit, il faut &#224; pr&#233;sent renforcer l'organisation et la coordination afin de passer de la r&#233;volte au mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[i]En 1931, dans cette petite ville du nord de l'Alabama, neuf adolescents noirs furent jug&#233;s et condamn&#233;s, au cours d'un proc&#232;s mont&#233; de toutes pi&#232;ces, pour le viol de deux femmes blanches. &#192; l'issue d'une bataille politique, certaines condamnations furent cass&#233;es par la Cour supr&#234;me dans les ann&#233;es qui suivirent. Trois furent &#233;galement graci&#233;s&#8230; en 2013, et &#224; titre posthume. [ndt]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[ii]Acronyme de People United to Save Humanity. Organisation fond&#233;e par Jesse Jackson en 1972, elle fusionne en 1996 avec la Rainbow Coalition &#8211; &#233;galement fond&#233;e par Jackson &#8211; et devient Rainbow/Push. [nde]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[i]Cassandra Johnson, cit&#233;e par Michelle Dean, &#171; &#8220;Black Women Unnamed&#8221; : How Tanisha Anderson's Bad Day Turned into Her Last &#187;, The Guardian, 5 juin 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[ii]John H. Richardson, &#171; Michael Brown Sr. and the Agony of the Black Father in America &#187;, Esquire, 5 janvier 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[iii]Kristin Braswell, &#171; #FergusonFridays : Not All of the Black Freedom Fighters Are Men : An Interview with Black Women on the Front Line in Ferguson &#187;, The Feminist Wire, 3 octobre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[iv]Charles P. Pierce, &#171; The Body in the Street &#187;, Esquire, 2 ao&#251;t 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[v]Mark Follman, &#171; Michael Brown's Mom Laid Flowers Where He Was Shot &#8211; and Police Crushed Them &#187;, Mother Jones, 27 ao&#251;t 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[vi]John H. Richardson, &#171; Michael Brown Sr. &#187;, art. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[vii]Amnesty International USA, &#171; On the Streets of America : Human Rights Abuses in Ferguson &#187;, 24 octobre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[viii]Dan Burns et Megan Davies, &#171; In Riot-Hit Ferguson, Traffic Fines Boost Tension and Budget &#187;, Reuters, 19 ao&#251;t 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[ix]Anna Brand and Amanda Sakuma, &#171; 11 Alarming Findings in the Report on Ferguson Police &#187;, MSNBC, 4 mars 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[x]Jon Schuppe, &#171; U.S. Finds Pattern of Biased Policing in Ferguson &#187;, NBC News, 3 mars 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xi]Nathan Robinson, &#171; The Shocking Finding from the DOJ's Ferguson Report That Nobody Has Noticed &#187;, Huffington Post, 13 mars 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xii]Joel Anderson, &#171; Ferguson's Angry Young Men &#187;, BuzzFeed, 22 ao&#251;t 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xiii]Johnetta Elzie, &#171; When I Close My Eyes at Night, I See People Running from Tear Gas &#187;, Ebony, septembre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xiv]Joel Anderson, &#171; Ferguson's Angry Young Men &#187;, art. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xv]Jon Swaine, &#171; Ohio Walmart Video Reveals Moments Before Officer Killed John Crawford &#187;, The Guardian, 24 septembre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xvi]Josh Harkinson, &#171; 4 Unarmed Black Men Have Been Killed by Police in the Last Month &#187;, Mother Jones, 13 ao&#251;t 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xvii]Darnell L. Moore, &#171; Two Years Later, Black Lives Matter Faces Critiques, but It Won't Be Stopped &#187;, Mic, 10 ao&#251;t 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xviii]Associated Press, &#171; Five Arrested in Ferguson after Protests Break Out over Burned Memorial &#187;, The Guardian, 12 ao&#251;t 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xix]Trymaine Lee, &#171; Why Vonderrit Myers Matters &#187;, MSNBC, 18 octobre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xx][Sans nom], &#171; Ferguson October : Thousands March in St. Louis for Police Reform and Arrest of Officer Darren Wilson &#187;, Democracy Now !, 13 octobre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxi]Donna Murch, &#171; Historicizing Ferguson &#187;, New Politics, vol. XV-3, no 59, &#233;t&#233; 2015. Disponible sur Newpol.org.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxii]Lilly Fowler, &#171; Al Sharpton Arrives in St. Louis, Seeking Justice for Michael Brown &#187;, Saint Louis Post-Dispatch, 12 ao&#251;t 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxiii]&#171; Rev. Sharpton Preaches Truth and Action at Michael Brown, Jr. Funeral &#187;, Daily Kos, 25 ao&#251;t 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxiv]Joel Anderson, &#171; Ferguson's Angry Young Men &#187;, art. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxv]Erica Ritz, &#171; Jesse Jackson Cornered by Angry Ferguson Protesters : &#8220;When You Going to Stop Selling Us Out ?&#8221; &#187;, Blaze, 22 ao&#251;t 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxvi]Kristin Braswell, &#171; #FergusonFridays &#187;, art. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxvii]Matt Pearce, &#171; &#8220;Ferguson October&#8221; Rally Highlights Divide among St. Louis Activists, Los Angeles Times, 12 octobre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxviii]Kristin Braswell, &#171; #FergusonFridays &#187;, art. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxix]Ella Baker, &#171; Bigger Than a Hamburger &#187;, Southern Patriot, 18 juin 1960. Disponible sur Historyisaweapon.com/defcon1/bakerbigger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxx]Britni Danielle, &#171; &#8220;Say Her Name&#8221; Turns Spotlight on Black Women and Girls Killed by Police &#187;, Take Part, 22 mai 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxxi]Amanda Sakuma, &#171; Women Hold the Front-Lines of Ferguson &#187;, MSNBC, 12 octobre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxxii]Kristin Braswell, &#171; #FergusonFridays &#187;, art. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxxiii]Stephen Bronars, &#171; Half of Ferguson's Young African-American Men Are Missing &#187;, Forbes, 18 mars 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxxiv]David Leonhardt, Kevin Quealy et Justin Wolfers, &#171; 1.5 Million Missing Black Men &#187;, New York Times, 20 avril 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxxv]Kristin Braswell, &#171; #FergusonFridays &#187;, art. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxxvi]Katherine Mirani, &#171; Nurturing Black Youth Activism &#187;, Chicago Reporter, 6 octobre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxxvii]Alicia Garza, &#171; A Herstory of the #BlackLivesMatter Movement &#187;, Feminist Wire, 7 octobre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxxviii]&#171; Transcript : Obama's Remarks on Ferguson Grand Jury Decision &#187;, Washington Post, 24 novembre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxxix]M. David and Jackson Marciana, &#171; Tanisha Anderson Was Literally Praying for Help as Cops Held Her Down and Killed Her &#187;, Counter Current News, 28 f&#233;vrier 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xl]Fredrick Harris, &#171; Will Ferguson Be a Moment or a Movement ? &#187;, Washington Post, 22 ao&#251;t 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xli]Ferguson Action, &#171; Breaking : Ferguson Activists Meet with President Obama to Demand an End to Police Brutality Nationwide &#187;, communiqu&#233; de presse, 1er d&#233;cembre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xlii]Tanya Somanader, &#171; President Obama Delivers a Statement on the Grand Jury Decision in the Death of Eric Garner &#187;, communiqu&#233; de presse de la Maison-Blanche, 3 d&#233;cembre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xliii]Kirsten West Savali, &#171; The Fierce Urgency of Now : Why Young Protesters Bum-Rushed the Mic &#187;, Root, 14 d&#233;cembre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xliv]Darryl Fears, &#171; Thousands Join Al Sharpton in &#8220;Justice for All&#8221; March in D.C.,&#8221; Washington Post, 13 d&#233;cembre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xlv]Al Sharpton, &#171; It's Been a Long Time Coming, But Permanent Change Is Within Our Grasp &#187;, Huffington Post, 15 d&#233;cembre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xlvi]Azi Paybarah, &#171; Amid Tensions, Sharpton Lashes Out at Younger Activists &#187;, Politico, 31 janvier 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xlvii]Marcia Chatelain, &#171; #BlackLivesMatter : An Online Roundtable with Alicia Garza, Dante Barry, and Darsheel Kaur &#187;, Dissent, 19 janvier 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xlviii]Azi Paybarah, &#171; Amid Tensions, Sharpton Lashes Out at Younger Activists &#187;, art. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xlix]Ferguson Action, &#171; About This Movement &#187;, communiqu&#233; de presse, 15 d&#233;cembre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[l]Tim Mak, &#171; Capitol Hill's Black Staffers Walk Out to Do &#8220;Hands Up, Don't Shoot !&#8221; &#187;, Daily Beast, 10 d&#233;cembre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[li]Nicole Mulvaney, &#171; Princeton University Students Stage Walkout in Protest of Garner, Ferguson Grand Jury Decisions &#187;, NJ.com, 4 d&#233;cembre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lii]White Coats 4 Black Lives, &#171; About &#187;, [sans date], consult&#233; en juillet 2017. Disponible sur &lt;a href=&#034;http://www.whitecoats4blacklives.org/about&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.whitecoats4blacklives.org/about&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[liii]Malaika Fraley et Gary Peterson, &#171; Bay Area Public Defenders Rally for &#8220;Black Lives Matter&#8221; &#187;, San Jose Mercury News, 18 d&#233;cembre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[liv]Marcia Chatelain, &#171; #BlackLivesMatter : An Online Roundtable &#187;, art. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lv]Jill Colvin, &#171; Hillary Clinton Denounces Torture, Says Black Lives Matter &#187;, Huffington Post, 16 d&#233;cembre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lvi]Nia-Malika Henderson, &#171; &#8220;Black Respectability&#8221; Politics Are Increasingly Absent from Obama's Rhetoric &#187;, Washington Post, 3 d&#233;cembre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lvii]Noah Berlatsky, &#171; Hashtag Activism Isn't a Cop-Out &#187;, The Atlantic, 7 janvier 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lviii]Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lix]Barbara Ransby, &#171; Ella Baker's Radical Democratic Vision &#187;, Jacobin, 18 juin 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lx]Danny Katch, &#171; #BlackLivesMatter Looks to the Future &#187;, Socialist Worker, 4 f&#233;vrier 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lxi]Darnell L. Moore, &#171; Two Years Later &#187;, art.cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lxii]Hill-Snowdon Foundation, &#171; How to Fund #BlackLivesMatter &#187;, Hill-Snowdon Foundation, 9 juin 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lxiii]Ryan Schlegel, &#171; Why Foundations Should Support July's Movement for Black Lives Convening &#187;, National Committee for Responsive Philanthropy, 9 juin 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lxiv]Aldon D. Morris, The Origins of the Civil Rights Movement, New York, Simon &amp; Schuster, 1986, p. 234-235.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lxv]Ibid., p. 235.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lxvi]Tanzina Vega, &#171; How to Fund Black Lives Matter &#187;, CNN, 5 juin 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lxvii]Incite ! Women of Color Against Violence, The Revolution Will Not Be Funded : Beyond the Non-Profit Industrial Complex, Cambridge (Mass.), South End Press, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lxviii]Arundhati Roy, Capitalism : A Ghost Story, Chicago, Haymarket Books, 2014, p. 26.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lxix]Megan Francis, &#171; Do Foundations Co-Opt Civil Rights Organizations ? &#187;, HistPhil, 17 ao&#251;t 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lxx]Cory Shaffer, &#171; Cleveland Group Seeks Arrests of Officers Involved in Tamir Rice Shooting &#187;,&#8221; Cleveland.com, 9 juin 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lxxi]John Kopp, &#171; Hundreds in Philly Rally against Police Violence &#187;, Philly Voice, 30 avril 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lxxii]Jasmine Aguilera et Claire Z. Cardona Jasmine Aguilera, &#171; Marches against Police Brutality, for Immigration Reform Take to Downtown Dallas Streets &#187;, Dallas Morning News, 1er mai 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lxxiii]Ferguson Action, &#171; Demands &#187;, [sans date]. Disponible sur Fergusonaction.com.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lxxiv]Hands Up United, &#171; Hands Up &#187;, [sans date]. Disponible sur Handsupunited.org.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lxxv]Black Lives Matter, &#171; Demands &#187;, [sans date]. Disponible sur Blacklivesmatter.com.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lxxvi]James Forman, The Making of Black Revolutionaries : A Personal Account, New York, Macmillan, 1972, p. 395-96.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lxxvii]Annie-Rose Strasser, &#171; The Majority of Fast Food Workers Are Not Teenagers, Report Finds &#187;, Think Progress, 8 ao&#251;t 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lxxviii]BYP 100, &#171; Racial Justice Is Economic Justice &#187;, [sans date]. Disponible sur Byp100.org/ff15signup/.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lxxix]Gary Kopycinski, &#171; Black Youth Project 100 (BYP100) Declares #BlackWorkMatters at Protests in Chicago, New Orleans &amp; New York City &#187;, E-News Park Forest, 16 avril 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lxxx]Peter Waldman, &#171; NAACP's FedEx and Wal-Mart Gifts Followed Discrimination Claims &#187;, Bloomberg Business Week, 8 mai 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lxxxi]Annie Karni, &#171; Rev. Al Sharpton Gets $1M in Birthday Gifts for His Nonprofit &#187;, New York Daily News, 3 octobre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lxxxii]Owen Davis, &#171; Punitive Schooling &#187;, Jacobin, 17 octobre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lxxxiii]Jesse Hagopian, &#171; &#8220;Why Are They Doing This to Me ?&#8221; : Students Confront Ferguson and Walkout Against Racism &#187;, Common Dreams, 30 novembre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lxxxiv]Valerie Strauss, &#171; Just Whose Rights Do These Civil Rights Groups Think They Are Protecting ? &#187;, Washington Post, 9 mai 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lxxxv]Alessandro Tinonga, &#171; Black Lives Matter on the Docks &#187;, Socialist Worker, 30 avril 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lxxxvi]Sabah, &#171; Stop Using #MuslimLivesMatter &#187;, Muslim Girl, 12 f&#233;vrier 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lxxxvii]Robert D. McFadden, &#171; Whitman Dismisses State Police Chief for Race Remarks &#187;, New York Times, 1er mars 1999.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lxxxviii]Frank Newport, &#171; Racial Profiling Is Seen as Widespread, Particularly Among Young Black Men &#187;, Gallup, 9 d&#233;cembre 1999.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[lxxxix]Dan Zeidman, &#171; One Step Closer to Ending Racial Profiling &#187;, American Civil Liberties Union, 7 octobre 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xc]Sasha Polakow-Suransky, &#171; When the Profiled Become Profilers &#187;, African America, 24 novembre 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xci]Ariel Edwards-Levy, &#171; Americans Say Now Is the Right Time to Discuss Racism, Gun Control &#187;, Huffington Post, 22 juin 2015.&lt;br class='autobr' /&gt;
[xcii]Terrell Jermaine Starr, &#171; New Study : More White People See Systemic Problems in Policing after Freddie Gray, but Racial Gulf Remains &#187;, AlterNet, 5 mai 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xciii]Base de donn&#233;es en ligne actualis&#233;e depuis le 1er juin 2015 : &#171; The Counted : People Killed by Police in the United States in 2015 &#187;, site du Guardian, consult&#233; en juillet 2017. [Disponible sur TheGuardian.com.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- En r&#233;f&#233;rence &#224; la pratique des Freedom Rides (&#171; voyages de la libert&#233; &#187;) initi&#233;e en 1961 par des militants des droits civiques qui montaient &#224; bord des bus inter-&#201;tats du Sud des &#201;tats-Unis pour v&#233;rifier l'application du jugement de la Cour supr&#234;me de 1960 interdisant la s&#233;gr&#233;gation dans les transports en commun (nde).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Traduisible par &#171; De quel c&#244;t&#233; &#234;tes-vous ? &#187;, ce morceau a &#233;t&#233; compos&#233; en 1931 par la militante et chanteuse folk Florence Reece en soutien aux mineurs du comt&#233; de Harlan (Kentucky). Durant toutes les ann&#233;es 1930, dans ce qui fut d&#233;sign&#233; sous le nom de &#171; guerre de Harlan County &#187;, les mineurs et leurs syndicats s'oppos&#232;rent &#224; leurs employeurs dans une s&#233;rie de gr&#232;ves tr&#232;s dures au cours desquelles plusieurs mineurs et d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux furent abattus par la Garde nationale, des troupes f&#233;d&#233;rales ou des milices patronales. (nde)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- Pr&#233;cisons que le coup de feu de Marissa Alexander n'a pas bless&#233; son conjoint : il ne l'a m&#234;me pas atteint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4- En 1931, dans cette petite ville du nord de l'Alabama, neuf adolescents noirs furent jug&#233;s et condamn&#233;s, au cours d'un proc&#232;s mont&#233; de toutes pi&#232;ces, pour le viol de deux femmes blanches. &#192; l'issue d'une bataille politique, certaines condamnations furent cass&#233;es par la Cour supr&#234;me dans les ann&#233;es qui suivirent. Trois furent &#233;galement graci&#233;s&#8230; en 2013, et &#224; titre posthume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5- La Bart, acronyme de &#171; Bay Area Rapid Transit &#187;, est la soci&#233;t&#233; de transport de la baie de San Francisco. C'est dans l'une de ses stations qu'Oscar Grant, 23 ans, a &#233;t&#233; tu&#233; d'une balle dans le dos par un de ses agents de s&#233;curit&#233; &#224; l'aube du 1er janvier 2009&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6- Variante du sit-in dans laquelle les manifestants s'allongent au sol en simulant la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7- Les avocats commis d'office (public defenders) forment un groupe distinct dans la corporation des avocats aux &#201;tats-Unis, car ce sont des employ&#233;s &#224; plein temps des gouvernements des &#201;tats ou du gouvernement f&#233;d&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8- &#171; Historique &#187; parce qu'elle fut notamment le lieu d'un c&#233;l&#232;bre discours de Martin Luther King, dans lequel le pasteur s'&#233;levait contre la guerre du Vietnam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9- Le titre de cette section fait r&#233;f&#233;rence &#224; &#171; The Revolution Will Not Be Televised &#187;, c&#233;l&#232;bre morceau de slam de Gil Scott-Heron issu de l'album de 1970 A New Black Poet &#8211; Small Talk at 125th and Lenox.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10- Acc&#232;s au mat&#233;riel informatique, &#224; certaines salles de r&#233;cr&#233;ation ou de sport, &#224; une place de parking&#8230; Aux &#201;tats-Unis, il n'est pas rare que le ramassage scolaire, par exemple, soit consid&#233;r&#233; comme un &#171; privil&#232;ge &#187; (et non un droit) qui peut &#234;tre perdu en cas de violation du r&#232;glement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Etats-Unis. &#171; Au-del&#224; de Lean-In : pour un f&#233;minisme des 99% et une gr&#232;ve internationale combative le 8 mars &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Etats-Unis-Au-dela-de-Lean-In-pour-un-feminisme-des-99-et-une-greve</link>
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		<dc:date>2017-02-14T07:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Cinzia Arruzza, Keeanga-Yamahtta Taylor, Linda Mart&#237;n Alcoff, Nancy Fraser, Rasmea Yousef Odeh, Tithi Bhattacharya</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Le mouvement des femmes dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;lection de Donald Trump</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2017-02-14</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La massive Marche des femmes le 21 janvier 2017, dans diverses villes des Etats-Unis, a &#233;t&#233; conclue sur la d&#233;cision d'un appel pour une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale des femmes, dont la date n'&#233;tait pas pr&#233;cis&#233;e. En date du 6 f&#233;vrier, la Women's March publiait sur Twitter l'annonce suivante : &#171; General strike : a day without a woman. Date to be announced &#187;. Suite &#224; la Marche du 21 janvier, la Women's March d&#233;clare : &#171; D'abord nous avons march&#233;. Maintenant nous nous rassemblons, nous r&#233;unissons nos (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Etats-Unis-" rel="directory"&gt;&#201;tats-Unis&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Le-mouvement-des-femmes-dans-le-monde-+" rel="tag"&gt;Le mouvement des femmes dans le monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Election-de-Donald-Trump-+" rel="tag"&gt;&#201;lection de Donald Trump&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2017-02-14-+" rel="tag"&gt;Edition du 2017-02-14&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH141/arton29676-f14d8.jpg?1781305401' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='141' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La massive Marche des femmes le 21 janvier 2017, dans diverses villes des Etats-Unis, a &#233;t&#233; conclue sur la d&#233;cision d'un appel pour une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale des femmes, dont la date n'&#233;tait pas pr&#233;cis&#233;e. En date du 6 f&#233;vrier, la Women's March publiait sur Twitter l'annonce suivante : &#171; General strike : a day without a woman. Date to be announced &#187;. Suite &#224; la Marche du 21 janvier, la Women's March d&#233;clare : &#171; D'abord nous avons march&#233;. Maintenant nous nous rassemblons, nous r&#233;unissons nos communaut&#233;s et nous planifions le prochain pas. &#187; Autrement dit, les modalit&#233;s de poursuite du mouvement du 21 janvier sont largement d&#233;battues. &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;http://alencontre.org/ameriques/americnord/usa/etats-unis-au-dela-de-lean-in-pour-un-feminisme-des-99-et-une-greve-internationale-combative-le-8-mars.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#192; l'encontre&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, le th&#232;me d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale des femmes est aujourd'hui d'actualit&#233; aux Etats-Unis. Il s'inscrit dans un mouvement international plus large initi&#233; entre autres en Am&#233;rique latine. Nous publions ci-dessous le texte publi&#233; sur Viewpoint Magazine, &#171; un collectif militant de recherche &#187;, le 3 f&#233;vrier 2017. La convergence effective &#8211; qui n&#233;cessite certainement un dialogue entre de multiples composantes &#8211; des diverses initiatives en cours appara&#238;t de la plus grande importance pour consolider la mobilisation du 21 janvier. (R&#233;d. A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible que les massives marches des femmes du 21 janvier 2017 marquent le d&#233;but d'une nouvelle vague de luttes f&#233;ministes combatives. Mais quel en sera son axe principal ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est, &#224; notre avis, pas suffisant de s'opposer &#224; Trump et &#224; ses politiques misogynes, homophobes, transphobes et racistes agressives ; nous devons &#233;galement cibler les attaques n&#233;olib&#233;rales en cours contre les dispositions sociales et les droits du travail. Alors que la misogynie &#233;hont&#233;e de Trump a &#233;t&#233; le d&#233;clencheur de la r&#233;ponse massive du 21 janvier, les attaques contre les femmes (et toutes les personnes qui travaillent) sont bien ant&#233;rieures &#224; son gouvernement. Les conditions d'existence des femmes, en particulier pour les femmes de couleur et les travailleuses, les ch&#244;meuses et les migrantes, se sont d&#233;t&#233;rior&#233;es constamment au cours des trois derni&#232;res d&#233;cennies en raison de la financiarisation [du capitalisme] et de la mondialisation des entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le f&#233;minisme &#171; lean-in &#187; et d'autres variantes du f&#233;minisme d'entrepreneures [voir la note 1] ne correspond pas &#224; la majorit&#233; d'entre nous, celles qui n'ont pas acc&#232;s &#224; une possibilit&#233; individuelle d'autopromotion et d'avancement et dont les conditions d'existence ne peuvent &#234;tre am&#233;lior&#233;es qu'au travers de politiques qui d&#233;fendent la reproduction sociale [2], garantissent la justice reproductive [3] ainsi que les droits du travail. Ainsi que nous la concevons, cette nouvelle vague de mobilisations de femmes doit aborder toutes ces dimensions de mani&#232;re directe. Cela doit &#234;tre un f&#233;minisme pour les 99%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le type de f&#233;minisme que nous cherchons &#233;merge d&#233;j&#224; internationalement, au sein de luttes &#224; travers le monde : de la gr&#232;ve des femmes en Pologne contre l'interdiction de l'avortement jusqu'aux gr&#232;ves et marches de femmes en Am&#233;rique latine contre la violence masculine ; des manifestations des femmes massives de novembre dernier en Italie en passant par les gr&#232;ves de femmes pour les droits reproductifs en Cor&#233;e du Sud et en Irlande. Ce que ces mobilisations ont de frappant, c'est que nombre d'entre elles combinent les luttes contre les violences masculines avec une opposition &#224; la pr&#233;carisation du travail et aux in&#233;galit&#233;s salariales tout en combattant l'homophobie, la transphobie et les politiques migratoires x&#233;nophobes. Ces mobilisations, prises ensemble, annoncent un nouveau mouvement f&#233;ministe international dont le programme est &#233;largi, &#233;tant simultan&#233;ment antiraciste, anti-imp&#233;rialiste, anti-h&#233;t&#233;rosexiste et contre le n&#233;olib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voulons contribuer au d&#233;veloppement de ce nouveau mouvement f&#233;ministe, plus &#233;tendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme premier pas, nous proposons de contribuer au lancement d'une gr&#232;ve internationale contre les violences masculines et en d&#233;fense des droits reproductifs le 8 mars 2017. Nous nous joignons en ce sens &#224; des groupes f&#233;ministes de trente pays qui ont appel&#233; &#224; une telle gr&#232;ve [voir le site parodemujeres.com]. L'id&#233;e est de mobiliser les femmes, les femmes trans et tous ceux et celles qui les soutiennent lors d'une journ&#233;e internationale de lutte : un jour de gr&#232;ve ; de manifestations, de blocage de routes, de ponts et d'occupation de places ; d'abstention du travail domestique, de soins et de sexe ; de boycott, de ciblage des politiciens et des entreprises misogynes ; de gr&#232;ve dans les institutions de formation. Ces actions ont pour but de rendre visibles les besoins et les aspirations de celles que le f&#233;minisme lean-in ignore : les femmes ins&#233;r&#233;es dans le march&#233; du travail &#171; formel &#187;, les femmes travaillant dans la sph&#232;re de la reproduction sociale et des soins ainsi que les ch&#244;meuses et les pr&#233;caires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En adoptant un f&#233;minisme pour le 99%, nous tirons notre inspiration de la coalition argentine Ni Una Menos [Pas une de moins, lanc&#233;e contre les violences sexistes, manifestations en juin 2015 et juin 2016]. Les violences contre les femmes, ainsi que nous les d&#233;finissons, ont des facettes multiples : c'est la violence domestique mais aussi la violence du march&#233;, de la dette, des rapports de propri&#233;t&#233; capitalistes et de l'Etat ; la violence des politiques discriminatoires &#224; l'encontre des lesbiennes, des trans et des femmes queer, la violence de la criminalisation des mouvements migratoires par l'Etat, la violence des incarc&#233;rations de masse et la violence institutionnelle contre les corps des femmes par l'interdiction des avortements et l'acc&#232;s limit&#233; &#224; des soins gratuits ainsi qu'&#224; l'avortement gratuit. Leurs perspectives informent notre d&#233;termination &#224; nous opposer aux attaques institutionnelles, politiques, culturelles et &#233;conomiques contre les musulmanes et les migrantes, les femmes de couleur, les travailleuses et les ch&#244;meuses, les lesbiennes, les femmes trans et transgenres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les marches des femmes du 21 janvier ont d&#233;montr&#233; qu'aux Etats-Unis &#233;galement un nouveau mouvement f&#233;ministe pourrait bien &#234;tre en train de se former. Il est important de ne pas perdre cet &#233;lan. Rassemblons-nous le 8 mars pour la gr&#232;ve et les manifestations. Utilisons l'occasion de cette journ&#233;e internationale d'action pour en finir avec le lean-f&#233;minisme et pour le remplacer par un f&#233;minisme des 99%, un f&#233;minisme de la base, un f&#233;minisme anticapitaliste : un f&#233;minisme solidaire des travailleuses, de leurs familles et de leurs alli&#233;s &#224; travers le monde. (Article publi&#233; le 3 f&#233;vrier 2017 sur le site Viewpointpointmag.com ; traduction A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Linda Mart&#237;n Alcoff est professeure de philosophie au Hunter College et auteure de Visible Identities : Race, Gender, and the Self.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinzia Arruzza est professeure assistante de philosophie &#224; la New School for Social Research de New York. Elle a publi&#233; Dangerous Liaisons : The Marriages and Divorces of Marxism and Feminism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tithi Bhattacharya enseigne l'histoire &#224; Purdue University. Son premier livre porte le titre de The Sentinels of Culture : Class, Education, and the Colonial Intellectual in Bengal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nancy Fraser est Loeb Professor de Philosophy and Politics &#224; la New School for Social Research. Parmi ses ouvrages, mentionnons Redistribution or Recognition et Fortunes of Feminism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Keeanga-Yamahtta Taylor est professeure assistante du Center for African American Studies de l'Universit&#233; de Princeton et auteure de From #BlackLivesMatter to Black Liberation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rasmea Yousef Odeh est la directrice associ&#233;e de l'Arab American Action Network et ancienne membre du Front populaire de lib&#233;ration de la Palestine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Allusion au titre de l'ouvrage de Sheryl Sandberg, directrice des op&#233;rations de Facebook apr&#232;s un passage &#224; la direction de Google. Sandberg a &#233;t&#233; r&#233;guli&#232;rement class&#233;e parmi les 100 femmes les plus puissantes du monde par le magazine Fortune. Le livre s'intitule Lean In : Women, Work, and the Will to Lead. Il a &#233;t&#233; traduit en fran&#231;ais avec le titre de En avant toutes : les femmes, le travail et le pouvoir avec une pr&#233;face de l'ancienne ministre des Finances fran&#231;aise et actuelle directrice du FMI, Christine Lagarde. La f&#233;ministe afro-am&#233;ricaine Gloria Jean Watkins (bell hooks, de son nom de plume) en a fait une critique intitul&#233;e Dig Deeper : Beyond Lean In. (R&#233;d. A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] La &#171; reproduction sociale &#187; est entendue ici comme un processus int&#233;gr&#233; de production des biens et des services et de production de la vie. (R&#233;d. A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] La &#171; justice reproductive &#187; se d&#233;veloppe lorsque l'ensemble des personnes disposent d'un pouvoir social, politique et &#233;conomique et des ressources permettant de prendre de bonnes d&#233;cisions ayant trait &#224; leur genre, leur corps, leur sexualit&#233; et leurs familles pour elles-m&#234;mes et leur communaut&#233;. La justice reproductive vise &#224; transformer les in&#233;galit&#233;s de pouvoir et cr&#233;er sur le long terme un changement syst&#233;mique. La th&#233;orie de la justice reproductive s'est d&#233;velopp&#233;e depuis 1994, en int&#233;grant un ensemble de droits intriqu&#233;s. (R&#233;d. A l'Encontre)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Etats-Unis. Apr&#232;s Dallas, Black Lives Matter est plus important que jamais</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Etats-Unis-Apres-Dallas-Black-Lives-Matter-est-plus-important-que-jamais</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Etats-Unis-Apres-Dallas-Black-Lives-Matter-est-plus-important-que-jamais</guid>
		<dc:date>2016-08-09T06:24:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Keeanga-Yamahtta Taylor</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2016-08-09</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Au cours du week-end, apr&#232;s des journ&#233;es tumultueuses, des milliers de manifestants sont descendus &#224; nouveau dans les rues des Etats-Unis pour exiger un terme aux meurtres policiers d'hommes, de femmes et d'enfants noirs. &lt;br class='autobr' /&gt; D'une certaine mani&#232;re, c'&#233;tait un d&#233;veloppement surprenant. Le meurtre choquant de cinq agents de police &#224; Dallas mena&#231;ait d'entamer l'&#233;lan du mouvement Black Lives Matter (BLM), cette fois-ci en r&#233;ponse &#224; l'assassinat de deux Noirs, Alton Seterling et Philando Castile. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Etats-Unis-279-+" rel="tag"&gt;&#201;tats-Unis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2016-08-09-+" rel="tag"&gt;Edition du 2016-08-09&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH81/arton27144-4d376.jpg?1781305401' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='81' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au cours du week-end, apr&#232;s des journ&#233;es tumultueuses, des milliers de manifestants sont descendus &#224; nouveau dans les rues des Etats-Unis pour exiger un terme aux meurtres policiers d'hommes, de femmes et d'enfants noirs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;D'une certaine mani&#232;re, c'&#233;tait un d&#233;veloppement surprenant. Le meurtre choquant de cinq agents de police &#224; Dallas mena&#231;ait d'entamer l'&#233;lan du mouvement Black Lives Matter (BLM), cette fois-ci en r&#233;ponse &#224; l'assassinat de deux Noirs, Alton Seterling et Philando Castile. De Colombus, dans l'Ohio &#224; Chicago en passant par West Palm Beach (Floride) et Atlanta, des gens ordinaires ont refus&#233; d'&#234;tre r&#233;duits au silence par ceux qui cherchent &#224; &#233;tablir un lien entre le tireur de Dallas, Micah Johnson, et les activistes pacifistes et d&#233;termin&#233;s de BLM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ancienne candidate r&#233;publicaine &#224; la vice-pr&#233;sidence, Sarah Palin, faisant usage d'un langage raciste &#224; peine voil&#233;, a d&#233;clar&#233; que BLM &#233;tait une &#171; farce &#187;, ajoutant &#171; honte aux politiciens et aux commentateurs qui accordent du cr&#233;dit &#224; des voyous r&#233;agissant contre les agents de police et le r&#232;gne du droit sous pr&#233;texte de &#8220;manifestations pacifiques&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lieutenant gouverneur du Texas, Dan Patrick, a d&#233;clar&#233; qu'il rendait responsables &#171; les anciennes protestations Black Lives Matter &#187; pour avoir cr&#233;&#233; les conditions qui ont amen&#233; Johnson &#224; agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les commentateurs conservateurs n'ont pas &#233;t&#233; les seuls &#224; tenter d&#233;sesp&#233;r&#233;ment d'&#233;tablir un lien entre le mouvement et la trag&#233;die de Dallas. Les organisations de la police ont fait de m&#234;me. Le syndicat de policiers le plus important de la ville de New York a affirm&#233; que le mouvement avait cr&#233;&#233; une atmosph&#232;re d'hostilit&#233; envers la police. Patrick Lynch [dirigeant du Patrolmen's Benevolent Association of the City of New York] (&lt;a href=&#034;http://alencontre.org/ameriques/americnord/usa/etats-unis-les-vies-de-qui-comptent-a-new-york.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://alencontre.org/ameriques/americnord/usa/etats-unis-les-vies-de-qui-comptent-a-new-york.html&lt;/a&gt;) a parl&#233; &#171; d'informations erron&#233;es et d'une rh&#233;torique incendiaire mises en avant par des groupes et des individus dont le programme n'a rien &#224; voir avec la justice [&#8230;]. Alors que nous allons de l'avant, si nous voulons maintenir un lien entre les agents de police et la communaut&#233;, nous devons jeter un regard honn&#234;te, dur envers tout ce qui enflamme de mani&#232;re injustifi&#233;e les &#233;motions contre les agents de police. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces attaques contre BLM ont pour but de cr&#233;er l'impression que ce sont les activistes et les animateurs du mouvement qui agitent des gens qui dans d'autres conditions resteraient tranquilles. Mais ils voient les choses &#224; l'envers. Le mouvement n'existe pas gr&#226;ce &#224; ses personnalit&#233;s de premier plan ou ses porte-parole. Il existe &#224; cause de la brutalit&#233; polici&#232;re et des mauvais traitements. En d'autres termes, ce ne sont pas des &#171; informations erron&#233;es et une rh&#233;torique incendiaire &#187; qui ont enflamm&#233; les gens ; il s'agit plut&#244;t des abus r&#233;guliers et le harc&#232;lement raciste qui aboutit parfois au meurtre par la police d'Afro-Am&#233;ricains innocents qui ont donn&#233; naissance au mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La brutalit&#233; de la police am&#233;ricaine n'existe toutefois pas dans un vide. Nous vivons dans une soci&#233;t&#233; profond&#233;ment violente o&#249;, dans un m&#234;me souffle, des &#233;lus d&#233;noncent des fusillades &#171; insens&#233;es &#187; et d'autres actes de violence alors que dans la foul&#233;e ils justifient l'utilisation de drones qui bombardent des gens dans des endroits &#233;loign&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons tendance &#224; observer les politiques int&#233;rieures et &#233;trang&#232;res s&#233;par&#233;ment. Lorsque Barack Obama plaide pour le calme dans les rues des Etats-Unis alors qu'il participe &#224; un sommet de l'OTAN en Pologne d&#233;taillant l'&#233;tendue de l'engagement militaire des Etats-Unis en Europe ainsi que la d&#233;cision de poursuivre l'occupation am&#233;ricaine de l'Afghanistan, ces deux sph&#232;res commencent &#224; se chevaucher. Mais lorsque la police de Dallas utilise un robot pour placer une bombe pr&#232;s de Micah Johnson, &#224; l'encontre de toute proc&#233;dure &#233;tablie et l'ex&#233;cute sommairement, elle fusionne compl&#232;tement ces deux sph&#232;res, d&#233;ployant &#224; domicile la &#171; guerre contre la terreur &#187;. D&#233;ployer les tactiques et le mat&#233;riel de l'arm&#233;e dans des situations locales de &#171; maintien de l'ordre &#187; constitue un pr&#233;c&#233;dent dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est toutefois possible que la violence am&#233;ricaine soit rendue plus &#233;vidente par l'extr&#234;me in&#233;galit&#233; qui existe ici. Il ne s'agit pas d'une hyperbole. Elle est directement li&#233;e au rapport antagonique que la police entretient principalement avec les communaut&#233;s noires et latino-am&#233;ricaines qu'elles patrouillent et surveillent. Un grand nombre des crimes commis dans ce pays sont le produit d'une pauvret&#233; aggrav&#233;e par l'absence d'un Etat providence qui puisse att&#233;nuer ses effets les plus pernicieux. La police est d&#233;ploy&#233;e comme r&#233;ponse aux cons&#233;quences de la pauvret&#233; et &#224; nos infrastructures civiques qui s'effondrent. Les Noirs et les &#171; bruns &#187; [les latinos] connaissent de mani&#232;re disproportionn&#233;e des niveaux &#233;lev&#233;s de pauvret&#233; et de ch&#244;mage, ce qui les place directement dans la ligne de mire des commissariats de police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tensions entre les communaut&#233;s de couleur et la police sont particuli&#232;rement nourries l&#224; o&#249; la police est mobilis&#233;e toujours plus pour placer des amendes et arr&#234;ter pour g&#233;n&#233;rer des profits pour les villes qui les emploient. Philando Castile a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; au moins 52 fois par la police pour des infractions mineures &#224; la circulation (entre autres pour exc&#232;s de vitesse, pour avoir conduit sans pot d'&#233;chappement ad&#233;quat et pour ne pas avoir attach&#233; sa ceinture de s&#233;curit&#233;). Plus de la moiti&#233; des infractions routi&#232;res ont abouti &#224; un non-lieu, mais il a malgr&#233; tout accumul&#233; pour plus de 6500 dollars d'amendes et de frais. La brutalit&#233; polici&#232;re ne se mesure pas seulement au degr&#233; de violences physiques, aux arrestations abusives ou m&#234;me &#224; une addition du nombre de morts. Elle est aussi rendue &#233;vidente par le fait que les Noirs sont vus comme une source de revenus par les municipalit&#233;s et non comme des citoyens. Lorsque vous ajoutez &#224; ce chaudron le fait qu'il y a plus d'armes aux Etats-Unis qu'il n'y a de gens, des &#233;v&#233;nements comme celui qui s'est d&#233;roul&#233; la semaine derni&#232;re se r&#233;v&#232;lent moins choquants et malheureusement plus pr&#233;visibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela pointe vers la n&#233;cessit&#233; d'une continuation, et non la fin, du mouvement Black Lives Matter. Aussi prudents et engag&#233;s que puissent &#234;tre les gens aujourd'hui, nous ne devons pas laisser la tuerie de Dallas nous aveugler sur le degr&#233; sans pr&#233;c&#233;dent par lequel la police des Etats-Unis tue ses propres gens. Depuis le d&#233;but de l'ann&#233;e, la police a d&#233;j&#224; tu&#233; 571 personnes sans qu'une fin semble proche. La lutte continue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Article publi&#233; le 11 juillet sur le site du quotidien britannique The Guardian ; traduction A L'Encontre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Keeanga-Yamahtta Taylor enseigne &#224; Princeton University et est l'auteure de l'ouvrage #BlackLivesMatter to Black Liberation publi&#233; aux &#233;ditions Haymarket. Le site A l'Encontre a publi&#233; plusieurs articles de cette activiste, qui a donn&#233; une &lt;a href=&#034;https://vimeo.com/152311474&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;conf&#233;rence &#224; Lausanne&lt;/a&gt;, aux c&#244;t&#233;s de Brian Jones, en mai 2016.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>R&#233;volte noire aux Etats-Unis</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Revolte-noire-aux-Etats-Unis</link>
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		<dc:date>2015-06-09T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Keeanga-Yamahtta Taylor</dc:creator>


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		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-06-09</dc:subject>

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&lt;p&gt;Pour la seconde fois en neuf mois, les Etats-Unis ont &#233;t&#233; &#233;branl&#233;s par le soul&#232;vement de jeunes Afro-Am&#233;ricains en r&#233;ponse au meurtre par la police d'un jeune Noir. En ao&#251;t dernier, la r&#233;bellion &#224; Ferguson (Missouri) attira l'attention du monde sur la crise m&#234;lant &#171; maintien de l'ordre &#187; et racisme aux Etats-Unis. Mais l&#224; o&#249; Ferguson pla&#231;a le racisme policier sur le devant de la sc&#232;ne de la politique am&#233;ricaine, la r&#233;bellion de Baltimore (avril) a transform&#233; cette conscience g&#233;n&#233;rale en une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton22490-76d0c.png?1781305401' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour la seconde fois en neuf mois, les Etats-Unis ont &#233;t&#233; &#233;branl&#233;s par le soul&#232;vement de jeunes Afro-Am&#233;ricains en r&#233;ponse au meurtre par la police d'un jeune Noir. En ao&#251;t dernier, la r&#233;bellion &#224; Ferguson (Missouri) attira l'attention du monde sur la crise m&#234;lant &#171; maintien de l'ordre &#187; et racisme aux Etats-Unis. Mais l&#224; o&#249; Ferguson pla&#231;a le racisme policier sur le devant de la sc&#232;ne de la politique am&#233;ricaine, la r&#233;bellion de Baltimore (avril) a transform&#233; cette conscience g&#233;n&#233;rale en une crise politique majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du site A L'Encontre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ferguson est une petite localit&#233; p&#233;riph&#233;rique de Saint-Louis [320'000 habitant&#183;e&#183;s], dans l'Etat du Missouri, qui compte seulement 20'000 habitant&#183;e&#183;s. Il s'agit d'une p&#233;riph&#233;rie habit&#233;e principalement par des Afro-Am&#233;ricains qui sont brutalement gouvern&#233;s par une machine politique blanche. Bien que 67% de la population de la ville soit noire, 50 des 53 policiers de Ferguson sont blancs. Le maire et tous les conseillers municipaux, &#224; l'exception d'un seul, sont blancs. Ainsi, l'affrontement &#224; Ferguson ressemblait plus &#233;troitement aux dynamiques raciales de Sud de Jim Crow [1] que ce que vivent la plupart des Afro-Am&#233;ricains des grandes villes am&#233;ricaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la raison pour laquelle le soul&#232;vement de Baltimore est potentiellement plus dangereux que la lutte de Ferguson. Baltimore n'est pas une petite (ou marginale) communaut&#233; suburbaine qui peut &#234;tre pr&#233;sent&#233;e comme une localit&#233; qui n'est simplement pas mont&#233;e dans le train du pr&#233;sent. Au contraire, il s'agit de la 26e plus grande ville des Etats-Unis, comptant une population sup&#233;rieure &#224; 600'000 personnes dont 63% sont Afro-Am&#233;ricains. A la diff&#233;rence de Ferguson, des fonctionnaires et des repr&#233;sentant&#183;e&#183;s (&#233;lus) noirs contr&#244;lent l'appareil politique de Baltimore. La maire est noire. Le chef de la police est noir, tout comme le sont la moiti&#233; des policiers. Le directeur des &#233;coles publiques est noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi le conseil municipal, y compris son pr&#233;sident, est compos&#233; d'Afro-Am&#233;ricains pour plus de la moiti&#233;. Il s'agit d'un &#233;l&#233;ment crucial pour comprendre la crise politique provoqu&#233;e par ce soul&#232;vement en particulier. A Ferguson, un &#233;l&#233;ment central des d&#233;bats politiques ainsi qu'un objectif des activistes locaux portaient sur l'augmentation du nombre de repr&#233;sentant&#183;e&#183;s noirs &#224; des postes publics, ainsi que sur le recrutement d'un nombre suppl&#233;mentaire de policiers noirs. Baltimore, cependant, a d&#233;montr&#233; de mani&#232;re spectaculaire les limites flagrantes d'une telle strat&#233;gie et, ce faisant, a mis en &#233;vidence le mensonge selon lequel les Etats-Unis seraient aveugles aux diff&#233;rences de races (colorblind) ou m&#234;me serait une soci&#233;t&#233; poste-raciale. L'affirmation permanente des Etats-Unis comme leader du monde libre est par l&#224; min&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les Etats-Unis continuent &#224; affirmer &#224; l'&#233;chelle internationale leur pouvoir, le spectacle d'agents de police blancs assassinant et abusant d'hommes et de femmes noirs reste en suspens dans l'atmosph&#232;re. L'hypocrisie d'Obama est mise en lumi&#232;re lorsqu'il parle de la d&#233;mocratie am&#233;ricaine, ainsi qu'il l'a fait en septembre dernier [10 septembre 2014] lorsqu'il expliquait la nouvelle guerre am&#233;ricaine contre l'Etat islamique. Il disait alors : &#171; Am&#233;rique, nos bienfaits illimit&#233;s conf&#232;rent un fardeau constant. Mais, en tant qu'Am&#233;ricains, nous acceptons notre responsabilit&#233; &#224; diriger. D'Europe vers l'Asie &#8211; des immensit&#233;s d'Afrique aux capitales d&#233;chir&#233;es par la guerre du Moyen-Orient &#8211; nous nous dressons pour la libert&#233;, la justice, la dignit&#233;. Ce sont des valeurs qui ont guid&#233; notre nation depuis sa fondation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces commentaires ne correspondaient alors pas &#224; la r&#233;alit&#233;, mais ils sont aujourd'hui compl&#232;tement absurdes. Les Etats-Unis n'ont pas une once de cr&#233;dibilit&#233; lorsqu'il s'agit de d&#233;battre de la libert&#233;, de la justice et de la dignit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui fait qu'aujourd'hui cette crise du &#171; maintien de l'ordre &#187; [de l'action de la police] et du racisme constituent un ph&#233;nom&#232;ne central de la politique am&#233;ricaine. Elle invalide la conception qu'a d'elle-m&#234;me la classe dominante am&#233;ricaine &#8211; y compris celle de la primaut&#233; de la d&#233;mocratie am&#233;ricaine. Baltimore se trouve &#224; une cinquantaine de kilom&#232;tres du Capitole [le si&#232;ge du l&#233;gislatif f&#233;d&#233;ral, &#224; Washington], propulsant les questions politiques de la r&#233;bellion au c&#339;ur de la vie politique am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une crise dont il est improbable qu'elle s'ach&#232;ve bient&#244;t. Depuis les r&#233;bellions des ann&#233;es 1960, on avait plus vu autant de soul&#232;vements dans les villes am&#233;ricaines, &#224; quelques mois de distance. Aussi importantes que ces &#233;meutes ont &#233;t&#233;, c'est probablement l'&#233;mergence du mouvement noir contre le racisme et le type de &#171; maintien de l'ordre &#187; qui est le plus important d&#233;veloppement des derniers neuf mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mouvement a &#233;t&#233; qualifi&#233; comme celui du Black Lives Matter &#224; la suite d'un hashtag cr&#233;&#233; lors des protestations qui surgirent suite &#224; l'acquittement de George Zimmerman, le &#171; vigile &#187; qui a assassin&#233; Trayvon Martin, jeune adolescent noir, en f&#233;vrier 2012. Le mouvement a gagn&#233; de l'&#233;lan pour la simple raison que la police continue de tuer des Afro-Am&#233;ricains sans &#234;tre punie, ou tr&#232;s peu. A travers tous les Etats-Unis, des jeunes, des Noirs de la classe laborieuse ont d&#233;fil&#233;, protest&#233; et se sont rebell&#233;s contre la violence polici&#232;re d&#233;brid&#233;e, le harc&#232;lement ainsi que les meurtres policiers commis dans les quartiers dans lesquels habitent les Afro-Am&#233;ricains. Affirmer que les communaut&#233;s noires vivent sous occupation polici&#232;re dans des conditions faisant songer &#224; un Etat policier ne constitue pas une exag&#233;ration. Il s'agit d'un fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avant Baltimore : 381 personnes tu&#233;es par la police&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rez ceci. Le 2 mars 2015, apr&#232;s trois mois d'enqu&#234;te, le groupe de travail mis en place par le pr&#233;sident Barack Obama sur &#171; le maintien de l'ordre au XXIe si&#232;cle &#187; a rendu ses conclusions. Cette commission avait &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e &#224; la chaleur des premi&#232;res vagues nationales de protestations en d&#233;cembre dernier (voir sur le site l'article du 20 d&#233;cembre et du 23 d&#233;cembre 2014). H&#226;tivement, Obama organisa cette commission afin de cr&#233;er l'illusion que le gouvernement f&#233;d&#233;ral r&#233;pondait aux revendications des manifestations populaires et afin que les manifestant&#183;e&#183;s quittent les rues. Il rencontra de jeunes activistes et m&#234;me inclus certains d'entre eux dans la commission afin de lui donner un air de l&#233;gitimit&#233;. Trois mois plus tard, la commission &#233;tait de retour, avec ses conclusions. Le contenu ne compte pas vraiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport contient de nombreuses constatations, certaines utiles, d'autres pas v&#233;ritablement ; on pourrait dire beaucoup de choses &#224; leur sujet. Mais ce qui est, peut-&#234;tre, l'&#233;l&#233;ment le plus r&#233;v&#233;lateur de tout ce que l'on peut trouver dans les conclusions du rapport du groupe de travail est que 29 jours apr&#232;s sa publication, 111 personnes suppl&#233;mentaires ont &#233;t&#233; tu&#233;es par &#171; les forces de l'ordre &#187;. Ce chiffre d&#233;passe de 33 le nombre de personnes tu&#233;es par la police en f&#233;vrier. A compter de fin avril, avant la r&#233;bellion de Baltimore, 381 personnes avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; tu&#233;es par la police depuis le d&#233;but de l'ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit l&#224; que de la pointe de l'iceberg. Plus t&#244;t cette ann&#233;e, le quotidien The Guardian a publi&#233; un reportage sur la mani&#232;re inconsistante avec laquelle le gouvernement f&#233;d&#233;ral d&#233;nombre les personnes tu&#233;es par les &#171; forces de l'ordre &#187;. C'est une mani&#232;re euph&#233;mistique de dire qu'au moment o&#249; le gouvernement peut vous dire combien d'enfants meurent de grippe chaque semaine, ainsi que le nombre d'&#339;ufs que pondent chaque mois les poules, et m&#234;me le pourcentage d'hommes blancs &#226;g&#233; de plus de 20 ans qui consomment des noix comme snack, il ne peut pas vous indiquer combien de personnes meurent victimes des forces de l'ordre au cours d'une semaine, d'un mois ou d'une ann&#233;e. Il ne peut non plus dire la race ou l'ethnie de ceux qui ont &#233;t&#233; tu&#233;s par la police. Et lorsque l'on observe les chiffres qui ont &#233;t&#233; agglom&#233;r&#233;s, on en comprend la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;tude r&#233;alis&#233;e par le Bureau des statistiques judiciaires sur les homicides de la police, pour les ann&#233;es 2003-2009 et 2011, indique que la police a tu&#233; 7427 personnes. Soit une moyenne de 928 personnes par ann&#233;e. Comparons ce chiffre avec les 58 soldats am&#233;ricains qui sont morts en Irak l'ann&#233;e derni&#232;re. Ou avec les 78 personnes tu&#233;es par la police au Canada en 2014. Ou encore le fait, qu'entre 2010 et 2014, la police anglaise a tu&#233; quatre personnes. La police n'a tu&#233; personne en Allemagne en 2013 et 2014. En Chine, avec une population quatre fois et demie sup&#233;rieure &#224; celle des Etats-Unis, 12 meurtres policiers ont &#233;t&#233; d&#233;nombr&#233;s (officiellement) en 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est l&#224; qu'une fraction de ce que nous savons. Il y a 18'000 d&#233;partements de police aux Etats-Unis et seuls 1000 d'entre eux prennent la peine de signaler aux autorit&#233;s f&#233;d&#233;rales le nombre de personnes qu'ils tuent chaque ann&#233;e. Le d&#233;partement de police de la ville de New York, par exemple, n'a pas indiqu&#233; depuis 2007 le nombre de civils qu'il a tu&#233;s. L'Etat de Floride ne produit aucun rapport. Nous n'avons donc qu'une vue limit&#233;e de l'&#233;tendue des homicides policiers aux Etats-Unis. En raison du manque de suivi, nous ne savons pas quelle proportion de ces victimes sont des Afro-Am&#233;ricains ou des Latinos. Mais nous savons que les Afro-Am&#233;ricains doivent subir un nombre disproportionn&#233; de &#171; rencontres &#187; avec la police. Nous pouvons, ainsi, estimer que la grande majorit&#233; des personnes tu&#233;es sont des Noirs ou bruns de peau (brown).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si une telle chose se d&#233;roulait dans un autre pays, elle serait d&#233;sign&#233;e pour ce qu'elle est : un abus abject de toute notion de droits humains ou civiques ; portant toutes les marques d'un Etat policier autoritaire o&#249; le meurtre et les s&#233;vices commis par les repr&#233;sentants de l'Etat rentrent dans la cat&#233;gorie des pertes et profits. Et celle-ci est assez &#233;lev&#233;e. La seule ville de Chicago a d&#233;pens&#233; 500 millions de dollars au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie pour arriver &#224; un accord ou payer des poursuites l&#233;gales contre elle en raison de la brutalit&#233; polici&#232;re ou des proc&#232;s pour cas de &#171; mort non justifi&#233;e &#187;. Au cours de la m&#234;me p&#233;riode, les accords judiciaires lors de proc&#232;s pour brutalit&#233; polici&#232;re ou &#171; mort non justifi&#233;e &#187; contre la police de New York atteignaient une moyenne de 100 millions de dollars par ann&#233;e, d&#233;passant ainsi le milliard de dollars. Toute autre institution publique subissant ce genre de d&#233;ficits voit son budget et ses services r&#233;duits ou alors cette derni&#232;re est ferm&#233;e. Lorsque la commission scolaire de Chicago a affirm&#233; que son d&#233;ficit atteignait le milliard, elle a simplement ferm&#233; 52 &#233;coles publiques et n'a jamais fait marche arri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la police est une institution intouchable aux Etats-Unis. En r&#233;alit&#233;, c'est l'une derni&#232;re institution publique qui fonctionne en raison du r&#244;le indispensable qu'elle joue dans la gestion s&#233;curitaire des cons&#233;quences &#233;conomiques, sociales et raciales des in&#233;galit&#233;s dans les quartiers des Noirs pauvres et des classes laborieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'h&#233;ritage persistant de l'esclavage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;bellions et le mouvement contre le terrorisme policier aux Etats-Unis ont fait plus que seulement amplifier le degr&#233; de violence que l'Etat &#233;tats-unien invoque pour maintenir l'ordre dans les villes. Ce faisant, il a aussi d&#233;voil&#233; la faiblesse an&#233;mique de la reprise &#233;conomique am&#233;ricaine ainsi que la fa&#231;on spectaculaire dont les Noirs ont &#233;t&#233; exclus de la nouvelle &#171; abondance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;gion de Baltimore o&#249; Freddie Gray a &#233;t&#233; poursuivi, arr&#234;t&#233; et finalement assassin&#233; par la police est, par exemple, l'une des plus pauvres de toute la ville :&#8226; 21% sont au ch&#244;mage ; &#8226; 25% des b&#226;timents sont abandonn&#233;s et dans un &#233;tat de d&#233;labrement ; &#8226; l'esp&#233;rance de vie y est de six ans moindre que dans le reste de la ville ; &#8226; 55% des familles vivent avec moins de 25'000 dollars par ann&#233;e ; &#8226; 30% vivent officiellement dans la pauvret&#233; ; &#8226; le taux de mortalit&#233; infantile est deux fois plus &#233;lev&#233; que celui de la ville dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pauvret&#233; et l'in&#233;galit&#233; que les habitant&#183;e&#183;s de Sandtown, &#224; Baltimore, est un indicateur de ce qu'est la vie urbaine et celle des p&#233;riph&#233;ries des grandes villes pour des millions d'Afro-Am&#233;ricains qui ont &#233;t&#233; rel&#233;gu&#233;s dans l'univers des bas salaires et du travail pr&#233;caire. Walmart a remplac&#233; la poste au rang du plus grand employeur de Noirs des Etats-Unis. Alors que l'administration Obama aime se gargariser avec la reprise de l'&#233;conomie am&#233;ricaine, la plupart des Noirs en font rarement l'exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Le taux de ch&#244;mage des Noirs se situe toujours &#224; 11% alors que celui des blancs a baiss&#233; &#224; 5%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; La pauvret&#233;, &#224; l'&#233;chelle nationale, frappe 30% des Noirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Le 33% de tous les enfants noirs vivent dans la pauvret&#233;, mais ce chiffre est de 55% pour les enfants noirs de moins de 5 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Peut-&#234;tre que l'indicateur le plus r&#233;v&#233;lateur est celui du racisme extr&#234;me de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine ainsi que les cons&#233;quences sociales qu'il produit, lequel peut &#234;tre mesur&#233; par le fait que le taux de suicide des enfants noirs &#226;g&#233;s de 5 &#224; 11 ans a doubl&#233; au cours des 20 derni&#232;res ann&#233;es alors que celui des enfants blancs est statistiquement presque imperceptible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, peu importe les crit&#232;res retenus, aux Etats-Unis les Afro-Am&#233;ricains ont une qualit&#233; de vie plus basse que celles des blancs. C'est l'h&#233;ritage de l'esclavage ainsi que de Jim Crow autant dans le Sud que dans le Nord du pays qui historiquement a &#339;uvr&#233; &#224; confiner les Noirs dans les quartiers les plus pauvres, les pires conditions de logement, ainsi que dans les plus mauvaises &#233;coles et les emplois aux salaires les plus bas. Cette histoire de discriminations raciales intentionnelles continue de fa&#231;onner aujourd'hui l'existence des Noirs, alors que le racisme contre les Noirs n'est plus l&#233;gal ou socialement acceptable. M&#234;me si le racisme n'est plus l&#233;galement admissible aux Etats-Unis, il est toujours largement &#224; l'&#339;uvre dans l'acc&#232;s aux &#171; bons emplois &#187; et aux ressources n&#233;cessaires &#224; une am&#233;lioration des conditions d'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On &#187; d&#233;duit des niveaux plus &#233;lev&#233;s de pauvret&#233; des communaut&#233;s noires que les Noirs sont paresseux, irresponsables et vivent aux d&#233;pens de l'assistance sociale. Ce qui &#233;tablit les conditions pour que les quartiers noirs fassent l'exp&#233;rience d'une plus grande surveillance et plus de contr&#244;les de la part des forces de l'ordre. Cela se conjugue avec des d&#233;cennies de &#171; Guerre contre la drogue &#187; [2] tout comme avec la strat&#233;gie d'emprisonnement de centaine de milliers de jeunes Noirs et Latinos, hommes et femmes, afin de juguler de possibles troubles sociaux tout en attisant le racisme contre les Noirs. Voil&#224;, entre autres ce qui explique la mani&#232;re dont les communaut&#233;s noires sont stigmatis&#233;es et racialis&#233;es aux Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le &#171; maintien de l'ordre &#187; et les budgets des municipalit&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ph&#233;nom&#232;ne continue actuellement. Il est exacerb&#233; par le tournant n&#233;olib&#233;ral dans le &#171; maintien de l'ordre &#187; aux Etats-Unis. On ne fait plus seulement appel &#224; la police pour le maintien de l'ordre, mais de mani&#232;re croissante elle est responsable du fait que les arrestations et les PV [amendes de parking ou pour comportement, par exemple] sont devenues une importante source de revenus pour les villes. Les r&#233;ticences vis-&#224;-vis de l'augmentation des recettes publiques au moyen d'imp&#244;ts sur les riches ont &#233;t&#233; compens&#233;es par une croissance de la part des amendes dans les revenus des Etats et des municipalit&#233;s au cours des derni&#232;res ann&#233;es. A Ferguson, nous avons appris qu'une partie de l'affrontement entre la police et la population r&#233;sidait dans le fait que la ville s'appuyait sur les amendes et les taxes comme second poste pour les recettes de la ville. A Ferguson, on comptait, en moyenne, trois PV par m&#233;nage, aboutissant &#224; l'accumulation de centaines de dollars d'amendes pay&#233;es par les familles de la classe laborieuse. Cela correspond &#224; un d&#233;placement du fardeau fiscal en direction des pauvres et de la classe laborieuse. Lorsque ces amendes ne sont pas pay&#233;es, elles d&#233;bouchent sur une odyss&#233;e l&#233;gale de laquelle il est difficile, pour les gens ordinaires, de s'en sortir sans des frais insurmontables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la police de New York se lan&#231;a dans un ralentissement de travail [entre autres, gr&#232;ve des amendes] parce que le maire critiqua timidement la police apr&#232;s qu'un Noir d&#233;sarm&#233; fut &#233;trangl&#233; par la police, ce ralentissement r&#233;v&#233;la l'&#233;tendue de la d&#233;pendance de la ville vis-&#224;-vis de la police non seulement pour prot&#233;ger la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, mais pour exproprier de l'argent et des biens aux citoyens ordinaires &#224; travers un vaste syst&#232;me d'amendes et de PV.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La municipalit&#233; de New York, en 2014, comptait sur 10,4 millions de dollars par semaine que lui rapportaient les seuls PV (environ 16'000). La ville obtient presque 1 milliard de dollars par ann&#233;e lors de proc&#232;s, amendes criminelles ou administratives allant au-del&#224; du PV pour ce que la police qualifie d'infractions &#224; &#171; la qualit&#233; de vie &#187;. Cela, bien s&#251;r, cr&#233;&#233; des incitations &#224; ce que la police cible des gens et des quartiers entiers comme sources de revenus pour la ville. Des &#171; rencontres &#187; avec la police de ce type emprisonnent ensuite, bien s&#251;r, les gens dans le syst&#232;me de la justice p&#233;nale, faisant que l'obtention d'un emploi ou le maintien d'une quelconque stabilit&#233; &#233;conomique sont plus difficiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &#233;tudes ont montr&#233; qu'aux Etats-Unis des blancs avec casier judiciaire avaient plus de probabilit&#233; d'&#234;tre rappel&#233; pour un entretien de travail que des Noirs sans casier judiciaire. Il sera donc presque impossible pour un Noir ayant un casier judiciaire de trouver un emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La nouvelle place de &#171; l'&#233;lite noire &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; le contexte au sein duquel ce nouveau mouvement a fait irruption. Le fait que cela co&#239;ncide avec une p&#233;riode politique au cours de laquelle une plus grande concentration de pouvoirs politiques dans les mains de Noirs que l'on ait jamais vu met &#224; nu les dynamiques raciales et de classe de cette crise aux Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, il y a un pr&#233;sident noir, une procureure g&#233;n&#233;rale noire (Loretta Lynch) sans mentionner les milliers de fonctionnaires et de repr&#233;sentant&#183;e&#183;s &#233;lus dans les villes et les Etats du pays. Le Congr&#232;s compte 43 membres noirs &#8211; le chiffre le plus &#233;lev&#233; de l'histoire am&#233;ricaine. Il est &#233;vident qu'une couche de Noirs a &#233;t&#233; compl&#232;tement absorb&#233;e et int&#233;gr&#233;e par le capitalisme am&#233;ricain et, &#224; l'instar du pr&#233;sident, ils peuvent &#234;tre les plus v&#233;h&#233;ments lorsqu'il s'agit de d&#233;noncer les Afro-Am&#233;ricains pauvres et des classes laborieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La maire afro-am&#233;ricaine, Stephanie Rawlings-Blake (maire de Baltimore depuis 2010), peu avant la r&#233;bellion de Baltimore a d&#233;clar&#233; : &#171; trop nombreux sont ceux d'entre nous qui, parmi la communaut&#233; noire, sont devenus complaisants vis-&#224;-vis du crime de Noirs contre d'autres Noirs [&#8230;] Alors que nombre d'entre nous souhaitons d&#233;filer et protester ainsi que devenir actifs face aux fautes de la police, nombreux sont aussi ceux qui tournent le dos lorsque c'est nous qui nous tuons. &#187; Elle, tout comme Obama, a &#233;videmment fait r&#233;f&#233;rence aux jeunes Noirs de la r&#233;bellion comme &#233;tant des &#171; voyous &#187; et &#171; des criminels &#187;, deux mots qui n'ont jamais &#233;t&#233; utilis&#233;s par des officiels blancs &#224; Ferguson. En d'autres termes, bien souvent les fonctionnaires et repr&#233;sentant&#183;e&#183;s noirs &#233;lus contribuent &#224; faire le r&#233;cit de la vie des Afro-Am&#233;ricains en des termes que leurs confr&#232;res blancs ne pourraient utiliser impun&#233;ment. Ils rendent les Noirs eux-m&#234;mes responsables de leur sort au moyen d'une rh&#233;torique qui insiste sur la culture, la moralit&#233; et l'irresponsabilit&#233; des Noirs comme source de l'in&#233;galit&#233;, discours qui s'oppose &#224; celui qui place le racisme et le capitalisme au centre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouffre qui s'&#233;largit entre l'&#233;lite noire et la classe laborieuse noire a rendu importante la question de la solidarit&#233; de classe dans le mouvement. Historiquement, le mouvement noir s'est toujours &#233;tendu &#224; travers les lignes de classe en raison du caract&#232;re g&#233;n&#233;ral du racisme am&#233;ricain. Mais alors qu'un plus grand nombre de fonctionnaires et de repr&#233;sentant&#183;e&#183;s &#233;lus gouvernent les villes et les p&#233;riph&#233;ries dans lesquelles les travailleurs noirs vivent, cela cr&#233;e un antagonisme plus profond qui effiloche la notion de solidarit&#233; entre tous les Noirs. Lorsque la maire de Baltimore mobilise l'arm&#233;e afin d'occuper les quartiers noirs, tout en permettant aux blancs d'aller et venir librement, ignorant une loi martiale impos&#233;e aux Noirs, l'id&#233;e selon laquelle nous nous trouvons du m&#234;me c&#244;t&#233; de la barri&#232;re et au sein de la m&#234;me lutte explose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le silence du mouvement ouvrier am&#233;ricain officiel ainsi que la division raciale persistante au sein de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine dans la perception de la police fait que les travailleurs blancs ne sont pas vus comme l'alli&#233; naturel des Noirs dans la lutte contre la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cause du mouvement, bien s&#251;r, une partie de cela change. Aujourd'hui, si on compare la situation avec celle existant il y a une ann&#233;e, les attitudes g&#233;n&#233;rales concernant la police aux Etats-Unis se modifient. Apr&#232;s le soul&#232;vement de Ferguson, l'ann&#233;e derni&#232;re, 58% des blancs disaient que la race n'avait pas d'impact sur le maintien de l'ordre, contre 20% des Noirs. Aujourd'hui, ce chiffre est pass&#233; &#224; 53%. En janvier 2015, 56% des blancs &#233;taient convaincus que les cas signal&#233;s de brutalit&#233; polici&#232;re &#233;taient des incidents isol&#233;s ; aujourd'hui seuls 36% pensent qu'ils sont isol&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces chiffres sont loin de ce qu'ils devraient &#234;tre, mais ils indiquent que faire r&#233;guli&#232;rement &#233;tat de la violence polici&#232;re, ce qui est le r&#233;sultat de l'activisme du mouvement, a la capacit&#233; d'&#233;roder plus encore les attitudes de la classe laborieuse blanche concernant le racisme et le &#171; maintien de l'ordre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Etendre le mouvement au-del&#224; des Noirs les plus touch&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin qu'une telle chose se produise et continue d'avoir un effet, le mouvement doit cro&#238;tre. Il doit s'&#233;tendre au-del&#224; des Noirs qui sont les plus touch&#233;s. Il doit impliquer d'autres sections de la classe laborieuse qui souffrent &#233;galement du racisme de la police et des attaques &#8211; latinos, arabes, musulmans, travailleurs sans-papiers, femmes noires et transsexuels &#8211; dont les abus de la part de la police et de l'Etat passent souvent inaper&#231;us en raison de la propension de violence dirig&#233;e contre les hommes noirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement Occupy, principalement blanc, a toutefois montr&#233; avec quelle rapidit&#233; l'Etat peut passer de l'utilisation du racisme pour justifier l'expansion de son pouvoir de &#171; maintien de l'ordre &#187; pour retourner ensuite ses nouvelles technologies s&#233;curitaires contre toute menace port&#233;e &#224; l'establishment politique. Occupy repr&#233;sentait une telle menace, raison pour laquelle il a fait l'objet d'une &#233;norme violence et d'abus de la police. En outre, un effort concert&#233; doit &#234;tre r&#233;alis&#233; afin d'impliquer les travailleurs organis&#233;s dans le mouvement &#8211; les travailleurs noirs repr&#233;sentent d'ailleurs un nombre disproportionnellement &#233;lev&#233; de syndiqu&#233;&#183;e&#183;s. Nous pouvons imaginer de futures actions sur les lieux de travail contre la brutalit&#233; polici&#232;re et ses meurtres. Mais cela doit &#234;tre organis&#233; et d&#233;fendu en particulier lorsque les organes officiels du mouvement syndical am&#233;ricain restent relativement silencieux sur les questions de racisme et de violence polici&#232;re. Il s'agit l&#224; de la base sur laquelle un mouvement bien plus large contre le terrorisme policier peut &#234;tre organis&#233; et mener bataille. Mais, pour cela, il doit s'int&#233;grer &#224; une strat&#233;gie. Ce n'est que l'un des r&#244;les que doit remplir la gauche organis&#233;e dans les mois &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure, il y a une longue histoire de combat contre la violence polici&#232;re dans les communaut&#233;s noires. Une repr&#233;sentation multiraciale du Civil Rights Congress a, en 1951, a lanc&#233; le slogan We Charge Genocide [Nous accusons de g&#233;nocide] afin de caract&#233;riser la profondeur et les cons&#233;quences des assassinats policiers ainsi que la complicit&#233; silencieuse de l'Etat. Le pr&#233;ambule de leur p&#233;tition [adress&#233;e, avec pour sous-titre Le crime du gouvernement contre le peuple noir, &#224; une r&#233;union des Nations Unies] affirmait alors : &#171; Il fut un temps o&#249; la violence raciste avait pour centre le Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors que le peuple noir [3] s'est r&#233;pandu vers le nord [4], l'est et l'ouest cherchant &#224; &#233;chapper &#224; l'enfer sudiste, la violence, impuls&#233;e en premier lieu par des motifs &#233;conomiques, les a suivis, la cause &#233;tant &#233;galement &#233;conomique. Autrefois la majeure partie de la violence contre les Noirs se d&#233;roulait dans les campagnes, mais cela &#233;tait avant les migrations noires des ann&#233;es 1920 et 1930. Actuellement, il n'y a pas une seule grande ville am&#233;ricaine, de New York &#224; Cleveland ou Detroit, de Washington, la capitale de la nation, &#224; Chicago, de Memphis &#224; Atlanta ou Birmingham, de La Nouvelle Orl&#233;ans &#224; Los Angeles qui ne soit pas d&#233;shonor&#233;e par le meurtre gratuit de Noirs innocents. Il ne s'agit plus d'un ph&#233;nom&#232;ne sectionnel [5]. Autrefois, la m&#233;thode classique du lynchage &#233;tait la corde. Aujourd'hui il s'agit de la balle de l'agent de police. Pour plus d'un Am&#233;ricain, la police c'est le gouvernement [ou l'Etat], sans aucun doute sa figure la plus repr&#233;sentative. Nous soutenons que les preuves sugg&#232;rent que le meurtre de Noirs est devenu une politique s&#233;curitaire [ou polici&#232;re] aux Etats-Unis et que la politique s&#233;curitaire est l'expression la plus pratique de la politique du gouvernement. &#187; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mois d'ao&#251;t marquera le 50e anniversaire de la R&#233;bellion de Watts dans South Central &#224; Los Angeles. En r&#233;alit&#233;, nous nous situons dans la p&#233;riode du 50e anniversaire de la Black insurgency des ann&#233;es 1960, au cours de laquelle plus de 500'000 Afro-Am&#233;ricains se sont soulev&#233;s en premier lieu contre la pauvret&#233;, les logements insalubres et la brutalit&#233; polici&#232;re. Sur les cendres de la R&#233;bellion de Watts, le Black Panther Party pour l'autod&#233;fense est n&#233; &#224; Oakland (Californie). L'autod&#233;fense &#233;tait contre la police. A eux seuls, ces c&#233;l&#233;brations et la d&#233;l&#233;gation We Charge Genocide donnent quelques exemples de la r&#233;silience de la lutte des Noirs contre le terrorisme policier tout comme de la persistance de la violence polici&#232;re. Il n'est presque jamais utile de comparer des &#233;poques ; il est encore moins utile d'observer le pass&#233; et de dire que rien n'a chang&#233;. Mais ces anniversaires sont les exemples vivant de continuit&#233;s entre le pass&#233; et le pr&#233;sent et nous rappellent que, dans certains cas, le pass&#233; ne passe pas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux terminer par une citation de King qui exemplifie la centralit&#233; et l'importance de la lutte des Noirs pour toute la politique am&#233;ricaine &#8211; un passage qui est aussi pertinent aujourd'hui qu'il ne l'&#233;tait en 1967, lorsqu'il l'&#233;crivit dans le sillage de la R&#233;bellion de Detroit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne suis pas triste que les Am&#233;ricains noirs se rebellent ; c'&#233;tait non seulement in&#233;vitable mais parfaitement d&#233;sirable. Sans ce ferment magnifique parmi les Noirs, les anciennes d&#233;robades et procrastinations auraient continu&#233; ind&#233;finiment. Les hommes noirs ont claqu&#233; la porte sur un pass&#233; de passivit&#233; abrutissante. A l'exception des ann&#233;es de la Reconstruction [6], ils n'ont jamais lutt&#233; avec autant de cr&#233;ativit&#233; et un tel courage pour leur libert&#233; au cours de leur longue histoire sur le sol am&#233;ricain. Il s'agit de nos ann&#233;es brillantes de naissance ; bien qu'elles soient p&#233;nibles, elles ne peuvent &#234;tre &#233;vit&#233;es [&#8230;] Dans ces circonstances difficiles, la r&#233;volution noire est bien plus qu'une lutte pour les droits des Noirs. Elle contraint l'Am&#233;rique &#224; faire face &#224; ses d&#233;fauts &#233;troitement li&#233;s : le racisme, la pauvret&#233;, le militarisme et le mat&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle met &#224; nu les maux qui sont profond&#233;ment enracin&#233;s dans toute la structure de notre soci&#233;t&#233;. Elle r&#233;v&#232;le des d&#233;fauts syst&#233;matiques plut&#244;t que superficiels et sugg&#232;re qu'une reconstruction radicale de la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me est la vraie question auquel l'on doit s'affronter [&#8230;] Les dissidents d'aujourd'hui disent &#224; la majorit&#233; complaisante que le temps est venu o&#249; une nouvelle &#233;vasion face &#224; la responsabilit&#233; sociale dans un monde agit&#233; flirtera avec le d&#233;sastre et la mort. L'Am&#233;rique n'a pas encore chang&#233; parce que si nombreux sont ceux qui pensent qu'elle ne doit pas changer, mais c'est l&#224; l'illusion du damn&#233;. L'Am&#233;rique doit changer parce que 23 millions de citoyens noirs ne vivront plus soumis dans un pass&#233; mis&#233;rable. Ils ont quitt&#233; la vall&#233;e du d&#233;sespoir ; ils ont trouv&#233; force dans la lutte. Rejoints par des alli&#233;s blancs, ils &#233;branleront les murs de la prison jusqu'&#224; ce qu'ils tombent. L'Am&#233;rique doit changer. &#187; (Traduction A L'Encontre. L'intervention de Keeanga-Yamattha Taylor &#8211; enseignante &#224; Princeton, membre de l'ISO &#8211; a &#233;t&#233; faite lors de l'ouverture, le 20 mai 2015, du Forum international Ernest Mandel qui s'est tenu &#224; Lausanne. Divers textes de cette auteure et activiste ont &#233;t&#233; publi&#233;s sur &lt;a href=&#034;http://alencontre.org/laune/etats-unis-une-rebellion-aussi-contre-lestablishment-politique-noir.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le site de &#192; l'encontre&lt;/a&gt;. Elle pr&#233;pare un ouvrage intitul&#233; From #Black Lives Matter to Black Liberation qui sera publi&#233; en janvier 2016 par &lt;a href=&#034;http://www.haymarketbooks.org/pb/From-BlackLivesMatter-to-Black-Liberation&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Haymarket&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Terme qui, du XIXe si&#232;cle au mouvement des droits civiques des ann&#233;es 1950-1970, d&#233;signe l'ensemble des pratiques et des institutions maintenant une &#171; s&#233;paration raciale &#187; (R&#233;daction A l'Encontre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] ] A consommation de drogue &#233;gale des peines diff&#233;rentes sont assign&#233;es en fonction du type de drogue consomm&#233;e ; la drogue &#171; du pauvre &#187; l'&#233;tant bien plus durement (R&#233;daction A l'Encontre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] L'original dit negro people et Negroes, &#171; n&#232;gres &#187; en fran&#231;ais. Notons que Martin Luther King utilise ce terme dans son fameux discours de 1963, J'ai un r&#234;ve. L'utilisation de termes comme Black, colored, Afro-american, Black american sont fonction du contexte historique, du rejet ou de la (r&#233;)appropriation de termes p&#233;joratifs (que l'on songe au mouvement de la n&#233;gritude en francophonie, avec comme figure importante C&#233;saire), essentialisant ou assignant &#224; une identit&#233;, des mouvements, comme celui de la sensibilit&#233; et de l'intention des auteurs (R&#233;daction A L'Encontre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] D&#232;s la Premi&#232;re Guerre mondiale, des centaines de milliers de travailleurs et de familles afro-am&#233;ricaines ont &#233;migr&#233; vers les r&#233;gions industrielles du nord (R&#233;daction A l'Encontre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Le terme de &#171; section &#187; renvoie, dans l'histoire am&#233;ricaine, &#224; la revendication du &#171; droit des Etats &#187; face aux autorit&#233;s f&#233;d&#233;rales, en particulier avant la Guerre civile (1861-1865), lorsque les Etats du Sud des Etats-Unis se battaient pour emp&#234;cher toute immixtion de l'Etat f&#233;d&#233;ral dans &#171; l'institution &#187; esclavagiste ou pour revendiquer le retour d'esclaves en fuite vers le Sud, vers leurs &#171; propri&#233;taires &#187; (R&#233;daction A L'Encontre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Soit la p&#233;riode de 1863-1877, celle de l'occupation militaire des Etats s&#233;cessionnistes mais aussi de droits accord&#233;s aux Noirs, ainsi que de diverses exp&#233;riences allant au-del&#224; de la simple abolition de l'esclavage, mais qui firent long feu (R&#233;daction A l'Encontre).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Etats-Unis. Une r&#233;bellion aussi face &#224; l'establishment politique noir</title>
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		<dc:date>2015-05-12T07:56:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Keeanga-Yamahtta Taylor</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-05-12</dc:subject>

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&lt;p&gt;Cette ann&#233;e marque le 50e anniversaire de plusieurs &#233;v&#233;nements parmi les plus significatifs de la lutte pour la lib&#233;ration des Noirs au cours des ann&#233;es 1960. Nous avons c&#233;l&#233;br&#233;, il y a deux ans, la Marche sur Washington Marche sur Washington [voir aussi cet article] ; l'ann&#233;e pass&#233;e, nous avons reconnu le Civil Rights Act de 1964 qui mit un terme &#224; l'apartheid Jim Crow dans le Sud. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tir&#233; du site de &#192; l'encontre. &lt;br class='autobr' /&gt; Cette ann&#233;e, nous avons d&#233;j&#224; assist&#233; aux c&#233;l&#233;brations de l'anniversaire du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L95xH150/arton22086-e7a89.png?1781305401' class='spip_logo spip_logo_right' width='95' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette ann&#233;e marque le 50e anniversaire de plusieurs &#233;v&#233;nements parmi les plus significatifs de la lutte pour la lib&#233;ration des Noirs au cours des ann&#233;es 1960. Nous avons c&#233;l&#233;br&#233;, il y a deux ans, la Marche sur Washington Marche sur Washington [voir aussi cet article] ; l'ann&#233;e pass&#233;e, nous avons reconnu le Civil Rights Act de 1964 qui mit un terme &#224; l'apartheid Jim Crow dans le Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du site de &#192; l'encontre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cette ann&#233;e, nous avons d&#233;j&#224; assist&#233; aux c&#233;l&#233;brations de l'anniversaire du Voting Rights Act et la fin de l'&#233;t&#233; (ao&#251;t 1965) verra le 50e anniversaire de la R&#233;bellion Watts, quartier de Los Angeles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, le pays a connu des r&#233;bellions en 1964 &#224; Rochester, New York, Philadelphie et &#224; Trenton (New Jersey) pour ne citer que quelques villes. Mais Watts, au cours de l'&#233;t&#233; 1965, &#233;tait sans pr&#233;c&#233;dent par son ampleur, par les dommages occasionn&#233;s [plus de 900 b&#226;timents endommag&#233;s], le nombre de victimes [34 morts et plus de 1000 bless&#233;&#183;e&#183;s] ainsi que par sa f&#233;rocit&#233;. Le soul&#232;vement &#224; South Central Los Angeles repr&#233;senta une morne conclusion &#224; la phase non-violente du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#226;cre fum&#233;e qui plane au-dessus de Baltimore rappelle fortement l'histoire r&#233;cente des ann&#233;es 1960. Mais les &#233;meutes &#224; Baltimore autour de la mort de Freddie Gray au cours des derniers jours ne sont pas une simple reproduction des &#233;v&#233;nements qui se sont d&#233;roul&#233;s il y a cinquante ans. Les in&#233;galit&#233;s qui ont enflamm&#233; des centaines de villes am&#233;ricaines au cours de la d&#233;cennie 1960 existent toujours et se sont, en fait, approfondies au cours du dernier demi-si&#232;cle. Alors comme maintenant, la violence polici&#232;re r&#233;pandue ainsi que les harc&#232;lements d&#233;finissent l'humiliation et l'impuissance de l'existence de millions d'Afro-am&#233;ricains pauvres et des classes laborieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui rend le soul&#232;vement de Baltimore diff&#233;rent de celui d'une &#233;poque ant&#233;rieure r&#233;side dans le fait que les attaques brutales contre les Afro-Am&#233;ricains se d&#233;roulent simultan&#233;ment &#224; l'existence d'un &#171; pouvoir &#187; politique noir sans pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A une cinquantaine de kilom&#232;tres de Baltimore, dans la capitale de la nation, r&#233;side le premier pr&#233;sident afro-am&#233;ricain du pays. La Chambre des repr&#233;sentants compte 43 membres noirs, auxquels s'ajoutent deux s&#233;nateurs (le nombre le plus &#233;lev&#233; de Noirs membres de Congr&#232;s dans l'histoire des Etats-Unis). Au m&#234;me moment que le West Side de Baltimore entrait en &#233;bullition contre le meurtre policier de Freddie Gray, Loretta Lynch est devenue la premi&#232;re femme noire a &#234;tre nomm&#233;e attorney general [procureure g&#233;n&#233;rale]. [La procureure de Baltimore, Marylin Mosby, elle, a inculp&#233; dans un d&#233;lai tr&#232;s bref les six policiers, ce qui a donn&#233; lieu &#224; une riposte du D&#233;partement de la police.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas seulement d'un ph&#233;nom&#232;ne national. Il se refl&#232;te aussi au niveau de la politique locale. A Baltimore, les Afro-Am&#233;ricains contr&#244;lent virtuellement l'ensemble de l'appareil politique. La maire Stephanie Rawlings-Balke et le commissaire de police Antony Batts ont &#233;t&#233; les figures les plus pro&#233;minentes du pouvoir politique &#224; Baltimore au cours des derni&#232;res semaines [tous deux afro-am&#233;ricains]. Mais le conseil municipal de la ville compte une majorit&#233;, huit sur quinze, d'Afro-Am&#233;ricains, y compris son pr&#233;sident. Le directeur des &#233;coles publiques et l'ensemble des membres du conseil de la commission du logement de la ville sont Afro-am&#233;ricains. A travers les Etats-Unis, des milliers de Noirs &#233;lus dirigent de nombreuses villes et faubourgs du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cet &#233;gard, les &#233;v&#233;nements de Baltimore sont diff&#233;rents de ce qui s'est produit &#224; Ferguson (Etat du Missouri) l'&#233;t&#233; dernier [voir cet article ainsi que des nombreux autres sur ce site]. L&#224;, la petite banlieue, situ&#233;e juste au nord de Saint-Louis, compte une majorit&#233; d'habitant&#183;e&#183;s noirs gouvern&#233;e principalement par une administration blanche. L'absence de pouvoir et de repr&#233;sentation politique de la part des Noirs a constitu&#233; la trame narrative des explications populaires visant &#224; comprendre ce qui n'avait pas fonctionn&#233;. L'&#233;lection d'Afro-Am&#233;ricains &#224; des postes politiques &#224; Ferguson est ainsi devenue un point central de nombreux activistes locaux et nationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si le meurtre de Mike Brown et la r&#233;bellion &#224; Ferguson constituaient des r&#233;miniscences de l'ancien Jim Crow, alors que l'assassinat de Freddie Gray et le soul&#232;vement de Baltimore symbolisent un nouveau pouvoir noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, la recherche du pouvoir &#233;lectoral noir &#233;tait devenue l'une des strat&#233;gies principales qui &#233;mergea de l'&#233;poque du Black Power. A la fin des ann&#233;es 1960, les appels en faveur d'un &#171; contr&#244;le par la communaut&#233; &#187; des villes o&#249; les Noirs vivaient gagnaient en force. De tels appels faisaient sens : la &#171; grande migration &#187; [terme qui d&#233;signe, entre la Premi&#232;re Guerre mondiale et les ann&#233;es 1960, le d&#233;placement de Noirs &#224; la recherche du Sud vers le Nord et l'ouest ; on estime le d&#233;placement de population &#224; cinq millions de Noirs] conduisit des millions d'Afro-Am&#233;ricains vers les villes du pays et contribua &#224; &#233;lever les pr&#233;occupations des Noirs en un th&#232;me de d&#233;bat politique (bien que cela f&#251;t rarement suivi d'effets) et transforma la d&#233;mographie de nombreuses m&#233;tropoles alors que les Noirs arrivaient et que les Blancs se d&#233;pla&#231;aient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contr&#244;le politique des Blancs sur des villes dont la proportion de Noirs croissait fortement exacerba les tensions autour des conditions que l'on rencontrait dans ces villes. Dans des endroits comme Chicago, la machine client&#233;laire [patronage machine] pouvait capter une partie de la participation des Noirs, mais cela ressemblait peu &#224; un quelconque contr&#244;le &#233;conomique ou politique des infrastructures des villes de la part des Noirs. Les destructions et l'instabilit&#233; caus&#233;es par les r&#233;bellions urbaines au cours de la d&#233;cennie contribu&#232;rent &#224; la progression de l'id&#233;e, parmi les &#233;lites, qu'un contr&#244;le et une propri&#233;t&#233; plus importants des Noirs au sein des villes pourraient aider &#224; calmer la population noire rebelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a, aujourd'hui, plus d'officiels noirs &#233;lus aux Etats-Unis qu'&#224; un quelconque moment de l'histoire am&#233;ricaine. Pour la grande majorit&#233; des Noirs, pourtant, la vie a peu chang&#233;. Les &#233;lus noirs ont largement gouvern&#233; de mani&#232;re identique &#224; leurs homologues blancs, r&#233;percutant tout le racisme, la corruption et les politiques favorisant les personnes ais&#233;es que l'on voit dans tout le spectre de la politique dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Baltimore est un exemple r&#233;v&#233;lateur. La maire Rawlings-Blake peut bien &#234;tre afro-am&#233;ricaine, mais sous sa direction, de larges couches de Noirs &#224; Baltimore sont rest&#233;es pauvres, sans emploi ainsi qu'harcel&#233;s constamment par la police et victimes de leurs abus. Seulement au cours des quatre derni&#232;res ann&#233;es, plus de 100 personnes ont remport&#233; des plaintes au civil dans des cas de brutalit&#233; polici&#232;re. Sous le mandat de Rawlings-Blake, la ville a &#233;t&#233; contrainte de payer 5,7 millions de dollars pour r&#233;gler des proc&#232;s portant sur la brutalit&#233; et les conduites inappropri&#233;es de la police &#8211; un montant qui ne comprend pas les 5,8 millions de dollars d&#233;pens&#233;s pour d&#233;fendre les policiers qui ont commis des abus contre des membres de la population noire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les &#171; d&#233;r&#232;glements &#187; du d&#233;partement de police de Baltimore, la maire a r&#233;serv&#233; ses commentaires les plus durs aux personnes engag&#233;es dans le soul&#232;vement, les qualifiant de &#171; criminels &#187; et de &#171; voyous &#187;. Quiconque un peu au courant du pass&#233; de maire de Rawlings-Blake ne sera pas surpris de la mani&#232;re dont elle fustige les victimes de la corruption et de la brutalit&#233; polici&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que les attaques injustifi&#233;es effectu&#233;es par la police aient &#233;t&#233; largement document&#233;es et aient fait l'objet de poursuites, un mois avant le soul&#232;vement &#224; Baltimore, la maire a rendu les hommes noirs responsables de la violence &#224; Baltimore. Faisant &#233;cho &#224; son semblable Rudy Giuliani [ancien maire de New York, responsable de la politique de &#171; z&#233;ro tol&#233;rance &#187;], elle a d&#233;clar&#233; [d&#233;but mars 2015] : &#171; nombre d'entre nous, au sein de la communaut&#233; noire, sont devenus complaisants au sujet des crimes entre Noirs [&#8230;] Alors que beaucoup d'entre nous souhaitent d&#233;filer et protester ainsi que militer face aux fautes de la police, nombreux sont ceux qui, parmi nous, d&#233;tournent leur regard lorsque nous nous tuons entre nous. &#187; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ignorant la longue histoire de racisme ainsi que l'&#233;pid&#233;mie du terrorisme policier dans la mani&#232;re dont les conditions de vie des Noirs &#224; Baltimore ont &#233;t&#233; fa&#231;onn&#233;es, la maire est devenue une repr&#233;sentante typique de l'&#233;lite politique noire qui rend les Afro-Am&#233;ricains qui y vivent responsables des probl&#232;mes de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;rence la plus importante concernant la vie dans des villes comme Baltimore aujourd'hui par rapport &#224; cinquante ans ne r&#233;side pas seulement dans l'existence d'une strate politique noire qui administre et g&#232;re une grande partie de l'Am&#233;rique noire, mais elle tient aussi dans la mani&#232;re dont cette puissante classe politique noire contribue &#224; faire obstacle aux interrogations s&#233;rieuses sur les in&#233;galit&#233;s structurelles et le racisme institutionnel. Au lieu de cela, les dirigeants appartenant &#224; cette classe politique ressuscitent d'anciens et commodes r&#233;cits qui indiquent que les familles noires et la culture constituent l'explication centrale de la persistance des in&#233;galit&#233;s raciales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de maintenir leur l&#233;gitimit&#233; au sein du Parti d&#233;mocrate &#8211; que la plupart de ces politiciens noirs consid&#232;rent comme &#233;tant leur maison &#8211; ils s'alignent sur la ligne du parti qui insiste sur la responsabilit&#233; individuelle et rejette l'augmentation des imp&#244;ts dans le but de financer des programmes sociaux d&#233;sesp&#233;r&#233;ment n&#233;cessaires. En outre, les officiels noirs &#233;lus soit cr&#233;ent soit &#233;largissent l'espace pour que les blancs puissent mettre en question les habitudes morales des Noirs ordinaires. Lorsque le pr&#233;sident Obama, la maire Rawlings-Blake et la procureure g&#233;n&#233;rale Lynch caract&#233;risent les protestataires noirs de &#171; voyous &#187; et de &#171; criminels &#187;, les r&#233;publicains blancs n'ont pas besoin de le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les officiels noirs &#233;lus invoquent souvent un sentiment de solidarit&#233; raciale, de familiarit&#233; et de connaissance de la vie des Noirs pauvres et de la classe laborieuse seulement pour pouvoir les bl&#226;mer et les r&#233;primander concernant la d&#233;t&#233;rioration des conditions de leurs propres quartiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas seulement de l'expression d'un m&#233;pris envers les Noirs pauvres, mais c'est aussi le r&#233;sultat des pressions plac&#233;es sur l'administration de grandes villes dans une &#233;poque d'aust&#233;rit&#233;. Les villes ont &#233;t&#233; mises en comp&#233;tition les unes contre les autres afin d'attirer des capitaux, conduisant ainsi &#224; une course vers le bas dans la baisse des imp&#244;ts. Ce qui aboutit &#224; &#233;jecter ceux et celles qui ont besoin de recourir aux services sociaux. Se centrer sur les &#233;checs individuels et une moralit&#233; d&#233;ficiente (plut&#244;t que sur les in&#233;galit&#233;s structurelles) justifie les coupes budg&#233;taires et la contraction de la sph&#232;re publique que ces &#233;lites politiques noires sont charg&#233;es de r&#233;aliser. Ce dont les Afro-Am&#233;ricains dans les villes &#224; travers le pays ont besoin, selon ce r&#233;cit, est de se changer leur mani&#232;re d'&#234;tre, de se comporter et non pas l'extension des services sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les politiciens noirs agissent sur le m&#234;me terrain que leurs concurrents blancs. Ils rivalisent pour rester dans les bonnes gr&#226;ces de riches donateurs tout en maximisant leur nombre de connexions politiques afin de soutenir les &#171; coffres de guerre &#187; de leurs campagnes &#233;lectorales. Ils s'appuient &#233;galement sur un maintien de l'ordre agressif pour compenser les probl&#232;mes sociaux qui surgissent lorsque la pauvret&#233;, l'&#233;videmment des services sociaux et l'absence d'avenir dans la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine convergent et finalement s'enflamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soul&#232;vement &#224; Baltimore a cristallis&#233; l'approfondissement des divisions politiques et de classe au sein de l'Am&#233;rique noire. Il s'agit d'un nouveau d&#233;veloppement dans la lutte pour la lib&#233;ration noire qui avait &#233;t&#233;, historiquement, unifi&#233;e autour des lignes de classe pour combattre le racisme. De la Maison-Blanche vers les h&#244;tels de ville du pays, la croissance et la progression de la classe politique noire l'ont plac&#233;e dans une position la conduisant &#224; g&#233;rer les crises qui continent de se d&#233;rouler dans les quartiers noirs du pays. Les politiciens noirs n'ont pas de meilleure solution pour les Afro-Am&#233;ricains ordinaires que n'importe quel autre officiel &#233;lu. A Ferguson et maintenant &#224; Baltimore, c'est le mouvement dans les rues qui attire une attention mondiale sur le racisme et les in&#233;galit&#233;s qui prosp&#232;rent encore au sein de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine &#8211; et non la pr&#233;sence de figures noires dans les grandes instances. (Traduction A L'Encontre. Publi&#233; le 4 mai 2015 sur le site SocialistWorker.org, repris du site inthesestimes.com le 29 avril)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La mont&#233;e du mouvement #BlackLivesMatter (I)</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-montee-du-mouvement-BlackLivesMatter-I</link>
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		<dc:date>2015-02-17T07:45:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Keeanga-Yamahtta Taylor</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-02-03</dc:subject>

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&lt;p&gt;La r&#233;sistance impressionnante qui s'est d&#233;roul&#233;e dans les rues de Ferguson s'est d&#233;velopp&#233;e sur un plan national depuis ao&#251;t. Dans un document soumis &#224; la discussion &#8211; et termin&#233; avant que les deux agents de police de New York n'aient &#233;t&#233; tu&#233;s [le 20 d&#233;cembre 2014], produisant une r&#233;action de droite &#8211; Keeanga-Yamahtta Taylor explique l'arri&#232;re-plan de cette vague et analyse le mouvement qui a pris de nouveaux contours au cours des derniers mois. Nous reproduisons des extraits de ce document. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH86/arton20702-a49b8.jpg?1781243445' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='86' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La r&#233;sistance impressionnante qui s'est d&#233;roul&#233;e dans les rues de Ferguson s'est d&#233;velopp&#233;e sur un plan national depuis ao&#251;t. Dans un document soumis &#224; la discussion &#8211; et termin&#233; avant que les deux agents de police de New York n'aient &#233;t&#233; tu&#233;s [le 20 d&#233;cembre 2014], produisant une r&#233;action de droite &#8211; Keeanga-Yamahtta Taylor explique l'arri&#232;re-plan de cette vague et analyse le mouvement qui a pris de nouveaux contours au cours des derniers mois. Nous reproduisons des extraits de ce document. (SocialistWorker.org)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un mouvement contre la brutalit&#233; polici&#232;re a fait &#233;ruption et il secoue dans ses fondements la soci&#233;t&#233; des Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les semaines qui suivirent l'annonce que deux agents de police blancs ne seraient pas poursuivis pour le meurtre de deux Noirs d&#233;sarm&#233;s &#224; Ferguson (Missouri) et &#224; Staten Island (New York), des protestations quotidiennes se sont d&#233;roul&#233;es. Depuis la fin du mois de novembre, des dizaines de milliers de personnes ont particip&#233; &#224; des manifestations, des actions directes et &#224; toutes sortes de protestations afin de s'opposer au racisme, &#224; la brutalit&#233; et &#224; l'injustice qui se trouvent au c&#339;ur des institutions l&#233;gales d'Am&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement a plant&#233; le dernier clou dans le cercueil de l'id&#233;e selon laquelle nous vivons dans une soci&#233;t&#233; post-raciale ainsi qu'&#224; l'illusion qui voudrait que les Etats-Unis aient abandonn&#233; leur pass&#233; racial. Le mouvement Black Lives Matter a plac&#233; l'establishment politique sur la d&#233;fensive, contraignant les plus hauts niveaux du gouvernement &#224; y r&#233;pondre par des promesses de changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les semaines qui ont suivi l'&#233;chec du grand jury de Saint-Louis &#224; poursuivre le flic tueur blanc Darren Wilson, des dirigeants du mouvement de Ferguson ont rencontr&#233; le pr&#233;sident Barack Obama, le vice-pr&#233;sident Joe Biden, le ministre de la Justice Eric Holder et la secr&#233;taire &#224; l'Education Arne Duncan. Apr&#232;s des semaines de silence, lorsque Mike Brown fut tu&#233;, Hillary Clinton, la candidate favorite pour les primaires d&#233;mocrates, pronon&#231;a la phrase &#171; Black Lives Matter &#187; lors d'une apparition publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une poign&#233;e de membres noirs du Congr&#232;s interrompirent une session avec une protestation symbolique plac&#233;e sous le slogan &#171; hands up, don't shoot &#187; [haut les mains, ne tirez pas !]. Une semaine plus tard, plusieurs centaines d'assistants des membres du Congr&#232;s [assistants parlementaires], en majorit&#233; Noirs, quitt&#232;rent leur travail en signe de protestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des athl&#232;tes professionnels ont rev&#234;tu des T-shirts portant le sigle &#171; I Can't Breathe &#187; [je ne peux pas respirer ; soit les derni&#232;res paroles prononc&#233;es huit fois par Eric Garner, au sol, un policier l'asphyxiant, avant qu'il ne meure], frayant la route dans laquelle s'engouffreront des &#233;quipes sportives f&#233;minines et masculines de coll&#232;ges et de lyc&#233;es. Des milliers d'&#233;tudiant&#183;e&#183;s de coll&#232;ges, de lyc&#233;es et m&#234;me des &#233;l&#232;ves de classes interm&#233;diaires ont organis&#233; et particip&#233; &#224; des die-ins [action qui consiste &#224; s'allonger sur le sol, simulant la mort, en g&#233;n&#233;ral dans des lieux publics ou &#224; forte fr&#233;quentation], &#224; des sorties de classe, des marches et &#224; d'autres formes de protestation publique. Des &#233;tudiant&#183;e&#183;s de 70 &#233;coles m&#233;dicales organis&#232;rent des dies-ins sous le slogan &#171; White Coats for Black Lives &#187; [blouses blanches pour la vie des Noirs], en solidarit&#233; avec les protestations qui balayaient le pays. Des d&#233;fenseurs publics et d'autres avocats ont organis&#233; leurs propres actions, utilisant y compris la tactique d&#233;sormais famili&#232;re du die-in.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les effets de cet activisme peuvent d&#233;j&#224; &#234;tre constat&#233;s dans un d&#233;placement de la discussion du grand public sur des questions comme le racisme, les in&#233;galit&#233;s et le syst&#232;me judiciaire de ce pays. Selon un sondage r&#233;alis&#233; par Gallop, &#224; la suite des protestations de masse qui ont suivi, fin novembre, le verdict de Ferguson, le nombre d'Am&#233;ricains qui pensent que le racisme est le probl&#232;me le plus important du pays a pass&#233; de 1% &#224; 13% en moins d'un mois &#8211; le niveau le plus &#233;lev&#233; depuis la r&#233;bellion de Los Angeles en 1992.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des commissions, des recherches et d'autres enqu&#234;tes portant sur la machinerie du meurtre de Noirs par des agents de l'Etat sont r&#233;alis&#233;es. Obama &#8211; qui &#233;tait r&#233;ticent, si ce n'est ouvertement hostile &#224; discuter la persistance des in&#233;galit&#233;s raciales, tout en accusant les communaut&#233;s noires de mauvais comportements et d'ineptie morale &#8211; a modifi&#233; l'accent de ses commentaires publics. Dans un entretien apr&#232;s les vastes protestations du 13 d&#233;cembre, le pr&#233;sident et son &#233;pouse, Michelle Obama, ont d&#233;crit leurs propres exp&#233;riences d'offenses racistes et le fait d'avoir &#233;t&#233; confondus avec du personnel d'entretien. Eric Holder, qui avait d&#233;crit plus t&#244;t, de son poste, les &#201;tats-Unis comme une &#171; nation de l&#226;ches &#187; lorsqu'il s'agissait de d&#233;battre des questions de race, a d&#233;sormais conclu que &#171; nous, en tant que nation, avons &#233;chou&#233; &#187; en termes de &#171; relations raciales &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit l&#224;, bien s&#251;r, de commentaires anodins qui r&#233;duisent l'injustice raciale &#224; des d&#233;sagr&#233;ments, des pr&#233;jug&#233;s et des malentendus tout en ignorant le caract&#232;re institutionnel et omnipr&#233;sent du racisme am&#233;ricain auquel la grande majorit&#233; des Afro-Am&#233;ricains doivent faire face. N&#233;anmoins, dans un pays o&#249; les in&#233;galit&#233;s raciales ont &#233;t&#233; rendues invisibles en d&#233;tournant l'accent sur une &#171; culture de pauvret&#233; &#187; et sur la &#171; responsabilit&#233; individuelle &#187; comme &#233;tant les explications principales des disparit&#233;s entre les Noirs et les Blancs, le d&#233;placement dans le discours &#224; ce stade n'est pas insignifiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est l'arri&#232;re-fond de ce mouvement ? Quels sont ses buts et comment souhaite-t-il les atteindre ? Il s'agit de questions importantes que cet article entend introduire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les racines de Ferguson&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant que les &#201;tats-Unis ne soient &#171; post-racial &#187;, ils &#233;taient &#171; post-droits civiques &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les deux phrases devaient communiquer le message que l'absence de lois injustes sur le plan racial signifiait que les &#201;tats-Unis &#233;taient d&#233;sormais une soci&#233;t&#233; &#171; color-blind &#187; [litt&#233;ralement aveugle &#224; la couleur, c'est-&#224;-dire indiff&#233;rente &#224; la &#171; race &#187;, non discriminatoire], fond&#233;e sur la m&#233;ritocratie. Les constatations au c&#339;ur du Rapport de la Commission Kerner de 1968 &#8211; qui concluait que les in&#233;galit&#233;s structurelles &#233;taient le produit des &#171; institutions blanches &#187; qui &#171; approuvaient &#187; la s&#233;gr&#233;gation raciale, les logements insalubres et la brutalit&#233; polici&#232;re &#8211; ont &#233;t&#233; remplac&#233;es par 40 ans d'un discours qui rend les Afro-Am&#233;ricains responsables des conditions de leurs communaut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &#233;v&#233;nements politiques ont d&#233;stabilis&#233; p&#233;riodiquement le discours sur la &#171; responsabilit&#233; personnelle &#187; et mis au jour la profondeur les injustices raciales de l'Am&#233;rique. La R&#233;bellion de Los Angeles en 1992, d&#233;clench&#233;e par un autre cas o&#249; la police s'en est donn&#233;e &#224; c&#339;ur joie m&#234;me apr&#232;s qu'ils ont &#233;t&#233; film&#233;s brutalisant un Noir, constitue l'exemple le plus frappant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de la fin des ann&#233;es 1990, il y eut un &#233;lan croissant contre le &#171; profilage &#187; racial des Noirs. Les effets mortels du profilage racial se transform&#232;rent en un d&#233;bat public en 1999 lorsqu'un immigr&#233; noir sans armes, Amadou Diallo, a &#233;t&#233; tu&#233; par la police de New York par 41 balles. La mort de Diallo attira une attention sans pr&#233;c&#233;dent sur la pratique du profilage racial et incita m&#234;me le pr&#233;sident d'alors, Bill Clinton, &#224; nommer un groupe de travail f&#233;d&#233;ral afin d'enqu&#234;ter sur celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mergence d'un mouvement contre la mondialisation capitaliste et la campagne d'opposition de Ralph Nader [candidat du Parti &#233;cologiste, en coalition avec diff&#233;rents groupes de gauche ; candidature qui tentait de se frayer un chemin entre les deux grands partis qui monopolisent le paysage politique am&#233;ricain ; il remporta 2,7% des suffrages] en 2000 appuy&#232;rent la mont&#233;e de l'activisme antiraciste. L'effilochement de la peine de mort en Illinois [la peine de mort de plusieurs dizaines de condamn&#233;s fut commu&#233;e, en 2003, en prison &#224; vie avant d'&#234;tre abolie en 2011] et la d&#233;cision du gouverneur George Ryan de d&#233;clarer, en 1999, un moratoire sur son utilisation, jet&#232;rent un &#233;clairage sur l'intersection entre race et classe dans le syst&#232;me de justice p&#233;nale. Au printemps 2001, une r&#233;bellion noire &#233;clata &#224; Cincinnati lorsque la police tua un adolescent noir sans armes qui fuyait devant les agents de police. Durant trois jours, les jeunes Noirs se battirent avec la police et d&#233;truisirent des biens valant plusieurs millions de dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;lan du mouvement antiraciste se renversa de mani&#232;re spectaculaire &#224; la suite des attaques terroristes du 11 septembre 2001. Le gouvernement des &#201;tats-Unis se pr&#233;cipita pour transformer la trag&#233;die en un appel en faveur de l'union nationale en pr&#233;paration d'une nouvelle guerre contre l'Irak.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autorit&#233;s justifi&#232;rent le profilage racial des musulmans et des Arabes dans leur fr&#233;n&#233;sie raciste et leur course &#224; la guerre. La tactique ne fut plus sujette &#224; des enqu&#234;tes et &#224; des poursuites judiciaires. En 1999, 59% des Am&#233;ricains d&#233;claraient qu'ils &#233;taient convaincus que la police &#233;tait engag&#233;e dans des pratiques de profilage racial et, sur ce nombre, 81% pensaient que la pratique &#233;tait erron&#233;e. M&#234;me George W. Bush d&#233;clara dans son adresse au Congr&#232;s, d&#233;but 2001, que le profilage racial &#233;tait &#171; erron&#233;, et nous allons y mettre un terme en Am&#233;rique &#187;. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais trois mois &#224; peine apr&#232;s le 11 septembre 2001, le soutien accord&#233; au profilage racial des Arabes d&#233;passa 50%. Il &#233;tait, en r&#233;alit&#233;, plus fort parmi les Afro-Am&#233;ricains que dans tout autre groupe. Non seulement le d&#233;veloppement de la lutte contre le racisme fut enseveli sous une vague de chauvinisme et d'islamophobie mais le pr&#233;c&#233;dent point central de cette lutte, le profilage racial, &#233;tait d&#233;sormais d&#233;fendu comme un instrument n&#233;cessaire dans la pr&#233;tendue &#171; guerre contre la terreur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au long de la d&#233;cennie, cependant, le nationalisme et la r&#233;duction au silence des protestations sur le front de probl&#232;mes nationaux s'&#233;rod&#232;rent. L'&#233;v&#233;nement le plus important fut l'ouragan Katrina en 2005 et le manque de r&#233;ponse de la part du gouvernement f&#233;d&#233;ral lorsque La Nouvelle-Orl&#233;ans et des centaines de Noirs se noy&#232;rent [au moins 1833 personnes p&#233;rirent de cet ouragan ; en octobre 2005, on retrouva 700 cadavres &#224; La Nouvelle-Orl&#233;ans]. Deux ans plus tard, des dizaines de milliers d'&#233;tudiants, la plupart Noirs, manifest&#232;rent dans la petite ville de Jena, en Louisiane, contre l'attaque raciste dont des &#233;tudiant&#183;e&#183;s noirs du lyc&#233;e &#233;taient victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activisme et les mobilisations en r&#233;ponse &#224; des &#233;v&#233;nements qui se sont produit en Louisiane ne constitu&#232;rent pas le d&#233;but d'un mouvement, mais ils d&#233;voil&#232;rent la persistance des in&#233;galit&#233;s raciales aux Etats-Unis. Les guerres et occupations de l'administration Bush restreignirent l'espace pour l'activisme ou m&#234;me exprim&#232;rent la poursuite des in&#233;galit&#233;s dans le pays, mais Katrina r&#233;v&#233;la au monde que les Etats-Unis &#233;taient toujours le m&#234;me vieil empire raciste et Jena aida &#224; raviver une tradition de protestation qui avait r&#233;solument &#233;t&#233; r&#233;duite au silence depuis 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La g&#233;n&#233;ration Obama&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contradictions de la guerre et l'effondrement de l'&#233;conomie conduisirent la pr&#233;sidence Bush &#224; sombrer en 2008. Obama a &#233;t&#233; &#233;lu au mois de novembre de cette ann&#233;e en tant que premier pr&#233;sident afro-am&#233;ricain de la nation en menant une campagne qui exploitait le d&#233;go&#251;t suscit&#233; par Bush, la crise &#233;conomique et la guerre sans fin. Mais, de mani&#232;re rh&#233;torique, il pr&#233;senta sa campagne comme une poursuite du mouvement des droits civiques. Les slogans de sa campagne, &#171; espoir &#187; et &#171; changement &#187;, suscit&#232;rent les attentes de millions de personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les attentes des Afro-Am&#233;ricains &#233;taient particuli&#232;rement &#233;lev&#233;es dans la mesure o&#249; les suffrages des Noirs en faveur d'Obama atteignaient des records. Bien qu'Obama re&#231;ut 95% des suffrages exprim&#233;s par les Noirs, en tant que pr&#233;sident il fut un d&#233;fenseur r&#233;ticent des Afro-Am&#233;ricains. Le premier aper&#231;u de la d&#233;ception des attentes des Noirs arriva tr&#232;s rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs semaines avant que le nouveau pr&#233;sident ne soit m&#234;me investi, un policier ferroviaire arm&#233; tua Oscar Grant, un Noir sans armes de 22 ans, sur le quai du Bay Area Rapid Transit &#224; Oakland, en Californie. Le meurtre de Grant fut aussi film&#233; et se d&#233;roula devant plusieurs dizaines de t&#233;moins. La col&#232;re dans les quartiers noirs d'Oakland &#233;tait palpable alors que des centaines puis des milliers descendirent dans les rues pour exiger que justice soit rendue. Il est probable que ce type de mobilisation se serait d&#233;roul&#233; lors de n'importe quel &#233;v&#233;nement, mais la brutalit&#233; du meurtre de Grant dans les jours qui pr&#233;c&#233;d&#232;rent l'intronisation du premier pr&#233;sident noir ajouta de l'huile sur le feu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la diff&#233;rence d'autres cas ant&#233;rieurs et de ceux qui suivront, le meurtrier de Grant fut finalement inculp&#233;, jug&#233; et condamn&#233;, finissant bri&#232;vement en prison pour homicide. En d&#233;pit de la sentence abr&#233;g&#233;e, le combat pour que l'on rendit justice &#224; Oscar Grant conduisit une nouvelle couche de Noirs dans la lutte, contribuant au d&#233;veloppement de nouveaux r&#233;seaux organisationnels qui se r&#233;pandirent au-del&#224; d'Oakland et d&#233;montrant que les protestations pouvaient amener un flic devant les tribunaux pour avoir tu&#233; un Noir. Il s'agira l&#224; d'importantes le&#231;ons et cela forgea des liens pour aller de l'avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de 2011, la victoire &#233;lectorale d'Obama perdit de son lustre aupr&#232;s des Afro-Am&#233;ricains. L'Am&#233;rique noire se trouvait au milieu d'une &#233;conomie en chute libre, faisant l'exp&#233;rience d'un ch&#244;mage &#224; deux chiffres, d'une pauvret&#233; en croissance et des effets d&#233;vastateurs de l'effondrement du march&#233; immobilier &#8211; et, dans cet effondrement, une certaine couche sociale noire enrichie a &#233;t&#233; emport&#233;e. Le succ&#232;s de la campagne pr&#233;sidentielle d'Obama fut accueilli avec exub&#233;rance, mais la r&#233;alit&#233; &#233;tait significativement d&#233;cevante. Obama et ses sous-fifres &#8211; le r&#233;v&#233;rend Al Sharpton en t&#234;te parmi eux &#8211; insist&#232;rent sur le fait que le pr&#233;sident n'avait pas besoin d'un &#171; agenda noir &#187; [ou programme] et que tous les Afro-Am&#233;ricains b&#233;n&#233;ficieraient d'un programme politique centr&#233; sur une reprise [&#233;conomique] pour tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce refus d'&#233;laborer des politiques qui s'attaqueraient aux in&#233;galit&#233;s structurelles ainsi qu'au racisme responsables des effets disproportionn&#233;s de la crise dans les quartiers noirs a &#233;t&#233; remplac&#233; par une attaque id&#233;ologique contre les communaut&#233;s noires, conduite par le pr&#233;sident lui-m&#234;me. Le pr&#233;sident Obama r&#233;primanda les Afro-Am&#233;ricains pour &#224; peu pr&#232;s tout, de nourrir leurs enfants au petit-d&#233;jeuner avec du poulet frit froid jusqu'&#224; faire trop d'enfants hors mariage. En d'autres termes, avec aucune politique ne s'attaquant au racisme, rendre les communaut&#233;s noires responsables des cons&#233;quences de la pire crise &#233;conomique depuis la Grande D&#233;pression devait suffire. Bien qu'Obama rest&#226;t une personnalit&#233; populaire parmi les Afro-am&#233;ricains, le fait d'avoir un pr&#233;sident Noir avait des limites am&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re &#233;pisodiquement et p&#233;riodiquement explosif de la politique en Am&#233;rique tient, d'une part, au fait que les travailleurs des Etats-Unis disposent de peu de d&#233;bouch&#233;s formels afin de diriger leurs griefs contre le syst&#232;me ou pour trouver un soulagement temporaire de ses effets les plus durs. Au lieu de cela, deux partis politiques, chacun attach&#233; aux int&#233;r&#234;ts capitalistes, contr&#244;lent la politique aux &#201;tats-Unis, restreignant l'espace pour r&#233;aliser des r&#233;formes politiques dans les quelques endroits o&#249; il existe. Pour les Afro-Am&#233;ricains, cette dynamique est exacerb&#233;e par le consentement r&#233;pandu que les Noirs sont eux-m&#234;mes responsables de leurs propres conditions, qui est le r&#233;sultat d'un mauvais comportement et de mauvais choix. L'absence de r&#233;action des &#233;lites politiques noires laissa encore moins de canaux disponibles &#224; l'expression du m&#233;contentement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte qu'en 2011 le actions pour sauver la vie de Troz Davis &#8211; un prisonnier des couloirs de la mort de G&#233;orgie &#8211; co&#239;ncid&#232;rent avec l'&#233;mergence des campements d'Occupy Wall Street &#224; New York. A la fin d'une ann&#233;e 2011 durant laquelle le printemps arabe avait &#233;lectrifi&#233; le monde, le d&#233;veloppement de protestations soutenues semblait signaler le r&#233;veil du &#171; printemps am&#233;ricain &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant Occupy, l'espace disponible pour exprimer des pr&#233;occupations politiques, de la col&#232;re ou simplement la d&#233;ception face aux in&#233;galit&#233;s &#233;conomiques et &#224; l'incomp&#233;tence d'un gouvernement s'&#233;tait r&#233;duit encore plus avec la victoire de la droite lors des &#233;lections de mi-mandat en 2010. Mais les manifestations Troy Davis et Occupy &#233;branl&#232;rent le statu quo, r&#233;affirmant la l&#233;gitimit&#233; des protestations de rue ainsi que des politiques allant &#224; la racine des choses. En outre, leur proximit&#233; mit en lumi&#232;re le chevauchement et, en fait, l'imbroglio entre les in&#233;galit&#233;s raciales et &#233;conomiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Occupy se battit afin de coaguler une audience noire. Quels que soient ses d&#233;fauts, le mouvement d&#233;sirait atteindre cet objectif. Plus largement, Occupy pla&#231;a sur le devant de la sc&#232;ne les contradictions du chemin de la reprise &#233;conomique emprunt&#233; par les &#201;tats-Unis en soulignant les sauvetages sans condition des entreprises priv&#233;es par l'&#233;tat alors que des millions de personnes ordinaires se d&#233;battaient sous le poids du ch&#244;mage, des saisies et des expulsions de logement. Le mouvement Occupy affirma dans la conscience populaire la r&#233;alit&#233; des in&#233;galit&#233;s aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me avec une participation limit&#233;e de Noirs, l'accent port&#233; aux in&#233;galit&#233;s &#233;conomiques aida &#224; maintenir ouverte la br&#232;che permettant un d&#233;bat sur les conditions de vie dans les communaut&#233;s noires. L'emphase sur la culture noire comme une explication de la crise que rencontrait Black America ne faisait pas grand sens dans un contexte plus large marqu&#233; par des vastes in&#233;galit&#233;s &#233;conomiques. Cela ne signifia pas que les explications bl&#226;mant les victimes pour leur condition s'&#233;vanouirent mais, d&#233;sormais, d'autres explications se frayaient un espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, la brutale r&#233;pression des campements Occupy durant l'hiver et au printemps 2012 &#233;largit les param&#232;tres de la prise de conscience au sujet de la r&#233;pression et de la brutalit&#233; polici&#232;res. Pour les personnes qui particip&#232;rent &#224; la lutte, la police &#233;tait d&#233;sormais vue non seulement comme une force de r&#233;pression des Afro-Am&#233;ricains mais aussi comme un d&#233;fenseur du statu quo. Ils agissaient au nom du 1%, aux ordres d'agents locaux, de l'Etat et f&#233;d&#233;raux qui coordonn&#232;rent les attaques visant &#224; d&#233;truire le mouvement Occupy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au printemps 2012, des milliers de personnes descendront &#224; nouveau dans les rues afin de protester contre le meurtre d'un adolescent noir sans armes, Trayvon Martin [voir les articles sur ce site]. Les campements Occupy ont pu &#234;tre d&#233;truits, mais les marches et les mobilisations pour Trayvon montr&#232;rent que la confiance oppositionnelle face aux autorit&#233;s &#233;tait toujours vivante. Des semaines apr&#232;s que les articles de presse d&#233;crivirent le meurtre de Trayvon Martin dans un &#171; quartier r&#233;sidentiel prot&#233;g&#233; &#187; (gated community) en Floride, l'histoire se r&#233;pandit comme un feu de brousse et les protestations firent &#233;ruption &#224; travers le pays, exigeant que l'assassin de Martin, Georges Zimmerman, soit arr&#234;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des milliers de personnes se mobilis&#232;rent &#224; travers le pays &#8211; les plus larges manifestations se d&#233;roulant en Floride et &#224; New York &#8211; o&#249; des groupes s'organisaient d&#233;j&#224; contre la politique raciste stop-and-frisk [il s'agit de fouilles &#171; au hasard &#187; &#8211; en fait largement de Noirs et de Latinos &#8211; pr&#233;tendument pour combattre la diffusion de drogues] de la police de New York. Ces manifestations plus petites firent leur entr&#233;e dans la culture populaire lorsque des athl&#232;tes noirs firent &#233;galement entendre leurs protestations devant l'&#233;chec de l'arrestation de Zimmerman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activisme entourant le cas maintint l'affaire en vie dans les m&#233;dias dominants. Mais pas seulement. La m&#234;me chose s'&#233;tait produite dans le cas de Troy Davis. Les deux cas provoqu&#232;rent de longs mois de d&#233;bat public sur la crise permanente du pays sur les questions des in&#233;galit&#233;s et des injustices raciales. En parall&#232;le &#224; la publication de l'ouvrage tr&#232;s populaire de Michelle Alexander, The New Jim Crow, l'activisme et les d&#233;bats publics entourant ces deux affaires firent qu'il devint impossible de continuer &#224; &#233;carter ce type de cas en les consid&#233;rant comme des &#171; incidents isol&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin, l'arrestation de Zimmerman l&#233;gitima l'importance des protestations, des marches et des manifestations &#224; la suite de l'&#233;crasement des campements Occupy. Zimmerman sera ensuite acquitt&#233; du meurtre de Trayvon Martin, renfor&#231;ant l'impression partag&#233;e par des millions de personnes ce que Black America savait d&#233;j&#224; : l'impossibilit&#233; pour un jeune Noir d'obtenir justice dans un tribunal am&#233;ricain. L'acquittement de Zimmerman donna &#233;galement naissance au slogan de d&#233;fi : Black Lives Matter. (Publi&#233; le 13 janvier 2015 sur le site SocialistWorker.org. Traduction A l'Encontre) &#8211; A suivre&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La mont&#233;e du mouvement #BlackLivesMatter (II)</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-montee-du-mouvement-BlackLivesMatter-II</link>
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		<dc:date>2015-02-17T07:43:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Keeanga-Yamahtta Taylor</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-02-10</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La r&#233;sistance impressionnante qui s'est d&#233;roul&#233;e dans les rues de Ferguson s'est d&#233;velopp&#233;e sur un plan national depuis ao&#251;t. Deuxi&#232;me partie des extraits du texte de Keeanga-Yamahtta Taylor qui explique l'arri&#232;re-plan de cette vague et analyse le mouvement qui a pris de nouveaux contours au cours des derniers mois. &lt;br class='autobr' /&gt;
Voir la premi&#232;re partie de l'article : http://www.pressegauche.org/spip.php?article20702 &lt;br class='autobr' /&gt; De Ferguson vers l'avenir &lt;br class='autobr' /&gt;
Un article de 2012 publi&#233; sur le site (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Etats-Unis-" rel="directory"&gt;&#201;tats-Unis&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Etats-Unis-231-+" rel="tag"&gt;&#201;tats-Unis&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH87/arton20812-6b408.png?1781305402' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='87' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La r&#233;sistance impressionnante qui s'est d&#233;roul&#233;e dans les rues de Ferguson s'est d&#233;velopp&#233;e sur un plan national depuis ao&#251;t. Deuxi&#232;me partie des extraits du texte de Keeanga-Yamahtta Taylor qui explique l'arri&#232;re-plan de cette vague et analyse le mouvement qui a pris de nouveaux contours au cours des derniers mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir la premi&#232;re partie de l'article : &lt;a href=&#034;http://www.pressegauche.org/spip.php?article20702&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.pressegauche.org/spip.php?article20702&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De Ferguson vers l'avenir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un article de 2012 publi&#233; sur le site SocialistWorker.org sous le titre &#171; Les terroristes en bleu &#187; conclut ainsi sur ce point : &#171; Si la police continue de tuer impun&#233;ment des hommes et des femmes noirs, le type de r&#233;bellions urbaines qui &#233;branl&#232;rent la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine dans les ann&#233;es 1960 est une possibilit&#233; tout &#224; fait r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8232;Ce n'est pas les ann&#233;es 1960, mais le XXIe si&#232;cle &#8211; avec, en poste &#224; Washington, un pr&#233;sident noir et un ministre de la Justice noir. Les gens attendent sans doute plus. Pendant ce temps, en l'espace de quelques jours &#224; fin juillet [2012], on fr&#244;la les &#233;meutes apr&#232;s que la police, en Californie du Sud et &#224; Dallas, devenant de plus en plus effront&#233;e dans son m&#233;pris pour la vie des Noirs et des Latinos, ex&#233;cuta des jeunes hommes en plein jour, sous les yeux de tous [&#8230;].&#8232;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe un sentiment croissant d'&#233;c&#339;urement devant le racisme et la brutalit&#233; des flics &#224; travers le pays et le silence envahissant qui l'entoure &#8211; et les gens commencent &#224; se soulever contre cela. &#187; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela nous amena &#224; Ferguson. Personne n'aurait anticip&#233; qu'une petite ville &#224; la p&#233;riph&#233;rie de Saint-Louis deviendrait l'&#233;picentre du &#171; soul&#232;vement &#187; contre le terrorisme policier aux Etats-Unis. En m&#234;me temps, il est ais&#233; de constater pourquoi Ferguson explosa. La police raciste non seulement harcelait les Afro-Am&#233;ricains, mais la ville comptait sur la majorit&#233; noire pour qu'un &#233;ventail de petits d&#233;lits g&#233;n&#232;re des revenus &#8211; les amendes routi&#232;res atteignant la deuxi&#232;me position des revenus de Ferguson. L'antagonisme entre une police blanche, raciste et la majorit&#233; noire &#233;tait litt&#233;ralement institutionnalis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la police tua Mike Brown et laissa son cadavre dans la rue pendant quatre heures et demie, elle transforma ce meurtre policier en un lynchage. Elle donna le signal sans doute aussi aux pairs de Mike Brown &#8211; ceux qui descendront plus tard dans les rues en protestation contre son meurtre &#8211; d'une escalade des mauvais traitements policiers. Si un flic pouvait abattre un adolescent d&#233;sarm&#233;, alors qu'il levait les mains, et laisser son cadavre dans la rue pour envoyer un message clair, ils seraient alors capables de tout pour maintenir leur autorit&#233; et contr&#244;ler la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La col&#232;re &#224; Ferguson se r&#233;pandit comme un feu de brousse &#224; travers Black America, avec des protestations de solidarit&#233; organis&#233;es dans tout le pays. Le d&#233;ploiement de la col&#232;re des Noirs n'&#233;tait pas seulement une r&#233;action face &#224; ce meurtre particulier, mais &#224; tous les d&#233;m&#234;l&#233;s ou, pire, au racisme de la police et de l'ensemble du syst&#232;me p&#233;nal, dont chaque Afro-Am&#233;ricain fait l'exp&#233;rience, que cela soit personnellement ou par un membre de sa famille ou un ami.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, l'&#233;t&#233; 2014 a &#233;t&#233; ponctu&#233; par des affaires aussi horrifiantes de meurtres policiers qui soulign&#232;rent la r&#233;gularit&#233; avec laquelle les flics ne sont jamais punis pour la violence qu'ils infligent. Dans les jours qui pr&#233;c&#233;d&#232;rent la d&#233;cision du grand jury de ne pas condamner Darren Wilson [le meurtrier de Mike Brown], un agent de police blanc de Cleveland tira et tua [le 22 novembre] un enfant &#226;g&#233; de 12 ans, Tamir Rice, quelques secondes &#224; peine apr&#232;s &#234;tre arriv&#233; sur les lieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au m&#234;me moment, les jeunes manifestant&#183;e&#183;s &#224; Ferguson furent d&#233;nonc&#233;s comme &#233;tant &#171; violents &#187; alors m&#234;me que les forces de police locales militaris&#233;es utilisaient des tanks, des gaz lacrymog&#232;nes et de l'armement de type militaire contre des hommes, des femmes et des enfants sans armes. La r&#233;ponse &#233;crasante de l'Etat et la pers&#233;v&#233;rance h&#233;ro&#239;que des protestataires &#224; Ferguson ont fait que cette question ne dispara&#238;tra pas et, ce faisant, ont forc&#233; &#224; un d&#233;bat public plus large au sujet des in&#233;galit&#233;s raciales, des injustices, du syst&#232;me judiciaire et policier qui n'aurait pas eu lieu sans cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;bat engendra deux effets politiques plus larges. Le premier : il contraint &#224; une discussion substantielle dans les m&#233;dias am&#233;ricains au sujet des dimensions mat&#233;rielles et structurelles de l'in&#233;galit&#233; des Noirs. Cela mena &#224; de nombreux reportages sur des cas de brutalit&#233; polici&#232;re ainsi qu'&#224; une attention soutenue sur les circonstances entourant les cas de violence polici&#232;re, y compris le meurtre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second : il jeta une lumi&#232;re sur les divisions qui existent parmi les Afro-Am&#233;ricains. Cela a &#233;t&#233; l'un des plus importants d&#233;veloppements politiques qui a accompagn&#233; la croissance de ce mouvement. Ce n'est pas seulement les m&#233;dias qui d&#233;crivirent les manifestant&#183;e&#183;s antiracistes comme violents afin de d&#233;tourner l'attention sur la question centrale du terrorisme policier contre les Afro-Am&#233;ricains. Des officiels noirs &#233;lus ainsi que des figures politiques comme le r&#233;v&#233;rend Al Sharpton mirent &#233;galement en garde contre la violence et firent des pieds et des mains pour s&#233;parer les protestataires en deux cat&#233;gories, &#171; bonnes &#187; et &#171; mauvaises &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors des fun&#233;railles de Mike Brown, par exemple, Sharpton sermonna ainsi : &#171; Et maintenant nous avons atteint le XXIe si&#232;cle, nous sommes arriv&#233;s &#224; un point o&#249; nous avons certaines positions de pouvoir. Et vous d&#233;cidez qu'il ne faut rien de plus pour qu'un Noir ait du succ&#232;s. Vous voulez maintenant &#234;tre un &#8220;nigger&#8221; [autre terme pour Negro, ou terme d&#233;signant un homme de couleur] et appeler votre femme une &#8220;ho&#8221; [terme p&#233;joratif pour nommer une femme, signifiant &#171; pute &#187; &#8211; whore &#8211;, utilis&#233; souvent dans l'argot des chansons noires]. Vous avez oubli&#233; d'o&#249; vous venez. &#187; Sharpton poursuivit, mettant en garde contre la participation &#224; &#171; des parties d'apitoiement de ghetto &#187;. Au m&#234;me moment, Barack Obama appela au calme et Eric Holder [le ministre de la Justice] voyagea &#224; Ferguson pour d&#233;livrer personnellement ce message.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le message au vitriol que Sharpton adressa aux jeunes manifestant&#183;e&#183;s de Ferguson n'&#233;tait pas seulement un d&#233;saccord sur la strat&#233;gie et la tactique n&#233;cessaires &#224; la progression du mouvement. Cette attaque publique &#233;tait sa tentative de reprendre le contr&#244;le de la direction de la lutte. Alors que Sharpton &#233;tait plus direct, d'autres &#233;lus noirs tent&#232;rent de d&#233;tourner la col&#232;re autour de l'affaire de Ferguson comme &#233;tant un cri de ralliement en faveur de l'incitation au vote [inscription sur les listes &#233;lectorales].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu d'&#233;lus Noirs avaient beaucoup plus &#224; dire, pour ne pas dire rien, au sujet de l'affaire de Ferguson au-del&#224; de son utilisation comme un appel au vote. Mais cela ne peut &#234;tre une surprise lorsque le Congressional Black Caucus (CBC) [r&#233;unissant les &#233;lus afro-am&#233;ricains, il appartient, de fait, aux divers groupes d'influence que compte le Parti d&#233;mocrate], dans les semaines qui pr&#233;c&#233;d&#232;rent le meurtre d'Eric Garner en 2014, d&#233;cida de ne pas voter contre le programme du Pentagone visant &#224; donner aux forces de police locales l'armement militaire qui sera bient&#244;t massivement d&#233;ploy&#233; dans les rues de Ferguson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soutien &#224; la militarisation continue des forces de police locales n'est pas le seul probl&#232;me avec le CBC. Les rapports qu'entretiennent des membres du caucus avec des g&#233;ants du monde des entreprises comme McDonald's, Walmart et d'autres, exercent un effet mod&#233;rateur. Etre impliqu&#233; dans la politique formelle au plus haut niveau requiert des sollicitations de fonds r&#233;guli&#232;res aupr&#232;s des entreprises et le prix de ce ticket est la r&#233;duction de leurs horizons politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le CBC [fond&#233; en 1971] n'a &#233;t&#233; d'aucune pertinence depuis des d&#233;cennies pour la vie des Noirs de la classe laborieuse et son silence ou son inefficacit&#233; autour de l'affaire de Ferguson ne font que confirmer cela. Mais cette inefficacit&#233; signifiait que la jeunesse de la classe laborieuse au c&#339;ur de la r&#233;bellion comprenait qu'elle devait rester dans les rues afin de maintenir vivant son mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela se r&#233;v&#233;la crucial lorsque le grand jury d&#233;livra, fin novembre, sa d&#233;cision pr&#233;visible de ne pas condamner Darren Wilson. A travers le pays, les activistes qui avaient anticip&#233; cette issue avaient pass&#233; des semaines &#224; pr&#233;parer des actes de protestation. Imm&#233;diatement apr&#232;s que la d&#233;cision fut connue, Ferguson s'enflamma lorsque la police abandonna les quartiers noirs et laissa des incendies br&#251;ler toute la nuit. Cela nourrit la couverture m&#233;diatique hyst&#233;rique qui se centra sur la violence suppos&#233;e des protestations, lentilles &#224; travers lesquelles l'affaire sera trait&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s quelques jours, l'&#233;lan des protestations commen&#231;a &#224; diminuer sous le coup in&#233;vitable de la d&#233;ception, de la fatigue et de la d&#233;moralisation d&#232;s lors que le meurtre de Mike Brown fut approuv&#233; par l'Etat. Mais c'est alors que survint la d&#233;cision d'un autre grand jury de ne pas condamner un agent blanc impliqu&#233; dans la mort d'un autre Noir sans armes, Eric Garner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestations qui firent suite &#224; cette d&#233;cision furent plus grandes et plus vastes que jamais. Le 13 d&#233;cembre, plus de 100,000 personnes descendirent dans les rues de New York, de Washington et d'autres villes &#224; travers le pays lors d'une journ&#233;e d'action affirmant que &#171; la vie des Noirs compte &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Black Lives Matter !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit politique qui avait commenc&#233; &#224; Ferguson sur la question du caract&#232;re des manifestations s'aiguisa. Cela apparut pleinement lors de la marche conduite par le r&#233;v&#233;rend Al Sharpton et le National Action Network &#224; Washington, le 13 d&#233;cembre. Cette manifestation fut con&#231;ue comme un &#233;v&#233;nement &#233;troitement contr&#244;l&#233;, o&#249; Sharpton afficherait ses relations avec les membres de la famille comme une preuve de son leadership et de son autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut souligner que les relations de Sharpton avec les familles des victimes de meurtres policiers sont fond&#233;es sur deux ressources principales. La premi&#232;re tient dans sa capacit&#233; de fournir une aide financi&#232;re &#224; ces familles noires en difficult&#233; afin de payer les fun&#233;railles, les taxes d'&#233;tudes, etc. La seconde vient du fait qu'il peut fournir un acc&#232;s aux plus hauts &#233;chelons de l'Etat. Des rapports indiquent que Sharpton a visit&#233; la Maison-Blanche 61 fois depuis qu'Obama est devenu pr&#233;sident. Mais b&#233;n&#233;ficier de ces connexions au travers de Sharpton a son prix : c'est lui qui dicte les r&#232;gles du jeu et il limite fortement l'&#233;tendue des griefs qui peuvent &#234;tre pr&#233;sent&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sharpton pronon&#231;a lors de la marche du 13 d&#233;cembre &#224; Washington un discours qui minimisait une fois de plus la &#171; race &#187; comme facteur [des &#233;v&#233;nements], optant pour des d&#233;clarations universelles et, par cons&#233;quent, vides du type : &#171; Il ne s'agit pas des vieux contre les jeunes, des Noirs contre les Blancs [&#8230;]. Toutes les vies humaines sont importantes. &#187; Des organisateurs noirs de Ferguson qui tent&#232;rent de parler lors de cette marche furent arr&#234;t&#233;s par l'&#233;quipe de Sharpton. Plus tard, Sharpton le justifia en affirmant que des discours &#171; r&#233;volutionnaires &#187; ou &#171; provocateurs &#187; n'&#233;taient pas autoris&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un article int&#233;ress&#233; &#233;crit apr&#232;s la marche, Sharpton souligna ce qu'il verrait comme &#233;tant une issue fructueuse du mouvement : &#171; Dans 10 ou 25 ans, celui qui aura obtenu le plus de publicit&#233; ou d'applaudissement lors du rassemblement n'importera pas. Tout ce qui comptera sera le fait que la police &#224; travers le pays saura que si elle fait usage de la force l&#233;tale, elle ne pourra tabler sur des procureurs locaux complaisants leur permettant de passer devant un grand jury sans risquer d'&#234;tre l'objet d'une enqu&#234;te &#233;quitable. Tout ce qui comptera sera la mise en place d'un processus o&#249; le ministre de la Justice de l'Etat traitera les morts par balles de civils d&#233;sarm&#233;s dans lesquels la police sera impliqu&#233;e au lieu que cela soit devant des procureurs locaux et des grands jurys. Tout ce qui comptera sera l'id&#233;e que des jeunes hommes et femmes de couleur pourront marcher dans les rues ou conduire leur v&#233;hicule sans craindre pour leurs vies de ceux qui sont engag&#233;s pour les prot&#233;ger. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
L'article d&#233;montre deux choses. La premi&#232;re est que l'accentuation des divisions et l'&#233;mergence de nouveaux dirigeants d'un mouvement &#8211; dont il a peut-&#234;tre &#233;t&#233; le leader le plus connu pendant des ann&#233;es &#8211; ont retenu son attention. Le fait que Sharpton sente qu'il est contraint d'intervenir dans les d&#233;bats en cours sur la direction de la lutte est significatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le contenu de son essai trahit aussi l'&#233;troitesse et le conservatisme de sa vision. Il continue de minimiser le fait que les in&#233;galit&#233;s raciales sont une question organisationnelle cruciale pour le mouvement. Au lieu de cela, il postule que la victoire est une question de deux ou trois r&#233;formes, y compris l'utilisation large de cam&#233;ras fix&#233;es sur le corps des policiers, ce qui ne touche m&#234;me pas les questions centrales au c&#339;ur de la brutalit&#233; et des mauvais traitements des institutions l&#233;gales de la nation : la criminalisation des Afro-Am&#233;ricains, la guerre contre la drogue et les effets en cascade de l'incarc&#233;ration de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Sharpton et les politiciens pour lesquels il travaille ne sont pas int&#233;ress&#233;s &#224; redresser le syst&#232;me. Ils entendent &#233;mousser les antagonismes de telle sorte que le business as usual puisse reprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une d&#233;claration &#233;mise par un groupe d'organisateurs de Ferguson &#8211; dont certains ont &#233;t&#233; interdits de parole lors de la manifestation de Washington du 13 d&#233;cembre &#8211; r&#233;v&#232;le un monde de diff&#233;rences dans l'ampleur et les objectifs de leur conception du mouvement. Ils lient la lutte contre les violences polici&#232;res &#224; une vision bien plus large de la justice sociale, incluant les droits des immigr&#233;&#183;e&#183;s et des transsexuels ainsi que le soutien au mouvement des travailleurs sous-pay&#233;s. Ils concluent ainsi leur d&#233;claration :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il s'agit d'un mouvement de et pour TOUTES les vies des Noirs : femmes, hommes, transgenres et queer. Nous sommes constitu&#233;s autant de jeunes que d'anciens, associ&#233;s autour des possibilit&#233;s que de nouvelles tactiques et des strat&#233;gies renouvel&#233;es offrent &#224; notre mouvement. Certains d'entre nous sont nouveaux dans cette t&#226;che, mais nos racines plongent aussi dans les rues inond&#233;es de La Nouvelle-Orl&#233;ans et dans les gares de la ligne BART d'Oakland. Nous sommes reli&#233;s en ligne et dans les rues. Nous sommes d&#233;centralis&#233;s mais connect&#233;s. Et, le plus important : nous sommes organis&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous ne sommes pourtant pas des Noirs convenables. Nous nous tenons debout les uns &#224; c&#244;t&#233; des autres et non quelques-uns devant les autres. Nous ne mettons pas de c&#244;t&#233; certains d'entre nous afin de gagner en proximit&#233; avec le pouvoir que l'on per&#231;oit. Parce que c'est le seul moyen par lequel nous gagnerons. Nous ne pouvons pas respirer. Nous ne nous arr&#234;terons pas jusqu'&#224; avoir atteint la Libert&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;fi est de transformer ce sentiment en un mouvement plus grand, plus large, vivant, respirant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les prochaines &#233;tapes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'instar de ce qui s'est pass&#233; avec le mouvement des droits civiques, l'establishment politique, reconnaissant la force et la popularit&#233; de la lutte, tentera de la canaliser dans une direction plus inoffensive. Ce n'est pas tous les jours que le pr&#233;sident des &#201;tats-Unis &#8211; flanqu&#233; de son vice-pr&#233;sident et de son ministre de la Justice &#8211; accepte de rencontrer des activistes de base qui, quelques semaines plus t&#244;t, se d&#233;fendaient contre des attaques au gaz lacrymog&#232;ne. Selon les participant&#183;e&#183;s, Obama a d&#233;clar&#233; aux protestataires qu'ils devraient ralentir les choses et &#234;tre patients, et que le changement prenait beaucoup de temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rencontre elle-m&#234;me est le r&#233;sultat clair de l'organisation, du mouvement et de la d&#233;termination des personnes qui y sont impliqu&#233;es. Mais les d&#233;clarations et les sympathies ne constituent pas la m&#234;me chose qu'un changement de politiques et ne signifient pas une r&#233;forme r&#233;elle. Par exemple, Obama a quitt&#233; la rencontre apr&#232;s avoir promis de consacrer 263 millions de dollars pour des r&#233;formes sans tranchant. Mais, lorsque, quelques semaines plus tard, le budget f&#233;d&#233;ral de 1,1 billion de dollars d&#251; &#234;tre approuv&#233; par le Congr&#232;s, les fonds pour ces r&#233;formettes manquaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force sur le long terme du mouvement d&#233;pendra de sa capacit&#233; non seulement &#224; s'adresser &#224; un nombre plus &#233;lev&#233; de personnes, mais aussi &#224; les int&#233;grer dans le mouvement en tant que dirigeants et organisateurs dans leurs propres localit&#233;s. Cela comprend les &#233;tudiant&#183;e&#183;s, les travailleurs ainsi que les membres des syndicats.&lt;br class='autobr' /&gt;
La croissance d'un mouvement &#233;tudiant noir est &#233;galement une issue possible de Black Lives Matter, mais il y aura des revendications diff&#233;rentes et d'autres dynamiques. Les &#233;tudiant&#183;e&#183;s noirs se sont mobilis&#233;s par milliers afin de protester non seulement contre la brutalit&#233; polici&#232;re en dehors des campus mais aussi afin de relier ces griefs avec l'hostilit&#233; &#224; laquelle ils sont &#233;galement confront&#233;s sur les campus. En effet, le slogan Black Lives Matter a cr&#233;&#233; de nombreux fronts n&#233;cessitant de s'organiser contre les diff&#233;rentes facettes de l'oppression des Noirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aura une polarisation politique au sein du mouvement d&#232;s lors que les forces conservatrices agiront afin de limiter les revendications au d&#233;nominateur commun le plus petit : punir des agents particuliers ou &#233;tablir des changements de proc&#233;dure dans les pratiques du &#171; maintien de l'ordre &#187;. Mais la nature de l'oppression des Noirs aux Etats-Unis pr&#234;te elle-m&#234;me &#224; une conceptualisation plus vaste des t&#226;ches du mouvement. C'est ce qu'observait Martin Luther King au sujet du mouvement noir &#224; la fin des ann&#233;es 1960. Il &#233;crivait ceci : &#171; Dans ces circonstances p&#233;nibles, la r&#233;volution noire consiste en quelque chose de bien plus vaste que la lutte pour les droits des Noirs. Elle consiste &#224; obliger l'Am&#233;rique &#224; faire face &#224; tous ces d&#233;fauts, reli&#233;s entre eux : le racisme, la pauvret&#233;, le militarisme et le mat&#233;rialisme. Elle consiste &#224; mettre au jour les maux qui plongent profond&#233;ment dans l'entier de la structure de notre soci&#233;t&#233;. Elle r&#233;v&#232;le les d&#233;fauts syst&#233;miques plut&#244;t que ceux qui sont superficiels et indique que la reconstruction radicale de la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me est la v&#233;ritable question &#224; laquelle nous sommes confront&#233;s. &#187; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela est toujours vrai aujourd'hui. Il est impossible de s&#233;parer la brutalit&#233; de la police et les injustices du syst&#232;me l&#233;gal de la pauvret&#233; et du sous-emploi des communaut&#233;s noires. Il est impossible d'imaginer restreindre les abus de la police sans s'affronter &#224; la crise de l'incarc&#233;ration de masse, &#224; la guerre contre la drogue et aux pressions &#233;conomiques qui continuent &#224; rendre les Afro-Am&#233;ricains vuln&#233;rables aux caprices de &#171; l'application des lois &#187;. Ces probl&#232;mes continueront &#224; s'exacerber &#224; la mesure de la destruction du secteur public, des restructurations urbaines et de la gentrification, ainsi qu'avec la poursuite de perspectives d'emploi limit&#233;es sur le march&#233; des emplois priv&#233;, qui laisse des millions d'Afro-Am&#233;ricains de la classe laborieuse dans une situation pr&#233;caire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, un &#171; maintien de l'ordre &#187; agressif est devenu partie int&#233;grante de la pr&#233;servation des fronti&#232;res des quartiers s&#233;gr&#233;g&#233;s tout en attaquant des jeunes Noirs &#233;conomiquement marginaux qui ont &#233;t&#233; contraints &#224; se d&#233;battre dans l'&#233;conomie souterraine. Certaines voix d&#233;mocrates expriment des pr&#233;occupations vis-&#224;-vis des pratiques polici&#232;res, mais ils sont aussi les d&#233;fenseurs des politiques de &#171; maintien de l'ordre &#187; qui ont provoqu&#233; cette crise. De plus, en raison des tendances aust&#233;ritaires &#224; l'&#339;uvre, de l'&#233;touffement des services publics et du fait que les emplois &#224; bas salaires constituent la principale option pour les personnes au ch&#244;mage ou sous-employ&#233;es, il est peu probable de penser que les affrontements et les provocations de la police dans les quartiers noirs et latinos dispara&#238;tront dans un avenir proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La capacit&#233; du mouvement &#224; se lier avec le mouvement syndical &#8211; dans lequel les travailleurs afro-am&#233;ricains sont syndiqu&#233;s &#224; un taux plus &#233;lev&#233; m&#234;me que les travailleurs blancs &#8211; sera une question cruciale dans les prochains mois. L'impulsion en direction de &#171; fermons-le &#187; [allusion aux mouvements contre les emplois ultra sous-pay&#233;s] et de &#171; pas de business as usual &#187; rend le mouvement pr&#233;dispos&#233; &#224; argumenter et &#224; d&#233;battre autour du r&#244;le central de la classe laborieuse et de la force de l'arme de la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une conscience du rapport entre la pauvret&#233; des Noirs et le ch&#244;mage, la terreur polici&#232;re et le syst&#232;me de justice p&#233;nale existe d&#233;j&#224;. La solidarit&#233; existante entre les mobilisations des travailleurs &#224; bas salaires et le mouvement Black Lives Matter contribue &#224; d&#233;voiler les relations entre l'exploitation &#233;conomique et l'oppression raciale. On peut concevoir la transformation de cette lutte avec des travailleurs participant &#224; des actions sur les lieux de travail exigeant de mettre un terme &#224; la violence raciale contre les gens et &#224; ce syst&#232;me carc&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement tient entre ses mains les plus grands espoirs des Afro-Am&#233;ricains et de la classe laborieuse en g&#233;n&#233;ral. La Black Insurgency des ann&#233;es 1960 a &#233;t&#233; capable non seulement de transformer les conditions de vie des Noirs aux Etats-Unis mais d'infl&#233;chir l'ensemble de la politique am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mouvement de personnes noires qui d&#233;fie l'inhumanit&#233; invent&#233;e des Noirs, minant par cons&#233;quent la logique raciste qui maintient le capitalisme am&#233;ricain. M&#234;me si des sondages montrent que les Blancs continuent de se montrer confiants envers la police, ces id&#233;es, comme toutes les id&#233;es, sont fluides et ne sont pas immuables. La cl&#233; pour entamer les id&#233;es r&#233;actionnaires tient dans l'engagement dans la lutte politique, laquelle perturbe la logique dominante : celle selon laquelle les Afro-Am&#233;ricains sont inf&#233;rieurs, irresponsables et qu'ils m&#233;ritent n'importe quel traitement que la police leur inflige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des ann&#233;es 1960, des millions de jeunes gens qui commenc&#232;rent la d&#233;cennie avec une id&#233;e tr&#232;s limit&#233;e de ce que signifiait la &#171; libert&#233; &#187; en sont arriv&#233;s &#224; des conclusions tr&#232;s radicales au sujet de la nature du capitalisme des Etats-Unis. A la suite des trahisons du Parti d&#233;mocrate, de l'&#233;chec de l'Etat de garantir m&#234;me les droits les plus basiques des Noirs dans le Nord ainsi que les limites de la l&#233;gislation des droits civiques, des milliers de ces activistes devaient devenir des r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a aucune raison de ne pas penser que le m&#234;me processus soit en cours, et il est peut-&#234;tre m&#234;me plus profond en ces premiers stades du d&#233;veloppement du mouvement. M&#234;me au milieu du tumulte des ann&#233;es 1960, les derniers vestiges de l'expansion &#233;conomique de l'apr&#232;s-guerre se faisaient sentir. Actuellement, la G&#233;n&#233;ration Obama est parvenue &#224; l'&#226;ge adulte au sein d'une p&#233;riode sans fin de guerre, de r&#233;cession et d'accumulation permanente de dettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'ensuit que, sous certains aspects, les r&#233;f&#233;rences r&#233;p&#233;t&#233;es au mouvement des droits civiques ne soient pas tout &#224; fait ad&#233;quates. Mais si elles devaient correspondre &#224; quelque chose, cela serait plut&#244;t que le mouvement actuellement fait face &#224; de nombreuses questions identiques &#224; celles qui forg&#232;rent la Black Power Insurgency &#224; la fin des ann&#233;es 1960 et au long des ann&#233;es 1970. L'affrontement avec le pouvoir d'Etat, la s&#233;gr&#233;gation de facto et la discrimination &#171; colorblind &#187; [pr&#233;tendument indiff&#233;rente &#224; la couleur de peau], le r&#244;le des politiques &#233;lectoralistes ainsi que les significations multiples du &#171; Black Power &#187; constituent quelques-unes des questions auxquelles font face les organisateurs en ce moment. Il s'agit d'aspects auxquels le mouvement devra se colleter dans les ann&#233;es &#224; venir, mais ils ont d&#233;j&#224; &#233;branl&#233; le statu quo politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin de sa vie, Martin Luther King avait compris de quelle mani&#232;re le mouvement noir &#233;tait l'&#233;l&#233;ment moteur faisant bouillonner toute la marmite politique aux &#201;tats-Unis. Il a expliqu&#233; comment le refus des Afro-Am&#233;ricains d'accepter l'oppression pouvait transformer l'ensemble de la nation. Ses mots semblent particuli&#232;rement justes pour caract&#233;riser le moment politique dans lequel nous nous trouvons :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne suis pas triste que des Noirs am&#233;ricains se rebellent ; c'est une chose qui &#233;tait non seulement in&#233;vitable mais absolument souhaitable. Sans cette magnifique fermentation parmi les Noirs, les anciennes r&#233;ponses &#233;vasives et procrastinations auraient continu&#233; ind&#233;finiment. Les Noirs ont claqu&#233; la porte sur un pass&#233; d'&#233;touffante passivit&#233;. A l'exception des ann&#233;es de la Reconstruction [1865-1877, imm&#233;diatement apr&#232;s la guerre civile ; p&#233;riode marqu&#233;e par l'occupation militaire des &#201;tats du Sud qui avaient fait s&#233;cession et par l'introduction de certaines mesures en faveur des esclaves affranchis], ils n'ont jamais combattu, lors de leur longue histoire sur le sol am&#233;ricain, avec autant de cr&#233;ativit&#233; et de courage pour leur libert&#233;. Il s'agit l&#224; de nos ann&#233;es brillantes de naissance ; bien qu'elles soient p&#233;nibles, elles ne peuvent &#234;tre &#233;vit&#233;es [&#8230;].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dissidents d'aujourd'hui affirment &#224; la majorit&#233; complaisante que le temps est venu qui fait que l'&#233;vitement des responsabilit&#233;s sociales, dans un monde en &#233;bullition, conduira au d&#233;sastre et &#224; la mort. L'Am&#233;rique n'a pas encore chang&#233; parce que tr&#232;s nombreux sont ceux qui pensent qu'elle ne doit pas changer, mais c'est l&#224; l'illusion du damn&#233;. L'Am&#233;rique doit changer parce que 23 millions de citoyens noirs ne voudront plus vivre emp&#234;tr&#233;s dans un pass&#233; mis&#233;rable. Ils ont quitt&#233; la vall&#233;e du d&#233;sespoir ; ils ont trouv&#233; la force dans la lutte. Rejoints par des alli&#233;s blancs, ils secoueront les murs de la prison jusqu'&#224; ce qu'ils s'effondrent. L'Am&#233;rique doit changer. &#187; (Publi&#233; le 13 janvier 2015 sur le site SocialistWorker.org. Traduction A l'Encontre)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le verdict du racisme am&#233;ricain</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-verdict-du-racisme-americain</link>
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		<dc:date>2013-07-30T08:06:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Keeanga-Yamahtta Taylor</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2013-07-30</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Choc, horreur puis rage. Ce sont les sentiments qu'ont travers&#233;s des dizaines de milliers de personnes &#224; travers le pays alors qu'elles tentaient de comprendre l'acquittement de George Zimmerman. Comment se pouvait-il que Zimmerman soit libre ? C'est lui qui a traqu&#233; Trayvon Martin, l'a affront&#233; puis a sorti son pistolet avant d'assassiner un adolescent d&#233;sarm&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Avant m&#234;me que le verdict ne soit connu, les m&#233;dias dominants firent de leur mieux pour attiser l'hyst&#233;rie au sujet d'&#233;meutes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Etats-Unis-" rel="directory"&gt;&#201;tats-Unis&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Etats-Unis-44-+" rel="tag"&gt;&#201;tats-Unis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Etats-Unis-279-+" rel="tag"&gt;&#201;tats-Unis&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH101/arton14684-d87e2.jpg?1781305402' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='101' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Choc, horreur puis rage. Ce sont les sentiments qu'ont travers&#233;s des dizaines de milliers de personnes &#224; travers le pays alors qu'elles tentaient de comprendre l'acquittement de George Zimmerman. Comment se pouvait-il que Zimmerman soit libre ? C'est lui qui a traqu&#233; Trayvon Martin, l'a affront&#233; puis a sorti son pistolet avant d'assassiner un adolescent d&#233;sarm&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Avant m&#234;me que le verdict ne soit connu, les m&#233;dias dominants firent de leur mieux pour attiser l'hyst&#233;rie au sujet d'&#233;meutes potentielles dans le cas o&#249; un verdict de non-culpabilit&#233; serait prononc&#233; tandis qu'ils diffusaient simultan&#233;ment des appels au &#171; respect &#187; du syst&#232;me quelle que soit l'issue du proc&#232;s. Ces appels produits par les m&#233;dias aid&#232;rent &#224; l'application de loi en couvrant le harc&#232;lement et l'intimidation des manifestant&#183;e&#183;s. Une fois de plus, ils d&#233;plac&#232;rent la responsabilit&#233; de cette violence d'inspiration raciale de leurs auteurs vers les victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de cela les m&#233;dias auraient pu faire &#339;uvre de service public en publiant le nouvel avertissement qui est le r&#233;sultat de ce proc&#232;s : la saison de chasse aux jeunes Noirs est ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trayvon Martin a &#233;t&#233; tu&#233; en f&#233;vrier 2012 parce que George Zimmerman a d&#233;cid&#233; qu'il se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment. Plut&#244;t que George Zimmerman soit tenu responsable pour son acte meurtrier de profilage racial, Martin, sa famille et ses amis furent jug&#233;s, tout d'abord par les m&#233;dias ensuite dans la salle de tribunal. Ils furent finalement reconnus coupables d'&#234;tre Noirs dans un pays o&#249; la vie des Noirs n'a aucune valeur ni respect.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les faits entourant cette affaire, de ses d&#233;buts jusqu'&#224; sa fin choquante, montrent la profondeur du racisme aux Etats-Unis. Et, oui, aux Etats-Unis pr&#233;sid&#233;s par un pr&#233;sident afro-am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallut plus de six semaines pour que George Zimmerman soit seulement arr&#234;t&#233; et accus&#233; d'un crime quelconque cela malgr&#233; le fait qu'il ait assassin&#233; un adolescent d&#233;sarm&#233; qui ne faisait rien d'autre que rentrer avec des skittles et du th&#233; glac&#233; de l'&#233;picerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La police accepta imm&#233;diatement et instinctivement la version donn&#233;e par Zimmerman des &#233;v&#233;nements, selon lequel il aurait agi en autod&#233;fense. Son arrestation ne s'est produite qu'une fois qu'il y eut plusieurs semaines de manifestations qui firent descendirent plusieurs milliers de personnes dans les rues pour exiger que justice soit rendue. Le toll&#233; fut tel que m&#234;me le pr&#233;sident Barack Obama fut contraint de faire une d&#233;claration publique de sympathie [dans laquelle il disait que s'il avait un fils, il ressemblerait &#224; Trayvon Martin].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s Zimmerman &#233;tait cens&#233; d&#233;montrer que le syst&#232;me pouvait fonctionner lorsqu'il s'agissait de rendre justice aux Afro-Am&#233;ricains. Ce que l'on vit &#224; la place, ce sont des procureurs paresseux, plus habitu&#233;s &#224; poursuivre des adolescents comme Trayvon, incapables de faire preuve de la m&#234;me vigueur lorsqu'il s'agissait de poursuivre quelqu'un comme Zimmerman. Les avocats de Zimmerman, de leur c&#244;t&#233;, firent m&#233;thodiquement appel &#224; tous les st&#233;r&#233;otypes racistes au sujet des jeunes Noirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin du proc&#232;s, quiconque n'ayant pas connaissance des faits de cette affaire aurait pu supposer que c'est Martin qui a suivi, pris en chasse et tu&#233; Zimmerman et non l'inverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a ceux qui insistent sur le fait que l'issue du proc&#232;s Zimmerman ne concerne pas la race mais plut&#244;t les complexit&#233;s de la loi, au sujet de ce qui est admissible devant une cour et autre charabia l&#233;gal. L'affaire Trayvon Martin a toutefois d&#233;montr&#233; une fois de plus &#224; quel point le racisme fait partie de certains aspects du syst&#232;me judiciaire, y compris le tribunal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si quiconque &#224; un doute au sujet de la r&#233;ponse &#224; la question hypoth&#233;tique, souvent pos&#233;e &#8211; que se serait-il pass&#233; si Martin avait &#233;t&#233; Blanc et son meurtrier un Afro-Am&#233;ricain &#8211;, qu'il consid&#232;re l'affaire Marissa Alexander.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alexander est une habitante afro-am&#233;ricaine de Jacksonville, Floride, qui est poursuivie en Floride &#8211; par le m&#234;me procureur g&#233;n&#233;ral de l'Etat en charge de la poursuite de Zimmerman, en fait &#8211; pour voies de fait graves parce qu'elle a tir&#233; un coup d'avertissement dans un mur afin d'effrayer un mari abusif. Alexander a m&#234;me utilis&#233; la m&#234;me d&#233;fense faisant appel &#224; loi de Floride &#171; Stand Your Ground &#187; qui permet &#224; quiconque craignant pour sa vie ou sa s&#233;curit&#233; de faire usage d'une arme pour se d&#233;fendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que s'est-il donc produit ? Zimmerman a &#233;t&#233; acquitt&#233; de toute responsabilit&#233; dans la mort de Trayvon Martin. Alexander, qui a &#233;t&#233; accus&#233;e de tirer un seul coup d'avertissement qui n'a bless&#233; personne, a &#233;t&#233; reconnue coupable par un jury qui n'a d&#233;lib&#233;r&#233; que 12 minutes. Elle a &#233;t&#233; condamn&#233;e &#224; 20 ans de prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La justice en Floride n'est jamais color-blind.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conclusion de l'affaire Zimmerman ne concerne toutefois pas seulement les procureurs, les avocats de la d&#233;fense et la strat&#233;gie de tribunal. Elle regarde la mani&#232;re dont la diabolisation des Afro-Am&#233;ricains &#8211; et en particulier des jeunes hommes afro-am&#233;ricains &#8211; est devenue largement accept&#233;e et normalis&#233;e qu'un adolescent peut &#234;tre traqu&#233; et assassin&#233; parce qu'il est Noir et sans que cet acte soit puni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insistance sur le fait que la race est seulement une question de la vie sociale et politique des Etats-Unis lorsqu'elle fait l'objet d'une mention n'est pas uniquement la conviction erron&#233;e de la juge d&#233;sinform&#233;e de Floride qui pr&#233;sida l'affaire Zimmerman et interdit les discussions au sujet de la race du proc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est aujourd'hui largement accept&#233; aux Etats-Unis que l'absence de langage racial signifie l'absence des races et du racisme. Cette opinion a &#233;t&#233; r&#233;cemment confirm&#233;e par la Cour supr&#234;me des Etats-Unis lorsqu'elle a invalid&#233; des parties significatives du Voting Rights Act [de 1965 ; &#224; ce sujet voir l'article de Louis Menand sur ce site], soit l'un des acquis centraux du mouvement des droits civiques, parce que, ainsi que le pr&#233;sident de la Cour John Roberts l'a indiqu&#233; : &#171; Notre pays a chang&#233;. &#187; Alors que Roberts admet qu'il y a encore quelques exemples de discrimination raciale, la conviction sur laquelle se fonde la d&#233;cision de la cour affirme que le pays a d&#233;pass&#233; l'&#233;poque de la discrimination syst&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait l&#224; une affirmation formul&#233;e &#233;galement par les m&#233;dias professionnels en 2008, lorsqu'ils c&#233;l&#233;braient l'&#233;lection du premier pr&#233;sident noir du pays, Barack Obama. Les commentateurs ont sugg&#233;r&#233; &#224; de multiples reprises que l'&#233;lection d'Obama signifiait que les Etats-Unis &#233;taient entr&#233;s dans une &#232;re &#171; post-raciale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Obama et une poign&#233;e d'individus ayant rencontr&#233; le succ&#232;s &#233;conomique et politique sont souvent pr&#233;sent&#233;s comme une l&#233;gitimation de la d&#233;mocratie am&#233;ricaine. Lors de sa derni&#232;re campagne pour la pr&#233;sidence, Obama aurait dit : &#171; Mon histoire est possible uniquement en Am&#233;rique &#8211; la conviction qu'ici en Am&#233;rique, si tu essaies, tu peux y arriver. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;cit sur le R&#234;ve am&#233;ricain et les merveilles de la d&#233;mocratie des Etats-Unis n'est pas quelque conte rustique portant sur l'auto-&#233;mancipation et l'ascension d'un pr&#233;sident noir. C'est une l&#233;gende dont le dessein est de d&#233;vier l'attention port&#233;e sur l'in&#233;galit&#233; structurelle, le racisme, l'imp&#233;rialisme, le g&#233;nocide [des Am&#233;rindiens] ainsi que de tous les ingr&#233;dients de la v&#233;ritable histoire de l'Am&#233;rique. Obama est pr&#233;sent&#233; comme un exemple de choix sur la mani&#232;re dont il est possible d'avancer dans la d&#233;mocratie am&#233;ricaine. On dit donc &#224; ceux qui &#233;chouent &#224; monter [socialement] et &#224; rencontrer le succ&#232;s que c'est de leur propre faute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s de Zimmerman confirme cela dans la mesure o&#249; Trayvon Martin a &#233;t&#233; syst&#233;matiquement montr&#233; comme responsable de sa propre mort. Cette hideuse formation d'un bouc &#233;missaire fait &#233;cho &#224; la fa&#231;on dont les Afro-Am&#233;ricains sont r&#233;guli&#232;rement bl&#226;m&#233;s de toutes sortes de choses : leur ch&#244;mage ou sur les niveaux disproportionn&#233;s de pauvret&#233; ; sur les taux plus &#233;lev&#233;s d'emprisonnement ; sur le harc&#232;lement dont ils sont l'objet de la part de la police ; sur les niveaux plus &#233;lev&#233;s d'expulsions de maison ou encore sur les fermetures massives d'&#233;coles dans lesquelles ils envoient leurs enfants. C'est toujours de la responsabilit&#233; de l'individu, jamais du syst&#232;me qui cr&#233;e et perp&#233;tue l'in&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Noirs &#8211; en parall&#232;le avec d'autres groupes souffrant une discrimination syst&#233;matique &#8211; sont encourag&#233;s &#224; se glisser dans une histoire qui les rend responsables de leur propre oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, de temps en temps, quelque chose se passe qui fait tomber le masque, r&#233;v&#233;lant la face hideuse de la soci&#233;t&#233; des Etats-Unis. L'assassinat de Trayvon Martin et maintenant l'acquittement de son meurtrier confirment une fois de plus que le racisme est fermement implant&#233; dans la chaire et la moelle de la d&#233;mocratie am&#233;ricaine, qui ne peut vivre sans lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des t&#226;ches pour ceux et celles qui veulent que des mesures de justice soient prises en faveur de Trayvon Martin et pour toutes les autres victimes de discrimination de cette soci&#233;t&#233; est de r&#233;introduire le terme &#171; racisme &#187; au sein du lexique politique de ce pays. C'est la seule fa&#231;on de donner du sens aux conditions in&#233;gales dans lesquelles vivent la plupart des Afro-Am&#233;ricains ainsi que les autres minorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La discrimination raciale &#8211; ainsi que le fait qu'un plus grand nombre d'Afro-Am&#233;ricains connaissent la pauvret&#233;, le ch&#244;mage, les &#233;coles qui manquent de fonds, l'ins&#233;curit&#233; du logement et tout le reste &#8211; n'est pas, dans la plupart des cas, un r&#233;sultat intentionnel, comme ce fut le cas par le pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui l'in&#233;galit&#233; est la cons&#233;quence de si&#232;cles d'oppression raciale et d'exploitation &#233;conomique. Les Etats-Unis sont un pays fond&#233; sur la mise en esclavage de personnes &#224; peau noir puis, apr&#232;s l'abolition de l'esclavage, sur l'imposition de 100 ans de discrimination l&#233;gale contre les Afro-Am&#233;ricains. Personne ne peut donc simplement d&#233;cider, quelque 40 ans apr&#232;s que la derni&#232;re loi explicitement raciste fut retir&#233;e des registres, que le racisme n'est d&#233;sormais plus une question dans la vie am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perp&#233;tuation du mythe selon lequel nous vivons dans une &#232;re post-raciale n'est cependant pas une erreur. Il s'agit d'une tentative d&#233;lib&#233;r&#233;e d'&#233;loigner la col&#232;re des causes syst&#233;miques et de faire porter le chapeau aux victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, lorsque le pr&#233;sident Obama publie une d&#233;claration &#224; la suite de l'acquittement de Zimmerman, il ne fait pas mention du racisme, du profilage racial ou m&#234;me de l'injustice. A c&#244;t&#233; des platitudes habituelles telles que &#171; nous sommes une nation dans laquelle r&#232;gnent les lois &#187; &#8211; qui constitue en fait un appel au respect de la d&#233;cision du jury &#8211; Obama cite la &#171; violence par les armes &#187; pr&#233;sente dans nos &#171; quartiers &#187; comme la v&#233;ritable question, comme si la &#171; violence par les armes &#187; avait quelque chose &#224; voir avec la justice de milicien racialement motiv&#233;e de Zimmerman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois de plus Obama &#8211; au moins depuis qu'il est devenu un dirigeant politique national &#8211; a &#233;vit&#233; toute occasion de s'&#233;lever contre la pr&#233;gnance du racisme et des in&#233;galit&#233;s aux Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce travail a, en fait, toujours &#233;t&#233; la t&#226;che des activistes, des radicaux et des socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mois prochain marquera le 50e anniversaire de la Marche sur Washington pour les emplois et la libert&#233; au cours de laquelle Martin Luther King pronon&#231;a son fameux discours I Have a Dream.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assassinat de Trayvon Martin indique qu'alors que beaucoup de choses ont chang&#233; depuis cette marche historique, beaucoup d'autres n'ont pas chang&#233;. Les vies des hommes, des femmes et des enfants noirs avaient peu de valeur dans le Sud de Jim Crow et les activistes pour les droits civiques lorgnaient souvent vers les fonctionnaires de Washington, D.C., pour intervenir et poursuivre les affaires que de ploucs fonctionnaires locaux ne voulaient pas suivre. Nous faisons aujourd'hui le m&#234;me appel au gouvernement f&#233;d&#233;ral pour qu'il fasse ce que les fonctionnaires locaux et de l'Etat de Floride ne voulaient et ne pouvaient faire dans le comt&#233; Seminole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le combat pour rendre justice &#224; Trayvon Martin ne repose pas uniquement sur l'obtention d'un verdict &#171; de culpabilit&#233; &#187; attendu contre George Zimmerman. Il doit aussi faire droit &#224; son humanit&#233; et &#224; sa dignit&#233;, sur le fait qu'il ne soit pas mort pour rien. Nous devons soutenir les appels d'une poursuite de Zimmerman au niveau f&#233;d&#233;ral en vertu du fait qu'il a viol&#233; les droits civiques de Martin [Luther King]. Nous devons cependant aussi tenir compte des mots de Martin Luther King lorsqu'en 1963 il faisait appel &#224; la nation pour qu'elle agisse en faveur d'une compr&#233;hension plus large de la justice :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous sommes &#233;galement venus en ce lieu sanctifi&#233; pour rappeler &#224; l'Am&#233;rique les exigeantes urgences de l'heure pr&#233;sente. Il n'est plus temps de se laisser aller au luxe d'attendre ni de prendre les tranquillisants des demi-mesures. Le moment est maintenant venu de r&#233;aliser les promesses de la d&#233;mocratie ; le moment est venu d'&#233;merger des vall&#233;es obscures et d&#233;sol&#233;es de la s&#233;gr&#233;gation pour fouler le sentier ensoleill&#233; de la justice raciale ; le moment est venu de tirer notre nation des sables mouvants de l'injustice raciale pour la hisser sur le roc solide de la fraternit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Traduction A l'encontre ; l'extrait du discours de Martin Luther King, prononc&#233; le 28 ao&#251;t 1963, est tir&#233; de la traduction r&#233;alis&#233;e par Marc Saporta dans l'ouvrage intitul&#233; Je fais un r&#234;ve, les grands textes du pasteur noir, paru aux Editions Bayard en 1986, republi&#233; en 2008)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Article publi&#233; le 15 juillet sur le site SocialistWorker.org&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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