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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Fascisme et/ou nouvelle droite radicale ? Quelle strat&#233;gie face au n&#233;olib&#233;ralisme autoritaire ?</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Fascisme-et-ou-nouvelle-droite-radicale-Quelle-strategie-face-au-neoliberalisme-70743</link>
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		<dc:date>2026-05-12T06:36:02Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Brais Fern&#225;ndez, Stathis Kouvelakis</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2026-05-12</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;bats</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Stathis Kouv&#233;lakis analyse ici les ressorts de l'&#233;mergence de l'extr&#234;me droite et les d&#233;fis strat&#233;giques que cette situation pose &#224; la gauche radicale. Rejetant l'id&#233;e d'une r&#233;p&#233;tition des fascismes des ann&#233;es 1920 et 1930, il propose de saisir la nouveaut&#233; de la p&#233;riode &#224; partir de la caract&#233;risation du n&#233;olib&#233;ralisme autoritaire. Il dresse un bilan critique des strat&#233;gies suivies par le mouvement communiste dans l'entre-deux-guerres et conclut sur la n&#233;cessit&#233; d'une strat&#233;gie combinant (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Debats-138-" rel="directory"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2026-05-12-+" rel="tag"&gt;Edition du 2026-05-12&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Debats-515-+" rel="tag"&gt;D&#233;bats&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH131/fascisme_et_droite_radicale-f30c1.png?1781035378' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='131' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Stathis Kouv&#233;lakis analyse ici les ressorts de l'&#233;mergence de l'extr&#234;me droite et les d&#233;fis strat&#233;giques que cette situation pose &#224; la gauche radicale. Rejetant l'id&#233;e d'une r&#233;p&#233;tition des fascismes des ann&#233;es 1920 et 1930, il propose de saisir la nouveaut&#233; de la p&#233;riode &#224; partir de la caract&#233;risation du n&#233;olib&#233;ralisme autoritaire. Il dresse un bilan critique des strat&#233;gies suivies par le mouvement communiste dans l'entre-deux-guerres et conclut sur la n&#233;cessit&#233; d'une strat&#233;gie combinant rupture avec l'ordre n&#233;olib&#233;ral et contre-h&#233;g&#233;monie nationale-populaire.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;6 mai 2026 | tir&#233; de contretemps.eu&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/fascisme-et-ou-nouvelle-droite-radicale-quelle-strategie-face-au-neoliberalisme-autoritaire/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/fascisme-et-ou-nouvelle-droite-radicale-quelle-strategie-face-au-neoliberalisme-autoritaire/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'extr&#234;me droite actuelle : fascisme ou nouvelle droite radicale ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Brais Fern&#225;ndez : On consid&#232;re g&#233;n&#233;ralement, &#224; gauche, que nous vivons un changement de cycle. Alors que, depuis 2008, ce sont les mouvements anti-aust&#233;rit&#233; qui ont contest&#233; les r&#233;gimes politiques n&#233;olib&#233;raux au c&#339;ur du capitalisme, la pand&#233;mie a marqu&#233; un renversement de tendance, l'initiative passant du c&#244;t&#233; de l'extr&#234;me droite. Ce ph&#233;nom&#232;ne s'inscrit &#8211; et c'est tr&#232;s important &#8211; dans un contexte de mont&#233;e de l'agressivit&#233; imp&#233;rialiste. Comment analyses-tu les causes profondes de cette mont&#233;e de l'extr&#234;me droite, et quel est leur lien avec la crise de la d&#233;mocratie lib&#233;rale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Stathis Kouv&#233;lakis&lt;/strong&gt; : Il nous faut combiner ici deux niveaux d'analyse : l'un plus conjoncturel, l'autre plus &#171; structurel &#187;, ou du moins inscrit dans une perspective de plus long terme. D&#232;s le d&#233;but de la crise de 2008, une course de vitesse s'est engag&#233;e entre la gauche radicale et la droite radicale pour savoir qui proposerait une solution cr&#233;dible. Au milieu des ann&#233;es 2000, des forces de la droite radicale &#233;taient d&#233;j&#224; bien implant&#233;es dans de nombreux pays europ&#233;ens (France, Italie, Autriche, Pays-Bas, Scandinavie). Aux &#201;tats-Unis, le Tea Party entre en sc&#232;ne &#224; partir des &#233;lections de mi-mandat de 2010 et l'influence de la droite chr&#233;tienne au sein du Parti r&#233;publicain n'a cess&#233; de cro&#238;tre depuis l'&#232;re Reagan. Cependant, comme tu le sugg&#232;res, l'ann&#233;e 2011 marque un tournant, avec une vague de manifestations de masse qui d&#233;ferle des deux c&#244;t&#233;s de la M&#233;diterran&#233;e et le mouvement Occupy aux &#201;tats-Unis. Mais, au niveau politique, la mont&#233;e de la gauche antin&#233;olib&#233;rale se limite aux maillons faibles du centre capitaliste, c'est-&#224;-dire aux pays de la p&#233;riph&#233;rie europ&#233;enne les plus touch&#233;s par la crise et les mouvements de contestation populaire (Gr&#232;ce, Espagne, Portugal, Irlande). Le second tournant survient en 2015 avec la capitulation de Syriza, que l'historien britannique &lt;a href=&#034;https://jacobin.com/2015/07/tspiras-syriza-euro-perry-anderson&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Perry Anderson a judicieusement compar&#233;&lt;/a&gt; au vote des cr&#233;dits de guerre par la social-d&#233;mocratie allemande en 1914. Refusant l'affrontement avec l'Union europ&#233;enne, Podemos et la quasi-totalit&#233; de la gauche radicale europ&#233;enne &#8211; &#224; l'exception notable de M&#233;lenchon et de ce qui &#233;tait &#224; l'&#233;poque le Parti de Gauche &#8211; ont avalis&#233; la d&#233;cision de Tsipras, marquant ainsi la fin de ce cycle pour la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voie &#233;tait alors libre pour l'extr&#234;me droite, qui pouvait ainsi tirer profit du m&#233;contentement populaire. Son ascension fut facilit&#233;e, si ce n'est encourag&#233;e, par la radicalisation constante des politiques racistes et x&#233;nophobes mises en &#339;uvre par tous les gouvernements du centre extr&#234;me et institutionnalis&#233;es au niveau europ&#233;en par l'UE et sa politique d'&#171; externalisation des fronti&#232;res &#187;. La contestation populaire de l'interventionnisme &#233;tatique, aliment&#233;e par la gestion autoritaire et socialement injuste de la crise du Covid-19, a &#233;galement profit&#233; &#224; l'extr&#234;me droite, la gauche s'&#233;tant montr&#233;e incapable de d&#233;velopper une strat&#233;gie claire sur ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une perspective &#224; plus long terme, on peut dire que la crise de 2008 a amplifi&#233; la crise h&#233;g&#233;monique rampante issue de l'&#233;puisement du consensus n&#233;olib&#233;ral parmi les &#233;lites occidentales et de leur expression politique, l'&#171; extr&#234;me centre &#187;. Tout au long de ce cycle on voit les partis politiques et les organisations de masse de la soci&#233;t&#233; civile se vider de leur substance, l'abstention atteindre des niveaux sans pr&#233;c&#233;dent, l'autorit&#233; morale et intellectuelle bloc dominant s'effriter. Ces &#233;l&#233;ments constituent ce que Gramsci d&#233;crivait comme la rupture des relations entre les classes et groupes sociaux et leurs formes d'expression politique dans le contexte de la d&#233;mocratie lib&#233;rale. Il ajoutait que &#171; quand ces crises se manifestent, la situation imm&#233;diate devient d&#233;licate et dangereuse, parce que le champ est ouvert aux solutions de force, &#224; l'activit&#233; des puissances obscures, repr&#233;sent&#233;es par les hommes providentiels &#187;. Avec son discours raciste et pr&#233;tendument &#171; antisyst&#232;me &#187;, la droite radicale s'est montr&#233;e particuli&#232;rement habile &#224; gagner le soutien de larges pans des classes populaires et travailleuses abandonn&#233;s par la gauche. Car la gauche, &#224; de rares exceptions pr&#232;s, s'est repli&#233;e sur elle-m&#234;me, se complaisant dans une sorte de confort. Sa base est d&#233;sormais essentiellement constitu&#233;e des classes moyennes et moyennes-sup&#233;rieures dot&#233;es en capital scolaire et par les jeunes g&#233;n&#233;rations de dipl&#244;m&#233;s confront&#233;es &#224; la pr&#233;carit&#233; et au d&#233;classement social. La part des classes populaires et travailleuses est faible dans son &#233;lectorat, et davantage encore parmi ses militant.e.s et ses cadres. La gauche restera une force en d&#233;clin tant qu'elle persistera &#224; reproduire cette configuration. La force de l'extr&#234;me droite provient de l'impuissance de la gauche, qui s'est content&#233;e de g&#233;rer l'ordre n&#233;olib&#233;ral partout o&#249; elle exerc&#233; le pouvoir, mais &#233;galement de sa propre capacit&#233; &#224; se pr&#233;senter comme une force contestant le statu quo et portant une vision de la soci&#233;t&#233; cens&#233;e mettre fin &#224; la crise que l&#232;gue la longue domination de l'&#171; extr&#234;me centre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour aller plus loin : &lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/fascisation-strategie-entretien-ugo-palheta/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fascisation et strat&#233;gie. Entretien avec Ugo Palheta&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;BF. Une opinion r&#233;pandue, non seulement au sein de la gauche marxiste mais aussi dans le courant dominant, &#233;tablit un parall&#232;le entre la crise actuelle et celle des ann&#233;es 1920 et 1930 (Italie, Weimar, Autriche, mais aussi France). Quelles sont, selon toi, les similitudes et les diff&#233;rences entre ses deux moments historiques ? La bourgeoisie envisage-t-elle une rupture avec la d&#233;mocratie lib&#233;rale comme r&#233;gime politique pour maintenir sa domination ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma position, sans doute minoritaire, voire impopulaire, au sein de la gauche radicale, est que consid&#233;rer la situation actuelle comme une r&#233;p&#233;tition des ann&#233;es 1920 et 1930 est profond&#233;ment trompeur. Cette analogie est &#224; mon sens un obstacle &#233;pist&#233;mologique qui emp&#234;che de penser la sp&#233;cificit&#233; et la nouveaut&#233; de la situation actuelle. Qualifier l'extr&#234;me droite actuelle de &#171; fascisme &#187; &#187; rel&#232;ve essentiellement de la rh&#233;torique et ne convainc gu&#232;re plus que le cercle des militant.e.s de gauche, au sein desquels la reprise du discours antifasciste produit un effet de mobilisation. Plus r&#233;cemment, cette caract&#233;risation a &#233;t&#233; reprise, aux Etats-Unis et en Europe, par une partie des m&#233;dias et du public se r&#233;clamant de la gauche lib&#233;rale ou du &#171; centre-gauche &#187;, qui fait de l'antitrumpisme et de ses variantes nationales (antilep&#233;nisme en France, etc.) un substitut &#224; toute v&#233;ritable contestation des politiques autoritaires, antisociales et militaristes approuv&#233;es, ou tol&#233;r&#233;es, par les m&#234;mes lorsqu'elles sont mises en &#339;uvre par l'extr&#234;me centre n&#233;olib&#233;ral. Il n'est pas n&#233;cessaire d'assimiler la situation actuelle au &#171; fascisme &#187; pour la trouver abominable et pour se convaincre de la n&#233;cessit&#233; de la combattre par tous les moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fondement rationnel de cette analogie r&#233;side dans le fait que, comme l'histoire nous l'enseigne, en situation de crise majeure, l'ordre capitaliste engendre, ou du moins se r&#233;v&#232;le parfaitement compatible avec toutes sortes de r&#233;gimes, tels que le bonapartisme, les dictatures militaires, le fascisme et d'autres formes d'&#171; &#201;tats d'exception &#187;, qui diff&#232;rent tous qualitativement de la d&#233;mocratie lib&#233;rale. Le fascisme de l'entre-deux-guerres &#233;tait un mouvement de masse &#233;mergeant dans des soci&#233;t&#233;s brutalis&#233;es par une guerre mondiale &#171; totale &#187; et confront&#233;es &#224; la possibilit&#233; d'une r&#233;volution sociale. Ses composantes essentielles &#233;taient le nationalisme ethnique, l'anticommunisme, les actions de rue violentes, la volont&#233; de renverser les r&#233;gimes parlementaires et de les remplacer par une forme d'&#201;tat radicalement diff&#233;rente, l'opposition frontale au lib&#233;ralisme et la vision d'une soci&#233;t&#233; militaris&#233;e orient&#233;e vers la guerre et l'expansion imp&#233;riale. Le racisme, et plus pr&#233;cis&#233;ment l'antis&#233;mitisme, a jou&#233; un r&#244;le central dans le nazisme, mais quasiment aucun dans la mont&#233;e du fascisme italien. Il ne constituait qu'un aspect secondaire, parfois m&#234;me mineur, de la vaste famille des r&#233;gimes dictatoriaux &#171; fascisants &#187;, autoritaires et contre-r&#233;volutionnaires, de cette p&#233;riode (Hongrie, Espagne, Portugal, Gr&#232;ce). Il convient &#233;galement de rappeler que m&#234;me les r&#233;gimes constitutionnels lib&#233;raux ont connu des p&#233;riodes de r&#233;pression extr&#234;me, comme les &#171; lois sc&#233;l&#233;rates &#187; contre les anarchistes dans la tr&#232;s r&#233;publicaine France des ann&#233;es 1890, le maccarthysme (et ses &#233;quivalents ailleurs en Occident) dans les ann&#233;es 1950 ou la r&#233;pression de l'extr&#234;me gauche en Italie et en Allemagne dans les ann&#233;es 1970, sans parler de la chape de plomb qui s'est abattue contre les opposants aux guerres coloniales au sein m&#234;me des m&#233;tropoles occidentales. Concernant la France, je conseille la lecture des travaux que Vanessa Codaccioni &#224; consacr&#233;s &#224; l'histoire des r&#233;pressions &#233;tatiques lors des p&#233;riodes de &#171; normalit&#233; &#187; r&#233;publicaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crains donc que la version de l'antifascisme aujourd'hui dominante ne repose sur l'id&#233;alisation lib&#233;rale de la d&#233;mocratie elle-m&#234;me. La gauche devrait la rejeter et rappeler que les droits et les libert&#233;s ont toujours &#233;t&#233; conquis, au prix de lourds sacrifices, par les luttes populaires, et non par une quelconque vertu intrins&#232;que des r&#233;gimes lib&#233;raux. Raison pour laquelle les dominants n'ont jamais h&#233;sit&#233; &#224; les remettre en cause &#224; chaque fois qu'ils sont senti leur emprise sur la soci&#233;t&#233; remise en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extr&#234;me droite contemporaine, mais il faudrait sans doute parler de &#171; droite radicale &#187;, ou de &#171; droite radicalis&#233;e &#187;, est un ph&#233;nom&#232;ne essentiellement &#233;lectoral dont les manifestations de rue restent marginales, bien qu'en progression. Son racisme virulent se pr&#233;sente comme une vision &#171; d&#233;fensive &#187;, visant &#224; prot&#233;ger la &#171; nation &#187; et les &#171; soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes &#187; de diverses &#171; menaces &#187; suppos&#233;es (migrants, musulmans, &#171; envahisseurs &#187; non blancs, etc.). Sa promesse &#171; sociale &#187; aux classes populaires, que condense le mot d'ordre du Rassemblement national de &#171; pr&#233;f&#233;rence nationale &#187;, consiste en une sorte de &#171; redistribution interne &#187; selon des lignes raciales, cens&#233;e favoriser les &#171; vrais nationaux &#187;, c'est-&#224;-dire les Blancs et les non-musulmans, dans la protection sociale et sur le march&#233; du travail. Par ailleurs, les bellicistes se trouvent, de nos jours, bien davantage dans les rangs de l'extr&#234;me centre n&#233;olib&#233;ral, notamment dans la social-d&#233;mocratie et les partis &#233;cologistes, qu'au sein de la droite radicale. Ajoutons &#224; cela que si le durcissement autoritaire et r&#233;pressif est aujourd'hui profess&#233; et mis en &#339;uvre par une large partie du spectre politique, aucune force politique d'importance en Occident ne d&#233;fend une vision politique qui rompt avec les institutions parlementaires. Les discours anti-migrants et islamophobes, ainsi que les politiques qui en d&#233;coulent, sont partag&#233;s par la quasi-totalit&#233; du mainstream, d'Orb&#225;n &#224; Macron, ce qui ne veut nullement dire, naturellement, qu'on ne peut aller plus loin dans cette direction. Pour autant, on ne saurait dire s&#233;rieusement que les Etats-Unis sous Trump, la Hongrie sous Orban, ou l'Italie de Meloni recouvrent des r&#233;alit&#233;s un tant soit peu comparables avec les r&#233;gimes fascistes des ann&#233;es 1930. M&#234;me la d&#233;fense des droits des minorit&#233;s a &#233;t&#233;, dans une certaine mesure, r&#233;cup&#233;r&#233;e par le discours homonationaliste et f&#233;monationaliste des forces les plus agiles de l'extr&#234;me droite. Parmi les figures de proue de ces partis, on trouve des dirigeantes qui incarnent une certaine &#171; modernit&#233; f&#233;minine &#187; (&#224; l'instar de Marine Le Pen ou Giorgia Meloni), tandis que d'autres revendiquent ouvertement leur homosexualit&#233; (Alice Weidel, Heinz-Christian Strache, Filip Dewinter, Pim Fortuyn faisant ici figure de pionnier). L'islamophobie, version actuellement dominante du racisme, alimente le discours du mainstream politique bien au-del&#224; des rangs de l'extr&#234;me droite. Elle s'est r&#233;v&#233;l&#233;e un ciment id&#233;ologique redoutable, permettant, au nom de la lutte contre l'&#171; islamisme &#187;, toutes sortes de combinaisons entre la d&#233;fense des &#171; Juifs &#187; et/ou d'Isra&#235;l, des personnes LGBT et des droits des femmes, le nationalisme blanc, etc. Pablo Stefanoni a propos&#233; &lt;a href=&#034;https://www.editionsladecouverte.fr/la_rebellion_est_elle_passee_a_droite_-9782348075896&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une analyse stimulante&lt;/a&gt; de certains aspects de l'extr&#234;me droite contemporaine et a clairement d&#233;montr&#233; qu'il est impossible de l'analyser &#224; travers le prisme du pass&#233;, m&#234;me si la plupart de ces forces conservent des positions r&#233;actionnaires sur de nombreuses questions dites &#171; soci&#233;tales &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e des droites radicales est, &#224; mon sens, &#224; la fois un facteur autonome acc&#233;l&#233;rant la d&#233;rive autoritaire des soci&#233;t&#233;s et des r&#233;gimes politiques occidentaux, et la cons&#233;quence de cette d&#233;rive, amorc&#233;e d&#232;s les ann&#233;es 1970, donc bien avant leur &#233;mergence, avec la crise terminale du compromis social keyn&#233;sien d'apr&#232;s-guerre. Je reprends ici &#224; mon compte les analyses de Stuart Hall, qui a qualifi&#233; le &lt;a href=&#034;https://www.editionsamsterdam.fr/le-populisme-autoritaire/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;thatch&#233;risme de &#171; populisme autoritaire&lt;/a&gt; &#187;, reprenant en partie, mais en la modifiant de fa&#231;on critique, la notion d'&#171; &#233;tatisme autoritaire &#187; d&#233;velopp&#233;e par Nicos Poulantzas &lt;a href=&#034;https://www.editionsamsterdam.fr/letat-le-pouvoir-le-socialisme-2/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dans ses derniers &#233;crits&lt;/a&gt;. Le point crucial est que les deux dimensions de la domination bourgeoise, le consentement et la r&#233;pression, ne s'excluent pas mutuellement et, davantage encore, ne constituent pas un jeu &#224; somme nulle. On peut avoir &#224; la fois une r&#233;pression accrue et un consentement &#233;largi &#224; cette r&#233;pression. Cette r&#233;pression &#233;mane assur&#233;ment d'en haut, c'est-&#224;-dire de l'&#201;tat, et elle est n&#233;cessaire au d&#233;mant&#232;lement du compromis social d'apr&#232;s-guerre connu sous le nom d'&#201;tat-providence. Mais elle parvient &#224; susciter et &#224; exploiter des paniques morales qui se propagent &#171; par le bas &#187;, dans un contexte de d&#233;gradation de la vie quotidienne et au sein de ce que le marxiste britannique Raymond Williams appelait une &#171; structure de sentiment &#187; (structure of feeling) : une forme de conscience pratique, &#224; la crois&#233;e de l'exp&#233;rience individuelle et d'un cadre toujours d&#233;j&#224; social et collectif, domin&#233;e par un sentiment de d&#233;clin et un manque d'attente positive pour l'avenir. Dans un contexte marqu&#233; par l'impuissance de la gauche et l'affaiblissement des formes structur&#233;es d'action collective, il en r&#233;sulte un consentement croissant aux discours et politiques autoritaires, dont le racisme et les demandes d'&#171; autorit&#233; &#187; et d'&#171; ordre &#187; sont les composantes essentielles.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Crise d&#233;mocratique et &#201;tat n&#233;olib&#233;ral&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;BF. Ceci nous am&#232;ne &#224; la question de l'&#201;tat capitaliste qui, comme nous le savons, n'est pas un organe neutre et se pr&#233;sente comme une articulation complexe de processus h&#233;g&#233;moniques. Si l'on restreint la question &#224; celle de la forme politique, bien qu'elle ne constitue pas l'horizon ultime pour ceux qui adh&#232;rent &#224; la perspective du socialisme, il est &#233;galement &#233;vident que la d&#233;mocratie lib&#233;rale rec&#232;le encore un ensemble de libert&#233;s politiques qui, malgr&#233; leur d&#233;clin, repr&#233;sentent des acquis historiques du mouvement ouvrier. Quelle devrait &#234;tre la position et la strat&#233;gie des marxistes face &#224; la forme actuelle de l'&#201;tat capitaliste et &#224; la crise de la d&#233;mocratie lib&#233;rale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK. Il est assez ais&#233; de constater que la d&#233;mocratie, quelle que soit la d&#233;finition qu'on en donne, est aujourd'hui en recul partout dans le monde. Pour le dire rapidement, l'effet conjugu&#233; des politiques n&#233;olib&#233;rales, de la mondialisation capitaliste et de l'&#233;chec des exp&#233;riences et mouvements socialistes du 20e si&#232;clea entra&#238;n&#233; le d&#233;clin de la d&#233;mocratie lib&#233;rale telle que nous la connaissions dans les pays du c&#339;ur du capitalisme. Dit autrement, une fois entam&#233; le d&#233;mant&#232;lement du compromis social de l'apr&#232;s-guerre, la d&#233;mocratie lib&#233;rale de l'&#232;re de l'&#232;re keyn&#233;sienne-fordiste n'a pas tard&#233;, elle aussi, &#224; entrer en crise et &#224; d&#233;p&#233;rir. La notion d'&#171; &#233;tatisme autoritaire &#187; de Poulantzas visait &#224; saisir les transformations structurelles de l'&#201;tat lors de la premi&#232;re phase du n&#233;olib&#233;ralisme : le r&#244;le renforc&#233; et plus directement politique des hautes sph&#232;res de la bureaucratie d'&#201;tat, le renforcement du pouvoir ex&#233;cutif au d&#233;triment des institutions repr&#233;sentatives, l'affaiblissement des formes traditionnelles de m&#233;diation politique comme les syndicats et les partis de masse, l'importance grandissante des m&#233;dias qui jouent de plus en plus le r&#244;le auparavant d&#233;volu aux partis bourgeois, la prolif&#233;ration des nouvelles technologies de surveillance et de formes de r&#233;pression plus diffuses. En d'autres termes, le n&#233;olib&#233;ralisme n'&#233;quivaut nullement &#224; un &#171; &#201;tat moins interventionniste &#187; mais &#224; un processus de d&#233;-d&#233;mocratisation de l'&#201;tat et &#224; sa subordination plus directe aux imp&#233;ratifs de l'accumulation capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui manquait &#224; ce tableau, c'&#233;tait bien s&#251;r ce qui s'est pass&#233; apr&#232;s la fin des ann&#233;es 1970, &#224; savoir la mont&#233;e des partis d'extr&#234;me droite et la mani&#232;re dont ces forces ont &#171; politis&#233; &#187; le racisme. Le racisme, bien entendu, pr&#233;existait en tant que ph&#233;nom&#232;ne constitutif du syst&#232;me capitaliste mondial. Il est ancr&#233; dans la fragmentation hi&#233;rarchique de la force de travail qui en d&#233;coule, comme &lt;a href=&#034;https://www.editionsladecouverte.fr/race_nation_classe-9782348037740&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'a remarquablement analys&#233; Immanuel Wallerstein&lt;/a&gt;, fragmentation que g&#232;rent les divers Etats nationaux en lui imprimant une forme sp&#233;cifique, celle du tra&#231;age d'une &#171; fronti&#232;re int&#233;rieure &#187; au sein m&#234;me du corps politique selon des lignes d'une conformit&#233; &#224; une &#171; identit&#233; nationale &#187; suppos&#233;e. L'&#171; immigr&#233; &#187;, le &#171; musulman &#187;, l'&#171; Arabe &#187; ou le &#171; Noir &#187; sont ainsi racis&#233;s non pas au sens d'une alt&#233;rit&#233; biologique mais d'une exclusion partielle du corps national, dont ils font n&#233;anmoins partie. &#202;tre racis&#233; en France aujourd'hui c'est avant tout subir un &#171; d&#233;ni de francit&#233; &#187; pour &lt;a href=&#034;https://www.google.com/url?sa=t&amp;source=web&amp;rct=j&amp;opi=89978449&amp;url=https://sciencespo.hal.science/hal-03473834/file/2012-Tiberj-Simon-La-fabrique-du-citoyen-origines-et-rapport-au-politique-en-France.pdf&amp;ved=2ahUKEwjUkome5JWLAxUAUqQEHUnFAEsQFnoECBYQAQ&amp;usg=AOvVaw0SpYRqHc3Ix3wrzhKhBUM0&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;reprendre l'expression de Patrick Simon et de Vincent Tiberj&lt;/a&gt;. C'est une forme d'&#171; exclusion int&#233;rieure &#187; qui rel&#232;gue &#224; un statut permanent, h&#233;r&#233;ditairement transmissible (ce qui confirme qu'il s'agit bien d'un racisme), &#224; une sous-citoyennet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'op&#233;ration men&#233;e avec succ&#232;s par les droites radicales &#224; partir des ann&#233;es 1980, celles du n&#233;olib&#233;ralisme triomphant et du ralliement progressif des gauches &#224; son h&#233;g&#233;monie, a donc consist&#233; &#224; donner une expression politique &#224; ce travail de racisation men&#233;e par les politiques &#233;tatiques et largement banalis&#233; par les forces politiques bourgeoises. En France, c'est sous la pr&#233;sidence du tr&#232;s lib&#233;ral Giscard d'Estaing qu'est instaur&#233;e la fermeture des fronti&#232;res et une &#171; aide au retour &#187; des travailleurs immigr&#233;s comme mesure visant &#224; contrecarrer la mont&#233;e du fascisme. Mais, je le r&#233;p&#232;te, ce &#224; quoi nous assistons ces derni&#232;res ann&#233;es n'est pas le &#171; retour du fascisme &#187;, les &#171; ann&#233;es 1930 au ralenti &#187;, pour reprendre l'expression du fondateur du SWP (Socialist Workers Party) britannique Tony Cliff, mais une r&#233;organisation plus large et une radicalisation de la droite, synonyme de droitisation acc&#233;l&#233;r&#233;e du mainstream politique, &#224; la fois en tant r&#233;action et en tant qu'adaptation &#224; la mont&#233;e de l'&#233;tatisme autoritaire. Une r&#233;action dans la mesure o&#249; elle peut &#234;tre per&#231;ue comme l'expression du m&#233;contentement populaire et du refus de certaines fractions des classes populaires et moyennes inf&#233;rieures d'&#234;tre exclues de la sc&#232;ne politique domin&#233;e par le centre n&#233;olib&#233;ral et sa base sociale issue des classes sup&#233;rieures. Mais cela exprime &#233;galement une acceptation de cet ordre n&#233;olib&#233;ral puisque ces forces adh&#232;rent pleinement &#224; la substance de ces politiques et en demandent une version encore plus autoritaire, &#224; condition que le co&#251;t soit pay&#233; par ceux qui sont cibl&#233;s comme les &#171; fauteurs de troubles &#187; et les &#171; intrus &#187; (minorit&#233;s racialis&#233;es, migrants, personnes LGBT+, etc.). On s'assure ainsi de satisfaire ce que &lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/fascisme-definition&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon appelle les &#171; passions p&#233;nulti&#232;mes&lt;/a&gt; &#187;, la hantise de chuter dans les derni&#232;res places de la hi&#233;rarchie sociale, donc l'obsession de se maintenir au moins dans l'avant-derni&#232;re position, et que le sociologue Olivier Schwartz d&#233;signe de son c&#244;t&#233; comme la &#171; &lt;a href=&#034;https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20090922_schwartz.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;conscience triangulaire&lt;/a&gt; &#187;, &#224; savoir l'id&#233;e que les groupes subalternes tiennent &#224; se d&#233;marquer autant, sinon davantage (du fait de la menace du d&#233;classement), de ceux qui sont &#171; en dessous &#187; d'eux, que de ceux qui sont &#171; au-dessus &#187;, des dominants de toute fa&#231;on inaccessibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une strat&#233;gie puissante car elle capte et remod&#232;le le &#171; bon sens &#187; de larges pans de la soci&#233;t&#233;, d&#233;j&#224; travaill&#233; par des d&#233;cennies d'atomisation n&#233;olib&#233;rale et d'affaiblissement des solidarit&#233;s collectives. Mais elle est aussi, en fin de compte, fragile, car la peur, le ressentiment et la promotion d'identit&#233;s r&#233;actionnaires n'offrent qu'une base limit&#233;e pour construire le consentement et un bloc social coh&#233;rent. Les promesses sociales avanc&#233;es sont vides de sens, et aggraver la situation de certains n'am&#233;liorera pas celle des autres, car les vrais gagnants sont &#224; l'autre bout du spectre social : perdre moins c'est quand m&#234;me perdre. Cependant, tant qu'elle n'est pas contest&#233;e avec succ&#232;s par la gauche, la droite radicale a r&#233;ussi &#224; fournir &#224; l'&#201;tat n&#233;olib&#233;ral autoritaire la base populaire qui lui faisait jusqu'alors d&#233;faut. Ce processus explique &#233;galement la convergence entre des secteurs de l'extr&#234;me centre et de la droite traditionnelle avec l'extr&#234;me droite que l'on observe dans de nombreux pays, notamment l&#224; o&#249; la gauche radicale est significative. C'est particuli&#232;rement le cas en France, o&#249; la ligne qui domine de plus en plus clairement le mainstream est &#171; tout sauf M&#233;lenchon &#187;, m&#234;me l'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conclusion qui s'impose est que la d&#233;fense de la d&#233;mocratie, ou plus pr&#233;cis&#233;ment la lutte contre la d&#233;-d&#233;mocratisation induite par le n&#233;olib&#233;ralisme, doit figurer en t&#234;te de l'agenda actuel de la gauche. Historiquement, la d&#233;valorisation de la &#171; d&#233;mocratie lib&#233;rale &#187; par la tradition de la Troisi&#232;me Internationale (&#224; l'exception de Gramsci), c'est-&#224;-dire l'incapacit&#233; &#224; comprendre que les &#233;l&#233;ments d&#233;mocratiques des r&#233;gimes bourgeois sont des conqu&#234;tes ch&#232;rement acquises par les masses populaires et non de simples man&#339;uvres &#171; bourgeoises &#187; pour apaiser le prol&#233;tariat, a eu un effet d&#233;vastateur sur le mouvement communiste du 20e si&#232;cle. Encore faut-il ajouter que d&#233;fendre la d&#233;mocratie ne saurait se r&#233;duire &#224; la seule d&#233;fense des libert&#233;s et des droits, aussi cruciale que puisse &#234;tre cette bataille institutionnelle et juridique. Pour la gauche anticapitaliste, d&#233;fendre la d&#233;mocratie signifie aussi lutter pour l'action autonome des classes subalternes, s'attaquer &#224; tout ce qui les r&#233;duit &#224; la passivit&#233; et ouvrir des br&#232;ches dans l'emprise du capital sur la vie sociale. Cela appara&#238;t comme le seul moyen de construire une contre-h&#233;g&#233;monie des subalternes et de pr&#233;parer concr&#232;tement le terrain pour une d&#233;mocratie socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Front unique, Fronts populaires, &#171; Troisi&#232;me p&#233;riode &#187;, quel bilan pour aujourd'hui ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;BF. Passons maintenant &#224; des questions de strat&#233;gie. Pour revenir au parall&#232;le avec les ann&#233;es 1920 et 1930, trois strat&#233;gies furent alors propos&#233;es au sein du mouvement communiste pour faire face &#224; la crise de la d&#233;mocratie lib&#233;rale et &#224; la mont&#233;e de l'extr&#234;me droite. De mani&#232;re tr&#232;s sch&#233;matique, il s'agissait du front uni, de la strat&#233;gie de la &#171; Troisi&#232;me P&#233;riode &#187; ou du &#171; social-fascisme &#187;, et celle du Front populaire. Quels enseignements et quelles mises &#224; jour pouvons-nous tirer aujourd'hui de ces d&#233;bats ? Plus largement, comment per&#231;ois-tu la dialectique entre strat&#233;gie d&#233;fensive et strat&#233;gie offensive dans une conjoncture qui ne semble gu&#232;re prometteuse pour la gauche ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SK&lt;/strong&gt;. Si nous admettons que la situation actuelle ne saurait &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une r&#233;p&#233;tition, ni m&#234;me une variante, des ann&#233;es 1920-1930, alors il nous faut repenser notre strat&#233;gie et sortir des sch&#233;mas de cette p&#233;riode. Cela ne signifie pas pour autant qu'il n'y a pas d'enseignements &#224; tirer de cette p&#233;riode. Une analyse critique du pass&#233; est une &#233;tape n&#233;cessaire &#224; un nouveau d&#233;part. Parmi les trois propositions strat&#233;giques que tu as mentionn&#233;es, il est assez ais&#233; de trancher la question de la &#171; Troisi&#232;me P&#233;riode &#187;. Ce fut la ligne ultra-sectaire adopt&#233;e par l'Internationale communiste en 1928, qui a conduit &#224; l'immense d&#233;sastre de la mont&#233;e du nazisme au pouvoir et &#224; l'&#233;crasement total du plus puissant mouvement ouvrier d'Europe &#224; cette &#233;poque, m&#234;me si la social-d&#233;mocratie porte &#233;galement une lourde responsabilit&#233;. Les deux autres strat&#233;gies m&#233;ritent une analyse plus approfondie : le front unique, entendu au sens large, c'est-&#224;-dire &#233;largi &#224; toutes les formes d'activit&#233; autonome des classes subalternes, au-del&#224; de ce que l'on entend habituellement par &#171; mouvement ouvrier &#187;, appara&#238;t comme une composante indispensable &#8211; quoique non suffisante &#8211; de toute strat&#233;gie visant &#224; remporter des victoires significatives. Mais d&#232;s les ann&#233;es 1920, une ambigu&#239;t&#233; persistait quant &#224; sa v&#233;ritable port&#233;e : s'agissait-il d'une simple man&#339;uvre tactique, d'une position d&#233;fensive temporaire, appel&#233;e &#224; &#234;tre rapidement surmont&#233;e par une ligne offensive r&#233;affirmant le r&#244;le dirigeant exclusif du &#171; parti r&#233;volutionnaire &#187; ? Ou bien d'une strat&#233;gie r&#233;volutionnaire diff&#233;rente du &#171; sc&#233;nario d'Octobre 1917 &#187;, qui prenait en compte le foss&#233; s&#233;parant &#171; l'Ouest &#187; de l'&#171; Est &#187;, pour reprendre les cat&#233;gories bien connues, mais souvent mal comprises, de Gramsci ? Trotsky avait bien s&#251;r parfaitement raison de d&#233;fendre le front uni entre sociaux-d&#233;mocrates et communistes, seul moyen d'emp&#234;cher les nazis d'acc&#233;der au pouvoir, face &#224; la ligne suicidaire du KPD et du Comintern sous l'emprise de Staline et de son groupe dirigeant. Mais il concevait n&#233;anmoins ce front uni comme une man&#339;uvre d&#233;fensive devant rapidement c&#233;der la place &#224; une offensive r&#233;volutionnaire, car l'objectif imm&#233;diat &#233;tait la conqu&#234;te du pouvoir. Dans une telle situation, qui &#233;volue rapidement vers la crise r&#233;volutionnaire, &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/01/320127i.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Trotsky ajoute au d&#233;but de 1932&lt;/a&gt;, soit un an avant l'arriv&#233;e d'Hitler au pouvoir, que les Soviets deviennent &#171; les organes sup&#233;rieurs du front uni &#187; et tout son d&#233;veloppement s'ordonne autour de l'id&#233;e que la s&#233;quence allemande est cens&#233;e suivre de tr&#232;s pr&#232;s le sch&#233;ma de la r&#233;volution russe de 1917. Cette conception de la r&#233;volution comme &#233;tant presque constamment &#224; port&#233;e de main &#233;tait aliment&#233;e par la vision catastrophiste bien connue de Trotsky, qui d&#233;crivait, notamment dans les formulations bien connues du &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/trans/tran.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Programme de transition&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, le capitalisme comme &#171; pourrissant &#187;, &#171; &#224; l'agonie &#187;, incapable de d&#233;velopper les forces productives, etc. Cette vision &#233;tait profond&#233;ment ancr&#233;e dans la vision du Comintern (&#224; l'exception, une fois encore, de Gramsci) depuis sa cr&#233;ation et d&#233;j&#224; pr&#233;sente dans la &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/vlimperi/imperialisme.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d&#233;finition que L&#233;nine donnait de l'imp&#233;rialisme&lt;/a&gt; comme une forme &#171; parasitaire &#187;, &#171; stagnante &#187; et &#171; pourrissante &#187; de capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les strat&#233;gies de type Front populaire sont, en quelque sorte, l'antith&#232;se du &#171; front uni &#187;. La ligne des larges alliances, progressivement adopt&#233;e &#224; partir de 1934 par l'Internationale communiste et &#224; laquelle s'est ralli&#233;e la majeure partie de la social-d&#233;mocratie, visait &#224; inclure non seulement les composantes du mouvement ouvrier, mais aussi des secteurs de la &#171; petite-bourgeoisie &#187; et m&#234;me de la &#171; gauche bourgeoise &#187;. N&#233;anmoins, le noyau de cette alliance &#233;tant constitu&#233; de puissants partis communistes et socialistes. Elle a &#233;merg&#233; comme le produit d'une v&#233;ritable mobilisation de masse contre le fascisme, &#224; laquelle elle a, &#224; son tour, donn&#233; une dynamique nouvelle et une allure offensive. Cet antifascisme populaire recelait un fort potentiel anticapitaliste, il exprimait une volont&#233; de &#171; changer la vie &#187;, comme le proclamait un mot d'ordre qui a profond&#233;ment irrigu&#233; l'effervescence culturelle qui a marqu&#233; cette &#233;poque. Mais ce potentiel se heurtait &#224; la strat&#233;gie politique. En France, la victoire &#233;lectorale du Front populaire a donn&#233; une immense confiance aux masses et a d&#233;clench&#233; la vague de gr&#232;ves de juin 1936, premier mouvement mettant en mouvement le c&#339;ur de la classe ouvri&#232;re industrielle. De leur c&#244;t&#233;, les communistes fran&#231;ais ont reconnu la dimension &#233;mancipatrice de la tradition d&#233;mocratique fran&#231;aise, en r&#233;f&#233;rence &#224; la Grande R&#233;volution et au mouvement jacobin. Sur cette base, ils &#233;labor&#232;rent une strat&#233;gie h&#233;g&#233;monique en se pr&#233;sentant &#224; la fois comme une force nationale-populaire et comme le parti de la classe ouvri&#232;re capable de conduire un large bloc social vers le changement, dans une sorte de gramscisme &#171; &#224; l'&#233;tat pratique &#187;. Mais cette strat&#233;gie avait un revers : l'abandon de toutes les positions anticolonialistes et une logique &#171; &#233;tapiste &#187; rigide repoussant le socialisme &#224; un avenir lointain. Toute id&#233;e d'articuler les revendications d&#233;mocratiques et &#233;conomiques imm&#233;diates &#224; un v&#233;ritable &#171; programme de transition &#187; fut rejet&#233;e par les partis communistes au nom d'une large unit&#233; antifasciste, qui se devait d'inclure des secteurs bourgeois. Dans un contexte de polarisation de classes croissante, la politique du Front populaire se r&#233;sumait &#224; un r&#233;formisme irr&#233;alisable, effrayant les classes dominantes car adoss&#233; &#224; une dynamique de masse, tout en bloquant toute possibilit&#233; de victoires r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat pr&#233;visible fut la d&#233;faite partout, et le fascisme au bout du chemin. En France, l'alliance s'effondra, l'aile bourgeoise (les radicaux) changeant de camp et ouvrant la voie &#224; la r&#233;action et &#224; la contre-offensive d'une classe capitaliste traumatis&#233;e par les gr&#232;ves de juin 1936. En Espagne, la situation fut bien pire, car, contrairement &#224; la France, un v&#233;ritable processus r&#233;volutionnaire s'y d&#233;ployait et ce avant m&#234;me le succ&#232;s &#233;lectoral du Front populaire, qui lui donna une impulsion d&#233;cisive, en particulier en Catalogne. L'alliance de gauche se brisa de l'int&#233;rieur, les communistes s'alliant &#224; l'aile mod&#233;r&#233;e du Front pour r&#233;primer violemment toutes les forces susceptibles d'entra&#238;ner vers des voies allant au-del&#224; d'un antifascisme &#233;troit et de la d&#233;fense d'une R&#233;publique qui restait bourgeoise. Ils furent finalement eux-m&#234;mes marginalis&#233;s par leurs alli&#233;s mod&#233;r&#233;s qui tent&#232;rent de trouver un compromis avec les fascistes et finirent par capituler. Il va sans dire que toute cette strat&#233;gie &#233;tait strictement conforme &#224; la politique &#233;trang&#232;re de l'Union sovi&#233;tique, qui privil&#233;giait &#224; cette &#233;poque une alliance avec les d&#233;mocraties lib&#233;rales pour contenir l'Allemagne nazie et s'opposait &#224; tout ce qui pouvait d&#233;stabiliser le pouvoir des bourgeoisies occidentales (comme les r&#233;volutions int&#233;rieures ou les luttes de lib&#233;ration dans les colonies).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La double le&#231;on &#224; tirer est que la gauche doit &#233;viter les pi&#232;ges jumeaux du sectarisme gauchiste et de la fixation illusoire sur les glorieux moment r&#233;volutionnaires du pass&#233;, m&#234;me si ce risque semble actuellement marginal. Un risque bien plus grave est celui de devenir une force subalterne d'un centre n&#233;olib&#233;ral chancelant. Au nom de l'&#171; antifascisme &#187;, certains secteurs de la gauche semblent actuellement tent&#233;s de jouer le r&#244;le d'auxiliaire du bloc dominant en cherchant une unit&#233; sur la base du plus petit d&#233;nominateur commun et du mod&#233;rantisme. Ce pastiche du Front populaire historique ne peut mener qu'&#224; une d&#233;faite certaine, sans jamais produire la dynamique de masse comparable &#224; celle de l'antifascisme des ann&#233;es 1930. Il trahit une forme de panique qui passe compl&#232;tement &#224; c&#244;t&#233; de l'essentiel concernant la droite radicale actuelle : elle n'est pas une r&#233;p&#233;tition du fascisme, mais le fruit de la transformation du champ politique fa&#231;onn&#233; par le consensus n&#233;olib&#233;ral des d&#233;cennies pr&#233;c&#233;dentes, un consensus qui inclut le racisme, le militarisme, les interventions imp&#233;rialistes et la complicit&#233; de g&#233;nocides. Seule une opposition r&#233;solue &#224; cet ordre n&#233;olib&#233;ral &#8211; dont l'empire &#233;tatsunien, l'OTAN et l'Union europ&#233;enne sont les piliers &#8211; peut offrir une perspective positive et reconqu&#233;rir les secteurs des classes populaires aujourd'hui sous l'emprise de la droite radicale et de son discours faussement &#171; antisyst&#232;me &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, les exp&#233;riences de gauche les plus prometteuses dans les pays du Nord, comme la France insoumise, Mamdani et d'autres socialistes &#233;lus aux &#201;tats-Unis, ainsi que la r&#233;organisation en cours de la gauche britannique, sont celles qui ont emprunt&#233; cette voie. La solidarit&#233; avec la Palestine, un antiracisme vigoureux et l'opposition au militarisme, une interaction constante avec les mobilisations populaires, un programme social anti-n&#233;olib&#233;ral solide et concret, mais aussi la revendication d'une vision progressiste de la nation et de la souverainet&#233; nationale-populaire apparaissent comme les composantes essentielles de cette Nouvelle Gauche &#233;mergente. S'ils prennent la politique au s&#233;rieux, ce qui ne peut que signifier s'inscrire dans une pratique politique de masse, les marxistes doivent s'int&#233;grer pleinement &#224; ce mouvement et contribuer &#224; sa radicalisation dans une direction anti-imp&#233;rialiste et socialiste. Mais pour ce faire, ils doivent abandonner des sch&#233;mas de pens&#233;e d&#233;pass&#233;s et st&#233;riles, tels que la volont&#233; de r&#233;p&#233;ter les sc&#233;narios r&#233;volutionnaires du pass&#233;, un avant-gardisme verbal et ses fantasmes de puret&#233; id&#233;ologique, ainsi qu'une vision abstraite de l'internationalisme, &#224; peine diff&#233;rente du cosmopolitisme lib&#233;ral. Ils doivent renouer avec les sujets sociaux et politiques r&#233;ellement existants, en premier lieu avec les classes ouvri&#232;res et populaires et l'ensemble des groupes opprim&#233;s, afin de transformer le bon sens des subalternes et activer la construction d'un bloc contre-h&#233;g&#233;monique capable de prendre le pouvoir et initier une rupture avec l'ordre existant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet entretien r&#233;alis&#233; par Brais Fern&#225;ndez a &#233;t&#233; publi&#233; en castillan par la revue marxiste Viento sur (n&#176; 200).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
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		<title>L'aggiornamento rat&#233; du pape Fran&#231;ois</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/L-aggiornamento-rate-du-pape-Francois</link>
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		<dc:date>2025-04-29T08:29:53Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Brais Fern&#225;ndez</dc:creator>


		<dc:subject>Italie</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2025-04-29</dc:subject>
		<dc:subject>Religion</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Jorge Mario Bergoglio, connu durant ses derni&#232;res ann&#233;es sous le nom de Pape Fran&#231;ois, est d&#233;c&#233;d&#233;. Il fait partie du rituel social, dans le contexte d'un d&#233;c&#232;s, de rendre un hommage d&#233;brid&#233; &#224; la personne, sinc&#232;rement ou hypocritement, ou de la d&#233;nigrer par ranc&#339;ur. Dans le cas d'une personnalit&#233; devenue rien moins que le pape &#224; l'&#232;re de la polarisation, le clivage qui organisera son hommage sera le bin&#244;me fascisme &#8725;progressisme. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Viento Sur &lt;br class='autobr' /&gt;
23 avril 2025 Brais Fernandez (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH150/pope_francis_in_march_2013.jpg-7f2ee.webp?1781382401' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Jorge Mario Bergoglio, connu durant ses derni&#232;res ann&#233;es sous le nom de Pape Fran&#231;ois, est d&#233;c&#233;d&#233;. Il fait partie du rituel social, dans le contexte d'un d&#233;c&#232;s, de rendre un hommage d&#233;brid&#233; &#224; la personne, sinc&#232;rement ou hypocritement, ou de la d&#233;nigrer par ranc&#339;ur. Dans le cas d'une personnalit&#233; devenue rien moins que le pape &#224; l'&#232;re de la polarisation, le clivage qui organisera son hommage sera le bin&#244;me fascisme &#8725;progressisme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://vientosur.info/el-aggiornamento-fallido-del-papa-francisco/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Viento Sur&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23 avril 2025&lt;br class='autobr' /&gt;
Brais Fernandez&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, au-del&#224; de l'&#233;touffement provoqu&#233; par l'hyperpolitique, une br&#232;ve r&#233;flexion est possible sous un autre angle. Le pape Fran&#231;ois a &#233;t&#233; nomm&#233; pontife dans un contexte de crise historique pour l'&#201;glise catholique. Bien qu'elle ait conserv&#233; de grandes propri&#233;t&#233;s et des concordats avec de multiples &#201;tats, la crise de l'&#201;glise a des racines sociales et politiques profondes. Convertie en Occident en un front de sectes r&#233;actionnaires de riches, fond&#233;e davantage sur l'&#171; ascription par distinction &#187; que sur l'adh&#233;sion &#224; une foi militante ou &#224; une &#233;thique chr&#233;tienne, l'influence h&#233;g&#233;monique de l'&#201;glise n'a cess&#233; de d&#233;cliner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir id&#233;ologique de l'&#201;glise en tant qu'institution provenait de sa capacit&#233; &#224; se structurer comme institution particuli&#232;re. Si les partis ouvriers et les syndicats fonctionnaient, avec toutes leurs limites, comme un embryon prom&#233;th&#233;en d'un nouvel &#201;tat &#224; venir, l'&#201;glise fonctionnait comme un para-&#201;tat compl&#233;mentaire, capable de contenir toutes les classes, bien que dirig&#233; par une caste r&#233;actionnaire. Mais sans comprendre ce caract&#232;re de contenant multi-classes, on ne peut comprendre ni sa fonction de domination, ni les fissures &#233;mancipatrices qui l'ont travers&#233;e au cours du XXe si&#232;cle. Sa capacit&#233; &#224; g&#233;n&#233;rer du consensus reposait sur une combinaison de coercition dans la sph&#232;re morale et d'habitudes de vie dans les classes populaires, capables d'&#233;tablir un lien politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces contradictions de classe qui traversent l'&#201;glise au cours du XXe si&#232;cle se sont exprim&#233;es tr&#232;s t&#244;t - le bolchevisme blanc en Italie dans les ann&#233;es 1920, l'opposition de certains secteurs catholiques populaires au fascisme malgr&#233; la complicit&#233; et la passivit&#233; des dirigeants, l'exp&#233;rience des pr&#234;tres ouvriers - et ont enfin explos&#233; dans le feu de la vague r&#233;volutionnaire des ann&#233;es 1960, autour de la bataille soulev&#233;e par la th&#233;ologie de la lib&#233;ration, qui cherchait &#224; renouveler le christianisme et &#224; se lier &#224; la volont&#233; de libert&#233; des classes ouvri&#232;res et populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mouvement exceptionnellement chaleureux, riche et cr&#233;atif a &#233;t&#233; &#233;cras&#233; par une alliance entre la hi&#233;rarchie de l'&#201;glise, dirig&#233;e par un anticommuniste militant nomm&#233; Karol Wojty&#322;a, et les oligarchies r&#233;actionnaires locales. La restauration de l'ordre ancien dans l'&#201;glise a &#233;t&#233; c&#233;l&#233;br&#233;e comme une grande victoire pour les secteurs conservateurs, mais elle a eu des effets inattendus. Loin de restaurer l'ancien pouvoir de l'&#201;glise, elle a acc&#233;l&#233;r&#233; la dissolution des liens entre l'&#201;glise et les classes subalternes ; le r&#244;le de l'&#201;glise a &#233;t&#233; progressivement r&#233;duit, remplac&#233; par d'autres appareils id&#233;ologiques plus adapt&#233;s &#224; la logique culturelle du capitalisme tardif. Le paradoxe est que, malgr&#233; les illusions du lib&#233;ralisme progressiste, le d&#233;clin du catholicisme ne s'est pas accompagn&#233; de la disparition de la religion en tant que facteur politique : limit&#233;e &#224; l'Occident, la mont&#233;e de l'&#233;vang&#233;lisme a &#233;t&#233; le contrepoint inattendu de ce processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une certaine mesure, l'&#233;lection d'un pape j&#233;suite, argentin, philop&#233;roniste, au discours nettement progressiste, a constitu&#233; une tentative de r&#233;ponse &#224; ce d&#233;clin. Cependant, cette tentative a &#233;t&#233; tardive et &#224; contre-courant, discordante avec l'&#233;poque. Non pas tant parce que ses critiques du capitalisme, du bellicisme, ses appels &#224; l'environnementalisme ou sa d&#233;fense des migrants sont d&#233;plac&#233;s - au contraire, ils n'ont peut-&#234;tre jamais &#233;t&#233; aussi pertinents - mais parce que le facteur d&#233;cisif de tout processus de transformation r&#233;side dans la capacit&#233; &#224; transformer les id&#233;es en force sociale. En ce sens, comme nous l'avons expliqu&#233; plus haut, la mont&#233;e d'un pape comme Fran&#231;ois est intervenue apr&#232;s la liquidation du grand courant r&#233;volutionnaire qui a travers&#233; le christianisme au cours du XXe si&#232;cle : la th&#233;ologie de la lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La meilleure r&#233;flexion que j'ai entendue au sujet du pape a peut-&#234;tre &#233;t&#233; formul&#233;e par un th&#233;ologien de la lib&#233;ration dans un hommage &#224; Gustavo Guti&#233;rrez : &#171; Le pape n'est pas l'un d'entre nous, mais il ne serait pas possible sans nous &#187;. Cette phrase contient une revendication de l'h&#233;ritage des vaincus, une reconnaissance tardive de l'exemple militant et r&#233;volutionnaire des milliers de chr&#233;tiens qui ont lutt&#233; pour fusionner avec les travailleurs et convertir le &#171; peuple de Dieu &#187; en un sujet actif de transformation sociale et politique, en l'ins&#233;rant dans un vaste processus de changement en direction du socialisme. Mais elle exprime &#233;galement la r&#233;alit&#233; selon laquelle, malgr&#233; la g&#233;n&#233;rosit&#233; avec laquelle il a &#233;t&#233; accueilli par des secteurs encore li&#233;s &#224; la th&#233;ologie de la lib&#233;ration, le pape Fran&#231;ois n'est pas apparu comme le point culminant d'un processus vivant, comme une victoire des secteurs chr&#233;tiens de base qui luttent pour l'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est plut&#244;t apparu comme l'aboutissement tardif d'un processus tragique d'aggiornamento, &#233;cout&#233; avec sympathie par de nombreux secteurs de la soci&#233;t&#233; lass&#233;s du n&#233;o-fascisme, mais sans r&#233;elle possibilit&#233; d'impulser un processus de transformation. Il est difficile de savoir si le Pape a v&#233;cu ce processus consciemment, s'il s'est content&#233; d'appara&#238;tre comme une voix particuli&#232;re dans un &#233;cosyst&#232;me st&#233;rile, ou s'il s'est senti frustr&#233; par l'absence de corr&#233;lation entre ses discours et un mouvement r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit sans doute d'une le&#231;on politique classique : il n'est pas possible de r&#233;former quoi que ce soit en profondeur sans faire de r&#233;volutions ; et il est &#233;vident que les papes n'en font pas et n'en feront pas. Il est toujours bon pour les marxistes de relire de temps en temps Le r&#244;le de l'individu dans l'histoire, de ce bourru russe qui fut d'abord le professeur de L&#233;nine, puis son ennemi politique intime : Gueorgui Plekhanov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, le pape n'a pas non plus r&#233;ussi &#224; r&#233;tablir les liens entre l'&#201;glise et les classes populaires. Comme le raconte Peter Brown dans son incroyable Through the Eye of a Needle - peut-&#234;tre le livre le plus gramscien jamais &#233;crit sans citer Gramsci - le pouvoir social et politique du christianisme dans la Rome antique s'est &#233;tabli sur une double op&#233;ration. D'une part, l'incorporation des pauvres exclus de la citoyennet&#233; dans le peuple par le biais de sa structuration morale et mat&#233;rielle autour de l'&#201;glise. D'autre part, une partie des riches voyait dans l'&#201;glise un moyen de construire un lien spirituel qui les projetait au-del&#224; de ce monde, y d&#233;posant une partie de leur fortune comme un investissement pour acc&#233;der &#224; l'autre rive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si c'est sur cette op&#233;ration que l'&#201;glise a construit son pouvoir h&#233;g&#233;monique, le pape Fran&#231;ois a &#233;chou&#233; l&#224; o&#249; saint Ambroise a triomph&#233;. Les classes populaires exclues se lancent dans d'autres aventures religieuses comme l'&#233;vang&#233;lisation ; les vrais riches ont depuis longtemps d&#233;cid&#233; que l'on peut acc&#233;der &#224; Dieu sans interm&#233;diaire en accumulant des sommes d'argent obsc&#232;nes qu'ils n'ont pas l'intention de partager avec qui que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne savons pas aujourd'hui qui sera &#233;lu pape. L'int&#233;r&#234;t que cet &#233;v&#233;nement suscitera ces jours-ci ne correspondra pas &#224; l'importance d&#233;cisive qu'il aura sur le d&#233;roulement effectif de l'histoire. L'h&#233;ritage du pape Fran&#231;ois, qu'il soit lou&#233; ou vilipend&#233;, sera avant tout discursif : ce qu'il a dit ou n'a pas dit sera &#233;valu&#233; plus que ce qu'il a fait. Si le pape Fran&#231;ois a pu souligner, de mani&#232;re tr&#232;s large et diffuse, que le mal sur terre est un produit syst&#233;mique du capitalisme, la pratique &#233;mancipatrice du christianisme de lib&#233;ration ne s'est pas encore r&#233;tablie.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le mot aggiornamento est un terme italien qui signifie litt&#233;ralement &#034;mise &#224; jour&#034; ou &#034;adaptation au jour pr&#233;sent&#034;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>Espagne : impasse politique et crise de la gauche</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Espagne-impasse-politique-et-crise-de-la-gauche</link>
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		<dc:date>2023-05-23T07:15:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Brais Fern&#225;ndez</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-05-23</dc:subject>
		<dc:subject>Espagne</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le mouvement du 15M et l'&#233;mergence de Podemos avaient suscit&#233; de grands espoirs il y a une dizaine d'ann&#233;es dans l'&#201;tat espagnol et bien au-del&#224;. Podemos promettait de &#171; renverser la table &#187; contre les partis de la &#171; caste &#187;, mais en est venu &#224; gouverner &#8211; en alliance avec Izquierda Unida et en position de force subalterne &#8211; avec le PSOE (centre-gauche). O&#249; en est-on aujourd'hui &#224; gauche ? Comment reconstruire une perspective de rupture anticapitaliste alors que les forces qui ont pr&#233;tendu (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Espagne-+" rel="tag"&gt;Espagne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH85/sumar-3f54e.jpg?1781382401' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le mouvement du 15M et l'&#233;mergence de Podemos avaient suscit&#233; de grands espoirs il y a une dizaine d'ann&#233;es dans l'&#201;tat espagnol et bien au-del&#224;. Podemos promettait de &#171; renverser la table &#187; contre les partis de la &#171; caste &#187;, mais en est venu &#224; gouverner &#8211; en alliance avec Izquierda Unida et en position de force subalterne &#8211; avec le PSOE (centre-gauche). O&#249; en est-on aujourd'hui &#224; gauche ? Comment reconstruire une perspective de rupture anticapitaliste alors que les forces qui ont pr&#233;tendu incarner une rupture avec le &#171; syst&#232;me &#187; g&#232;rent les affaires courantes du capitalisme espagnol ? Brais Fernandez livre ici un &#233;tat des lieux et avance quelques propositions pour sortir de l'impasse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Contretemps&lt;br class='autobr' /&gt;
17 mai 2023&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Brais Fernandez&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une d&#233;cennie de grandes mobilisations sociales et politiques, la situation politique de l'&#201;tat espagnol est dans l'impasse. Si on met en perspective l'ensemble du processus, on constate une s&#233;rie de changements et d'&#233;volutions sur la base desquels le r&#233;gime politique a construit un nouvel &#233;quilibre temporaire et instable. Cette s&#233;rie de changements, avec leurs r&#233;ponses &#171; transformistes &#187;[1] respectives, peut &#234;tre r&#233;sum&#233;e en cinq points :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Il y a dix ans, le parlementarisme espagnol reposait sur le bipartisme dans lequel le PP (droite) et le PSOE (socialistes) dominaient de mani&#232;re &#233;crasante le champ &#233;lectoral, oscillant entre des majorit&#233;s absolues et des quasi-majorit&#233;s, soutenues ponctuellement par des partis nationalistes catalans et basques de droite. Aujourd'hui, ce paysage est reconfigur&#233;, avec un PP et un PSOE n'atteignant pas 30% des suffrages, et se trouvant dans l'obligation de gouverner avec des partis situ&#233;s, au moins au niveau du discours, &#224; leur droite ou &#224; leur gauche. Se forme ainsi une politique de blocs, stable et bien d&#233;finie, mais sujette &#224; des tensions internes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. A droite, le PP, h&#233;ritier du secteur conservateur du franquisme mais assez intelligent pour s'adapter &#224; la &#171; modernisation d&#233;mocratique &#187;, a perdu son monopole de repr&#233;sentation exclusive de la droite. Est d'abord apparu Ciudadanos, parti lib&#233;ral &#224; pr&#233;tention centriste, qui a fini par &#234;tre englouti par ses propres erreurs tactiques, mais aussi par la tendance globale &#224; la polarisation politique, qui balaie les partis centristes pour leur substituer des partis d'extr&#234;me droite. L'&#233;mergence de VOX, une version de l'extr&#234;me droite adapt&#233;e &#224; l'idiosyncrasie espagnole, r&#233;pond &#224; ce ph&#233;nom&#232;ne : plus ultra-conservateur que populiste, plus national-catholique que rupturiste, VOX parvient &#224; capter le m&#233;contentement des secteurs durs de l'&#233;lectorat de droite face &#224; la mont&#233;e du f&#233;minisme, de l'&#233;cologisme et de l'ind&#233;pendantisme catalan, attisant les paniques morales chez les classes moyennes traditionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Le PSOE reste le parti h&#233;g&#233;monique de la gauche, mais il est contraint de gouverner en coalition avec Unidas Podemos et de s'appuyer sur le nationalisme basque de droite (PNV) et de centre-gauche (Bildu), ainsi que sur ERC, le parti ind&#233;pendantiste de centre-gauche qui gouverne actuellement la Catalogne. Tous ces partis, qui font aujourd'hui office de b&#233;quille du PSOE (&#224; l'exception du PNV), avaient jou&#233; le r&#244;le de catalyseur du m&#233;contentement &#171; de gauche &#187; face au r&#233;gime monarchique et &#224; sa d&#233;mocratie lib&#233;rale de faible intensit&#233;, mais ils ont fini par accepter le cadre constitutionnel, devenant ainsi les piliers de la gouvernabilit&#233; du nouveau progressisme modernisateur qui g&#232;re actuellement le capitalisme espagnol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Les grandes mobilisations du 15M [mouvement des Indign&#233;s de 2011] et de l'ind&#233;pendantisme catalan ont constitu&#233; le substrat social qui a pouss&#233; &#224; la r&#233;organisation des partis espagnols. Le f&#233;minisme, l'&#233;cologie et les grands mouvements citoyens mondiaux contemporains, ont pris le relais. Il ne reste rien (ou presque) de la base de cet &#233;lan. Le renouveau des organisations sociales a &#233;t&#233; court-circuit&#233; par la participation des partis de gauche &#224; la gestion gouvernementale. Ainsi, une bonne partie de cet &#233;lan a &#233;t&#233; coopt&#233; par un nouvel &#171; &#201;tat &#233;largi &#187;[2], &#224; mi-chemin entre le lobbying, la consultation et la revendication situ&#233;s &#224; l'int&#233;rieur des canaux officiels. Cet &#171; &#201;tat &#233;largi &#187; est fragile, car il n'est pas soutenu par l'organicit&#233; des masses, mais il r&#233;ussit tr&#232;s bien &#224; encourager la passivit&#233; politique, en transformant, gr&#226;ce &#224; des salaires et des avantages, une couche d'aspirants &#171; intellectuels organiques &#187; de la classe moyenne en un r&#233;seau d'&#171; intellectuels traditionnels &#187;, bien que progressistes. Cela peut provoquer un d&#233;placement des conflits et de leurs formes, ce que nous aborderons bri&#232;vement plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Au sein de la soci&#233;t&#233; espagnole de la p&#233;riode postpand&#233;mie coexistent de fa&#231;on contradictoire des tendances &#224; la d&#233;politisation avec d'autres, qui vont dans le sens oppos&#233;. On observe un glissement mol&#233;culaire vers la droite de larges pans de la population et, en m&#234;me temps, le renforcement des nouvelles identit&#233;s sexuelles et de genre au sein d'une partie de la jeunesse. L'int&#233;gration de certains militants dans la gouvernance capitaliste (et c'est la principale caract&#233;ristique de l'actuel &#171; gouvernement progressiste &#187;) s'accompagne d'un retour &#224; la concertation sociale et &#224; un nouveau r&#244;le politique des syndicats, sur un mode conservateur. La politique internationale, dans un monde o&#249; l'internationalisme semble en crise terminale, conditionne la politique nationale dans des proportions in&#233;dites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre en Ukraine et le changement climatique provoquent des r&#233;actions apparemment contradictoires, telles que la peur du changement, l'incertitude et un certain h&#233;donisme touristique dans les couches de plus en plus restreintes de la population qui peuvent se le permettre. L'inflation d&#233;vore une grande partie des salaires des travailleurs ; payer son loyer dans les grandes villes est devenu une torture ; les services publics sont entr&#233;s dans une phase de d&#233;gradation incontr&#244;l&#233;e, mais les chiffres du ch&#244;mage (l'&#233;ternel drame structurel du march&#233; du travail espagnol) restent &#224; des niveaux acceptables pour une grande partie de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De larges secteurs sociaux se prol&#233;tarisent, comme par exemple les travailleurs de la sant&#233;. Une partie importante de la population, en augmentation constante, vit hors de la soci&#233;t&#233; officielle : des migrants qui se convertissent &#224; l'&#233;vang&#233;lisme, des prol&#233;taires en rotation sur le march&#233; du travail, les travailleurs du secteur industriel qui n'existent ni pour la gauche de Madrid ni pour celle de Barcelone. L'Etat cherche &#224; construire de nouvelles niches de stabilit&#233; : toute une nouvelle g&#233;n&#233;ration d'&#233;tudiant.e.s choisit de passer, une fois sorti.e.s de l'universit&#233;, les concours de la fonction publique. Stabilit&#233; fictive, pr&#233;lude au d&#233;sastre, nouvelle opportunit&#233; pour la gauche ?&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;tat de la gauche&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; gouvernement progressiste &#187; form&#233; par le PSOE et Unidas Podemos (UP) a constitu&#233; un tournant dans l'histoire du parlementarisme espagnol, en formant le premier gouvernement de coalition depuis la p&#233;riode r&#233;publicaine des ann&#233;es 1930. Mais au-del&#224; de la rh&#233;torique &#233;pique, ce gouvernement a tr&#232;s peu &#339;uvr&#233; &#224; des transformations sociales et politiques, consacrant ses efforts &#224; la &#171; pacification &#187; et &#224; la stabilisation de l'ordre constitutionnel, au lieu de rechercher une quelconque confrontation avec les classes dirigeantes qui aurait permis une position offensive pour la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a sans aucun doute des raisons de fond &#224; ce &#171; r&#233;formisme sans r&#233;forme &#187;. Le contexte &#233;conomique dans les pays du centre capitaliste n'est plus un contexte de croissance, et la tendance &#224; la baisse de la rentabilit&#233;, qui ne trouve pas son issue dans une grande crise purificatrice, emp&#234;che les grandes op&#233;rations redistributives au sein du mode d'accumulation du capital. Ceci &#233;tant, le gouvernement PSOE-UP a &#233;t&#233; incapable de prendre la moindre mesure de fond pour pallier la baisse g&#233;n&#233;rale du pouvoir d'achat des travailleurs, dont les salaires ont &#233;t&#233; r&#233;duits mois apr&#232;s mois par une inflation qui a atteint l'an dernier des sommets de 10%, alors que l'augmentation moyenne des salaires &#233;tait &#224; peine sup&#233;rieure &#224; 2%. La fameuse r&#233;forme du travail de Yolanda D&#237;az (ministre du travail et future candidate &#224; la pr&#233;sidence), n'a pas remis en question les mesures les plus n&#233;fastes prises par les gouvernements pr&#233;c&#233;dents, en particulier quant &#224; la protection en cas de licenciement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement a augment&#233; le budget militaire de 25 % sur ordre de l'OTAN, tout en maintenant l'&#226;ge de la retraite &#224; 67 ans, ce qui, dans des circonstances o&#249; s'entrem&#234;lent sans vergogne tactique politique et cynisme, n'a pas emp&#234;ch&#233; les ministres de gauche d'applaudir les mobilisations des travailleu.se.r.s fran&#231;ais s'opposant au rel&#232;vement de l'&#226;ge de la retraite &#224; 64 ans. Les Fonds europ&#233;ens et le fameux keyn&#233;sianisme vert qui devaient changer l'Europe &#224; jamais, parce que nous avions soi-disant tir&#233; les le&#231;ons de la pand&#233;mie, n'ont servi qu'&#224; maquiller et &#224; engraisser les comptes des grandes compagnies d'&#233;lectricit&#233;. Les millions d'euros du sauvetage des banques en 2008 n'ont pas &#233;t&#233; rembours&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait continuer ainsi &#224; l'infini. Et la seule r&#233;ponse d'un.e partisan.e du &#171; gouvernement progressiste &#187; serait : &#171; Attention, la droite arrive ! &#187;. Rien n'a &#233;t&#233; transform&#233; : la gauche espagnole a commenc&#233; son projet de gouvernement l&#224; o&#249; Syriza l'a termin&#233;. Toute l'&#233;pop&#233;e du &#171; progressisme &#187; rappelle cette anecdote de la tsarine visitant les &#171; villages Potemkine &#187; de Russie et &#224; qui l'on ne montrait, de l'ext&#233;rieur, qu'une suite de fa&#231;ades peintes pour l'occasion et ne servant qu'&#224; cacher la r&#233;alit&#233; des faits.&lt;br class='autobr' /&gt;
Paix sociale et crise de la gauche&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour une petite minorit&#233;, il &#233;tait &#233;vident que la participation &#224; un gouvernement dirig&#233; par un parti socio-lib&#233;ral comme le PSOE allait &#233;voluer de la sorte. Podemos et Izquierda Unida [coalition autour du Parti communiste espagnol] l'ont &#233;galement senti (ils sont cyniques, mais pas stupides&#8230;) et ils ont combin&#233; une baisse des exigences avec un sur-jeu discursif ennuyeux qui conduit &#224; une situation paradoxale : sommes-nous face &#224; des r&#233;ussites historiques ? Devons-nous nous r&#233;signer parce que nous ne pouvons plus avancer ? Que choisir ? Cet &#233;tat de bipolarit&#233; dans laquelle vit la gauche gouvernementale pourrait donner lieu &#224; une bonne psychanalyse, mais il explique aussi, en partie, les causes de la crise qui s'est d&#233;velopp&#233;e au sein de la gauche de gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Pablo Iglesias, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de Podemos, a d&#233;missionn&#233; de son poste de vice-pr&#233;sident du gouvernement et nomm&#233; Yolanda D&#237;az pour lui succ&#233;der, on ne s'attendait pas &#224; ce qu'elle s'&#233;mancipe de sa tutelle et d&#233;cide de recomposer la gauche sans Podemos. Yolanda D&#237;az, politicienne au CV bien fourni, affili&#233;e au Parti communiste, avait commenc&#233; sa trajectoire politique dans la politique municipale, avant de plonger dans la politique nationale galicienne avec AGE (Alternativa Galega de Esquerdas), une alliance entre Izquierda Unida et un secteur du nationalisme galicien. &#192; cette &#233;poque, o&#249; l'essor de Syriza &#233;tait le phare de la radicalisation politique croissante de certains secteurs de la gauche, Yolanda D&#237;az d&#233;fendait avec v&#233;h&#233;mence la n&#233;cessit&#233; d'une rupture avec les institutions capitalistes. Par la suite, elle a surf&#233; sur le processus de formation de la nouvelle gauche men&#233;e par Podemos, devenant une figure qui, bien qu'affili&#233;e &#224; Izquierda Unida, &#233;tait plus proche de Pablo Iglesias que de n'importe qui d'autre. Son &#233;volution id&#233;ologique est un bon exemple de la d&#233;rive du projet transformateur de la gauche au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie. Alli&#233;e ind&#233;fectible du PSOE, principale d&#233;fenseure de l'accord entre syndicats et patronat, son soutien &#224; l'OTAN pendant les mois qui ont succ&#233;d&#233; au d&#233;but de la guerre en Ukraine est un nouvel exemple de la mani&#232;re qu'elle a de toujours chercher &#224; se placer au sein de l'establishment progressiste europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne comprend le conflit entre Sumar (la nouvelle plateforme promue par Yolanda D&#237;az, qui rassemble &#233;galement plus d'une douzaine de formations territoriales ext&#233;rieures &#224; Podemos) et Podemos que gr&#226;ce &#224; cette observation de Gramsci : &#171; On ne tient pas suffisamment compte du fait que de nombreuses actions politiques sont dues &#224; des besoins organisationnels internes &#187;. Les deux espaces politiques ont la m&#234;me orientation de gestion gouvernementale dans le cadre capitaliste et acceptent le leadership du PSOE : aucun des deux n'a le moindre projet de construire une force d'opposition ind&#233;pendante du r&#233;gime politique espagnol. Ils votent de la m&#234;me mani&#232;re sur toutes les questions et leurs pratiques politiques ne pr&#233;sentent aucune diff&#233;rence substantielle. Ils ont des diff&#233;rences tactiques dans certains domaines : Podemos mise sur un conflit discursif de plus grande intensit&#233; et sur une logique de diff&#233;renciation par rapport au PSOE dans ce domaine, ainsi que sur une politique d'alliances plus ouverte aux ind&#233;pendantistes catalans et basques de centre-gauche, tandis que Sumar propose une tactique mim&#233;tique plus proche du discours socialiste. Mais le conflit ainsi provoqu&#233; rel&#232;ve d'une querelle concernant l'h&#233;g&#233;monie de l'un ou de l'autre appareil au sein de la gauche plut&#244;t que d'un v&#233;ritable d&#233;bat strat&#233;gique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prochaines &#233;lections municipales et r&#233;gionales du 28 mai fixeront le rapport de force pour une n&#233;gociation entre ces deux cr&#233;neaux : le terrain est plus favorable au bloc de Yolanda D&#237;az, qui n'est pas en concurrence directe et pourrait b&#233;n&#233;ficier de la d&#233;faite pr&#233;visible d'un Podemos sans force territoriale et retranch&#233; autour de la direction de fer d'Iglesias, second&#233; par Irene Montero et Ione Belarra, leurs deux ministres au gouvernement. Alors que la logique rationnelle voudrait qu'un pacte soit indispensable pour que le &#171; gouvernement progressiste &#187; ait une chance de retrouver sa majorit&#233; parlementaire lors des prochaines &#233;lections, un haut niveau de conflit ainsi qu'une psychologie d'appareils habitu&#233;s &#224; des combats dans lesquels l'adversaire doit &#234;tre an&#233;anti, op&#232;rent comme des contre-tendances irrationnelles. Les mois &#224; venir apporteront la r&#233;ponse mais aucune perspective politique n'est en vue pour la gauche, qui restera enferm&#233;e dans la logique de la participation &#224; la gouvernance du syst&#232;me en place.&lt;br class='autobr' /&gt;
Perspectives radicales&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce moment de reconfiguration syst&#233;mique est li&#233; aux r&#233;sultats politiques du cycle pr&#233;c&#233;dent et il affecte les forces qui se r&#233;clament de l'&#171; antisyst&#232;me &#187; au sens large. Leur faiblesse et le fait qu'aucun nouveau p&#244;le n'ait &#233;merg&#233; pour proposer une dynamique diff&#233;rente refl&#232;tent une dialectique fondamentale entre le politique et le social : en derni&#232;re instance, c'est au niveau politique, dans ses &#233;volutions et ses d&#233;veloppements, que les cycles de mobilisation sociale trouvent leur r&#233;solution. Le processus de transformation de la gauche post-15M s'est traduit par un moment de passivit&#233; sociale et un glissement vers la droite. Mais les fractures et les contradictions sociales persistent, malgr&#233; le triomphe momentan&#233; des politiques capitalistes bas&#233;es sur le &#171; keyn&#233;sianisme militaire, sans croissance ni redistribution &#187; (selon les termes de l'historien marxiste &#233;tatsunien Robert Brenner) au moment o&#249; il s'agit d'emp&#234;cher qu'une nouvelle crise n'&#233;clate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; espagnole et de sa structuration cr&#233;e de grandes poches de pr&#233;carit&#233; et d'appauvrissement, qu'il faut distinguer des processus de &#171; prol&#233;tarisation &#187; de certains secteurs de la classe ouvri&#232;re. Les positions sociales et de classe sont toujours relatives, c'est-&#224;-dire li&#233;es &#224; d'autres positions, &#224; des processus historiques, politiques et id&#233;ologiques. Cela signifie qu'il existe une masse paup&#233;ris&#233;e croissante exclue de la soci&#233;t&#233; officielle ainsi que des structures de gauche et de droite, et qui sont dot&#233;es de leurs propres formes de socialisation, m&#234;me si celles-ci sont construites par en haut, comme dans la relation entre les &#233;glises &#233;vang&#233;liques et des secteurs du prol&#233;tariat immigr&#233;. Ce ph&#233;nom&#232;ne (nous nous r&#233;f&#233;rons &#233;videmment &#224; l'expansion et &#224; la consolidation de poches de travailleu.se.r.s marginalis&#233;s par la soci&#233;t&#233; officielle) s'&#233;tend &#233;galement aux travailleurs autochtones, en particulier dans les zones souffrant de d&#233;sindustrialisation et d'abandon territorial (certaines zones d'Andalousie, d'Estr&#233;madure &#8211; le mezzogiorno espagnol oubli&#233; &#8211; en sont un bon exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, une partie des classes populaires voit ses conditions de vie se d&#233;grader : les dipl&#244;mes universitaires ne suffisent pas pour obtenir un emploi de fonctionnaire (principale garantie de la stabilit&#233; de l'emploi aujourd'hui), et le fait d'avoir un emploi ne garantit pas non plus de bons salaires. En ce sens, l'inflation a jou&#233; un r&#244;le de d&#233;sint&#233;grateur social, entre une fraction de plus en plus r&#233;duite des classes moyennes qui &#171; m&#232;ne la grande vie &#187; et une large couche de travailleurs, mais aussi d'ind&#233;pendants ou de faux ind&#233;pendants, souvent d'origine immigr&#233;e, dans l'industrie, la logistique et les services, qui voient leurs conditions de vie se d&#233;grader progressivement alors qu'ils et elles vivent dans des soci&#233;t&#233;s d'abondance. Ce secteur constitue la &#171; norme &#187; de la classe ouvri&#232;re (au sens o&#249; c'est la situation la plus fr&#233;quente), mais il est tr&#232;s atomis&#233; sur le plan organisationnel : la classe ouvri&#232;re dispose d'une certaine capacit&#233; syndicale dans l'industrie, mais elle est faible ailleurs, par exemple dans les services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mon avis, les secteurs que nous avons &#233;voqu&#233;s auront tendance, &#224; long terme, &#224; s'exprimer politiquement sous des formes proches de celles des Gilets jaunes fran&#231;ais. D&#233;daign&#233;s ou ignor&#233;s par la politique officielle, le coup d'&#233;clat est leur forme d'action politique privil&#233;gi&#233;e. La gauche politique ne doit &#224; aucun moment les ignorer et doit toujours &#234;tre attentive &#224; participer &#224; des formes hybrides de protestation politique, ainsi qu'&#224; d&#233;finir une orientation permanente en direction de ces secteurs, par exemple dans des campagnes de d&#233;fense de la sant&#233; publique, sujet particuli&#232;rement sensible dans les quartiers populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est fondamental &#224; ce stade pour reconstruire une gauche anticapitaliste dynamique avec un minimum de cr&#233;dibilit&#233; au sein de la classe ouvri&#232;re, c'est de partir du principe qu'il y a un retour partiel et momentan&#233; &#224; la &#171; stabilit&#233; &#187; par en bas, mais qu'il est possible &#224; moyen terme de la briser. C'est ici que la lutte sur le terrain syndical et social met &#224; jour la tactique : il faut pousser au conflit les secteurs regroup&#233;s ou influenc&#233;s par les grands syndicats, rempart central de la paix sociale aujourd'hui. Si la gauche anticapitaliste n'assume pas une politique de front uni qui privil&#233;gie la lutte commune de masse et la r&#233;alisation d'exp&#233;riences tout en gagnant une influence r&#233;elle au sein de la classe ouvri&#232;re, elle deviendra une niche contre-culturelle pour jeunes universitaires et isolera les poches de travailleurs combatifs du reste de la classe ouvri&#232;re. Ce danger, sans aucun doute, est r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les mouvements sociaux, le d&#233;fi est de former un courant militant &#224; vis&#233;e strat&#233;gique en mesure de rompre avec la structuration de la politique lib&#233;rale, cette derni&#232;re subordonnant le social au politico-institutionnel et r&#233;duisant la lutte contre les oppressions &#224; une lutte de lobbies, de pressions et de subventions. Pour cela, les courants anticapitalistes doivent &#233;viter l'isolement, mais aussi &#233;viter de perdre trop de temps dans des luttes organisationnelles : l'important est de stimuler une discussion politique qui remette au centre la n&#233;cessit&#233; d'une perspective globale et non cloisonn&#233;e pour lutter contre le syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan programmatique, je pense que la gauche r&#233;volutionnaire doit se refonder autour d'un projet &#233;cosocialiste, qui met au centre le changement climatique, la n&#233;cessit&#233; d'une planification d&#233;mocratique de l'&#233;conomie, dans le cadre d'un nouveau type d'&#201;tat (dans le cas espagnol, bas&#233; sur la plurinationalit&#233; conf&#233;d&#233;rale et le droit &#224; l'autod&#233;termination), chose que le capitalisme est incapable d'offrir et qui ne peut &#234;tre impuls&#233; que par la classe ouvri&#232;re et son auto-organisation. Cela doit &#234;tre compris dans un sens profond, c'est-&#224;-dire non seulement comme le moyen d'une vaste recomposition du tissu social, mais en mettant au centre la t&#226;che de former une large organisation politique des travailleurs, qui ne se r&#233;duise pas &#224; la reproduction d'un &#171; isme &#187;, en tant qu'identit&#233; se r&#233;clamant du marxisme, mais au sein d'accords programmatiques et strat&#233;giques forts. Ces id&#233;es peuvent sembler simples, mais le v&#233;ritable probl&#232;me politique des courants anticapitalistes est leur tendance &#224; la dispersion dans des moments de faiblesse subjective au milieu du chaos objectif : il s'agit de rechercher un levier programmatique pour relever le d&#233;fi et cr&#233;er une r&#233;f&#233;rence politique en vue de lutter contre le capitalisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une br&#232;ve conclusion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impasse dans laquelle se trouve la politique espagnole r&#233;pond &#224; deux raisons fondamentales, qui s'inscrivent toutes deux dans une tendance globale. D'une part, la crise et, d'autre part, la survivance au travers de ses transformations du &#171; nouveau progressisme &#187; apparu lors du cycle de 2008. Son d&#233;clin id&#233;ologique ne s'est pas encore traduit par l'&#233;mergence de nouveaux ph&#233;nom&#232;nes politiques, et, dans une certaine mesure, il continue d'agir comme un frein. Dire cela ne signifie pas que les nouveaux ph&#233;nom&#232;nes politiques seront automatiquement pris en charge par la gauche r&#233;volutionnaire : ce serait insens&#233; de croire qu'une telle issue est garantie. Ce que nous essayons de dire, c'est que cette survie &#171; agonistique &#187; &#8211; qui se bat pour ne pas mourir, mais pas pour vivre, pour reprendre une id&#233;e de Mari&#225;tegui &#8211; est li&#233;e &#224; une stabilit&#233; fragile et &#224; la prolongation de l'impasse inqui&#233;tante g&#233;n&#233;r&#233;e par le &#171; keyn&#233;sianisme militaire sans croissance et sans redistribution &#187; auquel nous avons fait allusion auparavant. Si des mouvements antisyst&#233;miques de masse &#233;mergent en Espagne, ce qui ne manquera pas d'arriver, ils le feront en conflit &#233;vident avec le progressisme transformiste, qui a choisi d'&#234;tre un gestionnaire du syst&#232;me plut&#244;t que &#8211; bien qu'il cite abondamment Gramsci &#8211; de mener une guerre de positions contre lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduit par Florence Henry pour&lt;i&gt; Contretemps.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Le terme renvoie &#224; Gramsci, qui d&#233;signe ainsi les processus par lesquels le syst&#232;me politique &#171; dig&#232;re &#187; les changements tout en ne c&#233;dant rien d'essentiel, principalement par des man&#339;uvres opportunistes et par la cooptation s&#233;lective des &#233;l&#233;ments de contestation (les &#171; intellectuels &#187;, au sens large de &#171; cadres &#187;, qui &#233;mergent au sein des groupes subalternes). Note de &lt;i&gt;Contretemps.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Dans une probl&#233;matique inspir&#233;e de Gramsci, l'&#171; Etat &#233;largi &#187;, ou &#171; Etat int&#233;gral &#187; selon le th&#233;oricien italien, d&#233;signe l'unit&#233; de la &#171; soci&#233;t&#233; politique &#187;, l'Etat au sens &#233;troit (bureaucratie, institutions repr&#233;sentatives, appareils r&#233;pressifs), et la &#171; soci&#233;t&#233; civile &#187;, le r&#233;seau d'organisations qui structurent les activit&#233;s des classes et groupes sociaux, mais qui sont &#233;galement partie prenante d'un pouvoir de classe et des rapports de force qui le sous-tendent. Note de&lt;i&gt; Contretemps.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quelques le&#231;ons de l'exp&#233;rience de Podemos</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Quelques-lecons-de-l-experience-de-Podemos</link>
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		<dc:date>2021-03-16T06:59:35Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Brais Fern&#225;ndez</dc:creator>


		<dc:subject>Espagne</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-03-16</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Faire le bilan de l'exp&#233;rience de Podemos est une t&#226;che facile et difficile &#224; la fois. D'un c&#244;t&#233;, si nous nous en tenons au r&#233;sultat, le bilan est sans aucun doute d&#233;vastateur. Podemos n'a pas &#233;t&#233; capable de remplir les objectifs pour lesquels il est n&#233;, et s'est converti, en termes gramsciens, en un projet &#171; transformiste &#187;[1]. Cependant sa naissance a signifi&#233; l'ouverture d'un cycle politique in&#233;dit en Espagne. Pour la premi&#232;re fois depuis des d&#233;cennies, une force politique (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Espagne-+" rel="tag"&gt;Espagne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-03-16-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-03-16&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH77/arton47302-dc10e.png?1781382402' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='77' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Faire le bilan de l'exp&#233;rience de Podemos est une t&#226;che facile et difficile &#224; la fois. D'un c&#244;t&#233;, si nous nous en tenons au r&#233;sultat, le bilan est sans aucun doute d&#233;vastateur. Podemos n'a pas &#233;t&#233; capable de remplir les objectifs pour lesquels il est n&#233;, et s'est converti, en termes gramsciens, en un projet &#171; transformiste &#187;[1]. Cependant sa naissance a signifi&#233; l'ouverture d'un cycle politique in&#233;dit en Espagne. Pour la premi&#232;re fois depuis des d&#233;cennies, une force politique anti-n&#233;olib&#233;rale se donnait pour objectif la conqu&#234;te du pouvoir politique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;14 mars 2021 | tir&#233; de contretemps.eu&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/espagne-lecons-experience-podemos-anticapitalisme-gauche/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.contretemps.eu/espagne-lecons-experience-podemos-anticapitalisme-gauche/&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques le&#231;ons de l'exp&#233;rience de Podemos2021-03-14T15:15:19+00:00&lt;br class='autobr' /&gt;
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Lire hors-ligne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre analyse tentera de naviguer entre ces deux p&#244;les : entre la revendication de l'audace qu'a suppos&#233;e sa formation et la reconnaissance de ses limites, erreurs et &#233;checs. Ce qui est n&#233; comme une force pour tout changer s'est converti en une force int&#233;gr&#233;e au fonctionnement du syst&#232;me qu'elle contribue &#224; g&#233;rer. Une &#233;volution diff&#233;rente &#233;tait-elle possible ? Est-ce que cette &#233;volution invalide l'hypoth&#232;se de la construction d'organisations politiques larges autour d'objectifs concrets ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces questions sont plus importantes qu'il n'y para&#238;t ; surtout si nous nous consid&#233;rons comme une partie d'un mouvement socialiste et anticapitaliste international qui cherche &#224; tirer des le&#231;ons des exp&#233;riences nationales, &#224; les lier les unes aux autres, et &#224; &#233;tablir des parall&#232;les raisonnables qui permettent la discussion et l'&#233;laboration de strat&#233;gies communes. Est-ce qu'il faut participer de fa&#231;on active &#224; des ph&#233;nom&#232;nes comme la campagne de Sanders, de Syriza, &#224; la gauche travailliste de Corbyn ou &#224; des mouvements comme le chavisme ? Jusqu'o&#249; faut-il y participer ? Pourquoi ces mouvements n'atteignent-ils pas leurs objectifs ? Ou, au contraire, devons-nous nous situer &#224; leur marge ? Quels sont les probl&#232;mes auxquels sont confront&#233;es de telles exp&#233;riences ? Nous essaierons d'avancer quelques r&#233;ponses possibles &#224; ces questions &#224; partir de l'exp&#233;rience de Podemos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aux origines de Podemos&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Podemos a &#233;t&#233; fond&#233; sur la base d'un accord &#171; par en haut &#187; entre Pablo Iglesias et ce qui &#233;tait &#224; ce moment-l&#224; Izquierda Anticapitalista (aujourd'hui Anticapitalistas, et c'est ainsi que nous nous y r&#233;f&#233;rerons &#224; partir de maintenant)[2]. Les r&#233;cits post&#233;rieurs sur le ph&#233;nom&#232;ne, comme cela arrive g&#233;n&#233;ralement, ont une vision t&#233;l&#233;ologique de Podemos ; ils le pr&#233;sentent comme l'id&#233;e g&#233;niale d'un groupe de politologues, compl&#232;tement dessin&#233;e et configur&#233;e d&#232;s le d&#233;but. Mais c'est une vision absolument fausse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'origine de Podemos cohabitaient diff&#233;rentes visions de ce que devait &#234;tre le projet. D'un c&#244;t&#233; il y avait la perception qu'Izquierda Unida &#233;tait un projet compl&#232;tement insuffisant pour recueillir le m&#233;contentement et l'espace laiss&#233; par le 15M[3]. L'id&#233;e de la n&#233;cessit&#233; d'une autre gauche &#233;tait donc pr&#233;sente. Et l'exp&#233;rience du Bloco de Esquerda portugais servait d'exemple ; une organisation plurielle, avec une forte pr&#233;sence publique, un discours radical et une pratique structur&#233;e autour d'un parti militant. Dans le m&#234;me sens, l'&#233;mergence &#233;lectorale de Syriza semblait un autre processus destin&#233; &#224; correspondre profond&#233;ment &#224; l'hypoth&#232;se fondatrice de Podemos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvenons-nous qu'en 2014 Syriza &#233;tait une gauche radicale regroup&#233;e, avec des secteurs plus mod&#233;r&#233;s, autour d'un projet anti-n&#233;olib&#233;ral. Fond&#233;e en lien avec l'exp&#233;rience militante de l'organisation du Forum social europ&#233;en d'Ath&#232;nes, il s'agissait d'une exp&#233;rience qui avait compris l'importance de ne pas &#234;tre les subalternes d'un social-lib&#233;ralisme du Pasok dans sa gestion des m&#233;morandums d'aust&#233;rit&#233;. Le secteur anticapitaliste de Podemos, &#224; ce moment-l&#224;, a organis&#233; sa vision du projet autour de ces exemples internationaux, m&#234;me si rapidement il a &#233;t&#233; d&#233;bord&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision cohabitait avec une autre perspective, celle-l&#224; inspir&#233;e par les processus populistes latino-am&#233;ricains qui avaient marqu&#233; la vie et l'exp&#233;rience politique du groupe constitu&#233; autour de Pablo Iglesias et Errejon. Il s'agissait de construire un projet fluide autour d'un commando m&#233;diatique souple et autonome, capable de se projeter &#233;lectoralement gr&#226;ce &#224; une relation distante mais repr&#233;sentative avec une masse h&#233;t&#233;rog&#232;ne et d&#233;structur&#233;e. Un petit commando m&#233;diatique capable d'enfoncer un coin dans le panorama politique traditionnel ou, comme le qualifiait lui-m&#234;me le bin&#244;me Iglesias-Errejon, la construction d'une &#171; machine de guerre &#233;lectorale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, une des principales caract&#233;ristiques de Podemos dans ses premi&#232;res phases fut sa capacit&#233; &#224; d&#233;passer toutes les pr&#233;visions. En fait, pour utiliser une expression tr&#232;s r&#233;currente, la &#171; quantit&#233; &#187; s'est transform&#233;e en &#171; qualit&#233; &#187;. Le volume du projet, son impact, l'afflux de gens, etc. ont d&#233;bord&#233; ses initiateurs. En outre, ce d&#233;bordement fut canalis&#233; avec plus d'habilet&#233; par &#171; l'hypoth&#232;se populiste &#187; que par &#171; l'hypoth&#232;se anticapitaliste &#187;, contraignant toujours la seconde &#224; jouer dans le cadre de la premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre les raisons de cela, il faut tenir compte des conditions dans lesquelles est n&#233; Podemos. Pour commencer, la seule gauche organis&#233;e qui a particip&#233; &#224; la formation de Podemos &#233;tait Anticapitalistas. Une organisation de quelques centaines de militants, faiblement implant&#233;e au-del&#224; des grandes villes et tr&#232;s &#171; confin&#233;e &#187;, pour ainsi dire, dans la tradition de la gauche radicale mais ayant suffisamment conscience de la n&#233;cessit&#233; de se d&#233;passer dans d'autres projets, sans s'y dissoudre. Dans les premiers temps le reste des secteurs du militantisme social regardait Podemos avec scepticisme voire hostilit&#233;. La gauche traditionnelle regardait clairement Podemos comme un ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une certaine fa&#231;on, la phase initiale de l'irruption de Podemos rappelle le moment o&#249; les CUP[4] entr&#232;rent au parlement de Catalogne. David Fernandez affirmait alors qu'elles &#171; stress&#232;rent la gauche et accabl&#232;rent la droite &#187;. Et nous ajouterions qu'elles ont &#233;galement cr&#233;&#233; un espoir et une &#233;motion indispensables pour construire une sensibilit&#233; sociale capable de se connecter avec les gens dans des moments exceptionnels. Malgr&#233; cela, les bases organisationnelles de Podemos, son capital initial, &#233;taient trop faibles et trop fragiles pour organiser le torrent humain d&#233;chain&#233; (la fa&#231;on dont les principaux d&#233;tracteurs de Podemos, quand ils virent que Podemos &#233;tait un succ&#232;s, entr&#232;rent dans le projet pour s'emparer de postes, c'est une autre histoire. Cette histoire, celle de la fa&#231;on dont le succ&#232;s attire les opportunistes, reste &#224; raconter).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre facteur a &#233;t&#233; l'&#233;tat des luttes sociales au moment de la formation de Podemos. Il est certain qu'il y a un lien entre Podemos et le 15M. Podemos n'aurait pas eu de succ&#232;s sans l'espace qu'a laiss&#233; le cycle ouvert par le 15M. Le 15M a &#233;t&#233;, avant tout, une expression de la crise organique dont souffrait le r&#233;gime espagnol : une g&#233;n&#233;ration enti&#232;re, frapp&#233;e par la crise, s'est s&#233;par&#233;e de ses partis traditionnels. Mais le 15M et les luttes qui en ont d&#233;riv&#233; traversaient d&#233;j&#224; une crise profonde au moment de l'apparition de Podemos. Sans horizon politique, les luttes s'&#233;puisaient. Podemos a &#233;t&#233; capable de donner un nouvel horizon &#224; ce processus de fond (gagner les &#233;lections et ouvrir un processus constituant) mais il ne se nourrissait d&#233;j&#224; plus des luttes et de leur radicalit&#233;. Ce d&#233;phasage dans le temps a toujours &#233;t&#233; un handicap pour, au-del&#224; de la rh&#233;torique, lier Podemos aux luttes sociales de masses. De fait, de m&#234;me que le 15M a inaugur&#233;, pour reprendre les mots de Daniel Bensa&#239;d, une certaine &#171; illusion du social &#187; &#8211; autosuffisance des mouvements sociaux et refus de la question politique comme cons&#233;quence de toute une premi&#232;re phase d'ascension des luttes sociales &#8211;, de m&#234;me le d&#233;but de Podemos a inaugur&#233; une &#171; illusion de l'&#233;lectoral &#187; o&#249; &#171; l'assaut institutionnel &#187; a absorb&#233; les &#233;nergies faiblissantes d'un cycle politique en d&#233;clin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il y a des facteurs plus de fond qui ont &#224; voir avec la structuration politique dans le capitalisme tardif. La faiblesse et l'isolement du mouvement ouvrier produisent des soci&#233;t&#233;s d&#233;structur&#233;es et inorganiques, dans lesquelles le r&#244;le des m&#233;dias a &#233;volu&#233; jusqu'&#224; occuper la place qu'occupaient auparavant les partis &#8211; des intellectuels collectifs qui donnent un cadre aux aspirations, aux volont&#233;s d'action et cr&#233;ent des liens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le leadership de Pablo Iglesias, en dehors de sa personnalit&#233;, a toujours &#233;t&#233; d&#233;termin&#233; par cette situation. Sa capacit&#233; &#224; se situer comme figure de r&#233;f&#233;rence et &#224; profiter de cette position pour lancer un processus disruptif n'a jamais &#233;t&#233; accompagn&#233;e d'une strat&#233;gie pour compenser cette faiblesse, elle a m&#234;me &#233;t&#233; consciemment aliment&#233;e lors de luttes internes. En tant que Anticapitalistas nous avons toujours eu cet &#233;l&#233;ment pr&#233;sent &#224; l'esprit et ce fut un des principaux points de friction avec le noyau dirigeant d'Iglesias. Nous comprenions que les Cercles[5] devaient &#234;tre un espace d'auto-organisation populaire qui pourrait (&#224; coups d'essais et d'erreurs) construire, par en bas et collectivement, une majorit&#233; sociale pour affronter le d&#233;fi majeur d'un processus constituant. Les Cercles con&#231;us comme des ancrages n&#233;cessaires &#224; l'&#233;largissement de l'espace social permettant &#224; une pens&#233;e alternative &#224; celle des &#233;lites de devenir majoritaire. Et aussi un vaccin indispensable contre les risques d'hyper-leadership&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'&#233;norme autorit&#233; dont b&#233;n&#233;ficiaient les figures publiques n'a jamais &#233;t&#233; utilis&#233;e pour renforcer le projet d'un point de vue organique. Au contraire elle a &#233;t&#233; utilis&#233;e uniquement pour marginaliser et annihiler les secteurs qui au sein de Podemos misaient sur l'impulsion des masses et la formation d'une organisation d'un type nouveau. De ce fait ce fut le processus d'auto-organisation reli&#233;e aux Cercles qui fut la premi&#232;re victime de la &#171; machine de guerre &#233;lectorale &#187; qui a renforc&#233; le mod&#232;le de l'hyper leadership aux d&#233;pens de la cr&#233;ativit&#233; et de l'exp&#233;rimentation d&#233;mocratique que pouvait repr&#233;senter le torrent social, qui dans un premier temps s'&#233;tait regroup&#233; autour de Podemos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens nous pouvons dire ouvertement que les d&#233;cisions d'un petit noyau ont conditionn&#233; le d&#233;veloppement de tout le projet. Le paradoxe est que, m&#234;me quand ce noyau s'est rendu compte qu'il &#233;tait all&#233; trop loin et a d&#233;sesp&#233;r&#233;ment essay&#233; de corriger le cap, il avait d&#233;j&#224; d&#233;truit les conditions qui permettaient de le faire. Jusqu'au choix fait finalement par Podemos (gouverner avec le PSOE et en &#233;change accepter un r&#244;le subalterne sous l'h&#233;g&#233;monie sociale-lib&#233;rale), il y a eu de multiples tentatives d'organiser le projet par en bas et, dans une certaine mesure, de rectifier ses faiblesses. Mais il &#233;tait d&#233;j&#224; trop tard, chaque option a son temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; notre avis, il y a une tension entre la v&#233;rit&#233; l&#233;niniste (les organisations se construisent s'il y a pr&#233;c&#233;demment une accumulation suffisante pour cela) et la v&#233;rit&#233; luxemburgiste (les organisations se construisent au cours des processus). Tension qui, dans le cas de Podemos, s'est r&#233;solue de la pire des fa&#231;ons. Le noyau politique qui a form&#233; Podemos n'avait pas l'accumulation militante suffisante pour structurer le processus qu'il d&#233;clenchait, et le processus n'a pas eu l'objectif de compenser cette faiblesse initiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La strat&#233;gie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu un moment, aujourd'hui lointain, pendant lequel la possibilit&#233; pour Podemos de gagner les &#233;lections paraissait r&#233;elle. Cette effervescence, cette &#171; ivresse collective &#187;, a beaucoup minimis&#233; les probl&#232;mes pos&#233;s par un changement politique dans une d&#233;mocratie capitaliste occidentale. Le d&#233;bat strat&#233;gique a fini par se r&#233;duire &#224; deux questions. &#192; son apog&#233;e, toute la perspective de Podemos se r&#233;duisait &#224; gagner les &#233;lections et &#224; ouvrir un processus constituant[6] &#171; pour d&#233;cider de tout &#187;. Au cours de son d&#233;clin, tout le d&#233;bat s'est r&#233;duit &#224; gouverner ou pas avec le PSOE. Et dans sa phase de d&#233;cadence, &#224; combien de minist&#232;res pour Podemos dans un gouvernement sous leadership socialiste. Pour r&#233;sumer l'ensemble par une formule imag&#233;e, Podemos est n&#233; pour &#171; partir &#224; l'assaut du ciel &#187; et a termin&#233; en &#171; sauvant les meubles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela bien s&#251;r en gardant toujours une rh&#233;torique triomphaliste enivr&#233;e du culte de l'imm&#233;diatet&#233; li&#233; au rythme marqu&#233; par les r&#233;seaux sociaux et les m&#233;dias. Ainsi la suppos&#233;e querelle sur la &#171; communication &#187; s'est convertie en une obsession o&#249; l'urgent passait toujours avant l'important. Une pr&#233;occupation tacticienne sans strat&#233;gie qui a produit des r&#233;sultats &#224; court terme et des probl&#232;mes &#224; moyen terme. Ou, selon la phrase attribu&#233;e &#224; Sun Tzu, &#171; la tactique sans strat&#233;gie c'est le bruit avant la d&#233;faite &#187;. Parce que nous ne pouvons pas oublier que, au-del&#224; du fait que Podemos a atteint des scores de repr&#233;sentation comme la gauche n'en n'obtenait plus depuis des d&#233;cennies en Espagne, les hypoth&#232;ses strat&#233;giques fondatrices &#8211; non-subordination au PSOE, rupture de r&#233;gime et processus constituant &#8211; ont &#233;t&#233; bannies de l'horizon politique de la formation violette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parmi les d&#233;bats de fond ayant des implications pratiques et dans lesquels Podemos a montr&#233; une grande faiblesse, nous en soulignerons trois en particulier.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1/ En premier lieu, une effarante na&#239;vet&#233; sur la question de l'&#201;tat. La vision politicienne, propre &#224; la pens&#233;e politologue dominante, consid&#232;re l'&#201;tat comme un appareil fluide, comme &#171; une relation sociale &#187;, mais sans en tirer d'implications strat&#233;giques. Le niveau de duret&#233; avec lequel l'&#201;tat a r&#233;pondu &#224; l'irruption de Podemos n'a pas &#233;t&#233; sp&#233;cialement &#233;lev&#233; sur le terrain de la coercition, mais l'a &#233;t&#233; sur celui de l'id&#233;ologie. Dans Podemos, il n'y a jamais eu de v&#233;ritable discussion &#8211; ni de strat&#233;gie &#8211; sur ce que signifiait le fait que l'&#201;tat &#233;tait &#171; une condensation du rapport de forces entre les classes &#187;. Les louanges opportunistes &#224; la patrie et &#224; la police, qui pr&#233;tendaient compenser superficiellement et de fa&#231;on opportuniste ce d&#233;ficit, ont masqu&#233; l'essentiel : l'incapacit&#233; &#224; d&#233;signer, noyauter et gagner les &#233;l&#233;ments cl&#233;s de l'&#201;tat qui auraient permis de constituer un rapport de forces en son sein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soyons clairs : l'appareil judiciaire, la police et l'arm&#233;e, par leur composition politico-id&#233;ologique et de classe, sont des organes structurellement r&#233;actionnaires qui peuvent seulement &#234;tre neutralis&#233;s en les encerclant par des forces sociales vives, actives et antagoniques. Les travailleurs de la sant&#233; et de l'&#233;ducation ou de l'administration publique &#233;taient la base potentielle sur laquelle pouvait se vert&#233;brer un processus de changement constituant qui aurait eu &#233;galement de la force au sein de l'&#201;tat. Ces secteurs &#233;taient &#233;galement les plus susceptibles de soutenir ce que repr&#233;sentait Podemos &#224; ses d&#233;buts. Rien n'a &#233;t&#233; fait pour les organiser et leur donner une force politique : lorsque certaines &#233;lections ont &#233;t&#233; remport&#233;es, comme dans les municipalit&#233;s, il n'y avait aucun plan ni aucune force pour relever les d&#233;fis que &#171; l'assaut institutionnel &#187; s'&#233;tait fix&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; aucun moment on n'a tir&#233; les le&#231;ons de l'exp&#233;rience de Syriza au gouvernement, de ses difficult&#233;s &#224; affronter non seulement un appareil d'&#201;tat hostile mais, surtout, &#224; d&#233;velopper une politique anti-aust&#233;rit&#233; dans le cadre du rapport de forces avec l'UE (o&#249; le M&#233;canisme europ&#233;en de stabilit&#233; &#233;quivaut &#224; un char d'assaut financier capable de renverser gouvernements et politiques qui ne respectent pas le sch&#233;ma d'aust&#233;rit&#233;, m&#233;canisme qui se profile aujourd'hui &#224; l'horizon du gouvernement de coalition en Espagne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Syriza en Gr&#232;ce, l'exemple suivant fut donn&#233; par les &#171; municipalit&#233;s du changement &#187; qui, arrivant avec le slogan de &#171; Oui, on peut &#187;, finirent, en assumant le cadre de gestion des mis&#232;res qu'autorisent les r&#232;gles budg&#233;taires, par un &#171; on ne peut pas &#187; r&#233;sign&#233;, pr&#233;lude &#224; la d&#233;faite &#233;lectorale de beaucoup d'entre elles. Mais le plus dangereux de cette situation n'a pas &#233;t&#233; la d&#233;faite elle-m&#234;me, mais sa n&#233;gation : la capacit&#233; de faire de n&#233;cessit&#233; vertu en d&#233;cr&#233;tant des victoires factices qui masquaient la difficult&#233; et les contradictions des processus de changement et qui emp&#234;chaient de tirer les le&#231;ons politiques des processus. Une logique de fuite en avant qui vous &#233;loigne de votre propre base sociale, renfor&#231;ant les m&#233;canismes de repr&#233;sentation au d&#233;triment des dynamiques d'organisation populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2/ Le deuxi&#232;me th&#232;me o&#249; Podemos a pris l'eau a &#233;t&#233; la question de l'&#233;conomie politique. Le groupe dirigeant de Podemos, prisonnier de ses pr&#233;jug&#233;s post-marxistes, a toujours consid&#233;r&#233; la soci&#233;t&#233; comme un terrain de jeux politiciens, sur lequel le pouvoir &#233;conomique &#233;tait un pouvoir ext&#233;rieur &#224; combattre et non la relation sociale qui d&#233;termine l'ensemble de la soci&#233;t&#233;. Sans disposer, initialement, d'un programme &#233;conomique (au-del&#224; de quelques revendications basiques comme la nationalisation des banques, l'audit citoyen et le non-paiement de la dette et/ou la nationalisation de secteurs strat&#233;giques de l'&#233;conomie), Podemos en est venu rapidement &#224; soutenir des positions keyn&#233;siennes masqu&#233;es par une nouvelle op&#233;ration de marketing visant &#224; &#171; social-d&#233;mocratiser &#187; l'image du parti et appara&#238;tre comme une force de gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce remake eurocommuniste a atteint l'orientation g&#233;n&#233;rale du mouvement de fond sur lequel s'appuyait Podemos : cibler le c&#339;ur du capital financier. La bataille principale s'est d&#233;plac&#233;e vers une vision superficielle de l'institutionnel, compris comme une course pour gagner des postes dans l'appareil repr&#233;sentatif de l'&#201;tat. Ce d&#233;placement a pourri le rapport de forces, engendr&#233; de fausses sensations de victoire et rendu impossibles des relations vertueuses entre institution et mobilisation populaire. La mairie de Madrid &#8211; o&#249; Manuela Carmena, la maire port&#233;e par Podemos et plus tard affili&#233;e &#224; l' &#171; errejonisme &#187;[7], a parachev&#233; la plus grande op&#233;ration immobili&#232;re-financi&#232;re au service de la banque jamais vue en Espagne au nom du &#171; progr&#232;s &#187; &#8211; est un bon exemple des cons&#233;quences de cette vision des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3/ Enfin, les particularit&#233;s nationales de l'&#201;tat espagnol ont constitu&#233; un authentique champ de mines pour Podemos. En Espagne il y a des nations sans &#201;tat qui comptent des mouvements ind&#233;pendantistes de masse, comme l'Euskadi et la Catalogne. Dans d'autres nations, comme la Galice, il existe un fort sentiment national. Mais la crise du syst&#232;me politique espagnol a &#233;tendu ce sentiment d'iniquit&#233; territoriale &#224; pratiquement toutes les r&#233;gions de l'&#201;tat. Dans sa phase initiale Podemos a &#233;t&#233; capable de canaliser ce sentiment vers l'id&#233;e d'un processus constituant. Mais, cette perspective abandonn&#233;e, le malaise est revenu &#224; son cours territorial (&#224; l'exception de la Catalogne o&#249; se sont combin&#233;s le d&#233;sir de changement constitutionnel et l'aspiration souverainiste).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui Podemos pourrait finir par dispara&#238;tre de la plupart des territoires en Espagne &#8211; les r&#233;cents r&#233;sultats &#233;lectoraux en Galice en sont un bon exemple, puisque son espace a &#233;t&#233; occup&#233; par des partis qui mettent la question nationale-territoriale au centre de leur articulation politique et apparaissent comme une option plus cr&#233;dible pour remettre en cause le r&#233;gime de 1978. Le refus de Podemos d'explorer &#224; fond la nature conf&#233;d&#233;rale et plurinationale des peuples d'Espagne l'a laiss&#233; sans espace entre les projets centralistes de la droite, le projet d'&#201;tat des autonomies du PSOE et les vieux ou nouveaux nationalismes p&#233;riph&#233;riques qui, aujourd'hui, constituent la principale opposition ou alternative au syst&#232;me politique espagnol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques conclusions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Podemos a &#233;t&#233; atteint par un processus de transformisme. Ce processus a deux visages. D'une part, il a cess&#233; d'&#234;tre un parti antisyst&#232;me et constituant pour en venir &#224; occuper l'espace qu'occupait traditionnellement le Parti communiste dans le syst&#232;me politique espagnol, mais sans ses liens avec le mouvement ouvrier : un parti de gauche vaguement r&#233;formiste, d&#233;fenseur de l'ordre public existant, adapt&#233; &#224; la politique &#233;conomique de la classe dominante. D'autre part, Podemos a affaibli ses liens avec la force sociale qui l'a constitu&#233; et il n'est rien de plus aujourd'hui que quelques portefeuilles minist&#233;riels avec une certaine base &#233;lectorale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans aucun doute, la nouvelle crise en cours implique qu'il faut de nouveaux outils contre le syst&#232;me, bien que cette fois dans des circonstances tr&#232;s diff&#233;rentes. Le probl&#232;me actuel est que nous sommes au d&#233;but d'une longue reconstruction mais en m&#234;me temps dans une course contre la montre contre une crise de destruction non seulement sociale mais aussi &#233;cologique (et la pand&#233;mie du coronavirus n'est qu'une &#233;bauche de ce que peut impliquer la catastrophe climatique si nous ne faisons rien). Cette situation nous renvoie &#224; une question fondamentale : est-ce qu'une organisation r&#233;volutionnaire devrait de nouveau miser sur un projet anti-n&#233;olib&#233;ral et anti-r&#233;gime large, comme le fut Podemos &#224; ses d&#233;buts ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous la r&#233;ponse est claire, c'est oui. Podemos a &#233;t&#233; un pari risqu&#233; et audacieux qui a permis de faire de la politique (si nous consid&#233;rons la politique, comme le disait L&#233;nine, comme le moment o&#249; des millions de personnes se mettent en mouvement). Bien &#233;videmment il y a des moments de flux et de reflux, moments o&#249; la politique r&#233;volutionnaire est l'art de r&#233;sister et de maintenir vivant un espoir, mais en ayant toujours la vocation de se pr&#233;parer pour ce que Bensa&#239;d appelait &#171; les sauts &#187; : en gardant, toujours, une lente impatience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; une gauche radicale r&#233;ifi&#233;e, qui rejette les processus vivants parce qu'elle se croit capable de les canaliser pour elle-m&#234;me, l'exp&#233;rience de Podemos a permis &#224; un secteur du socialisme anticapitaliste de lutter pour donner un cap politique transformateur &#224; un &#171; mouvement r&#233;el &#187;. Les r&#233;sultats n'ont pas &#233;t&#233; ceux esp&#233;r&#233;s, mais nous avons essay&#233; d'analyser en quoi ce fut le produit d'une lutte politique dans laquelle le r&#233;sultat n'&#233;tait pas pr&#233;d&#233;fini d'avance m&#234;me s'il a &#233;t&#233; surd&#233;termin&#233; par ses conditions de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons fuir la tentation de nous r&#233;fugier dans &#171; l'illusion du social &#187;, produit d'une d&#233;faite politique qui nous conduirait &#224; chercher un espace plus commode et avec moins de contradictions. En r&#233;sum&#233;, revenir simplement &#224; ce que nous faisions avant Podemos ne peut &#234;tre une option.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre autres, parce que nous sommes entr&#233;s dans une &#233;poque historique convulsive, rapide et acc&#233;l&#233;r&#233;e, dans laquelle les explosions sociales et le m&#233;contentement politique se combinent avec une profonde involution civilisationnelle. Le &#171; gouvernement de progr&#232;s &#187;[8] en Espagne montre toutes les limites d'un gouvernement sous l'h&#233;g&#233;monie du social-lib&#233;ralisme. Au-del&#224; de la propagande pour l'autoconsommation, le gouvernement PSOE-Podemos n'a pas &#233;t&#233; capable de mener &#224; bien une quelconque r&#233;forme progressiste significative : le fameux revenu minimum vital est un &#233;chec fracassant (seulement 6 % des demandeurs le re&#231;oivent), les caisses de l'&#201;tat se vident, parce qu'il n'a pas augment&#233; les imp&#244;ts sur les riches (ce qui annonce encore plus d'aust&#233;rit&#233; et de coupes budg&#233;taires), le gouvernement est incapable de freiner les fermetures d'entreprises strat&#233;giques, parce qu'il se refuse &#224; remettre en cause la propri&#233;t&#233; et m&#234;me sur des terrains comme l'&#233;ducation publique ou la sant&#233;, au-del&#224; d'une propagande chaque jour moins cr&#233;dible, on ne note l'existence d'aucun projet anti-n&#233;olib&#233;ral tangible. Il n'a m&#234;me pas &#233;t&#233; capable d'abroger la r&#233;forme du code du travail, une exigence historique du mouvement ouvrier qui avait &#233;t&#233; incluse dans l'accord de gouvernement entre le PSOE et Podemos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est sans aucun doute pr&#233;occupante : l'&#233;chec et la l&#226;chet&#233; politique du progressisme pourraient conduire &#224; l'essor d'options r&#233;actionnaires, qui chevaucheront la d&#233;saffection et la d&#233;ception politique. La faiblesse de l'&#201;tat et des forces politiques qui proposent des am&#233;liorations &#171; sans lutte de classes &#187; ouvre le champ &#224; toutes sortes d'options monstrueuses. Cette circonstance, combin&#233;e &#224; la profonde crise &#233;conomique, sociale et &#233;cologique que connait le capitalisme (la plus importante de notre &#232;re), ouvre un sombre panorama : si l'histoire continue de suivre son cours naturel, la conclusion logique est le d&#233;sastre. L'urgence d'un frein de secours ouvre la voie &#224; la n&#233;cessit&#233; d'une ouverture permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;rive actuelle de Podemos et sa transformation en un parti faible et de plus en plus insignifiant n'invalide pas l'exp&#233;rience, mais fournit des le&#231;ons pour d'autres processus similaires qui viendront sans aucun doute. Pr&#233;parer une organisation r&#233;volutionnaire. Accumuler des cadres. Se lier aux luttes. Se rendre aussi forts qu'on le pourra pour, quand viendra le moment, avoir la force suffisante pour imprimer un cap aux d&#233;sirs de changement. Il s'agit, en tout cas, d'avancer dans l'incertitude, avec des doutes qui, comme le disait Miguel Romero, ne sont pas notre ennemi. Notre ennemi est la r&#233;signation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brais Fernandez est militant d'Anticapitalistas (section de la IVe Internationale dans l'&#201;tat espagnol) et membre de la r&#233;daction de la revue Viento Sur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Miguel Urban Crespo est d&#233;put&#233; europ&#233;en, militant d'Anticapitalistas et cofondateur de Podemos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article a &#233;t&#233; d'abord publi&#233; le 26 octobre 2020 dans Jacobin-Am&#233;rica Latina. Il a &#233;t&#233; traduit de l'espagnol par Fabrice Thomas pour la revue Inprecor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] Le &#171; transformisme &#187; d&#233;signe, selon Gramsci, un processus d'int&#233;gration par cooptation au sein des &#233;lites politiques d'&#233;l&#233;ments qui, &#224; l'origine, leur sont ext&#233;rieurs, et souvent issus des groupes subalternes. Le transformisme vise &#224; compenser un d&#233;ficit de capacit&#233; h&#233;g&#233;monique de la classe dirigeante, qui pr&#233;f&#232;re &#171; d&#233;capiter &#187; les cadres des groupements oppositionnels plut&#244;t que d'int&#233;grer de fa&#231;on organique les groupes subalternes dans un bloc social national-populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Izquierda Anticapitalista (Gauche anticapitaliste) est la section espagnole de la Quatri&#232;me Internationale. Fond&#233;e en 1991 sous le nom d'Izquierda Alternativa (Gauche alternative), elle prend la suite de la LCR espagnole. Elle rejoint en 1993 la coalition cr&#233;&#233;e autour du Parti communiste espagnol Izquierda Unida (Gauche unie) et devient, &#224; partir de 1995 Espacio Alternativo. Elle se constitue en politique distinct en 2008 et devient &#224; cette occasion Izquierda Anticapitalista.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Le 15 Mai (2011) date retenue pour d&#233;nommer la vague de mobilisations des Indign&#233;s, initi&#233;e au printemps 2011 par les occupations de places dans la plupart des villes en Espagne, suivies les mois et ann&#233;es suivantes de &#171; mar&#233;es &#187; de mobilisations, gr&#232;ves et manifestations sur des th&#232;mes comme la sant&#233;, l'&#233;ducation, la pr&#233;carit&#233;, les expulsions&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Candidatures d'unit&#233; populaire (CUP) est une organisation de la gauche radicale ind&#233;pendantiste en Catalogne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Les cercles locaux &#233;taient con&#231;us comme les structures de base de Podemos, o&#249; se regroupaient physiquement les adh&#233;rents de Podemos sur tout le territoire. Ils ont regroup&#233; &#224; un moment plus de 40 000 personnes. Chiffre &#224; comparer avec celui des &#171; adh&#233;rents &#233;lectroniques &#187;, de l'ordre de 400 000 au m&#234;me moment, sur lesquels s'appuyait essentiellement le groupe dirigeant de Pablo Iglesias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Processus constituant est l'expression utilis&#233;e pour r&#233;sumer la perspective d'une mobilisation populaire prolong&#233;e &#224; la base, s'auto-organisant pour d&#233;finir et imposer une nouvelle Constitution dans l'&#201;tat espagnol, &#224; la place de celle n&#233;goci&#233;e avec l'appareil d'&#201;tat franquiste en 1978.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Ligne politique des partisans de Inigo Errejon, un des co-fondateurs de Podemos. Il s'est oppos&#233; &#224; Pablo Iglesias, notamment &#224; Madrid, puis s&#233;par&#233; de lui sur une base encore plus &#171; social-d&#233;mocrate &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Le terme &#171; gouvernement de progr&#232;s &#187; est utilis&#233; par le PSOE et Podemos pour qualifier le gouvernement qu'ils ont constitu&#233; ensemble.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;f&#233;rendum en Catalogne. Classe, h&#233;g&#233;monie et ind&#233;pendantisme catalan</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Referendum-en-Catalogne-Classe-hegemonie-et-independantisme-catalan</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Referendum-en-Catalogne-Classe-hegemonie-et-independantisme-catalan</guid>
		<dc:date>2017-10-02T19:06:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Brais Fern&#225;ndez, Marc Casanovas</dc:creator>


		<dc:subject>Espagne</dc:subject>
		<dc:subject>Catalogne</dc:subject>
		<dc:subject>Catalogne</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2017-10-03</dc:subject>

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&lt;p&gt;Ce texte entend participer &#224; un d&#233;bat strat&#233;gique tel qu'il s'est ouvert au sein de la gauche autour de la question du r&#233;f&#233;rendum catalan du 1er octobre. Nous pensons toutefois qu'un tel d&#233;bat va au-del&#224; de cette question. Nous ne ferons pas ici le r&#233;cit de l'histoire de la formation du processus ind&#233;pendantiste catalan. Nous d&#233;limiterons la discussion &#224; une proposition de caract&#233;risation de ce que l'on a appel&#233; le Proc&#233;s [&#171; processus vers l'ind&#233;pendance &#187;] et nous tenterons de fournir des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Catalogne-+" rel="tag"&gt;Catalogne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Catalogne-1376-+" rel="tag"&gt;Catalogne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2017-10-03-+" rel="tag"&gt;Edition du 2017-10-03&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH112/arton32135-14662.jpg?1781382402' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte entend participer &#224; un d&#233;bat strat&#233;gique tel qu'il s'est ouvert au sein de la gauche autour de la question du r&#233;f&#233;rendum catalan du 1er octobre. Nous pensons toutefois qu'un tel d&#233;bat va au-del&#224; de cette question. Nous ne ferons pas ici le r&#233;cit de l'histoire de la formation du processus ind&#233;pendantiste catalan. Nous d&#233;limiterons la discussion &#224; une proposition de caract&#233;risation de ce que l'on a appel&#233; le Proc&#233;s [&#171; processus vers l'ind&#233;pendance &#187;] et nous tenterons de fournir des arguments dans le sens d'une implication active des gauches non ind&#233;pendantistes dans le r&#233;f&#233;rendum du 1er octobre, con&#231;u comme un moment de rupture.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du site de la &lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/referendum-catalogne-classe-hegemonie/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue Contretemps&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des arguments typiques, de &#171; sens commun &#187; de la gauche traditionnelle pour ne pas soutenir le r&#233;f&#233;rendum catalan du 1er octobre est que le Proc&#233;s est dirig&#233; par la bourgeoisie. Exprim&#233;e ainsi, cette appr&#233;ciation est compl&#232;tement fausse et elle ne peut que se fonder sur deux malentendus, le premier malveillant alors que le second ne peut qu'&#234;tre le produit de l'ignorance ou d'un d&#233;placement de cat&#233;gories tellement absurde qu'il s'invalide de lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re erron&#233; de cet argument peut &#234;tre v&#233;rifi&#233; empiriquement. La grande bourgeoisie catalane a pris position r&#233;guli&#232;rement contre le Proc&#233;s, car ce dernier serait irresponsable et qu'il provoquerait l'instabilit&#233; pour les &#171; affaires &#233;conomiques &#187; (investissements). Cela peut &#234;tre v&#233;rifi&#233; pour quiconque se donne la peine de chercher sur Google les d&#233;clarations de l'organisation patronale catalane Foment del Treball. L'ignorance d&#233;coule du type de d&#233;finition de la bourgeoisie, un concept que la gauche espagnole a utilis&#233; au cours des quarante derni&#232;res ann&#233;es exclusivement pour faire r&#233;f&#233;rence &#224; la Catalogne ou, dans le cas du Parti communiste espagnol (PCE), pour justifier sa politique d'alliances avec la bourgeoisie progressiste et nationale (sic) qui aurait &#233;t&#233; repr&#233;sent&#233;e en 1978 par Adolfo Su&#225;rez1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bourgeoisie &#187; est un concept de l'&#233;conomie classique repris par le marxisme, qui d&#233;finit la classe dominante en son rapport avec la propri&#233;t&#233; des moyens de production. Ainsi que nous l'avons signal&#233;, les &#233;lites de ce secteur social sont oppos&#233;es au Proc&#233;s : le Foro Puente A&#233;reo [&#171; conclave &#187; de grands entrepreneurs de Madrid et de Barcelone, qui s'est r&#233;uni au si&#232;ge de Madrid de la compagnie p&#233;troli&#232;re espagnole Repsol le 19 septembre &#8211; voir photo], l'organisation patronale Foment del Treball (&lt;a href=&#034;http://www.foment.com/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.foment.com/&lt;/a&gt;), l'&#233;litaire C&#237;rculo Ecuestre, le C&#237;rculo de Econom&#237;a ou encore la Trilateral commission (&lt;a href=&#034;http://trilateral.org/page/9/european-group&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://trilateral.org/page/9/european-group&lt;/a&gt;) [fond&#233;e en 1973, elle r&#233;unit certaines des &#171; personnalit&#233;s &#187; les plus puissantes au monde ; le pr&#233;sident de sa branche europ&#233;enne est l'ancien pr&#233;sident en second de la BCE, Jean-Claude Trichet] ont manifest&#233; &#224; de nombreuses reprises leur opposition &#224; l'ind&#233;pendance, tout comme Jos&#233; Manuel Lara (du groupe de presse et d'&#233;dition Planeta), Isidre Fain&#233; (pr&#233;sident de la CaixaBank), Josep Llu&#237;s Bonet (Freixenet, producteur du fameux &#171; champagne catalan &#187;, le cava) ou encore Josep Oliu (Banque Sabadell, c&#233;l&#232;bre auteur, en juin 2014, de la formule selon laquelle la cr&#233;ation d'un Podemos de droite &#233;tait n&#233;cessaire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains secteurs du Foment del Treball ont toutefois appuy&#233;, devant le fait accompli, le Proc&#233;s, dans l'espoir d'am&#233;liorer leur position et leurs pr&#233;bendes face &#224; la bourgeoisie du reste de l'Etat ainsi que sur le plain international. La dynamique de mobilisation populaire du Proc&#233;s a re&#231;u l'aval de la majorit&#233; des entrepreneurs des PME, organis&#233;s dans des entit&#233;s telles que la PIMEC [Micro, petita i mitjana empresa de Catalunya], la Cecot ou encore la C&#225;mara de Comercio.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun de ces acteurs n'a, en aucune mesure, &#233;t&#233; &#224; l'origine du Proc&#233;s, ils ont toutefois, fid&#232;les &#224; leur pragmatisme proverbial, repositionn&#233; leurs int&#233;r&#234;ts &#224; mesure qu'avan&#231;ait le processus. Ainsi que l'a reconnu, avec une m&#233;lancolie lamp&#233;dusienne, Artur Mas lui-m&#234;me devant le Colegi d'economistes de Catalunya avant la consultation du 9 novembre 2014 : &#171; Les &#233;lites du pays ne doivent pr&#233;tendre changer le cours de l'histoire, mais elles doivent canaliser ce mouvement de base. Il ne s'agit pas de freiner ou d'arr&#234;ter, mais de faire en sorte que son r&#233;sultat soit bon. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire en sorte que le r&#233;sultat des &#171; choses &#187; (&#233;v&#233;nements) ne soit pas &#171; bon &#187; pour ces secteurs de la classe dominante, agir sur leurs contradictions et tenter d'emp&#234;cher qu'elles puissent &#171; canaliser &#187; la crise du r&#233;gime, afin d'y mettre un terme d'en haut au moyen d'un nouvel accord et d'une nouvelle r&#233;partition du g&#226;teau entre les &#233;lites, est la premi&#232;re t&#226;che de toute organisation ou espace qui aspire au changement politique et social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Observer de loin &#8211; avec l'excuse que des secteurs de la bourgeoisie catalane pr&#233;tendent le &#171; canaliser &#187; en direction de leurs int&#233;r&#234;ts propres &#8211; que le plus important mouvement de masse qui se d&#233;roule actuellement en Europe s'&#233;crase n'est pas une alternative. Au contraire, c'est pr&#233;cis&#233;ment pour cette raison qu'il faut soutenir le mouvement et mener une bataille pour sa direction politique en faisant en sorte que ses secteurs les plus populaires agissent et se rassemblent. Dans le contexte d'un &#171; article 155 de facto &#187;2 en Catalogne et d'une r&#233;gression d&#233;mocratique dans l'ensemble de l'Etat, ne pas comprendre que si le processus souverainiste s'&#233;crase, nous nous &#233;crasons toutes et tous a un m&#233;rite herm&#233;neutique : emp&#234;cher que la r&#233;alit&#233; g&#226;che une bonne histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui donc dirige le mouvement ? Ou, plut&#244;t, qui surfe sur le mouvement souverainiste catalan ? Il est &#233;vident qu'un secteur de la classe politique catalane (comprenant sans aucun doute des &#233;l&#233;ments peu d&#233;sirables et peu suspects de vouloir r&#233;aliser une transformation radicale de la soci&#233;t&#233;) a cess&#233; de repr&#233;senter les int&#233;r&#234;ts politiques de la grande bourgeoisie catalane (bien qu'ils continuent de d&#233;fendre son programme &#233;conomique) et maintient son aspiration &#224; tenir un r&#244;le dirigeant par le biais de son contr&#244;le d'une partie de l'appareil d'Etat et de sa capacit&#233; de s'adapter &#224; un processus de masses ind&#233;pendantiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dont il est actuellement question est d'emp&#234;cher que le processus de mobilisation sociale en cours serve de r&#233;cit h&#233;ro&#239;que justifiant leur projet social et &#233;conomique d'aust&#233;rit&#233;. Le d&#233;fi ici ne consiste pas &#224; savoir qui est capable de d&#233;crire avec le plus de fureur un secteur dirigeant du processus, mais plut&#244;t de savoir de quelle mani&#232;re nous sommes capables d'articuler un terrain commun entre la gauche ind&#233;pendantiste et souverainiste de Catalogne et celle du reste de l'Etat qui permette de donner naissance &#224; une nouvelle h&#233;g&#233;monie : une r&#233;publique catalane et des processus constituants est un avenir possible qui pourrait &#234;tre activ&#233; le 1er octobre si existait une volont&#233; politique suffisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de la tendance &#224; voir le processus ind&#233;pendantiste catalan comme quelque chose d'homog&#232;ne, il est int&#233;ressant d'en explorer les contradictions internes et de le consid&#233;rer comme un champ de luttes dont le terme n'est pas d&#233;termin&#233;. Au sein d'un processus national-populaire, l'homog&#233;n&#233;it&#233; est une fiction pr&#233;alable &#224; la lutte r&#233;elle ou conquise au travers du monopole d'Etat : c'est-&#224;-dire que le &#171; national &#187; tend &#224; suturer toutes les contradictions de classe qui existent dans le &#171; populaire &#187;. Toutefois, lorsque ce processus national-populaire se met en mouvement et entre en conflit avec les appareils de domination de l'Etat, les premi&#232;res failles apparaissent, des r&#233;pertoires de lutte qui vont au-del&#224; de celles des &#233;lites dirigeantes du Proc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous faisons l'hypoth&#232;se que personne n'affirmera qu'il y a plus de 2 millions de bourgeois ou de politiques en Catalogne. Il est certain que la matrice dominante est lesdites &#171; classes moyennes &#187; (un concept qui place au premier plan sa propre d&#233;finition de l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des composantes de ces classes ainsi que leur rapport avec des attentes de classe d&#233;termin&#233;e au d&#233;triment d'une d&#233;finition marxiste, c'est-&#224;-dire en lien avec la propri&#233;t&#233; des moyens de production) et que la &#171; classe laborieuse &#187; dans son acception classique est absente. C'est-&#224;-dire que nous nous trouvons devant un mouvement interclassiste, au sein duquel on rencontre des ouvriers, des petits propri&#233;taires, des fonctionnaires, des politiciens, des avocats, m&#233;decins et ing&#233;nieurs ainsi que des patrons de petites et moyennes entreprises, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur relation avec le mouvement ind&#233;pendantiste n'est toutefois pas d&#233;termin&#233;e par leur place dans le rapport &#233;conomique, mais plut&#244;t par leur adh&#233;sion national-populaire au projet d'une Catalogne ind&#233;pendante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela implique un programme plein de contradictions : un secteur du Proc&#233;s semble avoir comme mod&#232;le pour une Catalogne ind&#233;pendante une sorte de Suisse du sud de l'Europe. La majorit&#233; des bases (un r&#234;ve qui est bien s&#251;r partag&#233; par la majorit&#233; de la base sociale du &#171; progressisme &#187; espagnol) tire son exemple d'une Su&#232;de m&#233;diterran&#233;enne [en raison du type de &#171; protection sociale &#187;, toujours plus affaiblie], au sein de laquelle le march&#233; serait contr&#244;l&#233; par un Etat efficace et sens&#233;. Un secteur minoritaire, mais significatif (plus significatif, pour le moins, que dans le reste de l'Etat espagnol et qu'en tout autre endroit d'Europe) mise sur une issue nettement anticapitaliste du Proc&#233;s. Par cons&#233;quent, l'horizon d'une Catalogne ind&#233;pendante dissimule des projets diff&#233;rents. Est-ce si &#233;trange ? Les mouvements politiques et sociaux de masse qui ont &#233;merg&#233; suite &#224; la d&#233;faite du mouvement ouvrier inflig&#233;e par le n&#233;olib&#233;ralisme n'ont-ils pas &#233;t&#233; travers&#233;s de faiblesses similaires ? L'une des limites principales de notre &#233;poque ne r&#233;side-t-elle pas dans l'absence d'une classe laborieuse &#171; form&#233;e &#187; et disposant d'un projet de transformation h&#233;g&#233;monique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans aucun doute, ces limites &#233;videntes emp&#234;chent de parler du mouvement ind&#233;pendantiste comme d'un mouvement socialement r&#233;volutionnaire car il ne met pas en cause les fondements mat&#233;riels du capitalisme : ni la subordination des int&#233;r&#234;ts collectifs &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, ni les rapports de production et de reproduction fond&#233;s sur l'exploitation et l'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, &#233;tait-ce le cas du 15M (&#171; les indign&#233;s &#187;) ? La classe laborieuse et ses int&#233;r&#234;ts tenaient-ils le r&#244;le principal, occupant les lieux de travail et &#233;tendant un projet de soci&#233;t&#233; alternative depuis le c&#339;ur du capital ? Il est vrai que le 15M &#233;tait porteur d'un programme socialement plus avanc&#233;, mais cela n'est apparu comme quelque chose de r&#233;el qu'ensuite pour ce secteur de la gauche qui observe aujourd'hui avec m&#233;fiance la Catalogne et qui regardait avec la m&#234;me m&#233;fiance le mouvement du 15M, car il ne se d&#233;finissait pas de gauche ainsi que par l'absence en son sein de la &#171; classe ouvri&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les mouvements sur lesquels s'appuie la gauche de transformation remplissent-ils n&#233;cessairement, a priori, toutes ces caract&#233;ristiques qui d&#233;limitent aussi nettement ce qui est r&#233;volutionnaire ? Cette conception du r&#244;le de la classe ouvri&#232;re rappelle la critique juste que formulait Ernesto Laclau &#224; Karl Kautsky et &#224; la Deuxi&#232;me Internationale dans son ouvrage H&#233;g&#233;monie et strat&#233;gie socialiste [publi&#233; en 1985, la traduction fran&#231;aise date de 2009] :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le pr&#233;tendu radicalisme de sa position &#233;tait, cependant, la pi&#232;ce centrale d'une strat&#233;gie fondamentalement conservatrice ; fond&#233;e sur le refus de tout compromis ou de toute alliance ainsi que sur le d&#233;veloppement d'un processus dont l'issue ne d&#233;pendait pas d'initiatives politiques, ce radicalisme conduisait au qui&#233;tisme et &#224; l'attente. La propagande et l'organisation &#233;taient les deux t&#226;ches essentielles &#8211; en r&#233;alit&#233; les seules &#8211; du parti. La propagande ne tendait pas &#224; la formation d'une &#171; volont&#233; populaire &#187; plus large sur la base de laquelle gagner de nouveaux secteurs &#224; la cause socialiste mais plut&#244;t, essentiellement, &#224; un renforcement de l'identit&#233; ouvri&#232;re ; en ce qui concerne l'organisation, son &#233;tendue ne signifiait pas une participation politique croissante sur divers fronts, mais plut&#244;t la construction d'un ghetto au sein duquel la classe ouvri&#232;re m&#232;nerait une existence s&#233;gr&#233;gu&#233;e et centr&#233;e sur elle-m&#234;me. Cette institutionnalisation progressive du mouvement correspondait bien &#224; une conception selon laquelle la crise finale du syst&#232;me capitaliste serait l'&#339;uvre de la bourgeoisie elle-m&#234;me, qui se dirigeait vers sa ruine, le r&#244;le de la classe ouvri&#232;re ne consistant finalement qu'&#224; se pr&#233;parer &#224; intervenir au moment appropri&#233;. Depuis 1881, Kautsky affirmait : &#171; notre t&#226;che n'est pas d'organiser la r&#233;volution, mais de nous organiser pour la r&#233;volution ; ne pas faire la r&#233;volution, mais de profiter de celle-ci &#187;. [Sur ces questions, voir les d&#233;bats entre Kautsky, Rosa Luxemburg et Anton Pannekoek sur la gr&#232;ve de masse avant la Premi&#232;re Guerre mondiale publi&#233; en fran&#231;ais sous le titre Socialisme, la voie occidentale (PUF, 1983).]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que l'absence d'une classe ouvri&#232;re en tant que vecteur central au sein du processus ind&#233;pendantiste est une limite &#233;vidente. Le nier reviendrait &#224; faire une apologie de l'interclassisme populiste qui est aujourd'hui le f&#233;d&#233;rateur fondamental du Proc&#233;s. Mais si nous voulons &#233;lever le d&#233;bat sur le plan strat&#233;gique, plut&#244;t que de postuler un &#171; socialisme en dehors du temps &#187; et des consignes &#224; destination d'une consommation interne, nous devrions d&#233;placer la discussion et commencer &#224; penser que la politique est constitu&#233;e non seulement de facteurs structurels, mais aussi d'agents politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attitude d'une partie importante de la gauche face au mouvement ind&#233;pendantiste est, pour le dire ainsi, pr&#233;-h&#233;g&#233;monique en deux sens. D'un c&#244;t&#233;, la majorit&#233; de la gauche catalane, ou au moins la partie fondamentale de cette derni&#232;re qui exerce des fonctions dirigeantes, le groupe d'Ada Colau et les Comunes, consid&#232;re le mouvement comme quelque chose de statique, incapable de conna&#238;tre des d&#233;veloppements diff&#233;rents et ouverts, de transformations au travers de conflits internes. La gauche qui, en Catalogne, se maintient, en ce moment critique, &#224; la marge du mouvement souverainiste (en d&#233;pit du fait qu'il en fait partie) revient &#224; assumer une position passive qui ne dispute pas la direction du mouvement et qui n'int&#232;gre pas non plus des secteurs sociaux nouveaux provoquant la naissance d'une d&#233;limitation de classe au sein du processus m&#234;me. Elle maintient une attitude ambigu&#235;, d'attente, estimant que le projet ind&#233;pendantiste perdra de sa force et de son &#233;lan, avec une strat&#233;gie fond&#233;e sur la r&#233;colte des cendres [du mouvement] pour en faire la cl&#233; de vo&#251;te d'une n&#233;gociation n&#233;oconstitutionnelle fort possible avec les &#233;lites qui gouvernent l'Etat espagnol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la passivit&#233; de la gauche des Comunes en Catalogne, il faut certainement ajouter les limites des CUP [Candidatures d'unit&#233; populaire, qui comptent 10 d&#233;put&#233;s au Parlament et dont les voix ont &#233;t&#233; d&#233;terminantes pour le Govern de Catalogne] qui, malgr&#233; leur honn&#234;tet&#233; radicale, ne se sont pas efforc&#233;es de jouer un r&#244;le de lien entre cette gauche et le mouvement ind&#233;pendantiste, pr&#233;f&#233;rant, en des lieux cl&#233;s comme la municipalit&#233; de Barcelone, adopter une attitude sectaire qui garantisse le retranchement de son espace plut&#244;t que d'op&#233;rer une politique d'alliances risqu&#233;e pour attacher les Comunes &#224; une bataille commune contre la direction PDeCAT-ERC du processus souverainiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; de la gauche espagnole, existe une tendance &#224; consid&#233;rer le mouvement souverainiste comme une &#171; farce &#187;, comme s'il n'&#233;tait pas quelque chose de s&#233;rieux, seulement un jeu entre les &#233;lites, ce qui r&#233;v&#232;le une incompr&#233;hension de cette vieille id&#233;e d'un L&#233;nine trop cit&#233; (qui est en r&#233;alit&#233; pr&#233;sente dans toute la &#171; politique du conflit &#187;) selon laquelle la division entre les classes dominantes est une pr&#233;condition &#224; toute transformation sociale. Une &#171; pr&#233;condition &#187; signifie que c'est une chose qui n'est en elle-m&#234;me pas suffisante, mais que c'est une contingence n&#233;cessaire, qui ouvre une br&#232;che dans laquelle peuvent faire irruption les politiques &#233;mancipatrices, leurs subjectivit&#233;s partisanes et leurs int&#233;r&#234;ts de classe. Il est vrai que le mouvement souverainiste peut s'achever en une farce lamp&#233;dusienne [selon la formule &#171; Il faut que tout change pour que rien ne change &#187;], mais il en va de m&#234;me avec tout. Rien ne na&#238;t en tant que v&#233;rit&#233;, cela devient v&#233;rit&#233; au travers de la lutte active et dans le conflit. C'est la passivit&#233; qui cr&#233;e les mensonges, le faux et &#233;ternel verdict des faits accomplis : ceux d'en haut gagnent toujours. Bien que face &#224; cela une position active ne garantit pas non plus la v&#233;rit&#233;, il s'agit une fois de plus d'une pr&#233;condition de toute politique &#233;mancipatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux et celles d'en bas se meuvent toujours dans des conflits sociaux et politiques historiquement concrets, o&#249; les cartes sont distribu&#233;es par ceux d'en haut et au sein desquels les degr&#233;s de conscience sont vari&#233;s et contradictoires. Celui qui cherche un terrain de lutte social pur, &#233;pur&#233; de toutes ses contradictions politiques, culturelles, nationales, etc., cherche un terrain de lutte qui n'est pas de ce monde, qui n'existe que dans l'imaginaire iconographique des pires cauchemars du r&#233;alisme socialiste. La classe laborieuse regrett&#233;e et absente ne se formera que dans la lutte politique, dans et au-del&#224; du lieu de travail, en contact avec d'autres classes, d&#233;limitant ses int&#233;r&#234;ts comme &#233;tant la meilleure solution pour l'ensemble d'une soci&#233;t&#233; en crise. Car la classe laborieuse en tant que sujet politique n'existe pas en tant que telle, elle se forme : ce qui existe, c'est une masse multiforme que l'on appelle force de travail et qui est pr&#233;sente dans tous les pores de la soci&#233;t&#233;, bien qu'elle n'ait pas de conscience d'elle-m&#234;me en tant que force politique &#233;mancipatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que l'attitude de certains secteurs d'Izquierda Unida (IU) comme Garz&#243;n [d&#233;put&#233; d'Unidos Podemos et dirigeant d'IU] et de Podemos est diff&#233;rente : il faut reconna&#238;tre que Podemos a d&#233;fendu dans son discours la tenue d'un r&#233;f&#233;rendum, alors qu'IU n'a pas &#233;t&#233; en mesure de proposer autre chose qu'un &#171; Etat f&#233;d&#233;ral &#187; abstrait. L'arrangement propos&#233; pour le th&#232;me catalan par Podemos part toutefois d'une pr&#233;misse qui n'est pas r&#233;alis&#233;e aujourd'hui : que Podemos remporte les &#233;lections &#224; la majorit&#233; absolue, dans la mesure o&#249; un gouvernement aux c&#244;t&#233;s du PSOE, s'il &#233;tait r&#233;aliste, aurait pour cons&#233;quence stricte le refus de ce r&#233;f&#233;rendum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas impossible que cela se produise &#224; un moment donn&#233;, mais il est difficile de croire que ce sc&#233;nario rel&#232;ve du court terme. Car, ici, r&#233;side la grande trag&#233;die des strat&#233;gies &#171; gradualistes &#187; : penser les temps politiques comme &#233;tant lin&#233;aires et uniformes, sans discordance, comme si le processus catalan et le 1er octobre n'&#233;taient qu'une parenth&#232;se g&#234;nante dans une strat&#233;gie passive d'accumulation de forces &#233;lectorales, au lieu d'articuler les diff&#233;rentes temporalit&#233;s qui structurent le champ politique de l'Etat et penser le 1er octobre comme &#233;tant un catalyseur qui pourrait pr&#233;cipiter la chute du gouvernement du PP [un exemple : en raison des &#171; &#233;v&#233;nements &#187; de Catalogne, le PP ne peut faire voter actuellement le budget au Parlement : sans majorit&#233; absolue et avec le refus du PNV basque, le gouvernement en est r&#233;duit &#224; le proroger] et ouvrir sur une acc&#233;l&#233;ration du temps politique qui favoriserait un printemps de processus constituants [dans les r&#233;gions et] pour l'ensemble du territoire de l'Etat] qui enterreraient, enfin, le r&#233;gime de 1978 sous les ruines de la vall&#233;e des tomb&#233;s3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute crise est conjoncturelle : la crise du r&#233;gime provoqu&#233;e sur le &#171; flanc catalan &#187; [de l'Etat espagnol] ne durera pas &#233;ternellement et il est possible que le mouvement ind&#233;pendantiste, s'il ne va pas jusqu'&#224; son terme en ce moment de mont&#233;e, n'ait pas d'autre opportunit&#233; avant longtemps. Il semble difficile qu'il aille jusqu'&#224; son terme avec la direction actuelle du Proc&#233;s : la d&#233;sob&#233;issance destituante implique un degr&#233; de coh&#233;sion et de d&#233;termination que ni la classe politique catalane ne semble en condition d'assumer, ni la gauche catalane et espagnole dispos&#233;e &#224; alimenter et &#224; tirer parti sur la base d'une optique de d&#233;mocratie constituante. Peut-&#234;tre que la trag&#233;die est que &#171; l'&#233;chec &#187; hypoth&#233;tique du processus souverainiste soit potentiellement fonctionnel autant pour la gauche que repr&#233;sente Ada Colau en Catalogne que pour celle que repr&#233;sente Podemos en Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour reprendre les termes de Josep Mar&#237;a Antentas, le sc&#233;nario dans la foul&#233;e du processus souverainiste catalan n'augure pas une situation de radicalisation d&#233;mocratique, mais bien plut&#244;t de passivit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; face &#224; l'enjeu ind&#233;pendantiste, certaines organisations plus ins&#233;r&#233;es dans le jeu de la gouvernabilit&#233; conventionnelle et la normalisation institutionnelle r&#233;fl&#233;chissent. Elles d&#233;limitent des forces politiques plus favorables &#224; la fermeture de la crise institutionnelle par en haut sur le mode d'une mutation positive, bien que limit&#233;e, du syst&#232;me traditionnel de partis en faveur d'un nouveau au sein duquel la gauche post-n&#233;olib&#233;rale dispose d'un poids plus important qu'au cours de la phase ant&#233;rieure. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &#233;tapes d&#233;cisives, au cours desquelles il peut se passer des choses, sont encore &#224; venir. Peut-&#234;tre que la r&#233;pression du PP et des appareils de l'Etat post-franquiste r&#233;veillent la gauche majoritaire de sa passivit&#233;. Car les opportunit&#233;s passent et ensuite la seule chose qui nous reste, c'est la proph&#233;tie autor&#233;alisatrice du &#171; on ne peut pas &#187; [inversion du slogan phare en Espagne &#171; si se puede &#187;, repris du &#171; Yes we can &#187; d'Obama, lequel avait usurp&#233; une formule du syndicaliste de l'United Farm Workers C&#233;sar Estrada Ch&#225;vez].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des derni&#232;res semaines, un saut qualitatif s'est produit en termes de degr&#233; de conflit avec l'Etat et dans la r&#233;ponse massive et spontan&#233;e de la population4 contenant des &#233;l&#233;ments d'auto-organisation ainsi qu'un r&#233;pertoire de lutte qui va au-del&#224; de ce que nous a habitu&#233; la soci&#233;t&#233; civile institutionnalis&#233;e du Proc&#233;s [ANC et Ominium] : l'entr&#233;e en sc&#232;ne du monde du travail qui a convoqu&#233; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et sociale pour le 3 octobre (&lt;a href=&#034;http://alencontre.org/europe/espagne/catalogne-etat-espagnol-appel-a-la-greve-generale-le-3-octobre.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://alencontre.org/europe/espagne/catalogne-etat-espagnol-appel-a-la-greve-generale-le-3-octobre.html&lt;/a&gt;) s'il n'est pas possible de voter, la d&#233;cision des dockers de refuser de ravitailler les navires qui mouillent dans les ports catalans et qui abritent les forces militaires, le mouvement &#233;tudiant coupant le trafic et occupant des facult&#233;s, diff&#233;rentes plates-formes qui promeuvent des actions de solidarit&#233; dans tout l'Etat ainsi qu'une charte de droits sociaux en Catalogne qui culmine en une assembl&#233;e des mouvements sociaux catalans ainsi que d'autres manifestations et actes de solidarit&#233; dans tout l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; cela se produit, dans la mesure o&#249; le monde du travail et les mouvements sociaux se placent au premier rang de la d&#233;fense du droit &#224; d&#233;cider du peuple catalan, l'agenda social de ces mouvements ainsi que de larges secteurs populaires jusqu'ici absents commencera &#224; gagner une force &#171; constituante &#187;. Cela est fondamental pour commencer &#224; construire et &#224; rendre visible un nouveau rapport de forces, un nouveau champ politique d'alliances strat&#233;giques, qui, d'un c&#244;t&#233;, conteste l'agenda &#171; constituant &#187; n&#233;olib&#233;ral de Junts Pel S&#237; [coalition du PDeCat, d'ERC et de diff&#233;rents ind&#233;pendants issus principalement de l'ANC] et qui oblige, de l'autre, la gauche du reste de l'Etat &#224; passer &#224; la vitesse sup&#233;rieure et &#224; miser sur la force destituante du r&#233;gime de 1978 que repr&#233;sente le processus ind&#233;pendantiste. Le probl&#232;me de l'Espagne et la question catalane ne se d&#233;bloqueront que si les classes laborieuses et populaires proposent des solutions et qu'elles sont les actrices de ce que Gramsci nommait la &#171; grande politique &#187;, c'est-&#224;-dire de ce qui touche &#224; la &#171; configuration des Etats &#187;, les th&#232;mes qui n'ont historiquement pas &#233;t&#233; r&#233;solus par les classes dominantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article paru le 27 septembre sur le site de la revue El Salto ; traduction et publication initiale par le site A l'Encontre (&lt;a href=&#034;http://alencontre.org/europe/espagne/catalogne-etat-espagnol-classe-hegemonie-et-independantisme-catalan.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://alencontre.org/europe/espagne/catalogne-etat-espagnol-classe-hegemonie-et-independantisme-catalan.html&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marc Casanovas et Brais Fern&#225;ndez sont membres du secr&#233;tariat de r&#233;daction de la revue Viento Sur et militants d'Anticapitalistas, respectivement &#224; Barcelone et &#224; Madrid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- A. Suarez 1932-2014 issu du parti unique franquiste, dont il a &#233;t&#233; le secr&#233;taire apr&#232;s la mort de Franco et au cours des premiers mois de 1976, est l'un des grands artisans de la transformation du r&#233;gime franquiste en une &#171; d&#233;mocratie &#187;, processus appel&#233; Transition, avec les &#233;l&#233;ments de discontinuit&#233; et de continuit&#233;. (R&#233;d. A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Article de la Constitution qui permet au gouvernement central d'intervenir directement dans les affaires d'une communaut&#233; autonome qui &#171; d&#233;sob&#233;irait &#187;. L'article pr&#233;voit deux d&#233;marches pr&#233;alables : solliciter le pr&#233;sident de la communaut&#233; autonome en question et, si ce dernier n'agit pas dans le sens attendu par le gouvernement central, un vote au S&#233;nat. Aucune de ces d&#233;marches n'a &#233;t&#233; initi&#233;e par le gouvernement Rajoy, lequel, en outre, est dans les faits m&#234;me all&#233; au-del&#224; de ce que permet l'article 155. (R&#233;daction A L'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- Allusion &#224; la gigantesque basilique souterraine creus&#233;e dans une montagne pr&#232;s de Madrid &#8211; et surmont&#233; d'une croix de 150 m&#232;tres &#8211; dans laquelle sont enterr&#233;s Francisco Franco et Jos&#233; Antonio Primo de Rivera, le fondateur de la Phalange. Des milliers de corps de combattants de la Guerre civile (1936-1939), des &#171; deux camps &#187; y sont enterr&#233;s. Ce symbole franquiste de &#171; r&#233;conciliation nationale &#187; a &#233;t&#233; &#233;difi&#233; au prix du travail forc&#233; &#8211; et de nombreux morts &#8211; de prisonniers r&#233;publicains. Inutile de dire que placer dans la m&#234;me s&#233;pulture Franco et des milliers de combattants constitue une insulte post mortem, ce d'autant plus que des milliers de &#171; disparus &#187; &#8211; enterr&#233;s dans des fosses communes dont la localisation est souvent connue, bien que tue &#8211; ne sont toujours pas identifi&#233;s 80 ans plus tard. (R&#233;daction A L'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4- Pour mentionner deux exemples tr&#232;s r&#233;cents : jeudi 28 septembre environ 16'000 &#233;tudiant&#183;e&#183;s sont descendus dans les rues de Barcelone, des routes ont &#233;t&#233; bloqu&#233;es, les pompiers ont rejoint la manifestation ; le 29 septembre des centaines de tracteurs parcourent les centres urbains catalans &#224; l'appel d'un syndicat d'agriculteurs ; en outre pour d&#233;tourner l'interdiction d'ouverture d'&#233;coles pour le vote du 1er octobre ainsi que pour &#233;viter que les d&#233;tenteurs de cl&#233;s soient poursuivis en justice &#8211; des amendes lourdes ont &#233;t&#233; annonc&#233;es &#8211;, certaines associations de parents d'&#233;l&#232;ves organisent des &#171; pique-niques &#187; sur place. (R&#233;d. A l'Encontre)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Nous ne sommes pas encore assez populistes &#8212; en r&#233;ponse &#224; I&#241;igo Errej&#243;n</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Nous-ne-sommes-pas-encore-assez-populistes-en-reponse-a-Inigo-Errejon</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Nous-ne-sommes-pas-encore-assez-populistes-en-reponse-a-Inigo-Errejon</guid>
		<dc:date>2016-06-07T01:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Brais Fern&#225;ndez, Emmanuel Rodriguez</dc:creator>


		<dc:subject>Espagne</dc:subject>
		<dc:subject>Espagne</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2016-05-31</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Faute de majorit&#233; au Parlement, l'Espagne se dirige vers de nouvelles &#233;lections le 26 juin prochain. La base d'Izquierda Unida (coalition de gauche radicale) a vot&#233; pour une liste commune avec Podemos. Si un nouveau cycle &#233;lectoral est per&#231;u comme une opportunit&#233; par la direction de Podemos pour passer devant le Parti socialiste ouvrier espagnol, des voix, en interne, s'inqui&#232;tent que la machine &#233;lectorale n'&#233;touffe d&#233;finitivement la col&#232;re sociale du pays. &lt;br class='autobr' /&gt; En r&#233;ponse &#224; la tribune d'&#205;&#241;igo (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Espagne-545-+" rel="tag"&gt;Espagne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2016-05-31-+" rel="tag"&gt;Edition du 2016-05-31&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L149xH150/arton26554-8c028.png?1781351993' class='spip_logo spip_logo_right' width='149' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Faute de majorit&#233; au Parlement, l'Espagne se dirige vers de nouvelles &#233;lections le 26 juin prochain. La base d'Izquierda Unida (coalition de gauche radicale) a vot&#233; pour une liste commune avec Podemos. Si un nouveau cycle &#233;lectoral est per&#231;u comme une opportunit&#233; par la direction de Podemos pour passer devant le Parti socialiste ouvrier espagnol, des voix, en interne, s'inqui&#232;tent que la machine &#233;lectorale n'&#233;touffe d&#233;finitivement la col&#232;re sociale du pays.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En r&#233;ponse &#224; la tribune d'&#205;&#241;igo Errej&#243;n, Emmanuel Rodr&#237;guez, historien et essayiste, et Brais Fern&#225;ndez, membre du parti Anticapitalistas, font &#233;tat de &lt;a href=&#034;http://ctxt.es/es/20160420/Firmas/5588/Errejon-CTXT-Podemos-confluencia-populismo-Espa&#241;a-Tribunas-y-Debates-Elecciones-20D-&#191;Gatopardo-o-cambio-real.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;leur d&#233;saccord dans les pages de la revue espagnole CTXT&lt;/a&gt;. Selon eux, Errej&#243;n fait erreur lorsqu'il met au centre de la bataille politique les discours, les r&#233;cits, les r&#233;f&#233;rents culturels ou les mythes f&#233;d&#233;rateurs. Les individus deviennent des sujets politiques &#8212; c'est-&#224;-dire des acteurs politiques conscients d'appartenir &#224; une m&#234;me identit&#233; collective &#8212; &#224; travers, nous disent-ils, l'exp&#233;rience du conflit ouvert contre les groupes sociaux dominants : manifestations, gr&#232;ves, occupations, boycotts, etc. Ils craignent que les perc&#233;es &#233;lectorales &#224; r&#233;p&#233;tition ne cachent, en r&#233;alit&#233;, une d&#233;faite politique : &#224; trop canaliser les forces sociales vers les &#233;lections, ce sont les mobilisations &#224; l'origine m&#234;me de Podemos qui s'&#233;teignent lentement. Nous avons traduit ces &#233;changes pour informer le lectorat francophone des d&#233;bats et r&#233;flexions de nos voisins et camarades.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelques jours &#224; peine, dans cette m&#234;me revue, &#205;&#241;igo Errej&#243;n publiait un article fouill&#233; de mise en perspective de l'exp&#233;rience Podemos et de ses d&#233;fis imm&#233;diats. La contribution est, sans aucun doute, b&#233;n&#233;fique pour le d&#233;bat politique au sein du &#171; bloc du changement &#187; o&#249; r&#232;gnent les rumeurs et parfois le manque de dialogue. Dans le but d'&#233;largir l'&#233;change, la r&#233;daction de CTXT nous a permis d'esquisser une r&#233;ponse au texte du strat&#232;ge de Podemos. Dans sa d&#233;monstration en trois temps, Errej&#243;n d&#233;marre avec ce qui constitue le c&#339;ur de sa pens&#233;e : les int&#233;r&#234;ts concrets &#8212; lisez &#171; int&#233;r&#234;ts de classe &#187; &#8212; n'ont jamais de traduction imm&#233;diate en politique. La construction d'un sujet politique, nous dit-il, requiert un &#171; surplus de sens &#187;, un exc&#233;dent symbolique. La politique est, de ce fait, d'abord une activit&#233; de &#171; construction de sens &#187; (comprenez de discours) ; le terrain de combat fondamental est celui-ci &#8212; et pas un autre. Le discours est au centre, son r&#233;sultat est une identit&#233; qui se nourrit principalement de mat&#233;riaux culturels. Errej&#243;n nous parle de mythes, de chansons, de s&#233;ries, de romans, de couleurs, de drapeaux, comme les fans d'un groupe pop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve la preuve et la d&#233;monstration que les vieux int&#233;r&#234;ts de classe n'op&#232;rent plus &#8212; s'ils ont exist&#233; un jour en tant que tels &#8212; dans l'immensit&#233; et la pluralit&#233; du social (sa dispersion) qui sautent aux yeux d'Errej&#243;n dans des exp&#233;riences aussi quotidiennes que faire ses courses. L'article commence par les rencontres r&#233;centes du &#171; podemossien &#187; [traduction de podemista, terme qui signifie &#171; membre de Podemos &#187;, ndlr] au supermarch&#233; du coin : un boucher qui lui demande de s'occuper du quartier de Chueca dans Madrid (la Mecque gay de la capitale) et une cliente qui r&#233;clame plus d'attention aux droits des animaux. Dans les deux cas, Errej&#243;n interpr&#232;te la demande faite &#224; Podemos comme une attente pour repr&#233;senter le &#171; nouveau &#187; face aux &#233;lites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que, dans le supermarch&#233; post-classiste d'Errej&#243;n, le conflit est seulement possible dans la sph&#232;re de la repr&#233;sentation, et non dans l'affrontement mat&#233;riel avec les pouvoirs politique et &#233;conomique. Ainsi, alors que certains d'entre nous voient le discours comme une arme au sein d'un mouvement de subversion des relations d'oppression et d'exploitation, dans l'hypoth&#232;se d'Errej&#243;n, le discours est le but. Il ne fait aucun doute que, depuis l'irruption de Podemos, le langage, les codes, les expressions de l'agenda politique ont chang&#233;. Il est significatif de voir, par exemple, comment certains secteurs de l'establishment ont adopt&#233; le cadre discursif &#171; podemossien &#187; ; en t&#233;moigne le p&#232;re cool qui appelle son fils &#171; mon pote &#187; (oui, avec la honte que provoque ce genre d'expression d&#233;plac&#233;e). La question est : cela suffit-il ? Si la bataille se concentre sur la sph&#232;re discursive et ne s'&#233;tend pas &#224; d'autres sph&#232;res de la vie, sommes-nous en train de gagner ? Avec ce diagnostic trop optimiste, trop r&#233;ductionniste de l'id&#233;e d'h&#233;g&#233;monie, Errej&#243;n semble ignorer la seconde partie de l'affirmation &lt;a href=&#034;http://www.revue-ballast.fr/repenser-le-socialisme-avec-gramsci/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;gramscienne&lt;/a&gt; : &lt;i&gt;&#171; Si l'h&#233;g&#233;monie est &#233;thico-politique, elle doit &#234;tre &#233;galement &#233;conomique, elle doit avoir son fondement dans la fonction d&#233;cisive que le groupe dirigeant exerce sur le noyau d&#233;cisif de l'activit&#233; &#233;conomique. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit de la beaut&#233; aseptis&#233;e du &#233;ni&#232;me tournant linguistique d'Errej&#243;n, l'histoire s'ent&#234;te obstin&#233;ment &#224; nous montrer qu'il a fallu autre chose que des mots et des discours pour la construction de ces sujets dits politiques. Les manifestations, les r&#233;voltes, les gr&#232;ves, les insurrections, les organisations de base : les sujets naissent dans l'opposition collective &#224; d'autres collectifs sociaux. C'est ce que nous appelons des conflits. Il ne s'agit pas seulement d'exp&#233;riences de douleur et de souffrance dont parle Errej&#243;n, mais aussi de leur subversion. La grande trouvaille qui consiste &#224; dire que les &#171; int&#233;r&#234;ts &#187; ne parlent pas d'eux-m&#234;mes &#8212; une &#233;vidence &#224; ce niveau de g&#233;n&#233;ralit&#233; &#8212; doit &#234;tre compl&#233;t&#233;e par le fait que sans exp&#233;rience, sans l'exp&#233;rience du conflit, il n'y a pas de sujet. Le r&#233;cit en soi n'est significatif que s'il rend compte de la construction d'un collectif comme sujet en opposition &#224; d'autres. Malheureusement, la soci&#233;t&#233; et la politique sont des choses plus sales et brutales que l'affrontement de discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 15M nous fournit un exemple r&#233;cent de ce qui a rendu possible Podemos. Le mouvement des places a &#233;t&#233; une insurrection pacifique contre une situation de crise &#233;conomique v&#233;cue comme une arnaque, et contre une situation de d&#233;t&#233;rioration politique v&#233;cue comme une spoliation. Le 15M a &#233;t&#233; suivi d'une s&#233;quence de mouvements concentr&#233;s sur la d&#233;fense de la sant&#233; et de l'&#233;ducation publique, ainsi qu'en opposition au gouvernement de la dette et de la d&#233;possession du peu qui restait &#224; une grande majorit&#233; de la population espagnole : un logement. Il devrait &#234;tre &#233;vident que ce cycle de mobilisations a &#233;t&#233; politique en raison de son d&#233;roulement m&#234;me &#8212; une longue s&#233;rie de conflits. Si Podemos a pu se pr&#233;senter comme l'aboutissement de quelque chose ayant trait &#224; un processus contre-h&#233;g&#233;monique &#8212; le terme est douteux &#8212;, c'est parce que depuis 2011, une rupture des masses s'est produite, li&#233;e &#224; une escalade du conflit qu'on n'avait plus connue depuis les ann&#233;es 1970. En fin de compte, le 15M n'a pas repr&#233;sent&#233; un mouvement de continuit&#233; avec la &#171; culture &#187; de son &#233;poque mais, au contraire, une manifestation concr&#232;te de rupture avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me point de l'article d'Errej&#243;n est moins th&#233;orique. Il concerne &#171; l'hypoth&#232;se Podemos &#187; dont le succ&#232;s se mesure &#224; nouveau par la capacit&#233; de disputer le r&#233;cit aux &#233;lites ; on reste dans le champ discursif. Toutefois, il est int&#233;ressant de consid&#233;rer qu'ici Errej&#243;n r&#233;v&#232;le le fondement de son hypoth&#232;se, laquelle, comme nous verrons, proc&#232;de de l'&#201;tat pour revenir &#224; l'&#201;tat. Sortons de la s&#233;mantique pure pour consid&#233;rer un terme d&#233;pass&#233; et appartenant &#224; une tradition communiste particuli&#232;re : le slogan de la construction &#171; nationale-populaire &#187;. La diff&#233;rence avec le mod&#232;le th&#233;orique du nouveau populisme de Podemos, c'est que, pour les vieux communistes, la &#171; r&#233;volution d&#233;mocratique &#187; &#233;tait possible &#224; partir d'une alliance sociale incluant les classes moyennes et les paysans, mais qui aurait &#233;t&#233; men&#233;e par la classe ouvri&#232;re contre l'oligarchie ou contre la grande bourgeoisie financi&#232;re. Or, dans le mod&#232;le th&#233;orique d'Errej&#243;n, il n'y a ni classes ni sujets sociaux, il n'y a que le vieux probl&#232;me de la conqu&#234;te de l'&#201;tat. Dans cette conqu&#234;te, il ne s'agit pas d'encourager une organisation sociale ou de construire des alliances ; la seule fa&#231;on de la mener &#224; bien, c'est de galvaniser &#171; le social &#187;, de toucher avec les mots quelque chose qui s'est d&#233;j&#224; produit dans la r&#233;alit&#233; de fa&#231;on &#171; massive et d&#233;sordonn&#233;e &#187;. Ici, au moins, on reconna&#238;t que Podemos n'a pas tout invent&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quoi qu'il en soit, Errej&#243;n nous assure que son parti &#224; vocation gouvernementale ne se r&#233;duit pas &#224; la vieille formule &#233;lectorale du parti &#171; attrape-tout &#187;. Face &#224; la vieille politique et au marketing, la preuve d'authenticit&#233; de Podemos est sa capacit&#233; &#224; susciter des &#233;motions, &#224; nous faire vibrer. Pour y arriver, les &#233;l&#233;ments essentiels d'&#233;conomie politique et de structure sociale comme, par exemple, le fait que nous soyons entr&#233;s dans une longue phase de stagnation &#233;conomique ou l'analyse que nous faisons de l'impact de la crise sur les diff&#233;rentes secteurs sociaux, et le fait que que nous sachions au passage comment s'organisent leurs r&#233;sistances, sont sans importance. En fin de compte, il suffit de s&#233;duire, d'&#233;mouvoir et de localiser les petits r&#233;cits de gens aussi diff&#233;rents que ceux qu'Errej&#243;n trouve dans la sup&#233;rette de son quartier : la cliente qui d&#233;fend les droits des animaux et le boucher qui s'amuse &#224; Chueca. Voil&#224; en quoi consiste fondamentalement construire un peuple, construire un pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Errej&#243;n &#233;nonce quelques autres remarques. Ainsi, il dit que lorsque les d&#233;munis se r&#233;voltent, leur pr&#233;tention revendicative n'est pas d'&#234;tre &#171; la partie d'un tout &#187;, mais de construire &#171; une nouvelle totalit&#233; &#187;. M&#234;me si cette affirmation est manifestement fausse &#8212; il suffit de consid&#233;rer le mouvement pour les droits civils ou les r&#233;cents mouvements sociaux pour se convaincre que la dynamique du conflit moderne en Occident s'est concentr&#233;e sur la production des droits et sur l'int&#233;gration d&#233;mocratique de nouvelles exigences, et non sur la &#171; construction d'un peuple &#187; via son acc&#232;s au gouvernement &#8212;, on cible ici l'objectif politique. Si, pour Errej&#243;n, la tactique c'est le discours, la strat&#233;gie c'est l'&#201;tat. On observe ainsi une curieuse sym&#233;trie entre l'autonomie du discours et l'autonomie du politique ; l'unique levier politique fondamental est la conqu&#234;te de l'&#201;tat, le reste (les pouvoirs &#233;conomiques, la crise, l'Europe) est accessoire. Prenez l'&#201;tat, et vous aurez un nouveau pays. C'est ce qu'il appelle : faire le &lt;i&gt;&#171; saut &#187;&lt;/i&gt; d'un &lt;i&gt;&#171; projet massif &#224; un projet majoritaire &#187;&lt;/i&gt; et, au passage, construire une volont&#233; g&#233;n&#233;rale (et voil&#224; Rousseau !) ; ou, ce qui est la m&#234;me chose, que Podemos remporte les &#233;lections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier point n'a rien de th&#233;orique. Si on lui &#244;te son vernis rh&#233;torique, il appara&#238;t comme une pure intervention dans le d&#233;bat de positions [politiques internes de Podemos, ndlr]. Mais il n'est pas ais&#233; de comprendre ce qu'il veut dire. En principe, il &#233;tablit un champ de &#171; deux voies &#187; &#8212; trouvaille politique int&#233;ressante &#8212; : la voie &#233;lectorale qui correspond &#224; Podemos et sa capacit&#233; &#224; &#233;mouvoir et &#171; discourir &#187; ; et la voie culturelle identifi&#233;e &#224; une nouveaut&#233; conceptuelle, apr&#232;s le succ&#232;s ou l'&#233;chec relatif de la machine &#233;lectorale &#8212; ce qu'il appelle &#171; mouvement populaire &#187;. Notez-bien qu'un mouvement populaire n'organise ni r&#233;sistances, ni conflits, ni de sociabilit&#233; alternative, mais produit surtout des r&#233;cits. La diff&#233;rence entre ces deux voies est un genre de version &lt;i&gt;errejonienne&lt;/i&gt; de la vieille division l&#233;niniste entre parti et syndicat : pour le premier, l'&#201;tat, pour le second, la culture. Mais au-del&#224; de ces deux voies et du mouvement populaire, il semble que l'objectif d'Errej&#243;n soit de figer les positions dans une bataille beaucoup plus prosa&#239;que. Une nouvelle &#233;lection approche ou, du moins, tout para&#238;t l'indiquer. Et surgit, &#224; nouveau (comme avant le &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/&#201;lections_g&#233;n&#233;rales_espagnoles_de_2015&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;20D&lt;/a&gt; [les &#233;lections g&#233;n&#233;rales du 20 d&#233;cembre 2015, ndlr]), un faux d&#233;bat entre gauche et droite, ou entre gauche et transversalit&#233;. Il faut &#233;videmment dire, comme Errej&#243;n, que si le 15M n'a pas &#233;t&#233; ouvri&#233;riste, ni m&#234;me anticapitaliste, le mouvement a revendiqu&#233; la d&#233;mocratie, et il l'a fait avec une radicalit&#233; inou&#239;e. Mais cela est &#233;vident ; et les cons&#233;quences politiques en sont multiples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est int&#233;ressant, c'est qu'Errej&#243;n d&#233;bat, sans l'assumer clairement, de l'opportunit&#233; d'un accord avec Izquierda Unida afin d'absorber les quatre ou cinq points de pourcentage qui lui ont &#233;chapp&#233; l&#224; o&#249; il n'y avait pas eu de convergence (dans la r&#233;gion de Madrid, il a manqu&#233; six points &#224; Podemos). Le probl&#232;me est que &#171; l'hypoth&#232;se populiste &#187;, avec les d&#233;placements qu'elle induit vers des positions plus mod&#233;r&#233;es et transversales, est entr&#233;e en crise, non seulement &#224; cause des probl&#232;mes internes &#224; Podemos, mais parce que, m&#234;me avec toutes ses contradictions, Podemos se nourrit d'un substrat social contestataire qui a besoin de s'&#233;largir pour ne pas s'ass&#233;cher. Et ce substrat ne s'&#233;tend pas uniquement au moyen du discours, mais surtout par l'&#233;largissement du conflit qui, dans la phase &#233;lectorale actuelle du cycle politique, semble &#234;tre en suspens. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi ces derniers jours, la fraction populiste redouble d'efforts dans le mani&#233;risme des &#171; camps politiques &#187; [en r&#233;f&#233;rence au mouvement artistique italien en rupture avec les codes de la Renaissance, ndlr], selon lequel la construction d'un &#171; nous &#187; peut &#234;tre large et diffuse, et en m&#234;me temps laisser dehors les &#171; gauchistes &#187; ; tandis que le &#171; eux &#187; est si &#233;troit qu'il laisse entrer une partie des &#233;lites, par exemple, celles du PSOE, avec lesquelles ils ont essay&#233; de n&#233;gocier &#224; plusieurs. Il s'agit, sans aucun doute, de tactiques complexes qui s'expriment &#224; travers les caprices sophistiqu&#233;s de la th&#233;orie. Si on le lit &#224; l'aune de la conjoncture, l'article d'Errej&#243;n appara&#238;t comme une ultime tentative de maintenir une hypoth&#232;se d&#233;sormais tr&#232;s affaiblie dans l'organisation. Incapable de refuser l'alliance avec IU, Errej&#243;n persiste &#224; affirmer, comme les n&#233;olib&#233;raux apr&#232;s le collapse de 2007 provoqu&#233; en grande partie par leurs id&#233;es, &lt;i&gt;&#171; Nous gagnerons&#8230; mais seulement si nous sommes suffisamment populistes &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte original : &lt;i&gt;&#171; Todav&#237;a no somos suficientes populistas. En respuesta a &#205;&#241;igo Errej&#243;n &#187;&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;http://www.ctxt.es&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.ctxt.es&lt;/a&gt;, 26 avril 2016 &#8212; traduit de l'espagnol par Pablo Casta&#241;o Tierno, Luis Dapelo, Walden Dostoievski et Alexis Gales. Tribune publi&#233;e sur le site de la revue CTXT et traduite pour le site de Ballast.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Etat espagnol. Crise et d&#233;bats au sein de Podemos</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Etat-espagnol-Crise-et-debats-au-sein-de-Podemos</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Etat-espagnol-Crise-et-debats-au-sein-de-Podemos</guid>
		<dc:date>2016-03-29T13:03:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Brais Fern&#225;ndez, Miguel Urb&#225;n</dc:creator>


		<dc:subject>Espagne</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2016-03-29</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Que personne ne s'attende &#224; trouver dans cet article un r&#232;glement de comptes ou des rumeurs internes sur Podemos. Nous sommes convaincus que ce qui importe c'est tout le contraire : se calmer, r&#233;tablir de la s&#233;r&#233;nit&#233;, d&#233;battre, expliquer et se pr&#233;parer. Les gens, les forces qui appartiennent au bloc du changement observent ladite &#171; crise de Podemos &#187; avec stup&#233;faction, sans comprendre ce qui se passe. I&#241;igo [Errej&#243;n] et Pablo [Iglesias] se sont disput&#233;s ? Existe-t-il des diff&#233;rences au sein (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH91/arton25765-77d13.jpg?1781382402' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='91' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Que personne ne s'attende &#224; trouver dans cet article un r&#232;glement de comptes ou des rumeurs internes sur Podemos. Nous sommes convaincus que ce qui importe c'est tout le contraire : se calmer, r&#233;tablir de la s&#233;r&#233;nit&#233;, d&#233;battre, expliquer et se pr&#233;parer. Les gens, les forces qui appartiennent au bloc du changement observent ladite &#171; crise de Podemos &#187; avec stup&#233;faction, sans comprendre ce qui se passe. I&#241;igo [Errej&#243;n] et Pablo [Iglesias] se sont disput&#233;s ? Existe-t-il des diff&#233;rences au sein de Podemos ? Il ne suffit plus de r&#233;pondre qu'il s'agit d'une invention de la presse lorsque tu l'as toi-m&#234;me mis en avant Il faut faire l'effort de d&#233;battre et tenter de comprendre pour progresser. Il convient de sortir de la paresse intellectuelle consistant &#224; publier sur Twitter ou &#224; pontifier sur Facebook.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En ces temps de rythmes effr&#233;n&#233;s, les l&#233;gitimit&#233;s &#8211; de m&#234;me que les certitudes &#8211; sont plus volatiles et plus diffuses que jamais. Le &#171; prince &#187; du XXIe si&#232;cle, le parti organis&#233;, doit vivre dans une tension cr&#233;ative avec le mouvement, avec cet intellect g&#233;n&#233;ral pluriel, dispers&#233; et changeant [allusion plus ou moins pertinente aux &#233;crits de Gramsci &#171; actualisant &#187; ceux de Machiavel dans ses r&#233;flexions politiques]. D'un autre c&#244;t&#233;, un groupe dirigeant responsable, ferme sur ses principes mais toujours au service des classes populaires, est plus que jamais n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ladite &#171; crise de Podemos &#187; ne peut s'expliquer qu'en ces termes. Un parti qui a re&#231;u plus de cinq millions de suffrages, mais qui est tr&#232;s faible pour ce qui rel&#232;ve de l'organisation &#224; partir d'en bas. Un parti pluriel sans pluralisme. Un parti au sein duquel le d&#233;bat politique a tendu trop de fois &#224; &#234;tre remplac&#233; par la &#171; rumorologie &#187;. Un parti o&#249; l'on parle de &#171; familles &#187;, de &#171; clans &#187; plut&#244;t que de &#171; positions &#187; ou de &#171; courants &#187;. Un parti qui n'a toujours pas atteint le rang de &#171; prince &#187; parce qu'il n'est pas parvenu &#224; &#233;tablir une tension cr&#233;ative avec le mouvement mais, au contraire, &#224; une tension peu productive et, certaines fois m&#234;me, destructrice. Un parti jeune et vivant qui tombe malade chaque mois qui passe. Un parti rempli d'accords et de d&#233;saccords.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a, bien s&#251;r, un consensus sur un grand nombre de points fondamentaux : sur la n&#233;cessit&#233; de faire d&#233;gager les vieux partis, sur l'urgence de d&#233;passer les contraintes culturelles et politiques de la vieille gauche ou encore sur l'obligation d'&#234;tre un instrument pour un grand nombre de gens et non pour quelques-uns. Il y a &#233;galement un accord sur d'autres choses qui ne devraient pas &#234;tre fondamentales, mais qui ont leur importance, tel que le leadership populaire de Pablo Iglesias dont nombreux sont ceux qui, malgr&#233; les divergences, consid&#232;rent comme un dirigeant de grande valeur intellectuelle, &#224; m&#234;me d'&#233;tablir un lien comme aucun avec ceux et celles d'en bas. Et, comme au temps de Marx, o&#249; tout le monde appr&#233;ciait Hegel bien que certains le lisaient &#224; partir de la droite et d'autres &#224; partir de la gauche, nous aimons tous Gramsci, bien que certains sont des &#171; gramsciens de droite &#187; et d'autres des &#171; gramsciens de gauche &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, il n'y a pas eu d'accords sur bien d'autres &#233;l&#233;ments. Il n'y a pas eu d'accord sur la n&#233;cessit&#233; de cr&#233;er des structures de base d&#233;mocratiques, capables de g&#233;rer et de faire office de contrepoids, d'&#234;tre des unit&#233;s de base &#224; partir desquelles seraient choisies les directions. En lieu et place de cela, l'option retenue a &#233;t&#233; un mod&#232;le pl&#233;biscitaire au sein duquel les gens ne discutent pas, n'aboutissent pas &#224; un consensus : on ne peut qu'y adh&#233;rer. Il n'y a pas eu d'accord sur la formation d'un parti-mouvement qui puisse recueillir et int&#233;grer, sans exiger une adh&#233;sion inconditionnelle, l'ensemble du patrimoine riche de militant&#183;e&#183;s issu du 15M [le mouvement des indign&#233;&#183;e&#183;s, &#224; partir de mai 2011]. Le choix s'est port&#233; sur une machine de guerre &#233;lectorale. Il n'y a pas eu d'accord sur l'abandon des grandes lignes programmatiques de rupture tels que les processus constituants, la d&#233;mocratisation de l'&#233;conomie par le biais de la socialisation des secteurs financiers et productifs strat&#233;giques ou encore sur des mesures radicales contre la crise et les attaques contre les salaires tel que la rente de base. Nous n'&#233;tions pas d'accord et le programme a &#233;t&#233; mod&#233;r&#233;, adoptant un cadre keyn&#233;sien, qui fixait l'axe de sortie de crise autour de mesures palliatives devant &#234;tre adopt&#233;es par un gouvernement futur, au lieu de se fonder sur l'auto-organisation de classe et populaire ainsi que sur le conflit. Il y a eu de nombreuses divergences, nous continuons de penser ce que nous pensions auparavant et rien ne se passe. Nous le d&#233;fendons ouvertement et nous souhaitons convaincre sur le fait que nos positions sont les plus favorables au changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, Podemos &#233;tant un parti de paradoxes, le mod&#232;le gagnant qui a &#233;t&#233; adopt&#233;, curieusement, se retourne contre ceux qui l'ont fa&#231;onn&#233;. La destitution de Sergio Pascual [secr&#233;taire d'organisation de Podemos, il a &#233;t&#233; d&#233;mis de ses fonctions le 15 mars 2016] s'est faite de mani&#232;re statutaire et respectueuse du mod&#232;le de parti approuv&#233; &#224; Vistalegre [lieu o&#249; s'est tenue, &#224; Madrid en octobre 2014, l'assembl&#233;e fondatrice de Podemos]. Pablo Iglesias a utilis&#233; ses attributions en tant que secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral pour destituer l'un des ex&#233;cutants principaux du mod&#232;le Vistalegre, fond&#233; sur la construction verticale et autoritaire, sur le fameux virage en direction du centre en mati&#232;re de positions politiques, sur un mod&#232;le pl&#233;biscitaire-populiste [en r&#233;f&#233;rence aux id&#233;es d'Ernesto Laclau] qui copiait sur trop de points les partis communistes du XXe si&#232;cle mais sans leur enracinement parmi les forces sociales vives. Les secteurs d&#233;missionnaires du Conseil citoyen de Madrid ainsi que Sergio Pascual lui-m&#234;me, appartenaient au secteur qui a &#233;labor&#233;, d&#233;fendu et mis en &#339;uvre Vistalegre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela s'est produit, qu'il s'agisse ou non d'un hasard, alors que Pablo Iglesias approfondissait l'id&#233;e de la construction d'un camp populaire diff&#233;renci&#233;, non subalterne, antagoniste, face aux &#233;lites et alors que sa figure, rappelant celle de Julio Anguita [secr&#233;taire du Parti communiste espagnol entre 1988 et 1998, coordinateur d'Izquierda Unida entre 1989 et 2000, figure charismatique], devient la cible principale sur laquelle se concentrent toutes les balles du r&#233;gime. Nous faisons face, pour emprunter la formule de Gramsci, &#224; un cas de &#171; c&#233;sarisme progressiste &#187; : &#171; le c&#233;sarisme est progressiste lorsque son intervention aide les forces progressistes &#224; triompher bien que cela soit avec certains compromis et caract&#233;ristiques qui limitent la victoire. &#187; C'est-&#224;-dire, Pablo Iglesias semble avancer (c'est curieux, avancer en reculant) vers des positions plus fra&#238;ches, qui rappellent cet ancien Podemos de lutte et de gouvernement, celui qui donnait la chair de poule dans ses meetings, mais il le fait dans le cadre construit apr&#232;s Vistalegre, un cadre plein de limitations, de pi&#232;ges bureaucratiques et d'insuffisances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d&#233;sormais d'aller plus loin dans deux directions. Tactiquement, il nous appartient d'&#233;viter d'autres actions irresponsables, qui alimentent l'id&#233;e d'une crise alors que ce que nous devrions faire est de nous pr&#233;parer, avec des d&#233;bats, dans l'unit&#233; sur une base de pluralit&#233;, &#224; affronter les deux options &#224; venir : une grande coalition [PP-PSOE avec le soutien de Ciudadanos] ou de nouvelles &#233;lections [en juin]. Strat&#233;giquement, ce qui s'est pass&#233; au cours des derniers jours au sein de Podemos, devrait ouvrir une vaste r&#233;flexion sur le parti-mouvement dont les classes populaires ont besoin. Pour cela, il ne suffit pas d'exprimer son accord, des exemples concrets sont n&#233;cessaires. Au sein du Conseil citoyen de la communaut&#233; autonome de Madrid, une nouvelle &#233;tape s'ouvre. Elle doit s'ouvrir dans tout Podemos. Voici le point de d&#233;part : faire &#224; nouveau appel &#224; tous les gens qui une fois sont pass&#233;s par un cercle et n'y sont pas rest&#233;s, bien qu'ils aient vot&#233; Podemos. Tendre la main aux militant&#183;e&#183;s, aux mouvements sociaux, aux syndicalistes en respectant leur autonomie, de fa&#231;on &#224; ce qu'ils sachent que Podemos est leur parti. Il nous faut assumer la seule chose que nous pouvons &#234;tre pour gagner : pluralistes, d&#233;mocratiques, radicaux sans &#234;tre identitaires. Il n'y a pas de crise : il y a un monde &#224; gagner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduction A l'Encontre, Tribune publi&#233;e le 17 mars 2016 sur le quotidien en ligne eldiario.es. Les deux auteurs sont membres d'Anticapitalistas. Miguel Urban est eurod&#233;put&#233; de Podemos&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Etat espagnol. Ahora en Com&#250;n et l'unit&#233; populaire</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Etat-espagnol-Ahora-en-Comun-et-l-unite-populaire</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Etat-espagnol-Ahora-en-Comun-et-l-unite-populaire</guid>
		<dc:date>2015-08-11T08:14:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Brais Fern&#225;ndez, Jaime Pastor</dc:creator>


		<dc:subject>Espagne</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-08-04</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Traduction A l'Encontre. http://alencontre.org/ &lt;br class='autobr' /&gt; 11 juillet 2015 &lt;br class='autobr' /&gt;
Il existe une vieille tradition au sein de la gauche &#8211; qu'il s'agisse de la gauche dite conventionnelle mais aussi alternative &#8211; parfois tr&#232;s utile, plus routini&#232;re en d'autres occasions : organiser le d&#233;bat public au moyen de manifestes. Les manifestes impliquent toujours une politique de notables car il en d&#233;coule que ce qui compte n'est pas tant ce qui est dit que celui que le fait. Son impact peut &#234;tre mesurer d'une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2015-08-04-+" rel="tag"&gt;Edition du 2015-08-04&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH91/arton22904-30b70.jpg?1781382402' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='91' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Traduction A l'Encontre. &lt;a href=&#034;http://alencontre.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://alencontre.org/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;11 juillet 2015&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe une vieille tradition au sein de la gauche &#8211; qu'il s'agisse de la gauche dite conventionnelle mais aussi alternative &#8211; parfois tr&#232;s utile, plus routini&#232;re en d'autres occasions : organiser le d&#233;bat public au moyen de manifestes. Les manifestes impliquent toujours une politique de notables car il en d&#233;coule que ce qui compte n'est pas tant ce qui est dit que celui que le fait. Son impact peut &#234;tre mesurer d'une mani&#232;re quelque peu particuli&#232;re : autant par qui et combien de personnes l'ont sign&#233; que par ceux qui ne l'ont pas fait. En outre, tout manifeste s'adresse &#224; &#171; quelqu'un &#187;, d'o&#249; sa dimension de &#171; p&#233;tition &#187;, ce qui implique toujours une certaine reconnaissance d'un rapport de forces d&#233;termin&#233;. Si l'ensemble des signataires &#233;tait suffisamment fort pour ne pas devoir faire appel &#224; une autre instance et pourrait le faire de lui-m&#234;me, le manifeste ne ferait pas sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des derni&#232;res semaines de nombreux manifestes ont &#233;t&#233; publi&#233;s, notre analyse est en rapport avec les pr&#233;misses que nous venons d'exposer. Nous nous arr&#234;terons sur deux d'entre eux : celui qui s'intitule Podemos es participaci&#243;n [1], soutenu par de nombreux cadres internes et figures publiques de Podemos et Ahora en Com&#250;n [2] impuls&#233; par diverses personnes li&#233;es aux mouvements sociaux, aux candidatures surgies lors des r&#233;centes &#233;lections locales [24 mai], ainsi que certaines organisations politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux manifestes se distinguent pour s'adresser, de l'int&#233;rieur comme de l'ext&#233;rieur, &#224; la direction de Podemos qui devient le r&#233;f&#233;rent principal et qui, simultan&#233;ment, cumule et bouche des d&#233;veloppements d&#233;termin&#233;s. &#171; Cumule &#187; parce qu'il ne fait aucun doute qu'elle soit le facteur d&#233;cisif, le pouvoir effectif qui peut d&#233;cider en derni&#232;re instance comment seront abord&#233;es les &#233;lections g&#233;n&#233;rales de fin 2015. La direction de Podemos n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; rendre public son projet cette semaine : une proposition de liste &#171; plancha &#187; [3] pour les primaires [elle comporte 65 noms, certain&#183;e&#183;s n'&#233;tant pas membre de Podemos &#8211; le dirigeant d'un syndicat des Gardes civils, des magistrats, etc.], avec des noms qui, en majorit&#233; et avec tout le respect d&#251;, sont per&#231;us comme &#171; l'appareil &#187; ; en outre, dans le cadre d'une circonscription unique [4](o&#249; se trouvent la reconnaissance cons&#233;quente de la r&#233;alit&#233; plurinationale et la recherche d'un ancrage territorial pour pouvoir atteindre mieux &#171; les gens &#187; ?) et convoqu&#233;es &#224; voter &#224; toute vitesse, avec pour excuse l'hypoth&#233;tique anticipation des &#233;lections g&#233;n&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a presque aucun nom significatif en provenance de la soci&#233;t&#233; civile (bien qu'en r&#233;alit&#233; la &#171; soci&#233;t&#233; civile &#187; ne soit pas un sujet mais un espace, nous nous y trouvons tous), ni du &#171; milieu &#187; de la culture, ni, bien s&#251;r, du monde du travail (peut-&#234;tre que d&#233;j&#224; personne ne s'imagine la pr&#233;sence d'un travailleur de Coca-Cola ou de Movistar sur les listes de Podemos [5]) ou des mouvements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les raisons &#224; l'origine de cette composition peuvent &#234;tre multiples : pari sur la constitution d'un groupe parlementaire disciplin&#233;, qui puisse &#233;voluer sans trop de conflits en fonction des zigzags de la direction de Podemos ou, simplement, comme ils assument que la victoire &#233;lectorale s'&#233;loigne toujours plus, ils pr&#233;f&#232;rent &#171; ne pas gagner &#187; avec leurs semblables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; des interpr&#233;tations possibles, ce qui est fondamental est le fait que la direction de Podemos donne l'impression de l'isolement. D'&#234;tre un petit groupe disposant d'une capacit&#233; de communication reconnue et une grande base &#233;lectorale, mais sans pr&#233;sence au-del&#224; de leurs espaces propres en tant que parti. Peut-&#234;tre que cela fait partie de &#171; l'hypoth&#232;se populiste &#187; [allusion aux th&#233;ories d'Ernesto Laclau qui irriguent les conceptions des dirigeants de Podemos] &#8211; se passer autant d'enracinement social que de m&#233;diations quelconques &#8211; mais, bien entendu, cela contraste avec le discours portant sur &#171; l'unit&#233; des gens &#187; que propose la direction de Podemos. C'est-&#224;-dire qu'il s'agit non seulement d'un &#233;chec selon les crit&#232;res que certains d'entre nous l'envisagent, mais &#233;galement dans les termes m&#234;mes de la direction de Podemos, la liste refl&#232;te une profonde faiblesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action face au mod&#232;le des listas planchas et de circonscription unique que propose la direction de Podemos s'est aggrav&#233;e en raison de la pr&#233;sentation de cette liste &#171; d'appareil &#187;. Ceci explique que bien des gens qui appuy&#232;rent le mod&#232;le de Vistalegre [lieu o&#249;, &#224; Madrid en octobre 2014, Podemos a adopt&#233; ses principes fondateurs et organisationnels] et qui ensuite furent &#233;lus comme responsables internes et publics de Podemos aient sign&#233;s le manifeste Podemos es participaci&#243;n. Les raisons en sont multiples (cela va des anticapitalistes &#224; des personnes pour qui sans doute le capitalisme semble un syst&#232;me &#224; r&#233;former), mais le d&#233;nominateur minimum commun semble clair : une plus grande d&#233;mocratie et une plus grande ouverture de Podemos sont n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, pour autant que la direction de Podemos fasse appel &#224; son &#171; infaillibilit&#233; &#187;, ressortissant &#224; des raisonnements du type &#171; ils nous ont toujours critiqu&#233;s, mais nous avons toujours bien fait &#187;, cette foi plac&#233;e dans les infaillibles s'&#233;rode toujours plus vite. En outre, au niveau interne, les membres de Podemos ne peuvent que donner des opinions et attendre que la direction r&#233;agisse. Nous craignons que cela ne se produise pas. La direction de Podemos tient le couteau par le manche et cela implique &#233;galement devoir rendre des comptes. Si elle ne modifie pas sa feuille de route &#233;coutant la base et qu'elle ne gagne pas les &#233;lections, sa raison et son mod&#232;le auront souffert une d&#233;faite retentissante. Ils ont pr&#233;f&#233;r&#233; avoir raison ou se tromper seuls et, bien s&#251;r, c'est une chose qui est insoutenable &#224; moyen terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que la politique &#171; postmoderne &#187; est agressive et futile : ou tu t'entoures de beaucoup de gens, en croissance permanente (en partant toujours d'un noyau solide), ou tu n'avances pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que vient rappeler l'autre manifeste, celui d'Ahora en Com&#250;n. Ce document rappelle de mani&#232;re implicite que ce qui a permis &#224; Podemos d'arriver jusque-l&#224; n'est pas une th&#233;orie du discours, mais une s&#233;rie de revendications populaires et d'articulations mat&#233;rielles qui vont au-del&#224; des mots et des partis et qui continue d'avoir comme point de r&#233;f&#233;rence l'Ev&#233;nement du 15M [15 mai 2011, d&#233;but du mouvement des indign&#233;&#183;e&#183;s] et le pari &#233;mis depuis lors d'une autre politique, mais aussi d'une autre mani&#232;re de la faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai qu'Ahora en Com&#250;n pourrait &#234;tre instrumentalis&#233; par IU (Gauche Unie) ou Equo, mais si cela devait se produire, cela serait en premier lieu responsabilit&#233; de la direction de Podemos. Quel est le probl&#232;me d'un mod&#232;le de primaires ouvertes et pluralistes, comme celui d'Ahora Madrid, o&#249; les listes pourraient concourir selon leurs affinit&#233;s id&#233;ologiques mais vers un m&#234;me objectif : celui de gagner les &#233;lections, expulser le PP-PSOE et en finir avec l'aust&#233;rit&#233; ? Ahora Madrid n'a-t-il pas fait la d&#233;monstration que lorsqu'une liste est h&#233;g&#233;monique, cette liste fait des ravages, comme cela s'est pass&#233; avec Manuel Carmena [actuelle maire de Madrid] ? Y a-t-il un doute quelconque qu'avec des primaires ouvertes et qui auraient comme signification la pr&#233;paration de l'assaut &#233;lectoral unitaire que Pablo Iglesias ne ferait pas de ravages ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moment existe. Mais il d&#233;pend de la direction de Podemos, laquelle g&#232;re un capital accumul&#233; par toutes et tous bien que cela l'enchante de l'attribuer &#224; elle seule, en solitaire. Cette gestion conservatrice du monopole du possible est peut-&#234;tre le plus grand fardeau que transporte le mouvement en ce moment. Il semble quelquefois que la direction de Podemos tend &#224; ressembler &#224; celle de IU il y a deux ans : convaincue de sa v&#233;rit&#233;, sans &#233;couter les autres voix, qu'elle caract&#233;rise syst&#233;matiquement de d&#233;loyales ou qu'elle invite &#224; s'en aller. Peut-&#234;tre qu'il n'y a pas d'autre option que laisser que cette exp&#233;rience arrive &#224; son terme, mais l'argument que personne ne pourra pr&#233;tendre ne pas avoir exist&#233; est : &#171; qu'il n'y avait pas d'autres options &#187;. Elles sont sur la table et maintenant la direction de Podemos doit choisir si elle souhaite un Pablo Iglesias comme secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de son parti ou un dirigeant qui aspire &#224; &#234;tre pr&#233;sident du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brais Fern&#225;ndez et Jaime Pastor&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Voir sur ESSF (article 35546), Etat espagnol : &#171; Podemos es participac&#237;on &#187; &#8211; Pour une consultation populaire sur le r&#232;glement des primaires de Podemos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Voir sur ESSF (article 35545), Etat espagnol : &#171; Ahora en com&#250;n &#187; &#8211; invitation &#224; la convergence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Soit la pr&#233;sentation d'une liste comportant plusieurs candidats, l'&#233;lecteur peut intervertir l'ordre et y compris la modifier ; dans les faits elle est souvent choisie comme une liste ferm&#233;e, introduisant un syst&#232;me majoritaire de fait (R&#233;d. A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Le mod&#232;le de primaires &#8211; soit la d&#233;termination des candidats qui seront pr&#233;sent&#233;s par Podemos lors des &#233;lections g&#233;n&#233;rales pr&#233;vues en novembre &#8211; pr&#233;par&#233; par la direction Iglesias de Podemos repose sur trois &#233;l&#233;ments : une primaire pour le secr&#233;tariat g&#233;n&#233;ral ; une primaire pour les &#233;lections au S&#233;nat avec comme &#171; circonscription &#187; la Communaut&#233; autonome et, enfin, pour la Chambre des d&#233;put&#233;s les &#171; membres &#187; de Podemos pourront &#233;lire 350 personnes (correspondant &#224; l'ensemble des si&#232;ges) sur la base d'une circonscription s'&#233;tendant &#224; tout l'Etat espagnol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit d'&#234;tre enregistr&#233; par internet pour pouvoir voter. La direction affirme avoir ainsi plus de 370'000 &#171; membres &#187;. Lesquels, en majorit&#233;, sont au propre comme au figur&#233; &#171; virtuels &#187;. C'est l'une des conceptions originelles de Podemos : une formation &#171; d'un nouveau type &#187; dans laquelle chacun pourrait s'engager en fonction de ses rythmes et obligations, les gens &#171; normaux &#187;, etc. Outre de constituer un parti &#171; coquille vide &#187;, tr&#232;s d&#233;pendant des d&#233;cisions du centre et dont la vie des cercles de base s'&#233;teint souvent, sa dimension antid&#233;mocratique est aussi claire. Ainsi, pour pouvoir contester ce mod&#232;le de primaires, il faut statutairement recueillir 10% du &#171; corps &#233;lectoral &#187; de Podemos, soit 37'000&#8230; alors que, par exemple, seul 34% des pr&#232;s de 250'000 membres &#171; virtuels &#187; ont particip&#233; aux primaires municipales fin 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir l'article publi&#233; sur ce site : L'immolation de Podemos ou ses primaires :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://alencontre.org/europe/espagne/etat-espagnol-limmolation-de-podemos-ou-ses-primaires.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://alencontre.org/europe/espagne/etat-espagnol-limmolation-de-podemos-ou-ses-primaires.html&lt;/a&gt;. (R&#233;d. A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Contre la fermeture d'une usine de Coca-Cola de la r&#233;gion de Madrid une lutte importante et longue s'est d&#233;roul&#233;e, recueillant beaucoup de sympathie. Movistar est l'un des sous-traitants du g&#233;ant de la t&#233;l&#233;communication Telefonica. Sur cette gr&#232;ve exemplaire, voir l'article qui sera publi&#233; sous peu sur ce site. (R&#233;d. A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Tribune parue le 11 juillet 2015 sur le journal en ligne Publico.es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Etat espagnol : Podemos, un grand succ&#232;s et une grande responsabilit&#233; &#8211; R&#233;flexion inachev&#233;e, contribution au d&#233;bat</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Etat-espagnol-Podemos-un-grand-succes-et-une-grande-responsabilite-Reflexion</link>
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		<dc:date>2014-07-08T08:12:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Brais Fern&#225;ndez</dc:creator>


		<dc:subject>Espagne</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2014-07-01</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'apparition de Podemos a d&#233;boussol&#233; le paysage politique. Dans une situation de blocage institutionnel, o&#249; l'instabilit&#233; paraissait plut&#244;t &#234;tre le fruit de la crise des vieux partis que celui de l'apparition de nouveaux acteurs, Podemos &#233;merge comme une grande menace pour ceux d'en haut et un grand espoir pour ceux d'en bas. &lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s des ann&#233;es de mobilisations et de dynamiques de lutte essentiellement d&#233;fensives, la mar&#233;e d'indignation qui s'est manifest&#233;e avec le mouvement revendicatif du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH60/arton18252-bde03.png?1781382402' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='60' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'apparition de Podemos a d&#233;boussol&#233; le paysage politique. Dans une situation de blocage institutionnel, o&#249; l'instabilit&#233; paraissait plut&#244;t &#234;tre le fruit de la crise des vieux partis que celui de l'apparition de nouveaux acteurs, Podemos &#233;merge comme une grande menace pour ceux d'en haut et un grand espoir pour ceux d'en bas.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s des ann&#233;es de mobilisations et de dynamiques de lutte essentiellement d&#233;fensives, la mar&#233;e d'indignation qui s'est manifest&#233;e avec le mouvement revendicatif du 15M [15 mai 2011 : mouvement des &#171; Indign&#233;&#183;e&#183;s &#187;] cherche &#224; se doter d'outils en vue de lutter pour la conqu&#234;te de fractions de pouvoir institutionnel, en provoquant un changement de cycle : les classes subalternes ne se contentent plus de protester, elles cherchent d&#233;sormais &#224; transformer leur propre narration, peur propre r&#233;cit, en pouvoir politique. Un secteur de la population commence &#224; croire, de nouveau, &#224; la possibilit&#233; de construire une soci&#233;t&#233; &#233;galitaire et d&#233;mocratique : l'irruption populaire discr&#233;dite la politique traditionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet article nous tenterons de r&#233;pondre bri&#232;vement &#224; quelques questions. Pourquoi Podemos a-t-il &#233;t&#233; lanc&#233; et par qui ? Quel est le rapport entre Podemos et les identit&#233;s de la gauche ? Ainsi que quelques points concernant les &#233;l&#233;ments du discours politique, les formes et modalit&#233;s d'organisation et les d&#233;fis &#224; venir. Il resterait encore bien des aspects int&#233;ressants &#224; aborder, mais je vous invite &#224; lire cet article simplement comme une r&#233;flexion inachev&#233;e ou une contribution au d&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De l'interpr&#233;tation d'un moment &#224; la cr&#233;ation d'un &#233;v&#233;nement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rompant avec l'id&#233;e selon laquelle il &#171; faut accumuler des forces lentement &#187;, le lancement de Podemos r&#233;pond &#224; une vision combinant une analyse &#171; objective &#187; de la conjoncture politique avec une utilisation &#171; subjective &#187; de cette derni&#232;re. D'un c&#244;t&#233;, la conjoncture fraie un chemin vers une possibilit&#233; politique : les luttes de d&#233;fense du secteur public (sant&#233;, &#233;ducation, etc.), le discr&#233;dit des organisations sociales et politiques traditionnelles, la bureaucratisation de la gauche institutionnelle, la d&#233;saffection et la col&#232;re d'amples couches de la population, la recherche d'une issue politique aux mobilisations constituent quelques-uns des sympt&#244;mes indiquant qu'un projet comme celui de Podemos avait des chances de r&#233;ussir. D'un autre c&#244;t&#233;, la r&#233;union de ces caract&#233;ristiques ne conduit pas, en elle-m&#234;me, &#224; entra&#238;ner un quelconque changement fondamental de l'ordre politique. Pour impulser la construction d'acteurs (de sujets) qui vont cr&#233;er des &#233;v&#233;nements en fonction des possibilit&#233;s existantes, il importe de tirer parti de la conjoncture pour b&#233;n&#233;ficier d'un &#233;lan. Ce qu'il faut pour que la r&#233;alit&#233; cesse d'&#234;tre un puzzle dont toutes les pi&#232;ces doivent pouvoir s'embo&#238;ter implique de commencer &#224; construire le puzzle avec les pi&#232;ces qui sont &#224; disposition, m&#234;me si elles ne s'embo&#238;tent pas toutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un lancement avec les forces accumul&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Podemos fut lanc&#233; par les personnes regroup&#233;es autour de l'&#233;mission (de TV) de d&#233;bat politique La Tuerka &#8211; dont Pablo Iglesias est la figure de proue &#8211; et par des militant&#183;e&#183;s d'Izquierda Anticapitalista. Deux cultures politiques diff&#233;rentes se sont rencontr&#233;es. La premi&#232;re, celle qui a trouv&#233; son inspiration dans les processus en cours en Am&#233;rique latine, avec une hypoth&#232;se fond&#233;e sur la possibilit&#233; d'une agr&#233;gation populaire autour d'une figure charismatique permettant de faire confluer diverses expressions de m&#233;contentement. La seconde, issue une culture &#171; mouvementiste &#187;, fond&#233;e sur la volont&#233; de construire une alternative de rupture &#224; partir d'en bas et &#224; gauche, tr&#232;s marqu&#233;e par les exp&#233;riences du 15M et des mareas [les &#171; mar&#233;es &#187; ou mouvements sociaux, il en existe plusieurs, caract&#233;ris&#233;es par leurs couleurs, blanche dans la sant&#233;, vert dans l'&#233;ducation, grenat pour les &#171; exil&#233;s du travail &#187;, etc.].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'utilisation d'une figure publique &#171; forte &#187;, plus connue par ses apparitions t&#233;l&#233;vis&#233;es que pour &#234;tre le dirigeant d'un mouvement &#8211; comme peut l'&#234;tre Ada Colau [1] &#8211; a &#233;t&#233; et continue d'&#234;tre controvers&#233;. Mais, au-del&#224; des d&#233;bats, il faut reconna&#238;tre que, sans la figure de Pablo Iglesias, Podemos n'aurait pas d&#233;pass&#233; le stade d'autres exp&#233;riences sans pouvoir d'agr&#233;gation populaire, allant au-del&#224; des espaces militants d&#233;j&#224; constitu&#233;s. Et je me r&#233;f&#232;re &#224; Pablo Iglesias comme figure construite pour souligner une r&#233;ussite ind&#233;niable : derri&#232;re cette figure, il y a une interpr&#233;tation de la n&#233;cessit&#233; de se construire &#233;galement sur le plan m&#233;diatique, eu &#233;gard au r&#244;le que jouent les &#171; mass media &#187; dans les soci&#233;t&#233;s actuelles. Pablo Iglesias est le produit d'une strat&#233;gie, et bien que les opportunit&#233;s soient toujours contingentes, il faut savoir en profiter. Le m&#233;rite revient &#224; celui qui a saisi qu'il y avait un espace &#224; occuper ainsi qu'une accumulation de forces potentielles permettant de le faire. Et il a fait en sorte de transformer ce potentiel en quelque chose de concret. La l&#233;gitimit&#233; de Pablo Iglesias dans la direction de Podemos provient du fait qu'il a su construire, par le biais des haut-parleurs m&#233;diatiques, une voie de communication directe avec des millions de personnes qui s'identifient avec les questions qu'il soul&#232;ve. Le d&#233;bat ne s'articule pas autour de la n&#233;cessit&#233; ou non d'une direction de ce type &#8211; qui a d&#233;montr&#233; &#234;tre tr&#232;s utile pour impulser un vaste projet fond&#233; sur l'auto-organisation populaire &#8211; mais plut&#244;t sur le th&#232;me portant sur la mani&#232;re de combiner se mod&#232;le de direction m&#233;diatique avec la culture &#233;galitaire et &#171; venant d'en bas &#187; qui est apparue avec le 15M. La tentative, non d&#233;pourvue de tensions, d'aller dans le sens de r&#233;unir deux sph&#232;res explique en bonne partie le succ&#232;s de Podemos. Dans ce domaine, il reste encore beaucoup d'exp&#233;riences &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, un secteur de la gauche radicale (radicale dans le sens d'une recherche de r&#233;ponses allant &#224; la racine des probl&#232;mes end&#233;miques) a &#233;t&#233; capable de mettre ses (modestes) forces militantes au service de l'ouverture d'un espace qui ne peut &#234;tre contr&#244;l&#233; par quelque organisation que ce soit. Forces qui cherchent &#224; faire confluer de nouveaux secteurs sociaux au-del&#224; de positions politiques pr&#233;d&#233;finies. Il s'agit, en effet, de mettre l'organisation au service du mouvement, abandonnant l'id&#233;e que l'on &#171; intervient de l'ext&#233;rieur &#187; ou de penser qu'il existe des camps politiques fixes. La t&#226;che consiste &#224; participer &#224; des exp&#233;riences massives, tout en en assumant les contradictions et les formes qui sont plus impos&#233;es par les rythmes r&#233;els de la situation qu'issues d'un travail patient et organis&#233;. A de nombreuses reprises cette situation produit certaines tensions entre des militant&#183;e&#183;s tr&#232;s id&#233;ologis&#233;s et le d&#233;veloppement politique d'un mouvement compos&#233; majoritairement de gens sans exp&#233;rience militante, dont les liens ne s'&#233;tablissent pas souvent sur la base de l'activit&#233; militante traditionnelle. Il existe un risque r&#233;el de d&#233;saccouplement entre les noyaux militants (qui ne proviennent pas n&#233;cessairement d'une organisation concr&#232;te, car il y a des militant&#183;e&#183;s tr&#232;s diff&#233;rents) et cette base sociale vaste et diffuse de Podemos. Ce risque est r&#233;el et toujours pr&#233;sent dans un mouvement qui, en raison de ses caract&#233;ristiques propres, comprend des formes multiples et vari&#233;es de liens entre ses membres, au m&#234;me titre que de degr&#233;s de participation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible qu'un certain changement de mentalit&#233; soit n&#233;cessaire pour que les militant&#183;e&#183;s, outre le fait d'&#234;tre des &#171; protagonistes &#187; politiques, assument &#233;galement une certaine volont&#233; de se mettre en relation avec tous les gens qui s'identifient avec Podemos mais qui ne sont pas dispos&#233;s &#224; s'impliquer dans des dynamiques activistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mettre le &#171; faire &#187; avant l'&#171; &#234;tre &#187;, afin de pouvoir &#171; &#234;tre &#187; &#224; nouveau&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;faite de la gauche traditionnelle (chute du mur de Berlin, adaptation de la social-d&#233;mocratie au n&#233;olib&#233;ralisme, impuissance de la gauche radicale) est &#224; l'origine de ce que, au contraire d'&#233;poques ant&#233;rieures en Europe, la symbologie &#171; rouge &#187; n'est plus l'&#233;l&#233;ment d'identification par lequel s'exprime le m&#233;contentement anticapitaliste. Ce qui devient central comme &#233;l&#233;ment d'ancrage est ce qu'il &#171; faut faire &#187; qui l'emporte sur &#171; ce que l'on est &#187;. Pour le dire en employant des mots de Miguel Romero : &#171; Il est possible et important de cr&#233;er une organisation politique dont la force et l'unit&#233; s'&#233;tablissent au-del&#224; de l'id&#233;ologie, nous concentrant sur la d&#233;finition des t&#226;ches politiques centrales. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne signifie nullement que cette priorit&#233; de &#171; l'agir &#187; emp&#234;che la reconstruction d'identit&#233;s, car il y a toujours en politique une relation de tension avec le pass&#233;, une force qui nous impulse provenant de tr&#232;s loin, ainsi que l'expliquait Walter Benjamin [dans ses Th&#232;ses sur l'histoire de 1940]. Il suffit de voir l'&#233;tonnante r&#233;cup&#233;ration-transformation de meetings [dans de vastes espaces, souvent dehors, en public] en tant que &#171; th&#233;&#226;tre politique &#187; qu'a r&#233;alis&#233;e Podemos : les poings lev&#233;s ; Carlos Villarejo [2] citant Engels ; Teresa Rodr&#237;guez [d&#233;put&#233;e europ&#233;enne de Podemos, membre de Izquierda Anticapitalista], saluant les luttes locales de travailleurs, les chants de combats ; ou, encore, Pablo Iglesias &#233;voquant ce qu'il y a de meilleur dans le mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception du meeting comme espace vivant, performatif [d&#233;crivant l'action et impliquant cette action], conditionne l'&#233;volution de Podemos sur le plan de l'esth&#233;tique et du discours : sur ce th&#233;&#226;tre d'un &#171; type nouveau &#187; &#8211;que sont devenus les meetings de Pablo Iglesias et d'autres figures publiques du mouvement &#8211; le public non seulement observe, admiratif, mais il agit, il fait pression, il vit. Cette ouverture d'espaces pour l'expression populaire &#8211; ce qui est le grand m&#233;rite de Podemos &#8211; a permis au peuple de gauche de se r&#233;unir avec lui-m&#234;me, mais a &#233;galement oblig&#233; la gauche &#224; sortir de sa l&#233;thargie identitaire. Podemos a fonctionn&#233; dans cet &#233;quilibre, tendu et pr&#233;caire, permettant au projet de partir de la gauche, d'ouvrir un nouveau champ au-del&#224; de cette identit&#233;, pour ensuite la recomposer, mais sans jamais s'y enfermer. Etre de gauche revient &#224; la mode parce que ce n'est d&#233;j&#224; plus quelque chose qui se vit dans la solitude et avec un symbole accroch&#233; &#224; la boutonni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le jeu des concepts&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Podemos a atteint un &#233;quilibre difficile pour la gauche : appara&#238;tre comme &#171; le nouveau &#187; tout en puisant cette force qui provient de l'observation du pass&#233; pour y chercher de l'inspiration. Deux exemples nous permettront d'illustrer cet aspect : tout d'abord, l'introduction &#171; depuis l'ext&#233;rieur &#187; du terme &#171; caste &#187; ; ensuite la contestation de l'identit&#233; &#171; socialiste &#187; du PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol), l'un des piliers du r&#233;gime constitutionnel de 1978.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'introduction du terme &#171; caste &#187; met clairement en &#233;vidence la puissance discursive de Podemos. Il s'agit d'un concept suffisamment ambivalent et sibyllin pour pouvoir &#233;tablir un axe antagoniste, cela dans un contexte o&#249; les responsables de la d&#233;b&#226;cle sociale se montrent invisibles ou strictement individualis&#233;s. Traditionnellement, dans la th&#233;orie politique issue du marxisme, le terme &#171; caste &#187; a &#233;t&#233; utilis&#233; pour se r&#233;f&#233;rer aux couches de la population dont le pouvoir &#233;manait de leurs relations avec l'Etat, alors que le terme &#171; classe &#187; &#233;tait reli&#233; &#224; la position face aux moyens et aux rapports de production et de propri&#233;t&#233;. Le terme &#171; caste &#187; peut &#234;tre l'expression de cette fusion entre le pouvoir &#233;conomique et les appareils de l'Etat typique de la p&#233;riode n&#233;olib&#233;rale ; fusion produite par l'invasion financi&#232;re de champs de gestion &#233;tatique qui, au cours de la p&#233;riode du &#171; Welfare &#187;, reproduisait les conqu&#234;tes sociales de la classe laborieuse. Le terme &#171; caste &#187; se transforme en une repr&#233;sentation, simple et directe, des responsables &#233;conomiques et politiques de la mis&#232;re, de la fusion entre les pouvoirs publics et priv&#233;s. Ce terme pourrait se convertir en synonyme de ce que le mouvement ouvrier a nomm&#233; la &#171; bourgeoisie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette capacit&#233; du terme &#171; caste &#187; de symboliser la fusion entre les pouvoirs &#233;conomiques et politiques poss&#232;de &#233;galement sa base mat&#233;rielle dans le mouvement r&#233;el : que l'on se reporte au slogan qui lan&#231;a le 15M, rappelant que &#171; nous ne sommes pas des marchandises aux mains des politiciens et des banquiers &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un terme aussi ambigu que celui de &#171; caste &#187;, sans ces exp&#233;riences collectives ant&#233;rieures, aurait pu se transformer &#233;galement en une repr&#233;sentation fauss&#233;e de tous les maux, un recours populiste occultant les responsables authentiques de la crise, ainsi que cela s'est produit en Italie o&#249; le principal porte-drapeau de la lutte contre la &#171; caste &#187; est le Mouvement 5 &#233;toiles de Beppe Grillo, qui a fini par n&#233;gocier la formation d'un groupe parlementaire avec l'UKIP (le parti d'extr&#234;me droite vainqueur des derni&#232;res &#233;lections europ&#233;ennes en Grande-Bretagne) au Parlement europ&#233;en. Cet accord a &#233;t&#233; approuv&#233;, selon une forme classique du Mouvement 5 &#233;toiles, gr&#226;ce &#224; une consultation en ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci ne discr&#233;dite pas le r&#233;f&#233;rendum en ligne (sans doute l'un des outils les plus utiles [3] pour amplifier la participation populaire), ni l'usage du terme &#171; caste &#187;, mais cela nous rappelle que ce sont les processus sociaux collectifs qui d&#233;tiennent le poids d&#233;cisif. Ce sont eux qui d&#233;finissent la signification d'un terme et d&#233;terminent l'utilisation dans un sens ou dans un autre des m&#233;canismes de participation online.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas non plus oublier que le duel entre les termes &#171; la caste &#187; et &#171; les gens &#187; se produit dans le cadre de relations structurelles de domination et d'exploitation capitalistes : la &#171; caste &#187; est exploiteuse, mais elle se maintient et se reproduit dans un cadre syst&#233;mique. C'est l'action politique des gens qui peut d&#233;loger la &#171; caste &#187;, non seulement pour la remplacer par une nouvelle couche de gouvernants &#171; plus justes &#187;, mais pour d&#233;sarticuler ces rapports (relations entre l'&#234;tre humain et l'environnement fond&#233;es sur la rapine, l'expropriation par quelques-uns de la richesse produite par le travail, des relations d'oppression h&#233;t&#233;ropatriarcales) qui d&#233;terminent la vie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force de Podemos r&#233;side en ce que le concept n'est pas d&#233;tach&#233; de l'action r&#233;elle, et ainsi s'ouvre la possibilit&#233; de lier la lutte contre la &#171; caste &#187; &#224; la possibilit&#233; de d&#233;passer les structures et les rapports qui permettent et conditionnent la reproduction de la &#171; caste &#187;. Au sein de ce processus de lutte apparaissent des &#233;l&#233;ments d'auto-organisation populaire, de nouvelles relations sociales qui remettent en question celles impos&#233;es par la soci&#233;t&#233; capitaliste : la lutte contre &#171; la caste &#187; se forge dans la coop&#233;ration et le d&#233;bat, cela &#224; l'oppos&#233; de la mise en concurrence, de l'isolement social et de la solitude que produit le n&#233;olib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, Podemos a eu l'audace (li&#233;e &#224; la possibilit&#233; ouverte par la fragilit&#233; des loyaut&#233;s politiques &#233;tablies par le r&#233;gime de 1978) d'aller contester les bases sociales du PSOE. Le PSOE a fonctionn&#233; au cours des derni&#232;res d&#233;cennies comme le principal &#233;l&#233;ment &#171; partidaire &#187; d'int&#233;gration des classes subalternes &#224; l'Etat espagnol, un r&#244;le fortement li&#233; &#224; sa subordination et fusion avec les appareils de l'Etat. Les m&#233;canismes pour cette int&#233;gration ont &#233;t&#233; multiples. Les plus notables sont ses liens avec les syndicats, une politique de r&#233;formes destin&#233;e &#224; stimuler un mod&#232;le &#233;conomique qui &#233;changeait les aides europ&#233;ennes (UE) contre une d&#233;sindustrialisation du pays. L'endettement servait d'instrument de compensation de la stagnation salariale. Dans la foul&#233;e s'op&#233;rait une financiarisation du syst&#232;me productif. L'effondrement de ce mod&#232;le, &#224; partir de la crise de 2008, a &#233;galement signifi&#233; une forte &#233;rosion de son r&#244;le de r&#233;f&#233;rence sociale pour tout ce secteur de la classe laborieuse qui consid&#233;rait jadis le PSOE comme un moindre mal compar&#233; &#224; la droite. Podemos a su se r&#233;approprier le terme &#171; socialiste &#187; pour se positionner en tant qu'alternative face &#224; la ruine de la &#171; marque d'origine &#187;, y compris au moyen d'un &#171; jeu discursif &#187; s'appuyant sur une donn&#233;e al&#233;atoire : le dirigeant de Podemos et le fondateur du PSOE portent le m&#234;me nom [Pablo Iglesias, 1850-1925, il fut aussi dirigeant de l'UGT]. Ainsi, Podemos accuse le PSOE d'abandonner ses objectifs fondateurs et appelle &#224; les r&#233;cup&#233;rer dans le cadre de la construction d'un nouveau sujet politique. Les socialistes peuvent ainsi retrouver la fiert&#233; de l'&#234;tre, mais en dehors du PSOE, per&#231;u comme un cadre caduc et en voie de d&#233;composition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous comprenons le &#171; sens commun &#187; &#224; la mani&#232;re de Gramsci, c'est-&#224;-dire comme une synth&#232;se entre l'id&#233;ologie de la classe dominante et les conqu&#234;tes contre-h&#233;g&#233;moniques des subalternes dans leur lutte contre cette id&#233;ologie dominante, il ne fait aucun doute que l'ambivalence discursive de Podemos permet de recueillir une bonne partie du capital historique accumul&#233; autant par les luttes que par l'histoire du mouvement des opprim&#233;&#183;e&#183;s. Mais cette ambivalence &#8211; indispensable et si utile pour un processus d'agr&#233;gation populaire massif &#8211; devra &#233;galement faire face &#224; des d&#233;fis dict&#233;s par l'agenda politique dominant. Un agenda, ne l'oublions pas, qui continue d'&#234;tre marqu&#233; par des faits &#233;trangers aux actions de Podemos, m&#234;me si ce dernier constitue d&#233;j&#224; un &#233;l&#233;ment de l'&#233;quation. Que se passera-t-il le jour de la consultation catalane [pr&#233;vu le 9 novembre 2014] ? Le sens commun qui domine dans une grande partie &#8211; voire la majorit&#233; &#8211; de ceux qui s'identifient &#224; Podemos ne les pousse pas pr&#233;cis&#233;ment dans le sens d'un soutien au droit des Catalans &#224; d&#233;cider [l'ind&#233;pendance], m&#234;me si certains dirigeants de Podemos ont d&#233;fendu le droit de d&#233;cider des Catalans. Beaucoup de p&#233;dagogie et de courage seront n&#233;cessaires pour que ne s'impose pas en Espagne le sens commun dominant, c'est-&#224;-dire celui de l'unit&#233; de l'Espagne. Mais Podemos, au moins, a ouvert la possibilit&#233; de r&#233;soudre cette situation de mani&#232;re d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On n'invente pas les formes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des caract&#233;ristiques des p&#233;riodes de reflux r&#233;side dans le fait que la gauche a tent&#233; d'int&#233;grer les personnes dans ses propres structures plut&#244;t que d'aller vers les structures que &#171; g&#233;n&#232;rent &#187; les gens. C'est, jusqu'&#224; un certain point, compr&#233;hensible. S'il n'y a pas de mouvement, il n'y a pas de lieu o&#249; aller, ce qui entra&#238;ne le repli et l'isolement. C'est la raison pour laquelle les attaques gratuites, tr&#232;s &#224; la mode dans certains secteurs, contre la gauche qui a r&#233;sist&#233; &#224; toute la vague n&#233;olib&#233;rale qui a pr&#233;c&#233;d&#233; le 15M sont souvent peu mat&#233;rialistes et injustes. La trag&#233;die n'est pas cette r&#233;sistance, qui ne m&#233;rite que le respect. La trag&#233;die se produit plut&#244;t lorsqu'il y a un changement d'&#233;poque, lorsque le mouvement surgit dans l'histoire. Les tentatives de ne pas dispara&#238;tre en p&#233;riodes de reflux ou de crise du mouvement se concr&#233;tisent souvent sous forme de tendances bureaucratiques, car sans la pression de ceux d'en bas, ce sont les institutions dominantes qui font pression &#224; partir d'en haut. C'est ainsi que les organisations traditionnelles de la gauche ont eu une tendance &#224; se transformer en appareils conservateurs en raison de la pression g&#233;n&#233;r&#233;e par les liens avec les appareils de l'Etat et les dynamiques de r&#233;sistance bas&#233;es uniquement sur la lutte &#233;lectorale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le mouvement populaire fait de nouveau irruption, toutes ces routines sont remises en question. La mar&#233;e du 15M fut pr&#233;cis&#233;ment cette irruption du mouvement, apr&#232;s le d&#233;sert et l'apathie n&#233;olib&#233;rale, avec le retour du collectif, avec la cr&#233;ation de formes organisationnelles qui r&#233;pondaient aux probl&#232;mes de la majorit&#233; de la population, &#224; la r&#233;alit&#233; quotidienne des gens. Emmanuel Rodriguez dans son ouvrage Hip&#243;tesis Democracia d&#233;crit &#224; la perfection les formes que propose (et impose) le mouvement 15M : &#171; Ample, sous forme d'assembl&#233;es, sans structures d&#233;termin&#233;es, dans la rue et sur la toile. Spontan&#233;ment, sa forme s'adapte &#224; celle d'un mouvement constituant dans lequel peut participer n'importe qui. Les assembl&#233;es sont ouvertes et peut y participer qui le souhaite. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Podemos tient sa force pr&#233;cis&#233;ment dans le fait de ne pas tenter d'imposer des formes, mais en permettant de reprendre celles qui ont &#233;t&#233; exp&#233;riment&#233;es sur les places, ouvrant des espaces de participation pour les gens. Cela explique la capacit&#233; que poss&#232;de Podemos &#171; d'additionner &#187; : on n'exige pas aux gens de s'int&#233;grer dans une structure pr&#233;d&#233;finie, mais est offert plut&#244;t un espace &#224; configurer. Cela diff&#233;rencie Podemos du reste des organisations politiques. Avec Podemos, on parlerait plut&#244;t d'auto-organisation, d'un &#171; do you it yourself &#187; oppos&#233; au mod&#232;le des organisations politiques de la gauche traditionnelle o&#249; la relation entre militant et structure est pr&#233;figur&#233;e &#224; l'avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce grand avantage n'est pas exempt de probl&#232;mes. Les probl&#232;mes les plus imm&#233;diats sont provoqu&#233;s par la n&#233;cessit&#233; de donner forme &#224; des structures propres, capables d'agir de mani&#232;re pratique, de s'adapter aux temps impos&#233;s par la vie quotidienne. Le d&#233;fi consiste &#224; parvenir &#224; adapter la participation &#224; la vie et non la vie &#224; la participation. Pour cela, la d&#233;finition de structures peut &#234;tre utile pour qu'apr&#232;s le moment d'euphorie initial ne se perde pas l'impulsion d&#233;mocratique. Il faudra examiner si cette g&#233;n&#233;ration de structures est capable de se diffuser depuis en bas jusqu'en haut. En raison des caract&#233;ristiques m&#234;mes du projet (lanc&#233; &#171; depuis en haut &#187;), l'espace depuis lequel se dirige le projet est &#171; ferm&#233; &#187;. D'o&#249; le fait que nous nous trouvons, de facto, en pr&#233;sence de deux processus parall&#232;les dans Podemos qui n'interagissent pas. L'un, &#224; partir d'en bas, exp&#233;rimental, cr&#233;atif, ouvert et un autre, d'en haut, ferm&#233;, beaucoup plus rapide au moment d'agir, qui envoie des d&#233;cisions &#224; l'ensemble de Podemos. Il est n&#233;cessaire d'&#233;quilibrer progressivement cette relation entre &#171; en haut &#187; et &#171; en bas &#187;, sans perdre de vue que ce qui se bouge dans les marges, en produisant des m&#233;canismes de contr&#244;le et de d&#233;cision qui parcourent tout l'espace de Podemos. La nouvelle p&#233;riode qui s'ouvre, dans laquelle Podemos sera li&#233; aux institutions (et &#224; ses &#171; r&#233;compenses &#187; mat&#233;rielles), est &#233;galement un cadre connu pour un processus acc&#233;l&#233;r&#233; de bureaucratisation s'il n'y a pas un fort contr&#244;le de la base, si ne s'&#233;laborent pas des canaux qui coulent de haut en bas et de bas en haut. Il ne s'agit pas de liquider la capacit&#233; de d&#233;cision des cercles ex&#233;cutifs, mais plut&#244;t de cr&#233;er la possibilit&#233; de les &#233;lire et de les contr&#244;ler par des assembl&#233;es, introduisant des principes de rotation et de r&#233;vocabilit&#233;, en cherchant un &#233;quilibre entre l'autonomie des cercles [4] et l'ensemble du projet. Le discours de Podemos a beaucoup insist&#233; sur la participation et le contr&#244;le d&#233;mocratique, avec pour objectif de modifier la logique de la repr&#233;sentation. Reste &#224; cr&#233;er les conditions qui ont &#233;t&#233; &#233;num&#233;r&#233;es pour sa concr&#233;tisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas masquer les tensions qui peuvent na&#238;tre dans un espace aussi h&#233;t&#233;rog&#232;ne que celui de Podemos. Ces derni&#232;res ne peuvent &#234;tre &#171; g&#233;r&#233;es &#187; que si l'on produit un cadre stable, toujours ouvert et suffisamment fort pour pouvoir engendrer une nouvelle culture politique qui fasse que tous les d&#233;bats soient canalis&#233;s par des structures d&#233;mocratiques, surgies depuis la base, perm&#233;ables &#224; la soci&#233;t&#233;. Ces m&#233;canismes ne doivent pas &#234;tre paralysants puisqu'ils ont comme objectif la bataille politique contre les classes dominantes. Mais ils doivent en m&#234;me temps int&#233;grer ce qui diff&#233;rencie Podemos de la simple efficacit&#233; technocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des grandes diff&#233;rences de Podemos par rapport &#224; d'autres formations r&#233;side dans le fait que les m&#233;canismes qui lient les gens permettent de d&#233;cider, de donner son opinion tout en visant &#224; donner des solutions aux d&#233;bats politiques. C'est la raison pour laquelle &#8211; au-del&#224; de l'&#233;lan g&#233;n&#233;r&#233; par l'esp&#233;rance premi&#232;re &#8211; se fait n&#233;cessaire une nouvelle culture qui rompe avec la vieille politique bas&#233;e sur les familles politiques, les r&#233;seaux informels ou les r&#233;unions de couloir. Ces structures ne peuvent se construire que si le pouvoir (qui, en derni&#232;re instance, est une fiction, un accord consensuel que toutes les parties acceptent) &#233;mane de structures visibles, transparentes, fond&#233;es sur des r&#232;gles claires et simples. Ce type de m&#233;canismes est le plus utile pour produire une identit&#233; commune bas&#233;e sur &#171; l'agir politique &#187;, l'appartenance au projet, son caract&#232;re non excluant, au-del&#224; les sigles ant&#233;rieurs, des groupes d'affinit&#233; ou simplement de non-inscription identitaire. C'est l&#224; le d&#233;fi interne le plus important auquel fait face Podemos : passer de l'agr&#233;gation enthousiaste &#224; la politique au jour le jour, sans perdre en vitalit&#233;, en &#233;nergie, en &#233;motion, en d&#233;mocratie. Ce sera difficile mais pas impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le d&#233;fi est de gagner&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des grands paris de Podemos &#233;tait de rompre avec la dichotomie entre ce qui rel&#232;ve du domaine &#233;lectoral et ce qui a trait au processus de lutte et d'auto-organisation. Tout au long du processus qui a pr&#233;c&#233;d&#233; les &#233;lections europ&#233;ennes du 25 mai, Podemos a construit un mouvement politique &#233;lectoral massif, ayant une vocation de continuit&#233;, dans un contexte dans lequel les mobilisations de rue &#233;taient en reflux, &#224; l'exception de la reprise des Marches de la dignit&#233; du 22 mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, ce &#171; processus constituant &#187; n'aurait pas &#233;t&#233; possible sans l'accumulation de forces provenant des multiples mobilisations ant&#233;rieures, qui marquent toujours la conscience des phases qui suivent. Mais il est &#233;galement certain que Podemos a utilis&#233; les &#233;lections pour r&#233;am&#233;nager le champ politique. Pour la premi&#232;re fois, la bataille &#233;lectorale n'a pas &#233;t&#233; envisag&#233;e comme une &#171; guerre de positions &#187; avec les forces accumul&#233;es, mais comme une &#171; guerre de mouvements &#187; rapides, ayant pour objectif de rassembler de nouveaux secteurs sociaux pas li&#233;s &#224; l'accumulation des forces produites lors les mobilisations ant&#233;rieures. C'est cette utilisation des processus &#233;lectoraux qui a donn&#233; naissance &#224; ces cercles qui ont v&#233;cu et agi dans la campagne &#233;lectorale en tant qu'acteurs d'une mobilisation : ils cherchaient &#224; recueillir des voix en m&#234;me temps que s'ouvraient des espaces pour l'auto-organisation populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Podemos est n&#233; avec un horizon concret : d&#233;loger les partis du r&#233;gime des institutions. Mais cela ne signifie pas n&#233;cessairement &#171; gagner &#187;. Gagner c'est pouvoir gouverner, plus m&#234;me, c'est doter les classes populaires de m&#233;canismes pour l'auto-gouvernement en m&#234;me temps que l'on d&#233;loge du pouvoir les classes dominantes, d&#233;mantelant ses m&#233;canismes de domination. Cela ne se r&#233;alise pas par d&#233;cret, ni du jour au lendemain, il s'agit d'un processus qui, dans le contexte historique actuel, ne peut qu'&#234;tre initi&#233; par une victoire &#233;lectorale. Podemos doit s'y pr&#233;parer, affrontant les campagnes &#233;lectorales sous un angle offensif tandis que, parall&#232;lement, on se pr&#233;pare &#224; aborder la question du gouvernement au-del&#224; du simple discours. Quelqu'un doute-t-il que le programme de Podemos rencontrerait des r&#233;sistances venant du capital financier international, des grands entrepreneurs ou de la caste li&#233;e aux appareils de l'Etat ? Comment gouverner des municipalit&#233;s endett&#233;es par les politiques n&#233;olib&#233;rales ? Comment s'opposer &#224; une fuite des capitaux, r&#233;action plus que possible face &#224; l'implantation d'une fiscalit&#233; fortement progressive ? Il est n&#233;cessaire de construire des pouvoirs populaires pr&#233;par&#233;s &#224; r&#233;sister &#224; cette pression qui se d&#233;cha&#238;nera en cas de victoire &#233;lectorale. Il ne suffira pas de contrer les menaces catastrophistes des grands m&#233;dias avec des d&#233;mentis verbaux : la meilleure forme de les combattre sera un peuple qui a confiance en lui-m&#234;me, pr&#233;par&#233; &#224; exercer le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cercles Podemos sont l'un des espaces indispensables pour affronter cette t&#226;che. Il faut pr&#233;ciser auparavant que les cercles ne sont pas des m&#233;canismes de pouvoir populaire : ils sont des outils, mais ils repr&#233;sentent un plus pour la construction de ce pouvoir populaire au service d'un gouvernement des citoyens et citoyennes. Il s'agit de maintenir des rapports constants et &#233;troits avec les gens des quartiers, des lieux de travail et d'&#233;tudes, en &#233;vitant de se limiter &#224; des consultations sur internet, tr&#232;s utiles et indispensables pour faciliter des m&#233;canismes de d&#233;cision, mais incapables de construire une politique &#171; chaleureuse &#187;, appuy&#233;e sur la d&#233;lib&#233;ration collective et la construction de communaut&#233;s enracin&#233;es dans la vie quotidienne des territoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit donc de combiner les formules virtuelles et la pr&#233;sence sur le terrain, utilisant tous les instruments &#224; notre disposition pour construire, lier et susciter la participation de la majorit&#233; sociale. Cela ne signifie nullement que les cercles doivent prendre toutes les d&#233;cisions concernant Podemos, mais bien qu'ils doivent participer &#224; l'&#233;laboration des questions pr&#233;sent&#233;es &#224; la population, pour &#233;viter que les r&#233;ponses possibles ne soient d&#233;finies que par quelques-uns. C'est seulement de cette mani&#232;re que les cercles se transformeront en espaces ouverts, perm&#233;ables &#224; la sensibilit&#233; et aux probl&#232;mes de ceux et celles d'en bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cercles peuvent &#233;galement &#234;tre ce lien entre tout le capital accumul&#233; au sein de la soci&#233;t&#233; civile et des institutions. Les t&#226;ches sont concr&#232;tes : discuter avec les organisations sociales non seulement pour se solidariser avec elles, mais pour recueillir leurs exp&#233;riences face &#224; l'&#233;laboration d'une alternative de gouvernement &#8211; les Mar&#233;es blanche [sant&#233;] ou verte [&#233;ducation] ou la PAH [plate-forme contre les expulsions de logement] ont accumul&#233; une exp&#233;rience pr&#233;cieuse qui devrait servir de base &#224; certaines politiques publiques au service de l'ensemble de la soci&#233;t&#233; ; tisser des liens entre les forces vives des quartiers et des villes ; rendre visibles des probl&#232;mes ignor&#233;s par les autorit&#233;s ; se transformer en un lieu de rencontre ouvert pour tous les habitants ; &#234;tre un m&#233;canisme pour la formation politique de citoyens qui ont besoin d'apprendre ensemble &#224; se gouverner eux-m&#234;mes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout mouvement transformateur poss&#232;de plusieurs pieds. L'&#233;lectoral est l'une d'entre eux. Les activistes en sont un autre. Sans doute, les porte-parole et les figures publiques repr&#233;sentent un autre, indispensable. Nous avons parl&#233; d'&#233;lections, d'outils discursifs, de comment utiliser l'&#233;nergie militante pour construire un pouvoir populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il reste un quatri&#232;me pied pour se mouvoir : les gens &#171; invisibles &#187;, ceux qui vivent &#224; la marge de cette expression de la vie publique qu'est la politique. Pour cela, il est n&#233;cessaire de comprendre Podemos comme un champ fluide, loin de la rigidit&#233; de la politique traditionnelle, qui ne con&#231;oit la construction des sujets que sur la base des expressions visibles. Il nous reste le d&#233;fi immense d'&#234;tre l'esp&#233;rance de ceux qui ne croient en rien, de ceux qui vivent &#224; la marge de l'exercice de la politique, d'&#234;tre l'espoir de ceux qui vivent d&#233;sabus&#233;s. Cette puissance sociale ne s'exprimera pas jusqu'&#224; ce qu'une force politique comme Podemos ait fait la d&#233;monstration qu'elle ne va pas d&#233;cevoir. Le d&#233;fi le plus grand de Podemos est de cr&#233;er de la confiance dans un monde plein de suspicions, o&#249; tout a &#233;chou&#233; et o&#249; il ne reste rien de tr&#232;s cr&#233;dible [5]. Parce que si Podemos ne r&#233;ussit pas &#224; insuffler cette confiance, il peut surgir des monstres tels que des pulsions totalitaires et des faux idoles. La responsabilit&#233; est peut-&#234;tre excessive pour une force aussi jeune, mais elle est r&#233;elle. Il nous revient &#224; toutes et &#224; tous d'&#234;tre &#224; la hauteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Ancienne porte-parole de la PAH, mouvement qui s'oppose aux expulsions de logement en Espagne, qui est devenue une &#171; figure &#187; de r&#233;f&#233;rence des mouvements sociaux. Elle a lanc&#233; r&#233;cemment une proposition de rassemblement de mouvements et d'organisations &#8211; y compris Podemos &#8211; pour se pr&#233;senter aux &#233;lections municipales &#224; Barcelone en mai 2015. Cette initiative porte le nom de Guanyem Barcelona. (R&#233;daction A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] N&#233; en 1935, activiste antifranquiste bien que magistrat sous la dictature, procureur anticorruption entre 1995 et 2003, il a &#233;t&#233; l'un des 5 &#233;lu&#183;e&#183;s au parlement europ&#233;en de Podemos, place qu'il a laiss&#233;e, comme il l'avait annonc&#233;, &#224; Tania Gonzalez, qui figurait en sixi&#232;me position de la liste Podemos. (R&#233;daction A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Podemos a utilis&#233; le r&#233;f&#233;rendum online lors de primaires servant &#224; d&#233;terminer ses candidats aux &#233;lections europ&#233;ennes du 25 mai 2014, ainsi que pour approuver l'&#233;quipe de direction, dans des conditions probl&#233;matiques, jusqu'&#224; l'assembl&#233;e constituante de Podemos &#224; l'automne. (R&#233;daction A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Mi-juin, Podemos compte, outre des &#171; cercles th&#233;matiques &#187;, 507 cercles r&#233;partis dans tout l'Etat espagnol, plus quelques dizaines en dehors de l'Etat espagnol. (R&#233;daction A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Le quotidien fran&#231;ais Le Monde, en date du 30 juin 2014, sous le titre tapageur &#171; L'indign&#233; espagnol qui veut bousculer l'Europe &#187;, relate la candidature de Pablo Iglesias &#224; la pr&#233;sidence du Parlement europ&#233;en. Il est pr&#233;sent&#233; par la Gauche unitaire europ&#233;enne (GUE) qui d&#233;tient 52 d&#233;put&#233;s sur 751. Un accord entre le Parti populaire europ&#233;en (PPE) et la social-d&#233;mocratie europ&#233;enne fait du social-d&#233;mocrate allemand Martin Schulz le candidat qui a toutes les chances d'&#234;tre &#233;lu au premier tour. L'&#233;lection aura lieu le 1er juillet, &#224; Strasbourg. Dans l'article mentionn&#233;, la correspondante du Monde &#224; Madrid, Sandrine Morel, dresse &#224; sa fa&#231;on le portrait de Pablo Iglesias. Ce portrait reproduit une partie de l'offensive m&#233;diatique dominante contre Podemos :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais la candidature de Pablo Iglesias est un symbole. Jeune, nouveau en politique, il est l'h&#233;ritier du mouvement social des &#171; indign&#233;s &#187; qui avait occup&#233; les places espagnoles en mai 2011. &#171; Le mec &#224; la queue-de-cheval &#187;, comme il est surnomm&#233; en Espagne, a &#233;t&#233; charg&#233; par la GUE d'incarner la &#171; lutte contre l'aust&#233;rit&#233; et les diktats de la &#8220;tro&#239;ka&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de sa premi&#232;re conf&#233;rence de presse &#224; Bruxelles, le 27 juin, M. Iglesias a donc commenc&#233; par &#233;largir sa base &#233;lectorale potentielle en appelant les socialistes, &#171; en particulier des pays du Sud et de l'Irlande, &#224; le soutenir en toute conscience &#187;. &#171; Une Europe qui revendique la solidarit&#233; face aux banques est possible &#187;, a-t-il affirm&#233; apr&#232;s avoir d&#233;nonc&#233; le pouvoir des &#171; &#233;lites financi&#232;res &#187; et le risque que les &#171; peuples et pays du Sud &#187; deviennent &#171; des colonies du nord de l'Europe (&#8230;), une euro-p&#233;riph&#233;rie appel&#233;e &#224; fournir de la main-d'&#339;uvre bon march&#233; et sans droits &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233; il y a seulement cinq mois, Podemos a cr&#233;&#233; la surprise en obtenant 8 % des voix lors des &#233;lections europ&#233;ennes en Espagne. Avec plus de 1,2 million de voix et cinq si&#232;ges, le parti a r&#233;cup&#233;r&#233; les d&#233;&#231;us du Parti socialiste, qui a r&#233;alis&#233; le pire score de son histoire. Depuis, pas un jour ne passe sans que la presse espagnole ne consacre un article, souvent critique, voire alarmiste, &#224; Pablo Iglesias. Un acharnement m&#233;diatique qui profite sans doute plus qu'il ne nuit &#224; ce politologue accus&#233; de vouloir &#171; exporter la r&#233;volution bolivarienne en Europe &#187;. Qui oppose dans ses discours &#171; la caste &#187; aux &#171; vraies gens &#187; qu'il entend repr&#233;senter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233; d'une m&#232;re avocate aupr&#232;s des Commissions ouvri&#232;res (syndicat ex-communiste) et d'un p&#232;re professeur d'histoire des relations professionnelles et militant clandestinement au Parti communiste sous le franquisme, M. Iglesias per&#231;oit 950 euros par mois, le salaire m&#233;dian, pour son poste &#224; l'universit&#233;, et habite le quartier populaire de Vallecas, dans la banlieue de Madrid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il exige un r&#233;f&#233;rendum sur la R&#233;publique et a impos&#233; une limite au salaire des d&#233;put&#233;s de Podemos (trois fois le salaire minimum espagnol, soit 1930 euros par mois ; le surplus sera vers&#233; au parti ou &#224; des ONG) et l'interdiction de voler en classe affaires. Outre une restructuration de la dette, il r&#233;clame la mise en place des 35 heures, la fin des expulsions immobili&#232;res ou encore un salaire maximum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son succ&#232;s, cet orateur pol&#233;mique l'a construit en s'appuyant sur les r&#233;seaux sociaux, puis sur la t&#233;l&#233;vision, qui a succomb&#233; &#224; sa rh&#233;torique et &#224; ses phrases chocs et en a fait un habitu&#233; des d&#233;bats politiques. Son programme, il l'a forg&#233; des ann&#233;es durant avec ses coll&#232;gues de la facult&#233; de sciences politiques de l'universit&#233; Complutense, autour de l'association Contrapoder (Contre-pouvoir), qui d&#233;fend la d&#233;sob&#233;issance civile, et, surtout, au sein de la Promotrice de la pens&#233;e critique, cr&#233;&#233;e en 2008, qui remet en question le mod&#232;le de transition d&#233;mocratique espagnol et critique le manque de contr&#244;le des &#233;lites qui aurait conduit &#224; la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses opposants brandissent ses relations avec le &#171; chavisme &#187; et son d&#233;sir d'introduire &#171; la gauche r&#233;volutionnaire et le populisme latino-am&#233;ricain en Europe &#187;. Militant des Jeunesses communistes depuis ses 14 ans, il fut membre du conseil ex&#233;cutif du Centre d'&#233;tudes politiques et sociales (CEPS), une fondation qui a re&#231;u, selon le journal El Pais, plus de 3 millions d'euros en dix ans du gouvernement v&#233;n&#233;zu&#233;lien d'Hugo Chavez pour du conseil en strat&#233;gie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Parlement europ&#233;en, Podemos dispose de cinq &#233;lus qui se veulent repr&#233;sentatifs de l'Espagne qui, loin des discours officiels sur la reprise &#233;conomique, souffre encore de la crise : Pablo Iglesias ; Teresa Rodriguez, professeur du secondaire, militante de la &#171; Mar&#233;e verte &#187;, mouvement de d&#233;fense de l'&#233;ducation publique face &#224; l'aust&#233;rit&#233; et aux menaces de privatisations ; Carlos Jimenez Villarejo, ancien procureur anticorruption ; Lola Sanchez, jeune dipl&#244;m&#233;e en sciences politiques qui travaille comme serveuse faute de mieux, et enfin Pablo Echenique, un scientifique t&#233;trapl&#233;gique, chercheur au CSIC (l'&#233;quivalent du CNRS), un organisme public au bord de la faillite apr&#232;s des coupes budg&#233;taires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Article publi&#233; le 23 juin 2014 sur le site de la revue Viento Sur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Traduction A l'Encontre &lt;a href=&#034;http://alencontre.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://alencontre.org/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Brais Fernandez est militant d'Izquierda Anticapitalista et participe &#224; Podemos.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Trag&#233;die de Compostelle : Accident in&#233;vitable ou catastrophe n&#233;olib&#233;rale ?</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Tragedie-de-Compostelle-Accident-inevitable-ou-catastrophe-neoliberale</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Tragedie-de-Compostelle-Accident-inevitable-ou-catastrophe-neoliberale</guid>
		<dc:date>2013-08-06T08:01:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Brais Fern&#225;ndez</dc:creator>


		<dc:subject>Espagne</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2013-08-06</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Plusieurs jours ont pass&#233; depuis que s'est produit le tragique accident de train &#224; Saint-Jacques de Compostelle qui a provoqu&#233; la mort de 79 personnes et des dizaines de bless&#233;s. L'information diffus&#233;e est bien souvent contradictoire, avec diff&#233;rentes sph&#232;res en interaction, depuis la dimension politique jusqu'&#224; la m&#233;diatique en passant par la technique. On peut tenter de dresser un petit bilan autour de quelques axes essentiels, en tenant compte du fait qu'il est fort probable que de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH94/arton14756-e45eb.jpg?1781382402' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='94' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Plusieurs jours ont pass&#233; depuis que s'est produit le tragique accident de train &#224; Saint-Jacques de Compostelle qui a provoqu&#233; la mort de 79 personnes et des dizaines de bless&#233;s. L'information diffus&#233;e est bien souvent contradictoire, avec diff&#233;rentes sph&#232;res en interaction, depuis la dimension politique jusqu'&#224; la m&#233;diatique en passant par la technique. On peut tenter de dresser un petit bilan autour de quelques axes essentiels, en tenant compte du fait qu'il est fort probable que de nouvelles donn&#233;es vont appara&#238;tre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que s'est-il pass&#233; ? Entre information et construction politico-m&#233;diatique de la trag&#233;die&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juste apr&#232;s le d&#233;raillement du train, une intense sp&#233;culation s'est d&#233;velopp&#233;e autour de ce qui avait provoqu&#233; le tragique &#233;v&#233;nement. Les trois hypoth&#232;ses avanc&#233;es furent &#171; l'erreur humaine &#187;, &#171; l'insuffisance technique &#187; et &#171; l'attentat &#187;. Comme on peut le constater, certaines ne sont pas n&#233;cessairement incompatibles, ni non plus univoques. Mais commen&#231;ons par la th&#232;se de l'attentat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette th&#232;se a &#233;t&#233; rapidement &#233;cart&#233;e par le Minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, non sans avoir &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e comme plausible par les officiels de la Municipalit&#233; de Saint-Jacques de Compostelle. Certaines cha&#238;nes t&#233;l&#233;vis&#233;es, comme le &#171; Canal 24 horas &#187; de la RTVE (radio t&#233;l&#233;vision publique espagnole, NdT) se sont faites l'&#233;cho de cette piste, en diffusant de mani&#232;re ambig&#252;e des t&#233;moignages d'habitants qui avaient entendu trois grandes explosions. Le fait qu'une institution officielle ait filtr&#233; ce type de version en dit long sur la vision initiale de la trag&#233;die de la part des autorit&#233;s de Compostelle (la ville est dirig&#233;e par les secteurs les plus droitiers du Parti Populaire). Il s'agissait de saisir une opportunit&#233; politique en tirant profit de la douleur, de tenter de semer le doute parmi certains secteurs de la population (les 24 et 25 juillet, la gauche nationaliste organisait des activit&#233;s comm&#233;moratives du &#171; Jour de la patrie galicienne &#187;) et d'essayer de d&#233;tourner l'attention d'une possible faille technique. Comme il fallait s'y attendre, cette hypoth&#232;se a &#233;t&#233; &#233;cart&#233;e, mais il est significatif qu'on ait sp&#233;cul&#233; autour d'elle sans la plus minime &#233;vidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux autres hypoth&#232;ses (l'erreur humaine ou l'insuffisance technique) sont sur la table et ne sont pas n&#233;cessairement incompatibles. Le conducteur, Francisco Jos&#233; Garz&#243;n, avec plus de 20 ans d'exp&#233;rience, a &#233;t&#233; accus&#233; d'homicide involontaire, accusation pour laquelle il pourrait &#234;tre condamn&#233; de 2 &#224; 12 ans de prison. Il devra compara&#238;tre toutes les semaines au tribunal et perdra sa licence pendant six mois. Il a admis avoir eu un moment &#171; d'&#233;garement &#187; en freinant trop tard. L'image d'un homme totalement abattu, psychologiquement d&#233;truit par la trag&#233;die, a fait la &#171; une &#187; de la presse &#233;crite et t&#233;l&#233;vis&#233;e et c'est autour de lui que se construit le r&#233;cit officiel, tant politique que m&#233;diatique. Les mass m&#233;dias du r&#233;gime n'ont pas h&#233;sit&#233; &#224; en faire le responsable principal de la trag&#233;die, avec une campagne &#224; l'&#233;thique journalistique douteuse dans laquelle on est all&#233; jusqu'&#224; publier ses &#171; statuts &#187; sur Facebook sortis de leurs contexte afin de le pr&#233;senter comme quelqu'un d'imprudent qui, t&#244;t ou tard, &#233;tait destin&#233; &#224; commettre un tel crime. Les couvertures des journaux d'extr&#234;me-droite comme &#171; ABC &#187; ou &#171; La Raz&#243;n &#187; ont all&#232;grement aliment&#233; cette campagne, en soulignant perfidement son affiliation au syndicat CCOO [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conducteur a donc &#233;t&#233; jug&#233; par les m&#233;dias alors qu'ils ont parall&#232;lement accord&#233; bien peu d'attention aux insuffisances techniques qui ont pu permettre l'accident. Le gouvernement de la r&#233;gion de Galice est all&#233; jusqu'&#224; insinuer qu'il existerait des raisons obscures derri&#232;re les exigences d'une enqu&#234;te portant sur un d&#233;ficit technique [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a par contre des raisons perverses dans cette tentative d'enterrer cette hypoth&#232;se. L'industrie en pleine croissance des trains &#224; grande vitesse, compos&#233;e d'entreprises publiques et priv&#233;es, est devenue un secteur-cl&#233; de l'&#233;conomie espagnole, stimul&#233; par la construction d'infrastructures jug&#233;es inutiles par la population (les habitants d'Angrois, lieu de l'accident, s'organisent depuis des mois contre la construction d'une ligne AVE &#8211; train &#224; grande vitesse, NdT), car elles suppriment des lignes courtes ou moyennes consid&#233;r&#233;es comme &#233;conomiquement peu rentables mais qui sont socialement utiles et tr&#232;s utilis&#233;es par la population laborieuse dans ses d&#233;placements quotidiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, ce secteur influent participe actuellement &#224; un concours pour construire un AVE au Br&#233;sil, en comp&#233;tition avec diverses entreprises internationales. L'une des pr&#233;-conditions pour obtenir la concession est de n'avoir souffert aucun accident provoqu&#233; par une faille technique dans les cinq derni&#232;res ann&#233;es. L'entreprise chinoise Communications Construction a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &#233;cart&#233;e du concours &#224; cause de l'accident dans la province de Zhekiang qui a provoqu&#233; 33 morts [3]. La ministre des Equipements, Ana Pastor, dont le minist&#232;re n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; d&#233;signer le conducteur comme l'unique responsable de la trag&#233;die [4], a r&#233;cemment visit&#233; le Br&#233;sil pour d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts espagnols (par &#171; int&#233;r&#234;ts espagnols &#187;, on entend bien entendu les &#171; int&#233;r&#234;ts des entreprises espagnoles &#187;) qui r&#234;vent d'empocher un contrat de 12 milliards de dollars. Le d&#233;lai accord&#233; aux consortiums en lice par l'Etat br&#233;silien pour pr&#233;senter un projet expire le 16 ao&#251;t : l'objectif du gouvernement, des entreprises et de la Justice semble &#234;tre donc de d&#233;montrer rapidement la faute du conducteur pour rester dans la course dans cette affaire si juteuse. Il semble bien que les int&#233;r&#234;ts priv&#233;s sont contradictoires avec le droit social &#224; conna&#238;tre les causes authentiques de l'accident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, certaines fissures ont commenc&#233; &#224; se produire dans le r&#233;cit officiel. Le pr&#233;sident de l'Administration des Infrastructures Ferroviaires (ADIF), Gonzalo Ferre, a admis que le sinistre aurait pu &#234;tre &#233;vit&#233; si le train avait dispos&#233; du syst&#232;me de s&#233;curit&#233; ERTMS (qui r&#233;duit automatiquement la vitesse, supprimant toute possibilit&#233; qu'une erreur humaine provoque un accident), install&#233; dans la majeure partie des trains &#224; grande vitesse espagnols [5]. Les syndicats des conducteurs de train ont &#233;galement soulign&#233; le caract&#232;re anachronique des syst&#232;mes de signalisation actuels. Le journal digital &#171; Eldiario.es &#187; a r&#233;v&#233;l&#233; que le syst&#232;me de s&#233;curit&#233; du tron&#231;on o&#249; s'est produit l'accident a plus d'un demi-si&#232;cle et a d&#233;montr&#233; qu'en rempla&#231;ant les dispositifs analogiques actuels par des syst&#232;mes digitaux (dont le co&#251;t est de 12.000 euros &#224; peine), l'accident aurait pu &#234;tre &#233;vit&#233;. Ce dispositif est pourtant d&#233;j&#224; install&#233; sur d'autres tron&#231;ons de cette m&#234;me voie sinistr&#233;e [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, d'un point de vue logique, les versions sur &#171; l'erreur humaine &#187; et les &#171; d&#233;ficiences techniques &#187; ne sont pas n&#233;cessairement incompatibles. Mais il est n&#233;cessaire d'&#233;claircir une question fondamentale ; la trag&#233;die a peut-&#234;tre &#233;t&#233; contingente, mais elle n'&#233;tait pas in&#233;vitable. L'erreur humaine a pu exister, mais elle n'aurait pas provoqu&#233; de morts avec les moyens techniques ad&#233;quats. Ces moyens techniques ne rel&#232;vent pas de la science-fiction et nous ne sommes plus au 19e si&#232;cle, quand la conduite d'un train d&#233;pendait uniquement de son conducteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit, totalement id&#233;ologique, qui associe l'erreur du travailleur &#224; la culpabilit&#233;, est compl&#232;tement surd&#233;termin&#233; par un fait concret : les int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques priv&#233;s s'interposent pour &#233;viter qu'on fasse toute la lumi&#232;re, avec toutes ses cons&#233;quences. On occulte le fait que l'erreur aurait pu ne pas d&#233;boucher sur une trag&#233;die. La technologie et son utilisation sont loin d'&#234;tre neutres ou apolitiques (bien que la technique ait une dimension relativement autonome) : le conducteur est soumis aux rythmes qu'impose la machine. Mais la technologie devient secondaire quand les int&#233;r&#234;ts de quelques-uns passent avant tout. Ce qui est grave avec la ligne argumentaire dominante est qu'on ne trace pas de perspective pour &#233;viter qu'une telle trag&#233;die puisse se reproduire, on condamne au plus vite un coupable et on enterre les responsabilit&#233;s politiques pour continuer &#224; faire du profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les r&#233;ponses politiques : celles d'en bas et celles d'en haut&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action du peuple galicien et des autres nationalit&#233;s de l'Etat espagnol a &#233;t&#233; une authentique d&#233;monstration de solidarit&#233; populaire. En r&#233;action &#224; l'impact de la trag&#233;die, la nuit du sinistre, les travailleurs du secteur public ont r&#233;pondu avec &#233;nergie et efficacit&#233;. Des infirmi&#232;res au ch&#244;mage sont venues offrir leur collaboration dans les h&#244;pitaux. Des psychologues volontaires ont offert leurs comp&#233;tences pour soutenir les victimes, les familles ou les habitants. Les pompiers ont suspendu leur gr&#232;ve pour aider aux travaux de sauvetage. La population galicienne a r&#233;pondu en donnant massivement du sang, au point que les autorit&#233;s sanitaires ont d&#233;clar&#233; qu'elles en avaient maintenant en quantit&#233; largement suffisante. Des milliers de messages de solidarit&#233; se sont exprim&#233;s sur les r&#233;seaux sociaux. La politique avec un grand &#171; P &#187; a envahi la Galice, d&#233;montrant que les classes populaires peuvent r&#233;pondre &#224; des situations adverses avec solidarit&#233; et coop&#233;ration, loin de la concurrence impos&#233;e par la logique capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me vient d'ailleurs. La coordination des services publics (qui est de la responsabilit&#233; des autorit&#233;s) a &#233;t&#233; loin d'&#234;tre efficiente. Le Plan d'urgence n&#233;cessaire a tard&#233; plus de 100 minutes a &#233;t&#233; &#234;tre activ&#233; [7]. Des dizaines de bless&#233;s ont &#233;t&#233; dirig&#233;s vers une clinique priv&#233;e alors que l'h&#244;pital le plus proche &#233;tait public, ce fait ayant &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233; par les travailleurs de cette clinique eux-m&#234;mes [8].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre partie de la r&#233;ponse politique, au-del&#224; de la gestion post-accident, a &#233;t&#233; le r&#233;cit institutionnel. Les politiciens du Parti Populaire ont opt&#233; pour une ligne de d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts patronaux en rejetant toute la faute sur le conducteur. Le Parti Socialiste (PSOE) a disparu de la carte politique, misant sur une explication parlementaire qui va tarder plusieurs jours &#224; arriver, si tant est qu'elle arrive. Pendant les jours suivant la trag&#233;die, les responsables politiques de droite ont tent&#233; d'imposer un silence sur la trag&#233;die, instrumentalisant la douleur, accusant les voix dissidentes par rapport au r&#233;cit officiel de &#171; politiser &#187; et de &#171; r&#233;cup&#233;rer &#187; la trag&#233;die, tandis qu'eux-m&#234;mes parcouraient les zones de l'accident face aux cam&#233;ras et en se faisant prendre en photo avec les familles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est am&#232;rement ironique de constater que ce sont les m&#234;mes responsables des coupes et des politiques d'aust&#233;rit&#233; qui d&#233;truisent les services publics, qui pr&#233;carisent les travailleurs et qui subordonnent le bien-&#234;tre de la majorit&#233; aux int&#233;r&#234;ts du capital priv&#233;, qui aujourd'hui accusent les autres de &#171; r&#233;cup&#233;rer politiquement &#187; la trag&#233;die. La classe dominante a un grand int&#233;r&#234;t &#224; d&#233;cider ce qui est politique et ce qui ne l'est pas. La presse du r&#233;gime a contribu&#233; &#224; cette &#171; d&#233;politisation &#187; (autrement dit : seuls les politiciens peuvent parler de politique) en &#171; marchandisant &#187; la trag&#233;die, en transformant la douleur des familles en images &#224; consommer. Le summum de cette dynamique a &#233;t&#233; la comm&#233;moration officielle des victimes en forme de messe national-catholique dans la cath&#233;drale de Saint-Jacques de Compostelle, avec la pr&#233;sence des princes royaux et de la curie religieuse. Tout un exemple de &#171; neutralit&#233; &#187; : des fun&#233;railles transform&#233;es en un meeting cynique du r&#233;gime de 1978.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette repr&#233;sentation a &#233;t&#233; remise en question par la gauche. En premier lieu, elle a suspendu les activit&#233;s comm&#233;moratives du &#171; 25 de xullo, d&#237;a da patria galega &#187; (25 juillet, jour de la patrie gallicienne), qui devaient avoir lieu le lendemain de la trag&#233;die. Ensuite, la gauche galicienne, tant parlementaire - l'Alternative Galicienne de Gauche (AGE), n&#233;e &#224; l'initiative d'Izquierda Unida, et le Bloc Nationaliste Galicien (BNG) &#8211; NdT) qu'extra-parlementaire s'est refus&#233;e &#224; souscrire au r&#233;cit officiel et &#224; tomber dans la criminalisation du conducteur. Elle a d&#233;fendu le labeur des travailleurs du secteur public et exig&#233; une enqu&#234;te ind&#233;pendante qui d&#233;termine les responsabilit&#233;s politiques [9].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La br&#232;che ouverte dans le consensus institutionnel par la gauche parlementaire est particuli&#232;rement significative par son refus de participer aux actes officiels organis&#233;s par le Parti Populaire, alimentant ainsi un &#171; esprit de scission &#187; par rapport &#224; la version de la classe dominante. Une bonne partie de la soci&#233;t&#233; civile n'est pas pr&#234;te &#224; donner un blanc-seing acritique au r&#233;cit de la classe dominante car la cr&#233;dibilit&#233; des politiciens et des patrons est s&#233;rieusement &#233;rod&#233;e par leurs agissements dans des cas comme ceux du &#171; Prestige &#187; (p&#233;trolier &#233;chou&#233; au large des c&#244;tes galiciennes en 2002 en provoquant une d&#233;sastreuse mar&#233;e noire tr&#232;s mal g&#233;r&#233;e par les autorit&#233;s - NdT) ou du 11-M (attentats terroristes de la gare d'Atocha &#224; Madrid le 11 mars 2004 - NdT). Les politiques d'aust&#233;rit&#233; et les scandales de corruption ont &#233;galement min&#233; la conviction que les repr&#233;sentants politiques consacrent les moyens disponibles pour aider les simples citoyens. Cette crise de l&#233;gitimit&#233; est une fen&#234;tre d'opportunit&#233; pour qu'une catastrophe comme celle de Compostelle soit s&#233;rieusement investigu&#233;e, qu'on ne permette pas que le conducteur devienne une &#171; t&#234;te de Turc &#187;, qu'on rende justice aux victimes et qu'on ne revive plus une telle trag&#233;die parfaitement &#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En guise de conclusion : les limites du mod&#232;le n&#233;olib&#233;ral&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le n&#233;olib&#233;ral - qui consiste &#224; combiner des privatisations et des sous-investissements dans le secteur public pour payer la dette et cela, dans un mod&#232;le de gestion mim&#233;tique &#224; celui qui pr&#233;vaut dans l'entreprise priv&#233;e - a &#233;t&#233; s&#233;rieusement touch&#233; avec cette trag&#233;die. Sur le terrain de l'efficacit&#233; des op&#233;rations post-accident, le chaos de la gestion bureaucratique n'a &#233;t&#233; compens&#233; que par la volont&#233; et l'&#233;nergie des travailleurs publics. La sous-utilisation des h&#244;pitaux publics, qui transforme le droit &#224; l'assistance des bless&#233;s en un transfert de ressources publiques au secteur priv&#233;, et le chaos dans l'organisation du plan d'urgence se sont introduits dans l'agenda politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le terrain de la pr&#233;vention, l'&#233;chec du projet n&#233;olib&#233;ral &#224; l'heure d'appliquer les mesures techniques appropri&#233;es est plus qu'&#233;vident. Les travailleurs de RENFE (l'entreprise nationale de chemin de fer) r&#233;clament depuis des ann&#233;es davantage d'investissements dans ce secteur public, tandis que les ing&#233;nieurs qui ont alert&#233; sur la dangerosit&#233; du tron&#231;on o&#249; s'est produit l'accident n'ont pas &#233;t&#233; entendus, ce qui remet s&#233;rieusement en question le mythe de l'efficacit&#233; de la gestion de type entrepreneuriale. Dans ce cas-ci, l'imperm&#233;abilit&#233; de la gestion n&#233;olib&#233;rale et l'absence de d&#233;mocratie dans les politiques publiques ont provoqu&#233; une catastrophe sociale gravissime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le terrain de clarification ult&#233;rieure des faits, les int&#233;r&#234;ts du capital se heurtent durement aux int&#233;r&#234;ts des familles et des citoyens. La clarification sur ce qui s'est pass&#233; est obstin&#233;ment bloqu&#233;e par les int&#233;r&#234;ts du secteur de l'industrie ferroviaire, plus pr&#233;occup&#233; &#224; maintenir ses juteux contrats qu'&#224; examiner les responsabilit&#233;s et &#233;claircir les faits afin d'&#233;viter qu'ils ne se reproduisent. Le Parti Populaire, avec le silence complice du PSOE, s'est charg&#233; de donner la couverture politique aux int&#233;r&#234;ts de quelques-uns, d&#233;montrant sa compl&#232;te subordination au patronat et son absence de loyaut&#233; envers les citoyens. La presse a oscill&#233; entre la morbidit&#233; mercantiliste pour transformer la douleur en spectacle et une campagne pour criminaliser le conducteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gouvernants n'ont pas &#233;t&#233;, m&#234;me de tr&#232;s loin, &#224; la hauteur d'un peuple qui a r&#233;pondu avec la solidarit&#233; populaire &#224; la trag&#233;die. L'attitude de la gauche politique et la m&#233;fiance des classes populaires vis-&#224;-vis de la version officielle ouvrent un espoir pour que la trag&#233;die soit clarifi&#233;e. La bataille sera dure, mais il y a un devoir &#233;thique qu'on ne peut &#233;luder, tant vis-&#224;-vis de ceux qui ne sont plus l&#224; que de nous-m&#234;mes et pour &#233;viter de futures trag&#233;dies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brais Fern&#225;ndez est militant de l'organisation &#171; Esquerda Anticapitalista Galega &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://www.vientosur.info/spip.php?article8235&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.vientosur.info/spip.php?article8235&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduction fran&#231;aise pour Avanti4.be : Ataulfo Riera&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] &lt;a href=&#034;http://www.lamarea.com/2013/07/28/errores-y-mentiras-en-los-medios-sobre-el-accidente-de-tren-en-santiago/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lamarea.com/2013/07/28/errores-y-mentiras-en-los-medios-sobre-el-accidente-de-tren-en-santiago/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] &lt;a href=&#034;http://www.elpais.com.uy/mundo/tragedia-arruinar-espanoles-exportar-trenes.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.elpais.com.uy/mundo/tragedia-arruinar-espanoles-exportar-trenes.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] &lt;a href=&#034;http://ccaa.elpais.com/ccaa/2013/07/25/galicia/1374783173_665541.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://ccaa.elpais.com/ccaa/2013/07/25/galicia/1374783173_665541.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] &lt;a href=&#034;http://www.lavozdegalicia.es/noticia/galicia/2013/07/28/gobierno-une-adif-renfe-descargando-culpas-conductor/0003_201307G28P3991.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lavozdegalicia.es/noticia/galicia/2013/07/28/gobierno-une-adif-renfe-descargando-culpas-conductor/0003_201307G28P3991.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] &lt;a href=&#034;http://www.lavanguardia.com/sucesos/20130729/54378947952/presidente-adif-siniestro-evitado-seguridad-ertms.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lavanguardia.com/sucesos/20130729/54378947952/presidente-adif-siniestro-evitado-seguridad-ertms.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] &lt;a href=&#034;http://www.eldiario.es/sociedad/Alvia-Adif-Renfe-Asfa-Digital_0_158184435.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.eldiario.es/sociedad/Alvia-Adif-Renfe-Asfa-Digital_0_158184435.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] &lt;a href=&#034;http://ccaa.elpais.com/ccaa/2013/07/27/galicia/1374958484_530107.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://ccaa.elpais.com/ccaa/2013/07/27/galicia/1374958484_530107.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] &lt;a href=&#034;http://ccaa.elpais.com/ccaa/2013/07/28/galicia/1375041728_327918.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://ccaa.elpais.com/ccaa/2013/07/28/galicia/1375041728_327918.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] &lt;a href=&#034;http://alternativagalega.com/age-fronte-ao-accidente-en-angrois/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://alternativagalega.com/age-fronte-ao-accidente-en-angrois/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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