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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Japon : les luttes apr&#232;s le tsunami et la nouvelle g&#233;n&#233;ration militante</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Japon-les-luttes-apres-le-tsunami-et-la-nouvelle-generation-militante</link>
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		<dc:date>2013-10-01T10:15:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dougal McNeil</dc:creator>


		<dc:subject>Japon</dc:subject>
		<dc:subject>Asie/Proche-Orient</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2013-10-01</dc:subject>

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&lt;p&gt;La catastrophe suscite des mouvements de protestation atteignant un niveau que le Japon n'a pas connu depuis des d&#233;cennies. Le s&#233;isme a mis en &#233;vidence les probl&#232;mes sociaux profonds, tels que les insuffisances de la s&#233;curit&#233; sociale et du droit au logement. Cette lutte b&#233;n&#233;ficie de peu d'int&#233;r&#234;t m&#233;diatique et m&#233;rite d'&#234;tre mieux connue. &lt;br class='autobr' /&gt; Pr&#232;s de 19 000 morts ou disparus, 150 000 r&#233;sidents de la r&#233;gion de Fukushima contraints de fuir (la plupart d'entre eux n'ont toujours pas pu regagner (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L106xH150/arton15285-51a28.jpg?1782363254' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La catastrophe suscite des mouvements de protestation atteignant un niveau que le Japon n'a pas connu depuis des d&#233;cennies. Le s&#233;isme a mis en &#233;vidence les probl&#232;mes sociaux profonds, tels que les insuffisances de la s&#233;curit&#233; sociale et du droit au logement. Cette lutte b&#233;n&#233;ficie de peu d'int&#233;r&#234;t m&#233;diatique et m&#233;rite d'&#234;tre mieux connue.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pr&#232;s de 19 000 morts ou disparus, 150 000 r&#233;sidents de la r&#233;gion de Fukushima contraints de fuir (la plupart d'entre eux n'ont toujours pas pu regagner leur domicile) alors que l'&#233;valuation des d&#233;g&#226;ts environnementaux et sociaux de la catastrophe nucl&#233;aire en est toujours &#224; ses d&#233;buts &#8212; le s&#233;isme et le tsunami de 2011 ont provoqu&#233; des ravages indicibles au Japon. Les structures de la centrale nucl&#233;aire Fukushima Daiichi ont &#233;t&#233; endommag&#233;es &#224; la suite du tremblement de terre et les radiations ont encore aggrav&#233; sa situation d&#233;sesp&#233;r&#233;e. L'avenir n'est guerre r&#233;jouissant : un rapport souligne que &#171; le niveau du c&#233;sium radioactif dans les feuilles de tabac s&#233;ch&#233;es r&#233;colt&#233;es dans la pr&#233;fecture de Fukushima d&#233;passent les normes de Japan Tobacco Inc. &#187; [1], des niveaux de c&#233;sium d&#233;passant les limites ont &#233;t&#233; trouv&#233;s dans la viande de b&#339;uf de Miyagi [2] tandis que les anomalies observ&#233;es sur des papillons collect&#233;s autour du Fukushima sugg&#232;rent que le rayonnement est &#224; l'origine des mutations [3]. Le stress et les perturbations provoqu&#233;s par les r&#233;pliques du s&#233;isme au cours de la premi&#232;re moiti&#233; de l'ann&#233;e 2011, l'incertitude persistante concernant la s&#233;curit&#233; alimentaire, les radiations et les d&#233;placements de la population r&#233;v&#232;lent les probl&#232;mes criants de la soci&#233;t&#233; japonaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le s&#233;isme et le tsunami sont des catastrophes naturelles, il n'y a rien de naturel dans leur impact social. La r&#233;action d&#233;sordonn&#233;e, chaotique et parfois insensible tant du gouvernement japonais que de la Tokyo Electric Power Company (Tepco) a montr&#233; &#224; la population leurs priorit&#233;s et leurs principes. La catastrophe a provoqu&#233; une crise de la classe dirigeante japonaise et a suscit&#233; des mouvements de protestation atteignant un niveau que le Japon n'a pas connu depuis des d&#233;cennies. Les cons&#233;quences de la catastrophe nucl&#233;aire ont percut&#233; une soci&#233;t&#233; d&#233;j&#224; mise &#224; rude &#233;preuve par deux d&#233;cennies de stagnation &#233;conomique. Le manque de logements provoqu&#233; par l'&#233;vacuation de la population a aggrav&#233; la crise du logement, chronique et cach&#233;e. Le mouvement contre le nucl&#233;aire a ainsi une signification au-del&#224; de ses objectifs imm&#233;diats : il a agi comme un catalyseur du m&#233;contentement autour d'une s&#233;rie de questions sociales et il pourrait d&#233;velopper une &#233;nergie anticapitaliste bien plus large. Ce mouvement est confront&#233; &#224; d'&#233;normes probl&#232;mes &#8212; d'organisation, de perspectives, d'analyse et de direction. Mais il repr&#233;sente une chance, que le mouvement ouvrier et la gauche n'avaient pas eu depuis les ann&#233;es 1960. Cette lutte b&#233;n&#233;ficie de peu d'int&#233;r&#234;t m&#233;diatique et m&#233;rite d'&#234;tre mieux connue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article d&#233;crit l'impact politique du s&#233;isme et de la catastrophe nucl&#233;aire ainsi que le mouvement de protestation &#233;mergeant et se penche sur les perspectives et quelques-uns des d&#233;fis auxquels le mouvement antinucl&#233;aire au Japon est confront&#233;. Nous avons puis&#233;, autant que possible, dans les sources japonaises en vue de rendre audibles certaines voix du mouvement de protestation et faire partager l'int&#233;r&#234;t passionnant de cette campagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une trag&#233;die qui aurait pu &#234;tre &#233;vit&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est un crime et les membres du gouvernement qui ont pris cette d&#233;cision devraient &#234;tre emprisonn&#233;s. &#187; C'est ainsi que l'agriculteur Ito Noboyoshi a r&#233;sum&#233; la situation, parlant au journaliste David McNeill, un an apr&#232;s la catastrophe. Il vit dans le petit village d'Iitate, &#224; quelque 40 km de la centrale de Fukushima. Les 14 et 15 mars 2011, l'irradiation y a provoqu&#233; de tr&#232;s graves d&#233;g&#226;ts. &#171; Il a plu pendant les nuits et la pluie a fait descendre le rayonnement sur nous &#187;, racontait Ito &#224; McNeill. &#171; Le gouvernement a retard&#233; la publication des donn&#233;es qui indiquaient le cheminement des rayonnements, dont la connaissance auraient permis de sauver beaucoup de gens qui ont subi cette forte exposition. Des centaines de familles avaient &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;s dans les zones les plus irradi&#233;es, sans le savoir. &#187; [4] De telles histoires abondent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir pass&#233; des mois &#224; pr&#233;tendre que rien n'aurait pu &#234;tre fait pour prot&#233;ger sa centrale des effets du s&#233;isme, en octobre 2012 Tepco a &#233;t&#233; forc&#233; d'admettre que sa direction savait qu'il &#233;tait n&#233;cessaire de r&#233;aliser des travaux pour am&#233;liorer la s&#233;curit&#233;, mais avait omis d'agir. La raison ? Les administrateurs de la compagnie craignaient que la reconnaissance des probl&#232;mes de s&#233;curit&#233; provoque des poursuites judiciaires. Ne voulant pas inqui&#233;ter la population dans les zones o&#249; ses centrales sont situ&#233;es, en r&#233;v&#233;lant les infractions &#224; la s&#233;curit&#233;, la compagnie a choisi d'&#233;touffer ses donn&#233;es. Selon les propres termes de Tepco : &#171; Si la compagnie mettait en application un plan pour faire face &#224; un grave accident, notre inqui&#233;tude &#233;tait de susciter l'anxi&#233;t&#233; dans tout le pays et dans les communaut&#233;s proches des centrales nucl&#233;aires, ce qui donnerait de l'&#233;lan au mouvement antinucl&#233;aire. &#187; [5]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des ann&#233;es durant, les enqu&#234;tes des journalistes et des militants avaient mis en garde en ce qui concerne les probl&#232;mes de s&#233;curit&#233; des centrales nucl&#233;aires, mais les grands m&#233;dias ont fait le choix de ne pas les rendre publics et de s'aligner sur la position du gouvernement et de la compagnie. Le chercheur Onda Katsunobu a publi&#233; en 2007 un livre intitul&#233; Tepco's Dark Empire (le sombre empire de Tepco), &#233;num&#233;rant les failles de s&#233;curit&#233;, les dissimulations et les actes de corruption de la compagnie. Durant quatre ans, cette enqu&#234;te a &#233;t&#233; ignor&#233;e. Bien avant le s&#233;isme, il y avait beaucoup d'autres indices des dangers que l'industrie nucl&#233;aire faisait courir &#224; la population en cas de tremblement de terre. En 1996, le livre de Fujita Yuuko, Silent Killer (le tueur silencieux), pr&#233;sentait les &#233;normes dangers pour la sant&#233; auxquels Tepco exposait ses salari&#233;s, en racontant la vie de Shimahashi Noboyuki, mort de leuc&#233;mie &#224; 29 ans en raison de l'exposition aux radiations durant son travail [6]. Les patrons, qui affirment maintenant qu'ils ne pouvaient pas savoir ce qui pouvait arriver, mentent et ils le savent. Ce qui aujourd'hui est nouveau, c'est que la population le sait &#233;galement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La privatisation des profits et la socialisation des pertes par le capitalisme est confirm&#233;e au Japon de mani&#232;re cruelle. Plus d'une centaine de milliers de personnes priv&#233;es de logement, de nombreux salari&#233;s de Tepco expos&#233;s &#224; des maladies potentiellement mortelles, les radiations ruinant le gagne-pain de milliers de petits paysans et tous les moyens de la vie d&#233;racin&#233;s et d&#233;truits &#8212; tout &#231;a parce que la compagnie d'&#233;lectricit&#233; privil&#233;gie ses propres int&#233;r&#234;ts &#224; court terme contre la s&#233;curit&#233; de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A chaque nouvelle r&#233;v&#233;lation sur l'incomp&#233;tence et l'insouciance de Tepco, le m&#233;contentement populaire a augment&#233;. Signe d'inqui&#233;tude du gouvernement japonais devant cette mont&#233; de sentiments critiques, le Parlement a ordonn&#233; pour la premi&#232;re fois de son histoire la r&#233;alisation d'un rapport ind&#233;pendant. La commission mise en place dans ce but n'&#233;tait nullement compos&#233; de radicaux et n'&#233;tait pas non plus la repr&#233;sentation du m&#233;contentement populaire croissant. Elle &#233;tait constitu&#233;e de personnalit&#233;s &#233;tablies, des scientifiques et des fonctionnaires afin que la classe dirigeante puisse esp&#233;rer que l'affaire &#233;tait &#171; dans les mains s&#251;res de ses pairs &#187;. Ses conclusions, publi&#233;es en juillet 2012, sont accablantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;claration de son pr&#233;sident, Kiyoshi Kurokawa, indique &#224; quel point le monde officiel a &#233;t&#233; discr&#233;dit&#233; : &#171; Le s&#233;isme et le tsunami du 11 mars 2011 &#233;taient des catastrophes naturelles dont la magnitude a choqu&#233; le monde entier. Bien que d&#233;clench&#233; par ces &#233;v&#233;nements, l'accident survenu &#224; la centrale nucl&#233;aire de Fukushima Daiichi ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un d&#233;sastre naturel. C'est une catastrophe provoqu&#233;e par des humains &#8212; qui aurait pu &#234;tre &#233;vit&#233;e et aurait d&#251; &#234;tre pr&#233;vue et emp&#234;ch&#233;e. Et ses effets pouvaient &#234;tre att&#233;nu&#233;s par une r&#233;ponse humaine plus efficace (&#8230;). Notre rapport &#233;num&#232;re une multitude d'erreurs et de n&#233;gligences volontaires qui ont fait que la centrale de Fukushima n'&#233;tait pas pr&#233;par&#233;e aux &#233;v&#233;nements du 11 mars. Il examine &#233;galement les s&#233;rieuses lacunes dans la mani&#232;re dont Tepco, les autorit&#233;s de surveillance et le gouvernement ont r&#233;agi &#224; l'accident. &#187; [7]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport poursuit en tentant de dissoudre ces &#171; n&#233;gligences volontaires &#187; dans la &#171; culture japonaise &#187; en g&#233;n&#233;ral, mais les faits parlent d'eux-m&#234;mes : la culture d'entreprise, l'atmosph&#232;re d'&#233;touffement cr&#233;&#233; par la soumission et l'intimidation au sein des grandes entreprises, sont loin d'&#234;tre une sp&#233;cificit&#233; japonaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;N&#233;gligence corporatiste et solidarit&#233; de la classe ouvri&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des jours et des semaines qui ont suivi le s&#233;isme, la survie &#233;tait &#224; l'ordre du jour. C'est au sein des r&#233;seaux form&#233;s dans ce processus que les premi&#232;res &#233;tapes du mouvement de protestation ont vu le jour. Tepco pour sa part a ajout&#233; l'insulte &#224; l'injure : &#171; &#192; partir du 12 septembre &#8212; soit six mois apr&#232;s la fusion de son r&#233;acteur &#8212; l'entreprise a commenc&#233; &#224; envoyer, essentiellement par la poste, un formulaire de 58 pages pour les demandes de compensation, exigeant des re&#231;us (originaux, non des copies) pour les frais de transport et d'autres d&#233;penses effectu&#233;es lors de l'&#233;vacuation, les relev&#233;s bancaires et fiscaux attestant le niveau des revenus avant la catastrophe et les certificats prouvant la d&#233;t&#233;rioration de la sant&#233; depuis l'&#233;vacuation. Un mois plus tard Tepco n'avait re&#231;u que 7.600 formulaires remplis &#8212; soit environ 10 % &#8212; car ils ont &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;s comme impossibles &#224; remplir et surtout parce que la plupart des documents requis avaient &#233;t&#233; d&#233;truits par le s&#233;isme et le tsunami. &#187; [8] Comme le militant Sakoto Kishimoto l'a dit, &#171; Fukushima est aujourd'hui une communaut&#233; totalement disloqu&#233;e et ni le gouvernement ni Tepco ne veulent en payer la note. Ils ont abandonn&#233; les gens de Fukushima &#224; leur sort &#187; [9].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse de la population ordinaire japonaise contraste avec cette insulte. Les syndicats et les goupes communautaires ont pris en charge la t&#226;che d'organiser les abris et les soins lorsqu'il est devenu &#233;vident que le gouvernement n'&#233;tait pas en mesure ou ne voulait pas le faire. La reconstruction prendra plusieurs ann&#233;es et certaines zones resteront inhabitables pour toujours, pourtant la plupart des h&#233;bergements gouvernementaux temporaires exigent que les familles les quittent au plus tard au bout de deux ans. D'autres h&#233;bergements temporaires sont d&#233;pourvues des services de base, tels l'eau ou le gaz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les petits syndicats radicaux, en particulier ceux qui organisent les jeunes travailleurs pr&#233;caires, prennent en charge l'aide pour leurs membres et les communaut&#233;s ouvri&#232;res &#233;vacu&#233;es, et organisent en m&#234;me temps la critique politique de la logique dominante de la reconstruction. Iwahashi Makoto, militant du syndicat ind&#233;pendant Posse, a expliqu&#233; cette strat&#233;gie lors d'une r&#233;union syndicale tenue &#224; S&#233;oul l'an dernier : &#171; La position officielle dans ce domaine c'est la &#8220;reconstruction cr&#233;ative&#8221;, un mot de code pour la reconstruction n&#233;olib&#233;rale et le remodelage des villes au profit du capital. Le gouvernement a impos&#233; la d&#233;r&#233;gulation pour encourager la concurrence mondiale entre les multinationales, &#233;tablissant des &#8220;zones de reconstruction&#8221; avec des avantages fiscaux et une totale d&#233;r&#233;glementation des capitaux priv&#233;s dans les ports et les terres agricoles d&#233;vast&#233;s. En m&#234;me temps le gouvernement n'a rien fait pour garantir le niveau de vie des gens ordinaires. Certains ont &#233;t&#233; priv&#233;s de s&#233;curit&#233; sociale et les familles ont vu leurs allocations supprim&#233;es une fois qu'elles ont &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;es comme &#8220;ind&#233;pendantes&#8221; car plac&#233;es dans les h&#233;bergements temporaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Face &#224; cette situation, nous pensons qu'il est important que les militants aident &#224; la reconstruction de Sendai. Il y a des gens qui ont &#233;t&#233; abandonn&#233;s et n'ont pratiquement pas re&#231;u d'aides de l'&#201;tat. En aidant ces personnes, nous esp&#233;rons que la question de la pauvret&#233; au Japon serra per&#231;ue comme un probl&#232;me g&#233;n&#233;ral et non un incident d&#251; au seul tremblement de terre. Car le s&#233;isme a mis en &#233;vidence les probl&#232;mes sociaux profonds, tels que les insuffisances de la s&#233;curit&#233; sociale et du droit au logement. Les probl&#232;mes des zones sinistr&#233;es mettent en lumi&#232;re les probl&#232;mes sociaux au Japon. Notre objectif premier c'est que la question de la pauvret&#233; soit consid&#233;r&#233;e comme un probl&#232;me social. &#187; [10]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argument d'Iwahashi selon lequel &#171; les probl&#232;mes des zones sinistr&#233;s mettent en lumi&#232;re les probl&#232;mes sociaux au Japon &#187; est important : apr&#232;s deux d&#233;cennies de d&#233;clin du niveau de vie, de mont&#233;e du ch&#244;mage et d'incertitude &#233;conomique, la classe ouvri&#232;re japonaise subit cette crise de mani&#232;re encore plus aigu&#235; [11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers de la construction sont confront&#233;s &#224; ces probl&#232;mes au plus haut point. L'industrie du b&#226;timent est parvenue &#224; &#233;touffer le syndicalisme, elle est domin&#233;e par le crime organis&#233;, par des employeurs imposant la pr&#233;carit&#233; impitoyable, et par l'atomisation des ouvriers. Tepco exploite cette situation. En juin 2011, le blog de Posse rapportait : &#171; Le travail le plus dangereux de nettoyage apr&#232;s la catastrophe de Fukushima Daiichi a &#233;t&#233; r&#233;serv&#233; aux travailleurs journaliers. Ces derniers sont expos&#233;s &#224; des tr&#232;s hauts niveaux de radiation en transportant l'eau des r&#233;servoirs etc. Souvent ils ne savent m&#234;me pas dans quoi ils s'embarquent, car la boite d'int&#233;rim &#8220;Situation Vacant&#8221; ment effront&#233;ment sur le travail &#224; r&#233;aliser tout en leur faisant miroiter l'espoir d'un engagement &#224; dur&#233;e ind&#233;termin&#233;e alors qu'il s'agit de contrats courts ou d'emplois occasionnels. Cela r&#233;v&#232;le les probl&#232;mes de pauvret&#233; et les in&#233;galit&#233;s de la soci&#233;t&#233;. &#187; [12]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;mergence du mouvement de protestation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu de l'exp&#233;rience de l'horreur des armes nucl&#233;aires &#224; la fin de la Seconde Guerre mondiale, il n'est pas surprenant que le sentiment antinucl&#233;aire ait toujours &#233;t&#233; fort parmi les travailleurs au Japon. Mais les d&#233;cennies de relative stabilit&#233; sociale et la croissance du niveau de vie de nombreux travailleurs &#8212; jusqu'&#224; l'effondrement de la &#171; bulle &#187; &#233;conomique des ann&#233;es 1990 &#8212; ont aid&#233; la classe dirigeante &#224; s&#233;parer le &#171; mauvais &#187; nucl&#233;aire (les armes nucl&#233;aires et le militarisme, politiquement trop &#171; chauds &#187; pour les dirigeants japonais, m&#234;me si depuis les ann&#233;es 1950 ils ont &#233;t&#233; soumis &#224; la pression am&#233;ricaine favorable au r&#233;armement) du &#171; bon &#187; (&#233;nergie, &#171; prosp&#233;rit&#233; &#187;, puissance&#8230;). De ce fait le mouvement antinucl&#233;aire a &#233;t&#233; faible, dispers&#233;, fractur&#233; et marginal avant 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Fukushima, il semblait au d&#233;but que rien ne pourrait changer fondamentalement. D&#232;s le d&#233;but mars il y a eu des protestations contre l'&#233;nergie nucl&#233;aire et la gestion de la catastrophe par le gouvernement. Mais les manifestations &#233;taient petites et furent ignor&#233;es par les m&#233;dias. Pourtant leur petite taille dissimulait l'importance de leur changement qualitatif. Le journaliste et militant syndicaliste Chie Matsumoto observait &#224; la suite de la grande manifestation en juin 2012 contre la r&#233;activation de centrales nucl&#233;aires : &#171; Ce n'est pas la seule manifestation qui a eu lieu au Japon. Si vous regardez les manifestations pr&#233;c&#233;dentes au cours de l'ann&#233;e qui a suivi le d&#233;sastre, il appara&#238;t clairement que le peuple a commenc&#233; &#224; agir. Il est tr&#232;s rare que le peuple japonais entre en action : le sentiment jusque-l&#224; dominant c'&#233;tait que les protestations et les manifestations sont la sp&#233;cialit&#233; de quelques-uns&#8230; et que ce n'est pas le droit du peuple. Mais depuis le d&#233;sastre les manifestations sont diff&#233;rentes. Elles devenaient de plus en plus importantes. Elles se sont &#233;largies &#224; l'ensemble du pays. La derni&#232;re, devant le si&#232;ge du Parlement, &#233;tait probablement une des rares o&#249; les gens se sont rassembl&#233;s de mani&#232;re spontan&#233;e et non &#224; l'appel des syndicats ou de collectifs auxquels ils appartiennent. C'&#233;tait une v&#233;ritable d&#233;monstration de col&#232;re, de frustration face &#224; la trahison du gouvernement, d'action collective spontan&#233;e. &#187; [13]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mobilisations ont quelque chose de commun avec le mouvement Occupy : les gens entendent parler des sit-in et des manifestations par des amis ou les r&#233;seaux sociaux (internet) et d&#233;cident de faire la m&#234;me chose dans leur ville. Une nouvelle g&#233;n&#233;ration, qui ne porte pas l'h&#233;ritage des d&#233;faites et des revers qui ont frapp&#233; la gauche au Japon, a construit ces rassemblements. Beaucoup des participants prennent part ainsi &#224; l'activit&#233; politique pour la premi&#232;re fois de leur vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;seaux sociaux ont jou&#233; un r&#244;le important au d&#233;but de ce processus. Puis, alors que les gens prenaient confiance en voyant combien d'autres partageaient leur point de vue et &#233;taient pr&#234;ts &#224; descendre dans les rues, les discussions politiques ont p&#233;n&#233;tr&#233;, souvent pour la premi&#232;re fois, sur les lieux du travail. &#171; J'ai d&#233;couvert cette manifestations par Twitter &#187;, expliquait une femme de Kyoto interview&#233;e au cours d'une manifestation anti-nucl&#233;aire. &#171; Je ne peux pas discuter avec les gens avec qui je travaille ou en g&#233;n&#233;ral autour de moi, mais, en comparaison avec l'ambiance d'avant, je crois que je peux avoir une conversation sur le fait que nous n'avons pas besoin de l'&#233;nergie nucl&#233;aire et les gens semblent d'accord. &#187; [14]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque semaine, les nouvelles r&#233;v&#233;lations sur les d&#233;g&#226;ts de la catastrophe ou les pratiques inacceptables de Tepco dominaient les principaux journaux japonais et, avec eux, chaque semaine au cours du printemps et de l'&#233;t&#233; 2011 le mouvement grandissait. Ce qui a commenc&#233; comme des piquets de quelques centaines de personnes s'est d&#233;velopp&#233; en rassemblements hebdomadaires de plusieurs milliers. Le mouvement a mont&#233; comme une fus&#233;e, commen&#231;ant &#224; partir de rien et devenant une force qui a domin&#233; finalement la politique japonaise des mois durant. Un sit-in et un village de tentes devant le minist&#232;re de l'&#201;conomie, du commerce et de l'industrie a dur&#233; six mois &#224; partir de septembre 2011, et les foules de sympathisants ont r&#233;guli&#232;rement emp&#234;ch&#233; les tentatives de la police de les disperser. &#171; Les femmes de Fukushima &#187; &#8212; un mouvement de protestation des femmes d&#233;plac&#233;es de la r&#233;gion irradi&#233;e &#8212; ont organis&#233; un autre sit-in qui devint un p&#244;le d'attraction. Les manifestations ont commenc&#233; et se poursuivent devant la r&#233;sidence du Premier ministre. Les manifestations du vendredi sont pass&#233;es de 300 personnes en mars 2011 &#224; 90.000 en juillet. Le Japon, un pays r&#233;put&#233; pour sa culture docile et apolitique, est devenu d'un coup un pays politiquement vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnes &#233;vacu&#233;es des r&#233;gions d&#233;vast&#233;es ont jou&#233; un r&#244;le important dans ces mobilisations hebdomadaires et ont donn&#233; confiance au mouvement, lui permettant de r&#233;sister aux appels &#224; &#171; l'union nationale &#187; et aux autres tentatives de d&#233;politisation. Lors d'une manifestation en octobre 2012, le quotidien du Parti communiste, Akahata (&#171; Drapeau rouge &#187;) a interview&#233; un des &#233;vacu&#233;s de Fukushima : &#171; Je ne savais pas avant cela &#224; quel point les centrales nucl&#233;aires &#233;taient dangereuses &#187;, disait-il. &#171; Beaucoup de gens ne savent pas quel d&#233;sordre peut provoquer la fusion du c&#339;ur d'un r&#233;acteur nucl&#233;aire. J'ai particip&#233; &#224; ces rassemblements pour partager mon exp&#233;rience avec d'autres. Je trouve tr&#232;s encourageantes les manifestations qui se d&#233;roulent devant le bureau du Premier ministre. Je suis heureux de voir que des gens qui n'ont pas &#233;t&#233; directement touch&#233;s par la catastrophe protestent &#233;galement pour eux-m&#234;mes. &#187; [15] Inspir&#233;es par l'exemple offert par les militants de Tokyo, des manifestations plus petites sont maintenant devenues habituelles dans les zones rurales et autour de Fukushima.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestation de masse ont &#233;t&#233; parmi les plus grandes que le Japon a connues depuis les ann&#233;es 1960. Quelque 60.000 personnes se sont mobilis&#233;es &#224; Tokyo six mois apr&#232;s la catastrophe. Plus de 20.000 ont d&#233;fil&#233; fin juillet 2011, malgr&#233; l'extr&#234;me chaleur et la tr&#232;s forte humidit&#233;. En juillet 2012, plus de 170.000 personnes ont manifest&#233; &#224; Tokyo, puis, au cours du m&#234;me mois ils furent 200 000 pour encercler le Parlement&#8230; Comme toujours, les estimations polici&#232;res et celles des organisateurs sont tr&#232;s diff&#233;rentes, mais tout le monde s'accordent pour dire qu'il s'agit d'un changement qualitatif d'&#233;chelle, de quelque chose que la g&#233;n&#233;ration actuelle n'avait jamais connu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Premier ministre Noda a tent&#233; &#224; un moment de disqualifier le mouvement, parlant de &#171; beaucoup de bruit &#187;. &#171; Mais ces voix ne sont pas simplement un bruit &#187;, lui a r&#233;pondu Hayashi Yuichi, &#233;tudiant et protestataire [16]. La classe dirigeante a, pour le moment, perdu l'initiative et elle ne fait que r&#233;pondre au mouvement populaire. D'une part, Noda et son gouvernement ne parviennent pas &#224; agir et tentent de faire comme si le mouvement de protestation ne les affectait pas, assurant que les affaires et la vie normale &#8212; avec les centrales nucl&#233;aires r&#233;activ&#233;es &#8212; peuvent continuer. Mais en m&#234;me temps le mouvement menace de continuer &#224; se propager et les protestataires occupent les rues, plus confiants en leurs forces. C'est une rupture avec l'ordre social autoritaire et r&#233;pressif que le capitalisme japonais avait maintenu. Si ce mouvement rend l&#233;gitime le fait de protester, qui peut savoir o&#249; cela va s'arr&#234;ter ? Comme l'a dit au New York Times Matsumoto Hajime, un des organisateurs du mouvement les plus radicaux, le pays &#171; est sur le point de vivre quelque chose de nouveau &#187; [17]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#171; quelque chose de nouveau &#187; a trouv&#233; son expression dans le mouvement et autour de lui. Au sein du mouvement, Kenji Kunitomi, un v&#233;t&#233;ran socialiste r&#233;volutionnaire, &#233;diteur du journal Kakehashi, explique que &#171; la conscience anticapitaliste primaire &#187; &#233;merge parmi les manifestants au fur et &#224; mesure qu'ils gagnent de l'exp&#233;rience et sont inspir&#233;s par les discussions au sein du mouvement. Le mouvement tire la soci&#233;t&#233; vers la gauche en se d&#233;veloppant : un sondage r&#233;alis&#233; par Mainichi Shinbun indique que 47 % de la population est solidaire des manifestants et de leurs objectifs. Cela indique une importante &#233;volution dans un pays o&#249; les protestataires ont &#233;t&#233; longtemps diabolis&#233;s &#187; [18]. Le fait m&#234;me que des gens se retrouvent en grand nombre en train de protester leur donne un sentiment de force : &#171; Pour le moment il n'est pas important que nous soyons entendus ou non &#187;, expliquait au New York Times Ayuko Higashi au cours de la troisi&#232;me manifestation antinucl&#233;aire. &#171; C'est juste un pas en avant pour commencer &#224; &#233;lever nos voix. &#187; [19]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La majeure partie du mat&#233;riel &#233;dit&#233; autour de la campagne par les organisations politiques ou des collectifs militants de la campagne se limite &#224; la question de l'arr&#234;t des centrales nucl&#233;aires au Japon. Mais ces textes font le lien entre la question de la s&#233;curit&#233;, celle de qui profite de l'&#233;nergie nucl&#233;aire et celle des limites de la d&#233;mocratie japonaise. &#171; Il devient clair qui impose r&#233;ellement l'agenda nucl&#233;aire &#187; a dit un homme d'Aichi &#224; Akhata lors d'un des manifestations du vendredi soir en septembre 2012. &#171; Nous voulons montrer au Premier ministre Noda que la col&#232;re des gens ordinaires est plus dangereuse que Keidanren [le principal lobby des entrepreneurs japonais] ou les &#201;tats-Unis. &#187; [20] D'autres ont dit au m&#234;me journal qu'ils &#171; tremblaient de rage &#187; alors qu'un manifestant qui protestait pour la premi&#232;re fois de sa vie a r&#233;sum&#233; le point de vue dominant : &#171; Cela semble &#234;tre un tournant dans notre histoire. Nous n'allons pas nous arr&#234;ter tant que toutes les centrales nucl&#233;aires n'auront pas &#233;t&#233; d&#233;class&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;ponses de la classe dirigeante&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement du Parti d&#233;mocrate (PD) &#233;tait faible et divis&#233;. Depuis que son Premier ministre Hatoyama Yukio, le premier &#224; diriger un gouvernement du PD, a &#233;t&#233; humili&#233; par Obama et forc&#233; d'accepter la domination &#233;tats-unienne &#224; Okinawa, le gouvernement a connu crise apr&#232;s crise, a eu une direction faible et n'est plus pris au s&#233;rieux tant par le grand capital que par la population. Une fraction du parti, dirig&#233;e par Ozawa, a fait scission apr&#232;s une augmentation des imp&#244;ts. A l'image des partis sociaux-lib&#233;raux, le PD est en difficult&#233;s entre son d&#233;sir de gouverner pour le capital et la baisse de sa popularit&#233; parce qu'il trahit et punit ses &#233;lecteurs. [21]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, le gouvernement a eu du mal &#224; r&#233;pondre &#224; la mont&#233;e de la col&#232;re et de la peur de la population apr&#232;s que les secrets de Tepco ont &#233;t&#233; rendus publics. Au d&#233;but il a annonc&#233; la fin de l'&#233;nergie nucl&#233;aire pour 2030, mais au cours des jours suivants le gouvernement a chang&#233; de position, s'engageant pour le statu quo sous la pression du capital et du lobby nucl&#233;aire [22]. Alors que la r&#233;pression polici&#232;re contre les militants syndicaux et sociaux est une tradition et que des membres du Parti communiste ont &#233;t&#233; emprisonn&#233;s dans le pass&#233; pour avoir distribu&#233; des tracts dans les bo&#238;tes aux lettres, les actions de la police contre le mouvement antinucl&#233;aire ont &#233;t&#233; tr&#232;s limit&#233;es et seuls une poign&#233;e de militants ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s. Ainsi, si le gouvernement du PD &#233;tait favorable &#224; l'&#233;nergie nucl&#233;aire et align&#233; sur son lobby, il ne se sentait pas capable d'affronter le mouvement. Pendant ce temps la popularit&#233; du gouvernement Noda a continu&#233; &#224; se r&#233;duire, alors qu'il tentait une rh&#233;torique nationaliste pour faire diversion &#224; la crise du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres repr&#233;sentants de l'establishment ont tent&#233; de monter dans le dernier wagon du mouvement. L'ancien Premier ministre Hatoyama a fait son apparition dans les manifestations, indiquant aux foules que &#171; nous devons ch&#233;rir ce flux de d&#233;mocratie nouvelle que vous cr&#233;ez&#8230; Nous pouvons voir l&#224; quelle est la distance entre la voix populaire et le bureau du Premier ministre. En tant qu'ancien Premier ministre, je tiens &#224; transmettre imm&#233;diatement votre message au bureau du Premier Ministre &#187; [23]. Il est clair que Hatoyama et bien d'autres voient dans ce mouvement de protestation une chance pour se refaire une sant&#233; politique et reconstruire leur base &#233;lectorale. Mais le mouvement se laissera-t-il coopter ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Portrait du mouvement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La tradition des g&#233;n&#233;rations mortes p&#232;se comme un cauchemar sur l'esprit des vivantes &#187; [24], &#233;crivait Marx. Pour le mouvement ouvrier japonais, ce cauchemar &#233;tait l'h&#233;ritage des d&#233;faites des ann&#233;es 1970. Ce n'est pas le lieu ici pour revenir sur cette histoire, mais certains rappels sont indispensables pour comprendre le mouvement actuel. La dure r&#233;pression des ann&#233;es 1930 et 1940, suivie des purges anticommunistes inspir&#233;es par les &#201;tats-Unis, avait laiss&#233; la &#171; nouvelle gauche &#187; des ann&#233;es 1960 d&#233;pourvue de traditions, de continuit&#233; et de liens avec le mouvement ouvrier qui lui auraient permis de garder un sens de la r&#233;alit&#233;. En cons&#233;quence &#8212; et de mani&#232;re tragique &#8212; le grand soul&#232;vement de la jeunesse a &#233;t&#233; gaspill&#233; au cours des ann&#233;es 1970, lorsque les militants favorables au socialisme ont sombr&#233; dans l'ultra-gauche (et parfois dans le terrorisme), dans la guerre entre organisations d'extr&#234;me gauche et dans la glorification de la violence. La croissance de la r&#233;pression &#233;tatique a produit dans la gauche une culture de confrontation et les groupes se pr&#233;tendant socialistes se sont engag&#233;s dans l'affrontement, les uns avec les autres, ce qui, &#224; la fin des ann&#233;es 1980, a provoqu&#233; la mort de plus de cent militants, tu&#233;s par d'autres socialistes. Les restes de ces groupes voyous et sectaires existent encore et leurs singeries ont discr&#233;dit&#233; &#224; la fois les protestations et la politique socialiste dans l'esprit de secteurs importants de la classe ouvri&#232;re japonaise. Cet h&#233;ritage d'amertume et de regrets p&#232;se encore tr&#232;s fortement aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce fait certains aspects les plus radicaux du mouvement japonais de protestation peuvent appara&#238;tre, aux yeux d'observateurs occidentaux, moins audacieux qu'ils ne sont en r&#233;alit&#233; : il n'y a pas eu d'affrontements d'ampleur, pas d'&#233;meutes comparables &#224; celles des &#233;tudiants britanniques de Miliband Tower ou des travailleurs grecs engag&#233;s dans des batailles rang&#233;es avec les forces de la police. Mais, dans le cas du Japon, le fait que les travailleurs ordinaires descendent dans la rue indique un saut qualitatif dans la conscience populaire. C'est le caract&#232;re massif de ces manifestations qui a une signification : si l'on ne peut pas encore parler d'une radicalisation massive au Japon, le pays conna&#238;t actuellement un processus de politisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e. &#171; D'habitude, je ne vais pas aux manifestations mais, parce que c'&#233;tait contre le nucl&#233;aire, j'ai pens&#233; que je pouvais venir, juste pour voir &#187;, disait une femme aux organisateurs de la manifestation de Kyoto &#187; [25]. En rendant normale la participation &#224; des protestations, ce mouvement peut se r&#233;pandre dans d'autres domaines. Le journal socialiste r&#233;volutionnaire &#171; Kakehashi &#187; a not&#233; une s&#233;rie de th&#232;mes politiques g&#233;n&#233;raux que ce mouvement a d&#233;j&#224; soulev&#233;s. Il cite un &#233;tudiant qui participait &#224; l'immense rassemblement devant le Parlement : &#171; Nous voulons que le gouvernement nous dise, &#224; nous, les enfants, la v&#233;rit&#233;. Nous voulons avoir le droit de d&#233;cider que faire des centrales nucl&#233;aires. &#187; [26]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; tradition des g&#233;n&#233;rations mortes &#187; p&#232;se bien s&#251;r toujours sur ce mouvement. De nombreux organisateurs des manifestations ont tenu &#224; souligner le caract&#232;re apolitique de leur mouvement, demandant aux gens de ne pas apporter les banni&#232;res ou d'autres signes d'organisations aux manifestations antinucl&#233;aires. Des organisateurs ont &#233;galement d&#233;pass&#233; leur r&#244;le en soulignant leurs relations amicales avec la police, s'inclinant devant les policiers et les remerciant pour leur dur travail &#224; la fin des manifestations [27]. Et m&#234;me si que la tr&#232;s grande majorit&#233; des manifestants &#233;taient des travailleurs, ce furent les c&#233;l&#233;brit&#233;s, des citoyens personnalit&#233;s &#233;minentes et des personnalit&#233;s des classes moyennes &#8212; et non les syndicalistes &#8212; qui ont &#233;t&#233; mis en avant dans ces manifestations et dans les comptes rendus m&#233;diatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement antinucl&#233;aire est domin&#233; par deux coalitions principales :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Sayonara Genpatsu Issenmannin Akushon (Au revoir l'&#233;nergie nucl&#233;aire &#8212; 10 millions de personnes agissent), un large regroupement des groupes de campagne plus anciens, des intellectuels et des &#233;crivains, dont Kenzaburo Oe est la figure la plus connue ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; La Coalition m&#233;tropolitaine contre le nucl&#233;aire, une formation plus jeune et plus r&#233;cente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que cette derni&#232;re coalition ait une image plus radicale et plus d'&#233;nergie juv&#233;nile, les deux ont contribu&#233; aux mobilisations de masse et elles s'appuient sur des forces sociales comparables ainsi que sur des sentiments similaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les distinctions politiques entre les deux mouvements donnent des indices sur la mani&#232;re dont cette lutte peut se d&#233;velopper et sur les forces sociales et politiques qui y agissent. Le grand rassemblement &#224; Yoyogi Uehara, organis&#233; entre autres par Kenzaburo Oe, &#233;tait sensiblement plus &#226;g&#233; que ne l'ont &#233;t&#233; les rassemblements de nuit les vendredi devant le si&#232;ge du Premier ministre. Il y a plusieurs strates dans ces mouvements. Sayonara Genpatsu Issenmannin Akushon rassemble un bon nombre de la g&#233;n&#233;ration des ann&#233;es 1960 et de la &#171; vieille &#187; nouvelle gauche, alors que la Coalition m&#233;tropolitaine contre le nucl&#233;aire &#8212; et, au del&#224;, les groupes non align&#233;s naissants &#8212; focalisent les jeunes groupes de militants ouverts sur divers programmes et analyses politiques. Le majorit&#233; de ces derniers n'ont jamais &#233;t&#233; impliqu&#233;s dans les protestations auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aversion de ce mouvement pour la politique pourrait devenir un probl&#232;me dans le futur. Comme le gouvernement poursuit ses plans visant &#224; remettre en marche les r&#233;acteurs nucl&#233;aires et affirmer l'industrie nucl&#233;aire comme partie int&#233;grante du capitalisme japonais, les questions de strat&#233;gie, de politique et d'analyses deviennent urgentes. Il y a un foss&#233; politique &#233;norme entre les d&#233;sirs politiques que le mouvement antinucl&#233;aire met en avant et les forces organis&#233;es capables de faire que ces d&#233;sirs prennent forme. Durant quelques ann&#233;es de la d&#233;cennie pr&#233;c&#233;dente le Parti communiste japonais a connu un boom d'adh&#233;sions et de sympathie au sein de la jeunesse et semblait pouvoir vivre un renouveau g&#233;n&#233;rationnel, mais cela ne c'est pas traduit en un succ&#232;s &#233;lectoral et, par ailleurs, sa politique et ses structures restent insensibles et moribondes [28].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est trop t&#244;t pour &#233;carter la possibilit&#233; d'une perc&#233;e organisationnelle issue de ce mouvement, bien qu'il pr&#233;sente certainement une opportunit&#233; pour les militants socialistes de s'adresse &#224; un auditoire beaucoup plus grand que dans le pass&#233; et bien plus dynamique que durant une longue p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente. Il y a un v&#233;ritable sentiment qu'il s'agit d'un moment &#224; saisir. Le manifestant Naoki Okada a dit &#224; &#171; Mainichi Shinbun &#187; lors d'une des manifestations du vendredi : &#171; Si nous voulons nous d&#233;barrasser d'eux, c'est maintenant le moment&#8230; Il n'a fallu que quelques mois pour que le Japon r&#233;duise &#224; z&#233;ro les r&#233;acteurs op&#233;rationnels, alors pourquoi devrions-nous les red&#233;marrer ? (&#8230;) J'ai voulu frapper maintenant, lorsque tout le monde est d&#233;termin&#233;, pour ne pas laisser passer cette occasion de l'unit&#233;. &#187; [29]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains leaders du mouvement sont d&#233;j&#224; conscients de ses limites et essayent de les surmonter. La clarification politique devient possible lorsque les militants sentent leur puissance potentielle. Ainsi Amiyama Karin s'est d'abord fait conna&#238;tre au Japon en tant que chanteuse punk ultra nationaliste et droiti&#232;re, puis au cours des derni&#232;res ann&#233;es elle s'est radicalis&#233;e &#224; gauche et elle est maintenant la porte-parole d'un groupe anti-nucl&#233;aire. Sa nouvelle orientation politique a &#233;t&#233; exprim&#233;e clairement dans un discours qu'elle a prononc&#233; lors d'un rassemblement massif : &#171; La mani&#232;re dont les m&#233;dias parlent de nous a chang&#233;. Une nouvelle conscience de la d&#233;mocratie directe a &#233;merg&#233;. Il est temps de changer l'histoire&#8230; Depuis la fin mars nous avons organis&#233; des veill&#233;es hebdomadaires chaque vendredi devant le si&#232;ge du Premier ministre. Le nombre des participants s'est accru et maintenant c'est un mouvement social. Nous gagnons du terrain&#8230; &#187; [30]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;fi pour la gauche socialiste japonaise c'est de se construire sur la base de cette &#171; d&#233;termination unifi&#233;e pour ne pas laisser passer cette chance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avanc&#233;es id&#233;ologiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les liens entre la crise &#233;conomique et la crise environnementale constituent une des mani&#232;res d'y parvenir. Selon Iwahashu Makoto du syndicat ind&#233;pendant Posse, la catastrophe a provoqu&#233; une rupture avec les id&#233;es favorables &#224; la classe dominante et donne aux id&#233;aux anticapitalistes la chance d'une meilleure audience : &#171; La catastrophe a provoqu&#233; des dommages incalculables, mais elle nous offre aussi une opportunit&#233;. Jusqu'&#224; pr&#233;sent l'id&#233;e de la &#8220;responsabilit&#233; de chacun&#8220; &#233;tait dominante au Japon. Autrement dit, l'assistance sociale n'&#233;tait pas consid&#233;r&#233;e comme le r&#233;sultat de la pauvret&#233;, mais comme le probl&#232;mes des pauvres eux-m&#234;mes et de leurs propres choix. Environ 2,05 millions de personnes b&#233;n&#233;ficient d'une aide sociale actuellement &#8212; c'est un record. Cependant, ce n'est pas consid&#233;r&#233; comme le r&#233;sultat de la pauvret&#233; structurelle par la soci&#233;t&#233;. M&#234;me ceux qui re&#231;oivent l'aide sociale ont int&#233;rioris&#233; l'id&#233;e que c'&#233;tait de leur faute. Le d&#233;nigrement des b&#233;n&#233;ficiaires se poursuit m&#234;me apr&#232;s le s&#233;isme. Notre point de d&#233;part doit &#234;tre la lutte contre cette id&#233;e h&#233;g&#233;monique qui impr&#232;gne la soci&#233;t&#233; japonaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si ce genre de prise de conscience se d&#233;veloppe, nous serons en mesure de tirer profit de la situation politique produite par le tremblement de terre. Pour la premi&#232;re fois au Japon, tout le monde peut se rendre compte qu'un grand nombre de gens ont &#233;t&#233; paup&#233;ris&#233;s du fait des circonstances ind&#233;pendantes de leur volont&#233; et non du fait de leurs propres agissements. Ces gens sont des victimes. Mais tout extraordinaire qu'il est &#233;t&#233;, le s&#233;isme n'est pas le seul facteur qui a plong&#233; les gens dans la pauvret&#233;. Il a mis en lumi&#232;re les probl&#232;mes structurels plus profonds du capitalisme japonais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En abordant les questions des victimes, nous construisons actuellement un mouvement pour exiger un niveau de vie digne. Nous voulons lier cette question avec la lutte contre le n&#233;olib&#233;ralisme et le capitalisme. Nous pensons que la r&#233;solution des probl&#232;mes des zones atteintes par la catastrophe constitue un aspect important de la lutte contre l'h&#233;g&#233;monie actuelle de l'id&#233;ologie antisociale fond&#233;e sur l'id&#233;e que ce sont les pauvres qui sont responsables de leur situation. &#187; [31]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des signes indiquent qu'un critique sociale plus large commence &#224; se manifester. L'hebdomadaire socialiste r&#233;volutionnaire Kakehashi a caract&#233;ris&#233; la manifestation d'octobre 2012 dans le Park Hibiya comme un pas en avant pour le changement et pour &#171; une politique de dignit&#233; &#187; [32].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que faire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes pas en mesure, de l'ext&#233;rieur, de donner des conseils tactiques &#224; nos amis et camarades militant dans le mouvement antinucl&#233;aire japonais. Ce mouvement mobilise une g&#233;n&#233;ration nouvelle qui construit sa propre tradition en cherchant ses propres questions et ses propres r&#233;ponses. Les vieilles le&#231;ons doivent &#234;tre partiellement r&#233;apprises. C'est en exp&#233;rimentant la construction du mouvement qu'une g&#233;n&#233;ration nouvelle pourra prendre confiance de d&#233;fier l'autorit&#233; et le pouvoir existants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enjeux sont importants. La contamination de la r&#233;gion de Fukushima a provoqu&#233; des d&#233;placements de la population, des destructions mat&#233;rielles et des dommages sanitaires pour les travailleurs pour des nombreuses ann&#233;es, voire des d&#233;cennies. Pourtant, la classe dominante japonaise a clairement affirm&#233; qu'elle veut maintenir l'industrie nucl&#233;aire. Tepco, qui restera dans l'histoire pour son non-respect des normes de la s&#233;curit&#233;, n'a donn&#233; aucune indication s&#233;rieuse qu'elle compte agir autrement. Tous les probl&#232;mes du capitalisme japonais demeurent. C'est donc un mouvement qui doit gagner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que les militants hors du Japon peuvent voir, c'est la renaissance au sein de la gauche japonaise d'une bataille id&#233;ologique. Ils doivent y prendre part. Le mouvement a ouvert un espace de d&#233;bats sur toutes sortes de questions &#8212; &#224; commencer par les limites de l'id&#233;ologie dominante de la &#171; responsabilit&#233; &#187; jusqu'&#224; la centralit&#233; potentielle de la clase ouvri&#232;re. Il a inspir&#233; les militants &#226;g&#233;s pour qu'ils renouent avec les nouvelles forces sociales et avec les jeunes travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une lente impatience&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les v&#233;t&#233;rans, comme Kenji Kunitomi et ses camarades de la Ligue communiste r&#233;volutionnaire et du Conseil national des travailleurs internationalistes, qui ont maintenu une tradition de l'auto-&#233;mancipation de la classe ouvri&#232;re et travers&#233; la r&#233;pression des ann&#233;es 1970, les d&#233;sastres sectaires des ann&#233;es 1980 et le vide politique des ann&#233;es 1990, font maintenant partie d'un mouvement mobilisant des dizaines de milliers de personnes qui n'avaient jamais &#233;t&#233; actifs auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;fis sont devant eux. Le mouvement devra affronter une opposition s&#233;rieuse de la classe dirigeante et devra d&#233;passer ses ambigu&#239;t&#233;s et ses confusions politiques au cours de la confrontation. Nous aurons beaucoup &#224; apprendre de cette exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des manifestants, interrog&#233; par &#171; Akahata &#187; devant le si&#232;ge du Premier Ministre, a clairement expliqu&#233; ce qui nous attend : &#171; Si nous ralentissons &#8212; a-t-il dit &#8212; nous n'arriverons pas &#224; atteindre notre but. &#187; [33]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] &#171; Above-limit radioactive cesium detected in Fukushima tobacco, JT says &#187;, Japan Times, 11 octobre 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] &#171; Cesium above new limit in Miyagi beef, &#187; Japan Times, 18 octobre 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Nick Crumpton, &#171; &#8220;Severe Abnormalities&#8221; found in Fukushima butterflies &#187;, BBC News, 13 ao&#251;t 2012 : &lt;a href=&#034;http://www.bbc.co.uk/news/science-environment-19245818&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.bbc.co.uk/news/science-environment-19245818&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] David McNeill, &#171; Crippled Fukushima Nuclear Power Plant at One Year : Back in the Disaster Zone &#187;, The Asia Pacific Journal, Vol.10, Issue 9, n&#176; 4, 27 f&#233;vrier 2012 : &lt;a href=&#034;http://www.japanfocus.org/-David-McNeill/3700&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.japanfocus.org/-David-McNeill/3700&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Justin McCurry, &#171; Fukushima disaster could have been avoided, nuclear plant operator admits &#187;, Guardian, 15 octobre 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] NPO Posse, &#171; Livres : &#8220;Le tueur silencieux&#8221; : les travailleurs des centrales nucl&#233;aires expos&#233;s aux radiations &#187;, &lt;a href=&#034;http://blog.goo.ne.jp/?ec=1&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://blog.goo.ne.jp/?ec=1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] &#171; The Official Report of the Fukushima Nuclear Accident Independent Investigation Committee : Executive Summary &#187;, Tokyo : National Diet of Japan, 2012, p. 9.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] David McNeill, &#171; The Fukushima Nuclear Crisis and the Fight for Compensation &#187;, The Asia-Pacific Journal, Vol. 10, Issue 10, n&#176; 6, March 5 2012, &lt;a href=&#034;http://www.japanfocus.org/-David-McNeill/3707&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.japanfocus.org/-David-McNeill/3707&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] &#171; The Japanese People Won't Accept it Any Longer &#187;, Transnational Institute, 5 March 2012, &lt;a href=&#034;http://www.tni.org/interview/japanese-population-wont-accept-it-any-longer&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.tni.org/interview/japanese-population-wont-accept-it-any-longer&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Extrait d'un discours d'Iwahashi Makoto, publi&#233; d'abord en traduction par &lt;br class='autobr' /&gt;
Left21, journal du groupe socialiste r&#233;volutionnaire cor&#233;en &#171; Tous Ensemble &#187;. Traduit du texte japonais original, qui n'a pas &#233;t&#233; publi&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Cf. R. Taggart Murphy, &#171; Bubblenomics &#187;, New Left Review n&#176; 57, May-June 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] POSSE Members' Blog, Juin 2011, &lt;a href=&#034;http://blog.goo.ne.jp/posse_blog/e/93a3e575eeeedbbef50f7ced2383d9a7?fm=rss&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://blog.goo.ne.jp/posse_blog/e/93a3e575eeeedbbef50f7ced2383d9a7?fm=rss&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Cit&#233; par Dougal McNeill, &#171; Japan : Hope, and Hashism &#187;, Overland blog, 25 June 2012, &lt;a href=&#034;http://overland.org.au/2012/06/japan-hope-and-hashism/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://overland.org.au/2012/06/japan-hope-and-hashism/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] &#171; Bye-Bye Nukes Kyoto &#187;, &lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=dXHuA2Adv7I&amp;feature=relmfu&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.youtube.com/watch?v=dXHuA2Adv7I&amp;feature=relmfu&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Akahata, 14 octobre 2012, &lt;a href=&#034;http://www.jcp.or.jp/akahata/aik12/2012-10-14/2012101414_02_1.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.jcp.or.jp/akahata/aik12/2012-10-14/2012101414_02_1.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Eriko Arita, &#171; Citizens Groups Propel Rising Wave of Antinuclear Activism &#187;, Japan Times, 19 ao&#251;t 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Hiroko Tabuchi, &#171; Protests Challenge Japan's use of Nuclear Power &#187;, New York Times, 11 juin 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Voir : Jake Adelstein &amp; Nathalie Stucky, &#171; Japanese Government Literally Surrounded by Antinuclear Protesters &#187;, Japan Subculture Research Centre, 30 July 2012, &lt;a href=&#034;http://www.japansubculture.com/japanese-government-literally-surrounded-by-anti-nuclear-protestors-on-sunday/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.japansubculture.com/japanese-government-literally-surrounded-by-anti-nuclear-protestors-on-sunday/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Hiroko Tabuchi, &#171; Tokyo Rally is Biggest Yet to Oppose Nuclear Plan &#187;, New York Times, 16 juillet 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Akahata, 12 septembre 2012, &lt;a href=&#034;http://www.jcp.or.jp/akahata/aik12/2012-09-22/2012092201_03_1.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.jcp.or.jp/akahata/aik12/2012-09-22/2012092201_03_1.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Cf. Gavan McCormack, &#171; Obama vs. Okinawa &#187;, New Left Review, n&#176; 64, July-August 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Justin McCurry, &#171; Japan drops plans to phase out nuclear power by 2040 &#187;, Guardian (UK), 19 septembre 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] LaborNet Japan, &#171; Movement against nuclear energy, government escal&#226;tes &#187;, 9 ao&#251;t 2012, &lt;a href=&#034;http://labornetjp.blogspot.co.nz/20..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://labornetjp.blogspot.co.nz/20..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] Karl Marx, Le 18 brumaire de L. Bonaparte, &lt;a href=&#034;http://www.marxistsfr.org/francais/marx/works/1851/12/brum.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.marxistsfr.org/francais/marx/works/1851/12/brum.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] &#171; Bye Bye Nukes Kyoto &#187;, op. cit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Kakehashi du 29 juillet 2012, &lt;a href=&#034;http://www.jrcl.net/frame120806a.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.jrcl.net/frame120806a.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] Jake Adelstein &amp; Nathalie-Kyoko Stucky, &#171; Nuclear Power Protests Find Wide Support in Japan &#187;, The Daily Beast, 19 ao&#251;t 2012, &lt;a href=&#034;http://www.thedailybeast.com/articles/2012/08/19/nuclear-power-protests-find-wide-support-in-japan.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.thedailybeast.com/articles/2012/08/19/nuclear-power-protests-find-wide-support-in-japan.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Voir : Kaye Broadbent, &#171; Japan's New Radicalism &#187;, Socialist Alternative, juin 2009, &lt;a href=&#034;http://sa.org.au/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=4058:japans-new-radicalism&amp;Itemid=389&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://sa.org.au/index.php?option=com_k2&amp;view=item&amp;id=4058:japans-new-radicalism&amp;Itemid=389&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] &#171; Giant Antinuclear rally in Tokyo draws protesters from all walks of life &#187;, Mainichi Shinbun, 17 juillet 2012, &lt;a href=&#034;http://mainichi.jp/english/english/newsselect/news/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://mainichi.jp/english/english/newsselect/news/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] Kakehashi, 6 ao&#251;t 2012, &lt;a href=&#034;http://www.jrcl.net/frame120806a.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.jrcl.net/frame120806a.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] Iwahashi, Left21, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[32] Kakehashi, 22 octobre 2012, &lt;a href=&#034;http://www.jrcl.net/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.jrcl.net/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[33] Akahata, 21 September 2012, &lt;a href=&#034;http://www.jcp.or.jp/akahata/aik12/2012-09-22/2012092201_03_1.htmlhttp://www.jcp.or.jp/akahata/aik12/..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.jcp.or.jp/akahata/aik12/2012-09-22/2012092201_03_1.htmlhttp://www.jcp.or.jp/akahata/aik12/..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Traduction Inprecor. &lt;a href=&#034;http://www.inprecor.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.inprecor.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* * Dougal McNeil milite au sein de Socialist Alternative en Australie, une organisation qui a le statut d'observateur permanent au sein de la IVe Internationale. Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; par Marxist Left Review, &#233;dit&#233; par l'organisation australienne : &lt;a href=&#034;http://marxistleftreview.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://marxistleftreview.org&lt;/a&gt; . Traduit de l'anglais par JM. Pour &#233;crire cet article, l'auteur a b&#233;n&#233;fici&#233; des commentaires de David McNeill et de Kenji Kunitomi (de la direction de la Ligue communiste r&#233;volutionnaire du Japon) et du rapport de Chie Matsumoto pr&#233;sent&#233; lors du s&#233;minaire Marxism 2012 &#224; Melbourne, en Australie. Toutes les traductions du japonais vers l'anglais ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; par Shomi Yoon.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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