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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>20e anniversaire de la loi anti-foulard de 2004 : le bilan honteux d'une manipulation de la la&#239;cit&#233;</title>
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		<dc:date>2024-04-23T12:21:27Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laurent L&#233;vy</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2024-04-23</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Conflit Isra&#233;lo-palestinien</dc:subject>

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&lt;p&gt;Laurent L&#233;vy revient sur les conditions dans lesquelles a &#233;t&#233; adopt&#233;e la loi du 15 mars 2004, pr&#233;tendant interdire les signes religieux &#171; ostensibles &#187; &#224; l'&#233;cole mais tourn&#233;e en r&#233;alit&#233; contre les musulmans, en particulier ici les jeunes femmes musulmanes. Il en fait le bilan 20 ans apr&#232;s, montrant qu'il s'agissait l&#224; de la premi&#232;re &#233;tape d'une entreprise de manipulation de la la&#239;cit&#233;, visant &#224; en faire un instrument de l'offensive islamophobe. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est int&#233;ressant de lire l'article (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2024-04-23-+" rel="tag"&gt;Edition du 2024-04-23&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Conflit-Israelo-palestinien-+" rel="tag"&gt;Conflit Isra&#233;lo-palestinien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH96/touche_pas_a_mon_foulard-30122.png?1713874906' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='96' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Laurent L&#233;vy revient sur les conditions dans lesquelles a &#233;t&#233; adopt&#233;e la loi du 15 mars 2004, pr&#233;tendant interdire les signes religieux &#171; ostensibles &#187; &#224; l'&#233;cole mais tourn&#233;e en r&#233;alit&#233; contre les musulmans, en particulier ici les jeunes femmes musulmanes. Il en fait le bilan 20 ans apr&#232;s, montrant qu'il s'agissait l&#224; de la premi&#232;re &#233;tape d'une entreprise de manipulation de la la&#239;cit&#233;, visant &#224; en faire un instrument de l'offensive islamophobe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est int&#233;ressant de lire l'article ci-dessous, &#224; la lumi&#232;re de la d&#233;claration de Gabri3l Attal lors de son intervention &#224; l'Assembl&#233;e nationale du Qu&#233;bec.&lt;a href=&#034;https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2064270/gabriel-attal-visite-france-quebec&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;&#171; Je sais que la la&#239;cit&#233; est la condition pour bien vivre ensemble. Et je sais que les Qu&#233;b&#233;coises et les Qu&#233;b&#233;cois, que leurs repr&#233;sentants, sont attach&#233;s &#224; la la&#239;cit&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/a&gt;. Cette d&#233;claration a re&#231;u une ovation des d&#233;put&#233;s de tous es partis. Lorsque l'on sait l'importance de l'islamophobie en France, il y a de quoi d&#233;velopper notre sens critique. (NDLR - PTAG)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;18 avril 2024 | tir&#233; de contretemps.eu&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/anniversaire-loi-15-mars-2004-manipulation-laicite/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/anniversaire-loi-15-mars-2004-manipulation-laicite/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;br class='autobr' /&gt;
Les parlementaires d&#233;bordaient d'enthousiasme lorsqu'ils ont adopt&#233; &#224; une tr&#232;s large majorit&#233; (494 voix pour, 36 contre et 31 abstentions) la loi anti-foulard promulgu&#233;e le 15 mars 2004. Ils auraient sans doute &#233;t&#233; incr&#233;dules si on leur avait dit que le vingti&#232;me anniversaire de cette loi, qu'ils voyaient comme une &#339;uvre magistrale et un marqueur de l'affirmation r&#233;publicaine comparable dans son importance &#224; la grande loi de 1905 sur la s&#233;paration des &#201;glises et de l'&#201;tat, ne donnerait lieu &#224; aucune c&#233;l&#233;bration officielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La raison de cette absence de c&#233;l&#233;bration est pourtant sans doute assez simple : il aurait fallu faire le bilan de cette loi, au regard de ses objectifs affich&#233;s ; et ce bilan n'est gu&#232;re reluisant. Ouvrant la discussion au Parlement, le premier ministre de l'&#233;poque n'h&#233;sitait pas &#224; &#233;voquer &#171; ce texte qui symbolise notre confiance dans la R&#233;publique et notre volont&#233; nationale de vivre ensemble &#187;. Il &#233;tait question d'apaiser les relations scolaires et de donner une solution au pr&#233;tendu probl&#232;me du &#171; foulard &#224; l'&#233;cole &#187;. La seule chose que l'on puisse dire &#224; cet &#233;gard est qu'en effet, par l'application de la loi, les &#171; foulards islamiques &#187; ont pratiquement disparu de l'espace scolaire. Il s'agissait &#233;galement de mettre un coup d'arr&#234;t aux progr&#232;s de la visibilit&#233; de l'islam dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, et en particulier de faire reculer le port du foulard en France : il est difficile de pr&#233;tendre que ce soit sur ce point une r&#233;ussite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne reviendra pas ici sur l'ensemble des arguments qui ont pu &#234;tre avanc&#233;s en son temps &#224; l'appui de cette loi, qu'il s'agisse de la mobilisation instrumentalis&#233;e du f&#233;minisme, de l'id&#233;e que la France devait se prot&#233;ger du danger mortel que lui ferait courir un islamisme conqu&#233;rant, ou de la n&#233;cessit&#233; de lutter contre le &#171; communautarisme &#187; et de prot&#233;ger le &#171; vivre ensemble &#187; en obligeant certaines lyc&#233;ennes &#224; vivre s&#233;par&#233;ment, de la n&#233;cessaire protection de l'&#201;cole de tout pros&#233;lytisme et de l'affirmation de son statut de lieu &#171; d'ouverture &#224; l'universel &#187; . Aucun ne r&#233;sistait l'examen[1] &#224; l'&#233;poque, ils sont encore plus fragiles avec le recul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est toutefois n&#233;cessaire de revenir sur un point de cette argumentation, &#224; la fois pour son int&#233;r&#234;t propre et pour la mani&#232;re dont il a illustr&#233; un m&#233;canisme fondamental de la grande manipulation id&#233;ologique qui s'est alors jou&#233;e : la mobilisation du th&#232;me de la la&#239;cit&#233;, par laquelle ont &#233;t&#233; recouverts l'ensemble des enjeux de cette loi ; th&#232;me qui a maquill&#233;, occult&#233; et rendu invisible pour beaucoup son caract&#232;re fondamentalement raciste. Si d'autres th&#232;mes de l'offensive alors lanc&#233;e ont pu se d&#233;velopper par la suite &#8211; ainsi la pr&#233;tendue lutte contre le &#171; communautarisme &#187; qui a redessin&#233; en un sens r&#233;actionnaire le th&#232;me de &#171; la R&#233;publique &#187; jusqu'&#224; l'adoption de la loi &#171; s&#233;paratisme &#187; de G&#233;rald Darmanin &#8211; c'est sur celui de la la&#239;cit&#233; que s'est accomplie la principale d&#233;faite des id&#233;es progressistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a pu parler &#224; ce propos de r&#233;volution conservatrice dans la la&#239;cit&#233;[2]. La conception s&#233;culaire de la la&#239;cit&#233; en France, selon laquelle l'&#201;tat et les &#201;glises devaient &#234;tre ind&#233;pendantes et la R&#233;publique ne reconna&#238;tre aucun culte, &#233;tait en effet subvertie pour y inclure l'id&#233;e que la la&#239;cit&#233; imposait des obligations de neutralit&#233; aux b&#233;n&#233;ficiaires du service public et non seulement &#224; ses agents, &#224; rebours &#224; la fois des lois instituant l'&#233;cole publique la&#239;que et obligatoire dans les ann&#233;es 1880, et de la loi de 1905 elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce principe de la&#239;cit&#233;, initialement vivement contest&#233; par les courants cl&#233;ricaux et par la droite, &#233;tait au fil du temps devenu une norme largement partag&#233;e, m&#234;me si ce fut non sans r&#233;sistances et soubresauts. Pour la gauche, il s'agissait d'un principe presque identitaire, au-dessus de toute contestation : un acquis d&#233;finitif et pour certains central de sa culture. Devenue indiscutable, la la&#239;cit&#233; n'&#233;tait plus discut&#233;e, et donc plus pens&#233;e. Aucune &#233;laboration notable ne lui &#233;tait consacr&#233;e. Elle &#233;tait en somme tot&#233;mis&#233;e. Les &#233;vidences, par d&#233;finition, sont des choses sur lesquelles on n'argumente pas ; mais elles peuvent servir d'outils &#224; l'argumentation, m&#234;me une fois enfouis leurs fondements jusqu'&#224; en &#234;tre oubli&#233;s dans les m&#233;andres de la m&#233;moire collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi par une d&#233;marche id&#233;ologique somme toute efficace que la la&#239;cit&#233; a &#233;t&#233; brandie lorsqu'il s'est agi de trouver une solution au &#171; probl&#232;me &#187; du foulard &#224; l'&#233;cole, &#224; travers son interdiction. On aurait pu d'abord expliquer en quoi il s'agissait d'un &#171; probl&#232;me &#187; ? Objectivement en effet, d'un strict point de vue p&#233;dagogique, le seul probl&#232;me pos&#233; par le fait que des lyc&#233;ennes se pr&#233;sentaient en cours avec la t&#234;te recouverte d'un foulard &#233;tait le refus de certains enseignants de les voir porter cette tenue. Identifier comme tel ce probl&#232;me aurait &#224; l'&#233;vidence conduit &#224; des solutions diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le fait qu'il s'agisse d'un &#171; probl&#232;me &#187; n'&#233;tant pas questionn&#233;, invoquer m&#234;me &#224; tort une atteinte au principe de la&#239;cit&#233; &#233;tait une arme redoutable. Si le port du foulard par des lyc&#233;ennes &#233;tait une atteinte &#224; la la&#239;cit&#233;, l'admettre devenait impensable et son bannissement semblait relever de l'&#233;vidence : il n'&#233;tait plus besoin d'interroger son refus de la part d'une fraction du corps enseignant et de la soci&#233;t&#233;, ce refus allait de soi. Les voix d&#233;non&#231;ant une r&#233;action raciste devenaient vite inaudibles : comment une simple cons&#233;quence d'un principe largement admis pourrait-elle &#234;tre raciste ? Comment pr&#233;tendre que la la&#239;cit&#233; elle-m&#234;me pouvait &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme telle ? Si un historien et sociologue pourtant reconnu de la la&#239;cit&#233; comme Jean Baub&#233;rot, qu'on avait m&#234;me fait entrer dans la Commission Stasi[3], contestait qu'elle ait pour cons&#233;quence logique cette interdiction du foulard &#224; l'&#233;cole, lui-m&#234;me ne pouvait &#234;tre entendu[4] : il fut le seul de ses membres &#224; refuser de voter le rapport de cette commission. Ainsi se mettait en place ce qu'il a qualifi&#233; de &#171; nouvelle la&#239;cit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons que si la loi avait &#233;t&#233; inscrite &#224; l'ordre du jour de l'Assembl&#233;e comme relative &#171; &#224; l'application du principe de la&#239;cit&#233; dans les &#233;coles, coll&#232;ges et lyc&#233;es publics &#187;, ce qui dans un pays o&#249; l'&#233;cole publique &#233;tait la&#239;que depuis environ 120 ans peut sembler &#233;trange, l'intitul&#233; de la loi elle-m&#234;me visait seulement le port de &#171; signes religieux &#187; dans l'enceinte des &#233;tablissements ; et la discussion parlementaire n'en &#233;voquait aucun autre que le fameux foulard. C'est en fin de discussion que le mot &#171; la&#239;cit&#233; &#187; y a &#233;t&#233; ajout&#233; sur un amendement propos&#233; par un d&#233;put&#233; socialiste. Le rapporteur (UMP) de la loi, Pascal Cl&#233;ment, notant alors que sans &#171; r&#233;f&#233;rence &#224; la la&#239;cit&#233;, on fait une loi uniquement r&#233;pressive, sans aucune noblesse r&#233;publicaine &#187;, comme si le titre de la loi pouvait modifier le caract&#232;re de ses dispositions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des d&#233;bats un autre d&#233;put&#233; avait insist&#233;, en vain, pour que l'interdiction soit mise en rapport avec un trouble &#224; l'ordre public, seul de nature disait-il &#224; justifier la r&#233;pression. Que le principe de la&#239;cit&#233; ne soit qu'un pr&#233;texte &#224; l'interdiction du foulard &#224; l'&#233;cole &#233;tait tangible dans les d&#233;bats parlementaires, et aucune intervention n'a m&#234;me esquiss&#233; un simple rappel du contenu de ce principe. De fait, le Conseil d'&#201;tat avait, &#224; plusieurs reprises d&#233;j&#224;, affirm&#233; que le port par des &#233;l&#232;ves du &#171; foulard islamique &#187; ne s'y opposait pas. Au demeurant, la la&#239;cit&#233; &#233;tant d&#233;j&#224; un principe l&#233;gal et constitutionnel, c'est bien parce qu'elle ne permettait pas en elle-m&#234;me la prohibition du foulard qu'une loi devait &#234;tre vot&#233;e pour la permettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences directes de cette loi sont suffisamment lourdes pour que l'on comprenne que son anniversaire n'ait pas donn&#233; lieu &#224; c&#233;l&#233;brations : au-del&#224; du chiffre officiel de 45 exclusions d'&#233;l&#232;ves, on peut estimer &#224; 400 environ le total des d&#233;scolarisations qui s'en sont imm&#233;diatement suivies. Des jeunes filles pr&#233;f&#233;raient en effet &#233;viter l'ordalie des conseils de discipline et abandonner elles-m&#234;mes. La loi pr&#233;voyait bien une &#171; phase de discussion &#187; avant toute exclusion, mais c'&#233;tait par hypoth&#232;se une discussion &#224; sens unique, dont l'issue &#233;tait de par la loi &#233;crite &#224; l'avance. Aucune marge de n&#233;gociation n'existait. Celles qui ont affront&#233; cette &#233;preuve en ont rapport&#233; des t&#233;moignages poignants[5] ; et celles qui se sont soumises ont v&#233;cu douloureusement cette humiliation, au point souvent d'abandonner elles aussi leur scolarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interrog&#233; en 2003 sur son opposition &#224; l'exclusion des lyc&#233;ennes musulmanes voil&#233;es, le regrett&#233; Mouloud Aounit, alors secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du MRAP, avait d&#233;clar&#233; : &#171; Je ne veux pas &#234;tre le fourrier des &#233;coles confessionnelles. &#187; De fait, une autre cons&#233;quence de la loi aura &#233;t&#233; le d&#233;veloppement de tout un r&#233;seau de telles &#233;coles priv&#233;es musulmanes hors-contrat, &#224; la scolarit&#233; co&#251;teuse et de qualit&#233; in&#233;gale. La pr&#233;tendue &#171; lutte contre le communautarisme &#187; aura ainsi eu ce r&#233;sultat qui n'est qu'en apparence paradoxal et qui souligne la logique d'exclusion &#8211; la logique proprement s&#233;paratiste &#8211; de cette loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait en outre &#233;voquer les effets de la lecture faite de cette loi au sein m&#234;me de l'institution scolaire : lecture g&#233;n&#233;ralement h&#226;tive ou fauss&#233;e, souvent partielle, parfois improbable, mais parfois simplement litt&#233;rale, ce qui la faisait aller bien au-del&#224; de ce qu'&#233;tait l'intention r&#233;elle du l&#233;gislateur, comme c'est souvent le cas des lois mal pens&#233;es et mal &#233;crites. On a par exemple cherch&#233; &#224; l'appliquer aux &#233;tudiantes ou aux m&#232;res d'&#233;l&#232;ves dans le cadre des activit&#233;s p&#233;riscolaires, bien que la loi ne vise express&#233;ment que les &#233;l&#232;ves du primaire et du secondaire : cela a &#233;t&#233; le cas pour les accompagnatrices de sorties scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a aussi, au-del&#224; du foulard, et sans m&#234;me parler des quelques gar&#231;ons sikhs exclus pour port de turban, progressivement vis&#233; les tenues amples, les robes longues, les bandanas en une v&#233;ritable police du v&#234;tement. Le dernier avatar de cette pratique devenue courante est la croisade lanc&#233;e par Gabriel Attal, alors ministre de l'&#201;ducation nationale, contre les &#171; abayas &#187;, exotisant d'un mot jusqu'alors inconnu du grand public les robes longues et larges que portaient certaines jeunes filles qui, en dehors du lyc&#233;e, portaient par ailleurs le foulard[6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au-del&#224; de ces cons&#233;quences plus ou moins directes de la loi elle-m&#234;me, c'est l'ensemble du d&#233;bat public &#8211; on devrait dire du non-d&#233;bat prenant la forme d'une doxa impos&#233;e &#8211; ayant accompagn&#233; son adoption qui a eu sur la soci&#233;t&#233; des effets telluriques. Par glissements successifs, l'assertion absolument fausse suivant laquelle le port par des lyc&#233;ennes musulmanes d'un foulard heurtait le principe de la&#239;cit&#233; en est venue &#224; signifier, avec la m&#234;me force d'&#233;vidence fantasmatique, une autre affirmation. Et cette affirmation, perversion supr&#234;me, a &#233;t&#233; ass&#233;n&#233;e sous la forme d'une question que personne n'aurait song&#233; &#224; se poser, mais dont l'insistance exigeait qu'on lui apporte une r&#233;ponse &#8211; et une r&#233;ponse n&#233;gative : &#171; L'islam est-il compatible avec la R&#233;publique ? &#187; Puisqu'il &#233;tait devenu l&#233;galement &#233;vident que le foulard &#224; l'&#233;cole &#233;tait contraire &#224; la la&#239;cit&#233;, pouvait-il y &#234;tre conforme en d'autres lieux ? Bien s&#251;r que non ! Des voix se sont lev&#233;es pour demander son interdiction dans tout l'espace public. Comme cela n'allait pas de soi, le gouvernement a pu transiger en interdisant le &#171; voile int&#233;gral &#187;, effet vestimentaire tout &#224; fait marginal, que sa simple interdiction faisait passer pour un danger mena&#231;ant la R&#233;publique elle-m&#234;me. Comme pour le foulard &#224; l'&#233;cole, on l&#233;gif&#233;rait pour donner une &#171; solution &#187; &#224; un &#171; probl&#232;me &#187; imaginaire. De m&#234;me que montrer ses cheveux &#233;tait une condition de l'enseignement scolaire, montrer son visage devenait une condition de la fr&#233;quentation des rues. Et &#224; chacune de ces campagnes, on multiplie les amalgames sur des mots angoissants. On cr&#233;e un continuum islam-islamisme-fondamentalisme-salafisme-djihadisme : chaque abaya peut cacher une kalachnikov. Chaque foulard est une bombe en puissance, comme dans un dessin c&#233;l&#232;bre, le turban de Mahomet. C'est open-bar pour l'islamophobie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'abri de l'&#233;vidence ainsi construite, le racisme islamophobe qui se trouvait au principe de la loi du 15 mars 2004 pouvait se d&#233;ployer librement. Le mot &#171; la&#239;cit&#233; &#187; se chargeait de l'ensemble des connotations du contexte dans lequel il avait &#233;t&#233; mobilis&#233; et transform&#233;, jusqu'&#224; signifier bien souvent &#171; principe selon lequel l'islam ne peut &#234;tre tol&#233;r&#233; que s'il est invisible &#187;. Cette signification, parfois prise en charge comme forme contemporaine du vieil anticl&#233;ricalisme, li&#233; &#224; une m&#233;connaissance profonde des sp&#233;cificit&#233;s de l'islam &#8211; entre autres le fait que, justement, il ne conna&#238;t pas de clerg&#233;[7] &#8211; devenait ainsi soit le paravent, soit l'excuse d'un renouvellement des formes dominantes du racisme. On assistait &#224; la naissance d'un racisme respectable[8]. Cette la&#239;cit&#233; d&#233;voy&#233;e &#233;tait ainsi pain b&#233;ni pour le Front National, devenant malgr&#233; les quolibets des un-e-s et la stup&#233;faction des autres un des grands chantres de &#171; la la&#239;cit&#233; &#187;, qui &#233;tait l'un des &#233;l&#233;ments de sa &#171; d&#233;diabolisation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est depuis l'adoption de la loi que la France a connu diverses manifestations djihadistes, une s&#233;rie d'attentats, le d&#233;part de centaines de jeunes gens pour combattre en Syrie avec l'EI, un certain nombre de meurtres ou autres agressions directement li&#233;es &#224; ce qui s'est jou&#233; alors : ce sont &#224; bien des &#233;gards autant de r&#233;v&#233;lateurs, mais aussi d'acc&#233;l&#233;rateurs des effets pervers d'une loi par laquelle on a expliqu&#233; le plus clairement du monde &#224; toute une population qu'elle n'est pas ici chez elle, qu'elle trouble par sa simple existence la tranquillit&#233; r&#233;publicaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier &#233;pisode en date des effets d&#233;l&#233;t&#232;res de la loi anti-foulard s'est d&#233;roul&#233; &#224; Paris, au lyc&#233;e Ravel : une &#233;tudiante en BTS, musulmane voil&#233;e qui enl&#232;ve son foulard lorsqu'elle entre dans l'&#233;tablissement pour aller y suivre ses cours, commet la maladresse de le sortir de son sac pour le remettre juste avant de franchir la grille du lyc&#233;e. Le proviseur, connu pour sa volont&#233; d'appliquer cette loi au pied de la lettre et avec la plus grande rigueur &#8211; comme le lui demande sa hi&#233;rarchie &#8211; se pr&#233;cipite sur elle pour l'en emp&#234;cher. Une bousculade s'ensuit dont t&#233;moignent des &#233;l&#232;ves qui jugent ce chef d'&#233;tablissement islamophobe. La jeune fille va se plaindre au commissariat d'avoir re&#231;u un coup &#224; cette occasion, mais l'affaire est vite class&#233;e sans suite. Mais le fait ayant &#233;t&#233; rendu public, des menaces sont adress&#233;es au proviseur par des auteurs anonymes &#8211; et m&#234;me si l'on ignore tout de leur s&#233;rieux, des pr&#233;c&#233;dents dramatiques obligent &#224; prendre toutes les mesures pour le prot&#233;ger, et il pr&#233;f&#232;re anticiper sa retraite prochaine en d&#233;missionnant. Si l'on a raison de condamner ces menaces et de manifester sur ce point de la solidarit&#233; &#224; ce chef d'&#233;tablissement, il est clair que l'incident que leurs auteurs ont pris comme pr&#233;texte est un simple effet de la loi du 15 mars 2004 &#8211; et de son imb&#233;cillit&#233;. Ce n'est pas la la&#239;cit&#233; que ce chef d'&#233;tablissement a entendu faire respecter : c'est une loi qui n'a rien &#224; voir avec ce principe constitutionnel, mais a eu pour effet d'en d&#233;figurer le sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est regrettable qu'aucune force politique significative ne demande l'abrogation de cette loi n&#233;faste[9] &#8211; et que la plupart la consid&#232;rent m&#234;me comme un acquis, int&#233;gr&#233; dans l'ordre r&#233;publicain, et fixant une norme raisonnable. Il s'agirait pourtant l&#224; d'un combat tout &#224; fait n&#233;cessaire de nature &#224; rebattre les cartes, en imposant le d&#233;bat qui n'a pas eu lieu il y a vingt ans. En somme, ce serait une mani&#232;re utile de lutter contre l'exclusion et le s&#233;paratisme r&#233;publicain ; d'affirmer, apr&#232;s ces ann&#233;es de confusion et de stigmatisation que oui, les populations concern&#233;es sont bien ici chez elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Pour une &#233;tude d'ensemble, voir l'ouvrage remarquablement inform&#233; de l'historienne f&#233;ministe &#233;tatsunienne Joan Scott, La politique du voile, Amsterdam, 2017, traduction Jo&#235;lle Marelli. Le livre est initialement paru en 2007, The Politics of the Veil, Princeton University Press. Voir &#233;galement &#224; propos des d&#233;bats &#224; gauche sur cette question, Laurent L&#233;vy, &#171; La gauche &#187;, les Noirs et les Arabes, La Fabrique, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Voir Pierre T&#233;vanian, &#171; Une r&#233;volution conservatrice dans la la&#239;cit&#233; &#187;, lmsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Commission de r&#233;flexion &#171; sur l'application du principe de la&#239;cit&#233; dans la R&#233;publique &#187; mise en place en juillet 2003 par Jacques Chirac et pr&#233;sid&#233;e par Bernard Stasi, alors M&#233;diateur de la R&#233;publique ; son rapport sera rendu en d&#233;cembre de la m&#234;me ann&#233;e, et sera &#224; l'origine de la loi du 15 mars 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Voir entre autres Jean Baub&#233;rot, L'int&#233;grisme r&#233;publicain contre la la&#239;cit&#233;, &#233;ditions de l'Aube, 2006, La la&#239;cit&#233; falsifi&#233;e, Paris, La D&#233;couverte, coll. &#171; Cahiers libres &#187;, 2012, r&#233;&#233;d. poche avec une postface, 2014. Voir &#233;galement, du m&#234;me auteur : &#171; La nouvelle la&#239;cit&#233; atrophie les libert&#233;s individuelles &#187;, Saphir News, 3 f&#233;vrier 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Voir en particulier Ismahane Chouder, Malika Latr&#232;che et Pierre T&#233;vanian, Les filles voil&#233;es parlent, La Fabrique, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Voir Laurent L&#233;vy, Sur une nouvelle offensive islamophobe : l'affaire de l'&#171; abaya &#187;, Contretemps, 4 septembre 2023., et Fanny Gallot, Interdiction des abayas &#224; l'&#233;cole : Une fois de plus les musulmanes stigmatis&#233;es, 14 septembre 2023, Ecole Emancip&#233;e, &lt;a href=&#034;https://ecoleemancipee.org/interdiction-des-abayas-a-lecole/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://ecoleemancipee.org/interdiction-des-abayas-a-lecole/&lt;/a&gt;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] En tous cas dans l'islam sunnite. L'islam chiite n'existe en France que de fa&#231;on marginale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Voir Sa&#239;d Bouamama, L'affaire du foulard islamique : la production d'un racisme respectable, &#233;ditions Le Geai Bleu, 2004, pr&#233;face de Pierre T&#233;vanian.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] A noter que le NPA et R&#233;volution Permanente ont inscrit cette abrogation &#224; leur programme.&lt;/p&gt;
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		<title>In Memoriam : Pete Seeger</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/In-Memoriam-Pete-Seeger</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/In-Memoriam-Pete-Seeger</guid>
		<dc:date>2014-02-04T13:35:07Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laurent L&#233;vy</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Arts et musique</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2014-02-04</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pete Seeger est mort ce lundi 27 janvier 2014. Il avait 94 ans. Il y aurait trop &#224; en dire. Un livre n'y suffirait pas. Quelques lignes d&#233;sordonn&#233;es en donneront peut-&#234;tre une id&#233;e, et donneront peut-&#234;tre envie de mieux le conna&#238;tre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tir&#233; du site de la revue Contretemps. &lt;br class='autobr' /&gt; Pete Seeger restera sans doute d'abord dans les m&#233;moires comme le principal acteur de la musique populaire am&#233;ricaine connue sous le nom de folksong. De la fin des ann&#233;es 1930 du XXe si&#232;cle aux d&#233;buts du XXIe, il en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Etats-Unis-44-+" rel="tag"&gt;&#201;tats-Unis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Arts-et-musique-+" rel="tag"&gt;Arts et musique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2014-02-04-+" rel="tag"&gt;Edition du 2014-02-04&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton16483-4421c.png?1674811814' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pete Seeger est mort ce lundi 27 janvier 2014. Il avait 94 ans. Il y aurait trop &#224; en dire. Un livre n'y suffirait pas. Quelques lignes d&#233;sordonn&#233;es en donneront peut-&#234;tre une id&#233;e, et donneront peut-&#234;tre envie de mieux le conna&#238;tre. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du site de la revue Contretemps.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pete Seeger restera sans doute d'abord dans les m&#233;moires comme le principal acteur de la musique populaire am&#233;ricaine connue sous le nom de folksong. De la fin des ann&#233;es 1930 du XXe si&#232;cle aux d&#233;buts du XXIe, il en aura &#233;t&#233; l'inlassable porte-voix, l'idole, l'inspirateur et la r&#233;f&#233;rence de celles et ceux qui, de Joan Baez &#224; Bruce Springsteen, en passant par Peter, Paul &amp; Mary et Bob Dylan auront contribu&#233; &#224; faire vivre ce r&#233;pertoire. Certaines chansons restent attach&#233;es &#224; son nom. Ainsi If I Had A Hammer, chanson compos&#233;e avec son ami Lee Hayes en d&#233;fense des dirigeants communistes poursuivis par la &#171; chasse aux sorci&#232;res &#187; : Si j'avais un marteau, je forgerais la libert&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=Rl-yszPdRTk&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.youtube.com/watch?v=Rl-yszPdRTk&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Where Have All The Flowers Gone, reprise par toute une g&#233;n&#233;ration pour protester contre la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=7pZa3KtkVpQ&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.youtube.com/watch?v=7pZa3KtkVpQ&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi ces autres chansons anti-guerre que sont Waist Deep In The Big Muddy, Last Train To Nuremberg ou Bring'Em Home !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=uXnJVkEX8O4&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.youtube.com/watch?v=uXnJVkEX8O4&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=z08YYG6WJI0&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.youtube.com/watch?v=z08YYG6WJI0&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=h4-w2FYIJbw&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.youtube.com/watch?v=h4-w2FYIJbw&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi le c&#233;l&#232;bre hymne des droits civiques We Shall Overcome, pour lequel Seeger avait repris, en le transformant, un vieux gospel, suivant le processus courant de la cr&#233;ation folklorique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=RJUkOLGLgwg&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.youtube.com/watch?v=RJUkOLGLgwg&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Turn, Turn, Turn, chanson de sagesse inspir&#233;e de l'Eccl&#233;siaste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=GbPl91kTFro&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.youtube.com/watch?v=GbPl91kTFro&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres chansons, dont il n'&#233;tait pas l'auteur, ont &#233;t&#233; popularis&#233;es par Pete Seeger, comme le Little Boxes de Malvina Reynolds :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=sapGadtF9Yg&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.youtube.com/watch?v=sapGadtF9Yg&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou encore le What did You Learn At School ? de Tom Paxton :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=mYb_7M-UeZo&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.youtube.com/watch?v=mYb_7M-UeZo&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais plus g&#233;n&#233;ralement, c'est le grand r&#233;pertoire folk que Seeger a immortalis&#233;, des chansons anonymes issues du tr&#233;fonds du peuple &#224; celles de son ami Woody Guthrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=kz40LZHO0lI#t=41&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.youtube.com/watch?v=kz40LZHO0lI#t=41&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire que chez les Seeger, la musique &#233;tait omnipr&#233;sente. Son p&#232;re, un homme de gauche qui avait vu sa carri&#232;re bris&#233;e pour son pacifisme au cours de la premi&#232;re guerre mondiale, &#233;tait le musicologue Charles Seeger. Sa m&#232;re &#233;tait concertiste et professeure de violon &#224; la Julliard School. Sa belle-m&#232;re &#233;tait la compositrice Ruth Crawford-Seeger. Plusieurs de ses fr&#232;res et s&#339;urs ont men&#233; leur propre carri&#232;re musicale, en particulier son fr&#232;re Mike Seeger, fondateur des New Lost City Ramblers, et sa s&#339;ur Peggy Seeger, longtemps la compagne du folksinger et activiste &#233;cossais Ewan Mac Coll &#8211; et qui avait eu pour nounou la grande musicienne afro-am&#233;ricaine Elizabeth Cotten.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=HByPKQDN1AM&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.youtube.com/watch?v=HByPKQDN1AM&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et son petit-fils Tao Seeger-Rodriguez a repris le flambeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=VKHeWxPvpkE&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.youtube.com/watch?v=VKHeWxPvpkE&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais s'il a consacr&#233; sa vie &#224; la musique, c'est aussi et sans doute d'abord pour des raisons politiques. Pete Seeger descendait, par ses deux parents, de p&#232;lerins du Mayflower. De ses anc&#234;tres puritains, il avait gard&#233; une certaine raideur intransigeante. Enfant, il avait lu un livre sur les Indiens. Pas de propri&#233;t&#233; priv&#233;e, pas de hi&#233;rarchie sociale&#8230; il &#233;tait devenu communiste. &#201;tudiant, il avait milit&#233; &#224; la Ligue des Jeunes Communistes, puis au Parti Communiste des USA (CPUSA), qu'il quittera sur la pointe des pieds une dizaine d'ann&#233;es plus tard, sans jamais renier ses convictions et ses engagements, sans jamais cesser d'&#234;tre et de se consid&#233;rer comme communiste. Cela lui vaudra d'&#234;tre poursuivi &#224; l'&#233;poque de la chasse aux sorci&#232;res du maccarthysme. Convoqu&#233; en 1955 devant la sinistre Commission des Activit&#233;s Anti-am&#233;ricaines, il refuse de se r&#233;fugier derri&#232;re l'article 5 de la Constitution, qui permettait de ne pas s'incriminer soi-m&#234;me et donc de ne pas r&#233;pondre aux questions pos&#233;es. Il choisit pour refuser de r&#233;pondre de se pr&#233;valoir de l'article premier, qui garantit la libert&#233; d'opinions. &#192; d&#233;faut de parler &#224; la Commission de ses engagements et de ses amis, il lui proposera, banjo &#224; la main, de chanter pour elle Wasn't That A Time, une chanson sur l'histoire r&#233;volutionnaire du pays. Cet outrage au Congr&#232;s lui co&#251;tera dix peines cumulatives d'un an d'emprisonnement, et sept ann&#233;es de combat judiciaire pour faire annuler cette condamnation&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=ksYAp9nSjWM&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.youtube.com/watch?v=ksYAp9nSjWM&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pete Seeger avait choisi de mener une carri&#232;re en solitaire, jouant dans de petites salles &#224; travers tout le pays, enregistrant des centaines de titres pour Folkways, une petite maison d'&#233;dition ind&#233;pendante. Cela n'allait pas de soi. Cette carri&#232;re, c'est dans des ensembles qu'il l'avait commenc&#233;e. D'abord avec les Almanac Singers, groupe aux contours approximatifs constitu&#233; avec Lee Hayes et Millard Lampbel, et auquel Woody Guthrie, Josh White ou Sis Cunningham devaient contribuer. Le seul groupe, d'apr&#232;s Guthrie, qui r&#233;p&#233;tait directement sur sc&#232;ne&#8230; Le r&#233;pertoire des Almanac Singers allait de la chanson folklorique &#224; la chanson antifasciste, en passant par la chanson syndicaliste. Apr&#232;s l'invasion de l'URSS par les troupes nazies, les Almanacs se lancent dans la campagne pour l'entr&#233;e en guerre des USA. Leur chanson Round Round Hitler's Grave est diffus&#233;e massivement sur les ondes nationales, jusqu'&#224; ce que le lobby anticommuniste r&#233;v&#232;le leurs affiliations avec le CPUSA. C'est la plong&#233;e dans le d&#233;sert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=CxL8MjZrIOk&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.youtube.com/watch?v=CxL8MjZrIOk&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu apr&#232;s, Pete Seeger lance un nouveau groupe, avec Fred Hellermann, Ronnie Gilbert, et toujours Lee Hayes : ce sont les Weavers, le plus important sans doute des groupes Folk que cette sc&#232;ne ait connu. Leur version de la vieille valse de Leadbelly Irene Goodnight devient un succ&#232;s national, en haut du box-office pendant plusieurs semaines, jusqu'&#224; ce que, &#224; nouveau, ils soient d&#233;nonc&#233;s comme communistes par une feuille &#224; scandale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=jj3s8qq3kU4&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.youtube.com/watch?v=jj3s8qq3kU4&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Weavers se d&#233;sagr&#232;gent peu apr&#232;s, et Pete Seeger &#8211; quelque temps remplac&#233; dans le groupe par Erik Darling &#8211; entame sa carri&#232;re en solo. Interdit d'antenne, il parvient n&#233;anmoins &#224; une grande popularit&#233;, alors que l'on assiste &#224; la Folk Revival dont il est l'un des inspirateurs. Son grand concert &#224; Carnegie Hall, un v&#233;ritable d&#233;fi, rassemble en 1962 un auditoire immense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pete Seeger n'avait pas son pareil pour faire chanter la foule, pour transformer son auditoire en v&#233;ritable chorale. Son plaisir &#233;tait de faire partager les chansons qu'il proposait au public. Adultes ou enfants, professionnels ou profane, chacune, chacun se trouvait en sa pr&#233;sence une &#226;me de folksinger. Ce charisme est l'une des principales caract&#233;ristiques de cet homme modeste, qui demandait aux candidats &#224; sa biographie pourquoi ils ne choisissaient pas plut&#244;t d'&#233;crire celle de Aunt Molly Jackson, chanteuse et syndicaliste issue de Harlan County, haut lieu de la lutte des classes aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un investissement sans limite dans les combats pour les Droits Civiques &#8211; qui lui valu l'admiration et l'amiti&#233; de Martin-Luther King Jr. &#8211; c'est la lutte contre la guerre du Viet-Nam qui devait le mobiliser. Ensuite, ce furent les combats environnementalistes. &#201;cologiste de la premi&#232;re heure, Pete Seeger avait construit de ses mains sa maison dans la campagne de l'&#201;tat de New-York, &#224; Beacon, pr&#232;s de la Hudson River. Il prit l&#224; l'initiative d'un vaste mouvement pour nettoyer le fleuve de sa pollution industrielle et pour la protection des rives. Peut-&#234;tre le premier mouvement &#233;cologiste de masse !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur son grand &#226;ge, il avait poursuivi, avec son c&#233;l&#232;bre banjo, le combat pour la paix en remaniant sa chanson Bring'Em Home, compos&#233;e contre la guerre du Viet-Nam, pour l'adapter &#224; la guerre d'Irak.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme son engagement pour la musique populaire, son engagement pour l'&#233;mancipation humaine fut celui de toute une vie. C'est ainsi qu'il devint, lors de leur cr&#233;ation, membre du bureau consultatif des Commitees Of Correspondence For Democracy And Socialism, aux c&#244;t&#233;s de personnalit&#233;s comme Manning Marrable, Howard Zinn, Charlene Mitchell, Noam Chomsky ou Angela Davis. Aux c&#244;t&#233;s &#233;galement de sa femme et compagne de toute une vie, Toshi Seeger, une japonaise am&#233;ricaine &#233;pous&#233;e durant la seconde guerre mondiale, et &#224; laquelle il n'aura surv&#233;cu que quelques mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le legs de Pete Seeger est immense, comme le chagrin caus&#233; par sa disparition pour des millions de progressistes et d'amateurs de musique populaire &#224; travers le monde. Mais sa vie de pr&#232;s d'un si&#232;cle, exemplaire &#224; tous &#233;gards, aura &#233;t&#233; bien remplie. Repose en paix, Pete. Tu es un jeune homme &#224; jamais vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=qHNsRZ8iqFc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.youtube.com/watch?v=qHNsRZ8iqFc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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