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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>La mort de Shireen Abu Akleh et les fant&#244;mes de la deuxi&#232;me Intifada</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-mort-de-Shireen-Abu-Akleh-et-les-fantomes-de-la-deuxieme-Intifada</link>
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		<dc:date>2022-06-07T07:12:40Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Samuel Forey</dc:creator>


		<dc:subject>Palestine</dc:subject>
		<dc:subject>Isra&#235;l</dc:subject>
		<dc:subject>Asie/Proche-Orient</dc:subject>
		<dc:subject>Conflit Isra&#233;lo-palestinien</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-06-07</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La journaliste star de la cha&#238;ne Al Jazeera a &#233;t&#233; tu&#233;e le 11 mai 2022 &#224; deux pas du camp de r&#233;fugi&#233;s palestiniens de J&#233;nine, en Cisjordanie. Pourquoi &#233;tait-elle en reportage, ce matin-l&#224;, &#224; cet endroit-l&#224; ? Que faisaient &#224; proximit&#233; les militaires isra&#233;liens ? Mediapart a enqu&#234;t&#233; sur les circonstances du d&#233;c&#232;s de Shireen Abu Akleh, des plus imm&#233;diates aux plus historiques. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de M&#233;diapart. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le jour de sa mort, la journaliste &#233;tait venue couvrir une nouvelle op&#233;ration de l'arm&#233;e (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Asie-Proche-Orient-" rel="directory"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Palestine-+" rel="tag"&gt;Palestine&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Asie-Proche-Orient-423-+" rel="tag"&gt;Asie/Proche-Orient&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Conflit-Israelo-palestinien-+" rel="tag"&gt;Conflit Isra&#233;lo-palestinien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-06-07-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-06-07&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH104/arton53184-52d63.png?1781584527' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='104' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La journaliste star de la cha&#238;ne Al Jazeera a &#233;t&#233; tu&#233;e le 11 mai 2022 &#224; deux pas du camp de r&#233;fugi&#233;s palestiniens de J&#233;nine, en Cisjordanie. Pourquoi &#233;tait-elle en reportage, ce matin-l&#224;, &#224; cet endroit-l&#224; ? Que faisaient &#224; proximit&#233; les militaires isra&#233;liens ? Mediapart a enqu&#234;t&#233; sur les circonstances du d&#233;c&#232;s de Shireen Abu Akleh, des plus imm&#233;diates aux plus historiques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/studio/panoramique/la-mort-de-shireen-abu-akleh-et-les-fantomes-de-la-deuxieme-intifada&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;M&#233;diapart&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour de sa mort, la journaliste &#233;tait venue couvrir une nouvelle op&#233;ration de l'arm&#233;e isra&#233;lienne dans le camp de r&#233;fugi&#233;s, une ville dans la ville qu'elle arpentait depuis le d&#233;but de sa carri&#232;re. &#192; 51 ans, Al Jazeera et sa formidable force de frappe l'avaient rendue c&#233;l&#232;bre. Sit&#244;t son d&#233;c&#232;s connu, la cha&#238;ne qatarie accuse les autorit&#233;s isra&#233;liennes de l'avoir vis&#233;e de sang-froid. Entre les deux acteurs, il existe un lourd passif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers temps, alors que les attaques palestiniennes sont plus nombreuses, la pression de l'&#201;tat h&#233;breu s'est accentu&#233;e sur le camp, vis&#233; par de fr&#233;quentes op&#233;rations de l'arm&#233;e isra&#233;lienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers 6 h 30, des coups de feu claquent autour du groupe form&#233; par Shireen Abu Akleh, mortellement touch&#233;e, une coll&#232;gue et deux confr&#232;res. Ces derniers ne doutent pas un instant avoir &#233;t&#233; vis&#233;s par les militaires isra&#233;liens. Les investigations au sein de l'arm&#233;e sont toujours en cours. Mais il n'y aura pas d'enqu&#234;te criminelle : Tsahal d&#233;clare que ses soldats ont affirm&#233; n'avoir pas vis&#233; intentionnellement la reporter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1- L'aube d'une journ&#233;e ordinaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien ne semble pouvoir troubler le calme de l'immense complexe h&#244;telier Haddad, sur les hauteurs de J&#233;nine. Les larges b&#226;timents, les jardins plant&#233;s d'arbres et de palmiers dans lesquels souffle un vent frais sont presque d&#233;serts. La client&#232;le habituelle, des Palestinien&#183;nes d'Isra&#235;l, se fait rare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les check-points qui permettent de passer en Cisjordanie occup&#233;e sont r&#233;guli&#232;rement ferm&#233;s. Et les tensions entre les forces de s&#233;curit&#233; isra&#233;liennes et les militant&#183;es palestinien&#183;nes sont encore mont&#233;es d'un cran depuis une &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/090422/en-israel-une-vague-d-attentats-et-un-gouvernement-fragilise&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;vague d'attentats&lt;/a&gt; &#224; caract&#232;re terroriste qui a commenc&#233; le 22 mars dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isra&#235;l envisage une op&#233;ration massive &#224; J&#233;nine et ses environs, d'o&#249; viennent quatre des sept auteurs de cette s&#233;rie d'attaques, l'une des plus graves depuis 2015-2016 avec 19 morts dans l'&#201;tat h&#233;breu. Les raids de l'arm&#233;e isra&#233;lienne cons&#233;cutifs aux attaques ont caus&#233; la mort de 30 Palestiniens.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6758 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/capture_d_e_cran_le_2022-06-06_a_08.04_13.png?6758/77e3762181898b20efeb0696811eedb8144f0875bc7f50e9fdc6c60c3b567837&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH433/77e3762181898b20-9d766723-72ffb.png?1781584527' width='500' height='433' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est pour couvrir ces &#233;v&#233;nements que Shireen Abu Akleh est arriv&#233;e mardi 10 mai &#224; l'h&#244;tel Haddad. La reporter venait de passer le week-end avec son neveu et sa ni&#232;ce, Victor et Lina, &#224; Ramallah. L'une des rares fois o&#249; elle s'aventurait &#224; penser changer de m&#233;tier, apr&#232;s trente ans dans le journalisme, elle leur avait confi&#233; vouloir ouvrir un restaurant de gastronomie arm&#233;nienne, dont elle raffolait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il fallait quelque chose de plus. &#171; C'est l&#224; qu'elle a pens&#233; ouvrir un food truck, parce que c'&#233;tait &#224; la mode, et &#231;a lui a donn&#233; envie d'essayer les nouveaux food trucks de Ramallah &#187;, dit Lina, 27 ans, le visage allong&#233; encadr&#233; de cheveux noirs. Lina ressemble &#224; son p&#232;re, Anton, le fr&#232;re de Shireen. &#171; On y est all&#233;s. Elle voulait absolument des tacos. Elle nous g&#226;tait beaucoup &#187;, sourit Victor, 28 ans, dont le visage plus rond se rapproche de celui de sa tante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Elle &#233;tait tr&#232;s proche de mes enfants, peut-&#234;tre m&#234;me plus que moi, qui voyage beaucoup. Ils n'avaient pas de secrets entre eux &#187;, estime Anton, cadre aux Nations unies, qui a sept ans de plus que sa s&#339;ur. Il l'avait encourag&#233;e &#224; s'orienter vers le journalisme, &#224; une &#233;poque, la fin des ann&#233;es 1980, durant laquelle les m&#233;dias n'&#233;taient pas aussi nombreux, en particulier en Palestine et dans le monde arabe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Elle avait commenc&#233; par des &#233;tudes d'ing&#233;nieur, mais ce n'&#233;tait pas son truc. Elle voulait &#234;tre reporter, mais nos parents lui ont oppos&#233; un peu de r&#233;sistance. Elle a insist&#233;, et je l'ai soutenue &#187;, reprend Anton Abu Akleh. Leur p&#232;re, un Palestinien chr&#233;tien de Bethl&#233;em, avait d&#233;m&#233;nag&#233; en 1962 &#224; J&#233;rusalem. Il s'est mari&#233; &#224; leur m&#232;re, originaire de la ville sainte. La famille s'est install&#233;e &#224; Beit Hanina, &#224; l'&#233;poque petit village loin du centre, devenu aujourd'hui l'un des plus importants quartiers palestiniens de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Shireen Abu Akleh a trouv&#233; du travail d&#232;s qu'elle est sortie de l'universit&#233; de Yarmouk, en Jordanie, en 1992. D'abord &#224; l'UNRWA, l'agence onusienne pour les r&#233;fugi&#233;&#183;es palestinien&#183;nes. Puis, dans la foul&#233;e des accords d'Oslo, nombre de ses compatriotes sont rentr&#233;s dans les Territoires. Une radio palestinienne a &#233;t&#233; lanc&#233;e &#224; J&#233;richo. Elle a fait partie des premi&#232;res &#224; la rejoindre, tout en pigeant pour RMC. Quand Al Jazeera a d&#233;marr&#233;, en 1997, elle a d'abord t&#226;t&#233; le terrain, puis est pass&#233;e &#224; plein temps, pour le canal en arabe, en 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan personnel, elle traversait une p&#233;riode difficile. Sa m&#232;re avait perdu la vie en f&#233;vrier de cette ann&#233;e-l&#224;, fauch&#233;e par un cancer foudroyant. Son p&#232;re lui a surv&#233;cu deux ans et demi, puis est mort en novembre 2000. L'exp&#233;rience a soud&#233; encore plus la relation avec son fr&#232;re Anton : &#171; Nous nous entendions bien, et ces &#233;preuves nous ont rapproch&#233;s. Elle passait avec notre famille la majeure partie de son temps libre &#187;, raconte-t-il. Elle ne s'est pas mari&#233;e. &#171; Je crois que &#231;a lui convenait. &#199;a aurait &#233;t&#233; plus difficile pour elle de travailler autant, si elle avait eu des enfants &#187;, ajoute Anton Abu Akleh.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant plus qu'au m&#234;me moment, &#224; la fin des ann&#233;es 2000, commencent les temps tumultueux de la deuxi&#232;me Intifada. Al Jazeera suivait les &#233;v&#233;nements de tr&#232;s pr&#232;s. &#171; La politique de la cha&#238;ne, c'est que quoi qu'il arrive dans le monde, la Palestine doit &#234;tre &#224; l'antenne, ne serait-ce que pour vingt secondes &#187;, explique Givara Budeiri &#8211; dont le pr&#233;nom est inspir&#233; du Che Guevara &#8211;, coll&#232;gue de Shireen Abu Akleh.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;dia qatari a des ambitions et, surtout, des moyens. C'est l'&#233;poque des premiers directs. Shireen se jette &#224; corps perdu dans le travail et couvre notamment J&#233;nine, l'un des points chauds de l'Intifada. La ville semble fournir un r&#233;servoir in&#233;puisable de combattants et de candidats aux attentats suicides &#8211; et plus particuli&#232;rement son camp de r&#233;fugi&#233;&#183;es. Ville dans la ville, y vivent les h&#233;ritiers de ceux qui ont fui les combats de la premi&#232;re guerre isra&#233;lo-arabe de 1948 : 700 000 personnes, soit la moiti&#233; de la population palestinienne de l'&#233;poque, qui depuis nomme cette guerre la Nakba, la &#171; catastrophe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces isra&#233;liennes butent longtemps sur ce labyrinthe de ruelles &#233;troites, th&#233;&#226;tre d'affrontements redoutables. &#192; tel point qu'elles d&#233;cident d'en raser une partie, lors d'une courte mais violente bataille en avril 2002, causant la mort de 75 personnes &#8211; 23 soldats isra&#233;liens, 27 militants palestiniens et 22 civils, selon l'organisation Human Rights Watch.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut l'un des engagements les plus meurtriers de l'op&#233;ration &#171; Bouclier d&#233;fensif &#187;, la plus importante men&#233;e par Isra&#235;l depuis la guerre des Six-Jours de 1967. Shireen Abu Akleh a gard&#233; un souvenir puissant de ces ann&#233;es, qu'elle a racont&#233; en octobre 2021 pour la revue This Week in Palestine : &#171; Je n'oublierai jamais l'&#233;tendue de cette destruction, ni le sentiment que parfois la mort &#233;tait toute proche ; nous ne voyions pas nos maisons, nous transportions nos cam&#233;ras et nous nous d&#233;placions entre des check-points militaires et des rues accident&#233;es. Dans ces moments difficiles, j'ai surmont&#233; la peur ; je n'ai choisi le journalisme que pour &#234;tre parmi les gens ; ce n'est peut-&#234;tre pas facile de changer la r&#233;alit&#233;, mais au moins &#233;tais-je en mesure de transmettre leurs voix au monde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La journaliste est alors l'une des seniors de la cha&#238;ne ; elle devient un mod&#232;le pour Givara Budeiri, de cinq ans sa cadette : &#171; J'ai &#233;t&#233; recrut&#233;e par Al Jazeera en 2000. Nous sommes une famille parce que nous travaillons tout le temps ensemble. Shireen &#233;tait comme une grande s&#339;ur. Calme, honn&#234;te, tr&#232;s vive, elle lisait beaucoup. Elle parlait &#224; tout le monde, aux ministres comme aux gens les plus humbles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aid&#233;e par la formidable force de frappe d'Al Jazeera, la journaliste est devenue c&#233;l&#232;bre. Le m&#233;dia est alors l'une des cha&#238;nes d'information en continu les plus avant-gardistes en langue arabe, dont la journaliste ma&#238;trisait parfaitement la version litt&#233;rale, en toutes circonstances, dans le calme des plateaux ou sur les lignes de front.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fameux &#171; Shireen Abu Akleh, Al Jazeera, Palestine &#187;, qui rythmait ses interventions, s'invita dans tous les foyers de la r&#233;gion. Elle a continu&#233; de suivre le moindre soubresaut d'un conflit qu'on voudrait parfois oublier, d'une colonisation de plus en plus importante et d'une occupation de plus en plus assum&#233;e &#8211; au bord de l'annexion de facto. Il y avait 200 000 colons en 2004 en Cisjordanie. Ils sont 440 000 aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais depuis 2002, J&#233;nine l'indomptable avait chang&#233;. Elle avait &#233;t&#233; le laboratoire d'une &#171; d&#233;confliction &#187; impos&#233;e par l'administration George W. Bush. Quatre colonies, &#224; proximit&#233;, ont &#233;t&#233; d&#233;mantel&#233;es, tandis que les militants des factions ont &#233;t&#233; mis au pas, parfois par l'int&#233;gration dans l'appareil politico-s&#233;curitaire de l'Autorit&#233; palestinienne, qui a le contr&#244;le administratif de ce territoire, et o&#249; Isra&#235;l ne peut en th&#233;orie intervenir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6757 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/capture_d_e_cran_le_2022-06-06_a_08.03_27.png?6757/964d61687366b80c4ead99c72d7097d43d586670b908ced65971a79616d94c7c&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH581/964d61687366b80c-9836e84a-55923.png?1781584527' width='500' height='581' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'endroit est devenu un carrefour commercial pour les Palestiniens d'Isra&#235;l, nombreux &#224; vivre aux alentours ; ils y font des affaires &#224; moindre prix, ach&#232;tent nourriture et v&#234;tements et passent leurs week-ends dans ces collines couvertes d'oliviers, illusion d'une Palestine libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs &#233;v&#233;nements mettent fin &#224; cette tr&#234;ve de quinze ans. La pand&#233;mie de coronavirus &#233;touffe l'&#233;conomie de J&#233;nine. L'annulation des &#233;lections l&#233;gislatives palestiniennes par le vieillissant pr&#233;sident de l'Autorit&#233;, Mahmoud Abbas, bouche l'horizon politique et suscite une guerre de succession larv&#233;e. Les tensions &#224; J&#233;rusalem, et en particulier &#224; Al-Aqsa, la guerre de mai 2021 entre Isra&#235;l et Gaza galvanise les groupes palestiniens et les encouragent &#224; r&#233;agir contre un nombre croissant d'op&#233;rations des forces isra&#233;liennes dans les Territoires palestiniens cette m&#234;me ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des militants ont &#233;t&#233; tu&#233;s dans des affrontements &#224; un rythme alarmant par rapport aux ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes &#187;, estime Joe Truzman, chercheur-analyste pour la Fondation pour la d&#233;fense de la d&#233;mocratie, sp&#233;cialiste des groupes militants palestiniens.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6756 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/capture_d_e_cran_le_2022-06-06_a_08.02_19.png?6756/bff0db13b06208c68ad91e53896f511bb247e01611ef5d6440cafe93dc945cdf&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH347/bff0db13b06208c6-f25d0a73-ae16e.png?1781584528' width='500' height='347' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un autre &#233;v&#233;nement a accentu&#233; la pression isra&#233;lienne sur J&#233;nine : l'&#233;vasion en septembre 2021 de six d&#233;tenus palestiniens de la prison de Gilboa. Tous originaires des environs de la ville, ils ont creus&#233; un tunnel &#224; la petite cuill&#232;re. Parmi eux, Zakaria Zubeidi, ancien commandant des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa, un groupe arm&#233; proche du Fatah, l'une des figures de la deuxi&#232;me Intifada, durant laquelle il a perdu sa m&#232;re et son fr&#232;re en mars 2002, tu&#233;s par les forces isra&#233;liennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre autres attentats, Zakaria Zubeidi a reconnu en 2005 avoir organis&#233; l'attaque de Beit Shehan de novembre 2002, o&#249; deux Palestiniens ont tu&#233; six Isra&#233;liens. Amnisti&#233;, il avait promis de d&#233;poser les armes, mais il est revenu dans le viseur d'Isra&#235;l, notamment accus&#233; d'avoir planifi&#233; deux attaques &#224; main arm&#233;e contre des bus traversant les Territoires occup&#233;s en 2018 et 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les six d&#233;tenus ont &#233;t&#233; captur&#233;s au bout de deux semaines de cavale. Mais les raids de l'arm&#233;e ont pouss&#233; les militants des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa, du Hamas, du Djihad islamique, jusqu'au Front d&#233;mocratique de lib&#233;ration de la Palestine, &#224; unir leurs forces dans un commandement conjoint, &#233;voquant une organisation &#233;quivalente &#233;tablie pendant la deuxi&#232;me Intifada. Une union constitu&#233;e au mois de septembre 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La r&#233;organisation des groupes militants et la cr&#233;ation d'une chambre d'op&#233;rations commune ont conduit &#224; un r&#244;le plus important pour contrer les offensives isra&#233;liennes en Cisjordanie et &#224; J&#233;nine &#187;, reprend Joe Truzman. &#171; En ce moment, tout le monde soutient les Shebab. &#199;a repart comme en 2002 &#187;, constate, aigre, un habitant de J&#233;nine qui souhaite rester anonyme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e isra&#233;lienne a un temps restreint son activit&#233; dans la turbulente cit&#233; et ses environs, souhaitant que l'Autorit&#233; palestinienne reprenne le contr&#244;le. De fait, les chiffres de l'Ocha indiquent une pause dans les op&#233;rations de septembre 2021 &#224; f&#233;vrier 2022. Mais Ramallah ne se montre pas assez efficace aux yeux des Isra&#233;liens. Les raids reprennent de plus belle &#8212; mais les militants tiennent bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la r&#233;sistance des groupes arm&#233;s, le ministre de la d&#233;fense isra&#233;lien, Benny Gantz, avec l'appui de l'arm&#233;e et du Shin Bet, les services de s&#233;curit&#233; int&#233;rieure, envisageait, le 8 mai 2022, une op&#233;ration de plus grande ampleur sur J&#233;nine, selon les m&#233;dias isra&#233;liens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi Al Jazeera relayait des &#233;quipes, depuis le mois d'avril, en les basant &#224; l'h&#244;tel Haddad. La cha&#238;ne, qui n'avait rat&#233; aucun &#233;v&#233;nement en Isra&#235;l ou en Palestine ces vingt-cinq derni&#232;res ann&#233;es, ne voulait pas rater la bataille. Le 9 mai, Givara Budeiri s'&#233;tait rendue dans le village voisin de Rummanah, d'o&#249; venaient les deux assaillants d'Elad, qui avaient tu&#233; trois Isra&#233;liens &#224; coups de hache dans une attaque &#224; caract&#232;re terroriste le 5 mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, le lendemain, elle retrouvait Shireen &#224; onze heures, &#224; l'h&#244;tel. Les journalistes &#233;taient toutes les deux fatigu&#233;es &#8211; elles travaillaient beaucoup, et ces deux derniers mois encore plus. &#171; On blague un peu, puis je pars. C'est tout &#187;, commente Givara, ses grands yeux remplis de lassitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2- Coups de feu &#224; J&#233;nine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ali al-Samoudi appelle Shireen Abu Akleh &#224; 5 h 45, ce mercredi 11 mai. Ce journaliste exp&#233;riment&#233;, &#226;g&#233; de 54 ans, natif de J&#233;nine, un temps employ&#233; d'Al Jazeera et &#224; pr&#233;sent correspondant local pour la cha&#238;ne &#233;mirienne Al-Arabiya, a couvert toute la deuxi&#232;me Intifada et n'a toujours pas raccroch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce matin-l&#224;, il a &#233;t&#233; pr&#233;venu par Moujahid al-Saadi, un autre reporter de J&#233;nine, qu'une op&#233;ration &#233;tait en cours dans le camp. Personnage discret, voire secret, il a pass&#233; au moins cinq ans dans les prisons isra&#233;liennes, mais ne s'&#233;tendra pas plus sur ce sujet. Il est au courant tr&#232;s t&#244;t de l'attaque. &#171; J'ai mes sources &#187;, dit-il, laconique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les militants palestiniens &#233;changent sur la messagerie s&#233;curis&#233;e Telegram et partagent les moindres mouvements des forces isra&#233;liennes, croisent les informations, et battent le rappel en cas d'attaque. Moujahid al-Saadi joint aussi l'une de ses amies, Shatha Hanaysha, plus jeune, la vingtaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moujahid al-Saadi connaissait Shireen de r&#233;putation, comme tous les Palestiniens. Ils ont sympathis&#233; pendant la couverture de l'&#233;vasion des six prisonniers de Gilboa, en septembre 2021. &#171; C'&#233;tait un exemple pour nous tous. Mais elle &#233;tait tr&#232;s humble, et nous aidait beaucoup, m&#234;me les jeunes journalistes &#187;, se rappelle Moujahid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reporter d'Al Jazeera arrive vers 6 h 15 au rond-point dit du Retour, en r&#233;f&#233;rence au droit au retour des r&#233;fugi&#233;&#183;es palestinien&#183;nes. L'endroit est situ&#233; au milieu de terrains vagues, au pied du camp o&#249; vivent maintenant 15 000 personnes sur un demi-kilom&#232;tre carr&#233;, soit la surface du cimeti&#232;re parisien du P&#232;re-Lachaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce carrefour, commode pour se garer, est souvent utilis&#233; comme point de rendez-vous par les m&#233;dias pour couvrir les op&#233;rations isra&#233;liennes dans le camp. &#192; l'&#233;cart des habitations, il l'est aussi des combats. Shireen enfile gilet pare-balle et casque &#8211; la cha&#238;ne qatarie est particuli&#232;rement rigoureuse sur la protection de son personnel, toujours &#233;quip&#233; de pied en cap pour couvrir la moindre manifestation. Elle retrouve Ali, Moujahid et Shatha Hanaysha, toutes et tous d&#251;ment prot&#233;g&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le raid se d&#233;roule dans une rue, moiti&#233; bitume moiti&#233; poussi&#232;re, orient&#233;e nord-sud, qui longe le camp et monte raide sur la colline qui domine J&#233;nine. Les journalistes s'installent en contrebas. C&#244;t&#233; gauche, le cimeti&#232;re des martyrs, o&#249; se trouvent entre les oliviers et les herbes folles de nombreuses tombes blanches de l'&#233;poque de la deuxi&#232;me Intifada. C&#244;t&#233; droit, un atelier de construction. En face, dans la pente de la rue &#224; deux cent m&#232;tres, cinq blind&#233;s de l'arm&#233;e isra&#233;lienne, que les locaux surnomment &#171; jeeps &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quatre coll&#232;gues attendent, pour se faire bien voir des soldats. C'est une pratique courante : il y a peu ou pas de canaux de communication entre les m&#233;dias, palestiniens ou &#233;trangers, et les forces de s&#233;curit&#233;, arm&#233;e ou police. On en est r&#233;duit &#224; &#233;changer par signes : &#171; C'est comme &#231;a que &#231;a se passe. On ob&#233;it au moindre signe de leur part. S'ils ne font pas de mouvements hostiles, &#231;a veut dire qu'on peut s'approcher &#8211; doucement. S'ils ne veulent pas de nous, ils nous le font savoir, parfois en nous jetant des grenades assourdissantes ou lacrymog&#232;nes. Jusqu'&#224; &#234;tre arr&#234;t&#233;, voire tabass&#233;. Ce matin-l&#224;, le but &#233;tait de s'approcher pour montrer qu'il y avait une op&#233;ration militaire &#187;, explique Ali.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6755 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/capture_d_e_cran_le_2022-06-06_a_08.01_29.png?6755/e2c8bd4f558d7bdaafbf743c4fb0e938c2a8b0f63272d0d5dace191f4cb19ce2&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH464/e2c8bd4f558d7bda-98b695a5-d8624.png?1781584528' width='500' height='464' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir patient&#233; quelques minutes, les reporters, ne voyant aucun signe hostile des militaires, avancent pas &#224; pas vers les militaires, autour de 6 h 30. De ce c&#244;t&#233;, et &#224; cet instant, c'est calme, selon les t&#233;moins et les vid&#233;os. En t&#234;te, Ali longe le cimeti&#232;re des martyrs, Moujahid l'atelier. Shireen et Shatha suivent de pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des tirs au coup par coup&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soudain, un tir percute quelque chose dans l'atelier de m&#233;canique. &#171; On s'arr&#234;te tout de suite. Je dis : on rentre, ils nous tirent dessus. Je me retourne. Et l&#224;, je sens que mon &#233;paule gauche explose. C'est la deuxi&#232;me balle, entr&#233;e dans le treillis du gilet, juste au-dessus de la plaque. Je cours en me baissant et me mets &#224; l'abri. Une voiture m'emm&#232;ne tout de suite &#224; l'h&#244;pital. &#187; Ali n'a pas fait trente m&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moujahid, au premier coup de feu, bondit par-dessus le muret de l'atelier de m&#233;canique. Il est prot&#233;g&#233; de l'angle de tir par un escalier. Il hurle &#224; Shireen et Shatha de le rejoindre. Elles sont &#224; cinq m&#232;tres derri&#232;re &#8211; beaucoup trop loin. On continue &#224; tirer, pas par rafales impr&#233;cises, mais au coup par coup, comme le racontent les t&#233;moins et le montrent les nombreuses vid&#233;os de la sc&#232;ne (&lt;a href=&#034;https://twitter.com/tombateman/status/1527306058359656449&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://twitter.com/LinahAlsaafin/status/1524319721050542080&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l&#224;&lt;/a&gt;). Moujahid pense que c'est la troisi&#232;me balle qui a atteint Shireen ; Ali, la troisi&#232;me ou la quatri&#232;me. Les deux hommes ne doutent pas un instant avoir &#233;t&#233; vis&#233;s par les forces isra&#233;liennes, n'ayant pas &#233;t&#233; t&#233;moins de la pr&#233;sence de militants palestiniens ni de combats &#224; proximit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un homme, &#233;lanc&#233;, petite barbe en pointe, jeune &#8211; &#171; J'aurai 21 ans en ao&#251;t &#187;, dit-il pour se grandir un peu &#8211; est sur les lieux. &#171; Il &#233;tait t&#244;t. J'allais au travail. Je lave des voitures. L'arm&#233;e isra&#233;lienne attaque souvent, mais nous, on doit continuer nos vies &#187;, explique Sherif Azab. Au m&#233;pris du danger, il s'avance, le dos courb&#233;. Quelques tirs le font reculer. Il enl&#232;ve son sweat, et, en tee-shirt blanc &#8211; une cible parfaite en cette aurore lumineuse &#8211;, traverse la rue en courant, et arrive derri&#232;re l'atelier de m&#233;canique. Il saute par-dessus le mur. Shatha s'est abrit&#233;e derri&#232;re une c&#233;p&#233;e d'eucalyptus, entre elle et les forces isra&#233;liennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Shireen est juste de l'autre c&#244;t&#233; des troncs, allong&#233;e, face contre terre, immobile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sherif Azab tente de la transporter : &#171; &#192; ce moment-l&#224;, je ne savais pas qui c'&#233;tait, m&#234;me pas s'il agissait d'une femme ou d'un homme. &#187; Mais un tir claque. Il se r&#233;fugie &#224; c&#244;t&#233; de Shatha, qu'il &#233;vacue &#8211; simple course de dix m&#232;tres. Le jeune homme revient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques tirs claquent de nouveau, cadenc&#233;s. Sherif prend Shireen sous les &#233;paules. Le casque, dont la jugulaire &#233;tait remont&#233;e au-dessus du menton, tombe. Il voit que le c&#244;t&#233; droit du cr&#226;ne de la femme est ensanglant&#233;. Il la transporte en zone s&#251;re. La journaliste est charg&#233;e dans une voiture, et file &#224; l'h&#244;pital Ibn Sina, qui ne peut que constater sa mort. Elle avait 51 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi se termine une vie dont plus de la moiti&#233; a &#233;t&#233; consacr&#233;e &#224; couvrir ce conflit. Je me rappelle l'avoir crois&#233;e une fois, devant la d&#233;molition d'une maison appartenant &#224; des Palestiniens, &#224; J&#233;rusalem, en janvier de cette ann&#233;e &#8211; le quotidien de l'occupation. Il y avait une nu&#233;e de journalistes occidentaux et l'ar&#233;opage habituel de repr&#233;sentants consulaires et de l'Organisation des Nations unies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle se tenait l&#233;g&#232;rement &#224; l'&#233;cart, contemplant le spectacle d'un air ferm&#233;. Combien de g&#233;n&#233;rations d'observateurs, arrivant toujours au m&#234;me constat, incapables d'emp&#234;cher l'avanc&#233;e de la colonisation isra&#233;lienne, avait-elle vues se succ&#233;der ? Elle d&#233;tourna le regard, revint &#224; son direct, qu'elle livra sans lassitude ni cynisme &#8211; professionnelle. C'est le qualificatif qui revient toujours quand on parle &#224; ses proches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3- Isra&#235;l multiplie les sc&#233;narios&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussit&#244;t connue la mort de Shireen Abu Akleh, Al Jazeera accuse les autorit&#233;s isra&#233;liennes de l'avoir vis&#233;e de sang-froid. Entre les deux acteurs, il existe un lourd passif. Al Jazeera, dans le paysage m&#233;diatique arabe, bouscule tr&#232;s vite les normes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son ambition est de permettre d'acc&#233;der, dans un environnement domin&#233; par les agences anglo-saxonnes, &#224; &#171; une information libre et pluraliste, faite en arabe, par des Arabes, pour des Arabes &#187;, explique Mohammed El Oifi, politologue et sp&#233;cialiste de la cha&#238;ne qatarie. D&#232;s 2000, ses journalistes donnent la parole aux cadres du Hamas et du Djihad islamique, au lieu de se contenter de ceux du Fatah. Pendant la deuxi&#232;me Intifada, ils montrent en direct les attaques de Tsahal, et les Palestiniens tu&#233;s sont appel&#233;s &#171; martyrs &#187; &#8211; ce n'&#233;tait pas le cas des victimes isra&#233;liennes des attentats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2008, Isra&#235;l annonce un &#171; boycott &#187; de la cha&#238;ne, qu'elle consid&#232;re comme &#171; faisant partie du Hamas &#187;. Mais &#224; l'&#226;ge des antennes satellitaires, il est difficile d'emp&#234;cher sa diffusion. Pendant la premi&#232;re guerre avec Gaza depuis la prise de contr&#244;le de l'enclave par le parti islamiste, deux voix anglophones &#233;mergent de l'enclave : celles de Sherine Tadros et Ayman Mohyeldin. Leur couverture porte dans le monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2009, le Qatar ferme la chambre de commerce isra&#233;lienne &#224; Doha. Isra&#235;l interdit l'acc&#232;s de la cha&#238;ne aux nombreux briefings du gouvernement et &#224; certains membres de la Knesset. La m&#234;me ann&#233;e, l'Autorit&#233; palestinienne ferme pour quatre jours les bureaux de la cha&#238;ne en Cisjordanie &#8211; Mahmoud Abbas est indign&#233; qu'un journaliste sugg&#232;re son implication dans la mort de Yasser Arafat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la guerre de mai 2021, la tour dans laquelle se trouvent les bureaux d'Al Jazeera, avec ceux de l'agence am&#233;ricaine Associated Press, est r&#233;duite &#224; un tas de gravats, bombard&#233;e par des missiles isra&#233;liens. L'&#201;tat h&#233;breu affirme alors que l'immeuble abritait des agents du Hamas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, le 5 juin 2021, la journaliste vedette Givara Budeiri, alors &#226;g&#233;e de 45 ans, est arr&#234;t&#233;e dans le quartier de Cheikh Jarrah, lors de la comm&#233;moration palestinienne de la Naksa (le revers), la d&#233;faite face &#224; Isra&#235;l lors de la guerre des Six-Jours en 1967.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6754 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/capture_d_e_cran_le_2022-06-06_a_07.59_48.png?6754/3e661af8bf2a54c86b469d7a5b1585cf881a668de2d52673c708403284813990&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH355/3e661af8bf2a54c8-a567cee0-9b5fe.png?1781584529' width='500' height='355' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Alors que la situation est calme, un policier lui demande soudain ses papiers. &#171; Puis, 21 membres des forces de s&#233;curit&#233; me tombent dessus. Je connais leur nombre parce que je les avais compt&#233;s lors d'un direct que j'avais fait, vingt minutes avant &#187;, se rappelle-t-elle. La cam&#233;ra de son cadreur est cass&#233;e. Elle est embarqu&#233;e dans une voiture et pendant 40 minutes elle est fortement bouscul&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon les autorit&#233;s isra&#233;liennes, la journaliste aurait frapp&#233; un policier, tandis qu'autour, des manifestants palestiniens lan&#231;aient pierres et feux d'artifice. Conduite au commissariat, elle en ressort avec une main cass&#233;e, et l'interdiction de s'approcher de Cheikh Jarrah pendant 15 jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Association de la presse &#233;trang&#232;re en Isra&#235;l r&#233;pond alors que le traitement r&#233;serv&#233; &#224; Givara Budeiri &#171; est le dernier dans une longue lign&#233;e de tactiques brutales de la police isra&#233;lienne contre des journalistes clairement identifi&#233;s &#187;. Entre 2001 et la mort de Shireen Abu Akleh, 36 journalistes ont &#233;t&#233; tu&#233;s, 470 bless&#233;s en Isra&#235;l et Palestine, selon Reporters sans fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Shireen Abu Akleh est tu&#233;e, Al Jazeera accuse imm&#233;diatement l'arm&#233;e : &#171; Dans un meurtre flagrant, violant les lois et normes internationales, les forces d'occupation isra&#233;liennes ont assassin&#233; de sang-froid la correspondante d'Al Jazeera en Palestine, Shireen Abu Akleh, la ciblant &#224; balles r&#233;elles t&#244;t ce matin, mercredi 11 mai 2022, alors qu'elle accomplissait son devoir journalistique, portant un gilet pare-balle estampill&#233; &#8220;presse&#8221;, qui l'identifiait clairement comme journaliste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bureau du premier ministre isra&#233;lien envoie, &#224; 10 h 39, le communiqu&#233; suivant : &#171; D'apr&#232;s les informations que nous avons recueillies, il semble probable que des Palestiniens arm&#233;s &#8211; qui tiraient sans discrimination &#224; ce moment-l&#224; &#8211; soient responsables de la mort malheureuse de la journaliste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de donner le lien d'une vid&#233;o post&#233;e par des militants faisant feu dans des ruelles du camp. Lors d'un briefing de l'arm&#233;e isra&#233;lienne aux journalistes &#233;trangers, le m&#234;me jour, Amnon Shefler, porte-parole pour la presse internationale, affirme qu'il y a eu trois &#233;changes de coups de feu. Le premier, visant un toit. Le second, apr&#232;s le lancement d'un explosif. Le troisi&#232;me, contre un militant approchant par le nord. Et que lors de la mort de Shireen Abu Akleh, il y avait un &#233;change de coups de feu &#171; continu et indiscrimin&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interpell&#233; sur le fait que ce r&#233;cit est contradictoire avec des t&#233;moins directs et des vid&#233;os de la sc&#232;ne, le porte-parole affirme que l'id&#233;e &#233;tait de montrer ce qu'il se passait dans le camp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ONG isra&#233;lienne B'Tselem g&#233;olocalise les images produites par le gouvernement tr&#232;s vite, et les situe dans des ruelles &#224; l'int&#233;rieur du camp, sans angle de tir sur le lieu o&#249; la journaliste a &#233;t&#233; tu&#233;e. L'arm&#233;e isra&#233;lienne, apr&#232;s un premier examen, choisit de ne pas &lt;a href=&#034;https://www.haaretz.com/israel-news/2022-05-11/ty-article/.premium/initial-idf-probe-not-clear-if-reporter-was-killed-by-israeli-or-palestinian-fire/00000180-d633-d572-aba5-debf984c0000&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;conclure&lt;/a&gt;, et fait reposer la manifestation de la v&#233;rit&#233; sur l'examen de la balle qui a tu&#233; la journaliste. Le gouvernement refuse une enqu&#234;te internationale ind&#233;pendante.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6753 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/capture_d_e_cran_le_2022-06-06_a_07.58_45.png?6753/fa6f542d79e5833c84027fce254dda0f68288275b7c4658948d2fe6a9950ea3d&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH356/fa6f542d79e5833c-ac1dd1f7-3c4e4.png?1781584529' width='500' height='356' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux nouveaux sc&#233;narios isra&#233;liens&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projectile est entre les mains des autorit&#233;s palestiniennes, qui refusent de le c&#233;der aux Isra&#233;liens. L'&#201;tat h&#233;breu a propos&#233; d&#232;s le d&#233;but l'ouverture d'une enqu&#234;te conjointe, et en collaboration avec des responsables internationaux, notamment des &#201;tats-Unis. Proposition refus&#233;e : les Palestiniens ont d&#233;clar&#233; n'avoir pas confiance en Isra&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand l'une des parties est accus&#233;e d'&#234;tre impliqu&#233;e dans le crime &#8211; avec en plus un lourd passif &#8211;, on ne peut leur donner le b&#233;n&#233;fice du doute. La Russie ne va pas rejoindre une enqu&#234;te conjointe pour le meurtre d'un journaliste en Ukraine, par exemple. Il y a aussi un consensus sur le manque de cr&#233;dibilit&#233; et d'int&#233;grit&#233; sur les processus d'investigation internes de l'arm&#233;e isra&#233;lienne &#187;, explique Nour Odeh, analyste politique palestinienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B'Tselem elle-m&#234;me a cess&#233; de coop&#233;rer avec l'&#201;tat h&#233;breu : &#171; Isra&#235;l ne peut pas et ne veut pas mener de telles enqu&#234;tes, qui ouvriraient la porte &#224; une responsabilit&#233; juridique internationale &#187;, d&#233;clare le directeur ex&#233;cutif de l'ONG, Hagai El-Ad. Selon l'organisation isra&#233;lienne Yesh Din, seules 3 % des investigations ouvertes en 2017-2018 sur des violences de l'arm&#233;e envers les Palestiniens ont abouti &#224; des condamnations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 13 mai, les militaires envisagent deux sc&#233;narios : le premier dans lequel Shireen Abu Akleh a &#233;t&#233; touch&#233;e par des Palestiniens arm&#233;s qui ont tir&#233; des &#171; douzaines de balles de fa&#231;on indiscrimin&#233;e &#187; vers les blind&#233;s. Le second o&#249; l'un de leurs soldats utilise un fusil de pr&#233;cision pour tirer, &#224; travers une meurtri&#232;re du blind&#233; &#224; bord duquel il se trouve, sur un homme arm&#233; : &#171; Le tireur a fait feu plusieurs fois en rafales vers le soldat et il est possible que la journaliste ait &#233;t&#233; touch&#233;e par le tir du soldat vers [l'homme arm&#233;]. &#187; Ces deux sc&#233;narios &#233;tant encore en contradiction avec le r&#233;cit des t&#233;moins et les images tourn&#233;es ce jour-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des vid&#233;os &#233;tayent la version des Palestiniens&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 14 mai, l'organisation &lt;a href=&#034;https://www.bellingcat.com/news/mena/2022/05/14/unravelling-the-killing-of-shireen-abu-akleh/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Bellingcat&lt;/a&gt; m&#232;ne une enqu&#234;te en sources ouvertes. N&#233;e pendant la guerre civile syrienne, elle s'est fait une sp&#233;cialit&#233; d'analyser avec pr&#233;cision tout mat&#233;riel vid&#233;o. Elle d&#233;termine que la balle a &#233;t&#233; tir&#233;e d'une position situ&#233;e entre 177 et 184 m&#232;tres du lieu o&#249; la journaliste a &#233;t&#233; tu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et conclut : &#171; Alors que les preuves vid&#233;o en open source actuellement disponibles ne d&#233;taillent pas le moment exact o&#249; le coup de feu a tu&#233; Abu Akleh, plusieurs t&#233;moignages accusent les soldats des Forces de d&#233;fense isra&#233;liennes. Les preuves vid&#233;o disponibles ne fournissent pas de bonnes raisons de douter de leurs r&#233;cits &#8211; en fait, elles semblent les &#233;tayer. &#187; Une &lt;a href=&#034;https://edition.cnn.com/2022/05/24/middleeast/shireen-abu-akleh-jenin-killing-investigation-cmd-intl/index.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;enqu&#234;te de CNN&lt;/a&gt;, publi&#233;e le 24 mai, affirme que la journaliste a &#233;t&#233; tu&#233;e par les soldats isra&#233;liens dans une attaque cibl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6752 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/capture_d_e_cran_le_2022-06-06_a_07.57_06.png?6752/3a07d58ea0b9b65d6a962d475db533d59729114641c18667a87afcd6831234e7&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH293/3a07d58ea0b9b65d-b4df225f-d7048.png?1781584530' width='500' height='293' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e isra&#233;lienne m&#232;ne sa propre enqu&#234;te. La rapide investigation du 11 mai a &#233;t&#233; corrig&#233;e. Selon les m&#233;dias isra&#233;liens, et confirm&#233; en off par les militaires, c'est l'unit&#233; de forces sp&#233;ciales dites Douvdevan qui a &#233;t&#233; d&#233;ploy&#233;e. Le chef de la 89e brigade commando, dont l'unit&#233; Douvdevan fait partie, affirme qu'il y a eu six cas d'ouverture de feu sur des &#171; Palestiniens arm&#233;s &#187; qui se trouvaient pr&#232;s d'Abu Akleh et des autres journalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans l'un [de ces cas], un combattant de l'unit&#233; Douvdevan a ripost&#233;, depuis l'int&#233;rieur d'une jeep blind&#233;e, sur un tireur. Le Palestinien est sorti de derri&#232;re un mur, alors que la jeep se trouvait &#224; environ 190 m&#232;tres du journaliste. C'est au cours de cet incident que l'arm&#233;e craint qu'Abu Akleh n'ait &#233;t&#233; abattue &#187;, peut-on lire dans un article de Haaretz du 19 mai. Aucun des t&#233;moins rencontr&#233;s par nos soins, Ali al-Samoudi, Moujahid al-Saadi et Sherif Azab, ne mentionne de &#171; Palestinien arm&#233; &#187; &#224; proximit&#233; de la journaliste. L'ensemble des vid&#233;os tourn&#233;es &#224; ce moment-l&#224; n'en montre aucun non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'investigation est toujours en cours, il n'y aura pas d'ouverture d'enqu&#234;te criminelle : l'arm&#233;e isra&#233;lienne d&#233;clare que ses soldats ont affirm&#233; n'avoir pas vis&#233; intentionnellement la journaliste. Le 26 mai, le procureur g&#233;n&#233;ral palestinien, Akram al-Khatib, d&#233;clare que Shireen Abu Akleh a &#233;t&#233; tu&#233;e par un soldat isra&#233;lien dans un &#171; meurtre d&#233;lib&#233;r&#233; &#187;, par une balle 5,56 mm tir&#233;e d'un fusil Ruger Mini-14 semi-automatique, utilis&#233; par les forces isra&#233;liennes. Le ministre de la d&#233;fense de l'&#201;tat h&#233;breu d&#233;nonce un &#171; mensonge flagrant &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4- Dans le labyrinthe du camp de r&#233;fugi&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retour &#224; la rue de bitume et de poussi&#232;re orient&#233;e nord-sud o&#249; Shireen Abu Akleh a &#233;t&#233; tu&#233;e. En son hommage, on a accroch&#233; fleurs, posters, keffiehs, drapeaux. La rue grimpe vers la montagne. Je monte. &#192; gauche, apr&#232;s une petite maison en construction, le cimeti&#232;re des martyrs ; &#224; droite, l'atelier de m&#233;canique. Ce lundi 23 mai, tout est calme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout de cent m&#232;tres, une premi&#232;re voie part &#224; gauche, orient&#233;e ouest-est, apr&#232;s le cimeti&#232;re. Elle est large et laisse voir une rang&#233;e de jolies maisons. Cette partie a &#233;t&#233; d&#233;truite en 2002. Elle a &#233;t&#233; reconstruite &#224; condition de pouvoir passer avec des blind&#233;s, sur une demande isra&#233;lienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je monte encore. La pente devient raide. &#192; droite, un terrain vague avec deux immenses bennes, puis une vaste et jolie maison blanche. Les blind&#233;s de l'arm&#233;e &#233;taient gar&#233;s devant l'habitation, le 11 mai dernier. &#192; gauche, une &#233;cole primaire. Une autre voie orient&#233;e ouest-est part, perpendiculaire &#224; la rue, face &#224; la maison blanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que &#231;a se complique. On entre dans cette voie sans issue, ferm&#233;e par un entrep&#244;t. Il y a une maison grise qui a &#233;t&#233; sur&#233;lev&#233;e r&#233;cemment d'un &#233;tage, et une autre qui arbore un portrait de Yasser Arafat. Au pas de la porte, des enfants jouent aux pieds de leurs grands-m&#232;res, assises sur des chaises en plastique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une impasse se faufile entre les deux maisons, vers l'int&#233;rieur du camp. Non, ce n'est pas une impasse, elle tourne &#224; gauche. C'est une ruelle &#233;troite, encadr&#233;e de maisons qui grandissent d'un &#233;tage &#224; chaque g&#233;n&#233;ration. Encore un coude, vers la droite. Il n'a pas fallu quinze ans pour que les rues larges voulues par les Isra&#233;liens aient &#233;t&#233; transform&#233;es en un d&#233;dale complexe, que n'indique aucune carte, o&#249; les Palestiniens ajoutent portes et annexes au gr&#233; de l'agrandissement des familles, taillent des voies pour passer d'un endroit &#224; l'autre, r&#234;ve d'assi&#233;g&#233;, cauchemar d'assi&#233;geant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques escaliers encore, et on arrive chez les Husari. Un poster, orn&#233; des m&#233;daillons du Djihad islamique, orne le mur de cr&#233;pi sale. Il arbore le portrait d'Abdallah al-Husari, un homme de 22 ans qui pose parmi quatre mitraillettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abdallah al-Husari a &#233;t&#233; tu&#233; le 1er mars 2022, avant le d&#233;but de la vague d'attentats d&#233;but&#233;e le 22 mars, lors d'un raid d'une unit&#233; sp&#233;ciale des gardes-fronti&#232;res pour capturer le fils d'un cadre du Hamas. Pendant l'op&#233;ration, des militants palestiniens ont attaqu&#233; les forces de s&#233;curit&#233;. Dans l'&#233;change de tirs, Abdallah est tu&#233;. Ce membre assum&#233; du Djihad islamique avait &#233;t&#233; incarc&#233;r&#233; dans une prison en Isra&#235;l. Un autre Palestinien est tu&#233;, Shadi Najam, qui n'aurait pas &#233;t&#233; arm&#233; ni n'aurait particip&#233; &#224; la fusillade, selon le journal isra&#233;lien Haaretz. Il courait vers un magasin pour venir en aide &#224; ses parents et &#224; son fr&#232;re paralys&#233;, et a &#233;t&#233; victime d'une balle perdue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Forces sp&#233;ciales et voitures banalis&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La maison des Husari &#233;tait celle qui &#233;tait vis&#233;e le matin du 11 mai, selon Abu Waad, porte-parole des Brigades Al-Aqsa dans le camp de r&#233;fugi&#233;s. L'homme, &#224; la carrure solide et aux yeux cern&#233;s par des nuits sans sommeil, est originaire de J&#233;nine. Il a servi dans un camp palestinien du Liban pour lutter contre l'&#201;tat islamique, qui en mena&#231;ait les r&#233;sidents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les Husari ont h&#233;berg&#233; deux des &#233;vad&#233;s de la prison de Gilboa, ceux qui ont &#233;t&#233; captur&#233;s en dernier. Depuis, les Isra&#233;liens courent apr&#232;s les gar&#231;ons de la famille, les uns apr&#232;s les autres &#187;, raconte le porte-parole. Ayham Kamaji &#233;tait en prison depuis 2006 pour le meurtre d'un lyc&#233;en isra&#233;lien. Monadel Nafaat &#233;tait en d&#233;tention administrative depuis 2019.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6751 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/capture_d_e_cran_le_2022-06-06_a_07.56_04.png?6751/ba96e8040d4bd27e6bc138633863be53d03922ca16286da4fee09a7f021aa59a&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH292/ba96e8040d4bd27e-bfcad599-5de58.png?1781584530' width='500' height='292' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Abu Waad affirme que l'op&#233;ration s'est pass&#233;e en deux temps, ce matin-l&#224;. Des forces sp&#233;ciales sont venues dans deux v&#233;hicules banalis&#233;s, une Mitsubishi et un taxi collectif jaune, de ceux qui traversent la Cisjordanie, pour arr&#234;ter deux fr&#232;res Husari. Ce n'est pas la premi&#232;re fois que ces unit&#233;s utilisent ce mode op&#233;ratoire. Un raid, le 8 f&#233;vrier dernier, avait caus&#233; la mort de trois membres des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa &#224; Naplouse, mitraill&#233;s &#224; partir de voitures civiles. Ils &#233;taient accus&#233;s d'avoir tir&#233; sur des positions de l'arm&#233;e isra&#233;lienne. L'organisation B'Tselem a parl&#233; d'une &lt;a href=&#034;https://www.instagram.com/p/CaENM1Iox4R/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ex&#233;cution&lt;/a&gt; extrajudiciaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les journalistes pr&#233;venus de l'op&#233;ration&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; J&#233;nine, les forces sp&#233;ciales s'infiltrent autour de 5 h 30. &#171; L'un des fr&#232;res &#233;tait r&#233;veill&#233;. Il comprend ce qui se passe et part en courant, en criant &#224; sa m&#232;re de r&#233;veiller son fr&#232;re, qui s'enfuit &#224; son tour, de maison en maison. Quand les forces sp&#233;ciales arrivent, elles ne trouvent pas leurs cibles. Et tr&#232;s vite, elles se font encercler par 30, 40 militants, certains arm&#233;s, d'autres qui les bombardent de pierres ou de cocktails Molotov &#187;, poursuit Abu Waad. &#192; 5 h 45, Moujahid al-Saadi pr&#233;vient Ali al-Samoudi, qui appelle &#224; son tour Shireen Abu Akleh.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une deuxi&#232;me &#233;quipe se pr&#233;sente, vraisemblablement pour l'extraction des forces sp&#233;ciales. Les blind&#233;s arrivent et se positionnent &#224; 6 h 15 pr&#233;cises, selon Abou Waad et Moujahid al-Saadi, dans la rue de bitume et de poussi&#232;re, en face de la vaste et jolie maison blanche. L&#224; vit Ali Taleb, aussi maigre que son sourire est large, sous sa casquette orange vif. Il entend les combats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ils &#233;taient particuli&#232;rement stress&#233;s ce matin-l&#224;. Je le sais, parce qu'ils se garent souvent en face de chez moi : on peut man&#339;uvrer facilement. Il y a un terrain vague et la pente n'est pas encore trop forte. Les soldats criaient : &#8220;Rentrez dans vos maisons !&#8221; &#192; un moment, j'ai ouvert la fen&#234;tre pour jeter un coup d'&#339;il dehors, et ils ont r&#233;pliqu&#233; par une rafale &#187;, raconte Ali. Deux balles ont travers&#233; la fen&#234;tre o&#249; le trentenaire a os&#233; regarder. De vingt &#224; trente &#233;clats criblent la fa&#231;ade. &#171; Ces deux derniers mois, ils sont venus r&#233;guli&#232;rement, mais c'est la premi&#232;re fois qu'ils tirent sur la maison &#187;, ajoute-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Shireen Abu Akleh est tu&#233;e entre 6 h 30 et 6 h 35. L'ensemble des forces isra&#233;liennes se retire vers 7 heures. Abu Waad affirme que les soldats ont paniqu&#233; lors de cette op&#233;ration qui a mal tourn&#233;. &#171; Ils n'ont pas captur&#233; les deux fr&#232;res. Shireen est la seule personne qu'ils ont tu&#233;e, ce jour-l&#224; &#187;, dit d'une voix lasse Moujahid al-Saadi, le reporter de J&#233;nine. Quant au cadre du Hamas officiellement vis&#233; par l'op&#233;ration, pas de nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville rebelle a une r&#233;putation sinistre aupr&#232;s des Isra&#233;liens. C'est pourtant dans les environs que Tuly Flint, 54 ans, a rencontr&#233; sa future femme, alors qu'ils &#233;taient dans l'arm&#233;e isra&#233;lienne. &#171; J&#233;nine, c'&#233;tait l'endroit o&#249; on s'arr&#234;tait pour manger des falafels, fl&#226;ner dans les rues. Nous &#233;tions na&#239;fs, arrogants et aveugles. La premi&#232;re Intifada a commenc&#233; en 1987, et l'enfer s'est d&#233;cha&#238;n&#233;. On ne savait pas faire du maintien de l'ordre. Et J&#233;nine est devenue pour nous une fabrique de kamikazes, un endroit o&#249; l'on n'entrait qu'en force, et synonyme de terreur. Et c'est le fait d'Isra&#235;l &#187;, explique-t-il. L'arm&#233;e y a perdu beaucoup de ses soldats, notamment lors d'une embuscade o&#249; 13 de ses r&#233;servistes sont morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tuly Flint a quitt&#233; l'arm&#233;e et est devenu th&#233;rapeute, expert en trauma et post-trauma. Il a depuis rejoint l'organisation Combatants for peace en 2014, qui rassemble des anciens bellig&#233;rants isra&#233;liens et palestiniens. Pour lui, &#171; on ne sait pas encore ce qui s'est pass&#233;. Mais ce sont des jeunes, stress&#233;s, et quand l'enfer &#233;clate, ils tirent sur tout ce qui bouge &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unit&#233; Duvdevan, d&#233;ploy&#233;e ce matin-l&#224;, tient son nom du mot &#171; cerise &#187;. Au-dessus de la cr&#232;me de la cr&#232;me, la cerise sur le g&#226;teau. L'unit&#233; &#171; &#339;uvre pour pr&#233;venir les activit&#233;s terroristes et fonctionne ouvertement et sous couverture parmi la population arabe locale &#187;, dit la communication de l'arm&#233;e isra&#233;lienne sur le &lt;a href=&#034;https://www.idf.il/en/minisites/idf-brigades/commando/duvdevan/duvdevan-unit/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site&lt;/a&gt; consacr&#233; &#224; ce groupe. Ses membres sont s&#233;lectionn&#233;s pendant leur service militaire et ont, en g&#233;n&#233;ral, autour de 20 ans.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6750 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/capture_d_e_cran_le_2022-06-06_a_07.54_48.png?6750/bc5ba438319fa25e77b41d2e90bacd20a757f33f3a17127e369a56cdf6a3c37c&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH456/bc5ba438319fa25e-6ecc42ca-60348.png?1781584530' width='500' height='456' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Selon l'arm&#233;e isra&#233;lienne, l'unit&#233; a &#233;t&#233; con&#231;ue pour d&#233;velopper un ensemble de tactiques afin de minimiser les frictions avec les civils. Un responsable isra&#233;lien affirme : &#171; Je ne pense pas qu'ils &#233;taient stress&#233;s, ce matin-l&#224;. Ils &#233;taient dans une zone d'affrontements, dans laquelle ils ont men&#233; beaucoup d'op&#233;rations. Ces soldats apportent une r&#233;ponse mesur&#233;e, et le nombre de civils tu&#233;s est extr&#234;mement limit&#233;. Peut-&#234;tre que c'est l'un de nos soldats, depuis le d&#233;but. Mais on ne peut conclure qu'il y avait intention de tuer avant la conclusion de l'enqu&#234;te. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef d'&#233;tat-major de l'arm&#233;e isra&#233;lienne, Aviv Kohavi, insiste &lt;a href=&#034;https://idfanc.activetrail.biz/ANC2605202201&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;encore&lt;/a&gt; le 27 mai : &#171; Il y a une chose qui peut &#234;tre d&#233;termin&#233;e avec certitude : aucun soldat de Tsahal n'a d&#233;lib&#233;r&#233;ment tir&#233; sur un journaliste. Nous avons enqu&#234;t&#233; l&#224;-dessus. C'est la conclusion et il n'y en a pas d'autres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux jours apr&#232;s la mort de Shireen Abu Akleh, J&#233;nine a confirm&#233; sa r&#233;putation : lors d'une op&#233;ration des Yamam, unit&#233; sp&#233;ciale des gardes-fronti&#232;res isra&#233;liens, l'officier Noam Raz a &#233;t&#233; tu&#233; dans des affrontements avec des militants palestiniens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'union des forces palestiniennes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus les forces de s&#233;curit&#233; attaquent en Cisjordanie, plus une insurrection semble s'unir et se structurer. J&#233;nine a la r&#233;putation d'avoir des membres des trois factions, Fatah, Hamas, Djihad islamique, dans chaque maison. &#171; On est habitu&#233;s &#224; cohabiter ici. On a conscience que l'ennemi commun, c'est Isra&#235;l &#187;, reprend Abu Waad.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fait remonter le point de d&#233;part des tensions &#224; J&#233;nine au 10 juin 2021, lors de la &lt;a href=&#034;https://www.haaretz.com/middle-east-news/palestinians/2021-06-10/ty-article/.premium/two-palestinian-intelligence-officials-shot-dead-by-idf-health-ministry-says/0000017f-f149-dc28-a17f-fd7fdcf70000&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;mort de Jamil al-Amouri&lt;/a&gt;, tu&#233; par des forces sp&#233;ciales isra&#233;liennes. Les gardes-fronti&#232;res affirment que l'homme &#233;tait impliqu&#233; dans une fusillade. &#171; Ils auraient pu l'arr&#234;ter, mais ils l'ont tu&#233; de sang-froid. Et &#231;a a raviv&#233; la lutte palestinienne. Les raids incessants de l'arm&#233;e vont provoquer une escalade dans toute la Cisjordanie. Puis Gaza. Puis peut-&#234;tre le Hezbollah se joindra. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6749 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/capture_d_e_cran_le_2022-06-06_a_07.53_16.png?6749/810919cd09b3237e70371dfd840ffa1837fd10ba2e8d3b46d31c432629c369cb&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH294/810919cd09b3237e-b9d4b396-7a481.png?1781584531' width='500' height='294' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour le chercheur Joe Truzman, &#171; les affrontements presque quotidiens avec les troupes de Tsahal depuis des mois indiquent maintenant qu'il existe une volont&#233; de continuer &#224; combattre les forces isra&#233;liennes, malgr&#233; les pertes subies par les militants. Il est difficile de savoir si la d&#233;cision de r&#233;organiser et de lancer une campagne contre les troupes de Tsahal op&#233;rant en Cisjordanie est une d&#233;cision locale ou prise de l'&#233;tranger. Je soup&#231;onne la derni&#232;re option, en raison des menaces r&#233;p&#233;t&#233;es du secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du Djihad islamique, Ziyad Nakhaleh, remontant &#224; l'&#233;poque de l'&#233;vasion de la prison de Gilboa &#187;. Le cadre du parti palestinien r&#233;side actuellement &#224; Damas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la maison o&#249; je rencontre Abu Waad, au c&#339;ur du camp de J&#233;nine, quelques jeunes tra&#238;nent, le visage p&#226;le, sourire h&#233;sitant aux l&#232;vres. L'un d'entre eux a encore un appareil dentaire et de l'acn&#233;. &#171; Il y a 15 mille Palestiniens dans le camp et autant de r&#233;sistants. Si on n'a pas d'arme, on a un cocktail Molotov. Si on n'a pas de cocktail Molotov, on a des pierres. Si on n'a pas de pierres, on a de l'huile de vidange pour faire glisser les soldats et les v&#233;hicules. &#187; Abu Waad conc&#232;de 100 &#224; 200 hommes arm&#233;s dans le camp. D'un geste, il dit &#224; l'un de ses jeunes militants d'apporter des mines artisanales. Celui-ci revient avec deux extincteurs et une bouteille d'oxyg&#232;ne. Pour l'instant, ils n'ont pas encore &#233;t&#233; remplis d'explosifs. Abu Waad conclut : &#171; Si les Isra&#233;liens continuent leurs raids, ils vont en payer le prix. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n'indique, dans les &#233;l&#233;ments disponibles pour l'instant, qu'il s'agisse d'un tir palestinien &#8211; jusqu'&#224; preuve du contraire. S'il s'agit donc d'un tir isra&#233;lien, comme le reconna&#238;t &#224; demi-mot l'arm&#233;e, est-ce une erreur d'appr&#233;ciation ? Un tir d&#233;lib&#233;r&#233; dans une op&#233;ration qui a mal tourn&#233; ? Si les Palestiniens ont la balle qui a tu&#233; Shireen Abu Akleh, la r&#233;ponse finale est &#224; chercher aupr&#232;s des soldats qui ont men&#233; l'op&#233;ration, ce matin du 11 mai 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;cit : Samuel Forey&lt;br class='autobr' /&gt;
Photos de couverture : Al Jazeera via AP / Sipa, Al Jazeera / Agence Anadolu via AFP, Mostafa Alkharouf / Agence Anadolu via AFP et Samuel Forey pour Mediapart&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La col&#232;re des ouvriers &#233;gyptiens</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/La-colere-des-ouvriers-egyptiens</link>
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		<dc:date>2014-12-09T08:10:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Samuel Forey</dc:creator>


		<dc:subject>Afrique</dc:subject>
		<dc:subject>Egypte</dc:subject>
		<dc:subject>La r&#233;volution arabe en marche</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2014-12-09</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La question sociale dominera la sc&#232;ne &#233;gyptienne les prochains mois. Le pays a connu plus de gr&#232;ves de travailleurs ces deux derni&#232;res ann&#233;es que pendant la d&#233;cennie qui a pr&#233;c&#233;d&#233; la r&#233;volution de janvier-f&#233;vrier 2011. Aujourd'hui encore des ouvriers continuent &#224; manifester et &#224; faire gr&#232;ve pour faire entendre leurs revendications, malgr&#233; la loi restreignant le droit &#224; se rassembler et &#224; manifester. Mais les gouvernements successifs restent sourds &#224; leurs dol&#233;ances. &lt;br class='autobr' /&gt; &#199;a faisait deux mois (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Egypte-+" rel="tag"&gt;Egypte&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2014-12-09-+" rel="tag"&gt;Edition du 2014-12-09&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH98/arton20188-58e00.png?1781584531' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='98' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La question sociale dominera la sc&#232;ne &#233;gyptienne les prochains mois. Le pays a connu plus de gr&#232;ves de travailleurs ces deux derni&#232;res ann&#233;es que pendant la d&#233;cennie qui a pr&#233;c&#233;d&#233; la r&#233;volution de janvier-f&#233;vrier 2011. Aujourd'hui encore des ouvriers continuent &#224; manifester et &#224; faire gr&#232;ve pour faire entendre leurs revendications, malgr&#233; la loi restreignant le droit &#224; se rassembler et &#224; manifester. Mais les gouvernements successifs restent sourds &#224; leurs dol&#233;ances.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#199;a faisait deux mois que les quelque 2 000 ouvriers d'Abboud Spinning Company n'avaient pas &#233;t&#233; pay&#233;s. Sans compter les primes attendues et jamais vers&#233;es. Les directeurs et les responsables de cette usine de textile d'Alexandrie faisaient la sourde oreille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En g&#233;n&#233;ral, les patrons ont les moyens de tenir la distance dans ce type de conflits. Ils peuvent aussi se d&#233;barrasser sans trop de difficult&#233; des ouvriers r&#233;calcitrants : selon un avocat &#233;gyptien, Haitham Mohamedein, les employeurs sont simplement condamn&#233;s &#224; verser une amende de&#8230; 100 &#224; 500 livres &#233;gyptiennes (10 &#224; 50 euros) en cas de licenciement abusif. L'attitude est en g&#233;n&#233;ral d'attendre que &#231;a se passe, mais cette fois-ci, &#231;a ne passait pas. Une partie des ouvriers de l'usine a donc commenc&#233; un sit-in dans les locaux de l'usine le 25 ao&#251;t 2014. L'&#233;t&#233; &#233;tait d'autant plus br&#251;lant qu'il &#233;tait ponctu&#233; de coupures d'&#233;lectricit&#233; incessantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une &#201;gypte en pleine crise de parano&#239;a, les ouvriers sont accus&#233;s d'appartenir aux Fr&#232;res musulmans, organisation consid&#233;r&#233;e comme terroriste depuis d&#233;cembre 2013 et dont les principaux leaders &#8212; parmi lesquels l'ancien pr&#233;sident Mohamed Morsi &#8212; sont en prison ou en fuite. Qui veut discr&#233;diter quelqu'un l'accuse d'&#234;tre Fr&#232;re musulman. Pourtant ils ont tenu bon. &#171; On maintenait les sit-in depuis trois semaines. Au plus fort de la mobilisation, on &#233;tait peut-&#234;tre 700 ou 800 employ&#233;s &#224; protester. On demandait &#224; &#234;tre re&#231;us par le directeur de l'usine, le gouverneur d'Alexandrie, ou m&#234;me le premier ministre, sans succ&#232;s. Finalement, on a enfin r&#233;ussi &#224; obtenir un rendez-vous avec le directeur, pr&#233;vu pour le 15 septembre. Mais il n'est pas venu &#187;, se souvient Mohamed Kamel, l'un des contestataires, ouvrier depuis 24 ans dans l'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Alexandrie, les ouvriers ont perdu patience. &#171; Le directeur ne s'est pas montr&#233;. On est sortis de l'usine pour manifester. Et on nous a envoy&#233; la police &#187;, ajoute Mohamed Kamel. Une altercation s'ensuit. Un policier nerveux fait usage de son arme, une sorte de gros pistolet &#224; grenaille, de ceux que l'on surnomme &#171; cartouches &#187; en &#201;gypte et qui ont bless&#233; des centaines de manifestants pendant la p&#233;riode r&#233;volutionnaire quand ils ne les rendaient pas aveugles. Le coup de feu emporte un tr&#232;s gros morceau de chair de la jambe gauche de Mohamed Kamel. Il raconte cela, le visage lumineux, le tibia travers&#233; par des broches au m&#233;tal patin&#233;, sur son lit d'h&#244;pital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des syndicats toujours aux ordres&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats ne sont pas d'une grande aide. Ce n'est pourtant pas par manque de moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La F&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale des syndicats de travailleurs d'&#201;gypte (FGSTE &#8211; ETUF en anglais) est un paquebot de pr&#232;s de 4 millions de membres, 21 000 cadres, 17 f&#233;d&#233;rations r&#233;gionales. Elle dispose d'une banque, d'une fondation culturelle d'universit&#233;s ouvri&#232;res, d'h&#244;tels, de villages-vacances, de biblioth&#232;ques&#8230; Ce n'est pourtant pas de ce c&#244;t&#233; qu'il faut s'attendre &#224; une mobilisation g&#233;n&#233;rale. Selon &#201;lisabeth Longuenesse et Didier Monciaud (1), &#171; La gestion des syndicats est tr&#232;s bureaucratique et l'&#233;lite syndicale se caract&#233;rise par son conservatisme, son immobilisme et sa soumission au r&#233;gime, mais aussi par des liens &#233;troits avec le milieu des hommes d'affaires du secteur priv&#233;. &#187; La f&#233;d&#233;ration et ses multiples branches se transforme peu &#224; peu en une agence de services aux pratiques tr&#232;s client&#233;listes. Les dirigeants syndicaux se servent des ressources financi&#232;res de leurs organisations, avec l'effet pervers d'acc&#233;l&#233;rer le d&#233;sengagement de l'&#201;tat, notamment pendant les ann&#233;es 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait pourtant eu une lueur d'espoir en 2009. Apr&#232;s des ann&#233;es de lutte, la formation d'un syndicat ind&#233;pendant, celui des percepteurs des taxes sur les transactions immobili&#232;res, a &#233;t&#233; autoris&#233;e par le gouvernement en avril. Le mouvement, men&#233; par Kamal Abou Aita, s'est transform&#233; en F&#233;d&#233;ration &#233;gyptienne des syndicats ind&#233;pendants (EFITU en anglais) le 2 mars 2011, peu apr&#232;s la chute de Hosni Moubarak, avec pour slogan principal la mise en place d'un salaire minimum &#224; 1 200 livres (environ 120 euros) par mois, pour tous. C'&#233;tait ce &#224; quoi Abou Aita s'&#233;tait employ&#233;, pendant son court passage au gouvernement comme ministre &#171; de la main d'&#339;uvre et de l'immigration &#187; (c'est-&#224;-dire le ministre du travail), de juillet 2013 &#224; mars 2014. C'&#233;tait la derni&#232;re tribulation d'un syndicaliste qui avait ralli&#233; les Fr&#232;res musulmans en 2012 pour les &#233;lections &#224; l'Assembl&#233;e du peuple (2), s'&#233;tait fait &#233;lire puis avait appel&#233; &#224; voter pour le nass&#233;riste Hamdine Sabbahi, pour finalement appeler &#224; la d&#233;mission de Morsi en 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ind&#233;pendants sur le papier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ation de syndicats ind&#233;pendants a &#233;t&#233; autoris&#233;e en mars 2011, juste apr&#232;s le d&#233;part de Moubarak, mais tous les gouvernements successifs ont bloqu&#233; l'adoption de la loi, du r&#233;gime transitoire du Conseil supr&#234;me des forces arm&#233;es &#224; l'&#233;quipe de Morsi jusqu'&#224; aujourd'hui, sous la pr&#233;sidence d'Abdel Fattah Al-Sissi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve men&#233;e par les camarades de Mohamed Kamel est bien s&#251;r ill&#233;gale. Car la loi 12 de 2003 sur le travail encadre tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment le droit de gr&#232;ve : il faut faire une demande &#233;crite &#224; l'avance et avoir l'accord de la majorit&#233; des deux tiers du conseil d'administration de la FGSTE (ETUF). &#192; notre connaissance, un syndicat de la F&#233;d&#233;ration n'a apport&#233; un soutien officiel qu'une seule fois, lors de la gr&#232;ve de l'usine Tanta Flax and Oil Co, en mai 2009. Un soutien de cinq jours pour une gr&#232;ve de six mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi sur le salaire minimum est pass&#233;e en septembre 2013. Mais elle ne concerne que les fonctionnaires &#8212; pas m&#234;me les employ&#233;s des agences de l'&#201;tat comme la Poste (3). Mohamed Kamel, l'ouvrier &#224; la jambe bless&#233;e, re&#231;oit quand &#224; lui un salaire de 780 livres par mois (environ 80 euros).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8232;Un traitement sp&#233;cial&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces dispositions ressemblent &#224; celles contenues dans une autre loi, entr&#233;e en vigueur en novembre 2013, sur le droit de manifester, r&#233;duit &#224; la portion congrue. Il faut informer les autorit&#233;s trois jours avant la tenue du mouvement : coordonn&#233;es, lieu et trajet du cort&#232;ge, revendications et slogans scand&#233;s. Le minist&#232;re de l'int&#233;rieur se donne toute latitude d'interdire la manifestation au motif aussi vague que celui de &#171; menace pour la s&#233;curit&#233; &#187;. Les possibilit&#233;s de s'exprimer publiquement n'ont peut-&#234;tre jamais &#233;t&#233; aussi r&#233;duites dans l'histoire r&#233;cente de l'&#201;gypte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, ni Kamel ni ses camarades n'ont &#233;t&#233; jet&#233;s en prison. Le gouvernement, malgr&#233; le contexte r&#233;pressif actuel, ne tient peut-&#234;tre pas &#224; se mettre &#224; dos les quelque 27 millions de travailleurs &#233;gyptiens. La loi sur les manifestations a fait l'objet d'une contestation imm&#233;diate de la part des militants des droits humains, conduisant &#224; l'arrestation d'un activiste de premier plan, Alaa Abdel Fattah, en novembre 2013. Au m&#234;me moment, et jusqu'en d&#233;cembre 2013, les ouvriers d'une usine embl&#233;matique, celle de la Soci&#233;t&#233; &#233;gyptienne pour le fer et l'acier (Hadidwalsolb) &#224; Helwan, au sud du Caire, ont eux aussi manifest&#233; sans &#234;tre inqui&#233;t&#233;s par les autorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moustafa Bassiouni, journaliste &#233;conomique &#233;gyptien et sp&#233;cialiste des mouvements ouvriers, rappelle qu'&#171; on a compt&#233; en 2012 plus de gr&#232;ves que pendant les dix ann&#233;es qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; la r&#233;volution &#187; (4). Apr&#232;s la reprise en main du pouvoir par l'arm&#233;e durant l'&#233;t&#233; 2013, les mobilisations ont continu&#233;, notamment en f&#233;vrier 2014, faisant chuter le gouvernement de Hazem El-Beblaoui (5). Mais les mobilisations n'aboutissent qu'&#224; peu de r&#233;sultats. Si les autorit&#233;s n'ont pas la main aussi lourde sur les ouvriers que sur les Fr&#232;res musulmans, les arrestations et cas de torture sont tout de m&#234;me nombreux et r&#233;pertori&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8232;Des luttes tr&#232;s locales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le chercheur Gennaro Gervasio, professeur &#224; l'universit&#233; britannique du Caire, les enjeux souvent tr&#232;s locaux des gr&#232;ves en font des luttes difficiles &#224; arr&#234;ter, mais par d&#233;finition, elles peinent &#224; prendre une ampleur nationale. &#171; Le r&#233;gime sait le pouvoir des travailleurs organis&#233;s et politis&#233;s. Nommer au gouvernement Kamal Abou Aita &#233;tait une forme de reconnaissance de ce pouvoir. Mais le ministre n'a pas r&#233;ussi &#224; calmer la grogne g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Par ailleurs, les ouvriers sont tr&#232;s mal inform&#233;s &#187;, explique Gervasio. Il cite l'exemple d'ouvriers rencontr&#233;s en 2012 qui n'&#233;taient m&#234;me pas au courant de la cr&#233;ation de syndicats ind&#233;pendants. Pour le chercheur, &#171; le seul trait d'union depuis 2007, ce sont les mouvements de protestation, qui n'ont finalement jamais cess&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet. Malgr&#233; le contexte r&#233;pressif, les ouvriers de l'usine Schweppes sont mobilis&#233;s depuis trois semaines pour protester contre le renvoi possible de 850 ouvriers de l'usine, dans le cadre d'une fusion avec Coca-Cola. Les fusions ne sauraient &#234;tre la cause de licenciements, selon la loi 12 de 2003 que tous les gouvernements successifs promettent de r&#233;former dans l'int&#233;r&#234;t des travailleurs, sans agir concr&#232;tement pour autant. &#192; nouveau, des ouvriers de l'usine de la gigantesque usine Hadisolb de Helwan sont en gr&#232;ve. Ils r&#233;clament le paiement de primes, toujours promises, jamais vers&#233;es. Jour apr&#232;s jour, en &#201;gypte, des travailleurs manifestent et se mobilisent. Sans r&#233;sultats concrets cependant : les ouvriers de Hadisolb avaient manifest&#233; l'ann&#233;e derni&#232;re, &#224; la m&#234;me date, pour les m&#234;mes motifs, sans &#234;tre pour autant entendus. Quant &#224; Mohamed Kamel, le travailleur bless&#233; de l'usine Abboud Spinning company d'Alexandrie, il est toujours &#224; l'h&#244;pital. Les revendications de ses camarades sont rest&#233;es lettre morte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#201;gypte, le mouvement ouvrier reste prisonnier de trois maux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* une base divis&#233;e et peu inform&#233;e ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* le manque d'une repr&#233;sentation syndicale digne de ce nom, qui pourrait mobiliser sur le plan national ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* des autorit&#233;s m&#233;fiantes vis-&#224;-vis des mouvements de travailleurs et qui veillent soigneusement &#224; rendre difficile, voire impossible, toute contestation organis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. &#171; Les syndicalismes : lutte nationale, corporatismes et contestations &#187;, in Vincent Battesti, Fran&#231;ois Ireton (dirs.), L'&#201;gypte au pr&#233;sent. Inventaire d'une soci&#233;t&#233; avant r&#233;volution, Sindbad, &#171; La Biblioth&#232;que arabe &#187;, mai 2011. &#8211; p. 367.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. NDLR. &#201;quivalent des &#233;lections l&#233;gislatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Moustafa Bassiouni, &#171; En &#201;gypte, rien n'arr&#234;te le mouvement ouvrier &#187;, Le Monde diplomatique, ao&#251;t 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Ibid&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. NDLR. Beblaoui a &#233;t&#233; premier ministre du 9 juillet 2013 au 1er mars 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FOREY Samuel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Article publi&#233; dans Orient XXI &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://orientxxi.info/magazine/la-colere-des-ouvriers-egyptiens,0755&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://orientxxi.info/magazine/la-colere-des-ouvriers-egyptiens,0755&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samuel Forey est un journaliste freelance install&#233; au Caire depuis 2011, il collabore notamment avec Le Figaro et Le JDD. Il a r&#233;cemment r&#233;alis&#233; des reportages au Y&#233;men, en Syrie et en Irak.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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