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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Pr&#233;face de M&#233;lissa Blais et Isabelle Courcy &#224; l'ouvrage de Christine Delphy &#171; Pour une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de l'exploitation &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Preface-de-Melissa-Blais-et-Isabelle-Courcy-a-l-ouvrage-de-Christine-Delphy</link>
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		<dc:date>2015-03-10T08:20:16Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Isabelle Courcy, M&#233;lissa Blais</dc:creator>


		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-03-10</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Au Qu&#233;bec, Christine Delphy est souvent pr&#233;sent&#233;e comme l'une des premi&#232;res f&#233;ministes &#224; avoir d&#233;naturalis&#233; le &#171; sexe &#187; en France et, par cons&#233;quent, une pionni&#232;re dans l'entreprise de la conceptualisation du genre. Moins nombreuses sont les pr&#233;sentations qui soulignent l'apport de Christine Delphy &#224; l'&#233;conomie politique. Et pourtant&#8230; En plus de pointer les &#233;cueils des th&#233;ories de Marx sur l'&#233;conomie et les rapports d'exploitation, Christine Delphy compte aussi parmi les premi&#232;res &#224; avoir (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L88xH150/arton21207-c52c0.png?1781475176' class='spip_logo spip_logo_right' width='88' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au Qu&#233;bec, Christine Delphy est souvent pr&#233;sent&#233;e comme l'une des premi&#232;res f&#233;ministes &#224; avoir d&#233;naturalis&#233; le &#171; sexe &#187; en France et, par cons&#233;quent, une pionni&#232;re dans l'entreprise de la conceptualisation du genre. Moins nombreuses sont les pr&#233;sentations qui soulignent l'apport de Christine Delphy &#224; l'&#233;conomie politique. Et pourtant&#8230; En plus de pointer les &#233;cueils des th&#233;ories de Marx sur l'&#233;conomie et les rapports d'exploitation, Christine Delphy compte aussi parmi les premi&#232;res &#224; avoir pens&#233; l'articulation des syst&#232;mes d'exploitation patriarcale, capitaliste et raciste, soulignant ce que plusieurs oublient : la persistance du mode de production f&#233;odal et du servage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ciblant les angles morts d'une conceptualisation du patriarcat comme syst&#232;me d'oppression point-&#224;-la-ligne, Christine Delphy insiste : la famille est aussi le lieu d'une exploitation &#233;conomique. Les femmes sont non seulement opprim&#233;es, elles sont aussi exploit&#233;es dans l'&#233;conomie domestique. La sociologue ne fait pas que confronter le marxisme &#171; bien pensant &#187;, elle remet aussi en question certaines revendications f&#233;ministes, notamment celles autour de la &#171; conciliation travail-famille &#187;, du &#171; partage des t&#226;ches &#187;, osant m&#234;me dire que le syst&#232;me de subvention des garderies est un leurre du point de vue de la lib&#233;ration des femmes. C'est l&#224; toute la force des analyses de Christine Delphy : elle s'ent&#234;te &#224; rendre visible l'invisible (notamment l'exploitation des femmes et des esclaves), elle bouscule en pointant les revers des politiques qui apparaissent quasi consensuelles dans le milieu f&#233;ministe, refusant le confort du &#171; pr&#234;t-&#224;-porter &#187; f&#233;ministe. En lisant ce recueil, vous serez assur&#233;&#183;e de maintenir le cap sur l'utopie d'un monde sans exploitation. C'est donc avec rigueur, pertinence et une bonne dose de contestation qu'elle propose les bases d'une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale permettant v&#233;ritablement de (re)penser l'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Confronter le marxisme &#171; bien pensant &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'entr&#233;e de jeu, une phrase-choc attaque le dogme marxiste de plein fouet : &#171; En dehors de la plus-value, point de salut. &#187; Elle pr&#233;cise que la plus-value est une th&#233;orie particuli&#232;re qui permet de mettre en lumi&#232;re les m&#233;canismes d'une exploitation particuli&#232;re (le salariat). Christine Delphy critique donc ce qui pr&#233;tend &#8211; du moins dans les milieux progressistes fran&#231;ais &#8211; &#224; la g&#233;n&#233;ralit&#233;, mais qui, sans l'&#234;tre, ce qui a pour cons&#233;quence de faire silence sur les syst&#232;mes d'exploitation autres que le capitalisme, ou plut&#244;t autres que l'&#233;change dans l'&#233;conomie de march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus largement, elle se penche sur les conditions de d&#233;termination de l'inscription de cette th&#233;orie dans une perspective &#171; progressiste &#187;. En effet, la sociologue nous rappelle que Marx souscrivait &#224; la pr&#233;misse du &#171; progr&#232;s &#187; et que s'il a r&#233;duit l'exploitation au seul rapport capitaliste, c'est que son interpr&#233;tation de l'histoire v&#233;hiculait l'id&#233;e que, du Moyen &#194;ge &#224; la modernit&#233;, les conflits de classes avaient permis la transformation des structures &#233;conomiques, de sorte que le servage et les autres formes &#171; archa&#239;ques &#187; d'extorsion du travail &#233;taient vou&#233;s &#224; dispara&#238;tre pour laisser la place au seul syst&#232;me o&#249; l'appropriation du travail se r&#233;alise moyennant l'&#233;change salarial : le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christine Delphy montre avec justesse comment la recherche d'une &#171; scientificit&#233; &#187; moderne chez Marx l'a amen&#233;, non seulement &#224; s'appuyer sur une vision des soci&#233;t&#233;s humaines en termes de &#171; progr&#232;s &#187;, mais aussi &#224; mobiliser le vocabulaire et le cadre d'analyse des &#233;conomistes modernes. Le d&#233;veloppement d'un langage &#171; &#233;conomico-scientifique &#187; a, de fait, favoris&#233; chez ses successeur&#183;es un certain &#171; positivisme marxiste &#187;, dans lequel le mod&#232;le explicatif est la r&#233;alit&#233;. Le mod&#232;le se suffit donc &#224; lui-m&#234;me et n'est d'ailleurs que tr&#232;s difficilement v&#233;rifiable empiriquement. Christine Delphy montre bien la vuln&#233;rabilit&#233; de l'&#233;difice th&#233;orique qui s'appuie, de fa&#231;on additive, sur un &#233;l&#233;ment puis un autre. Or, l'essentiel de sa critique n'est pas l&#224;. Comme nous l'avons &#233;voqu&#233; plus haut, le probl&#232;me est que la centralit&#233; du capitalisme dans l'analyse de l'exploitation occulte les autres formes de domination, faisant ainsi en sorte que le genre et le racisme sont minor&#233;s voire ni&#233;s, le point de vue des domin&#233;&#183;es autres que les salari&#233;&#183;es le sont tout autant et leurs luttes se voient, au mieux, consid&#233;r&#233;es comme secondaires, au pire sont d&#233;nigr&#233;es ou relay&#233;es aux oubliettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, Christine Delphy montre que l'esclavage en g&#233;n&#233;ral et l'esclavage domestique en particulier (les corv&#233;es, le travail forc&#233;, etc.) sont des modes d'extorsion de travail gratuit, qui ont r&#233;gn&#233; et continuent d'exister sous des formes actualis&#233;es. La sociologue nous met ainsi en garde : le f&#233;odalisme n'est pas mort, loin de l&#224; ! Par cons&#233;quent, les situations contemporaines d'esclavage ou encore le travail gratuit des femmes extorqu&#233; dans la famille suffisent &#224; montrer la n&#233;cessit&#233; de d&#233;centrer l'analyse de l'exploitation en termes capitalistes et &#224; r&#233;voquer l'utilit&#233; universelle de la notion de &#171; plus-value &#187; comme &#171; mesure &#187; unique de l'exploitation. Selon Christine Delphy, ce positivisme contredit d'ailleurs l'&#233;pist&#233;mologie marxiste : celle du point de vue. La r&#233;sonance de cette critique &#233;pist&#233;mologique trouve sa force dans la proposition qu'elle fait &#224; sa suite : en adoptant le point de vue des domin&#233;&#183;es, pourquoi ne pas revenir au cadre g&#233;n&#233;ral des &#171; soci&#233;t&#233;s de classes &#187; ? L'appropriation du travail, dans la lecture qu'en fait Marx, devient ainsi l'une des pierres de touche de la th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de l'exploitation &#224; laquelle Christine Delphy nous convie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Penser l'exploitation dans toutes ses formes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les apports de Christine Delphy sont nombreux et riches. Elle aurait pu s'en tenir aux critiques rapidement &#233;voqu&#233;es pour que sa contribution aux &#233;tudes f&#233;ministes, &#224; la sociologie du travail et &#224; l'&#233;conomie politique (pour ne sommer que ces champs d'&#233;tudes) soit consid&#233;rable. A contrario, Christine Delphy entreprend de cerner les bases n&#233;cessaires &#224; l'&#233;laboration d'une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de l'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur la base d'une lecture mat&#233;rialiste des rapports sociaux qu'elle souligne la n&#233;cessit&#233; de se pencher sur l'ensemble des rapports d'appropriation du travail. Pour cela, une condition sine qua non : tenir compte des modes d'extorsion du travail qui ne passent pas par &#171; l'&#233;conomie &#187; dans son acceptation occidentale et moderne et qui peuvent m&#234;me, &#224; tort, &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme r&#233;volus. Ces formes impens&#233;es de l'extorsion du travail soulignent ici encore l'importance de la proposition de la sociologue qui exige de revenir &#224; une d&#233;finition de l'exploitation lib&#233;r&#233;e de ses oeill&#232;res &#233;conomicistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Christine Delphy, un constat s'impose d'embl&#233;e : toutes les exploitations utilisent, certes &#224; diff&#233;rents degr&#233;s, des m&#233;canismes semblables li&#233;s &#224; l'extorsion du travail. Pour elle, la pertinence d'un vocabulaire partag&#233; et issu du cadre g&#233;n&#233;ral des soci&#233;t&#233;s de classe est incontournable pour comparer les diff&#233;rents syst&#232;mes d'exploitation pour en extraire les principes communs et les sp&#233;cificit&#233;s. Mais la sociologue se garde bien d'imposer &#224; son tour un explicandans : les m&#233;canismes peuvent &#234;tre communs d'un syst&#232;me &#224; l'autre, mais les modalit&#233;s de l'extorsion du travail qui y sont respectivement mises en place sont plus souvent particuli&#232;res (tout en &#233;tant comparables). D'une part, il y a le travail appropri&#233; en &#233;change de r&#233;mun&#233;ration (syst&#232;me capitaliste), mais il y a aussi, et d'autre part, le travail gratuit pour lequel les producteur&#183;es &#171; direct&#183;es &#187; ne re&#231;oivent en &#233;change que leur entretien (ou presque). Une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de l'exploitation doit exposer ces diff&#233;rentes modalit&#233;s de l'extorsion du travail (patriarcat, esclavage, servage) sans toutefois tenter de les pr&#233;senter, a priori, dans une th&#233;orie unifiante uniquement structur&#233;e autour de leurs similitudes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa th&#233;orisation de l'&#233;conomie domestique, Christine Delphy, montre justement comment le travail m&#233;nager est une modalit&#233; de l'exploitation patriarcale. Chiffres &#224; l'appui, elle souligne avec &#233;loquence que plus il y a de t&#226;ches &#224; r&#233;aliser au sein d'un m&#233;nage h&#233;t&#233;rosexuel, moins, toute proportion gard&#233;e, les hommes en font. La d&#233;monstration de Christine Delphy nous force &#224; admettre qu'il y a l&#224; un travail accompli gratuitement qui rel&#232;ve de l'appropriation. Comme elle le souligne, dire que le travail des femmes dans l'&#233;conomie domestique n'a pas de valeur est un leurre puisqu'on lui en accorde une lorsqu'il est &#233;chang&#233; contre un salaire dans l'&#233;conomie de march&#233;. C'est en fait sa gratuit&#233;, et par cons&#233;quent l'absence d'&#233;change, qui en fait un travail appropri&#233;. Ce n'est pas la classe capitaliste, mais la classe des hommes qui s'approprient ici le travail des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux bases pr&#233;c&#233;demment jet&#233;es pour &#233;laborer une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de l'exploitation, Christine Delphy ajoute un &#233;l&#233;ment indispensable : la porosit&#233; des fronti&#232;res entre les diff&#233;rents syst&#232;mes d'exploitation et donc de la coexistence des rapports sociaux. Son apport en ce sens est substantiel, comme en font &#233;tat ses travaux sur l'imbrication entre le capitalisme, le servage et le patriarcat1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Refuser le confort du &#171; pr&#234;t-&#224;-porter f&#233;ministe &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christine Delphy d&#233;plore le fait que des f&#233;ministes, &#224; l'instar de Marx et de ses successeur&#183;es, reproduisent les &#233;cueils de la r&#233;duction de toutes les formes d'exploitation &#224; la seule exploitation capitaliste. Non seulement l'&#233;conomie domestique et l'exploitation du travail des femmes, mais aussi les diff&#233;rentes formes de l'esclavage et du servage dits &#171; modernes &#187; &#8211; et largement sous-estim&#233;es &#8211; sont ignor&#233;es. En effet, non seulement le servage et l'esclavage continuent d'exister en Afrique, en Am&#233;rique latine, en Asie, mais sont particuli&#232;rement pr&#233;sents dans l'agriculture, qui occupe 80 % de la population mondiale. Ces personnes &#8211; des femmes en majorit&#233;, mais aussi des enfants et des hommes &#8211;, ne sont pas exploit&#233;es par le mode de production capitaliste, salarial. Elles doivent leur travail &#224; un mari, &#224; un p&#232;re ou un fr&#232;re ou un oncle ou un patron, qui ne leur fournissent &#171; en &#233;change &#187; que leur entretien, c'est-&#224;-dire le n&#233;cessaire &#224; leur survie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on plus sp&#233;cifique, la sociologue s'attarde &#224; la question du travail m&#233;nager et &#224; sa lecture f&#233;ministe &#233;galitariste de la &#171; distribution asym&#233;trique &#187; des t&#226;ches domestiques entre les hommes et les femmes. Par exemple, affirmer que les probl&#232;mes li&#233;s au &#171; partage des t&#226;ches &#187; dans la famille se r&#233;sument au &#171; manque de temps &#187; des hommes occup&#233;s &#224; &#171; gagner &#187; leur salaire, c'est ignorer des pans entiers de la r&#233;alit&#233; sociale. Elle r&#233;pond : &#171; [Cette explication] ne consid&#232;re que la population des hommes, ignore celle des femmes, et construit un mod&#232;le th&#233;orique sur la base du seul cas de l'homme-mari&#233;-qui-ne-fait-rien-ou-presque, un mod&#232;le qui fait l'hypoth&#232;se que tout le temps du &#171; travailleur &#187; (cens&#233; &#234;tre asexu&#233;, mais tr&#232;s genr&#233; en fait) est absorb&#233; par son activit&#233; r&#233;mun&#233;r&#233;e2. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas &#224; partir d'explications d'ordre psychologiques qu'il faut chercher &#224; cerner les causes de la perp&#233;tuation de la r&#233;partition in&#233;gale des t&#226;ches domestiques, mais plut&#244;t &#224; partir des institutions sociales (&#201;tat, mariage, h&#233;t&#233;rosexualit&#233;) et de la culture genr&#233;e qui &#233;tayent et relayent la division sexuelle du travail. La d&#233;monstration de Christine Delphy montre sans ambigu&#239;t&#233; que la fiscalit&#233; et plusieurs politiques &#171; pour l'&#233;galit&#233; &#187; participent, de fait, &#224; l'extorsion du travail des femmes dans la famille ou le couple h&#233;t&#233;rosexuel. Elle ose pointer l'acoquinement du syst&#232;me de subvention des garderies fran&#231;aises et de la classe des hommes en ne d&#233;non&#231;ant avec justesse que ce qui est v&#233;ritablement subventionn&#233; par l'&#201;tat : c'est &#171; la capacit&#233; des hommes de consacrer tout leur temps &#224; leur travail ou &#224; leurs biens sans qu'il leur en co&#251;te rien p&#233;cuniairement3 &#187;. Et elle ne s'arr&#234;te pas l&#224;. Christine Delphy propose des pistes d'action afin d'&#233;branler les piliers institutionnels qui g&#233;n&#232;rent et qui renforcent la distribution asym&#233;trique du travail m&#233;nager entre les hommes et les femmes. &#192; la base, encore faudrait-il que le mouvement f&#233;ministe reconnaisse &#171; que les hommes jouissent de privil&#232;ges, par d&#233;finition indus, et qu'il faut les en d&#233;pouiller4 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que la sociologue s'appuie sur des mesures en vigueur dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, sa d&#233;monstration ne peut que nous inciter, universitaires et militant&#183;es, &#224; reproduire l'exercice pour l'&#201;tat qu&#233;b&#233;cois. Le besoin est criant, consid&#233;rant qu'ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e, les statistiques montrent que les femmes en font plus que les hommes, qu'elles occupent un emploi ou non, sont c&#233;libataires ou en couple. Chiffres &#224; l'appui, on constate que les femmes n'occupant pas un emploi consacrent en moyenne 166 % de plus d'heures par semaine aux t&#226;ches m&#233;nag&#232;res que les conjoints qui occupent un emploi. En inversant les r&#244;les, on observe que les hommes sans emploi dont les conjointes ont un travail r&#233;mun&#233;r&#233; &#224; temps plein consacrent seulement 4 % de plus qu'elles aux t&#226;ches m&#233;nag&#232;res5. &#192; la lecture des propositions de Christine Delphy, il y a tout lieu de penser que malgr&#233; des sp&#233;cificit&#233;s propres &#224; chacun des &#201;tats (fran&#231;ais et qu&#233;b&#233;cois), des similitudes pr&#233;valent quant &#224; la complicit&#233; de ces derniers dans l'extorsion du travail des femmes. Pour le Qu&#233;bec, le chantier reste ouvert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, les analyses de Christine Delphy, pr&#233;sent&#233;es dans ce recueil, constituent un incontournable pour quiconque refuse de reproduire les &#233;cueils d'une analyse du travail r&#233;duit au seul rapport salarial et contribue &#224; &#233;difier une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de l'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;lissa Blais et Isabelle Courcy 6&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Christine Delphy : Pour une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale de l'exploitation&lt;br class='autobr' /&gt;
Des diff&#233;rentes formes d'extorsion du travail aujourd'hui&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A para&#238;tre aux Editions Syllepse, en co&#233;dition avec M &#233;diteur (Qu&#233;bec)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Voir entre autres Christine Delphy, L'ennemi principal, t.1, &#201;conomie politique du patriarcat, Paris, Syllepse, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Voir la premi&#232;re partie de ce livre, &#171; Par o&#249; attaquer le &#8220;partage in&#233;gal&#8221; du &#8220;travail m&#233;nager&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Ibid., p.?62.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Ibid., p.?66.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. &#201;velyne Couturier et Julia Posca, avec la collaboration de Chlo&#233; Dauphinais, T&#226;ches domestiques : encore loin d'un pa-tage &#233;quitable, IRIS, octobre 2014, p.3, http//iris-recherche. qc.ca/wp-content/uploads/2014 /10/14-01239- IRIS-Notes-Taches-domestiques_WEB.pdf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. M&#233;lissa Blais est doctorante en sociologie, charg&#233;e de cours &#224; l'Institut de recherches et d'&#233;tudes f&#233;ministes et chercheure au Groupe interdisciplinaire de recherche sur l'antif&#233;minisme (GIRAF) &#224; l'Universit&#233; du Qu&#233;bec &#224; Montr&#233;al. Elle a publi&#233; J'ha&#239;s les f&#233;ministes ! Le 6 d&#233;cembre 1989 et ses suites (Remue-m&#233;nage, 2009). Elle a &#233;galement codirig&#233; les ouvrages collectifs Le mouvement masculiniste au Qu&#233;bec. L'antif&#233;minisme d&#233;masqu&#233; (Remue-m&#233;nage, 2008) et Retour sur un attentat antif&#233;ministe,&#201;cole polytechnique de Montr&#233;al, 6 d&#233;cembre 1989 (Remue-m&#233;nage, 2010).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isabelle Courcy est titulaire d'un doctorat en sociologie de l'Universit&#233; du Qu&#233;bec &#224; Montr&#233;al (UQAM). Elle effectue actuellement un postdoctorat &#224; l'Universit&#233; d'Ottawa. Elle est membre-collaboratrice du R&#233;seau qu&#233;b&#233;cois en &#233;tudes f&#233;ministes (R&#233;QEF). Ses int&#233;r&#234;ts de recherche portent sur les in&#233;galit&#233;s sociales, le travail domestique et la sant&#233; des femmes. Elle a publi&#233; plusieurs articles sur le travail &#171; invisible &#187; des m&#232;res d'enfants qui ont re&#231;u un diagnostic de trouble du spectre de l'autisme (voir entre autres, Nouvelles Questions f&#233;ministes, 2013, vol. 32, n&#176;2).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;valuez ceci :&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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