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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>R&#233;&#233;ducation et r&#233;adaptation au service du validisme ?</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Reeducation-et-readaptation-au-service-du-validisme</link>
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		<dc:date>2025-11-18T06:37:50Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joelle Palmieri</dc:creator>


		<dc:subject>Le Monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2025-11-18</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#201;crire sur les concepts de r&#233;&#233;ducation et de r&#233;adaptation me titille depuis que je suis pass&#233;e par cette case, il y a peu de temps, suite &#224; une triple fracture de la cheville droite. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Entre les lignes et les mots &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai s&#233;journ&#233; dans un centre de r&#233;&#233;ducation et de r&#233;adaptation pendant quatre mois, ce qui a donn&#233; du grain &#224; moudre &#224; mon esprit. J'ai depuis envie de diss&#233;quer ces deux mots tant les paradoxes qu'ils pr&#233;sentent sont &#233;normes. D'un c&#244;t&#233;, ou plut&#244;t c&#244;t&#233; soignant, ces (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Le-Monde-" rel="directory"&gt;Le Monde&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2025-11-18-+" rel="tag"&gt;Edition du 2025-11-18&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH150/handicap_chaise-3-7802d.jpg?1782041025' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#201;crire sur les concepts de r&#233;&#233;ducation et de r&#233;adaptation me titille depuis que je suis pass&#233;e par cette case, il y a peu de temps, suite &#224; une triple fracture de la cheville droite.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/11/12/reeducation-et-readaptation-au-service-du-validisme/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Entre les lignes et les mots&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai s&#233;journ&#233; dans un centre de r&#233;&#233;ducation et de r&#233;adaptation pendant quatre mois, ce qui a donn&#233; du grain &#224; moudre &#224; mon esprit. J'ai depuis envie de diss&#233;quer ces deux mots tant les paradoxes qu'ils pr&#233;sentent sont &#233;normes. D'un c&#244;t&#233;, ou plut&#244;t c&#244;t&#233; soignant, ces termes recouvrent une mission, celle de remettre tant bien que mal le pied des personnes abim&#233;es &#224; l'&#233;trier de la vie, et de l'autre c&#244;t&#233; ils renvoient selon moi &#224; la morale d'une soci&#233;t&#233; validiste qui n'entend valoriser que des personnes aptes, au travail, &#224; la reproduction, &#224; la guerre, etc. et donc r&#233;&#233;duqu&#233;es, r&#233;adapt&#233;es &#224; un mod&#232;le socio&#233;conomique in&#233;galitaire et discriminant. Ce gouffre entre deux d&#233;finitions oppos&#233;es de m&#234;mes mots cr&#233;e un brouillard. Il me donne envie de chercher de quoi il retourne plus pr&#233;cis&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, il est n&#233;cessaire de planter le d&#233;cor. La r&#233;&#233;ducation et la r&#233;adaptation est une discipline pratiqu&#233;e par le corps m&#233;dical, c'est-&#224;-dire l'ensemble des professionnel&#183;les de sant&#233;. Elle s'adresse &#224; des personnes connaissant diff&#233;rentes pathologies : parapl&#233;gie, t&#233;trapl&#233;gie, traumatisme cr&#226;nien, AVC, scl&#233;rose en plaques, tumeurs c&#233;r&#233;brales, polytraumatismes, amputations, etc. Abim&#233;&#183;e, un&#183;e individu&#183;e est admis&#183;e en h&#244;pital sp&#233;cialis&#233; pour une dur&#233;e plus ou moins longue. Iel ne se r&#233;&#233;duque ou ne se r&#233;adapte pas seul&#183;e. Iel est forc&#233;ment accompagn&#233;&#183;e par plusieurs soignant&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, pour d&#233;couvrir ce domaine m&#233;dical sp&#233;cifique, je propose de jouer avec quelques mots. Je vais me livrer &#224; un exercice, bas&#233; sur des d&#233;tours linguistiques ou des associations d'id&#233;es. Ce jeu va peut-&#234;tre ressembler &#224; un glossaire. Puis il va se transformer en manifeste. Je ne sais comment faire autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;finitions des mots r&#233;&#233;ducation et r&#233;adaptation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par ces deux premiers mots, r&#233;&#233;ducation et r&#233;adaptation. Voici les d&#233;finitions donn&#233;es par l'Acad&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;&#233;ducation : refaire l'&#233;ducation d'une personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;adaptation : adapter la personne &#224; de nouvelles conditions de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;&#233;ducation est donc une op&#233;ration individualis&#233;e, plus ou moins s&#233;v&#232;re, qui consiste &#224; demander &#224; la personne cibl&#233;e d'apprendre une nouvelle fois ou de fa&#231;on diff&#233;rente. Elle doit de nouveau s'instruire, se former, former son esprit et son corps, fa&#231;onner sa personnalit&#233; &#224; une r&#233;alit&#233; d&#233;sormais transform&#233;e. L'Acad&#233;mie &#233;voque la remise en chantier de la culture de qualit&#233;s physiques, intellectuelles et morales. Il s'agit de r&#233;apprendre et de pratiquer une fois encore les usages de la soci&#233;t&#233;, les bonnes mani&#232;res, l'urbanit&#233;, &#233;crit-elle. De suppl&#233;er aux carences qui ont vu le jour apr&#232;s une maladie ou un accident. Ce mot est aussi utilis&#233; par les r&#233;gimes totalitaires qui entendent instaurer un ensemble de contraintes physiques et psychologiques dans le but de changer les habitudes de pens&#233;e et les comportements des individu&#183;es pour qu'iels adoptent l'id&#233;ologie du dominant. Nous reviendrons sur cet usage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;adaptation quant &#224; elle consiste pour la personne malade ou bless&#233;e &#224; r&#233;cup&#233;rer tout ou partie de son autonomie. Autonomie jug&#233;e &#233;branl&#233;e donc. Cette op&#233;ration demande une transformation, une transposition, comme l'adaptation d'un texte au th&#233;&#226;tre ou au cin&#233;ma. Malades et bless&#233;&#183;es vont changer de destination &#8211; passer d'un &#233;tat valide &#224; un &#233;tat invalide &#8211; et vont devoir r&#233;viser leur copie. Devenu&#183;es diff&#233;rent&#183;es, iels vont devoir s'ajuster, se raccorder &#224; une soci&#233;t&#233; sans la modifier, accepter le milieu dans lequel iels vont revenir mais qu'iels n'appr&#233;henderont plus de la m&#234;me mani&#232;re, transformer leurs id&#233;es, activit&#233;s, points de vue &#224; la situation nouvelle qu'iels vont rencontrer. Iels vont devoir d&#233;montrer leur souplesse, comme le font les plombiers quand ils relient un tuyau, g&#233;n&#233;ralement en caoutchouc, &#224; un robinet, g&#233;n&#233;ralement en cuivre, deux mat&#233;riaux de mati&#232;re diff&#233;rente. Ou encore comme le font les populations qui se d&#233;brouillent comme elles peuvent, selon le contexte g&#233;ographique, politique et social o&#249; elles se situent, pour s'adapter au changement climatique, entendu comme une fatalit&#233; plut&#244;t qu'une agression des pollueurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'analyser, je continue mes fouilles. J'aime jouer le r&#244;le d'une petite arch&#233;ologue des mots.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#244;le du pr&#233;fixe &#171; re, r&#233;, r &#187; dans le retour &#224; la normale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quoi sert exactement ce pr&#233;fixe &#171; re, r&#233;, r &#187; qui appara&#238;t sans cesse dans le vocabulaire m&#233;dical ? R&#233;tablir une psych&#233;, r&#233;parer un c&#339;ur, reconstruire une jambe, par exemple. L'Acad&#233;mie, encore elle, nous dit que ce pr&#233;fixe marque la r&#233;p&#233;tition ou la reprise, le retour dans un lieu ou le retour &#224; un &#233;tat ant&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;tablir. Rendre &#224; quelqu'un&#183;e son statut, une position perdue, remettre en place un &#233;tat disparu, abim&#233; ou corrompu. Remettre en &#233;tat ce qui a &#233;t&#233; alt&#233;r&#233;, d&#233;grad&#233;, d&#233;chu. Retrouver un &#233;quilibre, reprendre un appui, revenir &#224; une position telle qu'elle est voulue. Comme un&#183;e comptable qui r&#233;tablit les finances d'une entreprise ou comme un&#183;e gymnaste qui r&#233;tablit sa position sur la barre apr&#232;s un d&#233;s&#233;quilibre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;parer. Pr&#233;parer de nouveau, remettre en &#233;tat quelqu'un&#183;e endommag&#233;&#183;e, d&#233;t&#233;rior&#233;&#183;e. Corriger. Compenser un pr&#233;judice au point de l'effacer, faire dispara&#238;tre la blessure, l'accident. Comme un&#183;e p&#234;cheur qui r&#233;pare son filet abim&#233; par les poissons ou comme un&#183;e couvreur qui remplace les tuiles d'une toiture emport&#233;e par le vent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reconstruire. Relever, reb&#226;tir, quelqu'un&#183;e qui est d&#233;truit&#183;e. Disposer de nouveau selon un plan d&#233;termin&#233; les pi&#232;ces d'un puzzle ou d'un monument ou d'un texte d&#233;t&#233;rior&#233;. Refonder avec un effort soutenu une vie, un couple, un bonheur, une carri&#232;re. Comme l'urbaniste qui attribue une nouvelle figure &#224; un quartier jug&#233; d&#233;labr&#233; ou impropre &#224; une ville. Ou comme un pouvoir politique qui reconstruit un pays apr&#232;s une guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce pr&#233;fixe &#171; re, r&#233;, r &#187; est donc &#233;clairant. Le corps m&#233;dical a pour mission de remettre des corps et des esprits abim&#233;s dans un &#233;tat ant&#233;rieur &#224; l'abime, dans le but qu'ils reprennent une activit&#233; &#171; normale &#187;, conforme &#224; ce qui est attendu par une soci&#233;t&#233; qui vise sans discussion &#224; effacer la blessure, le trouble, sans s'appesantir sur leurs causes, leurs contextes, et bien au contraire, en faisant tout pour faire dispara&#238;tre leurs stigmates.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#244;le de la forme pronominale dans la culpabilisation des patient&#183;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons un peu plus loin. Je m'interroge fortement sur la forme pronominale : &#171; Il va falloir vous reconstruire, Madame &#187;, entendent souvent les patientes. Se r&#233;-tablir, se r&#233;-parer, etc. Je d&#233;cide &#224; pr&#233;sent d'utiliser le tiret pour isoler les pr&#233;fixes et suffixes des verbes ou substantifs. Je cherche &#224; mieux identifier un avant et un apr&#232;s, dans le but de mieux souligner l'injonction sociale et personnelle &#224; renouer avec un pass&#233; r&#233;volu, &#224; r&#233;p&#233;ter, &#224; revenir quoi qu'il en co&#251;te &#224; un &#233;tat initial sans en changer les bases.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le langage courant, et dans le m&#233;dical, on dit se casser le poignet ou la cheville, se faire mal, se mutiler un doigt, se suicider, etc. alors qu'on ne dit pas se faire un infarctus ou se choper un cancer ou s'attraper la grippe. On fait un infarctus, on a le cancer, on attrape la grippe. Avoir, un cancer, faire, un infarctus, se casser, se mutiler. J'assiste &#224; la bataille des verbes et de leur type, auxiliaire, transitif, intransitif, d'action, etc. et je me demande &#224; quoi sert cette forme pronominale. Sert-elle &#224; son locuteur&#183;trice &#224; prendre de la distance par rapport &#224; ce qui ne lui est pas encore arriv&#233;, &#224; savoir le pire ? &#192; &#233;chapper &#224; l'identification avec la personne malade ou bless&#233;e, ce qui pourrait psychologiquement le terroriser, l'immobiliser, le mettre &#224; terre ? Je pense &#224; la terminologie &#171; &lt;i&gt; Se faire violer &#187; au lieu de &#171; &#234;tre viol&#233;e&lt;/i&gt; &#187;. Ou encore &#171; se faire avorter &#187; plut&#244;t que &#171; avoir un avortement &#187;. Autant d'habitudes de langage qui interrogent d'autant qu'elles concernent des femmes en situation violente. La forme pronominale sert-elle &#224; isoler les responsabilit&#233;s ? Celles des personnes malades ou bless&#233;es et celles de leurs soignant&#183;es ? Ou alors, rend-elle coupable, individualise-t-elle les patient&#183;es ? Enfin, exclut-elle d&#233;lib&#233;r&#233;ment la personne malade ou bless&#233;e de l'humanit&#233; ? Les fils sont difficiles &#224; d&#233;m&#234;ler. Prenons le cas du cancer. En n'utilisant pas la forme pronominale, les personnes qui en sont atteintes sont consid&#233;r&#233;es passives : elles ne l'ont pas cherch&#233;. Mais certaines se voient tout de m&#234;me reprocher par leur oncologue d'avoir trop fum&#233;, trop bu, trop, etc. Demanderait-on &#224; la personne concern&#233;e de rester passive car la situation serait trop grave ou trop difficile pour qu'elle puisse la comprendre ? A contrario, le corps m&#233;dical utilise la forme pronominale pour la fracture alors qu'elle est le plus souvent accidentelle, non recherch&#233;e. Serait-ce pour rendre la personne bless&#233;e instigatrice de son malheur ? Pour qu'elle s'approprie sa gu&#233;rison ou quelle se sente seule responsable de la suite &#224; donner ? &#192; moins que cette forme ne fasse &#233;cho &#224; une vision chr&#233;tienne de la sant&#233;. Ce serait le devoir de chaque personne de prendre soin de ses corps et esprit qui ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s &#224; l'image de Dieu. Les abimer ou prendre le risque de les abimer serait alors jug&#233; mauvais et inappropri&#233; par l'&#201;glise. Ce serait offenser le cr&#233;ateur. En prendre trop soin aussi. En transgressant le message divin de bonne sant&#233;, les personnes malades ou bless&#233;es commettraient un p&#233;ch&#233; et m&#233;riteraient une sanction personnelle pour expier leurs torts, pour faire p&#233;nitence. Elles seraient alors rendues seules coupables et responsables de leur souffrance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis d&#233;&#231;ue. Je n'ai pas formellement trouv&#233; de r&#233;ponses &#224; mes questions. En fin de compte, je me dis que tous ces &#233;l&#233;ments de langage pr&#233;sentent des paradoxes et que c'est peut-&#234;tre leur objet. Dans d'autres langues comme l'anglais, ce n'est pas vraiment le cas. On dit &#171; to rehabilitate &#187; pour se r&#233;&#233;duquer et se r&#233;adapter. Donc, une chose est s&#251;re, en fran&#231;ais, la forme pronominale est totalement banalis&#233;e. Elle n'interroge presque personne. Elle fait partie du langage commun. Je ne compte plus le nombre de fois o&#249; j'ai entendu &#171; Vous ne vous &#234;tes pas loup&#233;e &#187; de la part de soignant&#183;es comme de proches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fais un pas de c&#244;t&#233;. Cette forme est aussi utilis&#233;e en dehors du domaine de la sant&#233;. Au travail, c'est au ch&#244;meur&#183;se ou &#224; l'ancien&#183;ne d&#233;tenu&#183;e de se r&#233;-ins&#233;rer sans quoi iel restera en marge et en sera responsable. Dans la vie, c'est aux familles de faire des enfant&#183;es, de se re-produire alors que cette production, particuli&#232;rement relanc&#233;e par les pouvoirs publics pendant les p&#233;riodes de guerre ou de crise, est non r&#233;mun&#233;r&#233;e et confi&#233;e &#224; chaque femme dont le corps est d&#233;di&#233; &#224; cette production humaine1. Je ne d&#233;mords pas d'une id&#233;e : que ce soit dans la sant&#233; ou ailleurs, les discours sont &#233;labor&#233;s pour nous responsabiliser individuellement et non collectivement.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#244;le du pr&#233;fixe &#171; sur &#187; dans le d&#233;tachement des soignant&#183;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'interroge maintenant sur le pr&#233;fixe &#171; sur &#187;, lui aussi bien utilis&#233; par le corps m&#233;dical. &#202;tre surmen&#233;, se surpasser, etc. Il d&#233;signe un ajout, un exc&#232;s, une position sup&#233;rieure dans l'espace et dans le temps, dans un classement hi&#233;rarchique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se sur-adapter &#224; un deuil pour toujours faire bonne figure ou se sur-adapter &#224; une menace de licenciement pour rester dans l'entreprise quoi qu'il en co&#251;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se sur-passer. Aller au-del&#224; de ses possibilit&#233;s, faire mieux qu'&#224; son ordinaire, que ce qu'on a fait jusqu'alors, faire mieux que les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se sur-mener. User &#224; l'exc&#232;s ses forces, son &#233;nergie, en s'imposant une charge de travail ou une activit&#233; trop importante, que ce soit dans le priv&#233; ou dans le public, au travail ou au sein du m&#233;nage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mots en &#171; sur &#187; sont utilis&#233;s &#224; la fois pour des injonctions &#8211; &#171; &lt;i&gt; il va falloir vous surpasser&lt;/i&gt; &#187; &#8211; et pour des reproches faisant office de diagnostic &#8211; &#171; &lt;i&gt;vous &#234;tes fatigu&#233;e parce que vous &#234;tes surmen&#233;e &lt;/i&gt; &#187;. C'est &#233;trange. Encore paradoxal. Et je fais une association d'id&#233;es avec le verbe se sur-endetter, c'est-&#224;-dire se charger de dettes excessives, et avec le verbe sur-armer, c'est-&#224;-dire armer excessivement, accro&#238;tre le potentiel militaire d'un groupe ou d'un pays de fa&#231;on d&#233;mesur&#233;e. Dans le premier cas, l'emploi du verbe sert &#224; reprocher une attitude irresponsable et coupable, dans le deuxi&#232;me cas, il fait au contraire r&#233;f&#233;rence &#224; une d&#233;cision cens&#233;e et r&#233;fl&#233;chie. Dans le premier cas, l'exc&#232;s est une tare, voire un vice, dans le second, l'exc&#232;s est une vertu. Il ne concerne pas les m&#234;mes cibles : individu&#183;es ou groupes organis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le suffixe &#171; sur &#187; est lui aussi &#233;clairant. Le corps m&#233;dical jauge et par l&#224; m&#234;me souligne un exc&#232;s, pour juger la hi&#233;rarchie que les personnes malades ou bless&#233;es font dans leurs priorit&#233;s, les ajouts qu'elles s'imposent ou qu'elles se doivent d'imposer &#224; leurs corps et esprit. Il s'en d&#233;tache, s'extrait de l'effort &#224; produire, des cons&#233;quences humaines d&#233;l&#233;t&#232;res que ces efforts motiv&#233;s le plus souvent par ce qui nous est &#233;tranger produisent. Comme avec le pr&#233;fixe &#171; re &#187;, le corps m&#233;dical se place hors tout, cherche &#224; ne pas se confondre avec la personne soign&#233;e pour mieux &#233;chapper ou nier la cause de ses maux.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
In&#233;galit&#233;s de prise en charge dans la r&#233;&#233;ducation et la r&#233;adaptation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand une personne malade ou bless&#233;e se r&#233;&#233;duque et se r&#233;adapte, elle change de rythme, se sent raide, ne se reconnait pas, se trouve seule face &#224; un mur d'incompr&#233;hension ou de rejet, face &#224; soi, au mieux en face &#224; face avec un&#183;e soignant&#183;e qui s'&#233;pargne. C'est de bonne guerre. Pour ne pas fondre dans l'abime, elle doit int&#233;rioriser le langage m&#233;dical qui est utilis&#233; pour s'adresser &#224; elle, elle doit faire corps avec le traitement ou la suite &#224; donner propos&#233;e, se mettre elle-m&#234;me sous contr&#244;le, s'auto-invisibiliser et parfois s'auto-organiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand elle sort du centre, ces situations perdurent, voire se renforcent, car la r&#233;&#233;ducation et la r&#233;adaptation ne s'arr&#234;tent pas net. C'est heureux mais alors que ce n'est pas le bon moment, la personne malade ou bless&#233;e doit faire adopter &#224; son corps et &#224; son esprit une grande souplesse dans le but de naviguer entre les diff&#233;rents m&#233;andres, culs de sac et impens&#233;s du syst&#232;me de sant&#233; : obtenir un suivi m&#233;dical, trouver des praticien&#183;nes de sant&#233; pr&#232;s de chez soi &#8211; kin&#233;sith&#233;rapeutes, &#233;ducateur&#183;trices sportif&#183;ves, psychologues, etc. &#8211;, faire reconnaitre son handicap ou sa maladie par l'Assurance maladie, demander de l'aide &#224; ses proches et aux organismes qui allouent des aides financi&#232;res, obtenir des cartes de mobilit&#233; qui permettent de ne pas faire la queue dans un magasin ou &#224; l'enregistrement d'un train, obtenir une indemnit&#233; aupr&#232;s de son assurance si pertinent ou aupr&#232;s de caisses dont c'est la mission, etc. Identifier ses interlocuteur&#183;trices. Faire des courriers. Attendre des r&#233;ponses. Engager des recours. Suivre les proc&#233;dures. Veiller &#224; ne pas aggraver ses s&#233;quelles. &#192; &#233;viter d'autres blessures. &#192; limiter sa col&#232;re. C'est triste et fatigant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, une fois dehors, les soins prescrits ne sont pas accessibles de la m&#234;me fa&#231;on selon qu'on habite en ville, en banlieue ou sur un territoire recul&#233;. Hormis la kin&#233;sith&#233;rapie ou la baln&#233;oth&#233;rapie, les co&#251;ts des soins prescrits ne sont pas pris en charge par l'Assurance Maladie. C'est le cas des activit&#233;s physiques adapt&#233;es, du suivi psychologique ou psychomoteur. Ces soins sont le plus souvent dispens&#233;s en ville, dans le secteur priv&#233;, dans des maisons de sant&#233; ou dans des salles communales par des associations subventionn&#233;es par les collectivit&#233;s territoriales. Il faut emprunter des transports, individuels ou collectifs, pour s'y rendre, ce qui augmente les co&#251;ts et la fatigue d&#233;j&#224; bien pr&#233;sente. L'ensemble peut dissuader la personne malade ou bless&#233;e d'en b&#233;n&#233;ficier ce qui peut aggraver ses s&#233;quelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des in&#233;galit&#233;s sociales qui creusent les co&#251;ts financiers et humains&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnes malades ou bless&#233;es ne sont pas &#233;gales devant le handicap et la maladie. Pour se r&#233;adapter, il faut se montrer volontaire. Or ces personnes ne sont pas toutes dispos&#233;es de la m&#234;me fa&#231;on &#224; &#234;tre volontaire. Elles n'estiment pas les capacit&#233;s perdues selon la m&#234;me valeur. Cela d&#233;pend de la mani&#232;re dont elles ont &#233;t&#233; scolaris&#233;es, form&#233;es, int&#233;gr&#233;es, socialis&#233;es. Une personne illettr&#233;e, &#233;trang&#232;re de surcroit, aura plus ou moins de mal &#224; expliquer ce qu'elle ressent physiquement et psychologiquement, pourra difficilement comprendre ce qui lui est propos&#233;, faute d'interpr&#232;te ou tout simplement de facilit&#233; &#224; d&#233;crypter le langage m&#233;dical, ne pourra pas plus interroger les m&#233;decins sur ses soins et exprimer correctement ce qu'elle attend d'elleux. Une femme &#226;g&#233;e, &#233;lev&#233;e dans une culture o&#249; il est inconvenant de se plaindre ou de demander quoi que ce soit, pr&#233;f&#233;rera se taire ou au contraire r&#226;ler et sera ainsi consid&#233;r&#233;e comme inapte &#224; penser. Le personnel soignant s'attachera plus facilement &#224; remettre son corps et non son esprit en mouvement. Une femme mari&#233;e avec enfants sera davantage motiv&#233;e &#224; se remettre rapidement au service de ses proches plut&#244;t qu'&#224; gagner un titre paralympique. Elle sous-estimera ses s&#233;quelles pour sortir au plus vite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, les professionnel&#183;les de sant&#233; estiment les capacit&#233;s de r&#233;cup&#233;ration selon ce que la personne malade ou bless&#233;e en dit quand iels le lui demandent : pouvoir monter et descendre un escalier, marcher avec ou sans b&#233;quille, &#234;tre &#224; l'aise avec le maniement de son fauteuil roulant ou de son attelle, se sentir capable de s'occuper de ses enfants ou petits-enfants, avoir mal, se sentir bien. De fait, iels hi&#233;rarchisent les priorit&#233;s de r&#233;&#233;ducation selon l'interpr&#233;tation de ce qu'iels entendent. Par ricochet, au sein du centre de r&#233;&#233;ducation, puis en ville, &#224; gravit&#233; &#233;quivalente de la l&#233;sion, iels n'interpr&#232;tent pas les s&#233;quelles de la m&#234;me fa&#231;on si la personne touch&#233;e est un homme ou une femme, un&#183;e travailleur&#183;euse manuel&#183;le ou un cadre sup&#233;rieur, une personne racis&#233;e ou blanche, jeune ou &#226;g&#233;e. Autant dire que selon sa classe, son sexe, sa race, son &#226;ge, le traitement propos&#233; n'est pas le m&#234;me. Finalement, en fonction de qui est socialement la personne malade ou bless&#233;e, elle sera moins bien soign&#233;e, au point parfois de baisser les bras. Elle renoncera. Elle se soustraira volontiers &#224; l'acc&#232;s &#224; de possibles soins. Elle se d&#233;tachera du monde. Elle se d&#233;shumanisera ce qui participe de sa propre mise &#224; l'&#233;cart et parfois de son enfermement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une morale lib&#233;rale validiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les luttes des ann&#233;es 1970, comme notamment celles des Handicap&#233;s m&#233;chants2, qui ont op&#233;r&#233; une rupture entre image passive du handicap&#233; victime ou fragile, objet de piti&#233;, et personne actrice de sa propre histoire, v&#233;ritable menace pour la soci&#233;t&#233;, puis le bouleversement op&#233;r&#233; par Act Up3 &#224; la fin des ann&#233;es 1980 sur les convergences de luttes, les modalit&#233;s de prise de parole des malades dans la sph&#232;re publique et la politisation de la sant&#233;, les personnes bless&#233;es ou malades restent encore aujourd'hui les objets d'une vision h&#233;rit&#233;e de la fin du XIXe si&#232;cle. Elles sont r&#233;duites &#224; des personnes d&#233;munies, sans discernement, diminu&#233;es, &#224; des mineurs civiques, sans droits dont ceux &#224; la parole, &#224; la libert&#233; de choix, &#224; l'opinion. Cette vision permet au corps m&#233;dical mais aussi aux familles, aux proches, aux dirigeant&#183;es politiques de d&#233;cider &#224; leur place. Elle les rend d&#233;pendantes et ramen&#233;es &#224; leur seul soi, au seul face &#224; face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La morale lib&#233;rale est impr&#233;gn&#233;e de cette vision victimaire et d&#233;gradante des malades et bless&#233;&#183;es. Elle donne la priorit&#233; &#224; la marchandisation de la sant&#233;, &#224; la forte individualisation des prises en charge sanitaires. Elle mise sur l'exc&#232;s, la surench&#232;re et l'acc&#233;l&#233;ration des &#233;changes humains. Elle entretient un paternalisme puissant qui infantilise ces personnes. Elle les met en concurrence, les pousse &#224; adopter les lignes de la m&#233;ritocratie. On va par exemple davantage vanter les m&#233;rites d'un homme mutil&#233; des bras et des jambes qui traverse la Manche &#224; la nage ou d'un homme t&#233;trapl&#233;gique qui gravit l'Everest ou encore d'une femme en douleur chronique qui traverse l'Europe &#224; pied avec une charrette, qu'une personne bless&#233;e ou malade militante pour l'application de ses droits, autonome dans un environnement collectif o&#249; l'&#233;change n'est pas seulement possible mais volontaire. Cette vision fait syst&#232;me. C'est le validisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le validisme demande &#224; toustes les individu&#183;es qui compose la soci&#233;t&#233; &#224; lui &#234;tre appropri&#233;&#183;es, c'est-&#224;-dire &#224; &#234;tre ob&#233;issant&#183;es et aptes, au travail, au mariage, &#224; la re-production, au service militaire, etc. Il permet &#224; l'ex&#233;cutif de l&#233;gif&#233;rer en ce sens, de donner ou pas des droits, de les appliquer ou pas, de fixer le prix et la valeur des actes. Le syst&#232;me de sant&#233;, qui fait interagir soignant&#183;es, personnels administratifs et Assurance maladie, lui est enti&#232;rement d&#233;vou&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'envie me prend d'oser un parall&#232;le avec les syst&#232;mes d'enfermement, &#224; savoir la prison et l'h&#244;pital psychiatrique. Le premier a pour objet la r&#233;pression des d&#233;linquant&#183;es et des criminel&#183;les. Le deuxi&#232;me a vocation &#224; soustraire de la vie publique des personnes vivant des troubles psychiques. Dans les deux cas, les personnes concern&#233;es sont &#233;cart&#233;es de ce qui est consid&#233;r&#233; &#171; normal &#187;. Elles sont surveill&#233;es en permanence sans vraiment savoir quand elles le sont. Elles font l'objet d'une constante &#233;valuation qui permet &#224; l'institution (carc&#233;rale ou psychiatrique) de d&#233;cider de leur lib&#233;ration, mais surtout &#224; les remettre dans le rang, &#224; les soumettre &#224; une discipline rigoureuse, &#224; en faire des individu&#183;es conformes aux normes sociales. Elles sont sous contr&#244;le, dirait Michel Foucault4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ressemblance avec la r&#233;&#233;ducation et la r&#233;adaptation me trouble. Tout d'abord, certains mots comme &#171; permission &#187;, pour sortir momentan&#233;ment de l'&#233;tablissement, pour &#233;viter une prise de constantes ou retarder de quelques minutes une injection, sont les m&#234;mes. Ensuite, la personne malade ou bless&#233;e est tellement isol&#233;e du monde &#224; cause du validisme qu'elle rejoint &#224; sa fa&#231;on la cohorte des criminel&#183;les et des malades mentaux. Et puis, des &#233;poques ont exist&#233;, drain&#233;es d'id&#233;ologies r&#233;actionnaires ou fascistes qui ont assimil&#233; la personne &#171; non normale &#187;, d&#233;linquante, folle, handicap&#233;e, malade, infirme, &#224; un parasite de la soci&#233;t&#233;, in-valide, inutile. Et la solution s'est voulue radicale : la cacher, l'&#233;liminer ou pire l'exterminer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Re-politiser la r&#233;&#233;ducation et la r&#233;adaptation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour toutes les raisons invoqu&#233;es jusqu'ici, les questions pos&#233;es par la r&#233;&#233;ducation et la r&#233;adaptation sont &#233;minemment politiques. Elles touchent nos corps, nos esprits de malades ou de bless&#233;&#183;es sans que nous n'ayons vraiment la main sur la fa&#231;on d'&#234;tre touch&#233;&#183;es. Parce qu'elles contribuent &#224; nous ramener &#224; des statuts d'objets, certes capables de se r&#233;-parer et de re-trouver un certain &#233;tat de bien-&#234;tre mais surtout vou&#233;&#183;es &#224; r&#233;-int&#233;grer une soci&#233;t&#233; bien r&#233;gl&#233;e, bien normalis&#233;e, dont nous sommes ne sommes pas invit&#233;&#183;es &#224; discuter les fondements, elles concourent &#224; nous extraire des pouvoirs, politique, juridique, financier&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ne pas sombrer, nous devons nous rendre visibles, faire entendre chacune de nos voix, la croiser avec d'autres, faire groupe, passer de l'&#233;tat d'objet, vers lequel nous sommes presque syst&#233;matiquement renvoy&#233;&#183;es par le corps m&#233;dical, &#224; celui de sujet. Nous devons nous auto-organiser collectivement. Nous devons re-politiser les questions de sant&#233;, ne plus les laisser entre les mains de d&#233;cideur&#183;euses uniquement engag&#233;&#183;es dans les qu&#234;tes de profit financier et d'ordre, r&#233;-humaniser les liens entre patient&#183;es et soignant&#183;es, r&#233;-injecter de la d&#233;mocratie dans la sant&#233;, r&#233;sister &#224; la forte pression validiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le propose Chowra Makaremi5, nous devons transformer nos affects &#8211; le chagrin, la peur, la col&#232;re &#8211;, en puissances de soul&#232;vements, comme le font des femmes au Liban, au Soudan, en Irak, au Chili, en Ukraine, &#224; Gaza, aux &#201;tats-Unis, en Iran, face aux guerres, aux dictatures ou aux violences d'&#201;tat. Nos &#233;motions, loin d'&#234;tre des sympt&#244;mes personnels, des signes de faiblesse, sont les reflets d'une soci&#233;t&#233; qui va mal, voire qui est meurtri&#232;re. Elles sont une force politique contre la cruaut&#233;, contre les dominant&#183;es qui mettent tout en &#339;uvre pour anesth&#233;sier, effacer, rendre supportable l'insupportable. Elles sont nos m&#233;moires communes. &#192; nous de les distiller partout. &#192; nous de faire de nos corps bless&#233;s une force politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joelle Palmieri, 6 novembre 2025&lt;br class='autobr' /&gt;
Transmis par l'autrice&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://joellepalmieri.org/2025/11/06/reeducation-et-readaptation-au-service-du-validisme/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://joellepalmieri.org/2025/11/06/reeducation-et-readaptation-au-service-du-validisme/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Colette Guillaumin, &#171; Pratique de pouvoir et id&#233;e de Nature (1) L'appropriation des femmes &#187;. Questions f&#233;ministes, &#171; Les corps appropri&#233;s &#187;, n&#176; 2, 1978.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Fran&#231;ois Alfandari, &#171; Le syndicalisme &#224; l'heure de la transformation de la psychiatrie &#8211; Des militants CGT &#224; l'h&#244;pital psychiatrique du Vinatier (Lyon, ann&#233;es 1960-1970) &#187;, Gen&#232;ses 107(2), 82-105, 2017.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://shs.cairn.info/revue-geneses-2017-2-page-82?lang=fr&amp;tab=auteurs&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://shs.cairn.info/revue-geneses-2017-2-page-82?lang=fr&amp;tab=auteurs&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Christophe Broqua, Agir pour ne pas mourir ! : Act Up, les homosexuels et le sida, Presses de Sciences Po, 2005.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://shs.cairn.info/agir-pour-ne-pas-mourir&#8211;9782724609813?lang=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://shs.cairn.info/agir-pour-ne-pas-mourir&#8211;9782724609813?lang=fr&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 Michel Foucault, Surveiller et Punir : Naissance de la prison, Paris, Gallimard, 1975.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Chowra Makaremi, R&#233;sistances affectives. Les politiques de l'attachement face aux politiques de la cruaut&#233;, Paris, La D&#233;couverte, coll. &#171; Nouveaux cahiers libres &#187;, 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;******&lt;/p&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>Trump, la science et la cr&#233;ation d'ignorance</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Trump-la-science-et-la-creation-d-ignorance</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Trump-la-science-et-la-creation-d-ignorance</guid>
		<dc:date>2025-04-01T06:40:49Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joelle Palmieri</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2025-04-01</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Trump donne du fil &#224; retordre aux scientifiques. C'est dans l'ordre des choses d'un fanatique, dont les alli&#233;s, les &#233;vang&#233;listes et les propri&#233;taires du num&#233;rique, se frottent les mains. Leur but : &#233;radiquer tout ce qui leur nuit, consolider une base disciplin&#233;e, et pour se faire cr&#233;er de l'ignorance. La science est bouscul&#233;e mais ses disciples empruntent-iels les bonnes strat&#233;gies ? &lt;br class='autobr' /&gt; 26 mars 2025 | tir&#233; du site Entre les lignes entre les mots (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Etats-Unis-" rel="directory"&gt;&#201;tats-Unis&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2025-04-01-+" rel="tag"&gt;Edition du 2025-04-01&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Etats-Unis-231-+" rel="tag"&gt;&#201;tats-Unis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Etats-Unis-279-+" rel="tag"&gt;&#201;tats-Unis&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/science_not_silence-9a494.png?1782041025' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Trump donne du fil &#224; retordre aux scientifiques. C'est dans l'ordre des choses d'un fanatique, dont les alli&#233;s, les &#233;vang&#233;listes et les propri&#233;taires du num&#233;rique, se frottent les mains. Leur but : &#233;radiquer tout ce qui leur nuit, consolider une base disciplin&#233;e, et pour se faire cr&#233;er de l'ignorance. La science est bouscul&#233;e mais ses disciples empruntent-iels les bonnes strat&#233;gies ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;26 mars 2025 | tir&#233; du site Entre les lignes entre les mots&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/03/26/trump-la-science-et-la-creation-dignorance/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/03/26/trump-la-science-et-la-creation-dignorance/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau gouvernement Trump s'en prend aux scientifiques. &#192; peine deux mois apr&#232;s son investiture, le pr&#233;sident &#233;tats-unien a licenci&#233; des dizaines de milliers de chercheureuses, r&#233;duit les subventions allou&#233;es &#224; la recherche, arr&#234;t&#233; la collecte de donn&#233;es scientifiques et plus pr&#233;cis&#233;ment celles portant sur l'environnement ou le climat mais aussi sur les discriminations sociales (race, classe, sexe), limit&#233; le droit &#224; manifester sur les campus. Robert Proctor &#233;voque une &#171; guerre contre la science &#187; [1]. Cette offensive ultraconservatrice participe, selon le professeur d'histoire des sciences, &#224; &#171; un &#226;ge d'or de l'ignorance &#187;. Elle est facilit&#233;e par les soutiens les plus actifs du pr&#233;sident, le tr&#232;s important mouvement chr&#233;tien &#233;vang&#233;lique qui essaime un imaginaire pauvre, complotiste, climato-septique, antif&#233;ministe, masculiniste, raciste. Se rallient sans sourciller &#224; cette mouvance, les propri&#233;taires du num&#233;rique, dont Bezos (Amazon), Zuckerberg (Meta), Musk (X, Tesla, Space X), toujours anim&#233;s par la course aux technologies, la conqu&#234;te de l'espace et la qu&#234;te de profit financier rapide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Asseoir un pouvoir souverain&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre contre les sciences et les scientifiques n'est pas nouvelle. Celle-ci conna&#238;t deux piliers concomitants et imbriqu&#233;s. La premi&#232;re raison pour cr&#233;er de l'ignorance est id&#233;ologique. Trump et ses alli&#233;s du capitalisme entendent &#233;liminer tout ce qui leur nuit. Ce parti pris rappelle des p&#233;riodes et des choix politiques d&#233;l&#233;t&#232;res qui ont fini par &#233;chouer. Proctor mentionne le nazisme et sa &#171; peur de moindre influence ext&#233;rieure sur son monde &#187;. On peut aussi mobiliser une brochette de dictateurs, Pinochet et Franco en t&#234;te, qui ont, d&#232;s leur coup d'&#201;tat, men&#233; une chasse aux intellectuel&#183;les. Trump fait penser &#224; d'autres homologues &#233;lus, et en particulier &#224; Mahmoud Ahmadinejad, pr&#233;sident de la R&#233;publique islamique d'Iran de 2005 &#224; 2013, qui s'est fait &#233;lire en promettant de mettre l'argent du p&#233;trole sur la table des d&#233;munis. Il a en fait suivi l'exemple de ses a&#238;n&#233;s pour mieux asseoir ses populisme et client&#233;lisme religieux, dans son cas l'islam. Cela est pass&#233; par le nettoyage des universit&#233;s des intellectuel&#183;les dit &#171; lib&#233;raux &#187;, la fermeture de journaux pris&#233;s par les &#233;tudiant&#183;es et les milieux intellectuels et l'amplification de la censure (interdiction de publication de livres et de production de films) [2]. Dans tous les cas, l'objectif finalement banal de ces dirigeants est de barrer la route aux opposant&#183;es en lutte contre le capitalisme, les discriminations et les violences, et de consolider un pouvoir souverain sur une population passive, voulu suiviste et docile. Assise sur un masculinisme politique et sur un alignement plus ou moins affirm&#233; aux th&#232;ses de l'extr&#234;me-droite, la virtuosit&#233; de leurs agressions verbales et r&#233;elles se mesure &#224; la production de violences &#233;pist&#233;miques (expressions, imaginaires, repr&#233;sentations et descriptions de savoirs et connaissances) et par ricochet &#224; la production d'ignorance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Acc&#233;l&#233;rer la soci&#233;t&#233; de l'ignorance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me raison pour cr&#233;er de l'ignorance est techno-politique. Trump suit sans sourciller son club de milliardaires issus du num&#233;rique, des hommes blancs h&#233;t&#233;rosexuels riches dipl&#244;m&#233;s, aux ambitions financi&#232;res et technologiques internationales. Tous sont issus de la contre-culture nord-am&#233;ricaine, dont ils ont adopt&#233; la branche antipolitique : se m&#233;fier &#224; tout crin de l'&#201;tat et rejeter le politique. Pourtant tous ont convol&#233; en noces avec les &#201;tats qui depuis la naissance du secteur sous-traitent les politiques d'&#233;ducation, de sant&#233;, de transports, etc. Cette collaboration permanente s'illustre aux &#201;tats-Unis mais aussi en dehors [3]. Pour seul exemple, Macron rencontrait Musk le 3 d&#233;cembre 2022 &#224; la Nouvelle-Orl&#233;ans qui un mois plus tard apportait son soutien &#224; la tr&#232;s contest&#233;e r&#233;forme des retraites [4]. Par l'interm&#233;diaire des r&#233;seaux sociaux, des moteurs de recherche, des plateformes de diffusion audiovisuelles ou de communication en ligne, des applications de suivi d'activit&#233;s sportives ou culturelles, de l'intelligence artificielle, etc. de nouvelles &#233;pist&#233;m&#232;s s'insinuent dans les esprits des utilisateurices que nous sommes au point de nous ab&#234;tir. Par exemple, dans notre tr&#232;s grande majorit&#233;, nous nous adaptons sans mot dire et continuellement aux changements que le propri&#233;taire du num&#233;rique impose comme une mise &#224; jour de s&#233;curit&#233; ou logicielle. Nous nous soumettons &#224; ces incises permanentes par souci de confort tandis que lui augmente sa capacit&#233; de concurrence commerciale [5]. Nous adoptons son langage, le like, le tweet, les story, les trolls, les threads. Nous modifions nos comportements. Parfois de mauvaise gr&#226;ce, nous nous plions aux normes impos&#233;es par les logiciels que nous utilisons, alors que nous n'avons absolument pas &#233;t&#233; consult&#233;&#183;es dans leur cr&#233;ation. En fait, tous les jours, nous empruntons un sens unique &#224; tr&#232;s grande vitesse, celui mis en place par une poign&#233;e d'hommes qui nous interdisent d'aller dans un autre sens. Nous en arrivons &#224; ne plus nous croiser ni &#224; faire demi-tour tant rester entre nous nous rassure. Nous nous suivons, nous engouffrons dans un tunnel, cet entre soi qui nous conforte dans nos id&#233;es ou alimente nos seuls points de vue. Notre esprit critique se d&#233;veloppe moins car nos pens&#233;es s'&#233;changent de plus en plus sans contradiction avec d'autres. Petit &#224; petit, nos pens&#233;es sont boulevers&#233;es : elles s'occidentalisent, se lib&#233;ralisent, se sexualisent, se racisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dirigeants politiques et propri&#233;taires du num&#233;rique construisent ainsi depuis les ann&#233;es 1990 une soci&#233;t&#233; de l'ignorance dont nous acceptons les r&#232;gles. Michel Foucault avait &#233;voqu&#233; la soci&#233;t&#233; disciplinaire [6], organis&#233;e autour d'institutions d'enfermement (usines, h&#244;pitaux, &#233;coles, prisons). Gilles Deleuze avait parl&#233; des autoroutes de la soci&#233;t&#233; de contr&#244;le [7] : celleux qui les empruntent sont confront&#233;&#183;es &#224; des normalisations qu'ielles acceptent volontiers pour avancer plus vite alors qu'elles sont des formes de pouvoir. D&#233;sormais, les &#171; autoroutes de l'information &#187; [8] nous contraignent &#224; une constante surveillance, susceptible d'&#234;tre suspendue par d&#233;cision discr&#233;tionnaire, sans que nous ayons aucune prise sur les raisons qui la motivent. Finalement, sur ces autoroutes, o&#249; les relations de pouvoir sont invisibilis&#233;es [9] et o&#249; les r&#233;alit&#233;s complexes et les connaissances associ&#233;es sont d&#233;pr&#233;ci&#233;es [10], nous diminuons nos connaissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rompre avec l'agnotologie des sciences&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proctor a bien raison de souligner cet &#171; &#226;ge d'or de l'ignorance &#187;. Malheureusement, nous vivons un paradoxe car une grande partie de la science dite dure, celle, en plus des sciences humaines, qui est fortement attaqu&#233;e par Trump, produit de la connaissance tout en cr&#233;ant de l'ignorance d&#233;lib&#233;r&#233;e, ce que le professeur d'histoire des sciences appelle l'agnotologie. Cette situation rend le d&#233;veloppement d'une nouvelle &#233;pist&#233;mologie du soin, de l'&#233;ducation, de la recherche, du climat&#8230; tr&#232;s difficile. Prenons un exemple. La m&#233;decine produit de l'agnotologie de genre et de race [11], notamment parce que le syst&#232;me de sant&#233; fran&#231;ais est fortement empreint de paternalisme, d'essentialisme mais aussi d'histoire de l'esclavage, de la colonisation et de l'apr&#232;s-colonisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par l'agnotologie de genre. En pratiquant majoritairement ses essais cliniques sur les hommes, en sous-orientant les diagnostics des pathologies chez les femmes [12], et plus globalement en n'int&#233;grant pas le genre dans la sant&#233;, la m&#233;decine maltraite les femmes. La recherche m&#233;dicale continue de se concentrer sur le contr&#244;le de leurs corps en tant que personnes d&#233;di&#233;es &#224; la reproduction sexuelle [13] et &#224; la gestion de la vie quotidienne (&#233;ducation, sant&#233;, alimentation des m&#233;nages) si bien qu'elle continue &#224; les r&#233;duire &#224; leur essence f&#233;minine, qui conna&#238;trait des troubles li&#233;s &#224; leurs chromosomes, leurs hormones, leur cycle, leurs humeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, les m&#233;decin&#183;es exp&#233;rimentent des traitements sur des personnes qu'ils consid&#232;rent d'embl&#233;e soumises, en adoptant une posture de p&#232;re (de mineur&#183;es civiques) ou de ma&#238;tre (d'esclaves) [14]. Rappelons que pendant la colonisation, les m&#233;decins, tr&#232;s majoritairement des hommes, ont par leurs rapports m&#233;dicaux, leurs essais sur les situations sanitaires des colonies ou encore dans leurs m&#233;moires, d&#233;pass&#233; le cadre de la pratique m&#233;dicale pour jouer un r&#244;le majeur dans l'entreprise coloniale de cr&#233;ation de d&#233;pendance [15]. Aujourd'hui, Ils perp&#233;tuent en particulier l'id&#233;e que le corps noir est plus immunis&#233;, plus fort, plus endurant que celui des Blanc&#183;hes [16] tout en renvoyant &#171; le n&#232;gre &#187; &#224; l'&#233;tat d'animal dont le corps doit &#234;tre brid&#233; et l'esprit domestiqu&#233; [17]. De la m&#234;me fa&#231;on, avec le syndrome m&#233;diterran&#233;en, un st&#233;r&#233;otype bien ancr&#233; dans la profession, des m&#233;decin&#183;es consid&#232;rent que les personnes, et plus particuli&#232;rement les femmes, nord-africaines ou noires vivant autour de la M&#233;diterran&#233;e, exag&#232;rent leurs sympt&#244;mes et leurs douleurs [18]. De nombreux faits d'actualit&#233; en t&#233;moignent. L'ensemble construit une agnotologie de race.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;decine peut alors repr&#233;senter l'ex&#233;g&#232;se de cette science qui met volontairement ses piliers &#8211; patriarcat, esclavage, colonisation &#8211; sous le tapis. Alors, comment soutenir les scientifiques et les espaces de transmission des savoirs dominants ? Comment les aider &#224; transformer la p&#233;dagogie &#224; mettre en place dans les enseignements scientifiques ? Comment les soutenir efficacement dans la lutte contre les assauts religieux, technicistes, id&#233;ologiques ultrar&#233;actionnaires ? En les incitant &#224; balayer devant leur porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joelle Palmieri, 23 mars 2025&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Herv&#233; Morin et Nathaniel Herzberg, &#171; Robert Proctor, historien des sciences : &#171; Nous vivons un &#226;ge d'or de l'ignorance &#187;, Le Monde, 9 mars 2025,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/sciences/article/2025/03/09/robert-proctor-historien-des-sciences-nous-vivons-un-age-d-or-de-l-ignorance_6577603_1650684.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lemonde.fr/sciences/article/2025/03/09/robert-proctor-historien-des-sciences-nous-vivons-un-age-d-or-de-l-ignorance_6577603_1650684.html&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[2] Mohammad-Reza Djalili, &#171; L'Iran d'Ahmadinejad : &#233;volutions internes et politique &#233;trang&#232;re &#187;, Politique &#233;trang&#232;re, Printemps (1), 2007, 27-38.&lt;br class='autobr' /&gt;
[3] Alexandra Saemmer et Sophie Jehel (dir.), &#201;ducation critique aux m&#233;dias et &#224; l'information en contexte num&#233;rique, Presses de l'ENSSIB, 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[4] Sophie Cazaux, &#171; Elon Musk apporte un soutien inattendu a la r&#233;forme des retraites du gouvernement &#187;, BFM patrimoine, 21 janvier 2023,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.bfmtv.com/economie/patrimoine/retraite/elon-musk-apporte-un-soutien-inattendu-a-la-reforme-des-retraites-du-gouvernement_AN-202301210053.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.bfmtv.com/economie/patrimoine/retraite/elon-musk-apporte-un-soutien-inattendu-a-la-reforme-des-retraites-du-gouvernement_AN-202301210053.html&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
[5] Jules Naudet, &#171; Le num&#233;rique restructure le social &#8211; Entretien avec Roberta R. Katz &#187;, La vie des id&#233;es, Dossier : Faut-il avoir peur de la r&#233;volution num&#233;rique ?, 8 juin 2022,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://laviedesidees.fr/Le-numerique-restructure-le-social.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://laviedesidees.fr/Le-numerique-restructure-le-social.html&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
[6] Michel Foucault, Construction politiques : savoirs, pouvoirs et biopolitique, Li&#232;ge, Centre Franco Basaglia, 2012.&lt;br class='autobr' /&gt;
[7] Gilles Deleuze, &#171; Post-scriptum sur les soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le &#187;, L &#8216;autre journal, n&#176;1, mai 1990. &lt;br class='autobr' /&gt;
[8] Cette terminologie, utilis&#233;e pour la premi&#232;re fois en 1993 par le s&#233;nateur Al Gore, alors vice-pr&#233;sident des &#201;tats-Unis, va entrer dans les discours et rapports pour qualifier les r&#233;seaux de communication et leur importance pour la croissance &#233;conomique de tous les pays.&lt;br class='autobr' /&gt;
[9] Fred Turner, L'usage de l'art &#8211; de Burning Man &#224; Facebook, art, technologie et management dans la Silicon Valley, Paris, C&amp;F &#201;ditions, 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
[10] Edgar Morin, La m&#233;thode 4. Les id&#233;es, Paris, Le Seuil, coll. Essais, 1991.&lt;br class='autobr' /&gt;
[11] Joelle Palmieri, &#171; Agnotologie de genre de la m&#233;decine : l'exemple de la douleur &#187;, in &#171; La sant&#233; : un immense enjeu &#187;, Paris : &#201;ditions du Croquant, collection Les d&#233;bats de l'ITS, n&#176; 15, mai 2024.&lt;br class='autobr' /&gt;
[12] Danielle Bousquet, Genevi&#232;ve Couraud, Gilles Lazimi et Margaux Collet, &#171; La sant&#233; et l'acc&#232;s aux soins : une urgence pour les femmes en situation de pr&#233;carit&#233; &#187;, Haut conseil &#224; l'&#233;galit&#233; entre les femmes et les hommes, Rapport n&#176; 2017-05-29-SAN-O27 publi&#233; le 29 mai 2017.&lt;br class='autobr' /&gt;
[13] Paola Tabet, La Construction sociale de l'in&#233;galit&#233; des sexes. Des outils et des corps, Paris-Montr&#233;al : L'Harmattan (&#171; Biblioth&#232;que du f&#233;minisme &#187;), 1998, 206 p. &lt;br class='autobr' /&gt;
[14] Gr&#233;goire Chamayou, &#171; L'exp&#233;rimentation coloniale &#187;, Les corps vils, sous la direction de Gr&#233;goire Chamayou, Paris, La D&#233;couverte, 2014, p. 341-384.&lt;br class='autobr' /&gt;
[15] Malek Bouyahia, &#171; Genre, sexualit&#233; et m&#233;decine coloniale. Impens&#233;s de l'identit&#233; &#8216;indig&#232;ne' &#187;, Cahiers du Genre, vol. 50, no. 1, 2011, p. 91-110.&lt;br class='autobr' /&gt;
[16] Delphine Peiretti-Courtis, Corps noirs et m&#233;decins blancs : La fabrique du pr&#233;jug&#233; racial, XIXe-XXe si&#232;cles, Paris, La D&#233;couverte, La D&#233;couverte, 2021.&lt;br class='autobr' /&gt;
[17] Achille Mbemb&#233;, Critique de la raison n&#232;gre, Paris, La D&#233;couverte, 2013.&lt;br class='autobr' /&gt;
[18] Isabelle L&#233;vy, &#171; La douleur : signification, expression, syndrome m&#233;diterran&#233;en &#187;, Revue internationale de soins palliatifs, vol. 28, n&#176; 4, 2013, p. 215-219.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://joellepalmieri.org/2025/03/23/trump-la-science-et-la-creation-dignorance/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://joellepalmieri.org/2025/03/23/trump-la-science-et-la-creation-dignorance/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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		<title>Violences : d&#233;passer l'indignation</title>
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		<dc:date>2024-12-03T06:55:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joelle Palmieri</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2024-12-03</dc:subject>
		<dc:subject>25 novembre : contre la violence faite aux femmes</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La lutte contre les violences faites aux femmes est multiple. Les d&#233;nonciations des actes sexistes ici et ailleurs fleurissent. Ce sont des bonnes nouvelles. En m&#234;me temps, la mont&#233;e en puissance d'un masculinisme politique explose. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Entre les lignes et les mots &lt;br class='autobr' /&gt;
Comment expliquer ce vase communiquant ? Comment le combattre ? Identifier et nommer les diff&#233;rents types de violences, les croiser avec l'ensemble des syst&#232;mes de domination, devient imp&#233;ratif pour ne pas fondre sous (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Femmes-" rel="directory"&gt;Mouvement des femmes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2024-12-03-+" rel="tag"&gt;Edition du 2024-12-03&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-25-novembre-contre-la-violence-faite-aux-femmes-+" rel="tag"&gt;25 novembre : contre la violence faite aux femmes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L110xH150/viol-2-79208.jpg?1781827789' class='spip_logo spip_logo_right' width='110' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La lutte contre les violences faites aux femmes est multiple. Les d&#233;nonciations des actes sexistes ici et ailleurs fleurissent. Ce sont des bonnes nouvelles. En m&#234;me temps, la mont&#233;e en puissance d'un masculinisme politique explose.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/12/02/violences-depasser-lindignation/?jetpack_skip_subscription_popup&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Entre les lignes et les mots&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment expliquer ce vase communiquant ? Comment le combattre ? Identifier et nommer les diff&#233;rents types de violences, les croiser avec l'ensemble des syst&#232;mes de domination, devient imp&#233;ratif pour ne pas fondre sous l'ignorance d&#233;lib&#233;r&#233;e produite par les dominants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'actualit&#233; internationale nous le montre tous les jours. Les violences faites aux femmes sont r&#233;elles [1], mat&#233;rielles, physiques ou psychologiques et pas uniquement symboliques [2]. Leur liste, non exhaustive, est elle-m&#234;me violente, obsc&#232;ne et archa&#239;que : f&#233;minicides, violences sexuelles dont incestes, violences conjugales, harc&#232;lement, trafic/prostitution, violences m&#233;dicales (accouchement, endom&#233;triose, r&#232;gles, douleur&#8230;), violences juridiques&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces violences sont concomitantes et imbriqu&#233;es avec des violences produites par le racisme, le classisme, le validisme, l'&#226;gisme. De nos jours, il vaut mieux &#234;tre un homme quadra blanc riche h&#233;t&#233;rosexuel et bien portant qu'une jeune femme racis&#233;e lesbienne et malade ou handicap&#233;e&#8230; personne que nous d&#233;signerons ici avec le terme &#171; invisible &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces violences s'accompagnent de violences verbales, de langage, de vocabulaire, d'imaginaire, d'interpr&#233;tation, de repr&#233;sentations et descriptions de savoirs et connaissances dominantes (clich&#233;s, poncifs, st&#233;r&#233;otypes, mythes), ensemble qui est appel&#233; les violences &#233;pist&#233;miques [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;tons-nous sur ces violences &#233;pist&#233;miques. Il en existe plusieurs types. Par exemple, il est courant d'exclure ou de rire des invisibles. On ne les prend pas au s&#233;rieux, on ne les croit pas, on les d&#233;cr&#233;dibilise ou on ridiculise ce qui n'est pas dans la norme, un peu partout, &#224; la maison, dans les &#233;missions de tv, sur les r&#233;seaux sociaux, dans les assembl&#233;es, dans les commissariats, dans les tribunaux, dans les h&#244;pitaux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;galement courant de rendre ces invisibles coupables de leur sort, qu'elles soient malades, opprim&#233;es, agress&#233;es : elles ne prennent pas bien soin d'elles, sont influen&#231;ables, n'ont pas de volont&#233;, ne se mettent pas en avant, s'habillent mal, ou au contraire aguichent, provoquent, cherchent &#224; nuire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est encore courant de les inviter &#224; se corriger individuellement : positiver, prendre soin de soi, augmenter son estime de soi, faire le deuil d'une rupture, d'une agression, d'une maladie, investir son d&#233;veloppement personnel&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est toujours courant de les inviter &#224; m&#233;riter un meilleur sort : si on veut on peut. C'est la m&#233;ritocratie : si chacune ne se bat pas dans son coin pour sortir de l'impasse, elle restera seule responsable des violences qu'elle subit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est aussi courant de transformer les invisibles en objets (de violence) versus sujets (de lutte). Les femmes, et en particulier les femmes racis&#233;es pauvres, seraient des victimes &#171; par essence &#187; [4], par nature moins fortes et moins endurantes que les hommes, moins volontaires, avec des humeurs changeantes, parfois hyst&#233;riques, se plaignant pour rien&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est enfin courant d'entendre que les hommes eux aussi des victimes car vis&#233;s par des injonctions constantes &#224; la masculinit&#233; ou au virilisme. Pourtant, la comparaison avec l'oppression des femmes est aberrante, disproportionn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces violences &#233;pist&#233;miques servent &#224; mieux oblit&#233;rer les vrais coupables : bien &#233;videmment les hommes violents et leurs complices mais aussi, par leur interm&#233;diaire mais pas seulement, le patriarcat, le lib&#233;ralisme, les politiques s&#233;curitaires, culturelles, sportives, &#233;ducatives, de sant&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces violences &#233;pist&#233;miques sont le r&#233;sultat d'une hi&#233;rarchie des savoirs : entre femmes et hommes, entre riches et pauvres, entre racis&#233;&#183;es et &#171; Blancs &#187;, entre jeunes et a&#238;n&#233;s, entre bien portants et malades. Elles sont h&#233;rit&#233;es de diff&#233;rents syst&#232;mes de domination dont la mondialisation, l'occidentalisation, le capitalisme et ant&#233;rieurement l'imp&#233;rialisme, le colonialisme, ce que d&#233;signe la colonialit&#233; du pouvoir [5]. Ces syst&#232;mes ont besoin de produire de l'ali&#233;nation, de la s&#233;gr&#233;gation, de l'oppression, des hi&#233;rarchie sociales, de l'ignorance, pour se maintenir. Hannah Arendt avait pr&#233;venu : &#171; Pour s'implanter, le totalitarisme a besoin d'individus isol&#233;s et d&#233;cultur&#233;s, d&#233;racin&#233;s des rapports sociaux organiques, atomis&#233;s socialement et pouss&#233;s &#224; un &#233;go&#239;sme extr&#234;me. &#187; [6]&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les offensives masculinistes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous comprenons mieux pourquoi, dans ce contexte, les discours populistes, masculinistes et traditionalistes se durcissent. Ils sont extr&#234;mement pr&#233;sents dans la sph&#232;re politique au point de construire un masculinisme politique [7], pour ne pas dire un masculinisme d'&#201;tat. En France, le hashtag #ReversDeLaM&#233;daille, cr&#233;&#233; en 2021 par les &#171; mascus &#187;, comme ils se nomment eux-m&#234;mes, de l'&#171; Arm&#233;e des M&#233;dailles &#187;, a pour but d'alimenter &#171; le combat &#187; entre f&#233;ministes et masculinistes [8]. Leur tactique de cyberharc&#232;lement consiste &#224; cr&#233;er de faux hashtags incitant des f&#233;ministes &#224; les alimenter, puis &#224; r&#233;v&#233;ler qu'ils sont en r&#233;alit&#233; des hommes pour mieux les humilier. Partout dans le monde, des hommes politiques, au plus haut niveau de l'&#233;chelle du pouvoir, tels Donald Trump [9], Javier Milei [10] ou encore Viktor Orb&#225;n [11], et en leurs temps Jair Bolsonaro [12] ou Jacob Zuma [13], diffusent de fausses informations sur leurs adversaires, appellent au surarmement et au maintien au pouvoir par la force, dans le but d'assoir leur &#233;lectorat et de consolider leur rh&#233;torique x&#233;nophobe, anti-avortement, misogyne, antif&#233;ministe, homophobe hypermasculiniste, populiste autoritaire. Ces intrusions d&#233;lib&#233;r&#233;es sont l'expression d'un d&#233;sarroi politique &#224; l'&#233;chelle internationale, d&#233;sarroi li&#233; au sentiment accru de perte de l&#233;gitimit&#233; tant institutionnelle locale qu'internationale. La qu&#234;te de l&#233;gitimit&#233; s'op&#232;re de fait sur le terrain de l'affirmation d'une forte identit&#233; sexuelle masculine (y compris chez les femmes en position de pouvoir), en tant que seule force possible, seule expression de puissance possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les contrepoints f&#233;ministes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels sont alors les contrepoints possibles aux syst&#232;mes de domination ? Nous en connaissons d&#233;j&#224; beaucoup. Sur internet, depuis quelques ann&#233;es, des hashtags, des m&#233;dias ou des podcasts f&#233;ministes ont largement fait surface dans le but de d&#233;noncer les violences. Pour ne citer que quelques exemples, prenons #metoo, #BalanceTonPorc, simonemedia, madmoizelle, Un podcast &#224; soi, Les couilles sur la table. Leurs contenus s'articulent autour de r&#233;cits intimes, de paroles d'expert&#183;es, de textes litt&#233;raires et de r&#233;flexions personnelles sur l'inceste, le harc&#232;lement sexuel, le travail domestique, la prostitution, les violences obst&#233;tricales, la religion, les masculinit&#233;s&#8230; Les hashtags en particulier permettent, par l'ampleur de la mobilisation qu'ils produisent, d'engager des proc&#232;s, d'aggraver des charges pour agressions sexuelles, d'ouvrir des enqu&#234;tes, de prendre la parole. Les exemples l&#224; aussi sont nombreux : proc&#232;s pour viol du producteur de cin&#233;ma Harvey Weinstein, d&#233;nonciation des violences dans les arts et la culture, dans les grandes &#233;coles en France et ailleurs. Plus militants, les hashtags #decolonisonslefeminisme ou #feminismedecolonial permettent de d&#233;noncer l'intersectionnalit&#233; des agressions sexuelles et d'articuler le racisme avec l'augmentation des interventions polici&#232;res et carc&#233;rales de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces actions expriment des luttes qui naissent du quotidien, l&#224; o&#249; le v&#233;cu inspire des femmes, l&#224; o&#249; l'imagination, stimul&#233;e par l'urgence, reprend le pouvoir. Nous assistons &#224; une forme de confrontation, par laquelle ces militantes de la d&#233;nonciation sortent de l'isolement. Elles mettent en exergue le silence ou les mensonges des coupables et la complicit&#233; sociale dont ils b&#233;n&#233;ficient. Elles cr&#233;ent du collectif et excluent l'individuel, l'&#233;gocentrisme, l'entre-soi ou encore le ponctuel isol&#233;. D'autres manifestent leur fragilit&#233; li&#233;e aux agressions multiples (de classe, de race, de genre, validiste, homophobe&#8230;) [14], s'insurgent contre la &#171; racialisation &#187; dans le travail ou les arts, contre la &#171; culture de l'effacement &#187; (de l'esclavage, de la colonisation, des violences sexuelles&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'indignation, n&#233;cessaire, est-elle suffisante ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Parmi les personnes qui prennent la parole, certaines prolongent la d&#233;nonciation dans la rue, sur les murs, au parlement, dans les m&#233;dias traditionnels, dans les palais de justice. Elles interpellent les pouvoirs publics, continuent leur travail de rep&#233;rage, organisent des formations ou stimulent des pistes de recherche, se mobilisent pour le matrimoine, boycottent des interventions &#224; forte pr&#233;valence sexiste et publient des livres, des photos ou illustrations, produisent des reportages ou documentaires sonores ou film&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette production de connaissances me semble imp&#233;rative, sans quoi le risque de proroger le m&#233;pris consacr&#233; aux invisibles demeure effectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus encore, au-del&#224; de la victimisation, de la demande de protection ou d'&#233;coute, des dol&#233;ances ou des revendications, voire m&#234;me de la critique, il me semble essentiel que des personnes se mettent en action mais aussi qu'elles diffusent leurs connaissances et cela en invalidant le f&#233;minisme washing, lui aussi tr&#232;s courant et contreproductif. Le plus important me semble de tisser des liens entre les violences faites aux femmes et les violences multiples produites dans le monde par le capitalisme fond&#233; sur le patriarcat : guerres, g&#233;nocides, mouvements anti-&#233;cologie, populismes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif est de transformer les langages, les expressions, les repr&#233;sentations, le vocabulaire du quotidien, de rompre avec les &#233;vidences. Quand nous nous engageons sur cette route, nous entrons en r&#233;sistance contre les dominants car nous politisons le contexte o&#249; les savoirs non dominants sont produits. Nous redonnons de la signification au politique. Nous posons, &#224; tr&#232;s grande &#233;chelle, la question de la lutte contre la production d&#233;lib&#233;r&#233;e d'ignorance et celle de la ma&#238;trise des connaissances, qui demandent &#224; &#234;tre produites par, et non simplement fournies pour, les femmes, pauvres, racis&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par effet retour, les invisibles deviennent conscientes de leur pouvoir effectif, de leur potentiel [15]. Elles &#233;cartent les notions d'in&#233;galit&#233;s (entre les sexes, les races, les classes, les &#226;ges, les validit&#233;s), partie &#233;merg&#233;e des diff&#233;rentes dominations, pour mieux identifier ce qui les structurent : hi&#233;rarchie, h&#233;g&#233;monie, oppression, coercition, ali&#233;nation [16].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi &#201;crivons ! Dessinons ! Filmons ! Enregistrons ! Diffusons ! Transmettons ! Mais surtout croisons les dominations en tissant des liens entre violences faites aux femmes et racisme, classisme, validisme, &#226;gisme, militarisation, destruction de la plan&#232;te, masculinisme, fascisme ! Veillons &#224; cr&#233;er un langage critique radical de l'oppression ! Rompons ainsi avec l'impunit&#233; des vrais coupables et avec la banalit&#233; du m&#226;le ! Nous pourrons alors parler de radicalit&#233; qui sert une transgression active.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joelle Palmieri, 25 novembre 2024&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://joellepalmieri.org/2024/11/25/violences-depasser-lindignation/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://joellepalmieri.org/2024/11/25/violences-depasser-lindignation/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Nicole Claude-Mathieu &#233;voque le terme oppression pour d&#233;finir les violences exerc&#233;es par les hommes sur les femmes et insiste sur l'id&#233;e de &#171; violence exerc&#233;e, d'exc&#232;s, d'&#233;touffement &#187;. N. Claude-Mathieu, &#171; Des d&#233;terminants mat&#233;riels et psychiques de la conscience domin&#233;e des femmes et de quelques-unes de leurs interpr&#233;tations en ethnologie &#187;, L'anatomie politique, cat&#233;gorisations et id&#233;ologies du sexe, &#201;ditions C&#244;t&#233;-femmes, 1991&lt;br class='autobr' /&gt;
[2] Pierre Bourdieu consid&#232;re que la domination masculine place les femmes &#171; dans un &#233;tat permanent d'ins&#233;curit&#233; corporelle ou, mieux, de d&#233;pendance symbolique &#187;. P. Bourdieu, La Domination masculine, Paris, &#201;ditions du Seuil, 1998.&lt;br class='autobr' /&gt;
[3] Gayatri C. Spivak, In Other Worlds : Essays in Cultural Politics, New York, Routledge, 1988, 336 p.&lt;br class='autobr' /&gt;
[4] F. Collin, &#171; Le philosophe travesti ou le f&#233;minin sans les femmes &#187;, communication pr&#233;sent&#233;e dans le cadre du Colloque : Les formes de l'anti f&#233;minisme contemporain, qui s'est tenu au Centre Georges-Pompidou &#224; Paris en d&#233;cembre 1991.&lt;br class='autobr' /&gt;
[5] A. Quijano, &#171; Colonialit&#233; du pouvoir et d&#233;mocratie en Am&#233;rique latine &#187;, Multitudes &#171; Am&#233;rique latine d&#233;mocratie et exclusion, Quelles transitions &#224; la d&#233;mocratie ? &#187;, juin 1994.&lt;br class='autobr' /&gt;
[6] H. Arendt, The Origins of Totalitarianism, 3 volumes, New York : Harcourt Brace &amp; Co., 1951.&lt;br class='autobr' /&gt;
[7] J. Palmieri, &#171; Afrique du Sud : le traditionalisme et le masculinisme au secours du pouvoir politique &#187;, Revue Africana Studia, n&#176;30, Edi&#231;&#227;o do centro de estudos africanos da universidade do Porto, 2019, p.169-191&lt;br class='autobr' /&gt;
[8] A. Gayte, &#171; #ReversDeLaMedaille : dans les coulisses d'une op&#233;ration de cyberharc&#232;lement masculiniste &#187;, numerama, 3 mars 2021,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.numerama.com/politique/692328-reversdelamedaille-dans-les-coulisses-dune-operation-de-cyberharcelement-masculiniste.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.numerama.com/politique/692328-reversdelamedaille-dans-les-coulisses-dune-operation-de-cyberharcelement-masculiniste.html&lt;/a&gt;, consult&#233; le 18 octobre 2022.&lt;br class='autobr' /&gt;
[9] P. A. Dignam &amp; D. A. Rohlinger, &#8220;Misogynistic Men Online : How the Red Pill Helped Elect Trump&#8221;, Journal of Women in Culture and Society, n&#176; 44 (3), 2019, p. 589-612 ; A. Smith &amp; M. Higgins, &#8220;Tough guys and little rocket men : @Realdonaldtrump's Twitter feed and the normalization of banal masculinity&#8221;, Social Semiotics, n&#176;30 (4), 2020, p. 547-562.&lt;br class='autobr' /&gt;
[10] S. Cartabia et P. Lenguita, &#171; Le programme de Milei est une offensive contre les femmes et les personnes LGBTQI+ &#187;, Contretemps, 30 avril 2024,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/milei-offensive-femmes-lgbtqi/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/milei-offensive-femmes-lgbtqi/&lt;/a&gt;, consult&#233; le 25 novembre 2024.&lt;br class='autobr' /&gt;
[11] Z. Szebeni &amp; V. Saloj&#228;rvi, &#8220;Authentically&#8221; Maintaining Populism in Hungary &#8211; Visual Analysis of Prime Minister Viktor Orb&#225;n's Instagram&#8221;, Mass Communication and Society, 2022.&lt;br class='autobr' /&gt;
[12] R. F. Mendon&#231;a &amp; R. Duarte Caetano, &#8220;Populism as Parody : The Visual Self-Presentation of Jair Bolsonaro on Instagram&#8221;, The International Journal of Press/Politics, n&#176;26 (1), 2021, p. 210-235.&lt;br class='autobr' /&gt;
[13] C. Van Der Westhuizen, &#8220;100% Zulu Boy&#8221; : Jacob Zuma And The Use Of Gender In The Run-up To South Africa's 2009 Election, Women's Net, 2009,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://za.boell.org/2014/02/03/100-zulu-boy-jacob-zuma-and-use-gender-run-south-africas-2009-election-publications&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://za.boell.org/2014/02/03/100-zulu-boy-jacob-zuma-and-use-gender-run-south-africas-2009-election-publications&lt;/a&gt;, consult&#233; le 25 novembre 2024.&lt;br class='autobr' /&gt;
[14] Le courant victimaire des &#171; snowflakes &#187; (flocons de neige) d&#233;signe des &#233;tudiant&#183;es hyper-sensibles qui se sentent agress&#233;&#183;es &#224; tout propos et qui surench&#233;rissent les interdictions. Par exemple, iels exhortent les campus &#224; ne pas applaudir des professeur&#183;es pour ne pas heurter les malentendant&#183;es. S. Perez, &#171; Ici Londres, les &#233;tudiants parlent aux &#233;tudiants &#187;, L'Incorrect, n&#176; 26, d&#233;cembre 2019, p. 26.&lt;br class='autobr' /&gt;
[15] Selon Hannah Arendt, la domination &#171; de l'homme sur l'homme &#187; est une version falsifi&#233;e et falsifiante du pouvoir. La philosophe dissocie la domination &#8211; rapport de commandement bas&#233; sur la violence &#8211; et le pouvoir, qui renvoie &#224; l'exp&#233;rience de la libert&#233;. Ainsi le pouvoir pr&#233;sente-t-il, &#224; l'inverse de la relation de domination, plus un potentiel commun &#224; un groupe qu'un caract&#232;re hi&#233;rarchi&#173;que. H. Arendt, &#171; Sur la violence &#187;, Du mensonge &#224; la violence. Essais de politique contemporaine, traduction fran&#231;aise, Paris, Calman-L&#233;vy, 1972, p. 105-208.&lt;br class='autobr' /&gt;
[16] I. Th&#233;ry, &#171; Hi&#233;rarchie/in&#233;galit&#233;, autorit&#233;/pouvoir, domination &#187;, Annuel de l'APF, n&#176;2017 (1), 2017, p. 111-130.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
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		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Maudite soit la guerre !</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Maudite-soit-la-guerre</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Maudite-soit-la-guerre</guid>
		<dc:date>2023-11-28T07:47:24Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joelle Palmieri</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2023-11-28</dc:subject>
		<dc:subject>Le mouvement des femmes dans le monde</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 4 novembre 2023, la radio charentaise Za&#239; Za&#239; consacrait une journ&#233;e aux actions contre les guerres dans la r&#233;gion, dont la comm&#233;moration du centenaire du monument aux morts antimilitariste de Gentioux. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; de Entre les lignes et les mots https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2023/11/19/maudite-soit-la-guerre/ &lt;br class='autobr' /&gt;
Lea Grange et Amandine Zelle m'avaient invit&#233;e aux c&#244;t&#233;s de Claudy Vouh&#233; pour discuter en direct des luttes sp&#233;cifiques des femmes contre les conflits arm&#233;s. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Femmes-" rel="directory"&gt;Mouvement des femmes&lt;/a&gt;

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		</description>


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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 4 novembre 2023, la radio charentaise Za&#239; Za&#239; consacrait une journ&#233;e aux actions contre les guerres dans la r&#233;gion, dont la comm&#233;moration du centenaire du monument aux morts antimilitariste de Gentioux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de Entre les lignes et les mots&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2023/11/19/maudite-soit-la-guerre/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2023/11/19/maudite-soit-la-guerre/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lea Grange et Amandine Zelle m'avaient invit&#233;e aux c&#244;t&#233;s de Claudy Vouh&#233; pour discuter en direct des luttes sp&#233;cifiques des femmes contre les conflits arm&#233;s. L'ambiance et le contenu de ce moment tr&#232;s anim&#233; et document&#233; ont fait &#233;cho &#224; la permanence et &#224; la banalisation d'un syst&#232;me militaris&#233; en &#339;uvre pendant les conflits et r&#233;manent pendant les p&#233;riodes de paix. Bas&#233; sur l'autorit&#233;, les violences, la force et les in&#233;galit&#233;s, ce syst&#232;me nuit fortement aux femmes dans tous les domaines : sant&#233;, &#233;ducation, travail, transport, etc. Ce court &#233;change aura permis de rappeler les travaux incontournables d'Andr&#233;e Michel dans le domaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;couter le podcast :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://podcloud.fr/podcast/mauditesoitlaguerre/episode/luttes-des-femmes-pour-la-paix&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://podcloud.fr/podcast/mauditesoitlaguerre/episode/luttes-des-femmes-pour-la-paix&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/zaizairadio&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.facebook.com/zaizairadio&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*-*&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Quelques mots sur mon intervention&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conflits arm&#233;s, les guerres, sont toujours li&#233;s &#224; l'arm&#233;e, au fait militaire. En tant que f&#233;ministe et digne h&#233;riti&#232;re d'Andr&#233;e Michel je pr&#233;f&#232;re me situer antimilitariste plut&#244;t que pacifiste. Le militarisme est en effet une id&#233;ologie qui d&#233;veloppe une rh&#233;torique sp&#233;cifique. L'autorit&#233;, la hi&#233;rarchie, l'ordre, la discipline, le droit et devoir de tuer, le droit de vie et de mort sur l'autre, la r&#233;pression, dont la torture, l'incarc&#233;ration, la privation des droits, autant d'outils importables d'un conflit &#224; l'autre ou en temps de paix pour les forces de l'ordre, y occupent une place de choix. Les conflits arm&#233;s laissent des traces et leurs outils sont utilis&#233;s par d'autres id&#233;ologies comme le nationalisme, la x&#233;nophobie, le racisme, le sexisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, la militarisation h&#233;rite du patriarcat, litt&#233;ralement l'autorit&#233; du p&#232;re. Avec la militarisation, l'autorit&#233; est transf&#233;r&#233;e tout &#224; la fois &#224; l'&#233;tat-major, &#224; l'&#201;tat, repr&#233;sent&#233; par un pr&#233;sident ou un Premier ministre, aux entreprises d'armement. Le complexe militaro-industriel, CMI, qui la porte, est un syst&#232;me complexe entre les mains d'hommes riches h&#233;t&#233;rosexuels plut&#244;t blancs qui normalise les int&#233;r&#234;ts convergents des pouvoirs politiques, des militaires et des industriels de l'armement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le CMI est tr&#232;s n&#233;faste pour les femmes en raison des in&#233;galit&#233;s budg&#233;taires (la ligne allou&#233;e &#224; la s&#233;curit&#233; du territoire est en France 60 fois plus &#233;lev&#233;e que celle de la sant&#233; et 600 fois plus que celle de l'&#233;galit&#233; femmes/hommes), de son &#233;tendue dans de multiples secteurs dont le travail (division sexuelle), l'&#233;ducation, la culture etc. et en raison de la culture des violences, de la socialisation par la violence, de la dialectique de violence qu'il infuse. Support du virilisme, le CMI organise la victimisation des femmes, jamais ou presque pr&#233;sent&#233;es comme r&#233;sistantes, alors que les hommes sont lou&#233;s en tant que h&#233;ros ou martyrs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit arm&#233; est contraire &#224; la n&#233;gociation, la concertation, l'horizontalit&#233;, et donc l'&#233;galit&#233;. Pour le combattre, il serait opportun que les questions de s&#233;curit&#233; soient mises entre les mains des citoyen&#183;nes plut&#244;t que de continuer &#224; les d&#233;l&#233;guer au seul pouvoir politique. Des exemples nombreux existent comme le bateau des femmes arabes pour la paix en Irak lors du blocus occidental en 1990, ou La Ruta pacifica en Colombie depuis 1996, ou encore les Femmes en noir un peu partout dont Belgrade pendant la guerre dite de Yougoslavie de 1991 &#224; 2001, J&#233;rusalem juste apr&#232;s la premi&#232;re intifada en 1988.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NB : Ma langue a fourch&#233; quand j'ai parl&#233; de la dictature en Argentine. Elle n'&#233;tait pas dirig&#233;e par Pinochet qui lui s'occupait de celle du Chili.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joelle Palmieri&lt;br class='autobr' /&gt;
16 novembre 2023&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://joellepalmieri.org/2023/11/16/maudite-soit-la-guerre/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://joellepalmieri.org/2023/11/16/maudite-soit-la-guerre/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Patriarcat : d&#233;passer la d&#233;nonciation sur internet</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Patriarcat-depasser-la-denonciation-sur-internet</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Patriarcat-depasser-la-denonciation-sur-internet</guid>
		<dc:date>2022-11-01T07:01:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joelle Palmieri</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Le mouvement des femmes dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-11-01</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le jeudi 20 octobre 2022, je dispensais (en visioconf&#233;rence), &#224; l'invitation de Catherine Fraixe, un cours intitul&#233; &#171; F&#233;minisme : passer de la d&#233;nonciation &#224; la m&#233;moire &#187; &#224; l'&#201;cole nationale sup&#233;rieure des arts (ENSA) de Bourges. Dans le cadre du s&#233;minaire L'&#233;ducation esth&#233;tique de l'homme, avec les &#233;tudiant&#183;es, nous avons longuement &#233;chang&#233; sur diff&#233;rents concepts comme le n&#233;ocolonialisme, le postcolonialisme, le post-colonialisme et la colonialit&#233; avant d'aborder ses manifestations dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Mouvement-des-femmes-" rel="directory"&gt;Mouvement des femmes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-11-01-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-11-01&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH85/arton54662-374ea.png?1782041026' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le jeudi 20 octobre 2022, je dispensais (en visioconf&#233;rence), &#224; l'invitation de Catherine Fraixe, un cours intitul&#233; &#171; F&#233;minisme : passer de la d&#233;nonciation &#224; la m&#233;moire &#187; &#224; l'&#201;cole nationale sup&#233;rieure des arts (ENSA) de Bourges. Dans le cadre du s&#233;minaire L'&#233;ducation esth&#233;tique de l'homme, avec les &#233;tudiant&#183;es, nous avons longuement &#233;chang&#233; sur diff&#233;rents concepts comme le n&#233;ocolonialisme, le postcolonialisme, le post-colonialisme et la colonialit&#233; avant d'aborder ses manifestations dans les m&#233;dias, au cin&#233;ma, sur la toile.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du &lt;a href=&#034;https://joellepalmieri.org/2022/10/24/patriarcat-depasser-la-denonciation-sur-internet/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blogue de l'autrice&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#233;galement d&#233;battu des fa&#231;ons dont la colonialit&#233; s'y manifeste et des actions pour la transgresser. Au-del&#224; de la n&#233;cessaire d&#233;nonciation des st&#233;r&#233;otypes, des violences, du sexisme ordinaire et plus g&#233;n&#233;ralement des rapports de domination, nous avons conclu sur l'id&#233;e qu'il est incontournable de laisser des traces de ses luttes, de ses pens&#233;es, de ses actions, autrement dit de faire m&#233;moire. Le risque de passer aux oubliettes de l'histoire, qui serait totalement contreproductif, est tellement connu et grand qu'il est n&#233;cessaire de s'atteler &#224; &#233;crire, enregistrer et publier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour celleux qui n'ont pas pu partager ce moment, retrouve mon intervention au format texte &#224; lire ci-dessous&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci encore &#224; l'ENSA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;F&#233;minisme : passer de la d&#233;nonciation &#224; la m&#233;moire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contribution donn&#233;e dans le cadre de L'Atelier de l'histoire de l'art de Catherine Fraixe &#224; l'Ensa Bourges le 20 octobre 2022&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette rencontre fait suite &#224; celle du 20 mai dernier o&#249; j'ai &#233;voqu&#233; une histoire, celle des P&#233;n&#233;lopes, et quelques concepts tels que la colonialit&#233; num&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, je souhaite que nous abordions les transgressions possibles &#224; ces rapports de domination de classe, de genre, de race, qui sont renforc&#233;s par les usages d'internet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, nous allons nous attarder &#224; quelques questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les questions qui se posent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Qu'est-ce que la colonisation ? le n&#233;o-colonialisme ? le post-colonialisme ? le postcolonialisme ? la colonialit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Quelles sont les violences que la colonialit&#233; produit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Quels sont les m&#233;dias en ligne, podcasts, r&#233;seaux sociaux, hashtags, autres&#8230; que vous utilisez ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; En quoi vos usages d'internet sont-ils transgressifs aux syst&#232;mes de domination ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Colonialit&#233; num&#233;rique et violence &#233;pist&#233;mique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous rappelle quelques d&#233;finitions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le n&#233;ocolonialisme est une nouvelle forme de colonialisme men&#233;e par un ancien &#201;tat colonisateur sur une ancienne colonie par domination &#233;conomique interpos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;tudes postcoloniales, qui structurent le postcolonialisme, sont un champ de recherche apparu dans les ann&#233;es 1980 aux &#201;tats-Unis. Elles s'inscrivent dans une d&#233;marche critique de l'h&#233;ritage laiss&#233; par la colonisation. L'adjectif &#171; postcolonial &#187;, qui renvoie aux th&#233;ories d&#233;velopp&#233;es dans ce cadre ne doit pas &#234;tre confondu avec le terme &#171; post-colonial &#187;, qui d&#233;signe la p&#233;riode ult&#233;rieure &#224; la colonisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;finition de la colonialit&#233; m'est inspir&#233;e par Anibal Quijano : ensemble des rapports de domination produits par la reproduction patriarcale de la mondialisation, du capitalisme et de l'occidentalisation, et ant&#233;rieurement du colonialisme[1]. La colonialit&#233; du pouvoir ne s'inscrit pas dans une historicit&#233; ou une temporalit&#233; pr&#233;cise, qui serait la colonisation ou l'apr&#232;s-colonisation, apr&#232;s les ind&#233;pendances dans les ann&#233;es 1950-1960. En fait, elle occupe notre espace quotidien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La colonialit&#233; ne s'arr&#234;te pas au pouvoir et s'&#233;tend au genre, aux savoirs&#8230; En Am&#233;rique du Sud, o&#249; les penseurs de la colonialit&#233; du pouvoir se concentrent, Mar&#237;a Lugones a souhait&#233; compl&#233;ter les travaux de Anibal Quijano et a introduit l'id&#233;e de &#171; colonialit&#233; du genre &#187; pour pr&#233;ciser le caract&#232;re patriarcal, h&#233;t&#233;rosexiste et naturaliste de la colonialit&#233; du pouvoir[2]. En s'appuyant sur les travaux de Oy&#233;ronk&#233; Oyew&#249;mi, elle affirme que le concept de genre repr&#233;sente une importation/imposition coloniale dont le but est de rel&#233;guer les femmes colonis&#233;es &#224; la sph&#232;re priv&#233;e[3]. Elle entend ainsi insister sur les impacts &#233;pist&#233;miques des pens&#233;es coloniale puis occidentale sur l'objectivation, vs subjectivation des femmes, utilis&#233;es comme objets sexuels et de re-production (humaine).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les jours, ici et ailleurs, nous assistons &#224; une hi&#233;rarchie des savoirs : entre femmes et hommes, entre riches et pauvres, entre racis&#233;&#183;es et &#171; Blancs &#187;&#8230; Cette hi&#233;rarchie permanente cr&#233;e de l'ignorance : celle, par les dominants, des savoirs des subalternes &#8211; et en particulier ceux des femmes noires, pauvres, jeunes, lesbiennes&#8230; &#8211; et celle par les domin&#233;s de la repr&#233;sentation de leurs propres savoirs. C'est ce qu'on nomme le d&#233;racinement &#233;pist&#233;mique : les expressions, les imagi&#173;nai&#173;res, les repr&#233;&#173;sen&#173;tations et descriptions de savoirs et connaissances, &#224; la racine des pens&#233;es, sont f&#233;rocement d&#233;plac&#233;s. Les colonialit&#233;s du pouvoir, du genre et des savoirs vont &#224; l'encontre de la visibilisation de la multiplicit&#233; des savoirs, m&#233;prisent leur historicisisation, contextualisation, sexuation, ce qui cr&#233;e de la violence r&#233;elle. En plus des violences sexuelles, physiques, psychologiques, les violences &#233;pist&#233;miques prolif&#232;rent[4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les hommes pr&#233;f&#232;rent les blondes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour concr&#233;tiser ces concepts, je propose de visionner un extrait du film &#171; Les hommes pr&#233;f&#232;rent les blondes &#187; produit par la Twentieth Century Fox, r&#233;alis&#233; par Howard Hawks en 1953, au sortir de la IIe Guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7006 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/capture_d_e_cran_le_2022-10-31_a_12.37_15.png?7006/637800fb64a26c0f22e4cb580ee7553043c0b57570427ea14bf91d87fb0656fc&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH343/637800fb64a26c0f-00878850-4ac5f.png?1782041026' width='500' height='343' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que ces images vous inspirent ? Quels concepts et histoire en marche illustrent-elles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Plan Marshall depuis 1948 (au moins jusqu'en 1951) : reconstruction et pacification de l'Europe, mais aussi d&#233;nazification, d&#233;fascisation (collaboration avec P&#233;tain en France) et anti-sovi&#233;tisme, avec occupation militaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Veille guerre d'Alg&#233;rie en 1954 : jeunes gar&#231;ons parlant fran&#231;ais, portant ch&#233;chias mais aussi valises (servitude), r&#233;clamant pourboire et disant &#171; c'est la guerre &#187; (colonisation)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un militaire et deux marins fran&#231;ais, plusieurs militaires am&#233;ricains (domination militaire &#233;tats-unienne)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Deux hommes fran&#231;ais en premier plan : musicien (saltimbanque) ou gar&#231;on de caf&#233; (subalternes)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une femme en premier plan : vendeuse de fleurs tr&#232;s mal habill&#233;e et pauvre (rapports sociaux de classe)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tr&#232;s male gaze, sexiste (patriarcal)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce que la soci&#233;t&#233; de l'information a chang&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les espaces et les temps se sont acc&#233;l&#233;r&#233;s, sont devenus excessifs, en surench&#232;re, ce qui renforce les dominations. L'usage des &#171; r&#233;seaux sociaux &#187; et des &#171; salles virtuelles &#187; cr&#233;e un engouement au point que la &#171; civilisation du virtuel &#187; devient fascinante notamment aux yeux des jeunes femmes et hommes[5]. Cette pr&#233;cipitation pose la question des paradoxes des TIC : d'un c&#244;t&#233;, les applications permettent &#224; qui les utilise de &#171; rester en contact &#187;, de poursuivre &#171; librement &#187; ses activit&#233;s sociales ou politiques[6], et de l'autre elles ouvrent la possibilit&#233; &#224; leurs cr&#233;ateurs de vendre &#224; d'autres entreprises des donn&#233;es personnelles (tra&#231;age, historiques de navigation, progr&#232;s scolaires, donn&#233;es biom&#233;triques&#8230;) dans le but de les utiliser &#224; des fins de ciblage marketing, &#224; des employeurs de surveiller leur personnel &#224; distance, &#224; des criminels de diffuser des images pornographiques ou des menaces. Cette cohabitation permanente dans le &#171; virtuel &#187; tend &#224; rendre les probl&#232;mes rencontr&#233;s dans le &#171; r&#233;el &#187; individuels plut&#244;t que collectifs et &#224; ce titre alimente leur d&#233;politisation. D'o&#249; le choix d'accoler l'&#233;pith&#232;te num&#233;rique au terme colonialit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles transgressions possibles ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire des dominations est aussi un paradoxe permanent. La colonialit&#233; num&#233;rique est productrice de relations sociales hi&#233;rarchis&#233;es mais elle est aussi contreproductive, dans le sens o&#249; elle permet de lib&#233;rer des &#171; contretemps &#187;[7].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je propose d'aborder quelques exemples d'usages d'internet qui sont transgressifs &#8211; pas forc&#233;ment r&#233;volutionnaires &#8211; &#224; ces syst&#232;mes de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cyberf&#233;minisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien avant les r&#233;seaux sociaux, les blogs ou les podcasts, le cyberf&#233;minisme, n&#233; aux &#201;tats-Unis &#224; la fin des ann&#233;es 1990, s'est servi des &#233;tudes f&#233;ministes pour th&#233;oriser et d&#233;noncer le sexisme, le racisme et le militarisme encod&#233;s dans les structures informatiques d'internet[8] et s'est engag&#233; dans la cr&#233;ation d'outils pratiques (serveurs, applications&#8230;) en ad&#233;quation avec la th&#233;orie. Toutes ces &#171; activistes &#187;, comme elles se nommaient, ont utilis&#233; internet comme un prolongement de leur corps, et les ont consid&#233;r&#233;s comme deux lieux &#224; d&#233;construire[9].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les r&#233;seaux sociaux et tout le reste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus r&#233;cemment, des m&#233;dias f&#233;ministes en ligne ou des podcasts ont envahi la toile. simonemedia, madmoizelle sont de v&#233;ritables magazines rubriqu&#233;s, essaim&#233;s de chroniques, tribunes, enqu&#234;tes et autres articles de fond. Leur c&#339;ur de cible : les tr&#232;s jeunes femmes. Leurs contenus : vie quotidienne, sexualit&#233;, corps, culture et repr&#233;sentations, harc&#232;lement et violences. Les deux m&#233;dias d&#233;fendent un &#171; f&#233;minisme pop &#187;. De son c&#244;t&#233;, Charlotte Bienaim&#233; avec &#171; Un podcast &#224; soi &#187; propose des documentaires sonores croisant r&#233;cits intimes, paroles d'expert&#183;es, textes litt&#233;raires et r&#233;flexions personnelles sur le harc&#232;lement sexuel, le travail domestique, la prostitution, les violences obst&#233;tricales, la religion&#8230; Victoire Tuaillon avec &#171; Les Couilles sur la table &#187; s'int&#233;resse quant &#224; elle aux expressions de la masculinit&#233;. Ces m&#233;dias et podcasts ont contribu&#233; &#224; augmenter la visibilit&#233; des points de vue f&#233;ministes, dans le r&#233;el et dans le virtuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes de transgression, on rel&#232;vera plus particuli&#232;rement l'usage des hashtags #BalanceTonPorc et #MeToo, ou encore #balancetonecoledart[10]. Ils permettent, par l'ampleur de la mobilisation qu'ils produisent, d'engager des proc&#232;s, d'aggraver des charges pour agressions sexuelles (exemple de Harvey Weinstein, producteur de cin&#233;ma &#233;tats-unien poursuivi pour viols) ou d'ouvrir des enqu&#234;tes (exemple des universit&#233;s au Maroc[11]) ou encore entra&#238;nent une lib&#233;ration de la parole. Ils font mouvement. Les r&#233;v&#233;lations sont largement relay&#233;es avec &#233;clat &#171; dans le r&#233;el &#187; et par exemple dans le monde des arts et de la culture fran&#231;ais par des personnes comme Ad&#232;le Haenel ou Vanessa Springora.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus militants, les hashtags #decolonisonslefeminisme ou #feminismedecolonial permettent &#224; leurs contributeur&#183;trices de d&#233;noncer la dimension intersectionnelle des agressions sexuelles (qui touchent plus massivement les femmes noires, les personnes handicap&#233;es, les travailleur&#183;euses pauvres) et d'articuler le racisme ordinaire avec l'augmentation des interventions polici&#232;res et carc&#233;rales de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans n&#233;cessairement remettre en cause les &#171; contenants &#187; &#8211; Twitter, Facebook, Instagram, Snapchat, Youtube&#8230; , et plus g&#233;n&#233;ralement internet &#8211; les protagonistes de ces mouvements, majoritairement des jeunes femmes (20-35 ans), font &#233;merger des points de vue personnels sur les st&#233;r&#233;otypes, les in&#233;galit&#233;s de genre, le harc&#232;lement ou les violences sexuelles, le sexisme quotidien, au travail, en cours ou dans la rue, ou encore les biais dans les repr&#233;sentations des relations sociales. Ils les transforment en action collective[12]. D'autres manifestent leur fragilit&#233; li&#233;e aux agressions multiples (de classe, de race, de genre, validiste, homophobe&#8230;), s'insurgent contre la &#171; racialisation &#187; dans le travail ou les arts, contre la &#171; culture de l'effacement &#187; (de l'esclavage, de la colonisation, des violences sexuelles&#8230;). Parmi les activistes, certain&#183;es prolongent la d&#233;nonciation dans le r&#233;el. Iels interpellent les pouvoirs publics, ou encore continuent leur travail de rep&#233;rage, organisent parfois des formations ou stimulent des pistes de recherche, proposent des livres, des photos ou illustrations de personnes non-genr&#233;es, se mobilisent pour le matrimoine, boycottent des interventions&#8230; Reine Prat parle de &#171; gu&#233;rilla [qui] bouscule les acquis, conteste les privil&#232;ges et gagne du terrain &#187;[13]. Par cette gu&#233;rilla, tous ces mouvements sortent leurs acteurices de l'isolement. Certain&#183;es individu&#183;es expurgent l'individualisation, d'autres renforcent un entre-soi, existant dans le r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une autre alternative : axer contenus inspir&#233;s par l'intime&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remontons un peu en arri&#232;re. &#192; la p&#233;riode de l'&#233;mergence du cyberf&#233;minisme, dans les ann&#233;es 1990, d'autres f&#233;ministes se sont empar&#233; des outils num&#233;riques mais les ont plac&#233;s en second plan des revendications dans le but de privil&#233;gier la transmission par les TIC de contenus produits par des personnes non connect&#233;es ou s'exprimant dans des langues impropres &#224; ces supports. On pense notamment aux 2,9 milliards de personnes qui n'ont toujours pas utilis&#233; internet en 2021. 97% d'entre elles vivent dans des pays dits &#171; en voie de d&#233;veloppement &#187; [14]. On pense aussi &#224; celles qui ne parlent que leur langue (ni l'anglais, ni le fran&#231;ais&#8230;) : sur les 7 139 langues comptabilis&#233;es dans le monde seule une centaine est utilis&#233; sur le web[15].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re fois, je vous ai parl&#233; de l'exp&#233;rience des P&#233;n&#233;lopes. Avec d'autres cybermilitantes, elles avaient pour ambition de faire reconna&#238;tre les savoirs des &#171; exclus &#187; des TIC, d'en d&#233;battre, et de les confronter &#224; d'autres. Traduire ces savoirs, les diffuser, les &#233;changer, a permis de rompre avec l'&#233;vidence que leurs auteurices, n'ayant pas iels-m&#234;mes les moyens techniques ou linguistiques pour le faire, se soustraient &#224; l'&#233;laboration d'une &#233;pist&#233;mologie sp&#233;cifique, autrement dit &#224; la cr&#233;ation de pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un exemple en Afrique de l'Ouest&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7007 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L400xH552/69fd94569925d576-13250cb3-2629d.png?1781038076' width='400' height='552' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une exp&#233;rience v&#233;cue en Afrique de l'Ouest me permet d'illustrer cet engagement. Dans le cadre d'un projet de recherche men&#233; entre 2007 et 2008 au Burkina Faso, au Mali et au S&#233;n&#233;gal, sur la promotion de l'abandon de la pratique des mutilations g&#233;nitales f&#233;minines (MGF) &#224; travers l'utilisation des TIC par les jeunes, filles et gar&#231;ons, nous avons pu th&#233;oriser ces pratiques transgressives[16]. Tout d'abord, il est n&#233;cessaire de resituer cette exp&#233;rience il y a quinze ans : en d&#233;cidant de constituer au niveau r&#233;gional et dans chaque pays une &#233;quipe de recherche majoritairement f&#233;minine et en recrutant les jeunes, &#226;g&#233;&#183;es de 15 &#224; 25 ans, dans des associations d'au moins trente membres, &#224; parit&#233; femmes/hommes, le parti &#233;tait pris de changer les m&#233;thodes de recherche en cours &#224; l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, les participant&#183;es ont abord&#233; en dioula, en bambara, en wolof&#8230; les concepts questionn&#233;s &#8211; genre, citoyennet&#233;, soci&#233;t&#233; num&#233;rique, jeunesse, violences &#8211; sur un temps long (deux ans), avec diff&#233;rents moyens, dont le ludique et les discussions ouvertes, et dans de multiples formats dont l'expression th&#233;&#226;trale, des jeux de r&#244;les, des captures vid&#233;o, des illustrations et enfin la publication sur internet. Une partie des gar&#231;ons s'est employ&#233;e &#224; cr&#233;er des blogs (transmission &#233;crite num&#233;rique), les filles s'engouffrant plus facilement dans un r&#244;le de m&#233;diation par la traduction, la reformulation&#8230; (transmission pr&#233;sentielle orale). Gr&#226;ce &#224; la traduction simultan&#233;e par les participant&#183;es iels-m&#234;mes, le fran&#231;ais a servi de langue commune pour d&#233;battre &#224; &#233;galit&#233;. Plusieurs listes de discussion &#233;lectroniques ont &#233;t&#233; ouvertes par les responsables du projet pour que chacun&#183;e puisse directement ou par interm&#233;diaire s'exprimer tout au long des diff&#233;rentes phases de la recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une partie des jeunes, au m&#234;me niveau que les chercheuses et chercheurs, a particip&#233; &#224; l'&#233;valuation de la recherche, ce qui a amen&#233; l'&#233;quipe &#224; modifier ses m&#233;thodologies et &#224; introduire de la r&#233;flexivit&#233; de recherche.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7008 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L424xH744/2d8de7450accf58e-48c5d1a2-0d250.png?1781038076' width='424' height='744' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les concepts savants ont &#233;t&#233; d&#233;battus mais surtout confi&#233;s aux jeunes qui les ont eux-m&#234;mes critiqu&#233;s. Iels ont ainsi mis l'accent sur la n&#233;cessit&#233; de ne plus compartimenter les concepts &#8211; genre, citoyennet&#233;, jeunesse, soci&#233;t&#233; num&#233;rique, violences &#8211; et de cesser de travailler sur les zones binaires d'intersection &#8211; entre jeunesse et TIC, d&#233;veloppement et TIC, genre et d&#233;veloppement&#8230; &#8211; dans le but de faire &#233;merger une vision globale de ce qu'iels vivent. En &#233;liminant des angles morts ou des zones d'ombre, en se rendant visibles, les auteurices des r&#233;cits ont pu questionner les soci&#233;t&#233;s de la postcolonie et de l'information. Les pens&#233;es ainsi lib&#233;r&#233;es ont introduit une nouvelle logique de production et de transmission de savoirs, qui repose moins sur la connaissance acad&#233;mique ou institutionnelle, l&#224; o&#249; se sacralise le savant[17], que sur la culture et sur le v&#233;cu quotidien, ce qui est socialement consid&#233;r&#233; comme non savant par les soci&#233;t&#233;s occidentales. En outre, alors que dans la majorit&#233; des soci&#233;t&#233;s d'Afrique de l'Ouest, les paroles des jeunes femmes sont traditionnellement rel&#233;gu&#233;es au dernier rang de l'expression publique &#8211; la pudeur, la honte, l'imp&#233;ratif du respect, leur interdit de parler en public de leur intime &#8211; et le r&#244;le qui leur est r&#233;serv&#233; est celui de victime ayant besoin de l'aide des hommes (p&#232;re, fr&#232;re, mari), un espace leur a &#233;t&#233; propos&#233; pour qu'elles s'exercent au jeu de la relation entre &#233;prouver et agir[18] (savoir et faire), central &#224; la production de connaissance. &#171; Dire &#187; en public leur vie quotidienne de jeune femme, ou quelques-uns de ses &#171; &#233;l&#233;ments &#187;, en repoussant les limites de ce qui est enfoui, a d&#233;bouch&#233; sur l'explicitation de leur exp&#233;rience[19], dans leur propre langue, en liant leur compr&#233;hension des violences &#8211; les mutilations sexuelles &#8211; &#224; son action pour les d&#233;passer. Ce lien a ouvert &#224; l'incarnation de chacune. Cette d&#233;marche s'est oppos&#233;e &#224; &#171; l'explication &#187;, en substituant &#224; la question du &#171; pourquoi &#187; celle du &#171; comment du v&#233;cu &#187;[20] des MGF. Confront&#233;es &#224; mais surtout actrices du contexte o&#249; elles se situent, les jeunes femmes ont pu observer qu'elles &#233;taient de r&#233;elles expertes de la sant&#233;, de la s&#233;curit&#233;, du d&#233;veloppement, du politique, de la crise &#233;conomique mondiale, des violences, etc. Les &#233;changes entre filles et gar&#231;ons ont pu s'installer librement, ce qui a doubl&#233; la dynamique &#233;pist&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dispositif convoqu&#233; a contredit l'imm&#233;diatet&#233; et l'addiction produites par les outils num&#233;riques. En n'&#233;tant pas connect&#233;s, en ne pratiquant pas la langue de ces outils, en &#233;tant souvent &#233;loign&#233;&#183;es des TIC, les jeunes ont &#233;vit&#233; l'autoroute universaliste de la soci&#233;t&#233; de l'information. La constance des &#233;laborations de pens&#233;e et leur publication sur le web ont cr&#233;&#233; une alternative &#233;pist&#233;mique, tant pour la lenteur du rythme qui leur a &#233;t&#233; octroy&#233; que pour leur &#233;nonc&#233;, le plus souvent ancr&#233; dans un intime confront&#233; aux violences ou encore pour la mutation du statut social des jeunes, d'objet en celui de sujet[21], que ces expressions ont suscit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7009 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pressegauche.org/IMG/png/capture_d_e_cran_le_2022-10-31_a_12.39_40.png?7009/87e4cbec9e95965563129831501ec258934ff237bb57b5d62f9d58eb6eab8a87&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L500xH692/87e4cbec9e959655-f24ff909-effe1.png?1782041027' width='500' height='692' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces savoirs non savants ont &#233;t&#233; rendus visibles sur des supports papier ou num&#233;riques &#224; l'aide d'interm&#233;diaires, des jeunes et des chercheuses et chercheurs, qui ont pris en charge la transcription et la mise en ligne en fran&#231;ais des contenus. Iels ont agi moins en journalistes, traducteur&#183;trices ou professionnel&#183;les de la connaissance, qu'en tant que &#171; passeuses et passeurs de savoirs &#187;. Iels ont scrut&#233; chez les jeunes ce qui fait information, c'est-&#224;-dire ce qui donne forme &#8211; &#171; informare &#187; en latin &#8211; au r&#233;el. Leur strat&#233;gie a consist&#233; &#224; repartir du v&#233;cu quotidien, &#224; qualifier les savoirs li&#233;s aux multiples cultures et &#224; exp&#233;rimenter des contournements de la connaissance institutionnelle &#224; travers l'expression publique du priv&#233;. Iels ont consid&#233;r&#233; leurs interlocuteur&#183;trices, celleux qui vivent le quotidien du terrain, comme leurs &#233;gaux, ayant autant de qualification qu'elleux-m&#234;mes. Iels ont pris en compte des espaces et temps propres des jeunes ce qui a permis la mise en exergue de la relation contextualis&#233;e de l'individu&#183;e avec le savoir (ch&#244;mage, pauvret&#233;, malnutrition, analphab&#233;tisme, sant&#233; pr&#233;caire, violence, etc.). Cela a permis de transformer l'id&#233;e de savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette recherche a d&#233;pass&#233; la d&#233;nonciation n&#233;cessaire des violences ou des in&#233;galit&#233;s dans le virtuel et dans le r&#233;el pour produire de la connaissance, sans quoi le risque de proroger l'invisibilit&#233; consacr&#233;e aux luttes f&#233;ministes demeure effectif. Au-del&#224; de la victimisation, de la demande de protection ou d'&#233;coute, des dol&#233;ances ou des revendications, de la critique, elle a rompu avec les dominations car elle a tout &#224; la fois mis en action des protagonistes, mis en commun leurs connaissances et transform&#233; les savoirs. Elle a &#233;t&#233; &#224; contre-courant de toute tentative de totalitarisme. Hannah Arendt avait pr&#233;venu : &#171; Pour s'implanter, le totalitarisme a besoin d'individus isol&#233;s et d&#233;cultur&#233;s, d&#233;racin&#233;s des rapports sociaux organiques, atomis&#233;s socialement et pouss&#233;s &#224; un &#233;go&#239;sme extr&#234;me. &#187;[22]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette exp&#233;rience a fait la d&#233;monstration que diffuser des savoirs non savants est un acte de r&#233;sistance car cela politise le contexte o&#249; ils sont produits et redonne ainsi de la signification au politique. En d&#233;finitive, elle a fouill&#233; des strat&#233;gies de contournement de la colonialit&#233; num&#233;rique &#224; travers les savoirs du priv&#233;, de l'intime, de l'invisibilit&#233;. Elle a permis de poser, &#224; l'&#233;chelle de masse, les questions du contr&#244;le des contenants et de la ma&#238;trise des contenus, qui demandent &#224; &#234;tre produits par, et non simplement fournis pour, ces jeunes subalternes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Partir du v&#233;cu pour se d&#233;tacher des normes et faire m&#233;moire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure, je voudrais &#233;tablir un lien entre ces pratiques &#171; venues d'ailleurs &#187; et, qui sait, peut-&#234;tre les v&#244;tres aujourd'hui ou demain. Dans les exemples que nous avons pass&#233; en revue, les luttes naissent du quotidien, l&#224; o&#249; le v&#233;cu les inspire, l&#224; o&#249; l'imagination, stimul&#233;e par l'urgence, reprend le pouvoir. C'est-&#224;-dire dans le r&#233;el, en opposition au virtuel. Par ces exp&#233;riences, les protagonistes s'efforcent de se d&#233;tacher des mod&#232;les et des normes des TIC et de d&#233;passer l'enchantement de la &#171; r&#233;volution &#187; internet pour poser un regard critique sur les dominations qu'il sert : acc&#233;l&#233;ration, concurrence, surench&#232;re &#233;pist&#233;mique, occidentalisation des subalternes, renforcement du capitalisme et des divisions sociales&#8230; Iels s'emparent des TIC comme outil de r&#233;sistance. Dans le cas africain, iels les ont utilis&#233;es comme v&#233;hicule de m&#233;moires ou de savoirs, c'est-&#224;-dire de cr&#233;ation de pens&#233;e subalterne. Cet objectif garantit la sortie de l'individuel, de l'&#233;gocentrisme, de l'entre-soi ou encore du ponctuel isol&#233; et approvisionne une vision politique des rapports sociaux qui &#224; son tour &#233;taye solidement les actions dans le r&#233;el. On peut alors parler de radicalit&#233; qui sert une transgression active.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joelle Palmieri &#8211; 20 octobre 2022 &#8211; Remerciements &#224; Catherine Fraixe pour son invitation au s&#233;minaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Anibal Quijano, &#171; Colonialit&#233; du pouvoir et d&#233;mocratie en Am&#233;rique latine &#187;, Multitudes &#171; Am&#233;rique latine d&#233;mocratie et exclusion, Quelles transitions &#224; la d&#233;mocratie ? &#187;, juin 1994.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Maria Lugones, &#171; Colonialidad y g&#233;nero &#187;, Tabula Rasa, n&#176; 9, Bogot&#225;, Universidad Colegio Mayor de Cundinamarca, 2008, p. 73-101.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Oy&#233;ronk&#233; Oyewumi, The Invention of Women. Making an African Sense of Western Gender Discourses, Minneapolis, University of Minnesota Press, 1997, 229 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Gayatri C. Spivak, In Other Worlds : Essays in Cultural Politics, New York, Routledge, 1988, 336 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Nicole Boub&#233;e, Claire Safont-Mottay et Frank Martin, La num&#233;risation de la vie des jeunes : Regards pluridisciplinaires sur les usages juv&#233;niles des m&#233;dias sociaux, &#201;ditions L'Harmattan, 2019, 208 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Christophe Aguiton et Dominique Cardon, &#171; Militants et TIC &#187;, Djilali Benamrane, Bruno Jaffre et Fran&#231;ois-Xavier Verschave (dir.), Les t&#233;l&#233;communications entre bien public et marchandise, Paris, Charles-L&#233;opold Mayer, 2005, 377 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Genevi&#232;ve Fraisse, A c&#244;t&#233; du genre : sexe et philosophie de l'&#233;galit&#233;, Paris : Le bord de l'eau, coll. &#171; Diagnostics &#187;, 2010, 470 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Marie-Anne Paveau, &#171; F&#233;minismes 2.0. Usages technodiscursifs de la g&#233;n&#233;ration connect&#233;e &#187;, Argumentation et Analyse du Discours, n&#176; 18, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Donna Haraway, Manifeste cyborg et autres essais. Sciences-Fictions-F&#233;minismes. Anthologie &#233;tablie par L. Allard, D. Gardey et N. Magnan, Paris, Exils, Essais, 2007, 333 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Clara Monnoyeur, &#171; Aux beaux-arts, les &#233;tudiantes ne veulent plus s&#233;parer le harceleur du professeur &#187;, StreetPress, 8 f&#233;vrier 2021, &lt;&lt;a href=&#034;https://www.streetpress.com/sujet/1612782917-metoo-harcelement-sexuel-beaux-arts-etudiantes-professeur-agression-patriarcat-culture&gt;&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.streetpress.com/sujet/1612782917-metoo-harcelement-sexuel-beaux-arts-etudiantes-professeur-agression-patriarcat-culture&gt;&lt;/a&gt;, consult&#233; le 18 janvier 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Nina Kozlowski, &#171; Maroc : #MeToo sur les bancs de l'universit&#233; &#187;, jeuneafrique, 8 janvier 2022, &lt;&lt;a href=&#034;https://www.jeuneafrique.com/1291366/politique/maroc-metoo-sur-les-bancs-de-luniversite/&gt;&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.jeuneafrique.com/1291366/politique/maroc-metoo-sur-les-bancs-de-luniversite/&gt;&lt;/a&gt;, consult&#233; le 19 janvier 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Louise Jousse, &#171; Le cyberactivisme : une force mobilisatrice qui r&#233;volutionne l'engagement militant f&#233;minin &#187;, Institut du Genre en G&#233;opolitique, 2020, &lt;&lt;a href=&#034;https://igg-geo.org/?p=2307#_ftn1&gt;&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://igg-geo.org/?p=2307#_ftn1&gt;&lt;/a&gt;, consult&#233; le 18 janvier 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Reine Prat, Exploser le plafond &#8211; Pr&#233;cis de f&#233;minisme &#224; l'usage du monde de la culture, Paris : Rue de l'Echiquier, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Source : UIT, &#171; Facts and Figures 2021 : 2.9 billion people still offline &#187;, 29 novembre 2021, &lt;&lt;a href=&#034;https://www.itu.int/hub/2021/11/facts-and-figures-2021-2-9-billion-people-still-offline/&gt;&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.itu.int/hub/2021/11/facts-and-figures-2021-2-9-billion-people-still-offline/&gt;&lt;/a&gt;, consult&#233; le 19 janvier 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Sources : Ethnologue, &lt; &lt;a href=&#034;https://www.ethnologue.com&gt;&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ethnologue.com&gt;&lt;/a&gt;, consult&#233; le 19 janvier 2022 ; &#171; Usage statistics of content languages for websites &#187;, novembre 2021, &lt;&lt;a href=&#034;https://w3techs.com/technologies/overview/content_language&gt;&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://w3techs.com/technologies/overview/content_language&gt;&lt;/a&gt;, consult&#233; le 19 janvier 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Marie-H&#233;l&#232;ne Mottin-Sylla &amp; Joelle Palmieri, excision : les jeunes changent l'Afrique par les TIC, Dakar, enda, 2009, 124 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Isabelle Stengers, Sciences et pouvoirs. La d&#233;mocratie face &#224; la technoscience, Paris, La D&#233;couverte, 2002, 120 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] John Dewey, L'art comme exp&#233;rience, Paris, Collection Folio essais (n&#176; 534), Gallimard, 2010, 608 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Pierre Vermersch, L'entretien d'explicitation, Montrouge, ESF &#233;diteur, 1994 [6e &#233;dition 2010], 220 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Nadine Faingold, &#171; De l'explicitation des pratiques &#224; la probl&#233;matique de l'identit&#233; professionnelle : d&#233;crypter les messages structurants &#187;, Revue Expliciter, n&#176; 26, septembre 1998, p. 17-20.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Georges Duby et Mich&#232;le Perrot (dir.), Histoire des femmes en Occident, Paris, Plon, 1990-1991, 5 volumes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Hannah Arendt, The Origins of Totalitarianism, 3 volumes, New York : Harcourt Brace &amp; Co., 1951.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Racisme, colonialit&#233;&#8230; les invisibles de la sant&#233;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Racisme-colonialite-les-invisibles-de-la-sante</link>
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		<dc:date>2022-10-11T07:06:21Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joelle Palmieri</dc:creator>


		<dc:subject>Le mouvement des femmes dans le monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2022-10-11</dc:subject>

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&lt;p&gt;Je fais l'hypoth&#232;se que la colonialit&#233; transforme le rapport entre puissance et impuissance des patientes racis&#233;es pauvres. Le vendredi 23 septembre 2022, je participais (en visioconf&#233;rence) &#224; la table ronde &#171; Decolonising health : A new anti-racist and research approach or a buzzword to address social justice agenda ? &#187; du panel &#171; Sant&#233;, in&#233;galit&#233;s raciales et intersectionnalit&#233; &#187; organis&#233; par Clara Affun-Adegbulu et Sarah Demart de l'Universit&#233; libre de Bruxelles. Avec les trois autres (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Femmes-" rel="directory"&gt;Mouvement des femmes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Le-mouvement-des-femmes-dans-le-monde-+" rel="tag"&gt;Le mouvement des femmes dans le monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2022-10-11-+" rel="tag"&gt;Edition du 2022-10-11&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L103xH150/arton54333-2db18.png?1782041027' class='spip_logo spip_logo_right' width='103' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Je fais l'hypoth&#232;se que la colonialit&#233; transforme le rapport entre puissance et impuissance des patientes racis&#233;es pauvres. Le vendredi 23 septembre 2022, je participais (en visioconf&#233;rence) &#224; la table ronde &#171; Decolonising health : A new anti-racist and research approach or a buzzword to address social justice agenda ? &#187; du panel &#171; Sant&#233;, in&#233;galit&#233;s raciales et intersectionnalit&#233; &#187; organis&#233; par Clara Affun-Adegbulu et Sarah Demart de l'Universit&#233; libre de Bruxelles. Avec les trois autres intervenantes, Marie Meudec, Sharon Omankoy et Quinndy Akeju, les questions de racisme et de colonialit&#233; dans la sant&#233; ont &#233;t&#233; largement point&#233;es en tant que handicaps s&#233;rieux d'acc&#232;s aux soins.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; de &lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/10/06/racisme-colonialite-les-invisibles-de-la-sante/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Entre les lignes et les mots&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le choix du fran&#231;ais comme langue d'&#233;change a permis la participation de personnes pour lesquelles l'anglais n'est pas usuel. De la m&#234;me fa&#231;on, le choix &#233;tait pris de mixer les publics : universitaires, &#233;tudiant&#183;es mais aussi professionnel&#183;les. M&#234;me si le temps des questions fut court, la formation des professionnel&#183;les de sant&#233; est ressortie comme un d&#233;fi majeur de changement des pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon intervention au format texte &#224; lire ci-dessous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci encore aux organisatrices de la table ronde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Colonialit&#233; dans la sant&#233; : entre mythe du rattrapage et transgression &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis militante f&#233;ministe depuis tr&#232;s longtemps ; je suis originaire de la Seine- Saint-Denis en France ; en tant que malade, je suis personnellement concern&#233;e par le secteur de la sant&#233; ; j'ai &#233;t&#233; journaliste et je suis d&#233;sormais politologue. Dans ce cadre, j'ai travaill&#233; sur la colonialit&#233; num&#233;rique qui r&#233;git les relations entre les &#201;tats et les populations, entre les &#201;tats et entre les populations, notamment en Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je souhaite aujourd'hui vous pr&#233;senter un travail sur les impacts en France de la colonialit&#233; du pouvoir [1], des savoirs, et du genre [2], sur la prise en charge des femmes malades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fais l'hypoth&#232;se que la colonialit&#233; transforme le rapport entre puissance et impuissance des patientes racis&#233;es pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour caract&#233;riser cette colonialit&#233;, mon intervention se fera en trois points :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sant&#233; reproduit des violences r&#233;elles : physiques, psychologiques, mais aussi &#233;pist&#233;miques ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble de ces violences s'inscrit dans un h&#233;ritage particulier (le colonialisme fran&#231;ais), &#224; l'origine d'un mythe du rattrapage v&#233;hicul&#233; par le centre aupr&#232;s de la p&#233;riph&#233;rie ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire du soin transmet un imaginaire paternaliste, individualisant, essentialiste qui a des impacts particuliers sur les femmes de la diaspora.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour finir, j'aborderai quelques pistes de pratiques transgressives aux politiques et th&#233;ories sanitaires dominantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de mon intervention, j'utilise le terme &#171; subalterne &#187; pour d&#233;signer une cat&#233;gorie sociale, non privil&#233;gi&#233;e, pauvre, de classe populaire, racis&#233;e, voire marginalis&#233;e, dans toutes les soci&#233;t&#233;s, au centre (Europe de l'Ouest et d'Am&#233;rique du Nord) ou &#224; la p&#233;riph&#233;rie (les &#201;tats dits du &#171; Sud &#187;). J'utilise &#233;galement le terme &#171; racis&#233; &#187; pour caract&#233;riser toute personne non blanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les violences &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re dimension de la colonialit&#233; dans le secteur de la sant&#233; est la production de violences. Pour le comprendre, je pars de cette d&#233;finition : la colonialit&#233; est l'ensemble des rapports de domination cr&#233;&#233;s par la reproduction patriarcale de la mondialisation, du capitalisme et de l'occidentalisation, et ant&#233;rieurement du colonialisme. Elle a pr&#233;c&#233;d&#233;, accompagn&#233; et d&#233;pass&#233; les situations coloniales. Aussi, elle reproduit les violences de l'ancienne puissance fran&#231;aise, coloniale et imp&#233;rialiste,sur les subalternes. Parmi ces subalternes, les femmes subissent des violences sp&#233;cifiques qui, loin d'&#234;tre symboliques, sont r&#233;elles [3], verbales, psychologiques, physiques et sexuelles. Ce qui est vis&#233; : le contr&#244;le de leur corps en tant que personnes d&#233;di&#233;es &#224; la reproduction sexuelle [4] et &#224; la gestion de la vie quotidienne (&#233;ducation, sant&#233;, alimentation des m&#233;nages).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suivant cette logique, la m&#233;decine fran&#231;aise diff&#233;rencie banalement les sexes selon l'&#171; essence &#187; f&#233;minine ou masculine [5], la biologie ou la physiologie, c'est-&#224;-dire ce qui est inn&#233; et immuable. Elle abstrait les sexes du contexte social, de l'&#233;ducation, de la culture, de l'histoire, c'est-&#224;-dire ce qui est acquis et transformable. Les femmes subalternes sont r&#233;duites &#224; des r&#244;les de victimes ou d'objets immobiles, ayant besoin d'encadrement technique dans leur prise en charge m&#233;dicale. Par ailleurs, &#233;tant moins attentives &#224; elles-m&#234;mes en raison de leur r&#244;le social &#8211; prendre soin des autres &#8211;, elles sont consid&#233;r&#233;es comme &#171; profanes &#187; des soins [6]. Par effet ricochet et paradoxalement, elles contribuent &#224;&#768; la biologisation des in&#233;galit&#233;s de genre, en souscrivant &#224; l'id&#233;e que la division des sexes est li&#233;e &#224; leur &#171; nature &#187; : elles sont faibles en raison de leurs hormones, de leurs chromosomes, de leurs cycles&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces violences de genre, qui s'imbriquent avec les violences produites par les rapports sociaux de classe et de race, sont aliment&#233;es par des expressions, imaginaires, repr&#233;sentations et descriptions de savoirs et connaissances h&#233;rit&#233;s du colonialisme [7]. Elles en deviennent &#233;pist&#233;miques. Selon Achille Mbemb&#233;, les violences &#233;pist&#233;miques sont entendues par le centre comme un &#171; &#233;tat naturel des choses &#187; et sont donc miniaturis&#233;es [8]. Elles s'inscrivent dans un r&#233;cit historique qui prend l'exp&#233;rience europ&#233;enne comme unique r&#233;f&#233;rence g&#233;ographique, culturelle et politique, ce qui est nomm&#233; par Gayatri Spivak &#171; l'essentialisme des Lumi&#232;res &#187; [9]. Elles jouent un r&#244;le de maintien des &#171; hommes blancs riches &#187; aux postes de prise de d&#233;cision, l&#224; o&#249; le savoir est sacralis&#233;, et des &#171; femmes noires pauvres &#187; &#224; des postes subalternes : elles ne peuvent pas parler, leur pens&#233;e n'est pas repr&#233;sent&#233;e [10].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les violences &#233;pist&#233;miques accentuent les difficult&#233;s des femmes malades racis&#233;es pauvres &#224; fr&#233;quenter les lieux de sant&#233;, parce qu'ils sont des espaces de transmission des savoirs dominants. Elles demeurent les personnes &#224; aider, &#224; prot&#233;ger, et non les personnes dot&#233;es d'une expertise, au moins celle de la maladie. Elles sont de ce fait peu consult&#233;es sur la p&#233;dagogie &#224; mettre en place dans les enseignements visant les personnels soignants. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une d&#233;pendance li&#233;e &#224; un h&#233;ritage sp&#233;cifique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me dimension de la colonialit&#233; est la cr&#233;ation de d&#233;pendance entre dominants et subalternes, qui selon. SelonImmanuel Wallerstein, elle est construite socialement, n'est pas fig&#233;e dans le temps et dans l'espace et s'auto-reproduit [11]. Cette d&#233;pendance formalise un h&#233;ritage qui, m&#234;l&#233; &#224; celui de l'esclavage, structure selon Eleni Varikas la fondation de la &#171; modernit&#233; politique &#187; occidentale [12]. Cette modernit&#233; s'inscrit dans une localisation, c'est-&#224;-dire une histoire et une g&#233;ographie, mais aussi une pens&#233;e, qui d&#233;finissent selon Walter Mignolo une &#171; g&#233;opolitique de la connaissance &#187; [13] par laquelle le centre domine la p&#233;riph&#233;rie diff&#233;remment selon les continents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple de la colonisation fran&#231;aise montre selon Malek Bouyahia que les m&#233;decins ont par leurs rapports m&#233;dicaux, leurs essais sur les situations sanitaires des colonies ou encore dans leurs m&#233;moires, d&#233;pass&#233; le cadre de la pratique m&#233;dicale pour jouer un r&#244;le majeur dans l'entreprise coloniale de cr&#233;ation de d&#233;pendance [14]. Aujourd'hui encore, selon Gr&#233;goire Chamayou, ils exp&#233;rimentent sur des personnes qui leur sont soumises, en adoptant une posture de p&#232;re (de mineur civique) ou de ma&#238;tre (d'esclave) [15]. Comme le souligne Delphine Peiretti-Courtis, ils perp&#233;tuent notamment l'id&#233;e que le corps noir est plus immunis&#233;, plus fort, plus endurant que celui des Blancs [16] tout en renvoyant selon Mbemb&#233; &#171; le n&#232;gre &#187; &#224; l'&#233;tat d'animal dont le corps doit &#234;tre brid&#233; et l'esprit domestiqu&#233; [17]. Cette naturalisation s'accroche &#224; l'&#171; animalit&#233; &#187; des rapports entre femmes et hommes noirs, ce qui donne une image &#171; naturellement offert &#187; du corps f&#233;minin et donc ouvert au viol, aux exp&#233;riences, aux fantasmes les plus exotiques, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette cr&#233;ation de d&#233;pendance sanitaire s'accroche &#224; une d&#233;pendance parall&#232;le qui est &#233;tablie entre personnes en travail r&#233;mun&#233;r&#233; et personnes sans emploi ou non r&#233;mun&#233;r&#233;es, valides et invalides. Elle peut &#234;tre illustr&#233;e par une pyramide. La pointe &#233;merg&#233;e de cette pyramide est le march&#233; du travail. Les subalternes, femmes et hommes, en bonne sant&#233; y assurent la production (de biens ou de services). &#192; sa base, les femmes subalternes, valides ou invalides, renouvellent et entretiennent gratuitement la force de travail et la gestion des ressources au sein des m&#233;nages. Comme le souligne Maria Mies, un &#171; mythe du d&#233;veloppement par rattrapage &#187; [18], de la base vers la pointe de la pyramide, maintient les femmes subalternes dans l'illusion qu'elles sont l&#224; encore des objets victimes et non pas des sujets agissants, ce qui les rend incapables de penser par elles-m&#234;mes. On assiste &#224; un d&#233;racinement &#233;pist&#233;mique, c'est-&#224;-dire &#224; une hi&#233;rarchisation des savoirs, entre femmes et hommes, entre riches et pauvres, entre &#171; racis&#233;s &#187; et &#171; Blancs &#187; (toute combinaison &#233;tant possible), ce qui au bout du compte cr&#233;e de l'ignorance : celle, par les dominants des savoirs experts des subalternes et celle par les domin&#233;s de la repr&#233;sentation de leurs propres savoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un imaginaire m&#233;dical colonial &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me dimension de la colonialit&#233; s'incarne dans l'histoire du soin, dans le sens &#171; apporter un soin &#187; &#8211; en anglais cure. Les responsables des politiques publiques de sant&#233;, les personnels m&#233;dicaux ou administratifs dispensent, dans leur grande majorit&#233;, une parole paternaliste largement emprunt&#233;e par le colonialisme : ils se placent en protecteurs d&#233;sint&#233;ress&#233;s des patientes, ayant autorit&#233; naturelle pour les guider. Les femmes subalternes sont apparent&#233;es &#224; des mineures civiques ce qui les rend impuissantes. Leur prise en charge m&#233;dicale en est affect&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parall&#232;le des biais de genre de la recherche et de la pratique m&#233;dicale &#8211; essais cliniques sur les hommes, sous-diagnostics des pathologies chez les femmes [19], non r&#233;flexivit&#233;&#8230; &#8211; un discours dominant consiste &#224; ass&#233;ner aux patientes l'id&#233;e que la gu&#233;rison est personnelle, qu'elle vient d'elles, qu'il est temps qu'elles prennent soin d'elles, qu'elles se secouent, comme si elles avaient fait expr&#232;s d'&#234;tre malades. Comme pour la plupart des fl&#233;aux &#8211; viol, f&#233;minicide, &#233;pid&#233;mies&#8230; &#8211;, l'accent est mis sur le &#171; soutien aux victimes &#187; accompagn&#233; de conseils sur l'&#171; estime de soi &#187;, le &#171; travail du deuil &#187;, le &#171; l&#226;cher prise &#187;&#8230; Cette individualisation fait des femmes malades les seules coupables (des fl&#233;aux). Elle emp&#234;che de d&#233;signer, juger et sanctionner les r&#233;els &#171; coupables &#187; qui sont les politiques publiques de sant&#233; ignorantes, la lib&#233;ralisation et la financiarisation du syst&#232;me de sant&#233;, le sexisme endog&#232;ne, et autrefois l'empire&#8230; Cette inversion de la culpabilit&#233; structure les rapports de domination produits par le secteur de la sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paternaliste, individualisante, essentialiste, la sant&#233; telle qu'elle est pens&#233;e et pratiqu&#233;e en France en direction des femmes de la diaspora n'a de plus aucun caract&#232;re d&#233;colonial. Elle est le produit et produit ce que Michel Cahen nomme un &#171; h&#233;ritage par pesanteur &#187; dans le prolongement de &#171; l'occidentalisation subalterne &#187; [20]. Concr&#232;tement, la sant&#233; renforce le poids de l'h&#233;ritage constat&#233; dans les anciennes colonies, en particulier en Afrique, qui se mesure aux tentatives r&#233;currentes de certains penseurs du centre ou de la p&#233;riph&#233;rie d'homog&#233;n&#233;iser les trajectoires, les histoires, les m&#233;moires, les exp&#233;riences, les cultures, les temporalit&#233;s, les humanismes&#8230; autant de constructions personnelles ou collectives qui, une fois universalis&#233;es, deviennent consubstantielles &#224; la violence [21].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des pratiques transgressives &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je propose d'&#233;voquer maintenant des pratiques sanitaires, au sens &#171; prendre soin &#187; &#8211; en anglais care, qui sont en r&#233;sistance. En valorisant et en transmettant des savoirs de malades, elles inversent les logiques de production de savoirs institu&#233;es par le centre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 2000, en Afrique du Sud, des organisations f&#233;ministes ont organis&#233; l'expression et la transmission de savoirs intimes de femmes subalternes malades du sida, en milieu rural et en milieu urbain dans les bidonvilles. Sous forme de r&#233;cits oraux de vie, ces femmes ont, gr&#226;ce &#224; des &#171; passeuses de savoirs &#187;, investi une d&#233;marche sp&#233;cifique de transmission de m&#233;moire dont on peut tirer quelques le&#231;ons. En voici quelques lignes directrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choix effectu&#233;s d&#233;suniversalisent la connaissance parce qu'ils introduisent une logique qui repose moins sur les savoirs acad&#233;miques ou institutionnels, que sur l'exp&#233;rience du v&#233;cu. L'oralit&#233;, dans ce cas plus facile que l'&#233;criture, transgresse la division sph&#232;re publique/sph&#232;re priv&#233;e car elle ouvre aux femmes qui parlent un champ qui, en raison des facteurs d'exclusion sociale, leur est usuellement inaccessible, comme par exemple la sexualit&#233;. Tout ce qui est dit est retranscrit puis diffus&#233; sur diff&#233;rents supports, papier, num&#233;rique, audiovisuel&#8230; La prise en compte des espaces et temps propres des r&#233;citantes (les rencontres se produisent dans des lieux et &#224; des moments qu'elles choisissent) assouplie leur prise de parole. Les r&#233;citantes se sentent autonomes, libres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de compl&#233;ter les pi&#232;ces d'une m&#233;moire nationale &#8211; dans le cas de l'Afrique du Sud marqu&#233;e par la colonisation, l'apartheid et le capitalisme puis le sida &#8211;, les r&#233;citantes &#233;ditent leur propre carte d'identit&#233;, ce qui concourt &#224; &#233;chafauder une cartographie du monde bas&#233;e sur des crit&#232;res g&#233;n&#233;rationnels, linguistiques, ethniques, culturels, religieux ou g&#233;ographiques multiples. Chaque identit&#233; qui se dit contredit l'injonction identitaire institutionnelle qui est homog&#233;n&#233;isante. Sa transmission permet de se croiser avec d'autres, ce qui augmente le pouvoir de donner &#224; penser. Cette &#171; identit&#233; collective f&#233;minine &#187; (comme je la nomme) entre en conflit avec l'id&#233;e d'identit&#233; nationale, tr&#232;s forte en Afrique du Sud, qui tend &#224; placer la revendication d'identit&#233; de race en t&#234;te de l'appareil &#224; d&#233;faire les in&#233;galit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le seul plan des violences, en r&#233;v&#233;lant leur intime, les t&#233;moins-femmes contredisent les lois sociales qui con&#231;oivent la sexualit&#233; comme un actif masculin et la sexualit&#233; f&#233;minine au service des hommes, et tol&#232;rent ainsi les violences &#224; l'&#233;gard des femmes. Cette r&#233;v&#233;lation (de l'intime) offre une &#171; l&#233;gitimit&#233; &#187; sociale si bien qu'on peut parler d'&#171; intime r&#233;v&#233;lateur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour finir, ces femmes, confront&#233;es mais surtout actrices de la survie quotidienne, deviennent en parlant les r&#233;elles expertes de la sant&#233;, mais aussi de la crise &#233;conomique, du changement climatique, des violences, du ch&#244;mage, de la pauvret&#233;, de la malnutrition, de l'illettrisme, du racisme, etc. Elles se transforment en sujets qui s'opposent fortement au monolithisme de l'&#233;pist&#233;mologie du centre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Annibal Quijano, &#171; Colonialit&#233; du pouvoir et d&#233;mocratie en Am&#233;rique latine &#187;, Multitudes &#171; Am&#233;rique latine d&#233;mocratie et exclusion, Quelles transitions &#224; la d&#233;mocratie ? &#187;, juin 1994, &lt;a href=&#034;http://www.multitudes.net/Colonialite-du-pouvoir-et/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.multitudes.net/Colonialite-du-pouvoir-et/&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
[2] Maria Lugones, &#171; Colonialidad y g&#233;nero &#187;, Tabula Rasa, n&#176; 9, Bogot&#225;, Universidad Colegio Mayor de Cundinamarca, 2008, p. 73-101.&lt;br class='autobr' /&gt;
[3] Nicole Claude-Mathieu &#233;voque le terme oppression pour d&#233;finir les violences exerc&#233;es par les hommes sur les femmes et insiste sur l'id&#233;e de &#171; violence exerc&#233;e, d'exc&#232;s, d'&#233;touffement &#187;. Nicole Claude-Mathieu, &#171; L'arraisonnement des femmes, Essais en anthropologie des sexes &#187;, Cahiers de l'Homme n&#176; 24, Paris, &#201;ditions de l'&#201;cole des Hautes &#201;tudes en Sciences sociales, 1985, p. 101-106. &lt;br class='autobr' /&gt;
[4] Paola Tabet, La Construction sociale de l'in&#233;galit&#233; des sexes. Des outils et des corps, Paris-Montr&#233;al : L'Harmattan (&#171; Biblioth&#232;que du f&#233;minisme &#187;), 1998, 206 p. &lt;br class='autobr' /&gt;
[5] Fran&#231;oise Collin, Le philosophe travesti ou le f&#233;minin sans les femmes, communication pr&#233;sent&#233;e dans le cadre du Colloque : Les formes de l'anti f&#233;minisme contemporain, qui s'est tenu au Centre Georges-Pompidou &#224; Paris en d&#233;cembre 1991.&lt;br class='autobr' /&gt;
[6] Maril&#232;ne Vuille et al., &#171; La sant&#233; est politique &#187;, in Nouvelles Questions F&#233;ministes, vol. 25, n&#176; 2, 2006, p. 4-15.&lt;br class='autobr' /&gt;
[7] Gayatri C. Spivak, In Other Worlds : Essays in Cultural Politics, New York, Routledge, 1988, 336 p.&lt;br class='autobr' /&gt;
[8] Achille Mbembe, De la postcolonie. Essai sur l'imagination politique dans l'Afrique contemporaine, Paris, La D&#233;couverte, coll. &#171; La D&#233;couverte Poche / Essais &#187;, 2020, 334 p., [1re &#233;d. Karthala &#8211; 2005, pr&#233;f. Nadia Yala Kisukidi].&lt;br class='autobr' /&gt;
[9] Gayatri C. Spivak, &#8220;Can the Subaltern Speak ? (Les Subalternes peuvent-illes parler ?)&#8221;, Cary Nelson et Lawrence Grossberg (dir.), Marxism and the Interpretation of Culture, Chicago, University of Illinois Press, 1988, 738 p., p. 271-313.&lt;br class='autobr' /&gt;
[10] Ibid. &lt;br class='autobr' /&gt;
[11] Immanuel Wallerstein, Impenser la science sociale. Pour sortir du XIXe si&#232;cle, Paris, Puf, 1995, 320 p. (&#171; Pratiques th&#233;oriques &#187;) [1re &#233;d., Unthinking Social Science. The limits of Nineteenth-Century Paradigms, Polity Press, 1991].&lt;br class='autobr' /&gt;
[12] Elena Varikas, &#171; L'int&#233;rieur et l'ext&#233;rieur de l'&#201;tat-nation. Penser&#8230; outre &#187;, Raisons politiques n&#176; 21, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 2006, p. 5-19.&lt;br class='autobr' /&gt;
[13] Walter Mignolo, &#171; G&#233;opolitique de la connaissance, colonialit&#233; du pouvoir et diff&#233;rence coloniale &#187;, Multitudes n&#176; 6 &#171; Majeure : raison m&#233;tisse &#187;, 2001.&lt;br class='autobr' /&gt;
[14] Malek Bouyahia, &#171; Genre, sexualit&#233; et m&#233;decine coloniale. Impens&#233;s de l'identit&#233; &#8216;indig&#232;ne' &#187;, Cahiers du Genre, vol. 50, no. 1, 2011, pp. 91-110.&lt;br class='autobr' /&gt;
[15] Gr&#233;goire Chamayou, &#171; L'exp&#233;rimentation coloniale &#187;, Les corps vils, sous la direction de Gr&#233;goire Chamayou, Paris, La D&#233;couverte, 2014, pp. 341-384.&lt;br class='autobr' /&gt;
[16] Delphine Peiretti-Courtis, Corps noirs et m&#233;decins blancs : La fabrique du pr&#233;jug&#233; racial, XIXe-XXe si&#232;cles, Paris, La D&#233;couverte, La D&#233;couverte, 2021. 354 p.&lt;br class='autobr' /&gt;
[17] Achille Mbemb&#233;, Critique de la raison n&#232;gre, Paris, La D&#233;couverte, 2013.&lt;br class='autobr' /&gt;
[18] Maria Mies et Vandana Shiva, L'&#233;cof&#233;minisme, trad. fran&#231;aise 1999, Paris, L'Harmattan, collection &#171; Femmes et changements &#187;, 1983, 368 p.&lt;br class='autobr' /&gt;
[19] Danielle Bousquet, Genevi&#232;ve Couraud, Gilles Lazimi et Margaux Collet, &#171; La sant&#233; et l'acc&#232;s aux soins : une urgence pour les femmes en situation de pr&#233;carit&#233; &#187;, Haut conseil &#224; l'&#233;galit&#233; entre les femmes et les hommes, Rapport n&#176; 2017-05-29-SAN-O27 publi&#233; le 29 mai 2017, &lt;a href=&#034;http://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/IMG/pdf/hce_la_sante_et_l_acces_aux_soins_une_urgence_pour_les_femmes_en_situation_de_precarite_2017_05_29_vf.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/IMG/pdf/hce_la_sante_et_l_acces_aux_soins_une_urgence_pour_les_femmes_en_situation_de_precarite_2017_05_29_vf.pdf&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[20] Michel Cahen, &#171; L'&#8220;&#201;tat colonial&#8221; et sa &#8220;transmission&#8221; Circonscrire les divergences, fixer les enjeux &#187;, communication (non publi&#233;e) lors du Colloque CEAN, Table ronde L'&#201;tat colonial existe-t-il ?, 2008.&lt;br class='autobr' /&gt;
[21] Aminata Diaw, &#171; Nouveaux contours de l'espace public en Afrique &#187;, Diog&#232;ne, 2/2004 (n&#176; 206), 2004, p. 37-46.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joelle Palmieri &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://joellepalmieri.org/2022/09/27/racisme-colonialite-les-invisibles-de-la-sante/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://joellepalmieri.org/2022/09/27/racisme-colonialite-les-invisibles-de-la-sante/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adresse e-mail :&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Covid-19 : Manifeste pour une expertise f&#233;ministe de la sant&#233;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Covid-19-Manifeste-pour-une-expertise-feministe-de-la-sante</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Covid-19-Manifeste-pour-une-expertise-feministe-de-la-sante</guid>
		<dc:date>2021-09-27T07:53:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joelle Palmieri</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-09-21</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans le cadre de l'&#233;v&#233;nement 10days4ideas &#224; Bruxelles, j'ai le plaisir d'intervenir le 1er septembre 2021 &#224; 14h dans un atelier organis&#233; par Peggy Pierrot et intitul&#233; &#171; COVID-19, pour en finir avec la sid&#233;ration &#187;. L'&#233;change avec les autres invit&#233;&#183;es permettra de pr&#233;senter mon dernier livre, &#171; La douleur impens&#233;e : autopsie f&#233;ministe de la fibromyalgie, une &#8220;maladie de femmes&#8221; &#187;, chez M &#201;diteur. Il sort en librairie au Qu&#233;bec le 8 septembre et le 22 octobre en Europe (en pr&#233;vente (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Livres-et-periodiques-" rel="directory"&gt;Livres et p&#233;riodiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres et revues&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-09-21-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-09-21&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L93xH150/arton49562-8cafb.jpg?1781560009' class='spip_logo spip_logo_right' width='93' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans le cadre de l'&#233;v&#233;nement 10days4ideas &#224; Bruxelles, j'ai le plaisir d'intervenir le 1er septembre 2021 &#224; 14h dans un atelier organis&#233; par Peggy Pierrot et intitul&#233; &#171; COVID-19, pour en finir avec la sid&#233;ration &#187;. L'&#233;change avec les autres invit&#233;&#183;es permettra de pr&#233;senter mon dernier livre, &#171; La douleur impens&#233;e : autopsie f&#233;ministe de la fibromyalgie, une &#8220;maladie de femmes&#8221; &#187;, chez M &#201;diteur. Il sort en librairie au Qu&#233;bec le 8 septembre et le 22 octobre en Europe (en pr&#233;vente d'ores-et-d&#233;j&#224; sur les plateformes de vente en ligne).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'autobiographie, forte &#224; propos, chute sur un manifeste f&#233;ministe pr&#244;nant les savoirs des femmes malades, davantage porteuses d'expertise sur le soin que seules destinataires de politiques sanitaires. Cette conclusion vient compl&#233;ter des analyses du contexte o&#249; se situe le parcours de la combattante dont j'ai l'exp&#233;rience. Le parcours comme les analyses mettent en lumi&#232;re la hi&#233;rarchisation des pathologies, la r&#233;quisition du vivant par les &#171; m&#226;les dominants &#187; et l'agnotologie de genre qui vert&#232;bre les professions de la sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Communiqu&#233; de l'&#233;v&#233;nement&lt;br class='autobr' /&gt;
COVID-19, pour en finir avec la sid&#233;ration&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans nos cultures occidentales, on tente sans cesse de nier notre fragilit&#233;, de l'&#233;loigner. On vit dans le mythe d'une possible ma&#238;trise du monde, nous abreuvant de l'id&#233;e que seule la domination techno-scientifique est l'avenir de l'humanit&#233;. Face au COVID, nous cultivons ainsi une forme de m&#233;lancolie, qui nous a paralys&#233;, &#233;teint, soumis aux seules mesures s&#233;curitaires et sanitaires. Or la pr&#233;sence de la mort et les corps qui trahissent, c'est le quotidien des malades chroniques, des personnes handi, des subalternes. Comment vit-on avec la maladie, les handicaps, les catastrophes, les accidents qui viennent d&#233;jouer les plans tout trac&#233;s de vie individuel et collectives ? Qu'est-ce que les mondes de l'imaginaire peuvent nous aider &#224; d&#233;ployer pour ne pas rester accul&#233;&#183;e&#183;s, pour d&#233;passer la sid&#233;ration face &#224; l'effondrement des corps et des projets ? Quels imaginaires politiques peut-on mobiliser face &#224; nos (impressions de) diminution de capacit&#233; d'action et par extension, vis-&#224;-vis de notre vieillissement et de notre finitude ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La projection du film Absolute Beginner de Fabrizzio Terranova &#8211; qui pr&#233;sentent le parcours de membres du Collectif Ding Ding Dong dont la d&#233;marche est de construire une expertise et des pratiques depuis leur exp&#233;rience pour vivre au mieux avec la maladie de Huntington &#8211; servira de point de d&#233;part &#224; une discussion anim&#233;e par Peggy Pierrot et ses invit&#233;&#183;e&#183;s. Une apr&#232;s-midi, pour conjurer le sort, penser des strat&#233;gies pour lutter contre l'effroi provoqu&#233; par la pand&#233;mie ou l'effondrement environnemental, inventer d'autres modes de productions de savoir, retrouver notre capacit&#233; d'agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peggy Pierrot enseigne la th&#233;orie des m&#233;dias et la narration &#224; l'Erg. Elle &#233;crit aussi et pousse des disques de temps &#224; autre. La sociologie, les mauvais genres et les logiciels libres lui servent de boussole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Intervenant&#183;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Marianne Mulakoz&#233; &lt;a href=&#034;https://www.mulakoze.com/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.mulakoze.com/&lt;/a&gt; Bloggeuse, styliste et militante handi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Association Corps Cool avec le projet Fat friendly &lt;a href=&#034;https://www.instagram.com/fatfriendlyasbl/?hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.instagram.com/fatfriendlyasbl/?hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Jo&#235;lle Palmieri, politologue et journaliste, autrice de &#171; La douleur impens&#233;e : Autopsie f&#233;ministe de la fibromyalgie, une &#8220;maladie de femmes&#8221; &#187; , chez M &#201;diteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Ding Ding Dong, avec Emilie Hermant + Carlos Bustamente de Parasismique &lt;a href=&#034;https://www.parasismique.be/a-propos/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.parasismique.be/a-propos/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en savoir plus : &lt;a href=&#034;https://10.days4ideas.be/fr/home&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://10.days4ideas.be/fr/home&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Nouvelle publication f&#233;ministe : Une D&#201;FERLANTE bouillonnante</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Nouvelle-publication-feministe-Une-DEFERLANTE-bouillonnante</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Nouvelle-publication-feministe-Une-DEFERLANTE-bouillonnante</guid>
		<dc:date>2021-03-15T08:14:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joelle Palmieri</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Livres et revues</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-03-09</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le num&#233;ro 1 de la nouvelle revue f&#233;ministe &#171; La D&#233;ferlante &#187; sort en librairie cette premi&#232;re semaine de mars 2021. Tr&#232;s instruit, savant, cultiv&#233;, vivant, ce trimestriel sent bon l'encre d'imprimerie. Il va faire des vagues, comme le souhaitent fortement ses cr&#233;atrices. Son concept &#233;ditorial de choc fait virevolter chroniques, dossier, photoreportages, BD, extraits de livres, t&#233;moignages, portraits et r&#233;f&#233;rences de f&#233;ministes historiques dont ici, Fran&#231;oise d'Eaubonne, Simone de Beauvoir, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres et revues&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-03-09-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-03-09&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L115xH150/arton47171-555a5.png?1781192031' class='spip_logo spip_logo_right' width='115' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le num&#233;ro 1 de la nouvelle revue f&#233;ministe &#171; La D&#233;ferlante &#187; sort en librairie cette premi&#232;re semaine de mars 2021. Tr&#232;s instruit, savant, cultiv&#233;, vivant, ce trimestriel sent bon l'encre d'imprimerie. Il va faire des vagues, comme le souhaitent fortement ses cr&#233;atrices. Son concept &#233;ditorial de choc fait virevolter chroniques, dossier, photoreportages, BD, extraits de livres, t&#233;moignages, portraits et r&#233;f&#233;rences de f&#233;ministes historiques dont ici, Fran&#231;oise d'Eaubonne, Simone de Beauvoir, Gis&#232;le Halimi, Marie-Jo Bonnet, Genevi&#232;ve Fraisse et ailleurs Audre Lorde, Angela Davis et Zora Neale Hurston. Chaque page met en abyme des concepts f&#233;ministes dont le genre, l'intersectionnalit&#233;, l'h&#233;t&#233;ronormativit&#233; et l'intersexuation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La barre politique est plac&#233;e haut, le graphisme contrast&#233; au niveau. Jeu de respirations, cartographies, iconographies, encadr&#233;s ou citations &#224; la coupe ou &#224; fond perdu, alternance de couleurs p&#233;tantes et de niveaux de gris, rendent compte &#224; la perfection de l'intention &#233;ditoriale. Ce journal de 160 pages donne (f&#233;ministement) &#224; penser. L'objectif est fort louable en ces temps d'&#233;pid&#233;mie o&#249; l'existence (rire, embrasser, r&#234;ver, s'amuser, voir, &#233;changer, partager, voyager, d&#233;couvrir, cr&#233;er) est donn&#233;e en p&#226;ture &#224; l'essence (&#234;tre jeune ou vieux, de sexe f&#233;minin ou masculin) par les messagers de l'institutionnalisation de l'&#233;galit&#233;, &#224; savoir le pouvoir politique, le corps m&#233;dical, les m&#233;dias&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On attend le prochain num&#233;ro avec h&#226;te, en gardant l'espoir de discuter des concepts comme celui r&#233;current de d&#233;colonisation &#8211; je pr&#233;f&#232;re celui de colonialit&#233;, le premier disqualifiant le deuxi&#232;me (&#171; Mondialisation : pourquoi la d&#233;colonialit&#233; cache la colonialit&#233; &#187;) &#8211; et de lire davantage de textes issus de savoirs peu emprunts des n&#233;cessaires litt&#233;rature ou acad&#233;mie, autant savants mais plus &#171; trash &#187;, n&#233;s des tripes, des luttes, de l'exp&#233;rience du quotidien, au travail, dans la rue, dans les cit&#233;s, &#224; la maison, en prison, &#224; l'h&#244;pital psychiatrique, dans l'exil, aux portes des morgues, en Occident et ailleurs&#8230; Bon vent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout voir et savoir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.revueladeferlante.fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.revueladeferlante.fr/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB : &lt;a href=&#034;http://www.facebook.com/LaDeferlanteRevue/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.facebook.com/LaDeferlanteRevue/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TW : &lt;a href=&#034;https://twitter.com/deferlanterevue&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://twitter.com/deferlanterevue&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'abonner :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://revueladeferlante.fr/boutique/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://revueladeferlante.fr/boutique/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joelle Palmieri&lt;br class='autobr' /&gt;
Co-fondatrice des P&#233;n&#233;lopes (Agence de presse f&#233;ministe internationale en ligne de 1996 &#224; 2004)&lt;br class='autobr' /&gt;
2 mars 2021&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Zoom : &#171; Un empire invisible &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Zoom-Un-empire-invisible</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Zoom-Un-empire-invisible</guid>
		<dc:date>2020-12-01T07:11:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joelle Palmieri</dc:creator>


		<dc:subject>Le Monde</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-12-01</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Covid-19, meurtre de Samuel Paty, campagnes &#233;lectorales, complot&#8230; les exemples ne manquent pas o&#249; les usages internet font recette. Les &#233;changes, les d&#233;nonciations, les calomnies, les appels au meurtre, les droits de circulation, les achats, le travail, se passent d&#233;sormais &#171; en ligne &#187;. Les cours de l'&#201;ducation nationale ou de l'enseignement sup&#233;rieur, mais aussi les cours de yoga ou de danse, la diffusion d'un rapport ou la prise de contacts, les r&#233;unions professionnelles et militantes, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Le-Monde-" rel="directory"&gt;Le Monde&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Le-Monde-614-+" rel="tag"&gt;Le Monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-12-01-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-12-01&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH85/arton45909-0215b.jpg?1782041028' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Covid-19, meurtre de Samuel Paty, campagnes &#233;lectorales, complot&#8230; les exemples ne manquent pas o&#249; les usages internet font recette. Les &#233;changes, les d&#233;nonciations, les calomnies, les appels au meurtre, les droits de circulation, les achats, le travail, se passent d&#233;sormais &#171; en ligne &#187;. Les cours de l'&#201;ducation nationale ou de l'enseignement sup&#233;rieur, mais aussi les cours de yoga ou de danse, la diffusion d'un rapport ou la prise de contacts, les r&#233;unions professionnelles et militantes, les messes, les consultations m&#233;dicales, les ventes, le visionnage de films, se font prioritairement &#171; en ligne &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Publi&#233; le 24 novembre 2020 | Poster un commentaire&lt;br class='autobr' /&gt;
tir&#233; de : &lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/11/24/zoom-un-empire-invisible/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Entre les lignes et les mots&lt;/a&gt; Lettre n&#176;49 - 28 novembre 2020 Notes de lecture, textes et lien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet engouement par d&#233;faut (tout n'est pas choisi &#8211; on pr&#233;f&#233;rerait &#171; se voir &#187; &#8211; d'autres intervenants optent pour l'anonymat) pose la question des paradoxes des r&#233;seaux sociaux num&#233;riques [1] et du P2P (peer-to-peer : salles virtuelles).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, ces syst&#232;mes permettent de &#171; rester en contact &#187;, de poursuivre ses activit&#233;s sociales ou politiques, et de l'autre ils acc&#233;l&#232;rent et remplacent progressivement le politique (gestion de la cit&#233;) par la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et ses &#233;pist&#233;m&#232;s (sciences des connaissances).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire n'est pas nouvelle mais la tendance affiche d&#233;j&#224; une banalisation de la financiarisation/sous-traitance &#233;tendue des services publics au priv&#233;. Le ver &#233;tait dans le fruit, notamment avec Facebook [2], ou Twitter [3], mais aussi Amazon [4], Microsoft [5], Apple, Google [6]&#8230; le Gafam, qui avait d&#233;j&#224; fait son entr&#233;e dans les classes, dans les campagnes politiques ou d'influence, dans les enqu&#234;tes, dans les &#233;changes d'id&#233;es. Un nouveau venu fait des ravages : Zoom [7]. Il se distingue des autres par le niveau de la barre qu'il a plac&#233;e au-dessus de sa t&#234;te. Le propri&#233;taire de l'application double ses concurrents en permettant d'appeler jusqu'&#224; cent personnes en simultan&#233; pendant quarante minutes [8] gratuitement. Les abonnements payants qui donnent acc&#232;s &#224; plus de fonctionnalit&#233;s sont pris&#233;s par les professeurs, mais aussi les eccl&#233;siastes ou les Premiers ministres. Pour autant, les entorses &#224; la s&#233;curit&#233; &#8211; diffusion d'images pornographiques ou de menaces &#8211; perturbent les &#233;changes, la possibilit&#233; pour les employeurs de surveiller leurs employ&#233;s &#224; distance tend les usages, la vente des donn&#233;es personnelles (tra&#231;age des utilisateurs, historiques de leur navigation, progr&#232;s scolaires, donn&#233;es biom&#233;triques&#8230;), ou l'utilisation de ces donn&#233;es &#224; des fins de ciblage marketing r&#232;gnent et la censure fait loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que dans les secteurs de l'&#201;ducation nationale, de la recherche, de la sant&#233;, de la gouvernance, de la citoyennet&#233;, des groupes d'individus utilisent Zoom pour lever des fonds (par demande orale de soutien) ou passent par le crowdfunding, dans le but d'&#233;chapper &#224; la mort (individuelle ou des organisations), la soci&#233;t&#233; &#233;ponyme grimpe en bourse. Le paradoxe est saisissant. B&#226;tie sur le mod&#232;le des autres entreprises qui exploitent internet, Zoom, en plus d'&#234;tre priv&#233;e, appartient &#224; son cr&#233;ateur, Eric Yuan, un homme californien d'origine chinoise, g&#233;n&#232;re d'&#233;normes b&#233;n&#233;fices qui vont droit dans les poches de ses actionnaires, bafoue les lois et en particulier celles li&#233;es &#224; la protection des donn&#233;es priv&#233;es&#8230; tout en investissant massivement le secteur public. Par transition, on pourrait statuer que le secteur public (mais pas seulement) est complice de l'ensemble de ses malversations impunies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yuan s'inscrit dans l'h&#233;ritage de ses pr&#233;d&#233;cesseurs tout en acc&#233;l&#233;rant le mouvement et en for&#231;ant le trait. Depuis leur apparition entre les ann&#233;es 1980 et 2000, les soci&#233;t&#233;s internet, sont caract&#233;ris&#233;es par le fait qu'elles sont priv&#233;es, cr&#233;&#233;es puis dirig&#233;es par des jeunes hommes blancs h&#233;t&#233;rosexuels riches dipl&#244;m&#233;s majoritairement &#233;tats-uniens et depuis peu chinois (Yuan se situant entre deux) et qu'elles sont d'envergure internationale. Le choix des outils, les algorithmes, leurs d&#233;veloppements, le transport et le stockage des donn&#233;es, la distribution des richesses produites, les d&#233;cisions de collaborer avec les autorit&#233;s et de vendre les donn&#233;es personnelles, l'organisation de la chasse aux sorci&#232;res, la diffusion de fake news ou de contenus fascistes, racistes, sexistes, homophobes, leur appartiennent comme celui de payer ou non des imp&#244;ts. Ce secteur ne conna&#238;t pas de d&#233;mocratie : aucun de ces dirigeants n'est &#233;lu par la population pour d&#233;cider des mesures adapt&#233;es &#224; internet et les entreprises &#233;chappent aux lois nationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce syst&#232;me a &#233;t&#233; &#233;tabli avec l'accord des &#201;tats qui d&#232;s 1995 (lors du premier Sommet mondial de la soci&#233;t&#233; de l'information) ont d&#233;cid&#233; de confier la &#171; soci&#233;t&#233; de l'information &#187; &#224; des entreprises priv&#233;es. Depuis la naissance d'internet, et apr&#232;s avoir &#233;t&#233; lanc&#233;e par l'arm&#233;e, cette industrie a &#233;t&#233; enti&#232;rement sous-trait&#233;e par le politique (institutionnel, partidaire, contestataire) au priv&#233; tant au niveau de la production d'outils que de leur r&#233;gulation, des r&#233;partitions des richesses produites &#8211; le Gafam se situe dans le top 10 des fortunes personnelles et des entreprises dans le monde [9] &#8211; et des savoirs transmis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait on assiste &#224; une apologie de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de communication virtuelle (sous terre, en mer, dans le ciel) comme en son temps celle de la terre, avec son lot d'in&#233;galit&#233;s sociales et de r&#233;pression. L'Europe a connu les propri&#233;t&#233;s fonci&#232;res avec leurs seigneurs et la servitude, les conqu&#234;tes, la vente d'esclaves, l'appropriation du corps des femmes comme outil de re-production, l'empire et la colonisation, l'Am&#233;rique du Nord, l'appropriation des terres et les plantations, avec &#224; leur t&#234;te des &#171; ma&#238;tres &#187; esclavagistes, racistes, antis&#233;mites, paternalistes, le tout accompagn&#233; de guerres, de meurtres, de massacres &#224; grande &#233;chelle et de discriminations institu&#233;es. Aujourd'hui si la forme para&#238;t moins cruelle, le fond ressemble &#224; s'y m&#233;prendre &#224; ces p&#233;riodes sordides. &#192; lire les missions du Gafam [10], on trouve des perles h&#233;rit&#233;es de ces bourreaux d'un autre temps et, si toutefois on l'a connu, on rep&#232;re la perte du contr&#244;le citoyen sur les modes de communication, autant dire sur le quotidien de milliards de personnes. Les entreprises d&#233;cident ce qui est bien ou le plus important pour les populations, quel que soit le pays ou le continent de rattachement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec &#171; l'ami &#187;, les &#171; articles pr&#233;f&#233;r&#233;s &#187;, le &#171; groupe &#187;, la &#171; salle &#187;&#8230;, les pens&#233;es et comportements ont &#233;t&#233; transform&#233;s : ils se sont occidentalis&#233;s, lib&#233;ralis&#233;s, sexualis&#233;s. Par exemple, si on veut &#233;changer avec d'autres ou se faire conna&#238;tre, partager des photos, souvenirs, id&#233;es, la question d'avoir un compte Facebookne se pose plus. Utiliser Google pour trouver ce qu'on cherche non plus. WhatsApp [11] est &#171; pratique &#187; et Zoom &#171; facile &#187;. Les langages, logiques et autres algorithmes emprunt&#233;s dans ces applications, ont non seulement en commun une langue unique, l'anglais, mais un sexe, masculin (majoritaire chez les d&#233;veloppeurs informatiques) accompagn&#233; d'un mode de pens&#233;e structur&#233;, norm&#233;, cod&#233;, dict&#233; par une culture nord-am&#233;ricaine, jud&#233;o-chr&#233;tienne, cart&#233;sienne et lib&#233;rale. Cet ensemble de produits n'est pas neutre. Il s'inscrit dans une histoire, un contexte g&#233;ographique, social et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces propri&#233;taires manifestent une intention bienveillante &#224; apporter appui, soutien, depuis une personne qui &#171; sait &#187; internet &#8211; eux-m&#234;mes &#8211; &#224; celles qui ne savent pas internet &#8211; et en particulier &#171; les femmes &#187; &#8211;, et ce partout dans le monde. Loin de chercher &#224; identifier les individus &#224; qui ses plateformes collaboratives s'adressent, ils les assimilent. Mus par une connaissance technologique, con&#231;ue comme faisant partie int&#233;grante du processus de mondialisation, ils ignorent les hi&#233;rarchies sociales, qu'elles soient de genre, de classe, de race ou d'&#226;ge. Hormis un &#171; avis &#187; ou des &#171; logs &#187;, rien n'est attendu de l'utilisateur, de l'Autre (ce qui n'est pas semblable &#224; soi), si bien que les rapports de domination qui r&#233;gissent les relations sociales sont distill&#233;es par leur interm&#233;diaire dans une vision du monde qui aplanit les diff&#233;rences et in&#233;galit&#233;s, voire les occulte. Leur croyance en un r&#244;le messianique trahit une vision occidentalocentr&#233;e [12] et masculine des relations sociales et des r&#232;gles qui les gouvernent. La &#171; libert&#233; d'expression &#187; en est transform&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De surcro&#238;t, cette vision rend l'utilisateur acteur de sa propre ali&#233;nation. Contr&#244;l&#233;, il devient contr&#244;leur des cadres et normes virtuels dict&#233;s par un individu (occidental, masculin, blanc, jeune, ais&#233;), et ainsi promoteur de violence &#233;pist&#233;mique (inhibitrice et hi&#233;rarchis&#233;e de savoirs). Ainsi, l'ensemble des rapports de domination produits par le capitalisme en dehors de ses sph&#232;res d'action se renforce : la colonialit&#233; num&#233;rique se d&#233;ploie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zoom est le produit de cette colonialit&#233; num&#233;rique de m&#234;me qu'il la produit : en ouvrant ses salles virtuelles &#224; quatre cents personnes sans voix et distantes en m&#234;me temps, tout en diffusant leurs donn&#233;es sans consentement ou en laissant passer des messages racistes ou sexistes plus ou moins subliminaux, il alimente un empire invisible et banalis&#233; qui renforce les dominations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des contretemps existent, rares, isol&#233;s, dispers&#233;s, motiv&#233;s par une appropriation collective des moyens d'une communication populaire. En vingt-cinq ans, ils n'ont pas r&#233;ussi &#224; d&#233;stabiliser ou &#224; ralentir la progression de cet empire. Derni&#232;re piste de sortie possible : l'implosion pour cause d'overdose ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joelle Palmieri, 18 novembre 2020&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://joellepalmieri.org/2020/11/18/zoom-un-empire-invisible/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://joellepalmieri.org/2020/11/18/zoom-un-empire-invisible/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Nous ne discuterons pas ici l'usage de cette terminologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Facebook a &#233;t&#233; invent&#233;e par un &#233;tudiant am&#233;ricain de l'universit&#233; de Harvard &#224; Cambridge au Massachusetts, Mark Zuckerberg, en f&#233;vrier 2004. FaceBook conna&#238;t une croissance g&#233;om&#233;trique du nombre de ses usagers qui est pass&#233; de 1 million en 2004 (essentiellement des &#233;tudiants am&#233;ricains) &#224; 2,89 milliards par mois en 2019 pour atteindre un chiffre d'affaires de 17,74 milliards de dollars et une valorisation boursi&#232;re de plus de 270 milliards de dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Twitter a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; &#224; San Francisco en 2006 par Jack Dorsey, aujourd'hui &#226;g&#233; de 43 ans, au sein d'une soci&#233;t&#233; proposant des logiciels permettant de publier des fichiers audio sur un blog au moyen d'un t&#233;l&#233;phone. En 2015, Jack Dorsey est le 307e homme le plus riche au monde avec une fortune de 2,3 milliards de dollars. La valorisation boursi&#232;re de l'entreprise s'&#233;l&#232;ve &#224; 43 milliards de dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Amazon, entreprise de commerce &#233;lectronique bas&#233;e &#224; Seattle, a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e par Jeff Bezos en juillet 1994. Elle a &#233;t&#233; introduite en bourse en mai 1997. En 2020, la soci&#233;t&#233; emploie un million de personnes dans le monde, g&#233;n&#232;re 280 milliards de dollars et d&#233;passe les 3 000 milliards de dollars de valorisation en bourse (2019).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Microsoft Corporation a &#233;t&#233; fond&#233;e par Paul Allen et Bill Gates en avril 1975 dans le Nouveau-Mexique aux &#201;tats-Unis, pour r&#233;pondre &#224; leurs propres besoins d'&#233;tudiants am&#233;ricains. En 2018, Microsoft conna&#238;t un revenu annuel estim&#233; &#224; 110,36 milliards de dollars et valorisation boursi&#232;re de plus de 210 milliards de dollars. En 2020, l'entreprise emploie 148 000 personnes dans 120 pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Google est n&#233;e le 27 septembre 1998 dans la Silicon Valley,en Californie, &#224; l'initiative de Larry Page et de Sergey Brin. D&#233;but 2008, Google valait 210 milliards de dollars &#224; la Bourse de Wall Street &#224; New York. Depuis 2011, l'entreprise poss&#232;de 1,8 million de serveurs (parc le plus important &#224; l'&#233;chelle internationale) r&#233;partis sur 32 sites. En 2019, l'entreprise a g&#233;n&#233;r&#233; pr&#232;s de 162 milliards de dollars de chiffre d'affaires pour une valorisation en bourse de plus de mille milliards de dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Zoom a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e dans la Silicon Valley en 2011 par Eric Yuan, un ing&#233;nieur anciennement employ&#233; chez Cisco System. Cot&#233;e en Bourse depuis avril 2019, sa capitalisation boursi&#232;re a atteint 92 milliards au 31 ao&#251;t 2020 et la plateforme aurait d&#233;pass&#233; en mars 2020 les 200 millions de participants quotidiens contre 10 millions en d&#233;cembre 2019. Entre f&#233;vrier et avril 2020, Zoom a gagn&#233; 328 millions de dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] En mars 2020, Zooma retir&#233; la limite des quarante minutes pour les profs dans une vingtaine de pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Selon Forbes, en avril 2020, les sept premiers milliardaires au monde sont dans l'ordre : Jeff Bezos ($113 Mds, &#201;tats-Unis, Amazon), Bill Gates ($98 Mds, &#201;tats-Unis, Microsoft), Bernard Arnault et sa famille ($76 Mds, France, LVMH), Warren Buffett ($67,5 Mds, &#201;tats-Unis, Berkshire Hathaway), Larry Ellisson ($59 Mds, &#201;tats-Unis, Oracle Software), Amancio Ortega ($55,1 Mds, Espagne, Zara/Inditex), Mark Zuckerberg ($54,7 Mds, &#201;tats-Unis, Facebook).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon FXSSI, le 6 septembre 2020, les huit entreprises les plus riches (note bas&#233;e sur la capitalisation boursi&#232;re) sont dans l'ordre : Saudi Aramco (1 685$ milliards, extraction et raffinage du p&#233;trole et du gaz, Arabie saoudite), Microsoft (1 359$ milliards, &#201;tats-Unis), Apple inc. (1 286$ milliards, &#201;tats-Unis), Amazon Inc. (1 233$ milliards, &#201;tats-Unis), Alphabet Inc. (ex-Google, 919$ milliards, &#201;tats-Unis), Facebook (584$ milliards, &#201;tats-Unis), Alibaba Group (545$ milliards, internet, Chine), Tencent (510$ milliards, internet, Chine).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Zoom : &#171; Delivering happiness &#187; : &#171; apporter du bonheur &#187; ; Twitter : &#171; We want to instantly connect people everywhere to what's most important to them &#187; : &#171; Nous voulons instantan&#233;ment connecter les populations du monde entier &#224; ce qui est le plus important pour elles &#187;. Facebook : &#171; Giving people the power to share and make the world more open and connected &#187; : &#171; Donner au peuple le pouvoir d'&#233;changer et de rendre le monde plus ouvert et connect&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] WhatsApp est un syst&#232;me de messagerie utilisant la t&#233;l&#233;phonie mobile et Internet. L'application a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e en 2009 par Jan Koum et Brian Acton, deux anciens employ&#233;s de Yahoo !. Elle est utilis&#233;e par plus de deux milliards de personnes en 2020. En f&#233;vrier 2014, la soci&#233;t&#233; WhatsAppest acquise par Facebook.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Nous incluons la Chine qui suit le m&#234;me mod&#232;le lib&#233;ral.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Covid-19 : le choix des maux</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Covid-19-le-choix-des-maux</link>
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		<dc:date>2020-10-27T07:50:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joelle Palmieri</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-10-27</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La chose est maintenant claire. En utilisant le terme &#171; couvre-feu &#187; pour qualifier le 14 octobre 2020 l'ensemble des mesures gouvernementales li&#233;es &#224; l'aggravation de la crise sanitaire en France, le Pr&#233;sident de la R&#233;publique continue de banaliser ses choix militaristes &lt;br class='autobr' /&gt; tir&#233; de : Entre les lignes et les mots Lettre N&#176;44 - 24 octobre : Notes de lecture, textes, p&#233;titions Publi&#233; le 21 octobre 2020 https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/10/21/covid-19-le-choix-des-maux/ &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce parti (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Europe-230-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-10-27-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-10-27&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L120xH150/arton45304-2322e.jpg?1782041028' class='spip_logo spip_logo_right' width='120' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La chose est maintenant claire. En utilisant le terme &#171; couvre-feu &#187; pour qualifier le 14 octobre 2020 l'ensemble des mesures gouvernementales li&#233;es &#224; l'aggravation de la crise sanitaire en France, le Pr&#233;sident de la R&#233;publique continue de banaliser ses choix militaristes&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;tir&#233; de : Entre les lignes et les mots Lettre N&#176;44 - 24 octobre : Notes de lecture, textes, p&#233;titions&lt;br class='autobr' /&gt;
Publi&#233; le 21 octobre 2020 &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/10/21/covid-19-le-choix-des-maux/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/10/21/covid-19-le-choix-des-maux/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce parti pris a &#233;t&#233; relev&#233; : Macron utilise une locution qui a marqu&#233; l'Histoire du pays &#224; deux reprises, sous l'Occupation allemande pendant la IIe Guerre mondiale (quatre ans) et pendant la Guerre d'Alg&#233;rie (cinq mois), dans le but de r&#233;primer des groupes d'opposants au r&#233;gime ou des rebelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, vocabulaire et comportements se croisent pour mieux faire la d&#233;monstration d'une posture guerri&#232;re, adopt&#233;e &#224; sa prise de fonction. Depuis la descente des Champs-Elys&#233;es en v&#233;hicule militaire le jour de son intronisation, en plus de hisser la France au hit-parade des vendeurs d'armes, d'augmenter les budgets de la d&#233;fense au d&#233;triment de ceux de la sant&#233; &#8211; en 2020, le budget de la sant&#233; repr&#233;sente 3,03% du budget de la D&#233;fense &#8211;, Macron ne cesse d'essaimer ses discours de petits termes choisis en ad&#233;quation avec son investissement sans rel&#226;che en faveur du syst&#232;me militaro-industriel : &#171; guerre &#187; (sant&#233;), &#171; guerre civile &#187; (avec l'islam), &#171; &lt;i&gt; ordre, s&#233;curit&#233; &#187;, &#171; &#233;tat d'urgence &#187;, &#171; lois d'exception &#187;, &#171; forces de maintien de l'ordre sur les dents &#187;, &#171; manque de culture militaire &#187;, &#171; ARME &#187; (emploi), &#171; r&#233;silience &lt;/i&gt; &#187;,&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est aid&#233; dans sa mission par les m&#233;dias du pays qui se font sans rechigner les relais de cette s&#233;mantique y compris pour qualifier les mesures prises par d'autres pays qui n'ont pas fait le choix de l'utiliser. En Espagne, en Grande-Bretagne, en Belgique, en Allemagne, en Isra&#235;l, on parle plus facilement de semi-confinement, d'autoconfinement, de bouclage, de mesures administratives pour justifier par exemple la fermeture des bars et restaurants et plus g&#233;n&#233;ralement pour donner &#224; la population les moyens de sa protection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment lire ces inserts permanents ? Une premi&#232;re interpr&#233;tation permet d'affirmer que la population fran&#231;aise est consid&#233;r&#233;e comme un enfant indisciplin&#233; qui requiert la s&#233;v&#233;rit&#233; d'un p&#232;re, l'&#201;tat, qui loin de chercher &#224; r&#233;gler le probl&#232;me l&#224; o&#249; il se pose &#8211; ici, sa sant&#233; fragilis&#233;e &#8211;, affirme son autorit&#233; (de p&#232;re), litt&#233;ralement le patriarcat [pater-grecarkh&#234;]. Une deuxi&#232;me interpr&#233;tation ajoute &#224; l'infantilisation des populations la marque d'une violence nationale &#224; l'intersection du patriarcat et du conflit arm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le seul terme &#171; couvre-feu &#187;, la philosophe africaine Tanella Boni a soulign&#233; dans &#171; Matins de couvre-feu &#187;1 son &#233;quivalence avec &#171; guerre &#187; &#8211; &#171; mot que personne n'aime prononcer &#187;2. Boni nous a aussi renseign&#233;s sur les r&#233;sidences surveill&#233;es ou espaces carc&#233;raux que deviennent les grandes villes, sur la violence qu'incarne la privation des libert&#233;s et sur le renforcement de la division sexuelle dans la guerre, &#171; un monopole masculin &#187;3. Elle a ouvert une br&#232;che dans la r&#233;flexion sur le combat contre les hi&#233;rarchies sociales (de race, de classe, de sexe) et pour la promotion de la paix en &#233;voquant les questions de l'alt&#233;rit&#233;4et du respect de la nature (&#233;cof&#233;minisme)5. Plus t&#244;t, durant l'occupation de la France par l'Allemagne, Paul Eluard et son po&#232;me &#171; Couvre-feu &#187;6 insistait d&#233;j&#224; sur le sens oppressif du terme. Il entrela&#231;ait des &#171; porte gard&#233;e &#187;, &#171; enferm&#233;s &#187;, &#171; barr&#233;e &#187;, &#171; affam&#233;e &#187;, &#171; d&#233;sarm&#233;s &#187; &#8211; les Fran&#231;ais contraints &#224; l'ob&#233;issance &#8211; avec des &#171; nous &#187; et &#171; aim&#233;s &#187; dans le but de faire passer un message d'espoir bas&#233; sur le collectif comme lieu de r&#233;sistance. Boni, Eluard, seraient-ils des sources d'inspiration pour une autre &#233;criture de la sant&#233; publique diff&#233;rente de l'option guerri&#232;re de Macron et de la parano&#239;a des complotistes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joelle Palmieri&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 octobre 2020&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://joellepalmieri.org/2020/10/20/covid-19-le-choix-des-maux/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://joellepalmieri.org/2020/10/20/covid-19-le-choix-des-maux/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Tanella Boni, Matins de couvre-feu, Rocher/Le Serpent &#224; Plumes, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Ibid., p. 65.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Ibid., p. 9.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 Ibid., p. 108.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Ibid., p. 15.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 Paul &#201;luard, Couvre&#8211;feu, in Po&#233;sies et v&#233;rit&#233;, 1942.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

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