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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Chili-d&#233;bat. &#171; Boric devrait d&#233;velopper un travail intense en direction de la majorit&#233; populaire qui ne vote pas &#187;</title>
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		<dc:date>2021-12-14T07:21:29Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sergio Grez</dc:creator>


		<dc:subject>Chili</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2021-12-14</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Sergio Grez, professeur aupr&#232;s de l'Universidad de Chile, affirme qu'il n'y a pas de &#171; mar&#233;e &#187; r&#233;actionnaire dans le pays, malgr&#233; les r&#233;sultats de Jos&#233; Antonio Kast et la nouvelle composition du Congr&#232;s. En outre, il affirme que pour gagner, Gabriel Boric devrait d&#233;velopper &#171; un travail intense en direction de la majorit&#233; populaire qui ne vote pas, soit plus de 52% de l'&#233;lectorat &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sergio Grez d&#233;cortique les r&#233;sultats de ces &#233;lections et pr&#233;vient que les probl&#232;mes structurels auxquels le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2021-12-14-+" rel="tag"&gt;Edition du 2021-12-14&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH82/arton50795-ebd78.png?1781356131' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='82' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sergio Grez, professeur aupr&#232;s de l'Universidad de Chile, affirme qu'il n'y a pas de &#171; mar&#233;e &#187; r&#233;actionnaire dans le pays, malgr&#233; les r&#233;sultats de Jos&#233; Antonio Kast et la nouvelle composition du Congr&#232;s. En outre, il affirme que pour gagner, Gabriel Boric devrait d&#233;velopper &#171; un travail intense en direction de la majorit&#233; populaire qui ne vote pas, soit plus de 52% de l'&#233;lectorat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sergio Grez d&#233;cortique les r&#233;sultats de ces &#233;lections et pr&#233;vient que les probl&#232;mes structurels auxquels le pays s'affronte ne peuvent &#234;tre r&#233;solus avec des demi-mesures, comme celles propos&#233;es par le candidat Gabriel Boric, et &#233;videmment encore moins avec le programme nationaliste extr&#234;me, x&#233;nophobe, anticommuniste et misogyne de Jos&#233; Antonio Kast.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;8 d&#233;cembre 2021 | tir&#233; du site alencontre.org&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://alencontre.org/debats/chili-boric-devrait-developper-un-travail-intense-en-direction-de-la-majorite-populaire-qui-ne-vote-pas.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://alencontre.org/debats/chili-boric-devrait-developper-un-travail-intense-en-direction-de-la-majorite-populaire-qui-ne-vote-pas.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que pensez-vous du triomphe de Jos&#233; Antonio Kast au premier tour de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle [le 21 novembre] et quels facteurs expliqueraient cette &#171; surprise &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sergio Grez : En laissant de c&#244;t&#233; l'impact &#233;motionnel de l'arriv&#233;e en premi&#232;re position du candidat de l'extr&#234;me droite dans ces &#233;lections, il est n&#233;cessaire de souligner que le vote de la droite &#171; traditionnelle &#187; dans son ensemble n'a pas augment&#233; de mani&#232;re substantielle par rapport &#224; ses r&#233;sultats &#233;lectoraux des derni&#232;res d&#233;cennies. Jos&#233; Antonio Kast a battu Gabriel Boric par un peu plus de 2% des suffrages, ce qui n'est pas un pourcentage impossible &#224; combler dans la perspective du second tour de scrutin [le 19 d&#233;cembre]. De plus, les 27,91% de Kast et les 12,79% de Sebastian Sichel [candidat gouvernemental] ne repr&#233;sentent que 40,7% des voix. M&#234;me en supposant que la moiti&#233; des voix obtenues par Franco Parisi (6,39%) aille &#224; Kast au second tour, cela donnerait au candidat d'extr&#234;me-droite environ 47,1% des suffrages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, il n'y a pas de &#171; mar&#233;e &#187; r&#233;actionnaire, m&#234;me s'il est clair que nous assistons &#224; une r&#233;cup&#233;ration des forces les plus conservatrices dans la politique nationale et, probablement, &#224; l'&#233;mergence d'une nouvelle droite. Cela appara&#238;t plus clairement dans les r&#233;sultats des &#233;lections parlementaires, o&#249; la droite a obtenu ses meilleurs r&#233;sultats compar&#233;s aux derni&#232;res ann&#233;es. Elle a reconquis certaines positions perdues, toutefois sans parvenir &#224; une augmentation significative des votes en sa faveur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la progression du Frente Social Cristiano de Kast &#224; la Chambre des d&#233;put&#233;s, qui a obtenu 15 si&#232;ges, s'explique par le fait que les partis de droite plus traditionnels, Renovaci&#243;n Nacional (RN), Uni&#243;n Dem&#243;crata Independiente (UDI) et Evopoli, ont perdu respectivement 11, 7 et 2 si&#232;ges, passant de 72 &#224; 53 d&#233;put&#233;s. Les forces de droite, certes, se retrouvent encore avec 68 &#233;lus (44%). L&#224; aussi, il n'y a pas de &#171; mar&#233;e &#187; r&#233;actionnaire mais un d&#233;placement des voix entre les partis conservateurs, m&#234;me s'il ne faut pas oublier que cela signifie une radicalisation d'un pourcentage important de l'&#233;lectorat de droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et quelle est votre analyse du r&#233;sultat &#233;lectoral des secteurs de gauche ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les analystes des &#233;lections rel&#232;vent une avanc&#233;e significative de la gauche &#224; la Chambre basse : en mars 2022, la gauche passera de 33 &#224; 44 d&#233;put&#233;s, dont 37 d'Apruebo Dignidad (12 du Parti communiste et 23 du Frente Amplio). Le grand perdant de cette &#233;lection est l'ancienne Concertaci&#243;n, rebaptis&#233;e &#171; Nouveau Pacte Social &#187;, qui n'a obtenu que 37 d&#233;put&#233;s : 13 du Parti socialiste (PS), 8 de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne (DC), 7 du Parti pour la d&#233;mocratie (PPD) et 4 du Parti radical (PR), toutes ses composantes affichant des reculs significatifs par rapport &#224; la repr&#233;sentation obtenue lors de l'&#233;lection pr&#233;c&#233;dente. La principale surprise et le principal changement &#224; la Chambre basse est l'arriv&#233;e de 6 repr&#233;sentants du Parti populaire (de Franco Parisi), qui fera office de &#171; parti charni&#232;re &#187; dans la prochaine l&#233;gislature, avec la capacit&#233; de faire pencher la balance dans un sens ou dans l'autre, selon les circonstances. Au S&#233;nat, les partis de droite (qui ont obtenu leur meilleur r&#233;sultat depuis des d&#233;cennies) et ceux de l'opposition actuelle &#233;taient &#224; &#233;galit&#233; avec respectivement 25 repr&#233;sentants [lors de ces &#233;lections de novembre seuls 27 s&#233;nateurs ont &#233;t&#233; &#233;lus, le renouvellement du S&#233;nat s'effectuant par environ la moiti&#233;].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais dans l'opinion publique, c'est la droite qui a gagn&#233; et r&#233;alis&#233; des gains &#233;lectoraux au premier tour.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier tour de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle, comme lors des &#233;lections l&#233;gislatives, on n'a pas assist&#233; &#224; une mont&#233;e spectaculaire des forces les plus conservatrices, mais &#224; une certaine radicalisation en leur sein vers l'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que Apruebo Dignidad [coalition &#233;lectorale dont le candidat pr&#233;sidentiel est Gabriel Boric] pr&#233;sente l'&#233;lection du 19 d&#233;cembre comme une confrontation d&#233;cisive entre le fascisme (Kast) et l'antifascisme (Boric), je maintiens que, pour une plus grande clart&#233; conceptuelle, il est n&#233;cessaire de prendre une certaine distance critique par rapport &#224; ce type d'affirmation. Certes, un &#233;ventuel triomphe du porte-&#233;tendard de la droite et de l'extr&#234;me droite repr&#233;senterait un danger pour la majorit&#233; de la soci&#233;t&#233; et un recul des droits et acquis sociaux, politiques et &#233;conomiques de la classe ouvri&#232;re et des secteurs des classes moyennes et populaires, mais cela n'impliquerait pas la mise en place d'un gouvernement &#171; fasciste &#187;. En premier lieu, parce que Kast et son parti ne sont pas des fascistes ou des n&#233;ofascistes mais des post-fascistes, puisqu'ils ne proposent pas un mod&#232;le corporatiste ou un syst&#232;me &#233;conomique avec un fort contr&#244;le de l'Etat &#8211; comme c'&#233;tait le cas dans le fascisme classique &#8211; mais l'application orthodoxe du mod&#232;le n&#233;olib&#233;ral. Un mouvement politique n'est pas n&#233;cessairement fasciste parce que ses traits id&#233;ologiques incluent un nationalisme extr&#234;me, la x&#233;nophobie, l'anticommunisme, la misogynie, l'homophobie, l'autoritarisme et le non-respect de la d&#233;mocratie lib&#233;rale. Bien qu'il s'agisse de caract&#233;ristiques communes avec celles d'autres mouvements d'extr&#234;me droite, dans le cas des fascistes et des n&#233;ofascistes, la proposition d'un Etat corporatiste est un &#233;l&#233;ment distinctif essentiel. En outre, un &#233;ventuel gouvernement Kast devrait compter sur le soutien, ou du moins la neutralit&#233; favorable, des autres fractions de la droite, des grandes entreprises, des forces arm&#233;es et de l'appareil d'Etat en g&#233;n&#233;ral, ce qui ne semble pas assur&#233; &#224; l'heure actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes dominantes, bien qu'elles aient eu des raisons de ressentir une grande peur lors de la r&#233;bellion populaire d'octobre 2019 et qu'elles expriment r&#233;guli&#232;rement un certain malaise accompagn&#233; de gestes mena&#231;ants, n'ont pas besoin, pour le moment, d'une &#171; dictature fasciste &#187; pour maintenir leur h&#233;g&#233;monie et leur contr&#244;le sur la soci&#233;t&#233;. Leurs menaces et gesticulations font partie d'un dispositif tactique destin&#233; &#224; user les positions d'Apruebo Dignidad afin de mod&#233;rer et de restreindre davantage les r&#233;formes propos&#233;es par son candidat Gabriel Boric.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alors, de quoi les secteurs populaires doivent-ils s'inqui&#233;ter ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rant &#233;galement l'&#233;volution de la situation au Chili au cours des derni&#232;res ann&#233;es, autant ou plus que l'av&#232;nement d'un &#171; gouvernement fasciste &#187;, nous devrions nous inqui&#233;ter de l'avanc&#233;e d'initiatives fascistes dans la d&#233;mocratie actuelle sous les gouvernements de la droite classique (Sebastian Pi&#241;era 1 et 2) et sous les gouvernements de la Concertaci&#243;n (Michelle Bachelet 1 et 2), une avanc&#233;e qui se manifeste par des politiques d'Etat r&#233;pressives, par la diffusion et la croissance d'une culture aux caract&#233;ristiques fascistes et par la pouss&#233;e inqui&#233;tante de groupes et de positions d'extr&#234;me droite, au sein et en dehors de la droite traditionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie qu'une victoire de Boric le 19 d&#233;cembre ne sera qu'un soulagement momentan&#233;, car le danger de l'extr&#234;me droite subsistera, surtout si la crise &#233;conomique et sociale n'est pas r&#233;solue &#224; court terme. Si les forces qui soutiennent Boric veulent gagner les &#233;lections et freiner la mont&#233;e de l'extr&#234;me droite, plut&#244;t que de se concentrer sur la captation de certaines &#171; niches &#187; de votes de droite ou de centre-droit (au prix d'une r&#233;duction de leur propre programme pour le rendre &#171; pr&#233;sentable &#187; aux yeux de l'opinion conservatrice, au risque d'ali&#233;ner les votes de gauche), elles devraient s'efforcer de toucher la majorit&#233; populaire qui ne vote pas (plus de 52% de l'&#233;lectorat). Et cela en essayant de la convaincre sur la base de propositions concr&#232;tes et r&#233;alisables visant &#224; am&#233;liorer ses conditions de vie. Sinon, le risque de r&#233;gression r&#233;actionnaire augmentera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans quelle mesure le r&#233;sultat de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle pourrait-il influencer le mouvement populaire ? Vivons-nous un tournant historique qui pourrait nous conduire &#224; une nouvelle phase de la lutte populaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans nier les grandes diff&#233;rences qui existent entre les projets des deux candidats qui seront sur le bulletin de vote au second tour, aucun des programmes en conflit ne propose de d&#233;passer le mod&#232;le actuel dans une perspective anticapitaliste. Dans le cas de Kast, cela est tellement &#233;vident qu'il n'est pas n&#233;cessaire de l'analyser. Cependant, il est indispensable de dire quelque chose sur le programme de Boric puisqu'il est pr&#233;sent&#233; comme anti-n&#233;olib&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans entrer dans une analyse d&#233;taill&#233;e, nous constatons que, contrairement, par exemple, au programme de l'Unidad Popular en 1970, celui d'Apruebo Dignidad ne propose pas un ensemble de transformations anti-oligarchiques, anti-monopoles ou anti-imp&#233;rialistes qui permettraient d'amorcer le chemin vers de futures transformations anticapitalistes. Sans aucun doute, nous vivons &#224; une &#233;poque diff&#233;rente et les t&#226;ches d'aujourd'hui sont distinctes de celles d'il y a un demi-si&#232;cle. Personne ne peut raisonnablement pr&#233;tendre que l'horizon socialiste est &#224; l'ordre du jour. Vaincre le n&#233;olib&#233;ralisme et construire une d&#233;mocratie participative sont des t&#226;ches urgentes autour desquelles une solide majorit&#233; de citoyens peut se rassembler. Cependant, si l'objectif de surmonter le n&#233;olib&#233;ralisme et de construire un &#171; Etat social, participatif et d&#233;mocratique &#187; doit devenir une r&#233;alit&#233; et non une simple rh&#233;torique, la lutte anti-n&#233;olib&#233;rale ne doit pas &#234;tre s&#233;par&#233;e de la lutte anti-oligarchique, anti-monopole, anti-imp&#233;rialiste et anticapitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y a-t-il des t&#226;ches anti-monopoles et anti-imp&#233;rialistes dans le programme de Boric ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La simple mention de mesures visant &#224; limiter certaines pratiques de type monopolistique afin d'&#233;tablir une concurrence capitaliste plus r&#233;gul&#233;e par l'Etat et de g&#233;n&#233;rer des politiques pour le d&#233;veloppement d'un &#171; capitalisme vert &#187; ne constitue pas une politique anti-monopole coh&#233;rente et syst&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des faiblesses similaires peuvent &#234;tre d&#233;tect&#233;es en ce qui concerne la domination de notre &#233;conomie par le capital imp&#233;rialiste ou transnational. Le programme d'Apruebo Dignidad n'envisage pas, par exemple, une nouvelle nationalisation du cuivre, une richesse indispensable pour satisfaire les grands besoins sociaux insatisfaits [l'entreprise publique Codelco &#8211; Corporaci&#243;n Nacional del Cobre &#8211; contr&#244;le quelque 35% de la production annuelle de cuivre au Chili]. L'anti-n&#233;olib&#233;ralisme de ce programme ne repose pas sur des bases durables. Il s'agit plut&#244;t d'un ensemble de r&#233;formes &#8211; dont beaucoup sont justes et n&#233;cessaires &#8211; qui finiront par s'enliser sans atteindre l'objectif proclam&#233;, car ne s'inscrivant pas dans une perspective radicale impliquant n&#233;cessairement de porter atteinte &#224; des int&#233;r&#234;ts majeurs dans le but de disposer des ressources n&#233;cessaires au financement des r&#233;formes sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise se poursuivra au Chili, quel que soit le nouveau pr&#233;sident de la R&#233;publique qui prendra ses fonctions le 11 mars 2022, car les probl&#232;mes structurels ne peuvent &#234;tre r&#233;solus par des demi-mesures. Ne vous trompez pas, il ne s'agit pas de chercher une solution rapide ou quasi instantan&#233;e aux probl&#232;mes accumul&#233;s. Pour y r&#233;pondre, il faut sans doute du temps et une dynamique. Mon observation est li&#233;e &#224; l'absence d'une perspective radicale, m&#234;me si elle se pr&#233;sente &#224; long terme, perspective qui permettrait de lier des t&#226;ches et des r&#233;formes partielles en les inscrivant dans une perspective de transformation g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(Article publi&#233; sur le site El Irreverente, le 3 d&#233;cembre 2021 ; traduction r&#233;daction A l'Encontre)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Chili, luttes sociales et processus constituant en Am&#233;rique latine</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-Chili-luttes-sociales-et-processus-constituant-en-Amerique-latine</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Le-Chili-luttes-sociales-et-processus-constituant-en-Amerique-latine</guid>
		<dc:date>2015-06-23T09:05:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Franck Gaudichaud, Giulia Willig, Sergio Grez</dc:creator>


		<dc:subject>Chili</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique latine</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-06-23</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nous nous sommes entretenus avec Sergio Grez, professeur d'histoire &#224; l'Universit&#233; du Chili (Santiago) et avec Franck Gaudichaud, ma&#238;tre de conf&#233;rences en civilisation latino-am&#233;ricaine &#224; l'Universit&#233; de Grenoble (et actuellement chercheur invit&#233; &#224; l'Universit&#233; du Chili), sur la situation politique et sociale de ce pays, dans la foul&#233;e du grand mouvement &#233;tudiant de 2011. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; solidarit&#233;S &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; Giulia Willig &#8211; O&#249; en est le mouvement &#233;tudiant chilien aujourd'hui ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Franck Gaudichaud : (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH92/arton22673-94eb3.png?1781040222' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='92' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous nous sommes entretenus avec Sergio Grez, professeur d'histoire &#224; l'Universit&#233; du Chili (Santiago) et avec Franck Gaudichaud, ma&#238;tre de conf&#233;rences en civilisation latino-am&#233;ricaine &#224; l'Universit&#233; de Grenoble (et actuellement chercheur invit&#233; &#224; l'Universit&#233; du Chili), sur la situation politique et sociale de ce pays, dans la foul&#233;e du grand mouvement &#233;tudiant de 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; solidarit&#233;S &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Giulia Willig &#8211; O&#249; en est le mouvement &#233;tudiant chilien aujourd'hui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Franck Gaudichaud&lt;/strong&gt; : historiquement, le mouvement &#233;tudiant au Chili a toujours &#233;t&#233; un acteur social tr&#232;s important, y compris contre la dictature. En d&#233;mocratie &#171; n&#233;olib&#233;rale &#187;, il y a eu une recomposition des luttes &#233;tudiantes, le point culminant &#233;tant l'ann&#233;e 2011 avec une mobilisation massive autour des revendications pour une &#233;ducation gratuite, publique et de qualit&#233;. Aujourd'hui, le mouvement a eu du mal &#224; affronter le nouveau sc&#233;nario politique avec l'&#233;lection de Bachelet, qui a r&#233;cup&#233;r&#233; en partie certaines grandes revendications, par exemple sur la r&#233;forme de l'&#233;ducation, mais en les int&#233;grant, de mon point de vue, dans une perspective sociale-lib&#233;rale qui ne rompt absolument pas avec la d&#233;mocratie n&#233;olib&#233;rale construite en 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les luttes de 2011-2012, tr&#232;s massives et radicales, qui ont fait trembler tout le syst&#232;me politique, l'ann&#233;e derni&#232;re a &#233;t&#233; une phase d'ajustement, puisque la CONFECH (fa&#238;ti&#232;re des syndicats &#233;tudiants) a d&#251; affronter un sc&#233;nario dans lequel le gouvernement proposait &#171; par en haut &#187; des r&#233;formes et non plus le mouvement.La direction du mouvement &#233;tudiant est en partie tomb&#233;e dans le pi&#232;ge du &#171; dialogue &#187; tendu par le minist&#232;re de l'Education. D'autre part, certains leaders du mouvement &#233;tudiant de 2011, comme Camila Vallejo (PC) par exemple, sont au parlement et/ou dans la coalition gouvernementale. Cette ann&#233;e, on voit que les syndicats &#233;tudiants ont repris du tonus, avec une dynamique de lutte et des orientations plus claires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre &#233;l&#233;ment int&#233;ressant, c'est que depuis qu'une partie des leaders de 2011 ont &#233;t&#233; int&#233;gr&#233;s au parlement et/ou &#224; l'&#233;x&#233;cutif, ce sont des forces politiques &#224; la gauche du Parti communiste qui dominent la CONFECH, donc ind&#233;pendantes de la coalition gouvernementale. Parmi elles, la Gauche autonome &#171; antilib&#233;rale &#187; (Izquierda autonoma), le Front des &#233;tudiants libertaires (FEL), l'Union nationale &#233;tudiante (UNE) ou encore de petites organisations r&#233;volutionnaires. C'est donc la gauche de la gauche qui a du poids au sein de la CONFECH, ce qui peut annoncer une ann&#233;e d'affrontements plus directs avec Bachelet. Cela dit, il y a des limites &#224; cette apparente &#171; radicalit&#233; &#187; : politiques tout d'abord, mais aussi en termes de repr&#233;sentativit&#233;, puisque le taux d'abstention lors des votations &#233;tudiantes est tr&#232;s &#233;lev&#233;, autour de 60 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sergio Grez&lt;/strong&gt; : le mouvement &#233;tudiant chilien pour une &#233;ducation publique, gratuite et de qualit&#233; pour toutes et tous conna&#238;t, comme tous les mouvements sociaux, des avanc&#233;es et des reculs. Apr&#232;s la fin 2011, il a v&#233;cu un certain reflux, d&#251; aux r&#233;sultats des mobilisations de cette ann&#233;e. Il a eu la sensation de ne rien avoir obtenu comme r&#233;sultat concret. N&#233;anmoins, le mouvement a continu&#233; avec pas mal de force en 2012. L'ann&#233;e 2013 a &#233;t&#233; calme, en bonne partie parce que c'&#233;tait une ann&#233;e &#233;lectorale, ce qui est g&#233;n&#233;ralement peu propice aux mouvements sociaux. Puis en 2014, Bachelet est arriv&#233;e au gouvernement pour la deuxi&#232;me fois avec, il faut le souligner, avec seulement 25 % des voix potentielles, puisque le taux d'abstention a atteint 60 %. La nouvelle coalition au pouvoir, l'ancienne Concertaci&#243;n travestie en &#171; Nouvelle Majorit&#233; &#187; (Nueva Mayor&#237;a) &#224; laquelle s'est int&#233;gr&#233;e le Parti communiste (PC), a repris, avec pas mal de fourberie, certains mots d'ordre du mouvement &#233;tudiant, ce qui a nourri des espoirs au sein du mouvement social, a fortiori depuis l'int&#233;gration du PC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 2014 a &#233;t&#233; marqu&#233;e par des mobilisations assez faibles et par le dialogue avec le ministre de l'Education de l'&#233;poque, Nicolas Eyzaguirre. Ancien militant du PC, membre du PPD (Parti pour la d&#233;mocratie), c'est un &#233;conomiste assez renomm&#233; de tendance n&#233;olib&#233;rale, ancien haut fonctionnaire du FMI ; il a &#233;galement occup&#233; un poste important &#224; Canal 13, l'une des principales cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision qui appartient au groupe Luksic (premi&#232;re fortune chilienne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'arriv&#233;e au pouvoir de Bachelet, et d'Eyzaguirre &#224; l'&#233;ducation, a sans doute donn&#233; un souffle au mouvement &#233;tudiant, il s'est &#224; mon avis retrouv&#233; pris au pi&#232;ge d'un dialogue de sourds. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas eu de mobilisations, mais qu'elles ont &#233;t&#233; peu nombreuses et relativement faibles. Le mouvement &#233;tudiant n'a pratiquement rien obtenu en 2014, sauf une d&#233;rogation &#224; un d&#233;cret qui rendait l'organisation des &#233;tu&#173;diant&#183;e&#183;s plus difficile. C'est la seule conqu&#234;te de l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 2015 s'annonce meilleure : plusieurs grandes mobilisations ont d&#233;j&#224; eu lieu depuis le mois d'avril, manifestations auxquelles se sont joints d'autres ci&#173;toyen&#183;ne&#183;s, profitant de cette conjoncture pour manifester leur d&#233;saccord fondamental avec la politique du gouvernement. Le 21 mai dernier, Bachelet tenait un discours pr&#233;sidentiel devant le Congr&#232;s &#224; Valparaiso, alors qu'une mobilisation massive se d&#233;roulait dans les rues, confront&#233;e &#224; une r&#233;pression particuli&#232;rement forte. Une jeune fille a &#233;t&#233; gri&#232;vement bless&#233;e, tandis qu'un autre manifestant se trouve aujourd'hui encore dans le coma. Cela n'est pas sans rappeler la r&#233;pression polici&#232;re du gouvernement de droite de Pi&#241;era, mais aussi celle du premier gouvernement Bachelet contre le mouvement des &#171; pingouins &#187; de 2011 (mouvement des &#233;tudiants du secondaire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement &#233;tudiant commence donc &#224; se r&#233;veiller, plusieurs facult&#233;s sont en gr&#232;ve et les mobilisations se succ&#232;dent. Je pense que le mouvement &#233;tudiant va donner le ton cette ann&#233;e, puisqu'il refuse la r&#233;forme de l'&#233;ducation propos&#233;e par le gouvernement. Il refuse que la gratuit&#233; soit obtenue par le biais des bourses, comme le veut le gouvernement. Il revendique la gratuit&#233; en tant que droit social universel garanti par l'Etat et consacr&#233; par la Constitution. La mobilisation des &#233;tu&#173;diant&#183;e&#183;s est donc intrins&#232;quement li&#233;e &#224; la revendication pour le changement de Constitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui, le mouvement &#233;tudiant porte des revendications plus larges que celles qui touchent &#224; l'&#233;ducation&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;FG&lt;/strong&gt; : il n'y a pas vraiment de rupture entre 2011 et aujourd'hui : les &#233;tu&#173;diant&#183;e&#183;s continuent de revendiquer une &#233;ducation publique gratuite et de qualit&#233;, ce qui revient aussi &#224; questionner la r&#233;forme Bachelet qui ne remet pas en cause le march&#233; de l'&#233;ducation, mais seulement compte introduire de la gratuit&#233; pour les &#233;tudiants en le subventionnant encore plus largement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les revendications actuelles approfondissent aussi ce qui a &#233;t&#233; tent&#233; en 2011 : lier leurs demandes concr&#232;tes &#224; l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, en d&#233;fendant par exemple la nationalisation des ressources naturelles et du cuivre, ou encore une r&#233;forme fiscale redistributrice, bien loin de celle pr&#233;conis&#233;e par Michelle Bachelet, qui &#233;pargne la plupart des grands patrons. C'est pour cette raison qu'ils appellent &#224; une unification des luttes sociales et populaires. Il y a une tentative encore timide en ce sens au sein de la Plateforme pour l'&#233;ducation (Mesa por la educaci&#243;n), afin d'essayer d'obtenir le soutien des travailleurs ou des pobladores (mouvement des pauvres des villes). C'est un processus int&#233;ressant, m&#234;me si l'on voit que c'est encore difficile &#224; mettre en place. Il faut rappeler que nous sommes dans un contexte o&#249; la CUT, la principale centrale syndicale, est domin&#233;e par la d&#233;mocratie chr&#233;tienne (DC) et le PC, qui n'ont aucun int&#233;r&#234;t &#224; cr&#233;er des difficult&#233;s &#224; &#171; leur &#187; gouvernement. Les faiblesses du mouvement syndical des tra&#173;vail&#173;leurs&#183;euses se r&#233;percutent aussi sur les possibilit&#233;s de cr&#233;er un arc de forces plus large, de &#171; classe &#187;. N&#233;anmoins, il y a dans le mouvement syndical des secteurs de rupture qui se d&#233;veloppent, notamment r&#233;cemment les Unions portuaires, et qui appellent clairement &#224; dynamiser les conflits travail-capital, tout en soutenant un changement du mod&#232;le d'&#233;ducation, les appels &#224; la nationalisation des ressources naturelles, la fin des retraites domin&#233;es par les fonds de pension priv&#233;s, le droit &#224; l'autod&#233;termination du peuple Mapuche, etc. La demande qui pourrait f&#233;d&#233;rer tous ces secteurs est la revendication d'une Assembl&#233;e constituante, populaire et d&#233;mocratique&#8230; mais la route est encore longue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SG&lt;/strong&gt; : depuis 2011, le mouvement &#233;tudiant est parvenu &#224; porter en avant le th&#232;me de l'&#233;ducation, ce qui est d&#233;j&#224; une grande avanc&#233;e. Jusqu'au d&#233;but de l'ann&#233;e 2011, personne au Chili n'osait traiter de l'&#233;ducation comme d'un sujet politique essentiel. Gr&#226;ce &#224; la mobilisation, en quelques mois, cette situation s'est profond&#233;ment modifi&#233;e. Aujourd'hui, tout le monde, de l'extr&#234;me gauche &#224; l'extr&#234;me droite, est d'accord pour dire qu'il s'agit d'un th&#232;me fondamental. En m&#234;me temps, le mouvement &#233;tudiant est parvenu &#224; faire &#233;merger d'autres questions &#224; propos de la question du financement de l'&#233;ducation. Ils ont avanc&#233; des propositions tr&#232;s concr&#232;tes et &#233;labor&#233;es de mani&#232;re s&#233;rieuse, en particulier le projet de r&#233;forme fiscale et de nationalisation du cuivre. Certains secteurs en sont arriv&#233;s aujourd'hui &#224; revendiquer une Assembl&#233;e constituante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, d'un point de vue pratique, il faut reconna&#238;tre que depuis 2011 il n'y a pas eu d'avanc&#233;es notoires dans la construction de liens entre mouvements sociaux. Il y a eu des tentatives faites par le mouvement &#233;tudiant pour aller vers d'autres mouvements sociaux, par exemple les Mapuches, le mouvement des enseignants, &#233;videmment, et parfois avec certaines luttes de travailleurs, par exemple avec ceux des ports. Mais &#224; mon avis, ces relations sont encore faibles, il n'y a pas de liens stables, organiques et permanents entre ces mouvements sociaux : c'est quelque chose qui doit encore &#234;tre d&#233;velopp&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont les autres mouvements sociaux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SG&lt;/strong&gt; : Parmi les mouvements les plus importants actuellement, il y a d'abord celui des Mapuches, qui n'est pas strictement social puisqu'il comporte une revendication politique nationale, pour l'autonomie et la reconqu&#234;te de certains droits qui leur ont &#233;t&#233; ni&#233;s, en particulier le droit &#224; la terre et les droits politiques. Il y a aussi un mouvement assez fort contre le centralisme de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement des travailleurs des ports est tr&#232;s int&#233;ressant. Au Chili, la mer a &#233;t&#233; privatis&#233;e, elle appartient &#224; sept grands groupes &#233;conomiques, tandis qu'on n'a laiss&#233; que des petites portions du littoral aux p&#234;cheurs artisanaux. Le mouvement s'est organis&#233; depuis quelques ann&#233;es autour des Unions portuaires, qui n'ont pas de statut l&#233;gal mais regroupent des syndicats qui en ont un. Elles ont men&#233; des gr&#232;ves et mobilisations tr&#232;s importantes en 2014. C'est un mouvement remarquable, car d'un point de vue politique, il est parvenu &#224; menacer les int&#233;r&#234;ts des grands exportateurs (fruits, bois). Mais aussi parce qu'il est parvenu &#224; mobiliser les tra&#173;vail&#173;leurs&#183;euses tout au long des c&#244;tes, en solidarit&#233; avec travailleurs du port de Mejillones, qui demandaient &#224; disposer d'une heure pour leur repas de midi au lieu des 30 minutes actuelles. La quasi-&#173;totalit&#233; de celles et ceux des ports s'est mobilis&#233;e pour les soutenir. C'est un mouvement qui a su raviver les traditions de solidarit&#233; parmi les sa&#173;la&#173;ri&#233;&#183;e&#183;s, bris&#233;e par la dictature, et de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale par le mod&#232;le n&#233;olib&#233;ral de la d&#233;mocratie actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel est l'&#233;tat des forces de la gauche radicale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;FG&lt;/strong&gt; : tout d'abord, il faut dire que l'&#233;tat actuel &#8211; encore fragile &#8211; des luttes de classes est une premi&#232;re limite pour favoriser la reconstitution de forces politiques de la gauche anticapitaliste, qui restent tr&#232;s dispers&#233;es et divis&#233;es. Dans ce contexte, il est difficile d'envisager une unification &#171; &#224; froid &#187; de gauches radicales, dont les contours restent &#224; d&#233;finir. Par exemple, si on parle du mouvement &#233;tudiant, il y a eu des tentatives, comme le Bloc de conducci&#243;n, qui regroupait jusqu'&#224; peu la gauche autonome (Izquierda Autonoma), l'Union nationale &#233;tudiante (UNE) et le Front des &#233;tudiants libertaires (FEL). Ensemble, ils disposaient d'une h&#233;g&#233;monie sur le mouvement &#233;tudiant. Mais ce front qu'on peut qualifier &#171; d'anti-n&#233;olib&#233;ral &#187; s'est disloqu&#233; il y a quelques mois. Plus g&#233;n&#233;ralement, l'unification est difficile entre de nombreux petits groupes ou collectifs issus de diverses cultures politiques qui ont une influence souvent limit&#233;e &#224; tel ou tel secteur. Ces forces sont encore tr&#232;s minoritaires, mais elles ont grandi depuis 2011, aliment&#233;es par le renouveau des luttes sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est de savoir comment d&#233;velopper, aujourd'hui au Chili, une gauche anticapitaliste et autogestionnaire, ni dogmatique ni obs&#233;d&#233;e par les &#233;lections, capable de mettre en d&#233;bat un programme politique clair, de transition, mais aussi &#224; court terme des actions unitaires utiles aux renforcement des mouvements populaires. Ceci afin de d&#233;passer les revendications sectorielles, mais aussi l'entre soi militant et l'esprit d'appareil. Cela reste difficile alors que des questions strat&#233;giques essentielles sont sujettes &#224; controverse : comment faire face au nouveau cycle politique marqu&#233; par le &#171; transformisme &#187; du gouvernement Bachelet, dans une perspective anticapitaliste ? Mais aussi, qui sont les &#171; sujets &#187; de la transformation sociale pour laquelle nous nous battons dans le Chili actuel ? Les gauches radicales ou r&#233;volutionnaires chiliennes ont aussi parfois de la peine &#224; int&#233;grer des th&#232;mes comme l'&#233;cologie ou l'&#233;co&#173;socialisme, le f&#233;minisme, ou &#224; mener un travail internationaliste concret, ce qui freine son &#233;laboration strat&#233;gique. Si l'on veut r&#233;sumer &#224; grands traits le paysage de ces gauches politiques encore tr&#232;s morcel&#233;es, on trouve des organisations qui viennent de ce qu'on peut appeler le &#171; nouveau mirisme &#187; [du nom du MIR, principale organisation r&#233;volutionnaire de l'&#232;re Allende, ndr] et qui va des antilib&#233;raux aux forces radicales gu&#233;varistes ; un courant libertaire tr&#232;s large, allant des anarchistes aux libertaires pr&#244;nant une &#171; rupture d&#233;mocratique &#187; ; il y aussi toutes les forces qui viennent de ruptures du mouvement communiste et du &#171; rodriguisme &#187; [du nom du Front Patriotique Manuel Rodriguez, ndr] ; et enfin un courant trotskiste bien pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SG&lt;/strong&gt; : il y a, &#224; mon avis, un morcellement excessif. Au Chili, nous avons une gauche plus sociale que politique. Bien s&#251;r, derri&#232;re la gauche sociale, il y a des formations politiques plus ou moins grandes, mais elles sont tr&#232;s &#233;parpill&#233;es et n'ont pas la capacit&#233; de se mettre d'accord, m&#234;me dans le cas o&#249; il y a des convergences de fond sur bon nombre de questions. Les &#233;lections de 2013 sont un bon exemple de cela : lorsqu'il y a eu quatre candidatures pr&#233;sidentielles &#171; de gauche &#187; ou progressistes sur neuf au total, qui toutes ont d&#233;fendu l'Assembl&#233;e constituante, mais n'ont pas &#233;t&#233; capables de s'unir. Chaque groupe pousse en avant ses int&#233;r&#234;ts de chapelle. La gauche radicale n'est pas capable de regarder les choses avec un peu plus de hauteur, de perspicacit&#233; et de g&#233;n&#233;rosit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, au sein du mouvement &#233;tudiant par exemple, il y a des tentatives d'union, comme &#231;a a &#233;t&#233; le cas avec le Bloc de conducci&#243;n, qui regroupait jusqu'&#224; peu la gauche autonome (Izquierda Autonoma), l'Union nationale &#233;tudiante (UNE) et le Front des &#233;tudiants libertaires (FEL). Ensemble, ils disposaient d'une h&#233;g&#233;monie sur le mouvement &#233;tudiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle analyse peut-on faire du gouvernement Bachelet ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;FG&lt;/strong&gt; : le gouvernement de Bachelet est un gouvernement r&#233;formiste dans le cadre du mod&#232;le n&#233;olib&#233;ral instaur&#233; &#224; la fin de la dictature. J'ai parl&#233; &#224; ce titre d'un &#171; transformisme social-&#173;lib&#233;ral &#187; [1]. D'une certaine mani&#232;re, l'&#233;x&#233;cutif r&#233;pond aux luttes et &#224; 2011 en essayant de stabiliser ce mod&#232;le par des r&#233;formes partielles. C'est l&#224; un point de pol&#233;mique direct avec les analyses que fait le PC. Aujourd'hui, le gouvernement doit affronter une crise de l&#233;gitimit&#233; sans pr&#233;c&#233;dent depuis 1990, avec d'immenses affaires de corruption &#224; r&#233;p&#233;tition qui ont &#233;clabouss&#233; tout le monde politique au cours des derniers mois. Cela a r&#233;v&#233;l&#233; le niveau d'int&#233;gration entre les grandes entreprises, le capital et l'ensemble du personnel politique. Tous ont re&#231;u de l'argent des grands groupes comme Penta, Soquimich, entreprises privatis&#233;es ou cr&#233;es durant la dictature. Or, la r&#233;ponse de Bachelet a essentiellement consist&#233; &#224; changer de cabinet, en lui donnant une connotation encore plus conservatrice qu'avant : on assiste au retour des vieux cadres de la Concertaci&#243;n (coalition centriste n&#233;e &#224; la fin de la dictature, anc&#234;tre de l'actuelle Nueva Mayoria) aux postes cl&#233;s du pouvoir gouvernemental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de sociologues ont consid&#233;r&#233; le gouvernement de Bachelet comme le signe d'une ouverture, d'un certain renouveau. Si un nouveau cycle politique a &#233;t&#233; g&#233;n&#233;r&#233; &#8211; par en bas &#8211; par les luttes sociales, c'est la continuit&#233; au sommet. D'ailleurs, les milieux patronaux et le Mercurio (principal quotidien, marqu&#233; &#224; droite, ancien soutien de Pinochet) ne s'y trompent pas : ils ne cessent de louer le Premier ministre, celui de l'&#201;conomie ou encore de l'Int&#233;rieur. Cela explique pourquoi Bachelet n'a fait presque aucune annonce lors de son discours pr&#233;sidentiel du 21 mai dernier. Tout le monde a not&#233; qu'elle n'a pas &#233;voqu&#233; d'Assembl&#233;e constituante, ce qui confirme ce qu'on savait d&#233;j&#224;, &#224; savoir qu'il y aura bien une &#171; nouvelle Constitution &#187; qui, pour m&#233;moire, est toujours celle introduite par Pinochet en 1981, mais sans Assembl&#233;e constituante. Il y aura probablement des &#171; consultations citoyennes &#187;, mais le gros du travail sera fait dans l'enceinte ferm&#233;e du parlement, avant d'&#234;tre &#233;ventuellement soumis &#224; un pl&#233;biscite. Pour le reste, les points les plus noirs se confirment, sur la r&#233;forme du travail par exemple, qui est d&#233;nonc&#233;e, y compris d&#233;sormais aussi en partie par la CUT. Dans le domaine de l'&#233;ducation, l'objectif est d'arriver &#224; 60 % d'&#233;ducation gratuite en 2018, mais toujours dans le cadre du march&#233;. C'est donc l'Etat qui va subventionner ce service qui, dans un premier temps, exclura les &#233;tudiants des universit&#233;s priv&#233;es, ce qui est probl&#233;matique puisque c'est l&#224; qu'on trouve paradoxalement le plus d'&#233;tudiants, et souvent les plus pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SG&lt;/strong&gt; : C'est un gouvernement r&#233;formiste qui a pour but de corriger certains aspects du syst&#232;me n&#233;olib&#233;ral pour lui donner une assise sociale et politique plus large et plus stable. Si on analyse chacune des r&#233;formes, que ce soit au sujet de l'&#233;ducation, de la fiscalit&#233;, du travail, du syst&#232;me de pensions ou encore de la sant&#233;, il s'agit de petits changements, mais qui ne visent pas &#224; rompre fondamentalement avec le mod&#232;le actuel. Bien s&#251;r, on assiste &#224; une augmentation des d&#233;penses sociales depuis fin de la dictature, mais ce sont des d&#233;penses qui profitent finalement bien souvent aux capitalistes. Dans le cas de l'&#233;ducation, par exemple, le gouvernement propose d'augmenter les bourses, avec lesquelles les &#233;tudiants peuvent ensuite faire leur choix sur le march&#233; de l'&#233;ducation. Il s'agit l&#224; de subsides &#224; la demande. Aujourd'hui, l'Etat ne fournit que 10 &#224; 15 % de leurs besoins aux universit&#233;s publiques, alors que sous Allende, la part publique se montait &#224; 80 % ! C'est la m&#234;me chose pour la sant&#233; : comme les h&#244;pitaux publics ne peuvent subvenir &#224; tous les besoins, on donne des subsides aux patients pour se faire soigner dans les cliniques priv&#233;es. Finalement, cela accro&#238;t les profits des institutions priv&#233;es et affaiblit le secteur public. C'est &#231;a le mod&#232;le n&#233;olib&#233;ral, et en ce sens, le gouvernement de Bachelet ne diff&#232;re pas de la droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant le syst&#232;me de pensions h&#233;rit&#233; de la dictature, ce n'est pas un syst&#232;me de s&#233;curit&#233; sociale, mais des assurances priv&#233;es bas&#233;es sur la capitalisation individuelle. Il n'y a pas de r&#233;partition solidaire. Or, ce que propose Bachelet, c'est que l'Etat encadre ce syst&#232;me afin de garantir de meilleures prestations ! Mais cela ne changera rien sur le fond. Il faut au contraire rendre l'argent aux tra&#173;vail&#173;leurs&#183;euses, et cr&#233;er pour cela un syst&#232;me de pension par r&#233;partition, juste et solidaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La droite a d'ailleurs bien compris qu'elle n'avait pas grand-chose &#224; craindre du gouvernement Bachelet. Ses repr&#233;sentants s'opposent &#224; certaines choses, mais dans le fond, ils soutiennent la politique qu'elle m&#232;ne. En r&#233;alit&#233;, la droite classique conna&#238;t une crise profonde, non seulement &#224; cause des affaires de corruption r&#233;p&#233;t&#233;es, mais aussi et surtout parce que la Nueva Mayoria est en train de lui voler son r&#244;le de repr&#233;sentation des classes dirigeantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Frank, quelle est la position du Parti communiste, int&#233;gr&#233; au gouvernement, mais qui continue d'avoir une forte implantation dans les mouvements sociaux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;FG&lt;/strong&gt; : Sa position est assez complexe. C'est le parti le plus disciplin&#233; de la coalition gouvernementale, qui applique les d&#233;cisions et appuie Bachelet quoi qu'il arrive, plus clairement que la DC ou le Parti socialiste (PS), qui ont exprim&#233; publiquement leurs critiques. D'ailleurs, le PC a &#233;t&#233; r&#233;compens&#233; pour cela dans le nouveau cabinet, puisqu'il a obtenu deux minist&#232;res. Pourtant, il n'y a pas de dissidence organis&#233;e &#8211; ce que le parti ne tol&#232;re pas &#8211; mais des critiques mezzo voce &#224; la base, y compris de cadres communaux, par rapport aux orientations n&#233;olib&#233;rales de la coalition. Par exemple, sur la r&#233;forme du travail, jug&#233;e tr&#232;s probl&#233;matique, ou sur l'Assembl&#233;e constituante, dont la convocation est repouss&#233;e aux calendes grecques, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des figures comme Camila Vallejo, qui avait une certaine autonomie de parole, ont approuv&#233; le discours pr&#233;sidentiel sans sourciller, hormis le regret qu'il n'y ait pas d'Assembl&#233;e constituante. Le pari du PC est de continuer ce retour au gouvernement, avec l'id&#233;e que les r&#233;formes en cours sont un premier pas. D'o&#249; le d&#233;bat de fond : est-ce un premier pas vers une premi&#232;re d&#233;mocratisation du n&#233;olib&#233;ralisme, comme le PC le d&#233;fend, ou au contraire une tentative de stabiliser le syst&#232;me h&#233;rit&#233; de Pinochet menac&#233; par la recomposition des luttes sociales, comme le voit la gauche radicale ? Enfin, l'int&#233;gration bureaucratique du PC est tr&#232;s importante, puisqu'il d&#233;tient de nombreux postes de cadres sup&#233;rieurs dans l'appareil d'Etat, mais aussi la vice-pr&#233;sidence de l'Assembl&#233;e nationale. De plus, il tire profit, notamment financi&#232;rement, de sa participation au pouvoir, ce qui l'a consolid&#233; comme parti institutionnel. Donc, toute rupture, si rupture il devait y avoir, serait d'autant plus difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, le PC reste un acteur du mouvement social, avec une capacit&#233; d'organisation dans certains secteurs. Les Jeunesses communistes ont une solide pr&#233;sence dans le mouvement &#233;tudiant ; une partie du mouvement syndical est sous influence du PC (le secteur minier par ex.), qui d&#233;tient la pr&#233;sidence de la CUT et du Coll&#232;ge des professeurs. On dit d'ailleurs que le PC est la force sociale du gouvernement, afin d'essayer de canaliser le mouvement populaire. Cela ne l'emp&#234;che pas d'appeler &#224; des mobilisations, mais elles le sont en faveur du gouvernement et de ses r&#233;formes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;pression des mobilisations, en particulier &#233;tudiantes, semble s'&#234;tre accentu&#233;e ces derniers temps. Deux jeunes ont notamment &#233;t&#233; brutalement agress&#233;s par les forces de l'ordre au cours d'une manifestation.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;FG&lt;/strong&gt; : le climat se tend effectivement, les pratiques r&#233;pressives se multiplient. Ceci n'est pas apparu avec Bachelet bien s&#251;r, c'est un probl&#232;me historique r&#233;current et une pratique d'Etat. Mais en ce qui concerne les r&#233;centes violences contre les &#233;tu&#173;diant&#183;e&#183;s, avec un jeune entre la vie et la mort, il ya bien une responsabilit&#233; directe du gouvernement et du ministre de l'Int&#233;rieur. C'est d'ailleurs aussi le cas dans le sud du pays contre les Mapuches. A ce propos, r&#233;cemment, un carabinier infiltr&#233; a reconnu avoir &#233;t&#233; &#224; l'origine d'incendies criminels, dans le cadre d'activit&#233;s dict&#233;es par les services secrets. Un jeune Mapuche, accus&#233; &#224; tort, a pass&#233; 11 mois en prison&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SG&lt;/strong&gt; : le pouvoir, quel qu'il soit, celui de Pi&#241;era ou de Bachelet, joue le jeu de la carotte et du b&#226;ton. D'un c&#244;t&#233; il r&#233;prime, et de l'autre, il lance des appels au dialogue. Le gouvernement actuel est un sp&#233;cialiste des &#171; plateformes de dialogue &#187; sur de nombreux sujets. Sa strat&#233;gie consiste &#224; dialoguer longuement, sans r&#233;ellement aboutir &#224; des choses concr&#232;tes. Et parfois, il accorde de petites concessions, en particulier maintenant, avec le mouvement &#233;tudiant, o&#249; il dispose d'ailleurs d'une &#171; cinqui&#232;me colonne &#187; form&#233;e par les mi&#173;li&#173;tant&#183;e&#183;s communistes. Cela n'existait pas &#224; l'&#233;poque de Pi&#241;era, o&#249; le PC faisait clairement partie de l'opposition. Camila Vallejo, ancienne leader du mouvement &#233;tudiant, aujourd'hui d&#233;put&#233;e communiste, l'avait d'ailleurs dit clairement : &#171; nous aurons un pied dans la rue, l'autre dans le gouvernement &#187;. Or, on voit bien les contradictions que cela suscite aujourd'hui : on ne peut pas &#224; la fois &#234;tre du c&#244;t&#233; des &#233;tu&#173;diant&#183;e&#183;s et du gouvernement qui les r&#233;prime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui est le ministre de l'Int&#233;rieur que Bachelet vient de nommer dans son nouveau cabinet ? Il s'agit de Burgos, un d&#233;mocrate-chr&#233;tien, qui &#233;tait l'une des t&#234;tes de l'Oficina dans les ann&#233;es 1990. Il s'agissait des services secrets cr&#233;&#233;s par la Concertaci&#243;n pour d&#233;manteler l'opposition de gauche qui avait pris les armes durant la dictature, et qui avait refus&#233; de les d&#233;poser au moment de la transition, ne faisant pas confiance &#224; la nouvelle d&#233;mocratie. Ces groupes ont &#233;t&#233; infiltr&#233;s par leurs anciens camarades, notamment sous les ordres de Burgos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que peut-on dire de plus sur la r&#233;forme de la Constitution ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SG&lt;/strong&gt; : Le Chili a d&#233;j&#224; amorc&#233; un pro&#173;cessus constituant, mais l'en&#173;jeu porte actuellement sur la mani&#232;re de mener cette r&#233;forme. Il y a deux fa&#231;ons de le faire : l'une qui consiste &#224; &#233;laborer une constitution par le biais d'une commission nomm&#233;e par le pouvoir, de la faire approuver par le parlement, et enfin seulement de la faire voter en bloc &#224; l'occasion d'un pl&#233;biscite populaire. L'autre fa&#231;on consiste &#224; &#233;lire une Assembl&#233;e constituante. Il s'agirait l&#224; d'un corps libre et souverain, dont les travaux seraient limit&#233;s dans le temps, et qui repr&#233;senterait de mani&#232;re bien plus d&#233;mocratique la population. Selon de r&#233;centes enqu&#234;tes d'opinion, 60 % des Chi&#173;lien&#183;nes seraient favorable &#224; un tel processus. Le probl&#232;me c'est qu'il n'existe pas aujourd'hui de cadre institutionnel l&#233;gal qui permette d'instaurer une Assembl&#233;e constituante. Il faudrait pour cela trouver un subterfuge, et cela ne pourra se faire qu'avec une forte pression sociale et politique de la base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2011, le mot d'ordre en faveur d'une Assembl&#233;e constituante rencontre un soutien grandissant dans la population. Actuellement, nous organisons une &#233;cole des constituants, destin&#233;e &#224; former des cadres pour expliquer aux gens l'int&#233;r&#234;t de d&#233;fendre cette id&#233;e, pour montrer que c'est le lieu o&#249; leurs int&#233;r&#234;ts pourraient &#234;tre d&#233;fendus. La r&#233;flexion se m&#232;ne aussi sur le moyen de mener un tel processus. L'id&#233;e serait par exemple d'introduire un quorum des deux tiers pour voter un changement constitutionnel, et si ce quorum n'est pas atteint, de proc&#233;der &#224; des votes sur des sujets pr&#233;cis, au lieu de ne se prononcer que sur un paquet ficel&#233; final. Cela permettrait d'assurer une v&#233;ritable participation d&#233;mocratique la plus large possible, selon l'ancien slogan de l'&#233;poque de l'Unit&#233; populaire : &#171; crear poder popular &#187; (litt&#233;ralement &#171; cr&#233;er du pouvoir populaire &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Cf. (en espagnol) : F. Gaudichaud, &#171; Las fisuras del neoliberalismo. Trabajo, &#8249; Democracia protegida &#8250; y conflictos de clases &#187;, CLACSO, abril 2015 sur biblioteca.clacso.edu.ar&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &#171; Am&#233;rique latine : Luttes sociales et processus constituant &#187;. Paru en Suisse en Cahier &#233;mancipationS dans &#171; solidarit&#233;S &#187; n&#176; 270 (11/06/2015). &lt;a href=&#034;http://www.solidarites.ch/journal/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.solidarites.ch/journal/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Chili. &#171; Ouvrir la voie &#224; l'Assembl&#233;e constituante &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Chili-Ouvrir-la-voie-a-l-Assemblee-constituante</link>
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		<dc:date>2015-05-26T06:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sergio Grez</dc:creator>


		<dc:subject>Chili</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2015-05-19</dc:subject>

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&lt;p&gt;L'historien Sergio Grez, de l'Universit&#233; de Chili, est un fervent partisan de la cr&#233;ation d'une Assembl&#233;e constituante pour &#233;laborer une nouvelle Constitution qui puisse impulser des transformations d&#233;mocratiques permettant de se d&#233;barrasser du mod&#232;le n&#233;olib&#233;ral. Sergio Grez participe au collectif Forum pour l'Assembl&#233;e constituante, qui produit des &#171; contributions th&#233;oriques et politiques pour donner un contenu concret &#224; l'Assembl&#233;e constituante et d&#233;passer les formulations g&#233;n&#233;rales &#187;. Il (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Chili-+" rel="tag"&gt;Chili&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Amerique-centrale-et-du-sud-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique centrale et du sud et Cara&#239;bes&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH77/arton22189-33d86.jpg?1781356132' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='77' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'historien Sergio Grez, de l'Universit&#233; de Chili, est un fervent partisan de la cr&#233;ation d'une Assembl&#233;e constituante pour &#233;laborer une nouvelle Constitution qui puisse impulser des transformations d&#233;mocratiques permettant de se d&#233;barrasser du mod&#232;le n&#233;olib&#233;ral. Sergio Grez participe au collectif Forum pour l'Assembl&#233;e constituante, qui produit des &#171; contributions th&#233;oriques et politiques pour donner un contenu concret &#224; l'Assembl&#233;e constituante et d&#233;passer les formulations g&#233;n&#233;rales &#187;. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages sur le mouvement social au Chili. Sergio Grez participera au Forum international &#224; Lausanne les 20, 21 et 22 mai (&lt;a href=&#034;http://alencontre.org/laune/forum-international-20-22-mai-2015-lausanne-suisse.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://alencontre.org/laune/forum-international-20-22-mai-2015-lausanne-suisse.html&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le 15 mai, les organisations &#233;tudiantes du Chili ont organis&#233; une marche nationale pour revendiquer une clarification concernant les projets de r&#233;forme de l'&#233;ducation promise par la pr&#233;sidente Michelle Bachelet, qui fait face &#224; une crise politique intense (voir &#224; ce sujet l'article publi&#233; sur le &lt;a href=&#034;http://alencontre.org/ameriques/amelat/chili/chili-le-gatopardisme-de-la-coalition-gouvernementale-et-la-construction-dune-majorite-sociale-pour-des-changements-structurels.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site de &#192; l'encontre en date du 6 mai&lt;/a&gt;). A Valparaiso, deux jeunes &#8211; Exequiel Borvar&#225;n Salinas, 18 ans, et Diego Guzm&#225;n Far&#237;as, 25 ans &#8211; furent tu&#233;s par un homme qui affirma qu'il &#171; d&#233;fendait sa maison &#187; contre des tags. La pr&#233;sidente de la F&#233;d&#233;ration des &#233;tudiant&#183;e&#183;s de l'Universit&#233; du Chili,Valentina Saavedra, a d&#233;clar&#233; : &#171; La propri&#233;t&#233; ne peut valoir plus que la vie. &#187; Une fois de plus, le gouvernement dit progressiste de Michelle Bachelet se trouve face &#224; une mobilisation sociale qui est, outre cet assassinat, fortement r&#233;prim&#233;e par les forces de police. (R&#233;d. A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel est l'&#233;tat de la mobilisation en faveur de l'Assembl&#233;e constituante ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La revendication d'une Assemble constituante a beaucoup progress&#233;, surtout &#224; partir de 2011, lorsqu'elle a &#233;t&#233; diffus&#233;e par le mouvement &#233;tudiant. Depuis lors les revendications pour une nouvelle Constitution et pour une Assembl&#233;e constituante ont &#233;t&#233; deux mots d'ordre de lutte. Les sondages montrent un soutien d&#233;passant 60%. Le grand probl&#232;me est qu'il n'existe pas de mouvement social ou politique qui soit &#224; la hauteur de ce potentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;forme constitutionnelle &#8211; et m&#234;me une nouvelle Constitution &#8211; peut &#234;tre r&#233;alis&#233;e sans Assembl&#233;e constituante, mais pour nous ce point est important. Dans l'histoire de notre pays il n'y a jamais eu d'Assembl&#233;e constituante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traditionnellement une commission, compos&#233;e de membres pistonn&#233;s, &#233;tait nomm&#233;e pour pr&#233;parer un avant-projet qui &#233;tait ensuite ratifi&#233; par les dirigeants politiques dans le Congr&#232;s ou par un pl&#233;biscite convoqu&#233; furtivement, en l'absence d'un r&#233;el d&#233;bat, de libert&#233;s publiques et d'un exercice du pouvoir constituant par le peuple. C'est ainsi que les choses se sont pass&#233;es pour la Constitution de 1925, adopt&#233;e sous la coupe de l'inspecteur g&#233;n&#233;ral de l'arm&#233;e qui a soutenu le projet d'Alessandri Palma, et pour celle de 1980, impos&#233;e par Pinochet &#224; un peuple captif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Assembl&#233;e constituante est le meilleur outil pour obtenir une pleine expression de la souverainet&#233; populaire avec la participation de tous les secteurs de la population citoyenne. Son r&#244;le est de permettre &#8211; pendant une p&#233;riode donn&#233;e &#8211; l'&#233;tude minutieuse des diff&#233;rentes propositions &#233;manant de repr&#233;sentants du peuple &#233;lus au suffrage universel sur la base d'un syst&#232;me proportionnel int&#233;gral. La Constitution forg&#233;e par ces repr&#233;sentants devra ensuite &#234;tre pl&#233;biscit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Forum pour l'Assembl&#233;e constituante auquel je participe est un petit groupe qui s'applique &#224; formuler des propositions concr&#232;tes et argument&#233;es en vue de la convocation et du fonctionnement de l'Assembl&#233;e constituante. Notre collectif ne veut pas d&#233;passer une douzaine de personnes. Notre but n'est pas d'h&#233;g&#233;moniser qui que ce soit. Notre objectif est de contribuer &#224; la cr&#233;ation d'une Assembl&#233;e constituante d&#233;mocratique, pleinement participative, qui garantisse l'exercice de la souverainet&#233; populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pensons qu'il ne suffit pas d'&#233;lire d&#233;mocratiquement les d&#233;l&#233;gu&#233;&#183;e&#183;s ou les d&#233;put&#233;&#183;e&#183;s constituants : il faut aussi veiller &#224; leur repr&#233;sentativit&#233;. C'est la raison pour laquelle nous proposons un suffrage universel qui serait &#233;tendu y compris aux Chiliens vivant &#224; l'&#233;tranger. Nous demandons qu'on &#233;lise des repr&#233;sentants dans des circonscriptions correspondant aux actuelles communes et selon un syst&#232;me r&#233;ellement proportionnel, avec de possibles fusions de mani&#232;re &#224; contrebalancer le poids des communes les plus peupl&#233;es. Nous proposons &#233;galement un m&#233;canisme qui assure que la souverainet&#233; populaire ne soit pas entrav&#233;e, m&#234;me par les d&#233;put&#233;s constituants eux-m&#234;mes. Nous proposons l'utilisation de quorums supra-majoritaires pour garantir la d&#233;mocratie. De tels quorums supra-majoritaires (de 60 &#224; 66%, mais ici des d&#233;put&#233;s et s&#233;nateurs) ont &#233;t&#233; une invention de Jaime Guzman et de ses acolytes pour blinder le syst&#232;me actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous proposons que la future Assembl&#233;e constituante fonctionne avec des quorums supra-majoritaires de deux tiers ou plus pour approuver ses positions pour &#233;viter le fonctionnement de machines politiques en son sein ; les questions sur lesquelles un accord supra-majoritaire ne serait pas atteint devraient &#234;tre soumises &#224; un r&#233;f&#233;rendum. Cela permettrait de r&#233;duire la possibilit&#233; de &#171; petits arrangements &#187;. La Constituante n'est &#233;videmment pas une panac&#233;e et elle ne sera pas compos&#233;e par des anges, il faudra donc faire tout ce qui est possible pour qu'elle ne r&#233;p&#232;te pas les travers actuels. En inversant le sens initial du m&#233;canisme des quorums supra-majoritaires, nous les mettons au service de la d&#233;mocratie effective et de la souverainet&#233; populaire. Nous ne concevons pas le processus constituant uniquement comme le rassemblement et le fonctionnement de l'Assembl&#233;e constituante. Pour nous, ce processus doit s'enclencher bien avant, dans la base citoyenne et populaire. Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;es, le processus devrait se poursuivre pendant le fonctionnement m&#234;me de la Constituante avec des d&#233;bats document&#233;s et avec ce va-et-vient de questions qu'il faudra soumettre &#224; des pl&#233;biscites communaux, r&#233;gionaux ou nationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, l'Assembl&#233;e constituante prendra en compte la situation des peuples originaires. La nouvelle Constitution devra d&#233;clarer que l'Etat r&#233;publicain du Chili est plurinational, pluri-ethnique et pluri-culturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Assembl&#233;e constituante fonctionnera-t-elle en parall&#232;le avec le Congr&#232;s et avec les institutions actuellement en vigueur ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle fonctionnera en effet en parall&#232;le et sans interf&#233;rer avec ces institutions, de mani&#232;re &#224; pr&#233;venir des situations ing&#233;rables ou chaotiques. Etant donn&#233; la vari&#233;t&#233; de th&#232;mes &#224; traiter, l'assembl&#233;e constituante devrait durer au minimum quelques mois, peut-&#234;tre jusqu'&#224; une ann&#233;e. Il s'agit d'un processus qu'il faudra continuer &#224; soutenir jusqu'&#224; l'entr&#233;e en vigueur de la nouvelle Constitution. Pour nous, la t&#226;che fondamentale du processus constituant sera de stimuler le d&#233;bat politique parmi les citoyens. Je parle l&#224; du processus constituant populaire, car il existe un autre projet constituant en gestation, g&#233;r&#233; de mani&#232;re antid&#233;mocratique par la caste politique, &#233;loign&#233; du peuple. Cette t&#226;che de d&#233;broussaillage doit permettre au citoyen ordinaire de percevoir le rapport entre d'une part son travail, son &#233;ducation, ses aspirations et ses probl&#232;mes et d'autre part la Constitution et par cons&#233;quent l'Assembl&#233;e constituante, l'objectif &#233;tant de d&#233;boucher sur une nouvelle Constitution qui r&#233;ponde aux int&#233;r&#234;ts populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudra un important travail de diffusion et de propagande. Notre collectif, le Forum pour l'Assembl&#233;e constituante &#8211; en alliance avec la Fondation constituante 21 &#8211; est partie de l'id&#233;e qu'il &#233;tait indispensable de r&#233;unir les forces pour permettre le fonctionnement d'une Ecole nationale de moniteurs et de Monitrices pour l'Assembl&#233;e constituante. Son objectif est de former des cadres constituants, des personnes capables d'expliquer simplement l'interrelation entre d'un c&#244;t&#233; la probl&#233;matique qui affecte les diff&#233;rents secteurs sociaux et de l'autre la Constitution qui r&#233;git le pays. Nous ne sommes pas les seuls &#224; entreprendre cette t&#226;che. A Rancagua une exp&#233;rience similaire est organis&#233;e tout comme &#224; Curico. Ce n'est pas une t&#226;che facile. Beaucoup de gens nous posent la question : &#171; Quand allez-vous amener l'&#233;cole dans notre ville ? &#187; Notre r&#233;ponse est invariablement : &#171; C'est &#224; vous de cr&#233;er les conditions n&#233;cessaires. Trouvez un local, r&#233;unissez un peu d'argent pour payer le voyage des enseignants (parce que nous n'avons pas des ressources venant de partis, d'ONG, de l'Etat ni d'institutions priv&#233;es), motivez les gens, et de notre c&#244;t&#233; nous apporterons ce que nous pourrons. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment sont d&#233;sign&#233;s les moniteurs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont en quelque sorte des &#171; militants &#187; de l'initiative Assembl&#233;e constituante. La grande majorit&#233; ne participent pas &#224; des partis politiques, et la minorit&#233; qui y participe appartient &#224; des collectifs qui se trouvent en dehors du duopole h&#233;g&#233;monique (Concertation et Alliance). Nous essayons d'attirer des personnes qui se sont distingu&#233;es non seulement par leurs connaissances mais aussi par leur engagement dans la t&#226;che politique de mettre sur pied une Assembl&#233;e constituante. Tout se fait de mani&#232;re artisanale et cr&#233;ative, en utilisant nos propres ressources. Cela n'est pas facile, car beaucoup de personnes ont l'habitude d'&#234;tre en position client&#233;laire d'attendre qu'on leur donne les choses. Or, nous ne voulons pas &#171; donner &#187;, d'ailleurs nous ne le pourrions pas car nous n'en avons pas les moyens. Nous avons obtenu le local gratuitement, l'enregistrement se fait gratuitement et chacun paie ses d&#233;placements et consacre le peu de temps libre qu'il a &#224; cette t&#226;che. Il s'agit d'une initiative militante dans le meilleur sens du terme. Nous sommes dispos&#233;s &#224; conduire l'Ecole &#224; diff&#233;rents endroits, mais nous voulons surtout articuler cela avec les exp&#233;riences locales ou r&#233;gionales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles exp&#233;riences ont &#233;t&#233; faites dans ce domaine dans d'autres pays ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne connais pas d'autres exp&#233;riences en ce qui concerne les &#233;coles, mais des Assembl&#233;es constituantes ont fonctionn&#233; dans des cadres politiques tr&#232;s diff&#233;rents au Venezuela, en Equateur et m&#234;me en Colombie. Les contextes &#233;taient diff&#233;rents en ce sens que dans plusieurs de ces pays le processus constituant a re&#231;u un important soutien de la part du gouvernement. Pour le moment c'est loin d'&#234;tre le cas au Chili : le gouvernement a une orientation traditionnelle, et pr&#233;voit donc un pouvoir constituant contr&#244;l&#233; par les &#233;lites et dans lequel les citoyens n'ont qu'un r&#244;le d&#233;coratif. Les &#171; Assembl&#233;es citoyennes &#187; propos&#233;es par certains, ou les &#171; conseils citoyens &#187; de Michelle Bachelet sont con&#231;us comme des instances sans pouvoir et sans capacit&#233; d&#233;cisionnelle, contr&#244;l&#233;s par des op&#233;rateurs politiques ; elles n'ont en aucun moment &#233;t&#233; d&#233;finies comme &#233;tant des assembl&#233;es souveraines dont les d&#233;cisions sont inali&#233;nables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il faut, c'est construire une importante force sociale et politique qui oblige la caste politique &#224; c&#233;der et &#224; donner la touche de l&#233;galit&#233; &#224; la convocation d'une Assembl&#233;e constituante. En effet, dans le cadre l&#233;gal actuel, la recevabilit&#233; d'un pl&#233;biscite est discutable. Certains argumentent que le fait que le gouvernement dispose d'une majorit&#233; dans les deux Chambres faciliterait les choses n'est pas non plus recevable, car le gouvernement de Concertation disposait d&#233;j&#224; de cette majorit&#233; durant plus de deux ans &#224; la fin du gouvernement de Ricardo Lagos (de 2000 &#224; 2006) et au d&#233;but du premier gouvernement de Bachelet et qu'il ne l'a pas fait. S'ils n'ont pas [convoqu&#233; une Constituante] c'est parce que la Concertation a &#233;t&#233; gagn&#233;e par le n&#233;olib&#233;ralisme. Maintenant, avec la Nouvelle majorit&#233;, la situation n'est pas fondamentalement diff&#233;rente, m&#234;me si cette coalition pourrait agir plus facilement avec l'&#233;ventuel soutien des mouvements Amplitud et Evopolis. Il faut dire que la pr&#233;sence du Parti communiste dans l'alliance du gouvernement vise &#224; contenir les mouvements populaires et &#224; contribuer &#224; la gouvernabilit&#233; plut&#244;t qu'&#224; un engagement &#224; susciter de profonds changements. Au sein de la Nouvelle majorit&#233;, un important secteur de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne, mais aussi d'autres partis, n'est pas dispos&#233; &#224; proc&#233;der &#224; des changements de fond. La pr&#233;tendue majorit&#233; dans le Congr&#232;s ne l'est plus aux moments d&#233;cisifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une objection faite &#224; la Constituante c'est le nombre &#233;lev&#233; de d&#233;l&#233;gu&#233;s&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nombre de d&#233;l&#233;gu&#233;s serait tr&#232;s &#233;lev&#233; si on utilisait la r&#233;partition par communes. Mais on pourrait le diminuer de mani&#232;re significative en regroupant les petites communes voisines ayant des caract&#233;ristiques analogues dans des circonscriptions &#233;lectorales communes. Il s'agit l&#224; d'un probl&#232;me purement technique. D'ailleurs, serait-il vraiment si grave qu'une Assembl&#233;e ait entre mille et deux mille d&#233;l&#233;gu&#233;s, voire un peu plus ? N'oublions pas que les d&#233;l&#233;gu&#233;s devront se r&#233;partir en commissions. En outre, avec les moyens de communication actuels, tout devient plus facile. Il serait m&#234;me possible d'assurer une plus grande participation citoyenne en lien avec les changements de contexte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans la Constituante participeront &#233;galement des militants ou des sympathisants de partis qui disposent de davantage de moyens et de ressources publicitaires. Comment les ind&#233;pendants et les sympathisants d'autres positions affronteront-ils ce d&#233;fi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; dit que l'Assembl&#233;e constituante ne va pas transformer les &#171; m&#233;chants &#187; en &#171; bons &#187;. L'Assembl&#233;e constituante est le meilleur terrain o&#249; les forces populaires et la majorit&#233; citoyenne peuvent exprimer des p&#233;titions et des revendications, bien mieux qu'un groupe d'illumin&#233;s ou que l'actuel Congr&#232;s vici&#233; par le syst&#232;me binominal et &#233;clabouss&#233; par les scandales de corruption. Les actuels parlementaires ne pourront pas participer &#224; l'Assembl&#233;e constituante, laquelle fonctionnera en parall&#232;le avec le Congr&#232;s. Par ailleurs, la campagne &#233;lectorale pour &#233;lire des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; la Constituante devrait &#234;tre marqu&#233;e par l'&#233;galit&#233; et l'aust&#233;rit&#233;, l'&#233;galit&#233; absolue pour tous les candidats, quelle que soit leur orientation, aussi bien pour la radio que pour la t&#233;l&#233;vision et les autres m&#233;dias. Les affiches seraient remplac&#233;es par la pr&#233;sentation de toutes les listes sur des panneaux dans les municipalit&#233;s. Ainsi on parviendrait &#224; &#233;quilibrer au moins en partie l'in&#233;galit&#233; des ressources.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute mani&#232;re, les forces politiques traditionnelles seront pr&#233;sentes dans l'Assembl&#233;e constituante, ce qui est juste puisqu'il s'agit de l'Assembl&#233;e nationale constituante. Il ne s'agit pas d'une Assembl&#233;e exclusivement des forces de gauche. L'Assembl&#233;e constituante doit avoir une l&#233;gitimit&#233; nationale, car elle repr&#233;sentera tous les secteurs. Cela n'&#233;limine pas le pouvoir de l'argent, mais au moins il le r&#233;duit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre question importante : puisque les partis vont participer &#224; la Constituante, il faudra s'assurer que les ind&#233;pendants, les mouvements sociaux et les forces de gauche extra-parlementaires soient &#233;galement repr&#233;sent&#233;s, et que ces secteurs s'organisent auparavant dans une sorte de &#171; petite Constituante &#187;, populaire, comme celle qui a exist&#233; en 1925, pour constituer un bloc de gauche autour de propositions concr&#232;tes qu'ils pr&#233;senteront ensuite &#224; l'Assembl&#233;e constituante nationale, et qui s'imposeront ou seront vaincues selon les forces qu'ils auront r&#233;ussi &#224; accumuler. (Publi&#233; dans l'hebdomadaire Punto Final, 1er mai 2015. Traduction A l'Encontre)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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